Politique

Yves Bontaz, Le bal est fini

Un ouvrier devenu chef d’entreprise, un provincial de Haute-Savoie devenu entrepreneur mondial, lance à sa retraite un brûlot politique. Il déclare que rien ne va plus et que le petit jeu des politocards sortis de la même école et vivant dans les mêmes milieux a assez duré. L’échec retentissant de François Hollande en est la preuve : place à la société civile ! Elle est aussi compétente que les politiciens professionnels, surtout ceux qui prétendent parler au nom des « travailleurs » : Mélenchon, « que sait-il des travailleur» p.46 pour avoir passé seulement trois mois dans une usine dans sa jeunesse ?

L’essai est plein de bon sens et de gros réalisme. Il dit tout haut ce que tout le monde (sauf les politiciens) pense tout bas : finies les réformes, il faut un « choc » ! Mais, après le Brexit et Trump, la démagogie menace ; il faut donc que les initiatives citoyennes émergent, malgré la crainte de donner des parrainages (Yves Bontaz ne sera pas pour la troisième fois candidat aux présidentielles, faute d’avoir obtenu les 500 parrains représentatifs de chaque département).

Après une longue introduction biographique de 40 pages, le constat court sur 62 pages et il est sans appel : « Ni la gauche, désinvolte sous Mitterrand, Jospin et Hollande, ni la droite, prétentieuse sous Chirac et Sarkozy, n’ont eu le courage d’enclencher une seule réforme, pas une seule, susceptible d’améliorer notre compétitivité » p.49. En cause ? « Le dédain de l’économie appliquée, le dédain du bon sens économique » p.49. La France a 90 fonctionnaires pour 1000 habitants alors que l’Allemagne en a moins de 60 ; les Français payent 44% d’impôts en moyenne contre 26% pour les Suisses, 34% pour la moyenne OCDE et 38% en Allemagne ; les cotisations sociales représentent 11.6% du PIB français contre 6.6% en Allemagne et 4.1% au Royaume-Uni. Qui voulez-vous concurrencer avec ces boulets ?

L’Etat omniprésent sait mieux que vous ce qui vous convient ; il dépense sans compter, il gaspille plus que les voisins ; il handicape l’économie – y compris la demande des ménages. Un dirigeant d’entreprise fait le calcul : « Quand je donne 100€ bruts à l’un de mes salariés, ça me coûte, avec les charges patronales, 150€. Sur ces 100€ bruts, ce salarié va percevoir 70€ nets. Comme il va être imposé sur le revenu à environ 30% – soit 21€ d’impôts – il va donc lui rester 49€ de pouvoir d’achat. Mais (…) ce qu’il va dépenser sera soumis à une TVA de 20%. Ce qui fait qu’au final son pouvoir d’achat réel ne sera que de 39€. (…) L’Etat prélevant 110€ au passage » p.67. Imparable ! Et on se lamente encore sur la « misère » des services publics ? Ne serait-ce pas la misère de la gestion fonctionnaire ignare en économie ? De l’irresponsabilité hiérarchique où chacun se renvoie la balle ? Du mépris des citoyens qui ne contrôlent rien ? De la démagogie des syndicats – surtout la CGT qui rêve encore et toujours du Grand soir – et qui ne représentent qu’à peine 7% des salariés ?

Qui crée de la richesse ? – Les entreprises. « Faute d’offrir des emplois, on offre des aides sociales, mais cet argent que l’Etat distribue, il le reprend par le biais des prélèvements fiscaux (…) frein pour sortir de la crise » p.85.

Alors, que faire ?

Après 12 pages sur « la démocratie pervertie » et 12 pages sur « une diplomatie à la dérive » (où les interventions de François Hollande en Syrie, Irak et Mali ont suscité, selon l’auteur, les attentats islamistes), 12 pages de propositions.

Elles n’ont rien de révolutionnaires et prennent ici ou là les bonnes ou les moins bonnes idées en 19 mesures :

  1. Baisser les charges patronales de 20% sur tous salaires et de 30% jusqu’à 1.6 fois le SMIC.
  2. Augmenter la TVA de 2% pour compenser et taxer les importations (et éviter les délocalisations).
  3. Baisser l’impôt sur les sociétés à 25%.
  4. Supprimer l’ISF.
  5. Revenir sur la hausse des frais de succession Hollande.
  6. Réformer l’enseignement de l’économie
  7. Favoriser l’apprentissage.
  8. Réduire la vie politicienne à deux mandats au maximum.
  9. Baisser le nombre de fonctionnaires en n’en remplaçant qu’un sur trois (hors régalien).
  10. Etablir deux jours de carence pour les fonctionnaires, comme dans le privé.
  11. Limiter le droit de grève dans les services publics.
  12. Baisser les prestations chômage après 1 an.
  13. Supprimer les 35h pour revenir à 39 sans hausse de salaire.
  14. Sanctuariser l’agriculture.
  15. Relancer la révolution verte.
  16. Etablir des statistiques ethniques pour en finir avec les fantasmes et adapter les politiques.
  17. Faire du handicap une cause nationale.
  18. Incarcérer les condamnés à une peine inférieure à 2 ans.
  19. Conduire la politique étrangère sur les seuls intérêts de la France et pas sur « la morale ».

Voilà qui fleure bon le « radicalisme » florissant sous la Troisième République : du bon sens travailleur, le citoyen contre les pouvoirs, la base et la province contre les élites de Paris. Mais aussi le programme de François Fillon, dont il s’avère le plus proche, avec un côté Emmanuel Macron pour le réalisme économique.

Yves Bontaz a réussi à 14 ans le concours de l’Ecole nationale d’horlogerie en candidat libre avec son jumeau et en est sorti major à 19 ans. Il s’est mis à son compte dans le décolletage et a travaillé très vite pour les grandes marques automobiles, fondant des filiales dans divers pays. Son dogme : productivité et qualité ; sa méthode : s’organiser et intervenir où cela ne va pas. « Une théorie inverse de celle du politique » – persiffle-t-il p.28. Il a fondé un orphelinat, une école et un dispensaire à Madagascar, et un centre pour autistes en France. Il a donné des emplois à des milliers de gens, en Haute-Savoie, en France et dans le reste du monde. « Je suis un patron qui jamais, jamais, n’a oublié de privilégier le facteur humain dans la gestion de ses sociétés » p.35.

Tout le contraire des François Hollande et autres Nicolas Sarkozy, n’est-ce pas ?…

Yves Bontaz, Le bal est fini – Le programme choc d’un esprit libre, 2017, édition Jean Picollec, 144 pages dont 6 tableaux et graphiques, €13.99

Catégories : Livres, Politique | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Poster un commentaire

Bienvenue place Beauvau

Sous-titré Les secrets inavouables d’un quinquennat et publié après L’espion du président – au cœur de la police politique de Sarkozy en 2012, ce livre vite (et mal) écrit compile une série de fiches en 13 chapitres auxquels il manque une synthèse qui vole un peu plus haut que les dessous de la République. Du travail d’enquêteur, pas d’analyste.

Un coup à droite en 2012, un coup à gauche en 2017 – avec la présidentielle pour faire vendre. C’est la gauche hollandaise qui cette fois prend et Fillon qui fait la pub. La gauche est au fond très gauche avec l’ordre et la police, incapable de se gendarmer et poussée par lâcheté intime au laisser-faire. Car « Moi, président… » non seulement n’a rien fait de ce qu’il avait promis, mais s’est coulé avec délices dans l’organisation centralisée quasi mafieuse des « services » qui renseigne le politique – lui en premier.

La conviction s’affiche dès la première phrase : « La présidentielle se joue à l’Intérieur ». Hollande n’a jamais été ministre, encore moins de l’Intérieur, est-ce pour cela qu’il est si pataud dans l’usage de la Maison ? Valls a été ministre de l’Intérieur et a beaucoup aimé ça, est-ce pour cela que le Château n’a cessé de lui mettre des bâtons dans les roues ? « François Hollande a un quinquennat devant lui pour se servir des forces de l’ordre afin de renouveler le contrat social, lutter efficacement contre la délinquance, réparer les injustices, réduire les inégalités. Comme notre enquête le démontre, Hollande et ses ministres ont échoué » p.9 (pagination de l’édition numérique).

Sécurité ou liberté ? Efficacité ou Grands principes ? La gauche – et encore moins le parti socialiste – n’a jamais su trancher ni composer un équilibre acceptable. Et c’est le ballet de Valls et Taubira, celui qui gouverne et celle qui minimise, l’Intérieur et la Justice. Avec un Hollande édredon qui se garde bien de choisir. La gauche, pourtant prête à gouverner quand elle était dans l’opposition, se révèle n’avoir jamais travaillé sur le sujet, trop percluse de tabous idéologiques et sans leader légitime pour imposer une ligne. « Comme leurs concurrents, ils se sont montrés tout aussi incapables de réformer profondément le fonctionnement de la machinerie policière, sclérosée par des querelles de chapelle. Enfin, tout comme la droite, la gauche a été dans l’impossibilité de réconcilier la police et la justice » p.10.

Il y avait pourtant de grands flics sous Mitterrand – « amateurisme et imprévision » caractérisent avec Hollande le quinquennat raté d’un président raté.

Alors, « cabinet noir » ? C’est probable, et en même temps improuvable : Philippe Klayman devient patron des CRS, Jean-Marc Falcone patron de la police nationale, et Jérôme Leonnet directeur du renseignement territorial avec pour mission de ressusciter les fameux RG, supprimés en 2008 par Sarkozy, qui deviennent la Division nationale de la recherche et de l’appui (DNRA). « Le retour aux affaires de ces chiraquiens nourrit bien évidemment le soupçon sarkozyste de l’existence d’un cabinet noir. Il n’est pas possible d’en apporter la preuve formelle. Comme il n’est pas possible de prouver le contraire ! Mais l’addition d’indices troubles et de témoignages étonnants interroge. Plusieurs observateurs bien placés dans l’appareil policier nous ont ainsi décrit par le menu l’existence d’une structure clandestine, aux ramifications complexes, et dont le rayon d’action ne se serait pas cantonné au seul renseignement territorial » p.15. Donc Fillon ne ment pas (lui qui avait vu fonctionner la chose sous Sarkozy) et Hollande ment éhontément (lui, l’adepte de la morale affichée du « Moi, président… »).

Des preuves ? Elles sont indirectes mais vérifiées :

  1. « Tracfin, le service de renseignement financier de Bercy, le ministère piloté durant tout le quinquennat par Michel Sapin, un ami de quarante ans du Président. La plupart des affaires judiciaires qui ont empoisonné Sarko et les siens ont trouvé leurs racines ici » p.15
  2. « Un autre ami du Président, le directeur des affaires criminelles et des grâces, Robert Gelli, qui a partagé la même chambrée que François Hollande et Michel Sapin lors de leur service militaire » p.16 Depuis la Direction des affaires criminelles et des grâces (DACG) (…) Gelli peut suivre en temps réel l’avancement de tous les dossiers politico-financiers » p.16. « Sur l’opportunité d’ouvrir une information judiciaire, ‘des consignes sont données… mais oralement’, nous précise un magistrat. Chaque fois, ce sont les mêmes juges d’instruction qui sont désignés pour les affaires qui intéressent le Château. Ils sont moins de cinq, dont on retrouve le nom dans tous les dossiers qui concernent Sarkozy » p.16.
  3. « Ces magistrats qui additionnent les affaires sur le clan Sarkozy sont eux-mêmes alimentés et épaulés par une poignée d’officiers de police judiciaire, la plupart en poste à l’Office central de lutte contre la corruption, les infractions financières et fiscales, qui fut un temps piloté par Bernard Petit, un fidèle de Manuel Valls quand il était à l’Intérieur » p.17.
  4. Même le président s’en est vanté… « Sarkozy, je le surveille, je sais tout ce qu’il fait », fanfaronne le Président devant dix-neuf députés socialistes qu’il reçoit, le 17 février 2014, à l’Élysée » p.18.

« C’est la théorie d’un magistrat : « Le Château est passé maître dans l’art de pousser ou ralentir le feu sous les casseroles judiciaires. Pour enterrer sans classer, il suffit de donner consigne de continuer à creuser en préliminaire ad vitam æternam. Dans ce cas, le dossier reste sous le contrôle direct de la Chancellerie » p.21 Par exemple Borloo, mouillé dans l’affaire Tapie-Lagarde et dans le désastre Ecomouv… et laissé (opportunément) sans suites.

Mais pas seulement contre les adversaires. Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur imposé par Hollande, se garde bien d’informer Valls qu’il n’y avait aucun burkini sur la plage corse en août 2016. Façon de laisser s’enferrer le rival, comme Mitterrand agissait vis-à-vis de Rocard. « Au début de son mandat, il [Hollande] favorise l’ascension d’Emmanuel Macron, ce qui a pour effet de ringardiser le ministre de l’Intérieur » p.29. Ce qui apporte un argument de plus à ma thèse de septembre dernier que les « spécialistes de la gauche » rejetaient avec dédain.

« Laurent Fabius est honni par Hollande, qui sait qu’il lui doit le sobriquet de Fraise des Bois. Le 30 janvier 2016, au moment même où il clôture triomphalement la COP21 qu’il a présidée, son fils est mis en examen pour « faux, escroquerie et blanchiment », comme si quelqu’un avait voulu gâcher la fête. La grenade avait été dégoupillée deux ans plus tôt suite à une plainte de sa banque car ce joueur invétéré avait produit un faux e-mail pour débloquer un crédit de jeu au Grand Casino de La Mamounia à Marrakech. « Tant que Laurent Fabius était utile à Hollande au Quai d’Orsay, les dossiers judiciaires du fils ont étrangement mijoté à feux doux, puis quand il a été sur le départ après avoir bouclé la COP21 tout s’est accéléré », analyse un flic de la PJ » p.30. Vous avez dit gauche « morale » ? Apte à renvoyer un Fillon dans des affaires d’emplois légaux et de costume bien plus grave – sans aucun doute ! – que les mensonges Cahuzac et ces entourloupes entre socialistes ?

Prévarication et népotisme, avec l’argent des citoyens, n’est pas réservé à la droite : « Ce 6 avril 2014, jour du Marathon de Paris, la voiture du président de la République est bloquée porte d’Auteuil. Un des gardes du corps appelle en catastrophe la préfecture de police. Dans la salle de commandement de la Direction de l’ordre public et de la circulation, le permanencier comprend tout de suite que la demande est prioritaire. À peine a-t-il répercuté l’info à son chef que, dans la salle où une vingtaine de fonctionnaires veillent en permanence sur les 5 000 caméras vidéo de la police parisienne, c’est le branle-bas de combat. Ordre est donné de zoomer avec l’une des caméras de la porte d’Auteuil. Sur le mur vidéo apparaît alors en grand format le cortège présidentiel à l’arrêt, et soudain, sortant d’un buisson, François Hollande et… une jeune femme, que le Président va ensuite prendre en photo avec son iPhone. Ce dimanche, le Président et Julie Gayet se rendent à La Lanterne, l’ancien pavillon de chasse du château de Versailles, devenue résidence secondaire des Présidents depuis Sarkozy. Le préfet de police est aussitôt prévenu, tandis qu’une copie du film est mise à l’abri dans le coffre-fort de son directeur de cabinet » p.63. Et c’est « ce » président, qui s’est révélé à l’usage l’un des plus « minables » (mot socialiste) de tous ceux de la Ve République jusqu’ici, qui s’avise de donner des leçons ?

Petit fait vrai parmi d’autre, un exemple précis capté par l’un des trois journalistes auteurs : « Soudain, au milieu de notre conversation, le téléphone de Jacques Meric sonne. Au bout du fil, l’un de ses adjoints l’avertit que le fils de Valérie Pécresse, la présidente LR de la région Île-de-France, vient de se faire arrêter dans le 15e arrondissement de Paris, avec quatre grammes de cannabis sur lui. À peine a-t-il raccroché que le patron de la DSPAP en informe directement le préfet de police. Quarante minutes plus tard, alors que nous venons de prendre congé du policier, c’est à notre tour de recevoir un SMS. Un des collaborateurs de Claude Bartolone, le président de l’Assemblée nationale, est en train de faire le tour de ses contacts journalistes pour les mettre au courant de l’interpellation, avec force détails. Fait rarissime pour une aussi petite quantité de drogue, le jeune majeur interpellé a été placé en garde à vue. Le renseignement aura mis moins d’une heure à être exploité politiquement » p.71. Le service public au service des petits intérêts privés des partisans – voilà qui est « moral », sans doute ?

Est-il utile de citer Camus, « empêcher que le monde se défasse » (discours de Stockholm, 1957) en en-tête, pour se contenter de juxtaposer quelques faits et beaucoup d’hypothèses sans synthèse ? Ce livre bâclé apporte des révélations utiles, met dans l’ambiance des coups tordus entre services et entre pontes du même parti, montrent combien la pourriture git au cœur même de la morale politique (cet oxymore…) – surtout à gauche – mais il ne donne aucune piste pour que cela change. A lire (vite) pour être informé, mais à ne pas garder en bibliothèque car il s’agit d’un long article de circonstances plutôt qu’un « livre ».

Olivia Recasens, Didier Hassou, Christophe Labbé, Bienvenue place Beauvau, 2017, Robert Laffont, 264 pages, €19.50 

e-book format Kindle, €12.99

Catégories : Livres, Politique | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Poster un commentaire

Démocratie et algorithmes

Les Lumières avaient du bon, elles visaient à découvrir en l’humain ses possibilités cachées et à les révéler au grand nombre. La raison est la chose du monde la mieux partagée, disait Descartes. Mais chaque mouvement connait le risque de sa dérive. De la raison nait le raisonnable, mais aussi le rationnel et le rationalisme.

Si chacun peut être raisonnable, s’il maîtrise ses passions et sublime ses pulsions, le rationnel est déjà plus ambigu. Connaître en raison le monde est le but du savoir scientifique qui fonctionne par essais et erreurs, hypothèses et tests. Mais cette méthode rationnelle est elle-même une croyance, comme l’a montré Nietzsche, une « volonté de savoir ». Cette volonté côtoie d’autres volontés, toutes aussi légitimes qu’elle, comme la volonté de se préserver et la volonté de puissance. Faire de la rationalité l’alpha et l’oméga de l’être humain, c’est le réduire. Croire au tout mathématisable, c’est amputer l’humain.

Le rationaliste croit que tout est calculable, que tout est paramétrable et qu’il suffit d’accumuler des masses de données (Big data) pour en calculer les probabilités selon les circonstances, et définir des modèles algorithmiques pour décider. Exit l’humain, place aux machines ; exit la politique, cet art de concilier les contraires par la négociation et le compromis, place au rationnel pur.

Déjà, les politiciens montrent qu’ils maîtrisent de moins en moins les décisions. Les grands problèmes de notre époque ne sont plus à la mesure des élus, souvent professionnels de la politique avec une vue étroite des choses et des gens, faute d’expérience dans la réalité vécue. Leur temps est celui de l’élection, pas du long terme – qui seul importe pour le climat, les ressources, les migrations, la démographie, la santé, et ainsi de suite. Ils ne sont plus audibles parce qu’ils fonctionnent entre eux, en petits jeux tactiques, tout en se servant au passage dans l’argent public et vivant largement. Une fracture entre peuple et élite se double d’une perte de légitimité du régime représentatif : pourquoi élire des prébendiers s’ils sont impuissants à faire quoi que ce soit d’utile ?

La tendance longue est à la bureaucratie, remplacer l’action politique par la gestion des choses. Elle est amplifiée, depuis des décennies, par la technocratie : c’est pas moi, c’est « on ». Les hautes autorités, Bruxelles, la Cour de justice, la Banque centrale, le FMI, l’ONU… sont autant de démission apparente du politique, qui noie les décisions sous l’anonymat et la machinerie bureaucratique. Ce pourquoi, avec ses gros sabots, Donald Trump touche une corde sensible : lui veut réhabiliter la décision politique, même si c’est avec une insigne maladresse et avec un mépris total des conséquences. Le Brexit est l’expression de la même tendance, en plus subtil.

Bureaucratie, technocratie, ne restait à venir que l’automatisme. Le voilà qui vient. La personne disparaît au profit de la donnée, le gouvernement au profit de la gouvernance, le pouvoir de décider à l’abandon aux machines. Ce vieux mythe de la société autorégulée, harmonieuse, cette République de Platon ou ce Phalanstère de Fourier, renaissent avec l’idéologie transhumaniste, transdémocratique. Le destin historique du marxisme rejoint la main invisible du libéralisme pour enfumer le peuple par un opium puissant : celui du tout-calculable par la puissance informatique, du tout-prévisible par les algorithmes du Big data, du non-travail grâce aux machines, robots et autres applications numériques. Et les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) – tous américains… – de se réjouir du monde qui vient, tout entier voué au divertissement, au temps de cerveau disponible, au paraître, à la futilité – et à l’International Business Machine.

Big Brother is watching you !

Catégories : Politique | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Un commentaire

Fillon ou Macron

Par ordre alphabétique, voici les deux candidats dont un restera très probablement au second tour. Certes, la pléthore de prétendants marginaux participe au débat démocratique et Mélenchon ou Dupont-Aignan, par exemple, ne disent pas que des choses sans intérêt. Certes, certains croient dur comme fer que Marine Le Pen peut parvenir au pouvoir au second tour en raison des abstentions différentielles entre électorats – voire au premier tour, pourquoi pas, avec 50% plus une voix. Mais si nous restons dans le cercle du probable, ce devrait être Fillon ou Macron.

Le premier est d’expérience ; il a pour lui la cohérence d’un programme de droite qui a vécu la période agitée Sarkozy et rongé son frein durant la période apathique Hollande. Il est clair, détaillé, mais il reste dans la lignée de l’austérité « exigée » (de moins en moins) par l’ordo libéralisme à l’allemande, préoccupé avant tout d’équilibre budgétaire et d’excédents commerciaux. Si les Français devaient se convertir un peu en Allemands, ce serait fort bénéfique pour l’Europe – tout comme pour le système économique et social français. Comment, en effet, « redistribuer » sans tout d’abord produire ? Comment produire comme les Allemands avec le niveau d’inefficacité français ? Ce n’est pas la compétence qui manque en France, nos inventeurs, nouveaux entrepreneurs, ingénieurs et commerciaux sont plutôt créatifs : ce qui manque, c’est l’environnement propice à l’épanouissement de ces talents. Autrement dit un Etat moins hégémonique, qui prélève moins, réglemente moins et laisse plus faire la société civile. Difficile quand le pays possède un tropisme catholique et romain d’impérium, un héritage capétien centralisé à Paris, un handicap symbolique royal de l’Etat c’est moi, des habitudes napoléoniennes d’évincer tout libéralisme (Madame de Staël en fut l’exemple), et une énarchie germanopratine formatée en vase clos aux petits jeux de pouvoir entre néo-noblesse d’Etat.

« Je crois qu’une partie de nos maux viennent du néo-catholicisme républicain », écrivait (déjà !) Flaubert à Michelet le 2 février 1869 (Flaubert, politicien très actuel sur ce blog). Ce jacobinisme d’Etat en forme de mission religieuse est ce qu’incarne Fillon plus que Macron. Faut-il cela pour mettre la France dans la voie du redressement ?

Macron devrait être plus « gentil » au sens de Montaigne, même si « la morale de l’Evangile » n’est pas absente de son programme. Les trois premiers paragraphes portent en effet sur le « travail », pour lequel « il faut inventer de nouvelles protections », « libérer », et « inventer un nouveau modèle de croissance ». Programme est d’ailleurs un mot excessif, puisque le candidat n’a pas de parti mais un « mouvement » et que son catalogue de mesures ressort plus des bonnes intentions symboliques (« mon contrat », dit-il) que d’une liste de mesures précises et chiffrées. Sauf qu’il parle d’augmenter largement la CSG, le seul impôt uniforme (non progressif comme l’impôt sur le revenu) – soit l’équivalent de la flat tax de Margaret Thatcher, pourtant pourfendue à « gauche » ! Sans parler des bourdes et autres billevesées (comme la colonisation « crime contre l’humanité » – donc révoquer à sens unique les amnisties ? Refaire des procès un siècle après ? Mettre en cause les petits-fils des « coupables » ? Sans aucune réciprocité des pays devenus indépendants qui ne sont pas non plus innocents dans bien des cas ?). « Inventer » est le mot-clé car, avec l’enthousiasme de la (relative) jeunesse, il s’agit d’avancer et de créer dans le mouvement. Mais 40 ans n’est-il pas déjà un âge mûr ? Dès 45 ans, le privé ne vous voit-il pas déjà comme usé, obsolète et irréformable ? Seul le public vous croit « jeune » à 60 ans passés et il faut vraiment atteindre 70, comme Juppé, pour que l’on commence à évoquer votre âge (Pétain n’est-il pas devenu chef de l’Etat à 90 ans ?).

Reste que le flou de la politique suivie laisse croire à une continuation de l’inertie Hollande, plus ou moins mâtinée de 49-3, et que l’inexpérience du candidat Macron (inconnu il y a 4 ans) peut effrayer les frileux. Quant aux paranoïaques, ils le traitent de « banquier », voire d’inféodé « aux Juifs » (puisqu’issu de la banque Rothschild), toutes qualifications qui ne signifient rien de concret. Certains voient en lui le choix du Système (défini en gros par les néoconservateurs mondialistes… que justement l’élection de Trump remettent en cause – ce qui relativise cette thèse). En revanche, que Macron soit l’héritier de Hollande, je l’ai toujours dit, même si ledit Hollande, à la fois par lâcheté et par tactique politicienne tordue, a laissé faire, et surtout laissé s’enferrer Hamon, dont ni les épaules politiques ni l’intellect ne sont de taille à ravaler Mélenchon au sein d’un PS moribond.

Si Fillon obtiendra probablement une majorité à l’Assemblée qui suivra les présidentielles, pour Macron, c’est plus incertain. Oh, certes, l’expérience de révérer toujours le pouvoir en place, les jeux de cour traditionnels à Paris et l’esprit de collaboration évident depuis l’Occupation (et qu’on a vu à l’envi sous Mitterrand et sous Sarkozy…) – sans parler des médias majoritairement acquis au vainqueur avant même l’élection -, devraient créer un rassemblement au centre analogue à celui que Giscard a connu lorsqu’il fut élu. Mais le poids des rancœurs à gauche comme à droite, et surtout aux extrêmes des deux bords, peut compliquer la donne. Car le fanatisme des guerres de religions reste aussi présent que l’esprit collabo dans l’imaginaire national.

Alors, Fillon ou Macron ? La vraie droite ou la fausse gauche ? La patrie et « les valeurs » ou la vague Europe et « la » mondialisation ? (Comment peut-on être contre le soleil qui se lève ? disait pourtant Staline dans l’un de ses jours d’astuce). Serait-ce plutôt une bataille entre élites multiculturelles de droite et de gauche et le populo de gauche et de droite incluant les classes moyennes hantées par le déclassement ? Il n’y a plus guère de blocs sociaux homogènes desquels nous pourrions induire un comportement politique prévisible. Tout est dans tout, et réciproquement.

Restent quand même la jeunesse, l’optimisme, le mouvement – ou l’expérience mûre, le pessimisme actif, et la remise en ordre. Chacun choisira, les orientations des programmes se précisent et tout dépend si l’on veut moins de chômeurs ou plus d’assistés. Mais nul doute que cela devrait être entre ces deux candidats là.

Catégories : Politique | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Commentaires

Flaubert, politicien très actuel

Dans une lettre au grand historien libéral que fut Jules Michelet, dont le lyrisme et l’analyse sont encensés aujourd’hui, Gustave Flaubert rend compte de sa lecture de Préface de la Terreur, dans la fameuse Histoire de la Révolution française. Michelet n’hésite pas à y écrire : « ce temps fut une dictature ». Flaubert l’en remercie : « Je hais comme vous la prêtraille jacobine, Robespierre et ses fils que je connais pour les avoir lus et fréquentés. (…) Je crois qu’une partie de nos maux viennent du néo-catholicisme républicain. J’ai relevé dans les prétendus hommes du progrès, à commencer par Saint-Simon et à finir par Proudhon, les plus étranges citations. TOUS partent de la révélation religieuse » (2 février 1869).

Flaubert vit dans un siècle positiviste où la science cherche à s’établir contre toutes les croyances, à commencer par la religion. Mais les cléricaux derrière leurs curés ne sont pas les plus dangereux, selon lui : les Jacobins le sont aussi. Laïcs, ils n’en croient pas moins détenir une Vérité qu’ils se sentent la mission d’imposer à tous pour leur bien. Rien n’est pire que les bonnes intentions : l’enfer en est pavé, la politique française aussi. Hier comme aujourd’hui : voyez les socialistes et les écologistes, ou les économistes ultra-libéraux.

Dans une lettre à George Sand, Flaubert précise qu’il est contre le culte de l’État qui a remplacé celui de l’Église. « L’expérience prouve (il me semble) qu’aucune Forme ne contient le bien en soi ; orléanisme, république, empire ne veulent plus rien dire, puisque les idées les plus contradictoires peuvent entrer dans chacun de ces casiers. Tous les drapeaux ont été tellement souillés de sang et de merde qu’il est temps de ne plus en avoir du tout ! A bas les mots ! Plus de symboles, ni de fétiches ! » (5 juillet 1869). Durant la guerre de 1870, lorsque la Prusse envahit la France jusqu’en Normandie, Flaubert écrit à sa nièce Caroline : « La société qui va sortir de nos ruines sera militaire et républicaine, c’est-à-dire antipathique à tous mes instincts. ‘Toute gentillesse’, comme eût dit Montaigne, y sera impossible » (22 septembre 1870). Il faudra être pour ou contre, militant d’abord, bien croyant et très discipliné. Flaubert n’avait pas tort, la IIIe République a bel et bien créé ses ‘hussards noirs’, profs et instits chargés d’évangéliser les villes et les campagnes selon le Bien républicain (et revanchard). C’est ce cléricalisme laïc, cet embrigadement du tout politique, que vomit Flaubert.

flaubert-pleiade

Un peu plus tard, il précise : « On sera utilitaire et militaire, économe, petit, pauvre, abject » (à Claudius Popelin, 28 octobre 1870). L’existence formatée par l’industrie et l’esprit formaté par le tout calculable du commerce, renforceront la militarisation des esprits et la surveillance des consciences. On entre dans l’ère du « muflisme », dit-il à George Sand. « Si nous prenons notre revanche, elle sera ultra-féroce, et notez qu’on ne va penser qu’à cela, à se venger de l’Allemagne ! (…) Attendons-nous à des hypocrisies nouvelles : déclamations sur la vertu, diatribes sur la corruption, austérité d’habits, etc. Cuistrerie complète ! » (11 mars 1871). Ce n’était pas si mal vu pour l’avoir été ainsi à chaud… Mais remplacez Allemands par ultralibéraux (américains), et vous avez de nos jours les mêmes « hypocrisies nouvelles » social-protectionnistes, jacobino-mélanchoniques ou écolo-mystiques (vertu, diatribes, austérité…). La cuistrerie a-t-elle changé ?

Flaubert revient auprès de George Sand sur le ‘démocratisme’, ce militantisme clérical des laïcards missionnaires : « Je hais la démocratie (telle du moins qu’on l’entend en France), parce qu’elle s’appuie sur ‘la morale de l’évangile’, qui est l’immoralité même, quoi qu’on dise, c’est-à-dire l’exaltation de la grâce au détriment de la justice, la négation du Droit, en un mot l’anti-sociabilité » (30 avril 1871). « Le Sentiment est tout, le droit rien ! » (8 septembre 1871). La grâce est verticale : la faveur, le pardon concédé d’en haut, paternellement, le bon plaisir de Dieu ou du prince, l’oukase politique du Jacobin-chef. Le droit est à l’inverse horizontal : l’ensemble des règles débattues et négociées en commun, ce qui fait société.

Seul le droit est démocratique ; la grâce est féodale. Le droit organise les différents intérêts dans la société tandis que le militantisme jacobin ne cherche qu’à imposer systématiquement ses propres vues à tout le monde. Rien n’est neutre dans le jacobinisme militant (ni dans le léninisme ou le trotskysme, ni dans l’écologisme) : qui est avec eux est pardonné, quoiqu’il ait fait ; qui veut l’équilibre et la mesure se place de fait contre eux, parce qu’il n’applaudit pas à tous ce qu’ils font au nom de leur Bien. Sommes-nous sortis de la religion ?

« Au théâtre, même histoire », dira Flaubert un peu après. « On ne s’inquiète pas de la pièce, mais de l’idée à prêcher. (…) rappelez-vous une pièce du père Hugo, dans ‘La légende des siècles’, où un sultan est sauvé parce qu’il a eu pitié… d’un cochon. C’est toujours l’histoire du bon Larron ! béni, parce qu’il s’est repenti. Se repentir est bien ; mais ne pas faire le mal vaut mieux. L’école des réhabilitations nous a amenés à ne voir aucune différence entre un coquin et un honnête homme » (12 octobre 1871). Monsieur Fillon comme Monsieur Bayrou, Monsieur Hamon comme Messieurs Hollande ou Mélenchon, après Monsieur de Chirac et sa majesté François III Mitterrand, auraient dû lire Flaubert.

Gustave Flaubert, Correspondance IV (1869-1875), édition Jean Bruneau 1998, La Pléiade Gallimard, 1484 pages, €73.50

Catégories : Gustave Flaubert, Livres, Politique | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Un commentaire

Droite et gauche du même capitalisme

Comme le yin et le yang, droite et gauche sont intégrées dans le même système économique et social. La droite a en son sein un peu de gauche par la voix des libéraux, la gauche a de même en son sein un peu de droite par la voix des sociaux-démocrates. Mais la vielle droite traditionnelle n’existe plus, pas plus que la gauche de papa. De Gaulle avait déjà renouvelé la droite, Mitterrand a enterré la gauche. Depuis, la société a muté et les clivages droite-gauche subsistent, mais liés dans le même système.

Le monde s’est globalisé, la communication développée, et chacun voit bien que le seul système qui fonctionne est capitaliste. Exit la prétention scientiste d’ordonner la société d’en haut, de planifier l’existence de la naissance à la mort, de gérer l’économie par le fonctionnariat. Même l’extrême-gauche ne réclame plus le totalitarisme d’Etat à la Lénine ; pas plus que l’extrême-droite le fascisme organique. Tous deux se contentent de brailler plus fort pour se poser en justiciers de la morale – sans surtout vouloir un jour gouverner. Marine Le Pen serait bien embêtée si elle devait être élue en mai.

L’initiative privée des libéraux rejoint la créativité de chacun pour les socialistes, la vertu du libre-échange rencontre l’universalisme multiculturel. Droite ou gauche, les valeurs vont à l’individu. Cette révolution culturelle, émergée après 1968, est l’aboutissement du processus des Lumières via l’égalité chrétienne devant Dieu, la raison ou le bon sens en chose du monde la mieux partagée, et du processus démocratique vers l’égalisation des citoyens décrit par Tocqueville. Ce pourquoi l’antiracisme a engendré le mouvement des sans-frontières et des droits « pour tous », redonnant à la gauche un rôle. Ce pourquoi les industries du divertissement et des réseaux ont encouragé le narcissisme de masse, chacun se mirant au miroir de l’autre, changeant le rôle de la droite. Et les deux sont liés, droite et gauche, la « progression » des droits dépendant étroitement des performances de l’économie de marché…

Bien sûr, subsistent des différences. La droite préfère partir de l’individu pour aller vers la société, l’Etat se présentant alors comme régulateur et protecteur ; la gauche préfère aller de la société à l’individu, l’Etat octroyant toujours plus de nouveaux droits.

Sauf que la migration de masse qui débute à peine et le terrorisme en épiphénomène intérieur, changent les choses. La société devrait une fois de plus muter, suscitant une nouvelle droite et une nouvelle gauche bien différentes de celles d’aujourd’hui. La planification d’en haut retrouve un sens via la régulation des flux, le contrôle des frontières, la sécurité, la défense des industries. L’initiative d’en bas ne doit pas être découragée par le prurit réglementaire et l’assommoir fiscal.

Comme toujours, tout commence dans l’excès, car pour se faire entendre dans le piaillement de volière des réseaux et autres forums de l’Opinion, il faut forcer le trait.

La droite nouvelle se veut extrême – mais plus elle approche du pouvoir effectif, plus elle se nuance. Regardez Donald Trump à une semaine d’intervalle : imprécateur éructant en meeting, rationnel posé devant le Congrès. Regardez Theresa May : Brexit means Brexit, mais prenons le temps d’examiner rationnellement les choses et de négocier serré. La France manque d’intellectuels à droite pour penser la nouveauté migratoire et la nouvelle société, mais le tropisme conservateur du peuple confronté à la peur d’un brutal changement offre un boulevard pour les politiciens prêts à se saisir concrètement du problème.

La gauche nouvelle reste à naître, car ce n’est pas avec les vieux ronchons comme Mélenchon que l’on fait surgir du neuf, malgré l’hologramme et autres paillettes technologiques. Benoit Hamon est lui-même un vieux de la vieille, trop professionnel de la politique pour être innovateur ; il tente l’impossible « synthèse » de l’éternel socialisme entre utopies qui font rêver et réalités qui s’imposent au pouvoir. Comme le pouvoir s’éloigne, priorité à l’utopie – il sera temps ensuite de doucher les trop crédules, comme Mitterrand en 1983 et Hollande en 2013. Reste que la gauche des ex-frondeurs comme celle des radicaux n’a rien à dire sur la migration de masse, sur le terrorisme religieux, rien à opposer aux angoisses populaires. Elle apparaît, malgré ses oripeaux « révolutionnaires », en retard d’une époque.

Je ne sais pas qui va l’emporter in fine, après les récentes élections aux Pays-Bas, d’ici l’été en France et à l’automne en Allemagne. Nous pourrions fort bien voir la pression de l’extrême-droite batave, du Front national français et la chute d’Angela Merkel. Ce pourquoi Theresa May ne se hâte que lentement : l’Europe risque de changer drastiquement en 2017. Mais la mutation sociale se poursuit, quels que soient les aléas politiques, écume de la vague de fond. Globalisation, numérisation et migration vont changer la donne de l’individualisme hédoniste développé depuis 1968 en Occident. Peut-être le nouveau modèle se trouve-t-il en Chine ou en Inde aujourd’hui ? Ou quelque part dans le renouvellement de notre passé d’Ancien régime ? Que l’on en pense du bien ou du mal, il faudra avant tout l’analyser pour le comprendre.

Catégories : Politique | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Poster un commentaire

Psychanalyse du libéralisme

charles-melman-l-homme-sans-gravite

Répétons-le, le libéralisme n’est pas le capitalisme :

  1. Le capitalisme est une technique d’efficacité économique qui vient de la comptabilité née à la Renaissance italienne et qui recherche l’efficience maximum, prouvée par le profit.
  2. Le libéralisme est une doctrine politique des libertés individuelles, née en France et en Angleterre au 18ème siècle contre le bon plaisir collectif aristocratique, et qui s’est traduite dans l’économie tout d’abord par le laisser-faire, ensuite par la régulation.

Le libéralisme économique a utilisé le capitalisme comme levier pour démontrer sa croyance. Laissez faire les échanges, l’entreprise, l’innovation – et vous aurez les libertés, la richesse et le progrès. Mais s’il est vrai que l’essor des découvertes scientifiques, des libertés politiques et du capitalisme économique sont liés, il s’agit d’un mouvement d’ensemble dont aucune face n’est cause première.

Comme il est exact que la compétition des talents engendre l’inégalité dans le temps, le libéralisme politique cherche un permanent rééquilibrage : d’abord pour remettre en jeu la compétition, ensuite pour préserver la diversité qui est l’essence des libertés. Toute société est organisée et dégage des élites qui la mènent. Les sociétés libérales ne font pas exception. Ce sont ces élites qui sont en charge du rééquilibrage. Mais elles sont dégagées selon la culture propre à chaque pays :

  • l’expérience dans le groupe en Allemagne,
  • l’allégeance clanique au Japon,
  • l’efficacité financière et le bon-garçonnisme aux Etats-Unis,
  • l’appartenance au bon milieu social « naturellement » compétent en Angleterre,
  • la sélection par les maths dès la 6ème et l’accès social aux grandes écoles en France…

Tout cela est plus diversifié et moins injuste que le bon vouloir du Roy fondé sur la naissance aux temps féodaux, ou la cooptation et le népotisme fondé sur le respect des dogmes aux temps communistes. Pour appartenir à l’élite, il ne suffit plus d’être né ou d’être le béni oui-oui du Parti, il faut encore prouver certaines capacités. Le malheur est que la pente du népotisme et de la conservation guette toute société, notamment celles qui vieillissent et qui ont tendance à se figer. Ainsi de la France où le capitalisme devient “d’héritier”, tout comme la fonction politique.

C’est là qu’intervient la « vertu » dont Montesquieu (après Aristote) faisait le ressort social. La « vertu » est ce qui anime les hommes de l’intérieur et qui permet à un type de gouvernement de fonctionner sans heurt.

  • la « vertu » de la monarchie serait l’honneur, ce respect par chacun de ce qu’il doit à son rang ;
  • la « vertu » du despotisme (par exemple communiste ou Robespierriste jacobin) serait la crainte, cette révérence à l’égalité imposée par le système ;
  • la « vertu » de la république serait le droit et le patriotisme, ce respect des lois communes et le dévouement à la collectivité par volonté d’égale dignité.

Cette « vertu », nous la voyons à l’œuvre aux Etats-Unis – où l’on explique que la religion tient lieu de morale publique. Nous la voyons en France – où le travail bien fait et le service (parfois public) est une sorte d’honneur. Nous la voyons ailleurs encore. Mais nous avons changé d’époque et ce qui tenait lieu de cadre social s’effiloche.

C’est le mérite du psychanalyste Charles Melman de l’avoir montré dans L’homme sans gravité, sous-titré « Jouir à tout prix ». Pour lui, la modernité économique libérale a évacué l’autorité au profit de la jouissance. Hier, un père symbolique assurait la canalisation des pulsions : du sexe vers la reproduction, de la violence vers le droit, des désirs vers la création. Freud appelait cela « sublimation ». Plus question aujourd’hui ! Le sexe veut sa satisfaction immédiate, comme cette bouteille d’eau que les minettes tètent à longueur de journée dans le métro, le boulot, en attendant de téter autre chose au bureau puis au dodo. La moindre frustration engendre la violence, de l’engueulade aux coups voire au viol. La pathologie de l’égalitarisme fait de la perversion et de la jouissance absolue des « droits » légitimes – bornés simplement par l’avancement de la société. Les désirs ne sont plus canalisés mais hébétés, ils ne servent plus à créer mais à s’immerger : dans le rap, le tektonik, la rave, la manif, le cannabis, l’ecstasy, l’alcool – en bref tout ce qui est fort, anesthésie et dissout l’individualité. On n’assume plus, on se désagrège. Nul n’est plus responsable, tous victimes. On ne se prend plus en main, on est assisté, demandant soutien psychologique, aides sociales et maternage d’Etat (« que fait le gouvernement ? »).

Il y a de moins en moins de « culture » dans la mesure ou n’importe quelle expression spontanée devient pour les snobs « culturelle » et que toute tradition est ignorée, méprisée, ringardisée par les intellos. L’esthétisme est révolutionnaire, forcément révolutionnaire, même quand on n’en a plus ni l’âge, ni l’originalité, ni la force – et que la « transgression » est devenue une mode que tous les artistes pratiquent… Le processus de « civilisation » des mœurs régresse car il est interdit d’interdire et l’élève vaut le prof tout comme le citoyen est avant tout « ayant-droit ». Il élit son maître sur du people et s’étonne après ça que ledit maître commence sa fonction par bien vivre. La conscience morale personnelle s’efface, seule l’opinion versatile impose ce qu’il est « moral » de penser ici et maintenant – très influencée par les séries moralistes américaines (plus de seins nus, même pour les garçons en-dessous de 18 ans) et les barbus menaçants des banlieues (qui va oser encore après le massacre de Charlie dessiner « le Prophète » ?).

Je cite toujours Charles Melman : plus aucune culpabilité, seuls les muscles, la thune et la marque comptent. A la seule condition qu’ils soient ostentatoires, affichés aux yeux des pairs et jetés à la face de tous. D’où la frime des débardeurs moule-torse ou des soutien-gorge rembourrés, du bling-bling si possible en or et en diamant qui brillent à fond et des étiquettes grosses comme ça sur les fringues les plus neuves possibles (une fois sale, on les jette, comme hier la voiture quand le cendrier était plein). Quand il n’y a plus de référence à l’intérieur de soi, il faut exhiber les références extérieures pour exister. On « bande » (nous étions 20 ou 30) faute d’être une bande à soit tout seul – Mandrin contre Renaud. La capacité à se faire reconnaître de son prochain (son statut social) devient une liste d’objets à acheter, un viagra social. En permanence car tout change sans cesse.

Pour Charles Melman, cet homme nouveau est le produit de l’économie de marché. La marchandisation des relations via la mode force à suivre ou à s’isoler. D’où le zapping permanent des vêtements, des coiffures, des musiques, des opinions, des idées, de la ‘morale’ instantanée – comme la soupe. Les grandes religions dépérissent (sauf une, en retard), les idéologies sont passées, il n’y a plus rien face aux tentations de la consommation. D’où le constat du psychanalyste : « La psychopathologie a changé. En gros, aux ‘maladies du père’ (névrose obsessionnelle, hystérie, paranoïa) ont largement succédé les ‘maladies de la mère’ (états limites, schizophrénie, dépressions). »

tocqueville-de-la-democratie-en-amerique

Il nous semble que cette réflexion, intéressante bien que « réactionnaire », est un peu courte. Charles Melman sacrifie à la mode « de gauche » qui fait de l’Amérique, de la consommation et du libéralisme anglo-saxon le bouc émissaire parfait de tous les maux occidentaux – et surtout français.

L’Amérique, Tocqueville l’avait déjà noté à la fin du 19ème siècle, est le laboratoire avancé des sociétés modernes car c’est là qu’on y expérimente depuis plus longtemps qu’ailleurs l’idée moderne d’égalité poussée à sa caricature. Egalité qui permet le savoir scientifique (contre les dogmes religieux), affirmée par la politique (contre les privilèges de naissance et de bon plaisir), assurée par les revenus (chacun peut se débrouiller en self made man et de plus en plus woman). Cet égalitarisme démocratique nivelle les conditions, mais aussi les croyances et les convictions. Big Brother ne s’impose pas d’en haut mais est une supplique d’en bas : le Big Mother de la demande sociale.

L’autorité de chacun est déléguée – contrôlée mais diffuse – et produit cette contrainte collective qui soulage de l’angoisse. On s’en remet aux élus, jugés sur le mode médiatique (à la Trump : plus c’est gros, plus ça passe), même si on n’hésite pas à les sanctionner ensuite par versatilité (attendons la suite). Ceux qui ne souscrivent pas à la norme sociale deviennent ces psychopathes complaisamment décrits dans les thrillers, qui servent de repoussoir aux gens « normaux » : blancs, classe moyenne, pères de famille et patriotes un brin protectionnistes et xénophobes (le contraire même du libéralisme).

La liberté est paternelle, elle exige de prendre ses responsabilités ; l’égalité est maternelle, il suffit de se laisser vivre et de revendiquer. « Les hommes ne sauraient jouir de la liberté politique sans l’acheter par quelques sacrifices, et ils ne s’en emparent jamais qu’avec beaucoup d’efforts. Mais les plaisirs que l’égalité procure s’offrent d’eux-mêmes. Chacun des petits incidents de la vie privée semblent les faire naître et, pour les goûter, il ne faut que vivre. » (Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique II.1) La marchandisation, c’est le laisser-aller groupal des modes et du ‘tout vaut tout’. Y résister nécessite autre chose que des slogans braillés en groupe fusionnel dans la rue : une conscience de soi, fondée sur une culture assimilée personnellement. On ne refait pas le monde sans se construire d’abord soi-même. Vaste programme…

Charles Melman, L’homme sans gravité, 2003, Folio essais 2005, 272 pages, €7.20

Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique tome II, Garnier-Flammarion 1993, 414 pages, €7.00

Catégories : Economie, Livres, Politique | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Un commentaire

La politique comme roman-photo

Les médias sont populistes par construction : au lieu d’analyser, ils romancent. Parce que cela fait vendre, le scoop engendre du buzz, les news du business, le fake du like. Pourquoi vous étonnez-vous que tous ces mots soient anglais ? Parce qu’on ne sait pas les dire en français. Parce qu’il s’agit de fric et que seul le monde anglo-saxon, pragmatique et près de ses sous, sait compter. Pas de Grands principes pour la philosophie anglo-saxonne – mais du bon gros pragmatisme à ras de terre, accessible au temps réduit du petit cerveau disponible de la masse.

C’est le danger du « capitalisme » que de ne pas savoir ce qu’il est. Les médias français sont remplis de petits procureurs contre « le système », contre « le capitalisme ». Mais, comme ils ne savent pas le définir, y mettant toute la réprobation « morale » qu’ils ont pour TOUT ce qui ne va pas sur la planète, ils se vautrent dans le pire capitalisme qui soit : celui de la bauge, de l’ignorance, de l’égoïsme forcené, du gros tirage, du fric… Voilà les conséquences de ne pas désigner les choses correctement. « Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde », écrivait fort justement Albert Camus… en 1944. Pléiade 1, p.908

Les médias ne sont pas politiques, ils sont bouffons. L’entertainment remplace l’entretien, le rejet le projet, la morale le national. Cet essentialisme du « tous pourris » ne fait pas avancer, il enfonce dans la fange. Ce faisant, il renvoie aux citoyens une image glauque de ceux qu’ils ont élus, il dégoûte de la chose publique et du débat politique, il marque la France à l’international d’une honte devant laquelle Trump et son trumpisme ferait presque pâle figure. Ah, qu’il était doux de donner des leçons au monde entier il y a quelques mois… quand il s’agissait des autres !

J’aime bien Mélenchon ou Fillon lorsqu’ils renvoient les médias dans les cordes, eux qui « posent des questions » souvent plus longues que les réponses très courtes qu’ils réclament, ou des questions qu’on aurait honte de poser tant elles sont ineptes, eux qui harcèlent l’interlocuteur quand sa réponse dépasse trente secondes (comme si le critère professionnel était de mitrailler les affirmations sans donner le temps de réponse), ou encore cet acharnement à « s’interroger » encore et encore sur l’écume immédiate par peur d’aborder les vrais problèmes du fond.

Le comportement de François Fillon, d’Emmanuel Macron, de Marine Le Pen (pour ne prendre que ceux qui sont pris) n’est plus supportable aujourd’hui – mais pour des pratiques pour une bonne part légales hier. Ou du moins dans les mœurs admises par l’ensemble de la classe politique depuis Mitterrand. On le sait, mais seuls les politiciens et les médias feignent de l’ignorer. Les gens en charge de la politique sont trop nombreux, cumulards, professionnels des partis de plus en plus loin du terrain, incontrôlés. Ils acquièrent avec le temps un sentiment d’impunité inadmissible.

La loi est dure ? Elle doit être la même pour tout le monde. Si elle est floue, elle exige d’être précisée ; si elle est mal rédigée par ceux-là mêmes qui répugnent à y être soumis, enlevons la loi aux députés pour la faire rédiger par des commissions indépendantes sans conflits d’intérêts. Mais comme ce serait quitter « la démocratie » pour la technocratie (ce qui n’est pas souhaitable), érigeons de véritables contrepouvoirs puissants – avec le moins de conflits d’intérêts possibles. Donc révisons les médias : leur financement par de gros capitalistes d’influence, leur rédaction trop monocolore politiquement, trop parisienne, leur droit d’enquête et la préservation des sources. Les médias sont essentiels au bon fonctionnement de la démocratie – il suffit d’observer la Turquie ou la Russie…

Mais c’est au lecteur et au spectateur de se désabonner ou ne plus regarder les médias et émissions qui préfèrent le feuilleton politicien au programme politique. Les ingrédients habituels des romans d’amour à l’eau de rose, style Harlequin, mettent en scène le sexe, le pouvoir et l’argent. Voilà ce qui fait vendre. En politique, les ingrédients sont repris avec des délices coupables : abus de pouvoir et argent à tous les étages sont le lot des politiciens selon la presse  (même Le Monde, bien nommé L’Immonde par les potaches) et la télé (même Arte, qui se croit intello). Reste le sexe : à quand les révélations ? Pas de partouze à 12 ans chez Fillon ? Pas de gigolos sexy chez Macron ? Pas de beuveries libertines chez Marine ? Allons, la presse, un peu d’imagination ! L’affaire Markovic a pourtant donné le ton, sous le général…

Gardons plutôt notre « temps de cerveau disponible » pour réfléchir par soi-même au lieu de le confier aux pubards et autres histrions de l’amusement médiatique. Macron reste-t-il dans le vague ? Faisons-le préciser. Fillon est-il trop comptable dans la rigueur ? Demandons-lui des explications. Hamon verse-t-il dans le côté Père Noël ? Exigeons de lui qu’il résolve sa contradiction entre distribuer et produire, payer tout le monde malgré la fuite devant l’impôt renforcé, faire l’Europe sans l’Allemagne. C’est cela qui est citoyen, pas une embauche familiale de 1988 ou un costume trop beau pour le pékin moyen envieux.

La loi n’est pas la morale, faut-il sans cesse le rappeler ?

Le projet politique n’est pas le comportement. Il importe beaucoup plus à la France, aux Français, à l’avenir, que l’élection porte à la présidence un candidat capable de décider et de voir loin. Pas que l’on rappelle sans cesse la « faute » d’il y a 30 ans, 15 ans, 5 ans. Fillon n’est pas Cahuzac, que diable ! Encore moins Macron. Quant à Le Pen, elle s’assoit sur les accusations – ce qui est peut-être la méthode la plus efficace, à défaut d’être éthique : les Français jugeront d’ici deux mois.

Après cinq années de gauche gouvernante plutôt lamentable (indécise, velléitaire, contradictoire, effacée), les électeurs semblent aspirer à la droite. Si ce n’est pas Fillon, ce sera Le Pen. Quant à Macron, il tente pour l’instant la « synthèse » équilibriste chère à Hollande et à ses disciples – et il risque autant d’échouer ou de décevoir.

Macron a pour lui sa jeunesse, son optimisme réformateur, sa dynamique hors parti. Il a contre lui l’aspect trop communication de ses discours, un projet incertain, des « papiers » d’école de commerce ou d’oral à l’ENA sur plusieurs sujets cruciaux. Il est le candidat qui agglomère le plus d’indécis sur sa personne, ce pourquoi les sondages le concernant sont artificiels.

Fillon assume une politique de droite qui remet l’Etat où il devrait être. Avant tout assurer la défense et la sécurité, faire appliquer la loi, contrôler les migrations massives. Ensuite aider à la modernisation de l’économie en débloquant les initiatives, seules à même d’adapter à la modernité et de rebâtir une industrie qui s’effiloche. Enfin quitter la posture de honte d’être français, la repentance à répétition, affirmer les valeurs des Lumières, la coopération européenne et une politique étrangère où les intérêts français priment sur les postures idéologiques. Il a pour défaut son côté tranchant et opiniâtre, ses « affaires » qui ne reluisent pas plus que les pompes cirées à l’Elysée par le conseiller présidentiel Morelle, son peu de cas de l’argent public tout comme le coiffeur salarié de Hollande à 9000 € par mois ou le logement de ses maitresses à la Lanterne. Mais on a trop oublié l’insignifiant sortant, dans les médias, tant l’absence de toute perspective historique est la marque du journalisme aujourd’hui.

Or ce devrait être cela la politique : un projet comparé et débattu entre candidats. Pas le feuilleton people de médias ignares et flemmards en mal de notoriété narcissique. Je suis las des médias qui « sortent » un scoop tous les deux jours – et toujours sur le même. Nombre d’électeurs, écœurés par ce cirque sans lendemain, vont déclarer « ne pas savoir » ou « voter Macron » jusqu’au dernier moment – jusqu’à ce qu’un sursaut de dégoût pour les mœurs dévoyées du médiatique leur fasse mettre dans l’urne le bulletin d’un vilipendé – juste pour envoyer foutre les donneurs de leçons pas plus purs que ceux qu’ils accusent.

Bel exemple de « démocratie » que le monde va de nouveau nous envier !

Catégories : Politique | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Un commentaire

France-Culture s’est couvert de pipi

En virant Jean-Louis Bourlanges de l’antenne, pour avoir déclaré dans l’mission de Philippe Meyer L’esprit public, après un argumentaire étayé, son choix raisonnable d’Emmanuel Macron de préférence à François Fillon – compte-tenu des « affaires » que vous savez – la chaîne montre soin mépris des auditeurs autant que sa sensibilité pour le moins très variable des « règlementations ».

Cela ne gêne personne, sur cette chaîne de service public, dont on aimerait qu’elle soit plus au service du public, de militer en faveur de Mélenchon ou de soutenir Hollande ou Valls – mais cela gêne que quelqu’un vende la mèche. Le « mainstream » de nombreuses émissions de gauche, sinon dans le gauchisme d’ambiance, sont tout aussi orientées (les chroniqueurs « de droite » – bien qu’intelligents, dirait-on à gauche –  Alain-Gérard Slama puis Brice Couturier ont été par exemple « écartés » des Matins) – mais dire que le roi est nu est un scandale chez les vieilles barbes cultureuses.

La « neutralité » du service public est tellement vantée en ce qui concerne le port du voile ou le prêche des religions que l’on croyait naïvement qu’elle devait s’appliquer autant à ces religions laïques que sont les idéologies. Mais vous n’y pensez pas ! «  Les mêmes usages seront appliqués partout », déclare la directrice de la chaîne Sandrine Treiner (je souligne le futur qui est employé…). Or, soit on définit les limites avant, indiquant clairement ce qu’il ne faut pas déclarer – et on l’applique à tous – soit la souplesse est de mise, par exemple avec un rappel à l’ordre et un droit de réponse. Mais pensez-vous ! Un « journaliste » a une éthique : s’il défend tel ou tel courant, croyez bien que ce n’est que pur professionnalisme, un avatar de sa « mission » d’éclairer le bon peuple des ignorants. Quant aux chroniqueurs invités – comme Jean-Louis Bourlanges – c’est en tant qu’acteurs et non en tant que « journalistes » qu’ils interviennent sur France-Culture. Or un acteur a des convictions – pas les journalistes – on peut virer un acteur, jamais un journaliste… CQFD.

Cette chaîne de radio ne doit pas beaucoup être écoutée dans la « France périphérique », ni par le peuple tout court si l’on en croit les sondages (1.8% d’audience cumulée après la grève XXL de l’an dernier). Le public qui l’écoute est donc éclairé et censé intelligent. Comment pourrait-il accepter cette forme de censure hypocrite de la part d’ignorants ou de velléitaires ? Argumenter, puis conclure, est de bonne logique humaniste. Faire appliquer le règlement est juste… quand il s’applique également à tous. Ce qui est loin d’être le cas dans chacune des émissions, sans que « la direction » s’en émeuve !

A-t-elles subi des « pressions » ? On dit que le cucul clan Fillon s’est lamenté. Mais « les affaires » sont les affaires : peuvent-elles changer la réalité ? Se disent-elles plutôt, ces vieilles barbes cultureuses, qu’après cinq ans de gauche, une droite revancharde risque de revenir au pouvoir, allumant déjà le brasier où griller leurs petites fesses ?

L’esprit public s’était déjà dégradé avec l’arrêt d’antenne « pour doublon avec une autre émission » de Jean-Claude Casanova, puis l’éviction d’Yves Michaud en 2009 pour propos virulents contre Roman Polanski, enfin le départ pour raisons de santé de Max Gallo. La sortie de Jean-Louis Bourlanges ôte un peu plus à l’émission ce rôle original de club de professionnels qui conversent au profit du rôle convenu du clan des « journalistes » qui monologuent. Ils sont bien pâles en comparaison, ânonnant d’une voix morne leurs observations de l’extérieur, sans cette veine du vécu qui valait tant.

Si L’esprit public devient un club de journalistes, comme il en existe un peu partout sur les chaînes, son intérêt est perdu. Jean-Louis Bourlanges avait été conseiller maître à la Cour des comptes, conseiller régional, député européen, sénateur, professeur à Science Po ; Max Gallo avait été la plume de François Mitterrand avant de devenir l’écrivain d’histoire qui l’a rendu célèbre. Combien reste-t-il de personnes ayant exercé une fonction réelle, dans cette émission ? Un ancien ambassadeur, un ex-PDG d’entreprise culturelle – et voilà tout. Le reste est composé de « journalistes »… des commentateurs, pas des acteurs.

La « bêtise » gagne du terrain. Flaubert en aurait fait une notule de son Dictionnaire des idées reçues : « France-Culture ? Le mâchonnement des idées reçues par des contents d’eux dans l’entre-soi – tonner contre. »

« Lettre de Jean- Louis Bourlanges à Philippe Meyer et aux auditeurs de l’Esprit public lue dimanche et publiée sur le site de l’émission : 

Je m’adresse à vous, cher Philippe, chers camarades, et chers auditeurs de l’Esprit public, pour vous dire au revoir. La direction de France Culture a décidé de m’interdire toute participation à l’Esprit public pendant la durée de la campagne pour l’élection présidentielle, sous prétexte que j’ai affiché publiquement ma préférence pour l’un des candidats en compétition, en l’occurrence pour Emmanuel Macron. Cette décision est doublement incohérente. Elle l’est d’abord parce que je ne participe pas à cette émission en qualité de journaliste tenu à un devoir de neutralité et d’impartialité, ce que je ne suis pas et que je n’ai jamais été, mais comme ce que Raymond Aron appelait  » un spectateur engagé “, invité en raison et non en dépit de ses prises de position dans le débat public. Parlementaire européen du centre pendant près de vingt ans, longtemps vice-président de l’UDF, je n’ai jamais fait mystère de mon engagement  » libéral, social et européen  » et j’ai toujours eu à cœur au cours des quinze dernières années d’afficher mes couleurs à chaque élection présidentielle ou législative.

L’incohérence de la décision se lit aussi dans le calendrier choisi. Pourquoi limiter la mise en œuvre de la sanction à la seule campagne présidentielle et me promettre un retour à l’antenne sitôt ce grand rendez-vous passé, alors que la question se posera en des termes strictement identiques pour la campagne des élections législatives et devrait en bonne logique appeler la prolongation du « régime spécial » qui m’est réservé ? N’était-il pas déjà contraire à la logique dont on argumente que la direction de France Culture ne se soit pas émue de me voir il y a quelques semaines prendre position en faveur d’Alain Juppé dans le cadre de la primaire de la droite et du centre. Sans doute avait-elle alors conscience de cette évidence aujourd’hui oubliée : c’est la raison d’être de l »Esprit Public que d’organiser un dialogue, voire une confrontation, civilisés entre des personnalités engagées à des titres divers dans la vie de la Cité.

Ces incohérences comme les explications embarrassées de la directrice de l’antenne révèlent que la raison véritable de mon ostracisme est d’un autre ordre : il ne s’agit pas de veiller, très légitimement, à l’équilibre des temps de parole entre les partisans des différents candidats mais, l’allusion au courrier reçu par le médiateur est éclairante à cet égard, de me sanctionner pour les propos très durs que j’ai tenus sur l’un des candidats en le qualifiant de  » sournois, arrogant et corrompu ». Bien que je ne sois pas seul à formuler une appréciation aussi sévère sur M. Fillon, je comprends que mes propos aient pu choquer certains auditeurs et je ne peux que le regretter. Je constate toutefois qu’ils n’ont pas donné lieu à une plainte pour diffamation, plainte que j’aurais d’ailleurs, en l’état présent du dossier Fillon, accueillie avec sérénité. On sait – et qui les en blâmerait ? – que les partis politiques excellent à susciter des réactions collectives organisées aux propos qui les dérangent. Céder à ces pressions, de la part d’un média comme France Culture revient à reconnaitre à certains groupes un droit à l’intimidation et à justifier du même coup l’institution d’un véritable délit d’opinion opposable à ceux qui interviennent sur son antenne.

Vous comprendrez que tout en moi m’interdit de cautionner de telles pratiques. Je veux bien être un intermittent du spectacle mais pas un intermittent de la censure. J’ai donc décidé de mettre un terme définitif à ma participation à Esprit public. Après plus de quinze ans de présence hebdomadaire au cœur de la Maison ronde, cette décision me coûte mais elle est inévitable. Je remercie tous ceux, réalisateurs, techniciens, assistants qui m’ont permis de m’adresser librement à vous chaque semaine. Ma gratitude va, bien entendu, d’abord à Philippe Meyer qui m’a donné cette magnifique tribune et qui, de plus, m’a supporté pendant de longues années avec un stoïcisme qui mérite hommage. Je l’adjure de continuer aussi longtemps qu’on lui en laissera le pouvoir à porter cette émission nécessaire. Pour ma part, je me contenterai en vous quittant de pousser deux vivats qui devraient n’en faire qu’un : vive France Culture, vive la liberté de l’esprit !

Jean- Louis Bourlanges »

Catégories : Politique | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Quel cap pour la France ?

Réformer parce que la situation actuelle ne convient pas, tout le monde est d’accord. Mais réformer comment – là personne n’est d’accord.

  • Il y a les yaka qui – plus on redistribue (autre chose que leur argent) – plus ça ira mieux demain.
  • Il y a les austères qui – plus on économise (autre chose que leur salaire et leurs privilèges) – moins ça sera pire demain.

En bref, la réforme est toujours pour les autres ; pour eux-mêmes, pas la peine.

Hollande avait « cru » (mais oui, l’économie est une croyance !) qu’en contenant la dépense publique et en baissant le déficit, il pourrait entendre les lendemains chanter. Ils chantent faux aujourd’hui, car tout est lent, très lent, tant l’Administration prend en France une place démesurée. Or les salariés et les ayant-droits de ladite Administration sont nombreux, très nombreux. Les personnes protégées gagnantes du système en place ne peuvent que rejeter les réformes qui mordraient sur leurs avantages et privilèges.

Les salariés en contrat à durée indéterminée défendus par le code du Travail, les salariés et retraités nombreux des administrations publiques, les diplômés dont le taux de chômage est faible et stable, ne voient pas pourquoi réformer afin de réduire le chômage des autres. Ils n’ont qu’à bosser – « comme tout le monde ».

2017-2014-france-importations-et-demande

Relancer la demande par une hausse des salaires, tous sont pour… mais sans voir que leur sort ne va pas s’améliorer (sauf sur quelques mois), tant les industries en France ne sont pas en état de répondre à une progression de leur demande. Toute distribution de pouvoir d’achat se traduit aussitôt par un envol des importations.

Et ce serait pire encore si la France devait quitter l’euro, le pouvoir d’achat du franc renouvelé serait bien inférieur, renchérissant massivement les prix des biens importés.

La production française n’est plus compétitive : la faute aux 35h (la divergence avec la production allemande date de là) et aux « charges » sociales notamment, mais pas seulement. La France industrielle a le même niveau moyen de gamme que l’Espagne, mais avec des coûts prohibitifs et donc des prix allemands. Les Français aisés préfèrent acheter Audi aujourd’hui (hier BMW, avant-hier Mercedes) plutôt que Peugeot ou Renault – il faut dire que les voitures haut de gamme en France font un peu camelote.

Or soit la France freine ses salaires pour aboutir à des prix espagnols, soit l’Etat baisse le prélèvement sur les entreprises (massivement augmenté sous Hollande, malgré le remord du CICE). Ou bien l’industrie française poursuit son déclin, les marques connues allant produire à l’international plutôt que dans l’Hexagone.

2017-1998-france-niveau-impots-entreprises-compare

L’Etat, en France, a un véritable problème avec l’argent des impôts. Il prélève plus largement que les autres et redistribue sans cibler vraiment, ce qui inhibe l’initiative, incite au gaspillage et fait beaucoup de mécontents.

Ce pourquoi la fin du travail et le revenu pour tous (après le mariage) apparaissent comme des « droits » nouveaux du socialisme enchanteur. Que la France ne vive pas comme un isolat du monde n’effleure même pas l’esprit des utopiques : quoi, n’avons-nous pas décidé les 35h que tout le monde nous envie ? Patrick Artus, économiste de Natixis, prouve dans une note récente combien la persistance dans l’erreur de nos fonctionnaires qui n’ont jamais connu le monde du travail concurrentiel ont pu se tromper : « L’analyse de la situation de 20 pays de l’OCDE montre qu’un taux d’emploi élevé est associé : à un poids faible des cotisations sociales des entreprises ; à une protection faible de l’emploi ; à des compétences élevées de la population active ; à l’absence de déficit public important en moyenne. La France ayant toutes les caractéristiques opposées (cotisations sociales élevées des entreprises, protection de l’emploi forte, compétences faibles de la population active, déficit public chronique) on comprend que son taux d’emploi soit faible ». Cela ne veut pas dire qu’il faille tout bazarder, mais que le social doit être financé par l’impôt global et pas par les revenus du travail, que l’assouplissement des règles trop rigides de maintien dans l’emploi doivent être négociées – avec un filet social de sécurité hors entreprises -, que l’Education nationale est à revoir de fond en comble, notamment sa démagogie des notes qui font illusion et sa démission sur les savoirs de base (s’exprimer, écrire correctement, calculer), que l’Administration doit voir son périmètre réduit car elle ne sait pas tout faire, n’a pas les moyens de tout contrôler et est inefficace dans l’irresponsabilité des niveaux hiérarchiques emboités de la commune aux ministères.

Par exemple, maintenir des impôts très au-dessus de ceux des pays voisins sur les entreprises et sur le capital pour financer des dépenses publiques est inconséquent. Hamon évoque une taxe de 5% sur TOUTES les transactions pour financer les 400 milliards par an du revenu pour tous – et il était hier contre une hausse de 2% de la TVA ? De quoi décourager tout achat et encourager le troc, le commerce dans les pays frontaliers ou carrément l’exil fiscal.

Après tout, la France niveleuse n’a pas besoin de ceux qui sortent du lot. Tous pareils, scrogneugneu ! j’veux voir qu’une tête. Tout ce qui dépasse, je coupe ! « Je prends tout ! » éructe Mélenchon, hologramme plus qu’homme programme.

2017-1998-france-niveau-cout-salarial-compare

D’autres disent : pas de problème ! Quittons ce carcan de l’euro qui nous oblige à la vertu germanique et retournons aux vieilles habitudes laxistes des années 50 : la dévaluation du franc tous les trois ou quatre ans. Cela évitera d’investir, contiendra les salaires français, et l’Etat pourra émettre via la Banque de France tous les billets qu’il voudra, la dette ne sera que virtuelle, sans jamais personne pour la rembourser puisque franco-française.

Or sortir de l’euro et dévaluer conduiraient à l’austérité directement, sans passer par la case désindustrialisation, tant les dettes de droit international libellées en euro sont fortes et l’épargne des Français – notamment des retraités – dévaluée d’un coup. Quant à se financer sur les marchés, comme aujourd’hui, il ne faut pas y compter avant des années, la hausse des taux d’intérêt due à l’incertitude et à la dégradation de la note de la France seront immédiates. Le Front national se garde bien de dire tout cela à ses électeurs majoritairement commerçants, retraités et petits épargnants ouvriers.

Il reste donc les autres, les réformistes plus ou moins « raisonnables », dont on mesure ce qu’ils peuvent faire en fonction de ce qui a déjà été fait.

Mais le chemin sera long, tant les habitudes sont ancrées, les privilèges acquis et les niches protégées. Ce pourquoi il faut un dirigeant « fort », moins un dictateur qu’un candidat légitime, adoubé par la majorité. Or nous aurons probablement un président par défaut, un malgré nous. Le premier tour sera entaché par les candidaillons enflés d’ego qui n’ont aucune chance de parvenir au second tour mais qui se maintiennent pour « se compter » ; le second tour sera un choix négatif…

Catégories : Economie, Politique | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Qu’est-ce que la post-vérité ?

Il y a la vérité et il y a le mensonge ; il y a aussi la vérité « relative », qui dépend du point de vue d’où l’on se place. Il n’y a pas de « post » vérité, qui signifierait un dépassement (dialectique ?) de la vérité en soi. Le terme utilisé est donc un raccourci : nous nous trouvons dans une ère de « post » vérité parce que « la » vérité ne fait plus recette pour la majorité de nos contemporains.

A cela quatre raisons :

  1. La vérité est indifférence : tout est relatif ! Ne nous a-t-on pas assez serinés depuis deux générations ce slogan tiré de la théorie d’Einstein ? Puisque toute vérité dépend du point de vue, choisissons notre point de vue et ce sera notre vérité. Pas « la » vérité en soi mais celle de notre œil, de notre cœur, de notre raison. Nous appellerons cette vérité un mythe et le croire sera le socle qui nous fera agir. La vérité « scientifique » elle-même – qui devrait rester pure, a été mise à mal par le socialisme « scientifique » de Marx et Engels (qui n’était qu’une croyance philosophique) et par les multiples fraudes de chercheurs qui cherchaient surtout la notoriété, et moins à trouver qu’à prouver.
  2. Le réel est indifférent, trop « raisonnable », trop contraignant. Il est souffrance, mieux vaut l’illusion. L’intrusion des philosophies orientales, et la mode New Age qui va avec, conduit dans nos sociétés matérielles confortables, à « préférer » les illusions apportées par les croyances – dont les religions -, par le groupe fusionnel, les drogues, l’alcool. Puisque la société ne nous force pas à nous colleter au réel grâce à ses filets de sécurité sociale, santé, chômage, retraite, vivons dans le rêve ou la foi, nous aurons toujours à bouffer. Le revenu universel du dieu Hamon rencontre ici toute sa place, comme le message daechiste des vierges futures (rien que pour les mecs, aucune brochette d’éphèbes prêts à servir n’est prévue au paradis d’Allah pour les méprisables femelles). L’indifférence au réel se manifeste par le dédain de la raison et l’inclination vers la passion : celle-ci emporte, la volonté supplante le raisonnable, il suffit de dire « je veux » pour que toutes les planètes se mettent à tourner autour du même soleil impérieux, la foi vous sauvera. Le volontarisme furieux des Le Pen et des islamistes rencontre ici son public.
  3. Le temps est indifférent, seul compte présentement le présent. Les gadgets électroniques remplacent la pensée par « l’information » continue, le lien par « le réseau », la sensation par « le choc » répété. Un clou chasse l’autre – d’où la meilleure défense qui est l’attaque, et plus c’est gros, plus ça passe, ces deux piliers fondamentaux de toute propagande. Donald Trump, amuseur de téléréalité, a piqué ses procédés de show aux télévangélistes, même s’il imite sans le savoir Hitler. En France, le Front national est expert mais tire ces techniques du Dr Goebbels – que l’on étudiait jadis à Science Po. François Fillon est trop naïf pour user de ces méthodes pas très catholiques, ce qui le dessert.
  4. Le pouvoir de l’élite est indifférent, ce qu’elle dit n’est que du performatif, les actes suivent trop rarement les mots pour qu’on les croie encore. Il y a eu trop de « mensonges d’Etat » depuis l’origine de la république pour que cette répétition des mêmes erreurs ait ancré dans la tête du citoyen qu’il ne faut jamais faire confiance au pouvoir. Rappelons-nous l’affaire Dreyfus, le scandale de Panama, Pétain comme « bouclier », l’attentat de l’Observatoire, le « je vous ai compris » sur l’Algérie, les dénis successifs sur les méfaits du nucléaire (le nuage de Tchernobyl arrêté à la frontière…), le Rainbow Warrior – et aux Etats-Unis entre autres le Watergate et les armes de destruction massives en Irak… Sans parler des impostures intellectuelles à la Maurras, Sartre ou Althusser. La « vérité » officielle est une communication qui disqualifie les politiciens, les intellos, les « sachant » (qui n’en savent pas plus que vous quand on y pense). Critiquer, contester, élaborer une communication « alternative » apparaît comme un devoir civique – au risque de sombrer (trop souvent) dans la théorie du Complot.

Au fond, seuls les vrais chercheurs scientifiques sont forcés de croire encore en « la » vérité. Les autres n’adhèrent qu’aux vérités partielles, relatives, « utiles ». La fameuse transparence démocratique dont les intellos civiques nous bassinent les oreilles n’apparaît que comme une arme de communication pour le combat politique. Ce sont les fameuses « affaires », qui surgissent curieusement aux moments où un intérêt électoral ou le vote d’une loi est en jeu. Ce n’est pas la vérité qui pousse ces « lanceurs d’alerte », mais le militantisme partisan – loin, très loin de l’intérêt général.

tahiti-fille-des-mers-du-sud

La vérité est exigée nue, par volonté de naturel

Nietzsche est peut-être le seul philosophe qui se soit interrogé sur les présupposés du concept de « vérité ». Pourquoi croire à cette dualité du vrai et du faux ? N’y a-t-il rien de gris, d’intermédiaire, de yin dans le yang et réciproquement ? Pourquoi cette croyance fanatique en les bienfaits de la vérité et cette horreur du faux ? Est-ce bien la réalité humaine constatée ? Si l’erreur est humaine, ne serait-ce pas parce qu’elle a une certaine utilité, au moins pratique ? Ne sert-elle pas à mieux vivre ?

La vérité est alors une valeur, pas une essence objective. La volonté de vérité est une volonté comme une autre – même si elle caractérise notre civilisation occidentale plus qu’une autre dans l’histoire. « La question des valeurs est plus fondamentale que la question de la certitude » (Fragments posthumes XII, 7). La prétendue vérité se réduit alors à la position relative, humaine, de certaines erreurs devenues conditions d’existence. Une erreur ancienne apparaît plus vraie qu’une vérité trop récente, que l’on ne croit pas encore tout à fait. Même la science n’établit de vérités que réfutables, « falsifiables » selon Karl Popper. Ce qui est vrai à un moment donné ne l’est plus que partiellement à un moment ultérieur. Parce que la connaissance avance, la puissance de calcul, l’exploration de l’univers, l’approfondissement de ses lois mathématiques.

Puisque la vérité est une valeur, elle est en concurrence avec d’autres valeurs qui peuvent apparaître un moment comme plus importantes : « La question est de savoir jusqu’à quel point [un jugement] favorise la vie, conserve la vie, conserve l’espèce », suppute Nietzsche (Par-delà le bien et le mal, 4). La vérité cherche à établir la certitude, sans laquelle il ne peut y avoir de sécurité pour les humains. Le connu inspire confiance, donc « est vraie une chose qui suscite un sentiment de sécurité » (Fragments posthumes, XII, 7).

D’où les Trump et autre Le Pen ou Mélenchon : affirmatifs, pirouettant, aptes à retomber toujours sur leurs pattes. Ce n’est pas la vérité qui compte, mais leur habileté. Ils disent ce que « tout le monde » croit, changent d’avis aussi vite lorsque la réalité les rattrape, baignent dans la com’ le public comme des amuseurs de foire. Mais la politique n’est-elle pas une grande foire, un Beauty contest où il s’agit de choisir le plus séduisant ?

Catégories : Philosophie, Politique | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Le souper d’Edouard Molinaro

dvd-le-souper-edouard-molinaro

Trois semaines après l’effondrement définitif du Premier empire à Waterloo, Otrante et Bénévent, duc et prince, alias Fouché et Talleyrand, ministre de la Police et président du gouvernement provisoire – se rencontrent pour un dîner politique préparé par le cuisinier Carême. L’avenir de la France est en jeu, et leur position sociale aussi. Eux que tout oppose, vont-ils s’allier pour la circonstance ? Le roi, revenu dans les fourgons de l’étranger, Louis XVIII frère du roi Louis XVI raccourci car « coupable » (en deux morceaux), est à Saint-Denis. Il n’attend que le feu vert de Fouché pour rentrer dans Paris et rejoindre les Tuileries, réinstaller la dynastie.

Joseph Fouché et Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord sont différents par la naissance, l’éducation, la tournure d’esprit, la façon d’être et d’envisager l’avenir. La simple façon de boire le cognac montre combien le bon-vivre aristocrate et l’impatience à la hussarde marquent l’écart de deux générations. Nous avons là deux France, l’une millénaire, installée dans le savoir-vivre et la culture, l’autre née de 1789, avide de tout bouleverser pour s’imposer. Le dîner rassemble autour des sens, l’odorat, le goût, la vision. Le fumet des plats – asperges en billes de petits pois revenues au beurre, saumon fondant à la royale, pigeons à la financière – s’allie aux délices du palais et plaisirs du regard. La bombe glacée se décline en tiare impériale ou en couronne royale. Les ors des boiseries et le mobilier précieux luisent doucement dans la profusion des bougies tandis que gronde au-dehors à la fois le peuple dépoitraillé et l’orage déchaîné dans la touffeur de juillet. Les tableaux représentent des portraits d’ancêtres ou des souvenirs politiques.

Amour-haine, ces deux-là se sont toujours connus. Rivaux, tous deux enfants de santé fragile, l’un forcé par son père capitaine de négrier à courir presque nu sur le sable pour s’endurcir, l’autre lâché par sa nourrice et affublé depuis d’un pied bot, élevé en loques dans le Paris popu loin de ses parents qui ne l’ont jamais aimé. Tous deux ont été ordonnés prêtres, l’un petit frère oratorien et l’autre évêque, ils ont chacun tué leur Bourbon : Fouché Louis XVI, Talleyrand le duc d’Enghien. Couple historique qui fait l’histoire, tous deux iront à Saint-Denis prier le roi de bien vouloir revenir. La France n’a d’ailleurs pas le choix : les étrangers occupent Paris et ne sauraient tolérer le retour d’une république… Fouché, arrivé à la force des bras, ne peut que sombrer avec ses Jacobins s’il ne se plie pas. Talleyrand chutera avec lui, ne servant plus au roi, mais la dynastie Bourbon reviendra. Malgré ses airs de matamore, c’est bien Fouché qui capitule. Et François-René de Chateaubriand évoquera outre-tombe « le vice appuyé sur le bras du crime, M. de Talleyrand marchant soutenu par M. Fouché » cheminant silencieusement le lendemain dans l’antichambre du roi à Saint-Denis.

Le film d’Edouard Molinaro est tiré d’une pièce de Jean-Claude Brisville et les deux acteurs Claude incarnent leurs personnages à la perfection. Le raffinement cruel et cynique de Talleyrand et la brutalité passionnée de Fouché sont le choc de deux tempéraments éternellement antagonistes, de deux siècles qui se bousculent dans la modernité, d’un basculement de l’Histoire poussé par l’industrie qui s’envole. Hier et demain seront toujours les mêmes, celui qui veut conserver pour en jouir et celui qui veut révolutionner pour les autres seront toujours opposés. Leur alliance ne sera toujours que de circonstances, partielle, éphémère, utilitaire.

Nous en avons l’exemple à la présidentielle, entre Hamon qui veut sauver les débris du parti socialiste et Mélenchon qui préfère jouer solo jusqu’à la défaite annoncée, entre Fillon qui veut revenir aux vertus d’effort et de rigueur et le centre qui veut atténuer la purge pour avancer, entre Le Pen qui désire un retour à l’ancien régime pré-68 et les écolos et gauchos qui rêvent d’un avenir radieux (toujours dans l’avenir et jamais radieux). Entre la culture libérale ouverte plus ou moins à l’œuvre depuis 1945 dans le monde occidental, et l’autoritarisme xénophobe qui ressurgit sur le souverainisme britannique et trumpeur. Talleyrand ou Fouché ? L’année 2017 verra-t-elle comme l’année 1917 un grand tournant du monde ?

DVD Le souper – Le vice au bras du crime – d’Edouard Molinaro, 1992, avec Claude Riche et Claude Brasseur, Lancaster 2010, occasion

Catégories : Cinéma, Politique | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Éternelle tentation communiste

Les débats politiques portent toujours sur le modèle de société désirable. Il y a 25 ans existait la société capitaliste, représentée par l’Amérique et ses incontestables succès. Et la société communiste, représentée par l’URSS à la pointe et par la Chine en développement, avec la base avancée de Cuba en David contre Goliath. Le communisme représentait une utopie syndicale et populaire pour les Français qui donnaient alors autour de 20% au PC à chaque élection ; la jeunesse encensait les diverses formes intellectuelles du gauchisme, de la sophistication trotskiste au simplisme mao ; technocrates et bureaucrates y voyaient le prolongement de l’État-providence avec pour corollaire le renforcement de leur pouvoir social.

guy-bensimon-essai-sur-l-economie-communiste

Est arrivée la crise mondiale du pétrole, l’inflation massive, l’incapacité des administrations à réagir – donc la déréglementation. L’URSS s’est écroulée, la Chine a commencé son virage, Cuba a sombré dans la paranoïa sénile. Le monde n’a « plus le choix » parce que dans le concret, aux voix, un système l’a emporté sur l’autre. Ce qui n’empêche pas l’utopie de survivre. On en trouve des traces dans les arguments ressassés de nombre de ceux qui ne sont ni aux affaires, ni aux leviers de l’économie, mais confortablement fonctionnaires. Il est confortable de prêcher du haut d’un statut quand on n’a nulle main à mettre à la pâte.

C’est pourquoi il est utile de revenir à ces débats ardus qui ont fait l’objet de tant de publications savantes. Mieux vaut la rigueur que la mauvaise foi. Guy Bensimon, professeur d’économie à l’IEP Grenoble et chercheur au CNRS, a publié en 1996 un intéressant Essai sur l’économie communiste (toujours disponible). Malgré le jargon qui reste la marque de la sociologie, il plante avec rigueur le décor. Une économie réelle n’existe que dans une société réelle ; or une société est toujours organisée autour de rapports sociaux. Economie de type capitaliste ou économie de type communiste ne peuvent s’analyser sans mettre au jour la domination et les autres types d’échanges sociaux. C’est la faiblesse des critiques néoclassiques que de juger du communisme selon les normes d’une société marchande ; c’est le mérite du russe Alexandre Zinoviev d’avoir mis le doigt sur le sujet.

Tout système social est complexe, il implique une division du travail et des rapports hiérarchiques entre les gens, entre les groupes ; chaque système social est issu d’une ligne historique distincte, ce pourquoi « la transition » russe entre soviétisme et libéralisme ne se fera pas avant une génération au moins. Si l’on dégage les types abstraits, deux lignes apparaissent :

  1. « La ligne historique du communisme, c’est la contrainte de l’organisation sociale » p.245. Chaque individu n’est pas considéré comme unité de décision indépendante mais obligatoirement rattaché à une cellule sociale (production, vie publique, relations personnelles) et chaque groupe de cellules à un bloc, entreprise ou administration. Ces dernières appartiennent à des ministères que coordonne le Plan, impulsé d’en haut par les oukases politiques du Comité Central du parti unique. La société communiste est une société de domination et de soumission des individus à une nomenklatura de quelques-uns qui règlent l’organisation d’une société complexe par la politique.
  2. « La ligne historique du capitalisme, c’est la liberté d’entreprendre et de commercer avec, à la base, ce qui allait devenir la relation de droit et la liberté juridique » p.246. Professions et commerce se sont développés dans les interstices de l’organisation sociale (alors féodale). L’organisation sociale encourage l’activité fictive et fixe les individus à leur groupe – alors que la liberté d’entreprendre promeut l’efficacité du travail et détache l’individu du groupe par les échanges.

Toute organisation sociale tend à contrôler ; toute revendication de liberté pour s’y opposer est ‘capitaliste’, puisque seule l’efficacité de gestion des ressources rares (le propre du système capitaliste) permet l’émancipation économique des individus et groupes sociaux du poids trop étouffant de l’organisation sociale. D’où cette remarque de l’auteur : « Croire que ‘le communisme est mort’ est une pure illusion. Il sera toujours présent tant qu’il y aura des sociétés complexes, y compris dans les sociétés occidentales qui, quoique ‘capitalistes’, ne peuvent se passer d’organisation sociale » p.246. Notons que cette émancipation capitaliste-démocratique-scientifique (les trois sont historiquement liés…) est à la fois ‘contre’ et ‘avec’ l’organisation puisqu’aucun système, même économique, ne peut subsister sans règle.

Mais c’est cette dialectique de l’individu et de la société qui crée la dynamique de l’innovation capitaliste, cette dialectique des groupes et pays créatifs d’économies-monde qui entraîne les autres dans ‘le progrès’. L’actuel débat sur la ‘régulation’ est bien de ce type. L’Etat veut contrôler tandis que les individus résistent. La médiation est assurée, en Occident, par le droit, lui-même élaboré et renouvelé par les instances démocratiques de débats et de votes réguliers.

zinoviev-le-communisme-comme-realite

Pourquoi la tendance centralisatrice (« communiste ») a-t-elle échoué ?

  • De fait, parce qu’historiquement les sociétés sont sorties d’une économie de guerre et de reconstruction (de 1914 à 1991, la fin de la guerre froide).
  • Politiquement, parce que la coexistence des systèmes, durant 60 ans, a clairement montré qu’un type de société et pas l’autre pouvait augmenter son niveau de vie, entreprendre ou choisir la protection d’un statut, libérer sa création artistique, ses loisirs et ses mœurs, s’exprimer librement, aller et venir sans contraintes dans le monde entier. Dès que le Mur et autres rideaux de fer ou de bambou se sont ébréchés, l’exode a été massif, les gens votant avec leurs pieds faute d’autre moyen.
  • Socialement, parce que la lutte (la concurrence dans le type capitaliste) prend une forme inhibante dans le type communiste : « La préventisation est la forme de lutte sociale qui se noue entre individus dépendants les uns des autres du fait de leur cosubordination. (…) Son but est d’empêcher que les individus ne se détachent de la masse ; elle consiste donc à nuire aux individus performants tout en permettant aux faibles de se hisser jusqu’à la moyenne » p.99. Ses moyens sont « les dénonciations, les calomnies, l’usage de faux » ; ses conséquences sont « la tendance généralisée vers la médiocrité, la tendance à l’abaissement du niveau moyen de production de la société, la tendance au renforcement du goût de la société pour l’étalage, le bluff, les formes fictives d’organisation et d’activité, l’imitation de l’activité aux dépens de l’activité réelle » p.100. Les innovations se font en sociétés capitalistes, les recherches d’Etat qui existent en société communiste sont alimentées surtout par l’espionnage technologique (URSS, Chine…) et sont réservées exclusivement à l’armée (ou au pouvoir central) ; elles ne se diffusent pas dans la société ni dans le reste du monde.
  • Economiquement, parce que les sociétés ont jusqu’ici choisi la quantité de biens disponibles, la qualité de la production et la productivité du travail (où excelle le système capitaliste) – plutôt que l’emploi garanti, l’exploitation du travail faible et les risques absents (où excelle le système communiste). A faire une comparaison, il faut lister tous les attributs sociaux et pas seulement se cantonner aux critères purement économiques. Notons que le Japon, société clanique, a opéré une synthèse historique originale des deux jusqu’à présent. Et que la Chine Populaire s’est ouverte au marché tout en conservant une ‘junte’ dite communiste (qui n’est qu’un mandarinat traditionnel où l’idéologie sert de voile). Avec « la crise », le balancier revient vers la protection et la garantie, redonnant au type communiste des couleurs nostalgiques.
  • Oui, mais… l’écologie fait une entrée en force dans les préoccupations et les craintes ! Or, selon Zinoviev, la propension des sociétés communistes à une faible productivité entraîne certaines conséquences : « la baisse d’intensité dans ‘l’échange des substances’ aussi bien à l’intérieur de la société qu’entre la société et son milieu, le ralentissement de tous les processus vitaux, le développement de la croissance purement physique du corps social (croissance économique extensive) (…) l’exploitation cupide de la nature et le parasitisme » p.207. Le capitalisme est plus efficace pour gérer les ressources rares ; le communisme est gaspilleur, extensif et peu soucieux de la moindre efficacité économique – seule la politique compte.

A cette aune, la voie communiste reste barrée et le parti Socialiste français aurait eu raison de tirer un trait sur cette révolution marxiste… s’il l’avait assumé. Reste la voie de l’aménagement, donc du réformisme qui vise à d’abord laisser-faire – avant de corriger.

Guy Bensimon, Essai sur l’économie communiste, L’Harmattan 1996, 272 pages, €23.90

Alexandre Zinoviev, Le communisme comme réalité, 1981, Livre de poche Biblio essai, €4.46

Catégories : Economie, Livres, Politique | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Flaubert et identité nationale

flaubert-correspondance-folio

Le terme « identité nationale » n’existait pas dans les écrits du temps, mais l’idée y était. Il s’agissait du patriotisme, ce gros instinct de meute analogue à celui des fans de foot pour leur équipe. Après la Révolution les Français se sentaient patriotes, également unis contre les aristos (et contre leur culture). Ils n’avaient pas encore appris que « la » culture dépasse les classes et les castes et rejetaient tout en bloc. D’où Béranger.

On a oublié aujourd’hui Béranger et sucré sa particule pour faire plus populo. Mais Pierre-Jean de Béranger, né avant la Révolution et mort du temps de Flaubert, est un chansonnier patriotard. Il est célèbre. Il chante ce gros instinct de meute qu’on appellera plus tard « l’identité française » – celle qui plaît aux imbéciles de son temps : les bourgeois.

L’année de sa mort, Flaubert écrit, indigné : « Béranger (…) L’immense gloire de cet homme est, selon moi, une des preuves les plus criantes de la bêtise du public. (…) Je n’aime pas ce chansonnier grivois et militaire. Je lui trouve partout un goût médiocre, quelque chose de terre à terre qui me répugne. (…) Mais la France est un piètre pays, quoi qu’on dise. Béranger lui a fournit tout ce qu’elle peut supporter de poésie » (4 novembre 1857, à Mlle Leroyer de Chantepie). Sept ans plus tard, il n’a pas changé d’avis : « Je regarde ledit Béranger comme funeste. Il fait accroire à la France que la poésie consistait dans l’exaltation rimée de ce qui lui tenait au cœur. Je l’exècre par amour même de la démocratie et du peuple. C’est un garçon de bureau, de boutique, un ‘bourgeois’ s’il en fut ; sa gaieté m’est odieuse. (…) Pourquoi ne pas admirer les grandes choses et les vrais poètes ? » (9 août 1864 à Amélie Bosquet).

Son cri reste d’actualité car il est profond. « La » culture est bien autre chose que la gaudriole chansonneuse dont nos cafés sont pleins avant nos plateaux de télé. Le patriotisme, légitime amour de sa patrie, est autre chose que le rire gras des footeux et les bluettes sentimentales qui permettent de croire fraterniser dans le sexe et l’hormone. Si l’on réduit « l’identité française » à un mixte de Johnny, de Marc Lévy et de olà de foot, elle ne vaut pas grand chose. Sûrement pas de se battre pour elle !

Sauf si… – mais vous allez dire que je suis cynique – sauf si ça amuse le populo. Si ça le rassure qu’on soit comme lui, qu’on mettre « la » culture à son niveau comme Nicolas Sarkozy qui cause télé, ou qu’on baptise « culture » comme Jack Lang tout ce que fait la banlieue (jeux, rap, graffitis, sabir). Il a besoin d’être rassuré, le peuple, car la crise ne se résout pas seulement parce qu’on le dit et qu’il ne suffit pas de « faire payer les riches » pour relancer la croissance.

« ‘L’horizon politique se rembrunit.’ Personne ne pourrait dire pourquoi ? Mais il se rembrunit, il se noircit, même. Les bourgeois ont peur de tout ! peur de la guerre, peur des grèves d’ouvriers, peur de la mort (probable) du Prince Impérial. C’est une panique universelle » (8 avril 1867 à sa nièce Caroline). Flaubert parlait de son temps, il y a un siècle et demi – mais ne dirait-on pas qu’il parle de notre temps ? La mort du Prince Impérial est le Brexit, l’élection fanfaronnante de Trump, l’éviction de Sarkozy, le deuil de la SS selon Fillon, les décès de Michel Delpech, David Bowie, Michel Tournier, Michel Déon, Michel Rocard, Michèle Morgan, Ettore Scola, Umberto Eco, Siné, Gotlib – tous morts en 2016.

Du pain et des jeux, voilà à quoi se réduit « l’identité française » pour les politiciens. A droite parce que le divertissement calme le peuple ; à gauche parce qu’on n’a plus rien à dire sur l’avenir et que l’on réduit la culture à ce qui plaît à la masse décérébrée par l’éducation « nationale » et la télé américanisée.

Mais s’il est bon, à gauche, de tourner en dérision « l’identité » française, on glorifie volontiers « l’identité » de gauche (comme Taubira) – comme s’il y avait le Mal (à droite) et le Bien (à gauche). Comme s’il y avait une essence éternelle de « la » gauche – inamovible malgré le monde en mouvement – mais pas à droite, ringarde, forcément réactionnaire. Conception de « garçon de bureau, de boutique, de ‘bourgeois’ », disait déjà Flaubert…

Pauvre France !

Gustave Flaubert, Correspondance choisie, Folio 1998, 854 pages, €12.50

Gustave Flaubert, Correspondance tome 2 – 1851-1858, Gallimard Pléiade 1980, 1568 pages, €61.00

Gustave Flaubert sur ce blog https://argoul.com/category/livres/gustave-flaubert/

Catégories : Gustave Flaubert, Livres, Politique | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Jules César de Joseph Mankiewicz

jules-cesar-de-joseph-mankiewicz-dvd

Un peu péplum, mais pas trop, un brin théâtre filmé car tiré de Shakespeare, un peu western sur la bataille de Philippes avec le défilé des chemises bleues attaqué à coups de flèches par les Indiens au son lancinant du tambour. Mais ce film, tourné sept ans après la fin du nazisme et en plein barnum du communisme stalinien, met en garde contre le culte de la personnalité. Il montre aussi combien sont versatiles les foules, avides d’un sauveur et manipulables à merci par tout grand mâle qui sait parler et use des effets de bras et de suspense.

Le discours de Marc-Antoine (Marlon Brando) sur les marches du Capitole, après l’assassinat de César (Louis Calhern) par Brutus (James Mason) et sa bande, manipulés par le haineux Cassius (John Gielgud), est un chef d’œuvre de William Shakespeare. Je me souviens encore de ma découverte éblouie de la pièce, guidée par ma professeur d’anglais de Première, ce grand art oratoire de la politique.

jules-cesar-mankiewicz-cesar-marc-antoine-calpurnia

Mankiewicz reprend Shakespeare dans l’opposition psychologique entre Brutus le fils et Marc-Antoine le dauphin. Brutus enlève la foule des Romains, hostile aux assassins, en expliquant que la démesure de César allait ramener la royauté comme sous Tarquin le Superbe et que lui, Brutus, bien qu’aimant César, a protégé la République en éliminant le potentiel tyran. Marc-Antoine retourne la même foule le moment d’après comme un tribun chevronné, en expliquant combien ces « hommes remarquables » qu’a cité Brutus ont massacré de coups un César qui a pourtant refusé par trois fois la couronne, et combien le testament qu’il bandit (mais qui n’est pas le vrai) allait donner au peuple les parcs et les jardins pour son propre agrément.

jules-cesar-mankiewicz-brutus

Le cinéaste filme des plans de foule comme des fourmis agitées et en contreplongée les orateurs qui dominent et domptent la même foule. Démagogue, subtil, tortueux, Marc-Antoine n’est pas Brutus ; il est bien plus politique, plus serpent que lion. La politique est la puissance des mots sur les hommes (et les femmes de la foule) ; elle est rapport des citoyens à la vérité et au mensonge, masque ou instrument du pouvoir. Brutus est attachant car entier et humain, porté par un amour sincère pour la République et la liberté. Marc-Antoine, le dauphin de César, prendra la place et le fauteuil du dictateur, un temps avec le neveu Octave. Lorsqu’il a retourné la foule, qui crie désormais contre Brutus, Marlon Brando (alors 28 ans) lui tourne le dos et esquisse pour le spectateur un sourire satisfait : il a habilement usé d’art oratoire et de démagogie, il garde à sa main cette foule pour qui il a au fond un profond mépris comme pour tous les ignorants et tous les passionnés. Il ne fera exception que pour Brutus parmi les conjurés, rendant hommage à sa droiture, mais critiquant en filigrane sa rigidité. La politique est l’art de la souplesse.

jules-cesar-mankiewicz-marc-antoine-face-a-la-foule

De 44 avant à 1944 après, presque deux millénaires ont passés mais l’humanité est toujours aussi bêtement grégaire, elle croit tout ce qu’on lui dit avec art. Chacun joue un rôle comme sur une scène, et le verbe reste performatif – bien plus que les actes. Et la foule est toute surprise lorsque le démagogue fait ce qu’il dit…

Le devin (Richard Hale) a beau mettre en garde César contre les ides de Mars, les éléments se déchaîner pour annoncer sa fin, les cauchemars poursuivre le sommeil de Calpurnia (Greer Garson), la femme de César, l’angoisse saisir la belle Portia (Deborah Kerr), la femme de Brutus – le destin s’accomplira. Brutus a des scrupules, il aime César comme son père, mais il aime la patrie au-dessus et condamne l’ambition dont on l’accuse. Il ne portera pas les premiers coups mais achèvera l’assassinat d’un coup de glaive.

Il n’y a guère que son jeune serviteur Lucius (John Hardy) qui ne soit hanté ni par les scrupules ni par la république ; il fait son travail d’un ton égal, malgré la fatigue qu’il peut ressentir ; il affectionne son maître Brutus, sans l’aimer vraiment. Il est ailleurs, il est esclave, il est étranger à tout ça. Ne restera d’ailleurs de lui que sa lyre, cassée, après le sac du camp des vaincus. Nul ne sait ce qu’il est devenu. Son personnage donne la mesure de la tragédie de Brutus, le garçon en étalon d’humanité qui n’est saisi ni par la passion, ni par l’exaltation politique, ces maux qui aveuglent les hommes.

DVD Jules César de Joseph Mankiewicz, 1953, avec James Mason, Marlon Brando, John Gielgud, Deborah Kerr, Warner Bros €13.99

Catégories : Cinéma, Politique | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Gide et la post-vérité

Le président Donald Trump, aussi éléphantesque dans le magasin de porcelaine démocratique que l’appendice dont il porte le nom, n’a rien inventé. La post-vérité est le nom contemporain du mensonge déconcertant. Staline en était passé maître, élevé au cynisme de Lénine (qui était certain d’avoir ‘scientifiquement’ raison) et à la propagande de Goebbels (qu’il admirait fort). André Gide le rappelle dans son Journal.

Il l’a seriné contre le moralement correct bourgeois de son temps, jusqu’à ce que Freud montre que « le sexe » pouvait faire l’objet d’une réflexion, d’un discours et d’un savoir – pas seulement d’une réaction offusquée ni du déni le plus honteux.

Il l’a affirmé contre la pression catholique, « scandalisée » évidemment – moins d’ailleurs par ses mœurs que par son esprit de libre-examen. Cette propension protestante ne pouvait être qu’hérésie pour un catho, sentir le souffre et montrer la griffe du diable.

Il l’a réitéré à propos de l’URSS dont il avait vu les débuts avec bienveillance et même optimisme, et qui l’a déçu rapidement dès qu’il a pu en mesurer sur place les limites orwelliennes : « Toute pensée non conforme devient suspecte et est aussitôt dénoncée. La terreur règne ou, du moins, s’efforce de régner. Il n’est plus de vérité qu’opportune ; c’est-à-dire que le mensonge opportun fait prime et triomphe partout où il peut. Les ‘bien-pensants’ seuls auront droit à l’expression de leur pensée. Quant aux autres, qu’ils se taisent, ou sinon… » 15 janvier 1945, p.1009.

Sinon, c’est le goulag pour les sans-grades, le procès public où les « aveux » sont extorqués par torture, torture des proches, ou carrément inventés. La lutte antinazie oblige à composer avec le stalinisme soviétique, « mais demain, c’est contre ce nouveau conformisme qu’il importera de lutter » p.1010.

le-roi-est-nu

Contre tous les conformismes. Qu’ils soient raciaux, nationaux, sociaux, familiaux ou amicaux. Certes, nul ne pense tout seul, nul n’a raison sans raison – mais les bêtes humaines sont moins intelligentes qu’elles le croient. Le mimétisme, la pensée unique, l’influence du groupe, les mots d’ordre de foule, tout cela inhibe la raison au profit de la horde. Gide affirme donc avec raison : « Ce n’est que lorsqu’elle diffère des autres qu’il m’importe d’exprimer mon opinion, et qu’il m’apparaît que celle-ci mérite d’être dite, vraie ou fausse » 18 janvier 1945, p.1012.

Chacun peut y réfléchir, opposer des arguments, en bref débattre. Ce qui est le propre de la politique comme de l’expression démocratique. Sans débat, sans opinions contradictoires, sans liberté de penser, d’exprimer et de croire – pas de démocratie possible. C’est ce que Lénine, Staline et leurs épigones Mao, Castro, Pol Pot, Kim Jong-Il, Daech ont montré par expérience in vivo. C’est ce que Poutine, Erdogan, Maduro, Duterte, Trump assument aujourd’hui sous l’apparence démocratique – et l’islam salafiste sous l’apparence religieuse. En attendant tous les autres, qui piaffent à la porte : Le Pen ou Mélenchon en France notamment, mais aussi les idiots utiles à toutes les pensées totalitaires.

islam-violent

Pour tous ces gens, seul compte la force. Le droit légitime est celui du plus fort. La loi, celle de la jungle. L’histoire n’est faite que par les vainqueurs. Celui qui se veut roi peut se pavaner nu, aucun courtisan ne le verra, sous peine d’avoir la tête tranchée. Seul l’enfant dit que le roi est nu. Andersen ne dit pas ce qu’il advint de l’enfant. Nous, nous le devinons.

André Gide, Journal II, 1926-1950, édition Martine Sagaert, Gallimard Pléiade 1997, 1649 pages (1106 pages sans les notes), €76.50

André Gide, Journal – une anthologie 1889-1949 (morceaux choisis), Folio 2012, 464 pages, €9.30

Le site André Gide en anglais http://www.andregide.org/

André Gide sur ce blog

Catégories : Livres, Politique | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Réformer la démocratie

Tout va mal : les politiciens, une fois élus, font ce qu’ils veulent et s’assoient sur leurs promesses « qui n’engagent que ceux qui les croient » perroquettait Chirac sur l’air de son bon maître Queuille ; même fraudeurs, même pris dans « les affaires » et cités en justice, les élus continuent de se pavaner aux Assemblées, dans les collectivités, et parfois au gouvernement – et ils peuvent se représenter sans obstacle ; les partis programment ce qu’ils ne peuvent pas tenir, la négociation européenne reste lointaine et opaque (chaque élu s’empressant de dire célafôtabruksel). En bref, l’électeur a la triste impression que ses élus sont des charlatans, que son gouvernement est impuissant et son président un histrion. Communiquer remplace gouverner et le performatif l’acte.

D’où la tentation réelle de renverser la table, de jeter dehors tous ces incapables plus ou moins pourris, au profit de gens neufs (si possibles des hommes, pour leur aura « d’autorité », d’ailleurs…). Nous l’avons vu en France aux dernières européennes ; nous venons de le voir aux Etats-Unis avec le macho Trump contre la femme Clinton ; nous le voyons aujourd’hui avec François Fillon et les emplois fictifs au Parlement français, avec Marine Le Pen au Parlement européen ; nous le verrons peut-être plus tard avec Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon, Benoit Hamon ou d’autres (sait-on jamais ?).

chez-ducon

La fracture est dans « la démocratie » même, depuis les origines. Elle sépare le régime représentatif du régime direct, les élites déléguées et le peuple participant.

Mais ce qui est aisé en cité (Grèce ancienne), en collectivité locale (française) ou même en petit pays fédéral (Suisse, Belgique), est nettement plus compliqué en grands Etats étendus, voire multilingues et multiethniques (Inde, Russie…). D’où la représentation : le citoyen délègue ses pouvoirs de décider et d’exécuter pour un temps limité à une assemblée parlementaire ou à un « homme fort » – parfois les deux, comme en France où le président comme le député sont élus au suffrage universel sans intermédiaires (ce qui n’est pas le cas aux Etats-Unis pour le président). L’inconvénient est que « la politique » se résume à voter, voire à adhérer à un parti, donc à suivre sans grand pouvoir de décision ses oukases. Le citoyen est vu comme abstrait, « universel » donc interchangeable, doué de raison donc sondable, et mu toujours par son intérêt personnel – ce qui est loin d’être la réalité !

L’opposé du régime représentatif est la participation directe : chacun vote sur tous sujets d’intérêt commun, et peut remettre en cause ses élus chargés d’exécuter la politique décidée par la majorité. Le citoyen n’est pas uniquement électeur mais pluriel (sujet de droit, combattant pour la patrie, ouvrier ou chercheur, enseignant ou artisan, délibérant en assemblées, associations ou mouvements). Il n’est pas abstrait mais socialement concret, ses intérêts de groupe sont pris en compte et non pas seulement ses « droits universels ». C’était le cas dans certaines cités grecques (mais pas en tout temps) et de la république romaine (plusieurs siècles avant notre ère). C’était l’idéal de la Commune de Paris et des soviets russes en 1917 ; mais les élites ont vite mis le holà à cette prise de pouvoir qui les privait du leur, Thiers et Lénine ont durement réprimé « le peuple » en armes. Cela reste l’idéal d’un certain gauchisme libertaire, de certains écologistes (avec les sempiternelles scissions de groupuscules que l’on observe).

Un régime intermédiaire permet de gouverner par des représentants tout en conservant une participation directe : le régime fédéral. Il n’est pas innocent que la plupart des grands Etats soient fédéraux : Inde, Etats-Unis, Canada, Russie, Allemagne, Suisse, plus récemment Espagne, bientôt peut-être Royaume (ex-)Uni. Le citoyen participe à la politique qui lui est proche (collectivité locale, région) et délègue les décisions complexes et long terme à l’Etat fédéral (diplomatie, guerre, justice, politique économique).

La France, régime semi-présidentiel jacobin, centralisé et autoritaire, est en adoration devant le régime représentatif.

La politique est un métier, la cooptation la règle et l’esprit de caste permet toutes les dérives non sanctionnées – sauf par les médias, curieusement « informés » au meilleur moment politique – puis par la grosse caisse de résonance de l’Opinion. Mais l’Opinion n’a rien à voir avec la justice, pas plus que la morale avec le droit : la loi de Lynch est immédiate et sans appel ; la réalité des faits est toujours plus nuancée – la justice en tient compte à l’aide des procédures, jamais l’Opinion qui juge sur impressions.

Tout se joue par concours à l’ENA, se poursuit en cabinets ministériels et dans les grands partis qui trustent les financements, et se parachève par un entre-soi social (collèges privés, rallies pour se rencontrer et se marier, échanges de postes en conseils d’administration ou en investiture, inceste avec les médias…) et un accaparement économique (le pantouflage).

Un sondage Viavoice pour la Fondation Jean Jaurès de septembre 2016 intitulé L’observatoire de la démocratie montre combien les Français sont à la fois très attachés à la démocratie (91%) et combien ils la sentent menacée (72%). Seuls un tiers d’entre eux considère qu’elle « fonctionne bien ». Conscients de sa fragilité, ils revendiquent une plus grande participation, dans la lignée des études de Pierre Rosanvallon. Seuls 52% votent systématiquement, et les moins assidus sont les jeunes sous 35 ans et les classes populaires (ces deux catégories, quand elles votent, n’hésitent pas à renverser la table).

marine-desodorisant-vapo

Mais c’est surtout qu’ils ont mal à la représentation : non seulement on leur promet tout pour ne réaliser que pas grand-chose, mais on leur cache qu’on ne peut guère, comme si un « Complot » allait contre leur volonté. Ils sont 46% à vouloir réformer le gouvernement, 44% le Sénat et l’Assemblée nationale, 43% à vouloir diminuer les pouvoirs du Sénat (dont ils ne comprennent pas le rôle et pour qui ils ne votent pas). Ils ne comprennent pas qui fait quoi du président et du ministre, du député et du sénateur. Sans parler de l’Europe qui « impose » ses règles (alors qu’elles sont négociées par les ministres de chaque nation à Bruxelles). Ils rejettent massivement les partis politiques de gouvernement, tant ils semblent de simples machines à élire, qu’ils fonctionnent entre copains et qui ne prennent pas en compte les besoins des « vrais gens ».

Ils réclament, cela ne vous étonnera pas, plus de participation…

Des référendums, à l’initiative du gouvernement ou d’initiative populaire, sur les sujets de société (mais pas sur la diplomatie, la justice et la police, ni sur la politique économique).

Plus de pouvoirs locaux aux collectivités territoriales (commune, communauté de communes, région) – avec le financement y afférent.

Un contrôle des élus par les électeurs, notamment par le non-cumul des mandats, l’abaissement du nombre des parlementaires – mais aussi par le pouvoir de démettre. Le 49-3 citoyen, bien que trop manipulable, donc dangereux pour le fonctionnement de l’Assemblée, va dans ce sens.

Un engagement citoyen plus que politique, qui permet de « refaire société » hors des partis mais dans les associations, les ONG, les mouvements. Ce pourquoi l’écologie est populaire en France, même si les « partis » écologiques et leurs politiciens à l’ego trop souvent gonflé ne font pas recette comme en Allemagne.

Pour répondre à ce désir de participer, ne faudrait-il pas que la France devienne, comme l’Allemagne, la Suisse et l’Espagne et même le Royaume-Uni – ses voisins – un Etat fédéral ? Les régionalistes seraient contents, les électeurs de « la France périphérique » aussi, la participation serait mieux assurée et les problèmes de bac à sable (type barrage de Sievens ou aéroport bis de Notre-Dame des Landes) ne remonteraient plus systématiquement à Paris en psychodrames nationaux. La France des régions s’intégrerait probablement mieux à « l’Europe », celle-ci étant moins vue comme un super-Etat jacobin que comme une association de régions semi-autonomes avec lesquelles il est possible de tisser des liens directs.

Alors, la démocratie : le pire des régimes… à l’exception de tous les autres ?

Catégories : Politique | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

La crise de 1929 et la nôtre en quatre chocs

L’examen historique montre que la crise de 1929 n’est pas homogène, elle comprend quatre chocs successifs qui se sont cumulés : un choc cyclique, un choc psychologique, un choc international financier et un choc politique dans chacun des grands pays touchés.

La référence à la Grande Dépression des années trente fait peur parce qu’elle a traumatisé l’Amérique et le système capitaliste tout entier en faisant chuter de 1929 à 1933 le PIB de 29%, l’investissement de 74%, la consommation de 19%, multipliant surtout le nombre de chômeurs (30% de la population active contre 6% aujourd’hui). Les années 1925-1929 ressemblent aux années 1995-1999 : progrès de productivité foudroyants, nouvelles technologies (électricité, transport, cinéma parlant), appétit pour les biens de consommation nouveaux (automobiles, radio, téléphones), croyance en de nouvelles règles de l’économie (Irving Fisher en octobre 1929 : « les actions ont atteint un haut plateau permanent »), multiplication des émissions d’actions (7,5 fois plus en 1929 qu’en 1926). Les années 2003 à 2007 n’ont pas connu cette même euphorie, il s’agit plutôt d’un trop-plein de liquidités avivé par une demande massive des pays émergents. Mais elles ont connu un boom de l’immobilier et un château de cartes fragiles sur les emprunts risqués (subprimes), « refinancés » en les transformant en titres de bonne notation (titrisation), et les disséminant dans les comptes des banques et des gérants d’actifs sur la planète entière…

dow-jones-de-1922-a-1939

1er CHOC : CYCLIQUE – L’éclatement de la bulle financière et la récession américaine, août 1929-janvier 1931, est classique. Les hausses des taux d’escompte décidés par la Réserve Fédérale américaine dès 1928 et début 1929 (de 3.5% à 6%) pour casser la spéculation boursière ont induit un sommet de l’activité en août 1929. Le krach a transformé une simple récession cyclique en crise, en raison du surendettement des ménages (40% du PIB en 1929 contre 25% en 1922) et du sentiment d’être appauvri (mais seulement 1,5 millions d’Américains passaient des ordres en bourse sur 122 millions à l’époque). La chute des prix qui accompagne la récession accroît le poids réel de la dette. La Fed de New-York (elle seule) baisse ses taux de 6% à 2.5% entre novembre 1929 et juin 1930. Le nombre des chômeurs passe de 1,5 à 4 millions. Une reprise a lieu début 1931.

2ème CHOC : PSYCHOLOGIQUE – Le contrecoup de la crise bancaire européenne, mai 1931-juillet 1932, est un imprévu. Les crises bancaires européennes (Creditansalt de Vienne le 11 mai 1931 puis panique générale en Allemagne le 13 juillet et suspension de la convertibilité or de la livre en Angleterre le 21 septembre) montrent qu’une monnaie de réserve n’est pas à l’abri : le dollar est attaqué et la Fed remonte ses taux de 1.5% à 3.5% entre mai et octobre 1931. Le public privilégie les encaisses liquides (contre les faillites bancaires), la consommation s’effondre comme l’investissement, les chômeurs deviennent 11 millions, cassant l’embellie de la production industrielle du début 1931.

3ème CHOC : FINANCIER – La bataille pour l’hégémonie mondiale et crise de l’étalon-or, novembre 1932-mars 1933, engendrent un bouleversement durable du système financier.

4ème CHOC : POLITIQUE – Chacun des grands pays touchés dérive vers l’autoritarisme ou vers la guerre : nazisme en Allemagne, fascisme en Italie, défaite puis pétainisme en France, gouvernement de guerre avec Churchill au Royaume-Uni, raidissement nationaliste aux Etats-Unis après Pearl Harbor.

1930-effets-de-la-grande-depression

Année d’élections présidentielles, 1932 voit s’amplifier le chômage (autour de 13 millions) et les rumeurs : M. Roosevelt maintiendra-t-il l’étalon-or ? Entre novembre 1932 où il est élu Président et mars 1933 où il prend ses fonctions, la défiance envers le dollar s’étend, ponctuée de crises bancaires, et le public accentue ses retraits en liquide, préférant cette fois thésauriser de l’or. La Fed remonte une nouvelle fois ses taux pour tenter de retenir le dollar et éviter de vendre ses réserves d’or. Roosevelt abandonne l’étalon-or le 6 mars 1933 et dévalue de facto le dollar de 41%. La dépréciation des grandes devises internationales par absence de coopération monétaire rend les prix américains trop élevés, menaçant les exportations et important de la déflation, surtout d’Angleterre.

La production industrielle repart dès 1932 (avant l’entrée en fonction du Président Roosevelt en mars 1933 et avant l’application de ses mesures de New Deal en 1934) : quand on ne tape plus sur la confiance, elle n’a nul besoin de paternalisme ou de bureaucratie pour renaître. Ce ne sont pas les mesures en elles-mêmes qui ont contribué à sortir du marasme mais l’effet d’annonce d’un changement de Présidence qui a suffi pour ranimer cette petite flamme fragile sans laquelle aucune économie ne saurait se développer : la CONFIANCE.

L’essence de l’économie résidant dans l’échange, il ne peut y avoir d’échanges efficaces sans confiance. Des baisses de prix importantes, durables, généralisées, sont désastreuses (la déflation) et il faut vite casser cet engrenage négatif. Elles compriment les marges des entreprises car les charges restent fixes (salaires, loyers, intérêts) ; elles découragent investissement et consommation (tout vaudra moins cher demain) et minent la confiance en l’avenir ; elles alourdissent la dette réelle car les remboursements sont fixes alors que les prix de vente s’écroulent pour vendre « à tout prix », cela fait chuter la valeur des entreprises ou des filiales à céder ; elles rendent inopérantes les baisses de taux car même si le taux nominal baisse, le taux réel est poussé vers le haut par la déflation. Seul ajustement possible aux entreprises : les licenciements. La spirale dépressive alors s’accentue, un chômage massif fait chuter la demande, donc la production industrielle, donc l’investissement. En 1929, les salaires font 60% du revenu national et la règlementation sociale n’est pas ajustée à cette mutation vers le salariat, alors récent aux États-Unis.

1935-embrigadement-allemagne

Le krach rend incertaine toute prévision sur l’avenir et toute évaluation des sociétés fondées sur la croissance (les analystes financiers, contents d’eux-mêmes, en ont pris pour leur grade !). Une radicalisation idéologique se fait jour pour trouver des boucs émissaires, recourir aux méthodes autoritaires afin de résoudre les problèmes et simplifier la pensée (entre la poussée des extrêmes et les “yakas” un peu partout). C’est la durée de la crise qui permet à ces comportements émotionnels, à la psychose collective, à cette angoisse d’une incertitude persistante, de se manifester dans la société, dans l’économie et en bourse. L’ampleur de la Grande Dépression des années trente tient à sa durée, chaque relance étant cassée par une crise nouvelle (industrielle puis bancaire, puis de l’étalon-or).

Nous avons connu depuis 2007 ces chocs successifs – et nous sommes actuellement dans le quatrième : politique. Le ralentissement cyclique perceptible aux États-Unis depuis le printemps 2007, le choc psychologique des subprimes dès juillet, et le choc financier qui en est la conséquence puisque ces crédits à risque ont été disséminés dans tous les comptes des banques et des assurances. La Réserve Fédérale américaine, comme les États, ont appris : pas de HAUSSE des taux pour soutenir le dollar, pas de refus de collaboration entre Banques centrales, une relance budgétaire massive et immédiate aux Etats-Unis (et pas 4 ans après comme en 1934).

2008-12-bilan-des-bourses-mondiales

L’élection présidentielle américaine a porté le premier Noir à la présidence, Barack Obama, triomphalement réélu au bout de quatre ans. L’économie s’est redressée, mais pas le pouvoir d’achat… La raison en est l’émergence massive des émergents, mais aussi les nouvelles technologies. La mondialisation n’a du bon que pour certains – et les exclus du système le font savoir en votant contre les sortants et pour des bouffons (un clown en Islande, un anarchiste amuseur en Italie, un saut dans l’inconnu au Royaume-Uni, un magnat animateur de téléréalité aux Etats-Unis… en attendant nos Mélenchon-Le Pen en embuscade). Les extrêmes se portent bien, l’égoïsme national aussi, le rejet de l’autre s’amplifie. Chacun pour soi, chacun chez soi est le mot d’ordre de crise.

Les vieux de 14 disaient en 39 « ils leur faudrait une bonne guerre » ! Ils l’ont eue – la défaite, l’occupation et la honte avec. Les fils ont tout changé et les petits-fils ont fait mai 68 avec les filles. Le monde avait su se redresser.

En prenons-nous le chemin ?

Sur la crise de 1929 et la Grande Dépression qui a suivi, de nombreux livres et études ont été publiés.

Mes conseils :

Sans doute le meilleur, Charles Kindleberger, La grande crise mondiale 1929-1939, Economica 1988, €29.00 

À compléter avec Charles Kindleberger, Manias, panics and crashes, 1978, réédité 2005, Palgrave MacMillan (en anglais), €44.03

Le Que sais-je? de Bernard Grazier, La crise de 1929, est un résumé, mais qui ne donne pas les clés, PUF 1983, €9.00

Une vision plus sociologique est donnée par Jean Heffer, La Grande Dépression 1929-1933, paru en 1976 dans la célèbre collection Archives Julliard (repris en Folio-Histoire en 1991), disponible en occasion €4.79

Une vision économique est développée (bien qu’un peu ancienne, 1954) par John Kenneth Galbraith, La crise économique de 1929, Petite Bibliothèque Payot 1988, €3.50

Une vision « littéraire » et politique à chaud fort intéressante de Paul Claudel, ambassadeur de France à Washington de 1927 à 1933, a été publiée par Erick Izraëlewicz en 1993 chez Métalié, La Crise, 251 pages, occasion €3.48

Des leçons pratiques de la crise pour notre temps et vos portefeuilles investis, Alain Sueur, Les Outils de la Stratégie Boursière, 2007, Eyrolles, €20.99

 

Catégories : Economie, Livres, Politique | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Justice démocratique ou lynchage populiste ?

Après Le Canard Enchaîné, Médiapart,u Envoyé Spécial, BuzzFeed, le Monde publie de nouvelles informations sous la plume des familiers du président, les journalistes Davet-Lhomme, et BFM-TV ajoute des infos sur la société de conseil Fillon. Ce qui suscite des vocations sur les politiciens de gauche, Benoit Hamon, Anne Hidalgo et Emmanuel Macron. Tous pourris ? Jusqu’où va-t-on aller dans le grand déballage moraliste ? Les journalistes eux-mêmes en seront-ils protégés ?

canard-enchaine-affaire-fillon

Lorsque l’on songe à représenter le peuple, nul doute que le peuple a le droit de savoir si c’est l’intérêt général qui motive le candidat – ou son intérêt privé. Ce pourquoi la transparence sur le patrimoine avant et après le mandat est une opération de salubrité publique. Un contrôle effectif – et indépendant – peut permettre d’éviter les tentations et de « conseiller » utilement le candidat sur les pratiques déontologiques ou non, même si elles sont légales. Ce qui est loin d’être fait : le copinage et l’esprit de caste règnent chez les parlementaires, les ministres et les technocrates comme partout ailleurs.

Nous ne sommes pas, en France, dans une société protestante (ils ont été « déchus de nationalité » sous Louis XIV dit « le Grand », soleil de l’univers représenté dans son palais de Versailles). Nous sommes dans une société catholique qui calque ses mœurs sur celles de la papauté : infaillibilité, hiérarchie, népotisme (les « neveux » du Pape). L’état d’esprit n’est pas celui de la vertu personnelle ici-bas qui permettrait seule l’accès au paradis, mais la grâce ultime qui viendrait de la contrition une seule fois dans sa vie, pour laver tous les péchés.

Ce pourquoi, dans les pays latin, la morale ne se confond pas avec le droit, ce que les étudiants apprennent en première année de fac. L’opinion supporte de moins en moins les privilèges de la classe politique car elle a l’esprit imbibé de séries commerciales moralisantes américaines – mais aussi parce que la gauche ravive le souvenir de l’abolition des privilèges lors de la nuit du 4 août 1789. Ce qui est salubre, mais risque de quitter la ligne de crête de la vertu pour tomber dans le populisme. Ne devons-nous élire que des Incorruptibles ? Un peu d’histoire (que l’on n’apprend plus guère à l’école, encore moins à l’école de journalisme) montre comment Robespierre dit l’Incorruptible a « dérivé » et combien le Soupçon généralisé a engendré la Terreur qui a failli mettre le régime à bas et le pays à merci des forces étrangères de réaction.

Car il n’y a qu’un pas entre exigence de transparence et soupçon, entre la simple vertu et la figure de l’Incorruptible. Les citoyens sont humains, ils élisent l’un des leurs pour les représenter : ils ne sont pas des dieux, pas plus que leurs électeurs. Qu’ils soient contrôlés et doivent justifier de leur propriété et de leur enrichissement durant leur mandat, rien que de plus normal. Mais pas plus. Ce qui relève de la vie publique doit être transparent, pas ce qui relève de la vie privée. Or les médias se repaissent du scoop et adorent jeter en pâture pour faire du buzz n’importe quelle information, vérifiée ou non, que les faits soient légaux ou seulement limites en termes d’éthique. La confusion est à son comble dans l’immédiat revendiqué, la course au fric par le scoop le plus croustillant livré avant tous les autres. Est-ce « moral » ?

Cela aussi, cette divulgation médiatique infâmante vouant au pilori un homme en vue, si c’est légal, est-ce moral ?

Curieusement, Edwy Plenel de Mediapart est d’accord avec cette analyse. Il dénonce « le système » et l’opération diversion de l’indignation morale : Fillon ne serait pas le candidat exigé par le système capitaliste mondial. Pourquoi pas ? Son analyse serrée a le mérite de remettre un peu de bon sens sur savoir si dame Pénélope a travaillé ou pas !

Le circuit du dossier Fillon aurait été, selon des sources informées, le suivant : Thomas Cazenave, ENA-promotion République, ex-directeur du cabinet d’Emmanuel Macron et Secrétaire général adjoint de l’Elysée en remplacement de Boris Vallaud (mari de Najat Vallaud-Belkacem), a remis les documents sur Fillon au cabinet de François Hollande. Ce dernier aurait transmis ces informations à Gaspard Gantzer pour en faire bon usage. Grand ami d’Emmanuel Macron (même ENA-promotion Senghor) le conseiller chargé des relations avec la presse, chef du pôle communication à la présidence de la République, est également proche de Dominique Strauss-Kahn – qui n’a pas digéré l’affaire de Lille visant à saboter sa candidature à la présidentielle 2012. Mardi 9 Janvier, Gaspard Gantzer aurait rencontré Michel Gaillard, directeur de la Rédaction du Canard Enchaîné (ami de François Hollande depuis longtemps) pour lui remettre les documents – qui ont été publiés.

Comme on le voit, c’est moins la vertu que la vengeance qui anime l’information, moins l’intérêt général du pays, des élections et du processus démocratique des primaires, que l’intérêt partisan.

Si la morale publique ne tolère plus les pratiques de jadis, pourquoi ne pas légiférer efficacement ? Le président Hollande a eu cinq ans pour le faire, que ne l’a-t-il fait ? Dénoncer ses adversaires en politique n’est pas plus moral qu’aller le dire à la maitresse dans la cour d’école – on reconnaît bien là l’un des travers de Hollande, une certaine lâcheté. Ce n’était pas mieux sous Sarkozy et Dominique Strauss-Kahn en aurait pâti… s’il ne s’était pas lui-même enferré dans le corps défendant d’une soubrette noire américaine.

La justice passera sur les révélations à épisodes de « l’affaire Fillon » et dira si elles sont condamnables ou pas, mais elle est lente car elle doit enquêter et respecter les procédures (et c’est heureux). Politiquement, légal ou non, le mal est fait. Doit-on annuler le résultat massif des primaires à cause de faits allégués mais non prouvés, de simple suspicion d’abus de pouvoir ou de népotisme ? Sans candidat légitime de remplacement, doit-on adouber n’importe quel aspirant comme le fit le parti socialiste avec Hollande lorsque Strauss-Kahn a failli ?

La répétition aujourd’hui par la gauche du montage imaginé hier à droite montre que le coup est très certainement venu de la gauche, confirmant les sources informées. De cette « gauche morale » qui adore donner des leçons à tout le monde alors qu’elle est loin d’être une oie blanche : n’est-ce pas Monsieur Cahuzac ? Monsieur Guérini ? Monsieur Kucheida ? Madame Andrieu ? Monsieur Dalongeville ? Monsieur Vallini ? Et tutti quanti…

Croire que l’argent et la politique seront séparés par la simple vertu, contrôlée par de sourcilleux journalistes en quatrième pouvoir, aiguillés par de judicieux lanceurs d’alerte au-dessus de tout soupçon d’intérêt personnel, c’est de l’hypocrisie. Le politiquement correct relayé et amplifié par les médias vise plutôt à empêcher de penser. Le temps de cerveau disponible (comme disait l’ineffable Le Lay) est accaparé par cette pub moraliste, au détriment des vrais sujets qui fâchent : terrorisme, chômage, pelote réglementaire, lois mal conçues, mal ficelée, mal appliquées, déficit public persistant, gaspillage de l’argent public (voir le tout dernier rapport de la Cour des comptes sur les tergiversations et atermoiements Hollande sur l’écotaxe… édifiant !).

rapport-cour-des-comptes-2017-deficit-hollande

La moraline est caquetage, nul n’est saint en ce bas monde, pas plus les dénonceurs que les dénoncés. Elaborer longuement un droit juste et le faire appliquer efficacement, voilà qui serait positif. Mais cela demande du travail de recherche, du temps grignoté par les mandats multiples, de la curiosité pour savoir comment font les autres pays, de l’audace pour violer la répugnance des élus (à gauche comme à droite), une formation approfondie des magistrats pour juger en droit et pas en opinion.

Justice n’est pas lynchage – c’est tout ce qui sépare la civilisation de la sauvagerie.

Or ces mœurs médiatiques, qui se calquent sur les habitudes de Trump et les accents complotistes à la Le Pen-Mélenchon, rendent la société plus sauvage qu’auparavant. La manipulation de l’indignation publique (la « vérité relative » prônée par Trump, qui touche les médias français à propos de ces affaires non jugées) va susciter probablement de l’abstention, une hausse des votes extrêmes (surtout à droite…), quelques ralliements au centre (si Macron ne se voit pas lui aussi cloué au pilori) – bien que la énième probable candidature Bayrou en Père-la-morale va probablement fusiller cette velléité.

Ce n’est certes pas « la gauche » de gouvernement qui en sort grandie, amplifiant un peu plus son rejet par les citoyens. Après l’opération mains-propres en Italie, c’est un Berlusconi qui en a bénéficié, pas les vertueux de gauche… Le rejet du politiquement correct aux Etats-Unis vient d’accoucher d’un Donald qui trompe le monde entier, confit en égoïsme et partisan du rapport de force (le « gros bâton » sexiste et machiste).

Espérons qu’en France nous puissions voir plutôt le peuple de droite républicaine faire bloc autour de son candidat désigné qui affirme son réalisme et sa volonté de gagner. Cela s’appellerait un retour de bâton – le dernier coup raté d’un François Hollande désormais à bout de course. Et cela permettrait l’exercice libre de la démocratie – qui est choix entre plusieurs possibles politiques.

La droite extrême – quasiment sûre de l’emporter si Fillon est empêché – représenterait le chaos que le Brexit, le Renzit et le Clintonit ont déjà commencé à étendre, en attendant le Merkexit, le Grexit – et quoi d’autre encore ? A jouer avec le feu…

Catégories : Politique | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Conservatismes

Comme il existe des progressismes, il existe plusieurs conservatismes : subi, graduel, radical. Car même ceux qui se qualifient de progressistes persévèrent dans le conservatisme de leur courant. Ils ne changent pas, seule change l’époque.

Le progressisme subi est celui du libéralisme, qui accepte ce qui vient, d’où que vienne le changement (du climat, des mœurs, des techniques, du mouvement social), mais avec l’habitude. Le courant récent va des radicaux sous la IIIe République à Emmanuel Macron, en passant par Pierre Mendès-France, Michel Rocard, Jacques Delors, Manuel Valls (avant d’être ministre, pas après) et… François Hollande (une fois élu seulement). Les modèles : Bill Clinton, Tony Blair, Gerhard Schröder.

Le conservatisme subiest le même : accepter ce qui vient, faire corps avec le changement en adaptant les lois et les mœurs, mais lentement, à son heure. Ce qui distingue progressisme et conservatisme subis ? La « bonne conscience » sociale : se dire de gauche est mieux valorisé, se dire de droite est plus le fait des retraités.  Centre gauche et centre droit, Macron et Juppé ou Bayrou sont proches, au fond. Le courant va des Girondins à Alain Juppé, en passant par Louis-Philippe, Alexis de Tocqueville, Antoine Pinay, Jacques Chaban-Delmas, Valéry Giscard d’Estaing, Raymond Barre, Edouard Balladur, François Bayrou. Accepter une interprétation humaine différente des mêmes lois de nature ou divines. La conscience s’améliore, elle « découvre » du neuf comme on découvre un corps en ôtant peu à peu le drap qui le recouvre. Ainsi des mathématiques : elles existent de tout temps comme règles d’organisation de (notre) univers ; les humains ont mis des millénaires pour peu à peu les mettre au jour ; ils ne les inventent pas, ils les révèlent – croient-ils. Les modèles sont les mêmes que pour les progressistes, avec Jean Monnet en plus pour l’Europe.

Le progressisme graduel est le réformisme, qui ne remet pas en cause le système global mais l’aménage progressivement – par exemple le socialisme ou le radical-socialisme. Valls ou Peillon l’incarnent aujourd’hui, un peu moins Montebourg (plus interventionniste), encore moins Hamon. Le courant est issu de la scission en 1920 de l’Internationale socialiste entre communistes (inféodés  à Moscou) et le socialisme (qualifié de trahison par les staliniens). La vieille SFIO de Guy Mollet (qui envoya le contingent en Algérie pour 24 mois au lieu de 18 en proclamant urbi et orbi l’Algérie française), et le Parti socialiste refondé par Mitterrand et Chevènement en 1971 jouent cette carte : radicalité en paroles (pour être élu) puis pragmatisme réformiste en actes (une fois au pouvoir). Martin Aubry, Laurent Fabius et les « frondeurs » sont de ce jet. Le (seul) modèle franco-français : François Mitterrand – autoritaire et manœuvrier.

Le conservatisme graduel considère qu’il existe des lois immuables, issues de Dieu ou de la Nature (par exemple l’hérédité), et qu’il est vain de vouloir changer l’homme – sauf par le dressage éducatif et les lois répressives. On ne change alors pas l’être humain, mais seulement son comportement par des lois normatives. Qu’elle soit acceptée ou imposée, la règle s’impose. Fillon suit cette voie, après Chirac (créé par Marie-France Garaud et Pierre Juillet), la politique est l’art du possible. C’est donc se faire « réactionnaire » que de réagir négativement à ce qui change trop vite – à gauche aux réformes des zacquis sociaux (par exemple Hamon qui abandonne le travail pour garder la redistribution, et qui veut « revenir » à la gauche 1981 avec certaines nationalisations), à droite aux réformes du mariage (hier le PACS honni, aujourd’hui accepté…). Ils acceptent 1789, revenir à l’avant 1968 suffit généralement à ces conservateurs graduels. Les modèles : Charles de Gaulle, Georges Pompidou, Jean-Pierre Chevènement.

gamins-sauvages

Le progressisme radical est celui qui veut renverser la table : changer le monde, changer l’homme, changer la nature ; donc le communisme, les divers gauchismes, et toutes les utopies d’avenir radieux. Mélenchon entre autres. Ce genre de courant utopique prolifère généralement en sectes et en sous-sectes selon les ego et les écarts théoriques : les innombrables ramifications écologistes, qui ont pris la suite des innombrables ramifications du gauchisme post-68, en sont l’illustration. L’écologie n’est pas chose sérieuse en France politique, juste un créneau où se faire mousser personnellement sans risques. Les modèles : Maximilien Robespierre, Mao Tsé-toung, Fidel Castro, Hugo Chavez.

Le conservatisme radical veut en revenir à l’avant 1789, avant les Lumières de la Raison dont l’orgueil trop humain bafoue les lois immuables établies par Dieu et par l’Ordre de l’univers. Ce courant s’est toujours révolté contre les changements trop brutaux : la Révolution (appelant à la Restauration), l’insurrection démocratique 1848 (appelant à l’empire Napoléon III), la Commune 1871 (appelant Thiers et la répression), la chienlit parlementaire 1934 (appelant les Anciens combattants), la défaite de 1940 (appelant la Révolution nationale), les accords d’Evian 1962 donnant son indépendance à l’Algérie de Belkacem (appelant à l’OAS), la chienlit sexuelle de mai 68 (appelant à l’Ordre nouveau), la loi Savary 1984 unifiant école publique et privée (appelant à la manifestation monstre), le mariage gai (appelant la Manif pour tous). Les lois sont des tables révélées qu’on ne peut contester : ainsi l’islam radical, le christianisme intégriste ou même l’athéisme souverainiste du Front national. C’est le seul conservatisme dont on peut dire qu’il est littéralement « révolutionnaire », dans le sens où il tente d’accomplir une révolution complète – comme les astres – ce qui veut dire un retour au point de départ… Faire l’Histoire pour établir la Perfection, disent les progressistes radicaux ; retrouver l’innocence parfaite par la rédemption, disent les conservateurs radicaux. Les modèles : Napoléon III, Mussolini, Poutine – voire Erdogan et même Trump (version souverainiste).

progressismes-et-conservatismes

Si les deux premiers conservatismes ne sont guère différents des deux premiers progressismes, le dernier est radicalement en miroir : l’un veut faire de l’humain un Dieu qui se crée par lui-même ; l’autre nie la liberté humaine pour se réfugier en Dieu et lui faire complète soumission. Les deux usent de la même méthode : la transparence. Il s’agit, pour la variante radicale des progressistes et des conservateurs, de l’utopie d’une nature et d’une humanité en parfaite concordance, d’un être humain en accord avec sa propre nature et avec la nature (ou la foi). La science positiviste du fait social pour les progressistes radicaux réactive – sans le voir – la théologie dogmatique des conservateurs radicaux. Les « progrès » du genre humain ne sont pas plus démontrables que les articles de la foi révélée (judaïque, chrétienne, islamique). Mussolini est à la fois le modèle autoritaire, souverainiste et populaire du courant Mélenchon (Mussolini activiste de l’aile maximaliste du parti socialiste italien) et du courant Le Pen (Mussolini des Faisceaux de combat et du parti national fasciste).

D’où la tentation du nihilisme de tous les radicaux. L’Histoire n’est Providence que si on le croit, donc le doute est ravageur… tout ne vaudrait-il au fond pas tout ? pourquoi ce choix plutôt qu’un autre ? La recherche du Génie « d’avant-garde » à gauche (Lénine, Staline, Mao…) et la quête du Sauveur à droite (Napoléon 1er et III, Pétain, de Gaulle…) sont l’aveu que ni l’Histoire, ni la Providence, ne sont évidentes à connaître. La soumission féodale à ceux qui affirment avoir des convictions ou l’attrait affectif de leur charisme suffisent à l’adhésion. Car spirituel et temporel sont ainsi mêlés, réconciliant avec soi-même. Comme si le monde n’était pas lui aussi mêlé et qu’il faille désirer le Bien en soi sur cette terre. Payer de sa vie est l’ultime « preuve » que l’on est dans la bonne voie car, de toute façon, la mort signe l’arrêt complet de toute voie pour la figer en éternité.

islamiste-pas-de-conclusions-hatives

Le tropisme radical de l’être humain, particulièrement fort à l’adolescence où l’envie d’action se conjugue aux idées courtes, n’a pas vraiment besoin de foi pour s’exacerber. Voter Le Pen ou Mélenchon, c’est tout un : peu importent les idées, ce qui compte est de foutre un coup de pied dans la fourmilière des nantis contents d’eux. D’où les Régionales, le Brexit, Trump, Juppé et Copé, Renzi… Mais quand la foi propose un cadre à la radicalité, le danger est immense de voir s’installer la Terreur : celle des jacobins en 1793, celle des bolcheviques en 1917, celle des gardes rouges en 1966, celle des gauchismes après 1968 avec les Brigades rouges, la Rote armee fraktion, Action directe, celle des salafistes aujourd’hui. La foi, qu’elle vienne de Dieu ou des hommes, fournit un justificatif aux pulsions violentes, sadiques et dominatrices, un cadre global au mal d’identité, un remède spirituel au mal être. Sans la foi, la radicalité n’est qu’un âge de la vie – avec la foi, elle est souvent la vie même… qui s’arrête par le sacrifice.

Comme si les radicaux ne pouvaient décidément pas accepter « ce » monde que les autres accompagnent ou font avec.

Les autres hésitent entre accepter le présent pour s’y adapter au mieux, ou « revenir » à l’avant : avant le tournant de la rigueur 1983 pour Benoit Hamon, avant la chienlit des mœurs de mai 68 pour François Fillon, avant la monarchie républicaine de la Ve République pour Jean-Luc Mélenchon, avant la constitution de 1946 et pour la Révolution nationale pour Marine Le Pen, avant 1789 pour les franges intégristes chrétiennes ou musulmanes (une foi, une loi, un roi).

Catégories : Politique | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

House of Cards 1990

house-of-cards-2dvd

Premier volet de trois saisons, probablement le meilleur, House of Cards inaugure la mode des séries politiques juste au moment de l’éviction de Margaret Thatcher. C’est dire si ça date… mais aussi combien cela reste d’actualité. Un remake américain a été réalisé par David Fincher en 2013 et semble avoir eu du succès (je ne l’ai pas vu). Mais la série BBC, en plus de 25 ans, n’a pris (presque) pas une ride. Ah si ! Ont disparu les ordinateurs à écran obus et aux lettres jaunes sur fond noir, les téléphones fixes à fil, la presse écrite tabloïd dans sa gloire et les vieilles carrosseries british aux ronflant moteurs diesel. Le monde a bien changé depuis… Sauf que l’être humain reste l’être humain et que tous les ressorts de la « politique » sont bien présents et subsistent : pouvoir, sexe, argent.

Les quatre épisodes de 55 mn (ancien format des séries) commencent par le vernis policé de la haute société anglaise et se terminent par la violence meurtrière du plus bas étage : première leçon de politique appliquée où le gant de velours de la bonne éducation masque la main de fer de l’ambition.

Francis Urquhart (Ian Richardson), chef de file (Whip) du parti, se voit refuser un poste de ministre dans le nouveau gouvernement issu des élections malgré ses bons et loyaux services au parti et au Premier ministre issu de la plèbe nouvellement élu. Déçu, il masque comme Richard III sa vengeance sous l’intelligence redoutable du complot. Deuxième leçon de politique appliquée, ne jamais faire de ses soutiens des ennemis.

Nous sommes dans le régime parlementaire pur, à l’anglaise, où le parti majoritaire gouverne sans partage, la reine n’étant chargée que d’inaugurer les chrysanthèmes et de symboliser le pays. Le Premier ministre Henry Collingridge (David Lyon) est choisi dans le parti par le parti et le chef de file est chargé de surveiller et punir les honorables membres du Parlement appartenant au parti afin qu’ils soutiennent la politique du gouvernement. Ils ont droit de critique, mais interne, et le chef de file sert de médiateur. Il est au courant de tous les petits secrets des uns et des autres et agit, en liaison avec les ministres et les principales figures, pour préserver une façade unie. Pas de « frondeurs » chez les Anglais ! En revanche, les petits meurtres entre amis sont de mise.

Et cela ne va pas manquer. Troisième leçon de politique appliquée, ne jamais donner prise à la moindre attaque. Urquhart, gentleman-farmer affable et bien élevé, va manipuler un consultant en communication Roger O’Neill trop adonné à la cocaïne (Miles Anderson), une jeune journaliste Mattie Storin (Susannah Harker) trop avide de coups et handicapée d’un complexe d’Electre (chercher en amour un père), un propriétaire de médias gras, brutal et vulgaire qui aimerait bien agrandir son empire, et des ministres ambitieux pour eux-mêmes – afin de devenir Premier ministre à la place du Premier ministre. En apparence fidèle et consciencieux, Urquhart va œuvrer dans l’ombre avec le cynisme requis, aidé par son épouse Elizabeth (Diane Fletcher), jamais en reste d’excellents conseils à la Lady Macbeth.

Les coups bas ne manquent pas et font les délices du spectateur – comme dans la vraie vie politique : faux délit d’initié de l’ivrogne frère du Premier ministre par la location d’une fausse adresse et l’ouverture d’un faux compte, enregistrement d’ébats sexuels d’un ministre concurrent, vieille affaire homosexuelle d’un autre, montée en épingle d’un incident lors d’une manifestation d’un troisième. Manipuler la presse est un jeu d’enfant, des scoops individuels d’initié aux coucheries consenties, et aux pressions venues d’en haut. Du grand art que Normal 1er aurait pu méditer avant de livrer ses confidences naïves à deux journalistes de (l’im)Monde. La formule favorite de Francis Urquhart, formulée d’une voix suave, reste dans les mémoires : « Vous avez tout à fait le droit de le penser, mais je ne peux faire aucun commentaire ».

Le titre de la série, House of Cards, est un jeu de mots difficilement traduisible entre House of Parliament et maison de jeu. Card signifie matériellement carte, mais aussi rose des vents, atout, programme, chardon, type (personne, un numéro). Le Parlement est ainsi présenté comme un tripot où tous les coups sont permis, un catalogue de politiciens-types girouettes ou épineux. C’est dire combien sont riches les consonances du titre en anglais classique.

Les batailles d’énarques paraissent bien frustes par rapport aux combats longuement mûris d’anciens élèves du collège d’Eton et de l’université d’Oxford, mais la politique est la politique. Quatrième leçon de politique appliquée, il faut être énergique, ambitieux et sans scrupules. Rocard, Barre, Balladur, Villepin et Juppé, trop « honnêtes » (en comparaison) et trop rigides, « droits dans leurs bottes », l’ont appris à leur dépens. Mitterrand Chirac et Sarkozy, vrais tueurs, ont su n’en faire qu’une bouchée. A qui le tour ?

Tragique et burlesque, nous sommes dans cette série anglaise au royaume de Shakespeare. Les Français ont trop tendance en politique à jouer du Corneille ou du Molière…

DVD House of Cards saison 1, série politique BBC écrit par Andrew Davies d’après un roman de Michael Dobbs et réalisé par Paul Seed, 1990, avec Ian Richardson, Susannah Harker, David Lyon, Diane Fletcher, James Villiers, Koba films 2013, €15.00

DVD House of Cards – l’intégrale – saisons 1, 2 et 3 (la 3 en VOST uniquement), Koba films 2015, €20.00

Remake américain House of Cards 2013 créé par David Fincher, €45.99 

Catégories : Cinéma, Politique | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Courage Fil(l)on(s)

Le tropisme trop français à se mettre de l’argent public dans les poches en toute discrétion pour faire comme les autres (à droite depuis Giscard comme à gauche depuis Mitterrand) est rattrapé par la morale basique qui vient de l’Internet anglo-saxon. Ce que le catholicisme absout, les aménagements à la loi s’il y a repentir à la fin, le protestantisme le récuse : chacun se doit d’être vertueux et transparent – ou disparaître de la vue.

Les cinq « affaires » qui sont attachées à la queue du chien Fillon par des éléments mal intentionnés envers lui, envers son parti et envers le processus électoral ne sont peut-être pas condamnables par la justice. Mais la com’ remplace le droit, le jugement moral la raison des faits, l’affichage de la vertu la vertu elle-même.

D’où vient le coup nécessite d’analyser à qui profite le crime. Plusieurs hypothèses :

La gauche au gouvernement, bien-sûr, qui est annoncée perdante et veut faire chuter l’opposant. C’est assez crédible, ledit gouvernement ayant tous les moyens de savoir (Parlement, Bercy) et tout le temps de peaufiner la stratégie qui consiste à choisir précisément cette date pour embarrasser une droite triomphante. N’est-ce pas ce que le sarkozysme avait préparé à Strauss-Kahn (l’affaire de Lille) avant que la pulsion imprévue à New York ne fasse éclater de lui-même à gauche le « candidat idéal » adoubé par Libération ?

L’extrême-droite ensuite, qui joue sur le velours du « tous pourris » seriné depuis des années – ce qui fait tactiquement passer au second plan les « affaires » qui touchent la famille Le Pen en ce moment

Les sarkozystes haineux évincés de leur candidat comme des investitures aux législatives : Henri Guaino, Rachida Dati – et pourquoi pas Jean-François Copé, humilié jadis à la tête du parti, humilié récemment à la primaire de droite ? Mais ce serait éliminer leur parti du second tour, jeu dangereux, sauf des partisans LR d’une alliance avec le Front national.

Les macronistes qui voudraient casser la dynamique Fillon et récupérer les voix du centre (d’où l’appel tout récent à Bayrou) ? Ce pourrait être le dernier pied de nez de François Hollande à cette politique qui l’a fort malmené, et une façon d’adouber son dauphin sans le dire, ambiguïté qu’il affectionne. Mais Emmanuel Macron n’a pour l’instant aucun vrai programme…

L’extrême-gauche qui veut casser le système et en appelle rituellement au grand chambardement et à la VIe République ? Mais il vaudrait mieux impliquer Hamon puis Macron que Fillon.

Les hackers « russes » ou les pirates anarchistes du net ? Mais pour quoi faire ? Le chaos en Occident comme l’élection de Trump ? Pour qui favoriser ? L’émergence d’un parti des extrêmes, nouveau Mussolini ou éructant Chavez ? Le retour de l’URSS sur la scène internationale ?

Comment parer le carambolage du processus électoral ?

Le handicap des gens de droite est qu’ils aiment les bottes et qu’ils ont tendance à se tenir droit dedans. D’où leur rigidité à réagir aux sales coups politiques. François Fillon est doué d’une grande force de caractère et ne lâche jamais, dit-on. Ce pourquoi « on » implique sa famille, façon de le déstabiliser là où il est le plus vulnérable.

Mais sa première défense est archaïque, primaire et sans effet sur le sentiment. La page Fillon pourrait être tournée par l’opinion avant de l’être par la justice. Jouer l’outré n’avance à rien : est-ce vrai ou pas ? Si c’est vrai, pourquoi ne pas assumer ? Les pratiques étaient ainsi jadis (« on » remonte jusqu’en 1988 !), se défendre est dire oui et prouver qu’un travail a été effectivement accompli, puis déclarer lancer un débat public pour réformer le système. Rien de plus, rien de moins.

Surjouer le déni offensé pour accuser la misogynie et évoquer un Complot n’est pas décent. Tenter de gagner du temps va au revers de l’opinion qui exige le tout, tout de suite, d’Internet et des réseaux. La génération Fillon n’est pas à l’aise avec le nouveau monde du net. Emmanuel Macron se défend mieux de ce genre d’accusations.

François Fillon a pour lui son charisme. Mais il est fondé non seulement sur le caractère, mais sur ce qu’il montre : cohérence, équilibre des idées, clarté du message. Montrer qu’il fait autrement qu’il ne dit, qu’il manie le mensonge ou l’omission tout en s’affichant empli de rigueur morale, est saper son charisme. Et faire douter ses partisans.

Qui d’autre en cas d’empêchement ?

Les Français plébiscitent Alain Juppé ; il serait le moindre mal – assez légitime pour y aller, rassembleur au-delà des Républicains. Pour le moment, il ne veut pas, ayant assez d’être « joué » contre les uns et les autres sans qu’il soit reconnu pour lui-même.

Certains, surtout dans le parti, en restent bloqués à Nicolas Sarkozy. Ce serait la pire chose pour la droite que de revenir sur le passé en flouant les électeurs qui sont venus massivement exprimer son rejet à la primaire.

sondage-harris-2017-candidature-fillon

Plus le temps passe et moins la situation est claire, plus les médias se focalisent sur l’écume des affaires au lieu de parler du fond : le chômage, la croissance, l’Europe, l’hostilité trumpienne, la menace poutinienne, la concurrence chinoise.

Assumer ou changer, c’est maintenant ! « Courage, Fillon ! » – ou « courage, filons… » ?

Catégories : Politique | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Hamon démissionnaire

Agiter le rêve au lieu de présenter du concret est soit de la démagogie, soit de l’impuissance. Il y a probablement des deux chez Hamon. Démagogie pour gagner contre Valls au Surmoi autoritaire qui hérisse les bobos libertaires ; impuissance à agir comme les autres pays européens qui ont su réformer à temps et dans le consensus – faute de savoir le faire, faute d’oser affronter les lobbies (la finance, les industriels, la bureaucratie européenne, les syndicats, les cheminots, les fonctionnaires…).

La croissance française est aussi « minable » (mot socialiste) que le gouvernement sortant : engluée, velléitaire, hésitante. Trop d’impôts, trop de strates administratives, trop de règlementations, pas assez de confiance, aucune stabilité pour les salariés, les indépendants ou les entreprises… la liste est longue des manques de la synthèse hollandaise. Cinq ans, c’est trop peu ? mais pourquoi alors, sous la « gauche plurielle » Jospin, avoir lâché sept ans pour cinq ? Par démagogie progressiste ? Par impuissance à déboulonner Chirac ?

Quand on ne sait pas, quand on ne peut pas, quand on ne veut pas, que reste-t-il ? Le rêve. Enfumer l’électeur est le B-A BA du politicien, l’opium du peuple. Les accros au cannabis en prennent pour oublier ce réel qui les meurtrit. Ils se sentent euphoriques un moment, dopés par les molécules. La retombée n’en est que plus cruelle – mais plus tard. Les lendemains qui déchantent sont leur lot quotidien. Il en sera de même des socialistes, bien mal orientés dans la voie du renoncement. Ce pourquoi le PS a des fuites, soit vers le gauchisme Mélenchon, celui qui ne veut surtout pas gouverner mais garder sa fonction tribunicienne à la Le Pen, soit vers le réformisme réaliste, revivifiant Macron que Hollande n’a pas osé adouber.

fumer-hedoniste-torse-nu

Lisant par hasard le tome 2 du Journal de Gide en ces temps de victoire hamoniste, je tombe sur le 21 juin 1940. André Gide évoque le maréchal Pétain, après la victoire de l’Allemagne sur une France non préparée, vivant sur ses acquis, lâchée par ses élites incapables. « L’esprit de jouissance l’a emporté sur l’esprit de sacrifice. On a revendiqué plus qu’on a servi. On a voulu épargner l’effort ; on rencontre aujourd’hui le malheur ». Trois jours plus tard, précisons-le, Gide déchante aussi sec : « Hier soir nous avons entendu avec stupeur à la radio la nouvelle allocution de Pétain. (…) Comment parler de France ‘intacte’ après la livraison à l’ennemi de plus de la moitié du pays ? Comment accorder ces paroles avec celles, si nobles, qu’il prononçait il y a trois jours ? Comment n’approuver point Churchill ? Ne pas donner de tout son cœur son adhésion à la déclaration du général de Gaulle ? » (24 juin, p.702).

Comment parler de gauche intacte après la primaire ? La France socialiste a perdu la bataille économique avec l’Allemagne, la France hollandaise a perdu la bataille politique en Europe, le groupuscule d’électeurs primaires hamonistes (en gros 1.2 millions de voix sur 45 millions aptes à voter) choisit comme en 40 la démission, comme avant 40 l’esprit de jouissance plus que l’effort, la revendication plus que le service. Croissance 2016 de 1.6% en Allemagne, de 1.1% en France ; excédent public 0.4% en Allemagne, déficit public 3.3% en France… L’Allemagne a fait des efforts après la réunification ; la France s’est laisser jouir une fois l’euro en place.

2017-2008-deficit-public-france-allemagne

Les mesurettes et réformettes socialistes depuis 2012 n’ont fait qu’agacer le social sans rien régler au fond, dépenser plus pour maintenir l’acquis, tout changer pour ne rien changer : les nouvelles régions n’ont pas fait diminuer le nombre de fonctionnaires territoriaux recrutés, les nouvelles mesures sur l’éducation n’ont en rien remis en cause le mammouth syndical qui centralise le corporatisme et empêche les bons profs d’être affectés dans les zones sensibles où leur compétences seraient requises, la hausse massive des impôts n’a pas réduit la dette, ni permis d’avancer dans les économies de dépense publique. De « mon ennemi » la finance au corporatisme syndical enseignant, RIEN n’a bougé, aucune pédagogie n’a été faite : « l’intérêt général » en sort perdant.

C’est contre cela que les sympathisants PS ont voté dimanche. Mais que veulent-ils en échange ? D’en faire encore moins et d’être payés plus en partant à la retraite plus tôt, d’évacuer le travail au lieu de le faciliter, de jouir en gratuité de tous les biens… mais seulement communs. De quoi donner très peu mais à tous, afin que l’égalité et la justice – ces grands maux de la gauche – soient respectés en apparence. Mais qu’est-ce que l’égalité dans le dénuement ? Qu’est-ce que la justice lorsque les emplois sont réservés à ceux qui apprennent et qui besognent ? Les socialistes ont viré Grincheux pour adopter Simplet, confirmant bien qu’il s’agissait de la primaire des sept nains, le dernier ne passant pas le premier tour.

« Nous avions à choisir (à Munich) entre le déshonneur et la guerre. Nous avons choisi le déshonneur et nous avons eu la guerre », disait Churchill il y a 77 ans. Les socialistes avaient à choisir entre l’hédonisme et le malheur. Ils ont choisi l’hédonisme et il est probable qu’ils auront le malheur…

André Gide, Journal II 1929-1950, édition Martine Sagaert, Gallimard Pléiade 1997, 1649 pages (1106 pages sans les notes), €76.50 

André Gide, Journal – une anthologie 1889-1949 (morceaux choisis), Folio 2012, 464 pages, €9.30 

André Gide sur ce blog

Catégories : Politique | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Utopie socialiste

Victoire sans appel pour Benoit Hamon à la primaire du PS. Exit le jacobin autoritaire Manuel Valls, welcome à l’internationaliste trotskiste des potes SOS et du syndicalisme étudiant. « La gauche », officiellement, désire comme avenir un retour à 1981 et au changer la vie. Dans ce monde qui évolue sans elle – et malgré elle – elle veut réenchanter l’utopie. Elle est « réactionnaire » par son vœux massif d’appliquer les idées (sinon le programme) de la gauche « d’avant ».

benoit-hamon

Amon-Rê à la peau bleue était le dieu soleil dans toute sa gloire, à Karnak en Egypte pré-musulmane, Amon le caché se révèle en fertilisant le monde de sa semence. Ne lésinons pas, Benoit Hamon, déjà Commandeur de l’Ordre de l’Aigle aztèque, se veut prophète, rassembleur des écolos jusqu’à Mélenchon et à ce qui reste de communistes. Né en 1967 et tombé dans la marmite mai 68 tout petit, enfant au Sénégal, il revivifie le mythe des îles du soleil.

L’analogie est frappante, en effet, entre Valls et lui : « Tout contrôler, tout évaluer, tout régenter [image de Valls]. Le mythe grec nous dit qu’alors son inverse [image de Hamon] devient utopie : tout laisser être, prendre les choses comme elles viennent, et les gens tels qu’ils sont ici et maintenant [donc le revenu universel puisque le travail s’ubérise, dans la suite du RMI créé par Michel Rocard et la fin du travail de Laurent Fabius lorsqu’il était général secrétaire du PS]. C’était cela dans l’antiquité ; l’exemple du « bon sauvage » au 16ème siècle ; le mythe hippie en 1968. C’est de cela que renaît le fantasme écologique aujourd’hui même… » Et celui de la gauche Hamon.

Vieux thème marxiste que celui de l’accord entre l’homme et sa nature, entre l’homme et la nature. Hamon y saute à pieds joints. « Le plaisir affectif y tient une grande place, au chaud dans la communauté [avec le 49-3 citoyen], où toute femme est la vôtre et tout enfant un fils ou un compagnon [tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, les immigrés bienvenus et avec droit de vote aux élections locales, et la masse de Syriens, Afghans, Libyens, Somaliens, Pakistanais, Ethiopiens et autres accueillis à bras ouverts par une France terre d’asile « riche » – et protégés par une police antidiscriminations]. Plus d’idéal républicain ni de laïcité affirmée, mais le relativisme du multiculturel métissé : tout vaut tout. Plus de socle électoral dans la classe ouvrière mais dans les marginalités étudiantes, banlieusardes et immigrées. De quoi engendrer une « réaction » là aussi – mais à la Trump avec toute la famille Le Pen en embuscade…

« Chaque homme va pêcher, tâter des différents métiers et administrer à son tour les affaires publiques [et des fonctionnaires vont de nouveau régenter les banques à nationaliser, aux ordres de l’Etat central, comme Haberer au Crédit Lyonnais jadis…]. Nul esclavage aux îles du soleil, nulle aliénation » [avec SMIC augmenté de 10% comme en 1981 et réduction du temps de travail comme sous Aubry – financé par la TVA diesel et la taxe sur les robots ?… et en laissant filer le déficit]. Est requis « l’accord de l’homme avec la nature et avec sa propre nature [après constitutionnalisation des biens communs] : tout est « bon », tout est « moral », tout est « béni » [y compris la consommation sans contrainte du cannabis et la procréation assistée pour tous].

Comment ne pas comprendre que les jeunes aient voté pour Hamon, ado attardé, volontariste du yaka, homme sans expérience – licencié d’histoire et politicien professionnel depuis un quart de siècle ? Comment ne pas comprendre que les gros bataillons du PS et des sympathisants aient régressé à sucer leur pouce comme « avant », comme avec Mitterrand et la gauche au pouvoir, comme en ce printemps 1981 qui n’allait déchanter (après trois dévaluations du franc) qu’en 1983 ?

Comment cette gauche-là pourraient-elle rassembler les insoumis et les réalistes autour de sa fronde utopiste ?

Nous soupçonnons cependant (mais peut-être à tort) que les discours de primaire sont des discours primaires – et que le candidat intronisé mettra de l’eau dans son vin, s’il en boit. Trump est en train d’en faire l’expérience, le réel impose ses cadres même s’il laisse une marge de manœuvre. La « politique » est cet art de chevaucher le possible qu’il faut être habile pour utiliser. Hamon a déjà reculé sur le revenu universel pour tous à 750 € par mois dès 18 ans ; il se contente de dire que ce sera… dans le futur.

On rase gratis a toujours été le mantra de la gauche utopiste – mais c’est toujours pour demain. Aujourd’hui, il s’agirait de retrousser ses manches pour faire le ménage chez ses propres pourris, réformer comme les autres et assurer de l’emploi : c’est bien trop fatiguant alors qu’il suffit de faire rêver !

Catégories : Politique | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Ou trouver la sagesse politique ?

« Dans les temps modernes, l’humble sagesse est la pensée la plus révolutionnaire du monde ». Ainsi parlait Jean Giono, mort en 1970 (Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix). Il faut dire qu’il avait connu l’imbécile guerre nationaliste de 14 et la xénophobie souverainiste des fascismes, nazisme, stalinisme et autres franquisme, salazarisme et pétainisme. Cette époque stupide d’hier, nous voici replongés dedans.

Après un demi-siècle d’humanisme libéral (et de hausse sans précédent du niveau de vie), voici que la crise séculaire, celle qui ne survient qu’une fois en un siècle, a lieu. Comme en 1929, la crise boursière a dégénéré en crise économique, puis en crise politique avec la montée de mécontentements, ressentiments et populismes. Il a fallu dix ans pour que la bourse retrouve ses niveaux d’avant crise, et deux ans de plus pour que l’économie reparte franchement… avec la guerre. C’était en 1941 aux Etats-Unis. Staline, Mussolini, Hitler et Franco étaient au pouvoir. Pétain venait d’être nommé chef de l’Etat avec une bonne partie des voix de gauche à l’Assemblée…

Nous sommes aujourd’hui, après la crise boursière de 2007 et la crise du crédit de 2008 (Etats-Unis) et 2011 (Europe), dans la phase finale : le système financier est stabilisé, des garde-fous instaurés (même si… les contrôleurs ne contrôlent que peu de chose, en fonctionnaires ignorant du privé). L’économie repart doucement (clairement aux Etats-Unis, réellement en Allemagne et alentour, très faiblement dans la France socialiste). La crise sociale a monté, la crise politique survient. Ce ne devrait pas être une surprise pour ceux qui regardent loin dans l’histoire (et pas seulement les derniers tweets à la mode).

C’est cependant un choc pour ceux qui s’étaient habitués à la raison, à la maîtrise, à la tempérance. Brusquement tout vole en éclat, élection après élection. Chacun connait la liste : régionales en France, Brexit au Royaume-Uni, Dutertre aux Philippines, Erdogan en Turquie, Renzi viré en Italie, Hofer en Autriche qui a frisé la présidence, Trump aux Etats-Unis. Restent les élections en France et en Allemagne avec la menace des partis extrêmes. Ils sont non seulement anti-immigration – ce qui peut se concevoir tant l’Europe n’a rien vu, rien prévu et ne fait rien – mais aussi anti-coopération : antieuropéens en Europe, anti-OTAN, ALENA et OMC aux Etats-Unis. Chacun pour soi, chacun chez soi, America first, établissons la forteresse.

Muraille de Chine illusoire, comme le mur d’Hadrien ou la ligne Maginot. Car le monde est interconnecté, volontairement (par les traités et alliances) ou non (par la pollution, le climat, la répartition des matières premières et des énergies fossiles). Seule la liberté des échanges permet un commerce florissant, donc des biens et services à coût concurrentiel pour tout le monde. Sans cette liberté, la Chine serait encore loin d’émerger, et « les petits Chinois » dans le même état de famine que dans les années 1960, lorsque l’on collectait des capsules métalliques de yaourt pour financer les dons – tout cela parce que Mao le génie sans faillir avait décrété le Grand bond en avant, c’est-à-dire l’anarchie brouillonne de tous sur tout (baptisé « révolution culturelle »). Un truc qu’un certain méchant con voudrait faire renaître en France.

edouard-balladur-fin-domination-occident

Où en est-on avant la présidentielle ?

A droite, un homme sincère de conviction. C’est-à-dire de vraie droite catholique et gaulliste (de Gaulle était catholique, mais oui ! pourquoi certains s’en étonnent-ils ?) : ce qui signifie souveraineté, autorité, ordre moral, Etat-papa disciplinaire et grondeur.

A gauche, un trident d’hésitation. C’est-à-dire de gauche qui se cherche dans le monde neuf des technologies et du net : ce qui prend trois chemins.

  1. Ou bien la « réaction » robespierriste à la Mao, le pouvoir au « peuple » (sous la houlette soigneuse de son seul et forcément génial leader), la révolution permanente, le fusionnel souverainiste de la nation en armes, tout ce que veut Mélenchon.
  2. Ou bien la fuite en avant hollandaise de la réforme assumée, avec un dirigeant jeune et d’inspiration chrétienne, qui fera du social tout en nageant comme un poisson dans l’eau en modernité, tout ce que veut Macron.
  3. Ou bien l’éternelle réinvention du même, au parti socialiste, avec l’un des sept nains de la primaire en cours, qui fera du Hollande en moins ci et en plus ça, pas vraiment efficace, pas vraiment social, poursuivant la lancée du je-m’en-foutisme depuis quarante ans et du déclin depuis quinze ans.

En ce sens, le revenu universel Hamon est le renoncement même : plus de travail ? pas grave, « les riches » paieront. Sûr que « les jeunes » adorent, eux qui se prennent la tête aux études, ne trouvent que des stages répétés et galèrent pour du boulot, réservés aux « inclus » avec expérience. Être payés à foutre et ne rien foutre, quel pied ! Mais ce projet « social » ne dit rien des causes – purement françaises – de ce chômage massif persistant, alors que les pays voisins – dans la même devise, avec les mêmes taux de crédit et le même prix du pétrole payé dans le même dollar – sont quasiment au plein-emploi et voient leur croissance meilleure (avec moins d’impôts, taxes et charges). Renoncer à réformer le code du travail, la bureaucratie envahissante, la fiscalité touffue, le travail parlementaire mal ficelé et trop dans les détails – tout cela ne serait donc pas « de gauche » ? Mieux vaudrait-il financer le non-travail que chercher à favoriser le travail ? Quelle est cette soumission au sort, au destin, au monde ? Quelle est cette fatigue de vivre et de se laisser posséder ?

mains

Chacun cherchera donc avec ses propres lunettes « l’humble sagesse » dans cette cascade de raidissement ou de populisme. Pour ma part, je considère qu’aller contre le courant redevient révolutionnaire :

  • c’est-à-dire contre la gauche qui se contente de ne vouloir rien changer ;
  • c’est-à-dire contre la droite qui se contente de vouloir revenir à l’avant.

Si Macron veut gagner, lui qui a l’avenir devant lui plus que ses concurrents, il ne doit surtout pas se rallier au PS – mais laisser les élus et les militants déçus du PS rejoindre sa voie.

Si Fillon veut gagner, lui qui semble avoir un projet cohérent de redressement national au sein d’une Europe revigorée sans les Anglais, il ne doit surtout pas se rallier aux Républicains – mais imposer ses vues, à la de Gaulle, au-dessus des partis.

La sagesse est de tracer son chemin, sans se laisser dériver par les réactionnaires de gauche ni par les réactions de droite. Vaste programme ! aurait dit l’Autre.

Catégories : Politique | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Adolf Hitler, Mein Kampf

adolf-hitler-mon-combat-nouvelles-editions-latines

La polémique à la française, que les intellos adôôrent susciter, court actuellement sur la réédition de Mein Kampf (Mon combat), écrit par un certain Adolf Hitler en 1924. Polémique imbécile, comme toutes les polémiques intellos à la française, qui révèle l’esprit de secte toujours présent ici, au rebours de l’esprit de libre-examen des sociétés protestantes alentour.

L’Allemagne – pourtant victime du livre – a réédité Mein Kampf, pour l’Histoire. Mais pas la France, qui hésite, moralise, intervient. Ils se disent laïcs, les intellos de la gauche bobo qui sévissent dans l’édition et les médias – mais ils agissent comme des curés de l’Eglise catholique : comme si le Texte devait obligatoirement passer par eux – par leur imprimatur ou leur Index – pour exister. Ils savent bien mieux que vous ce qui est bon pour vous, puisque la Morale est inscrite immuablement dans leur ciel des Idées. Et que c’est péché d’y déroger. Au lieu de laisser à chacun le choix de lire et de comprendre, ils assènent leur vérité révélée.

Mein Kampf existe un peu partout sur le net – et en français. Au lieu de proposer une édition commentée, historique, replacée dans son contexte, les intellos préfèrent « interdire ». Débattre n’est pas leur fort, puisqu’ils savent la Vérité. J’ai toujours pensé que cette engeance des clercs en bande, qui se croient du haut de leur savoir accumulé, n’était pas démocratique. En voici un exemple de plus.

Mais pourquoi reprendre Mein Kampf aujourd’hui ? D’abord parce que je ne l’ai jamais lu en entier bien qu’il ait figuré dans la bibliographie que tout aspirant à Science Po, en année préparatoire, était censé avoir lue au début des années 1970. Ensuite parce que notre temps, célébrant du bout des lèvres Mai 68 (c’est « tendance » chez les bobos), revient de plus en plus aux vieilles idées pétainistes, catholique moralistes, voire pires. La cause en est le vieillissement de la population, certes, mais aussi la crainte de l’avenir mondialisé entre capitalisme financier et terrorisme islamique.

Le capitalisme dans sa version ultralibérale américaine semble d’autant plus incontrôlable que l’ignorance française à son égard est abyssale, en raison de vieux préjugés cathos comme d’un enseignement marxiste sans faille depuis deux générations et d’un écologisme issu du gauchisme comme nouvelle Mission d’éclairer le monde.

Quant à l’islamisme, ce radicalisme que la majorité des Musulmans est loin de partager, il ramène trois siècles en arrière, à l’époque où Voltaire terminait sa correspondance par « écr. l’inf. » – écrasez l’infâme – mot de combat contre tout obscurantisme.

Hitler peut être lu dans la version 1934 des Nouvelles Editions Latines, reprise en 1973. On peut aussi le trouver en PDF sur Internet, à vous de chercher. Les deux volumes allemands de l’édition 1933 sont traduits en un seul, de 686 pages. Cette édition française fut « interdite » par Hitler lui-même à l’époque, tant il disait clairement ce qu’il pensait de tout le monde et ce qu’il voulait leur faire. Depuis, Trump, Poutine et Duterte font exprès de proférer des énormités – mais pas sûrs que les actes suivent – c’est toute la différence des époques.

Le livre, offert à tout ménage allemand des années 30, est assez indigeste, disons-le : mots simples mais style pensant. J’en retiens quatre thèmes, dont un seul présente encore un intérêt autre qu’historique de nos jours :

Les considérations politiques d’époque ont vieilli et s’étalent verbeusement.

Les délires racistes sur le Juif ne passent plus. Cette hantise paranoïaque servant de bouc émissaire à tous les maux de l’Allemagne n’est pas sensée. Il faut cependant la connaître parce que certains pays arabes d’aujourd’hui la reprennent telle quelle, complaisamment : ils n’inventent rien, ils répètent. La phobie sexuelle d’Hitler le poussait à « nettoyer », purifier, éradiquer, « dératiser ». Quand on fait des humains des bacilles, l’extermination par le feu et la chimie industrielle n’est qu’un second pas qui coûte peu. Notons que les salafistes, wahhabites et autres daechistes font des mécréants des « porcs » qu’on peut impunément égorger pour la plus grande gloire de Celui qui n’a rien dit de tel (le Coran a été parlé, pas écrit, et à l’oreille d’un illettré en plus, qui a dû traduire pour ses auditeurs, qui ont noté, recopié, déformé… et ainsi de suite. Comment voulez-vous que le texte littéral soit la voix même de Dieu ?)

Les éléments d’autobiographie hitlérienne, bien que choisis et magnifiés par son auteur, sont intéressants et vivants, mais servent surtout aux historiens pour comprendre le personnage ; ils ne disent rien de la société qui l’a porté au pouvoir. Or c’est toute une société qui est entrée en délire, pas un homme seul, même führer (voir les études de Chapoutot et Mosse).

jeunes-allemands-torse-nu

Restent les chapitres qui concernent la propagande politique. Là, c’est du grand art. Hitler était en avance sur son temps : la nécessité de la foi politique, l’art de la parole plutôt que de l’écrit, la tenue des réunions avec organisation de service d’ordre, l’usage de la force pour impressionner et s’affirmer, le marketing de « créer l’événement », le sens de l’image, affiche et cinéma – qu’a-t-on réussi de mieux depuis ? Mai-68 n’a-t-il pas efficacement repris ces vieilles recettes ? Elles ne sont pas hitlériennes, elles appartiennent à la modernité des media : image et son, mise en transe et émotion, sentiment océanique d’appartenir, manipulation des mots, choc médiatique pour devenir quelque chose, et ainsi de suite… Est-ce donc cela que craignent les intellos bobos ? Que l’on démonte et « déconstruise » (mot fétiche de leur doxa) leurs manipulations (constantes dans les médias) ?

hitler-orateur

Cela ne fait guère qu’une soixantaine de pages sur l’ensemble, à peine 10% du livre. Mais, pour cela seul, Mein Kampf vaut d’être encore lu par les gens raisonnables – ceux qui veulent comprendre. Tout aspirant politicien devrait le faire, en parallèle avec Que faire ? de Lénine et les écrits de Machiavel et de Mazarin.

adolf-hitler-mon-combat-kindle

Hitler est-il toujours dans la bibliographie conseillée aux étudiants de Science Po ? J’en doute un peu, tant le politiquement correct de la gauche conformiste, qui règne plus qu’ailleurs dans cette grande école technocratique parisienne, a dû passer par là. Hormis les recettes de propagande, Mein Kampf est aussi passé qu’un papier peint jauni jamais changé depuis l’époque kitsch.

Adolf Hitler, Mein Kampf / Mon combat, 1924, format Kindle 2016, 641 pages, prix non indiqué (peut-être faussement disponible sur Amazon France pour cause de politiquement correct « dénoncé » en 2014 ?)

Adolf Hitler, Mein Kampf / Mon combat, Nouvelles éditions latines 1932, 650 pages, €36.00 disponible sur le site de l’éditeur qui indique que : « La Cour d’appel de Paris a décidé, dans un arrêt du 11 juillet 1979, d’autoriser la vente du livre (édition intégrale en français), compte-tenu de son intérêt historique et documentaire, mais assortissant cette autorisation de l’insertion en tête d’ouvrage, juste après la couverture et avant les pages de garde, d’un texte de huit pages mettant en garde le lecteur. »

Disponible également sur chapitre.com

Catégories : Livres, Politique | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Qu’est-ce que le capitalisme ?

Le « capitalisme » – mot-valise – pas grand monde ne sait vraiment ce que c’est. Il est utilisé comme injure par les privilégiés d’Etat, comme explication totale de tout ce qui ne va pas par les petits intellos, par le grand méchant marché pour les écrasés de la domination. Or le capitalisme n’est pas « à bout de souffle », comme certains le prétendent, qui préfèrent leurs rêves à la réalité, imaginer un souverain Bien abstrait plutôt que creuser un tantinet cette même réalité.

Pourquoi ? Parce qu’il n’est pas un système « scientifique » ressortant d’une quelconque « loi de l’Histoire » (qui n’existe pas) – comme « la gauche » depuis le marxisme a pris l’habitude de le penser, dans le confort d’une doctrine toute faite qui évite d’observer et de réfléchir.

On retient en général six critères du capitalisme :

  1. propriété privée des moyens de production (au détriment des non-possédants)
  2. division du travail pour assurer la productivité (mais aliène le travailleur qui ne voit pas l’ensemble de son travail)
  3. employés non propriétaires des moyens de production (induisant une « inégalité »)
  4. entreprise comme aventure et risque (avec pour sanction la faillite)
  5. mesure du succès selon le profit (récompense de l’innovation et du pari) mais monopole temporaire (donc pousse à l’investissement, à l’innovation, à la recherche et à la prise de risques)
  6. liberté du marché où se confrontent offre et demande de produits et services (mais tendance au monopole, donc exigence d’une instance supérieure – l’Etat – pour faire respecter la concurrence)

Avant tout c’est un système économique efficace, mais le capitalisme induit une sociologie des acteurs entre possédants, non-possédants, fonctionnaires, enfin influe sur la politique par sa volonté de règles du jeu établies par les Etats.

fernand-braudel-la-dynamique-du-capitalisme

Le capitalisme est avant tout un système d’efficacité économique.

Il a toujours existé ; il existera toujours car il tend à produire le maximum (de biens et services) avec le minimum (de matières premières, de capital et d’humains), ce qui est à la fois rationnel, économique et même écologique (réfléchissez un peu). Pour Max Weber, le capitalisme est la rationalisation même des activités collectives, loin du bon-plaisir dépensier du pouvoir féodal ou des superstitions magiques des agriculteurs.

Le capitalisme, comme outil d’efficacité de la production, est politiquement neutre, en ce sens que des sociétés très différentes utilisent le capitalisme : les Etats-Unis république impériale, la Chine communiste à parti unique, la Russie démocrature, l’Allemagne social-démocrate, la France jacobine et étatiste, le Royaume-Uni monarchie parlementaire libérale, la Suisse fédérale et d’initiatives citoyennes…

Le capitalisme, comme appropriation privée a émergé dès le néolithique, lorsque les populations de chasseurs-cueilleurs ont troqué leur prédation nomade sur la nature sauvage contre l’exploitation d’un capital (cheptel, terre, forêt, lieu de pêche, carrière de silex, de sel ou de minerai) – en le protégeant de la prédation des autres. Sont ainsi nées au moins deux classes sociales distinctes : les pillards nomades et les propriétaires sédentaires. Coiffées parfois par un Etat, comme en Mésopotamie ou en Egypte, qui a inventé la comptabilité pour mieux prélever l’impôt sur la production et le soldat pour les armées. Le mot capitalisme provient d’ailleurs du latin « caput » – la tête de bétail.

retraite-fondante-sauce-hollandaise

Car cette façon de produire capitaliste induit nécessairement une sociologie des acteurs, un régime de propriété et un mode de comportement.

L’appropriation privée des moyens de production distingue ceux qui possèdent de ceux qui ne possèdent pas. Les premiers ont (par héritage, prédation ou effort personnel) le cheptel, la terre, le capital, les machines, les brevets ; les seconds n’ont que (par origine sociale défavorisée, éducation pauvre ou manque d’effort personnel) leur force de travail – déclinante avec l’âge – ce qui conduit Karl Marx entre autres à en faire une catégorie « exploitée ».

Ce jugement philosophique (et non économique, ni sociologique) entraîne la condamnation morale des possédants, censés être avides d’accumuler toujours plus d’argent. Mais cette dichotomie simpliste ne résiste ni à l’histoire, ni à l’observation du présent : l’éthique protestante de Max Weber a fait de la morale austère l’une des conditions de réussite du capitalisme industriel ; l’honneur du travail bien fait a créé, selon Michel Albert, la variante du capitalisme rhénan qui fait le succès de l’industrie allemande et suisse ; aujourd’hui, les plus gros capitalistes de la planète, Bill Gates, Steve Jobs, Warren Buffet, Elie Broad (de Kaufman and Broad), George Soros, ont pris la suite des Carnegie, Rockefeller, Kellog, Guggenheim, Getty – pour financer massivement des organisations caritatives mondiales. En France, le chef étoilé Thierry Marx a permis dès 2002 aux détenus de Poissy de bénéficier d’une formation en bac professionnel Restauration et il crée en 2012 une formation gratuite à la restauration destinée aux jeunes sans diplôme et aux personnes en réinsertion ; Xavier Niel, patron de Free, a créé une école d’informatique gratuite ouverte aux sans-diplômes.

Il y a certes des Bernard Madoff et autres « loups de Wall Street », mais qui n’a pas ses moutons noirs ? L’Eglise et ses pédophiles ? L’Administration et ses Cahuzac ? Le service public et ses profiteurs pris dans les « affaires » ? Les parlementaires avec leurs prébendes ? S’il fallait condamner « le capitalisme » parce qu’il existe des avides et des méchants, il faudrait condamner tout Etat, toute administration et toute église parce qu’ils en ont autant en leur sein… Le capitalisme est-il moral ? s’interrogeait le philosophe André Comte-Sponville – il montrait qu’en logique, c’est non ; le capitalisme n’est ni bien ni mal, il est seulement utile ou inefficace. A chaque ordre son rôle : l’économie n’est pas la politique – c’est à la politique de réguler le capitalisme – pas de le « condamner » ; c’est à la justice de faire respecter les règles – et de condamner les écarts – et c’est à la politique de définir ces mêmes règles et de donner les moyens à la justice.

Par-dessus les deux catégories des possédants et des exploités de Marx s’en est créée une autre, issue de la complexité croissante des sociétés organisées en Etats : la bureaucratie. Les fonctionnaires ou les managers salariés ne possèdent aucun capital (autre que celui – scolaire – d’avoir passé un concours ou d’avoir réussi des études) ; mais leur force de travail salariée est garantie à vie (retraite comprise), ce qui n’en fait pas des « exploités » mais des instruments des règles de droit d’une Administration. Comme hier les clercs de l’Eglise.

On ne peut donc pas affirmer que le capitalisme « se maintient en creusant le fossé entre les nantis et les pauvres », ni qu’il « fait endosser par l’Etat les effets d’une déroute financière ». Ce sont bien les politiciens qui ne font pas leur boulot de dire le droit et de surveiller et sanctionner les écarts à la loi, les politiciens qui cèdent aux lobbies de la finance, de la pharmacie ou du nucléaire – pas les « capitalistes » : ceux-ci ne font que maximiser l’efficacité de leur outil entreprise.

Ce que l’on peut dire en revanche, c’est que la mathématisation du monde, l’orgueil de la rationalité poussé au rationalisme, conduisent à la dérive de la raison, au tout-calculable, tout-quantifiable ; avec cet espoir utopique de tout prévoir et de tout contrôler. Jusqu’au transhumanisme visant à remplacer tout ou partie de l’humain par l’informatique et le robot. Les délires de la finance ont montré en 2007 combien la rationalité sans affect, l’outil sans ouvrier, l’économie sans politique, peut dégénérer. Mais cette finance n’a été contrôlée par personne, et surtout pas par les organismes d’Etat dont c’était pourtant le travail ! – aussi bien aux Etats-Unis adeptes de la transparence qu’en France étatiste donneuse de leçons. Quant au mot de François Hollande, « mon ennemi la finance », on sait bien ce qu’il est devenu : la démagogie électoraliste s’est heurtée à la réalité des choses. Pourquoi « honnir » plutôt que contrôler ? La faillite du politique est ici totale.

D’ailleurs, ceux qui disent le capitalisme fini ne savent pas comment il serait « remplacé »… Ni la décroissance prônée par certains, ni le troc proposé par d’autres, ni la vie en autarcies communautaires rêvée par quelques-uns ne peuvent remplacer la production de masse qui propose à tout le monde des biens et des services, l’organisation du commerce mondial qui évite la pénurie et les aléas climatiques, et l’innovation qui incite à proposer de nouveaux biens. Peut-être ceux qui rêvent de la vie monastique ou de la thébaïde à la Rousseau, sont-ils d’un âge déjà mûr pour aspirer à la tranquillité, ont-ils trop goûté aux fruits de la consommation pour s’en être lassés, ou sont-ils fatigués des changements au point de désirer la quiétude du pavillon avec petit jardin pour la retraite ? Je ne crois pas que les pays émergents, ni la jeunesse émergente ou développée, aient un quelconque désir d’austérité ou de contrainte.

Cela ne signifie en rien que leurs achats ne soient pas réfléchis, ni qu’ils ne veuillent pas éradiquer l’obsolescence programmée. Mais il existe des groupes de pression des consommateurs pour cela, des associations qui influent sur les lois – et des intellos qui, lorsqu’ils font leur boulot, mettent en garde contre les manipulations du marketing, de la pub, de la collecte des données, du panurgisme des réseaux sociaux, de la démagogie politicienne et ainsi de suite. Encore faut-il convaincre intelligemment, avec des arguments, et non se contenter de faire peur en prophétisant l’Apocalypse. L’écologie devra se faire avec les outils du capitalisme pour être efficace et « durable » ; ou elle ne sera qu’une religion de plus.

capitalisme-de-la-seduction

Pour s’épanouir, le capitalisme a besoin de la liberté des échanges. Ce que seule la politique peut lui donner, via l’organisation de l’Etat, l’élaboration du droit et un régime de droit libéral.

Les anarcho-capitalistes considèrent que l’État est dangereux et qu’il est possible de s’en passer en s’appuyant sur le « droit naturel », sa propre capacité de défense, et des organismes privés rémunérés. Dans la réalité, il n’existe pas de société capitaliste pure où tous les moyens de production seraient propriété privée et seraient exploités par leurs propriétaires de façon totalement libre sans concours et influence de l’État (via le droit de propriété, la justice pour faire respecter les contrats, les règles de concurrence et d’exploitation, les normes sanitaires et de pollution, les impôts, les infrastructures d’éducation, de santé et de transports…).

Pour les libéraux classiques, comme Alexis de Tocqueville ou Raymond Aron, le marché est un moyen de satisfaire les désirs, pas une fin en soi. Une économie dirigée, planifiée, autoritaire, n’a jamais résolu les inégalités ni les abus, l’histoire entière du XXe siècle le montre à l’envi en URSS, en Chine, à Cuba, en Corée du nord… Le respect des libertés fondamentales et des contrepouvoirs institutionnels permet d’éviter – en démocratie – la constitution de monopoles, ou la corruption des fonctionnaires par les industriels. La tentation existe (le lobby pharmaceutique sur les autorisations de mise sur le marché des médicaments, par exemple), mais le fait qu’il y ait « scandale » et que des mesures législatives fermes soient prises, montre que le système peut se corriger. Bien sûr, ceux qui sont persuadés de faire le bien des autres malgré eux, considèrent l’interventionnisme d’Etat comme seul instrument « moral » – montrant par là-même combien ils font peu de cas de la démocratie (le dernier exemple est le référendum sur Notre-Dame des Landes, dont ils refusent le résultat).

Le capitalisme n’est pas la liberté, mais partout où il y a liberté, il y a capitalisme. Ce pourquoi tous ceux qui préfèrent l’égalité honnissent le capitalisme ; ils lui préfèrent le clientélisme de parti et les privilèges de nomenklatura.

L’histoire du capitalisme montre ses capacités de mutation et d’adaptation :

  1. capitalisme foncier (mésopotamien, grec, romain, châtelains et gentilshommes fermiers, bourgeois propriétaires et gros fermiers, agriculteurs « industriels »)
  2. capitalisme commercial = fin moyen-âge (Venise 14ème) – mi-18ème (marchés, magasins, foires, changeurs et banquiers). Les sociétés par actions ont permis aux riches négociants de prendre un risque et de financer leurs expéditions (route de la soie, route des épices, route du thé). Le grand négoce est toujours resté sous le contrôle des gouvernements nationaux (doctrine mercantiliste). La dynamique du capitalisme a été bien décrite par l’historien Fernand Braudel.
  3. capitalisme industriel et bancaire = 19ème (révolution industrielle en Angleterre fin 18ème par le textile puis machine à vapeur, l’entreprise privée organisée)
  4. capitalisme multinational = début 20ème et surtout après 1945 (grande entreprise parfois transnationale, production et consommation de masse, concentration et lois anti monopoles, recours à l’épargne et émergence d’actionnaires différents des managers (John Kenneth Galbraith), régulation de la monnaie et du marché par l’Etat (John Maynard Keynes), les excès interventionnistes contrecarrés par la dérégulation Reagan et Thatcher – qui a conduit à l’excès inverse de la spéculation financière 2007 – et à la re-régulation des banques et des paradis fiscaux.)
  5. capitalisme monopoliste d’État = fin du 20ème siècle, tentative socialiste de transformer le capitalisme pour lui faire accoucher du communisme. A l’exemple de l’URSS et des pays de l’Est, il a été très à la mode en France sous la gauche Mitterrand (jusqu’au tournant de la rigueur… dès fin 1983) et en Chine post-maoïste (jusqu’à la crise récente).
  6. capitalisme cognitif = nouveau, il serait issu de la mutation des conditions de production, qui font de plus en plus appel au capital-savoir plutôt qu’au capital financier ou industriel. Inventer aux Etats-Unis et produire en Chine pour en faire le marketing aux Etats-Unis et dans le reste du monde permet de capter l’essentiel de la plus-value sur le produit fini. Mais l’émergence des pays et les coûts de transport croissants n’en font peut-être pas un modèle pérenne.
  7. capitalisme libertaire = est un réseau réel de travailleurs indépendants, de coopératives et mutuelles (adhésion volontaire, capital commun, décision une personne une voix, profit traduit en nature), de financement participatif (crowfunding). Mais le collectif reste bien capitaliste, l’efficacité primant sur la production, seule l’éthique (par exemple franc-maçonne pour les mutuelles d’assurance en France) pouvant assurer une redistribution différente du profit.

Le capitalisme est un outil qui prend de multiples formes, pourquoi donc rêver sans cesse d’un monde idéal où il n’existerait pas et qui serait sans aucun problème ? Ce sont les humains qui créent les problèmes, pas les outils. Car, malgré les tentatives libertaires (coopératives ouvrières) ou collectivistes (les « démocraties » populaires), ce monde idéal n’existe pas – sauf au monastère. Pourquoi ne pas se poser plutôt la question de savoir quel est le système qui donne le plus de chances à tous de poursuivre efficacement ses propres objectifs ?

Le capitalisme, système d’efficacité économique inégalé, fait fond sur la discipline et sur la responsabilité individuelle parce que l’erreur est sanctionnée et parce qu’il incite à la recherche, à la création, à l’innovation pour le bien de tous. Dans l’histoire, le développement des villes, de l’artisanat, l’apparition de la bourgeoisie sont liés à l’existence de la propriété – Marx l’avait bien noté, encensant le capitalisme et n’appelant qu’à son dépassement.

Est-ce pour cela que certains rêvent de déporter tous les bourgeois à la campagne, comme le fit Pol Pot ? Ou de revenir avant le néolithique pour empêcher la « propriété privée » ? Le rapport salarial entre patrons et employés selon le prix de marché du salaire (rapport contractuel) est un progrès par rapport à la contrainte d’Etat (socialisme « réalisé »), au servage (rapport féodal) ou à l’esclavage (rapport de force) – ne croyez-vous pas ? Surtout si chacun s’entend (par son vote) pour que l’Etat – au-dessus des intérêts particuliers – définisse des règles démocratiques valables pour tous. Encore faut-il avoir les politiciens au bon niveau.

Catégories : Economie, Politique | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Blanche-Gauche et les sept nains

Le parti socialiste veut résumer « la gauche » à son nombril. Malgré Macron et Mélenchon, il présente Hamon et Peillon, Valls et Montebourg, sans parler des figurants. Au premier tour, ces sept nains seront réduits à un – avec la mission de séduire Blanche-Gauche. Le spectacle est pitoyable : croyez-vous que la morosité du quinquennat Hollande soit expliquée, remise en cause, projetée vers la rédemption ? Mais non !

Car il ne s’agit pas, au fond, d’être présidentiable, mais d’être secrétariable. Ce qui se profile est un bouleversement du PS, et ces « primaires » ne sont que des motions déguisées de « courants » qui veulent se pousser du col. D’où ces « nains » présidentiels qui ne sont pas à la hauteur (même Valls, c’est un peu tôt après le bilan qu’il présente, et son reniement du 49-3, entre autres, montre combien il est avide de pouvoir et prêt à tout pour l’obtenir).

primaire-du-ps-les-7-nains

Quoi d’étonnant à ce que les Français, pas dupes, se foutent de ces billevesées ? Le premier débat n’a guère attiré que les militants et quelques sympathisants d’entourage ; il était ennuyeux, sans étincelle et – pire ! – sans avenir. Toujours le bal des promesses irréalisables donc jamais tenues ; toujours les coups de menton et les yakas de tribune, comme si le monde allait se plier au coqueriquage du petit gallinacé rose ? Comme si chacun allait adopter le « modèle français » ?

Par malheur, on le sait bien, on le voit bien : malgré les « politiques de gauche » sous Mitterrand, Jospin et Hollande, malgré le miracle de « la conjonction des astres » (baisse du pétrole, des taux et de l’euro), les exportations françaises n’ont PAS explosé (comme ailleurs), le chômage ne s’est PAS réduit (comme ailleurs), l’endettement n’a PAS diminué (comme ailleurs)… Au contraire ! Les gros impôts (plus qu’ailleurs) sont allés à la dépense publique (plus forte qu’ailleurs) sans aucune incidence positive sur l’économie ni l’emploi.

Les entreprises françaises ne sont PAS compétitives

Les économistes ne cessent de sonder leurs entrailles pour savoir pourquoi. Patrick Artus, de Natixis, observe que les coûts de production de l’industrie manufacturière en France sont trop élevés pour la moyenne gamme des biens fabriqués. Vendre au prix allemand des produits de qualité espagnole est un mauvais rapport qualité/prix sur le marché international. Ce n’est pas la productivité qui pèche, mais le niveau de cotisations sociales imposées aux entreprises ET aux salariés, qui empêchent les premières d’investir et les seconds de dépenser (comme ailleurs). Les bas salaires sont donc trop élevés en brut pour la compétitivité comparée. Et les candidats à la primaire de déclarer qu’il faut les augmenter ! Par quel impôt supplémentaire ? Par quelle baisse de cotisation salariale ? Par quelle redistribution hors norme ? Pas grave, disent-ils, yaka.

Par exemple obliger les entreprises à subir la férule de l’Etat

Montebourg veut nationaliser les banques qui ne joueraient pas « le jeu » (celui du politique), exercer une « influence patriotique » au sein des conseils d’administration des entreprises du CAC 40, faire de l’Etat le grand stratège économique. Comme si le meccano industriel des années Mitterrand ou Jospin, ou Hollande, avait fonctionné, avec sa kyrielle d’egos incompétents tous énarques de gauche – qui ont mené à la faillite « leurs » entreprises (Haberer au Crédit Lyonnais, Messier à Vivendi, Blayau, à Moulinex, Bilger à Alsthom, Tarallo à Elf-Gabon, Bon à France télécom, Cirelli à Gaz de France, Gallois à la SNCF, Minc à Cerus, Roussely à EDF, Albert aux AGF, Attali à la BERD, Lévêque au CCF, Lion à la Caisse de dépôts, Bonin au Crédit foncier, Moussa à la banque Pallas, et ainsi de suite…). « Arrogants », « inadaptés à l’entreprise », « technocrates », les énarques voient leur prestige s’étioler dans le privé, écrivait-on en 2008 déjà. Et les sept nains voudraient que « l’Etat » – c’est-à-dire ses fonctionnaires les plus prestigieux (sortis donc de l’ENA) pilotent, surveillent, et procèdent dans les entreprises ? Mais dans quel monde de l’entre-soi élitiste sont-ils ?

L’étatisme jacobin a prouvé sa faillite, tandis que le fédéralisme allemand des länders a montré sa réussite ; le collectivisme marxiste a prouvé son inanité, tandis que le parti communiste chinois a montré que laisser faire l’initiative privée est utile et profitable à la collectivité. Montebourg, qui matamore sur les plateaux, a dépecé Alstom en ne gardant QUE ce que le privé ne veut pas… Et c’est « ça » sa bonne politique économique ? Le point d’efficacité maximum est-il de faire construire des TGV pour rouler sur les voies de banlieue à vitesse réduite ?

Par exemple obliger à consommer français.

Mais le protectionnisme n’a jamais marché car la rétorsion est immédiate. Que l’on impose des normes sanitaires ou un cahier des charges, que l’on passe par la justice comme aux Etats-Unis pour sanctionner le contrat non-tenu (par exemple sur la pollution diesel), cela va bien. Mais ce n’est pas ce que proposent les sept nains ! Si Donald roule du tweet pour faire du protectionnisme, il ne change pas la loi : il applique seulement celle du plus fort, carotte et bâton. Pas de paperasserie supplémentaire mais des impôts en moins. Est-ce cela que proposent Montebourg, Valls, Hamon, Peillon ? Pas le moins du monde : il s’agit toujours plus de surveiller, réglementer et taxer… La carotte (bio) attendra.

Nous sommes en Europe et sans l’Union européenne la France n’est qu’une puissance de rien du tout – surtout si elle doit financer toute seule son armée et ses entreprises, ne produire que pour les Français et distribuer à guichet ouvert du pouvoir d’achat ! Changer le monde est une vieille utopie, que les sept nains n’ont pas reniée. Mais le monde change de lui-même et, pour l’infléchir, on ne peut le faire tout seul. La France a besoin de l’Europe, et ce n’est pas en donnant des leçons de social et en exhibant l’inefficacité crasse de la « Dépense publique » (l’école ne cesse de reculer dans les classements…) que l’on convaincra les autres (qui s’en sortent mieux pour moins cher) à imiter nos socialistes en délire social.

Le revenu minimum pour tous ? Si l’on calcule le montant réaliste, sans financement supplémentaire, on aboutit à 350 € par mois. Pas de quoi enflammer les flemmes ! Mais la dette, si, si l’on veut distribuer 700 € par mois à tout le monde.

7-nains

Les sept nains du conte de Grimm ont été nommés par Disney « Prof, Grincheux, Simplet, Atchoum, Timide, Dormeur, et Joyeux ». Je vous laisse deviner qui est qui entre les candidats putatifs. Rappelons que ces travailleurs des mines (qui ne se pavanent pas de bureaux de luxe en plateaux de télé) considèrent Blanche-Neige comme une mère pour eux. Qui fait le ménage, la cuisine, et tient le chalet en ordre… jusqu’au retour du Prince charmant !

Blanche-Gauche se livrera-t-elle au jeune Macron ou au méchant Mélenchon plutôt qu’au fringant Hamon ou qu’au prof Peillon ? Hon ! hon ! On verra bien.

Catégories : Politique | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Mélenchon, méchant bon

J’ai eu l’heur de publier sur ce blog en 2011 une note sur Jean-Luc Mélenchon, politicien entre Péguy et Doriot. Un lecteur l’a retrouvée et la commente cinq ans et demi plus tard comme digne d’actualité. Je l’en remercie et, comme les commentaires sont fermés sur les notes après un à deux mois – pour ne pas susciter des « polémiques à la françaises » aussi vaines que stupides, une fois l’actualité passée – il a publié son avis dans la rubrique « à propos ». Comme ce n’est ni le lieu pour le lire, ni pour débattre d’un sujet en particulier, je me permets de replacer dans le fil des notes ce commentaire de grand intérêt, que j’accompagne de quelques réflexions. Le débat est ainsi ouvert, quelques mois avant les prochaines présidentielles en France, et quelques semaines avec les primaires des sept nains du PS.

jean-luc-melenchon-a-montpellier

« Bonjour, votre article de 2011 sur Mélenchon, Péguy et Doriot m’a paru intéressant, y compris en 2016-2017.

Le temps rectifie cependant quelques unes de vos idées, comme l’opposition de Mélenchon à l' »aigle » russe…

Le rapprochement avec Doriot me paraît, quoiqu’il en soit, pertinent, sinon comme stricte analogie du moins comme hypothèse-guide.

Au passage, d’autres idées de votre article me paraissent approximatives. Ainsi, le bien-être des ouvriers de l’automobile est une légende (qu’il s’agisse de Toyota, de Ford, de Renault, de Fiat, en 1970 ou 2016, que l’organisation soit fordiste ou par groupes de qualité).

Mais pour rester au centre de votre article : avec Mussolini ancien leader socialiste, Doriot évoluant du PCF à la collaboration pro-nazie, l’opportunisme narcissique (et l’insécurité mal compensée qui peut-être va avec) engendre bien des vicissitudes et les parcours sont souvent TORTUEUX et chez les apprentis caudillos. « Le futur Duce de l’Italie fasciste est élevé par un père forgeron et militant anarchiste et une mère institutrice et très religieuse (catholique). »

Je crois que les méthodes et de style de Mélenchon, les fantasmes qui s’échappent parfois de sa bouche par manque de maîtrise et par sincérité semi-volontaire…, tout cela permet de voir qu’il n’est pas tel qu’il apparaît à ses suiveurs et à ses électeurs.

Les indices d’une idéologie vermoulue et réactionnaire sont pourtant assez patentes. Il doit lui-même faire des rectifications fréquentes, sur un mode agressif et embarrassé, ou encore rectifier son programme pour tenter de les intégrer et sauver la face. Voir ici ses vœux. La stance à l' »universalisme » (blah blah…) inciterait à nuancer le rapprochement avec Péguy… et à mieux cerner le caractère opportuniste du bonhomme.

Politiquement incohérent, il n’en serait pas moins nocif, selon moi, s’il en avait les moyens… Mais son style et la confusion qu’il trimbale ne sont pas des caractères isolés dans les mouvances militantes et semi-intellectuelles de notre époque.

Merci pour votre article et pour certaines pages de votre blog.

Pierre Grimal »

Ce qui est intéressant est que l’étude sur le bonhomme Mélenchon a peu vieilli : le politicien est toujours « méchant » par haine personnelle contre la société, qu’il sublime en la projetant sur « le peuple ».

Il veut évidemment en faire « le bien » malgré lui, au peuple. Ce pourquoi il est un méchant bon.

Mais il ne peut aller dans le sens du peuple qu’en résolvant ses propres contradictions venues de l’extrême-gauche trotskiste-lambertiste : internationalisme ? le peuple veut du nationalisme ; anticapitalisme ? le peuple veut surtout du boulot ; écologisme ? le peuple ne veut pas régresser au moyen-âge ; démocratie directe ? le peuple veut bien participer, mais pas gouverner, ça l’ennuie – son individualisme exige épouse et pavillon, DVD possédés et quant à soi préservé. Pas sûr que la Grande transparence robespierriste de Mélenchon soit en phase avec ce que veut le peuple…

J’écrivais aussi sur ce blog en 2012, à propos de Mélenchon, le malentendu qu’il provoque (et continue de provoquer) :

  • Quand on est né en 1951 on n’est plus vraiment jeune,
  • Quand on a occupé depuis trente ans les fromages de la République, nanti d’un patrimoine frisant l’ISF et d’un revenu égal à cinq SMIC.
  • Quand on a voté oui à Maastricht et qu’on reste député européen.
  • Quand on se dit trotskiste lambertiste (dont une fraction a soutenu Marcel Déat en 1941, socialiste autoritaire devenu collabo parce qu’antilibéral et anti-anglais, ministre du Travail de Pétain).
  • Quand on est pétri de toutes ces contradictions, comment convaincre dans la durée ?

Le rassemblement des mélenchonistes apparaît bien hétéroclite.

Mais veut-il vraiment gouverner ? Je me posais la question en 2014 sur ce blog. La posture du Commandeur, Victor Hugo tonnant du haut de son exil, est bien plus valorisante pour ce théâtral politicien, que la discipline de chaque jour des affaires à régler par compromis… Le fusionnel d’une Assemblée unique et d’un gouvernement direct, me paraît une compensation personnelle pour un gamin frustré de père à 11 ans qui semble ne jamais s’en être remis (ce qui me navre) – mais pas un remède au mal français qu’est l’immobilisme d’âme paysanne et la répugnance à changer (si bien servis par Chirac puis Hollande).

Yaka et encore yaka, résumais-je en 2016 dans un billet de blog, sur les outrances de l’extrême-gauche, Mélenchon inclus. Je n’ai pas changé d’avis depuis. Mélenchon aime gueuler, pas gouverner. Car gouverner, c’est prévoir, et ne pas suivre le vent du peuple selon qu’il girouette de l’est à l’ouest ou du nord au sud. Mélenchon se positionne comme national-populiste, qu’il le veuille ou non. Il ne veut pas de Poutine comme Grand frère, même s’il admire probablement sa façon, de faire. Donald Trump aussi… Mélenchon est adepte non de la démocratie mais de la démocrature – la dictature, mais du Salut public, de la Patrie en danger – tout ce que Castro a réalisé durant ses quasi 60 ans de règne autocratique sans partage.

Un grand méchant, Mélenchon, même s’il se veut un méchant bon.

Les commentaires sont ouverts sur cette note pour 40 jours

Catégories : Politique | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Pourquoi cette gauche a fait pschitt !

François Hollande, président par le hasard du sexe (celui de DSK), est un technocrate scrupuleux, un gestionnaire de synthèse, un manœuvrier de la petite politique – pas une incarnation de la grande Politique. Il ne voit pas loin, il n’a pas de projet pour la France, il ne propose que des mesurettes catégorielles. Après l’Agité perpétuel, il fut un temps reposant ; mais ses frasques féminines, comme l’autre, ses hésitations sempiternelles de centrisme honteux, de socialisme tactique, de leadership complaisant, l’ont vite déconsidéré.

Que va-t-il laisser ?

Une France moins libre, dopée à l’état d’urgence permanent faute d’oser des lois fermes, discutées clairement et appliquées sans tergiverser (comme ces drones qui survolent l’espace « interdit » des centrales nucléaires et qui ne sont pas descendus, comme ces « expulsions » qui ne se réalisent presque jamais, comme cette « jungle » de Calais qu’on devrait tout simplement renvoyer aux Anglais en laissant passer les migrants, comme cette Leonarda à la famille indésirable mais qui pourrait quand même rentrer…). Etat d’urgence causé par état d’âme… quelle triste démagogie !

Une croissance en berne par rapport aux autres et par rapport à la tendance française précédente, faute d’oser, faute d’avoir « renégocié » avec l’Europe, faute d’avoir entrepris les réformes structurelles nécessaires (et de s’y être pris comme un manche sur la loi travail !). La France se redresse moins que la moyenne, tirée par la demande en Europe, elle-même favorisée par la baisse de l’euro, du pétrole et  par la politique de taux bas et de distribution du crédit par la Banque centrale européenne. Ce n’est pas la politiquette électoraliste hollandaise qui fonctionne, mais bel et bien la politique monétaire globale de l’euro. Pas de quoi pavoiser ! Amateurs et interventionnistes, les socialistes n’ont jamais rien compris à la complexité de l’économie. Ce n’est pas la volonté qui compte, le sérieux des sourcils froncés et de la trique – mais la confiance qui émerge (comme sous Jospin sans le vouloir), autrement dit le laisser-faire des gens dans leur liberté. Comme le montre la courbe de tendance ci-dessous, l’écart entre les performances de la France et la tendance s’est aggravé depuis 2012 et l’intronisation de Normal 1er.

croissance-hollande

Une France à la dépense publique seulement modérée, sans remise en cause de tout ce qui n’est pas du ressort de l’Etat, avec un endettement maintenu, des impôts massifs, redistribués par saupoudrage, sans orientation nette – de peur de mécontenter les lobbies des niches électorales !

Ce rapport n'est curieusement plus accessible sur le net. Le régime français de monarchie technocratique reste bien loin des standards parlementaires d'enquête et d'analyse.

Ce rapport n’est curieusement plus accessible sur le net. Le régime français de monarchie technocratique reste bien loin des standards parlementaires d’enquête et d’analyse…
Je l’envoie par citoyenneté en PDF à qui le demande par mail.

Hollande adore les impôts, et la petite cuisine ponctionnelle. Un rapport d´information du Sénat, fait au nom de la commission des finances sur l’évolution des prélèvements obligatoires entre 2012 et 2016, montre que la ponction fiscale « provisoire » de l’été 2012 « a touché largement les ménages, y compris les plus modestes », même si elle a touché aussi les classes aisées ; « l’abaissement du plafond du quotient familial à 2000€ a eu des effets sur les ménages appartenant résolument à la classe moyenne ». Au total, c’est 30 milliards d’euros d’impôts qui se sont abattus en 2 ans sur les ménages… amenant un « un véritable ‘ras-le-bol fiscal’, pour reprendre les termes utilisés par le ministre des finances de l’époque, Pierre Moscovici. » Plus les hausses de cotisations sur les retraites pour 3.5 milliards, intervenues en 2014. La fiscalité des ménages s’est à peu près stabilisée depuis 2015 – mais reste « plus élevée de 31 milliards d’euros en 2016 qu’en 2011 ». 35 milliards, analyse de son côté l’OFCE. Au total, « Ceci indique, d’une part, que les ménages ont eu à supporter l’essentiel des efforts de redressement des comptes publics et d’autre part, que la décélération de la pression fiscale ne profite pas véritablement aux ménages » (p.27). Les entreprises ont été initialement maltraitées, avec une hausse de 15.5 milliards en 2012 et 2013… immédiatement suivie d’une baisse avec le CICE et le Pacte de responsabilité, aboutissant à une baisse cumulée de 16 milliards d’euros entre 2012 et 2016. Cette incohérence a cassé la prévision économique et empêché d’investir.

2017-2012-35-milliards-d-euros-sur-les-menages-par-hollande

Un bilan très médiocre

Entre démagogie « de gauche » et inconstance fiscale « d’hésitation », « l’assainissement des finances publiques a été moins rapide en France que dans le reste de la zone euro, ce qui explique que notre pays continue d’afficher un déficit public et une dette relativement plus élevés » p.50. « Entre 2011 et 2015 la part de la dette publique dans le PIB a crû de 11 points en France, contre une moyenne de 4,3 points dans la zone euro » p.52. Au total, « Force est de constater qu’au cours de cette période, l’effort structurel a reposé pour deux tiers sur les mesures nouvelles en prélèvements obligatoires et pour un tiers seulement sur des efforts en dépenses » p.54. Taxer est toujours plus facile que de réfléchir et de convaincre… Amateurisme et petits pas précautionneux font-ils une politique ?

Les ménages inquiets dépensent moins, les entreprises investissent au minimum et n’embauchent pas – et tous ces efforts semblent pour rien : « la France affiche toujours des coûts salariaux parmi les plus élevés de la zone euro, principalement en raison du niveau élevé des cotisations sociales patronales », selon les services de la Commission européenne en février 2016. Ce qui explique pour une grande part le chômage français. La France immobiliste est désormais moins riche que la moyenne européenne à 97,4 alors que l’Allemagne qui a su se réformer est à 113,3 (l’écart n’était que de 2,1 points en 2000).

2017-2010-prelevements-obligatoires-hollande

La faute n’en est pas seulement au président Hollande (qui a « fait HEC »), mais aussi à cette gauche bobo qui se croit plus que tout (et encore aujourd’hui) le moteur de l’Histoire. Depuis que le mur de Berlin est tombé, la mondialisation du marché, de la démocratie, de la culture occidentale ont semblé constituer les étapes triomphales de l’Universalisme enfin en voie de se réaliser. Vivent les « progressistes » : aussi arrogants que bêtes au fond, ils « croient » que leur situation matérielle, politique et morale confortable va faire le bonheur de tous. D’où les « droits » sans cesse étendus aux lesbiens gais bi trans, aux migrants sans frontières, au théâtre de rue sans public, aux enfants de confort pour les stériles, aux urgences pour la bobologie ; d’où le « politiquement correct » du déni qui sévit dans les manuels scolaires, dans l’enseignement de l’arabe au détriment du français, dans le révisionnisme historique des programmes, dans la débaptisation des rues parisiennes par certains ignares cultureux contents d’eux. « Le multiculturalisme le plus fainéant a remplacé le récit à écrire et le projet à porter ensemble », dénonce Raphaël Glucksman dans l’Obs.

gauche-2016La prochaine élection présidentielle devrait rebattre les cartes.

Même s’il reste probable que Marine Le Pen parvienne au second tour (en raison des divisions à gauche et de la persistance de la menace terroriste dans des frontières Schengen poreuses), les partis de l’extrême montrent combien les Français en ont assez des petites phrases, du buzz et de ces ficelles usées de la com’ qui ont composé le programme des précédents.

Mélenchon, Macron et Fillon devraient défier Marine. Notons que les trois sont des personnalités plus que des catalogues de mesures, ils portent chacun un projet et ne se contentent pas de la gestion des choses.

  • Le quatrième à venir, du parti socialiste, ne semble pas à la hauteur populaire de ces trois là (aucun des 7 nains, pas même Valls).
  • Je ne crois guère aux chances de Mélenchon, trop sectaire lambertiste dans l’âme pour entraîner les foules.
  • Emmanuel Macron incarne une énergie réformatrice social-libérale, un Hollande cette fois sans complexe ; il est la jeunesse et l’ouverture – convaincra-t-il la province bourgeoise plutôt frileuse ?
  • François Fillon a l’image d’un candidat austère et constant dans ses convictions ; son programme est clair et construit. L’amender pour éviter un choc trop brutal fait partie du compromis politique, mais la direction est donnée. Un récent sondage Cevipof sur les intentions de vote de la fonction publique montre combien celle-ci en a marre de la gauche (sauf évidemment les profs) et déclare se tourner vers la droite, même avec la suppression des 500 000 fonctionnaires (dont beaucoup de copains nommés en région par les politicards du coin…)

Selon un sondage Ipsos de novembre pour les 18ème journées du livre d’économie, les moins de 25 ans s’intéressent deux fois moins à l’économie (21%) que les plus de 60 ans (49%), notamment à cause de l’indigence de la formation scolaire (71% disent qu’on n’y parle pas assez d’économie). Gageons que le vote se fera donc plus par émotion pour la jeunesse (souvent abstentionniste) et plus par raison pour les gros bataillons qui votent – et qui feront l’élection.

Pour 58% des Français interrogés, il faut « limiter au maximum le rôle de l’Etat dans l’économie française et donner aux entreprises le plus de liberté possible » (ils n’étaient que 50% en janvier 2014). Il faut dire que le mêle-tout socialiste est passé par là, comme l’analyse Elie Cohen, directeur de recherche au CNRS… Et que la bouffonnerie Alstom à Belfort dépasse le raisonnable : laisser filer à l’étranger un fleuron de l’industrie française, être au conseil d’administration et ne rien voir, puis « acheter » des TGV pour rouler sur des lignes de banlieue est une ineptie économique – et fait valser l’argent public, celui des impôts. Cela pour de rares emplois « préservés ». Et les autres :  ils ne sont pas électoralement payants ? Cette basse démagogie agace très fortement les classes populaires et moyennes, engendrant un vrai rejet de la gauche bobo – comme aux Etats-Unis.

57 à 59% des Français, selon la question posée, se disent favorables à la réduction du nombre de fonctionnaires pour garder la priorité sur police, justice et santé. Seul le Front de gauche se démarque, évidemment, adepte de gros impôts, de l’interventionnisme d’Etat et du moralisme autoritaire en économie – mais ce sondage montre combien son opinion est minoritaire en France.

Au total, avant que la campagne ne commence (et que la primaire du PS ne sorte un candidat du chapeau), François Fillon semble être mieux à même de l’emporter qu’Emmanuel Macron.

Catégories : Politique | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,