Sri Lanka

Shyam Selvadurai, Drôle de garçon

shyam selvadurai drole de garcon
Un Sri-lankais tamoul décrit son enfance en anglais depuis son exil au Canada. Il est l’exemple même du métissage déstabilisateur, pris entre mondialisation globale et nationalisme raciste. Arjie, second fils d’une famille aisée de Colombo, joue à la mariée avec les filles avant 7 ans (mais il reste l’ordonnateur). Son père, gêné de le voir aussi « bizarre », enjoint son grand frère surnommé Crotte (de nez) de le prendre dans son équipe de cricket. Mais cela ne satisfait ni Arje, qui est nul et déteste le cricket, ni Crotte, qui se colle un handicap dans son équipe.

Ainsi commence l’histoire captivante d’une enfance naïve, puis d’une adolescence qui découvre le monde et la cruauté des hommes. Pris dans l’équipe de théâtre de l’une de ses tantes, il assiste à la romance puis à la rupture de Rhada et d’Anil, l’une tamoule et l’autre cingalais. Si les individus peuvent se plaire et s’aimer, les communautés se détestent et « la société » comme la famille ne supportent pas les mésalliances.

Même chose avec Jegan, jeune homme séduisant et musclé, fils d’un ami d’enfance de son père, que le jeune Arje admire. Il vient sur recommandation chercher du travail et le père d’Arje, touché de reconnaître en lui les traits de son ami disparu, l’embauche. Travailleur, intelligent, organisé, Jegan montre ses capacités… mais il a le handicap d’être Tamoul et ne sait pas « marcher sur des œufs » avec les susceptibilités et les jalousies cingalaises. Il doit être renvoyé.

A 14 ans, Arje est placé dans un collège à l’anglaise sur ordre de son père, pour contrer ce caractère « bizarre » qui continue à s’affirmer en toute candeur. Las ! Le collège à l’anglaise n’est pas le meilleur endroit où contrer la sensualité naissante. Autoritarisme, fouet, rigidité, ne font qu’accentuer la sensibilité à vif de cet âge, qui jouit des tortures en saint Sébastien. Arje a beau être battu à coups de cannes par le sadique censeur Cravate noire, voir son ami cingalais Soyza torturé pour lui, cela ne fait que le braquer. Il rejette la virilité avec l’autoritarisme et préfère la douceur de l’amitié et du cœur.

Ce qui ne va pas sans désirs ni accomplissements brutaux, au garage, dans la chambre, dans les toilettes. La répression morale et physique agit comme une cocotte minute : loin d’éradiquer les pulsions, elle les exacerbe jusqu’à l’explosion. L’auteur a l’habileté de présenter son cas personnel comme une métaphore de toute la société. Les Cingalais qui répriment férocement les Tamouls minoritaires dans la torture, le sang et les pogroms, ne font qu’exacerber la haine et l’envie de se venger. Des flics sont tués par les Tigres, organisés comme une véritable armée. La guerre civile s’installe dans le pays, tout comme elle couve au collège, où Arje se venge de Cravate noire en massacrant son poème favori devant le ministre à la distribution des prix, bien qu’il ait été choisi en reconnaissance de son talent.

Couvre-feu, oncle journaliste tué par la police ou les milices, fuite de la maison familiale juste avant qu’elle ne soit incendiée, grands-parents brûlés vifs dans leur voiture par la foule déchainée, hôtel du père saccagé – aucun avenir n’est plus dans le pays pour les Tamouls aisés. Le livre s’arrête au moment de l’émigration au Canada. Arje, comme l’auteur, a alors 18 ans. Il laisse Soyza, son ami de cœur et de sens, car il sait qu’entre ce garçon Cingalais et lui-même Tamoul, aucune amitié ne peut durer, prise qu’elle est malgré elle dans la société et la nation.

Le livre est frais, bien écrit, romancé. Il décrit l’autre face de la société indienne et sri-lankaise, la face sombre du nationalisme étroit et de la haine pour qui ne vous ressemble pas. Du cas personnel à l’humanité universelle, voici un roman délicat qui explore les tréfonds de la bêtise humaine.

Shyam Selvadurai, Drôle de garçon, 1994, 10-18 2000, 299 pages, €4.95
Voyage au Sri-Lanka sur ce blog

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Galle

Ce matin, la mer est agitée, les rouleaux levés par la houle et un bon vent qui souffle au large et lève une moiteur tropicale. Le petit-déjeuner est expédié pour l’ouverture des boutiques (et du fort) de Galle à 8h. Sur la route vers Galle se dresse l’un des Bouddhas de Bamyan, détruits par le fanatisme des talibans afghans. La statue a été reconstituée en béton par des Japonais, eux aussi bouddhistes.

tsunami 2004 ceylan

La route passe là où le tsunami de magnitude 9.1 à 9.3 du 26 décembre 2004 a frappé, parti du nord de Sumatra. Une vague de 5 à 10 m de haut selon les endroits a submergé la rive et jusqu’à la voie de chemin de fer où un train qui passait a été renversé ; tous les passagers sont morts noyés. Le bilan officiel pour le Sri Lanka fait état de 35 082 morts et 4 469 disparus, surtout sur la côte sud et est. Nous voyons encore des maisons écroulées, seuls les bâtiments en béton armé ont résisté.

galle maison détruite par le tsunami sri lanka

La Qali d’Ibn Battûta est devenue Galle avec les Portugais, qui ont bâti un port fortifié. Lorenzo De Almeida en 1505 a découvert l’anse naturelle de Galle après une tempête. La vile est classée au Patrimoine mondial de l’UNESCO.

galle fort sri lanka

Inoj nous fait faire une visite au pas de charge des principaux monuments de Galle avant un long temps libre pour les dépensiers. De belles boutiques s’ouvrent, en ce lieu très touristique ; les prix sont en rapport et le marchandage très réduit, au grand étonnement des riches occidentaux qui veulent quand même réaliser une affaire malgré l’écart des niveaux de vie… Nous visitons le fort, voyons le terrain de cricket, l’une des portes de la ville, le phare, des églises chrétiennes.

galle mariage sri lanka

Le fort a été construit sur 90 hectares par les Portugais, puis occupé par les Hollandais et les Anglais.

galle eglise groote kerk sri lanka

L’église protestante Groote Kerk, datant de 1754, exige de marcher, par humilité des défunts, sur les pierres tombales en néerlandais, ornées d’une tête de mort surmontant deux tibias entrecroisés.

galle pierre tombale eglise groote kerk sri lanka

Devant l’église anglicane de Tous les saints, construite en 1871, et sous la porte de la ville, des mariages se font photographier. Nous voyons les demoiselles d’honneur en beige, en bleu, en vert, en rouge – jamais en blanc couleur du deuil ou du sérieux scolaire. Les garçons d’honneurs sont moins flamboyants.

galle demoiselles d honneur mariage sri lanka

galle garcons d honneur mariage sri lanka

Les magistrats siègent dans des bâtiments entourant une place aux banians dressés qui déploient une ombre épaisse et verte. Des rues partent en étoile vers les remparts sur la mer. Là se tiennent les boutiques de toutes sortes, l’artisanat, la bijouterie, la soie, les restaurants, mais aussi les écoles. Une Montessori, une école coranique, une école publique.

galle rue sri lanka

Un joli gamin musulman au teint de miel joue pieds nus et gorge découverte sous le porche d’une maison cossue. Côté soleil des rues, la chaleur est lourde, la brise ne passant pas entre ces maisons trop serrées ; mais toutes les autos et touk-touk sont garés côté ombre, empêchant les piétons de profiter de sa relative fraîcheur ! Bijoux, thé, éléphants de bois, bouddhas de bronze, masques, statuettes, marionnettes, le touriste acheteur trouve ici tout le fatras pseudo-authentique qu’il désire. Il faut fouiller pour dénicher ce qui peut plaire.

galle musulman sri lanka

Des cars entiers amènent des touristes locaux, parfois accompagnés d’un moine bouddhiste en robe safran, une épaule découverte. La ville a mieux résisté au tsunami que la côte, en raison des rochers qui bordent les remparts fort avant dans la mer. Mais quelques maisons aux toits écroulés montrent que le flot a dépassé le rempart en plusieurs endroits ; il y aurait eu quelques milliers de morts sur 100 000 habitants.

galle phare sri lanka

Nous quittons Galle vers 11 h, nous devons être à l’aéroport trois heures avant notre décollage. L’autoroute a été inaugurée il y a peu et nous mène à bonne vitesse sur 65 km vers Colombo ; il s’arrête malheureusement encore à 21 km de la capitale, le tronçon n’est pas fini. Nous devons passer par les avenues encombrées de Colombo, subir les embouteillages des grandes artères, les feux rouges décalés pour tourner. Le chauffeur prend des « raccourcis » par de petites rues, un dégagement par le canal Ferguson où sont amarrés des bateaux colorés. La conduite est dantesque, les deux voies se transformant en trois à chaque fois qu’un touk-touk traîne ou qu’un camion se gare en double file, ou encore qu’un chauffeur étrenne son auto neuve dont il ne veut pas pousser la vitesse…

Sur le vol vers Doha, mon voisin est un Sri-lankais qui travaille au Qatar dans la conception graphique. Il s’enfile quatre whiskies à la suite « parce que, dit-il, il n’y a absolument rien là-bas ». Il a deux petites filles, dont il me montre une vidéo sur son Smartphone Samsung Galaxy.

FIN du voyage.

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Plage des pêcheurs à Mirissa

Nous partons pour quelques kilomètres de bus jusqu’à la plage des pêcheurs où les bateaux traditionnels alignés, colorés, semblent n’attendre que la photo. L’heure n’est pas à la pêche, peut-être ne servent-ils plus que de décor ? Construits en bois, très effilés, ils sont équilibrés par un grand balancier d’un seul côté et dirigés par une godille.

mirissa bateau a balancier sri lanka

Au large, sont à l’ancre des bateaux plus gros et plus professionnels, avec de longues perches pour tendre les filets en haute mer.

mirissa bateau sri lanka

Des adolescents du coin viennent sur la plage jouer au cricket, sport très populaire en Inde (qui n’est qu’à 31 km au-delà du détroit de Palk), puis se roulent dans les vagues en se chamaillant, la plupart tout habillés. Ne sont torse nu que ceux qui sont fiers de leur corps. Même les petits garçons gardent souvent un tee-shirt.

cricket mirissa plage sri lanka

Une voilée attend à la lisière du sable, avec la plus jeune de ses filles, que son époux, son fils et sa plus grande fille terminent de s’amuser dans le ressac, tout au bord. Il ne s’agit pas de nager mais de se tremper ; ces enfants savent-ils nager, d’ailleurs ? Pour une fois torse nu, le garçonnet musulman d’une huitaine d’années prend beaucoup de plaisir à se rouler dans l’eau mêlée de sable, comme en témoignent ses gloussements et ses cris. Déjà replet, presque obèse, il est l’enfant gâté parce que le seul fils. Abus de sucreries et de Coca, favoritisme de mâle.

nager mirissa plage sri lanka

Le Seafood restaurant est un ancien bateau posé sur le bord de la plage. Du pont, on domine les baigneurs, les surfeurs et les joueurs de cricket. Un peu plus loin sont en effet proposées des leçons de surf et il y a deux élèves, une fille de 20 ans et un adolescent de 14 qui s’y essaient sous la direction d’un professeur à chignon. Les vagues sont ici propices à apprendre, ni trop hautes, ni trop puissantes. Douché, submergé, épuisé, le kid rejoindra sa mère, tout mouillé, en seul bermuda mais des étoiles dans les yeux. Ils s’installeront en bas sur les tables de la plage pour boire un Coca.

mirissa plage sri lanka

L’assiette de thon grillé, de riz et de salade est copieuse, je ne la finis pas. Le poisson est trop sec, frit trop longtemps. Il est bon mais dur à mastiquer, malgré la tentative culinaire de le cuisinier sauce ail et oignon. Il est vite 14 h, le temps passe.

seafood restaurant mirissa plage sri lanka

Nous sommes à la pleine lune et c’est la fête de Poya, comme chaque mois, durant laquelle on commémore la naissance, l’illumination et la mort du Bouddha. Durant cette fête mensuelle, des lampes sont allumées autour de l’arbre de la bodhi, le banyan de l’Illumination, et de la dagoba qui est un reliquaire ; on fait une offrande de fleurs à la statue du Bouddha ; des versets des écritures en pâli sont récités ; les fidèles se prosternent devant le moine et invoquent les trois figures du Bouddha, de la Dharma (son enseignement) et de la Sanghà (communauté des adeptes) ; ils citent les cinq préceptes du bouddhisme et écoutent un sermon sur le Bouddha et ses vies antérieures.

mirissa filets sri lanka

Inoj nous rappelle les cinq préceptes communs à tous, laïcs et moines :
1. ne pas nuire aux êtres vivants ni prendre la vie (non-violence),
2. ne pas prendre ce qui n’est pas donné,
3. ne pas avoir une conduite sexuelle incorrecte ─ plus généralement garder la maîtrise des sens,
4. ne pas user de paroles fausses ou mensongères,
5. s’abstenir d’alcool et de tous les intoxicants.

L’alcool est donc prohibé durant cette fête – mais nous Occidentaux sommes exemptés de cette contrainte à condition de nous cacher : bière dans un sac ou cocktail dans les chambres. Comme il n’y a que des Occidentaux dans l’hôtel, le bar fait une exception, les jus de fruit déguisant l’alcool qu’il y a dedans. Mais toutes les bouteilles habituellement étalées au comptoir ont été ôtées. Le jour étant férié, nous n’avons pas vu de bus rouges, service d’État ; seuls les bus privés circulaient, conduits par des non-bouddhistes.

Le dernier dîner du séjour est morne, à la nuit tombée, dans la cuisine internationale. Demain, le réveil a été fixé très tôt car les trentenaires sont avides de meubler leurs intérieurs de « souvenirs » pour quand ils seront vieux. Il y a longtemps que je me suis détaché des babioles qu’on rapporte et qui ne servent qu’à encombrer.

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Réserve d’animaux du parc national d’Udawalawe

Le lodge où nous arrivons la nuit tombée est l’Athgira River Camp, aux bungalows en dur sur pilotis ouvert d’un côté comme une tente. Il fait chaud, tropical, humide ; nous avons changé de région. Le camp, proche du centre de sauvetage des éléphants, est au bord de la rivière Rakwana, où l’on entend quelques locaux se jeter à l’eau nus à grandes éclaboussures. Nous n’avons pas le temps de dîner qu’il se met à pleuvoir en averse tropicale, nous voici obligés d’aller sous les paillotes, plus serrés qu’à l’extérieur, tandis que les garçons bruns aux chemises blanches très ouvertes virevoltent entre les tables.

Athgira River Camp sri lanka

Départ 6h10, le jour à peine pointé, pour 2h30 de 4×4 Toyota sur les pistes du parc national d’Udawalawe de 310 km². Il y aurait plus de 500 éléphants, des léopards et une grande variété d’oiseaux. Nous montons à quatre ou cinq par bétaillère, un banc de chaque côte sous une armature métallique, pour les quelques 7 kilomètres de route qui nous séparent de l’entrée dans la réserve. Le chauffeur de notre 4×4 est svelte et très souriant. Il conduit pieds nus, avec prévenance pour les touristes, leur évitant les cahots les plus forts, les branches traitresses et les ornières déstabilisatrices.

chauffeur parc national udawalawesri lanka

Nous observons la faune du pays : éléphants aux aguets, buffles broutant, un chacal tirant sur sa charogne, plusieurs aigles collés au tronc desséché d’un arbre mort comme pour se dissimuler, sur le lac des ibis, un héron, des crocodiles digérant immobiles au soleil, entre les arbres un vol de perroquets, des caméléons qui se fondent.

buffles parc national udawalawesri lanka

Les 4×4 passent sur la même piste arpentée plusieurs fois par jour, les animaux ne se dérangent même plus au bruit ; ils se suivent, ce qui gêne parfois la vue.

oiseau parc national udawalawesri lanka

Nous prenons des photos mais nous en avons au final plein des fesses en raison des chaos et plein les yeux en raison de la lumière ; je ne suis pas prêt pour un safari africain, les grosses bêtes de la jungle ne m’intéressent plus comme à l’âge des peluches au temps des dessins animés. Nous n’avons pas vu le léopard, seul gros félin de l’île : il se planque. Au retour du safari, il pleut… Il est à peine tombé quelques gouttes dans la réserve alors que la route qui mène au camp était toute mouillée. Y aurait-il un microclimat au-dessus des éléphants ?

oiseaux parc national udawalawesri lanka

Nous revenons au camp pour un petit-déjeuner de thé et de fruit, d’œufs brouillés. Pour une fois, il y a du bacon croustillant. Mais le café, bon dans le premier pot, a du repasser dans la même mouture au second tant il est fade. Mieux vaut en rester au thé. Il nous faut encore parcourir des kilomètres le long de l’océan, la vue trop souvent bouchée par les hôtels reconstruits après le tsunami avec les fonds d’aide internationale, pour passer Mirissa et atteindre enfin notre hôtel bord de mer, l’Insight Resort Ahaugama.

paon parc national udawalawesri lanka

La mer demeure forte, pas moins de cinq rangs de rouleaux viennent s’écraser sur le sable, mais il ne pleut plus. Notre premier soin, après la dépose des bagages dans les chambres, est de nous y tremper. Las ! On ne peut pas nager. Un courant traître vous emporte vers le large tout en vous déportant sur la droite. Le conseil est de ne pas quitter la zone entre les deux drapeaux rouges, une jetée artificielle de gros rochers faisant barrage.

mer a mirissa sri lanka

La lumière sur l’océan est comme souvent superbe, un dégradé de gris bleu vert du plus beau métal. Le ciel reste plombé de nuages lourds, même s’il ne pleut plus depuis quelques heures. Le sable est blanc jaune avec quelques brins de coraux arrachés par le ressac.

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Marche dans les rizières cinghalaises

Nous nous levons plus tôt que nécessaire dans le silence de la campagne où seuls s’élèvent les chants d’oiseaux. Même la route proche se tait ou se contente de ronronner dans le virage, de temps à autre. Petit-déjeuner d’ananas, banane, papaye. Les œufs frits sont appétissants, mais l’huile de coco employée leur donne un goût de mauvaise haleine.

petit dejeuner cinghalais

La promenade commence dès le matin, elle sera mi-route mi-chemin, et même sur des murets de rizière.

riziere sri lanka

Inoj adore montrer les arbres et donner leur nom français ou latin. Il désigne ainsi le « Grusillia » (?), de la famille de l’acacia, dont les fleurs blanc-mauve sont un poison bio pour les rats : « les rats ils mangent et ils sont morts » – dit-il. Je crois, moi, que les rats connaissent les poisons endémiques de leur contrée et que, s’ils ne connaissent pas, ils testent avec un seul d’entre eux avant de manger comme lui s’il n’est pas mort.

hibiscus sri lanka

Nous rencontrons aussi les lourdes gourdes fripées du jacquier, le gros durian puant, le bananier aux larges feuilles, le palmier à coco quand nous baissons en altitude et quelques-unes des 15 autres espèces, le dhoum bien plus haut qu’en Égypte, le tek, et le bambou, là (mais qui n’est pas noir comme au Japon). Il y a l’hibiscus aux pistils offerts dans sa corolle ouverte et l’hibiscus-piment à la fleur fermée comme une gousse, des bougainvillées violets, des daturas pâles et odorants, des magnolias et des tulipiers ; les poinsettias poussent leur fleur-feuille rouge verte, les lantanas éclairent de jaune, orange et mauve le bord des chemins.

magnolia sri lanka

Des frangipaniers ont la fleur blanche odorante aux pétales tournant vers la gauche, en roue solaire, dont on fait offrande à Bouddha dans les temples. C’est une véritable orgie végétale, tout prolifère et pousse à profusion entre le soleil et la pluie de mousson.

fleur de frangipanier sri lanka

Les arbres ont l’air de bondir, de danser, délirant de sève et de lumière : cet enthousiasme adolescent est celui que je ressens, comme Francis de Croisset, décrivant la forêt cinghalaise : « Des bambous métalliques partent comme des fusées ; des cocotiers font éclater en plein ciel leurs gerbes pluvieuses; des péronias dressent comme des baldaquins d’énormes plumes pourpres, — d’énormes plumes qui sont des fleurs. Des taliputs hissent à trente mètres des candélabres de muguets. Des palmes gonflées d’azur suspendent des parachutes. Des canéficiers érigent des fleurs en or, et d’autres des bouquets de fruits bleus. D’autres encore portent à la fois leurs fruits avec leurs fleurs, chargés comme d’immenses sapins de Noël. Des rhododendrons ont douze mètres et des pommiers-roses en ont vingt ; et des arbres inconnus, inouïs, montent et flambent comme des incendies. »

gamin medaille de shiva sri lanka

Il fait soleil et il pleut, parfois les deux en même temps. Fleurs immobiles, oiseaux de paradis mobiles, écureuil se filant de long des branches ou, d’un saut, d’une branche à l’autre, quelques singes du genre « cynique » (siniques), pas de singes noirs ici, et des chiens évidemment. Bien plus que de chats et bien moins discrets, mais pas de gamins car c’est jour d’école. Nous descendons dans les rizières où le seul chemin passe sur les murets larges de 10 cm qui les bordent. Chaussures en équilibre, appareil photo d’une main et parapluie de l’autre, nous tentons de coordonner tout ça pour avancer, admirer, clicher et ne pas tomber. Le comble, la pluie a fait sortir les sangsues et tout passage dans les herbes entraîne sa horde avide à l’assaut des chaussures. Nouveaux cris hystériques de celles qui croyaient en avoir à tout jamais fini avec ces mini pénis vampires.

curry paysan sri lanka

A l’abri chez l’habitant, nous déjeunons de divers curries pas trop épicés tandis que la pluie continue de tomber. La noix de coco râpée, légèrement humidifiée à l’eau, est souveraine pour calmer les brûlures du piment ; elle est une fin de repas fort agréable avant le thé chaud. Une petite chatte couleur poussière, qui ne quémande rien qu’un peu de compagnie, adopte les chaussures qu’elle flaire et s’endort en boule dessus. C. a beaucoup de mal à récupérer son bien et le garçon, rentré de l’école vient saisir son animal dans les bras.

cascade Bambarakanda de 263 m sri lanka

Nous sommes près du parc Hortons Plains, mais en contrebas, dans cet enfer de fin du monde que nous n’avions pas vu dans les nuages l’autre jour. Après déjeuner, il pleut toujours, mais nous montons dans les bois qui dégouttent voir la cascade Bambarakanda de 263 m qui tombe du rocher noir, la plus haute du Sri Lanka, à 1155 m d’altitude. Le jeu est de se baigner dans la vasque creusée par les siècles, mais seul un quart du groupe y va. L’eau est assez froide et l’atmosphère extérieure mouillée. Nous retournons par les bois puis par la route de ce matin, dans l’autre sens, avant de couper par des marches abruptes établies par les habitants entre les virages de la route. L’école est finie et les Hellos (nous) croisent les One pen (gosses) en échangeant toujours les mêmes propos et les mêmes gestes (sourires-photos). Même sous la pluie, ce pays est riant ; même dans l’orage, il est bien vivant. Le sol est mouillé, l’air moite, les arbres suintent, les nuages plombent le ciel dans une atmosphère d’aquarium, mais de jolis effets de brume montent sur les sapins.

brume de mousson sri lanka

Nous avons deux heures de bus pour rejoindre la réserve d’animaux où nous irons demain à l’aube. Le minibus a ses pneus avant lisses, je l’ai vu aujourd’hui. Voilà pourquoi ils crient parfois dans les virages. Le chauffeur est prudent, mais il doit négocier les chiens couchés sur la route, les vaches qui n’en font qu’à leur tête et à qui personne n’ose rien dire pour cause de sacré, les vélos non éclairés, les touk-touk aux allures d’escargot, les motos qui déboulent directement sans regarder, les bus qui doublent en forçant le passage… Je ne conduirais pas au Sri Lanka. La route est un déversoir de tout ce qui travaille, se promène et veut se rendre d’un endroit à un autre. Les chiens, habitués tout petit aux bruits et fureurs des camions et bus qui leurs passent sous la truffe ne se dérangent qu’à peine aux passages – au risque de se faire écraser une patte, voire choquer l’arrière-train. Des gosses presque nus courent librement après l’école et avant le coucher ; leur peau sombre ne se distingue pas de la route au crépuscule et leurs pieds sans chaussures ne font aucun bruit. La conduite du chauffeur est adaptée : il double les touk-touk qui n’avancent pas en double file, forçant ceux qui viennent en face à se ranger – sauf s’ils sont trop gros. Quand il double juste avant un virage, il est parfois obligé de se rabattre vite et c’est le plus petit qui cède.

gamin demi nu sri lanka

Nous avons vu deux Peugeot 504, voitures qui font chic mais d’un design désuet devant les japonaises omniprésentes. Sont-elles bien entretenues ou produites localement ? Arrêtées en 1983 en France, les berlines ont été produites au Nigeria jusqu’en 2005. L’intérêt de la 504 (j’en ai eu une durant dix ans) est qu’elle ne comprend aucune électronique et qu’elle se répare facilement. Les seules autres voitures européennes sont les Volkswagen Coccinelles, dont on voit quelques épaves routardes échouées dans les garages ouverts sur la route.

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Idalgashina, marche dans les jardins de thé

Nous quittons l’hôtel à pied, sac sur le dos, dans les embouteillages de 7 h. Nous longeons les bus fumants, les collégiens et collégiennes en bande, les mémères surchargées de paquets, le tout dans d’étouffants et âcres nuages de mauvais diesel. Nous prenons le train, heureusement que nous sommes arrivés en avance, nous l’aurions raté. Dans les wagons, un vendeur passe avec une grosse thermos et des gobelets de plastiques pour proposer du thé. Nous descendons station Idalgashina.

pluie idalgashina sri lanka

Nous sommes à 1570 m mais dans la brume et… il commence à pleuvoir ! Mais il y a du vent et le temps se lève vite, laissant inaugurer une belle journée pas trop chaude. La randonnée est une promenade dans les jardins de thé en pente d’un domaine étiqueté « bio ». Nous croisons un homme qui travaille à la houe entre deux rangées de théier, sur une pente à 75%, des gamins et gamines hilares en ce jour sans école pour cause de fête bouddhiste. Il est vrai que nous avons rencontré les fêtards dès après la gare ; il y avait des fleurs et des pétards et ceux qui donnaient une pièce à Ganesh ont eu droit à un tika rouge entre les deux yeux. Avec la chaleur et la transpiration, le point a coulé sur les visages occidentaux, finissant par faire mauvais effet. Les gamins réclament photos et pen, mais juste pour le plaisir. Des cueilleuses de thé sont en pause sous un auvent où la récolte de feuilles fraîches du matin est soigneusement pesée. Elles doivent cueillir le bourgeon et les quatre feuilles autour, pas plus ; les autres feuilles donnent un thé de mauvaise qualité.

cueilleuses de the idalgashina sri lanka

Nous pique-niquons vers 11h du matin seulement, car la promenade se termine à la route… Ce n’est pas très organisé. La boite en carton contient deux beignets gras de légumes et poulet haché épicés, un chausson de légumes, une banane et une part d’un gâteau genre génoise.

pause des cueilleuses de the idalgashina sri lanka

Nous reprenons le chemin vers le bas. Nous pouvons voir de près des cueilleuses de thé en pleine action, sous la surveillance de leur contremaître.

photo des photographes photographiant sri lanka

Elles aussi adorent se faire prendre en photo, et le contremaître prend lui-même en photo les étrangers photographiant, sur son téléphone mobile (roue du Dharma ?).

fleur du the sri lanka

La main droite attrape le bourgeon et les quatre feuilles tendres terminales, une fois, deux fois, trois fois. Puis la poignée de feuilles passe dans la main gauche. Quand elle est pleine, un geste la jette dans la hotte ouverte portée sur le dos, un grand sac plastique renforcé porté sur la tête et les épaules. Deux chiens agressifs nous montrent les crocs en grognant pour nous empêcher de monter vers les cueilleuses, mais elles les chassent. Le théier est reproduit surtout par marcottage. Ce serait trop long de faire pousser les graines, et trop hasardeux de constater le résultat. Le marcottage permet de cloner l’arbre existant : il suffit d’attacher à une branche un sac de terre et d’attendre quelques semaines que des racines apparaissent ; couper la branche et la planter.

jardin de the bio idalgashina sri lanka

Un escalier descendant ne tarde pas à nous mener sur la route, à l’entrée d’un hôtel où une gargouille en béton pour les eaux pluviales joue les horreurs. C’est une gueule de dragon pleine de dents et le plaisir gamin des trentenaires est de se faire prendre en photo entre les crocs. Certains avouent quand même qu’ils n’aiment pas ça, même si la bête est une chose en béton.

monstre dentu en beton sri lanka

Sur la route, nous pouvons observer le transport en gerbes du riz moissonné dans les champs, son battage au fléau à main sur une aire, puis sa mise en sacs jusqu’à la route, où il est étalé sur le macadam pour sécher. Je donne mon gâteau de pique-nique à un gamin qui nous observe de ses grands yeux sombres.

A Belihuloya nous attend l’hôtel Water Garden, où nous arrivons vers 13h15. Il fait chaud et lourd, le soleil apparaît par intermittence, entre deux pluies fines. Il n’y a rien à voir dans le village, composé de boutiques le long du virage de la route et de quelques maisons un peu à l’écart dans les champs. Ceux qui sont partis explorer reviennent une vingtaine de minutes plus tard, bredouilles. Il y a quand même un sub-office postal où poster ses cartes, à condition d’avoir eu le temps d’en écrire.

cuisiner le curry hotel belihuloya sri lanka

Avant le dîner, le groupe est convié dans la cuisine de l’hôtel où Madame nous montre comment préparer un curry à sa façon. Deux légumes sont choisis : les lentilles jaunes et les haricots verts. Aux épices, la cuisinière ajoute de petits piments verts (une poignée), quelques gousses d’ail écrasées, cinq oignons hachés, deux bâtons de cannelle effrités, des feuilles de curry (presque impossibles à trouver chez nous), du lait de coco obtenu avec de la noix râpée infusée à l’eau chaude, malaxée et filtrée. Une fois tout cela en train de mijoter, on ajoute les épices sèches : cumin, curcuma, fenugrec (on peut le remplacer par du sel de céleri, le goût est proche), clous de girofle, gingembre, anis, du sel et du piment en poudre selon la force désirée. Les légumes doivent être cuits à suffisance, très peu, type nouvelle cuisine pour les habitudes d’ici, un peu plus chez nous. Nous voilà déguisés en chefs avec toque en carton et tablier montant ; nous aidons à éplucher, écraser et touiller, mais prenons surtout des photos. Cette « leçon » est le « plus marketing » de l’hôtel.

ingredient du curry de legumes hotel belihuloya sri lanka

Le patron nous apprend ensuite à jouer à une sorte de billard carré sur table, où il faut pousser d’une pichenette un jeton pour jeter un autre de sa couleur dans l’un des trous aux quatre coins. Cela passe un moment, par roulement. Nous dînons ensuite de nos préparations, plus quelques autres réalisées directement par la cuisinière. Peu de viande, surtout du poulet, parfois du porc. Nous avons bien vu des vaches broutantes et des chèvres libres dans les plantations de thé, mais elles sont surtout destinées à fournir du lait. Il n’est pas de tradition de manger de la viande.

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Ella, pont aux 9 arches et mini Adam’s Peak

Nous irons déjeuner au Ella Hotel Maideya’s Club. La station d’Ella, à 1200 m d’altitude, est prisée des Allemands parce qu’il n’y fait pas trop chaud et pour ses soins ayurvédiques ; il y a des voyages entiers composés en Allemagne sur ce thème. Il est indéniable qu’en traversant le village, le tourisme l’a bien contaminé.

cuisine internationale elle sri lanka

L’hôtel n’a ouvert que depuis quelques mois seulement et le service est tout d’amateurisme. La cuisine ouverte sur la salle est tendance, mais le cuisinier ignore qu’il faut brancher la hotte aspirante quand il fait des frites et autres graillons : l’air saturé d’huile envahit la salle de restaurant ! Les serveurs sont malhabiles mais servent du pain aux herbes de style provençal fort goûteux. Les assiettes montrent un effort de décoration louable. Nous déjeunons d’une tranche d’espadon grillée avec un beurre à l’ail, entourée de petits légumes « anglais », carotte, haricots verts, épis de maïs nain, de frites et de riz blanc. Il fait grand soleil dehors, et le litre d’eau minérale achetée au déjeuner 140 roupies ne dure que l’après-midi.

ella chemin de fer sri lanka

La suite prévue est une randonnée sur les rails du chemin de fer des montagnes à voie unique, dont le dernier train vient de passer à la gare. Pas d’autre train avant 16 h. Malgré le plat, il n’est pas facile de marcher sur les traverses ; elles ne sont pas à notre pas, et d’ailleurs inégales. Il faut soit en sauter deux, soit piétiner à petits pas, soit marcher à demi sur le ballast en pas intermédiaire, ce qui convient uniquement lorsque les intervalles entre les traverses sont comblés de gravier ou de terre. Tout cet effort d’une heure de marche sous le cagnard du début d’après-midi pour aller voir le pont aux neufs arches, construit par les Anglais au siècle XIX ! Certes, il y a bien neuf arches au-dessus de la rivière, les rails passent confortablement dessus, et je confirme que le pont tient toujours après 150 ans – mais notre vie même n’aurait pas été changée si nous ne l’avions pas vu. Le Sri Lanka considère comme « historique » ce monument, puisque la civilisation moderne n’a débuté ici qu’avec l’arrivée des Anglais.

ella pont aux 9 arches chemin de fer sri lanka

Nous revenons à Ella-gare par le même chemin de traverses pour aller faire une autre promenade touristique, pompeusement baptisée « randonnée », au mini Adam’s Peak. En d’autres saisons, le circuit propose l’ascension du vrai Adam’s Peak, l’un des points les plus hauts de Ceylan à 2243 m (pas le plus haut, qui est le Pidurutalagala à 2524 m). On dit que le pic Adam serait le berceau de l’humanité, on cite même une empreinte de pied humain sur le sommet de ce bout du monde, vénérée dans un « petit temple bouddhiste qui y a été construit pour abriter l’empreinte du pied d’Adam, laquelle n’est autre qu’une excavation de quelques centimètres de profondeur, oblongue, d’une longueur de 3 mètres et ne ressemblant nullement à un pied », comme le précise en 1898 Ed. Cotteau lors de sa Promenade dans l’Inde et à Ceylan. Francis de Croisset renchérit, dans La féérie cinghalaise, récit de 1935 : « A la vérité, cette légende n’est point sans rencontrer de contradicteurs. Les bouddhistes, si nombreux à Ceylan, affirment que la montagne ne devrait pas s’appeler pic d’Adam, mais bien le Scri-Pada, ce qui signifie le Pied divin. L’on voit, en effet, à la pointe extrême du pic, une empreinte géante qui n’est autre que celle du pied de Bouddha. A quoi les Hindous de l’île apportent un démenti gênant, car ils savent que l’empreinte est due, non au pied dérisoire de Bouddha, mais à celui infiniment plus vénérable de Vichnou. »

mini adam s peak ella sri lanka

Mais, en période de mousson, il n’y a rien à voir, tout est couvert de nuages bas. Le sentier du mini Peak est balisé et un escalier est prévu pour redescendre, pas de quoi se perdre ni exiger de grosses chaussures. Le soleil est derrière les nuages et il est déjà 17 h.

pere et fils adam s peak sri lanka

En haut, nous rencontrons des familles en promenade du dimanche, les papas particulièrement fiers de leur bébé un peu grandi. Je prends en photo, un peu en contrebas du col, une « famille idéale » de Ceylan : un couple avec trois beaux enfants de 12, 10 et 7 ans environ, une fille aînée et deux garçons. Ils sont maigres mais vifs, le petit porte une médaille de cuivre au cou qui ravive son teint sombre. Il me prend la main de joie en criant « thank you, oh, thank you ! » quand je leur montre la photo d’eux que je viens de prendre. Son frère le mignote, peau à peau, se tortillant de pudeur. La fille aînée porte une ravissante robe turquoise à volants, brodée de rose et de blanc au col, et un foulard de soie blanche au cou. Famille optimiste dans un pays en pleine émergence, enfin en paix et dans un monde qui bouge, dans l’explosion asiatique. Il y a de quoi être fier de ses trois beaux enfants.

enfants sri lanka

Coucher de soleil sur la colline, à demi masqué par les nuages. Il donne de jolies couleurs.

coucher de soleil adam s peak sri lanka

Nous retournons au même hôtel qu’hier pour une douche bienfaisante, une bière rafraîchissante et des pages d’écriture réjouissantes.

appel de la biere ella sri lanka

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Dambatenne parmi les jardins de thé

La richesse de Ceylan consistait jadis dans la culture du café mais un insecte, l’hemileia vastatrix, parvint à tout ravager en détruisant les feuilles dès l’année 1869. Le caféier a donc été remplacé par le thé à l’initiative des Anglais en 1876. Le climat sur les collines de l’intérieur permet une récolte très fructueuse à Ceylan. Sir Thomas Lipton, né en 1850 et mort en 1931, est écossais. Épicier, il achète des plantations de thé à 180 km de Colombo, dans les collines de Poonagala. Autodidacte, il fait fortune avec ses sachets, encore étiquetés « thé Lipton », mais il s’est plus intéressé à la Coupe de l’America et aux régates de yachting qu’à Ceylan. C’est cependant sous son nom qu’est encore établie la plantation Sherwood, à Haputale. Le domaine est devenu entreprise locale dès l’indépendance, son thé est vendu en gros sous le nom de Larkin.

plantation sherwood haputale sri lanka

Nous débutons la journée par un peu de bus, qui nous conduit jusqu’à l’orée de la plantation. Chose curieuse, il fait beau. Nous montons par la route qui serpente parmi les jardins de thé et les hameaux tamouls sur les pentes des collines. Les seuls endroits plats sont cultivés de légumes et construits de maisons. Il y a un temple hindou en bas, une mosquée plus haut, et encore plus haut une chapelle chrétienne à la Vierge. Comme sur les murs de l’école que nous longeons, toutes les religions du pays sont représentées. La façade scolaire représente aussi un écolier du primaire effectuant les mouvements yoguiques du Salut au soleil.

village tamoul haputale sri lanka

Tous les gens que nous croisons nous lancent des hello ! à quelques exceptions près, musulmanes (pourquoi ai-je envie d’ajouter : « évidemment » ?). Les gamins sont particulièrement avenants, curieux de la modernité et du reste du monde. Ils parlent très peu anglais mais n’hésitent jamais (contrairement aux nôtres…) à utiliser leurs maigres connaissances pour parler. Un treize ans pieds nus, chaîne d’or au cou, me demande d’où je viens ; son copain, plus jeune et plus terreux, ne sait dire que « what’s your name » et « give a pen ». Deux autres, assis sur un muret, nous offrent des goyaves vertes qu’ils viennent de cueillir directement à l’arbre. Les femmes sourient, les petites filles se laissent prendre en photo mais ne parlent pas un mot d’anglais, entre pudeur et ignorance.

13 ans et son copain haputale sri lanka

Les parcelles plantées de théiers sont numérotées. Chaque plaque indique la superficie de l’exploitation, le Ph et la teneur en carbonate du sol, enfin la date de la dernière taille des arbustes. Chaque parcelle correspond à une exposition, donc à une qualité de cru. Selon les résultats sur quatre ou cinq ans, le propriétaire va planter un arbre ou deux de plus pour ombrager ou, au contraire, en couper. Des panneaux indiquent qu’il est interdit sur le domaine de chasser, de sectionner les arbres et de jeter des ordures.

jardin de the plantation sherwood haputale sri lanka

Des maximes politiquement correctes en anglais ponctuent la route à chaque virage, là où l’on doit ralentir pour négocier la courbe. Elles portent sur l’environnement dans un mélange de mystique écolo, de libéralisme anglais et de bouddhisme syncrétique. Par exemple : « le fameux équilibre de la nature est le plus extraordinaire de tous les systèmes cybernétiques. Laissé à lui-même, il est toujours autorégulé ». Ou encore : « Ceux qui espèrent apprivoiser et materner des jeunes animaux sauvages les « aiment ». Mais ceux qui respectent leur nature et espèrent les laisser vivre normalement les aiment plus encore. » Et encore : « Une personne qui écrit la nuit peut éteindre la lampe, mais les mots qu’elle a écrits restent. C’est la même chose avec le destin que nous nous créons dans le monde ».

maxime ecolo plantation sherwood haputale sri lanka

Elles ponctuent la montée au Lipton Seat, point de vue culminant où sir Thomas, dit-on aimait à monter le soir pour contempler son œuvre, sinon la beauté calme du paysage.

lipton seat plantation sherwood haputale sri lanka

Nous y prenons un thé, bien entendu, dans une petite boutique installée tout près. Dommage que le choix des qualités ne soit pas développé et que nous devions boire le thé générique, infusé dans l’eau chauffée au feu de bois qui s’est imprégnée du goût de fumée. Les nuages se sont assez levés pour dissiper la brume sur le paysage au-dessous.

the au lipton seat plantation sherwood haputale sri lanka

Nous redescendons par les escaliers sommaires qui servent à drainer les pluies et à accéder à la cueillette avant de visiter la Dambatenne Tea Factory.

farique de the sherwood haputale sri lanka

Le secret de « fabrication » est si bien gardé qu’il est interdit de prendre aucune photo – l’indépendance rend susceptible et tend à garder jalousement des procédés – acquis du colonisateur.

kids tamouls haputale sri lanka

La fabrique travaille au ralenti le dimanche, mais le contremaître nous montre cependant l’usine, contre paiement de 250 roupies chacun. Il nous explique en anglais le processus qui mène de la feuille au sachet. Après cueillette, le séchage sous de gros ventilateurs d’air chaud, puis le roulage en machine, la fermentation quelques heures pas plus, puis trois coupes successives des feuilles avant tamisage et tri par taille, de la poussière (jetée) aux résidus (jetés au compost) – les tailles intermédiaires réparties par qualité. Il y a le BODF (Broken Orange Pekoe Fine), le BOP (Broken Orange Pekoe), le BP (Broken Pekoe), le BPS (Broken Pekoe Souchong) très grossier de basse qualité, enfin le Broken tea, très médiocre. La fabrique ne produit pas de « tips », ces feuilles en bourgeon encore presque blanches, qui sont du goût le plus subtil. Pekoe signifie en chinois duvet blanc et désigne les jeunes feuilles, encore enroulées. Les grades sont alors le TGBOP (Tippy Golden Broken Orange Pekoe), le GFBOP (Golden Flowery Broken Orange Pekoe), le GBOP (Golden Broken Orange Pekoe), le FBOP (Flowery Broken Orange Pekoe), enfin le BOP1 (Broken Orange Pekoe).

femmes tamoul haputale sri lanka

« Pourquoi Orange ? » Eh bien, il semble que ce soit un hommage rendu par les premiers importateurs de thé hollandais à leur famille royale : les Orange Nassau. Le nom, originaire d’un domaine du Vaucluse, a été porté par les princes des Pays-Bas, notamment Guillaume 1er qui combattit les Espagnols de Philippe II, et Guillaume III, qui devint roi d’Angleterre et d’Écosse sous Louis XIV.

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Horton Plains et train des montagnes

Il y a 27 km et 1h30 de route en lacets serrés, très étroites, où deux véhicules sont obligés de trouver un terrain d’entente pour se croiser. Le chauffeur est parfois obligé de négocier les virages en deux fois tant l’épingle à cheveux est courbée.

Nous effectuons un bref tour en bus de la ville créée de toutes pièces par sir James Baker, comme le parc national des Horton Plains, dans un climat anglais. Il a appelé la ville Nouvelle Angleterre, signification de Nuwara Eliya en cinghalais. La poste est d’architecture victorienne, The Grand Hotel a la façade crème rehaussée de faux colombages bruns, le club des gentlemen est clos et gardé au milieu d’un jardin, le golf à la pelouse tondue ras est bien verte, il comprend 18 trous. Comment reconstituer la patrie à l’autre bout du monde… La résidence où la reine descendit est, depuis, l’indépendance la propriété du Premier ministre.

horton plains panneau ne pas sri lanka

Nous montons à 2090 m d’altitude, il fait un temps alpin en début de matinée, à peine plus chaud ensuite. Il pleut par intermittence, une bruine qui pénètre en raison du vent qui souffle en rafales. L’entrée du parc est payante, s’effectue à pied, et non sans être passé par la fouille des sacs à dos par des gardes soucieux d’éviter tout feu, tout déchet non organique et tout matériel de fouissage. Des panneaux comminatoires enjoignent de NE PAS, en slogans punisseurs style NPA (Nouveau parti anticapitaliste). « Do not »… suit une liste impressionnante et un peu niaise pour nous Européens, mais destinée à impressionner le local, peu au fait du souci de l’environnement. Ne pas : fumer, jeter des ordures, faire du bruit, déraciner les plantes, consommer de l’alcool, marcher hors des sentiers balisés, transporter des sacs plastiques… Les sacs plastiques probablement pour ne pas qu’ils soient jetés, mais que vient faire l’alcool là-dedans ? Est-ce par ce que cela incite à la déraison ? Ou par rigorisme islamique malgré les trois autres religions majoritaires dans le pays ?

horton plains pluie sri lanka

Nous suivons un sentier aménagé qui décrit flore et faune. Il va en direction de la « petite fin du monde », falaise au-dessus de la plaine où l’on ne voit… rien – pour cause de nuages bas.

horton plains fin du monde sri lanka

Nous nous dirigeons alors perpendiculairement vers la « fin du monde » en titre, précipice de 870 m dont on ne voit pas plus le fond – pour la même cause. Par beau temps, on verrait même la mer, dit-on.

horton plains fleur sri lanka

Enfin nos pas nous dirigent vers la cascade Baker à 2060 m d’altitude. Elle s’échevèle sur le granit noir en 20 m de haut dans un bruit de train à pleine vitesse. Les sous-bois sont humides, le chemin boueux, les pierres glissantes.

horton plains paysage ecossais sri lanka

Les plantes sont adaptées à ce climat d’altitude dont certains lieux rappellent l’Écosse : ajoncs, rhododendrons, fougères, fleurs et herbe grasse. Mais des fougères géantes évoquent Jurassik Park, tandis que ce claquement sec de bambou qui titille nos oreilles indique les grenouilles tapies sous les herbes. Des corbeaux noirs passent, le bec luisant acéré, tandis que s’enfuit un coq de Lafayette sauvage, plus élancé que les nôtres. Ce coq serait l’emblème du pays et fréquente aussi bien les broussailles arides de la côte que les forêts pluviales. Il ne mange pas de tout comme les nôtres, mais est surtout végétarien, comme s’il se calquait sur le bouddhisme…

horton plains cascade sri lanka

Le froid comme l’horaire obligatoire du train obligent les mordus de photos à réfréner leurs instincts et à se presser normalement. Nous rencontrons en sens entrant des groupes de jeunes et d’écoliers en sortie scolaire. Nous sommes samedi et ils ont l’habit des plaines : chemise ouverte, short et tongs. Seuls les écoliers sont en uniforme avec les chaussures noires, mais ont eu l’autorisation (exceptionnelle) d’enfiler un sweatshirt non conforme, qui jure sur la chemise blanche et le short bleu roi. Comme C. ne peut s’empêcher d’en photographier une bande, un collégien sort de sa poche un téléphone mobile et fait semblant de le prendre en photo lui aussi : « give me a pen », riposte C. sans se démonter. Le gamin a ri, démonté.

gare ohiya sri lanka

Le bus nous attend à l’orée du parc et nous propulse par les petites routes à lacets en 45 mn à la gare ferroviaire d’Ohiya, à 1774 m. Mais oui, nous allons prendre le train, occasion de voir d’en haut les plantations de thé et le paysage de moyenne montagne que nous n’avons pu voir des falaises de fin du monde. La voie ferrée fut construite de 1855 à 1860. Nous sommes en avance sur le train qui arrive en retard. En l’attendant, nous allons prendre un thé en face, en traversant les voies, occasion de découvrir qu’il n’existe pas seulement des billets mais aussi des pièces de 10 roupies. Il existe même des pièces de valeur plus faible, mais l’inflation est telle qu’elles ne permettent pas d’acheter quoi que ce soit, juste de faire l’appoint. Nous avons le temps de finir le pique-nique commencé dans le bus et j’exerce ma compassion bouddhiste pour les êtres en nourrissant une chienne de pilons de poulet usagés dont les autres ne veulent plus.

fillette gare ohiya sri lanka

Une petite fille en robe bleue est toute étonnée de voir des étrangers si nombreux. La chienne m’a suivi, croyant au père Noël. Le train montant dans l’autre sens, sur la voie unique, est tiré par une locomotive diesel conduite par un mécanicien blanc. La voie a été construite par les Anglais pour transporter le thé des plantations d’altitude aux ports de Galle et Colombo.

chef de gare ohiya sri lanka

Notre train arrive enfin, c’est une micheline bleue récente de marque indienne ou plus probablement chinoise. Rien à voir avec les trains indiens, ici tout est propre à l’intérieur, en troisième classe comme en seconde. Il est plein, non seulement de touristes, mais surtout des locaux qui vont visiter la famille ou les temples pour le week-end. Le ticket n’est pas cher, 50 roupies pour cinq stations en seconde classe. Nous restons debout les trois-quarts du trajet, occasion d’observer des couples, des familles entières portant de gros paquets enveloppés de papier cadeau, une fille seule en jean portant deux gros sacs et un ordinateur. Sont assis en face de la porte où je me trouve debout une jeune fille qui ne cesse de me faire des sourires à chaque fois que nos regards se croisent, et son frère de 15 ans qui remplit bien sa chemise mais détourne le regard par pudeur. Il a découvert sa gorge pour montrer son médaillon de Shiva peint sur cuivre.

train du the sri lanka

Direction Bandarawela, cinq stations plus loin, à 1080 m seulement. Il y fait plus chaud. Nous avons l’opportunité de contempler un beau paysage de collines plantées de thé, de légumes « anglais » (carottes, poireaux, pommes de terre, haricots verts et fraises), appelés ainsi par opposition aux légumes locaux. Il semble que dès que nous sommes à l’abri, le soleil brille ; il suffit de commencer à randonner pour que la pluie revienne. Grand soleil donc à notre arrivée à Bandarawela, une chaleur moite en décalage avec les Horton Plains. Nous sommes mille mètres plus bas et le climat à thé chaud succède au climat à whisky.

Nous avons le temps de courir à la boutique des thés, le Mlesna Tea Center, négociant au cœur de la ville, non loin de la gare, qui offre une grande variété de crus et de qualités comme d’emballages cadeaux. Beaucoup entassent les boites et paquets de thé, sans savoir manifestement distinguer ce qui est fort ou léger, parfumé ou à boire avec du lait, pour connaisseurs ou pour petit-déjeuner. Ils ont tout à apprendre sur les subtilités du thé, altitude, cépage, cru, feuilles ou bourgeons, verts ou fermentés. Prennent-ils le temps pour cela ?

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Jardin botanique de Peradeniya

Nous commençons la journée par la visite du célèbre jardin botanique tropical de Peradeniya, fondé dès 1371 par le roi Wikkramabahu III, mais établi en ce lieu en 1821 par Alexander Moon qui transfera des plantes depuis le jardin Kalutara. Moon fut l’auteur du Catalogue des plantes de Ceylan, publié en 1824, qui en recense 1127. Baigné par la rivière de Mahavéli, établi à 456 mètres d’altitude, il est à 7 km de Kandy.

pluie Jardin botanique de Peradeniya sri lanka

Nous ne parcourons qu’une partie des 60 hectares. Dommage que nous l’ayons vu sous la pluie, une fois de plus – il ne pleuvait pas durant notre petit déjeuner mais, dès notre sortie de l’hôtel, la pluie a commencé à tomber. Piétiner dans les flaques pendant que tombe l’eau à torrent sur le parapluie, à écouter déblatérer Inoj dans son français hésitant, n’est pas très intéressant.

racines Jardin botanique de Peradeniya sri lanka

Mais les arbres sont magnifiques, la végétation luxuriante, la collection de bambous impressionnante, les racines du ficus elastica serpentines, l’allée des palmiers une perspective unique, les 4000 plantes conservées une performance, les plantations de chaque VIP une anecdote – mais toujours la pluie.

allee des palmiers Jardin botanique de Peradeniya sri lanka

Chaque chef d’État ou de gouvernement, chaque artiste célèbre, a été convié à planter un arbre dans une partie du jardin. Je vois celui de la reine Elisabeth II, de Chou Enlai, mais pas celui de Che Guevara qui est venu aussi, dit-on.

fleur Jardin botanique de Peradeniya sri lanka

Un pont suspendu sur la plus longue rivière du pays ne s’arpente que jusqu’au milieu, et encore pas à plus de six, juste de quoi prendre la sensation de roulis et pouvoir contempler les eaux jaunes chargées de limon par la mousson. Une serre aux orchidées offre ses fleurs colorées et découpées magnifiques, étonnantes de variété.

orchidee Jardin botanique de Peradeniya sri lanka

Le soleil ne revient que lorsque nous allons échouer dans une autre boutique, la « jewellery », bijouterie en français, dont je ne sais d’ailleurs si le nom anglais vient de Jew, le Juif. Comme toujours, on commence par nous appâter par une présentation vidéo de l’extraction sri-lankaise, une maquette de mine artisanale creusée en puits, une visite éclair de l’atelier de taille, un long arrêt dans le « musée » qui présente les différentes pierres précieuses et semi-précieuses en vrac ou montées sur de vieux bijoux. Mais le temps le plus long est réservé aux deux étages de vente de gemmes brutes ou en bijoux. J’aime l’éclat des couleurs, notamment dans les bleus, saphir, topaze, aigue marine ; j’aime le reflet nacré des pierres de lune et des saphirs blancs œil de chat. Mais je n’aime pas les bijoux qui font toc, sauf à rouler les pierres en rivière pour la gorge. Quelques-uns sacrifient à l’achat : une topaze bleue sertie en bague pour la brestoise, une pierre de lune pour la champenoise, un collier pour le grenoblois, qui le destine aux trente ans de sa compagne.

topazes sri lanka

Une heure de bus jusqu’au premier temple, le Gadaladeniya, de la période Gampola des 15ème et 17ème siècles. Nous croquons en face de l’entrée un pique-nique rapide de pain de mie salade, un œuf dur et une banane. Des chiens se disputent les restes. Il pleut encore, mais moins. Le temple est campagnard, ancien, proche d’une école dont la sortie propulse les collégiens et collégiennes devant notre pique-nique.

atelier bronzier sri lanka

Puis nous randonnons en enfilant les temples. Le chemin passe par des maisons cachées par la verdure avec gosses criant hello et femmes riantes. En passant, nous visitons un atelier sombre et anarchique de bronziers qui fondent, coulent et polissent des lampes votives.

bain elephant sri lanka

Deux éléphants se font laver à une fontaine et ils adorent ça, autant que les badauds qui regardent de tous leurs yeux, à distance respectueuse cependant.

temple Lankatilaka Rajamaha Viharaya sri lanka

Nous arrivons 4 km plus loin au temple Lankatilaka Rajamaha Viharaya, érigé en 1344 sur deux étages posés sur un rocher appelé Panhalgala. Sa profusion d’antiquités et de peintures à l’intérieur inspire le respect, après une arche d’entrée en forme de dragon ; ses murs extérieurs sont sculptés d’éléphants en relief. Une statue de Bouddha en saphir a 750 ans, l’une des trois dans le monde. Dans l’enceinte du lieu, deux éléphants bien vivants engloutissent des brassées de feuilles coupées exprès pour eux. Des ados en bande les regardent faire, avant de nous regarder, nous, spectacle plus original à leurs yeux. Nous descendons du temple par un long escalier, côté est, qui mène dans la vallée à l’arrière, d’où nous remontons en suivant la piste des villages. Un boulanger qui fait sa tournée en touk-touk augmente ses affaires du jour en nous vendant 25 roupies chacune des brioches ou des friands épicés.

Le troisième temple de la brochette, Embekke, dédié au dieu Kataragama a de vénérables piliers de bois sculptés du 14ème de toute beauté. Les scènes antiques montrent un guerrier cinghalais, un guerrier portugais, deux oies, un oiseau-lion, et ainsi de suite. Deux gosses hilares d’une dizaine d’années nous contemplent au temple en se serrant tendrement le cou.

temple embekke sri lanka

Nous avons beaucoup perdu de temps avec les éléphants, les photographes se sentant obligés de prendre trente fois les mêmes bêtes et les mêmes gens en 20 mn. Nous avons encore deux heures de bus pour joindre Nuwara Eliya, station d’altitude inventée par les Anglais en 1819 à 1900 m. Les lacets de la route se succèdent sans arrêt pour accéder aux hauteurs, de quoi nous donner mal au cœur dans le minibus japonais diesel aux sièges étroits, conçus pour des carrures asiatiques. Là-haut, il fait froid, pas plus de 15°, et il est tard. Nous prenons un buffet rapide pour nous tout seul et une douche chaude en chambre froide. Mais il y a des édredons sur les lits dans cet hôtel Summer Hill Breeze. La nuit sera parfaite.

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Kandy, temple de la dent de Bouddha

Nous entrons dans une région centrale, domaine du thé, où la population tamoule est plus forte. Les musulmans occupent des quartiers entiers des villes, souvent commerçants, ou des villages dans les plantations de thé. Il est curieux d’observer brusquement des femmes voilées et des hommes barbus. Reste qu’il semble que la cohabitation des quatre religions soit plus harmonieuse qu’ailleurs : bouddhistes, hindouistes, musulmans et chrétiens cohabitent ; des édifices religieux se succèdent dans les mêmes endroits. Selon le World Fact Book de la CIA, les bouddhistes (religion officielle) seraient 69.1%, les musulmans 7.6%, les hindouistes 7.1%, et les chrétiens 6.2% – le solde n’a pas voulu répondre.

kandy temple de la dent de bouddha sri lanka

Kande est le nom donné à la ville en 1542 par les Portugais d’après le titre du chef local Kande râja, roi de la montagne. Rien à voir avec le sucre candi, obtenu par cristallisation lente d’un sirop qui forme de gros cristaux, au nom venu de l’arabe qandi qui signifie sucre. La ville est classée au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1988. Elle est restée longtemps un bastion de l’indépendance de l’île, étant située loin des côtes, jusqu’à ce que les troupes britanniques la soumettent le 14 février 1815.

kandy galerie temple de la dent de bouddha sri lanka

Arrivés dans cette ville culturelle d’aujourd’hui 161 000 habitants, fondée au 14ème siècle et ultime capitale des rois cinghalais dès 1592, nous ne voyons ni le lac ni les collines luxuriantes à 350 m d’altitude – nous avons perdu du temps à marcher pour rien sous la pluie – mais visitons aussitôt le temple Dâlada Maligawa de la Dent de Bouddha, recueillie selon la légende sur son bûcher funéraire.

kandy interieur temple de la dent de bouddha sri lanka

La dent provient de Kalinga dans l’état d’Orissa en Inde, et a été apportée au Sri Lanka durant le règne de Sri Meghavanna (310-28). La relique n’est pas historique : « une dent de cinq centimètres de long, qui a bien l’air d’une dent de caïman, que tout le monde sait être fausse, la vraie ayant été brûlée à Goa par l’inquisition portugaise avec tous les procès-verbaux possibles » rapporte Émile Bruyas dans son récit de voyage Deux mois à Ceylan, publié en 1898. Un autre voyageur, Fr. Devay précise dès 1864, dans son Journal d’un voyage dans l’Inde anglaise (…) et à Ceylan : « Après la prise de possession du pouvoir politique de l’île entière par les Anglais, en 1815, le reliquaire fut ouvert en présence de toutes les autorités compétentes, et il fut constaté, avec toutes les formalités authentiques, qu’il contenait un morceau d’ivoire à peu près cylindrique et légèrement recourbé, d’environ 2 pouces anglais de longueur, creux par le bout le plus large, usé et arrondi par l’autre, n’ayant aucune ressemblance avec une dent humaine, tant par sa grosseur que par sa forme. — Sir James E. Tennent en donne le dessin. » Mais qu’importe, comme à Lourdes, c’est la foi qui sauve.

kandy reliquaire de la dent de bouddha sri lanka

Nous ne verrons d’ailleurs pas la « dent », elle est jalousement cachée, pour ne pas déflorer l’illusion. En 1874, Théodore Duret, de passage lors de son Voyage en Asie, note : « La dent n’est point visible, elle est dérobée aux regards sous sept reliquaires successifs, en forme de cloche, mis les uns par-dessus les autres et placés eux-mêmes derrière de gros barreaux de fer. Devant ce grillage, les fidèles font leurs dévotions, puis déposent en offrande des fleurs odorantes. » Les fleurs sont constamment renouvelées jusqu’à aujourd’hui, dans un désordre pensé. Des pèlerins se succèdent devant nous, face au Bouddha et à la porte de cuivre repoussé derrière laquelle serait la relique.

kandy mains de bouddha sri lanka

L’ensemble est un peu kitsch et mal éclairé. Il rebâti au 18ème siècle et restauré après l’attentat meurtrier perpétré par les Tigres tamouls le 25 janvier 1998. Il pleut toujours, ce qui n’améliore pas la lumière mais donne une impression de frais aux pieds nus exigés. La sculpture sur bois est raffinée et l’arrangement apparemment anarchique des fleurs fraîches très joliment organisé. Ces chemins de fleurs parsèment de vie la sécheresse de la pierre et du cuivre.

kandy serenite temple de la dent de bouddha sri lanka

La nuit est tombée alors qu’il n’est pas 18 h, mais le ciel est plombé. A deux pas du temple, Inoj nous envoie à un spectacle pour touristes, soi-disant folklorique mais nettement international. Danses, tambours, clowneries, le tout en costumes colorés et avec des physiques avantageux. Une fille du groupe a mitraillé les beaux mecs seins nus, danseurs ou joueurs de tambour, avec son bridge au zoom de 600 mm. Il est vrai que le voyageur déjà cité, il y a 150 ans, Devay en 1864, note qu’« il y a des types bien remarquables. Dans un des villages de la route, un des deux chevaux du relai fut amené par un jeune garçon de seize à dix-sept ans, d’une taille élancée et d’une merveilleuse beauté défigure et de formes. Il était entièrement nu, sauf le très-strict nécessaire ; ses cheveux, noirs, luisants et bouclés, rejetés en arrière, encadraient sa tête expressive ; sa peau nette et lisse, d’un brun foncé, brillait au soleil comme un métal nouveau fondu. C’était un Apollon de bronze. J’admirais ce charmant éphèbe, dont tous les mouvements étaient pleins de noblesse et d’aisance. »

kandy danses sri lanka

La danse de Pooja est une invocation, les acrobaties pantheru font sonner des bracelets de bras, la danse du paon mime les mouvements de l’oiseau, la danse des démons n’évoque rien sauf à ceux qui connaissent la mythologie locale. On remarque parmi les spectateurs des Français, des Japonais et la famille d’Américains aux six kids déjà vus l’autre jour au rocher du Lion. C’est du spectacle pour étrangers, ravis d’actionner leur flash au lieu d’apprécier la musique et le mouvement. Heureusement, la scène ne dure pas longtemps. Mais dehors, de nuit, et sous la pluie battante qui fait frissonner les gamins occidentaux sous leur fin tee-shirt, a lieu une séance vite faite de marche sur les braises. On ne voit pas grand-chose, on comprend encore moins. Tant pis, les torches luisent dans le bleu sombre et le bassin de feu attire le regard. Je ne le vois que de loin.

Nous allons à l’hôtel Senani, de loin le plus chic depuis le début du séjour, avec une belle salle de bain avec de la vraie eau chaude.

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Attaqués par les sangsues !

La pluie se calme assez pour que nous commencions notre première randonnée avec un assistant supplémentaire, qui nous guide sur le chemin. J’étonne tout le monde en sortant mon parapluie. Il fait chaud et d’ailleurs les gamins sortis de l’école vers 14 h se promènent pieds nus et torse nu, leur chemisette scolaire au lavage. Ils sont toujours curieux de nous observer, attirés par les étrangers et aimant à se faire prendre en photo.

jeune fille sri lanka

Nous montons dans la forêt d’hévéas, de cacao et de poivre où nichent les singes et où passent des oiseaux. Nous redescendons vers la rivière Suga Gang qui signifie la rivière blanche, et qui a servi de décor au film Le pont de la rivière Kwaï.

pont qui a servi au film la riviere kwai sri lanka

Une famille se baigne en faisant sa lessive, le jeune garçon restant nu lorsque nous passons.

gamin nu au bain sri lanka

Après un pont métallique suspendu (dont les lattes ne bougent pas trop mais où le guide Inoj apparaît le moins à l’aise) nous abordons les rizières et les cultures maraîchères en bord de forêt. Y poussent des aubergines et une sorte de haricot vert à section en étoile à trois branches qui se mange cru et a un goût de fève. Les monts Knuckles se dessinent vaguement dans la brume. Des averses tombent par intermittence, le sentier est boueux et le paysage très vert. Nous rencontrons une sangsue sur le chemin : aucun trentenaire venu de France n’en a jamais vu !

champs sri lanka

Selon Inoj, « les Anglais » ont introduit au Sri Lanka dès la colonisation en 1815 le sapin, l’hévéa et le thé, « ils sont les plus grands pollueurs de la planète » car les aiguilles de sapin forment tapis au sol et empêchent les autres plantes de pousser, aggravant l’érosion et détruisant la vie endémique. Le territoire est planté à 11% en thé et les femmes en cueillent 20 kg par jour.

jardins de the sous la pluie sri lanka

Ce sont les Tamouls, introduits avec le thé par les Anglais depuis le sud-est de l’Inde pour travailler dans les plantations, qui posent problème au Sri Lanka. Composant environ 25% de la population, l’indépendance de 1948 a créé une discrimination positive en faveur des Cinghalais : en 1959 le cinghalais est déclaré langue officielle unique et le bouddhisme est décrété religion d’État. La guerre civile a opposé les Tigres Tamouls aux Cinghalais dès 1972, les uns musulmans, les autres hindouistes et bouddhistes, mais c’est en 1983 que la guerre s’intensifie avec des attentats spectaculaires. Elle prend fin en 2009 avec l’écrasement des Tigres par l’armée sri-lankaise, ayant fait dans les 70 000 morts. Les derniers résistants ont tenté de se fondre parmi les civils du dernier carré, dans le nord-est de l’île, ce qui a engendré de nombreuses victimes parmi les femmes et les enfants. Tout ça de la faute initiale des Anglais, ces pollueurs de planète – dit le guide. J’y vois plutôt la faute des musulmans, les pires pollueurs idéologiques de la planète depuis que le khoneynisme a remplacé le communisme comme fanatisme de masse populaire.

fabrique de the sous la pluie sri lanka

Encore 40 mn sur des routes de bout du monde, paradis des touk-touk et des motos et où deux voitures ne peuvent se croiser. A 800 m d’altitude, au bout d’un village entouré de plantations de thé, la Sanasuma Guest House est installée sur la pente. L’endroit est froid, humide et venteux mais sauvage et fort joli. Les chambres sont spartiates, « l’eau chaude » quasi froide (chauffée en bidon noir au soleil sur les toits), mais le tout est propre et sans bêtes – sauf les geckos qui glapissent sur les murs de la salle de bain, répondant aux crapauds qui logent dans le réservoir de la chasse.

Nous quittons la guest house au matin pour mieux y revenir le soir. Le bus nous emmène en hauteur et nos chaussures nous ramènerons vers 13 h. Nous attendrons donc 15 h pour avoir un repas, après avoir marché trois heures le matin.

La randonnée s’est déroulée entièrement sous la pluie. Pas de plan B en cas de mauvais temps,le programme est le programme. La mousson existe, pourquoi le nier ? Marcher sous la pluie est imbécile, pourquoi ne pas le voir ? Les éclaircies ne sont que de quelques minutes, la mousson est une averse qui dure. Le paysage des jardins de thé est dans la brume, presque chinois d’estampe sur les lointains. Les silhouettes fines des Grevillea robusta, plantés par les Anglais au-dessus des théiers pour les ombrer et les ventiler, se découpent en gris sur fond blanc. Cela ne va pas sans une certaine beauté, mais pour trois heures… Marcher constamment sous la pluie ne permet en aucun cas d’apprécier le paysage, engoncé sous la cape ou brandissant un parapluie.

pluie sri lanka

Et magie, comme pour les escargots, la pluie fait sortir de terre les sangsues. « Ces sangsues sont la plus forte plaie de Ceylan », s’écriait déjà un colonel cité par Franz Hoffmann en 1886 dans son Voyage à Ceylan. Le groupe n’en a pour la plupart jamais vu et leur aspect caoutchouteux, avide, presque phallique, en fait hurler d’hystérie plus d’une. Même si ces animaux sont ici minuscules, quelques centimètres de long et à peine un quart de centimètre de diamètre – car il y en a qui font jusqu’à 20 cm de long ! Le groupe découvre très vite combien ces bêtes sont habiles à percevoir le mouvement, à flairer le dioxyde de carbone et à sentir la chaleur, même sous les bottes. Comment grimpent sur le cuir avec leur ventouse de tête et celle de queue pour atteindre la jambe pour y planter solidement les crocs. Combien elles sont lestes à sauter d’une herbe en hauteur pour se loger au plus intime, dans le cou ou sur les seins, passant par les échancrures des habits. Et combien elles sont affamées d’un endroit chaud et tendre pour s’y gorger de sang, sur les fesses, dans le cou, sous le short. S’enduire de crème anti-insectes ou même de crème solaire les empêche de planter leur gueule mais ne les empêche pas de ramper et de monter pour trouver un endroit favorable. Leur appétit n’en est pas coupé pour autant. Le groupe passe donc son temps à s’inspecter périodiquement les jambes et les chaussures, sans plus s’intéresser au pays.

sangsue sri lanka

De retour au guest house, nous prenons immédiatement le bus. Sur la route vers Kandy, nous assistons à la sortie des collégiens et collégiennes, c’est l’heure ; les cours n’ont lieu que le matin. Les gamines vont en bande, portant cravate ; les gamins se tiennent par deux ou trois, se tenant par les épaules, le col ouvert, plus largement vers 14 ans. Une fois rentrés ils se changent pour ne pas salir l’uniforme, quittant chaussures, pantalon et chemise pour se mettre en short et tongs, en polo ou chemisette fantaisie ouverte, parfois le col relevé pour faire mode.

RDA est un curieux sigle que nous voyons depuis le début, orné d’une croix gammée tournant à l’envers. Il n’a rien à voir avec la République démocratique allemande, défunt pays de l’est, mais signifie Road Development Authority, le service public des routes et autoroutes. Il préempte les terrains autour de la voie, plantant des bornes pour désigner les endroits où aucune construction ne doit être faite. Dans les villes, les maisons sont carrément reculées de plusieurs mètres ; on en voit les ruines et les façades reconstruites. Ce n’est pas grave car les constructions sont souvent légères, en briques et sans fondations ; mais cela fait un peu désordre.

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Temples de Polonnaruwa

L’ancienne cité de Polonnaruwa est une capitale médiévale au bord du lac de Parakrama, fort active après la destruction d’Anuradhapura en 993, qui s’étend sur 122 hectares. La cité a été développée par le roi mégalomane Parakramabahu 1er au 12ème siècle. Il a bâti une triple enceinte autour d’une cité jardin parsemée de palais et de sanctuaires. Un stupa fait 175 m de diamètre et 55 m de haut.

temple de Polonnaruwa sri lanka

Au fond d’un grand parc et alors que la lumière décline déjà, nous voyons le clou du spectacle de pierre. Le Gal Vihariya est composé de trois grands bouddhas sculptés dans la paroi, le premier assis en méditation, le deuxième debout les bras repliés de l’illumination, et le troisième couché, en nirvāna. Cette dernière statue de 15 m de long et sculptée dans le roc, soigneusement gardée par un vigile et vénérée des fidèles, est dit-on la plus parfaite et la plus mystérieuse des statues du Sri Lanka. Des orchidées, de frangipaniers ornent les pierres.

temple Polonnaruwa sri lanka

Sur ce site bouddhique, pèlerinage de vieilles et vieux locaux en bus. Ils se laissent prendre en photo, demandent presque, au garde-à-vous devant l’objectif parfois. Ils sortent du bus de marque Lanka Ashok Leyland leur pique-nique et préparent un feu dans un coin du site pour faire chauffer le thé et la tambouille, avant d’aller coucher dans un gîte collectif de pèlerins. A. et moi achetons une noix de coco brute pour en boire le jus, ce qui incite tout le groupe à faire de même. Nous empruntons quelques minutes des vélos, à disposition, pour aller d’un temple à l’autre tant l’ancienne cité est étendue. Nous ne voyons pas tout, la nuit tombe déjà.

cycle du ver a soie

La matinée débute par une boutique de soie. Le guide, pas fou, l’a présentée comme une « fabrique » où l’on nous expliquerait le procédé, du ver à la robe. Il n’en est rien ; le vendeur au français approximatif mais avec un sourire commercial et rempli de bagout, expédie en quelques minutes la bave de ver qui pare les belles pour organiser sa petite animation acheteuse. Il s’agit de faire se déguiser les touristes en sri-lankais, de les faire se prendre mutuellement en photo.

curry ingredients naturels sri lanka

Suit à une heure de route le « jardin d’épices » de Matale, qui est encore une boutique de vente de produits de soins à base de plantes flanquée d’un arboretum. Mais cette fois les explications sont plus détaillées et durent plus longtemps. Le jardin est petit mais on nous montre le poivre, liane aux petits grains dont on tire les quatre variétés : le poivre vert cueilli avant maturité, le moins fort ; le poivre rouge cueilli à maturité, plus fort ; le poivre noir laissé sécher sur l’arbre, encore plus fort ; enfin le poivre blanc, décortiqué et le moins fort. La liane du vanillier, l’écorce de cannelle, la fleur et le pistil de girofle, la noix de muscade et son macis, la fleur de cardamome, la fleur de jasmin, la feuille de curry, la racine de gingembre et celle de curcuma, la cabosse du cacao et la graine de caféier.

curry preparation sri lanka

Mais l’on nous fait sur le feu la démonstration d’un bon curry sri-lankais. Il faut faire griller quelques instants à la poêle sèche les graines d’anis, cardamome, cannelle, clous de girofle, coriandre, cumin, pignons, puis les écraser à la meule ; ajouter ensuite curcuma pour la couleur et piment pour la force ; puis de l’ail et de l’oignon haché, une tomate épluchée et épépinée, du lait de coco et du sel. On peut faire son lait de coco en râpant de la noix et en versant de l’eau chaude dessus : bien malaxer à la main et filtrer le lait obtenu. Une fois la sauce faite, et mijotée un moment, verser dedans les légumes ou la viande et laisser cuire à feu doux 20 mn pour les légumes en dés ou 40 mn pour la viande en morceaux. La cuisson la plus longue est celle du bœuf.

Nous sommes alors conviés autour d’une table, les murs ouverts sur l’extérieur sous un toit de palmes tressées, « comme à l’école » nous dit le vendeur. Les classes primaires ont en effet lieu à l’air libre, sous ce genre de bâtiment ouvert. Sur la table, une trentaine de fioles de couleur. Assis autour, nous assistons à une démonstration des bienfaits des huiles essentielles et des décoctions de plantes. Parmi les produits à absorber, l’ananas rouge au citron et miel libère les graisses, le vin d’herbes au caramel de gingembre donne de l’énergie sexuelle, le kamayogi augmente la durée de l’érection – « viagra naturel » s’exclame le commercial, la poudre de santal au clou de girofle et à la cardamone rend les dents blanches, la noix de muscade, gingembre et « asamodagam » (trachyspermum involucratum, proche du cumin) contre les maladies d’estomac, la colique et la grippe. Parmi les crèmes, la citronnelle désinfecte et éloigne les moustiques (Françoise le sait bien qui sent toujours la citronnelle), le baume d’herbes (on ne sait pas lesquelles) agit contre le mal de tête et les foulures, la lotion d’aloès et d’huile de coco royal empêche les coups de soleil, la crème de santal affermit les muscles et adoucit la peau. Parmi les huiles, outre le mélange « de massage, le santal est cosmétique contre les rides, les cicatrices et les boutons, l’huile de cannelle est bonne contre le froid et supprime la mauvaise haleine, l’huile de coco royal contre les pellicules et la perte des cheveux, l’huile rouge (de palme qui provient de la chair du fruit du palmier et non pas du noyau) soigne le mal de dos, de reins, de nuque et de muscles. On nous fait goûter un thé de Ceylan au gingembre, puis le même à l’ananas rouge ; on nous masse le front et les temps avec du viagra naturel (« vous allez voir ce soir ! » – on a vu… rien du tout).

Suit le passage en boutique où les épices et les soins ayurvédiques sont à l’honneur, avec des prix fort peu locaux. Le groupe s’empresse aux emplettes, qui voulant être beau, qui voulant maigrir, qui voulant jouir plus fort… Après la boutique, le déjeuner. Il a lieu dans un autre bâtiment pour faire une pierre deux coups. Il n’est en rien ayurvédique mais propose son classique buffet de légumes (jacquier, arbre à pain, pomme de terre, gombos, aubergines) et viandes au curry, ici du poulet, et ses fruits entiers ou coupés. En général, une seule assiette d’un peu de tout me rassasie, d’autres y retournent jusqu’à trois fois.

curry sri lanka

Durant le déjeuner, la pluie se met à tomber à torrent. La « mousson du sud-ouest », nous dit Inoj ; septembre est en effet un mois de mousson, même si c’est la fin. Le très beau temps que nous avons eu jusqu’ici disparaît à mesure que nous allons vers le sud. De mai à octobre, mousson du sud-ouest ; de novembre à janvier, mousson du nord-est : le Sri Lanka est sans cesse arrosé, ce qui en fait la « perle de l’Asie » selon la publicité des voyageurs. « Et les baleines sont contentes, nous dit Inoj avec un grand sourire ; elles font le tour du Sri Lanka pour avoir chaud et manger ».

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Sigiriya, le rocher du Lion

Le rocher du Lion est célèbre, classé au Patrimoine mondial de l’UNESCO, s’élevant dans un grand parc aux anciens bâtiments arasés.

sigiriya rocher du lion vu de la plaine sri lanka

D’étranges panneaux en anglais me laissent dubitatif : « Be still and silent in case of Wasp attack » : je ne savais pas que les WASP (White Anglo-Saxons Protestants) étaient si dangereux… Mais wasp veut dire aussi guêpe en anglais. Un autre panneau met en garde contre les « Hornet attack » : je ne savais pas que des F18 américains rôdaient dans le coin… Mais hornet signifie aussi frelon en anglais.

sigiriya hornet attacksri lanka

L’histoire du site vaut d’être contée. Nous sommes à la fin du 5ème siècle et Kassyapa, le fils cadet du roi d’Anurâdhapura Dhatusena se bagarre avec son frère aîné Mogallana pour le trône. Il complote et emmure vivant le roi en titre son père, se proclame régent et expulse son frère Mogallana en Inde. Mogallana l’avertit qu’il reviendra pour se venger et Kassyapa, un brin paranoïaque, quitte la capitale royale d’Anurâdhapura pour s’installer à Sigirîya pour son rocher imprenable de 370 mètres aux parois abruptes et au réservoir d’eau du ciel qu’avait jadis creusé son père. Kassyapa fait une percée souterraine depuis le réservoir situé au nord-est jusqu’au rocher, une pente très faible suffit pour que l’eau jaillisse ; les jardins entourant le site sont parsemés de bassins et de petites fontaines. On peut voir des stèles plates carrés, percées de trous ronds, sur les pelouses du jardin : ce sont les jets d’eaux de Kassyapa ; on dit qu’ils peuvent encore fonctionner. Plus fort, l’eau parvient au sommet du rocher sans intervention humaine, juste par une suite de citernes, et elle alimente la piscine du roi, et les différents réservoirs. Dix-huit ans après, le frère revient de l’Inde à la tête d’une armée ; le rocher est imprenable… à condition d’avoir pensé aux vivres. Ce que Kassyapa a oublié. Il capitule au bout d’une semaine et est exécuté.

sigiriya jardins de kassyapa sri lanka

Nous grimpons de multiples marches inégales, de quoi nous essouffler. Puis un escalier de métal en colimaçon s’élance à la verticale, nous devons y grimper, puis redescendre de l’autre côté après avoir vu les grottes à peinture.

sigiriya passerelle aerienne sri lanka

Beaucoup de seins nus d’une voluptueuse langueur qui ressemblent aux calendriers de vahinés ; ce sont les mille courtisanes légendaires du roi Kassyapa, confiné par la peur sur son rocher.

sigiriya seins nus sri lanka

Tant pis pour ceux qui ont le vertige – dont on se demande d’ailleurs s’il est dû à la montée aérienne où aux beautés nues qui vous envoient au septième ciel.

sigiriya demoiselles seins nus sri lanka

Nous aboutissons dans un couloir le long de la falaise, protégé du vide par un mur de briques à la paroi intérieure lissée à l’œuf et à la chaux, recouvert d’huile aux temps de splendeur, le Mirror Wall : les fresques peintes des 21 Demoiselles de Sigiriya s’y reflétaient pour en faire une galerie des glaces version bouddhique. Aujourd’hui, l’huile n’est plus versée et le mur est graffité, parfois depuis le 17ème siècle, de commentaires littéraires ou salaces comme sur un mauvais blog ! (Pas sur celui-ci, j’y veille). C’est moins somptueux et, malgré l’altitude, nous fait redescendre sur terre. Un escalier de pierres plus tard, au bout de plus de 800 marches dit-on, et longeant un énorme rocher instable « prêt à tomber sur les assaillants », nous voici au pied du fameux rocher du Lion, sur l’esplanade du Lion.

sigiriya escalier 800 marches sri lanka

Un bâtiment grillagé a l’air d’un dépôt de chantier : c’est en fait une protection en cas d’attaque de guêpes ou frelons, ce qui arrive souvent ces temps-ci, semble-t-il. Pas aujourd’hui fort heureusement, malgré l’exploration intéressée d’un petit Américain. Il fait partie d’un groupe de six kids dont un seul, dans les dix ans, montera au sommet.

sigiriya rocher du lion sri lanka

Ceux qui veulent grimpent sur le palais-forteresse : c’est qu’il y en a, des marches, excroissances métalliques ancrées sur le rocher, au-dessus du vide. Jadis, on montait par des cordes ou en escalade. Aujourd’hui, l’escalier serpente pour rendre la verticale de la roche moins ardue ; il ne faut quand même pas avoir peur du gaz, comme disent les alpinistes.

sigiriya bassin sommet rocher du lion sri lanka

En haut, un complexe de ruines, des emplacements arasés de bâtiments de briques, des bassins où l’eau de mousson stagne, et une vue époustouflante sur les alentours.

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Écoliers et éléphants du Sri Lanka

Nous commençons la matinée par croiser sur la route, à l’heure de l’école, des primaires en chemisette ocre et short ou jupette bordeaux, des collégiens en chemisette nylon blanche à col ouvert et short bleu, robe blanche à cravate bleue pour les filles, enfin des lycéens en chemise coton blanche à col ouvert et pantalon blanc, robe blanche à cravate noire pour les filles. Le premier âge se voit affublé du moins salissant, l’âge ingrat de tissu qui se lave bien et sèche vite ; il faut attendre 15 ans pour que le vêtement adulte soit de rigueur chez les garçons.

ecoliers primaires sous la pluie sri lanka

Comme au Népal, il n’est pas rare de voir un collégien fermer sa chemise par une épingle à nourrice, les boutons arrachés jusqu’au ventre par les bagarres. A l’aller pour 8h, ou à la sortie après 14h, collégiens et lycéens des deux sexes sortent en grappes et marchent en groupes séparés. Ils attendent les bus, s’y entassent jusque sur les marchepieds, tiennent dans un geste enfantin leur meilleur copain enlacés aux épaules, la copine pour les filles.

ecoliers torse nu sri lanka

La pudeur est grande parmi la population ; on ne voit pas de torse nu adolescent en public, seuls parfois des enfants dans le jardin de leur maison ou des adultes devant leur boutique ; on ne voit pas non plus de flirts entre garçons et filles en public avant 20 ans et plus.

collégiens main sur epaule sri lanka

Sur les 21,6 millions d’habitants recensés au Sri Lanka (estimation 2013), les enfants de 0 à 14 ans comptent pour 24.8% et les 15 à 24 ans pour 15.1%. Il y a 16.64 naissances pour mille et le taux de fécondité est de 2.15 enfants par femme, ce qui est le ratio d’un pays ayant achevé sa transition démographique. Seulement 14% de la population habitent les villes car 32% des emplois sont encore dans l’agriculture. Les dépenses d’éducation ne sont que de 2% du PIB, qui représente 6100 $ par habitant. 91.2% de la population au-dessus de 15 ans sait lire et écrire, un peu plus les garçons, à 92.6%.

fresque sur ecole sri lanka

On y apprend l’anglais car les échanges commerciaux se font surtout à l’exportation vers les États-Unis (19.8%), le Royaume-Uni (9.2%), l’Inde (6.5%) – tandis que les importations proviennent surtout de l’Inde (25.6%), la Chine (15.9%), Singapour (7.1%), l’Iran (6.2%) et le Japon (5%), tous pays parlant anglais. Dans la population totale, seulement 10% parlent anglais correctement, ce qui doit être à peu près la même chose qu’en France car, entre apprendre et pratiquer, il y a un fossé.

collégiens sri lanka

L’école obligatoire, comme chez nous, commence à 6 ans. L’école primaire se compte à l’anglaise, de la 1ère à la 5ème année, le secondaire de la 6ème à la 10ème année. Après l’âge de 16 ans commence (à l’inverse de nous) le « collège » qui dure 3 ans. L’université dure maximum 5 ans, selon le système anglo-saxon que nous avons adopté récemment : licence, master, doctorat. Au Sri Lanka 65% des gens sont éduqués. L’école commence à 8h et termine avant 15h de janvier à mars, puis de mai à juillet et de septembre à novembre. La classe s’effectue jusqu’au collège à la façon traditionnelle, déjà décrite en 1889 par le voyageur Cotteau : « c’est un simple hangar, ouvert sur toutes ses faces, édifié sur une plateforme élevée de quelques mètres au-dessus du sol. » Cela n’a pas changé. Les mois intermédiaires d’avril, août et décembre pour cause d’examens, sont suivis d’un mois de congé. Les professeurs ont le droit de châtier physiquement les élèves, comme dans les classes anglaises avant 1945.

elephant plateforme sri kanka

Nous regardons aussi des cabanes bâties dans les arbres. Ce ne sont pas des rêves de gamins mais « pour observer les animaux prédateurs qui viellent fouiller dans les champs cultivés », nous dit le guide. Notamment des éléphants lors des périodes de sécheresse ; ils viennent chercher à manger près des maisons car il leur faut autour de 150 kg de végétaux à se mettre sous la trompe chaque jour. Comme ils ne peuvent se baigner deux fois par jour, ils deviennent agressifs et il faut les chasser à coups de pétard, voire de fusil. Chaque année, 250 éléphants sauvages meurent par accidents, notamment sur la route ; environ 50 humains aussi – à cause des éléphants.

Avant le déjeuner, en supplément, la promenade des éléphants. Je ne suis jamais monté dessus, voici une occasion. Qui l’a fait une fois ne voit pas l’intérêt de le refaire, surtout pour 3000 roupies par personne pour trois-quarts d’heure. Nous grimpons sur une plateforme aménagée dans un arbre pour accéder au carré qui surmonte l’éléphant.

elephant quetant une banane sri kanka

Le nôtre s’appelle Moutou. C’est un gros pachyderme placide qui aime beaucoup les bananes : il tend sa trompe vers l’arrière, à l’endroit du chemin où – pour un supplément de prix – un homme tend des bananes. Être sur un éléphant est un peu être sur un bateau, sauf que la houle est régulière. Vous subissez le roulis des hanches, parfois le tangage d’une pente. De courts poils en brosse poussent dru sur le crâne de l’animal et ses oreilles courtes d’éléphant d’Asie ventilent les mouches.

elephant promenade sri kanka

La bête est menée sur un chemin qui longe un lac, puis se baigne jusqu’au ventre, heureuse. Pas le nôtre, mais un facétieux, n’hésite pas à doucher ses passagers d’un coup de trompe. Heureusement, il fait chaud et l’eau fétide sèche vite. Sur les bords du lac aux eaux mortes, nénuphars, cormorans, ibis, poules d’eau ; sur le chemin, des caméléons, de gros varans déguisés en tronc d’arbre avec du lichen dessus.

Le déjeuner a lieu dans un lodge retiré au bout de plusieurs rues étroites à angle droit, au bord d’un champ.

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Anuradhapura et Dambulla

Nous partons visiter Anuradhapura, ville sacrée construite autour d’une bouture de l’arbre de l’Éveil, figuier de Bouddha. Elle aurait été apportée au 3ème siècle par Sanghamita, nonne qui a fondé un ordre féminin. La ville fut donc capitale religieuse, donc politique, de l’île de Ceylan durant 1300 ans. Des invasions forcèrent son abandon en 993 et la jungle y avait repris ses droits. Mais la modernité a défriché tout cela, faisant ressurgir palais et monastères. Le guide nous montre des macaques « cyniques » (sinica), avec sa façon inimitable de parler le français. Pour lui, canal devient cannelle, la boisson le poison, la mangue lemon, l’abeille un label, l’oreille l’oreiller, le pilier la pilière (qui sert à quoi ?)…

temple Sri Maha Bodhi Anuradhapura sri lanka

Nous visitons tout d’abord le temple Sri Maha Bodhi, construit autour de la bouture d’Ashvattha, l’arbre sacré de Bodhgaya (un ficus religiosa) sous lequel Siddharta atteignit l’Illumination, apportée dans l’île par une princesse indienne au 3ème siècle avant notre ère. Le Mahawanso, chronique en vers palis des plus anciennes, fait une mention détaillée de la plantation du figuier par le roi Devenipiatissa, en 288 avant. Emporter ne serait-ce qu’une simple feuille serait un sacrilège. Il n’est pas faux de penser que la bouture initiale vit encore – mais dans ses rejetons. Le bois du banian ne vit pas vieux, mais se reproduit sans cesse, poussant ses rejets dans le sol. En raison du terrorisme qui a longtemps sévi au Sri-Lanka, nous devons passer par le détecteur de métaux et la fouille, garçons d’un côté, filles de l’autre, avant d’entrer dans l’enceinte du temple où jouent des singes et des enfants.

moonstone Anuradhapura sri lanka

Au bas des marches d’entrée du palais Mahasena, la pierre de seuil en demi-lune délicatement sculptée, du genre évidemment appelée Moonstone qui se trouve devant tous les temples, montre une frise où s’ébattent les éléphants, les chevaux et les lions, puis les cygnes, enfin les plantes. Ces demi-cercles symbolisent le passage du monde profane au monde sacré, suivant les étapes de la révélation.

gamin Anuradhapura sri lanka

Il faut se déchausser pour les temples et, pire, enlever toute coiffure. Dans certains temples hindouistes, on nous dit que la visite s’effectue non seulement pieds et tête nus mais aussi pour les hommes, torse nu. Sous le soleil écrasant, il y a de quoi attraper un coup de chaleur. L’ombrelle serait-elle la solution ?

procession Anuradhapura sri lanka

Le grand dagoba Thuparama, construit par le roi Tissa au 3ème siècle avant pour renfermer une clavicule de Bouddha est moins redoutable que le dagoba immaculé de Ruvanveliseya, le plus vénéré, réverbérant la lumière. Une procession colore la visite. L’ensemble a été inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco en 1982.

dagoba Thuparama Anuradhapura sri lanka

Passage au Kuttam Pokuna, appelé aussi les deux piscines, qui date du 3ème siècle. Deux basins rectangulaires en pierres et briques permettent, par des escaliers, aux moines du probable monastère disparu Kaparama, dont les ruines sont proches, d’aller faire leurs ablutions.

Kuttam Pokuna Anuradhapura sri lanka

La statue de Bouddha en posture de samadi, qui date probablement du 4ème siècle, est impressionnante de sérénité et d’écrasante majesté. Le samadi est la concentration en méditation profonde ; elle se trouve en fixant l’attention sur un seul objet pour décourager les pensées vagabondes. Le visage du Bouddha cherche à dépeindre son état d’extinction des sensations et de compassion universelle, comme si le soleil passait à travers lui. Sculpté dans le calcaire, on a du lui restaurer le nez.

Nous allons aussi jusqu’au Jetavanarama Dagoba, érigé sous le roi Mahasena (274-301), le plus grand monument d’Anuradhapura. Il n’atteignait pas moins de 122 mètres de haut, tout en briques recouvertes de chaux, faisant de lui le troisième plus haut monument du monde après pyramides de Dharshur et Gizeh en Égypte.

dambulla sri lanka

Ce n’est que vers 15h30 que le bus nous mène enfin dans un hôtel déjeuner. Nous visitons ensuite Dambulla et ses cinq grottes bouddhiques, refuge jadis du roi Valagambahu lorsqu’il fut chassé de sa capitale par les invasions. Le temple d’or de Dambulla est classé par l’UNESCO depuis 1991 au patrimoine de l’humanité. Son abord est pourtant bien kitsch, avec une enseigne qui clignote « OPEN » en lumière fluo ! Un Bouddha doré gigantesque surmonte une mâchoire ouverte de dragon faisant office de porte sous ses crocs redoutables, en haut d’un escalier commençant par des griffes. C’est en 1848 que le mouvement nationaliste cinghalais débute ici.

bouddha monastère rupestre dambulla sri lanka

Il faut monter deux centaines de mètres de dénivelé pour découvrir le monastère rupestre. Le Raja Maha Vihara, date du 1er siècle. Il offre cinq grottes sanctuaires plus austères, creusées dans la falaise de granit qui domine la vallée. Chacune est décorée de peintures murales du 17ème siècle sur 2100 m². Le vermillon et l’ocre dominent. Au total, 80 grottes, 5 sanctuaires et 4 monastères principaux renferment 157 statues, 153 images du Bouddha, 3 images royales et 4 images de divinités. Les peintures représentent surtout la tentation de Bouddha par le démon Māra et son premier sermon. Le démon est jeté à bas de son éléphant par le Bienheureux. On distingue le Bouddha couché du Bouddha mort en ce que ses orteils restent bien parallèles. Celui de la première grotte, dite du Roi divin, est bel et bien mort, sur 14 m de long ; à ses pieds se trouve son disciple préféré, Ananda. Les autres Bouddhas couchés font une dizaine de mètres pour marquer la majesté.

monastère rupestre dambulla sri lanka

Dans le second temple, la grotte dite des Grands Rois renferme des statues des dieux Saman et Vishnu et 53 statues de Bouddha recouvertes d’or. Autour du Bouddha se dressent des sages en méditation, comme pour garder tout débordement du public de leur pose hiératique et de leurs yeux morts. Au plafond s’étalent des fresques à Bouddha, le plus beau de l’ensemble. Une source coulant du plafond déverse une eau purificatrice, croit-on.

La troisième grotte est nommée le Nouveau grand monastère ; elle révèle les peintures les plus abouties.

dambulla bouddha geant sri lanka

Après la brigade des stup’s ce matin, des tas de briques du 3ème siècle après, un chapelet de Bouddhas pour ce soir : nous sommes gâtés et un peu repus. La grotte numéro deux n’est plus éclairée parce que 18 h est passé. Ceux qui ont des lampes dans leur sac, comme moi, explorent tout seul ; les autres troupeautent autour d’eux tant bien que mal. J’examine les plafonds dans les tâtonnements gutturaux d’une horde allemande prenant force photos au flash sans rien voir.

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Infuser à Ceylan

Me voilà, té ! comme disent les gens du sud. J’embarque pour Ceylan, assez longtemps pour infuser dans son climat tropical. L’île de l’océan indien était appelée Taprobane par Ptolémée, Serendip par les Arabes, Ceylan par les Anglais, avant de prendre son nom actuel en 1972 : Sri Lanka. Elle a été envahie successivement par les Cinghalais au 6ème siècle avant, les Dravidiens au 3ème siècle avant, les Tamouls du royaume de Chola au 10ème siècle après, les Thaïs au 13ème siècle, les Portugais au 16ème siècle, les Hollandais au 17ème et les Anglais au 19ème ; elle a acquis son indépendance en même temps que l’Inde en 1948. Le mot anglais serendipity, venu de Serendip et intraduisible en français autrement que par une périphrase, veut dire « découverte heureuse due au hasard ». Je vais découvrir.

sri lanka carte

Qatar Airways embarque à 9h15 pour Colombo avec une escale à Doha. L’Airbus 360 est climatisé vers 18° alors qu’il fait au moins 24° dehors. L’escale de Doha est chaude et moite, à 37°. Le contraste avec l’avion est brutal ; heureusement, la correspondance est rapide. Le vol suivant s’effectue en Airbus 320, plus petit. Colombo nous accueille avec la même chaleur moite, mais tempérée par une brise de mer. Je change 100 euros pour 16750 roupies locales, soit le tiers d’un salaire moyen ici, me dira-t-on. Cela suffira largement pour mes boissons, mes extras et pour les pourboires des guides, chauffeur et assistants divers.

jardin Anuradhapura sri lanka

Nous sommes accueillis par Monsieur Inoj (dont l’anagramme donne Joni), notre guide francophone à la prononciation empêtrée. Il ressemble à Achille Talon avec un chapeau scout. Ce qu’il a préparé en français passe à peu près bien, ce qu’il improvise est souvent incompréhensible. Mais après la guerre civile, puis le tsunami de 2005, le tourisme repart à peine et il est difficile de trouver de bons guides locaux. Nous prenons le bus presqu’aussitôt, sans nous arrêter dans la capitale où il est 3h30 du matin, heure locale. Nous dormons à moitié durant les 5h de route jusqu’à l’hôtel d’Anuradhapura, dont les chambres entourent un jardin tropical orné d’une piscine, le Galway Maridiya Lodge. Durant le trajet, chauffeur et guide s’arrêtent pour nous montrer les oiseaux du pays : cigognes, martin-pêcheur, hérons, aigle, chauve-souris…

buffet piment sri lanka

Le jardin luxuriant borde presque un lac au bord duquel broutent les zébus. Le déjeuner est un buffet, comme toujours au Sri Lanka. Il est épicé, le plus fort du séjour. Certains se laissent prendre aux morceaux de piment vert mélangés l’air de rien aux légumes. Ils se goinfrent aussi de crudités et de fruits coupés ; ne sachant trop quelle hygiène règne dans les hôtels du pays, je m’en tiens à mes principes : du cuit et chaud seulement, ou des fruits à éplucher moi-même. Les serveurs adolescents glissent silencieusement sur leurs pieds nus ; l’absence de chaussures leur donne une grâce corporelle. Une horde disciplinée de Japonais d’un certain âge déjeune à la table parallèle ; ils ont l’air de la classe très moyenne, un peu vulgaire.

biere lion sri lanka

L’après-midi est libre, nous décidons par petits groupes de prendre des touk-touk, ces Vespa à trois roues et cabine capotée, pour visiter un peu la ville. Nous sommes trois par engin et cela nous coutera 1000 roupies chacun pour le reste de la journée. Notre taxi a 25 ans, le teint très sombre et la taille empâtée, mais débrouillard. Il a du bagout ; j’apprendrai qu’être un peu replet est signe de prospérité, ses talents lui permettent de bien gagner sa vie. Pour 3000 roupies, un beau salaire pour une demi-journée, il offre à un cousin moins chanceux la même aubaine et nous promène dans des lieux agréables où les gens se mêlent à la nature, les plantes aux bêtes. Pèlerins, ados, singes, palmiers, composent un ensemble luxuriant à nos yeux neufs. Nous rencontrons même un groupe de filles en uniforme à numéros, comme une équipe de foot.

temple aux 500 bouddhas Anuradhapura sri lanka

Nous commençons par le temple aux 500 Bouddhas, Isurumuniya Vihara, bâti au 3ème siècle. C’était un complexe monastique qui reçut son nom de 500 nobles (issara, ceux du premier rang) qui ont reçu l’ordination comme moines en ce lieu. Il est probablement le temple le plus ombragé et le plus tranquille d’Anuradhapura, comme nous nous en apercevrons le lendemain ! C’est kitsch et populaire comme à Lourdes. Une allée bétonnée sur laquelle il faut aller pieds nus longe 500 statues de béton armés représentant Bouddhas, couleur minium et visage blanc. Elle serpente, monte jusqu’à un belvédère aux offrandes (une boite est prévue à cet effet) puis redescend sous terre dans une grotte artificielle où sont présentées des scènes édifiantes, toujours en béton armé : ainsi le cycle des corps de la naissance à la mort, ou le cycle de retour au grand Tout, du cadavre aux restes du squelette. Des femmes nous sourient, des gamins, des adolescents nous regardent avec curiosité ; il est vrai que nous sommes à peu près les seuls étrangers à visiter ce temple kitsch. Bonjour se dit « ayouboâne » et merci « stotsi ».

restes temple Vessagiriya a Anuradhapura sri lanka

A Vessagiriya, nous voyons les restes d’un temple troglodyte, 23 grottes aux moines et des fondations de bâtiments en briques du 10ème siècle autour. Le Ranmasu Uyana offre ses singes et ses jeunes filles en visite scolaire. Son nom signifie parc des poissons dorés. Il suffit de monter une butte pour trouver un lac. Un vol de perroquets verts le survole.

A Sri Sarananda Maha Piriwene (tous ces temples ont des noms à rallonge remplis de syllabes en a), un grand Bouddha blanc d’une quinzaine de mètres de haut trône en lotus – probablement en béton armé lui aussi ; il s’agit du lieu de culte d’une fondation bouddhiste militante.

bouddha blanc Anuradhapura sri lanka

Nous rentrons à la nuit tombante, vers 18h30 ici, très content de notre première journée et après 62,5 cl de bière Lion à 4.8° d’alcool. Fabriquée dans le pays depuis 1881, elle est une lagger très rafraîchissante. Nous nous jetons dans la piscine au crépuscule pour nous délasser du jour moite. Il n’y a que nous dans l’eau, les kids du matin et les ados du midi venus en ce dimanche ont déserté. La lune est une faucille brillante en son premier quartier. Des vols silencieux de chauves-souris hantent le ciel entre les arbres. Nous en avons vue une ce matin sur la route, électrocutée pour avoir touché trois fils électriques d’une portée de tension. On aurait dit un vieux chiffon.

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