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Mary Higgins Clark, Un jour tu verras…

L’époque d’avant Internet et le portable exigeait le fil, le courrier et les rencontres. D’où la lenteur de toute enquête et les possibilités infinies de dissimuler et de disparaître. Ce n’était qu’il y a une génération… Dans cette intrigue tortueuse, l’auteur multiplie les personnages et découpe les scènes en les précipitant sur la fin, de manière à accélérer le suspense. Cela peut surprendre aujourd’hui, où les lecteurs sont peu lettrés, ne comprennent que le temps du présent et doivent suivre pas à pas chaque protagoniste pour arriver à comprendre la logique de l’intrigue.

Mais un bon roman policier ne se lit pas par trois pages ; il demande, comme un bon cognac, à être dégusté longuement, avec du temps. C’est alors qu’il prend toute sa richesse.

Comme toujours, Mary Higgins Clark évoque la bonne bourgeoisie libérale des Etats-Unis. Chacun est beau, riche et s’est fait lui-même, bien qu’ayant eu une enfance pas toujours heureuse. Cette fois, c’est Meghan, fille unique de son père chéri descendant d’Irlandais, qui aperçoit sur la civière d’un hôpital son double parfait amené en urgence. En bonne journaliste, elle enquête… Et le fil qu’elle tire s’emmêle avec celui de sa propre famille dont son papa, disparu lors d’un dramatique accident de verglas sur un pont quelques mois auparavant ; il dirigeait une importante agence de recrutement dans le domaine médical.

La mode est à la procréation assistée. Des mères ne pouvant avoir d’enfant pour diverses raisons (dont les substances illicites années 60, les psys et la pilule prise à haute dose) se font implanter un embryon malgré le faible taux de réussite. Cela coûte fort cher mais il est possible de voir naître de vrais jumeaux à quelques années d’intervalle, par congélation des embryons et implantation ultérieure.

Meghan est justement chargée d’un reportage télévisé sur le sujet. Mais tout dérape : la doctoresse en charge des embryons d’une clinique démissionne brusquement ; dès le lendemain, on s’aperçoit que ses références médicales sont fausses ; pire, elle est assassinée ! Que veut-on masquer ? Qui a fait le coup ? Pourquoi la lettre du cabinet de recrutement est-elle signée du père de Meghan, en voyage ce jour-là ? Pourquoi le clone de Meghan a-t-elle péri d’un coup de couteau ?

Ce sont autant de mystères qui s’épaississent et ne se débrouillent qu’à la fin, après nous avoir entraîné dans des supputations palpitantes. Journaliste, embryologiste, reporter sur le terrain, patronne d’auberge, ce sont autant de métiers qui sont mis en scène, de même qu’un enfant abandonné par sa mère, un papa laissé en plan avec son fils bébé, un obsédé sexuel vivant avec sa maman allergique à la poussière, une double vie, une mère courage… Nous sommes dans les profondeurs de l’Amérique ordinaire, avec des gens rendus vivants par le portrait qu’en fait l’auteur. Un jeune Kyle de sept ans aux cheveux blonds ébouriffés reste à la mémoire, tout comme une jeune femme de 28 ans en pleine possession de son charme et de sa volonté.

Comprenez que je ne puisse vous en dire plus, sinon que ce roman est un compagnon de voyage qui vous dépaysera pour quelques heures avec bonheur.

Mary Higgins Clark, Un jour tu verras… (I’ll be seing you), 1993, Albin Michel 2011, 388 pages, €7.30 e-book format Kindle €7.49

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Mary Higgins Clark, Dans la rue où vit celle que j’aime

Comme toujours, nous sommes dans la bonne société américaine du nord-est, à Spring Lake. Des familles y vivent depuis des générations, les maisons anciennes regorgent d’archives et de vieux meubles dans leurs greniers. C’est ce qui donne l’idée à un meurtrier en série de rattacher ses fantasmes actuels aux jeunes filles jadis assassinées fin XIXe, nul n’a jamais su par qui.

Mais lui sait : il a trouvé le journal de l’assassin et se pique d’en être la réincarnation. 1891-2001, un siècle a passé mais les meurtres reprennent depuis quelques années aux mêmes dates et selon les mêmes critères : des jeunes filles blondes, jolies et élancées. Toutes étranglées. Y aurait-il un lien ? C’est en tout cas ce que pense immédiatement Emily, jeune avocate récemment divorcée et entre deux boulots. Elle a fait fortune avec la vente d’actions offertes par une jeune pousse à qui elle a fait gagner un procès et vient d’acheter la maison d’une de ses grand-tantes à Spring Lake. Elle s’intéresse aux archives de la ville.

La réincarnation est un thème à la mode dans les magazines pour épouses désœuvrées, et l’auteur aime à être complice de ces lectrices favorites – même sans y croire une seconde. Comme toujours en rivalité avec la presse, l’écrivain est du côté policier et n’hésite pas à mettre en cause les méthodes de charognards des journalistes – surtout femmes. Le meurtre d’une vieille dame est d’ailleurs commis après publication d’une indiscrétion par l’une des harpies d’un torchon à scandale.

Le génie professionnel de Mary Higgins Clark est de nous plonger dans un milieu précis, d’embrouiller à plaisir les histoires et les petits secrets plus ou moins avouables de chacun, de découper le roman en journées inexorables jusqu’au dénouement annoncé, puis chacune d’elle en scènes de cinéma où chaque métier vaque obstinément à ses affaires. La mécanique une fois montée roule toute seule, et c’est un plaisir d’être surpris à la fin : tout était dit et le lecteur n’a rien vu.

Même si le premier indice qui a sauté aux yeux était le bon…

Ceux qui lisent laborieusement se noient dans la profusion des personnages, si l’on en croit leurs commentaires niais, mais il s’agit d’un grand roman policier de Mrs Clark – certains le sont moins. Les années qui ont passé depuis sa publication n’enlèvent rien à l’attrait de la lecture, car l’histoire se réfère au passé tout en ayant déjà basculé, pour le présent, dans notre monde actuel des téléphones mobiles et des start up. Vous qui aimez lire, vous ne serez pas déçu !

Un conseil cependant : évitez de tout dévorer d’un coup, malgré l’envie que vous en avez. Lisez chaque journée et faite une pause, ce n’en sera que meilleur.

Mary Higgins Clark, Dans la rue où vit celle que j’aime (On the Street Where You Live), 2001, Livre de poche 2003, 383 pages, €7.90, e-book format Kindle €9.49

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Mary Higgins Clark, Noir comme la mer

La Higgins Clark est experte en intrigues policières et sociales. Elle nous mène cette fois en bateau, un luxueux paquebot de croisière américain qui relie New York à Southampton en six jours. Son opulence et la sélection des riches qui l’occupent rappellent le Titanic. Il fait route à l’envers, mais ne va-t-il pas, comme lui, finir en catastrophe ?

Les lectrices de Mary veulent bien frissonner, mais pas s’angoisser. Tout reste donc dans le ton mondain de rigueur. Les passagers sont triés sur le volet pour donner envie de les côtoyer, et les recettes pour devenir riche abondent. Surtout lorsqu’on est une femme, comme le lecteur moyen du genre. Le remariage avec un homme plus vieux qui a réussi (et sexuellement moins exigeant avec l’âge) est préconisé comme la façon la plus socialement correcte d’arriver dans la société américaine contemporaine. Pour les hommes, créer une boite – et si possible la revendre avant 40 ans pour s’occuper dès lors de faire ce qui vous plaît. Mais il y en a d’autres…

En 97 chapitres dont certains sont parfois très courts (un quart de page), le suspense est distillé de main d’experte. Si les caractères sont très convenus pour nous, Européens, ils ravissent les petits esprits américains car ils sont des modèles sociaux : le trader qui a fait fortune et investi dans la croisière de luxe, le capitaine consciencieux qui est resté deux décennies en bon professionnel, la gemmologue orpheline qui sait tout sur toutes les pierres précieuses, le professeur d’université anglais spécialiste mondial et même historique de Shakespeare, le personnel de service qui n’oublie pas de se servir, l’idiote nymphomane qui veut s’ancrer à une grande fortune…

Lady Em est une chère vieille chose de 86 ans veuve et richissime, toute emperlée de dollars et qui annonce – avec la candeur d’un monde révolu – qu’elle va porter pour la dernière fois le collier en émeraudes attribué à Cléopâtre, avant d’en faire don à un musée. En ajoutant le piment d’une malédiction antique attachée au bijou, comme il se doit. De quoi attiser les convoitises de l’Homme aux mille visages, expert, lui, en cambriolage. Sauf que le vol dérape en meurtre, la vieille ayant reconnu la silhouette d’un passager et passant aussi sec de vie à trépas. Mais où est passé le collier ?

Les fortunes attirent leur lot de parasites qui veulent se nourrir sur la bête, voire détourner une partie du fonds en leur faveur. Dès lors, beaucoup de monde est suspect : la bonne gouvernante de Lady Em, son gérant de fortune, la femme de ce dernier qui ne l’aime plus et le balance carrément par-dessus bord, la gemmologue acculée par un ex-fiancé escroc, le fils d’ambassadeur désargenté qui repère toutes les œuvres d’art soi-disant volées « à remettre à leurs pays d’origine » selon le mantra moralisateur en vogue, l’amoureux du Barde issu de rien qui se bâtit un home secret, confortable et luxueux, sans rien dire à personne, le maître d’hôtel qui a trop souvent l’occasion de voir étalés les bijoux négligemment laissés ici ou là dans les cabines des riches.

Mary Higgins Clark ne rejoue pas Titanic, non plus que Mort sur le Nil, mais son roman policier se lit bien malgré des personnages un brin caricaturaux. Vous saurez tout sur les croisières, le monde fermé du huis clos le temps d’une traversée, les signes sociaux du luxe suprême que représentent les suites avec douche vapeur et spa, les bars privés et la table du capitaine, comment se faire inviter sans bourse délier en donnant des conférences.

Le regard que porte l’auteur sur la société qui est la sienne, dédiée à l’égoïsme forcené et à l’individualisme allant jusqu’au meurtre (traduction littérale de la loi de la jungle), est aussi intéressant au lecteur européen que l’intrigue policière, à mon avis. Le titre américain annonce d’ailleurs la couleur : All by myself, alone – Tout par moi-même, tout seul. Il est le mode d’emploi du self-made man féminisé en woman pour l’occasion.

Malgré notamment l’inventaire minutieux de la page 297, je n’ai pas trouvé le coupable avant le dévoilement final – un peu rapidement mené à mon avis. Comme quoi le sang ne paraît pas l’élément indispensable aux lectrices de Mary Higgins Clark ; la description sadique de leur « bonne » société et la mise au jour de leurs désirs les plus profonds sont probablement les ressorts principaux de son succès.

A lire donc pour connaître la mentalité yankee au début du troisième millénaire, tout en passant un bon moment.

Mary Higgins Clark, Noir comme la mer (All by myself, alone), 2017, Albin Michel, 358 pages, €22.50, e-book format Kindle €15.99

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Mary Higgins Clark, Le démon du passé

mary higgins clark le demon du passe
C’était au temps de la génération d’avant, au temps où Internet n’existait pas encore, ni les téléphones mobiles, ni les ordinateurs portables. Il fallait téléphoner d’une cabine ou d’un bon vieux fixe, aller sur place chercher dans les archives des journaux papier ou en bibliothèque, prendre rendez-vous formellement par courrier ou aller sonner à la porte.

Relire cette époque, pas si lointaine pour qui aborde la perspective de la retraite, est aussi exotique que relire Balzac. Nous sommes dans un autre temps, avec d’autres mœurs. Non, ce « n’était pas mieux avant », mais c’était différent. S’y replonger est reposant.

Mary Higgins Clark, magicienne américaine du suspense, concocte ici l’un de ses meilleurs livres. Elle décrit avec une précision critique les us et coutumes du monde politicien à Washington, le Président qui attire à lui les Élus tel un Dieu-le-Père, le Vice-Président qui pourrait être pour la première fois une femme élevée comme un Fils, et le menu fretin des députés et sénateurs pris en plein grenouillage dans le bénitier.

La presse reste cruciale pour établir ou ternir une réputation. Les journaux qui tachent les mains sont omniprésents mais la télé et les émissions des journalistes-phares ont un impact presque aussi grand.

Pat Traymore, executive woman du rêve américain, corps souple et dents longues, est jeune et talentueuse, tout ce qu’il faut pour réussir. Elle est engagée sur sa réputation par un média local de Washington DC pour établir le portrait d’une sénatrice de l’État de Virginie, Abigaïl Jennings, qui a pris la place de son mari après que celui-ci fut décédé dans un accident d’avion d’affaires tout neuf où il était seul à bord avec un pilote expérimenté. Abigaïl est partie de rien, sa mère était cuisinière d’une famille riche ; elle s’est faite toute seule, autre incarnation du rêve américain ; elle pourrait être pressentie pour devenir Vice-Présidente.

Mais elle répugne à évoquer ses années de jeunesse dans un bled paumé d’un État très bourgeois. Pat Traymore aura fort à faire pour humaniser ce bourreau de travail, femelle froide et rigoriste envers ses subordonnés. Malgré désaccords et embrouilles, elle va y parvenir – mais pas sans modifier quelque peu l’image de cette icône politique… dans un sens que nul n’avait imaginé.

mary higgins clark le demon du passe1999

Car Pat Traymore s’appelait Kerry Adams lorsqu’elle avait trois ans. On a retrouvé son père et sa mère morts, un pistolet entre eux, dans leur salon de Georgetown, elle-même dans le coma, crâne fêlé et jambe droite brisée. Adoptée par ses grands-parents et élevés loin des États-Unis, elle a voulu revenir dans la maison du crime, qui lui appartient par héritage, pour enquêter sur son propre passé.

C’est alors qu’elle reçoit des menaces d’un illuminé qui croit obéir à la voix de l’ange Gabriel…

Peu à peu, le puzzle éclaté va se mettre en place car tout est lié : les parents de Pat Traymore, la sénatrice Abigaïl, les décès mystérieux qui jalonnent sa carrière, l’illuminé et sa « fille ». Enquêter, réfléchir, remuer le passé – tout cela va forcer les vieux acteurs à agir, donc à se découvrir. Et la fin n’est pas celle qu’on croyait, sinon il n’y aurait pas surprise.

Un beau suspense, enrobé dans une description sociologique minutieuse de ce petit monde des dieux qu’est la politique à la capitale fédérale. Trente ans après – une génération – ce livre reste tout aussi intéressant à lire. Car rien n’a changé des caractères humains ni des mœurs politiciennes.

Mary Higgins Clark, Le démon du passé (Still Watch), 1984, Livre de poche 1999, 286 pages, €6.10
Format Kindle, €7.49

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