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Décrypter l’information

Véhiculer telles quelles les images et les arguments des autres, ce n’est pas de l’information. C’est soit de la naïveté de foule, soit de la désinformation.

L’information est une suite de faits établis, issus de sources fiables, vérifiés par recoupements et analysés dans leur contexte.

L’information est un travail de professionnel – un métier. Il est pratiqué par les bons journalistes, mais pas seulement. Il est pratiqué aussi tous les jours par les chercheurs, les professeurs d’université, les diplomates, les services de renseignement et les gouvernements, les économistes spécialisés en intelligence économique, les stratèges boursiers, les décideurs des grandes entreprises, comme par tous ceux qui, non professionnels, s’intéressent à un sujet sans a priori – en bref par tous ceux pour qui une information précise, vérifiée et rapide est vitale.

La naïveté de foule est, pour l’individu, de suivre sans réflexion « ce qui se dit ». Il s’agit de véhiculer l’opinion commune, juste pour paraître comme tout le monde, dans le vent. Cette naïveté est très proche de « la bêtise », si bien analysée par Flaubert dans son Dictionnaire des idées reçues, comme par Nathalie Sarraute dans Disent les imbéciles.

La désinformation est le contraire de l’information.

Elle est donc de présenter pour « vrais » des faits hypothétiques ou déformés, issus de sources obscures, non vérifiés et sortis absolument de leur contexte. La désinformation s’apparente à la rumeur.

Or la rumeur est un mode de pensée magique qui reflète un climat social et projette sur un bouc émissaire une angoisse collective. Une pensée magique est une pensée sortie absolument de l’histoire, un fixisme des « essences » à la manière de Platon dans le mythe de la caverne. Les faits ne se produisent pas ici et maintenant mais sont l’archétype de faits éternels qui se reproduisent mécaniquement, quel que soit le contexte. Ainsi le Traître, l’Ogre, le Cheval de Troie, le Complot…

Nul besoin alors d’analyser avec précision ce qui s’est produit le 11 septembre 2001 à 9h03, ni d’enquêter pour vérifier et recouper – il suffit de partir à l’envers. Évoquer le Mythe lui-même, comme certains invoquent le Diable, fait apparaître une structure logique, immédiatement compréhensible, à laquelle tous les petits faits viennent, comme miraculeusement, s’agréger. Hélas ! Il ne suffit pas d’être « logique » pour être « vrai »… Une logique peut être délirante lorsqu’elle part de prémisses fausses ou déformées. Elle est alors proprement « paranoïaque ».

Croyance intime ou volonté de vendre et se faire mousser, nombreux sont les « événementistes », qui mettent en scène leur propre personne pour se faire ainsi reconnaître via le net. Car Internet a amplifié ce phénomène : il suffit de peu de moyens et d’un peu de temps libre pour créer l’illusion d’une vraie « presse en ligne ». Mais les artifices de mise en page ne remplacent nullement le professionnalisme, ni l’unique rédacteur le garde-fou d’une véritable équipe de rédaction.

sophistes

Comment analyse-t-on une désinformation ?

Il faut procéder comme l’ont fait Marx, Nietzsche, Freud ou Foucault : en faire la généalogie. Pour remonter à la racine de la mise en scène de théâtre, présentée comme « information », il faut se poser les questions habituelles à tout enquêteur :

  • à qui profite le crime ? Ledit crime étant la désinformation présentée comme « vraie »
  • qu’est-ce qui a poussé le criminel ?
  • quels sont les ressorts dont il a joué pour réussir son crime ?

La désinformation, en présentant comme paradoxale l’information officielle, attire l’attention. Quoi de plus efficace dans une société tout entière remuée par les médias ? Exister, c’est apparaître au public, donc produire un choc. Soyez serial killer, terroriste de masse, chanteur mignon, footeux gagnant ou politicien béni par les sondages – vous paraîtrez à la télé. Et comme disait le bon Dr Goebbels – expert en la matière – « plus c’est gros, plus ça passe ». Tel est le ressort profond de la propagande. A qui profite le crime ? – Mais à celui qui le commet, bien sûr, lorsqu’il s’agit de désinformation.

Le mauvais journaliste qui veut se faire reconnaître par la société a donc intérêt à choquer l’opinion pour émerger. A fortiori celui qui n’est même pas journaliste, ni historien. L’auteur de la vraie-fausse info agit tout comme le psychopathe qui joue avec la police. Qu’est-ce qui a poussé le criminel ? – Mais le désir d’être reconnu, d’avoir son « petit quart d’heure de célébrité » dans la lucarne du village global, comme le prédisait McLuhan.

Une opinion, quelle qu’elle soit, trouve toujours des relais dans le public, notamment via ses fantasmes.

Le ‘Canard Enchaîné’ du 3 avril 2002 écrivait avec son ironie habituelle : « Futurs auteurs de best-sellers, voici donc la recette imparable : identifiez un événement qui a frappé l’imagination des foules, décortiquez les mensonges officiels (car il y a toujours, évidemment, dans les vérités officielles, des lacunes, des arrangements, des paradoxes, des dissimulations), et remplacez-les par un gros bobard que vous aurez trouvé sur Internet. C’est facile, il n’y a qu’à se baisser ! » Ensuite, il suffit de raisonner juste… sur la base d’informations fausses. C’est bien le propre de la logique paranoïaque. Tout est bon à la propagande, même le mensonge, s’il paraît « logique ». Quels sont les ressorts dont il a joué pour réussir son crime ? – Mais la structure de la société de l’information elle-même, et la fierté nationale ou sectaire, toutes deux amplifiées par Internet !

Ce pourquoi méfiez-vous des rumeurs sur Facebook, des fausses informations du Réseau Voltaire et de tous gens qui écrivent sur les sites non professionnels comme Agoravox qui n’énonce pas que des faits vérifiés. Méfiez-vous des fantasmes de Complot mondial (évidemment juif), fomenté par (évidemment) la CIA, financée (évidemment) par le complexe militaro-industriel de la Trilatérale. Et pourquoi pas le Diable, tant que vous y êtes ? Trop « d’évidences » ne signifient pas vérité mais, au contraire, sophisme !

Jean-Noël Kapferer, Rumeurs
Pour décrypter la désinformation, le site Hoaxbuster
En français Conspiracy Watch
Prevensectes
Pour lire les sophismes

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Mary Higgins Clark, Le démon du passé

mary higgins clark le demon du passe
C’était au temps de la génération d’avant, au temps où Internet n’existait pas encore, ni les téléphones mobiles, ni les ordinateurs portables. Il fallait téléphoner d’une cabine ou d’un bon vieux fixe, aller sur place chercher dans les archives des journaux papier ou en bibliothèque, prendre rendez-vous formellement par courrier ou aller sonner à la porte.

Relire cette époque, pas si lointaine pour qui aborde la perspective de la retraite, est aussi exotique que relire Balzac. Nous sommes dans un autre temps, avec d’autres mœurs. Non, ce « n’était pas mieux avant », mais c’était différent. S’y replonger est reposant.

Mary Higgins Clark, magicienne américaine du suspense, concocte ici l’un de ses meilleurs livres. Elle décrit avec une précision critique les us et coutumes du monde politicien à Washington, le Président qui attire à lui les Élus tel un Dieu-le-Père, le Vice-Président qui pourrait être pour la première fois une femme élevée comme un Fils, et le menu fretin des députés et sénateurs pris en plein grenouillage dans le bénitier.

La presse reste cruciale pour établir ou ternir une réputation. Les journaux qui tachent les mains sont omniprésents mais la télé et les émissions des journalistes-phares ont un impact presque aussi grand.

Pat Traymore, executive woman du rêve américain, corps souple et dents longues, est jeune et talentueuse, tout ce qu’il faut pour réussir. Elle est engagée sur sa réputation par un média local de Washington DC pour établir le portrait d’une sénatrice de l’État de Virginie, Abigaïl Jennings, qui a pris la place de son mari après que celui-ci fut décédé dans un accident d’avion d’affaires tout neuf où il était seul à bord avec un pilote expérimenté. Abigaïl est partie de rien, sa mère était cuisinière d’une famille riche ; elle s’est faite toute seule, autre incarnation du rêve américain ; elle pourrait être pressentie pour devenir Vice-Présidente.

Mais elle répugne à évoquer ses années de jeunesse dans un bled paumé d’un État très bourgeois. Pat Traymore aura fort à faire pour humaniser ce bourreau de travail, femelle froide et rigoriste envers ses subordonnés. Malgré désaccords et embrouilles, elle va y parvenir – mais pas sans modifier quelque peu l’image de cette icône politique… dans un sens que nul n’avait imaginé.

mary higgins clark le demon du passe1999

Car Pat Traymore s’appelait Kerry Adams lorsqu’elle avait trois ans. On a retrouvé son père et sa mère morts, un pistolet entre eux, dans leur salon de Georgetown, elle-même dans le coma, crâne fêlé et jambe droite brisée. Adoptée par ses grands-parents et élevés loin des États-Unis, elle a voulu revenir dans la maison du crime, qui lui appartient par héritage, pour enquêter sur son propre passé.

C’est alors qu’elle reçoit des menaces d’un illuminé qui croit obéir à la voix de l’ange Gabriel…

Peu à peu, le puzzle éclaté va se mettre en place car tout est lié : les parents de Pat Traymore, la sénatrice Abigaïl, les décès mystérieux qui jalonnent sa carrière, l’illuminé et sa « fille ». Enquêter, réfléchir, remuer le passé – tout cela va forcer les vieux acteurs à agir, donc à se découvrir. Et la fin n’est pas celle qu’on croyait, sinon il n’y aurait pas surprise.

Un beau suspense, enrobé dans une description sociologique minutieuse de ce petit monde des dieux qu’est la politique à la capitale fédérale. Trente ans après – une génération – ce livre reste tout aussi intéressant à lire. Car rien n’a changé des caractères humains ni des mœurs politiciennes.

Mary Higgins Clark, Le démon du passé (Still Watch), 1984, Livre de poche 1999, 286 pages, €6.10
Format Kindle, €7.49

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Peter Robinson, L’amie du diable

2007 Peter Robinson L amie du diable

Avec Peter Robinson, nous sommes toujours dans le Yorkshire, patrie du pudding qui va avec le rôti bouilli du dimanche. La petite ville d’Eastvale s’assoupit entre son château médiéval, son quartier bobo et ses immeubles populaires agités. Il n’y a pas grand-chose à faire dans une petite ville anglaise. Donc, le samedi soir, les pubs sont pleins. Chacun, de 16 à 78 ans s’y alcoolise à plaisir (en cachant son âge à 16 ans, « tout le monde l’a fait »).

C’est ainsi qu’une fille émancipée, qui adore s’exhiber à moitié nue entre jupe mini et haut très décolleté, décide alors qu’elle a bien bu, d’aller « pisser » (c’est le terme dru qu’elle emploie) dans la ruelle. Elle n’y rencontre pas l’opinel de Renaud, mais bien pire… Dans la journée, c’est une autre femme, malade tétraplégique, qui a été sortie de sa maison médicalisée et emmenée « en promenade ». Elle finira égorgée en haut de la falaise.

Finalement, Eastvale n’est pas si calme. Y rôdent les souvenir des tueurs en série qui adoraient taillader longuement les seins et les pubis après le viol, avant d’enterrer vivantes les victimes à la cave. C’était dans un précédent roman, ce qui aide l’auteur quand son imagination faiblit.

Mais l’essentiel du plaisir de lecture n’est pas là. Peter Robinson est bien originaire du Yorkshire mais cela fait belle lurette qu’il n’y réside plus. Il est au Canada, ce qui permet à son imagination de prendre son essor sans les barrières de la triste réalité. Ce qu’on aime, dans ses écrits, est l’ambiance humaine. Ses flics ont les travers des autres : une enfance difficile, une paternité mouvementée, des amours impossibles.

C’est le cas de l’inspecteur Banks, de l’inspectrice Annie, comme du major Templeton et de la constable Winsome. Ils vivent leur vie durant l’enquête, malgré les horreurs du métier. Chacun ses qualités et ses défauts. Banks adore le vieux whisky et les musiques des années 60. Annie se fait un petit jeune alors qu’elle est bourrée et se retrouve piégée par des photos de portable qui peuvent se retrouver sur fesses-bouc ou YouTube. Templeton est raide devant Winsome, la Noire sexy de Jamaïque, mais celle-ci n’aime pas son genre rentre-dedans. Jusqu’à la commissaire Gervaise qui se met à faire de l’humour salace devant une bière !

En bref, on ne s’ennuie jamais à suivre les personnages et cela fait avaler les 500 pages comme rien. Car il se passe des choses lorsque l’enquête progresse. Les apparences ne sont jamais ce qu’elles ont l’air et enquêter reste aussi passionnant que fastidieux. Pas de dimanche pour les flics, pas de sursis pour les truands. Où le sperme et l’alcool se marient au tabac et au rock pour enfumer le lecteur. Je ne sais combien de pintes, de verres de vin et de godets de whisky sont éclusés dans ce roman, mais il donne soif !

Tout se mettra miraculeusement en place sur la fin, in extremis, et ce ne sera pas beau à voir. Il y a un ton d’observateur désabusé de la condition humaine chez Peter Robinson. Et la petite musique des bonheurs immédiats, profondément humains, à prendre avec reconnaissance quand ils surviennent. Toutes ces petites humanités frustrées, névrosées, mal épanouies… Entre le brouillard et les labyrinthes antiques à la Jack l’Éventreur, l’Angleterre reste bien en elle-même telle que l’éternité la change.

Beauté fatale

Reste Sophia. Ah, Sophia ! « Les conversations se tarirent, les hommes restèrent bouche bée tandis que les femmes se raidissaien» (p.335). C’est curieux, j’aurais écrit l’inverse – mais c’est l’humour anglais. « Ses cheveux bruns étaient lâchement attachés sur sa longue nuque, sa peau olivâtre était lisse et sans défaut. Elle portait un haut vert jade juste assez décolleté pour révéler la promesse d’un buste parfait sans indécence, et un médaillon pendu au bout d’une fine chaîne en argent à son cou qu’elle effleurait de temps en temps du pouce ou de l’index. Ses lèvres étaient pulpeuses et ses yeux, les plus enjôleurs du monde » (p.339). C’est tellement bien dit qu’il faut s’arrêter là. Qui voudra en savoir plus lira ce livre. Il le savourera.

Peter Robinson, L’amie du diable (Friend of the Devil), 2007, Livre de poche, 503 pages, €7.22

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Paul Doherty, L’homme masqué

L’énigme du Masque de fer a fait couler beaucoup d’encre. L’homme emprisonné ici ou là pour finir à la Bastille était-il le frère jumeau de Louis XIV ? Impossible, répond Paul Doherty, professeur anglais d’histoire médiévale. La cour ne connaissait aucune vie privée et la reine accouchait en public. Mais pourquoi son visage devait-il rester caché sous un masque de velours ou de fer, sauf à quelques personnes – dont le superintendant Fouquet ?

Dans ce roman policier historique, le spécialiste anglais des intrigues moyenâgeuses ouvre une hypothèse audacieuse. Il se fonde sur la correspondance amoureuse secrète et chiffrée de la reine Anne d’Autriche, mère du roi Louis XIV. Il crée le personnage de Ralph Croft, faussaire anglais recherché par les polices du monde connu et emprisonné à la Bastille. Le Régent, avide de belles femmes qui veulent savoir, le gracie officiellement s’il réussit à percer l’énigme. Il devra enquêter dans les archives, lui qui les connait sur le bout des doigts, percer les codes, et dire le fin mot. Inutile de dire que chacun cherche à utiliser l’autre pour ses propres intérêts et que le Régent n’a guère l’intention de laisser filer le détenteur d’un terrible secret si celui-ci parvient à le connaître…

L’homme au masque a été arrêté près de Dieppe sur lettre de cachet royale en 1669. Il devait être surveillé de près durant trente ans dans diverses prisons, Sainte-Marguerite puis Exilles, jusqu’à sa mort à la Bastille le 19 novembre 1703. A chaque fois, sa cellule ne devait pas être visible de l’extérieur, les murs, sol et plafond devaient être grattés pour éviter tout message, sa vaisselle réservée et surveillée après chaque repas pour qu’il ne fasse passer aucun écrit, son linge lavé et repassé sous surveillance constante, puis mis en coffre et brûlé une fois usé.

Louis XIII, fils d’un roi baiseur mort trop tôt, avait du mal avec les femmes. Très pieux, la chair lui répugnait et son épouse, reine venue d’Espagne, était trop jouisseuse et expansive pour lui. Mariés à 14 ans, ils attendirent dix-huit années et des promesses à la Vierge avant d’engendrer Louis XIV. S’il est certain que le Roi-Soleil était bien le fils de sa mère, certains doutent qu’il fut fils de son père. On dit que les testicules du roi Louis XIII étaient celles d’un enfant et qu’il n’atteignit sa maturité qu’à 30 ans passés… Mais ce ne sont que des on-dit. En ce cas, si le Masque de fer ne devait pas montrer son visage, était-ce parce qu’il ressemblait fort à Louis XIV ? S’il ne pouvait être son jumeau, pouvait-il être son demi-frère ? Ou bien Louis XIV et le Masque étaient-ils tous deux fils d’un autre, un amant de la reine qui ressemblait au duc de Buckingham, son éternel amour?

Ralph progresse pas à pas, captivé par cette énigme qui pourrait changer la politique du temps. Voilà que surgissent les malandrins, les gitans et même les Templiers ! Nous sommes entre ‘Da Vinci code’ et Hugh Corbett. Avec les mêmes approximations topographiques sur Paris que Dan Brown : de la cour du Louvre on ne peut, même à l’époque, apercevoir les tours de Notre-Dame (p.20) ; ni tourner de la rue aujourd’hui de Rivoli « vers l’Opéra », qui n’existait pas encore (p.54) : il a été fondé par Napoléon III ; ni dire que le grand Maître templier Jacques de Molay a été « exécuté sur le parvis de Notre-Dame (p.92) : il a été brûlé dans l’île face au Louvre, de nos jours square Henri IV où une plaque le rappelle. Malgré ces détails, l’enquête est enlevée, agréable à lire et offre une passionnante solution à cette énigme historique.

Paul Doherty, L’homme masqué, 1991, 10-18 2010, 213 pages, €6.65

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