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Malevil de Christian de Chalonge

Nous sommes en 1981, la gauche commence au pouvoir – et boum ! C’est la Bombe. Envoyée par qui ? Mystère : plus probablement par l’URSS, mais pourquoi pas par les USA vexés de voir un gouvernement pro-communiste à la tête de la France ? Ou peut-être par une erreur de manipulation comme il s’en est déjà produit. La Bombe éradique le petit village de Malevil dans le Périgord qui vivait paisiblement à l’ombre de son château médiéval (contre les Anglais), protégé par une falaise au-dessus de la rivière, comme à la Roque-Gageac.

Car le film franco-allemand de Christian de Chalonge s’est inspiré du roman de Robert Merle, paru en 1972. Il est nettement plus condensé, avec moins de personnages, moins d’approfondissement des thèmes, et une fin différente. Mais les films ne sont pas destinés à calquer les romans ; ce sont des œuvres à part entière, avec un message qui peut être autre. C’est le cas ici, n’en déplaise aux ignorants. Chacun est libre de trouver l’un ou l’autre meilleur à son goût. Toujours est-il que le film concentre son propos sur l’an 01 après la Catastrophe. Que faire ? comme écrivait Lénine. En fonction des circonstances, de son degré de civilisation et des tempéraments, répond le film.

Il marque fortement le contraste entre la paix d’avant, toute de socialité et d’État protecteur, et la guerre d’après, toute d’état de nature où l’homme est un loup pour l’homme et la bande une nécessité. Plus de PTT en fourgonnette jaune de la Poste, d’ailleurs plus d’essence ; plus de vente de produits de la ferme ou du vin du terroir, uniquement la production pour la survie ; plus de médicaments testés par les chercheurs et fabriqués en usine pour le pharmacien, uniquement les stocks et la débrouille avec les simples ; plus de radio ni de téléphone, aucun lien avec le reste du pays et de la planète. Chacun ne peut compter que sur soi, et sur ses proches.

Il dit aussi le miracle d’une bonne cave voûtée solidement construite sous le château, recelant les provisions pour l’hiver – le grain, les jambons, les pots de rillettes ou de confit, les barriques de vin. Et le hasard qui a conduit Emmanuel (Michel Serrault), retraité ayant restauré le domaine et devenu maire du village, et ses six compagnons (comme les gamins lyonnais de notre enfance) à être épargnés par l’éclair, le souffle, le feu, les radiations immédiates. Il y a là la vieille servante Menou (Emilie Lihou) et son fils gentil débile Momo (Jacques Villeret), Peyssou (Robert Dhéry) et Meyssonnier (Hanns Schiller), amis d’enfance d’Emmanuel, Colin l’électricien (Jacques Dutronc) et Bouvreuil (Jean Leuvrais). Toutes des personnes ordinaires.

Une fois la stupeur passée – pas de « sidération » à l’époque, ce n’était pas dans le tempérament des années post-68 – on découvre le paysage ravagé, l’atmosphère crépusculaire, les bâtiments ruinés sauf le donjon qui a résisté, les étables avec jument, truie et ses petits, vache qui donne un veau mâle (ouf, pas de féminisme criard, il faut des mâles pour ensemencer les femelles et reproduire l’espèce). Le chien de Momo a été grillé ; dans sa quête, il découvre une toute jeune fille, Évelyne (Pénélope Palmer), rendue aveugle par l’éclair et qui ne recouvrera la vue qu’après des mois. Il faut premièrement survivre, donc faire l’inventaire des provisions et des couvertures ; deuxièmement penser à l’avenir avec les bêtes d’élevage, les 150 litres de carburant pour le tracteur qui permettent de labourer et de semer du blé ; troisièmement s’organiser en petite communauté et se protéger du froid, de la pluie, de la famine, des prédateurs ; quatrièmement, à peine suggéré dans le film, assurer la reproduction des humains pour l’avenir.

Les mois passent, le jardin produit des choux, le champ du blé. Je m’étonne un peu que la terre n’ait pas été contaminée par les retombées radioactives, même si la pluie, testée avec une pellicule photographique ne l’est plus après la « neige » noire des premières heures. Je m’étonne aussi que les survivants n’aient pas quelques séquelles de la radioactivité, maladie des rayons, cancers, lésions intestinales, atteintes neurologiques, mais ce n’est pas le propos du film. Le blé n’est pas encore mûr qu’il est attaqué par une bande de malheureux réduits à leur état de bête, qui le dévorent sur pied. Il ne faut pas les laisser faire, ce serait au détriment de la survie du groupe. On les chasse : à coup de bâton, de fusil. Certains sont tués, c’est la loi de nature. Prendre sans demander n’est pas humain ; proposer des échanges l’est.

Très vite, le groupe du château découvre un autre groupe, celui du tunnel où un train a pu échapper à l’anéantissement alentour. Dès lors, l’histoire consiste à comparer l’un à l’autre. Malevil est mené de façon naturelle par son maire, notable éduqué qui connaît l’intérêt général et bien ses compagnons ; il a une autorité naturelle issue de la continuité de sa fonction, et de sa façon d’associer chacun aux décisions. Le tunnel est asservi par un ex-médecin nommé Fulbert (Jean-Louis Trintignant), qui impose son autorité par la force ; il nomme des adjoints à la sécurité, seuls habilités à porter des armes, autorise le viol des femmes, mises en communauté, instaure une « prison » dans les toilettes des wagons, contingente la nourriture de conserves du train. Il cimente le tout avec « Dieu », se proclamant son intermédiaire, investi par lui de la mission de sauver les humains. Jean-Louis Trintignant expose une potentialité de sa nature d’acteur dans ce rôle de dictateur froid et sûr de lui. Toujours la même histoire, celle de la civilisation sur la barbarie, de l’entraide démocratique ou de l’exploitation despotique.

Après une connaissance mutuelle méfiante, des premières négociations d’échanges, soins contre médicaments, batterie contre cochon, c’est la dérive. La volonté du tunnel d’investir Malevil pour s’emparer de ses richesses bien gérées. Donc la guerre, comme dans La Guerre du feu (film sorti la même année). La démocratie organisée qui permet les talents et l’initiative a raison des violents autoproclamés qui vivent sous le joug : leur chef descendu, ils se rendent. S’ensuit une communauté plus nombreuse, mais avec quelques femmes pour la survie de l’espèce, et même deux enfants (des petits blonds bien français, comme on n’avait pas honte de les présenter à l’époque).

La fin n’est pas racontable, même si tout le monde la connaît, depuis le temps. Disons que l’époque rattrape la communauté et que la civilisation moderne, industrielle, celle qui a conduit à la Bombe, reprend ses droits sur l’an 01 de l’utopie écolo du retour à la terre et aux valeurs de terrain.

DVD Malevil, Christian de Chalonge, 1981, avec Michel Serrault, Jacques Dutronc, Jacques Villeret, Robert Dhéry, StudioCanal 1h56, français,occasion 49,95

DVD Coffret Serrault/de Chalonge : Malevil, L’argent des autres, Docteur Petiot, Tamasa distribution 2013, français, €45,99

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Ken Follett, Pour rien au monde

Personne n’a vraiment voulu la Première guerre mondiale, écrit l’auteur en préambule ; et pourtant, l’enchaînement des causes l’a fait advenir. Et si, en 2024, nous revivions la même chose ? Poutine sera vexé, mais Ken Follet ignore carrément la Russie, un pays marginal dans la géopolitique des forces réelles d’aujourd’hui. Le rival systémique est la Chine, qui manipule l’Occident et est manipulée par ses « alliés » de circonstance, le tyran psychopathe de la Corée du nord et l’éternel général au pouvoir au Tchad – sans parler de ces « djihadistes » qui sont surtout des trafiquants de droit commun.

L’auteur part de la lutte antidrogue et antidjihadiste (c’est la même chose) dans le désert du Sahara. Deux agents secrets, français et américain, pistent des terroristes tandis que la CIA surveille. Abdul, américain d’origine libanaise se fait passer pour un immigrant cherchant à gagner l’Europe via des passeurs – qui sont les djihadistes et passeurs de drogue. Tout en pistant la came, piégée par une puce au Brésil, il protège une jeune veuve des bords asséchés du lac Tchad dont le mari a été tué par les djihadistes, et son enfant de deux ans. En suivant la piste des ballots, il va découvrir un camp caché d’exploitation aurifère, un trafic d’êtres humains, une cache d’armes de gros calibre et « le » terroriste du Sahel le plus recherché. Bien documenté, l’auteur montre les liens multiples qui relient la manipulation géopolitique au trafic de drogue, d’armes et d’êtres humains, sous le prétexte religieux du djihad.

Mais tout part en quenouille : le général tchadien vaniteux veut se venger d’un tir djihadiste sur le pont frontière du Tchad avec le Soudan et bombarde un chantier de construction chinois dans ce pays, en tuant une centaine de Chinois, dont les deux enfants jumeaux de 10 ans de l’architecte. Il a pour cela piqué un drone américain soi-disant « perdu ». Pékin s’émeut, riposte par le meurtre de deux Américains, géologues dans un bateau de prospection pétrolière vietnamien dans les eaux territoriales de ce dernier pays, mais revendiquées par la Chine. La présidente américaine républicaine tente d’apaiser les tensions par la diplomatie, mais l’exaspération des uns et des autres, la montée aux extrêmes des populistes dans chaque pays, les désirs belliqueux des communistes réactionnaires comme des républicains obscurantistes, vont faire déraper la situation.

L’apocalypse viendra de la Corée du nord, en faillite perpétuelle et au bord de la famine. Des généraux se révoltent contre le guide psychopathe et tiennent des bases de missiles nucléaires. La Chine ne veut pas intervenir, bien qu’elle ait fermement déclaré au tyran de la Corée du nord que toute utilisation d’armes chimiques ou biologiques terminerait à jamais toute aide de la Chine à son pouvoir. Le satrape taré s’en fout et en use, la Chine ne réagit pas comme elle l’avait dit. Les États-Unis se posent la question de la riposte – jusqu’à ce que la Corée du sud, alliée des États-Unis mais avide de réunification sous l’égide de sa présidente, décide d’attaquer le nord. Les rebelles balancent un missile à tête nucléaire sur Séoul… C’est le début d’une escalade – fatale. La Chine riposte, les États-Unis sont liés… le Machin (l’ONU) ne fait rien, l’Europe criaille mais se terre – vous imaginez la suite.

Dans chaque pays des gens raisonnables tentent de négocier, de régler par la diplomatie les rodomontades des machos. Ainsi en Chine un « petit pince » rouge, fils de compagnon de Mao, qui lutte contre les vieux vrais faux-cons. Ou aux États-Unis la présidente raisonnable contre les piques et les affirmations gratuites du matamore trumpiste qui brigue la présidence à sa place. Les préjugés et la propagande empêchent de raisonner juste.

L’auteur rend compte implacablement du jeu des escalades, des manœuvres complexes et de l’engrenage des alliances, mais il assaisonne de façon un peu trop facile ce thriller d’espionnage par des romances mièvres entre chacun des protagonistes : Abdul le libano-américain désire la veuve tchadienne Kiah, l’arabe français de la DGSE Tab désire la juive de Chicago de la CIA Tamara, le petit prince rouge Chang Kai sous-directeur de l’espionnage chinois désire sa star de feuilleton d’épouse, la présidente des États-Unis Pauline Green désire son conseiller à la Maison-Blanche noir Gus… On sent le procédé, la facilité convenue usée de la série télé, le politiquement correct avec son métissage obligé, « naturellement ». Ce qui gâche le plaisir de l’analyse.

Ce thriller se lit bien mais ses ficelles sont bien grosses. S’il a le mérite de montrer la complexité des liens entre pays et de démonter les idéologies et religions qui masquent les gros intérêts égoïstes des uns et des autres, la montée aux extrêmes est caricaturale. La présidente américaine se laisse entraîner « naturellement » vers la trique, « à cause » d’un connard populiste à la Trump qui menace sa réélection ; en Chine se rejoue le ballet des faucons et des colombes déjà usé à propos de l’URSS – et dont on a vu qu’il déguisait surtout l’absence d’analyse stratégique.

Les jeunes chinois sont plus nationalistes que les vieux, restés méfiants, donc prudents. Dézinguer d’un missile américain un porte-avion chinois en représailles à trente militaires japonais pulvérisés sur un îlot contesté est peu crédible : envoyer une frégate pour les déloger et les faire prisonniers serait plus réaliste ; balancer une torpille sur le gouvernail du mastodonte aussi – pas besoin de grimper aux rideaux nucléaires pour cela ! On sent que l’auteur était pressé de conclure.

Malgré l’intérêt d’actualité du thriller, ce sont les limites réalistes du sujet, trop vite et trop mal traité, sans même fouiller un peu les personnalités.

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Ken Follett, Pour rien au monde (Never), 2021, Livre de poche 2023, 924 pages, €11,90, e-book Kindle €11,99

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La prochaine guerre sera celle des opinions

Hier c’étaient le nombre des hommes, leur armement, leur commandement et leur courage. Aujourd’hui, ce sont les opinions, les émotions manipulées et les réseaux. Ce qui compte est aujourd’hui moins d’afficher la plus grosse (armée) que de convaincre les (petits) cerveaux de la masse mondiale.

Nous changeons de monde – une fois de plus

Les États-Unis, forts de leur économie, de leur sens de l’initiative, de leur esprit d’entreprise et de leur aptitude à tout oser, ont durant un siècle (depuis la crise de 1929) assuré leur hégémonie sur le monde. Exit le vieux continent, le Royaume-uni décati, la France affaissée, l’Allemagne en ruines, l’Italie ridiculisée et l’Espagne marginalisée : les États-Unis assuraient tout, de l’économie avec le Plan Marshall et les exportations de biens de consommation, la mode des marques technologiques (Chevrolet, IBM, Apple, McDonald, Coca Cola – avant Google, Microsoft, Tesla…), le soft power culturel avec le cinéma, la musique, les artistes d’avant-garde, les thrillers, les séries, les applis – et la protection militaire avec de gros missiles, une flotte imposante, une armée mobilisable partout dans le monde, des interventions massives.

Ce monde-là, dans lequel ma génération a vécu, est terminé. C’est une fin de cycle. Pas de nouvel imperium pour le moment. Il se pourrait qu’il soit chinois, croit-on – il se pourrait aussi que non, les problèmes de la Chine étant de plus en plus avérés : démographie en berne, économie qui ralentit, dettes internes abyssales, contestations dans les courants du parti communiste, commerce international qui se ferme, notamment sur la haute technologie. Nous sommes dans le flou malgré la boussole de l’histoire, sans gendarme du monde – et l’ONU, ce « Machin » selon de Gaulle, continue de faire rigoler.

La seule parade possible semble être aujourd’hui de dissuader.

C’est ce que fait Poutine quand il agite l’arme nucléaire, dont son armée peut user tactiquement, ce qui est tacite depuis le temps de l’URSS. C’est ce que recherche l’Iran et la Corée du nord, qui veulent à tout prix la bombe pour dissuader l’empire américain de les soumettre.

Mais la dissuasion peut être aussi non-nucléaire. Elle peut être :

  • économique – sur les métaux stratégiques, les flux commerciaux (détroit d’Ormuz, mer Noire, mer de Chine), les sanctions ;
  • énergétique – sur le pétrole et le gaz contrée par la construction de centrales nucléaires nouvelles et l’accélération des panneaux solaires et des éoliennes ;
  • migratoire – en favorisant ou non le passage des migrants vers l’Europe faible, incapable par humanisme bêlant de les arrêter et de les expulser.
  • culturelle – par un contre-modèle ; Poutine cherche à en établir un, mais ses actions ne font pas rêver… Xi en stabilise un, mais il reste fragile et peu attrayant ; Orban tente de le faire pour son pays. Mais que fait l’Europe ? Que fait la France ?

L’Amérique continue d’être la boussole car rien n’est encore terminé. Les élections présidentielles restent pour définir tous les quatre ans ce qui est possible. La période Trump fut une vaste blague qui a abouti à un vaste chaos, personne ne comprenant plus rien dans le monde à la politique étrangère étasunienne. Trump était contre le terrorisme mais a laissé les Talibans revenir en Afghanistan ; Trump était contre la Corée du nord mais a joué les matamores pour accoucher… d’une souris jaune ; Trump a voulu mettre à bas l’Iran mais son retrait du Traité l’a au contraire encouragé… Trump est un foutraque qui n’a d’autre politique que médiatique, une grande gueule de télé, sans rapport avec la réalité. Tout ce qu’il veut, c’est « une belle blague» – et les gens le croient – car les gens sont bêtes, surtout lorsqu’ils se mettent en bande sur les réseaux sociaux où la raison se réduit au plus petit commun dénominateur, ce qui n’est pas grand-chose.

Ce sont les opinions publiques qui vont commander

Via les réseaux sociaux à diffusion instantanée hors de tout contrôle, elles vont dire qui ressort vainqueur des conflits, parfois même si l’armée a gagné. C’est ce qui est train d’arriver à Israël, il est vrai mal servie par un gouvernement réactionnaire qui a porté les religieux intégristes juifs au pouvoir. Comment déplorer encore et toujours les attentats odieux du Hamas – qui n’ont duré que deux jours à peine – alors que Gaza est sous les bombes depuis quarante jours – comme dans la Bible ? Les réseaux ont bruissé un moment des atrocités islamiques, mais les atrocités des bombes israéliennes durent depuis un plus long moment. Souvent opinion varie, et l’aiguille est focalisée sur ce qui dure.

Les États ne sont plus en mesure de désigner l’ennemi

C’est pourtant ce qui définit leur souveraineté politique. Ce sont les arènes cognitives qui prennent le relais depuis quelque temps, c’est-à-dire les espaces sociaux où se construisent les perceptions du monde. Les États-Unis avaient cette capacité à gros débit avec leur soft power carotte, aidé du gros bâton armé. Désormais, l’info devient infox et ils ne maîtrisent plus grand-chose. La ferme à trolls de Prigogine a manipulé sciemment les élections américaines ; les réseaux de Wagner ont tenté d’accuser l’armée française de crimes de guerre au Mali en dissimulant des cadavres sous le sable (heureusement détectés par un drone de surveillance qui les a filmés) ; deux Moldaves, semble-t-il inféodés aux réseaux mafieux de Poutine, ont tagué des étoiles de David bleues sur les murs de Paris pour faire croire à une provocation d’extrême-droite ou d’extrême-gauche, en tout cas pour raviver l’antisémitisme et encourager le chaos social.

En cas de réélection de Trump, les institutions américaines vont de plus en plus probablement se bloquer. La Cour Suprême ne représente plus la conviction de la majorité de l’électorat, certains États se démarquent des décisions fédérales pour inscrire par exemple le « droit » à l’avortement dans leur propre constitution. La démocratie américaine, phare du monde libéral depuis Tocqueville, montre ses limites et craque. L’hyperpuissance n’est plus acceptée comme un modèle par l’opinion mondiale , notamment après l’assaut des supporters d’un président battu aux élections sur le Capitole, siège du pouvoir, comme dans une vulgaire république bananière ou africaine. Trump a ruiné l’image des États-Unis.

L’Europe et ses vieilles démocraties, parfois républicaines oligarchiques, parfois monarchiques, parfois fédérales ne réussit mieux. Elles font et ont fait la morale au monde entier (cette plaie qu’a longtemps incarné la gauche française), mais montrent dans les faits leur deux poids-deux mesures, sans parler de leurs divisions. Israël bafoue l’ONU depuis des dizaines d’années ? On ne la contraint pas, on ne la sanctionne pas, on ne manifeste pas sa réprobation. Même quand des Juifs orthodoxes extrémistes veulent soumettre la Cour suprême, personne ne bronche, ce serait de l’antisémitisme que de même en parler. Les pays arabes ont laissé – sciemment – prospérer des « camps de réfugiés » aux portes d’Israël depuis 1948 ? Nul ne s’en offusque, c’est pourtant le signe que l’exil serait provisoire, que l’État d’Israël est un imposteur qui ne saurait durer – et cela entretient le ressentiment, suscite l’appel religieux au djihad, le terrorisme. Mais qui s’en offusque ? Deux poids-deux mesures.

Le « Sud global » – expression qui n’a guère de sens puisque le « sud » inclut semble-t-il la Russie – a beau jeu de dire que les démocraties n’ont pas de leçons à donner et qu’elles pourraient balayer devant leurs portes. Elles ne respectent pas leurs promesses et ne contraignent pas ceux qui les servent. Pourquoi donc se mêlent-elles des affaires intérieures ? Au nom de quelle morale supérieure – souvent bafouée ?

Bon, il y a les nations, mais quelle régression ! Les idéologies rigides ont toujours fait perdre les guerres démontre l’historien anglais Paul Kennedy.

La conscience planétaire liée à la connectivité accrue de l’humanité est désormais la meilleure arme.

Aux plus habiles de la manipuler pour gagner la guerre, la vraie – celle de l’opinion. Le vainqueur est celui qui raconte la meilleure histoire sur X-twitter ou sur Youtube. Les sciences du comportement peuvent faire basculer les croyances et les valeurs des individus, ainsi que leur capacité à décider, via les émotions.

Les biais cognitifs et les dissonances morales (doutes de conscience coupable, hésitations d’humanisme dévoyé) s’engouffrent à plein dans les réseaux sociaux, sur les plateaux de télévision, les think tanks, les ONG, et autres « zassociations » toujours prêtes à se donner le beau rôle de la posture morale.

La prochaine guerre mondiale sera celle des opinions.

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