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Les mines du roi Salomon

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Le roman d’aventures de Henry Rider Haggard publié en 1885 a inspiré plusieurs cinéastes au fil des décennies. Allan Quatermain est l’ancêtre anglais du très américain Indiana Jones, notamment au cinéma où le mystère et la virilité rivalisent avec la tentation du sexe et de la fortune.

Nous sommes en 1897 en Afrique, vers le nord du Kenya. Un gigantesque territoire inexploré s’étend vers les actuels Ouganda et Soudan, un désert entre savane et prairies des hauts plateaux empêchant les hommes de s’y rendre, des légendes sur une tribu belliqueuse et cannibale dissuadant les plus tentés. On dit qu’une tribu venue d’Egypte s’y est implantée et garde jalousement sa vertu indépendante.

Allan Quatermain (Stewart Granger) est guide de chasse aux grands animaux, mais il est écœuré de voir tirer des éléphants et des lions par de gros bourgeois couards qui ne pensent qu’à leur gloire au retour. Il a décidé d’arrêter. Ce qui le retient est son fils de 7 ans, en pension en Angleterre après la mort de sa mère : comment le fera-t-il vivre s’il ne fait plus le seul métier dont il est reconnu spécialiste ?

C’est alors que survient une offre d’un Anglais, un certain John (Richard Carlson), qui veut l’engager pour une expédition. Pas question, se dit Allan, puis il rencontre la sœur de John, Elisabeth Curtis (Deborah Kerr) qui l’émeut malgré ses airs de délicate, offusquée de la crudité africaine. Le frère et la sœur recherchent le mari d’Elisabeth, parti en quête des mines du roi Salomon. « C’est une légende ! » s’exclame Allan ; « mais il nous a laissé une carte ! » rétorque John. Manuscrite, elle commence au dernier village pointé sur la carte officielle pour s’étendre dans la contrée inexplorée. Quatermain n’est pas convaincu de risquer sa vie, celle de ses compagnons blancs et celle des porteurs africains avec qui il travaille depuis une décennie et demi et qu’il aime.

C’est alors qu’Elisabeth, qui le revoit un soir chez lui, sort un argument massue : un chèque de 5 millions de livres. Les prestations du guide se montent habituellement autour de 200 000 £ et c’est 25 fois plus ! De quoi assurer l’éducation de son gamin jusqu’à sa majorité, même si son père disparaît…

Les mines du roi Salomon

L’expédition risquée a donc bien lieu. Allan y va à contrecœur mais par devoir puisqu’il est pauvre ; Elisabeth est riche, elle y va par devoir mais redoute au fond de retrouver ce mari qu’elle n’aime pas vraiment, ce pourquoi il l’a fuie au fin fond de l’Afrique. C’est elle qui a la fortune, pas lui, et il a voulu l’éblouir en découvrant les diamants mythiques. Des deux personnages du mâle guide aventurier Allan et de la mijaurée riche Elisabeth, les intentions sont inverses… mais ils vont se trouver. Allan veuf et brut va tomber amoureux du bibelot précieux mais courageux Elisabeth et tout finit bien qui finit le dernier.

Je vous passe les poncifs des années cinquante sur les araignées grosses comme des assiettes, les serpents monstrueux et cauteleux, les zèbres en folies galopant en horde à cause du feu en écrasant tout sur leur passage, les panthères griffues avides de chair humaine, les crocodiles mangeurs d’homme – et les nègres presque nus aussi peureux en bande que belliqueux chez eux. Tout le film se déroule sur les faux-pas de l’inadaptée Elisabeth rattrapés par le spécialiste Allan. Elle trébuche, hurle, ne sait pas grimper aux arbres ni courir sans s’essouffler, ni s’habiller pour la jungle, ni marcher sans être rapidement fatiguée, elle a soif dans le désert et tombe inanimée…

Sans dévoiler le sel de l’aventure, disons que le trio de Blancs, flanqué de deux Noirs fidèles (les porteurs ont fui), parviennent au-delà du désert dans le blanc des cartes ; qu’un compagnon élancé se révèle être un roi écarté qui vient défier son oncle pour reprendre le trône ; que la tribu jalouse des mines de diamants bruts est hostile, puis convertie ; qu’Elisabeth va enfin savoir ce que son mari est devenu.

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L’argent ne fait pas tout mais il est bien présent dans l’histoire. Argent hérité dont on fait bon ou mauvais usage selon sa morale ; argent désiré par devoir pour aider un fils ou retrouver un mari ; argent rêvé pour de mauvaises raisons, voire volé dans les mines du roi Salomon ; argent nécessaire à toute expédition pour engager des porteurs, acheter des provisions et des munitions, faire vivre les villages noirs, prolifiques en enfants.

En 1950, à la sortie du film, le devoir l’emporte encore sur l’avidité, même si la raison ne domine qu’avec peine les passions. Au fond, c’est l’instinct qui apparaît le plus fort : la pulsion de savoir, l’amour viscéral pour les êtres aimés, l’élan de vie qui vous pousse même lorsque tout paraît désespéré.

Les acteurs incarnent solidement ces désirs, ces sentiments et cette intelligence humaine – apanage supérieur des Blancs, mais pas seulement. Les Noirs sont souvent avisés à titre personnels, même s’ils agissent moutonnièrement en bande par la danse, la trouille ou l’excitation guerrière. Même les bêtes sont pourvues de ces vertus, comme ces éléphants qui protègent l’un d’eux blessé, ces lions qui ne chassent que lorsqu’ils ont faim, ou ce petit singe apprivoisé aussi affectueux qu’un gosse.

Stewart Granger est le grand mâle alpha aux épaules larges et au visage aigu qui a expérience et savoir-faire (le seigneur pirate des Contrebandiers de Moonfleet), ; il prévoit plus loin que l’immédiat et s’adapte aux réactions des autres. Deborah Kerr est la femelle qui en veut, cachant sous son attitude poseuse un vrai courage pour sa volonté. Les deux vont s’affronter, se choquer mutuellement, se défier, se jauger – et s’apprécier à la fin car ils apparaissent complémentaires.

Pour cela un bon film, malgré le charme suranné d’une Afrique de carte postale qui existait encore dans les décors naturels filmés en 1950.

DVD Les mines du roi Salomon de Compton Bennett et Andrew Marton, 1950, avec Deborah Kerr, Stewart Granger, Richard Carlson, Hugo Haas, Lowell Gilmore, Warner Bros 2016, €9.99

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Le mal au paradis

La véritable femme de tout Polynésien est la bière Hinano qu’il consomme avec abus entre vendredi soir et dimanche soir. Le pakalolo (cannabis) et l’ice (metamphétamine) sont deux drogues dévastatrices ici, surtout lorsque mélangées à de la bière ou de l’alcool. Le résultat : des accidents de la route, des bagarres, des viols, des violences conjugales. Chaque fin de semaine voit des morts. Dans le cas des violences conjugales, la femme frappe avec un couteau son tane (mari) tandis que l’homme la bat à mort avec ses poings laissant, comme en juin, cinq orphelins de 10 à 2 ans. Ironie, le Français de Polynésie constate que le Français de France boit plus que lui sans être victime de tous ces maux ! Comme l’expliquent les journalistes en suivant les médecins, c’est que le Métropolitain boit certes trop aussi, mais sur huit jours – tandis que le Fenua (pays) avale la même quantité en deux jours, tout en le mélangeant avec d’autres drogues.

hinano biere tahiti

Pourquoi ? A cause du « fiu ». C’est un sentiment respectable et respecté. Quand un Polynésien vous dit : « je suis fiu », la Popaa que je suis se fait toute petite. Comment traduire : c’est peut être qu’il s’ennuie terriblement, qu’il est las de tout et que cela déclenche chez lui un sentiment de rejet, de ras-le-bol, et donc qu’il n’y a lieu de ne pas insister. C’est fiu de retourner acheter des allumettes oubliées chez le Chinois. Si le maçon est fiu, il s’arrêtera de travailler pour quelques jours ou pour plusieurs semaines. Si la serveuse du café est fiu, elle s’appuie sur son comptoir et reste là, donc pas de service. Je traduirais par mélancolie, langueur, dégoût de tout. Parfois, cela me gagne aussi. Est-ce que l’ennui n’est pas le revers du paradis ?

1932 lagon tahiti

Ne pas confondre le fiu avec le « burn out ». Une étudiante en médecine fenua, Sabrina Chan Lin, épouse Chanteau, a soutenu une thèse de doctorat sur l’épuisement professionnel. Il se manifeste par un épuisement émotionnel, une déshumanisation et la réduction de la compétence personnelle. A Tahiti, 12% des jeunes médecins présenteraient un tel syndrome.

Ils se suicident alors beaucoup aussi. Les jeunes de 15 à 35 ans sont les plus nombreux, même mariés, même chargés de famille.

Pour compenser, les festivités sont nombreuses, les dépenses en cadeaux importantes et les enfants gâtés pour la plupart. La nourriture d’exception, venue de Nouvelle-Zélande, prend ici de l’importance : les huîtres très laiteuses, les palourdes énormes, les moules vertes grosses comme des moules espagnoles, le veau débité en gros morceaux, le puaa (cochon) local grillé. On ne mange pas, ici, on bouffe.

Le mauvais cholestérol s’accumule car le Polynésien aime les moules farcies, les palourdes farcies, la volaille farcie et mange moins légumes et de fruits (produits locaux moins tentant). Le diabète apparaît avec les mœurs américaines de boire des sodas très sucrés, beaucoup et n’importe quand. Beaucoup de Polynésiens sont obèses, 30% selon les études, et 40% sont atteints de surpoids (soit 70% de la population au total !). Les jeunes et les vieux, les femmes et les hommes, les gamines et les gamins sont obèses, sauf ceux qui s’adonnent aux sports traditionnels comme aux sports introduits par la modernité, mais cela demande un effort.

bouffe barbecue Tahiti

D’autres font confiance aux horoscopes. Chaque jour dans « La Dépêche de Tahiti » ou hier dans « Les Nouvelles de Tahiti » (disparu…), vous pouvez consulter votre horoscope. Sur toutes les radios et sur les différents programmes de télévision on diffuse plusieurs fois par jour l’horoscope « normal » et, en plus, l’horoscope « chinois ». Les programmes de télé donnent tous les horaires.

Les nouvelles religions fleurissent. J’ai été conviée à assister à une conférence donnée par une voyante marseillaise qui invoque les « Maîtres », Ramtha, les archanges, les anges, qui soigne par les chakras et la respiration « essinienne » (?). Mais elle fait concurrence aux sorcières et prêtresses locales. Un sort a été lancé sur la Marseillaise par la meneuse de la prière à la cascade. En effet, chaque dernier samedi du mois, j’accompagne E. à la cascade de Faaone. Merci de ne pas rire, pas même de sourire. Il s’agit d’aller recevoir de l’énergie. Tous les participants se mettent en rond, pieds nus sur le sol, se donnent les mains, une main donnant, l’autre main recevant. La Prêtresse parle aux nouveaux adeptes, puis récite un Notre-Père. Les nouveaux en priorité s’en vont, huilés de monoï, dans le bassin pour recevoir l’eau de la cascade. Ils touchent la roche pendant que la Prêtresse prononce des paroles. Certains pleurent, certains crient. Quand tout est calmé, les participants font déborder le bassin et prononcent une autre prière. Séchage, rhabillage et le petit-déjeuner est pris en commun de l’autre côté de la route face à l’océan.

Hiata de Tahiti

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Colonel Saladin

Connaissez-vous Saladin ? Le héros islamique Salâh ad-Dîn, sultan d’Égypte et de Syrie est né Kurde à Tikrit et a régné de Saddam à Gomorrhe. Mais cet illustre ancêtre du 12ème siècle, qui aimait bien battre le Franc, n’est pas notre homme. En inversant les chiffres, le 21ème siècle voit Saladin se tailler un prénom : Mathieu. Il n’est que colonel dans son premier album de chansons parlées, ou de poèmes mis en musique.

mathieu saladin colonel

Auteur, compositeur, interprète, musicien, arrangeur, il fait tout, ce Saladin. Il livre en 12 morceaux un rien baroques, parfois gothiques, son chant du siècle. Ça parle de personnage de roman, de sœurs en religion formées à l’usage de l’anneau de latex pour préserver la verge (« non, pas la Vierge, Mesdemoiselles !« ), de sa mère sous la terre, de licorne volante et d’Alzheimer qui vient en allant acheter du fromage pour rapporter des tomates. C’est traînant, lancinant, vampirique. On se laisse volontiers sucer l’attention.

Mais ce ne sera pas le cas de la ministre Belkacem pour « je suis gay » (même si c’est pas vrai). Je vois déjà d’ici les yeux réfrigérant de la prof Méduse paralyser l’auteur des propos incorrects, visage figé et maintien raidi de l’idéologie, si caractéristique de la ministre sur les plateaux télé lorsque son camp est en défense. « J’adore m’occuper de la maison (…), la cuisine ; j’adore m’occuper des enfants » : sont-ce là des critères gais ? Quels stéréotypes, Monsieur le colonel, héritier homonyme de sultan ! Les mâles ne s’occupent pas assez des enfants, pour leur équilibre, ni de la maison et de la cuisine, pour l’équilibre du couple. Révisez votre alphabet, Macho Saladin, allez dira la prof-en-chef du surveiller et punir mini sériel : « récitez ! A, B, C, D… » Car véhiculer les préjugés machos du populo bourré à demis aux comptoirs des cafés n’est pas politiquement correct et pas bobo du tout.

Dommage pour Saladin Mathieu, musicien des Lapins crétins et apprenti poète, mari de la chanteuse Robert et personnage de roman. Car l’Amélie médiatique l’a cité nommément. Depuis, emprisonné dans l’art d’un moment, ci-devant chômeur de l’imaginaire, amoureux immature, il décline ses gammes et ses regrets. Devrait-il ?

Mon expérience nothombique ne m’incite pas à l’encourager dans cette voie… On m’a dit que le seul opus jamais lu de l’auteurE (elle tient au e) était le plus mauvais. Mais comme il partait de vraiment bas, je reste dubitatif sur la qualité des autres. Le copinage du milieu très étroit des médias, dans le tout petit monde littéraire où les places sont si chères que les pires défauts humains fleurissent à l’envi, pire que dans la finance, fait que la foi remplace toute raison et le clientélisme tout talent. Se mettre derrière la leader permet de bénéficier de l’appel d’air. C’est utile pour se faire connaître des fanatiques de Nothomb, donc des bobos branchés sur les ondes et dans la presse parisiano-people. Mais il faut vite quitter le coach pour voler de ses propres ailes !

Testez donc le premier album de Mathieu Saladin, il se dit déjà Colonel de musique et mérite ses galons.

Mathieu Saladin, Colonel, 2014, CD label DEA, €17.00

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Martin Amis, Train de nuit

martin amis train de nuit
Pourquoi mourir quand on est jeune, belle, équilibrée et que l’on explore la physique des origines de l’univers ? Jennifer est retrouvée entièrement nue, sur une chaise, avec trois balles dans la tête. Le suicide est douteux, et pourtant tout concorde. Car on n’est pas fille de flic pour rien…

Le commissaire Tom ne peut accepter que sa fille chérie se soit fait disparaître ; il lui faut une explication rationnelle, un coupable ferait vraiment l’affaire car un homicide, ce n’est pas beau, mais logique. Il charge la virago de service d’enquêter, l’inspecteur femme « Mike » Hoolihan, plus mec que nana, à la voix de rogomme au téléphone. Mike au nom de mâle a été violée par son père de 7 à 10 ans : « est-ce qu’il était pédé ? » s’interroge-t-elle. Elle a laissé poussé, aiguisé et renforcé ses ongles « au vinaigre » pour qu’« une fois atteint les deux chiffres », il ne la prenne plus jamais. Mission réussie : le visage ravagé, la mère horrifiée, le couple divorcé, Mike envoyée aux services sociaux se reconstruit peu à peu. Elle garde de l’amour pour son père mais ne peut avoir de vie sexuelle stable, allant d’échec en échec.

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Ce pourquoi la mort de Jennifer est pour elle comme le train de nuit qui passe sous ses fenêtres, une secousse brutale. Elle va donc s’acharner à tout décortiquer, à commencer par ce suicide en trois balles : est-ce possible ? Il semble que oui, on a même vu quatre balles avec certains revolvers. Mais cela semble tellement inouï que l’information permet de cuisiner les éventuels coupables, à commencer par Trader, le mari de Jennifer, prof sec et intello dont on a connu les accès de violence, des années auparavant, Arn le gros Texan macho qui se croit irrésistible et qui avait rencart ou Baz le prof médiatique auprès duquel Jennifer travaillait à l’université.

La massacrée de la vie enquête sur la vie massacrée ; la grosse laide vieille sur la svelte éblouissante jeune. Martin Amis aime à saisir les contrastes pour cette dialectique entre la vie et la mort. Il prend le ton des romans noirs américains – un brin vulgaire – pour faire de la littérature. Car ce roman n’est pas vraiment policier. La souffrance intime est-elle le véritable héroïsme des temps nouveaux ? Jennifer sentait ses pensées de plus en plus en décalage avec son existence. Janus avait deux faces, l’humanité aussi, même la plus lisse, la plus belle et la plus riche – en apparence.

Martin Amis est bien plus profond qu’il ne paraît.

Martin Amis, Train de nuit, 1997, Folio 2003, 239 pages, €6.46

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Ian McEwan, Sous les draps

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Difficile de rendre compte d’un recueil de treize nouvelles, d’autant que celui-ci en incorpore deux en un. Disons que le thème général est l’amour, plus vaste que la sexualité mais qui le contient. Le sexe doit conduire à l’amour, pas l’inverse – tel est le mantra des années 1970, après l’explosion coïtale de mai 68 un peu partout dans le monde développé.

Désirs, pulsions, explorations, expériences, fantasmes, frustrations, masochisme, délire : tout ce fatras daté post-68 vient de la psychanalyse, fort à la mode en ces années de faillite du socialisme réalisé. Les bobos d’époque délaissent le marxisme des années 50 pour le retour du refoulé à la Wilhelm Reich et autres incitateurs du primal. Il s’agit de se satisfaire, toujours déçu du grand amour – le fusionnel à la Scarlett O’Hara.

Le premier jet de l’auteur est frais, tragique et humain. Géométrie dans l’espace voit un mari agacé de sa moitié la faire tout simplement disparaître grâce à une nouvelle dimension de la physique, redécouverte dans un manuscrit du grand-père. Économie familiale met en scène un ado – 14 ans – initié au sexe par son ami looser Raymond dès 12 ans, et qui veut expérimenter la baise ; il ne trouve rien de mieux que de jouer au papa avec sa petite sœur ravie de jouer maman. Le dernier jour de l’été est peut-être la plus belle des nouvelles du recueil, elle dit la solitude de l’orphelin, de la grosse fille délaissée, du bébé lâché par sa jeune mère coureuse, et du tragique qui en résulte. Bande à part est drôle, la nouvelle se moque, comme McEwan adore le faire, de ces bobos qui jouissent de mettre en scène le sexe avec des couples tout nus, les font mimer le coït en rythme, et qui s’aperçoivent – misère de l’art brut – que le duo le mieux rythmé, le plus agréable à regarder dans la bande, est en train… de vraiment baiser ; une fois la chose achevée, les deux sont virés, mais la « pièce » des théâtreux apparaît pour ce qu’elle est : un show de société du spectacle, rien de vivant ni de durable… en bref de « l’art contemporain » narcissique et égoïste.

fille sein nu entrevu

La suite des nouvelles est plus sombre. Papillons fait le récit d’un viol pédophile d’un solitaire tourmenté avec une fillette pakistanaise insistante. Conversation avec un homme-armoire dit l’enfermement dans le fantasme du ventre maternel. Premier amour derniers rites conte l’expérience d’un très jeune couple ouvrier (« 17 ou 18 ans ») qui baise comme on fait la vaisselle – jusqu’à découvrir le drame d’une rate pleine qui gratte le mur au point de devoir la tuer ; finalement, la vie est autre chose que la baise, non ? Masques dit la perversité d’une vieille actrice, tante qui prend en main le fils orphelin de sa sœur, 10 ans, et le fait se déguiser en soldat puis en fille, adorant le caresser ; jusqu’à ce qu’une invitation mette le quiproquo au centre avec l’irruption d’une copine du gamin qui lui ressemble beaucoup. Pornographie conte l’obsession égoïste de la baise par un jeune homme pas futé et atteint de chaude-pisse ; les deux infirmières qu’il baise tour à tour se vengent au scalpel. Réflexions d’un singe captif raconte une vraie vie de singe, l’indifférence de sa maîtresse, le désir qu’il en a. Morte jouissance est le fantasme d’un divorcé trois fois avec un nouveau mannequin qu’il choisit en vitrine, habille de fourrure, raconte sa journée, baise à satiété – et qui est toujours d’accord… jusqu’à ce que le chauffeur soit soupçonné de séduction ! Sous les draps montre un père divorcé revoir sa fille tout juste pubère et son amie naine ; de fil en aiguille, d’agaceries en peurs nocturnes, le trio finira sous les draps. Psychopolis s’exporte à Los Angeles, où un Anglais frustré a du mal a s’acclimater aux permutations de couples homo, hétéro, pédo, et aux jalousies et drames d’un milieu fermé sur lui-même.

Tout est donc sexe, mais l’acte est un prétexte à évoquer l’amour. Celui, au fond, qui hante tous les désirs ; le seul qui puisse épanouir l’acte sexuel et ses auteurs en même temps. Une leçon de philosophie pour la génération bobo qui croyait se « libérer » en s’enchaînant aux lits, en dominant les femmes ou les enfants, en mimant en public le coït, en vivant jusqu’au bout ses fantasmes égoïstes – sans aucun égard pour les autres, jamais.

Ian McEwan, Sous les draps et autres nouvelles (First Love Last Rites, In Between the Sheets), 1975-1991, Folio 1999, 403 pages, €7.79

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Faits divers à Tahiti

Le mari violent tue son voisin de 73 ans. A Faa’a, encore ! Une grosse dispute conjugale tourne au drame. Des voisins excédés par le bruit, les menaces, les cris, habitant à une trentaine de mètres de la scène de ménage se sont approchés et l’homme de 73 ans a voulu s’interposer. Mal lui en a pris, le mari violent, enseignant de profession, armé de son coupe-coupe s’est rué sur le vieil homme et lui a asséné un coup terrible au niveau de la tête. La femme du papy venue à son secours a été blessée à une main ; le beau-fils du couple de retraités a tenté de désarmer le forcené a lui aussi été blessé… Le papy est décédé et l’agresseur est en prison.

Autre cas, un homme de 63 ans, victime de cambriolages en série, est racketté et menacé de mort chez lui. Il est inquiet, on le serait à moins. La police enquêterait mais n’aurait toujours pas de piste, mais… Il n’a que 15 ans. C’est lui pourtant qui cambriolait son voisin sexagénaire, qui le rackettait et le menaçait de mort. L’affaire racontée dans La Dépêche a permis à la police de mettre la main sur ce petit caïd, déjà connu de leurs services.

gendarme farani

Polynésie première nous a diffusé le dernier documentaire de Jacques Navarro-Rovira. Durant près d’un an le réalisateur plusieurs fois primé au Fifo a suivi les hommes et les femmes de la Brigade territoriale des Tuamotu Centre (BTTO) lors de leurs missions dans sept atolls parmi les plus isolés. 52 minutes de plaisir et de découverte.

Un gendarme annonce qu’il est le même dans le 77 (Seine et Marne) et à Takaroa aux Tuamotu. Le quotidien de ces huit gendarmes, 4 métropolitains et 4 Polynésiens dont deux femmes est d’être tour à tour gendarme, notaire, huissier, examinateur du permis de conduire, assistante sociale, psychologue, voire pasteur sur ces atolls où les problèmes existent et où les lois de la République semblent inappropriées. Des scènes cocasses où l’examinateur doit faire passer le permis de conduire alors qu’il n’y a qu’une seule voiture sur l’atoll et inutilisable depuis plusieurs années. Sur un autre atoll, comment passer d’une route départementale sur une autoroute alors que l’atoll n’a qu’une route de corail et une voiture qui peine à rouler.

Un autre  gendarme reçoit un habitant venu porter plainte pour le vol de paka (cannabis) dans son champ ! Cette soirée où les gendarmes détruisent paka et bulletins de vote en même temps, tout en devisant. Une scène, la scène-clé du documentaire, la plus tendue, où un déséquilibré circulant à vélo et portant le drapeau des Indépendantistes menace les gendarmes. Le lendemain, après discussion il acceptera de recevoir une piqûre de calmant.

rapt vahine

Une scène marquante pour moi : la gendarme interroge un homme jeune soupçonné d’inceste. La sœur, élève en 4ème au collège, a porté plainte contre lui. L’officier de police tente de lui faire avouer, tirant mot après mot, ce qu’il a fait en employant des termes simples. L’audition est éprouvante pour la gendarme, mais l’adolescent finira par avouer. Pourquoi fais-tu cela à tes sœurs ? Fais l’amour avec ta petite amie. – J’ai pas de petite amie…

La Polynésie très loin des clichés pour touristes ! Si vous avez un jour l’occasion, visionnez Makatea, Marquisien mon frère, ou La compagnie des Archipels.

Hiata de Tahiti

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Arnaldur Indridason, Betty

Pas de commissaire Erlendur Sveinsson cette fois-ci. Dans ce premier roman de l’auteur, qui a mis 8 ans avant d’être traduit en français, le nom d’Erlendur apparaît une fois, mais il est sur une autre affaire. Nous sommes avec Betty dans un huis clos psychologique entre le mari, la femme, l’amant. Sauf qu’aucun ne remplit les rôles : le mari n’est pas marié, la femme n’est que sa maitresse, quant à l’amant, c’est un terme générique…

arnaldur indridason betty

La fameuse Betty est une fille sans aucun scrupule, élevée à la dure dans un quartier où règne alcoolisme et violence (très courants en Islande). Elle connait les garçons pour avoir été tripotée petite et avoir couché très tôt. Elle ne dédaigne pas les filles, qui la reposent des mâles et sont plus manipulables. Car le fin mot est bien « manipulation » : des corps, des âmes, des actes. Elle n’en est pas à son premier essai, toute jeune déjà, elle avait monté l’élimination d’une rivale au concours de beauté.

Nous sommes ici dans le crime parfait, où la disparition du conjoint est attribuée à un autre. Mais, astuce de l’auteur, sans aucun profit ! Ledit auteur ne réduit pas là son talent et ce roman policier qui commence de façon classique par l’entraînement psychologique d’un quidam à l’idée de tuer un salopard, bifurque brutalement à la moitié du livre !

Je ne vous en dis pas plus, mais la surprise est de taille. Comme dans Le meurtre de Roger Ackroyd, le lecteur est berné, sauf que ce n’est pas sur la fin mais en plein cœur de l’histoire. L’auteur a su créer des personnages de caricature plus vrais que nature, mais il joue avec le « je » qui, une fois de plus, est un autre.

Écrit familier, sans le style bien meilleur qui sera le sien par la suite, ce premier roman se lit d’une traite. Il renouvelle le scénario classique et frappe fort. Prenez plaisir, il y a du sexe, de l’alcool et du sang, mais aussi une réflexion sur l’emprise psychologique et la lâcheté qui consiste à choisir toujours la pente la plus facile.

Arnaldur Indridason, Betty, 2003, Points roman noir novembre 2012, 237 pages, €6.46

Tous les romans policiers d’Arnaldur Indridason chroniqués sur ce blog

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Pierre Drieu La Rochelle, Blèche

pierre drieu la rochelle blecheBlèche est une femme. Son nom rime avec brèche-dent et dèche sèche, une rousse, aux incisives qui mordillent la lèvre et une mousse sur la nuque. Rousse comme les créatures du diable chez les cathos, faible de constitution comme toutes les pâles et possédée de désir comme toutes les femmes, blèche est un mot qui veut dire veut dire mou et faible de caractère en vieux français ; on dirait un Klimt chlorotique. Blèche est une secrétaire qui tape les manuscrits de l’auteur qu’elle voudrait bien se taper sans oser le demander. Blèche n’est pas mère et si elle a un amant, c’est un pierrot lunaire, déjà marié qu’elle voit épisodiquement. Le personnage qui dit « je » mais qui n’est pas l’auteur la soupçonne d’avoir piqué deux boucles en or et diamants que sa femme lui avait données pour pouvoir voyager.

Car Blaquans est dans sa garçonnière, rue Chanoinesse juste derrière Notre-Dame. Journaliste politique dans un canard catholique dans lequel on reconnaît L’Action française, il fait le mercenaire sans  vraiment croire les idées qu’il défend sur « les grands fantômes : la France, l’Église, le Communisme » (I.V). Mais position sociale oblige, il est obligé de travailler au lieu de se consacrer tout entier à l’écriture. Pour faire un « livre », il reprend donc sa collection d’articles qu’il tente de relier par une préface. D’où l’engagement de Blèche comme dactylo, la disparition des bijoux, le soupçon.

klimt judith

Pierre Drieu La Rochelle s’essaie ici au roman, son premier véritable. Il tente de s’arracher à lui-même pour créer un personnage qui n’est pas lui. Vaste programme car Drieu est très attaché à sa propre personne. Le personnage sera donc un peu lui, ironique, un peu autre, empli de fatuité, mais tout aussi faible. La faiblesse est le mot qui revient le plus dans l’histoire. Faible le mari, qui a épousé son infirmière de guerre et lui a collé trois mouflets ; faible le père, qui n’est « attaché » à ses enfants que par la même chair, sans intérêt pour les voir grandir, encore moins pour « la tendresse » ; faible le mâle qui croit qu’être tendre, c’est déchoir, et que « prendre », c’est exercer ses droits ; faible l’écrivain qui ne sait pas faire un livre, étalant assez mal le français…

Décidément, je n’aime pas Drieu. Son caractère me déplaît. Sa complaisance envers lui-même me répugne. Il sent le renfermé, la petite-bourgeoisie rance qu’il critique férocement mais qu’il rêve d’égaler, la niaque en moins. Car son portrait de domestique de riche américaine, Amélie, est révélateur de ce qu’il est, au fond, et qu’il rejette car pas assez noble : la paysanne montée à Paris pour augmenter son bien, accumulant sous à sous pour arrondir des deux métairies et ses terres, en province. Le style de Drieu, dans ces moments balzaciens, se fait incisif, riche de mots précis. Dommage qu’il ne soit écrivain qu’en crachant la haine. Tous ses personnages positifs sont insipides et datés.

Pourtant, le roman se lit. Après un début poussif, l’histoire se met en branle, le mécanisme du soupçon crée des personnages intéressants : Blaquans le narrateur, Blèche la secrétaire, Amélie la domestique, Marie-Laure l’épouse sur piédestal, en Vierge Marie Mordaque le détective, ex-flic, ex-sous-off de la Coloniale dont le nom ressemble à morbaque, le pou du pubis… C’est que Drieu se cherche, il ne s’aime pas. Il n’est ni arriviste, ni déclassé, ni à sa place dans la société de son temps. Il n’a pas de place non plus dans une histoire de famille (voir État-civil). Il est effroyablement misogyne.

Comme son époque avec Gide, Montherlant, Mauriac, Jouhandeau, Delteil, Sachs, Peyrefitte, Green, Aragon qui préféraient les garçons, mais aussi en réaction à la mollesse décadente française née avec Sedan, la défaite contre les Prussiens. Au fond, comme dans le Banquet de Platon, il ne se sent bien qu’entre hommes. « Moi, j’aime bien avoir des camarades qui sont de vrais hommes. C’est pour ça que j’aime le sport aussi. (…) Les hommes, ils sont si bien quand on les voit comme moi, seuls, sans les femmes. On voit alors qu’ils sont capables d’amour » (II.VII). Mais ce n’est pas Blaquans qui parle, c’est Blèche. Car Drieu se veut comme Flaubert, présent dans tous ses personnages : Madame Bovary c’est moi, disait ce dernier ; Blèche c’est moi aussi montre Drieu. Car il y a une fascination pour la force virile derrière l’appétit pour les femmes. Blèche est végétale, aquatique, mortifère, tout ce contre quoi Blaquans-Drieu se braque. Lui est mécanique, aérien, futuriste, comme Marinetti. Pour ce mâle-type d’époque, il ne s’agit pas d’aimer mais de dominer, pas d’établir un couple à deux mais de prendre, pas de donner du plaisir mais de prouver sa virilité. Pas étonnant que Drieu, comme Blaquans, comme Blèche, soit un être solitaire.

Jusqu’au suicide… ici perpétré par Blèche en personne : « je ne croyais plus à rien… » (III.XVI). Mais j’ai décidé de tout lire, c’est le jeu des éditions de la Pléiade.

Pierre Drieu La Rochelle, Blèche, 1928, Gallimard l’Imaginaire, 2008, 238 pages, €7.74

Pierre Drieu La Rochelle, Romans-récits-nouvelles, édition sous la direction de Jean-François Louette, Gallimard Pléiade 2012, 1834 pages, €68.87

Tous les romans de Drieu La Rochelle chroniqués sur ce blog. 

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Jean-Jacques Rousseau, La nouvelle Héloïse

Il est difficile aujourd’hui de lire ‘Julie ou la nouvelle Héloïse’. Deux siècles et demi nous séparent, mais surtout les mœurs. Écrit sous l’Ancien régime patriarcal et chrétien, où la femme était serve de son père puis de son mari selon l’ordre voulu par Dieu et par le roi, ce roman épistolaire en 6 parties et 163 lettres est incongru à notre époque d’émancipation de la femme et d’égalité des droits. Comment imaginer que deux amants qui se plaisent résistent six ans avant de baiser une fois (le coup du bosquet ne compte pas), puis obéissent aux injonctions des adultes avant de ne se revoir que six autres années après. Toujours amoureux mais assagis, les sens apaisés par « la vertu », le sentiment sublimé en platonique ? Et – pire – ils établissent un ménage à trois, bientôt à quatre avec la cousine, puis à cinq avec le père repenti ! Qui aurait encore envie d’avaler les 1935 pages en six volumes de l’édition originale à l’ère du livre de poche ? les lettres de trente pages au temps des Short Message Service (SMS) et des 140 signes de Twitter ? de suivre une agonie qui dure 37 pages en édition Pléiade ? et où l’agonisante à l’article de la mort ne répugne pas à écrire encore 4 pleines pages à son ancien amant ?

Il reste que ‘La nouvelle Héloïse’ a été un grand succès de son temps, a révolutionné la littérature en rendant compte de l’évolution des mœurs, et demeure un idéal de vie élevée, retirée et amicale. Difficile à croire, d’autant que Rousseau, dans sa préface, énonce par précaution que ce recueil de lettres (qu’il fait passer pour réelles) « convient à très peu de lecteurs ». C’était sans compter sur l’engouement du siècle pour l’histoire d’Héloïse et d’Abélard, réécrite par Bussy-Rabutin, dont le tombeau est élevé au Père-Lachaise. Abélard est un jeune homme, précepteur d’une jolie demoiselle de 18 ans, dont il tombe amoureux. Mais la ressemblance s’arrête là : Rousseau trouve qu’Abélard est « un misérable » parce que ses sens l’aveuglent et qu’il adore la ville et la société. Tout le contraire de son héros pour qui le mariage est au fond un obstacle à la vie spirituelle, la seule qui vaille, et qui ne s’épanouit qu’à la campagne où l’on peut vivre de la nature, retiré des vanités.

Ce n’est pas par hasard que le jeune homme de Rousseau n’a pas de nom. Julie lui donnera un pseudo vers le tiers du roman, Saint-Preux, mais le lecteur ne connaîtra ni son vrai nom (roturier), ni son prénom ! Il est du monde enchanté dont rêvait Jean-Jacques, inspiré de Pétrarque. Double de lui-même en mieux, timide, romanesque, sensuellement panthéiste, mais jeune et beau, désiré de toutes les femmes et ami de tous les hommes qui le connaissent. Rousseau a fort peu « possédé » mais « joui beaucoup » par l’imagination, avoue-t-il dans ‘Les confessions’. « Mon cœur trop tendre a besoin d’amour, dit Julie-Rousseau, mais mes sens n’ont aucun besoin d’amant » p.51. Il associe le modèle chrétien (saint) au modèle chevaleresque (preux), sur l’exemple italien. Pays de la passion, des sentiments « vrais » et de l’exaltation musicale, l’Italie fait office de paradis pour un Rousseau brimé et rabaissé par la société de cour française, pour lui pays d’hypocrisie et de la vanité. Passion ou vertu ? Rousseau sublime l’une par l’autre, il a des pages acerbes sur la légèreté parisienne, sur les têtes de linottes qui jouent aux philosophes, sur la mode qui trotte et sur les cruautés envers ceux qui ne sont pas dans l’air du temps. Il méprisait les salons littéraires, il aurait détesté Facebook, il vilipendait l’affectation de moralisme qui en rajoute en paroles pour masquer l’indigence des actes concrets.

Rousseau est larmoyant, ses lettres sont souvent trop longues, les sentiments décrits vont à l’excès. Un exemple : « Cette subite apparition, cette chute, la joie, le trouble, saisirent Julie à tel point, que s’étant levée en étendant les bras avec un cri très aigu, elle se laissa retomber et se trouva mal. Claire voulant relever sa fille, voit pâlir son amie, elle hésite, elle ne sait à laquelle courir. Enfin, me voyant relever Henriette, elle s’élance pour secourir Julie défaillante, et tombe sur elle dans le même état… » (je vous passe la suite !) p.599. Comment comprendre ces comportements cyclothymiques qui alternent l’exaltation la plus haute au plus profond désespoir ? Faut-il sans arrêt invoquer les dieux et faire intervenir la tempête pour évoquer ce qu’on sent ? Rousseau, critique de la société de cour, sacrifie pourtant bien au théâtre. Sauf qu’il le chante, comme à l’opéra : qu’il écrit bien la langue française classique ! Seule l’orthographe, guère fixée, qu’il manie à sa sauce et que la Pléiade restitue telle quelle, n’arrange pas l’œil qui bute à chaque fois sur tant « d’erreurs ».

Nous avons donc Saint-Preux qui aime Julie mais qui est roturier. Le père, féru d’honneur nobiliaire, ne peut consentir à une telle union et donne sa fille à son meilleur ami Wolmar, noble de Russie qui lui a sauvé la vie à l’armée. Claire la cousine, véritable « sœur » de Julie, s’entremet pour éloigner Saint-Preux via un milord anglais, Édouard, qui va jouer le rôle de protecteur et occuper le jeune homme à ses affaires et jusque dans un tour du monde. Claire se marie à Monsieur d’Orbe, Julie est mariée à Monsieur de Wolmar. Exit l’amour sensuel, désormais impossible. Place à la vertu, faite de nécessité… Amour pur débarrassé des tentations charnelles, amour platonique, chrétien, absolu – secret du bonheur. De quoi exalter Rousseau et la vertu du temps… dont il fait cependant la critique à propos du moralisme de salon : « Mettre la vertu si haut que le sage même n’y put atteindre » p.249 !

Wolmar invite Saint-Preux guéri par l’éloignement aux plaisirs de l’amitié pure entre son ex-amante et lui-même. Il fait société à la campagne, sur les bords champêtres du lac Léman, car pour lui il y a des correspondances entre la nature sauvage et la nature de l’homme. La forêt exalte, la montagne purifie, la campagne apaise – au contraire de la ville qui entasse et inquiète. Suisse, Français, Anglais, Russe et même une italienne entremêlent leurs passions en bonne régulation dans la communauté : deux couples, un veuf, un amant écarté, trois enfants. Nous sommes hors des nations, hors des normes, guidés seulement par la vertu (de tradition depuis la Bible) et la nature (grand « sentiment » en réaction à la contrainte sociale). Les enfants sont à tous, chacun éduque selon son cœur et ses talents, y compris la petite fille de sept ans sur « son petit mali » [mari] de cinq. Nous serions presque dans la promiscuité de mai 68… la pilule en moins.

Dans sa Seconde préface, Rousseau explique l’utilité de son roman : « ramener tout à la nature ; donner aux hommes l’amour d’une vie égale et simple ; les guérir des fantaisies de l’opinion ; leur rendre le goût des vrais plaisirs ; leur faire aimer la solitude et la paix ; les tenir à quelque distance les uns des autres ; et au lieu de les exciter à s’entasser dans les villes, les porter à s’étendre également sur tout le territoire pour le vivifier de toutes parts » p.21. Égalité, écologie, question sociale, hédonisme : tous les thèmes « révolutionnaires » sont contenus dans le propos.

  • Ne pas encourager la vanité envieuse des moins riches envers les très riches ;
  • préférer l’existence naturelle à la campagne, notamment pour éduquer sainement les enfants, et cultiver son jardin pour être autonome en un sain exercice ;
  • vivre à plusieurs en bonne entente sentimentale ;
  • éviter la promiscuité des villes en occupant le territoire – on dirait aujourd’hui déconcentrer les banlieues pour éviter les ghettos…

Il y a de tout chez Rousseau : depuis « la terre ne ment pas » des pétainistes aux aspirations pour le durable et la mesure écologique, en passant par un certain socialisme républicain et à l’hédonisme soixantuitard. « Que le rang se règle par le mérite, et l’union des cœurs par leur choix, voilà le véritable ordre social » p.194.

Mais pas question de se laisser aller : « Chère amie, ne savez-vous pas que la vertu est un état de guerre, et que pour y vivre on a toujours quelque combat à rendre contre soi ? » p.682. Une vie bonne se mérite : elle se construit. Maintenir la mesure en tout, tel doit être la vigilance de la raison : « Vous le savez, il n’y a rien de bien qui n’ait un excès blâmable ; même la dévotion qui tourne en délire » p.685. Une parfaite philosophie pour classe moyenne naissante, que le mouvement démocratique allait promouvoir. Nous y sommes encore, ce qui garde à ce roman, ‘La nouvelle Héloïse’, la grâce d’une certaine actualité.

Jean-Jacques Rousseau, La nouvelle Héloïse, 1761, Œuvres complètes t.2, Gallimard Pléiade 1964, 795 pages + 495 pages de notes et variantes sur 2051 pages du volume, €61.75

Jean-Jacques Rousseau, La nouvelle Héloïse, 1761, Folio t.1, 1992, édition Henri Coulet, 550 pages, €9.45  t.2, 573 pages, €7.69

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Une autre image de la femme musulmane

Article repris par Medium4You.

Rappelons qu’Auguste Mouliéras, professeur de la chaire publique d’arabe d’Oran est l’auteur, fin XIXème, d’une encyclopédie anthropologique sur le Maroc. Soumise, la femme en Islam ? Pas toujours… Tout dépend de son caractère, de son intelligence, de la puissance de sa famille, des mœurs de sa tribu. Exemple :

« Quoi qu’en dise Perron et sa docte cabale, c’est-à-dire les pseudo-arabisants-sociologues qui ont suivi les brisées de l’ancien directeur de l’école de médecine d’Égypte, la musulmane est encore la reine de son foyer comme au temps des Abbassides et des Arabes antéislamiques. Il est bien certain toutefois qu’elle n’a jamais l’occasion d’étaler en public son réel prestige. Le monde fermé de l’Islam, en effet, n’a pas nos bals, nos soirées, nos réunions mondaines, où les deux sexes fusionnent si intimement, se coudoient, s’observent et se font remarquer. Invisible derrière ses voiles et ses murailles, la mauresque, arabe ou berbère, ne livre son existence quotidienne qu’à ceux qui vivent avec elle, à son mari, à ses frères, à ses proches parents. Or, jusqu’à présent, ceux-ci n’ont point jugé à propos de divulguer les secrets du harem soit du haut d’une tribune ou de la scène d’un théâtre, soit dans les pages brûlantes d’un roman de mœurs orientales. Nos psychologues en redingote se sont donc trouvés dans l’obligation absolue, ou d’étudier la femme arabe uniquement dans les livres arabes, rien que dans les livres arabes, ou de se copier les uns les autres en parlant des horizontales algériennes et tunisiennes. Ceux qui ont puisé leurs inspirations dans la littérature du peuple de Mahomet nous ont montré la femme poète, artiste et lettrée, c’est-à-dire l’exception. Les autres nous ont donné leurs impressions sur les filles perdues de l’Islam, les mouquères dépravées de l’Afrique du Nord, autre exception qui ne prouve rien en faveur de leur thèse. Au point de vue spécial de la femme et de son influence dans la société islamique, il y a peu de chose à glaner à travers la littérature arabe, car les compatriotes du Prophète ont évité avec soin de déchirer le voile de leur vie privée. Quand, par hasard, ils mettent en scène une femme, c’est toujours une savante ou une sainte. Il est évident que l’hôtel de Rambouillet et les mystères de Lourdes ont leur place, si l’on veut, dans les études gynécologiques, mais cette place est restreinte parce que les précieuses et les bigotes ne sont dans une nation qu’une infime minorité.

Faite dans des conditions si défectueuses, l’enquête de nos africanistes ne devait et ne pouvait aboutir qu’à la condamnation navrante et sans appel qui est sur toutes les lèvres chrétiennes « La musulmane existe comme bête de somme, comme chair à plaisir. Son influence morale n’existe pas ». (…) Entrons dans le vif de la question par des exemples qui démontreront que la musulmane des classes laborieuses de la société islamique est pour le moins aussi influente et aussi heureuse que l’épouse de l’ouvrier chrétien. Si je choisis à dessein le monde des travailleurs, c’est parce qu’il constitue l’immense majorité humaine, le troupeau innombrable et souffrant des pauvres, l’élément producteur et générateur par excellence. A côté de lui, que sont les riches ? Une quantité négligeable ou peu s’en faut.

A quelques lieues d’Aïn-Béïdha, dans la province de Constantine, il est une tribu arabe, les Ôùlad Daoud, dont j’ai conservé le meilleur souvenir. Un modeste agriculteur, le vieux Si Ah’med ben T’ayyéb paraissait gouverner en prince débonnaire son grand douar, vaste agglomération d’une vingtaine de tentes sous lesquelles vivaient ses fils, ses filles, ses brus, ses petits-fils, ses arrière-petits enfants, tout un monde de parents de différents degrés, très unis entre eux, s’aimant, s’entraidant, la vraie famille patriarcale en un mot, telle que je l’aime. Arrivé en 1874 dans ce milieu exclusivement arabe pour y apprendre le plus difficile des idiomes terrestres, muni d’une simple lettre de recommandation de mon savant professeur, le regretté Napoléon Seignette, je fus accueilli par ces braves gens comme un adolescent inexpérimenté que j’étais alors, c’est-à-dire en toute sincérité de cœur, sans aucune arrière-pensée, en parent plutôt qu’en ami. Non, ils ne m’ont rien caché, mes chers hôtes, que je bénis encore après un quart de siècle de séparation. Ils furent pour moi des conseillers éclairés, des guides sûrs et désintéressés, presque des frères, malgré la différence de race et de religion.

Quelles maisons de verre que ces tentes arabes, quelle mine, quel trésor d’observations pour qui a des yeux et des oreilles ! Vivant de leur vie, m’intéressant à tout ce qu’ils faisaient, agriculture, élevage, tissage, tonte des moutons, castration des taureaux, cuisine, transhumance, labours, prières, ablutions, chasse aux puces exécutée sur la personne du vénérable Si Ah’med par les mains pieuses de ses fils de trente et quarante ans, longues veillées, conversations interminables avec les femmes et les hommes, telle est la vision, très nette et très douce, de mes trois mois de séjour là-bas qui me passe rapidement devant les yeux.

Une fée magique gouvernait la colonie. C’est elle, je le sus plus tard, qui avait décrété mon admission dans le giron de la grande famille. C’était la pieuse Khadhra, la vieille et sainte femme du chef, la mère sacrée de ses grands fils, la belle-mère non moins respectée des enfants du patriarche issus d’un premier lit. Or, le prudent Si Ah’med ne prenait jamais une décision sans consulter la reine du douar et celle-ci faisait marcher son monde au doigt et à l’œil, un froncement de ses sourcils étant un ordre auquel on n’avait encore jamais désobéi. Une nuit, par un orage épouvantable, nous étions campés sur la pente d’une colline. Affolés par le tonnerre et la pluie, les troupeaux envahissaient les tentes, piétinant les dormeurs, renversant les personnes qui étaient debout. Des trombes d’eau menaçaient à chaque instant d’emporter nos toits de laine. Éperdues, les mères se sauvaient au centre du douar, leurs enfants serrés sur la poitrine, criant que c’était la fin du monde, faisant in-extremis la profession de foi islamique. Cependant, nous, les hommes, nous déclarions qu’il fallait se réfugier au plus vite dans le vieux bordj inhabité de Seignette, à trois kilomètres de là. Et nous appelions Si Ah’med, le conjurant de sortir enfin de sa tente où il paraissait avoir pris racine : – Sidi, partons, allons au bordj, le t’oufan (déluge) nous emporte ! – Calmez-vous, enfants, répondit la voix tranquille du vieillard. Khadhra est en prière. Attendez qu’elle ait fini. Elle vous dira ensuite ce qu’il faut faire.

Patiemment, nous restâmes immobiles sous les grondements du tonnerre et la pluie battante. Tout à coup, un pan de la tente du chef se souleva, et Khadhra parut au milieu des éclairs. « Tous à vos tentes, que personne ne sorte, l’orage va finir, s’il plaît à Dieu. » Tandis qu’elle parlait, je voyais, comme en plein jour, sa main rigide tendue vers nous dans l’attitude de souveraine omnipotence qui lui était habituelle. Un quart d’heure plus tard, nous dormions tous du sommeil du juste, chacun ayant regagné précipitamment sa couche sur l’ordre formel de la femme arabe illettrée qui gouvernait le douar.

(…) Une dernière observation qui a bien son importance : pas une seule fois, durant mon séjour au milieu d’eux, je n’ai été témoin de sévices, de cris, de querelles et de coups dans les vingt ménages arabes qui m’entouraient. Chacun vaquait à ses occupations avec le calme et la régularité placide des temps bibliques. Puis, le soir, réunis devant ma tente qui était devenue le forum de notre village aux maisons de laine, assis pêle-mêle avec les femmes et les enfants, nous causions, et, souvent aussi nous écoutions celle de ces dames qui avait une histoire à raconter, un bon mot spirituel à placer. De ce qui précède, il ne faut pas conclure que tous les maris mahométans sont des modèles de patience, de douceur et de galanterie. Non, loin de là. Ce que j’affirme cependant, c’est qu’ils ne sont ni meilleurs ni pires que nos paysans, et je puis ajouter, sans crainte d’être taxé d’exagération, que le buveur d’eau islamique est et sera toujours un époux mille fois moins insupportable que l’ouvrier alcoolique de nos grandes villes industrielles.

De la campagne et de l’atelier passons à la jeunesse des écoles. Quittons l’Afrique française, où l’instruction est nulle chez la femme arabe, et entrons au Maroc. Courons à Fas [on dit aujourd’hui Fès], la capitale intellectuelle du pays. (…) Si Ah’med ben Es-Snousi veut bien nous accompagner. C’est un vieil étudiant, c’est un barde populaire, et aussi un poète lettré, d’une fécondité, d’une facilité d’improvisation extraordinaire. Habitant Fas depuis douze ans, il connaît les coins et les recoins de la capitale, les mœurs, les coutumes, l’état d’âme de ses coreligionnaires.

« Moi, serviteur de mon Dieu, Ah’med ben Es-Snousi, j’ai étudié à Fas pendant douze ans et j’y ai vu une femme, s’appelant El-Aliya bent Si-t’-T’ayyéb ben Kiran, qui nous faisait un cours de Logique dans la mosquée des Andalous. Entre elle et nous se trouvait un grand rideau qui nous empêchait de la voir, mais nous pouvions l’entendre. C’était une femme d’une érudition vaste, d’un savoir infini dans toutes les branches des connaissances humaines. Mieux qu’aucune femme de la ville, elle possédait son Coran dans sa mémoire. La plupart des femmes de Fas, en effet, apprennent le vénérable Livre divin. Toutefois elles étaient bien inférieures à Madame El-Aliya en métaphysique (autrement dit, dans le domaine des richesses intellectuelles qui proviennent de la raison pure). Nous suivions donc les leçons d’El-Aliya, et elle nous stupéfiait par l’étendue de sa science. Les femmes de Fas sont d’ailleurs très fortes en littérature elles goûtent particulièrement les poésies de l’imam El-R’ernat’i. El-Aliya faisait gratuitement ses conférences aux étudiants. Son cours avait lieu à midi pour les hommes et après la prière de quatre heures du soir pour les femmes. Elle expliquait aux étudiantes la Vjerroumiya (grammaire arabe) avec les commentaires d’El-Ezhari.» (…)

Une femme arabe professeur de Logique, qu’en pensent nos géographes et nos sociologues qui ont répété sur les tons les plus lugubres que le Maroc est plongé dans les ténèbres d’une barbarie sans nom, dans l’océan d’une ignorance incurable ? Et veuillez remarquer que notre El-Aliya dédaigne absolument le psittacisme coranique abrutissant que vous connaissez. L’intelligente Marocaine plane dans les régions élevées de la science des sciences, la sophia des stoïciens, la science du raisonnement, celle qu’Hamilton et Kant ont pu définir la science de la pensée en tant que pensée. »

Sensibles féministes, sages profonds, et vous divins philosophes qui rêvez l’égalité, la fraternité et la science universelles, réjouissez-vous! Non, le Mag’rib n’est pas l’immense et noir tombeau que l’on croyait » page 737.

Auguste Mouliéras, Le Maroc inconnu tome 2 – exploration des Djelaba, 1899, disponible gratuitement sur Gallica

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Junichiro Tanizaki, La confession impudique (ou La clé)

Ce court roman de Tanizaki (décédé en 1965), est à la fois sociologique, pornographique et policier. Il a été traduit en Folio par Gaston Renondeau sous le titre ‘La confession impudique’ pour faire vendre, puis par Anne Bayard-Sakai en Pléiade sous son titre japonais : ’La clé’. Obscénité ou littérature ? La polémique fait rage dans le Japon du milieu des années 1950… Mais c’est un tour de force ! L’auteur décrit les relations entre une femme de la bonne société de Kyoto, élevée à la traditionnelle et fidèle à son mari, de ce dernier, professeur d’université mais excité de ne plus être à la hauteur à 56 ans, et de l’amant, un étudiant vigoureux d’une vingtaine d’année, officiellement fiancé à la fille du couple. Sexe, mensonge et photo, tel pourrait être le sous-titre.

Surenchère du désir chez un couple passé la cinquantaine. La femme Ikuko est insatiable, elle en veut encore et épuise son mari ; elle aurait été « une bonne pute sur le marché », selon lui. Mais il l’aime, adore son corps d’albâtre et voudrait le voir entièrement nu. Elle ne veut pas, pudique par éducation. Donc il l’enivre, chaque soir, de cognac Courvoisier et elle aime ça. Il en profite pour la déshabiller, la caresser, la lécher, fétichiste du pied, la photographier sous toutes les coutures, puis accomplir son « devoir conjugal » avec la vigueur de sa jeunesse. Elle est reste toute surprise, dans la brume de l’ivresse.

Mais cela ne suffit pas. Chacun écrit son journal, version antique du Fesses-book. Chacun le cache mais sait que l’autre le lit en cachette, ce qui ajoute du piment. Lui colle les photos Polaroïd de sa femme entièrement nue ; elle fait semblant d’être émoustillée par ce qu’il lui fait, mais pense au jeune homme qui aide parfois son mari à la porter dans sa chambre. Surtout lorsqu’elle tombe dans les pommes, déshabillée, dans la salle de bain !

C’est que le mari utilise son étudiant pour bluffer sa femme ; il se rend jaloux lui-même pour être à la hauteur. Cela avec la complicité de sa fille, officiellement fiancée ! Vous le voyez, rien n’est simple en ce roman gigogne, et tout se complique par les mensonges croisés, avoués à la fin.

Car il y a meurtre. Fin de vie pour l’un des partenaires, au-delà de ses limites sexuelles. Petits arrangements entre amants pour la suite.

Cette intrigue des années 50 pourrait apparaitre bien surannée aujourd’hui où chacun baise comme il sent, corps offert à qui le voit, complaisamment étalé sur les réseaux sociaux… C’était une révolution à l’époque ! Le désir reconnu, l’amour malgré le corps, les excitants visuels et alcooliques, l’intensité du désir accentuée par le respect des convenances. Mais cela reste fort aujourd’hui, charnel, spirituel, profondément humain. Les liaisons dangereuses du jeu du désir et de l’amour, la guerre des sexes en famille. Les vieux s’amusent mais les jeunes n’en sont pas moins manipulateurs sous leurs dehors naïfs, ils profitent de la moindre faille pour s’accoupler librement tandis que le huis clos du couple est un combat de chaque jour.

Ce roman aigu met en scène un libertinage qui reconnait sa pleine place au désir, lequel sourd du carcan des conventions. Ou comment réinventer le piquant de l’érotisme pour aviver l’amour qui s’assoupit. Tout lecteur d’aujourd’hui en sent encore la puissance.

Junichiro Tanizaki, La confession impudique (Kagi), 1956, traduit du japonais par G. Renondeau, Gallimard Folio, 2003, 195 pages, €5.65

Junichiro Tanizaki, La Clef (Kagi), 1956, traduit du japonais par Anne Bayard-Sakai, Œuvres tome 2, Gallimard Pléiade 1998, 104 pages sur 1625 pages, €72.20

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Haruki Murakami, Sommeil

Étrange nouvelle, illustrée en blanc et bleu argent par Kat Menschik. Nous sommes dans l’univers Murakami, réalité triviale de laquelle surgit le fantastique. Le personnage principal est une femme de trente ans (Balzac aurait compris). Elle est épouse et mère, heureuse et établie dans la vie, devient insomniaque. Dix-sept jours durant, elle ne peut dormir. Elle se couche comme tous les soirs, fait même l’amour avec son mari, mais ne sombre plus dans le sommeil.

Pourquoi ? On ne sait pas. Est-ce parce que le sommeil est une petite mort ? Ne serait-ce pas plutôt l’insomnie perpétuelle qui serait une représentation de la mort ? Le mari dort paisiblement, assoupi comme une souche, sans rêves jusqu’au matin, image même de la matérialité terrestre. L’enfant est un garçon encore en primaire qui ressemble à son père ; il dort comme un enfant, avec l’hérédité terrienne en plus.

L’épouse qui ne peut pas dormir cherche alors à s’occuper. Elle boit du cognac la nuit, lit sans arrêt un gros roman russe, ‘Anna Karénine’ de Tolstoï. La nouvelle est un hommage à cet auteur, qui a beaucoup impressionné Murakami. Par contraste avec l’héroïne Anna du XIXe, saisie de passion coupable pour Alexis Vronski, l’épouse japonaise du XXe connait le calme bonheur du ménage Lévine et Kitty Chtcherbatski. Comme Kitty, elle songe que le mieux que pourra faire son garçon sera de ressembler à son père. Elle se désespère du vide de sa vie, se demandant si la mort ne serait pas enfin le sommeil où tout s’oublie qu’elle ne peut plus obtenir sur cette terre. Et comme Anna, elle cherche une fin tragique.

Murakami écrit clair, au fil du temps, avec ce naturel qui fait son charme. Point de grandes passions chez lui mais cette vitalité saine qui va, qui s’interroge, qui se confronte. Il y a toujours un au-delà des apparences, surtout au Japon où la société est très codée et où chacun doit présenter aux autres un visage lisse. La soupape Murakami est le fantastique qui surgit de la nuit, comme Zorro, là où personne ne l’attend.

L’objet livre, en édition de poche 10-18, est imprimé sur beau papier glacé pour accueillir les dessins japonisants de Manschik. Ils sont très contrastés et des touches d’argent ajoutent quelques reflets lunaires. Une belle idée de cadeau branché entre amis !

Haruki Murakami, Sommeil, 1990, traduction française Corinne Atlan, illustrations Kat Menschik, 10-18 août 2011, 94 pages, €7.79

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Shôhei Ôoka, La dame de Musashino

Ce japonais début de siècle peu connu et au nom difficile écrit ce roman juste après guerre. Il est fasciné par Stendhal et ‘La dame de Musashino’ fera sa réputation. Né en 1909 et marqué par la seconde guerre mondiale (il avait 36 ans à la capitulation), il aspire à l’observation de la nature et aux relations de couple, tout ce qui lui a manqué durant les années nationalistes centrées sur le mâle guerrier.

Le décor se situe donc à la campagne, à des kilomètres de Tokyo, dans un vallon ombré d’arbres où coule une rivière. Le train permet quand même de joindre la capitale quand on veut. Les personnages sont le classique trio le mari-la femme-l’amant, auquel s’ajoute la cousine et son mari… De quoi composer une alchimie des relations amoureuses très différente de ce qui se publie au Japon à l’époque.

Michiko est mariée par amour à Akiyama, vieux professeur de français universitaire dans un Japon qui s’en moque, mais qui porte Stendhal à la mode. Tomiko est sa cousine, mariée à Ono, vulgaire affairiste qui a créé une usine de savon qui périclite. Survient Tsutomu (prononcer tsoutomou), jeune homme de 24 ans démobilisé, cousin avec qui Michiko a beaucoup joué durant leur enfance. La guerre a bouleversé les mentalités et les désirs osent franchir le cap de la bienséance. Les deux femmes sont amoureuses du jeune homme, tandis que l’universitaire se lance dans l’apologie de l’adultère, piment à la française de l’amour. Dès lors, l’engrenage se met en place, dans la somptuosité des feuillages et des prairies.

Ôoka adopte le style objectif de Stendhal, il analyse chaque sentiment sans passion, décortique les comportements stupides mais si humains. Tout va exploser à la fin, comme on peut s’y attendre, et dans le sordide de l’argent. Mais le lecteur aura passé une belle soirée. Michiko est digne et son amour est pur ; Tsutomu va comme une force de jeunesse contre laquelle il ne peut rien ; Tomiko fantasme d’être riche et convoitée alors qu’elle vieillit ; Ono souffre de ne pouvoir couvrir sa femme de bijoux et de luxe ; Akiyama n’ose pas vivre, esprit mesquin en serré dans les livres.

Qui aime Stendhal aimera Ôoka. Sa dame de Musashino – Michiko – est un grand personnage.

Shôhei Ôoka, La dame de Musashino, 1950, traduit du japonais par Thierry Maré, Philippe Picquier 1991, 198 pages, occasion Amazon €9.29

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Patricia MacDonald, Un coupable trop parfait

Les romans policiers de Patricia Bourgeau, dite « MacDonald », me laissent un sentiment mitigé. J’admire le professionnalisme de l’intrigue, savamment amenée, conduite avec ce qu’il faut de suspense, sans temps mort. J’aime l’originalité des thèmes, qui change des autres. En revanche, je reste au bord du roman, sans vraiment entrer dans l’histoire. Je n’éprouve aucune empathie pour les personnages. Ils m’apparaissent comme des poupées mécaniques, de simples acteurs jouant un rôle social stéréotypé. Même les héroïnes ne sont pas sympathiques. « Un coupable trop parfait » représente pour cela un progrès : il est sans conteste le meilleur de la série !

Dans les histoires MacDonald, il s’agit habituellement d’une femme et mère qui se heurte à l’égoïsme et à la lâcheté des hommes. La femme est bête ; les hommes violents. Chacun joue son rôle : lui de macho qui a des comptes à régler avec sa mère ou son ex-femme ; elle de maman qui « par instinct » et par « convention sociale » défend bec et ongles ses petits, filles ou garçons. Pas trop grands, les garçons – sinon ils passent à l’ennemi ! En général, la femme-et-mère agit sans aucune rationalité, sans mesurer jamais les conséquences de ce qu’elle fait. Son ‘instinct » la propulse dans les ennuis et ce sont les autres qui l’en tirent. Comment voulez-vous trouver sympathiques de telles pétasses en folie ?

« Expiation » (1981) met en scène une ex-taularde (évidemment innocente !) qu’une société villageoise poursuit mystérieusement de sa vindicte.

« Un étranger dans la maison » (1983) narre la stupidité d’une mère qui laisse sans surveillance son bébé de 4 ans ; il est donc enlevé et retrouvé dix ans plus tard, son ravisseur étant bien sûr autre qu’on ne croit.

« Petite sœur » (1986) est le remord d’une grande sœur qui a fait sa vie hors de sa petite ville et de sa famille étriquée ; la mort du père la rapproche de sa sœur de 14 ans, dont le petit-ami de 21 ans (sic !) n’est pas très net.

« Sans retour » (1989) commence par le meurtre d’une adolescente modèle ; l’auteur donne alors toute la mesure de sa haine féministe en créant le personnage du « fils parfait », un éphèbe superbe de 16 ans dont tout le monde est amoureux ou au moins admire.

« La double mort de Linda » (1994) fait ressurgir une mère qui a abandonné sa fille et ce retour remue les turpitudes de la petite ville.

« Une femme sous surveillance » (1995) montre la femme-victime de la communauté, la veuve qui hérite, l’hystérique qui se remarie juste après le meurtre de son premier mari, celle qui vole le petit-fils.

« Personnes disparues » (1997) multiplie les coupables pour cet enlèvement d’un bébé et de sa baby-sitter adolescente ; les hommes seront malmenés, comme d’habitude, même si le coupable réel n’est pas celui qu’on croit.

« Dernier refuge » (2000) donne à voir la fille naïve qui croit trouver le grand amour à chaque mâle qui s’intéresse à elle ; et tout père qui se préoccupe beaucoup de ses enfants ne peut qu’être suspect pour la MacDonald – c’est le rôle de la « femme-mère », voyons, dans la culture américaine !

C’est ce parti-pris qui agace, au fond. Que chacun soit cantonné dans ses rôles par une société conventionnelle, au point de ne pas pouvoir en sortir autrement qu’en côtoyant la mort. Que chacun soit élevé de façon si étriquée qu’il finisse par confondre « ce qui se fait » avec « ce qui se doit », et les conduites éduquées avec des conduites « naturelles », « instinctives ».

« Un coupable trop parfait » (2002), renouvelle un peu le genre. Il s’agit toujours d’une épouse et mère, agissant « à l’instinct » – ou du moins selon les convenances qu’elle met sous ce nom. Comme d’habitude, elle ne se sent nullement en cause, elle n’a « pas de chance » : son premier mari se suicide sans rien laisser prévoir ; son second mari se noie dans sa propre piscine. A chaque fois, l’épouse-et-mère est absente, préoccupée de fanfreluches ou autres attraits superficiels de l’existence. Mais, cette fois, le héros du roman n’est pas la mère. C’est le fils, un petit garçon de huit ans d’abord traumatisé d’avoir découvert mort son père ; devenu adolescent de quatorze ans qui s’entend mal avec son beau-père et reste maladroit avec son bébé sœur.

Dylan est fragile… et plus fort qu’on ne croit. Il fait d’ailleurs un coupable tout désigné pour la vindicative procureur, ex-amoureuse du beau-père. Dylan remet en question le vernis de « bonne mère » et les hypocrisies adultes – notamment de tous ceux qui sont investis d’autorité : profs, flics et psychiatres. Dylan est sain, au fond : il rigole du féminisme imbécile qui court l’esprit américain ; il devient mâle en découvrant que ses père, beau-père et grand-père ne sont pas si nets que ça ; il choisit son troisième « père » sur la fin ; il prend les choses en mains, puisque sa mère est incapable.

Il y a du progrès dans la peinture des gens réels, Patricia, continuez ! Vous ferez moins de MacDo insipides et plus de vrais romans.

Patricia MacDonald, Un coupable trop parfait (Not Guilty), 2002, Albin Michel, 450 pages, €19.86 (et occasion €2.00)

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Anne Perry, La fin justifie les moyens

Article repris par Medium4You.

L’actualité rejoint la fiction. Nous sommes à l’ère victorienne, dans ce Londres fin de siècle où l’apparence bourgeoise et la réputation comptent plus que tout, mais l’on se croirait dans la France politique 2011. Les passions demeurent. Saisis par l’ennui d’une sociale, morale et sexuelle trop « convenable », nombre de Messieurs de la haute cherchent des excitants. Quoi de mieux que le jeu avec le sexe et l’honneur ? Anne Perry, bientôt 74 ans, saisit bien la psychologie des personnages en société de cour. Retenons-en la leçon pour la nôtre.

Car la française, sous les présidents-monarques de la Ve République, n’a rien à envier à celle du règne Victoria. Un candidat putatif au fauteuil suprême trousse une employée pauvre et musulmane d’un bouge pour riches à New York. Un ex-ministre répand la rumeur qu’un autre ex-ministre (mais probablement pas de son camp) aurait partouzé avec des « petits garçons » dans l’East-End européen, aujourd’hui le Maroc.

Fin XIXè, le héros d’Anne Perry, l’inspecteur William Monk de la police fluviale, a démantelé un réseau de proxénétisme qui mettait en scène des gamins de 4 à 10 ans, soumis aux turpitudes de plus âgés. Des aristocrates et des bourgeois payaient le droit d’assister et de consommer. Cela se passait sur une péniche ancrée sur la Tamise, dans un quartier éloigné du regard social. Cette nouvelle enquête montre que le cancer a ramifié. Rien de tel que l’excitation pour séduire les riches. Cette fois le maître chanteur photographie les clients, ce qui est leur droit d’entrée dans ce club très fermé où ils vont en bande s’encanailler. Il ne s’agit plus seulement d’argent, bien que ce commerce illégal soit très lucratif. Il s’agit de chantage, qui peut toucher tous les aspects de la vie en société, y compris le vote des lois au profit d’intérêts divers.

Mais ce qui révulse l’inspecteur Monk, et sa femme Hester, ex-infirmière en Crimée, est le sort des enfants-objets, victimes hébétées de sodomies ou aspergés de sperme. Le meurtre d’un malfrat, retrouvé étranglé dans la Tamise, permet à Monk de découvrir la nouvelle péniche et de délivrer 14 enfants battus, à demi nus et terrorisés. Le foulard qui a servi à étrangler le proxénète est fort reconnaissable : il appartient à un mauvais garçon de la haute, à qui son père a toujours tout pardonné. Arrêté, interrogé, effaré d’avoir participé à ce commerce sexuel sans vraiment le vouloir, le jeune homme sera finalement libéré : une pute témoigne lui avoir volé le foulard la veille et l’avoir donné à quelqu’un d’autre. A qui ? Mystère… A-t-elle menti ? Pourquoi alors disparaît-elle, tuée elle aussi par étranglement alors que le filet se resserre sur le commanditaire de toute cette organisation ?

Monk ira jusqu’au bout. Parce qu’il est un limier obstiné, parce qu’il ne craint jamais de piétiner les platebandes du convenable social lorsque la souffrance de faibles est en jeu, mais aussi parce qu’il a recueilli avec sa femme Scuff, un enfant des rues de 9 ans qui lui fait confiance. On ne ment pas à un enfant, ses yeux sont le miroir de la conscience. Alors Monk va frapper haut, aidé malgré lui par l’avocat intègre Rathborne qui devra peut-être sacrifier son mariage… L’enquête est bien menée, tout chapitre apporte son lot de révélations, jusqu’au coup de théâtre final.

Pas facile de rendre la justice lorsqu’il y a conflit de loyautés. Anne Perry, en philosophe, place au-dessus de tout cela l’amour. Le véritable amour est le seul guide. Peut-on mentir par amour ? S’aveugler sur la vérité ? « Quand on aime quelqu’un, on ne lui demande pas de détruire le meilleur de lui-même. L’amour signifie aussi être libre de suivre sa conscience. Si on ne peut pas être fidèle à soi-même, il ne nous reste pas grand-chose à donner à l’autre » p.392. Du père trop indulgent à la fille trop fidèle, du mari qui veut préserver les apparences à la bonne société qui ne veut rien savoir – c’est une véritable leçon morale que nous donne Anne Perry dans ce roman très actuel. Aimer ne signifie jamais tout pardonner mais corriger à temps : avis aux parents, aux couples, aux politiques, aux profs et jusqu’aux journalistes… Ceux d’hier comme ceux d’aujourd’hui.

Anne Perry, La fin justifie les moyens (Acceptable Loss), 2010, 10-18 mai 2011, 413 pages, €7.79

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