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Croisière sur l’Aranui : Rapa !

L’Aranui III longe enfin les falaises de Rapa ; il se présente à l’entrée de la baie d’Ahurei ; il est 10 heures. Dès avant l’accostage, l’accueil est déjà extraordinaire ! Les poti mara (barcasses) viennent à notre rencontre, fleuris et décorés. La musique et les danseurs s’activent sur le quai. Ces derniers frappent le sol avec des bouquets d’auti (Cordyline australis, longues feuilles vertes en lame), leur visage est peint en blanc. L’Aranui une fois à quai, l’échelle de coupée installée, ils frappent vigoureusement sa plate-forme. Le Tavana (maire) de Rapa descend le premier, suivi par l’Etat. Les tambours résonnent, les chants s’élèvent, les autorités sont couronnées. Place au petit peuple, maintenant ! J’ai reçu là la plus belle couronne de tout mon voyage ; elle est faite de tagètes, d’hortensias, de bougainvillées, de lys blanc, de piments rouges, des fruits orange des faras et de miri, le basilic de Tahiti. Le collier a été longtemps suspendu sur mon balcon à Papeete, avec tous les autres colliers du voyage.

collier-fleurs-polynesie

Rapa veut dire ”en dehors“, à l’extérieur ; elle est hors normes, à mi-chemin entre l’isthme de Panama et de la Nouvelle-Zélande, à 1074 km de Tahiti. Pas d’aérodrome, une goélette passe environ tous les deux mois, quand elle passe. C’est la plus jeune des îles Australes ; son relief est accidenté. Le mont Peranu culmine à 650 mètres ; il est le point le plus élevé de l’ensemble des Australes ; six autres pics dépassent les 400 m. Pas de coraux, l’eau est trop froide. Ses côtes sont découpées par douze baies. Celle d’Ahurei ressemble à un fjord : 2 km de long, 100 m de large, des fonds de plus de 50 m ! Le port est ainsi le mieux protégé de tout le Pacifique sud. Les ruines archéologiques montrent les restes de sept forteresses (pa), construites sur d’imposantes terrasses de pics volcaniques.

RAPA  (Australes)

A l’exception de la Nouvelle-Zélande, ce genre de structure n’a été retrouvée nulle part ailleurs en Polynésie. Rapa est la seule île de Polynésie française à être en-dessous de la zone tropicale. Elle est située sur le passage des dépressions subpolaires en hiver austral. Il y pleut toute l’année, 2645 mm en moyenne, principalement en saison chaude, cet été austral dans lequel nous sommes en janvier et février ! L’ensoleillement est faible et il peut pleuvoir jusqu’à 60 jours d’affilée… L’été, il y fait environ 20° mais l’hiver, le thermomètre peut descendre jusqu’à +5°. L’agriculture est donc généreuse sur Rapa. Tout pousse, sauf l’arbre à pain, le papayer et le cocotier. Les femmes cultivent le café, le taro, le chou, les pommes, les oranges, les pêches. Ici, on vit en autarcie : saumons, langoustes, moules, huîtres, crabes, bêches de mer (holothuries), crevettes, oursins, composent l’ordinaire avec, à l’occasion, du bœuf, de la chèvre et du mouton sauvage qui vivent dans les montagnes.

Une fois débarqués, nous nous retrouvons tous dans les deux ‘trucks’ du ramassage scolaire pour nous rendre à la Mairie. Pied à terre, nous attendons les autorités. Les équipes de football, de basket, de handball, en tenue sportive, font une haie d’honneur jusqu’à la Poste et la Mairie. Les sportifs dansent le hakka ; les enfants des écoles, vêtus de pagnes d’auti et torse nu, et leurs maîtresses, entament une vibrante Marseillaise, puis l’hymne polynésien, tandis que montent les drapeaux. Discours du Tavana, réponse émue de la Haussaire (Haut-Commissaire).

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A table maintenant ! Dans la salle des sports, les Rapa ont disposé tables et chaises. Le menu est alléchant : langoustes grillées, poisson grillé, poulet grillé, popoï (pâte tirée du fruit de l’arbre à pain), framboises, pêches, goyaves, oranges, bananes. Certains touristes étaient tellement affamés par la houle incessante depuis 48 heures que, tout en ayant fait provision de deux langoustes, ils en ”bouffaient” déjà une troisième sur place avant de rejoindre la table et s’y empiffrer des réserves dans leurs mains. Il est bien sûr de notoriété publique que, sur l’Aranui, les passagers crèvent de faim ! Ce qui fit dire à un Rapa : « on nous avait annoncé 160 passagers, mais il y en a au moins 250 ! »

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Le soir, Pierrot Faraire nous offrira un spectacle, avec sa troupe des Tamariki Oparo qui gagna le 1er prix de danse lors du Heiva 2006. Mais auparavant, l’Etat décorera le Tavana, puis Pierrot, le directeur d’école et néanmoins maître de ballet. De retour sur l’Aranui, c’est la soirée tahitienne. Tous les Rapa sont invités à bord. Ils sont environ 500 dans les deux villages de Haurei et Area. Beaucoup ne viendront pas car ils ne se sentent pas à leur aise, « c’est pas un monde pour nous », disent-ils. Punch, buffet, spectacle et musique par l’équipage, danses jusque tard dans la nuit.

Le lendemain matin, pluie diluvienne… on peut retourner au village. Il faut être de retour pour midi. Les mamas montent à bord les bras chargés de colliers de coquillages. L’émotion est visible chez les Rapas qui voient très peu de monde, isolés comme ils sont. Elle est visible aussi chez les touristes, qui découvrent ici un bout du monde. Pierrot fait chanter tout ce peuple tandis que les mamas nous couronnent. Les Rapas redescendent ; l’Aranui III siffle trois fois ; il se détache lentement du quai. Les Rapa dansent toujours ”Faut pas pleurer“, mais les larmes sont bien dans tous les yeux, est-ce le vent ? Les matelots sanglotent comme des enfants qui iraient à l’école pour la première fois. Tout le monde pleure, comme le ciel, sur le quai comme sur le bateau. Tino, le pilote surdoué d’une des barges, sanglotera vingt minutes, inconsolable.

rapa

A 13 nœuds et demi de vitesse, l’Aranui part pour un voyage de retour de 52 heures. Il met cap à l’est car la dépression Arthur est sur Raivavae. La mer est déjà bien agitée, il n’est pas nécessaire de foncer droit dans l’œil d’Arthur. Deux dépressions pendant ce périple, cela mériterait bien une médaille, non ?

Tel était le voyage inaugural et terminal de l’” Aranui III ” aux Australes.

Hiata de Tahiti

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Retour final à Katmandou

Un taxi poussif, une vieille Toyota affichant 70 000 km au compteur mais ne dépassant pas les 40 km/h dans de grands craquements de vitesses, nous permet de rejoindre l’hôtel Vajra dans Katmandou pour 30 roupies. La douche chaude est bienfaisante. À 18h30 nous avons rendez-vous avec Tara devant l’hôtel Annapurna pour assister au spectacle d’une heure de l’Everest Cultural Society, un groupe pour touristes qui présente des danses népalaises et des saynètes de cirque comme la danse du yack (avec une grosse bête en peluche) et la danse du paon, ou encore le médecin-sorcier avaleur de feu et roulant des yeux blancs. Vingt-quatre danses et scènes diverses se déroulent dans une salle de patronage, devant des touristes qui mitraillent au flash et font ronronner leurs caméscopes. Les autres du groupe ont trouvé le spectacle « nul », moi j’ai été séduit par la fraîcheur populaire de certaines danses et par le professionnalisme des danseurs. Bien sûr, j’ai été agacé par les touristes à photos et l’aspect commercial de l’ensemble, mais bien qu’édulcoré et aseptisé, il reste quelque chose dans ce spectacle de l’intention initiale et de l’expression naturelle du corps.

katmandou danses

Le dîner a lieu dans « le meilleur restaurant de Katmandou » selon Tara, le Gahare Kabab, juste à côté de l’hôtel. Il existe aussi un très bon restaurant népalais, nous dit encore Tara, le Sunkosi, un peu plus loin dans l’avenue chic qui mène au Palais royal. Nous prenons un cocktail « Annapurna » à la vodka, Cointreau, jus de citron et blanc d’œuf battu. Une invention locale peu goûteuse. En revanche le tandoori de poulet est délicieux, même s’il est emprunté à la cuisine indienne. Il est accompagné de riz parfumé et d’épinards. En dessert, un truc spongieux et écœurant de sucre, le gulab jamun indien qui est une sorte de fromage. Je préfère la glace indienne aux amandes, couverte de gingembre râpé. Avec la chaleur du restaurant, et certains antécédents médicaux, Françoise a un malaise et Elle officie. La situation s’améliore et nous retournons par les rues sombres et presque désertes où l’on se demande toujours sur quoi l’on marche.

katmandou nepal fenetre de la kumari

Le lever a lieu à sept heure trente pour conduire certains à l’aéroport. Nous sommes cinq à nous être inscrits pour un survol de la chaîne de l’Everest en Twin Otter, pour 95$. Las ! nous attendrons deux heures pour rien. Le vol est annulé pour mauvaise visibilité. Remboursés, nous rejoignons les autres au rendez-vous fixé devant l’hôtel Annapurna, ce qui est commode parce qu’il est facile à trouver et que tout le monde connaît. Dominique a trouvé un livre pour le cadeau de Tara, « l’Art du Népal » dans les collections du musée de Los Angeles. C’est une bonne idée, les collections américaines sont loin et elle ne les a peut-être jamais vues. Cela nous fait 70 roupies chacun.

katmandou nepal hamman dhoka

Puis nous nous séparons pour voir la ville. Elle, Christine, Françoise et moi allons vers Durban Square et Hanuman Place pour sa dizaine de temples et son stupa dans lequel l’arbre vivace a crevé le toit. Cette description de Muriel Cerf dans son livre, L’Antivoyage, m’avait frappé. Elle est tout un symbole de vivacité dans la pauvreté. Au Népal, tout un peuple fait craquer les vieilleries et contraint la terre de sa force vitale. Il y a foule.

katmandou pipal crevant plafond du temple

Se mêlent les cris des vendeurs de légumes, les sonnettes des vélos, les tut-tut électriques des motos, les piaillements des gosses très débraillés. Poussière, odeur d’essence mal raffinée, rance des lampes à beurre qui brûlent en offrande, suri des ordures qui pourrissent au soleil.

katmandou nepal sechage recolte

Je suis un peu saoulé de ce monde grouillant, exigeant beaucoup des sens, où le pittoresque se noie dans la masse. La capitale est trop vaste, les monuments trop serrés et trop crasseux, les avenues trop poussiéreuses et trop remplies de foule. Nous nous sentions plus à l’aise dans les bourgades de campagne, ou dans les petites villes de la vallée, Bodnath, Bhaktapur, ou même Patan. À Katmandou, Freak Street mériterait de s’appeler aujourd’hui Frippes Street tant les boutiques de vêtements, de souvenirs, de restauration pour touristes, encombrent les devantures ; elle s’appelle en fait Jhochen Tole pour les Népalais. Nous prenons un riz aux légumes et curry à l’Oasis, repéré par Elle dans le Guide du Routard. Comme souvent dans ces lieux notés par la bible du touriste moyen, il n’y a que des touristes. Un italien et son ami, un peu « de la jaquette » comme le dit Christine, frétillent et nous parlent en anglais. Une américaine au minois pékinois, chapeau tibétain d’uniforme sur la tête, parle un peu français. Il semble être d’usage d’aborder tout le monde, à la hippie, quand on est touriste à Katmandou.

katmandou nepal fruits

Nous revenons vers l’hôtel dans la lumière dorée de fin d’après-midi. Nous terminons le périple par le grand temple de Swayambunath. De jolis yeux nous regardent depuis le stupa doré, mais il y a trop de mendiants professionnels et de stands de bimbeloterie à mon goût.

katmandou kali

Invités ce dernier soir « chez » Tara Boum, nous voici à 19h au rond-point en face du Palais Royal. Un « frère » de Tara – le vrai – nous accueille, l’artiste qui peint et qui expose et à qui Elle a acheté deux toiles ce matin, pour deux fois deux cents dollars. Il nous conduit à une petite maison de trois pièces presque en face du palais : le royaume népalais de Tara. Whisky, bière, Coca, Fanta, préparent le gosier pour le riz-curry-poulet traditionnel cuisiné par Ram, comme pendant le trek. Il nous sert avec son visage de play-boy chinois et sa gentillesse naturelle. Sont présents aussi trois « frères », les plus drôles (le plus jeune est gras comme un Ganesh) – ainsi que Louza, le jeune aide-cuisinier qui danse si bien et qui avoue enfin ce soir n’avoir guère que quinze ans. Louza, en népalais signifie quelque chose comme « zut ». Ce n’est pas le nom du garçon mais son surnom, acquis un jour d’inattention. Il danse toujours aussi bien et c’est un plaisir esthétique de le voir évoluer, maître de son corps qui, de trapu, devient léger, possédé par le rythme, mu avec une grâce qu’il n’a pas dans la vie courante. Danse aussi un porteur, « un joli » selon Christine, le « torse triangulaire » comme elle les aime.

Michel a trouvé « un copain » cet après-midi et est invité. Il nous quitte dans la soirée pour rejoindre son jeune vendeur. Christine soupçonne quelques mœurs non conformes, mais Michel est naturellement liant et aime rencontrer les gens nouveaux ; je crois qu’il en a aussi un peu marre du groupe après deux semaines, ce qui peut se comprendre avec toutes ces femmes…

Nous revenons à l’hôtel dans les rues noires après cette belle soirée d’adieu.

katmandou nepal legumes

Nous nous levons à 7h30… pour rien. L’avion, prévu à 11h, ne part pas avant 21h30 en raison de « problèmes techniques » ! La RNAC ne possède que trois avions qui font la rotation avec l’extérieur. Celui qui vient de rentrer est en panne de radio. Mais cela, nous ne le saurons pas avant… 15h ! Aussi, nous faisons nos adieux à Tara, Cham, Ram, Lama, Git et les autres. Tara a amené Rahula, son petit garçon de trois ans tout timide devant ces gens qu’il ne connaît pas. Il sera beau. Un bus nous emmène gratuitement jusqu’à un grand hôtel de luxe, le Saaltee Obernoi, à l’ouest de la Vishnu mati. Le self-déjeuner est superbe.

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Depuis le lever jusqu’à l’atterrissage à Paris s’écoulent 31 heures. L’avion part effectivement à 21h30 – il ne devait pas arriver à Francfort, sa destination, entre 1h et 6h du matin puisque Francfort est fermé pour le confort des riverains. Après avoir discuté des membres du groupe et de « sociogrammes » avec Michel, nous faisons escale à Dubaï. Selon Michel, ce groupe a trois « leaders » ; il y a ensuite les satellites, puis les marginaux. Michel se place en « intermédiaire » entre les sous-groupes. Il aime à jouer ce rôle étant, selon ses dires, assez « mouton de panurge », d’accord avec tout le monde pour avoir la paix. Mais ce schématisme groupal, issu des instituts de formation de l’Éducation nationale, me laisse dubitatif. C’est plaquer une grille toute faite sur des relations mouvantes et éphémères. Et son pouvoir explicatif est faible. Elle et Christine ne cessent elles aussi de discuter sur le groupe, comme des vautours fascinés par la charogne. Elles critiquent Annie trop pomponnée, Sylvie trop fade, Michel opportuniste, Christophe coincé, Lily « moi je », et ainsi de suite. Je ne sais ce qu’elles disent de moi derrière mon dos ! Un groupe trop parisien, la nouveauté du circuit et les éternelles grèves de courrier des années 1980 ayant empêché la province de recevoir à temps le catalogue. Un prof et une ex-instit dignes représentants de la gent enseignante et – comme toujours – insupportables : ils savent tout et parlent tout le temps. Un niveau d’effort trop faible, la marche facile attire n’importe qui et surtout les vieux qui se croient sportifs quand le voyage est lointain et cher.

katmandou nepal temple

J’avais 30 ans de moins alors et me sentais trop materné par l’organisation, omniprésente : quatre sherpas plus Tara, plus les cuisiniers et les porteurs, soit vingt népalais pour dix marcheurs. Avec cela, l’eau chaude le matin, la tasse de thé au réveil, les tentes toutes montées, le serre-file dans les marches… Je n’étais pas venu pour retrouver le Club Med. Malgré cela, les gens, le paysage, Tara… Le Népal est un beau pays. J’y reviendrai.

Fin du voyage

Ce circuit de randonnée facile de Terres d’aventure existe toujours, même s’il ne part pas cette année en raison du tremblement de terre.

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Santiago de Cuba suite

Le cimetière Santa Ifigenia, à l’écart de la ville, est un haut lieu de mémoire. Nous y passons sans descendre du bus, faute de temps. José Marti et Carlos Manuel de Cespedès y reposent.

santa ifigenia cimetiere santiago cuba

José Marti, fils de sergent devenu commis d’épicerie, est arrêté à 16 ans pour s’être moqué des volontaires de l’armée coloniale. Il passera 6 ans aux travaux forcés. Déporté à Madrid, il passera deux licences, en droit et philosophie. Il enseigne, écrit des articles, voyage, « conspire » pour l’indépendance de Cuba, fonde le Parti révolutionnaire cubain. Il s’oppose à l’annexion politique ou économique de Cuba par les États-Unis qui se font le champion de l’indépendance des Amériques. Le 25 mars 1895, Marti et Maceo rédigent le Manifeste de Montecristi, révolutionnaire, puis Marti est nommé major général dans l’armée de libération de la sierra cubaine. Il est tué lors de l’embuscade de Dos Rios. Le traité de Paris instituant l’indépendance cubaine, avec l’aide des États-Unis, ne sera signé que trois ans plus tard, le 20 avril 1898. Carlos Manuel de Cespedes a, le premier, décidé de libérer ses esclaves en 1868, tout en appelant à l’indépendance. Sa statue est érigée sur la Plaza de Armas de La Havane.

jose marti

Une dernière étape pour la matinée nous conduit au phare et au Castillo del Morro, la forteresse bâtie en 1637 qui domine l’entrée de la baie. Le coin est touristique, empli de bus qui contiennent surtout des Français, et de boutiques accueillantes qui vendent de tout, des tee-shirts au sempiternel rhum. Le soleil est particulièrement violent à cette heure. Des écoliers rentrent de classe dans la zone militaire qui jouxte le circuit touristique. Ils ont carrément ôté leur chemise. Les Anglais ont détruit le fort en 1662, mais il est reconstruit dès l’année suivante jusqu’en 1669. Il a été restauré dans les années 1960, peut-être pour faire face à un débarquement américain ? Nous aurions pu visiter le Musée de la Piraterie, mais il est largement plus de midi et nous n’avons pas le temps : il faut retourner à l’hôtel pour déjeuner ! Nous trouvons idiot de refaire le trajet pour revenir cet après-midi (qui est libre) mais l’administration socialiste du voyage cubain le veut ainsi. Nous négocions le fait que le bus nous reconduise en ville après le déjeuner.

castillo del morro santiago cuba

Nous visitons le belvédère Velasquez, panorama sur le quartier de Tivoli, une enclave populaire où les Français venus d’Haïti se sont installés en nombre. Dans ce quartier, qui descend vers le port, des gosses jouent presque nus dans la rue. Ils ont les pieds sales, les garçons le torse souillé de poussière, la culotte déchirée. Ils se traînent par terre dans leurs jeux ou leurs bagarres. Nous ne sommes plus ici dans les quartiers chics du centre-ville, même si la joie de vivre de ces petits demeure intacte.

quartier de tivoli santiago cuba

Nous remontons vers le musée du Carnaval, aménagé dans une maison coloniale du 18ème siècle près de la cathédrale, qui expose des photos noir et blanc des scènes de carnaval, mais surtout donne un spectacle quotidien de danses (à 16h) qui dure une heure. Nous nous installons avec un groupe de Nouvelles Frontières. Les danses présentées sont un syncrétisme entre l’Afrique des origines et l’existence travailleuse des plantations, les croyances ancestrales et les nouvelles conditions de vie. La première partie du spectacle est prenante, accompagnée aux tambours et aux enjoliveurs heurtés au tournevis. Le reste est moins bon. C’est un pot-pourri touristique où il s’agit surtout d’amuser, puis de faire « participer » les spectateurs, dans les meilleures traditions des colonies… de vacances ! Est-ce un clin d’œil ? – ce serait trop subtil. Si les danseurs sont peu vêtus et vite luisants de sueur, les danseuses sont habillées de longues robes multicolores. Leurs déhanchements, trémoussements, sautillements, ont un rythme hypnotique. Les garçons travaillent plus en force, toute une mécanique musculaire se lisant en direct sur leurs poitrines aux muscles secs. Plus noirs que la moyenne de la population, les danseurs expriment bien plus l’Afrique que les traditions espagnoles du carnaval.

museo del carnaval santiago

Nous nous rendons ensuite à la cathédrale. Elle est vieillotte et presque vide, hésitant entre les bondieuseries ibériques et le dépouillement indien. Il n’y a même pas une Annonciation, bien que l’ange de l’Annonciation domine la place entre les deux clochers.

ange santiago cuba

Le plafond est à caissons et le chœur a des stalles en bois sculpté. Le Pape Jean-Paul II y est venu célébrer une messe en 1998.

cathedrale nuestra dama de asuncion santiago

C’est d’en face, du balcon de l’Hôtel de Ville, que Castro a harangué les Santiagais. On entre dans la cathédrale par les côtés. La porte de façade a été condamnée par des boutiques, dont une librairie. Nous y entrons après la cathédrale. Sont exposés principalement des manuels techniques, de l’idéologie, et quelques rares éléments de la (pauvre) littérature nationale autorisée, dont un peu de poésie – considérée comme moins « idéologique » que le roman.

cathedrale santiago vue hotel casa granda

Les vrais romanciers cubains sont exilés et éditent leurs œuvres vives à l’étranger, en Europe et aux États-Unis, comme Zoé Valdès. Et c’est cette société appauvrie, où les intellectuels doivent s’exiler pour avoir la possibilité d’exprimer ce qu’ils sont, que nos intellectuels « de gôche » adulent jusqu’à en faire une question de profonde « conviction » ?

Le cinquième étage de l’hôtel Casa Granda, construit dans les années 1950, permet de voir le soleil se coucher sur la baie. Nous avons failli payer le cocktail « obligatoire » à 2$ pour monter, mais le réceptionniste était absent quand nous sommes passés. Ce n’était pas le cas des autres du groupe… Plus bureaucratiquement capitaliste qu’un socialiste, il n’y a pas.

terrasse aux musiciens santiago cuba

Sur la place et dans les rues, nous croisons de nombreux solliciteurs et mendiants. Tout est bon pour faire du fric, comme si « la Révolution » n’était que du vent. Quel échec patent ! À quoi servent donc tous ces slogans aux murs ? On ne les lit d’ailleurs plus au bout de quelques jours alors – après 55 ans… Nous rencontrons à Cuba presque autant de misère qu’ailleurs, la liberté en moins.

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Kandy, temple de la dent de Bouddha

Nous entrons dans une région centrale, domaine du thé, où la population tamoule est plus forte. Les musulmans occupent des quartiers entiers des villes, souvent commerçants, ou des villages dans les plantations de thé. Il est curieux d’observer brusquement des femmes voilées et des hommes barbus. Reste qu’il semble que la cohabitation des quatre religions soit plus harmonieuse qu’ailleurs : bouddhistes, hindouistes, musulmans et chrétiens cohabitent ; des édifices religieux se succèdent dans les mêmes endroits. Selon le World Fact Book de la CIA, les bouddhistes (religion officielle) seraient 69.1%, les musulmans 7.6%, les hindouistes 7.1%, et les chrétiens 6.2% – le solde n’a pas voulu répondre.

kandy temple de la dent de bouddha sri lanka

Kande est le nom donné à la ville en 1542 par les Portugais d’après le titre du chef local Kande râja, roi de la montagne. Rien à voir avec le sucre candi, obtenu par cristallisation lente d’un sirop qui forme de gros cristaux, au nom venu de l’arabe qandi qui signifie sucre. La ville est classée au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1988. Elle est restée longtemps un bastion de l’indépendance de l’île, étant située loin des côtes, jusqu’à ce que les troupes britanniques la soumettent le 14 février 1815.

kandy galerie temple de la dent de bouddha sri lanka

Arrivés dans cette ville culturelle d’aujourd’hui 161 000 habitants, fondée au 14ème siècle et ultime capitale des rois cinghalais dès 1592, nous ne voyons ni le lac ni les collines luxuriantes à 350 m d’altitude – nous avons perdu du temps à marcher pour rien sous la pluie – mais visitons aussitôt le temple Dâlada Maligawa de la Dent de Bouddha, recueillie selon la légende sur son bûcher funéraire.

kandy interieur temple de la dent de bouddha sri lanka

La dent provient de Kalinga dans l’état d’Orissa en Inde, et a été apportée au Sri Lanka durant le règne de Sri Meghavanna (310-28). La relique n’est pas historique : « une dent de cinq centimètres de long, qui a bien l’air d’une dent de caïman, que tout le monde sait être fausse, la vraie ayant été brûlée à Goa par l’inquisition portugaise avec tous les procès-verbaux possibles » rapporte Émile Bruyas dans son récit de voyage Deux mois à Ceylan, publié en 1898. Un autre voyageur, Fr. Devay précise dès 1864, dans son Journal d’un voyage dans l’Inde anglaise (…) et à Ceylan : « Après la prise de possession du pouvoir politique de l’île entière par les Anglais, en 1815, le reliquaire fut ouvert en présence de toutes les autorités compétentes, et il fut constaté, avec toutes les formalités authentiques, qu’il contenait un morceau d’ivoire à peu près cylindrique et légèrement recourbé, d’environ 2 pouces anglais de longueur, creux par le bout le plus large, usé et arrondi par l’autre, n’ayant aucune ressemblance avec une dent humaine, tant par sa grosseur que par sa forme. — Sir James E. Tennent en donne le dessin. » Mais qu’importe, comme à Lourdes, c’est la foi qui sauve.

kandy reliquaire de la dent de bouddha sri lanka

Nous ne verrons d’ailleurs pas la « dent », elle est jalousement cachée, pour ne pas déflorer l’illusion. En 1874, Théodore Duret, de passage lors de son Voyage en Asie, note : « La dent n’est point visible, elle est dérobée aux regards sous sept reliquaires successifs, en forme de cloche, mis les uns par-dessus les autres et placés eux-mêmes derrière de gros barreaux de fer. Devant ce grillage, les fidèles font leurs dévotions, puis déposent en offrande des fleurs odorantes. » Les fleurs sont constamment renouvelées jusqu’à aujourd’hui, dans un désordre pensé. Des pèlerins se succèdent devant nous, face au Bouddha et à la porte de cuivre repoussé derrière laquelle serait la relique.

kandy mains de bouddha sri lanka

L’ensemble est un peu kitsch et mal éclairé. Il rebâti au 18ème siècle et restauré après l’attentat meurtrier perpétré par les Tigres tamouls le 25 janvier 1998. Il pleut toujours, ce qui n’améliore pas la lumière mais donne une impression de frais aux pieds nus exigés. La sculpture sur bois est raffinée et l’arrangement apparemment anarchique des fleurs fraîches très joliment organisé. Ces chemins de fleurs parsèment de vie la sécheresse de la pierre et du cuivre.

kandy serenite temple de la dent de bouddha sri lanka

La nuit est tombée alors qu’il n’est pas 18 h, mais le ciel est plombé. A deux pas du temple, Inoj nous envoie à un spectacle pour touristes, soi-disant folklorique mais nettement international. Danses, tambours, clowneries, le tout en costumes colorés et avec des physiques avantageux. Une fille du groupe a mitraillé les beaux mecs seins nus, danseurs ou joueurs de tambour, avec son bridge au zoom de 600 mm. Il est vrai que le voyageur déjà cité, il y a 150 ans, Devay en 1864, note qu’« il y a des types bien remarquables. Dans un des villages de la route, un des deux chevaux du relai fut amené par un jeune garçon de seize à dix-sept ans, d’une taille élancée et d’une merveilleuse beauté défigure et de formes. Il était entièrement nu, sauf le très-strict nécessaire ; ses cheveux, noirs, luisants et bouclés, rejetés en arrière, encadraient sa tête expressive ; sa peau nette et lisse, d’un brun foncé, brillait au soleil comme un métal nouveau fondu. C’était un Apollon de bronze. J’admirais ce charmant éphèbe, dont tous les mouvements étaient pleins de noblesse et d’aisance. »

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La danse de Pooja est une invocation, les acrobaties pantheru font sonner des bracelets de bras, la danse du paon mime les mouvements de l’oiseau, la danse des démons n’évoque rien sauf à ceux qui connaissent la mythologie locale. On remarque parmi les spectateurs des Français, des Japonais et la famille d’Américains aux six kids déjà vus l’autre jour au rocher du Lion. C’est du spectacle pour étrangers, ravis d’actionner leur flash au lieu d’apprécier la musique et le mouvement. Heureusement, la scène ne dure pas longtemps. Mais dehors, de nuit, et sous la pluie battante qui fait frissonner les gamins occidentaux sous leur fin tee-shirt, a lieu une séance vite faite de marche sur les braises. On ne voit pas grand-chose, on comprend encore moins. Tant pis, les torches luisent dans le bleu sombre et le bassin de feu attire le regard. Je ne le vois que de loin.

Nous allons à l’hôtel Senani, de loin le plus chic depuis le début du séjour, avec une belle salle de bain avec de la vraie eau chaude.

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Longsheng et Kunming

Yangshuo est une ville légendaire de Chine, agréable, dans un cadre enchanteur et spectaculaire. Deux artères principales commerciales et, dans les autres rues, une myriade de cafés sympathiques. Le touriste (femme) est comblé par des échoppes qui vendent de la soie, des souvenirs, des calligraphies, des fruits. Certains pêcheurs proposent de prendre la pose avec leurs cormorans moyennant finances. Les cormorans demeurent les employés des pêcheurs, indispensables pour attraper les poissons attirés par la lumière à la surface de l’eau.

Départ en bus pour Longsheng que l’on atteindra après 4 heures de route, au nord-ouest de Guilin, afin de visiter les rizières en terrasses. Les ethnies Zhuang, Dong, Yao et Miao habitent ces lieux. Il faudra troquer le grand bus confortable pour un plus petit car la route devient escarpée, étroite et la conduite de ces petits bus revient de droit aux ethnies des villages que nous allons visiter.

Arrivés à l’entrée des rizières en terrasses, il faut mettre de l’huile dans les articulations des genoux car la montée est longue et rude et il faut mériter le spectacle des rizières en terrasses. La possibilité de louer les services de porteurs est offerte moyennant le tarif syndical. C’est tentant et cela contribue à faire vivre les villageois. Les escaliers succèdent aux escaliers, étroits et encombrés. Les porteurs s’annoncent et les excursionnistes se collent à la paroi afin de laisser l’espace aux chaises à porteurs en bambou et à leurs occupants. Le spectacle offert est magnifique et nous ne sommes qu’à un quart du trajet. Les maisons en bois sont pimpantes, les paysannes en costume de leur ethnie, les objets à vendre étalés devant les portes tout comme le maïs ou les piments qui sèchent au soleil sont « mis en boîte ».

miao

C’est enfin l’arrivée au point culminant du village. Sur 360° des rizières en terrasses, le vert tendre, le ciel bleu, les montagnes nimbées de brume – tout confère à donner une note irréaliste à ce paysage. Le déjeuner local est délicieux. La descente est plus rapide et permet de fouiner sur les étals. Le petit bus nous ramène sains et saufs à notre grand bus. Retour à Guilin. La rivière Li traverse la ville. Les arbres osmanthus aux fleurs rouges, blanches, jaunes, illuminent la ville à la floraison. Nous n’aurons pas la chance de les admirer. Les avenues sont bordées de fucus ou banians, à petites ou grandes fleurs. Les Chinois aiment ces arbres car ils sont symbole de longue vie. Une journée bien remplie !

Les « pro-Tibet » nous ont quitté tôt ce matin, nous restons 12, confiés aux mains des guides locaux, le guide national ayant choisi d’accompagner les « Tibétains ». Toujours à Guilin, nous escaladons le Mont Yaoshan (par télésiège) afin d’embrasser la vue des collines de Guilin. Ensuite, nous visiterons une plantation de thé, nous dégusterons les différents crus. Les conseils nous rendent très savants et allègent notre porte-monnaie.

Un p’tit tour en avion et nous débarquons à Kunming, capitale de la province du Yunnan (le pays au sud des nuages), située à 1900 m d’altitude. Notre guide locale s’appelle Yan. Autant Yvonne, notre guide de Guilin était mince, élégante, autant Yan est petite, boulotte, mais s’exprime aussi bien en français. Le Yunnan a pour capitale Kunming, surnommée la « cité de l’éternel printemps ». La province touche le Tibet au nord avec ses hauts plateaux enneigés, le Myanmar à l’ouest avec ses forêts tropicales, le Laos et le Vietnam au sud. Le Yunnan est situé à un carrefour d’influences entre les bouddhismes chinois, tibétain et d’Asie du sud-est. Les Han sont majoritaires, une vingtaine d’ethnies vivent dans le Yunnan, dont les Naxi de Lijiang, les Dai, les Yi, les Bai, les Hani et les Yao. Les infrastructures touristiques sont bien développées, dans les « villages ethniques » également mais si elles donnent des minorités une image folklorique, cela me paraît toutefois peu authentique.

KUNMING VIEILLE VILLE

Kunming connaît un développement économique intense. Pour faire place à des immeubles modernes on détruit un grand nombre de sites historiques, quitte à le regretter plus tard, mais c’est fait ! La présence occidentale s’était faite par le biais de la Birmanie, colonisée par les Britanniques et de l’Indochine colonisée par les Français. Pendant la seconde guerre mondiale, la « route de la Birmanie » permit aux Anglo-américains de ravitailler la résistance antijaponaise de Tchang Kaï-chek, replié au Sichuan. Petite surprise, c’est ici que nous avons goûté le fromage de chèvre chinois qu’ils mangent avec herbes et épices. C’est du vrai fromage (nailiao) fort apprécié dans cette région.

L’obsession de TM, la Chinoise avec laquelle je partage la chambre, demeure la forêt de pierres de Shilin, distante de 80 km de Kunming. Un lieu de pierres karstiques aux formes bizarres qui évoquent pour les Chinois des animaux fantastiques, des personnages de légendes, etc. Les sentiers tracés dans cette « forêt » font pénétrer dans l’univers des chinoiseries. Les Chinois aiment se faire photographier, ils endossent des vêtements des ethnies de la région (Sani) pour se faire tirer le portait (payant, il va de soi !). L’imagination chinoise n’a pas de bornes : essayons de retrouver le rhinocéros contemplant la lune, l’aile du phénix, l’hirondelle qui danse. Pour le moment ce sont des groupes de danses qui occupent la scène. Musique et costumes garantis.

FORÊT DE PIERRE

Ce soir nous prendrons le train en couchettes molles ! Quel périple ! Bondé malgré les places retenues, les 12 n’auront pas tous leur couchette, toute la nuit à être balancés, stoppés, on ne voit pas les précipices tant mieux et enfin à 6h30 nous débarquons à Lijiang, vannés, rompus, mais heureux. Malgré l’heure matinale, nos chambres sont prêtes à l’hôtel, et nous attendent. Merci Seigneur.

Hiata de Tahiti

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Atakpamé et Sokodé du Togo

Les veinards, dont nous sommes, prenons le train. Les valises et le chauffeur nous attendrons dans une quarantaine de kilomètres. Le train ? Non, pas un TGV, une rame de micheline, ces wagons jaune et rouge qui ont sillonné la France. Elles ont beaucoup vieillies car pas entretenues, mais elles se dandinent encore sur les rails à petite vitesse. Une micheline est un autorail léger, dont les roues sont  équipées de pneus spéciaux mis au point par la société Michelin dans les années 1930. Par extension, d’autres autorails ont ensuite été familièrement désignés par le mot « micheline ». Des michelines, adaptées pour la voie étroite seront mises en service également dans des réseaux coloniaux en Afrique, en Indochine et à Madagascar.

TOGO BENIN

Les arrêts sont folkloriques. Les vendeuses accourent et proposent de la canne à sucre, des bananes, des beignets et autres victuailles. Notre guide nous prie de nous installer tous ensemble car des voleurs prennent ce train. Effectivement, ils sont présents les larrons. Hum ! Ils nous auraient bien détroussés mais tout se passe bien, le guide dispose d’un assistant bien baraqué et armé et nous sommes ainsi efficacement encadrés. Un homme à casquette et boutons dorés se présente pour tamponner nos billets. Plus de soucis pour le guide car nous descendons, non spoliés, à destination tandis que le convoi poursuit sa lente chevauchée.

TOGO BENIN AGOUTIS

C’est un cimetière ! Les tombes sont originales, curieusement décorées, c’est notre premier contact avec les constructions des différentes ethnies ! Nous reprenons notre minibus en direction d’Atakpamé. C’est la cinquième ville du pays, la capitale de la région des plateaux. Elle est située sur la Nationale 1, l’axe principal du Togo. C’était une ville refuge. Elle est bâtie à 500 m d’altitude et offre de vastes horizons verdoyants. Une région où les forêts sont nombreuses : teks, irokos, cal cédrats, acajous, mais aussi cultures de cacao, café, coton. Ville-carrefour dont le marché se  tient tous les samedis et draine une foule venue de tous les coins de l’Akposso et de la plaine.

TOGO BENIN

Atakpamé est célèbre pour ses danses traditionnelles. La danse tchebé est une danse sur échasses dont la hauteur varie entre deux et quatre mètres ; les figures réalisées lors de cette danse classent ces échassiers parmi les plus remarquables d’Afrique. Dommage, nous aurons regagné la France car c’est fin juillet-début août lors de la fête de l’igname alors qu’ont lieu ces réjouissances. Le reste du groupe nous a rejoint et raconte ses mésaventures avec force détails. La famille est au complet, nous pouvons poursuivre notre voyage.

TOGO BENIN

Direction Sokodé. C’est la deuxième ville du pays, située au centre du Togo, à mi-chemin entre le climat tropical du bord de mer et le Sahel. C’est la ville des Kotokoli, ethnie majoritaire. C’est une ville multi-ethnique, multi-religieuse, dominée par l’Islam. La ville a toujours été un carrefour commercial entre le Ghana et le Bénin, sur la route de la cola, et aujourd’hui encore un passage obligé sur l’axe Lomé-Burkina Faso.

TOGO BENIN FAILLE D ALEDJO

Le réseau hydrographique est très dense dans ce relief de collines. La ville est située à 340 m d’altitude et jouit d’un climat de transition. Les maraîchers sont installés le long des cours d’eau mais ce sont des zones inondables. Ils ne cultiveront qu’après la saison des pluies (avril à octobre) et planteront comme les agriculteurs du maïs, du manioc, du piment et des haricots. Les éleveurs sont des Peuls gardiens des troupeaux de vaches, sédentarisés, tandis que les Peuls nomades passent avec leurs troupeaux de zébus en route vers le Burkina Faso ou le Nigeria. Les Peuls sont identifiables à leur chapeau très particulier pour les hommes  et leurs femmes portent sur elles la fortune en bijoux en or. Au moins pas de coffre-fort dévalisé à la banque !

Avant d’entrer dans la province de Kara puis de rejoindre la frontière avec le Bénin, nous franchissons la  faille d’Aledjo qui semble être le résultat d’un coup de sabre dans la montagne. Difficile la route que les camionneurs burkinabés doivent suivre au volant de leurs énormes camions.

Hiata de Tahiti

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Land Rover vers Marrakech

Article repris par le blog Fées follets.

Nous petit-déjeunons de pain marocain et de thé noir. Les sacs prêts, nous retrouvons la Land Rover et son chauffeur Ali, le même qu’à l’aller, un Berbère de Marrakech. En route, nous pouvons observer nos dernières maisons de pisé aux toits plats, nos dernières mules. On aperçoit Mimoun avec un nouveau bonnet, dans son village à quelques kilomètres d’Imelghas. Piste et poussière. Brahim nous accompagne jusqu’à Marrakech.

Sur la piste, nous rencontrons soudain trois grandes tentes marabout comme celles que nous utilisons le soir, mais plus luxueuses, mieux décorées et plus larges. La Land Rover s’arrête et Brahim va aux nouvelles. C’est une réunion avec le cadi de Tabent, le village qui est en face d’Imelghas. Elle a pour but de délimiter les terrains de culture et ceux réservés aux pâturages pour cette année. La négociation dure depuis deux jours et se termine ce matin. Certaines tribus nomades viennent du Sahara en mars, pour y repartir à l’automne. S’il leur faut trois mois pour le voyage, ils sont besoin de pâturer et la tradition est là, confrontée aux exigences des sédentaires. Le cadi nous invite à prendre le thé sous la grande tente où il est installé. L’intérieur est très coloré, de motifs géométriques rouges, verts et jaunes. De nombreux tapis jonchent le sol, signes de richesse et de pouvoir. Tout est fait pour impressionner le visiteur et rendre à la décision qu’il prendra un poids d’autorité suffisant pour la faire accepter. On nous sert du thé vert sucré de qualité, sans menthe, ainsi que des plateaux de pain avec un bol de beurre (de chèvre) et de miel. L’association du beurre et du miel est excellente, bien que curieuse à nos palais et très énergétique. Nous repartons ravis de cet exemple d’hospitalité berbère.

A Azizal, nous nous arrêtons pour visiter les souks. Ceux qui veulent ramener quelque chose en France le trouveront moins cher qu’à Marrakech, déjà perdue par le tourisme de masse. Là est le vrai souk arabe : encombré, puant, empli de vieux et d’enfants qui baguenaudent. Les Européens sont très rares et nous faisons sensation. Une grappe de gamins s’attache à nos pas, nous suit partout, et regardent de tous leurs yeux. Dans le souk des tissus, Robert choisit une djellaba bleue ; au souk des tajines, Pascal marchande un plat. Au souk des viandes, la chair est apportée à dos de garçons et farcie de mouches. Le sang qui goutte encore coule sur les torses nus et macule les ventres. Un marabout africain vend un onguent universel dont il vante les qualités en arabe. Robert, pour rire, se laisse tenter par un petit flacon. Le médicament est enveloppé d’un papier tamponné au nom et adresse du marabout nègre : s’il veut en commander d’autres… Tout se vend, dans les souks : de vieux matelas ayant déjà beaucoup servi, une télé usagée, d’anciennes pièces de monnaie n’ayant plus cours légal, des clés berbères tarabiscotées… Les enfants nous trouvent imposants, ils nous demandent timidement l’heure, plus pour le plaisir de se faire reconnaître, qu’on daigne leur parler, que pour savoir dans quelle partie de la journée ils se trouvent. Je trouve cette attitude touchante et audacieuse.

Nous déjeunons dans le café où nous avions pris le thé de 10 h à l’aller. Les petits vendeurs proposent toujours leurs cigarettes à l’unité, avec une marge sur le paquet. Puis nous reprenons la Land Rover avec Brahim en passager surnuméraire. Deux arrêts de police. Ils discutent pas mal avant de nous dire d’y aller. Le nombre de passagers est réglementé par véhicule, par sécurité, mais en discutant les policiers ferment les yeux lorsqu’on leur fournit une bonne raison. Brahim a dû être convaincant.

Arrive Marrakech. Tout nous paraît différent, les enfants sont plus sales et plus loqueteux, fiers même de se montrer à demi-nus, le monde est plus dense, les klaxons retentissent sans arrêt, vélos et mobylettes se faufilent partout, les ânes se multiplient.

Le soir, nous prenons le bus jusqu’à la place inévitable : Djema el Fnaa. Nous recherchons à partir de ce point reconnaissable, un restaurant repéré sur le guide. Nous optons pour le « Riad », plus chic. Le décor de faïence bleu et blanc et de stuc sculpté est somptueux. Le service est de classe mais on mange avec les mains, à la manière traditionnelle, après que soit passée l’aiguière pour les laver. La musique typique est agréable dans l’ambiance. Les danses qui accompagnent le repas sont inégales, les grosses grognasses qui se trémoussent avec ennui ne valant pas tripette. Un français rigolard et vulgaire, émoustillé par le saindoux, leur glisse des billets dans la ceinture et entre les seins. C’est un échappé d’un soir du Club Méditerranée. Une autre danseuse se présente toute seule. Elle est beaucoup plus jeune et plus nue. Elle mérite bien mieux nos applaudissements ou nos dirhams. Mais elle dépasse tellement les autres qu’elle ne dure pas. Son numéro terminé, les seins gonflés de billets glissés par les riches spectateurs contents, elle s’en va pour ne plus reparaître.

Le menu est copieux : pastilla, tajine, fruits et pâtisseries sucrée. La pastilla est une croustade de pigeon d’œuf, de mouton, parfumée à la cannelle. La pâte est du filo passé au beurre et croustillant, assaisonné de sucre glace. Le contraste entre le sucré extérieur et le salé intérieur, entre le craquant de l’enveloppe et le mou du milieu, est un délice pour le palais. Le tajine est ce plat conique de terre épaisse qui permet de faire mijoter à four brûlant viandes et légumes ; le nôtre est de poulet au citron confit dans le sel, une valeur sûre. Nous buvons un vin d’Oustalet, puis un Clairet de Meknès. Ce dernier est un vin pour anglais, trop léger et décevant. Les fruits sont de saison, pour rafraîchir la langue après les épices : oranges, pêches, prunes. Avec le thé à la menthe nous sont servies des pâtisseries marocaines, souvent étouffe-chrétiens. Elles sont souvent faites de farine et d’huile et n’ont pas grand goût. Seules les cornes de gazelles, ces délicieux croissants de pâte dure qui entoure une pâte d’amande parfumée, auraient pu être à la hauteur, mais ici elles étaient sèches et dures.

Sur la place, nous observons les gens. Je note cette convivialité d’Afrique du nord qui étonne toujours les peuples trop réservés que nous sommes. Ne voit-on pas à chaque coin de rue des gosses du même âge, ou un petit et un grand, se tenir à les épaules, se caresser le dos sous les vêtements, se prendre les mains, se serrer très fort, dans des attitudes qui paraîtraient chez nous équivoques ? Ici, elles semblent être l’expression d’une sensibilité à fleur de peau, tournée vers les autres, un sentiment qui s’exprime brut, spontanément. Pays de familles nombreuses, de vie dans la rue, de bandes, les garçons sont d’une grande violence, tendres entre eux aussi souvent qu’ils se battent.

Ils sont extrêmes, mais directs. C’est pourquoi il semble y avoir peu de bagarres ouvertes en public, l’animosité ne prend pas des proportions importantes parce qu’il y a toujours des témoins, des frères, des amis à proximité. Ce soir, sur la place, nous pourrons assister à la rare bagarre de deux adolescents. Leur premier souci est de ne pas se laisser agripper par l’autre, sans doute parce les vêtements sont précieux et se déchirent facilement. D’où un ballet étrange, analogue à celui de deux boxeurs, où les coups de pieds et de poings partent et sont esquivés souplement. Une fois que l’un est pris par surprise, au cou en général, le but est de le faire tomber. On pourra alors le bourrer de coups de pieds sans qu’il ait le temps de se relever. C’est pourquoi les vêtements souffrent surtout du haut. Les deux gamins ont été promptement séparés par les adultes autour d’eux. Il y a une solidarité là aussi.

Nous reprenons l’avion le lendemain. / FIN

Plusieurs voyagistes proposent des randonnées dans l’Atlas marocain, sportives ou moins, d’une à trois semaines. Notamment :

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Diderot et Tahiti

Diderot n’est jamais allé dans les îles Pacifique mais il a lu sur elles. Louis-Antoine de Bougainville a publié son ‘Voyage autour du monde’ en 1771 et il raconte Tahiti où il a séjourné neuf jours en avril 1768. Écrivain voyageur, il fait de ces quelques jours un mythe, celui hédoniste de l’île d’utopie où les jeunes gens sont beaux et offerts aux plaisirs, garçons et filles dès la puberté. Diderot en profite pour publier son ‘Supplément au Voyage de Bougainville’ qui termine la série de ses contes et en donne la morale secrète. Il le publie en 1773 et 1774 en feuilleton, en livre après sa mort, en 1796.

Pour les auteurs de Lumières, Tahiti est aux antipodes de l’Europe dans tous les sens du terme : à l’autre extrémité du globe et dans l’état de nature. Diderot en fait une satire des mœurs européennes. Les gens, démontre-t-il, vivent sous la triple contrainte du bon plaisir du roi, du dogme d’église et de la morale des convenances sociales. A Tahiti à l’inverse, les chefs sont les pères de leurs sujets, les dieux sont amicaux et la société encourage naturellement le plaisir. Le « bon » sauvage évoqué par Rousseau s’oppose au mauvais civilisé, la Nature à la Culture, le spontané au dressé.

Un vieux Tahitien harangue le capitaine blanc : « Il n’y a qu’un moment la jeune Otaïtienne s’abandonnait avec transport aux embrassements du jeune Otaïtien ; elle attendait avec impatience que sa mère, autorisée par l’âge nubile, relevât son voile et mit sa gorge à nu ; elle était fière d’exciter les désirs et d’irriter les regards amoureux de l’inconnu, de ses parents, de son frère ; elle acceptait sans frayeur et sans honte, en notre présence, au milieu d’un cercle d’innocents Otaïtiens, au son des flûtes, entre les danses, les caresses de celui que son jeune cœur et la voix secrète de ses sens lui désignaient. L’idée du crime et le péril de la maladie sont entrés avec toi parmi nous. Nos réjouissances autrefois si douces sont accompagnées de remords et d’effroi » p.549. (Le terme « o » tahitien est repris sans distance : il signifie « c’est » Tahiti, écrit sans H selon la norme floue du temps).

Nous n’avons pas fini, deux siècles plus tard, de purger ces oppositions trop simples. Au rigorisme de redressement d’après guerre, poursuivi avec les guerres coloniales puis la guerre du Vietnam, l’explosion de la jeunesse en 1968 a voulu revenir à « la nature ». Les hippies vomissaient la société qui n’était pour eux que « de consommation », suscitant la guerre comme la nuée crée l’orage pour s’assurer un terrain de chalandise. Il devenait interdit d’interdire, de porter des slips et des soutifs, de brimer les enfants et d’enfermer tous les déviants. Une bonne crise économique plus tard, due au double choc pétrolier de 1973 et 1979 avec les conséquences sociales qui ont suivi, ont ramené le naturel qui s’était égaré dans le mythe de Nature. Rien de tel qu’une bonne position de fonctionnaire enseignant, avec salaire et retraite garanti, mutuelle et protection sociale assurées, pour nos hippies partis pieds nus en Inde. Je n’ai rien contre ce noble métier, mais exercé comme pis-aller, on comprend que les élèves soient mal à l’aise. J’en ai connu de ces retours…

Mais l’émergence du monde tiers a bousculé les pays occidentaux, trop établis dans leur confort égoïste. Le capitalisme s’applique à tous de même façon depuis que le socialisme « réel » a fait faillite, et son succès est redoutable en Chine, au Brésil, au Mexique et ailleurs. La compétitivité a fait négliger les salaires, que les classes moyennes ont compensés surtout dans le monde anglo-saxon par le crédit. L’inventivité spéculative de la finance a fait le reste pour aboutir aux divers krachs qui ont ponctué la décennie écoulée : krach des valeurs technologiques (Vivendi), krach des pratiques comptables douteuses (Enron), krach des subprimes (Lehman Brothers), krach des dettes d’État (Islande, Irlande, Grèce, Portugal…), krach désormais des politiciens (Tea parties contre Obama, pays cigales contre vertu allemande, dictateurs arabes contre la rue). Le « retour à la nature » ressurgit en force, accentué par des accidents industriels comme AZF et Fukushima. Le nouveau mythe « naturel » est l’écologie.

Ne croyez pas être partis loin de Diderot et de son mythe d’Otaïti : nous sommes en plein dedans. Le « système » pervertit le lien social sous Nicolas comme sous Louis XV, la religion du libre-échange est un dogme aussi fort que celui des prêtres, les mœurs contrôlées et surveillées ou hadopisées briment la créativité sexuelle et fantasmatiques des hackers et autres jeunesses « solidaires ». Retour à « la nature » : liberté totale de faire comme le désir vous pousse, transparence entière des télégrammes diplomatiques et des comptes en banque, dédain du marketing au profit du panier bio, abandon de la bagnole pour le vélo et la rando. Ne restent plus que les jeunes gens libres des deux sexes offerts à qui les veut… mais là, pas touche ! La « nature » a des limites. Comme ce n’est pas elle qui les fixe sauf par la conformité des corps, il faut bien que ce soit « la société ». La nature serait-elle donc un mythe ?

C’est ce que montre Diderot par l’humour. Les lois et les coutumes, même les plus sacrées, sont arbitraires. Elles ne sont que des conventions culturelles, ce dont l’aumônier en soutane s’aperçoit lorsque des parents tahitiens le supplient de coucher avec chacune de leurs filles (la petite dernière a quand même 19 ans) pour peupler le village d’enfants beaux et intelligents. « Mais ma religion ! Mais mon état ! » Rien ne résiste à l’hospitalité… Ce qui est de nature est moins le plaisir débridé que le respect des coutumes locales. Toute loi est sociale et seule la raison naturelle doit pour Diderot être guide du bon ou du mauvais de ses actes (pas du Bien et du Mal, auquel il ne croit pas, étant de ce monde-ci et pas de l’au-delà). La raison veut que l’on obéisse aux lois des sociétés dans lesquelles on passe. « Imitons le bon aumônier, moine en France, sauvage dans Otaïti » p.581. Mais la liberté de chacun s’arrête où commence celle des autres et il ne saurait être question de forcer ou violer le bon vouloir des autres. « Et surtout être honnête et sincère jusqu’au scrupule avec des êtres fragiles qui ne peuvent faire notre bonheur sans renoncer aux avantages les plus précieux de nos sociétés » p.581.

Si derrière toute institution règne « une poignée de fripons » (p.579), l’interrogation de la nature par la culture doit être sans cesse réactualisée – sans mythes ni légendes. « Méfiez-vous de celui qui veut mettre de l’ordre ; ordonner, c’est toujours se rendre maître des autres en les gênant » p.579. Ce qu’il fallait démontrer… et qui vaut aussi aujourd’hui pour les écolos qui veulent tout régenter selon leurs normes !

Denis Diderot, Supplément au Voyage de Bougainville dans Contes et romans, Gallimard Pléiade 2004, édition Michel Delon, 1300 pages, €52.25

Denis Diderot, Supplément au Voyage de Bougainville, texte intégral et guide de lecture par Annie Collognat-Barres, Pocket 2002, 256 pages, €4.84

Louis-Antoine comte de Bougainville, Voyage autour du monde par la frégate du Roi la Boudeuse et la flûte l’Etoile, Folio, 1982, 477 pages, €8.93

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Toujours la fête à Tahiti !

Fêtes traditionnelles :

A Punaauia voici la fête de l’orange comme chaque année. Il s’agit de protéger la vallée de la Punaruu et le célèbre plateau des orangers. Cette année, la glane de 20 oranges était vendue 5000 FCP, l’an passé on n’avait  déboursé que  3000 FCP ! Les orangers sont malades, 200 pieds d’orangers peuplent la pépinière. On croise les doigts !

Rauata Temauri a été élue Miss Tahiti, c’est la 51e miss Tahiti !

Le Heiva 2011 bat son plein. Concours de chants et de danses à Toata. Qui gagnera cette année ? Courses de va’a (pirogues), lever de pierre (énormes), courses de fruits (à qui en emporte le plus le plus vite). Chaque année amène son lot de gagnants et de perdants. Ces concours ont été préparés de longue date, confection des costumes, répétitions, mises en scène et, pour les sportifs, longs entraînements.

A Paea a eu lieu la traditionnelle marche sur le feu sous la conduite du grand prêtre de la cérémonie du Umu Iti Raymond Graffe. Tout s’est bien passé pour cette 58e édition.

Fêtes perso :

A Takaroa (Tuamotu), des monte-en-l’air se sont introduits dans l’agence postale et ont dérobé le coffre-fort, une nuit. Takaroa, un atoll des Tuamotu, 24 km de long, 1700 habitants, une piste d’atterrissage et une seule et unique passe pour y accéder en bateau ! Depuis la gendarmerie, dépêchée sur les lieux, a retrouvé les trois voleurs.

Non, nous ne sommes pas en Corse mais à Faaone, sur la côte Est de Tahiti : v e n d e t t a. Une vieille histoire de terre, on se cherche, l’un envoie un parpaing dans le pare-brise de l’autre, l’autre s’en prend à un fare (maison à toit de tôle), à des voitures du clan adverse… Prosper Mérimée, êtes-vous lu dans les écoles polynésiennes ? Probablement ! En tout cas, deux personnes en prison et deux enfants blessés, 14 points de suture à l’un, deux dents cassées à l’autre…

Aux Marquises, à 30 nautiques de Ua Pou, voilier contre baleine : trois marins à la mer. Ils ont été récupérés mais leur voilier a coulé. La baleine, qui ne possède pas de système d’écholocation, lorsqu’elle remonte à la surface pour respirer ne pouvait se douter que traînait justement là un voilier sur l’immensité du Pacifique. La baleine s’est bien amusée.

Fête compensatoire :

Papeete a reçu la visite du Yuan Wang 5, fleuron de la technologie chinoise. Un navire de 222 mètres de long, large de 22 m, 300 membres d’équipage. Ce bijou qui a déjà accosté plusieurs fois au port, suit et contrôle des communications maritimes.

Fête de la science et de l’économie :

Mataiva, petit atoll des Tuamotu de 8,5km sur 3,6km est très convoité… Il y aurait du phosphate mais n’ébruitez pas la nouvelle. Des roches phosphatées ont été repérées à l’état brut, pures à 70%. Mais voilà, si les scientifiques ont conclu à 70 gisements exploitables,  il y a un « mais » : la majorité de la population veut continuer à protéger son lagon et rejette le projet d’extraction des phosphates. Mataiva est riche également d’une forêt primaire, d’une colonie de sternes et nodi sur le motu Teaku un Ofa’i Taunoa sur la plage de soupe de corail où viennent pondre des tortues, son pito, un bateau fantôme dans une cocoteraie et même un pont de 120 m de long qui serait le plus long pont de Polynésie. Les deux cents habitants veulent conserver toutes ces richesses et ont réglementé la pêche afin que celle-ci dure très longtemps. Sages îliens.

Encore un anniversaire : quarante ans de recherches sur les récifs coralliens au fenua. Hourrah ! Les professeurs René Galzin et Bernard Salvat ont tenu une conférence à ce sujet.

Portez-vous bien les amis, profitez bien de vos vacances.

Hiata de Tahiti

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