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Marcher sur le feu à Tahiti

Le Heiva bat son plein en été et juste avant l’ouverture des « Fêtes de juillet » c’était le rituel du umu ti organisé par le grand tahu’a Raymond Graffe. Cette marche sur le feu date des temps immémoriaux. Ce rituel purificateur est unique au monde. A l’origine il servait à se prémunir de la disette en faisant cuire des racines de ti (Cordyline terminalis) que l’on conservait ensuite pendant des mois et vérifier le pouvoir des prêtres. Si ceux-ci parvenaient à marcher sur les pierres ardentes, c’est que les dieux et le mana étaient toujours avec eux. Mais, avant de faire marcher les volontaires sur ces pierres, la préparation est colossale et doit être millimétrée.

marcher sur le feu

En voici le déroulement :

  1. Avant la cérémonie le grand prêtre se retire pour effectuer une retraite spirituelle dans la vallée pendant 72 heures. Il jeûne, médite, communie avec les dieux. Ainsi il pourra dompter le feu et permettra aux visiteurs de traverser la fournaise.
  2. Il doit trouver 3 tonnes de bois, 10 m3 de pierres volcaniques ; 200 feuilles de ni’au séchées, 200 troncs de bambous verts.
  3. Il faut creuser une fosse de 8 mètres de long sur 2,50 m de large et 0,50 m de profondeur et la remplir.
  4. Allumer le four le jour venu à une heure précise pour que les pierres soient à la bonne température le soir
  5. Couvrir les braises de pierres volcaniques. La température du four est alors à 4 500 degrés. Sur l’endroit où les visiteurs marcheront, la température varie entre 1 200 et 640 degrés.
  6. La cérémonie débute par des danses incantatoires pour honorer les déesses Hina Nui Te A’ara et Te Vahine Nui Tahura’i.
  7. Le grand prêtre balaye les pierres avec des feuilles de auti sacré.
  8. Les volontaires sont invités à traverser la fournaise. Il ne faut pas avoir bu d’alcool depuis la veille, les femmes qui ont leurs règles ne peuvent pas participer mais elles sont autorisées à regarder la cérémonie.
  9. Une fois qu’on a commencé à marcher sur le feu, interdiction de faire marche arrière.
  10. A la fin du rituel le grand prêtre pose un interdit sur le four et accompagné de sa famille va prendre un bain purificateur dans la mer.

Marcher sur les braises ? L’édito du Tahiti Pacifique ‘Probité impossible à Tahiti’ revient sur l’affaire du député polynésien qui a été condamné le 16 juin à 2 ans de prison avec sursis, 5 ans d’inégibilité et à rembourser 8,8 millions de XPF (environ 74 000 €) pour avoir détourné des fonds publics, des subventions versées à une association fantôme qu’il récupérait par la suite pour, entre autres, aller s’amuser à Las Vegas. A la barre, le député a reconnu l’intégralité des faits qui lui étaient reprochés : « J’ai dérapé » a-t-il reconnu, tout en annonçant que « la politique, c’est pire qu’une machine à laver – et qu’il ne ferait pas appel »

« Mais neuf jours plus tard, il faisait appel. Il trouverait la peine très sévère… »

L’appel est suspensif, le député conserve son mandat, ses émoluments jusqu’au prochain procès !

Ainsi va la vie politique au pays des lagons. A bon entendeur, Salut.

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Manger bien ou mal à Tahiti

Vous avez dit bio ? Je lis dans la Dépêche de Tahiti : « Extraits du conseil des ministres ; prise en charge du fret maritime des engrais et pesticides chimiques destinés à l’agriculture. Il s’agit de la prise en charge du fret maritime des produits nécessaires au développement économique et social aux produits suivants nécessaires aux agriculteurs doit permettre le développement des filières agricoles dans les îles autres que Tahiti. Le fret sera pris en charge également pour les amendements (fientes de poules, lisier de porcs, déchets de poissons, tourteaux de coprah …) Ah bon ? je n’y comprends rien ! Et vous ?

Palme d’or de l’obésité : Hip, hip, hip, hourrah ! Qui a reçu cette palme d’or ? Hein ? La Polynésie qui coiffe tous les Ultramarins sur le poteau. Le taux d’obésité infantile est de 34,1% au fenua. La Martinique est seconde avec 25,8%, la Guadeloupe troisième avec 25%, la Guyane affiche 18,3%. Les causes sont connues : sédentarité des populations, abandon de la cuisine traditionnelle au profit d’aliments raffinés, urbanisation, allongement de l’espérance de vie.

Elles sont belles mais dangereuses, plantes souvent toxiques, parfois mortelles. Poinsettia (Euphorbia pulcherrima) ou Etoile de Noël. L’ingestion est dans 90% des cas asymptomatique (diarrhées, vomissements) eczéma et démangeaisons si contact avec la peau. Datura stramonium appelé pomme-épineuse, herbes-aux-taupes, chasse-taupe, herbe du diable, endormeuse, pomme poison, trompette des anges, trompette de la mort. Toutes les parties sont toxiques : vomissements, hallucinations, arrêt cardiaque allant jusqu’au décès. Thevetia peruviana ou bois-lait, son latex est très toxique, ses graines parties sont toxiques, l’ingestion d’une simple feuille peut s’avérer mortelle pour un enfant et un adulte, en raison des troubles provoqués. Jatropha podagrica ou pignon d’Inde ou médicinier, les baies et la sève sont toxiques… Demeurez vigilants !

A Rurutu (îles Australes), le jury du Heiva et la population ont dégusté une préparation d’autrefois. Des racines de ti (cordyline) sont cuites dans un four. Ce four est recouvert de feuilles de purau imbriquées les unes dans les autres pour former un couvercle. Les racines cuites sont découpées en tranches et offertes. Autrefois friandise pour les enfants, sucre pour les aliments, se gardant plusieurs mois, cette racine était bénie des dieux. Dans les temps anciens, la racine de ti était utilisée pour ses apports en sucre. Du temps des goélettes, les voyages duraient plusieurs semaines, voire plus. Il fallait prévoir une nourriture qui puisse se garder. Les protéines étaient fournies par le poisson, les vitamines et la force par le taro, le coco pour les corps gras et le ti pour l’énergie vitale. Si aujourd’hui les besoins ne sont plus les mêmes, le rituel demeure et sort à l’occasion des fêtes de juillet.

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Concours de sports traditionnels au Heiva

Ces concours de sports maohi dits « traditionnels » sont très appréciés des spectateurs : en plus de la course des porteurs de fruits, le lever de pierre, le concours de coprah, le lancer de javelots. Certaines îles ont leur spécialité. Ainsi les sportifs des Tuamotu sont connus pour leur agilité dans le lancer du javelot. Ceux des Iles Sous-le-Vent, en particulier Maupiti et Taha’a excellents dans la préparation du coprah et les courses de porteurs de fruits. Aux Australes, ils sont champions en lever de pierre ainsi que pour la course des porteurs de fruits. Durant deux jours les compétiteurs de ces spécialités vont s’affronter.

Timau ra’au (course des porteurs de fruits) Il s’agit pour les hommes et les femmes de diverses catégories de transporter une charge de produits agricoles (fruits ou tubercules) d’un poids déterminé, 20, 30 et 50 kg sur un parcours défini par le jury soit une distance de 1000 à 1300 m, et pour les femmes de 800 à 1100 m avec une charge de 15 kg. L’arrimage des charges est obligatoirement en fibres végétales, mais l’utilisation des paniers même en fibres est interdite. Les charges doivent être arrimées aux extrémités du levier qui lui doit mesurer entre 120 et 150 cm de long et présenter un diamètre inférieur à 15 cm. J’oubliais tout ce beau monde est vêtu de pareu (paréo) évidemment.

Patia fa et patia ai (Concours de lancer de javelots) Cette épreuve consiste, depuis une zone de pas de tir définie, à viser une noix de coco plantée sur un mât de 9,50 m de haut, depuis une zone de pas de tir définie, au moyen de javelots. Les javelots sont munis d’une pointe conique, torses et lisses sont acceptés. Patia fa est le concours individuel ; 8 séries consécutives de 7 mn chacune. La cible est divisée en 5 zones de points horizontalement soit 10 points pour la zone haute, puis 8 points, 6 points, 4 points et 2 points pour la zone la plus basse. Si un javelot touche la ligne démarquant deux zones de points, le jury attribue au lanceur les points de la zone supérieure. Patia ai est le concours par équipe composée de 3 lanceurs.

Amora’a ofai (lever de pierre) consiste à lever le plus rapidement possible depuis le sol jusqu’à l’épaule, à la stabiliser en position debout et en équilibre avec une seule main au contact de la pierre, et cela pendant un certain temps. Les catégories : femme 60 kg ; léger 80 kg ; moyen 100 kg ; lourd 120 kg ; super lourd 140 kg et extra lourd 150 kg. Les poids des athlètes variant de 55 à plus de 121 kg. Les 40 ans et plus soulèveront 80 kg.

Pa’aro ha’ari (concours de coprah). Il s’agit là d’ouvrir, en un minimum de temps, des noix de coco entières, à en extraire entièrement la pulpe, et les stocker dans le sac prévu à cet effet et à nettoyer l’emplacement. Chaque concurrent se présente avec ses outils : pa’aro (instrument de décorticage), parahira’a (tabouret) facultatif ; opa’hi (hache) ; pute (sacs de coprah). Trois catégories d’épreuves : individuel homme : 50 noix ; équipe de 2 ou 3 hommes : 150 noix ; équipe femmes : 100 noix. Il s’agit d’une épreuve de vitesse.

La montée aux cocotiers est aussi une épreuve sportive traditionnelle.

Vous devriez profiter de cette opportunité pour vous entraîner, vous inscrire pour l’année prochaine, et qui sait ?

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Concours de chant Heiva 2012

Concernant les critères et règlement du concours de chants traditionnels, ces groupes doivent présenter des œuvres authentiques, légendaires ou abstraites inspirées du patrimoine culturel, de l’environnement naturel ou de la vie en société de la Polynésie française. Les groupes de chants sont composés de 60 personnes au minimum. Les vahine sont en robe Pomare ou mama ru’au (grand-mère) ; les tane en chemise à manches longues et en pantalon. Ces tenues sont obligatoires. Les accessoires traditionnels tels l’éventail, le panier, le chapeau sont tolérés. Les chants traditionnels sont les Himene Tarava Tahiti, les Himene Tarava Raromatai (des Iles sous le Vent), les Himene Tarava Tuha’a pae (des Iles Australes) et les Himene ruau.

Himene Tarava Tahiti est considéré comme le chant dominant. Chant festif dont le caractère remarquable est la puissance vocale. La qualité du meneur est primordiale. La difficulté de ce chant repose sur l’harmonie à 9 voix différentes. Les voix perepere et hau apportent tout son charme à ce chant polyphonique.

Himene Tarava Raromatai ressemble au Tarava Tahiti mais présente une configuration scénique différente. L’interprétation se veut plus tonique. Le texte original doit comporter obligatoirement 6 strophes de 6 lignes, en plus du orero (salutations) qui doit faire l’objet d’une introduction séparée.

Himene Tarava Tuha’a pae dont on distingue le Tarava de Raivavae différent de celui de Rapa, de Tubuai, de Rimatara et de Rurutu, ce dernier étant le plus connu. Chaque île des Australes possède son propre Tarava. Le Tarava Tuha’a pae présente une configuration scénique différente des autres chants tandis que la mélodie ainsi que la tonalité sont également distinctes. Toute la beauté de ce chant repose sur le rythme et le solo des tane (hommes) repris par les vahine (femmes). Le texte original doit comporter obligatoirement 6 strophes de 6 lignes, en plus des salutations.

Ute paripari est un genre de chant Maohi célébrant la beauté et la renommée de certains lieux. Il se chante à une ou deux voix, de préférence avec des strophes enchaînées. Le texte doit s’inspirer des paripari fenua. Le nombre d’interprètes est limité à 5-8 artistes.

Ute are’are’a est un chant maohi comique. Comme le précédent c’est un chant à une ou deux voix, de préférence avec des strophes enchaînées. Le texte est humoristique, sans vulgarité. Le nombre d’interprètes est limité à 5-8 artistes.

Les critères de notation pour les tarava : le thème sur 12 points, la tonalité sur 16 points, le rythme sur 20 points ; les voix sur 40 points ; et la présentation générale sur 12 points. Le jury est composé de personnalités sollicitées pour leur expérience et leur expertise. Cette année la Présidente est professeur d’himene au Conservatoire Artistique de Polynésie française. 3 membres spécialisés en chants traditionnels. 4 membres spécialisés en danses traditionnelles. 1 membre spécialisé en percussions. 1 membre spécialisé en écriture.

Pour le cru juillet 2012, il y eût une concurrence acharnée entre 21 groupes de chants.

Le groupe Heikura Nui a quant à lui choisi Au plus profond de mon âme « Te hohonuraa o ta aau ». « Tefavarua i tipaepo était le roi. Temihinoa était l’héritier. Tipaerui, le district. Ta’ata, la place de réunion. Le messager cria : « Dégagez le chemin, le chemin du roi, dégagez ! ». L’orateur annonça : « Bienvenue à toi, grand roi ! le roi Tufavarua ! Bienvenue aussi à toi Temihinoa, le fils du roi ! Le roi répondit : L’âme de Temihinoa, mon fils, s’assombrit de plus en plus. Il n’a pas trouvé femme. Voici donc mon message : A toutes les belles filles de la terre, préparez-vous. Lorsque Matarii se lèvera, lorsque les arioi seront de retour, retrouvez la place To’ata. Moi, votre roi, je choisirai la belle qui sera la femme de Temihinoa. Le peuple cria sa joie. Les belles disparurent… » Auteur : Patrick Araia Amaru. Prix du meilleur orchestre patrimoine + Prix du meilleur auteur en chants + Prix du meilleur compositeur en chants.

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Autres thèmes dansés au Heiva

Le groupe Ahutoru Nui a choisi la légende du cocotier de l’île d’Anaa. « Sur Ganaia, à Tekahora, vivaient deux belles jeunes filles. Elles se prénommaient Tei Po Te Marama et Tei I Po Te Here. Un jour, elles décidèrent d’aller pêcher sur le récif. Elles aperçurent au-delà un grand rocher et s’y installèrent, la face tournée vers l’océan. La pêche était bonne sur ce rocher qui n’était autre qu’une tortue. C’est alors qu’elles dérivèrent, nuit et jour, jusqu’au large de Maupihaa. Par chance, elles croisèrent Mapu qui aida les deux guerrières de l’océan à rejoindre Tahiti avec sa pirogue à voile. Là, elles rencontrèrent Tuna, l’homme anguille et naquit alors un amour sincère. Elles décidèrent de la ramener à Ganaia. Tei Po I Marama alla donc chercher du bambou comme couteau et des feuilles d’ape. Elles coupèrent la tête de Tuna et l’enveloppèrent de feuilles. Elles entendirent alors sa voix : Pour vous montrer la sincérité de mon amour, vous m’embrasserez tous les jours de votre vie et de génération en génération. Dès que les deux jeunes filles arrivèrent sur l’île, toute la population se rassembla autour d’elles pour écouter le récit de leur voyage, leur rencontre avec Tuna et le message que celui-ci leur avait confié. Il fut décidé de planter la tête de Tuna à Akiaki, qui se fait appeler Tekahora. Un jour, un arbre poussa et donna des fruits. Les jeunes filles se rappelèrent du message de Tuna et cassèrent la noix pour goûter le contenu. Elles nommèrent cet arbre Ha’ari « le cocotier » et sa noix Gora. Voilà pourquoi les ancêtres Parata disent toujours « Cette substance est mon dû ». Auteur du thème : Bernard Rauri Teaku Dexter.

Le groupe Manava Tahiti a choisi le royaume d’Atehi. « Aux temps anciens vécut un ancêtre qui s’appelait Atehi, exilé de la tribu de Nuuroa. En désaccord avec les règles de son groupe, il s’enfuit et créa sa propre tribu dans une petite partie de l’ouest de Punaauia. Il prit pour femme Vaiava, tous deux originaires de Punaauia. Ils eurent 6 enfants. Chacun reçut un don particulier à la naissance. Vahuapu, l’ainé de cette union, grand guerrier, fut nommé protecteur de la tribu et reçut le don de force. Ses 4 frères reçurent le don de la nature pour nourrir la communauté. La dernière de la famille, Rohotu, reçut le don de la beauté. La petite communauté Atehi vivait paisiblement lorsqu’un jour le village voisin de Nuuroa, jaloux, élabora un plan d’attaque. Mais les guerriers ennemis furent vaincus par l’armée de Vahuapu, lequel ne put survivre à cette bataille. Dans ses dernières paroles, il demanda que sa dépouille demeure à jamais enterrée au sommet de la montagne Vahuapu. Mais Rohotu, sa sœur, inconsolable, rencontra un bel oiseau à la source de la montagne qui se transforma en un prince guerrier de Bora-Bora, nommé Otaha. La puissance du sentiment amoureux. Auteurs : Amanda Bennett et Valentino Taraihau.

Le groupe Tamariki Oparo a choisi le grand reptile de Maitua appelé Te Moko. « Vers les années 1880, un reptile, géant et monstrueux, a dérivé sur l’océan, sur un tronc d’arbre. Il arrive à Oparo. Il monta sur un plateau appelé Maitua et il y vécut. Un jour, des hommes se rendirent à Maitua où ils furent attaqués et tués. Les habitants s’unirent autour de leur chef Tarakau pour supprimer le monstre. Ils envoyèrent Marongo, l’homme le plus rapide à la course, pour attirer le monstre vers la plage en déposant des morceaux de tapa (fibres d’écorces entrecroisées agglutinées et martelées, donnant une sorte de papier souple et résistant qui sert d’étoffe) sur le chemin. Arrivé à la plage, l’animal fut pris dans un grand filet et les guerriers se précipitèrent pour le tuer à coups de lances. Après la mort de la bête, les habitants se réjouirent. Moralité de cette légende choisie par Tamariki Oparo : « aujourd’hui, peuple maohi, un monstre dangereux venant de l’extérieur est entré chez nous et ce monstre, ce sont les identités des peuples étrangers qui sont en train de tuer notre identité maohi. Si on ne lutte pas contre ce danger, un jour notre identité ma’ohi disparaîtra ». Auteur : Pierrot Faraire, directeur d’école primaire à Rapa et maintenant à Tahiti. (Ai connu ce monsieur à Rapa (Australes) lors de la croisière de l’Aranui aux Iles Australes).

Le groupe Tamarii Manotahi lui a choisi Te vai faaora a Tane i Matatia (l’eau vivifiante de Tane à Matatia). » Toutes les fois que le brouillard recouvre le mont Taura Ma’o, c’est le signe de la présence de Ata Pa’ari, venu pour chérir et oindre son fils bien aimé, Tane, le gardien de l’eau. L’eau glissse pour arriver à la cascade de Here Rau, qui se jette dans la rivière de Matamata et se disperse ensuite dans la vallée de Taura Ma’o, rendant la nature luxuriante et fertile. Il est temps pour les hommes d’organiser la fête du Heiva sur la place Turifenua, lieu de danse de Maire Rauri’i. Tane s’est assis sur Tia Fenua, son trône, et l’on distingue l’ombre du phaéton à brins blancs ou petea ou Phaeton lepturus au-dessus de Taura Ma’o. La lune s’est levée. On peut entendre un poème, le chant doux de la flûte nasale, les sons mélodieux des tambours. Maire Rauri’i se lève pour danser, pour rendre hommage à sa vallée luxuriante. Les dames de compagnie se lèvent aussi, afin de remercier Tane et Ata Pa’ari pour les bienfaits qu’ils leur offrent. Telle est la décision des Dieux, par l’intermédiaire de Tane, le gardien de l’eau, d’avoir donné en don inestimable cette eau de vie. Moralité de cette légende choisie par Tamarii Manotahi : comme Tane, nous devons devenir nous aussi des gardiens, responsables de l’eau, mais également de toutes les choses qui nous donnent la vie ». Notre responsabilité envers ce que nous donnent la vie et la nature. Auteur : Dany Tumahai.

Le groupe O Marama (de Bora-Bora) dansera sur I Te Haamataraa (Le commencement) : « Au temps où le temps l’était point encore, rien n’était invisible, rien que le vide, rien que le silence. C’est alors que commence le grand bouleversement… Grondements, explosions. Une flamme et tout brûle. Jaillit le feu de notre fondation ; s’étend la terre de notre sol, coule l’eau de notre source, croissent les plantes de notre souffle ; éclosent les fleurs de notre pays ; notre terre est née de l’amour du créateur ; du souffle de vie pure et limpide tu es. Quelle splendeur ! Quelle chance ! » Auteur : Moana a Tapea.

Le groupe Fare Tou no Haapu de Huahine danse sur Faretou, haapura’a no te ‘ite e te paari : « Après un long veuvage, la reine Maeva, de Huahine, prit pour second époux Roroiti, originaire de Mataiva, aux Tuamotu de l’Est, appelé autrefois Mihiroa. Ils donnèrent naissance à 4 fils, qui, après la disparition de leur mère, devinrent les chefs incontestés de Huahine Iti. L’un d’eux était Teruanuiitemaitai, troisième enfant et chef suprême de Faretou. Il était craint et respecté de ses frères de par ses nombreuses qualités. C’est l’une des raisons pour laquelle Faretou est aujourd’hui devenue Haapu, appelé aussi Haapura’a no te ‘ite e te paari, autrement dit « le siège de la connaissance et de la sagesse », en référence à Teruanuitemaitai, de par ses facultés intellectuelles et son art de guerre. Aujourd’hui, Haapu est le plus grand district de Huahine. Auteur : Edwin Teheiura.

Le groupe Haere Mai danse sur Te vevo o te mau pehe (L’écho des sons) : « Au tout début, Ukulele, ta caisse n’était qu’une noix de coco, jolie et polie. Plus maintenant, les temps, la technique suit. Pour les autres instruments de percussions, générakement, taillés dans des troncs d’arbres, ils résonnent sous les mains expertes de nos musiciens avec une musique qui plaît à l’oreille. Arbres précieux pour la pharmacopée des anciens et déjà si renommés pour nos instruments. Le ‘amae ou miro (bois de rose) et le ‘atiavaient un rôle culturel assez important : le miro était planté sur le marae de rang secondaire tandis que le ‘ati était planté sur le marae de premier rang. Quant au pua, arbre du dieu Tane, ses fleurs au parfum enivrant, embaument la vallée tandis que son tronc sert à fabriquer des tambours (tari parau ou pahu rima). Et toi, To’ere, qu’en est-il de toi ? Tu es apparu timidement d’abord pour être avec les grands pahu. Mais c’est toi, To’ere, qui guide la musique et soutient ma danse. Sonnez, sonnez, conque marine ! Que la terre en soit avertie ! Résonnez, résonnez, pahu des marae d’antan ! Chantez, chantez ! Rends ta voix mélodieuse comme le son du vivo. » Auteur : Noéline Ihorai.

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Seconds prix des groupes de danse

Le groupe Ori I Tahiti a choisi Te va’a (la pirogue). Le peuple Maohi prenait la mer pour une question de vie et de survie. Le va’a était le symbole du pouvoir, de la patrie. Une seule pirogue, un seul chef, un seul peuple. Et maintenant ? Qu’est devenu le sens de ce mot ? La nouvelle génération utilise le va’a pour prouver et affirmer sa force. « Il faut reconnaître que cette unique et grande pirogue sur laquelle les Maohi naviguent tous… s’unir autour d’un seul chef, d’une seule destination et d’un seul groupe de rameurs. » Auteur : Tane a Raapoto. Une réflexion autour de l’évolution du va’a, ses fondements et son rôle. A reçu le 2ème prix de la catégorie dans Hura Ava Tau.

Le groupe Te Ora Tamariki Poerani dansera sur la vie et les quatre éléments : Au temps des mémoires secrètes vivaient les êtres de lumières. Remplis d’énergie primordiale, ils se mouvaient dans des univers et des rêves qu’ils créaient. Cependant, du fait même de leur nature immuable, ils n’évoluaient plus et tendaient à disparaître. C’est ainsi que Kio, être universel, commença à observer, de manière plus consciente, leurs créations. Il redécouvrit alors la majesté de l’univers. Touché par ce sentiment inconnu, il voulut le partager mais ne trouva pas d’écho autour de lui. Il continua son périple jusqu’au jour où il ne sentit plus rien. Il était arrivé dans l’univers du vide. Kio ouvrit son cœur et regarda, la planète qui était là. « Bleue » fut sa première pensée et les couleurs devinrent plus intenses. Aussitôt, il arrêta le flux de ses pensées et descendit vers la planète. Il comprit que tout était vivant mais sans harmonie, sans musique, d’où le silence, le vide. Pensif, il regarda le sol et toucha la poussière. « Terre ! Chante pour moi ! Dis-moi qui tu es ! » D’un rythme profond et saccadé, la terre s’avança devant Kio et, fière d’avoir été la première nommée, lui raconta ses montagnes, ses vallées et ses arbres. Emerveillé, il se tourna vers le ciel liquide : « viens, danse, remplis mes silences ! ». Levant la tête, il regarda le ciel, des senteurs nouvelles lui chatouillèrent les sens, il ferma les yeux et écouta : »je ris et je chante. Je me glisse dans les vallées, j’effleure les vagues, je danse avec la pluie et je transporte les graines sur la terre. Joie est ma mélodie ». Il poussa les nuages les uns contre les autres, fouilla dans les entrailles de la terre. Le hara (pêché) vint de l’orage, frappa les arbres et prit forme. « Feu est mon nom, je suis puissance et vitalité. Écoute mon âme ». Kio joua avec les éléments pour trouver la note ultime mais elle lui échappait. « Nous avons entendu ton appel. Depuis des millénaires, nous cherchions cette vibration ». Son frère Râ et sa sœur Hina l’avaient rejoint. Permets-nous de fusionner avec toi. Réunis en une étincelle, Kio (souffle créateur), Hina (la lune) et Râ (le soleil) dansèrent et chantèrent. A la fin du chant, tous étaient silencieux. Leurs « Mana » avaient créé un être manifesté. Souple et harmonieuse, cette magnifique créature se leva et parla : « Je suis Rua, le souffle divin. Je possède la force de la terre, l’émotion de l’eau, la joie de l’air, la vitalité du feu, le principe féminin, le principe masculin et le principe divin. Je suis le tout et le vide, je possède le souffle de vie ». Auteur : Makau Foster Delcuvellerie. Prix du meilleur costume traditionnel + 3ème prix du meilleur danseur pour Moana Sandford + 2ème prix de la meilleure danseuse pour Hinano Rocton.

Le groupe Fare Ihi No Huahine danse sur Te Muturaa o Huahine (La scission de Huahine) par le Dieu Oro : « Prenez garde à ceci : lorsque la brume se lèvera, réveillez-moi ou notre pirogue traversera la Terre. Et Hiro alla se reposer à l’arrière du bateau. Seulement, ses frères ne prêtèrent pas attention à ses avertissements, sauf Tapurairai, le dernier ; lui seul obligeait ses frères à mener la pirogue avec beaucoup d’attention. Mais la pirogue traversa l’île et découpa Toe’rau Roa en deux parties : Toerau la grande que l’on appelle aujourd’hui Huahine Rahi, la petite partie étant Huahine Iti. Lorsque Hiro se réveilla, l’île avait été coupée et la pirogue continuait sa traversée. Hiro perdit alors la rame de sa pirogue ». Auteur : Jean Puupuu. 3ème prix catégorie danse Hura Ava Tau + 3ème prix catégorie Tumu-Tarava Raromata’i + 2èm prix du meilleur orchestre création.

Le groupe Tamarii Tipaerui danse sur La légende de Haumanavaitu : »A l’époque où Haumanavaitu bâtit avec son époux Utani le marae de Fare, Patapata, dans le district de Poutoru, ce dernier se nommait encore Niua. Quatre fils naquirent de cette union : Ruahearii, Ruahemahuta, Ruaherarape, et Tuturiteautama. Le district fut appelé Niua a maha. Un jour, Haumanavaitu invita ses fils à la débarrasser de ses poux. Elle leur interdit seulement une chose : de lui retirer le pou rouge qui y était accroché. Le plus jeune des enfants, Tuturiteautama, étourdi, brava pourtant cet interdit et mangea le fameux parasite. Lui parvint alors d’étrange révélation de la vraie nature de sa mère : son geste avait fait émerger le pouvoir et la rage de l’ogresse qu’elle était, sans que lui et ses frères ne l’aient jamais su. Tuturi prévint alors ces derniers. Le jeune tendit un piège à sa mère, lui demandant d’aller puiser de l’eau au puits de Vaipahu, après avoir percé les calebasses. Pendant ce temps, les 4 frères s’enfuirent à Raitea, à l’aide d’un radeau sur lequel ils firent un feu avec du bois sec et des pierres. Haumanavaitu découvrit le subterfuge et jura de les dévorer 1 à 1. Au cap Hariiti, elle attacha 2 noix de cocos en guise de flotteurs et se mit à l’eau. L’écume formée par ses mouvements avertit ses fils qu’elle était à leurs trousses. Alors qu’elle les maudissait, Tuturi lui jeta une première pierre brûlante dans la bouche, puis une deuxième, qu’elle avala promptement. A la troisième pierre avalée, elle coula dans les profondeurs de l’océan y laissant, depuis, une blancheur indélébile. Les 3 frères aînés retournèrent à Taha’a pour partager en 4 les terres qu’ils avaient héritées. Tuturi resta à Raiatea. C’est depuis ce partage que Niua a maha prit le nom de Poutoru, parce que seulement 3 des 4 frères étaient revenus sur leur terre natale. Tuturi eut ensuite des jumeaux, une fille et un garçon, qu’il eut d’une première femme. Elles les avaient placés dans une calebasse qu’elle avait laissée dériver au gré de Taurere jusqu’au cap de Otueheru, entre Houino et Poutoru. Un vieillard, qui pêchait à ce moment-là, les trouva et les adopta. Sur l’îlot de Toahuapuhi, il prit, avec sa femme, du bambou qui leur servit à couper le cordon ombilical des enfants. Ils se rendirent à Te Porio Apu, pour enterrer leur placenta sur le marae Arure. De là, naquit le fameux arbre appelé Tataramoa, visible dans la vallée de Apu. Les 2 enfants sont nommés Taari et Hei’ura-i-te-ra’i. Chacun grandit choyé par l’un des 2 parents et perpétuellement opposé tels deux guerriers rivaux. Un soir, lasse de cette situation conflictuelle, la sœur invoqua son ancêtre Haumanavaitu, qui lui dit de se déshabillé, ce qu’elle fit. Hei’ura-i-te-rai fut transformé en murène rouge et devint une véritable enragée de l’océan et se réfugia dans la baie Apoo Puhi (trou à murèe). Un jour Taari, son frère, se rendit dans la baie de Mao, mini d’un harpon en bambou, où il tua un requin et devint un véritable héros. A la baie d’Apoo Puhi, il vit la murène rouge lovée dans l’océan. Il appela l’animal au combat, sans savoir qu’il s’agissait de sa sœur. Cette dernière, par contre, le reconnait. Elle savait qu’elle n’aurait aucune chance face à Taari, se montra pourtant et fut transpercée, laissant Poutoru mener une vie plus paisible. Les parts de la murène furent distribuées à chacun des districts de Taha’a. Auteur : Vaihere Cadousteau. 2ème prix de la catégorie Tumu Nui-Ruau + 3ème prix du meilleur orchestre création + meilleur orero.

A toutes et tous bonne chance ! Je vous fais grâce des autres prix en concours de chants !

Hiata de Tahiti

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Premiers prix des groupes de danse

Le Heiva est un concours avec des critères de notations bien définies. Le thème est noté sur 15 points : authenticité et originalité du thème, beauté du texte, maîtrise de la langue ; la danse sur 35 points : occupation de l’espace, mouvement d’ensemble, originalité des figures, gestuelle et rythme, concordance entre l’expression et le thème ; la musique sur 20 points : dextérité de l’orchestre, créativité, mélodie, maîtrise rythmique, dynamisme et synchronisation ; la présentation générale sur 30 points pour les costumes, la beauté, la tenue, la recherche, la concordance avec le thème, l’expression artistique.

Le groupe Pupu Tuhaa Pae danse sur le thème Te manatu o te mata’iapo (Le privilège de l’aîné). Il raconte comment l’aîné d’un couple, issu de famille royale est pris en charge par la communauté. Auteur : Voltina Dauphin. 1er prix catégorie danse Hura Ava Tau + 1er prix catégorie Tumu Nui-Tarava Tuhaa Pae + Prix spécial danses Meilleur Raatira ti’atia’a +1er Prix Ute ‘Arerea.

Le groupe Hitireva a choisi la couleur de l’intemporel, Uatau. Auteur : Jacky Bryant (également Ministre de l’environnement du gouvernement Temaru, et « dans le civil » directeur d’école primaire à Papeete). « Comment pourrais-je le dire ? Une couleur, c’est celle d’un ciel clair ou celle de l’océan, ou est-ce le verdoyant d’un bois si divers ? Couleur, tu nous entoures. Le temps ? Une danse du temps passé ou chaque chose en son temps, un temps frais, c’est un temps sec. Je me définis ainsi : couleur je suis, couleur je voyage avec le temps, le temps est mon compagnon de voyage… Je suis Uatau, aux couleurs de l’intemporel. Écoutez donc mon pata’uta’u. Je loge au firmament, caché par les rayons du soleil. Je m’épanouis du souffle de vie, quand la pluie résonne comme le tutu haa. Du temps levant au temps couchant, c’est ainsi depuis la nuit des temps. Uatau. A reçu le 2ème prix catégorie danse Hura Tau + le prix du meilleur costume végétal + 1er prix du meilleur danseur à Tuari Tracqui.

Le groupe Temaeva danse sur le thème Navenave fenua (Terre du jouir) : « Belle et lovée dans sa plénitude, les cinq sens en éveil, la créature jouit, profite, abuse des sensations nées de la féerie du fenua. Elle est éblouie par l’exubérance et la luxuriance de la nature environnante. Et son âme s’élève jusqu’au merveilleux. Mille parfums s’exhalent de cette abondance, submergent ses narines jusqu’au vertige. Ses oreilles se réjouissent des moindres chuchotements et murmures issus de cette profusion, signes de vie, d’harmonie, de sérénité. Son palais est satisfait des délices que lui offrent la terre et la mer et son corps s’épanouit. Et la terre, par une longue et chaude caresse, devient l’amante qui fait vibrer son être, son corps se perle de sueur, ses sens, ainsi comblés, exaltent son âme qui se fend dans la magnificence de la terre ». Auteur Coco Hotahota. 1er prix de la meilleure danseuse pour Patricia Tokoragi.

Le groupe O Tahiti E dansera sur Te Tapuni (l’escalade) : « En pays Mihiroa, aire linguistique des Tuamotu comprenant Rairoa, Arutua, Kaukura, Apataki, Niau, Tikehau, Mataiva et Makatea, c’est essentiellement la langue tahitienne qui est désormais parlée. Tapuni consiste, pour des jeunes gens amoureux que les parents avaient destinés à d’autres conjoints, à fuir ensemble sur un îlot loin du village. Poursuivis par les parents et la famille, ils doivent se cacher pour protéger leur amour. S’ils rentrent au village trois jours plus tard, affamés, ils seront considérés avec mépris et ont intérêt à se faire oublier. En revanche, s’ils rentrent trois mois plus tard, en belle santé et toujours amoureux, ils seront accueillis par tous avec joie et une fête est organisée en leur honneur. O Tahiti présente l’histoire des amoureux Hiro et Ana qui vont faire… tapuni ! » Auteur : Simone Grand. 1er prix de la catégorie danse Hura Tau + 2ème prix du meilleur danseur pour Heinere Terorotua + 3ème prix de la meilleure danseuse pour Tumata Vairaaroa.

Hiata de Tahiti

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Heiva joli

Article repris sur Medium4You.

On fête durant deux mois l’une des plus anciennes traditions festives du fenua. Dès 1819, un « code Pomare » interdit tout Heiva, toute activité relative à la danse. Qui se cache derrière cette interdiction ? Les pasteurs anglicans qui se justifient par des motifs de « bonne morale ». La reine Pomare durcit les interdictions en 1842. Dès 1845, les Français estiment que Sa Majesté est allée trop loin, ils autorisent à nouveau les danses locales, avec modération et décence. D’excès en interdits, d’autorisations en tabu (tabou), la danse tahitienne fut contrôlée jusqu’à la fin du 19e siècle. C’est la fête nationale du 14 juillet qui permettra d’instaurer ces journées de réjouissances. L’éclat du 14 juillet 1881 sera renforcé par la création d’un Tiurai (juillet, fêtes de juillet), mot né de la déformation du mot anglais « july », désignant le mois de juillet. On y chante mais on n’y danse pas encore. Durant l’hiver austral, il y a peu d’activités agricoles, on a donc tout le temps pour les chants, auxquels s’adjoignent bientôt les courses de pirogues à rames, de pirogues à voile, les baraques de jeux, les danses même si les débuts sont timides.

Cette année encore, à Pirae, on trouve des stands de massage, de tatouage, d’artisanat et de floralies. Des concours en matière de bijouterie, de couture de tifaifai, de vannerie ; des démonstrations des associations des cinq archipels sur la pratique de la vannerie, la sculpture, la bijouterie… pendant tout un mois.

Les concours de chants et danses sont très prisés. Les groupes ont répété durant des mois, fabriqué leurs costumes, sué sang et eau. Deux catégories de danses, Hura Ava Tau (préparation à la danse) : les groupes qui concourent dans cette catégorie sont des groupes jamais primés ainsi que les groupes récemment crées qui se présentent pour la première fois au Heiva ; et Hura Tau (temps de la danse) groupes confirmés ou experts qui ont été primés au moins une fois. Ils sont tenus de présenter obligatoirement quatre types de danses traditionnelles :

Otea est à l’origine une danse guerrière essentiellement masculine qui a évolué au fil du temps. La danse est rapide et cadencée par les percussions. Elle met l’accent sur les mouvements de hanches. Elle se pratique actuellement sous trois formes Otea amui : danse d’ensemble exécutée par les hommes et les femmes. Les mouvements et les pas exécutés par les hommes peuvent différer de ceux exécutés par les femmes. Otea vahine : danse d’ensemble exécutée par les femmes. Otea tane : danse d’ensemble exécutée par les hommes. Le otea est une danse rythmée et énergique. Les rythmes qui composent les otea peuvent être repris dans les séquences du patrimoine musical traditionnel des percussions telles que toma, pahae, hitoto, agencées selon le thème et la chorégraphie. La disposition des danseurs sur scène est très géométrique. Ils sont placés en colonnes par sexe. Ils restent le plus souvent de face, mais ils peuvent néanmoins effectuer des rotations qui seront alors les mêmes pour l’ensemble du groupe ou de la colonne. Les pas de danse sont principalement le mouvement de jambes en ciseaux pour les hommes et le déhanchement pour les femmes. Contrairement à l’aparima, la gestuelle de l’otea est relativement abstraite, mais demeure liée au thème de la danse. Avec ses costumes flamboyants, ses mouvements vifs, sa vitalité rythmique et son ambiance fougueuse, l’otea est probablement la plus célèbre de toutes les danses polynésiennes. L’accompagnement musical est indissociable de l’otea, il porte d’ailleurs le même nom et est uniquement rythmique. Les instruments qui le composent sont le toere (instrument de percussion évidé, taillé dans une pièce de bois (ati ou tamanu, miro ou bois de rose ou kava) ayant les 2 extrémités pleines. On le tient verticalement et il se joue avec une seule baguette. De grande taille, il repose horizontalement sur 2 tréteaux et se joue avec 2 baguettes ; le fa’atete, instrument qui se rapproche le plus du tambour traditionnel. La membrane du fa’atete est en peau de veau tendue par un système de ficelles, de bouts de bois et d’anneaux et le pahu, tambour de plus d’un mètre de haut que le musicien frappe de la paume de ses mains.

Aparima (apa = les gestes et rima = les mains) est une danse mimée maorie qui privilégie la gestuelle. Elle mime les paroles des chants sur une mélodie de guitares et du ukulele. Aparima vava (vava=muet), sur un accompagnement de percussions, sans paroles psalmodiées ni chantées, la gestuelle mime de manière symbolique des activités de la vie quotidienne. Cette danse exécutée en position assise ou à genoux. Chaque geste revêt une signification particulière. Aparima himene est un accompagnement chanté ou musical qui donne lieu à une interprétation gestuelle. Les intégrales de textes et mélodies existants sont strictement interdites, même si elles sont l’œuvre de l’auteur ou du compositeur présenté par un groupe inscrit au concours. Les instruments sont le ukulele, seul instrument à cordes de musique traditionnelle. Il est une sorte de petite guitare composée de 4 à 12 fils de taille variable, fabriquée à partir d’une demi-noix de coco polie sur laquelle on fixe un manche. Parfois la guitare et le chant se joignent aux percussions des to’ere et le pahu.

Pa’o’a est une danse maohi basée sur le dialogue des corps. Les musiciens et le chœur s’assoient en cercle, chantent et marquent le rythme en frappant leurs cuisses de leurs mains. Une danseuse soliste ou un ou plusieurs duos mixtes, dansent à l’intérieur du cercle le tamure (danse, de son vrai nom ‘ori tahiti). Le pa’o’a est une danse liée à la fabrication du tapa : assises par terre, les femmes battaient l’écorce en rythme en s’accompagnant de chants. Les thèmes de la danse restent liées aux activités quotidiennes, comme la fabrication du tapa, la chasse ou la pêche.

Hivinau est rythmé par un pata’uta’u (récitations de textes traditionnels) soutenu par des percussions. C’est une danse très joyeuse et festive, elle se danse en double cercle, jeunes hommes et jeunes femmes tournent en deux cercles concentriques dans des sens différents. Sur un thème se développe le dialogue entre le ra’atira (le meneur) et la troupe. Il déclame d’une voix forte le récit auquel les danseurs répondent par des « Hiria, ha’a, hiria ha’a ha’a ». Les mouvements et les pas des hommes peuvent différer de ceux des femmes. La chorégraphie des danses paoa et hivinau doit être exécutée selon la définition donnée ci-dessus et les paroles doivent correspondre au thème du spectacle.

Les groupes Huva Ava Tau et Hura Tau doivent présenter sur scène un effectif minimum de 60 danseurs et danseuses et 12 musiciens et chanteurs minimum.

Pour le cru 2012, 17 groupes de danses sont en concurrence.

Pour vous familiariser avec les pas de danse, en voici quelques-uns pour les tane : paoti = mouvement des genoux en ciseaux ; taparuru = claquements rapides des pieds ; tue = action de donner un coup de pied vif et discret ; horo = pas de course utilisé pour les déplacements ou les entrées en scène.

Et pour vous Mesdames qui ne rêvez que de danse tahitienne : tamau = déhanchement saccadé de la gauche vers la droite (flexions alternatives des genoux alors que la pointe des pieds reste collée au sol ; fa’arapu = roulement rapide des fesses ; varu = mouvement des hanches en huit ; ori opu = danse du ventre.

Hiata de Tahiti

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Toujours la fête à Tahiti !

Fêtes traditionnelles :

A Punaauia voici la fête de l’orange comme chaque année. Il s’agit de protéger la vallée de la Punaruu et le célèbre plateau des orangers. Cette année, la glane de 20 oranges était vendue 5000 FCP, l’an passé on n’avait  déboursé que  3000 FCP ! Les orangers sont malades, 200 pieds d’orangers peuplent la pépinière. On croise les doigts !

Rauata Temauri a été élue Miss Tahiti, c’est la 51e miss Tahiti !

Le Heiva 2011 bat son plein. Concours de chants et de danses à Toata. Qui gagnera cette année ? Courses de va’a (pirogues), lever de pierre (énormes), courses de fruits (à qui en emporte le plus le plus vite). Chaque année amène son lot de gagnants et de perdants. Ces concours ont été préparés de longue date, confection des costumes, répétitions, mises en scène et, pour les sportifs, longs entraînements.

A Paea a eu lieu la traditionnelle marche sur le feu sous la conduite du grand prêtre de la cérémonie du Umu Iti Raymond Graffe. Tout s’est bien passé pour cette 58e édition.

Fêtes perso :

A Takaroa (Tuamotu), des monte-en-l’air se sont introduits dans l’agence postale et ont dérobé le coffre-fort, une nuit. Takaroa, un atoll des Tuamotu, 24 km de long, 1700 habitants, une piste d’atterrissage et une seule et unique passe pour y accéder en bateau ! Depuis la gendarmerie, dépêchée sur les lieux, a retrouvé les trois voleurs.

Non, nous ne sommes pas en Corse mais à Faaone, sur la côte Est de Tahiti : v e n d e t t a. Une vieille histoire de terre, on se cherche, l’un envoie un parpaing dans le pare-brise de l’autre, l’autre s’en prend à un fare (maison à toit de tôle), à des voitures du clan adverse… Prosper Mérimée, êtes-vous lu dans les écoles polynésiennes ? Probablement ! En tout cas, deux personnes en prison et deux enfants blessés, 14 points de suture à l’un, deux dents cassées à l’autre…

Aux Marquises, à 30 nautiques de Ua Pou, voilier contre baleine : trois marins à la mer. Ils ont été récupérés mais leur voilier a coulé. La baleine, qui ne possède pas de système d’écholocation, lorsqu’elle remonte à la surface pour respirer ne pouvait se douter que traînait justement là un voilier sur l’immensité du Pacifique. La baleine s’est bien amusée.

Fête compensatoire :

Papeete a reçu la visite du Yuan Wang 5, fleuron de la technologie chinoise. Un navire de 222 mètres de long, large de 22 m, 300 membres d’équipage. Ce bijou qui a déjà accosté plusieurs fois au port, suit et contrôle des communications maritimes.

Fête de la science et de l’économie :

Mataiva, petit atoll des Tuamotu de 8,5km sur 3,6km est très convoité… Il y aurait du phosphate mais n’ébruitez pas la nouvelle. Des roches phosphatées ont été repérées à l’état brut, pures à 70%. Mais voilà, si les scientifiques ont conclu à 70 gisements exploitables,  il y a un « mais » : la majorité de la population veut continuer à protéger son lagon et rejette le projet d’extraction des phosphates. Mataiva est riche également d’une forêt primaire, d’une colonie de sternes et nodi sur le motu Teaku un Ofa’i Taunoa sur la plage de soupe de corail où viennent pondre des tortues, son pito, un bateau fantôme dans une cocoteraie et même un pont de 120 m de long qui serait le plus long pont de Polynésie. Les deux cents habitants veulent conserver toutes ces richesses et ont réglementé la pêche afin que celle-ci dure très longtemps. Sages îliens.

Encore un anniversaire : quarante ans de recherches sur les récifs coralliens au fenua. Hourrah ! Les professeurs René Galzin et Bernard Salvat ont tenu une conférence à ce sujet.

Portez-vous bien les amis, profitez bien de vos vacances.

Hiata de Tahiti

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