
Un roman qu’on disait autrefois « de gare » avant l’invasion des Smartphones sur lesquelles regarder les séries. L’autrice, ex-prof dans l’est de la France, a bien assimilé l’esprit moyen des lecteurs, qui sont en majorité des lectrices. Du féminisme, du sexe, peu d’action mais de l’initiative, et un happy-end de rigueur. Nous sommes plus dans un scénario de téléfilm que dans un roman psychologique. Ce livre, laissé par une lectrice dans un hôtel au bout du monde, est du prêt à consommer. Je le laisse à mon tour dans une boite à livres pour le plaisir éphémère du lecteur suivant. Vite lu, vite oublié.
Nous sommes décentrés au 18ème siècle pour un univers en noir et blanc, où les nobles ont tous les droits et les autres sont dominés. Un siècle qui revient avec Trompe et Epstein, puis les « roués » de l’époque, appelés « libertins », avaient des mœurs dépravées pour leur bon plaisir. Sans Dieu, sans morale, sans pitié. Les femmes, surtout jeunes, étaient du gibier à chasser, molester et violer en série, ainsi que certains jeunes garçons de belle figure. Une fois usés, tous disparaissaient dans les bas-fonds d’Aix-en-Provence, les sous-sols des ruines romaines.
C’est ainsi que Livia, une fille trouvée confiée au couvent, s’enfuit à la prime adolescence de cette atmosphère bigote et confinée pour courir la grande ville. Elle est aussitôt happée par un boulanger, qui la couche sur son lit contre un pain croustillant. Voulant retrouver sa liberté, elle est saisie par un truand de la mafia locale, qui la livre aux grands seigneurs dépravés. Là, elle sera pute, avilie, puis utilisée comme appât après avoir été formée aux belles manières pour se venger d’un chevalier trop moraliste, le baron de Cressol. Séduit par la beauté de la jeune fille, il la mariera sans rien savoir de ses origines. Villèle et Sarrians, qui ont monté le complot, s’en roulent par terre de rire. Ils attendent leur heure pour mettre au jour la supercherie et avilir le moraliste.
Heureux hasard (il n’y a que cela dans ce roman), Livia ne tombe pas enceinte des client du bordel, ni de son mari Cressol, mais de son amant, le faïencier de Moustier Guilhem. Elle donne naissance une fille, que le baron croit de lui (mais c’est sans aucune conséquence dans cette histoire). La gouvernante Bertille soupçonne quelque chose et se prend de haine pour la mère et la fille, prénommée Julie.
Mais « la peste » survient dans la ville, depuis Marseille où un bateau, par appât du gain, n’a pas respecté la quarantaine. Ninon, la meilleure amie de Livia, est malade et celle-ci, qui a quitté son mari baron, court à son chevet. Ninon s’en sort, elle n’avait qu’une fièvre « quarte », mais Livia décède. Julie est orpheline. Élevée par son père et son grand-père, qui lui apprend le maniement de l’épée, elle jure à ses 20 ans de se venger des dépravés qui ont soumis sa mère. Elle a reçu en effet un paquet de lettres de la part de Ninon.
Elle « monte » donc à Aix, loge chez Ninon, et s’habille en garçon pour fréquenter la salle d’armes. Villèle est attiré par ce jeune homme joli et imberbe, sans origines, qu’il ne parvient pas à battre. Infatué de lui-même de par son sang bleu, son rang social, sa richesse et son impunité morale, il ne supporte pas qu’on lui résiste et échafaude un plan pour forcer le jeune bretteur à se battre à mort avec lui. Il en crèvera, comme de juste dans ce genre de roman. Quant à l’autre, son complice espteinien Sarrians, il vieillit trop vite et décide d’en finir en emportant Julie déguisée en Julien avec lui. Mais c’est compter sans l’initiative de la fille, insoumise dans l’âme.
Entre temps, Julie tombera amoureuse d’un clerc de notaire féru de Voltaire, qui imprime des libelles vengeurs contre les nobles, leur dépravation et leur impunité. 1789 pointe déjà un demi-siècle avant.
Bien écrit, on ne s’ennuie pas, mais rien ne reste de cette histoire d’épée plus que de cape. Seulement les poncifs de notre époque : la domination de classe, les préjugés sociaux, la révolte féministe, le moi aussi des femmes qui veulent faire comme les hommes.
Françoise Bourdon, Pour oublier la nuit, 2021, Livre de poche 2022, 332 pages, €9,20, e-book Kindle €8,99
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