A la saint Glinglin

Qui n’a pas entendu cette expression courante qui veut dire jamais ?

Mais un saint est un saint et un juriste normand, subtil comme tous les descendants de Vikings férus de droit et de procédures, a jugé que « payer à la saint Glinglin » ne voulait pas dire ne payer jamais mais… à la fête de tous les saints, puisqu’à la Toussaint – comme son nom l’indique – absolument TOUS les saints sont fêtés. Tel est pris qui croyait prendre !

Glinglin est parfois appelé Clinclin ou même Gay à Liège en Belgique, « cité ardente » comme chacun sait. J’ai eu un ex-condisciple de Science po devenu par hasard collègue en gestion de patrimoine appelé Glain, avec un a entre l et i comme un vit entre deux fesses – il est d’ailleurs mort de la peste des années 80. Nous cherchions la date du saint pour lui fêter, mais vainement. J’en sais plus désormais grâce au dictionnaire de Jacques Merceron.

L’expression serait née au XIXe siècle dans l’argot, reprise par certains romans populaires. La Première guerre mondiale va la populariser via les Poilus de retour dans leurs provinces. Raymond Queneau lui rendra l’hommage de tout un livre en 1948 : Saint Glinglin.

Cling en français et klingen en allemand veulent dire sonner et Glinglin viendrait de là : branler les cloches. Le mot « saint » accolé à Glinglin serait lui-même une déformation de cloche : sin, sing, saing, seyn – dérivé du latin signum pour signal, s’est déporté en bas-latin pour désigner la sonnerie de cloche.

Les cloches avaient le pouvoir de prédire l’avenir comme son entre ciel et terre – et rappel de l’au-delà chrétien. C’est ainsi que l’on sonne pour que l’âme des défunts monte vers le paradis, mais aussi pour signaler aux humains un danger imminent. La trompette du Jugement dernier serait devenue cloche dans le folklore médiéval, incitant à désigner Glinglin comme la fin des temps.

Vous savez tout sur le Glinglin !

Jacques Merceron, Dictionnaire des saints imaginaires et facétieux, Seuil 2002, 1293 pages, €35,50

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3 réflexions sur “A la saint Glinglin

  1. Philippe CLEMENCEAU

    Eh oui, parfois les « gens de Dieu » ont besoin du secours d’un intercesseur; il se pourrait qu’aujourd’hui Plifier s’appelle Julien Courbet, mais il n’est pas encore à l’ordo du 1er avril !!!

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  2. Je n’ai pas trouvé Glinglin dans la liste des prénoms sur Nominis, mais dans la liste des « saints » où il est traité au second degré comme n’existant pas sauf à titre de symbole. Comme quoi l’église catholique peut – parfois – faire preuve d’humour. J’attends bientôt dans la liste le fameux Plifier, saint auquel se vouent tous les tourmentés par les règles et les administrations.

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  3. Philippe CLEMENCEAU

    Et pourtant, si l’on se fie à l’ordo, le calendrier officiel de l’église catholique romaine (que l’on peut consulter sur le site nominis), la saint Glin-glin se célèbre le 1er avril.

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