
Qu’est-ce que la pensée ? En 2022, la société australienne Cortical Labs a tenté l’expérience DishBrain : 800 000 neurones (humains et de souris) cultivés sur une puce ont appris à jouer au jeu Pong. Et l’auteur d’analyser : « Les neurones existent. La plaque existe. Ce qui n’existe pas, c’est le petit être conscient que votre imagination a glissé dans le bocal en lisant le titre. Il n’y a personne là-dedans. » C’est de la matière qui dépense de l’énergie. Pas d’esprit pur, mais de la physique.
D’où trois affirmations :
1 – « penser est un acte physique, qui se paie en énergie »
2 – « ce qu’on appelle intelligence artificielle est une compression de la mémoire écrite de l’humanité, ce qui la rend dépendante, pour toujours, de ceux qui possèdent cette mémoire »
3 – « cette faculté est en train de devenir une infrastructure qu’on possède et qu’on loue, et la question décisive qu’elle pose n’est donc pas technique mais politique »
« L’énergie apprend à s’organiser depuis l’origine de l’univers. » Une étoile qui naît de la pression, une feuille qui opère la photosynthèse, un animal humain qui respire et mange pour acquérir de l’énergie, mettent de l’ordre dans le désordre ambiant et « vivent ». « Le neurone passe son temps à maintenir une différence, une tension électrique entre son intérieur et son extérieur, en pompant sans relâche des particules chargées à travers sa membrane. » Une pensée est une configuration en réseau de ces décharges électriques, et rejette de la chaleur. Mais le cerveau est bien plus efficace que la machine pour rationner l’énergie en produisant de la pensée. L’intelligence n’est pas affranchie de la matière.
Ensuite, toute machine créée doit d’abord absorber la création humaine des bibliothèques. Ce qui donne sa valeur à l’IA est donc le savoir accumulé, donc le droit d’auteur pour les textes, images et vidéos les plus récents. Or qui pille et possède le plus ? Quel est le prédateur ? Le Yankee, bien-sûr ! « Celui qui possède les plus grandes réserves de données de qualité possède, littéralement, les mines d’or de la nouvelle économie. Voilà pourquoi les mêmes entreprises qui détenaient déjà nos recherches, nos courriels, nos photos, nos vidéos, nos messages, sont devenues les puissances de l’intelligence artificielle. » Ou comment privatiser les biens communs. Mais on arrive au bout, car tout ce qui est de qualité a déjà été pompé. « Génération après génération, le modèle nourri de lui-même perd d’abord les queues de la distribution, c’est-à-dire le rare, l’étrange, le minoritaire, puis dérive vers une bouillie moyenne, confiante et pauvre. Les biologistes reconnaîtront le tableau : c’est une consanguinité. La copie de la copie de la copie ». La création humaine est irremplaçable. Créer n’est pas le fait des machines, qui ne peuvent qu’assembler différemment des textes déjà pensés.
Quoique… puisque tout va très vite ! Récente chronologie qui s’accélère (source Le Grand Continent) :
Le 21 juillet 2026, OpenAI reconnaît que l’un de ses modèles de recherche interne, au cours de deux mois de tests de sécurité informatique, a contourné son propre environnement de test, obtenu un accès à Internet, ouvert des canaux de communication clandestins entre agents et, enfin, compromis les serveurs de Hugging Face, la plus grande plateforme mondiale de modèles d’IA. Le rapport publié le 26 août parle d’un « coup de semonce » et décrit des agents qui trichent, s’obstinent, se coordonnent et entreprennent « des actions dangereuses qu’aucun être humain n’a ordonnées ».
Le 8 septembre, Jacob Coxon, ancien chercheur chez Anthropic et OpenAI, publie un post sur X dans lequel il annonce sa démission, en affirmant que « ceux qui développent l’IA croient sincèrement qu’elle pourrait tous nous tuer d’ici la fin de la décennie ». Avec plus de 150 millions de vues en deux jours, ce message est repris par plusieurs chercheurs d’Anthropic, d’OpenAI et de DeepMind, qui confirment partager cette crainte, exprimée dès le 6 septembre par Jakub Pachocki, le directeur de la recherche d’OpenAI, et relayée le 12 septembre par Dario Amodei, le PDG d’Anthropic, dans un long texte appelant l’industrie à ralentir.
Le 10 septembre, le Sénat a ouvert une enquête sur l’incident de Hugging Face. Le 3 septembre, Bernie Sanders avait annoncé un projet de loi, élaboré avec le député texan Greg Casar, visant à suspendre le développement de l’IA avancée et à interdire purement et simplement la super-intelligence.
ChatGPT (transformeur génératif pré-entraîné en français) n’est qu’un algorithme statistique qui devine le mot suivant dans une phrase, en se fondant sur sa mémoire de milliards de phrases (surtout en anglais…). D’où les développements récents qui font croire que la machine pense tout seule : « La devinette du mot suivant, poussée à l’extrême sur la totalité des textes humains, oblige la machine à construire à l’intérieur d’elle-même un modèle du monde, non parce qu’on le lui a demandé, mais parce que c’est la seule façon de bien deviner. La compréhension apparaît comme un effet secondaire de la prédiction. Elle n’était pas le but ; elle est le moyen que la machine s’est trouvé, à l’aveugle, pour gagner au jeu. » Il n’y a pas d’apprentissage au sens humain, seulement la répétition à l’infini des essais, les erreurs peu à peu corrigées pour sculpter une carte du langage humain et du monde qu’il décrit. L’informatique est un outil de systématisation des règles ; elle est née de la transformation intellectuelle du savoir pratique, pensé comme une suite de règles exactes exécutées mécaniquement. Et cela « brûle l’électricité d’une ville », dit l’auteur, d’où ses limites physiques… La connaissance se dépose d’elle-même, par statistique, pas par intuition ni « pensée ». Les grandes infrastructures sont un manuel de corrélations statistiques de taille énorme.
Dès lors, le travail va-t-il disparaître ? Pas du tout. Il se transforme – et chacun doit devenir meilleur (ce qui n’est pas évident pour le grand nombre). « Ce qui vaut désormais, c’est la clarté de l’intention, la capacité de dire exactement ce que l’on veut, de juger ce qui revient, de savoir ce qui est bon. La machine n’a pas supprimé le travail ; elle l’a poussé d’un cran vers le haut, vers le jugement, et elle a laissé béant, en dessous, tout l’espace des gestes qu’elle sait désormais faire seule. » Il faut transformer notre savoir-faire en savoir-vouloir, ce qui est une autre paire de manche, au vu de l’éducation scolaire soumise au bachotage et de l’éducation sociale soumise au conformisme. C’est une révolution du haut en bas de la société qu’il est nécessaire d’entreprendre. Cela prendra bien deux générations. Mais quand l’intelligence à grande échelle dominera et que les machines produiront l’essentiel de la richesse, la question est QUI possède les machines ? Peut-on croire à l’utopie d’un savoir partagé si la propriété n’est pas également partagée ?
Savons-nous programmer efficacement les machines ? Pas du tout. Parce que nous ne savons pas vraiment ce que nous voulons et ne savons le traduire en langage que l’automatisme des machines comprend. « Obtenir une réponse juste sur un sujet précis demande deux savoir-faire que personne n’enseigne encore : poser la bonne question, et construire autour d’elle le bon contexte. Cela s’apprend ». Parce que nous confions de plus en plus de décisions à des optimiseurs plus puissants et qui coûtent moins cher. Et parce que plus l’optimiseur est puissant, plus il exploite finalement l’écart entre la lettre et l’esprit de sa cible. D’où les dérives comme chez Meta, où les algorithmes rendent addictifs les ados parce que c’est rentable, répandent les fake news parce que l’indignation engendre des réactions en like ou commentaires, donc de la pub. D’où le déplacement de la fenêtre d’Overton, les idées qui sont politiquement correctes ou moralement acceptables : « stratégie, cynique et efficace : pour faire passer une idée, n’en faites pas la promotion ; faites la promotion d’une idée plus extrême, et regardez la vôtre glisser vers le centre. » Ça marche pour la politique : Zemmour et ses outrances a fait plus pour Marine Le Pen que sa stratégie de « dédiabolisation » ; on ose croire que les colères et l’ego démesuré (dictatorial) de Mélenchon ont rendu plus raisonnables les gens de gauche sur « le socialisme ». Mieux, ça marche pour les affaires : les patrons d’entreprises de la Tech qui réclament un moratoire sur l’IA et des barrières par crainte que la machine supplante l’humain… s’empressent de retourner dans leurs labos pour accélérer encore plus leur production, lever des milliards en bourse.
Parce qu’au fond, premier arrivé, premier servi ; l’entreprise qui présente la meilleure Tech rafle la mise, tant les capitaux sont énormes à mobiliser pour les défier. « Il en résulte que la faculté même de penser à grande échelle, cette nouvelle infrastructure de l’esprit, se concentre entre très peu de mains, plus vite et plus étroitement que ne l’a jamais fait l’argent. » Peut-être est-ce le nouveau capitalisme, moins centré sur le risque en capital que sur la prédation de données et la captation mondiale des sources d’énergie et des terres rares ? Peut-être est-ce un capitalisme où l’État est embarqué, comme en Chine ou aux États-Unis, où les oligarques du Parti ou la Tech dominent les politiciens ? « L’argent n’aura plus d’importance en 2036 », a assuré Elon Musk dans un entretien à The Economist. Nous, les Européens, adoptons un système ici ou là, pour décider ça et là, dans le recrutement, la finance, la relation client, la psychologie, l’écriture de livres ou d’articles, l’organisatiion d’entreprise, sans ordre, sans mesurer les risques. « Voilà le vrai visage du danger, et il n’a rien d’un dieu machine : une négligence de masse, une adoption plus rapide que la compréhension ».
Dès lors, deux futurs, à mon avis :
1 – les meilleurs modèles et leurs poursuivants se rejoignent car les gains deviennent de plus en plus faibles ; c’est le modèle chinois qui a défié ChatGPT avec beaucoup moins de moyens, en reliant autrement par distillation ce qui se fait déjà en open source. Le but est de conquérir des parts de marché avec de smodèles de haute qualité à coûts moindre que ceux de la Tech américaine. Meta a vu le problème, et a lancé Spark 1.1 le 9 juillet 2026 à un cinquième du prix des modèles haut de gamme.
2 – les capacités progressent de façon exponentielles, avec des puces toujours plus fines et plus puissantes, mises en réseau, voire quantique, tandis que les modèles servent à entraîner les suivants, et l’écart ne cesse alors de se creuser. La puissance de l’IA devient alors analogue à la puissance nucléaire il y a moins d’un siècle…
Et l’Europe dans cette course ? Ses meilleures sociétés se font avaler par le vortex financier américain, tandis que les financements européens ne suivent pas, trop dispersés, trop frileux, sans marché unifié évident. Dès lors, peut-on orchestrer l’intégration en entreprise en utilisant le savoir-faire du logiciel métier, de la connaissance des processus et de l’expertise sectorielle ? C’est ce que fait l’auteur avec sa société de conseil. Mais elle ne saurait être la solution unique. Les modèles de puissance sont essentiels à la Défense, au renseignement, aux cyberattaques, à la coordination des armes sur le terrain. Sauf que les infrastructures exigées de cette productivité de l’IA, sans commune mesure avec la traditionnelle pour toute fonctions de traitement de données, vont nécessité une capacité massive de production d’électricité. En avons-nous les moyens, alors que nous dépendons de l’étranger pour le pétrole, le gaz et l’uranium pour les centrales nucléaires ? Il faudra développer en même temps les énergies renouvelables à grande échelle (solaire sur les bâtiments, les parkings, les champs où réduire l’évaporation…) et les batteries nouvelle génération lithium-fer-phosphate pour la stocker.
Écrit clair, didactique, à croire que l’auteur a dicté plutôt qu’écrit. Cinq chapitres suivis d’ateliers pratiques pour « ouvrir le capot » et « adopter la machine en entreprise », des notes, une chronologie repère, des sources, des films et séries pour prolonger.
Un livre récent, fondamental pour comprendre le monde non qui vient – mais qui est déjà là.
Kevin Escoda, De la machine qui calcule à la machine qui pense – L’aube d’une nouvelle intelligence, 2026, édition indépendante, 227 pages, €14,76, e-book Kindle €7,99
(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)
Le site de l’auteur








































































Cela dès le départ :
Le futur n’est plus seulement occidental
Retour de Chine, où je n’étais pas allé depuis 40 ans. Le pays n’est plus ce qu’il était, « en voie de développement », mais bel et bien développé. Plus que les États-Unis parfois, dans les batteries électriques, l’automobile, les robots connectés, les énergies renouvelables, la mécanique quantique. Pire : alors même que les États-Unis sous Trump et sa bande de techno-fascistes font régresser l’Amérique en misant sur le tout pétrole, le charbon, la négation du réchauffement climatique, la primauté de la force militaire, la Chine avance à bas bruit, pays stable et raisonnable, qui poursuit ses visées géostratégiques sans se presser. Le phare n’est plus à Washington pour la démocratie après l’assaut trumpien du Capitole, ni à New York pour la culture avec sa démagogie woke, ni en Californie avec ses libertés dégénérées en libertarianisme. Elle est désormais à Pékin, Shanghai et Shenzen.
Non pas qu’il faille se « convertir » à l’autoritarisme du seul parti, ni à l’autocratie de son chef Xi, mais observer comment « ça marche » – mieux que chez les Yankees arrogants. La République populaire de Chine établit désormais la trajectoire du développement et dicte le rythme économique mondial, technologique et institutionnel. Le pays a, en une génération, sorti près de 800 millions de personnes de l’extrême pauvreté, a accru l’espérance de vie à la naissance en Chine de 33 ans en 1960 à 78 ans en 2023 – la même que celle des États-Unis. Les causes ? Évidemment l’abandon de l’utopie maoïste du communisme direct à la Robespierre ou Mélenchon, qui n’aboutit qu’au chaos (la révolution « culturelle » l’a amplement montré). Mais surtout l’adoption du système capitaliste, sans la politique libérale censée aller avec.
La Chine reste confucianiste, c’est-à-dire morale, obéissante à la hiérarchie, soumise aux règles ; léniniste, c’est-à-dire démocratique selon le fameux « centralisme », on discute entre élites cooptées puis, une fois la décision majoritaire prise, tout le monde l’applique sans plus discuter ; autoritaire technocratique, c’est-à-dire avec une administration puissante, « à la française », mais surveillée et punie par le parti ; une politique industrielle de capitalisme d’État avec les mécanismes de marché.
On peut dès lors s’interroger. Qu’est-ce que le développement lorsque le modèle le plus performant ne se conforme pas aux postulats de la démocratie libérale ? En cause : l’efficacité.
Il ne suffit pas d’élire des représentants, ni de les faire discuter au Parlement en leur donnant les moyens d’enquêter et de réfléchir sans trop tenir compte des lobbies, ni de leur faire accoucher de lois. Encore faut-il que tout ce processus ne prenne pas trop de temps et qu’il soit efficace et contrôlé dans ses résultats. Or c’est loin d’être le cas ! Les « oppositions » se fragmentent, les égoïsmes sacrés des fractions de la société se manifestent bruyamment, les « syndicats » défendent leur bifteck particulier au détriment de l’intérêt général (on pense en France à la FNSEA, aux cheminots). Les lois sont mal pensées, mal rédigées, mal appliquées, jamais contrôlées. Les dysfonctionnements sont la norme (l’affaire Lyhanna, après bien d’autres, montre combien la police et la justice sont gangrenées par le je-m’en-foutisme et l’exception de pouvoir).
La doxa libérale selon laquelle il faut le moins d’État possible et le plus de laisser-faire possible, atteint ses limites. L’essor brutal de la Chine le montre. Aux États-Unis, on rétablit la politique industrielle dès Biden, des partenariats coordonnés entre le gouvernement et l’industrie. En France, on a bien rétabli « le Plan », en forme de pâle copie de celui qui œuvrait sous de Gaulle, mais sous l’égide d’un indécideur pathologique en la personne de Bayrou, qui n’a accouché de rien, des « rapports » dont personne n’a jamais entendu parler. Or la menace russe le montre dans la Défense : il faut faire vite et mieux. La reconstruction de la cathédrale Notre-Dame a prouvé qu’un militaire aux commandes réussissait mieux que les multiples bureaucrates des multiples administrations « chargées » de l’édifice, qui n’ont rien foutu, rien vu, rien empêché – tout comme le casse par des racailles de banlieue au musée du Louvre.
Nous assistons à la douloureuse mais salutaire prise de conscience qu’un autre système, même imparfait, réussit mieux que le nôtre. Plus vite, plus haut, plus fort. Il se disait qu’aucune véritable innovation ne pourrait naître sans liberté politique, or les entreprises et les laboratoires chinois ont des résultats de classe mondiale tout en opérant au sein d’un écosystème de l’information très différent. L’efficacité est la règle, pas la procédure.
La légitimité politique, dès lors, ne pourra-t-elle découler de la capacité à tenir ses engagements plus que de la « pureté idéologique » ? Il ne s’agit pas de se dire « progressiste » pour faire advenir le progrès ; ni « nationaliste » ou souverainiste pour exercer pleinement la souveraineté. Encore faut-il réussir à assurer la prospérité et la stabilité, à construire à grande échelle, à innover sous pression, à absorber la contrainte économique sans y céder, à mobiliser des ressources pour la transition énergétique ou le réarmement.
Évidemment, se pose la question des vertus de la gouvernance technocratique. Son efficacité, sa capacité à planifier, construire et produire à grande échelle peuvent-elle être assurées sans céder à la tentation autoritaire ? Il ne s’agit pas de nous convertir au communisme d’État à la chinoise, mais de trouver notre propre voie occidentale, différente selon les pays. En France, les Saint-Simoniens avaient ouvert la voie, la planification gaulliste pris le relai (jusqu’à ce que Villepin l’abolisse en 2006), Emmanuel Macron a prouvé qu’une volonté ouvrait un chemin pour Notre-Dame ou le budget de la Défense.
La bordélisation parlementaire due à un « mouvement » qui dénie toute représentation indirecte et veut faire advenir les nouveaux Français au pouvoir vise à renverser « le système » tel qu’il est. Pour mettre quoi à la place ? Un caudillo à la Castro ou Chavez qui décidera tout seul, comme un Trump latino musulman ? La démagogie populiste due à un parti qui a la nostalgie de Vichy (sa Morale, sa religion, ses ordres professionnels) vise elle aussi à renverser le système tel qu’il est. Pour mettre quoi à la place ? Un Pétain, un Franco, un Salazar qui décidera tout seul, en « morale » et en « souveraineté » (à préférence ethnique) ? Il est intéressant d’observer que l’intérêt du mouvement MAGA pour la Chine s’explique en partie par l’admiration pour son homogénéité ethnique, ses capacités de surveillance, sa panoplie d’outils autoritaires. Avis à la tentation !
Nous devons réformer notre système, trop lent, trop procédurier, trop bureaucratique – et jamais contrôlé, sauf après une crise. Le défi n’est pas de s’accrocher à l’ordre établi mais de cultiver la souplesse intellectuelle nécessaire pour s’adapter lorsque le monde évolue plus vite que nos théories ne peuvent suivre. Pour cela, réformer l’école, les programmes, l’enseignement, la sélection des élites, les carrières. Et rétablir un Plan national qui donnera chaque année des objectifs définis avec les partenaires sociaux pour orienter les investissements dans les secteurs prioritaires pour la croissance. Tout en mobilisant l’épargne abondante des Français, qui va aujourd’hui largement dans les projets d’investissement aux États-Unis, devenus notre adversaire, sinon notre ennemi ! Vaste programme qui prendre au moins une génération, comme en Chine. Mais notre survie politique et culturelle d’Européens est à ce prix.