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Boire et Déboires de Blake Edwards

Le comique 1987 est un brin daté mais reste drôle bien qu’un peu retenu pour nos goûts. Les excentricités de chacun restent dans le bon ton sans jamais déborder. A Los Angeles, Walter Davis (Bruce Willis dans son premier grand rôle) est un ancien joueur de guitare célibataire et sans liaison reconverti dans la banque où il analyse des dossiers pour que son patron (George Coe) puisse conseiller des placements à ses clients. Il est bordélique, mal fagoté, stressé comme un artiste dans la finance ; l’inverse du cool dragueur Denny (Mark Blum) son collègue toujours tiré Armani à quatre épingles.

Le trio doit rencontrer un gros entrepreneur japonais (le Japon est alors maître du monde, avant son krach immobilier de 1990). Le Nippon est traditionnaliste et conservateur, le genre à garder sa femme soumise à trois pas derrière lui, qui ne parle que sur son autorisation et est la seule à lui proposer et à allumer sa cigarette. Walter se dit que, pour se faire bien voir, il doit venir accompagné. Malgré son frère vendeur de voitures et menteur comme un commerçant yankee, il ne voit pas d’autre solution que la cousine de sa femme, Nadia (Kim Basinger), qui vient de fuir David (John Larroquette), son riche fiancé avocat immature et trop collant. Il se méfie, avec raison. Son frère Ted (Phil Hartman) lui a bien transmis les conseils de sa femme de surtout ne pas faire boire Nadia, Walter le bordélique s’en moque : c’est entré par une oreille et sorti par l’autre.

Il ne peut donc s’en prendre qu’à lui-même si la suite de catastrophes du plus haut comique émaille sa soirée. Avant le dîner prévu dans un restaurant chic, il va la chercher à son hôtel pour faire connaissance. Il l’emmène au studio d’enregistrement où il a fait ses premiers pas de guitare jazz et où Stanley Jordan (par lui-même) est en train d’enregistrer un morceau. Il offre le champagne, bien-sûr. Nadia se transforme vite en gremlin, l’alcool ne lui réussissant absolument pas. Elle fait tout de travers, provoque, insulte, met les pieds (à hauts talons) dans le plat, bref se comporte comme une harpie jetée dans un magasin de porcelaine sociale.

Le serveur snob du restaurant (évidemment français) prend un accent belge tellement outré pour requalifier les plats de la carte que lui lisent les clients qu’elle l’insulte en bruxellois pour le remettre dans ses origines. Comique de situation, elle rembarre Denny, venu draguer une aussi belle poule faisane qu’elle, lui arrache sa pochette de veste, court raconter à sa fiancée ce qu’il est, ce qui la fait se défiler. L’épouse japonaise (Momo Yashima) de Monsieur le chef d’entreprise Yakamoto (Sab Shimono) est une caricature médiévale avec son fard blanc de craie, sa coiffure apprêtée aux épingles et son kimono qui l’oblige à marcher à tout petits pas serrés (pour l’empêcher de fuir). Nadia va donc à sa table pour lui vanter la liberté des femmes californiennes, lui arracher sa perruque (ce qui couvre l’épouse de honte et l’incite à courir aux toilettes) et, pour se faire pardonner, lui assure que la loi de Californie permet aux épouses de garder 50% des revenus de leur mari : « y a-t-il un avocat spécialiste en divorce dans la salle ? » – trois costumes se lèvent…

Aucun doute, Walter est viré. Au lieu d’être mieux vu, il perd son poste lucratif. Il veut raccompagner Nadia-la-folle à son hôtel mais elle veut finir en boite. Soudain surgit son ex, qui veut la récupérer et s’en prend à Walter. Courses en voiture et comique de répétition, David rentre dans une devanture de marchand de couleurs, puis une autre fois dans une animalerie, une troisième fois dans une boutique de farine en gros.

Enfin dégrisée à demi, elle donne une adresse d’amie à Walter, dans une banlieue mal famée. Au moment d’appuyer sur la sonnette, comique d’excès, la maison se défile sur des roulettes, emportée par les déménageurs. Pendant ce temps des malfrats démontent à moitié la voiture tandis que des flics déboulent mais ne font rien, que s’arrêter pour interroger la victime sans poursuivre les voleurs.

Pour Walter, c’en est trop. Rajoutant sur le comique d’excès, il emmène Nadia dans une fête qu’elle a mentionnée et déboule avec elle dans une party chic où il se goinfre exprès de petits fours et avale coupe sur coupe… avant de retrouver, comique de répétition, le David déchaîné. Bagarre, flics, arrestation, une nuit en cellule.

Fin de l’histoire ? Non pas : au matin, Walter se retrouve libéré sous caution, payée par… Nadia, 10 000 $ quand même. Il ne voulait surtout pas la revoir mais se sent obligé d’aller lui rembourser, ce qui conduit Nadia à renouer avec l’avocat David, son ex, afin qu’il défende Walter pour l’avoir lui-même agressé. Au tribunal, le juge (William Daniels) s’avère le père de David et consent à le libérer sans charges si ledit fils promet de s’exiler loin du comté de Los Angeles. Nadia a promis le mariage sans consommation à David pour qu’il sauve Walter.

Il doit se faire à la propriété du juge où David a gardé sa chambre d’enfant et dort en pyjama boutonné jusqu’au cou avec ses peluches. Walter ne veut pas qu’elle se sacrifie pour elle ; en fait il est amoureux et sent que c’est réciproque. Il imagine alors un stratagème à base d’alcool pour faire rater le mariage et assiste à la scène, caché dans une dépendance proche de la piscine, malgré le doberman de garde. Ce qui engendre la nuit durant des quiproquo amusants en comique de répétition.

Tout finira comme il se doit, après une heure trente de rigolade sans cesse relancée. Bruce Willis n’est pas au mieux dans ce rôle de fonceur niais et Kim Basinger n’est finalement pas aussi sexy que l’on en avait gardé le souvenir. En fait, ce n’était pas mieux avant – il suffit de revoir les films du passé. Mais on passe un bon moment.  

DVD Boire et Déboires (Blind Date), Blake Edwards, 1987, avec Kim Basinger, Bruce Willis, John Larroquette, William Daniels, George Coe, ESC éditions 2021, 1h32, €14.99 blu-ray €19.99

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Lilian Jackson Braun, Le chat qui parlait aux fantômes

Lilian de Caroline du nord, née en 1916 et décédée en 2011, a inventé un monde. Son Jim Qwilleran, au nom d’origine écossaise, est un ancien journaliste d’investigation qui vit retiré des affaires à 50 ans dans un pays imaginaire, le comté de Moose (l’orignal) « à 600 km au nord de partout ». Ancien pays minier au climat tempéré qui ressemble à l’Amérique profonde dont l’histoire n’a guère qu’un seul siècle.

Mr Q, appelé plus communément Qwill, est riche par héritage mais a confié sa fortune à une fondation pour être dégagé de tout souci. Célibataire sans enfant mais avec deux chats, il entretient une relation surtout intellectuelle avec la bibliothécaire du coin. Il est connu, respecté, pris dans un tissu de liens sociaux qui tiennent la démocratie américaine selon Tocqueville. Il est donc libre d’œuvrer pour la vérité quand cela lui chante et est volontiers porté à penser qu’un accident déguise un suicide, lequel pourrait être en fait un meurtre. Ses deux chats l’aident de leur intuition féline. Ce sont deux siamois, un mâle et une femelle, Kao K’o Kung (artiste chinois du 13ème) dit Koko et Yom Yom qui miaule « yao ! » comme seule une siamoise à voix grave sait le faire.

Les chats policiers sont rares et ceux-ci sont d’autant plus précieux. Ils flairent et mettent sur la piste ; ils dressent leurs oreilles et se tendent pour mettre en éveil ; ils courent direct au lieu à prospecter pour avertir. En bref ils sont des compagnons essentiels pour compléter les sens émoussés de l’homme et monter la garde.

La vieille Iris, gardienne du musée du coin Goodwinter, une ancienne ferme qui accumule les objets d’un siècle, téléphone un soir affolée à Qwill qu’elle connait bien. Elle a entendu des bruits bizarres ; ce n’est pas la première fois mais elle n’en peut plus. Le shérif venu la veille n’a rien entendu ni vu mais cette fois les lampes s’éteignent, le mur est tapé, des gémissements s’élèvent, des ombres sont à la fenêtre, aaahhh !

Qwill laisse ses chats et fonce dans la nuit depuis sa petite ville jusqu’à la ferme à 45 km de là. Lorsqu’il arrive, la porte n’est pas fermée, les lumières sont toutes éteintes, et Iris gît dans sa cuisine, morte d’une crise cardiaque avec une expression de terreur sur le visage. « Morte de peur », conclut le coroner le lendemain.

Le journaliste décide alors de s’installer dans l’appartement jouxtant le musée, chez Iris elle-même, jusqu’à ce qu’un nouveau conservateur soit nommé par le conseil d’administration. Il part faire une valise et emporter ses chats, qui n’aiment pas le dépaysement mais se font une raison. Qwill enquête, il découvre peu à peu les voisins, notamment Baby, une fillette de 2 ans intrusive – il n’aime pas les enfants. Sa mère Verona est gentille mais faible et son compagnon, Vince Boswell, un ancien aboyeur de commissaire-priseur a une voix très désagréable. Il furette dans la grange où sont les machines à imprimer anciennes, collectionnées par le donateur du musée décédé. Il se dit spécialiste et prépare un catalogue. Les chats ne l’aiment pas et Qwill se méfie.

Il préfère Kristi, jeune femme revenue de la ville où elle a divorcé d’un gigolo bon à rien devenu drogué. Elle a réinvesti la ferme manoir de ses parents et élève des chèvres dont elle fait un fromage que les siamois apprécient par-dessus tout. Comme le pâté d’Iris d’ailleurs, fine cuisinière qui a écrit un cahier de recettes personnelles d’une écriture hiéroglyphique qu’elle lègue par testament à Qwill en même temps qu’une armoire allemande de deux mètres trente de haut, une « shrank » dont les siamois investissent le haut pour régner en maître sur la chambre. Mais le cahier est volé. Par qui ? Pourquoi ?

C’est par la vieille bible de Kristi, qu’elle donne à Qwill pour le musée, qu’il va découvrir des renseignements intéressants sur la généalogie de la famille Goodwinter et sur le mystère du vieil Ephraïm, avaricieux propriétaire de la mine qui a tué 32 hommes en 1904. Il a été retrouvé pendu quelques mois plus tard, « suicidé » selon une lettre qui pourrait être un faux, certains disent « lynché ». Son fantôme hante la maison musée, dit-on ; certains jurent l’avoir vu traverser les murs. Qwill ne croit pas au surnaturel mais reste ouvert à toute expérience. Et ses chats vont l’aider !

Enquête d’une longue série sympathique où les minets ont le beau rôle, observés finement par l’autrice.

Lilian Jackson Braun, Le chat qui parlait aux fantômes (The Cat Who Talk to Ghosts), 1990, 10-18 2011, 287 pages, €3.91

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Woke, la nouvelle idéologie de la gauche bobo

Taubira ira ? n’ira pas ? Echo ou appel ? « Quitte ta maison et viens » pour prêcher avec moi. Car la gauche anéantie n’a plus rien à dire, sauf aux extrêmes minorités, individualistes en diable, exclues, sexualisées, genrées, racisées, immigrées. Or c’est « le peuple » qui vote dans sa majorité et pas les minorités. Les intellos qui étaient jadis avec le peuple comme des poissons dans l’eau se sont retirés dans leurs mares plus chaudes de l’entre-soi – et le peuple a repris ses idées.

Que fait aujourd’hui la gauche pour « le peuple » ? Elle a montré avec Mitterrand (et Hollande) qu’elle était nulle en économie ; elle a épuisé le social sous Jospin en exacerbant le « toujours plus » doublé du « et moi, et moi ! » ; elle a arpenté le minoritaire avec le mariage gay, le mitou néo-féministe qui inverse la domination (pour instaurer une nouvelle domination d’opinion), sans compter l’écologie punitive et la distribution à guichets ouverts des « droits » sans devoirs. Le peuple – la majorité démocratique – se dit qu’il n’est guère qu’un cochon de payant et se trouve même accusé de beaufitude, , de réaction, de racisme (mais qui évoque le mot, sinon les racisés ?). Le peuple en a marre. Il se méfie désormais des « élites » car 24 ans de gauche au gouvernement sur 43 ans depuis Giscard l’ont déçu et son espoir s’est envolé pour les fameux lendemains qui chantent. Toujours demain, comme chez Poutine.

La droite, qui n’a régné que 19 ans, fait désormais l’envie de ses yeux de Chimène. Elle parle des « vrais » problèmes populaires : ceux de l’immigration trop rapide et mal assimilée, des familles sans père (ni Nom du père pour les psys), du nouveau privilège féminin, des fins de mois difficiles. Car le multiculturalisme de fait laisse place à un multiculturalisme de normes. Le regretté Laurent Bouvet avait mis en évidence cette identity politics venue de la gauche américaine. Les groupes sociaux ne sont plus considérés en tant que classes en lutte pour leur part du gâteau économique mais par leur « identité » religieuse, leurs caractéristiques ethniques, leur orientation sexuelle ou leur genre, toutes ces micro-différences qui éparpillent le sentiment de classe – et qui préservent les nantis de toute revendication économique ! Le woke est un raffinement du « capitalisme ».

Le pire est cette nouvelle idéologie des bobos en manque d’idéal révolutionnaire. Le peuple a déçu, changeons le peuple ! Le parti socialiste, il y a quinze ans vivier de la modernité pour les petit-bourgeois fraîchement diplômés et devenus financièrement privilégiés, est devenu le nid de cette idéologie nouvelle, secrétée par cette nouvelle base sociale. Cette gauche « morale » compense ses privilèges de nouvelle classe économique par un affichage idéaliste accru. Le « woke », cet éveil venu des Etats-Unis, se veut d’un infini respect (affiché car dans les faits concrets, c’est autre chose) pour tous les déviants, qu’ils soient de sexe ou de « race » – un mot que l’on croyait banni des dictionnaires sérieux, les scientifiques ayant démontré que « les races » n’existaient pas. Mais balivernes !

L’idéologie a besoin de croire, comme toute religion, et « le racisme » est ce nouveau diable surgi des âmes coupables. Cette discrimination raciste ne touche curieusement que les Noirs aux Etats-Unis et les Maghrébins en France, pas les Indiens ni les Chinois, considérés comme « dominants » parce qu’ils défient le pays le plus puissant de la planète… Soutenir les minorités extrêmement minoritaires permet de se croire une supériorité morale qui ne coûte guère, puisque que ces minoritaires ne sont pas assez nombreux ni assez doués pour venir défier les nouvelles positions économiques et sociales des bobos fraîchement installés.

L’argent, beurk ! mais « les valeurs », super ! Les valeurs, personne ne sait trop ce que c’est puisque chacun a les siennes dans l’individualisme systémique ambiant. Mais ça fait bien en société : « J’ai des valeurs, moi, Monsieur ! » Ça impressionne. Surtout lorsqu’il s’agit de titiller le vieux fond de culpabilité chrétienne qui subsiste en tout Français (ou Américain) de tous sexes, même laïque, même incroyant, même revenu de l’Église, de ses histoires de quéquette et de dogmes antédiluviens. « La charité, Monseigneur ! la charité »… Quoi de mieux que l’Exclu majeur de notre temps : l’immigré en femme, noire, lesbienne, violée, battue ou tuée « par la police », malade, sans abri et sans le sou ? Il serait « raciste » selon le woke bobo de croire que la race n’existe pas ! Il serait inconvenant de croire qu’un homme n’est pas une femme, et réciproquement ! Renversons les valeurs.

Mais le peuple n’est pas d’accord. Depuis la Révolution, oui pour accorder tout aux exclus (immigrés ou sexuellement différents) en tant qu’individus, mais rien en tant que communauté – au prétexte que « ça se voit sur leur figure », que « c’est la guerre chez eux », que « la situation économique est effarante », ou encore « que la dictature y est féroce ». Si l’Europe devait accueillir toutes les populations qui réunissent ces critères, le territoire serait trop petit pour survivre. D’ailleurs les Etats-Unis woke de Biden ne respecte les déviants sexuels qu’en les parquant à distance par les principes (mais pas de ça chez moi) et n’accueillent pas plus les immigrants, la frontière est bien gardée, surtout au sud… En effet, question anti-woke : pourquoi tant de gosses (y compris par PMA encouragée), si la situation est si mauvaise ? Pourquoi enfanter ou accueillir de nouveaux exclus qui seront malheureux (racisés, battus par la police, violés, etc.) ? Pourquoi encourager ces familles trop nombreuses du tiers-monde à tenter de venir s’installer dans les Etats-providence d’Occident ?

C’est donc une lutte des classes qui nait entre « le peuple » et la gauche morale plus que contre les patrons (certains financent même Zemmour) . Celle-ci n’a rien à dire sur la montée des inégalités – qui lui profite amplement ; rien à proposer pour y remédier, sauf une rituelle invocation à « faire payer » les (très) riches : ceux qui le sont plus qu’eux. Ce pourquoi François Hollande a été éliminé, il avait évoqué 3500 € par mois comme seuil où l’on était considéré comme « riche » : vous vous rendez compte de l’effet dans un foyer bobo moyen ? Un président ne devrait pas dire ça, mais Hollande ne peut jamais s’en empêcher.

Les bobos, ces bons bourgeois issus du peuple d’hier, sont électeurs des grandes villes et montrent comme préoccupation majeure le climat ; ils se foutent du « social », ils ne sont pas concernés. D’où les gilets jaunes, frappés de plein fouet dans les provinces et les périphéries par les mesures antibagnoles, le contrôle technique renforcé, l’écotaxe sur le carburant, surtout diesel, et même le 80 à l’heure. Que les salaires stagnent et que la formation soit nulle pour la classe ouvrière ou la classe moyenne, ils s’en battent, les bobos. Que « le peuple » ait l’impression de régresser, que l’ascenseur social soit non seulement en panne mais en chute, n’est pas leur problème. L’immigration est morale, « il faut les aider », car les immigrés seront de toutes façons loin de venir piétiner leurs platebandes riches et diplômées – au contraire, les bobos pourront trouver à très bas prix de bonnes nounous pour leurs (rares) niards et des jardiniers pour leurs (superbes mais épuisants) jardins, sans parler des peintres, plombiers, éboueurs, sous-aides soignants, ramasseurs de fruits, livreurs de (la sempiternelle) pizza, videurs de poubelles, etc. Ouvrez les frontières ! accordez encore plus de droits aux minorités ! C’est bon pour la fluidité du commerce, coco ! C’est bon pour les jouissances du bobo.

La déconstruction, qui a conduit au woke, doit s’appliquer également au woke : rechercher ses bases sociales, les intérêts de classe que ses adeptes peuvent avoir, l’utilité de cette nouvelle idéologie par rapport aux précédentes pour mener une guérilla de prestige pour capter les postes – et garder le pouvoir. Déconstruisez les déconstructeurs, c’est de bonne guerre !

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Thomas Disch, Génocides

Nous sommes dans un présent possible aux Etats-Unis. Des graines ont brutalement germé qui font pousser de hautes Plantes avides d’eau dont les racines enfoncées profondément dans le sol pompent absolument tout. Les autres plantes s’assèchent, meurent, les insectes avec elles donc les oiseaux, puis les autres mammifères, les herbivores faute d’herbe et les carnivores faute d’animaux. Restent les hommes.

Ils ont tout essayé, la chimie, l’arrachage, l’incendie. Mais rien n’y fait. Affamés dans les villes, ils s’autodétruisent et quittent la civilisation urbaine. Dans la campagne, les bandes de pillards sont impitoyablement massacrées, leur chair transformée en saucisses pour manger par les paysans, ancrés sur leurs terres. Ils les cultivent à grand peine en incisant les troncs lisses des Plantes et en répandant leur sève nourricière à seau sur les plans de maïs. De quoi passer l’hiver. Mais cela demande un rude effort, torse nu dans la chaleur, tandis que la raréfaction de l’eau et des végétaux assèche le climat.

Les Plantes se défendent car elles ont un maître. Il est venu des étoiles et se sert de la Terre comme d’un jardin ouvrier : il sème, il récolte, il cultive sur brûlis. Des sphères métalliques automatiques incinèrent tout ce qui bouge et qui est vivant hors la Plante. Ainsi le dernier troupeau de vaches que le fils cadet Neil, bien bâti mais bête, a laissé s’échapper de la grange à cause du taureau. Les sphères grillent toute cette viande en course, ainsi que le dernier garçon du patriarche, 12 ans.

La société s’est réduite. Dans ce nord du Minnesota, le paysan Anderson s’est mué en patriarche biblique, engrossant douze femmes et régnant sur la tribu. Son pouvoir tient à sa Bible et au dernier revolver de la contrée. Congrégationniste protestant, il gère sa paroisse en indépendant, interprétant lui-même le Dogme. Et tous lui obéissent. C’est très américain.

Tous, sauf un étranger, Jeremiah Orville, rescapé des villes où il a exercé un temps la fonction de gardien de camp pour le gouvernement, impuissant à juguler les Plantes. Incendiée par les sphères, la ville est détruite et ses survivants errent dans la campagne, à la merci des autres bandes de pillards comme des paysans sur leurs terres. Orville voit sa belle compagne zigouillée sous ses yeux et sa chair passer dans la vis sans fin de l’appareil à saucisse. Lui ne doit d’être sauvé que parce qu’il a exercé un métier qui intéresse : ingénieur des mines. Les humains ne peuvent en effet échapper aux sphères que sous la terre, dans des grottes.

La plus jeune des filles du patriarche, Blossom, à peine pubère de 13 ans, s’entiche d’Orville qui a près de 40 ans. Elle a entendu parler d’une grotte près du lac asséché et emmène la tribu après que les sphères eussent grillé en pleine nuit l’habitation commune tressée, les réserves de nourriture et les trois-quarts des habitants, surtout les enfants. La grotte est étroite mais des racines de Plantes la traversent. Le groupe découvre qu’elles sont creuses et que l’on peut s’y enfoncer. Comme des tiges de pissenlit, elles recèlent une sève visqueuse en filaments tels que ceux de la barbe à papa, et que c’est bon à manger.

Les humains s’enfoncent dans le labyrinthe pour y trouver protection, chaleur et nourriture, vers dans le fruit. Le patriarche autoritaire est dépassé, et il a perdu sa Bible, grillée dans la plus complète indifférence de Dieu. Orville qui veut se venger de la mort de ses compagnons et de cet égoïsme cruel de paysan bigot intrigue pour prendre la tête. Blossom s’accroche à lui et le vieux se dit qu’il pourrait les marier pour qu’il prenne sa succession. Ce qui ne fait pas l’affaire du musclé Neil, amoureux incestueux de sa demi-sœur depuis qu’elle a pris des formes.

Mais les prédateurs interstellaires n’ont que faire des parasites que sont les humains. Ils viennent au printemps récolter la sève des Plantes à grands coup d’aspirateur puis, l’été venu, grillent les Plantes mortes pour en faire un brûlis apte à la germination de l’année suivante. Après la fin de la civilisation, c’est la fin de l’espèce humaine.

L’apocalypse verte existe, elle n’est pas due aux humains coupables, forcément coupables. Des êtres intelligents et sans aucun scrupule, venus d’ailleurs, peuvent l’initier. Du grand art, analogue aux visions de H.G. Wells et de J.G. Ballard sur l’extinction de notre espèce.

Thomas Disch, Génocides (The Genocides), 1965, Mnemos 2019, 272 pages, €9.90 e-book Kindle €5.99

Ou J’ai lu 1983, occasion €5.00

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New York 1997 de John Carpenter

Le Watergate vient de se terminer, les Etats-Unis se méfient des politiciens et la violence urbaine explose. En 1980, le réalisateur voit la criminalité monter en flèche dans les dix ans à venir et, dès 1988, l’île de Manhattan transformée en prison sur le modèle du Phnom-Penh des « Pot » implacables (encensés alors par la gauche française). Les détenus se démerdent et peuvent crever, toute évasion est rendue impossible par un mur entourant l’île et par des mines sur les ponts. En 1997, année où se déroule l’histoire, la jungle urbaine a suscité des gangs qui exploitent les faibles et les rares ressources, gitant dans les sous-sols.

Il se trouve que cette année-là, des terroristes gauchistes s’infiltrent dans l’avion du président, Air Force One, et le font se crasher sur Manhattan, tout près du World Trade Center, symbole des Amériques (ce qui donnera des idées au barbu en sandales à nom de marque de machine à laver). Ce ne sont pas (encore) des islamistes mais des égéries blanches du gauchisme propalestinien, crachant avec hystérie leur haine du « système », raison d’Etat, inégalités et monopoles industriels confondus. Le président (Donald Pleasance) est encapsulé dans un module à l’intérieur d’Air Force One et sort indemne du crash dans lequel tous les autres crèvent.

Le chef de la police Hauk (Lee Van Cleef) qui se rend en hélico sur les lieux ne voit que l’avion en trois fragments et la capsule vide. Le président a été enlevé par les bandes du coin. Un inverti hâve et dépoitraillé qui crache comme un chat en colère lui intime l’ordre de dégager, avec le sadisme des faibles, sous peine de tuer le président. Ce ne devrait pas être une grande perte mais cela ne se fait pas : une importante conférence internationale est prévue le lendemain et le président des Etats-Unis doit offrir en gage de paix une intervention cruciale sur l’énergie nucléaire. Il porte pour cela une mallette (mal) sécurisée attachée à son poignet droit.

Le temps est compté et la force inefficace. Le chef de la police pense alors à un détenu qui vient d’arriver et doit être envoyé à la prison à ciel ouvert de Manhattan. Il s’agit du célèbre « Snake » Plissken (Kurt Russell), ancien des forces spéciales de 30 ans qui a braqué la Réserve fédérale et a été condamné pour cela. Snake refuse tout d’abord, puis est convaincu par la promesse déjà écrite de voir lever toutes les charges contre lui s’il ramène le président en 24 h. Par précaution, la police lui injecte un « vaccin » contre toutes les maladies qui se révèle un explosif en microparticules. Il fera sauter ses artères s’il ne revient pas à l’heure dite pour qu’on le désactive aux rayons X. Nous sommes dans la science-fiction et tous les gadgets sont surdimensionnés (talkie-walkie, émetteur, montre…).

Snake est équipé d’armes de poing et d’un planeur qui est traîné sur l’une des tours du World Trade Center où il atterrit in extremis en plantant au dernier moment une ancre harpon. Snake le solitaire se met alors en quête. Il est vite reconnu par un chauffeur de taxi qui le croyait mort (Ernest Borgnine) et le conduit auprès de ceux qui pourront l’aider. Notamment auprès de « Brain » (Harry Dean Stanton) dont le cerveau a reconstitué le plan des mines sur les ponts de Manhattan. Il vit avec sa copine Maggie (Adrienne Barbeau) aux seins provocants sous la robe décolletée – rouge pute. Le milieu carcéral est sans tabous et la seule loi qui règne est celle du plus fort. Ainsi un jeune camé se fait-il rudoyer, arracher ses vêtements et violer en bande dans l’une des premières scènes. L’inversion, en 1980, était encore un crime honni par la religion et mal vu de la société.

Snake apprend vite que le président est détenu par le « duc », un nègre de caricature aux gros muscles, petit cerveau macho et torse nu à chaîne d’or sous sa veste de cuir. Il roule en Cadillac sur laquelle sont montés deux lustres grand siècle… Il règne sur une bande de suiveurs, dont l’inverti feulant qui se colle à ses muscles. Après diverses péripéties, Snake force Brain et Maggie à le conduire à Grand Central Station, repaire du fameux duc. Mais il se fait prendre et dépouiller, se retrouvant torse nu et blessé d’une flèche à la jambe droite. Il devra combattre à la batte cloutée un épais lutteur sur un ring pour amuser la galerie pendant que le duc s’amuse à faire un carton tout autour du président, comme les indiens le faisaient des Blancs capturés.

Mais Snake est rusé, il parvient à vaincre le Goliath et à rejoindre Brain et sa moitié qui ont réussi à délivrer le président. C’est alors la fuite, pour respecter le temps imparti. Le planeur est précipité par les hommes du duc en bas de la tour, empêchant de repartir avec. Brain guide Snake qui pilote un taxi jaune récupéré afin de passer le pont de Queensboro. Nous avons alors une course-poursuite entre la Cadillac lustrifiée et le Yellow cab, slalomant entre les explosions. Une mine plus rusée que les autres coupe en deux le taxi et Brain est zigouillé. Le président fuit à pied vers le mur tandis que Snake tente d’emmener Maggie mais elle ne veut plus vivre, seulement se venger du gros nègre frimeur. Elle tire sept fois avec un pistolet à six coups mais de trop loin pour faire le moindre mal à la voiture qui fonce sur elle – et l’écrase.

Le duc se lance à la poursuite de celui qui l’a baisé et du président à qui il veut faire son affaire. Un harnais est descendu du mur par la police et le président s’échappe. Ne reste que Snake qui doit affronter le méchant. Il est en mauvaise posture… lorsque le président saisit une arme et descend le nègre pour se venger d’avoir été humilié et torturé par la racaille. Snake remonte au harnais et est libéré des explosifs a quelques secondes près (pour le suspense), tandis que le président est lavé, rasé et habillé pour conférencer à distance.

Sauf que la cassette audio rapportée par Snake n’est pas la bonne… Il l’a remplacée – volontairement – par une cassette de jazz du taxi parce qu’il n’a pas apprécié que ledit président, en politicien cynique, n’ait aucun remord de tous ceux qui sont morts pour sa vieille peau sans intérêt. Anarchiste antisystème à sa manière (celle des pionniers, pas celle des idéologues), Snake renie son surnom de serpent pour reprendre son nom blanchi grâce au Noir, et détruit la vraie cassette qui livre les secrets de la fusion nucléaire. Nous sommes en prison mais c’est « notre » prison, suggère-t-il, l’année où les Soviétiques envahissent l’Afghanistan pour le « libérer ».

Ce n’est pas un grand film mais un exercice de science-fiction original où il y a de l’action, malgré les personnages de caricature. Il montre combien on peut se tromper sur l’avenir et combien on peut aussi en avoir l’intuition : faire s’écraser un avion sur Manhattan était un fantasme qui est devenu réalité vingt ans après.

Los Angeles 2013 est une suite avec le même Kurt Russell en 1996.

DVD New York 1997 (Escape from New York), John Carpenter, 1981, avec Kurt Russell, Lee Van Cleef, Donald Pleasance, Ernest Borgnine, StudioCanal 2008, 1h39, €7.99 blu-ray €14.00

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Tom Clancy, Net force

Ce roman est le premier d’une série de de dix tomes d’un thriller culte écrit par Tom Clancy l’écrivain à succès et Steve Pieczenik, un psychiatre conspirationniste qui a travaillé pour le Département d’Etat américain. La série a duré jusqu’en 2006. Un téléfilm a été adapté du premier tome en 1999 mais disponible seulement en anglais et italien.

La Net Force est un département du FBI créé pour traquer les hackers et autre pirates de l’Internet. En 1998, date de la sortie du livre, c’est tout à fait nouveau car l’Internet grand public débute à peine. Près d’un quart de siècle plus tard, nous pouvons mesurer l’écart qu’il pouvait y avoir entre ce qui était attendu et ce qui s’est réellement produit. L’action se passe en effet en 2010. Le directeur de la Net Force est assassiné par un commando de professionnels qui œuvrent selon la technique favorite de la mafia. C’est donc la mafia qui est immédiatement soupçonnée bien qu’elle n’y soit pour rien. Le raffinement va jusqu’à enlever le chef de la sécurité du chef mafieux de New York par de faux agents du FBI pour le faire disparaître. Ce qui engendre en riposte un contrat sur le nouveau directeur de la Net Force de la part du mafieux en chef.

Tout l’art du thriller est de découper les actions à la façon du cinéma de façon à conserver une attention constante d’un chapitre à l’autre. Tom Clancy est expert en ce domaine et le livre se lit de façon haletante, même vingt ans après. L’expert programmeur en informatique Vladimir Plekhanov, un tchétchène d’origine russe, ne veut pas moins que dominer le monde en commençant par dominer le net. Il monte pour cela des programmes viraux qui affectent les centres de commandement du trafic en Inde, les sites sensibles des États-Unis, et quelques autres désagréments dont nous avons désormais l’habitude. Spécialiste reconnu mondialement, on fait alors appel à ses services pour déboguer le système et investir dans un programme de protection. Il gagne ainsi de l’argent, tout comme il en gagne en détournant des fonds par le hacking.

Son objectif est d’avoir suffisamment d’argent pour acheter des politiciens et influencer ainsi un premier gouvernement afin obtenir une assise incontournable. Mais cela ne fait pas l’affaire des États-Unis, et notamment du FBI dont le directeur de la Net Force a été descendu. Comme le dit l’auteur, en parfait Américain amoureux des armes et de l’autodéfense, lorsqu’un flic est descendu, tous les flics traquent l’assassin. Ce qui sera le cas, malgré les fausses pistes en mode virtuel comme en mode réel.

L’auteur imagine des autoroutes du Net comme de véritables autoroutes réelles, chacun peut naviguer sous la forme d’un avatar dans le véhicule qu’il choisit. Les camions qu’il double sont de gros paquets de données très lents, tandis que les motos rapides sont des programmeurs fluides qui se glissent avec virtuosité dans les interstices du Net. Il existe même un pays, que l’on nomme aujourd’hui Darknet, mais qui est imaginé alors comme un lieu de liberté où chacun peut trouver ce qu’il veut, des filles à poil comme des jeux en ligne. L’ado de 13 ans du colonel noir qui dirige le commando d’intervention drague ainsi sa copine de collège en enfourchant sa moto et l’enlevant avec lui. Elle est ravie, prélude au septième ciel (les années 1990 étaient moins prudes et plus précoces que le puritanisme trumpiste).

Malgré ce qui apparaît aujourd’hui, où le progrès va très vite, comme la préhistoire du net, la lecture de ce thriller reste passionnante et offre un panorama rétrospectif sur ce qui nous est arrivé. C’était évidemment avant le 11-Septembre et les Américains étaient maîtres du monde ; cela a bien changé.

Tom Clancy, Net force (tome 1), 1998, Livre de poche 2004, 480 pages, €0.92 occasion

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The Thing de John Carpenter

Le film 1982 de John Carpenter est un remake meilleur que La Chose d’un autre monde (The Thing from Another World, 1951) de Christian Nyby et est adapté du roman court La Chose (Who Goes There?, 1938) de John W. Campbell – et il se dit dès 2020 que Jason Blum prépare un autre remake de la même Chose. C’est dire si le mythe est puissant. Des scientifiques d’une mission américaine en Antarctique découvrent un être extraterrestre déshiberné par une équipe norvégienne : une Chose qui prend toutes les formes pour mieux assurer sa survie – et son pouvoir. Mal aimé à sa sortie à contre-temps, The Thing « a été reconnu comme l’un des meilleurs films de science-fiction et d’horreur et a obtenu le statut de film culte » selon les spécialistes modes wikipèdes.

Tout commence par une chasse en hélicoptère norvégien d’un chien de traineau sur les étendues glacées. Le passager tire au fusil à lunette sur l’animal qui esquive et se sauve vers la station américaine. A sa vue, le Norvégien atterrit mais le tireur continue à vociférer – en sabir non-anglais – et à tirer. Une grenade qu’il a dégoupillée lui échappe et fait sauter son hélico et son pilote, mais il poursuit sa traque du chien et une belle atteint à la cuisse l’un des techniciens yankees venu là badauder sous les balles comme s’il s’agissait d’un jeu de foire. Garry, le chef de sécurité de la station (Donald Moffat), sort son pistolet et abat d’une seule balle dans l’œil le Norvégien fou. Cette scène est très américaine… avec le sentiment de supériorité latent des Yankees pour leurs compétences et leur langue universelle, leur habileté et leur badauderie.

Le chien est récupéré et erre dans la station, discret. A un moment, lorsqu’il frôle un homme qui sursaute, il est demandé au maître-chien (Richard Masur) d’aller le mettre au chenil avec les autres. C’est là qu’il tente d’absorber ses congénères dans un jet de fils rouges gluants et de métamorphoses gore. Les bêtes hurlent et les hommes viennent voir : ils crament la créature au lance-flammes, selon cette vieille superstition biblique que le feu purifie tout comme Sodome et Gomorrhe.

Mais ce n’est que le début de la Chose. Blair, le chef du département scientifique (Wilford Brimley), autopsie le cadavre à demi-brûlé d’une créature en métamorphose rapportée (bêtement) de la station norvégienne en ruines et déserte que le pilote et le médecin sont allés voir. La hache sanglante fichée dans une porte rappelle l’horreur de Shining (sorti en 1980). Des cassettes vidéo récupérées, ainsi que des écrits en langue barbare (le norvégien vu par les Yankees), montrent que l’équipe a découvert un grand vaisseau spatial sous la glace et qu’ils ont dégagé une créature congelée. Elle n’est pas morte mais a hiberné… et la décongeler a fait sortir le mauvais génie de la bouteille. Apprentis sorciers, les Norvégiens ont été phagocytés puis se sont autodétruits afin de ne pas répandre la Chose. L’orgueil est toujours puni dans la Bible, de David dansant devant l’Arche à la tour de Babel. Les Ricains sont contaminés – un par un – et n’ont d’autre choix que d’imiter les « barbares » (les Norvégiens).

Le docteur Blair devient paranoïaque (en précurseur de la paranoïa du 11-Septembre) et détruit hélicoptère et tracteur diesel pour confiner toute la station. Il a calculé sur son ordinateur qu’il ne faudrait que 27 heures à la Chose pour contaminer toute la planète si elle devait sortir du continent Antarctique. Les autres l’enferment seul en cabane mais se méfient les uns des autres. Le pilote MacReady (Kurt Russell), qui a l’habitude de prendre des décisions risquées de vol dans ce climat, prend peu à peu la place du chef Garry, dépassé. Il décide de tester chacun par le sang, après tout symbole éternel de la race humaine. C’est ainsi que l’on testait le SIDA, l’épidémie qui surgissait tout juste chez les « contaminés » invertis 1982. Si la Chose se réplique par une seule cellule, brûler le sang va la faire réagir alors que le sang humain se contentera de grésiller comme un vulgaire liquide. Ce qui est fait – et un alien est détecté, immédiatement cramé, non sans avoir tenté d’absorber un collègue, lui aussi cramé.

Des dix petits nègres il n’en resta que quatre (dont un vrai Noir). Mais Blair s’est échappé par un tunnel creusé dans la neige sous sa cabane ; l’autopsie qu’il a réalisé sur la Chose rapportée du secteur norvégien l’a probablement contaminé. Il est devenu Chose et construit un vaisseau spatial réduit avec les restes de l’hélico et des engins. MacReady décide alors – à l’américaine – de tout faire sauter. La bonne vieille tactique du « tapis de bombe » a fait ses preuves sur l’Allemagne nazie avant d’être reprise après le film en Irak. La Chose tente de résister, Blair métamorphose Garry qui se laisse stupidement faire, comme tétanisé, puis subtilise le détonateur de la dynamite mais le pilote a gardé un bâton en réserve, qu’il envoie dans sa gueule en le niquant par ses paroles : (« Yeah… FUCK YOU TOO!! » – niaisement traduit en français par « je t’emmerde ».

Et ne restent que deux humains, le pilote blanc et un cuisinier – noir pour le politiquement correct. Mais ils vont crever : la station est tout entière en feu, la génératrice d’électricité explosée, et il fait -60° dehors. Ils se consolent au J&B, pub gratuite (?) pour le whisky italo-anglais devenu célèbre aux Etats-Unis. Avec un doute : le Noir est-il si clair que ça ? Il dit s’être « perdu dans la neige » en poursuivant Blair qu’il a cru apercevoir, mais il s’est retrouvé comme si de rien n’était et n’a rien vu… Ne serait-il pas contaminé, attendant d’être gelé et d’hiberner jusqu’au printemps pour contaminer les secours ? On en revient à la première image : méfiance, l’homme est un loup pour l’homme.

Sauf le pilote et le scientifique, les personnages sont un peu inconsistants, le spectateur ne se souvient même pas qui fait quoi dans la station, les uns et les autres paraissant seulement écouter de la musique, regarder des films ou jouer au poker ; dans l’action, ils restent sidérés, sans réaction, attendant les ordres ; malgré le danger avéré, ils se baladent souvent seuls, comme attirés par le péril ou plus simplement (ce que je crois) inconscients – à l’américaine. Évidemment aucune femme, ce qui aurait pu ajouter de la psychologie, mais qui s’avère comme une crainte religieuse de la féminité, assimilée à la Chose qui produit dans son ventre les naissances monstrueuses. Les communications avec l’extérieur sont mortes sans raison : n’existait-il pas des satellites en 1982 ? Les effets spéciaux (non numériques encore) sont remarquables et filmés avec complaisance ; on se demande parfois pourquoi devant de telles horreurs le porteur du lance-flamme hésite tant à appuyer sur la détente. La Chose (« effroyable » selon le titre canadien) est une sorte de virus cellulaire (un paradoxe) qui se réplique à grande vitesse et peut prendre (tiens, comme le diable chrétien !) toutes les formes. D’où le feu pour le renvoyer en enfer, l’espace intersidéral d’où il n’aurait jamais dû sortir. La musique électronique d’Ennio Morricone donne une ambiance glacée dramatique.

Si le thème du film est la paranoïa et la méfiance généralisée des humains entre eux, il introduit parfaitement à l’après 11-Septembre : c’est en effet ce qui est arrivé. Le « cœur » de l’Amérique (la finance, le Pentagone) a été touché, minant la confiance béate et imbue d’elle-même des Yankees pour leur richesse, leur mode de vie et leur bonne conscience universelle. La peur de la trahison explique le vote Trump et son égoïsme monstrueux, le chacun pour soi économique et le repli stratégique sur les « proches de race » anglo-saxons (ce qu’illustre le contrat rompu de sous-marins avec l’Australie). Le geste de MacReady de détruire son ordinateur en versant le reste de son whisky dans la machine parce qu’elle l’a battu aux échecs est le signe même de la « vérité alternative » à la Trump, du « j’ai raison parce que j’ai le pouvoir » – même si, dans les faits, il a tort (une réaction de gamin de 2 ans).

Au total, un film sans affect, qui fait peur par son étalage de boucherie mais qui amène à réfléchir non seulement sur la mentalité yankee, mais aussi sur la paranoïa qui se répand comme un SIDA, l’individualisme exacerbé par la peur de l’autre induisant des conduites suicidaires.

DVD The Thing, John Carpenter, 1982, avec Kurt Russell, Wilford Brimley, T.K. Carter, David Clennon, Joel Polis, Thomas G. Waites, Universal Pictures 2009, 1h44, €8.99

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Le Canardeur de Michael Cimino

Une église en bois parmi les champs de blé ; c’est la campagne immense à l’est du Montana. Nous sommes en 1972. Un pasteur marmonne la fin d’un sermon devant la communauté assoupie (Clint Eastwood). Une Chevrolet fatiguée surgit dans un nuage de poussière, un homme en sort et entre dans l’église. Il reste un moment silencieux puis sort un flingue et vise le pasteur. Malgré les balles bien ajustées, le héros s’en sort toujours. Il fuit par la porte de derrière jusque dans les champs de blé où l’autre lui court après.

C’est alors que surgit une fringante automobile volée conduite par un jeune fou (Jeff Bridges). Le pasteur tente de l’arrêter mais celui-ci le frôle avant de piquer dans le champ droit sur le tueur, qu’il renverse, avant de revenir sur la route où le pasteur s’agrippe acrobatiquement à la voiture avant de s’insérer à l’intérieur par la fenêtre passager ouverte. Il n’a pas combattu en Corée pour rien.

C’est le début d’une amitié virile entre un aîné et un cadet, Thunderbolt (coup de tonnerre – mal traduit en français par canardeur) et Lightfoot (pied léger – mal traduit en français par pied de biche). Pour ces noms, le réalisateur Cimino s’inspire d’un de ses films préférés, Capitaine Mystère (1955) de Douglas Sirk. Le premier use d’un canon de 20 millimètres des surplus de l’armée pour démolir la porte blindée des coffres-forts ; il a fait la Une des journaux il y a quelques années. Le magot d’un demi-million de dollars n’a curieusement pas été partagé mais planqué… dans l’école primaire du chef des braqueurs. Seuls deux personnes savent où et l’une est morte ; Thunderbolt, que ses complices veulent doubler, s’est mis au vert dans la plaine avant d’être repéré. Quant à Lightfoot, à peine 25 ans, il est l’aventurier qui cherche sa voie, le pionnier du mythe yankee. Il a comme ses ancêtres le goût des grands espaces et de l’aventure.

Mais « tu arrives dix ans trop tard », lui dit l’aîné. Le temps des héros est révolu, la guerre de Corée en a marqué la fin car le Vietnam enlise les vocations et pourrit les âmes. 1972, date que l’on peut apercevoir sur un calendrier dans le film, marque une rupture. C’est bientôt la fin des Trente glorieuses avec la première crise du pétrole, la fin prochaine de « la mission » au Vietnam, le tout proche empêchement du président américain Nixon, la montée de la contestation jeune (hippie) et féministe. Plus rien ne sera jamais comme avant et le film est un peu nostalgique. Plus d’épopée à la western et plus de héros mâles traditionnels d’un seul bloc.

Le jeune devrait bâtir son propre monde mais il reste fasciné par l’ancien. Ce sera sa gloire et sa perte. Entraîné par hasard dans la fuite du vieux, passant de voiture en voiture, il se prend au jeu. Poursuivis, ils parviennent à l’école mais elle a été remplacée par des bâtiments modernes. Lorsqu’ils sont finalement rattrapés par le « copain » Red qui lui a « sauvé la vie en Corée » (George Kennedy) et son comparse (Geoffrey Lewis) en vieille guimbarde des années 50, il suggère de refaire le coup de la Montana blindée : de percer à nouveau les coffres avec un canon de 20 antichar. Cette idée folle fait son chemin et les voilà partis.

Mais Red ne peut sentir Lightfoot, trop jeune et fringuant pour ne pas lui rappeler sa propre jeunesse perdue. Il le déguise en femelle blonde pour appâter le gardien et le bourre de coups à la fin, causant sa mort par hématome au cerveau quelques jours plus tard – lorsque les deux ont enfin récupéré le magot à Warsaw (Varsovie, Montana), dans l’école « déplacée » comme monument historique.

Le road movie est drôle, les rencontres cocasses comme ce couple tradi où la bourgeoise houspille son mari pour qu’il se sente insulté avant d’être tous deux éjectés de leur belle voiture pour « l’échanger » avec la voiture volée repérable. Ou encore ce chauffeur fou (Bill McKinney) qui les prend dans une voiture aux amortisseurs renforcés qu’il mène à fond de train sur la route et dans les champs avant de sortir du coffre une trentaine de lapins qu’il veut relâcher avant de les canarder.

Ou la pute qui refuse de baiser, puis exige de se faire raccompagner en pleine nuit faute de quoi elle va sortir en string et crier « au viol » à la cantonade, devant ce couple religieux à la statuette de la Vierge sous le parebrise.  Ou ce gamin roux qui pinaille sur les horaires et l’itinéraire du glacier, boulot de remplacement des casseurs autour de la Montana blindée. Ou la femme qui s’exhibe entièrement nue, la chatte à l’air, derrière la vitre de la villa où le jeune Lightfoot au torse nu jeune et musclé manie un pilon sur la pelouse.

Ou ces ados en train de baiser à poil à l’insu des parents chez le directeur de la sécurité de la Montana blindée que Red reluque avec envie avant de les ligoter fermement et bâillonner à plus soif. Ou en final ce vieux couple de bourgeois cultureux qui prend des photos de l’intérieur de l’école devenue musée, la femme laide et bête avec sa bouille de grenouille et ses immenses lunettes qui ne l’arrangent pas. Toute une caricature sociale des Américains.

Le casse se passe bien mais un détail fait tout foirer, un pan de chemise de l’instable Red qui dépasse du coffre de la guimbarde où ils se planquent… dans un cinéma en plein air. Décidément, le temps des héros est révolu. Place à un autre monde où les gens sont moins simples, où ni la violence primaire ni l’ivresse naïve ne sont plus de mise.

DVD Le Canardeur (Thunderbolt and Lightfoot), Michael Cimino, 1974, avec Clint Eastwood, Jeff Bridges, George Kennedy, Geoffrey Lewis, Bill McKinney, Carlotta films 2014, 1h50, €7.47 blu-ray €5.08

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Ann Rule, Si tu m’aimais vraiment

Ce thriller commence comme un roman policier. La nuit du 19 mars 1985, Linda, sixième épouse de David Brown, est assassinée de deux balles dans son lit. Son mari est absent, parti « faire un tour en voiture » et sa fille Cinnamon, 14 ans, est sortie dans le jardin ; elle ne se sentait pas très bien. Sa belle-sœur de 17 ans, Patti, s’occupe du bébé de Linda et David, Krystal. C’est le mari qui appelle la police mais, chose curieuse, il n’est pas entré dans la chambre de sa femme ; il ne sait pas si elle est morte.

Ecrit comme un rapport de police, le livre est en quatre parties : le crime, l’enquête, l’arrestation, le procès. Ce ton objectif et neutre, axé sur « les faits » précis, minutieux, maniaques, bien dans la mentalité américaine, ne fait pas du livre un roman mais plutôt un compte-rendu de chercheur ou de journaliste d’investigation.

Mais c’est que tout est vrai… Ann Rule, décédée en 2015 à 83 ans, outre ses cinq enfants a été inspecteur dans les forces de l’ordre de Seattle et a collaboré avec le FBI dans l’analyse des tueurs en série – dont le fameux Ted Bundy qu’elle a rencontré sur la Crisis Clinic Hotline de Seattle, sur lequel elle a fait un livre. Le personnage principal du livre chroniqué ici, David Arnold Brown, a réellement existé. Il est décédé en prison en 2014 à 61 ans.

Il a persuadé sa fille de tuer sa belle-mère, et la sœur de celle-ci de montrer comment faire à l’adolescente, lui se contentant du beau rôle de conseiller. Perturbé par une mère autoritaire et abusé sexuellement durant son enfance (a-t-il dit), ce pervers narcissique s’est déniaisé à 15 ans avant d’épouser successivement toutes les adolescentes qui lui passaient sous la main, la dernière en date étant Patti. Sœur de son épouse Linda, toutes deux issues d’une famille pauvre à la mère alcoolique, il a pu aisément les contrôler. Il a fait venir dans sa maison Patti dès l’âge de 11 ans et a aussitôt abusé sexuellement d’elle. Elle était en adoration devant lui et a fait tout ce qu’il a voulu. A 18 ans, elle aura une fille de lui, Heather, qu’il refusera d’assumer bien que marié secrètement avec Patti à Las Vegas après la mort de Linda.

David Brown a surtout touché plus de 830 000 $ des assurances sur la vie qu’il avait pris sur la tête de son épouse au cas où elle décèderait. Outre le sexe, compulsif, pas moins de trois rapports par jour, l’argent est le mobile. David Brown s’est fait tout seul contre son milieu dégénéré ; il a connu le succès avec son entreprise de récupération des données informatiques sur des supports endommagés, fondée au bon moment. Mais il lui fallait de l’emprise pour se faire reconnaître, et il n’hésitait pas à manipuler quiconque pouvait lui servir, les très jeunes filles qui le voyaient comme un protecteur (jusqu’à ce qu’elles deviennent mères et qu’il les jette), et les gros bras en prison, qu’il payait pour tenter d’assassiner les enquêteurs.

Cinnamon a tiré, mais le pistolet lui a été mis dans la main pas Patti sur l’incitation et les conseils de David. Tous trois sont solidairement meurtriers. Mais il faudra des années d’investigations obstinées par Jay Newell, enquêteur, et Jeof Robinson, substitut du procureur, pour que la vérité sorte entière et que David Arnold Brown soit rattrapé par la justice et enfermé pour la vie.

Pour ceux que les arcanes retors de l’âme humaine intéressent, ce livre assez long et détaillé qui se lit comme un roman policier en dépit de son style de procureur, fournit ample matière à réflexion.

Ann Rule, Si tu m’aimais vraiment (If You Really Loved me), 2000, Livre de poche 2001, 509 pages, €0.89 occasion

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La Firme de Sydney Pollack

Premier thriller de John Grisham à être porté à l’écran, le film sera suivi six ans plus tard d’une série télévisée. C’est que l’histoire est bonne et les acteurs convaincants. Mitch McDeere (Tom Cruise) vient de sortir d’Harvard dans la botte, diplômé en droit. Il est courtisé par tout ce que la côte est comprend de cabinets spécialisés, sans compter Wall Street. Mais c’est une firme de Memphis, dans le Tennessee, qui l’emporte. Elle avoue ingénument au jeune diplôme qu’elle a soudoyé le bureau des candidatures de Harvard pour connaître la meilleure offre qui lui a été faite et renchérir de 20 %.

C’est inespéré pour Mitch, fils de mineur venant d’un milieu pauvre, dont la mère vit en caravane et dont le frère aîné, Ray, purge une peine de prison pour homicide involontaire (une bagarre en bar). Son épouse Abby (Jeanne Tripplehorn) est moins sensible à l’argent, venant d’un milieu aisé, mais aime la vocation de Mitch et croit qu’il pourra épanouir son talent et sa passion dans ce métier d’avocat d’affaires.

Curieusement, mais c’était l’époque, ici caricaturée à plaisir, la firme s’occupe de tout : elle se veut « une famille » pour ses cadres dirigeants et veille à leur stabilité. Le prêt à faible taux est offert et la maison choisie et meublée directement, y compris les branchements téléphoniques et informatiques (nous sommes à l’ère du fixe et du modem) avec mise en mémoire des numéros ; la voiture de fonction est offerte également, une Mercedes décapotable dernier cri (une BMW dans le roman – selon la sponsorisation). Tout est fait pour garder le jeune avocat dans la famille. On tient à ce qu’il ait des enfants pour les envoyer dans de grandes écoles. Ce comportement clanique devrait alerter ; il n’est que « normal » dans les grandes firmes capitalistes américaines des années 1980-90, qui veulent donner l’illusion du père et des enfants pour fidéliser les bons éléments.

L’avocat associé Avery Tolar (Gene Hackman) est chargé du mentorat de Mitch et l’emmène avec lui voir un gros client aux îles Caïmans – paradis fiscal. Les affaires exigent de faire payer le moins d’impôts possibles au client tout en restant dans la légalité. Aux avocats de trouver les bons montages. Mais l’enfer côtoie le paradis. Deux collaborateurs de la firme viennent de mourir d’une « explosion » dans leur bateau de plongée. Bizarrement, leurs dossiers se trouve dans une pièce fermée à clé de la suite d’Avery que Mitch découvre par hasard lorsqu’il lui lance la clé pour trouver à grignoter. Ce ne sont pas les premiers et le nombre d’accidents d’avocats dans cette firme est élevé, comme le révèlent à Mitch deux hommes (dont Ed Harris) qui semblent tout savoir sur lui dans un bar où il révise son examen du barreau.

Ils sont en fait du FBI et veulent casser cette agence de blanchiment de la Mafia. Mitch tombe des nues. Il n’y croit pas vraiment et engage un détective privé, ami de son frère Ray, pour enquêter sur la firme. Il ne tarde pas à être tué à son tour, par les deux mêmes que le loueur de bateaux aux Caïmans a décrit à Mitch lorsqu’il s’est renseigné. La secrétaire du détective, Tammy, cachée sous le bureau in extremis par son patron à qui elle était en train de rouler une pelle, a tout vu. Elle jure de se venger et aide Mitch dans son entreprise.

Convaincu cette fois-ci, le jeune avocat accepte une rencontre avec le FBI dont le directeur en personne lui dit qu’il sera jeté avec l’eau du bain s’il ne dénonce pas ses patrons. Il réclame des copies de documents des clients pour piéger l’activité de blanchiment. Mitch est partagé et passe un deal : la libération de son frère Ray et 500 000 $ pour sa collaboration. Mais s’il livre des documents, il trahira son serment de confidentialité et sera radié du barreau. Il lui faut donc trouver une faille juridique pour rester dans la légalité. En ce sens, le film est meilleur que le roman, car il y parvient !

Entre temps, les inévitables problèmes de couple avec un jeune mari qui part tôt et rentre tard, qui travaille parfois au loin certains week-ends, et qui peut être tenté de rompre le contrat moral du mariage. La firme le sait et son chef de la sécurité, non content d’espionner les conversations dans la maison de chacun des collaborateurs jusque sur l’oreiller, tend des pièges pour les compromettre au cas où il en aurait besoin. Mitch est ainsi pris la main dans le sac, ou plutôt un autre organe dans celui d’une jeune femme qui a fait semblant d’être agressée avant de se faire désirer brutalement, un soir, sur le sable. Tom Cruise en chemise blanche flottante à demi ouverte était une proie bien tentante, mais la fille a été payée pour ça. Pour être au clair, Mitch avoue son écart à Abby sans savoir qu’il a été manipulé, et la jeune épouse réagit outrancièrement, à l’américaine.

En discutant avec Tammy, elle s’aperçoit que Mitch joue un jeu dangereux et décide quand même de l’aider. C’est elle qui manipule Avery en laissant croire tout d’abord qu’elle quitte Mitch pour rentrer chez sa mère puis, quand il se trouve appâté par la séparation imminente, accepte son invitation de passer un week-end aux Caïmans avec lui. Elle sait par Mitch que des cartons entiers de documents provenant des affaires des avocats disparus sont entreposés dans une pièce de la suite, au Hyatt. Elle drogue Avery pour avoir le temps de porter à Tammy les cartons à photocopier. Ces documents, chargés sur un voilier qui part sur l’Atlantique avec le frère libéré qui a semé ses suiveurs du FBI et Tammy, tombée amoureuse, servira d’assurance à Mitch et Abby contre la firme.

Quant au FBI, il faut lui donner de quoi justifier la prime versée et le jeune avocat trouve la fissure juridique adéquate : la surfacturation systématique des heures aux clients, qui est pénalement réprimée. L’un d’eux s’en est aperçu et Mitch fait signer au plus grand nombre possible des factures reçues qu’il met en regard des heures facturées par lui, afin de dénoncer la firme sans rompre le secret exigé entre avocat et client. Il va jusqu’à défier les grands mafieux massifs de Chicago, initiateurs et parrains de la firme, corps reptiliens et cerveaux épais mais rusés, qui en restent médusés. Mitch a su rester sur la corde raide, dans la légalité, collaborateur du FBI sans trahir ses clients ni ses patrons… Du grand art que le roman a bâclé, bien qu’il ait d’autres vertus, dont celle de tenir en haleine jusqu’au bout.

Au total un film ancien, relatant des mœurs d’affaires surannées à une époque de balbutiement informatique, mais qui offre un Tom Cruise au mitan de sa jeunesse (30 ans), charmeur toujours la bouche ouverte comme s’il voulait embrasser ceux ou celles qui lui font face, et une Jeanne Tripplehorn fort séduisante en cocue en colère.

DVD La Firme (The Firm), Sydney Pollack, 1993, avec Tom Cruise, Jeanne Tripplehorn, Gene Hackman, Ed Harris et Holly Hunter, Paramount Pictures 2000, 2h28, €12.95 blu-ray €15.00

John Grisham, La firme, Pocket 2014, 480 pages, €8.20 e-book Kindle €9.99

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Patricia MacDonald, Une femme sous surveillance

Comme souvent au MacDo, le prêt à croire et les situations très convenues sont le lot des héroïnes de l’autrice. Ce roman est bon et vous tient en haleine mais l’on ne peut s’empêcher de penser combien est gourde la Laura de Cape Christian. Elle a tout pour être heureuse, un mari jeune et musclé, artiste tenant galerie à succès, convivial et entouré d’amis, un jeune fils de 5 ans adorable. Et voilà que le destin s’en mêle et que Laura perd pied ; elle gâche tout par son comportement erratique et incohérent.

Tout commence dans le rose, se poursuit dans le noir avant que la lueur de l’aube ne ressurgisse à la toute fin, non sans coups de théâtre. Prenez une pimbêche amoureuse de magazine, trempez-là dans l’agression et la mort, laissez sécher à l’air libre et elle finira en prison. Tel est l’itinéraire de la belle Laura. Jimmy son mari est tué un soir dans sa maison par une ombre indistincte ; Laura n’était pas dans la chambre conjugale, elle consolait son petit Michael. Lorsque Laura a entendu du bruit, elle est assommée dans le couloir sans avoir distingué son agresseur ; elle n’a qu’une blessure superficielle à la tête mais mettra plus d’une heure à se rendre compte et à appeler les secours. A-t-elle assassiné son mari ?

Le mobile en serait une prime d’assurance alléchante que le conseiller financier et avocat ami de Jimmy avait conseillé quelques mois auparavant. Le second mobile en serait un amant caché qui voudrait l’avoir pour lui tout seul après la mort (suspecte ?) de sa propre femme et de son petit garçon qui n’aurait pas dû être là. Un amant qui a connu Laura petite, lorsqu’elle lui a sauvé la vie en alertant les secours lorsqu’elle l’a découvert avec une jambe cassée dans la forêt – là où son ordure de père l’avait laissé se débrouiller tout seul.

Les petites villes américaines, et particulièrement celles de la côte est, sont cancanières, bigotes et confites en bourgeoisie puritaine : chacun surveille tout le monde et médit à l’unisson. Il ne faut surtout pas dévier de la ligne de l’opinion, faite surtout par les femmes entre elles. Laura était trop belle, trop à l’aise dans l’existence, elle a suscité des jalousies. Lorsque le malheur la frappe, elle est aussitôt soupçonnée d’être coupable et tout ce qu’elle dit ou fait est interprété en sa défaveur. Lorsqu’elle rencontre par hasard (mais est-ce un hasard ?) le beau blond musclé Ian, physicien en année sabbatique après la mort de sa femme et de son petit garçon sur son voilier où il explore les ports de la côte et les îles paradisiaques pour tenter d’oublier, elle en tombe aussitôt raide dingue.

Mais au lieu de laisser passer le temps décent du deuil et de rester discrète, elle choisit (mais est-ce un choix de raison ou celui plus vulvaire de son désir égoïste ?) de céder aux avances de Ian, puis de se marier précipitamment avec lui, cinq mois à peine après l’enterrement de Jimmy. Plus niaise on ne fait pas. De la génération du « j’ai l’droit », sans penser à rien d’autre qu’à son corps, son feu au cul, à ses états d’âme, pas même à son petit gamin qui ne veut pas qu’elle se remarie même s’il apprécie Ian qui lui apprend le bateau.

Poussés par l’opinion publique, les flics (qui sont élus aux Etats-Unis) ne peuvent qu’enquêter à charge sur cette veuve trop joyeuse qui rompt avec les usages et surtout avec la décence commune. Elle aurait commandité un tueur, dit-on, elle aurait prémédité le meurtre, planifié son changement de vie avec la prime d’assurance en poche. Sa belle-mère lui en veut à mort, rêvant de la voir « griller sur la chaise électrique », son beau-père actionne ses relations d’affaires pour recueillir un témoignage accablant. Même si le tueur de Jimmy est enfin retrouvé et confondu – par le hasard d’une dispute avec sa sœur parce qu’il a voulu violer sa nièce de 12 ans – c’est loin d’être la fin du calvaire pour Laura, invétérée tête de linotte.

Avec l’art de faire rebondir le suspense et d’entrer assez profond dans la psychologie de chacun de ses personnages principaux (en majorité des femmes), Patricia MacDonald concocte un roman policier qui tient en haleine et décrit son Amérique : celle que l’on n’aime pas tant elle est minée de puritanisme et de qu’en-dira-t’on, mais aussi d’égoïsme sacré pour soi-même et de bêtise de comportement. Outre la trame policière, c’est pour cela que lire du MacDo reste intéressant.

Patricia MacDonald, Une femme sous surveillance, 1995, Livre de poche 1997, 351 pages, €7.70 e-book Kindle €8.49

Les romans policiers de Patricia MacDonald chroniqués sur ce blog

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Michael Connelly, La glace noire

L’inspecteur Hieronymus Bosch connaissait Calexico Moore, officier du Narcotic Bureau qui est retrouvé mort d’une décharge dans la tête dans une chambre de motel loué par lui. Pas de lettre de suicide mais ce seul mot dans la poche arrière de son jean : « j’ai découvert qui j’étais ». Et tout est là : la hiérarchie est pressée de classer l’affaire, la mort d’un flic la veille de Noël fait tache sur la ville ; Bosch en revanche n’y croit pas, les faits réels contredisent les faits apparents et laissent croire à un meurtre. Qui était donc Cal Moore ?

En mauvaise tête qu’il est, Bosch va bien sûr enquêter de son côté. Son collègue l’inspecteur alcoolique Porter n’est pas venu au travail et le lieutenant confie à Bosch ses enquêtes en cours, le pressant d’en résoudre au moins une pour les statistiques de fin d’année. Curieusement, Bosch découvre que plusieurs d’entre elles sont liées… et reliées au cadavre de Cal Moore. Ce flic des stups serait « passé de l’autre côté », peut-être en raison de ses liens d’enfance dans les barrios de la frontière mexicaine. Bosch découvre en effet chez lui des photos de Cal enfant et adolescent, torse nu avec un autre de son âge. Et cet autre ne serait autre que le fameux Zorillo, chef d’un gang puissant de passeur de drogue.

C’est qu’une nouvelle composition vient de faire son apparition, un mélange d’héroïne et de PCP qui fait planer plus et plus longtemps pour guère plus cher. Les Mexicains supplantent progressivement les Hawaïens dans le commerce de cette drogue qui fait fureur parmi les jeunes paumés de Los Angeles.

Bosch enquête, creuse et frôle la mort ; on veut l’assassiner comme ont été tués Moore et Porter. Mais Harry Bosch n’hésite pas, il fouille et trouve. Qui est au fond Cal Moore, enfant qui n’a jamais connu son père, rejeté par le patron de sa mère qui l’avait pris sous son aile avant de les jeter ? Qu’est devenu le garçon peau à peau avec lui dans la touffeur de la liberté d’été sur les photos ? Cette amitié venue de loin a-t-elle influé sur le fic des stups ? L’action se double de psychologie et de la description minutieuse de la faune des dealers comme de l’administration lourdaude des flics de L.A.

Un long thriller où l’on ne s’ennuie pas.

Michael Connelly, La glace noire, 1993, Livre de poche 2016, 528 pages, €8.70 e-book Kindle €8.49

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Bagarres au King Creole de Michael Curtiz

Elvis Presley a encore 22 ans lorsqu’il joue Danny Fisher, un redoublant en dernière année de collège que la directrice des études, la vieille fille Pearson (Helene Hatch) – trente ans d’enseignement – recale pour la seconde fois non en raison de ses connaissances, mais à cause de sa conduite trop directe. Il a en effet boxé un camarade devant qui il a embrassé une fille, puis traité la vieille peau de « chérie » en manifestant combien elle était loin de pouvoir autant séduire. Le principal du collège (Raymond Bailey) ne peut que prendre acte, même s’il comprend Danny qui est obligé de travailler avant d’aller au collège pour pallier la faiblesse de son père depuis qu’il a perdu sa femme.

Car c’est le drame du jeune homme, de voir combien son père est faible. Hier pharmacien, docteur diplômé, le père (Dean Jagger) a progressivement tout perdu : sa femme dans un accident de voiture, sa pharmacie parce qu’il s’est laissé aller, sa maison parce qu’il s’est ruiné, la légitimité envers ses enfants à l’âge crucial de l’adolescence. Danny ne veut surtout pas être comme lui, veule devant les brutes et rampant sous les ordres alors qu’il est aussi compétent, voir plus en raison de son expérience. Ce pourquoi il laisse « le diplôme » aux vieilles pies qui ne veulent pas le reconnaître : il se fera tout seul, en bon Américain pionnier, dans le quartier populaire de la Nouvelle Orléans.

Son atout, outre son énergie et sa capacité à se battre, est sa voix d’or. Il chante bien et la première scène le voit donner les répons à la mélopée d’une négresse qui passe en charrette dans la rue déserte au petit matin. Les filles du cabaret bordel d’en face lui font coucou du balcon car c’est un beau jeune mâle bien pris dans son tee-shirt immaculé et dont la mèche en banane balaye le front.

Il va devoir mettre en pratique aussitôt ces qualités qui le distinguent. Tout d’abord la bagarre. Le frère du boxé au collège, Shark (Jacques en VF – Vic Morrow), veut le rosser avec ses deux sbires dont un muet – il les met en déroute, s’attirant l’admiration du jeune dur qui lui propose aussitôt un coup en commun. Il s’agit d’utiliser son charme de chanteur pour détourner l’attention des clients et employés d’un bazar qui vend des bijoux afin de rafler de la marchandise. Tout se passe au mieux et Danny séduit. Mais surtout une jeune employée au bar, Nellie (Dolores Hart) qui comprend tout mais ne dit rien car elle est sous le charme. Elle devient amoureuse. Tout comme Ronnie (Carolyn Jones – la Morticia de La famille Adams), une ancienne chanteuse de talent décatie à force de boire pour oublier qu’elle s’est mise sous la coupe du malfrat local, le propriétaire du Blue Strade Maxie Fields (Walter Matthau). Vulgaire mais ambitieux, la face sombre de la même énergie du pionnier, il veut « prendre » tout ce qu’il désire et ne recule devant rien pour arriver à ses fins.

C’est dans ce cabaret que Danny va faire le ménage chaque matin avant d’aller au collège et, le dernier jour d’école avant la remise des diplômes, il sauve Ronnie des brutalités de deux saoulards machos encore au bar après la nuit blanche. Ronnie, bourrée mais sous le charme du garçon, l’emmène au collège et lui donne un baiser d’adieu devant tous les jeunes, d’où les lazzis et la bagarre, et l’ire de la vieille Pearson, et le châtiment de se voir refuser le diplôme de fin d’études secondaires. Le jour suivant, alors que Danny travaille comme serveur, il salue Ronnie devant Maxie et celui-ci, jaloux de cette familiarité avec l’une de ses « possessions », exige de savoir qui il est, où elle l’a rencontré et pourquoi il est si camarade. Ronnie esquive en déclarant qu’elle l’a entendu chanter et qu’il a une belle voix. Le Maxie veut savoir si c’est vrai et ordonne à Danny de se produire illico sur scène. La chanson a indéniablement du succès auprès des clients comme des musiciens et Maxie suppute le profit qu’il pourrait tirer à « avoir » Danny.

Mais celui-ci est abordé en premier par Charlie Legrand, le patron d’un cabaret rival et ancien condisciple de Maxie : le King Creole. Son cabaret ne va pas bien et la voix d’or de Danny Fisher pourrait le renflouer. Il l’engage sur une poignée de main malgré l’opposition du père, à laquelle Danny passe outre en lui reprochant son incapacité. Il l’a vu en effet se faire rabrouer par son patron (Charles Evans), un pharmacien acariâtre moins capable mais imbu de son autorité, comme l’époque d’après-guerre l’encourageait. Ce pourquoi la rébellion du fils adolescent en 1958 laissait déjà présager le mouvement d’émancipation des années soixante, les jeunes libertaires contre les vieux autoritaires, les premiers élevés sous les restrictions et la guerre, les seconds dans la consommation et la paix.

Danny Fisher a du succès et les femmes affluent au King Creole pour la voix d’or et le corps déhanché. Le jeune homme se dit qu’il va s’en sortir. C’est sans compter sur Maxie Fields qui ne lâche jamais : il le veut. Pour cela, il ordonne à Shark de monter un coup sur le point faible de Danny, son père à la pharmacie. Il s’agit de piquer la recette du jour lorsque le pharmacien ira la déposer à la banque et d’engager Danny à y participer pour se venger du patron de son père. Maxi alors le tiendra et il sera obligé de passer par sa volonté. Tout ne se passe pas comme prévu et c’est le père de Danny plutôt que le pharmacien qui porte la sacoche, revêtu de l’imperméable que lui a prêté son patron car il pleut fort à la Nouvelle Orléans. Shark l’a reconnu mais ne lui assène pas moins un violent coup de matraque sur la tête, le blessant sérieusement au point qu’il doit être trépané par un éminent chirurgien à l’hôpital. Le traitement est fort cher mais Maxie paye, trop heureux de lier ainsi Danny encore un peu plus. Celui-ci veut le rembourser mais Maxie exige qu’il signe chez lui pour chanter ou il racontera à son père qu’il était parmi ceux qui l’ont agressé. Danny finit par signer, malgré et à cause de Ronnie qui l’incite à fuir mais qui lui révèle qu’elle sera battue si elle ne l’amène pas à faire la volonté de Maxie.

Le père va remercier Maxie Fields des bons soins  qu’il lui a assurés mais celui-ci lui est tout content de lui révéler que Danny est coupable du coup ayant mené à son agression, de façon à le tenir un peu plus. Le père ne veut plus voir son fils, pour lui perdu par le milieu des cabarets à cause de ses chansons. Ce qui entraîne une entrevue orageuse entre Maxie et Danny où ce dernier assomme à coups de poings le malfrat malgré le pistolet qu’il tente de sortir d’un tiroir – entrée en scène de l’instrument de la tragédie qui va suivre.

Danny demande du temps à Nellie pour s’engager avec elle car il ne sait plus où il en est et ne veut pas tout de suite le mariage et les enfants, comme il était de coutume à l’époque. Rentrant chez lui, il est agressé par Shark et deux sbires de Maxie. Il s’en sort mais blessé au bras droit, après avoir fait se poignarder lui-même avec son propre cran d’arrêt ce Shark qui lui en veut d’être en tout meilleur que lui.

Son père refuse de lui ouvrir mais Ronnie le retrouve et l’embarque dans sa grand décapotable, péniche chromée de l’arrogance américaine des années cinquante qui consomme vingt-cinq litres aux cent kilomètres et dont le poids fait crisser les pneus dans les virages. Elle l’emmène dans une cabane sur les marais qu’elle possède et le soigne. Elle jouit ainsi d’une journée de vrai bonheur, connaissant l’amour (chastement vêtu et réduit au baiser sur la bouche de cette époque très puritaine).

Jusqu’à ce que Maxie surgisse avec le Muet, pistolet à la main, pour les descendre tous les deux et venger son orgueil doublement bafoué. Tirant de loin il descend Ronnie, qui meurt romantiquement dans les bras de Danny, tandis que le Muet se rebiffe. Danny l’a toujours considéré, au contraire de Shark et des autres, et a exigé le partage équitable avec lui du premier coup qu’ils ont fait. Il ne veut pas que Maxie le tue, aussi pousse-t-il son patron dans l’eau peu profonde sous le ponton, où il s’assomme et se noie.

Happy end – Danny Fisher fait son retour et chante au King Creole, connaissant le succès, aime Nellie tandis que sa sœur aînée fréquente Charlie, et son père vient l’entendre sur As long as I have you, finalement charmé par sa réputation dans la ville.

Ce qui est intéressant est le mélange d’intrigue policière et d’intermèdes musicaux, de film noir et de romance. Comme si la Nouvelle Orléans se tenait à la crête entre les deux, la fleur surgissant du fumier, la voix d’or réussissant à venir des bas-fonds pour le rêve américain. Un beau film en noir et blanc avec dialogues en français et chansons originales en anglais, un Elvis jeune au sommet de son charme.

DVD Bagarres au King Creole (King Creole), Michael Curtiz, 1958, avec Elvis Presley, Carolyn Jones, Dean Jagger, Walter Matthau, Dolores Hart, Paramount Pictures 2007, 1h51, €9.90

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Fargo de Joel Coen et Ethan Coen

Ne cherchez pas un sens caché, Fargo est la ville-frontière entre les Etats du Minnesota et du Dakota du Nord. Autrement dit un lieu vide au climat continental, agricole et religieux, très peu peuplé : la ville de Fargo compte à elle seule près d’un cinquième de tous les habitants de l’Etat. C’est l’Amérique « profonde » vue de New York, où les loosers et les frustrés sont légion.

C’est ce que mettent en scène avec une ironie affirmée les frères Coen en leur sixième film. Le looser phare est le vendeur de voitures pompeusement titré « directeur commercial » (William H. Macy) qui ne parvient pas à faire assez de marge et s’endette sans espoir de retour à meilleure fortune. Avec sa bouille de grenouille dès qu’il sourit et ses yeux bleus faussement candides, il est le menteur-type, celui qui veut vous fourguer un « supplément » pour l’anti-corrosion alors qu’elle est d’usine. Il n’imagine rien moins que de faire enlever sa femme (Kristin Rudrüd) par le copain malfrat d’un employé indien de sa concession (Steve Reevis) qui l’a rencontré en prison. Non seulement il épongera ainsi ses dettes mais se vengera par derrière de son beau-père autoritaire (Harve Presnell) qui a tout réussi et le considère pour ce qu’il est : un minable. Il ne pense pas un instant à Scotty (Tony Denman), leur fils adolescent qui a déjà des problèmes à l’école.

Rien évidemment ne se passe comme prévu. Le malfrat (Steve Buscemi) a déjà « un air bizarre » qui ne passe pas inaperçu dès qu’il parait quelque part. Il est flanqué d’un comparse imprévu qui ne dit quasiment pas un mot (Peter Stormare) mais se défoule avec brutalité pour régler les situations. D’où trois meurtres en dix minutes sur une route déserte après l’enlèvement effectué, ce qui n’était pas envisagé. C’est alors que la police, qui ne devait pas s’en mêler, s’en mêle et c’est l’engrenage.

La chef inspecteur du comté (Frances McDormand) apparaît comme une niaise de première mais elle cache un esprit obstiné et logique sous son apparence de femme enceinte. Le spectateur se demande pourquoi elle a épousé un gros nul, Norman, flic lui aussi mais subalterne (John Carroll Lynch), sauf que le couple est équilibré et s’aime – que demander de plus au fond ? Les frustrés devraient en prendre de la graine qui veulent toujours plus en se plaignant des autres. La chef enquête. Les témoignages des barmen et des putes qu’ont fréquentés les malfrats (air bizarre a l’obsession de baiser tandis que bouche cousue a l’obsession de bouffer) n’aboutissent qu’à pas grand-chose. Les témoins sont tellement terre à terre et conventionnels, ils ne remarquent rien. Mais le flic descendu lors du contrôle de la voiture avait noté sa marque et sa couleur sur son carnet de bord, en bon professionnel, ce qui est une piste et va mener au nid.

Le vendeur de voitures exige absolument de livrer la rançon pour s’en mettre 90 % dans la poche, mais le beau-père qui finance exige d’aller lui-même « régler ça ». Imbu de son autorité, et muni d’un revolver, il ne sait pas à qui il a affaire et Air bizarre agacé le descend. L’autre le blesse à la mâchoire mais ne l’empêche pas de mettre la main sur le fric, sans livrer la fille, et de s’en retourner auprès de Bouche cousue. Lequel en a eu marre d’entendre geindre cette demeurée de bonne femme et l’a claquée assez fort pour qu’elle clamse. Il faut dire que l’hystérique est restée sans réagir lorsqu’elle a vu un cagoulé s’approcher de sa fenêtre avec un pied de biche, qu’elle a tenté d’ouvrir durant plusieurs minutes une fenêtre qu’elle n’a pas eu le temps d’escalader, qu’elle s’est précipitée avec le rideau de douche devant les yeux pour fuir, puis que, ligotée et cagoulée, elle a couru comme un poulet sans tête pieds nus dans la neige pour tenter d’échapper à ses ravisseurs. Du grand n’importe quoi qui fait farce.

Sauf que le film est déclaré tiré « d’une histoire vraie » arrivée en 1987 comme nous l’apprend l’introduction écrite d’un ton sérieux et compassé (ce qui est une invention marketing des réalisateurs). Un contraste d’autant plus fort avec le corps du film qui multiplie les bouffons et les perdants dans une part d’Amérique où le mal-être se dissimule sous les apparences obligées des relations sociales. Même l’ancien copain d’école de la flic, qui lui téléphone en pleine nuit parce qu’il l’a vue à la télé, lui raconte une histoire sur ses amours au lieu de la réalité. Toutes les frustrations explosent en hiver, alors que l’apparence de la nature est à la pureté insoutenable.

Air bizarre enterre la plupart du fric dans la neige, ne conservant que les 80 000 $ prévus initialement. En parfait con, il ne devine pas que le climat continental va entraîner un violent dégel de printemps et un été caniculaire – qui mettra au jour sa valise laissée près d’une clôture interminable sans repère, au bord de la route principale… Planter une palette à gratter la glace n’y changera rien. Quand il retrouve son comparse, et le cadavre de l’enlevée, il ne peut que péter un câble, ce qui lui vaut la réaction primaire évidente de Bouche cousue. La flic inspecteur, en passant par hasard devant l’endroit isolé où ils se sont réfugiés, aperçoit la voiture ocre signalée et arrête le multi-tueur en train de passer son copain au broyeur à bois : cinq meurtres à son actif, et cela pour une maigre poignée de dollars. Le vendeur de voiture sera arrêté lui aussi et son ado se retrouvera orphelin de mère, de père et de grand-père.

Une vraie comédie humaine à l’américaine !

DVD Fargo, Joel Coen et Ethan Coen, 1996, avec William H. Macy, Frances McDormand, Steve Buscemi, Peter Stormare, Harve Presnell, MGM United Artists 2020, 1h40, €10.00

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11-Septembre Vingt ans après

Les moins de 20 ans ne savent pas quel monde alors a été perdu.

Le 11 septembre 2001 entre 8 h 14 et 10 h 03, dix-neuf terroristes armés de couteaux à lame rétractable détournent quatre avions de ligne et commettent attentats-suicides islamistes.  2 977 personnes sont tuées dont 310 étrangers (4 Français) à New York, Washington, Arlington et Shanksville, lieux symboliques des États-Unis. Les tours jumelles du World Trade Center à Manhattan s’effondrent. Ces attentats sont revendiqués par Al-Qaïda dans une vidéo diffusé le 17 avril 2002 par la chaîne de télévision arabe MBC, puis à plusieurs reprises par le saoudien Oussama ben Laden, qui sera tué au Pakistan par un commando américain le 2 mai 2011.

C’est la stupeur parmi les dirigeants, les militaires et la population. À 12 h 15, plus aucun vol commercial ou privé ne survole les États-Unis. À 13 h 04, George W. Bush met l’armée américaine en alerte et déclenche le FPCON DELTA, le plus haut niveau d’alerte terroriste. La bourse reste fermée jusqu’au 17 septembre et perd autour de 15%.

Depuis cette date, les Américains sont devenus « fous ».

Ils sont désormais paranoïaques, croyant que tout le monde leur en veut. Tout comme les islamistes, ils ont cristallisé une série de règles et d’interdits qui les rend introvertis, voire xénophobes. Les stratèges ont cru pouvoir jouer impunément avec le feu mais, avec la courte-vue habituelle aux Yankees les yeux sur la bourse, ils n’ont aidé les islamistes pour contrer le communisme que pour mieux les voir, désormais armés par leurs soins, se retourner contre eux. Car communistes ou capitalistes, tous sont des mécréants aux yeux fanatisés des musulmans ; tous sont à dominer ou à tuer car impurs aux yeux de Dieu.

Si Ben Laden réside alors en Afghanistan, sous la protection des Talibans, aucun Afghan n’est parmi les terroristes. Au contraire, ce sont en majorité des Saoudiens, un Égyptien, un Émirati et un Libanais. La responsabilité écrasante de certains Saoudiens est attestée par les enquêtes du FBI et les révélations des terroristes arrêtés ultérieurement. Le consulat saoudien à Los Angeles est notamment pointé du doigt ainsi que l’ambassade d’Arabie Saoudite à Washington et de riches Saoudiens de Sarasota en Floride. Ils savent qu’il y aura impunité faute de preuves directes et ces croyants islamistes ont continué à soutenir Al-Qaïda, puis Daech. En juillet 2016, le Congrès des États-Unis a publié un document de 28 pages crédibilisant les accusations de Zacarias Moussaoui, qualifié de « dérangé » par l’Arabie saoudite. D’autre part, les Saoudiens sont ses principaux actionnaires la banque Al-Taqwa par le biais de la banque privée saoudienne Dar al-Mal al-Islami, connue pour ses sympathies islamistes. Les plaintes concernant l’Arabie saoudite ont été déboutées en 2005, le juge responsable arguant que les supposées activités illégales de l’Arabie saoudite relevaient de son « pouvoir souverain » et lui conférait l’immunité. En mai 2020 encore, le FBI révèle par inadvertance l’identité d’un responsable de l’ambassade saoudienne à Washington soupçonné d’avoir fourni un soutien crucial à deux des pirates de l’air.

Mais l’Arabie Saoudite a-t-elle été inquiétée comme l’Afghanistan (envahi) et l’Irak (envahi) l’ont été ? Pas le moins du monde. Tout juste peut-on dire que les relations se sont un peu « rafraîchies », un charter en urgence ayant réexpédié en Arabie les membres des hautes familles dans les jours qui ont suivis le 11 septembre. Les riches Saoudiens, Emiratis, Qataris, Libanais, et tant d’autres, continuent à financer l’aide aux élèves en religion, qu’ils soient pacifiques, sous couvert humanitaire, nationalistes guerriers ou terroristes. Financer la foi, pas les actes, permet de se dédouaner la conscience à bon compte : telle est la charité, la zakât (aumône légale) qui est l’un des cinq piliers de l’islam. L’opinion américaine a été soigneusement tenue à l’écart de « mal » penser des « alliés » saoudiens contre l’Iran et des détenteurs des principales réserves de pétrole.

Au contraire, « on » a laissé fleurir les théories du Complot pour détourner les esprits des vraies causes du 11-Septembre…

Car la sécurité aux Etats-Unis est très dense mais très bureaucratisée, la rendant jusqu’ici peu efficace. Tout est mis sur le numérique… mais les pirates de l’air ont usé des bonnes vieilles cabines téléphoniques, de portables prépayés, des financements à crédit en plusieurs fois, et du transfert direct de liquide par des réseaux humains. Rien ne vaut l’enquête de terrain, mais les agences de renseignements préfèrent les gros budgets en matériel. C’est ainsi qu’ils ont failli rater Ben Laden, pourtant sous leurs yeux, dans une maison située entre deux régiments de l’armée pakistanaise. Quant aux avions, la porte de la cabine de pilotage n’était même pas sécurisée et la déclaration de piratage très longue à être envoyée.

Pour faire comme si tout cela n’était rien, l’implication saoudienne et la sécurité minable, le président Bush a décidé l’invasion de l’Afghanistan, désigné comme le siège opérationnel d’Al-Qaïda, dès octobre 2001 puis, dans la foulée du succès rapide, l’invasion de l’Irak et le renversement du régime de Saddam Hussein en 2003 au prétexte d’armes de destruction massive dans le pays (jamais trouvées).

Il en a profité aussi pour recentraliser la sécurité intérieure des Etats-Unis par deux lois qui restreignent nettement les libertés. L’USA Patriot Act voté le 26 octobre 2001, qui permet au FBI de pouvoir sans justification espionner les associations politiques et religieuses, de perquisitionner et saisir les documents et effets possédés par des citoyens, de pouvoir faire emprisonner quiconque, y compris des citoyens, indéfiniment et sans procès, sans qu’elles soient accusées, ni qu’elles puissent être confrontées à celles qui auraient déposé contre elles. Le Homeland Security Act, voté le 25 novembre 2002, crée le département de la Sécurité intérieure des États-Unis et permet l’accès par l’administration à des fichiers constitués par des firmes privées sur des citoyens en contournant la protection donnée par le IVe amendement. Si votre compte Facebook (et messagerie What’s app), Micorsoft (le Cloud) ou Google (gmail) est sous la loi d’un état américain, le FBI peut avoir accès à toutes vos données qui y transitent, sans que ni vous, ni la France, ni l’Europe, ne puissent s’y opposer ! Enfin le Military Commission Act, signé le 18 octobre 2006 par le président Bush, abroge avec effet rétroactif le droit des personnes jusqu’alors reconnu dans les traités internationaux signés par les États-Unis, et définit les « combattants illégaux » qui peuvent être traités selon les lois de la guerre.

Vingt ans après, les acteurs ont vieilli, ont-ils appris ?

Rien n’est moins sûr : les attentats de l’aéroport de Kaboul surveillé par les Talibans mais commis par une branche dissidente déjà connue pour son fanatisme – et toujours installée en Afghanistan même – montre que le foyer du terrorisme sunnite est loin d’être éteint. Le jeu de faux cul du Pakistan et de l’Arabie Saoudite, alliés par devant et traîtres par derrière, continuent d’être minimisé ou ignoré. La sécurité américaine est toujours plus intense, traquant toujours plus de données, sans qu’on en voie vraiment les effets concrets. Et la politique internationale, toujours aussi foutraque et arrogante, surtout à l’ère Trump, n’a en rien réconcilié l’Amérique avec le reste du monde. Alors, paranoïaques les Yankees ? Ils ont peut-être de plus en plus de raison de l’être.

Le 11-Septembre sur ce blog :

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Vera Nova, La noble société de Bullford

L’autrice est écrivaine, peintresse, musicienne, danseuse, philosophiste. Dieu faite femme en Californie américaine, elle réinvente le paradis terrestre avec l’utopie d’une société dont la Règle d’or est l’inverse de celle de notre société moderne. Préfacée par le romancier graphique, journaliste et critique de jeux vidéo Bill Kunkel alias M. Burroughs qui est mort avant la parution du livre, elle livre en un minimum de pages sa réflexion sur la solution monétaire, la guerre, la nouvelle voiture et les activités de loisirs. Rien que les remerciements occupent une pleine page.

Suite de contes surréalistes à but édifiant, Vera Nova se situe comme Terra Nova dans l’utopie. Le futur sera comme le lointain passé un paradis où il n’y aura rien à faire, rien à produire, seulement s’amuser avec le Moi en bannière. Bullford est un anti-état peuple d’esprits uniques dont on se demande comment l’un d’eux est devenu « maire » et ce qu’il a à décider pour les autres.

Ne « jamais traiter les autres comme on aimerait qu’ils vous traitassent, sauf s’ils y consentent en premier lieu, car ce qui est bon pour vous peut causer aux autres des préjudices fatals » est la Règle d’or de Bullford. Les « autres » incluent les animaux mais pas les plantes et « les gens » ne se veulent pas une masse ni « des gens » mais des individus uniques qui coexistent de façon créative – et intelligence – en société. A se demander à quoi sert encore une « société » où chacun reste chacun comme un hérisson qui craint toute ingérence dans son Moi précieux. L’indépendance ne saurait se partager : nous sommes bien dans une philosophie américaine.

J’avoue que cette suite de contes illustrés par l’autrice et ornés de poèmes comme de réflexions d’une philosophie de base californienne ne m’a pas enthousiasmé. Ni ironie féroce à la Swift, ni humour à la Daninos, ni décalage étonné à la Montesquieu. La traduction est claire et en très bon français mais, dans les dialogues, mettre des points comme dans PowerPoint au lieu des tirets usuels est plutôt curieux.

A lire avec curiosité et pour la remise en cause de nos idées établies.

Vera Nova, La noble société de Bullford (The Noble Society of Bullford), 2002, traduction française Stéphane Normand, 2021, édition Les Impliqués-L’Harmattan, 117 pages, €16.00

Attachée de presse BALUSTRADE : Guilaine Depis, 06 84 36 31 85 guilaine_depis@yahoo.com

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Mary Higgins Clark, Ne pleure pas ma belle

Elisabeth est la petite sœur toujours protégée par son aînée Leila. Elle a fui avec elle à New York lorsqu’à 11 ans son beau-père, à poil et alcoolisé, a voulu abuser d’elle. Depuis, Leila est devenu mannequin puis actrice, sa chevelure rousse et ses yeux verts ont réussi. Elle est tombée amoureuse de Ted, jeune et beau promoteur millionnaire. Des amis ont financé une pièce de théâtre écrite pour elle où elle devait se révéler. Mais elle est morte, tombée du 37ème étage de son immeuble un soir l’alcoolémie et de dispute avec Ted. Suicide ? Meurtre ? Ted ne se souvient de rien, trop bourré, mais des relations plus ou moins bien intentionnées parlent. Et un témoin, certes à peine sortie d’asile, aurait vu…

Elisabeth doit témoigner au procès de Ted, laissé provisoirement en liberté faute de preuves suffisantes. Elle rentre d’Europe après deux mois elle doit témoigner dans une semaine. Son amie Mina, baronne pour avoir épousé un Autrichien chirurgien esthétique, l’invite dans le somptueux domaine de Cypress Point en Californie qu’elle dirige avec son baron Helmut. Là viennent se refaire une santé et une beauté les vieilles peaux friquées de toute l’Amérique.

Elisabeth hésite, le procureur le lui déconseille, puis elle se décide. La secrétaire de Mina, qu’elle connait bien, lui a dit par lettre qu’elle doit lui parler de quelque chose à propos de Leila. La curiosité est évidemment la plus forte.

Dans ce huis-clos de luxe de Cypress Point, où la marche matinale précède la gymnastique aquatique qui est suivie de massage puis de soins esthétiques avant le déjeuner diététique (tout un programme de remise en forme quotidien), les protagonistes du drame se retrouvent réunis. Mina l’a voulu. Elisabeth, furieuse de se retrouver devant Ted qu’elle aimait avant son crime, veut repartir, mais la secrétaire qui devait parler de quelque chose est mystérieusement retrouvée morte d’une chute dans les thermes en construction, endroit qu’elle détestait pour son marbre noir morbide. A-t-on voulu la faire taire ? Qui ? Et pourquoi ?

Elisabeth va s’apercevoir que rien n’est simple dans les relations qu’entretenaient sa sœur avec ses amis et son amant. Mina était jalouse d’elle à cause d’Helmut qui en pinçait au point de faire des folies. Cheryl aimerait bien mettre la main sur Ted redevenu libre tandis que son agent Syd a perdu beaucoup d’argent dans l’échec de la pièce que Leila devait jouer. Craig, ami d’école de Ted qui a gravi tous les échelons au point de se rendre indispensable au conglomérat, tente de le soutenir moralement et d’envisager une stratégie avec le réputé avocat Bartlett, mais Ted n’a plus le goût de rien. Est-il un assassin ? A-t-il pu balancer son amante par-delà le balcon comme il a vu son propre père en menacer sa mère lorsqu’il avait 8 ans ?

Tous ont des choses à cacher, tous ont pu contribuer à la mort de Leila et Elisabeth ne sait que penser. Jusqu’à ce qu’une gagnante à la loterie, qui s’est payé le luxe d’un séjour à Cypress Point, soit agressée. A-t-elle vu ou entendu quelque chose de compromettant pour l’un des hôtes ? Elle lit avec ferveur la presse people et se renseigne en ragots auprès de tout le monde. Quelqu’un a-t-il pris peur d’être percé à jour ? Elisabeth va aider le shérif Scott à débrouiller cet écheveau d’on-dit et de non-dit qui fermente dans la soie et le pétrissage des chairs fatiguées. Mais pourquoi va-t-elle nager toute seule tard le soir dans la piscine déserte alors qu’une menace plane sur les proches de Leila ?

Après un exposé initial laborieux (mais l’histoire est compliquée à introduire), le déroulement de l’intrigue à Cypress Point va d’un rythme régulier qui rend addictif. On ne peut terminer un chapitre sans immédiatement avoir envie de lire le suivant, ce qui est le propre d’une bonne maîtrise professionnelle du genre. Tous les protagonistes sont soupçonnés avant que le bon soit piégé. On s’en doutait un peu à un moment, avant d’être égaré volontairement sur d’autres pistes.

Mary Higgins Clark, Ne pleure pas ma belle (Weep no more, My Lady), 1987, Livre de poche 1990, 286 pages, €7.70 e-book Kindle €7.49

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Celebrity de Woody Allen

Lee (Kenneth Branagh) est un journaliste de magazine, écrivain raté qui a commis deux romans « ampoulés » assaisonnés par la critique et ne réussit pas à finir son troisième. Marié jeune à Robin (Judy Davis), enseignante névrosée catholique, il décide à 40 ans de vivre sa vie et de divorcer.

C’est qu’il a rencontré une fille (Charlize Theron), une mannequine blonde à perruque blonde qui le domine et le mène comme un toutou. Elle se dit « polymorphiquement perverse », apte à jouir de tous les morceaux de son corps. Ce qui donne une scène érotique énorme entre un athlète noir de basket (Anthony Mason lui-même) sur lequel elle se frotte en public (et devant Lee) dans la boite de nuit où elle l’a entrainé à passer la soirée. Mais Lee ne sait pas ce qu’il veut, éternel insatisfait qui ne voit pas le bonheur à sa porte. Il drague une brune et veut l’épouser mais, au moment où les déménageurs apportent ses cartons chez lui, il lui avoue qu’il est un salaud mais qu’il s’est trompé. C’est qu’il a rencontré une autre fille, avec laquelle…

Exit son couple, exit sa compagne, exit son roman à peine achevé. Car la garce l’emporte et disperse son unique exemplaire dans les eaux de l’Hudson. Il n’a pas réussi son roman et le scénario de hold-up qu’il cherche à caser auprès d’un acteur (ou même d’une actrice en mauvais garçon) ne rencontre aucun écho : même Leonardo Di Caprio en acteur Brandon déjanté au corps d’adolescent (23 ans) l’entraîne dans sa fête joueuse (il perd 6000 $), alcoolisée et érotique (à poil avec deux femmes à la fois) – mais ne lui promet rien en remettant la lecture du scénario aux calendes grecques. Lee est un raté.

Robin en revanche se désespère et s’accroche à son couple premier mais sa copine la convainc de changer. Devant les poufiasses riches qui font la queue devant celle du docteur en esthétique (Michael Lerner) qui les palpe avant de se les charcuter, elle hésite. C’est alors qu’apparaît Tony (Joe Mantegna), producteur juif d’émissions de télé. Il la convainc à son tour de tenter la réalité. Ce sera une émission où elle interviewe en direct les célébrités dans un restaurant célèbre. Il y a là les actrices, un sénateur mis en cause pour une « erreur » financière, un magnat de l’immobilier – le protomégalo Trump Donald en personne, pas encore peroxydé mais déjà résolu à démolir une église pour bâtir du mauvais goût qui en jette.

Robin doit-elle se remarier pour connaître le bonheur ? Sa névrose catholique (dit le film) l’inhibe mais l’amour juif (que montre le film) la ravit. Elle quitte la noce avant la cérémonie mais revient après qu’une voyante la convainc de revenir à celui qui l’aime. Pour n’importe quoi Robin, peu sûre d’elle-même, a besoin d’être convaincue par quelqu’un : son ex, sa copine, sa voyante, son amoureux… Elle se révèle, connait le succès à la télé, se marie et pond des gosses – elle est transformée.

Faut-il être célèbre pour être soi-même ? L’Amérique le croit, pour qui chacun doit s’imposer, soit par la Bible, soit par le Colt, soit en étant bien roulé(e). La célébrité est une hystérie pour groupies, le mal américain par excellence. Si vous n’avez pas votre quart d’heure de célébrité, vous n’avez pas vécu. Certains arrivistes forcenés, en France, traduisaient cela par la matérialité de posséder « une Rolex » à 50 ans, mais c’est bien la même chose. Faut-il que le monde entier vous regarde et vous admire ? Pas forcément, susurre Woody Allen. Commencer par être reconnu dans son cercle intime est le premier pas, le reste suivra peut-être. Ainsi de Lee et de Robin, le premier qui rate tout et la seconde qui se révèle. Adam et Eve inversés, avec le serpent de la célébrité entre eux.

Un peu bavard, en noir et blanc intello, mais une cascade de scènes inoubliables comme la pipe mimée à la banane ou l’érotisme en public, un Lee obsédé par son scénario face à un Caprio obsédé par la fête. En bref un bon film.

DVD Celebrity (non disponible seul en français), Woody Allen, 1998, avec Leonardo DiCaprio, Winona Ryder, Charlize Theron, Kenneth Branagh, Judy Davis, 1h50

Coffret DVD Woody Allen : Accords & désaccords + Celebrity + Coups de feu sur Broadway + Escrocs mais Pas trop + Harry dans Tous Ses états + Maudite Aphrodite + Tout Le Monde Dit I Love You, Metropolitan Video 2016, €48.20

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Patricia Cornwell, Havre des morts

La Cornwell me déçoit de plus en plus. J’avais beaucoup aimé ses premiers livres… d’il y a plus de trente ans mais, comme souvent avec le succès, le talent se dégrade. Patricia Cornwell est devenue non seulement paranoïaque après le 11-Septembre, comme la plupart des Yankees surpris au nid et dans leur arrogant confort moral missionnaire, mais elle s’est faite la vulgarisatrice de la technologie la plus avancée – la seule « Mission » qui semble rester au peuple dont l’âme s’est perdue dans la malbouffe, la psychopathie et la brutalité. Elle n’hésite pas à le dire p.98 : « La guerre est devenue notre industrie nationale, comme l’ont été autrefois l’acier, les chemins de fer et l’automobile. Voilà le monde dangereux dans lequel nous vivons et je ne crois pas que cela puisse changer ».

Kay Scarpetta, médecin légiste, est donc devenue militaire après une brève expérience comme indépendante. Elle travaille à Dover, la base aérienne militaire sur laquelle les sacs contenant les corps des soldats tués au combat à l’étranger sont rapatriés. Avec l’essor de la technologie informatique, c’est désormais l’autopsie virtuelle qui permet le renseignement avancé. L’étude des débris dans les corps, la forme des plaies, les effets du souffle des explosions, donnent de « précieuses » indications sur les armes utilisées et sur leur provenance. Notre Kay effectue donc une spécialisation de six mois, loin de Cambridge où elle est censée dirigée un centre mixte de médecine légale pour l’État et l’université.

Elle devait rentrer depuis plusieurs semaines déjà mais c’était constamment retardé sous divers prétextes. Voilà que brutalement un hélicoptère piloté par sa nièce Lucy et dans lequel se trouve le gros flic Marino vient se poser sur la base pour l’emmener immédiatement. Elle doit rentrer d’urgence car un jeune homme a été trouvé mort dans le parc de Cambridge, promenant son lévrier, apparemment d’une crise cardiaque. Sauf qu’il a saigné dans la housse à la morgue et que c’est inexplicable. Son adjoint Fielding est curieusement injoignable et Kay doit retrouver sa position de directrice pour organiser les études sur le cadavre.

Comme d’habitude, Lucy est maniaque et ingérable, Marino vulgaire et bavard, le centre en complète désorganisation. Le roman se déroule avec très peu d’action et beaucoup de bavardages, le lecteur est dérouté par des retours en arrière et des transitions sans rupture de chapitre lorsque quelqu’un raconte à quelqu’un d’autre ce qui s’est passé. Le tout est brouillon et foutraque, rempli de méls et de coups de téléphones, avec la hantise du complot. Kay flanqué de son mari Benton, qui a repiqué au FBI, reste sans dormir plus de 36 heures, jusque vers la page 512, ce qui est loin de clarifier la situation. Elle est dépassée, ne comprend rien, a été tenue à l’écart pour d’obscures raisons. Pour un thriller, la méticulosité des détails sur le mobilier, la puissance des bagnoles, le paysage enneigé ou la façon dont sont habillés les gens prend un tour ridicule tandis que l’intrigue se perd dans les méandres tortueux des cerveaux de ceux qui savent et ne disent rien et de ceux qui parlent tout en ne sachant rien.

On comprend à la fin que c’est grave, la miniaturisation numérique prenant des proportions nanotechnologiques qui permettent d’instiller drogues et poisons à l’insu de quiconque pour le faire dérailler ou commettre des actes que sa raison aurait refusés. Exit Fielding, dépassé par son passé, violé à 12 ans par une femme psy qui l’a laissé tomber mais père d’une fille qui l’a découvert sur le net… (si vous suivez encore, ça va, vous pouvez lire le livre). Les meurtres se succèdent, dont celui d’un petit garçon de 6 ans à qui l’on a planté sadiquement des clous de tapissier dans le crâne avant de lui piquer ses pompes, celui d’un jeune footballeur américain soigneusement torturé au merlin avant de l’achever – et celui d’un petit génie israélien de l’informatique espionné par une micro-caméra. Tous sont liés, mais comment ? Seul le chien fait l’objet de compassion.

Patricia Cornwell, Havre des morts (Port Mortuary), 2010, Livre de poche 2012, 567 pages, €8.70 e-book Kindle €8.49

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Mary Higgings Clark, La clinique du docteur H

La romancière adore utiliser l’angoisse de son milieu et de son temps en situant ses personnages et ses intrigues dans le réel social. Ce pourquoi elle est lue par son public : les femmes mûres de la classe moyenne aisée. Mais elle donne à l’étranger une vision de l’Amérique précieuse, de ses valeurs collectives, de son idéalisme naïf, de ses intérêts avides. C’est pourquoi j’aime ses romans policiers, même anciens, car ils racontent les Etats-Unis avant de raconter l’humain.

Dans celui-ci, nous sommes dans une banlieue chic de New York et une clinique par-dessus tout attire la clientèle : celle qui promet aux femmes en mal d’enfant d’avoir une grossesse et d’accoucher. Le docteur Edgar Highley est un spécialiste. Froid comme un petit glaçon, il est expert adulte en gynécologie et obstétrique. De nombreuses femmes qui ne pouvaient avoir d’enfant en ont eu un grâce à lui – pour leur bonheur. La clinique pratique aussi les avortements, même si le docteur les réprouve.

Katie DeMaio est procureur adjoint de son comté. Récemment devenue veuve par le décès par cancer de son juge de mari, elle est sujette à des saignements en-dehors des règles et doit se faire soigner. Malencontreusement, elle dérape sur le verglas après avoir gagné un procès et se retrouve à la clinique du docteur H. Bien que seulement contusionnée, elle est gardée pour la nuit et, par le store relevé de sa chambre, aperçoit en fin de soirée une personne transportant un gros paquet vers un coffre d’automobile. Un coup de vent soulève la couverture : c’est un visage. Un cadavre sur le parking ? Katie croit avoir rêvé mais…

Lorsqu’elle est appelée par la police pour un décès le lendemain, elle reconnait le visage de la morte : le même que celui du parking. Elle est dès lors persuadée que le suicide a été mis en scène et qu’il s’agit bien d’un meurtre.

L’intérêt du livre est que le lecteur sait tout de suite qui est le coupable ; ce qui fait le sel de l’intrigue est donc non pas l’assassin mais la façon dont il peut s’en tirer ou non. Précis, méticuleux, scientifique, le meurtrier agit non par lucre mais pour la recherche. Sauf qu’il transgresse la loi et que ce qu’il expérimente est illégal. Cela doit donc rester secret – et les meurtres s’enchaînent. Car il y a toujours quelqu’un de plus qui a vu, entendu ou qui sait : une patiente, une employée de l’accueil, un ancien médecin… Jusqu’à Katie qui a parlé de sa vision du parking et qui doit subir un curetage dans la clinique du docteur H. pour arrêter ses saignements.

Katie que courtise Richard, le médecin légiste, qui voudrait bien la remarier et faire une ribambelle de petits avec elle, sur l’exemple de la sœur Molly qui a six enfants (comme la romancière). Car tout tourne autour des enfants et du désir d’enfant dans ce roman orienté femmes américaine dans la trentaine en ce début de décennie 1980. Celles qui désespèrent d’en avoir et celles qui en ont, celles qui croient au miracle avec le docteur H. et celles qui se méfient et l’attaquent même en justice.

Peut-on se prendre pour Dieu ? Jouer à l’apprenti sorcier ? Penser que l’on est tout-puissant face à la loi et aux hommes ?

Chapitre après chapitre, l’intrigue se noue et se complique avant un final haletant où Katie joue tout simplement sa vie.

Mary Higgings Clark, La clinique du docteur H (The Cradle will Fall), 1980, Livre de poche 1982, 311 pages, €8.20 e-book Kindle €7.49

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L’homme irrationnel de Woody Allen

Abe Lucas (Joaquin Phoenix) est un prof de philo bidon en Volvo européenne d’intello aux Amériques, un mâle qui se laisse aller à la quarantaine, un désespéré de théâtre qui cite Kant et Kierkegaard pour conclure devant ses étudiants que toute la philosophie, « c’est de la merde ». En bref un manipulateur impuissant qui se croit un rôle.

Comme des mouches, il attire les femmes. La mûre Rita Richards (Parker Posey), professeur de chimie nymphomane bien de son époque (née en 1968) le désire ; elle est lasse de son train-train avec Paul, mari insignifiant, comme de son poste de manipulatrice de produits chimiques sans intérêt devant des jeunes peu intéressés. Elle bâtit un château en Espagne, pays où elle voudrait changer de vie. L’étudiante Jill Pollard (Emma Stone) est fraîche et naïve ; elle fonce, donc séduit le prof qui n’a dans les copies étudiantes que les resucées du cours. Pour une fois quelqu’un pense hors des codes. Mais il ne songe pas à la baiser, elle est en couple avec le joli gentil Roy (Jamie Blackley), et lui est devenu impuissant.

Jill s’accroche, séduite par le dépressif ténébreux et sujette à des orgasmes fantasmés de philo ; elle suce ses paroles faute d’autre organe. Lors d’une conversation qu’elle surprend derrière elle dans un fast-food, elle demande à Abe de s’asseoir à ses côtés pour écouter. Une femme se plaint d’un juge : lors de son prochain divorce, il menace de lui retirer la garde de ses enfants petits alors que mari les laisse dans le garage sans s’en occuper. Abe est philosophiquement scandalisé par cette injustice manifeste. Jill lui monte la tête en lui demandant quoi faire – sur le plan théorique. Dans sa jeunesse, il est allé manifester sans que jamais rien ne change, il est allé au Bangladesh aider les réfugiés sans que le monde en soit meilleur. Il en a marre de rester intello, il veut de « l’action directe » (c’est lui qui le dit).

Il songe alors à supprimer le juge nuisible. Il aura au moins accompli une action concrète pour le « bien ». Mais qu’est-ce que le bien ? Jill et lui en ont deux conceptions opposées. Pour la petite femelle conventionnelle, c’est la morale de la société ; pour le mâle mûr au statut dominant, c’est le relatif de son jugement. Est « bien » ce qu’il décide être « bien » – pas le code social ni religieux jamais mis en cause par la grande majorité des gens.

Abe espionne le juge, note ses habitudes, entreprend de trouver du poison à l’université en volant la clé de sa maîtresse Rita, échange son gobelet standard de jus d’orange avec celui du juge. Lequel meurt, « d’une crise cardiaque » puis d’empoisonnement quand la police regarde d’un peu plus près. Mais Abe n’est pas inquiété : nul ne sait ce qu’il a fait, il ne connait pas la victime, qui pourra remonter jusqu’à lui ?

L’action le fait revivre ; il peut enfin bander et baiser Rita. Il succombe trop volontiers aux avances répétées de Jill, qui ne cesse de fantasmer sur lui en comparaison avec le trop jeunot Roy. Il tète moins de whisky à la fiasque. Mais, comme auparavant dans la déprime, il se laisse aller dans l’euphorie. Au lieu de passer à autre chose, il encourage par jeu Jill à développer ses théories sur la mort du juge qui la fascine en lisant le journal parce qu’elle l’a idéalement souhaitée. Rita a quelques hypothèses délirantes dont elle rigole ouvertement, et de toutes façons elle s’en fout si Abe a tué ou pas, ce qu’elle veut est aller avec lui en Espagne. Jill, tout au contraire, révèle sa nature de petite pute moraliste : une vraie femme américaine. Tout ce qu’elle veut, c’est baiser ; faire le bien ne l’intéresse pas. Une fois l’homme ferré et le cul satisfait, mission accomplie ; on redevient petite bourgeoise dans les normes du qu’en-dira-t-on – un candy raton.

Plus vous la découragez, plus elle veut vous baiser ; plus vous l’encouragez, plus elle vous pousse à agir. Mais lorsque l’acte est accompli, rétropédalage immédiat : ah mais non, c’est pas ça ! je n’ai jamais voulu ! quelle horreur, il faut vous dénoncer ! si vous ne le faites pas je le fais ! Et de se remettre illico avec Roy, qui n’en peut mais et se laisse faire : un vrai mâle passif comme les juments yankees les aiment. Jill apparaît une double salope au fond, dans le sexe comme dans l’action. Woody Allen n’est pas tendre avec la gent femelle – il a de quoi vouloir se venger à cause de sa vie personnelle.

Tuer n’est pas « bien » en termes de morale universelle à la Kant ; inventer ses propres valeurs comme le prônait Nietzsche n’est pas donné à tout le monde (encore moins au « dernier homme »), notamment si l’on ne tient en rien compte des autres. Mais se réfugier dans les convenances dès que l’on se sent « choquée » par le politiquement incorrect n’est pas vraiment moral non plus. C’est une démission, ne pas assumer la responsabilité de ses désirs, rester dans le fantasme et l’illusion à la Disney plutôt que d’agir. Il y avait probablement d’autres voies que le meurtre pour contrer le juge, notamment engager un bon (donc cher) avocat, pétitionner, alerter les voisins, les médias. Mais aux Etats-Unis tout se règle par le Colt ou la Bible. L’homme a choisi le Colt, la femme choisit la Bible. Et Jill n’en ressort pas grandie même si se prendre pour Dieu est le péché suprême des religions du Livre.

A ceux qui n’ont pas eu le plaisir de voir le film (un peu chiant au début, emballant dès le milieu), je ne dis pas la fin. Sauf qu’il se produit un net retournement physique qui est aussi de situation, et que le moteur en est une lampe de poche qui roule – un cadeau de fête foraine dû à la « chance » d’Abe qui l’a offert à Jill. Un humour paradoxal très Woody Allen. L’opposé de Point Break.

DVD + copie digitale L’homme irrationnel (Irrational Man), Woody Allen, 2015, avec Joaquin Phoenix, Emma Stone, Parker Posey, TF1 studios 2016, 1h36, €8.65 blu-ray €25.69

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Patricia Cornwell, L’île des chiens

Pat Cornwell avait habitué ses lecteurs à des thrillers sérieux, avec crimes sordides de psychopathes et professionnels légistes et enquêteurs prêts à les arrêter. Cette fois-ci, elle se lance dans le délire de la satire, ce qui peut dérouter, voire rebuter. Son roman reste un « thriller » avec psychopathes et enquêteurs, mais sur le mode bouffon. Oh, il ne s’agit pas « d’humour » comme le dit l’illettrée critique de Elle citée en quatrième de couverture ! Il s’agit de l’ironie en gros sabots américaine, un brin lourde et basique comme la cuisine là-bas : du comique trooper. Jugez-en.

Un gros laid sale se fait appeler Major Trader (parce que major est un titre plus élevé que capitaine dans la marine à voile américaine). Il est secrétaire particulier d’un gouverneur d’Etat miraud et à courte vue intellectuelle appelé Bedford Crimm IV, au prénom de camionnette et au nom de criminel. Lequel est flanqué d’une épouse collectionneuse compulsive obsédée de « trépieds », dont on devine à la fin qu’il s’agit de dessous de plat (la traduction laisse souvent à désirer !) et de trois filles aussi grosses que moches et bêtes. Sauf la dernière, Regina (la reine !) qui est aussi lesbienne parce qu’elle ne s’aime pas. Il faut dire qu’elle est égoïste et centrée sur ses petits problèmes, véritable hérisson bardé de piques à l’égard de tous les autres ; le monde entier lui en veut.

Trader est un pervers manipulateur qui offre au gouverneur des chocolats et des cookies bourrés de laxatif, ce qui fait se gondoler et exploser le gros ponte – et laisse le secrétaire gouverner à sa place. Trader est aussi l’inspirateur et le maître secret des « pirates » de la route, une bande de jeunes cons camés et déjantés dont Smoke est le chef apparent, torse nu tatoué et sans cesse bourré, mais Unique la fille sadique qui règle au cutter ses haines pour tout le monde. Il y a « un nazi » en elle, c’est vous dire le niveau ! Trader a fait enlever par Smoke le petit chien de la chef de la police de l’Etat, une certaine Judy Hammer, laquelle entretient un « stagiaire » chargé d’une opération de communication secrète sous le nom d’Officier Vérité. Cet Andy Brazil est un mâle de braise blond, athlétique et intelligent, en bref une caricature en bien de ce que sont les autres en mal.

Tout ce petit monde va se manifester selon ses instincts – à l’américaine – et le bien va triompher à la fin. Le délire ne serait pas complet si n’était convoquée l’histoire américaine, le débarquement en 1607 sur l’île des Chiens sur les côtes de Virginie des premiers colons venus d’Angleterre. Massacrés par les Indiens parce qu’ils voulaient les dominer, le reste du petit groupe s’est installé sur l’île de Tanger avant de commencer une carrière de pirates au XVIIe siècle. Aujourd’hui, les Tangériens sont farouchement indépendants et veulent qu’on leur fiche la paix ; ils pêchent le crabe et n’acceptent les touristes que lorsqu’ils viennent acheter quelque chose. Ils ont une curieuse façon régionale de parler qui dit « Nan » pour signifier oui et tournent leurs phrases à l’envers. Cornwell se moque de ce provincialisme. Seul Fonny Boy, un blondasse de 14 ans qui rêve au trésor des pirates coulé au fond de la baie, trouve quelque grâce à ses yeux. Lorsqu’un dentiste qui exploite la crédulité des îliens et refait toutes les dents pour frauder les mutuelles est pris en otage, c’est Fonny Boy, dont les élastiques d’appareil dentaire sautent tout le temps, qui est chargé de le garder.

Je ne vous raconte pas tout ce qui se passe dans ces quelques 550 pages denses, mais c’est assez prenant. Le texte n’est pas fin mais finit par amuser – à condition d’oublier la Patricia Cornwell que vous avez déjà lue. L’histoire est invraisemblable mais dans le ton du feuilleton à rebondissements. Le docteur Kay Scarpetta apparaît dans un chapitre comme experte en médecine légale mais elle n’est pas le personnage principal – qui reste l’improbable beau Brazil.

Patricia Cornwell, L’île des chiens (Isle of Dogs), 2001, Livre de poche 2013, 554 pages, €8.60 e-book Kindle €8.49

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Intolérable Cruauté de Joel Coen

Un film très américain, ce qui plait aux critiques acculturées françaises, mais trop américain, ce qui plaît moins au public français. Le divorce du peuple et des élites ne date pas d’aujourd’hui, il réside surtout dans l’idolâtrie de tout ce qui vient des Yankees par les pseudo-intellos qui se croient des demi-dieux parce qu’ils baragouinent l’anglais globish et passent des week-ends à New York ou Miami. Mais vivraient-ils dans les mœurs américaines comme sous les lois américaines ? Pour avoir côtoyé les deux côtés, j’en doute…

Car « le mariage », aux Etats-Unis, est un contrat d’affaires. L’Hâmour, dont se gaussait Flaubert, n’est qu’une inflammation des sens qui ne résiste pas aux tentations diverses que permet l’argent, ni aux années qui passent et qui flétrissent l’objet aimé. Les mecs se croient tout permis parce qu’ils ont de la fortune, mais sont des ânes bâtés pour les relations de couple ; les femelles sont des juments qui jouent de leur silhouette pour appâter l’instinct prédateur des zizis à langue pendante avant de les baiser « d’une carotte » (dans le cul comme le mime le gros jovial Cedric the Entertainer) en raflant la moitié de leur fortune lors du divorce. Des avocats spécialisés, fort chers, sont là pour ça. Et ils ne manquent pas de boulot, signe de la santé sociale américaine !

Le cul au bout est la carotte qui fait avancer les ânes, mais le fric au bout est la carotte qui fait avancer les ânesses – et c’est ainsi que ce petit peuple vulgaire se pavane au cinéma devant la planète. De quoi comprendre que certains moralistes (eux-mêmes pas très clairs ni très frais) aient envie de les faire sauter. Les frères Coen commencent donc, deux ans après le 11-Septembre, par la caricature en grosse farce de cette Amérique-là. Un producteur d’Hollywood (Geoffrey Rush) rentre trop tôt avec sa belle voiture dans sa belle villa sur les hauteurs du beau quartier et trouve sa femme qui se rhabille en vitesse tandis qu’un vendeur d’accessoires de piscines qu’il a connu ado saute dans les toilettes. Sauf que la villa n’a pas de piscine… Devant cet « écart » au contrat de mariage (jurer fidélité et le toutim), c’est le divorce. Mais un avocat retord met sur la paille le mari cocu et fait avantager la femme. Voilà l’affaire : elle est désormais riche, elle n’a jamais rien fait de sa vie, ni métier ni môme, elle cancane auprès de ses copines aussi insignifiantes qu’elles en se shootant au botox.

Mais c’est la faute aux maris, ils n’ont qu’à se maîtriser un peu et surtout se défendre. Miles Massey (George Clooney) est l’un de ces avocats qui les aide. Séduisant et habile, il connait l’art du storytelling et parvient à merveille à bâtir de belles histoires étayées de témoignages chocs pour emporter le jury. Car, bien-sûr, le système judiciaire yankee n’a rien à voir avec le nôtre. Ce n’est pas la vérité qui importe mais les moyens ; l’argent permet de façonner sa propre « justice » avec les bons détectives et les bons avocats, voire les bons témoins. C’est ainsi qu’un patron d’usine, Rex Rexroth (Edward Herrmann), macho tyrannosaure qui saute une jeunette en bikini dans un motel après une soirée arrosée, se voit filmé par un détective (Cedric the Entertainer) mandé par l’avocat de son épouse. Pris en flagrant délit, c’est la faute assurée devant le jury. Sauf que… l’avocat retord Miles retourne la situation et l’épouse Marilyn qui joue les amoureuses éplorées (Catherine Zeta-Jones) se voit objecter un certain Heinz, Baron Krauss von Espy (Jonathan Hadary) flanqué de son ridicule clebs, ci-devant concierge d’un établissement huppé. La cliente l’aurait payé pour lui conseiller un riche gros con cavaleur à plumer après quelques mois de mariage décent.

Dès lors l’épouse flouée, qui part du domicile conjugal sans rien, voudra se venger. Elle monte un faux mariage où elle prend comme conseil Miles, avant de faire déchirer en public le contrat de mariage qui protégeait de tout en cas de divorce son mari énamouré. Et puis elle divorce, elle est censément riche de la moitié du soi-disant patrimoine. Et Miles Massey, célibataire tombé amoureux d’une femme enfin son égale dans le savoir-faire pour la première fois de sa vie, se dit qu’il pourrait l’épouser. Chacun a sa fortune et le mariage serait enfin « vrai », fondé sur l’amour et non sur l’argent. C’est ce qu’il expose à la conférence annuelle des avocats aux affaires de famille, dont il est l’un des orateurs. Ovation debout pour cette déclaration à l’amour – contre le cynisme affairiste de la profession. Les Yankees aiment s’enthousiasmer pour l’idéal, mais les réalités du commerce les remportent toujours vers leurs penchants à l’avidité sans scrupules.

Marylin a joué la comédie avec un acteur ; elle n’est pas devenue riche grâce à son divorce… mais elle le devient grâce à la fortune de Miles. Lorsqu’elle le quitte – « pour affaires » – il le supporte mal car lui l’aime. Cela la touche. Finalement, l’indépendance financière, à quoi cela sert-il si l’on reste désespérément seule dans une immense villa vide, sans lien social ni affection, avec un ulcère d’angoisse par-dessus le marché, réduit à jouer du jardinier musclé qui taille les haies torse nu comme d’un sex-toy, ainsi que fait l’une de ses copines qui en est à son troisième divorce ? Si Marylin a déchiré devant Miles son contrat de mariage qui protégeait sa fortune précédente, c’est qu’elle n’en avait pas. Mais Miles est lui-même protégé par le même contrat signé des deux et lui n’a pas déchiré le sien. Par amour, lors de la confrontation des deux avocats, il le lui donne… mais cette fois elle le déchire car elle le désire.

L’amour va-t-il triompher enfin ? L’avocat de Marilyn, qui ramasse prestement et emporte les morceaux en courant, permet au spectateur d’en douter. Ces bons sentiments moraux qui se battent contre les mauvais instincts avaricieux sont l’essence de l’Amérique. Un bon film, souvent drôle et remarquablement joué ; une grosse farce qui dit le vrai : que l’amour au fond n’existe pas chez les américains, il n’y a que des intérêts.

DVD Intolérable Cruauté (Intolerable Cruelty), Joel Coen, 2003, avec George Clooney, Catherine Zeta-Jones, Geoffrey Rush, Universal Pictures France 2004, 1h40, €5.80 blu-ray €29.75

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Harlan Coben, Disparu à jamais

Un bon Coben hors de la série Bolito. Le lecteur y retrouve les thèmes favoris de l’auteur : les frères, le père, les amis bad boys, la violence, le sordide de banlieue new-yorkais, le milieu juif, les amours en pointillés, les enfants de hasard.

Deux frères s’aimaient d’amour tendre ; le plus âgé, il y a 11 ans, a piqué la copine du second, qui avait rompu. On l’a retrouvée violée et étranglée dans sa cave et l’amant envolé. Will est certain que son grand frère Ken n’a pas pu faire ça mais les flics comme les voisins sont convaincus que si. Obstinés dans le déni comme dans la bêtise, les parents restent dans le quartier, maudits et honnis ; la mère en meurt d’un cancer. Seule la sœur Mélissa fuit très loin, se marie et fonde sa propre famille. Ken est en cavale, très loin si l’on en croit les rumeurs, ou mort selon d’autres. Sa mère sur son lit de mort apprend qu’il est vivant et le dit à Will, désemparé. Ken copinait avec le Spectre et McGuane depuis l’école primaire ; le second a fini tueur de l’armée et le troisième parrain de la mafia. Ken a trempé dans le développement d’un réseau de drogue dans les universités avant le drame.

Will, trouillard et ayant toujours eu horreur de la violence, était protégé par son frère. Il est désormais avec Sheila, ancienne pute, bientôt fiancé tant ils sont bien ensemble. Ils travaillent tous deux à Covenant House, une association de sauvetage des gamins en perdition, fugueurs, drogués et jeunes putes – à New York il y a de quoi faire.

Et puis Sheila disparaît un matin en laissant un simple mot : je t’aime pour toujours.

Will se confie à Carrex, un ancien punk nazi qui a modifié son tatouage au front en prolongeant chaque barre de la croix gammée pour en faire une suite de quatre carrés. Il enseigne le yoga et, une star l’ayant un jour découvert, a fait fortune dans la méditation. Il est en couple avec une Noire qui attend de lui un enfant… qu’il n’est pas sûr de vouloir car il ne sera pas clair. Pas si simple qu’on croit le mélange, on confond tout et on ne sait plus où l’on en est. En témoignent ces prisons où les prévenus parlent toutes les langues, sans se comprendre, ni savoir ce qu’ils font là car, dans la culture de chacun, le bien et le mal n’est pas aussi distinct que dans la pure loi blanche anglo-saxonne américaine.

Malgré la langue vulgaire, les dialogues qui noircissent des pages, le milieu sordide dans lequel l’action se passe, les faux papiers et les faux nez, plus l’ultraviolence de mise pour impressionner le gogo, ce thriller est bon. Il monte la sauce progressivement, faisant mousser le mystère tout en découpant l’action à merveille. Vous saurez tout à la fin, non sans plusieurs coups de théâtre, ce qui est fameux.

On ne relit pas Coben, mais on le lit parfois avec plaisir.

Harlan Coben, Disparu à jamais (Gone for Good), 2002, Pocket thriller 2013, 467 pages, €8.40 e-book Kindle €13.99

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Patricia MacDonald, Expiation

Expiation, « la non pardonnée » en américain, fait partie de ses romans policiers littéraires qui existaient avant Internet et la mode des séries télévisées. La différence est qu’ils étaient rédigés en belle langue et que la psychologie était fouillée, au lieu que les séries numériques sont composées de caractères standards et dans un langage familier sinon argotique. Patricia McDonald écrit bien et ses intrigues sont pensées.

Une jeune femme sortant de prison est engagée dans un journal local sur une île de la côte de Nouvelle-Angleterre, au nord des États-Unis. Elle est innocente du crime pour lequel elle a été condamnée durant 12 ans, mais ce n’est pas l’avis de tout le monde. Elle se méfie donc de tous et de chacun, se voyant coupable a priori dès que quelque chose survient. Elle est donc maladroite, timide et angoissée dans son nouveau poste. Elle apparaît même niaise à certains moments, hystérique à d’autres – mais c’était l’époque et l’image que le monde renvoyait aux femmes. Pat MacDo résiste et son héroïne réussit assez bien ses épreuves.

Le plus étrange est que le directeur qui l’a engagée n’est pas au journal lorsqu’elle arrive, malgré la lettre qu’il lui a envoyée, et que nul ne sait quand il va rentrer. Maggie s’installe donc tant bien que mal dans une maison louée à l’année que ses propriétaires n’occupent que deux mois par an, et est chargé du classement des photos et articles au journal plutôt que d’écrire des articles. Elle a immédiatement pour rivale professionnelle Gracie, qui occupe le même poste de secrétaire de rédaction, et pour rivale amoureuse Evy, une jeune fille de 18 ans qui aimerait bien que les bras musclés et bronzés de Jessie, le rédacteur en chef, la protège amoureusement plutôt que la nouvelle.

Ce sont ces rivalités entre femmes qui vont précipiter le drame – dont le lecteur perçoit assez vite qu’il est plus complexe qu’en apparence. Evy invite Maggie à la kermesse de l’île où elle tient un stand de pâtisseries. Mais deux sales gosses que Maggie avait vus en train de torturer une tortue à son arrivée sur le quai se retrouvent la bouche en sang, la part de tarte qu’ils ont mangée étant garnie de verre pilé. Ce serait la faute de Maggie. L’île entière lui en veut, on ne touche pas aux enfants. Maggie sait qu’elle n’y est pour rien et soupçonne Evy, bien que Jessie minimise l’incident et la croit paranoïaque. Il va cependant déchanter…

Un soir, il disparaît et personne ne sait où il est passé. Sa barque est retrouvée vide et l’île croit qu’il s’est noyé, organisant même son enterrement après la tempête. Maggie veut quitter son poste et retourner sur le continent pour se fondre à nouveau dans la foule, mais Evy l’en n’empêche par un chantage affectif au souvenir de Jessie et Maggie se laisse faire, effondrée, alors qu’elle aurait dû se méfier.

Pendant ce temps-là Owen, le photographe du journal, croit se souvenir d’avoir déjà vu Maggie mais il ne se souvient plus ni où ni quand. Lorsqu’il le trouve, lors d’un court séjour à New York convoqué pour un entretien qui n’existe pas, il est presque trop tard. Le passé est en train de rattraper Maggie comme Evy, et tous les proches sont pris dans l’engrenage.

Il y a du suspense, une montée en puissance de la peur, et le dénouement est terrible. Mais il ne faut pas en dire plus pour laisser au lecteur le plaisir de l’aventure. Un téléfilm en a été tiré dont je ne me souviens plus du titre mais mieux vaut le livre, il offre plus de place à l’imagination, surtout si vous êtes en voyage sur une côte inhospitalière, enfermé le soir dans votre chambre alors que la tempête bat au-dehors…

Patricia MacDonald, Expiation (The Unforgiven), 1981, Livre de poche 1998, 320 pages, €7.70 e-book Kindle €7.49

Patricia MacDonald chroniquée sur ce blog

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Histoires de pouvoirs

La génération 1960-1990 a aimé la science-fiction au point que le Livre de poche lui a consacré 42 volumes, en trois séries. La première, à cheval sur les années 60 et 70, a publié une anthologie des nouvelles américaines des années 1930 à 1960, soit la génération juste avant. C’est à cette collection qu’appartient Histoires de pouvoirs, bien avant les « Power Rangers » et autres « superpouvoirs » des dessins animés post-1990. A l’adolescence, j’ai beaucoup aimé cette collection, que l’on retrouve encore assez facilement d’occasion.

L’époque était à l’optimisme technologique, malgré les craintes sur la Bombe atomique et les robots ; notre époque est au pessimisme universel, avec la Bombe démographique et climatique et toujours les robots. Nous ne savons plus nous interroger efficacement sur les possibles des « pouvoirs » nouveaux, seulement sur les « craintes » qu’ils vont – forcément ! croit-on – susciter. Les 17 nouvelles du recueil éclairent tout un panorama des pouvoirs et de leurs effets.

Le don est le premier pouvoir, il forme ce qu’on appelle un génie. Il existe notamment des mathématiciens qui n’ont jamais fait d’études et dont le cerveau fonctionne dans l’abstrait comme une machine. C’est le cas de Gomez, plongeur en cuisine portoricain récupéré par l’armée américaine après avoir envoyé une lettre naïve formulant une nouvelle théorie mathématique sur la matière. Mais le jeune homme tombe amoureux et, pour lui, ce sentiment est bien plus fort que la technique et la puissance…

L’illumination est un autre pouvoir – sur les autres. Flamber clair imagine comment des radiations d’une centrale nucléaire où travaillent des robots en acier dérèglent leur cerveaux-machines et les rassemblent en communauté – qui se cherche un dieu. Une secte d’humains macrobiotiques et pré-hippies, colonisant les pentes de la centrale, constituera ce qu’il faut. Dès lors, le pouvoir est subi ; l’adoré se sent puissant. Comment vous appelez-vous ? je m’appelle Dieu. – Dieu comment ? – Dieu, tout simplement.

La transmission de pensées occupe un rang élevé dans ces nouvelles, du petit Ronny de 8 ans jouant pieds nus sur le pré devant sa maison (nous sommes au début des années 1950 aux Etats-Unis) et à qui un savant adulte enfermé qui va mourir « transmet » son savoir dans Les jeux, au bambin de 3 ans qui a le pouvoir de l’imagination pour modifier le paysage et le destin des gens dans C’est vraiment une bonne vie… car il lit les pensées. En revanche, le prof de Parabole amoureuse ressent ce pouvoir de lire dans l’esprit des gens comme un handicap ; il ne peut avoir aucun ami car il sait en écoutant leurs pensées ce que ses relations pensent de lui, ni aucune amoureuse car la promiscuité dans la transparence la plus totale devient vite un enfer. Oui, ce rêve américain puritain de transparence, que chacun sache tout sur tous comme l’œil de Dieu, est l’enfer, pas l’outil rêvé de la religion d’amour !

L’immortalité est un autre pouvoir, ce qui arrive au caporal Cuckoo (dérivé du nom français Lecoq, dit le cocu au 16ème siècle) qui rentre en bateau de la Seconde guerre mondiale. Il a fait les guerres de François 1er et a été sérieusement blessé. Heureusement, le chirurgien Ambroise Paré passait par là avec son aide de 15 ans, Jehan, et l’a guéri avec une thériaque de sa composition. Depuis, Cuckoo est immortel, ses blessures se referment toutes seules en un temps record. Mais il reste ce qu’il a toujours été, un rustre illettré, qui n’a su écrire son nom qu’au bout de 400 ans. Pas très drôle, l’immortalité !

La mémoire est un don qui a ses revers. Retenir tout ce qui survient, tout ce qu’on lit, tout ce qu’on écoute des conversations ne vous permet pas d’établir des relations humaines saines car les gens oublient, ce qui leur permet le pardon. Les obsédés qui n’oublient rien sombrent rapidement dans la névrose, ou se font rabrouer par les imparfaits qui croient se souvenir mais qui n’ont pas raison. Robert Silverberg décrit un gamin qui prend les gens en flagrant délit de mensonge et qui est obligé de s’enfuir à 12 ans pour vivre sa vie, condamné à ne rester à chaque fois que quelques mois ici ou là avant de se faire repérer comme magnétophone humain. A moins qu’il apprenne à se supporter et qu’il fasse servir son don ?

Les pouvoirs font peur et la société s’en défend par la psychiatrie, la prison, les honneurs. C’est le cas du vieux savant de 95 ans dans Voir une autre montagne. A chaque crise, il « prévoit » ce qui va se passer depuis l’âge de 5 ans où il a été témoin d’un accident… qu’il avait pré-vu en cauchemar. C’est le cas des jeunes adolescentes de La guerre des sorcières par Robert Matheson, qui sont utilisées par l’armée pour combattre en focalisant leurs esprits pour transformer les ennemis en torches, les écrabouiller, les noyer, et ainsi de suite dans le sadisme collégien. Tout est bon à l’Etat pour dompter les pouvoirs et assurer le monopole du sien. Jusqu’à assurer la peine de mort par les citoyens eux-mêmes, réunis en stade pour quelques minutes de Haine publique par Steve Allen, afin de faire griller par la pensée le condamné ! Une vraie métaphore du pouvoir médiatique, revu par un Etat totalitaire – ou des excès de la Cancel culture dont les messages de haine et de boycott déferlent sur les réseaux sociaux.

Mais si les pouvoirs venaient des étoiles ? La première expédition dans le Centaure ramène des « frères » invisibles qui traversent les murs, réalisent quand vous dormez des choses que vous ne savez pas faire, déjouent les gardes. De quoi inquiéter le pouvoir gouvernemental mais donner du pouvoir aux individus. Certaines planètes parviennent cependant à faire du pouvoir la réalisation du désir. Telle est Xanadu, ma nouvelle préférée sous la plume de Theodore Strurgeon. Un soldat-technicien américain débarque sur cette planète paisible dans l’intentions de la coloniser. Il est étonné d’être accueilli à l’atterrissage de sa capsule par un adolescent gracile et ferme en tunique transparente. Lui qui doit repérer son potentiel économique et humain aurait aimé un officiel. La planète doit être exploitée – à l’américaine -, ce qui n’est pas compliqué : « Pour annexer une planète, on commence par localiser son gouvernement central. S’il s’agit d’un système autocratique à structure pyramidale, tant mieux : il est d’autant plus facile de détruire ou de contrôler le sommet de la pyramide et de se servir de l’organisation existante. S’il n’y a pas de gouvernement du tout, on racole le peuple – ou on l’extermine. S’il y a une industrie, on la dirige à l’aide de surveillants et on fait travailler les indigènes jusqu’au moment où l’on a appris à se passer d’eux : il n’y a plus alors qu’à les éliminer. Si les gens ont des talents, on les assimile ou l’on contrôle ceux qui les détiennent » p.390. Sauf que cela n’a pas marché en vrai au Vietnam, en Afghanistan, en Irak… A l’inverse, les Xanadiens ont tout compris : aucun pouvoir centralisé, tous les citoyens en communication entre eux via des sénateurs qui les représentent, la vie hédoniste vêtu de rien – une tunique arachnéenne qui s’adapte au corps – habitant la nature avec des murs invisibles qui se plient. Chacun travaille quand il le sent, avec les connaissances qu’il ressent en lui, apprenant sur le tas et ensemble, laissant la tâche lorsqu’il est fatigué afin qu’un autre la reprenne. Une vraie communauté californienne avant la lettre – la nouvelle est parue en 1956 – bien loin de la pudeur névrotique du soldat en mission choqué de voir des corps quasi nus, de manger devant tout le monde et de déféquer à l’air libre ! Sauf que l’annexant n’est pas celui qu’on peut croire, tel est le sel de l’histoire.

Histoires de pouvoirs – La grande anthologie de la science-fiction, Livre de poche 1975, 415 pages, €8.49

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Sabotage de David Ayer

Un film bête, brutal et sexiste, dans le genre américain des années pré-Trump : une mentalité fasciste. « Breacher », surnom qui veut dire bagarreur, casseur (Arnold Schwarzenegger), est à la tête de la force spéciale de la DEA qui s’occupe de drogue au niveau fédéral. En engin blindé, guidés, par une infiltrée déguisée (à peine) en pute, ils prennent d’assaut le repaire d’un cartel mexicain gardé par des forces spéciales guatémaltèques corrompues. Le bâtiment est protégé de grilles, de gardes et de faux-plafonds et tout cela tire en rafales. Le commando s’avance comme à l’entraînement et zigouille un à un tous les « méchants ».

La pute les guide vers le coffre-fort, qui est une pièce blindée remplie de packs de cocaïne et de dollars. Le commando est en direct des supérieurs qui suivent l’opération à la radio. Ils ont « trois minutes » pour agir. Chacun sait ce qu’il a à faire et ce n’est pas très clair au spectateur. Les billets sont mis en sacs plastique et attachés à une corde tandis que deux gros bras descellent les chiottes pour passer le fil dans le trou. Arrivés à 10 millions de dollars, c’est trop tard, les renforts arrivent et il faut dégager. L’un des membres du commando est sérieusement blessé. Le groupe fait tout sauter de la chambre forte, la coca blanche comme les biftons verts. Lorsqu’ils vont en colonne dans les égouts chercher le fil et les billets, plus rien : quelqu’un a coupé la corde et emporté le magot.

Ce qui devait être un financement noir de la DEA (du moins le spectateur peut-il le supposer – sinon pourquoi ensuite les interroger sur les millions ?) devient un casse réalisé par l’un de ceux qui savaient. Les gros bras sont isolés, interrogés sans relâche, mis sur la touche et surveillés pendant six mois. Mais, comme rien ne se passe, on finit par les croire, bien que la confiance ne puisse plus être totale. Breacher récupère « son groupe », mais ce n’est plus une équipe, seulement « un gang ». Chacun se méfie de chacun et le tous n’existe plus. Une métaphore des Etats-Unis à la fin des mandats d’Obama où s’élève le chacun pour soi et le régressif (sexiste, raciste, antisystème).

Juste après « la fête » bourrée d’alcools forts, de grosse bière et de puteries salaces (« on se croirait dans un bordel » dit Schwarzy), le plus con disparaît. Trop bourré pour savoir ce qui lui arrive, il se retrouve en pleine nuit dans son camping-car arrêté en travers d’une voie de chemin de fer, portes verrouillées et clés hors du tableau de bord. Le train le transforme en pâté pour chien « avec morceaux », répandu un peu partout. C’est l’une des caractéristiques du film que le gore, après les scènes de torture du début. La femme et le fils de Breacher ont été enlevés par le cartel et torturés avant d’être tués et des morceaux de leurs corps envoyés au père et mari. Cela parce que le groupe a arrêté le chef du cartel et l’a remis aux Mexicains, ce dont a profité une fliquesse pour le buter. Le sang et les viscères vont orner les images jusqu’à la fin, ajoutant la laideur à la bêtise du film, réduisant l’humain à la bidoche. Le scénario était déjà bas de plafond, le montage découpé à la tronçonneuse avec des retours en arrière en pleine action, et les dialogues dignes d’un vestiaire après match.

Mais ce n’est que le début des disparitions. Un à un, comme les dix petits « nègres » (dont le mot n’est jamais prononcé, quoique Scharze « negger » le contienne), le commando se voit buter. Par qui ? Mystère enrobé d’une énigme. On retrouve le cadavre d’un trio de tueurs, un ex des forces spéciales guatémaltèques avec tatouage caractéristique sur l’épaule. Puis les autres en cadavres au fond d’un lac enrobés de grillage, détail délicat pour empêcher que les gaz de la putréfaction ne les fassent remonter. Du travail de pro. Un membre du commando ? Celui qui aurait piqué le fric ?

C’est l’évidence – et c’est un peu gros mais le scénario est balourd – mais je vous laisse découvrir qui. L’agente de la police du coin (Olivia Williams) qui ramasse les morceaux du premier buté rachète un peu les femmes, fort déconsidérées dans ce film macho où les gros bras jouent les grosses bites, la seule femelle du commando (Mireille Enos) étant une camée ascétique qui baise tout ce qui bouge. Bien que « mariée » à l’un des « membres », elle s’en enfile d’autres et ne décroche pas de la dope. Quant à Schwarzy, il est vieux (67 ans au tournage), lent et sans talent. Il ne sait que foncer et défourailler, visant plutôt mal pour un super entrainé dans la scène de la poursuite en voitures. Les autres sont gras en paroles et bas d’esprit, préférant obéir et se vanter plutôt que réfléchir. Il se feront avoir un à un sans jamais comprendre pourquoi ni par qui.

Un film affligeant où ne surnagent que quelques scènes d’action à grand spectacle dans un magma de scénario mal foutu où la référence aux dix nègres d’Agatha est très lointaine ! Une Amérique qui montre son ventre où fermentent les bas instincts, une honte pour le monde. Mais ça plaît aux fans, mesure du niveau moyen où sont tombés les gens un peu partout sur la planète.

DVD Sabotage, David Ayer, 2014, avec Arnold Schwarzenegger, Sam Worthington, Olivia Williams, Terrence Howard, Joe Manganiello, Metropolitan Video 2014, 1h45, €9.80 blu-ray €11.22

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Caldwell et Thomason, La Règle de quatre

Il y a quinze ans, la mode était aux énigmes et aux jeux de rôle. Dan Brown dans le Da Vinci Code en a été l’expert, transformant le genre en thriller Hollywood, mais Umberto Eco avec Le nom de la rose en avait été l’instigateur en situant ce même genre dans les ténèbres obscurantistes du Moyen-Âge. Nos deux auteurs américains, amis depuis l’âge de 8 ans et diplômés l’un de Princeton et l’autre de Harvard, situent l’énigme en université américaine, avec des références à Francis Scott Fitzgerald – formé à Princeton mais pris par la poésie au point d’en sortir non diplômé. Comme Paul, l’un des personnages de La règle de quatre.

Nous sommes plongés dans l’ambiance de Princeton pendant le week-end du Vendredi-saint 1999. Tom, Paul, Charlie et Gil sont quatre, comme Les Trois mousquetaires. Ils sont amis, colocataires et vont terminer leur année. Tout commence par un jeu de chasse dans les sous-sols de la chaufferie d’un bâtiment, deux équipes vite traquées par les proctors, les gardiens policiers du campus. Les quatre émergent par un boyau dans la cour où défilent les « Jeux olympiques nus », les deuxièmes années qui dansent à poil pour la seule fois de leur vie, survivance d’une tradition masculine. Ces JO nus vont d’ailleurs être interdits dès l’année suivante dans la vraie vie, le moralisme religieux puritain défendant de tels « débordements » de sensualité qui marquent la jeunesse. Car cette période devient honnie à mesure que les boomers au pouvoir vieillissent. Les libertaires de 68 sont les plus moralistes et les plus fachos dès qu’ils atteignent 50 ans (exemple la Springora).

Paul tente de résoudre l’énigme de l’Hypnerotomachia Poliphili – en français Le songe de Poliphile – imprimé en 1499 par Alde Manuce à Venise, soit un demi-millénaire auparavant tout juste. Il a inspiré l’art des jardins à la fin de la Renaissance puis Rabelais et jusqu’au psychologue Carl Gustav Jung. Son auteur aurait été le mystérieux Francisco Colonna, noble romain de la Renaissance et seigneur de Palestrina ; il aurait mis ses relations et sa fortune au service des œuvres d’art que le moine puritain Savonarole poussait la foule à brûler en place publique à Florence. Il aurait ainsi préservé dans une crypte cachée nombre de manuscrits, de peintures et de sculptures héritées de l’antique. Tout le livre, écrit en cinq langues, latin, italien, hébreu, arabe et grec (avec quelques faux hiéroglyphes égyptiens en sus et 172 gravures sur bois), est un message codé suivant la règle de quatre. Celle-ci stipule de choisir une lettre pour commencer (à deviner) puis de poursuivre le décryptage en prenant la lettre qui se situe quatre colonnes à droite, puis deux colonnes en haut, enfin deux lignes à gauche – et ainsi de suite. Des gravures érotico-sadiques montrent un gamin nu fouettant deux femmes à poil avant de les décapiter puis de donner leurs restes aux fauves. Et ce n’est pas Cupidon… Qui est-ce ?

Paul reprend les travaux du père de Tom, qui s’est tué en voiture avec son fils à bord lorsqu’il avait 15 ans. Tom ne s’en est jamais vraiment remis, une jambe abîmée et l’âme meurtrie par l’obsession de son père qui l’a empêché de vivre et a bousillé son couple comme sa famille. S’il aide Paul, qui a besoin de l’esprit des autres pour résoudre les énigmes, Tom est amoureux de Katie et ne veut pas que sa relation en souffre. Pour son malheur, chaque étape réussie de Paul le fait retomber dans la fièvre de la découverte et il néglige Katie qui, pourtant, l’attend, aidée de Gil.

Ce dernier, beau play-boy charmeur fils de trader newyorkais, est président de l’Ivy club à l’université et aide ses protégés. Il est flanqué de Charlie, grand Noir athlétique qui fait ambulancier avant de se lancer en médecine. Paul, orphelin, ne sait pas que son professeur Bill Stein et son directeur de thèse Vincent Taft conspirent pour s’approprier ses travaux – et découvrir le contenu fabuleux de la crypte scellée dont parle Colonna. L’endroit secret où il a rassemblé les trésors sauvés des griffes de l’obscurantiste Savonarole, écolo précurseur qui veut jeter la science au profit de la foi. Richard Curry, le mentor de Paul, les tue au long de l’ouvrage, ponctuant d’une note policière ce roman d’énigme.

Un brin bavard et lent à démarrer, ce thriller universitaire écrit à deux nous fait découvrir la vie quotidienne d’une école supérieure privée américaine de prestige, où les relations sociales comptent plus que le savoir transmis malgré les six millions de livres en bibliothèque et les 92 000 œuvres d’art. 65 prix Nobel et 3 présidents américains en sont sortis depuis sa création en 1746… ainsi qu’un acteur de Superman.

Princeton célèbre l’humanisme, symbole de la Renaissance, et s’oppose au puritanisme, incarné par Savonarole hier et par les sectes chrétiennes, islamiques et écolos aujourd’hui. Le nouveau millénaire, qui commence avec le XXIe siècle, choisira-t-il les forces de vie ou celles de mort ? Paul explique : « Savonarole fustige le carnaval. (…) Il clame qu’une force plus puissante que les autres contribue à la corruption de la ville. Cette force enseigne aux hommes que l’autorité païenne peut prendre le pas sur la Bible, qu’on peut vénérer la sagesse et la beauté dans ses manifestations les plus impies. Elle pousse les hommes à croire que la vie se résume à une quête du savoir et du bonheur terrestre, ce qui les détourne de la seule chose qui compte vraiment : le salut. Cette force, c’est l’humanisme » p.282. Les religions, ces cancers de l’âme humaine, détruisent la curiosité et l’initiative, incitant à croire plutôt qu’à chercher, à subir plutôt qu’à se libérer et à obéir plutôt qu’à exercer sa responsabilité.

C’est peut-être au fond le message de ce livre.

Ian Caldwell et Dustin Thomason, La Règle de quatre (The Rule of Four), 2004, Livre de poche 2006, 448 pages, €8.74, occasions à partir de €0.90

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The Good Criminal de Mark Williams

Avec un titre faussement anglais en français (l’imbécile soumission des collabos aux plus forts, hier nazis, aujourd’hui yankees !), un policier très américain où les salauds ne sont pas ceux qu’on croie. Mais ce n’est pas l’américanisation du titre qui fait la qualité de l’œuvre. Nous avons un correct film d’action avec fusillades, bagarres, poursuites en voiture et explosion de rigueur dans la mythologie d’Hollywood, mais les personnages sont caricaturaux et le sujet un peu court.

Tom « Carter » de son pseudo (Liam Neeson) est un ancien démineur des Marines qui, il y a neuf ans, a décidé d’user de son savoir technique sur les explosifs pour cambrioler des banques. Non pas pour le fric mais par vengeance contre « le système ». Son père, ouvrier modèle en aciérie durant trente-cinq ans, s’est vu frustrer de sa retraite par la malversation d’un dirigeant et, désespéré, s’est jeté à 100 km/h contre un arbre avec sa Chevrolet « sans freiner ». Tom a cambriolé la banque du mec. Puis d’autres. Il ne s’est jamais fait prendre, choisissant toujours le lieu et l’endroit adéquats, travaillant seul et préparant toujours minutieusement ses coups. Il est pour le FBI « le voleur invisible », il a accumulé 9 millions de dollars.

Mais, arrivé dans la ville où l’action se passe désormais, il tombe amoureux de la fille à l’accueil de la société de location d’entrepôts où il vient pour un box. Dès lors, sa vie change, il ne cambriole plus, ne dépense pas son butin. Ce qu’il voulait au fond est « d’être aimé », comme chacun. Il veut donc solder sa période bad boy et « se rendre aux autorités », rendre l’argent et négocier une peine minimum avec visites sans limites. Un peu court comme rédemption, thème yankee obligatoire à la morale. Tom aurait pu jouer le Robin des bois en donnant une justification politique à ses vols, faisant un don anonyme par exemple à une association ou à une caisse de retraite, ameutant la presse. Au lieu de cela il se soumet, en bon garçon modèle yankee, rêvant mariage, maison, gosses et petit travail tranquille, sa morale en paix. C’est de la bouillie pour les chats, pas du bon cinéma.

Le FBI contacté ne le croit pas, une dizaine de « dingues » s’étant déjà fait passer pour le voleur invisible afin de se faire mousser. L’agent chef contacté délègue à deux agents subalternes le soin d’aller voir ce Tom « Carter » à l’hôtel où il dit attendre. Mais deux jours passent et toujours rien. Alors que Tom va – enfin ! – décider que les flics fédéraux, comme le reste des institutions aux Etats-Unis, ne valent pas grand-chose, et qu’il va quitter sa chambre, il trouve les deux sbires à la porte, déguisés en Témoins de Jéhovah avec costume sombre, cravate sur chemise blanche, voiture noire, air impassible de Jugement dernier. Des caricatures de jeunes cons que leur « plaque » rend immortels et invincibles en mission.

Tom leur raconte « ce que les journaux n’ont pas dit » sur les casses, mais les sbires en veulent toujours plus. Notamment le fric, puisque ce n’est que ça qui compte dans la société yankee. Tom fait la bêtise de leur donner les clés d’un box où il a planqué les cartons, mais sans exiger d’aller avec eux ! C’est invraisemblable. Evidemment les deux se servent et entassent dans leur bagnole les cartons de biffetons, bien que le plus jeune et le plus latino ait des scrupules (Anthony Ramos). L’autre, Nivens (Jay Courtney), lui en impose et ils font finalement comme il dit. Sauf que la fille des entrepôts, Annie (Kate Walsh), la copine de Tom qui a fait des études de psychiatre, vient voir ce qu’ils font puisqu’elle les a vus sur la télésurveillance. Ils lui expliquent qu’ils sont des amis, que Tom leur a donné la clé et qu’ils déménagent quelques cartons pour lui afin d’emménager dans la maison qu’il a choisi. Ce n’est pas mal tourné, ça passe, la psy ne subodore rien. Mais les deux agents sont alertés du fait qu’ils sont enregistrés.

Ils vont entasser le fric dans une « planque » du FBI qui ne sert pas et veulent s’en servir « pour leur retraite » (!). Ils reviennent vers Tom à l’hôtel et Nivens veut le descendre avec une arme non immatriculée qu’il a pris dans la planque, mais ce dernier leur demande s’ils ont compté les billets. Trop cons, ils ne se sont pas aperçus qu’il n’y avait qu’un million cinq et pas neuf millions et que le reste est ailleurs. Nivens hésite, l’autre suit. L’avidité sans limites est le propre des yankees et ils ne font pas ce qu’ils sont venus faire, enfin Nivens seulement, l’autre suit. Toc, toc ! A la porte leur chef (Robert Patrick), énervé qu’ils n’aient pas obéis à son ordre d’aller voir le voleur invisible le jour dit et qui vient le faire à leur place. Que faire ? Grave question qui a tourmenté maint révolutionnaire ! Bof, quand on est yankee, on ne fait pas dans la dentelle : une balle en plein cœur et tout est dit. Le chef est descendu et Tom va y passer, malgré le non-Nivens qui a des scrupules. Mais Tom se défend, en Marine. Il assomme le scrupuleux et lutte avec Nivens, passant par la fenêtre où il finit sur lui, l’autre groggy.

Il trouve alors Annie la conne, venue « voir ce qui se passe », la gueule enfarinée. Ils fuient dans sa jeep noire et sont poursuivis par les deux sbires remis de leurs cocards dans leur puissante Chevrolet qui vrombit comme un V8. C’est clair, le chef « a été descendu par Tom » avec le pistolet non marqué, version officielle de flics, habitude yankee. L’autre suit, toujours aussi latino, aussi veule, aussi niais. Le racisme anti-latinos est sous-jacent même si le gars se rachète dans la plus belle tradition biblique à la fin.

Bref, poursuite en bagnoles, feintes, dérobades, Annie mise dans un autocar Greyhound pour n’importe quelle ville car elle est repérée, Tom qui veut « régler ça ». Et Annie la conne qui évidemment n’en fait rien, sachant mieux en féministe obstinée ce qu’il faut faire – qu’un mâle pourtant ancien Marine. Elle revient au bureau pour récupérer la carte mémoire de la vidéo et tombe évidemment sur Nivens venu pour la même évidente raison (mais la conne n’y a pas pensé, n’a pas même écouté son mec). Elle se fait tabasser mais a eu le culot de téléphoner avant sur son portable (pas d’une cabine comme il avait dit, donc toujours aussi conne) pour lui dire qu’elle n’a pas obéi mais qu’elle n’en fait qu’à sa tête (de linotte). Tom accourt, la voit à demi-morte, l’emmène à l’hôpital. Le chef qui reste sur les deux au FBI (Jeffrey Donovan) se pose des questions, Tom voulait se rendre, pourquoi ces brutalités ? Tom Carter réussit à le convaincre que c’est Nivens la pourriture et il lui tend un piège (explosif) pour qu’on le confonde enfin et que sa propre morale soit blanchie.

Je ne vous en dis pas plus mais le reste est de la même eau, avec grands boums, fusillades, suspense et rédemption à la fin, la conne dans les bras du con. Car malheureusement l’acteur Liam Neeson fait ce qu’il peut mais en vieux, et son rôle est celui d’un benêt. Un film qui peut se voir pour l’action mais ne se revoit jamais pour son scénario pas plus que pour ses personnages. De la mélasse de l’ère Trump, sorti en pleine pandémie.

DVD The Good Criminal – Un honnête voleur (Honest Thief), Mark Williams, 2020, avec Liam Neeson, Kate Walsh, Jai Courtney, Metropolitan Video, 1h36, €16.50 blu-ray €18.98

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Patricia Cornwell Sans raison

Plus le temps passe, plus les personnages fétiches de Pat Cornwell deviennent des caricatures. En 2008, le gros Marino en rajoute sur le côté beauf, borné et macho ; l’élégante Scarpetta fait de plus en plus intello et arrogante, obsédée par sa nièce, cassante avec son amant ; le distingué Benton reste cet émotif glacé qui prend les choses comme elles viennent, toujours à suivre obstinément, sourcils froncés, sans jamais initier quoi que ce soit ; Lucy, Mademoiselle Nièce, est de plus en plus fantasque, couchant avec la première paire de seins jolis, oubliant ses codes d’accès et se foutant de son travail, entourée de ses jouets : hélicoptère Bell dernier cri, Hummers blindés, ordinateurs sophistiqués, Treo (sorte de Blackberry version US)…

Il faut attendre 400 pages sur 500 pour qu’enfin l’action se développe et que l’intrigue se resserre. Elle se finit en beauté, il faut le reconnaître, mais pas sans s’être appesantie des chapitres entiers sur les tumeurs de l’Amérique. Avant la page 400, vous ne trouverez AUCUN personnage positif ou sympathique, contrairement aux précédents romans. Que des aigris, des fatigués, des vaniteux. Deux gosses disparaissent ? L’auteur ne compatit même pas comme elle le faisait il y a dix ans. Elle décrit avec des mots vulgaires comment le psychopathe leur éclate la tête à coups de crosse après les avoir liés sur le tapis, point à la ligne ; elle en rajoute en faisant dire à un flic comment il les a retrouvés nus ensevelis à même la terre. Ce sont des « déchets », comme toutes les victimes qui se « laissent faire ». Mais pour ne pas effaroucher son lecteur américain-traumatisé-par-le-fameux-11-Septembre, les deux garçons – blonds – sont des orphelins (« ils ne manqueront à personne » est-il dit) et qui plus est « d’Afrique du sud ». Leur péché originel est-il d’avoir eu des gènes racistes, donc de mériter d’expier ? Il ne saurait s’agir de petits Américains blonds, même de Floride où l’esclavage et la ségrégation ne sont pourtant pas si lointains. « I have a dream… » disait Martin Luther King, ce qu’Obama reprend. Pas Cornwell pour qui la vie semble être une irrémédiable maladie mortelle.

Voilà pourquoi ce Cornwell-là me déplaît. J’ai pourtant lu avec bonheur toute la série. Hors d’Amérique, nous observons aujourd’hui comme une dérive. Les criminels sont considérés aux États-Unis comme génétiquement tarés – on cherche dans leur cerveau par image IRM pour savoir ce qui cloche. Ou bien traumatisés par le sectarisme religieux ou le viol pédophile – marqués à vie sans AUCUNE résilience possible. Les psys ne sont que des charlatans (Dr Self – docteur Féministe-Moi-Je-Narcissique – ne tient qu’à son émission télé…), les flics ne sont que des nuls ou des pourris, le FBI a suivi sa pente native de nouvel Inquisiteur après le Patriot Act. Il y a dix ou quinze ans, Scarpetta aimait son métier, Benton faisait avec conscience ce qu’il fallait, Marino enquêtait hors pair, Lucy en voulait. Fini tout cela. Même si chacun a réintégré des fonctions semi-officielles, refaisant un peu confiance au Système mis à mal par les attentats de 2001, quelque chose s’est cassé en Amérique. L’ère W. Bush II a-t-elle montré la naïveté de vouloir refaire monde selon un schéma idéaliste ? Il est prouvé depuis le 11-Septembre que le peuple américain n’est pas « élu » pour ouvrir la voie au Progrès et au Bonheur pour la terre entière.

A lire Pat Cornwell, on vit bien mieux ailleurs qu’aux États-Unis, ces vingt dernières années. Son héroïne d’avenir – Lucy – a la tête malade et elle fait de plus en plus n’importe quoi, entraînant tout le monde dans une danse mécanique de marionnettes (le terme est prononcé). Est-ce ainsi que se voient les États-Unis d’aujourd’hui, frustrés de leur Mission ? Nous avions déjà noté l’extrême sensibilité de Patricia Cornwell à saisir les états d’âme du pays et à rendre compte par ses personnages. Dans ‘Sans raison’, ils sont devenus des « experts » pour rien, obligés par des « scénarios » d’enfer déjà répertoriés et emmagasinés sur disque. Ils s’entraînent comme des forcenés pour être de parfaits pros – mais sans que cela leur serve à quelque chose. Les psychopathes et le Système les condamnent à l’impuissance.

Sans doute affiliée à la National Riffle Association et votant Républicain, Pat Cornwell se rend enfin compte des effets pervers du Patriot Act, voté dans la précipitation sécuritaire en 2002 : « Tu dois prendre en compte le fait qu’au nom de la lutte contre le terrorisme, les Fédéraux peuvent avoir accès à tes dossiers médicaux, aux médicaments que tu prends, à tes comptes bancaires, à tes habitudes d’achat, à l’intégralité de ta vie privée » p.360. Bienvenue dans le monde réel, miss gadget ! Lucy ne peut pas tout, l’exploration en est faite, c’est l’impasse. Son alter ego mâle, Rudy, qui mettait un peu d’ordre dans son bordel professionnel, a disparu des romans ; peut-être s’est-il lassé de travailler avec une telle capricieuse cafouilleuse égoïste ?

Nous craignons les romans à venir : Kay Scarpetta va-t-elle bientôt prendre sa retraite avant qu’elle ne nous devienne antipathique ?

Reste évidemment « la famille » de personnages à laquelle les lecteurs se sont attachés au fil des années (ce pourquoi je suis en colère de les voir se perdre), les meurtres bien tordus et l’intrigue qui palpite. Les fans suivront.

Patricia Cornwell, Sans raison (Predator), 2005, Livre de poche 2008, 500 pages, 512 pages, €8.70 e-book Kindle €8.49

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