Région des glaciers d’Islande

La nuit est chaude, à quatre dans la même pièce. Le petit-déjeuner a lieu une demi-heure plus tôt que d’habitude car le guide voulait avoir du temps pour lui. Le beurre se dit smörk (smeuhrk !) et nous appelons le yaourt le surmilk. L’un du groupe raconte ce matin des anecdotes de médecin du travail comme cette femme, enceinte de sept mois et qui ne s’en était pas aperçu, ni son médecin remplaçant, d’ailleurs. Il est en verve, le café est plus fort. Comme hier matin, je remplis le livre d’or du gîte.

Nous partons en bus pour Hveravellir, des solfatares très touristiques. Le paysage est lunaire, minéral, tout de lave poreuse. Le ciel est bas et déploie toutes ses nuances de gris. C’est dans ce genre de paysage, plus au centre, juste au-dessus du glacier Vatnajökull et tout près du lac Askja, que les astronautes américains Neil Armstrong et Buzz Aldrin sont venus s’entraîner avant d’être envoyés sur la lune en 1969.

On y trouve plusieurs refuges et un terrain de camping, avec WC et cabines payants pour se changer, avant d’aller se baigner dans les solfatares (300 KR). L’eau soufrée sort à 90° mais est tout de suite tempérée par l’apport d’eau froide dans le bassin de bain. Il n’y a guère de monde ce matin. Il y a du vent et il pleut… Il y en a beaucoup plus l’après-midi, où le vent est plus faible et où luit un rayon de soleil. Un geyser d’eau soufrée fait comme un volcan.

Nous randonnons quelques heures parmi les rochers lunaires entre lesquels poussent une végétation rase. L’Achemilla est ainsi nommée parce que ses feuilles retiennent la rosée. Les alchimistes croyaient en les vertus de cette eau du ciel. Les chimistes ne croyaient que ce qu’ils vérifiaient. Ils ont voulu examiner de quelles vertus une telle eau pouvait être qualifiée et, pour cela, ont fait s’évaporer le liquide pour étudier les qualités du résidu. Ils n’ont justement trouvé aucun reste dans cette eau pure.

Une hutte traditionnelle au toit de tourbe s’élève non loin des solfatares. Sa construction fait appel au bois mais, dans la tradition, aucun bois n’était nécessaire. La tourbe coupée en larges plaques suffisait, disposée transversalement sur plusieurs couches. Le bois était et reste très rare sur l’île, seul le bois flotté venu de Sibérie par les courants marins est récupérable mais trop précieux. Le procédé stengur superpose de longues et minces plaques de tourbe ; le klömruhnaus, utilisé jusque dans les années 1950, superpose des sections de tourbe en alternant l’horizontale, l’oblique, et l’horizontale oblique inversée. Les mouvements des murs en cas de séisme sont ainsi compensés.

Nous marchons deux heures vers une crête. La pluie se met de la partie. Un creux s’ouvre, aux deux cheminées restantes comme des doigts, ce sont des dykes. Nous pique-niquons à l’abri du vent contre une paroi verticale de lave.

Nous sommes entre le glacier d’Hofsjökull et le glacier Langjökull. La légende veut qu’un beau jeune homme fût voleur. Il avait piqué des fromages à une vieille un peu sorcière, qui lui a jeté un sort lorsqu’elle s’en est aperçue. Le jeune homme était condamné à toujours voler. Honte de la famille, il ne pouvait s’en empêcher. Au bout, de quelques années, sa parenté à bout alla trouver la sorcière pour qu’elle lève le sort, jugeant qu’il avait été assez puni. Mais on ne peut lever un tel sort, la seule chose possible est de jeter un autre sort pour adoucir la peine. Le sort jeté alors est que le jeune homme volera toujours, mais qu’il ne sera jamais pris. La région des glaciers a toujours été propice aux hors-la-loi. Le Eiriksjökull est un glacier qui a été ainsi nommé du nom d’Erik, un bandit fameux qui a perdu ses jambes en bataillant contre des fermiers sur le glacier même, jusqu’à ce qu’il parvienne à s’enfuir.

Nous revenons à pied au parking par le même chemin qu’à l’aller. La pluie s’arrête, mais le vent demeure. Ce sont les effets du glacier dont on aperçoit les langues grises au loin. Nous prenons un bain dans le bassin chaud où se déversent les sources, après nous être changés dans le bus. L’endroit est très encombré de parents et de gosses qui adorent être à poil alors qu’il fait 8° dehors. Surtout à cause du vent, d’ailleurs. Dans l’eau, il fait 40°.

Après 45 mn de piste mal entretenue, nous arrivons au camp où tout le monde va, près d’une rivière glaciaire. De petits bungalows au toit très pointu et un terrain de camping font gîte. Beaucoup de Français et d’Allemands occupent le terrain. Je retrouve un jeune couple de Français vu dans l’avion, qui fait le circuit depuis le sud, mais n’ira pas dans les fjords du nord-ouest d’où nous venons faute de temps. Ils ont habité un an la Norvège et les oiseaux sur les falaises, ils connaissent. Ils partent d’ailleurs mardi pour Oslo avant de regagner la France. La Norvège est un peu leur seconde patrie, à ce que me dit le garçon, un blond dans la vingtaine qui fume trop.

Un camion tchèque haut sur roues s’arrête devant les commodités juste pour faire de l’eau. Une plantureuse matrone d’Europe centrale en sort, flanquée de deux gamins de 10 et 8 ans hardis et joyeux. Leur spectacle a de quoi vous rendre heureux pour la soirée. Je fais ma seconde vaisselle monstre, avec deux autres, à l’eau froide. Les tortellinis bolognaise collent un peu, mais les bananes cuites à la cassonade sans graisse sont plus faciles à nettoyer.

Un bungalow d’Islandais bourrés fait la fête fort avant dans la nuit. Nous sommes samedi soir, jour de cuite traditionnelle. Ils se sont approvisionnés en alcool dans les magasins d’État, seuls habilités à vendre ce poison avec de fortes taxes. Mais cela ne dissuade guère les obstinés de la boisson ! Dans le ciel dégagé, un magnifique coucher de soleil dans les rouges a lieu vers 22h30, avant qu’il ne se relève avant 4h.

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4 réflexions sur “Région des glaciers d’Islande

  1. Marrant, un vraie sosie de moi au même age, à l’époque où j’avais cette horrible coupe en bol :-p J’ai bien enlaidi (et grossi) depuis…

    Je n’aimerais pas Norvège… je déteste le froid!!

  2. Tu veux nous réchauffer ou tu te moques ? 😉 🙂 Merci pour le beau voyage !

  3. argoul

    Bon dimanche Michèle, suite mercredi.

  4. un mot
    un seul
    superbe !
    aussi beau que la vidéo relaxante chez moi 🙂
    bon dimanche

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