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Adolf Hitler, Mein Kampf

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La polémique à la française, que les intellos adôôrent susciter, court actuellement sur la réédition de Mein Kampf (Mon combat), écrit par un certain Adolf Hitler en 1924. Polémique imbécile, comme toutes les polémiques intellos à la française, qui révèle l’esprit de secte toujours présent ici, au rebours de l’esprit de libre-examen des sociétés protestantes alentour.

L’Allemagne – pourtant victime du livre – a réédité Mein Kampf, pour l’Histoire. Mais pas la France, qui hésite, moralise, intervient. Ils se disent laïcs, les intellos de la gauche bobo qui sévissent dans l’édition et les médias – mais ils agissent comme des curés de l’Eglise catholique : comme si le Texte devait obligatoirement passer par eux – par leur imprimatur ou leur Index – pour exister. Ils savent bien mieux que vous ce qui est bon pour vous, puisque la Morale est inscrite immuablement dans leur ciel des Idées. Et que c’est péché d’y déroger. Au lieu de laisser à chacun le choix de lire et de comprendre, ils assènent leur vérité révélée.

Mein Kampf existe un peu partout sur le net – et en français. Au lieu de proposer une édition commentée, historique, replacée dans son contexte, les intellos préfèrent « interdire ». Débattre n’est pas leur fort, puisqu’ils savent la Vérité. J’ai toujours pensé que cette engeance des clercs en bande, qui se croient du haut de leur savoir accumulé, n’était pas démocratique. En voici un exemple de plus.

Mais pourquoi reprendre Mein Kampf aujourd’hui ? D’abord parce que je ne l’ai jamais lu en entier bien qu’il ait figuré dans la bibliographie que tout aspirant à Science Po, en année préparatoire, était censé avoir lue au début des années 1970. Ensuite parce que notre temps, célébrant du bout des lèvres Mai 68 (c’est « tendance » chez les bobos), revient de plus en plus aux vieilles idées pétainistes, catholique moralistes, voire pires. La cause en est le vieillissement de la population, certes, mais aussi la crainte de l’avenir mondialisé entre capitalisme financier et terrorisme islamique.

Le capitalisme dans sa version ultralibérale américaine semble d’autant plus incontrôlable que l’ignorance française à son égard est abyssale, en raison de vieux préjugés cathos comme d’un enseignement marxiste sans faille depuis deux générations et d’un écologisme issu du gauchisme comme nouvelle Mission d’éclairer le monde.

Quant à l’islamisme, ce radicalisme que la majorité des Musulmans est loin de partager, il ramène trois siècles en arrière, à l’époque où Voltaire terminait sa correspondance par « écr. l’inf. » – écrasez l’infâme – mot de combat contre tout obscurantisme.

Hitler peut être lu dans la version 1934 des Nouvelles Editions Latines, reprise en 1973. On peut aussi le trouver en PDF sur Internet, à vous de chercher. Les deux volumes allemands de l’édition 1933 sont traduits en un seul, de 686 pages. Cette édition française fut « interdite » par Hitler lui-même à l’époque, tant il disait clairement ce qu’il pensait de tout le monde et ce qu’il voulait leur faire. Depuis, Trump, Poutine et Duarte font exprès de proférer des énormités – mais pas sûrs que les actes suivent – c’est toute la différence des époques.

Le livre, offert à tout ménage allemand des années 30, est assez indigeste, disons-le : mots simples mais style pensant. J’en retiens quatre thèmes, dont un seul présente encore un intérêt autre qu’historique de nos jours :

Les considérations politiques d’époque ont vieilli et s’étalent verbeusement.

Les délires racistes sur le Juif ne passent plus. Cette hantise paranoïaque servant de bouc émissaire à tous les maux de l’Allemagne n’est pas sensée. Il faut cependant la connaître parce que certains pays arabes d’aujourd’hui la reprennent telle quelle, complaisamment : ils n’inventent rien, ils répètent. La phobie sexuelle d’Hitler le poussait à « nettoyer », purifier, éradiquer, « dératiser ». Quand on fait des humains des bacilles, l’extermination par le feu et la chimie industrielle n’est qu’un second pas qui coûte peu. Notons que les salafistes, wahhabites et autres daechistes font des mécréants des « porcs » qu’on peut impunément égorger pour la plus grande gloire de Celui qui n’a rien dit de tel (le Coran a été parlé, pas écrit, et à l’oreille d’un illettré en plus, qui a dû traduire pour ses auditeurs, qui ont noté, recopié, déformé… et ainsi de suite. Comment voulez-vous que le texte littéral soit la voix même de Dieu ?)

Les éléments d’autobiographie hitlérienne, bien que choisis et magnifiés par son auteur, sont intéressants et vivants, mais servent surtout aux historiens pour comprendre le personnage ; ils ne disent rien de la société qui l’a porté au pouvoir. Or c’est toute une société qui est entrée en délire, pas un homme seul, même führer (voir les études de Chapoutot et Mosse).

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Restent les chapitres qui concernent la propagande politique. Là, c’est du grand art. Hitler était en avance sur son temps : la nécessité de la foi politique, l’art de la parole plutôt que de l’écrit, la tenue des réunions avec organisation de service d’ordre, l’usage de la force pour impressionner et s’affirmer, le marketing de « créer l’événement », le sens de l’image, affiche et cinéma – qu’a-t-on réussi de mieux depuis ? Mai-68 n’a-t-il pas efficacement repris ces vieilles recettes ? Elles ne sont pas hitlériennes, elles appartiennent à la modernité des media : image et son, mise en transe et émotion, sentiment océanique d’appartenir, manipulation des mots, choc médiatique pour devenir quelque chose, et ainsi de suite… Est-ce donc cela que craignent les intellos bobos ? Que l’on démonte et « déconstruise » (mot fétiche de leur doxa) leurs manipulations (constantes dans les médias) ?

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Cela ne fait guère qu’une soixantaine de pages sur l’ensemble, à peine 10% du livre. Mais, pour cela seul, Mein Kampf vaut d’être encore lu par les gens raisonnables – ceux qui veulent comprendre. Tout aspirant politicien devrait le faire, en parallèle avec Que faire ? de Lénine et les écrits de Machiavel et de Mazarin.

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Hitler est-il toujours dans la bibliographie conseillée aux étudiants de Science Po ? J’en doute un peu, tant le politiquement correct de la gauche conformiste, qui règne plus qu’ailleurs dans cette grande école technocratique parisienne, a dû passer par là. Hormis les recettes de propagande, Mein Kampf est aussi passé qu’un papier peint jauni jamais changé depuis l’époque kitsch.

Adolf Hitler, Mein Kampf / Mon combat, 1924, format Kindle 2016, 641 pages, prix non indiqué (peut-être faussement disponible sur Amazon France pour cause de politiquement correct « dénoncé » en 2014 ?)

Adolf Hitler, Mein Kampf / Mon combat, Nouvelles éditions latines 1932, 650 pages, €36.00 disponible sur le site de l’éditeur qui indique que : « La Cour d’appel de Paris a décidé, dans un arrêt du 11 juillet 1979, d’autoriser la vente du livre (édition intégrale en français), compte-tenu de son intérêt historique et documentaire, mais assortissant cette autorisation de l’insertion en tête d’ouvrage, juste après la couverture et avant les pages de garde, d’un texte de huit pages mettant en garde le lecteur. »

Disponible également sur chapitre.com

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Pascal Bruckner, Un bon fils

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Choisit-on sa famille ? Non – pire encore lorsque l’on est unique enfant. Pascal porte un prénom juif alors que son père est hystériquement antisémite. Pourquoi ? Bruckner serait-il un nom juif ? Pourtant, Anton Bruckner, musicien et compositeur autrichien n’est en rien juif. Sur le tard, le fils découvrira le père circoncis, mais peut-être pour raisons médicales… Le mystère reste entier. Cette haine hystérique du Juif par le père a cependant façonné l’enfance et l’existence du fils, qui n’a été « bon » que parce qu’il n’a jamais rompu totalement avec le père.

Le macho engueule sa femme, se mettant dans des colères orchestrées qui montent et le transforment en bête. Les années 40 et 50 avaient poussé au sommet l’autoritarisme mâle issu de la guerre et, plus avant, du traumatisme de la guerre de 14. Ingénieur des mines mais resté très petit bourgeois, intelligent mais haineux, le père René est fort avec les faibles et faible avec les forts. Ce que le gamin ressent, la terreur de l’ogre, l’adolescent comprend, la lâcheté du gueulard.

Heureusement, mai 68 vint… Né en 1948, Pascal Bruckner a donc vingt ans en 1968. S’il a été « déluré à huit ans », surpris la tête enfouie entre les cuisses de sa cousine, il n’a été dépucelé qu’à « dix-huit ans », par une fille de seize en camp de vacances non mixte. Entre temps, élevé chez les Jésuites, il a branlé ses camarades et réciproquement, consentant aussi aux offrandes de bouche des plus grands – dit-il – « l’hostie spermatique ». Mais que les professionnels du choqué ne fassent pas de crise cardiaque : « Des millions d’adolescents, aujourd’hui encore, entrent dans la carrière amoureuse par ce biais et l’effacent ensuite de leur mémoire. A cet âge, il convient de se dévergonder à outrance et par tous les moyens : la pulsion l’emporte sur l’objet, la libido est un fleuve en crue » p.99. De quoi rassurer les parents, s’ils ne comprennent pas leurs garçons parce qu’eux-mêmes sont névrosés à cause du sexe. Ce n’est pas parce que l’on a des comportements homoérotiques entre 10 et 16 ans que l’on devient pédé à jamais. Pascal Bruckner a eu deux enfants, un garçon tôt vers 20 ans, et une fille plus tard vers 45 ans. Il aime les femmes et célèbre la beauté dans toutes ses œuvres. C’était « avant », dans la société catholique patriarcale non mixte, que le sexe était considéré comme sale et, « avant » la pilule ou l’avortement que l’acte sexuel conduisait à la déchéance de la grossesse non désirée, de la fille-mère et de la bâtardise… Non, il faut le réaffirmer contre les mythes, ce n’était pas « mieux avant » !

Bruckner est de cette génération passée du XIXe au XXIe siècle en quelques dizaines d’années, sans intermédiaire. « Dans l’espace d’une seule vie, nous aurons connu les derniers soubresauts de l’ordre patriarcal, la libération des mœurs et des femmes, la chute du communisme, l’effondrement du tiers-mondisme et maintenant celui de l’Europe, mourant de son triomphe, de sa mauvaise conscience » p.97. Enfant il a connu les punitions corporelles de la gifle et du martinet ; jeune adulte, l’interdit d’interdire et le sexe à toutes les sauces. D’un extrême l’autre… Il en garde un scepticisme envers tous les dogmes, ni l’avenir radieux ni le c’était mieux avant ne l’ont convaincu – pour les avoir subis. Ce pourquoi il n’en veut pas à son père d’avoir été ce qu’il fut, seulement de ne pas avoir fait l’effort de reconnaître ses erreurs.

Car la colère peut être saine – si elle remet en cause les inerties ; l’indignation morale est utile – si elle débouche sur des initiatives concrètes ; la critique déconstructive est nécessaire – si elle permet de reconstruire sans être dupe. « Ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort », soulignait Nietzsche.

Son amitié, un temps quasi fusionnelle, avec Alain Finkielkraut, lui a permis d’avancer. L’un a réussi Normale sup, pas l’autre ; l’un a enseigné par devoir, l’autre par hasard ; mais tous deux ont écrit des livres, certains à deux. Qui ont plu par leur ton. Comment ne pas être provocateur et un brin cynique lorsqu’on a été élevé par un bon Aryen aussi bon à rien ? Germanophone enfant, par force, Pascal est devenu anglophone par choix ; s’il a subi la « grande » musique petit, il a choisi Aretha Franklin et le « gospel, blues, jazz, soul, funk » (p.98) plus tard. S’il a cru en Dieu au point de lui demander de tuer son père à dix ans, il est devenu agnostique, mais de culture chrétienne, se réveillant chaque matin avec du Bach pour célébrer l’avenir. « Rien de plus doux qu’une grande religion à son crépuscule quand elle a renoncé à la violence, au prosélytisme, et n’exhale que son message spirituel » p.97.

S’il n’a jamais été communiste, trotskiste ou maoïste, il « a vagabondé quelques années d’une secte gauchisante à une autre » et même au PSU où « Michel Rocard nous enseigna[it] les rudiments de la guérilla urbaine sur une plage de Corse. J’en ris encore de bon cœur ». Au fond, « le gauchisme fut cette ruse de l’histoire qui permit de liquider le communisme dans l’intelligentsia » p.109. Il était « plus Charles Fourier que Lénine »… Il reste dans le camp du progressisme « malgré l’épaisse bêtise et la bonne conscience qui y règnent ». Ses « grands éveilleurs » furent Sartre, malheureusement vite tombé dans le gâtisme par avidité à se faire aimer, Jankélévitch avec qui il fit sa maîtrise de philo, et Barthes avec qui il soutint sa thèse sur l’émancipation sexuelle chez Fourier.

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Pascal Bruckner a su construire une œuvre : ses deux enfants Éric et Anna, dédicaces de ce livre autobiographique écrit à 66 ans, ses multiples romans et essais récapitulés en fin d’ouvrage : sur le sanglot de l’homme blanc, la mélancolie démocratique, l’amour du prochain, l’euphorie perpétuelle, le fanatisme de l’Apocalypse, la misère de la prospérité, le paradoxe amoureux, la tentation de l’innocence, la tyrannie de la pénitence, les voleurs de beauté… Tous ces poncifs de la génération bobo, gaucho, écolo dont il est, dont il sait se sortir pour voir plus loin.

Ce livre court, écrit magnifiquement, avec ce ton reposé d’après la mort du père, dit en trois parties ce que fut cette vie : le détestable et le merveilleux de l’enfance, l’échappée belle parisienne de la jeunesse, le pour solde de tout compte adulte. On ne dira jamais assez la vertu de l’éducation classique, celle d’avant-68, sur le style et sur la pensée. Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement. Pas de fioritures ni de préciosités mais la langue française dans sa clarté et les idées dans ses Lumières. Le récit se lit avec bonheur, le lecteur est captivé et ne ressort pas indemne de ces confessions d’un enfant du siècle.

Pascal Bruckner, Un bon fils, 2014, Livre de poche 2015, 207 pages, €6.60

e-book format Kindle, €6.99

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Pourquoi cette gauche a fait pschitt !

François Hollande, président par le hasard du sexe (celui de DSK), est un technocrate scrupuleux, un gestionnaire de synthèse, un manœuvrier de la petite politique – pas une incarnation de la grande Politique. Il ne voit pas loin, il n’a pas de projet pour la France, il ne propose que des mesurettes catégorielles. Après l’Agité perpétuel, il fut un temps reposant ; mais ses frasques féminines, comme l’autre, ses hésitations sempiternelles de centrisme honteux, de socialisme tactique, de leadership complaisant, l’ont vite déconsidéré.

Que va-t-il laisser ?

Une France moins libre, dopée à l’état d’urgence permanent faute d’oser des lois fermes, discutées clairement et appliquées sans tergiverser (comme ces drones qui survolent l’espace « interdit » des centrales nucléaires et qui ne sont pas descendus, comme ces « expulsions » qui ne se réalisent presque jamais, comme cette « jungle » de Calais qu’on devrait tout simplement renvoyer aux Anglais en laissant passer les migrants, comme cette Leonarda à la famille indésirable mais qui pourrait quand même rentrer…). Etat d’urgence causé par état d’âme… quelle triste démagogie !

Une croissance en berne par rapport aux autres et par rapport à la tendance française précédente, faute d’oser, faute d’avoir « renégocié » avec l’Europe, faute d’avoir entrepris les réformes structurelles nécessaires (et de s’y être pris comme un manche sur la loi travail !). La France se redresse moins que la moyenne, tirée par la demande en Europe, elle-même favorisée par la baisse de l’euro, du pétrole et  par la politique de taux bas et de distribution du crédit par la Banque centrale européenne. Ce n’est pas la politiquette électoraliste hollandaise qui fonctionne, mais bel et bien la politique monétaire globale de l’euro. Pas de quoi pavoiser ! Amateurs et interventionnistes, les socialistes n’ont jamais rien compris à la complexité de l’économie. Ce n’est pas la volonté qui compte, le sérieux des sourcils froncés et de la trique – mais la confiance qui émerge (comme sous Jospin sans le vouloir), autrement dit le laisser-faire des gens dans leur liberté. Comme le montre la courbe de tendance ci-dessous, l’écart entre les performances de la France et la tendance s’est aggravé depuis 2012 et l’intronisation de Normal 1er.

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Une France à la dépense publique seulement modérée, sans remise en cause de tout ce qui n’est pas du ressort de l’Etat, avec un endettement maintenu, des impôts massifs, redistribués par saupoudrage, sans orientation nette – de peur de mécontenter les lobbies des niches électorales !

Ce rapport n'est curieusement plus accessible sur le net. Le régime français de monarchie technocratique reste bien loin des standards parlementaires d'enquête et d'analyse.

Ce rapport n’est curieusement plus accessible sur le net. Le régime français de monarchie technocratique reste bien loin des standards parlementaires d’enquête et d’analyse…
Je l’envoie par citoyenneté en PDF à qui le demande par mail.

Hollande adore les impôts, et la petite cuisine ponctionnelle. Un rapport d´information du Sénat, fait au nom de la commission des finances sur l’évolution des prélèvements obligatoires entre 2012 et 2016, montre que la ponction fiscale « provisoire » de l’été 2012 « a touché largement les ménages, y compris les plus modestes », même si elle a touché aussi les classes aisées ; « l’abaissement du plafond du quotient familial à 2000€ a eu des effets sur les ménages appartenant résolument à la classe moyenne ». Au total, c’est 30 milliards d’euros d’impôts qui se sont abattus en 2 ans sur les ménages… amenant un « un véritable ‘ras-le-bol fiscal’, pour reprendre les termes utilisés par le ministre des finances de l’époque, Pierre Moscovici. » Plus les hausses de cotisations sur les retraites pour 3.5 milliards, intervenues en 2014. La fiscalité des ménages s’est à peu près stabilisée depuis 2015 – mais reste « plus élevée de 31 milliards d’euros en 2016 qu’en 2011 ». 35 milliards, analyse de son côté l’OFCE. Au total, « Ceci indique, d’une part, que les ménages ont eu à supporter l’essentiel des efforts de redressement des comptes publics et d’autre part, que la décélération de la pression fiscale ne profite pas véritablement aux ménages » (p.27). Les entreprises ont été initialement maltraitées, avec une hausse de 15.5 milliards en 2012 et 2013… immédiatement suivie d’une baisse avec le CICE et le Pacte de responsabilité, aboutissant à une baisse cumulée de 16 milliards d’euros entre 2012 et 2016. Cette incohérence a cassé la prévision économique et empêché d’investir.

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Un bilan très médiocre

Entre démagogie « de gauche » et inconstance fiscale « d’hésitation », « l’assainissement des finances publiques a été moins rapide en France que dans le reste de la zone euro, ce qui explique que notre pays continue d’afficher un déficit public et une dette relativement plus élevés » p.50. « Entre 2011 et 2015 la part de la dette publique dans le PIB a crû de 11 points en France, contre une moyenne de 4,3 points dans la zone euro » p.52. Au total, « Force est de constater qu’au cours de cette période, l’effort structurel a reposé pour deux tiers sur les mesures nouvelles en prélèvements obligatoires et pour un tiers seulement sur des efforts en dépenses » p.54. Taxer est toujours plus facile que de réfléchir et de convaincre… Amateurisme et petits pas précautionneux font-ils une politique ?

Les ménages inquiets dépensent moins, les entreprises investissent au minimum et n’embauchent pas – et tous ces efforts semblent pour rien : « la France affiche toujours des coûts salariaux parmi les plus élevés de la zone euro, principalement en raison du niveau élevé des cotisations sociales patronales », selon les services de la Commission européenne en février 2016. Ce qui explique pour une grande part le chômage français. La France immobiliste est désormais moins riche que la moyenne européenne à 97,4 alors que l’Allemagne qui a su se réformer est à 113,3 (l’écart n’était que de 2,1 points en 2000).

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La faute n’en est pas seulement au président Hollande (qui a « fait HEC »), mais aussi à cette gauche bobo qui se croit plus que tout (et encore aujourd’hui) le moteur de l’Histoire. Depuis que le mur de Berlin est tombé, la mondialisation du marché, de la démocratie, de la culture occidentale ont semblé constituer les étapes triomphales de l’Universalisme enfin en voie de se réaliser. Vivent les « progressistes » : aussi arrogants que bêtes au fond, ils « croient » que leur situation matérielle, politique et morale confortable va faire le bonheur de tous. D’où les « droits » sans cesse étendus aux lesbiens gais bi trans, aux migrants sans frontières, au théâtre de rue sans public, aux enfants de confort pour les stériles, aux urgences pour la bobologie ; d’où le « politiquement correct » du déni qui sévit dans les manuels scolaires, dans l’enseignement de l’arabe au détriment du français, dans le révisionnisme historique des programmes, dans la débaptisation des rues parisiennes par certains ignares cultureux contents d’eux. « Le multiculturalisme le plus fainéant a remplacé le récit à écrire et le projet à porter ensemble », dénonce Raphaël Glucksman dans l’Obs.

gauche-2016La prochaine élection présidentielle devrait rebattre les cartes.

Même s’il reste probable que Marine Le Pen parvienne au second tour (en raison des divisions à gauche et de la persistance de la menace terroriste dans des frontières Schengen poreuses), les partis de l’extrême montrent combien les Français en ont assez des petites phrases, du buzz et de ces ficelles usées de la com’ qui ont composé le programme des précédents.

Mélenchon, Macron et Fillon devraient défier Marine. Notons que les trois sont des personnalités plus que des catalogues de mesures, ils portent chacun un projet et ne se contentent pas de la gestion des choses.

  • Le quatrième à venir, du parti socialiste, ne semble pas à la hauteur populaire de ces trois là (aucun des 7 nains, pas même Valls).
  • Je ne crois guère aux chances de Mélenchon, trop sectaire lambertiste dans l’âme pour entraîner les foules.
  • Emmanuel Macron incarne une énergie réformatrice social-libérale, un Hollande cette fois sans complexe ; il est la jeunesse et l’ouverture – convaincra-t-il la province bourgeoise plutôt frileuse ?
  • François Fillon a l’image d’un candidat austère et constant dans ses convictions ; son programme est clair et construit. L’amender pour éviter un choc trop brutal fait partie du compromis politique, mais la direction est donnée. Un récent sondage Cevipof sur les intentions de vote de la fonction publique montre combien celle-ci en a marre de la gauche (sauf évidemment les profs) et déclare se tourner vers la droite, même avec la suppression des 500 000 fonctionnaires (dont beaucoup de copains nommés en région par les politicards du coin…)

Selon un sondage Ipsos de novembre pour les 18ème journées du livre d’économie, les moins de 25 ans s’intéressent deux fois moins à l’économie (21%) que les plus de 60 ans (49%), notamment à cause de l’indigence de la formation scolaire (71% disent qu’on n’y parle pas assez d’économie). Gageons que le vote se fera donc plus par émotion pour la jeunesse (souvent abstentionniste) et plus par raison pour les gros bataillons qui votent – et qui feront l’élection.

Pour 58% des Français interrogés, il faut « limiter au maximum le rôle de l’Etat dans l’économie française et donner aux entreprises le plus de liberté possible » (ils n’étaient que 50% en janvier 2014). Il faut dire que le mêle-tout socialiste est passé par là, comme l’analyse Elie Cohen, directeur de recherche au CNRS… Et que la bouffonnerie Alstom à Belfort dépasse le raisonnable : laisser filer à l’étranger un fleuron de l’industrie française, être au conseil d’administration et ne rien voir, puis « acheter » des TGV pour rouler sur des lignes de banlieue est une ineptie économique – et fait valser l’argent public, celui des impôts. Cela pour de rares emplois « préservés ». Et les autres :  ils ne sont pas électoralement payants ? Cette basse démagogie agace très fortement les classes populaires et moyennes, engendrant un vrai rejet de la gauche bobo – comme aux Etats-Unis.

57 à 59% des Français, selon la question posée, se disent favorables à la réduction du nombre de fonctionnaires pour garder la priorité sur police, justice et santé. Seul le Front de gauche se démarque, évidemment, adepte de gros impôts, de l’interventionnisme d’Etat et du moralisme autoritaire en économie – mais ce sondage montre combien son opinion est minoritaire en France.

Au total, avant que la campagne ne commence (et que la primaire du PS ne sorte un candidat du chapeau), François Fillon semble être mieux à même de l’emporter qu’Emmanuel Macron.

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Le Père Noël est une ordure

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Quel bonheur de revoir l’humour du début des années 1980, époque Mitterrand avec la gauche bobo au pouvoir, à peine sortie de mai 68 ! Même si je préfère Les bronzés font du ski, le film qu’a tiré Jean-Marie Poiré de la pièce de théâtre est un bon moment de poilade. Peut-être parle-t-il moins à la génération Y qu’à la nôtre, car nous voici replongés dans la grand hypocrisie du « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » de l’utopie hippie – bien passée d’époque.

Voir circuler des Simca 1100, des Renault 5, des Peugeot 504, des Citroën CS et même une Talbot Samba (celle de la mère Balasko) nous replonge en pleine euphorie des Trente glorieuses finissantes. Les pères Noël déguisés avec barbe en coton distribuent des bonbons aux enfants, payés par les grands magasins aux trottoirs noirs de monde. Les vitrines croulent de victuailles et de bouteilles pour Noël. Les cadeaux sont déjà emballés. Toute la France bourgeoise et petite-bourgeoise communie aux ripailles et au plaisir des enfants.

Toute ? Non. Une tribu exotique résiste encore et toujours à la consommation. Faute d’argent, faute de volonté, faute de culture. Gérard Jugnot est un sous-père Noël obligé à distribuer des tracts pour un spectacle porno, faute d’être engagé par un magasin. Il a « collé un polichinelle dans le tiroir » de sa compagne de galère Marie-Anne Chazel, comme elle le dit, et achète une demi-portion de boudin pour en voler prestement une autre. Quant à son grand cru, c’est un gros rouge qui tache en bouteille plastique. Le couple habite un bidonville bordant le périphérique et vit de récupération.

Les bourgeois coupables se sentent obligé d’user de charité à Noël – mais pas comme avant, nous sommes dans la modernité branchée Mitterrand. C’est donc SOS-Détresse, qui calque SOS-Amitié et tous ces numéros d’aide sociale qui fleurissent à cette époque, en même temps que se poursuit l’accueil chez les uns et les autres des gens à la rue, dans la foulée de mai 68. Mais ces bourgeois ne sont pas naturels ; ils sont coincés, mal à l’aise. Ils jouent les branchés fraternels, selon les nouvelles normes issues de 68, mais n’ont pas la capacité en eux d’être vrais ; leur morale et la nôtre ne sont pas les mêmes. D’où leur constante hypocrisie, l’affichage haut et fort de convictions qui ne résistent pas à la moindre intrusion.

Les quiproquos et les inversions de rôles sont donc constants, ironiques – jusqu’au pédé de service (Christian Clavier), plus humain que le petit-bourgeois Lhermitte. Seuls le populo est vrai, car nature. Il concilie sans problème ce qu’il est avec ce qu’il fait, tandis que le bourgeois est sans arrêt obligé à jouer un rôle qui ne lui va pas. Sous les oripeaux de l’humour à la française, la bande du Splendid pratique là une critique philosophique marxiste (le divorce de l’être avec sa propre nature) avec les habits plus récents de l’existentialisme sartrien (la mécanique du garçon de café).

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Donc vous allez rire. Thierry Lhermitte, au costume à carreaux taillé dans de la housse de canapé et aux lunettes à la Chirac, a un vernis cultureux de langage (« c’est ç’là, oui… ») et l’aspiration (artiste peintre à ses heures), tout en révélant sa vraie nature ordurière lorsque les événements le surprennent (le doigt coincé par Anémone, le porc qui gambade sur le tableau, la vision d’une « serpillère » au lieu du gilet… dans les mêmes tons que son propre costume). Internationaliste et respectueux des cultures différentes, il est vite agacé par le Bulgare qui vient lui proposer les spécialités de son pays avec, coup de griffe au socialisme réel, alors en vigueur sous la férule de l’URSS dans les pays de l’Est, la margarine et la saccharine qui composent le gâteau… Lhermitte joue à merveille le petit-bourgeois du temps, vaguement intello et vaguement marié, coincé de partout mais prétendant au style et à la morale. Josiane Balasko, en grande bourgeoise autoritaire, apparaît plus authentique, n’hésitant pas user du beau langage pour rembarrer un pervers qui téléphone des propos orduriers.

Ce sont les personnages autour qui vont défier ces deux-là, écaillant le vernis de respectabilité. Anémone en rescapée de l’école des bonnes sœurs est généreuse au fond, pensant toujours aux autres avant de penser à elle. Ce qui occasionne quelques gaffes, dont l’irruption de Chazel en Zézette cherchant refuge contre Jugnot qui veut la battre, ou la scène de la douche où Psychose est joué à l’envers, se terminant non par le meurtre mais par le stupre, le vrai meurtre se déroulant par hasard à la porte.

Car Balasko s’est coincée dans l’ascenseur bêtement (elle savait qu’il se bloquait et, un soir de Noël, c’était prendre un bien grand risque que de l’utiliser plutôt que de descendre à pied !). Elle tente bien de bricoler les fusibles avec le tournevis d’une panoplie cadeau pour un neveu (alors qu’il suffisait d’un bon coup de poing popu pour remettre en marche le machin), mais échoue et fait appeler le dépanneur. Lorsqu’il arrive – bien tard (comme quoi la technique ne suit pas, dans ces années « modernistes ») – tout le monde l’a oublié et il se fait poivrer de trois balles par une Chazel qui décharge le pétard de son mec qui voulait la buter.

Les bourgeois sont épouvantés, Anémone tremble au point de chercher refuge dans les bras maladroits de Lhermitte. La police ne répond pas, diffusant en boucle ce message d’époque, que seule la SNCF ose aujourd’hui imiter : « vous avez appelé la police, ne quittez pas ». Jugnot, en populo avisé, s’empresse de raccrocher et de dépecer le cadavre en morceaux pour qu’il tienne dans des paquets de Noël, dont il s’agit de se débarrasser. Et toute la bande s’emploie à balancer la viande aux tigres, aux lions, aux singes, aux ours du zoo de Vincennes, désert en ce petit matin de Noël où tout s’arrête en France.

Il n’y a que le pédé, assommé par Jugnot parce qu’il voulait aller lui aussi à la police, emmené lui aussi dans la camionnette aux paquets, qui se réveille et balance la bidoche n’importe où, sans deviner ce dont il s’agit. Ecart de culture ou profond fossé entre ceux qui vivent dans un monde Bisounours et ceux forcés à survivre au jour le jour de façon réelle ? Le couple popu Chazel-Jugnot laisse alors en plan le trio de bourgeois sidérés. Il n’est de bon égoïsme qui ne commence par soi-même, n’est-ce pas ? Et pan sur le bec des charitables aux pincettes, qui ne s’investissent que pour leur bonne conscience, sans remettre jamais en cause le système qui crée les écarts sociaux. Le Père Noël est un mythe et la fraternité un grand mot : il ne suffit pas de dire ce qu’il faudrait, ni même de répondre au téléphone pour « aider ».

Le Père Noël est une ordure est plus percutant au théâtre, où les dialogues remplacent tous les actes. Mais le film est davantage dans la réalité vécue, ce qui est probablement mieux aujourd’hui pour saisir cette époque révolue, mais dont ceux qui avaient la trentaine ont la soixantaine aujourd’hui… et trustent le pouvoir. Je ris autant à chaque fois que je vois le film ou la pièce, tant sont vraies ces caricatures, tant ils nous ressemblent dans les travers « de gauche » que la France périphérique commence à dégommer à vue. Rien de tel que de s’en moquer pour en saisir toute la bêtise, au fond.

DVD Le Père Noël est une ordure de Jean-Marie Poiré, 1982, avec Anémone, Thierry Lhermitte, Josiane Balasko, Christian Clavier, Marie-Anne Chazel, Studiocanal 2010, blu-ray €15.66

Edition simple, Studiocanal 2003, €8.20

DVD La pièce de théâtre, TF1 vidéo 2007, €11.95

DVD coffret Les Bronzés / Les Bronzés font du ski / Le Père Noël est une ordure, Studiocanal 2004, neuf €99,90, occasion à partir de €14.98

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George L. Mosse, Les origines intellectuelles du Troisième Reich

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J’ai déjà parlé de cet ouvrage de l’historien juif américain, né en Allemagne, qui a pu fuir le nazisme à 15 ans à quelques heures de l’obligation de visa. Je voudrais y revenir aujourd’hui non pour analyser ce qui y est dit, mais pour sélectionner ce qui fut hier et se reproduit aujourd’hui. Car, si l’histoire ne se répète jamais, les êtres humains et les sociétés ont des réactions identiques aux événements qui les mettent en cause.

S’indigner contre le nazisme est stérile, comprendre les ressorts du nazisme est utile.

Ceux qui braillent dans la rue « contre le fascisme » (ou contre Trump) sont aussi vains que ceux qui pissent dans un violon en croyant jouer la musique. Le fascisme est un état réactif de toute société menacée. Il vaut mieux comprendre ce qui menace et les moyens d’y faire face – que de gueuler pour rien dans le désert. Et c’est bien la faute de la gauche minable des Indignés, Frondeurs, Atterrés, pseudo-ministres et autres impuissants, qui n’a plus aucune idée ni projet, si l’extrémisme monte en notre pays plus qu’ailleurs en Europe et dans le reste du monde.

« Chaque pays développe son propre fascisme, approprié à son propre nationalisme », écrit George Mosse p.33. Le nazisme allemand comme le fascisme italien sont nés des unités nationales, fragiles, qu’il fallait conforter par une langue et une culture commune. Le fascisme français n’a pour l’instant jamais pris, nous n’en avons eu qu’un ersatz sous Pétain, vieillard conservateur et surtout cacochyme, qui a laissé faire sous la botte les petits agitateurs intellos séduits par la communauté masculine nazie.

Ce que montre George Mosse, étayé par une vaste documentation, est que le nazisme n’est pas une aberration : il a été appelé par des électeurs normaux, adulés par des gens normaux et suivis par la majorité de la population – comme Trump. Pourquoi ? Non par une quelconque essence satanique, comme voudrait le faire croire la morale de la bonne conscience après Auschwitz ; non par un quelconque développement des forces productives ayant secrété leur antidote par réaction, comme a longtemps voulu le faire croire la propagande marxiste stalinienne au mépris des documents historiques. Mais selon Mosse par une véritable « religion civique ». La propagande n’a aucun effet si elle ne répond pas aux attentes de la société – tout comme la publicité ne vous fera jamais acheter si vous ne désiriez pas déjà le faire.

Robert Paxton, historien américain spécialiste de la France de Vichy récemment : « je crois que le fascisme c’est avant tout le pouvoir, la prise du pouvoir, l’exercice du pouvoir. Je pense que le fascisme est aussi animé par de forts préjugés et des sentiments profonds, des sentiments d’aliénation, un désir de revanche nationale, la colère contre ceux dont vous pensez qu’ils ont poignardé le pays dans le dos«  (sur Slate.fr).

Toute société nécessite une cohésion : le besoin d’une communauté organique, une continuité historique, une normalité bien établie.

Cette normalité évolue avec le temps, mais lentement. L’imprégnation des mœurs et de l’idéologie subsiste au-delà des générations. Ce pourquoi George Mosse ne condamne en rien les « traditions », au prétexte que les nazis les auraient utilisées à leur profit. La morale n’a jamais rien à faire avec la vérité, mais bien plutôt avec le confort de ceux qui la brandissent.

La cohésion sociale se manifeste dans les rituels collectifs, que préparent la famille, qu’encouragent l’école, que la communauté locale puis nationale font exister. Le sentiment de participer à la vie politique sous le nazisme était plus fort que sous la démocratie de Weimar, constate l’historien. La faute en est non pas au nazisme – qui a su séduire – mais à Weimar, dont l’indigence de gauche fut patente. Si nous pouvions en tirer une quelconque leçon sous le président Normal…

La dimension religieuse du politique est ignorée des positivistes et des marxistes, qui croient la « science » politique presqu’aussi exacte que la science économique ou physique. Or l’adhésion à la collectivité passe par l’esthétique, par l’émotion, par les rassemblements qui permettent d’agir ensemble. Encore une fois, l’élection de Trump nous le montre après le Brexit, la débâcle socialiste aux Européennes et ainsi de suite…

C’est ici que l’Allemagne et la France divergent.

La première croit à la culture, nous croyons à la civilisation. La culture est un enracinement dans le sang et le sol des valeurs ; la civilisation une adhésion volontaire et de raison à la vie en commun. Bien sûr, ces deux concepts ressortent de l’idéal-type, des caricatures de ce qui se passe en réalité. Aucun Français n’adhère seulement par raison, mais aussi par habitude, par ses ancêtres ou par volonté de s’approprier la culture francophone, de se joindre à cette lignée historique qui va « du sacre de Reims à la révolution française », selon les mots de Marc Bloch. Aucun Allemand ne croyait complètement au pur Aryen blond et athlétique, issu des forêts de Germanie depuis les temps les plus reculés ; l’Allemagne est resté un carrefour de peuples, venus de l’est et du sud, poussés par les encore plus à l’est, et accaparant les exilés de l’ouest ou du nord (les Huguenots, les commerçant hanséatiques, les Russes germanophiles…).

Il y avait en Allemagne, bien avant le nazisme, un courant Völkish issu du romantisme qui désignait non seulement le peuple, mais son « âme ». Celle-ci était réputé issue de la terre même, des atmosphères et paysages. D’où la célébration du sang et du sol, composantes indispensables au peuple sain ; d’où la méfiance envers les villes, qui déracinent, et envers l’industrie, qui désocialise. Ce courant, un brin ésotérique, a été chanté par les Wandervögel, ces jeunes gens itinérants, randonneurs du pré-scoutisme, qui vivaient quasi nus dans la nature et célébraient le soleil et l’eau. Il a été repris par les organisations nazies, qui ont vanté le stéréotype mâle au corps classique de la beauté grecque, sculpté par l’effort individuel et la volonté collective. L’attirance sexuelle de la camaraderie masculine devait être refoulée par sublimation pour créer le type du chevalier qui se contraint, héros et chef.

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C’est bien cette religion Völkish, en conjonction avec le nationalisme, puis avec les rancœurs de la défaite de 1918 et de la crise économique majeure des années 30, qui a fait émerger le nazisme. L’auteur précise, en historien : « Le nazisme n’était pas une aberration : pas plus qu’il n’était dénué de fondement historique. Il fut plutôt le produit de l’interaction de forces économiques, sociales et politiques, d’une part, et de perceptions, d’espérances et d’aspirations humaines à une vie meilleure, d’autre part » p.32.

Avons-nous aujourd’hui une telle conjonction ?

La religion écologique célébrant Gaïa la Terre-Mère que ses fils industrieux ne cessent de blesser malgré la grand-messe rituelle des COP numérotés, la défaite face au terrorisme islamique qui engendre une rancœur contre les « basanés » sans reconnaissance pour la France qui les accueille, la crise économique de la mondialisation mais surtout de l’essor technologique très rapide – cela peut-il faire conjonction comme dans les années 30 ?

La culture était alors réputée authentique, assurant l’accord de l’être humain avec les autres et avec la nature ; la civilisation était vue comme superficielle, adonnée à la simple satisfaction béate des besoins matériels, sans solidarité ni spiritualité. Ne voyez-vous rien de cet hier qui ne surgit aujourd’hui ?

Qu’en est-il de la haine envers « le capitalisme » des multinationales, contre l’avidité matérielle de « la finance » ou l’impérialisme économique, culturel et militaire des Yankees ? Le Juif a été remplacé par le Capitaliste (encore qu’on confonde volontiers les deux dans l’islamo-gauchisme à la mode). Mais le « retour à la terre », l’accord avec la nature, les aliments « bio », la vie saine détressée à la campagne, l’aspiration à la chaumière de la retraite paisible… tout cela a fait le lit des états d’âme Völkish, du nationalisme protectionniste – et du nazisme.

Si les écolos d’aujourd’hui sont aussi inaudibles (7000 militants et 17 000 sympathisant si l’on en croit leurs primaires… 0.03% du corps électoral de 47 millions !), c’est qu’ils mêlent l’eau et le feu en célébrant la nature ici et maintenant tout en prônant l’universalisme éternel et l’internationalisme hors sol.

Si les socialistes d’aujourd’hui sont devenus quasi inaudibles, c’est qu’ils restent attachés à cette chimère du « matérialisme scientifique » qui court après l’évolution du climat et l’accord écologique homme-nature sans les relier au présent des gens et des revendications de classe.

La petite-bourgeoisie allemande – qui a permis le nazisme – voyait en Hitler une « révolution de l’âme » qui ne menaçait en réalité aucun des intérêts économiques de sa classe moyenne. Le nazisme édifiait l’idéal, et désignait l’Ennemi de principe – le Juif apatride, cosmopolite et capitaliste. L’écologie d’aujourd’hui et son fade avatar déconsidéré, « le socialisme », proposent une même révolution de l’âme et son ennemi de principe – le Capitalisme industriel et financier. Mais cela ne séduit manifestement pas « la France périphérique »,  pas intello comme les bobos urbains, prête à voter – en réaliste – pour la famille Le Pen. Même s’il est à craindre que, comme sous le nazisme, la déception soit d’autant plus grande et rapide que les attentes auront été plus fortes.

Nous n’avons pas l’humiliante défaite de 1918 mais le terrorisme, issu d’une frange étroite de l’islam. La rancœur deviendra-t-elle de même ampleur pour qu’elle produise les mêmes effets ? Il suffirait selon certains d’un attentat ou deux de plus pour que… Un tiers des policiers et gendarmes seraient prêts à voter extrême-droite, si l’on en croit les médias.

Le nationalisme est-il assez puissant dans les profondeurs françaises pour emporter l’adhésion à un parti Völkish qui mêle sang et sol dans une célébration de destin ? Pour ma part, j’en doute, mais il en est qui y croient.

Reste qu’il vaut mieux comprendre par soi-même que suivre les hordes moutonnières. Afin d’avoir le choix de participer ou de se retirer, pour résister.

George L. Mosse, Les origines intellectuelles du Troisième Reich – La crise de l’idéologie allemande, 1964, Points Seuil 2006, préface de Stéphane Audouin-Rouzeau, 512 pages, €11.80

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Henry James, Les Européens

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Roman après avoir été feuilleton, ce livre « court » (selon les critères de James – quand même 169 pages en Pléiade), développe une « esquisse » d’intrigue en vue de mariage. Cela aurait pu être une pièce de théâtre tant l’unité de temps, de lieu et d’action est respectée. Henry James l’enrobe en roman pour tenir les quatre numéros de la revue qui lui commande (The Atlantic Monthly), tout en exigeant de lui une fin heureuse. C’est dire combien la liberté lui est comptée.

L’action se situe en Nouvelle-Angleterre, dans la banlieue campagnarde de Boston vers 1840. Durant quelques semaines, Eugenia – baronne allemande Münster – et son frère Félix – peintre bohème – viennent depuis l’Europe visiter leurs cousins restés Américains. C’est entre la grande maison de bois de la famille Wentworth et le cottage qui leur appartient au bout du jardin, où loge Eugenia et Félix, que se tisse l’intrigue.

Répudiée pour raisons politiques après un mariage « morganatique » (mot qui fait jaser la province bostonienne), Eugenia cherche à quitter cette Europe qui a déçu ses ambitions et à épouser une fortune américaine. Mais la société est loin d’être la même et la grande dame, qui brillait à Vienne et à Paris, effraie et intrigue à Boston. Elle préférera repartir en Europe, où elle est quelqu’un, plutôt que de moisir dans l’ennui quaker de la « bonne » société de Nouvelle-Angleterre.

C’est paradoxalement son jeune frère Félix (presque trente ans) qui va se fixer, alors qu’il avait tout du nomade sans attaches. Il séduit Charlotte, l’une des filles Wentworth, qui avait été vouée par son père au pasteur Brand. Mais celui-ci est aussi sérieux que prude, et la pauvre Charlotte s’étiole rien qu’en le regardant vivre. Félix, à l’inverse, est toujours joyeux, optimiste à tout crin.

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Outre les personnages, qui ont chacun leur caractère bien décrit, l’enjeu est le choc des cultures entre la vieille Europe des plaisirs et la Nouvelle-Angleterre du devoir. Les vertus ont leur revers : le plaisir égaie l’existence et donne le bonheur – mais au prix du superficiel ; le devoir rend l’existence terne et triste, mais assure une forme de bonheur minimal, transitoire, de quiétude avisée. Après y avoir goûté, Eugenia recule, et Félix transgresse. Elle va repartir, lui va épouser Charlotte et l’emmener loin de ce milieu de serre où toute jeune fille est vouée au rôle de plante en pot où il lui faut tenir son rang, assurer sa réputation et reproduire des enfants conformes.

Le style n’est pas le fort de Henry James. La première phrase, déjà, est bourrée d’adjectifs et la page 468 (Pléiade) enfile trois métaphores douteuses à la suite !

Les adjectifs sont une orientation contrainte du lecteur par l’auteur. Ils donnent ce qu’il faut penser des objets, sans les présenter tels qu’en eux-mêmes, dans leur indifférence de choses. « Un étroit cimetière au cœur d’une métropole affairée et indifférente, vu des fenêtres d’un hôtel sinistre, ne constitue jamais un objet réjouissant pour l’esprit, et ce spectacle l’est moins encore lorsque les tombes moisies et les ombrages funéraires viennent de recevoir linefficace rafraîchissement d’une neige terne et humide ». Un bon auteur ne qualifie pas les choses, il les met en situation de façon à ce que le lecteur les qualifie par lui-même. Henry James enchaîne les actions pour décrire les caractères des gens, mais il a du mal avec les paysages. Il semble que le décor ne l’intéresse pas, qu’il n’est qu’un écrin pour les âmes. A l’inverse d’un Flaubert, par exemple, qui enveloppe ses personnages par les paysages, lesquels accompagnent leurs sensations, leurs sentiments et leurs idées.

Les métaphores, enfilées comme des perles d’un goût qui laisse dubitatif, sont là pour signifier combien Robert Acton aurait bien épousé la baronne Eugenia, mais qu’il a réticence à le faire. « Sa condition de célibataire fût, en un sens, une citadelle » – qu’il devrait abaisser pour la baronne Münster, afin de la rendre prisonnière. « Si les multiples grâces de celle-ci étaient (…) les facteurs d’un problème d’algèbre… » – il lui faut chercher la mystérieuse quantité inconnue. « Il avait le sentiment d’avoir été forcé de quitter un théâtre pendant la représentation d’une pièce remarquablement intéressante » – tout en restant spectateur et non acteur. De la prison à l’inconnu mathématique en finissant par une intrigue de théâtre – gageons que ledit Robert Acton se trouve habillé (et mal fagoté) pour l’hiver ! Il aurait été plus simple de le dire.

Si le style n’est pas à la hauteur, les personnages ont un caractère fouillé. C’est ce qui passionne manifestement Henry James, qui met en scène surtout le jeu des regards. Car, s’il n’est pas convenable de tout dire, le corps même signifie. Bien sûr, il ne parle que de la société qu’il connait, les grands bourgeois et les aristocrates, et le portrait habituel qu’il donne est qu’ils sont toutes et tous beaux et bien faits, avec quelques nuances que nulle morale ne pourrait réprouver. Félix : « Il avait vingt-huit ans, était de petite taille, mince et bien fait » p.366. Eugenia : « son visage était fort intéressant et agréable » bien qu’elle eût 33 ans et « le teint fatigué, comme disent les Français » p.363. Une fois passé ce cap idéaliste convenu, chacun est fouillé jusqu’à l’âme dans ses actions, ses pulsions, ses affections et ses considérations.

Les Wentworth se conduisent en toutes choses selon « le ton de l’âge d’or » (biblique) : « rien pour l’ostentation et très peu de chose pour (…) les sens ; mais une grande aisance, et beaucoup d’argent à l’arrière-plan » p.388. Une « discipline » (p.422) du devoir sur cette terre en attendant les (hypothétiques) félicités du ciel : « Considérer un événement crûment et sommairement sous l’angle du plaisir qu’il était susceptible de leur apporter constituait un exercice intellectuel presque totalement étranger à la conscience des cousins américains de Félix Young, et qu’ils ne soupçonnaient guère d’être largement pratiqué par quelque catégorie que ce fût de la société des humains » p.399. Fanatisme de la foi, sentiment de supériorité morale, courte vue – telles sont les caractéristiques de la société bostonienne. « Il a décidé que c’était son devoir, son devoir de faire précisément cela – rien de moins que cela. Il s’est senti exalté ; il s’est senti sublime. C’est ainsi qu’il aime se sentir », dit Gertrude, l’autre fille Wentworth du pasteur Brand p.518. Le bonheur se niche dans le devoir, surtout pas dans le plaisir. Et l’auteur se délecte de ce contraste.

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Mais déjà la génération qui vient pousse la vieille société quaker, telle la cousine Lizzie, 20 ans, impertinente et directe, ou Clifford, le fils de 20 ans lui aussi, ironique et timide faute de pouvoir ressembler à son père qui s’érige en statue du Commandeur : « Mr. Wentworth était généreux, et il le savait. Il éprouvait du plaisir à le savoir, à le sentir, à constater que cela avait été remarqué ; et ce plaisir était la seule forme tangible de vanité que le narrateur de ces incidents pourra lui imposer » p.405. L’auteur ironise sur cette bonne conscience bourgeoise… dont on peut noter que nos bourgeois bohèmes restent largement dotés ! La génération nouvelle des Lizzie et Clifford sont plus contrastés. « Lorsque vous n’êtes pas extrêmement inconvenants, vous êtes terriblement convenables » dit au garçon la baronne p.464. On peut noter que la même attitude régit la façon de boire de l’alcool aux Etats-Unis : ou se bourrer pour faire le vide, ou rester abstinent par devoir religieux, moral ou hygiénique. Cet écart culturel profond avec la vieille Europe caractérise la terre promise américaine. De même que la vivacité d’esprit : « La langue de Félix se mouvait de toute évidence beaucoup plus rapidement que l’imagination de ses auditeurs » p.513.

Le héros du roman est Félix – dont le prénom signifie l’heureux. Il déclenche par sa joie permanente les ressorts coincés des autres et les incite à faire ce qu’ils n’auraient jamais osé : de nombreux mariages se feront dans son sillage, ce que l’auteur décrit avec un amusement détaché. Lui aussi était Américain de la bonne société de Nouvelle-Angleterre ; mais il a vu du pays, vécu en Europe, et porte sur ses compatriotes trop sérieux un regard décalé, ironique.

Mais le personnage principal est sans conteste Eugenia sa sœur, trop grande dame pour se satisfaire de la quiétude campagnarde dans une ville de province. Enigmatique et séduisante, la baronne révèle une fêlure intime ; elle ne fera jamais qu’un mariage déclassé tant son esprit vogue au-dessus des convenances de son temps et de la condition inférieure de la femme – bénie par le christianisme. Acton l’expérimente, mais recule ; elle est trop non-conventionnelle pour son goût, même frotté de Chine où il a fait des affaires.

Cette pastorale américaine est une leçon aux Américains, et un plaisir de lecture pour les Européens (le roman aura plus de succès en Angleterre qu’en Nouvelle-Angleterre…). Psychologie et intrigue entrelacent les cœurs et une chatte n’y retrouverait pas ses petits… jusqu’au dénouement, sur le ton léger d’une douce moquerie.

Henry James, Les Européens – esquisse, 1878, Points 2009, 239 pages, €9.60

Henry James, Un portrait de femme et autres romans, Gallimard Pléiade 2016 édité par Evelyne Labbé, 1555 pages, €72.00

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Marie Volta chante ma révolte

Marie vaut, Marie vole, Marie volte, ah, il faut entendre Marie chanter en comité restreint à L’Entrepôt (Paris 14ème) dans son concert unique du 19 octobre, pour goûter l’ampleur de sa palette vocale et poétique ! Ce sont des mots simples et chaleureux, souvent dédiés à un ami ou à une personne disparue. En hommage, en souvenir, en affection. Dans les Pyrénées-Orientales, berceau natif de Marie, le cœur est-il toujours en espadrilles ?

Nous reconnaissons du Brassens dans les rythmes, Barbara dans l’ampleur, Anne Sylvestre dans le ton déjà classique, un peu daté des années 90, qui plaît tant à la génération bobo d’aujourd’hui nourrie d’idéalisme et des souvenirs de Fêtes de l’Humanité. Esméralda sort du ventre et s’envole, tandis que Milena de Prague se terre, chante la voix souple, avant d’être déportée. Dans la salle, j’ai vu une femme pleurer. Mais c’est le roi Christian qui eut l’honneur de résister ; le Danemark n’a pas fini de nous étonner.

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La chanson est grave ou joyeuse, mais toujours rebondit. Est-ce qu’il y a un ciel ? Elle est optimiste, Marie « Ma révolte », puisant l’amour dans saint Paul ; elle se situe dans le ton de l’époque, de gauche déçue, de grands sentiments recroquevillés sous « la crise », l’intolérance islamique, la montée aux extrêmes. Il y a du Mélenchon dans son Robespierre, sauf qu’il est une station de métro, ce que le tribun ne saurait tolérer, visage glacé, lui qui n’a pas le rire en dotation.

Les avions Paris-Bamako survolent la porte de Montreuil et survoltent les pauvres Maliens exilés là qui semblent parler tout seul. C’était avant le mobile et ils s’enregistraient sur petits magnétos, avant d’envoyer la cassette comme message à leur famille. Souvent ils ne savaient pas écrire, ou leur famille ne savait pas lire.

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Marie Volta a le cœur gros et sait faire passer en mots simples et en mélodies bien cadencées sa poésie, Grand Prix de la RATP dans le métro. Elle est meilleure à l’oral qu’à l’écrit car sa voix porte, module, capture. Je n’ai pas aimé sa trop longue phrase en forme de « livre », inaboutie selon moi ; mais j’aime sa chanson, car elle porte l’espoir. Son « tweet-book » Petits et grands cadeaux arrivés pieds nus mériterait d’être développé, chaque morceau de phrase entre virgules méritant à lui tout seul une demi-page, comme Rimbaud savait le faire dans ses Poèmes en prose. Peut-être est-ce le cas dans les « textes éclairs » intitulés Les jours, les heures, paru en même temps ? Marie Volta virevolte et n’a pas le temps, ce qui est dommage.

Mais elle sait composer des chansons et les accompagner à la guitare, aidée largement par son compère Philippe Picot, accordéoniste virtuose, et par Carlos le maître du son et de tous les fils.

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Théo Kosma, En attendant d’être grande 4 – Instants coupables

theo-kosma-4Ce tome 4 est la suite des trois précédents (évidemment), déjà chroniqués sur ce blog, et il vient de paraître. La fin de cet opus est plutôt chaude pour les ligues de vertu, bien que très morale au fond.

Au centre naturiste des Trois chèvres, le naturisme n’existe pas – du moins pas le concept bobo urbain qui exige tout le monde à poil. Là, tout le monde fait plutôt comme il veut, écoute son corps. Être « nu » n’est pas une décision sociale mais un plaisir partagé selon les circonstances et la température. Au contraire, « Là où il y a obligation de vêtements, le culte de l’apparence revient. » Chloé et sa copine Clarisse ont 11 ans et sont tiraillées entre l’enfance sensuelle et l’adolescence présexuelle. Elles jouent à la poupée (vivante) et matent les garçons (timides).

Chloé adulte raconte sa préadolescence et cela dure un peu trop ; Tom, son amoureux du même âge tarde à apparaître. Il ne surgit que page 37 sur 107. Comme si l’auteur avait quelques réticences à sauter le pas des relations adolescentes. D’où les considérations générales, parfois de quelque intérêt, mais qui trainent en longueur.

La cinquantaine d’adultes et la cinquantaine d’enfants « du maternel au lycéen » dans le centre vivent au naturel. « Tu me diras, la sensualité est plus ou moins présente dans tous les rapports enfantins, quels qu’ils soient et où qu’ils soient. Certes, seulement ici la note était bien plus particulière. Le cocon dans lequel nous vivions rendait tout cela très spécial. En fait, nous étions tous très tactiles les uns envers les autres, bien plus qu’au premier jour. » Toutes les activités sont prétextes à se frotter, se bichonner, se câliner. Ce qui crée un champ magnétique d’affectivité, voire d’amour collectif. La pudeur ne vient qu’avec la société, et certaines vont jusqu’au puritanisme et à la phobie – ce qui rend vraiment con : « Je le dis, si de nos jours tant de filles sont si superficielles c’est que les garçons sont trop facilement séduits. Ils pètent les plombs dès qu’apparaît l’ombre d’une jambe fine ou d’un cul moulé. Pour l’avoir, ils sont prêts à tout. »

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Enfin, Tom vint ! Aux jeux d’eau, il est « une vraie statue grecque. Abdominaux dessinés, cheveux d’un blond de paille, jambes et bras fermes. Et son derrière mes aïeux, quel derrière ! ». Mais l’évitement continue, Chloé mate, dessine, mais ne fait rien, sauf rêvasser au grand saut, compulsive. « Et pourquoi ceux qui ont envie d’aller dans les bras les uns des autres, de se serrer, s’embrasser, être peau contre peau, pourquoi ne le feraient-ils pas en toute franchise, sans devoir passer par des ateliers massages ou de faux combats de catch ? » Oui, on se demande au fil de ces pages : pourquoi ?

Car ce tome avec Tom apparaît longtemps « plus un océan d’impulsivité et d’hystérie » que sensualité émoustillante des précédents. C’est que la perversité n’est jamais loin, même si Chloé, née en 1969, ne l’a pas subie : « C’est en ces années d’enfance que les lieux alternatifs se sont aperçus peu à peu que bien des oiseaux de mauvais augure étaient attirés par leurs concepts. Des marginaux, des gens croyant à une invasion extraterrestre ou à une fin du monde eschatologique, des extrémistes de tout poil, des agressifs, des manipulateurs… Ainsi que tout un lot de vieux tournant autour de très jeunes, mineures ou non. Personne ne le voyait encore, mais tout cela faisait en sorte que le milieu baba était en implosion programmée » p.61.

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L’instant « coupable » survient enfin page 69, mais pas dans la posture 69, dans une banale cabine de couche pour une personne. « Il suffit d’être attentive, intuitive et de prendre le temps », dit la Chloé adulte à propos des gestes spontanés qu’elle fit alors pour « tenir un garçon par le bout des doigts » – et pas seulement le bout que vous croyez.

Mais après l’extase, la redescente : Tom n’était qu’un fantasme, l’opposé du Charlie tendre et presque androgyne avec qui l’on est copain. « Si j’avais été impressionnée par ses savoirs et sa débrouillardise, nous n’avions jamais eu énormément à partager, autre qu’une attirance l’un envers l’autre. Ce genre de rapports, c’est bon pour les garçons d’un soir ». Le plus beau corps ne recèle pas forcément la plus belle âme et l’amour n’est pas le sexe, ou du moins pas seulement. « Moins de passion et d’attirance physique pour plus d’amitié, de tendresse et d’amour » ? Mais c’est ainsi qu’on apprend.

L’auteur ne connait toujours pas l’orthographe, écrivant les « maternels » pour les « maternelles » et « ballade » avec 2 L pour une promenade en forêt. Mais il embrase son héroïne sur la fin, en trio avec Charlie et Clarisse. La puberté du garçon n’est pas aussi mûre que celle de Tom, mais tout va très loin quand même, l’amour évoqué est très pénétrant. Le fruit de l’arbre de la connaissance est sans conteste cueilli : Chloé « sait » – et c’est plutôt mignon. L’amour non tel qu’il est (hélas! avec la génération Youporn), mais tel qu’il devrait être (libre).

Théo Kosma, En attendant d’être grande 4 : Instants coupables, 2016 e-book format Kindle, 113 pages, €2.99

Le site de l’auteur : www.plume-interdite.com

Son dernier opus, Chloé adolescente : Théo Kosma, Quick change, 2016, autoédition format Kindle, €0.99

Les trois premiers tomes chroniqués sur ce blog

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Flaubert raille le bourgeois progressiste

Tous égaux, mais nous plus que les autres – puisque nous en sommes conscients et fiers… Le narcissisme ne date pas d’hier ; il y a presque deux siècles, cependant, le bourgeois était fier de lui, de sa raison, de sa bonne conscience. Aujourd’hui le bourgeois bohème parisien comme le bon bourgeois de province socialiste ou le grand bourgeois cosmopolite sont contents d’eux. Ils se rengorgent d’être sans préjugés et universalistes. Flaubert les a croqués.

« Philosophe, philanthrope, ami du progrès et de la civilisation, enthousiaste de la culture de la pomme de terre et de l’émancipation des nègres, il déclarait sans cesse que tous les hommes sont égaux. Il eût été bien étonné pourtant si son épicier ne l’eût pas salué le premier, lorsqu’il passait devant sa boutique ; il tenait sévèrement ses domestiques, disait « ces gens-là » en parlant d’eux, et trouvait toujours que les ouvriers perdaient leur temps ».

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« C’était un de ces hommes du grand troupeau, ni bons ni méchants, ni grands ni trop petits, avec une figure comme tout le monde et un esprit comme les autres, se croyant raisonnables et cousus d’absurdités, se vantant d’être sans préjugés et pétris de prétentions, parlant sans cesse de leurs jugements et plus étroits qu’un sac de papier qui se crève dès que l’on y veut faire entrer quelque chose, – qui ne battent personne parce qu’ils ne sont pas nés violents, n’assassinent pas parce qu’ils ont horreur du sang, ne volent pas parce qu’ils n’ont besoin de rien, ne se grisent pas parce que le vin leur fait mal, qui craignent un peu Dieu quand il tonne et plus encore le Diable quand ils meurent, qui veulent que vous ayez leur opinion, leur goût, que vous épousiez leurs intérêts, parliez leur langue, portiez leur costume, soyez de leur pays, de leur ville, de leur rue, de leur maison, de leur famille, et qui sans doute au fond d’eux-mêmes se trouvent néanmoins doux, humains, sobres, tempérants, moraux, patriotes et vertueux, regardant certaines choses élevées comme des niaiseries mais en prenant au sérieux bien plus de bouffonnes, à commencer par eux-mêmes. »

L’Éducation sentimentale 1845, chap. XXIII, p.984 Pléiade

Je suis sûr que vous en avez vu plein cet été, des bourgeois de ce genre. Ne vous inquiétez pas, vous allez en voir plein encore, aux primaires de droite puis de gauche, dans les journaux, à la télé, dans les dîners… C’est que si le siècle à changé, la vanité, la mode et le contentement de soi de la bonne conscience « progressiste » (forcément progressiste) se portent toujours bien. Mais avez-vous l’impression d’un « progrès » dans cette vanité satisfaite qui se répète en héritage ?

Gustave Flaubert, Œuvres de jeunesse, Pléiade Gallimard 2001, 1667 pages, €59.00

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Karl Ove Knausgaard, La mort d’un père

karl ove knausgaard la mort d un pere

Né en 1968 en Norvège, Karl Ove vit en Suède mais écrit en norvégien. Après des débuts laborieux, car il n’a aucune mémoire, il en est à six tomes d’autobiographie romancée, intitulée Mon combat. Comme le titre, en français, est tout de suite interprété et déformé, l’éditeur s’est empressé de placer le sous-titre en premier. Mais « mon combat » n’a rien à voir avec Hitler, ni même avec la collaboration de Norvégiens durant la guerre ; il est l’expression favorite de la grand-mère paternelle lorsqu’elle raconte des histoires : « Ah, dit-elle, la vie est un compat, disait celle qui ne savait pas prononcer les b. Hihihi » p.484.

Le combat du petit-fils est d’écrire, ce qui veut dire traduire en mots des émotions parfois irrépressibles. Inquiet depuis l’enfance – à cause d’un père autoritaire et volontiers méprisant – il est très sensible, éclatant en sanglots pour de petites choses, même devenu adulte. La mort d’un père est le premier des six tomes de Mon combat, la lutte avec la mémoire qui revient brutalement par bribes, la canalisation dans les formes d’un émoi qui submerge, la fluidité du récit. Ce pourquoi l’auteur se noie de mots ; il a besoin de se mettre dans une ambiance pour faire émerger des ilots de souvenirs sans qu’il en soit bouleversé. L’aspect « proustien » de son œuvre est beaucoup moins dû aux réminiscences de la mémoire ou à la recréation d’un monde qu’à ces longues phrases balancées qui donnent un rythme et posent une atmosphère.

« C’était comme si deux façons d’observer allaient et venaient dans ma conscience, l’une avec ses réflexions et ses raisonnements, l’autre avec ses sentiments et ses impressions et, bien que côte à côte, elles excluaient l’éclairage qu’elles apportaient l’une l’autre » p.261 (la traduction n’est pas claire en français : « qu’elles s’apportaient l’une à l’autre » serait plus vraisemblable…). Toujours est-il que le mot ne va pas toujours avec la chose chez ce garçon, et que beaucoup de « non-dits » font sa part d’ombre. La mort de ce père qu’il aimait tout en le haïssant (ce qui est très courant pour cette génération née de la rupture 1968), et la venue de ses propres enfants qui font ressortir son tempérament et ses défauts qu’il voulait ignorer, ont remis tout en question. Cette question est son combat.

Il fallait ces explications préliminaires pour entrer dans le livre. Car il est épais, parfois longuement descriptif de l’instant, parfois plat. Mais il emporte. Alchimie de l’écriture, le style (mot préférable à « la forme » qu’emploie trop volontiers la traductrice) fait le livre. Dans ce premier tome, la première partie est un délice, racontant l’enfance et l’adolescence de l’auteur selon qu’il se souvient. Son père : « Rien chez lui ne me touchait. C’était comme ça, et puis un jour j’écrivis sur lui et les sanglots éclatèrent » p.530. Il décrit son humiliation à 8 ans face à son paternel, pour avoir vu un visage dessiné dans la mer lors d’un reportage sur un bateau naufragé et être rembarré ironiquement ; ses émois adolescents, sa solitude relative, son manque d’amis, ses tentatives de flirts, son amour éclatant – et impossible – d’une fille de sa classe à 16 ans, prise par un autre.

La seconde partie va pas à pas, lorsqu’il apprend la mort de son père, qu’il n’avait pas vu depuis un an et demi. Mort d’alcoolisme chez sa propre vieille mère, dans une maison qu’il avait rendu infecte à force de bouteilles et de crasse ; sa mort suspecte, la grand-mère étant un brin sénile et disant une fois qu’elle l’avait trouvé immobile dans son fauteuil, une autre fois qu’elle n’avait appelé l’ambulance que le lendemain, sans parler de tout ce sang visible à la morgue sur son visage dont elle n’avait jamais parlé… Avec son frère Yngve, plus âgé et plus doué, mais dont il est très proche par sensiblerie, Karl Ove va décrire ces moments où le père le hante, le doute sur sa mort, ses remords. Perdre son géniteur, c’est devenir adulte, et l’écrivain en a peur – comme si son passé d’enfance devait l’inhiber. Écrire est un défouloir, une catharsis, une psychanalyse. Ce pourquoi ces pages sont si prenantes, même si son existence fut si banale.

karl ove knausgaard

Amoureux mais transi, il emmène celle qu’il ne doit pas toucher au cinéma ; il a 16 ans, est beau comme le Tadzio de Mort à Venise, disent les amis de son grand frère (p.402). Le film est français, intello, et s’appelle 37°2 le matin (pourtant sorti en 1986, l’auteur avait alors 18 ans…). Dès le début, un couple baise et ne fait que baiser… La fille qui l’accompagne est gênée, lui ne sait plus où se mettre. Scène cocasse et émouvante – salauds d’intellos qui déconstruisent jusqu’à la fleur bleue ! (Moi non plus, je n’ai jamais aimé ce film trop complaisant dans le fusionnel destructeur). Mais c’est le printemps : « Quand on a seize ans, tout cela impressionne, tout cela laisse des traces car c’est le premier printemps qu’on vit vraiment comme un printemps, sans toute sa sensualité, et c’est en même temps le dernier, en comparaison tous les autres printemps à venir seront plus pâles » p.208 (la traductrice ne sait pas où placer correctement les virgules).

baise amants

Karl Ove est de cette génération « cool » que la génération autoritaire de son père ne peut pas comprendre – d’où cette névrose qui a fait tant de mal à tant de gamins, entre interdit formel et interdit d’interdire – la transgression, le rock, l’alcool, le tabac, la drogue, la baise. Dans les pays nordiques, cela se produit à la fois plus tard en plus approfondi, tant l’anglais est une seconde langue et tant la tradition luthérienne avait étouffé la sensibilité qui désormais explose. « Moi, j’étais pour l’indulgence, contre la guerre, l’autorité, la hiérarchie et toute forme de dureté, je ne voulais rien apprendre par cœur à l’école en pensant que mon intellect se développerait plus organiquement [« naturellement » serait plus juste, traductrice !] ; bien à gauche politiquement, j’étais révolté par l’injuste répartition des richesses mondiales (…) J’étais persuadé que tous les hommes avaient la même valeur et que les qualités d’un être humain étaient plus importantes que son apparence » p.226. Voilà un bon résumé de la génération cool des années 70 et 80, qui deviendra bobo dans les années 90 et 2000. Mais cette banalité même est universelle parce que la littérature fait sortir de l’intime la vérité humaine que celui-ci contient. La vie est d’abord affective et, lorsqu’elle est mise en mots, elle devient miroir de tous.

Lisez ce combat d’un Tadzio de Norvège, il vous envoûtera.

Karl Ove Knausgaard, La mort d’un père – Mon combat 1 (Min Kamp), 2009, Folio 2015, 545 pages, €9.20

e-Book format Kindle, €8.99

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Jacquou le Croquant

jacquou-le-croquant 1969 stellio loenzi

J’avais été bouleversé, comme on peut l’être à 14 ans à une époque où la télévision était rare, par la série de six épisodes du roman régional d’Eugène Le Roy, fils de domestiques d’un baron à Hautefort, devenu socialiste et anticlérical. La fin des années 1960, et surtout après mai 68, était à la lutte des classes et à la contestation des dominants. Stellio Lorenzi en 1969 s’est fait un plaisir d’en rajouter dans l’émotion primaire pour ces pauvres paysans périgourdins et contre ces nobles cyniques et cruels d’Ancien régime. Il était communiste et avait en tête l’époque contemporaine et la lutte du « peuple » contre « la bourgeoisie », comme on disait alors.

La gauche aspirait à arriver au pouvoir après les années de Gaulle et la guerre civile battait son plein avec ses cortèges de manifs et ses rebelles en tous genres. C’était aussi (on l’a oublié, tellement les intellos français en ont honte) l’époque où le culte de Mao était répandu ; tout esprit bobo grégaire béait devant le Grand bond en avant (qui fut en arrière) et la Révolution culturelle (qui n’avait rien d’une révolution, ni à voir avec la culture). Des paysans en lutte pour libérer l’Humanité au début du XIXe siècle, voilà qui « justifiait » le culte du Grand timonier dans la France de Pompidou : les Français n’étaient-ils pas (comme d’habitude) précurseurs ? Cocorico !

eric damain jacquou-le-croquant

Malgré cette caricature en noir et blanc de la lutte des classes, le petit Jacquou de Lorenzi était à la fois fragile et émouvant. Joué par un Eric Damain de 13 ans qui en paraissait 10, l’enfant avait cette tristesse résignée du visage et ces mouvements brutaux de révolte irrépressible qui cadraient bien avec son caractère. J’aimais beaucoup son personnage, que j’aurais voulu protéger. J’avoue avoir oublié l’acteur qui jouait Jacquou adulte, beaucoup plus fade. Le monde paysan, qui plaisait tellement aux petit-bourgeois socialistes nostalgiques des « lieux de mémoire », des lampadaires lanternes, du chèvre chaud sur salade et des sabots suédois, était idéalisé et présenté avec complaisance. Être vêtu de sac de jute à même la peau et avoir les pieds nus était le must pour un enfant après 68 !

Laurent Boutonnat a remis le couvert en 2007, au moment où s’achevait l’ère Chirac et où Ségolène Royal allait briguer le pouvoir. Mais la lutte des classes et la guerre civile sonnaient moins bien qu’en 1969. La gauche avait régné, la gauche avait déçu ; la mondialisation prouvait combien le monde avait changé, les crimes de Mao avaient douché les fantasmes (quelques 20 millions de morts…), et le film revenait dans l’histoire, celle du passé. Avec la mythification un peu western de l’action, des bons contre les méchants, et de l’innocence bafouée vengée à la fin.

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Cette fois, les deux Jacquou, l’enfant de 9 ans et l’adulte de 24 ans sont également intéressants. Léo Legrand joue un Jacquou tout physique, bien qu’un peu cabotin et fluet malgré ses 11 ans, les joues un peu trop rondes pour figurer un petit paysan affamé et mendiant. Ses répliques et sa diction ne resteront pas dans les anthologies (Éric Damain jouait mieux !) mais Léo s’exprime avec tout son corps, à commencer par son regard. Largement dépoitraillé qu’il neige ou qu’il fasse soleil, il se douche de pluie, se roule dans la boue des cochons, se baigne tout nu dans la rivière glauque devant les filles, se bat (sans grand succès) avec des petits délurés qui lui font saigner le nez, se plaque torse nu dans la neige pour en finir par désespoir. Tout est un peu excessif dans son rôle, mais Eugène Le Roy voulait cela. Avec la vie qu’il mène aux basques de son père (un ancien soldats de l’empire fait colonel par Napoléon à Waterloo), avec son chien et ses moutons, le spectateur est un peu étonné qu’il ne soit pas plus musclé et plus costaud.

C’est juste après le premier baiser (scène de douce émotion) qu’un repli de terrain le cache – et que surgit Gaspar Ulliel en Jacquou jeune homme (subtil fondu d’époques). Les deux se ressemblent un peu physiquement, mais Gaspar joue plus avec sa diction et son expression qu’avec tout son corps. En révolutionnaire professionnel, il est parfait. Et son semi-pardon final (il laisse la vie sauve à Nansac et se déplace pour un dernier adieu à sa fille) est une belle leçon morale : ce qui compte est la liberté de tous, pas la vengeance de quelques-uns ; la réalisation démocratique de soi-même, pas l’obéissance aux règles de la naissance et du milieu.

gaspar ulliel jacquou-le-croquant

jacquou-le-croquant 2007 laurent boutonnatLe ton flamboyant, les belles images et les orages systématiques qui marquent les temps forts de l’histoire sont un peu martelés, mais les acteurs sont convainquant, les filles et les femmes bien réévaluées, et l’émotion se coule avec fluidité dans la réalité.

L’époque paysanne de 1815 à 1830 en Dordogne n’était pas à l’hystérie Hollywood, mais à la volonté – que la révolution, puis Napoléon, avaient montrée possible. On ne peut rien contre le destin, croyait-on avant, il est celui de Dieu ; or l’époque avait changé et la génération nourrie de la méritocratie napoléonienne ne pouvait plus jamais rester résignée : elle voulait sa part et la reconnaissance juste de ses qualités. Ce pourquoi le Jacquou de Boutonnat est moins larmoyant et plus dans l’action que celui de Lorenzi. Les nostalgiques de la gauche archaïque, les jacobins des années 80, le regrettent – mais tant pis : le monde n’est plus le même et il change de nos jours encore plus vite.

Il y a toujours des bastilles à prendre, mais ce doit être pour la vie et pour l’avenir, pas pour la haine ou le ressentiment.

DVD Jacquou le Croquant de Laurent Boutonnat, 2007, Pathé, €7.49

DVD Jacquou le Croquant de Stellio Lorenzi, 1969, TF1 video 2002, 3 DVD (6x90mn) €19.99

Eugène Le Roy, Jacquou le Croquant, 1899, Livre de poche 1985, €5.00

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Gauchisme culturel

Cette expression heureuse de « gauchisme culturel » est de Jean-Pierre Le Goff, sociologue du présent au CNRS et auteur entre autres de La fin du village chroniqué récemment. Qu’est-ce en effet que « la gauche » ? Un tempérament peut-être, mais pas plus aujourd’hui où le social-libéralisme, l’écologie ou le populisme autoritaire se disent autant « de gauche ». Pourquoi cet éclatement ? Parce que mai 68 et ses suites, notamment son héritage impossible, continuent d’irriguer les mentalités des soixantenaires.

« La notion de ‘gauchisme culturel’ désigne non pas un mouvement organisé ou un courant bien structuré, mais un ensemble d’idées, de représentations, de valeurs plus ou moins conscientes déterminant un type de comportement et de posture dans la vie publique, politique et dans les médias », dit l’auteur. Cinq thèmes ont glissé de la question sociale à la question individuelle :

  1. corps et sexualité,
  2. nature et environnement,
  3. éducation,
  4. culture,
  5. histoire.

La lutte des classes a laissé place à la lutte des ego, du mouvement ouvrier au « mouvement social ». L’universalisme du « genre humain » a été délaissé au profit du droit des extrêmes minorités.

Représenté au Parti socialiste, au gouvernement, dans les médias ‘mainstream’, chez les intellos médiatiques, ce gauchisme culturel est une véritable révolution culturelle – et une plaie sociale :

  • Le boulot ? – Non, le mariage homo.
  • L’immigration ? – Non, l’islamophobie.
  • Produire pour partager ? – Non, préserver les zacquis.
  • Gouverner ? – Non, militer.

La rupture avec la démocratie est consommée : le président de gauche ne parvient pas au pouvoir pour gouverner tous les Français, mais la seule frange bobo d’entre eux. Monsieur Synthèse se dit Normal pour ressembler à la gauche intello – pas pour rassembler les Français.

Si toute différence devient une insupportable « inégalité », où va-t-on ? Mais le gauchisme culturel n’est pas sans contradictions : différence sexuelle contestée par les gais-bi-trans-et-lesbiens mais différence religieuse et même « raciale » encouragée par les « associations ».

Les Musulmans (arabes) seraient « plus égaux que les autres » parce qu’ils ont été jadis discriminés selon Emmanuel Todd at Alain Badiou par la colonisation (terminée depuis un demi-siècle). L’antiracisme, marqueur « de gauche », n’a fait que raviver le thème de la « race », que le mouvement ouvrier avait éliminé par l’internationalisme prolétarien. Le gauchisme exige un ennemi : comme « le fascisme » a fait long feu, le « racisme » en est un tout trouvé ! Mais qui a parlé à nouveau de « race », sinon les antiracistes de SOS racisme poussés par la gauche Mitterrand ?

La liberté arrive-telle dans la vie des gens les plus pauvres avec ces happenings ? Pour ma part – je le répète – le mariage gai m’indiffère, mais revendiquer des droits civiques m’apparaît autrement plus citoyen que revendiquer des droits à baiser devant le maire.

couple a trois Bruce Weber Adirondack Park New York 2002

Le gauchisme culturel n’est pas plus libéré des croyances et des religions, bien qu’il se veuille « laïque ». On peut d’ailleurs se demander si, dans quelques années, la « laïcité » ne sera pas considérée par les gauchistes bobos comme étant l’essence du « fascisme », puisque Marine Le Pen la revendique haut et fort – moyen d’euphémiser son islamophobie, croient les paranoïaques.

La nouvelle religion gauchiste, c’est l’écologie. Pour ma part – je le répète – la dégradation de l’environnement et l’harmonie avec la nature sont de vraies questions, mais la « mission » de sauver la planète, revendiquée par le gauchisme culturel est la nouvelle croyance après l’échec du communisme, du maoïsme, du castrisme et des Khmers rouges (Aragon, Sartre, Sollers, Lacouture s’y sont beaucoup fourvoyés et ont beaucoup trompé…). Le messianisme écolo dépasse de loin la lutte contre le gaspillage et l’économie des ressources : il veut tout simplement « changer l’imaginaire de la société ». En, 1981, la gauche voulait plus modestement « changer la vie ».

« Ce n’est plus désormais par le développement des ‘forces productives’ de la science et de la technique que l’humanité pourra se débarrasser d’un passé tout entier marqué par l’ignorance et les préjugés. L’utopie écologique renverse la perspective en faisant du rapport régénéré à la nature le nouveau principe de fraternité universelle et de la réconciliation entre les hommes » – analyse Jean-Pierre Le Goff.

Inégalité anthropologique homo-hétéro, inégalité raciste Blanc-Arabe, inégalité planétaire gaspilleur-écologiste – voilà qui dévalorise d’un coup toute notre histoire, toute notre culture et toute notre identité.

La France d’avant (jusqu’à aujourd’hui) était machiste, pétainiste et productiviste, dit le gauchiste culturel. Elle doit se convertir sur l’heure et proscrire comme un péché toute « domination » (sauf évidemment celle du gauchisme culturel… puisqu’il est sûr de détenir la Vérité). Les enfants sont endoctrinés à l’école comme au temps communiste, et encouragés comme Pavel Morozov sous Staline à « dénoncer » leurs parents pour leurs « fautes » : polluer au diesel, dire qu’il y a trop d’immigrés, ne pas trier ses ordures, jeter ses mégots, manger trop de viande, boire trop de lait, utiliser un mouchoir en papier.

Inquisiteur, justicier, délateur, le gauchiste culturel n’hésite pas à publier les noms et adresses de ceux qui lui déplaisent (les Jeunes socialistes lors de la Manif pour tous), voire à ester en justice (le CRAN contre l’historien Pétré-Grenouilleau à propos de l’esclavage islamique en Afrique). Moralisme bien-pensant, sentimentalisme victimaire, sentiment de culpabilité : ne retrouve-t-on pas l’attitude même de Pétain en 1940, fustigeant l’hédonisme des cong’pay’, le péché de laisser-aller pour lequel la France a été punie par la défaite, et la volonté du « redressement national » ?

carte tendances politiques france 2011

  • Penser ? – Non, s’indigner.
  • Agir ? – Non, grands principes.
  • Politique ? – Non, moralisme.

« Il ne s’agit pas de convaincre avec des arguments mais de faire partager aux autres son émotion et ses sentiments, de les englober dans son ‘ressenti’ comme pour mieux leur faire avaler ses propres positions », écrit Jean-Pierre Le Goff. Pire encore : « Ils affichent le sourire obligé de la communication tant qu’ils ne sont pas mis en question ; ils se réclament de l’ouverture, de la tolérance, du débat démocratique, tout en délimitant d’emblée le contenu et les acteurs légitimes ». Tant qu’ils ne sont pas mis en question… Certains commentaires sur mes notes polémiques sont un exemple parfait de cette « tolérance » réduite aux semblables.

L’utopie gauchiste de société réconciliée et d’individu indifférencié rencontrent la prospérité sortie de l’histoire des sociétés démocratiques européennes, ce qui la conjugue au présent. Mais en France, elle se réalise lorsque la gauche au pouvoir change subrepticement de politique économique, en 1983. Elle ne fait de cette nouvelle « rigueur » qu’une « parenthèse » (jamais refermée depuis). Le gauchisme culturel prend alors progressivement la place de l’idéologie socialiste de tradition ouvrière traditionnelle : puisqu’on ne peut rien sur l’économie, investissons les mœurs. Nous n’en sommes pas sortis, et le bonneteau de Mitterrand troquant la rigueur contre SOS racisme trouve son pendant avec la lancée du mariage homo et la déchéance de nationalité de Hollande (grands principes) pour masquer son échec cuisant sur la croissance et le chômage (réalité des faits).

Conclusion de Jean-Pierre Le Goff : « La gauche a atteint son point avancé de décomposition, elle est passée à autre chose tout en continuant de faire semblant qu’il n’en est rien ; il n’est pas sûr qu’elle puisse s’en remettre. Le gauchisme culturel, qui est devenu hégémonique à gauche et dans la société, a été un vecteur de cette décomposition et son antilibéralisme intellectuel, pour ne pas dire sa bêtise, est un des principaux freins à son renouvellement ».

Jean-Pierre Le Goff, Le gauchisme culturel, in revue Le Débat n°176, septembre 2013, pages 39-55, €18.50

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Emmanuel Carrère, L’Adversaire

emmanuel carrere l adversaire
« Si tout se passe bien, il sortira en 2015, âgé de soixante et un ans », dit l’auteur p.202. Cela après une description plate et événementielle d’un quintuple crime (au moins), celui de ses parents, puis de sa femme et de ses deux enfants. Ce n’est pas l’auteur qui parle, mais Jean-Claude Romand. Pourquoi diable Carrère a-t-il été se fourrer dans cette galère ?

Se sent-il en empathie avec le personnage de grand dépressif, débonnaire et menteur invétéré, fondateur dix-huit ans durant d’une double vie aussi étanche que grandiloquente ? Ses problèmes personnels sont-ils si profonds qu’il se passionne pour les pédophiles (La classe de neige) et les tueurs (L’adversaire) ? Quelle est cette fêlure intime autour de laquelle il tourne sans jamais y entrer autrement que par des « exemples » pris dans la réalité ?

Jean-Claude Romans était un mignon petit garçon des montagnes du Jura, enfant unique assez solitaire et peu viril mais intelligent. Il a réussi le concours d’entrée en médecine mais a calé – sans raison – sur une seule épreuve en deuxième année. Il n’a pas échoué : il ne s’est pas présenté. De cet événement fondateur, aboulie procrastinante, date tout un échafaudage de fantasmes et de mensonges qui vont durer deux décennies. Il laisse croire qu’il a réussi, puis qu’il a obtenu son diplôme, qu’il est embauché par l’OMS à Genève, qu’il poursuit des recherches de pointe. De quoi vit-il ? D’escroqueries sur ses proches, parents, amis ou relations. Ils lui confient des sommes qu’il va placer au noir en Suisse, soi-disant. Il les utilise en fait pour faire vivre sa famille, l’épouse très catho qu’il a fini par convaincre de l’épouser, et ses deux petits, fille et fils.

daniel auteuil dans l adversairePlus le temps passe, plus il peut se faire prendre. Va-t-il avouer, dans une catharsis qui le libérerait ? Pas du tout : il ne vit qu’en virtuel, plus beau, grand et fort qu’en vrai. Il est incapable de rester dans le réel, malgré les apparences. Pourquoi personne n’a-t-il rien vu ? D’une part parce le milieu bobo bien-pensant, catholique en médecine, est très conformiste sous une apparence obligeante : leur star est Kouchner, ce qui en dit long sur le vide intellectuel de ces bourgeois. D’autre part, parce qu’au fond tout le monde préfère croire que savoir, faire confiance naïvement plutôt que chercher à connaître. Romand le sent : à qui manque-t-il lorsqu’il se trouve seul ? À personne. Ce pourquoi il s’invente une agression jeune homme, une grave maladie ensuite, un poste dont l’importance le fait se déplacer loin et souvent adulte, une amitié avec le fameux Bernard Kouchner « vu à la télé »…

Lui n’est rien, son personnage est tout. Ce n’est que lorsqu’il est acculé qu’il désire tout effacer : ses parents qui l’ont vu naître et grandir, son épouse à qui il a toujours menti sur tout, ses enfants qui ne le verraient plus du même œil. Le 9 janvier 1993, à son domicile de Prévessin-Moëns, route Bellevue, il tue…

Jean-Claude Romand est-il intéressant ? Pas le moins du monde. S’il agite l’empathie popu, c’est par quelque fascination morbide pour la mort et la psychologie de tueur. Ou par christianisme dévoyé qui « pardonne » aux plus grands criminels pour se donner bonne conscience, « les discours angéliques sur l’infinie miséricorde du Seigneur » cités p.216. Emmanuel Carrère aurait pu développer cet angle, mais non. Il n’y a aucun moment littéraire dans cette écriture plate, dans ce compte-rendu presque administratif d’un cas. Nous sommes loin de Stendhal dans Le rouge et le noir, roman issu lui aussi d’un fait divers !

jean claude romand

Malgré ses « doutes » et son « opinion », distillés au long du livre, il n’effectue aucune analyse psychologique du personnage, il s’en tient aux faits comme un vulgaire juriste. Cela donne un ton glacé, mais ne s’élève jamais du ras de dossier. Peut-être Emmanuel Carrère, une fois la soixantaine venue, une kyrielle de longs articles de gare semblables à celui-ci écrits et publiés, ses propres enfants élevés, ce qui remet beaucoup de choses à leur place, pourra-t-il écrire un « vrai » roman et se tailler une place dans la littérature ?

Dans cet opus de deux cents pages, vite lu et aussi vite jeté, il en est loin. Ça plaît parce que c’est court à lire entre deux stations de RER ou un périple en métro. Parce que c’est facile à suivre – le fluide réduit à 300 mots. Parce que le voyeurisme du fait divers est éternel chez les liseuses qui se croient cultivées, bien que ce criminel ne soit justement pas l’un des nôtres mais un mystère social. Et parce que la mode fait qu’on « doit » avoir lu le fils de sa mère (Hélène Carrère d’Encausse) qui cause si bien à la télé. Mais franchement, où a-t-on vu qu’un biopic à l’américaine produise autre chose qu’un scénario de film ?

Emmanuel Carrère, L’Adversaire, 2000, Folio 2002, 221 pages, €6.40
Film DVD L’Adversaire de Daniel Auteuil avec Daniel Auteuil, Géraldine Pailhas, François Cluzet, StudioCanal, €13.00

La véritable histoire de Jean-Claude Romand:

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Voter pour revendiquer l’histoire et la culture

Je n’ai pas commenté à chaud le premier tour des régionales parce que j’avais annoncé la défaite de la gauche comme celle de la droite quelques jours avant, dans une note que personne n’a commenté. « Inutile d’en appeler à la Morale, les gens savent bien ce qu’ils veulent : des hommes nouveaux et des idées nouvelles, pour régler les problèmes nouveaux et les questions nouvelles… » Les vieux candidats des vieux partis éculés, qui ressassent sempiternellement le même discours depuis trente ans : assez !

Évidemment, la Morale a été convoquée à gauche pour vilipender le résultat du scrutin et stigmatiser les électeurs fautifs… L’irruption du Front national a suscité, par réflexe de caste depuis 2002, des cris d’orfraie, des indignations morales, une « leçon » de maîtres d’école donnée aux sales gosses de la classe priés d’être sage pour écouter la bonne parole humaniste, universaliste et socialiste. Le pire, après Manuel Valls, aura peut-être été Jack Lang, ce vieux cabotin toujours avide d’être encensé et aimé, qui en a rajouté dans la surenchère dégoulinante, n’hésitant pas à traiter de « crétinisme » des propos sur la France tenus par Marion Maréchal-Le Pen – alors même qu’il les tronquait et les déformait. Belle leçon de stalinisme moral qui fait fi de la vérité des mots comme de la réalité des faits.

Cela montre une fois de plus que faire la morale ne sert à rien, mieux vaut donner l’exemple de sa probité et proposer un projet positif concret pour aller de l’avant (tout ce qui manque au parti Socialiste). Projet qui s’appuie sur l’histoire et sur la culture, mais projet tout de même – qui est bien autre chose qu’un catalogue de mesurettes bobos pour gérer l’existant.

L’histoire ne se répète jamais car elle va toujours de l’avant, mais elle peut revenir sur ses pas car les êtres humains ne changent que très lentement – sur des millénaires. Autrement dit, ils ne changent pas sur les trois ou quatre générations qui coexistent dans une même époque. Ils ne changent pas personnellement.

Ce qui peut changer, c’est la culture, cette mentalité collective, et l’éducation qui doit la transmettre.

  • Il suffit de regarder trente ou quarante années en arrière pour constater que la culture s’est appauvrie par l’américanisation consumériste du monde, véhiculée par la télévision, le cinéma et les gadgets technologiques.
  • Il suffit de regarder vingt ou trente années en arrière pour mesurer combien l’éducation s’est avachie, au fil des réformes « égalitaires » – dont on constate pourtant qu’elle crée des inégalités croissantes en France.

2015 12 regionales 1 tour

Qu’est-ce que la France, la culture française, l’identité du pays ? Ce n’est pas une essence mais une construction sur des siècles. Contrairement aux Jack Lang, nomades hors sol qui se veulent universels parce qu’ils ne se sentent de nulle part, je ne crois pas que les identités soient interchangeables. Ni que l’islam ait apporté grand-chose à la culture française, au droit et à la philosophie ; un peu en médecine, et pour avoir transmis les textes antiques, très peu en architecture, et quelques mots de la langue – pas plus. La part celtique, germanique, romaine, judaïque et même grecque est plus forte sur les siècles que la part musulmane. C’est ainsi : tous les apports ne sont pas égaux.

Le texte que citait – habilement – Marion Maréchal-Le Pen dans le discours fustigé par Jack Lang venait de l’historien français juif résistant Marc Bloch dans L’étrange défaite, écrit juste après l’effondrement de 1940. Il dit : « Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’histoire de France, ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération ». La France est gauloise et celtique, un peu grecque via Marseille, franque et païenne, gallo-romaine et chrétienne, centralisée par les rois en lutte contre les féodalités, standardisée par la Révolution dont Napoléon 1er a poursuivi le tropisme jacobin parisiano-centré, se méfiant des provinces et des particularismes. La France s’est libéralisée avec le siècle 19ème, est devenue république en 1875, puis socialiste et colonisatrice pour diffuser l’universalisme moral dans le monde-enfant (ainsi croyait-on à l’époque de Jules Ferry).

La guerre de 14, cette imbécilité nationaliste, a conduit les citoyens à s’arracher à la terre et aux limites étroites de leur village pour connaître d’autres gens et d’autres mondes (j’ai ainsi un grand-père qui a vu Thessalonique), puis à se méfier de l’État impérieux qui décide de la guerre d’un trait de plume, comme des élites gouvernantes qui s’empressent de se planquer.

L’après-guerre a donc vu, en réaction à cette boucherie inutile, la montée de l’anarchisme potache style Dada et Surréalisme, avec les plaisirs sexuels et les scandales des Années folles, en même temps que la montée d’un populisme anti-élite et antiparlementaire, avec appel au Chef capable de mener la nation – à gauche avec Staline, à droite avec Mussolini, Franco et Hitler, puis Pétain. L’itinéraire d’un Jacques Doriot, communiste très populaire, dérivant naturellement vers le fascisme, est éclairant.

Ce n’est qu’après-guerre, dans le souvenir de la Résistance devenu mythe national de régénération française, que l’État-providence a été mis en place, sous De Gaulle comme sous Mitterrand. Jusqu’au rattrapage par la réalité du monde : la mondialisation du pétrole, puis des échanges, avant l’émergence des pays ex-sous-développés comme la Chine, l’Inde et le Brésil, venus désormais concurrencer les vieilles industries nationales obsolètes et trop chères de nos pays développés.

La France n’a pas su s’adapter.

  • En cause l’ambiguïté de Mitterrand, ayant choisi en 1983 la rigueur pour rester dans l’Europe tout en gardant un discours de parenthèse en attendant que tout redevienne comme avant – attitude qu’a repris sa pâle copie François Hollande.
  • En cause aussi le trop long règne de Chirac, deux fois Premier ministre et deux fois Président, ce Fout-rien magistral qui considérait, après son maître Queuille, qu’il n’est pas de question que l’absence de solution ne suffise à résoudre. Au lieu d’entreprendre le changement dans la douceur avec le temps, rien n’a été entrepris, exigeant désormais l’urgence pour tout, sans négociation faute de temps !

C’est cette longue histoire qu’il faut avoir en tête pour comprendre combien, aujourd’hui, la contestation d’entre-deux guerres resurgit. Comme hier, les élites ont failli, le parlementarisme s’égrène en bavardages souvent inutiles et en lois empilées, dont certaines ne sont jamais appliquées. L’éducation s’enlise dans la démagogie, cherchant désespérément à adapter son discours au monde actuel de l’Internet et du mobile – tout en conservant des pratiques d’un autre âge que le zapping du net, l’hyperactivité due à la chimie des sucreries, et l’irrespect général pour tout adulte ne permettent plus – puisque tout le monde a « des droits », tout le monde est égal. À quelles vertus pédagogiques peuvent servir les notes-sanctions de 0 à 20, le prof sur l’estrade, les garçons assis bien sages une heure entière comme des filles (alors que leurs hormones sont plus éruptives), et les cours magistraux « délivrés » d’en haut ?…

Les pays voisins n’ont pas le même rapport à l’histoire que nous, car leur État ne s’est pas créé au forceps comme la construction artificielle de nos rois (l’Angleterre est une île, l’Italie et l’Espagne des péninsules, l’Allemagne une mosaïque fédérale de régions très décentralisées, etc.). Nous ne pouvons donc pas prendre exemple sur eux mais trouver en nous les ressorts pour l’avenir. Ce que la gauche ne sait pas faire, pas plus que la droite monopolisée par Sarkozy (le reste de la droite, curieusement, se tait).

Mais nous pouvons prendre exemple sur les pays voisins pour adapter notre Éducation nationale : Suédois, Allemands, Anglais réussissent mieux pour moins cher : n’y aurait-il pas quelques leçons à en tirer ?

Parce qu’en France la culture n’est plus transmise. François Hollande ne lit jamais rien qui soit littéraire ou scientifique, il ne discourt que platement comme un haut-fonctionnaire formaté ENA. Sa ministre Belkacem casse tout ce qui marche – pas de jaloux – au prétexte de médiocrité égale pour tous. Nicolas Sarkozy est inculte, malgré ses efforts d’assimiler des fiches, et confond la salade et le séné, tourneboussolé avec tourneboulé. Ce qui vaut bien la bravitude de Ségolène Royal…

vote jeune front national regionales 2015 harris

L’analyse des votants FN montre que ce sont les jeunes peu éduqués qui sont les plus abstentionnistes mais aussi les plus partisans Le Pen. Contrairement aux plus âgés, marqués par l’histoire et leur éducation. La faute en est clairement à l’école et au système administratif du Mammouth qui ne savent pas transmettre, en faisant de la Shoah ou de la colonisation des « scies » qui ennuient – et suscitent par réaction leur négation. La faute aussi aux vieux politiciens qui s’accrochent ou qui se mêlent de Morâââle comme Jack Lang – 76 ans – plus vraiment en phase avec la société malgré son jeunisme exacerbé.

Place à un nouveau personnel politique, place au retour à l’histoire et à la culture française ! Tel sont aussi les messages du vote. Ce qui représente moins un « fascisme » (nous ne sommes plus dans l’histoire du XXe siècle) qu’un appel à retrouver la France – son histoire et sa culture dans toutes ses composantes (et pas seulement celle des immigrés ou celle des nomades américanisés).

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Au nom d’Allah le très haut, le tout miséricordieux

Eh oui, au-delà des huit terroristes dont cinq Français arabes mal dans leur peau issus de la délinquance, c’est bien d’islam qu’il s’agit… Plus de 130 morts et plus du double de blessés, malgré le raté du stade de France. Paris touché au cœur de son métissage bobo dans les quartiers mélangés du nord-est, Paris « la capitale des abominations et de la perversion », où « des centaines d’idolâtres » étaient réunis « dans une fête de perversité » selon le communiqué de Daech : ne voilà-t-il pas une conception de la religion comme quelque chose qui exclut plutôt qu’elle n’unit ?

Religion ou secte ? Si la religion unit les peuples et vise à l’universel, cette religion-là, l’islamique intégriste, salafiste issue du wahhabisme saoudien, est réservée aux seuls croyants, à ceux qui lui font allégeance. Miséricordieux, Allah ? Pour ceux qui se font sauter, ils le souhaitent ardemment, mais seulement pour eux – car ils imaginent aller direct au paradis peuplé de houris et d’éphèbes, où tout ce qui est « interdit » ici-bas est permis en-haut. Pour cela, il faut quitter ce monde mais, comme le suicide est trivial et mal vu, il faut le parer les palmes du martyre, entraîner avec soi des dizaines de mécréants comme hier les tribus ramenaient leurs lots de captifs voués à l’esclavage. Mais oui, c’est toujours bien de l’islam qu’il s’agit.

paris attentats du vendredi 13 novembre 2015 carte

Certes pas la version policée par les siècles de réflexions des érudits, mais celle des origines, toute à feu et à sang, où tous les autres, ceux qui ne croient pas comme vous, sont à zigouiller sans merci. Du temps où la gauche pensait (temps aussi lointain que celui où les bêtes parlaient), Cornélius Castoriadis le disait du communisme, cette autre religion dévoyée dans les massacres de masse. Pour sa démonstration contre, il prenait en exemple le christianisme, aux Évangiles pourtant nettement moins vengeurs que le Coran. Lui l’économiste de l’OCDE, psychanalyste et philosophe né Grec à Constantinople, devenu communiste pour résister aux nazis dans la Grèce de 1941, puis émigré à Paris où il rejoint les rangs trotskistes (comme Jospin) devant le cynisme antidémocratique du Staline après-guerre – lui n’avait pas de leçons à recevoir des » pseudo-intellos » (comme dit la ministre de gauche) qui ne lui arrivent pas à la cheville. « Pas d’amalgame » ? Nous attendons toujours la réforme de l’islam, comme fut celle du christianisme.  Castoriadis :

« Il faut aussi parler du destin historique du marxisme. Il est étrange de voir des gens qui se proclament marxistes ou veulent ‘défendre Marx’ et ignorent avec acharnement cette question. Pourrais-je discuter du christianisme en disant : ‘l’Inquisition, je m’en fous ; le pape, c’est un accident ; la participation de l’Église catholique à la guerre civile espagnole aux côté de Franco, ce sont des prêtres empiriques. Tout cela est secondaire par rapport à l’essence du christianisme, laquelle se manifeste dans telles phrases des Évangiles’. Le christianisme est une réalité sociale et historique instituée depuis deux mille ans : cette réalité, certes infiniment complexe et ambiguë, a quand même une signification que je ne peux à aucun moment ignorer ». Substituez islam à christianisme et vous aurez « la réalité sociale et historique » de l’islam – n’en déplaise aux bobos de gauche qui veulent tout minimiser au nom d’on ne sait quelle synthèse politiquement correcte.

Castoriadis poursuit : « Je ne peux pas faire autrement quand il s’agit du marxisme. Certes, il n’a pas deux mille ans, il n’en a que cent vingt (à la date d’écriture, en 1974), mais dont les soixante derniers sont historiquement très lourds. La réalité du marxisme est d’abord, à un degré écrasant et qui prime tout le reste, qu’il est l’idéologie dont se réclament les régimes d’exploitation et d’oppression totalitaire qui exercent leur pouvoir sur un milliard d’hommes et de femmes » p.55. Même chose pour l’islam : quelques dernières années « très lourdes » historiquement, « réalité d’oppression et de totalitarisme » sur les jeunes et sur les femmes principalement. Il n’y a de religion qu’incarnée, qu’elle soit chrétienne, musulmane ou communiste. On ne juge les arbres qu’à leurs fruits. Et c’est bien de l’islam qu’il s’agit.

Toute croyance est comme une drogue pour oublier sa faiblesse et son mal-être, toute croyance offre le refuge imaginaire où abdiquer sa liberté, dont on a peur. La croyance, qu’elle soit juive, chrétienne, musulmane, communiste ou autre, euphorise à petite dose, elle aide à supporter sa vie lorsqu’elle apparaît trop minable. À forte dose, elle conduit au délire, à quitter la réalité ici-bas pour le rêve en-haut, à mépriser la vie humaine et à désirer mort et destruction, souvent par compensation : ce qu’on n’ose désirer, il faut le détruire. Le Paris bobo du mariage homo ? La mixité festive ? Le sport qui unit blacks-blancs-beurs ? Il faut faire sauter toutes ces « perversions » dans des déluges de feu, comme Sodome et Gomorrhe.

Pour la secte islamique de Daech, la stratégie est d’utiliser les ressortissants d’un pays « impie » pour susciter une guerre civile dans ce « ventre mou » occidental qu’est l’Europe. Où l’islam est inféodé aux conservateurs algériens ou financés par des imams (parfois) fanatiques des Émirats et d’Arabie saoudite. Les États-Unis savent se défendre, on l’a vu en Afghanistan, en Irak, avec l’éradication de Ben Laden. Mais l’Europe ? Trop peu, trop tard, trop gênée par la culpabilité ex-coloniale et par la naïveté chrétienne (belge) ou de gauche (française). Utiliser les néo-musulmans des banlieues et des campagnes, pour près de 40% d’ex-cathos en manque de repères et d’obéissance, comme une cinquième colonne pour susciter lynchages, pogroms et montée du Front national, pour dresser basanés contre blancs, laïcs contre croyants – voilà ce qu’ils veulent. Sans parler de punir « au nom d’Allah le miséricordieux » tous ceux qui s’opposent à leur état islamique autoproclamé : Russie, Turquie, Liban, France. L’internationale de la terreur est l’autre nom du Komintern islamique. Car c’est bien toujours d’islam qu’il s’agit.

Le choix d’un vendredi 13, est-ce un hasard ? Il est curieux que personne, à ma connaissance, ne l’ait mentionné : le vendredi est le jour de la mort du Christ, où Adam et Ève furent chassés (dit-on) du paradis, où Caïn tua Abel, où Hérode fit massacrer les Innocents… Vendredi est le jour où débute le Sabbat et où surgissent démons et spectres. Selon la coutume arabe, il faut commencer les labours le vendredi : ce qui laisse augurer une suite aux attentats de Paris… Le 13 est le chiffre de la Cène où le treizième convive, Judas, trahit le Christ pour trente deniers. C’est aussi dans le treizième chapitre de l’Apocalypse que sont évoqués l’Antéchrist et la Bête. Est-ce vraiment un hasard pour ces « croyants » pénétrés de l’eschatologie du Livre ?

cornelius castoriadis une societe a la derive

Dans un autre texte, datant de 1992, Castoriadis parle de l’islam. « Que faut-il dire des autres ? Ceux qui, par exemple, sont prêts à tuer ceux qui ne pensent pas comme eux ? À tuer Salman Rushdie ? Est-ce qu’ils sont ‘inférieurs’ ? On dira aujourd’hui qu’ils sont différents. Mais nous ne pouvons pas tenir ce que nous pensons de la liberté, de la justice, de l’autonomie, de l’égalité, en nous contentant de parler de ‘différence’. C’est ce que fait pourtant l’immonde salmigondis pseudo-gauchiste, ou pseudo-démocratique contemporain, qui se limite justement là-dessus à des bavardages sur cette «’différence’. Il y a des gens qui croient à la liberté et à la démocratie, et puis il y a des gens qui croient qu’il faut couper les mains des voleurs. Les Aztèques faisaient des sacrifices humains. Est-ce une simple différence ? (…) Nous voulons instaurer une société autonome, et si nous le voulons, c’est évidemment que nous la jugeons préférable à toute autre forme de société actuelle ou envisageable, donc (…) supérieure. Mais sachant ce qu’est l’autonomie, et ce qu’elle présuppose, il ne nous passerait pas par la tête de vouloir l’imposer par la force aux autres. Il y a une fine crête sur laquelle aussi bien dans le présent que dans un avenir moins déplorable (…) nous devons marcher » p.123.

Nous devons être plus durs en ce qui concerne nos libertés, dont la première est la liberté d’expression.
Plus durs sur les valeurs qui sont les nôtres, laïcité et place des femmes.
Plus durs envers les iréniques, les cépaleurfôte, les protecteurs des pôvres ex-colonisés (le dernier il y a deux générations) qui ont bien « le droit » à la « compréhension » s’ils se vengent.
Plus durs contre toutes les croyances et leurs dérives sectaires.
Plus durs envers les imams qui prêchent la haine, l’islam qui ne se réforme pas et pour les voyous qui entassent des armes pour venger leur inaptitude.
Plus durs et plus clairs dans notre politique étrangère, parfois menée un peu trop légèrement, sans souci des moyens nécessaires ni des conséquences.

Pour le reste, François Hollande fait le boulot, il a enfin compris : consulter, décider, exposer – et agir vite – enfin !

Cornélius Castoriadis, Une société à la dérive – entretiens, 2005, Points essais 2011, 390 pages, €10.30

Islam et islamisme sur ce blog

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Fantasmes sur le net

L’éditeur d’un blog n’est pas seulement celui qui écrit, illustre et qui met en page. Il est aussi l’administrateur, celui qui dispose des statistiques de lectures, de requêtes et de redirections. A ce titre, l’hébergeur met à sa disposition toute une série de statistiques fort précises sur les mots-clés qui permettent d’arriver sur le blog.

Nombre de ces mots-clés ne sont pas mentionnés ni illustrés forcément dans le sens que la requête demande : si vous cherchez « table » dans l’œuvre de Shakespeare, vous allez forcément tomber dessus – et ce n’est pourtant pas le thème d’une quelconque pièce ou poème. Même chose pour les blogs : le mot « noir » peut être mentionné pour un tableau, un ciel ou un chat – il sera retenu par les moteurs de recherche aussi pour les humains. Pareil pour « sexe », même s’il s’agit de celui des anges ou du synonyme du mot genre.

La lecture des mots tapés sur les moteurs pour aboutir sur le blog est édifiante, non seulement pour l’orthographe ou la syntaxe (tous les francophones ne sont pas également lettrés), mais pour les fantasmes qu’ils révèlent. J’en prends quelques exemples, tirés des statistiques de WordPress pour ce blog.

On constate aisément que les requêtes au hasard ont peu de choses à voir avec les articles les plus lus :

Exemples de requêtes :

requetes blog

Articles les plus lus :

articles phares blog

Le fantasme se dit fantasy en anglais, faux-ami qui montre cependant combien l’amour est enfant de Bohême, le scénario imaginaire (ainsi que Freud définit le fantasme) est proche de la liberté fantaisiste. Le fantasme met en scène un désir, mêle l’inconscient et le conscient, le reptilien et le cortex. Ainsi cette requête (orthographe respectée) : « filles togolaise de 16 ans qui cherchent des garçons adolescent poue les niquer », ou celle-ci : « noire viola une fille on lecole », ou encore toute une histoire en quelques mots : « jeunot a porte les courses a victoria qui dormait porno ». Les quêteurs sont probablement des garçons, issus de minorités ethniques, qui voudraient bien savoir comment séduire soit en se laissant faire avec les filles en manque, soit en dominant une fille plus ou moins forcée.

Il y a plus doux : « photos sexy filles a maillot mouiller avec leur tetons qui poitent », « en classe avec son peni décalotté », et plus immédiatement utilisable en pratique : (requête fille ?) « comment faire entre la mais dans la culotte d’un garcon pour sentir sa bite », (requête garçon ?) « partie a caresser d la meuf » (pour répondre à cette question utilitaire, consultez par exemple Doctissimo). Sibyllin : « je besoin l’adresse d’une femme libre qui cherche l’amitié et surtout une femme d’arabie saudit ». Ou encore, enthousiaste : « le plus beau corps feminin nue du monde » (mais chacun a ses goûts).

girodet pygmalion et galatee detail

Lacan a prolongé la définition du fantasme en montrant combien tous les mots accolés parlent plus encore que le personnage principal. Ainsi cette interrogation : « une fille nu uro sous la plui » ou celle-là : « jeune mec se fait baiser par une racaille dans un cion de rue », ou encore cette impossibilité organique : « baise de pre ados gai ». On voit sans peine que ce ne sont ni la fille, ni le mec, ni le garçon qui compte dans le fantasme, mais toute la mise en situation autour (« sous la pluie », « coin de rue ») et toute la radicalité symbolique de l’autre (« nu uro », « racaille », « préado »). Le désir fantasmatique est amplifié par ces détails que sont la nudité sous l’eau qui tombe (uro veut dire se pisser dessus), la baise en lieu public isolé avec un brutal frustre ou la fiction qu’un préado puisse être « gay » (cet âge n’est pas fixé).

Même chose pour ces jolis « beurs niqueurs scouts » et « fils generaux algerien porn » : le fait que les beurs (qui font la requête ?) se projettent en « scouts » (réputés vivre sensuellement entre eux dans la nature) ajoute du signifiant au scénario ; pareil pour les fils de généraux, fantasmés comme riches et puissants, donc libres de réaliser leurs désirs plus facilement pour l’Algérien moyen.

Ce pourquoi la syntaxe du fantasme peut être contradictoire, comme « femme en uniforme nue qui baise par un chasseur » : ce qui compte est d’accoler la nudité à l’uniforme dans l’imaginaire, pas de constater dans la réalité que ce ne peut être seulement ou l’un ou l’autre… Ou encore ce charmant « homme qui se fait defoncer le cul par une femme hermaphrodites » : quel intérêt que ce soit « une femme » ? Le clou revient quand même à « mourir torse nu » où le summum du désir semble être atteint dans le masochisme – souffrir, être nu, pour l’ultime fois. Ce que Freud appelle un « refoulement originaire » dans Un enfant est battu, 1919.

La requête peut être aussi en complet « délire », ce qui est défini par Freud comme une reconstruction du monde extérieur par restitution de la libido aux objets. Ainsi « egypte tintin circoncit femme » : la réalité est occultée complètement au profit de ce qui complaît à la foi. S’il y a très rarement des femmes dans Tintin (en raison des lois cathos sur la jeunesse), il ne saurait y avoir une quelconque circoncision pratiquée par le héros (de quoi être interdit dans la monarchie bruxelloise) – et l’Égypte n’est évoquée que par les « cigares du Pharaon » (quoique que le mot cigare soit ambigu dans l’imaginaire sexuel). De même, « oser le nu dans les tribu tribal » marque une particulière ignorance de ce que signifie une tribu (puisqu’elle doit être en plus « tribale » !) et comment une tribu sauvage (sens probable du fameux adjectif « tribale ») vit couramment : nue. Dès lors, qu’y a-t-il à « oser » ? Le garçon comme la fille fait comme tout le monde dans cet univers tribal où tout est codifié et où chaque âge est initié en son temps : il et elle sont nus… naturellement, sans avoir rien à « oser ». Le « péché » n’existe pas lorsqu’on obéit tout simplement aux normes de sa société, il n’y a que les religions du Livre qui soient totalitaires.

Lorsqu’on lit « femme jeune de 12 ans qui aime baiser », on se dit qu’il y a contradiction (on n’est pas « femme » à « 12 ans »), puis l’on se dit que la requête émane très probablement d’une secte religieuse particulière qui trouve la situation normale (Mahomet s’est marié avec une fillette de 9 ans – mais tout l’islam ne le copie pas). Dès lors, il y a plutôt endoctrinement et hors-la-loi plutôt que simple délire. Mais ce n’est pas la gauche bobo, qui nie tout problème islamique, qui cherchera à approfondir : plutôt accuser un montage d’ado en slip dans une classe d’être « pornographique » sur un blog européen classique que condamner les pratiques réelles d’esclavage sexuel de fillettes de 8 ans des musulmans de l’état islamique et les appels à faire pareil sur les sites des blacks et beurs en France. Des fois qu’eux viennent vous égorger…

Le fantasme fonctionne aussi hors du sexe, avec les mêmes contradictions, telle cette mystérieuse (mais pas si fausse) « theocratie marxiste ». C’est vrai que « le » marxisme (qui n’est pas la philosophie de Marx mais une interprétation qui varie) a pour croyance de détenir « la » vérité de l’Histoire universelle et du Progrès, posé comme inéluctable par son propre mouvement. La philosophie – qui n’est qu’un regard porté sur le monde à un moment donné – devient alors une Bible, gravée dans la pierre pour l’éternité. Vérité qu’il faut donc imposer pour que l’Histoire accouche selon les lois. Mais on parle alors plutôt d' »idéocratie » – la précision des mots montre la rigueur de la pensée.

Explorer le monde actuel par les requêtes principales sur les moteurs, qui aboutissent au blog, est une expérience enrichissante. Plutôt que d’ignorer ce qui gène (le « déni » selon Freud), pourquoi ne pas voir ce qui est ? Plutôt que de foncer sur les moulins à vent (sans aucun danger), pourquoi ne pas dénoncer ce qui est grave (et qu’on ne veut pas voir) ? Toute la frivolité bobo de notre société de soi-disant « intellos » est dans ce grand écart.

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Camdeborde et Ferrandez, Frères de terroirs – carnet de croqueurs 2

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Yves Camdeborde est cuisinier restaurateur, il tient Le Comptoir au Carrefour de l’Odéon à Paris – il est aussi Béarnais et attaché à son terroir. Jacques Fernandez est écrivain-dessinateur, grand voyageur en Orient. Ils ont chacun le goût des produits et des gens, des pays et du savoir-faire. Ce gros album dessiné donne envie d’en savoir plus, par les papilles, de quitter le standardisé pour le personnalisé.

Il y a certes, en début de lecture, une petite musique de bon vieux temps, un brin de populisme anti-technocrate et le goût d’une certaine lenteur à vivre. Quelque chose comme Des racines et des ailes en distillent sur écran pour les retraités, sur fond de musiquette optimiste, moraline écolo et discours modulé tout le monde il est beau et gentil. Mais cet album dessiné va bien au-delà, heureusement.

L’album répond aux questions traditionnelles que se pose tout lecteur désireux de comprendre de quoi il retourne : qui, quand, quoi, où, comment, pourquoi.

Yves Camdeborde est un cuisinier formé durant des années par le maître Christian Constant avec toute une équipe dont il a aidé chaque membre à s’installer à son compte ; l’album lui rend hommage p.104 avec ces conseils en or : « ne lâche pas, écoute, regarde, comprends ce qu’on dit, ce qu’on fait, et petit à petit, si t’es pas bête, tu vas t’y mettre ! ».

Mieux qu’à l’école, c’est l’expérience de la vie – pas tout seul, pas d’un coup, mais par croissance naturelle de l’être qui grandit et mûrit.

Aujourd’hui, après une génération de malbouffe acquise au lait de synthèse dès le biberon, puis dans la tambouille pas cher des cantines scolaires, avant le fast-food ado et le stress de « la génération zapping, des jeunes qui n’ont pas envie de passer deux heures à table » p.24, la gastronomie retrouve un avenir.

A cause notamment des cancers dus aux pesticides, de réchauffement du climat dû aux transports longue distance, de mauvaise santé générale due à la dégradation des aliments et de l’alimentation, de la mode bio et « slow food » – cette invention non-française que les Français auraient pu inventer s’ils n’attendaient habituellement pas tout de l’État et de l’Administration…

fernandez camdeborde freres de terroirs 2 transmettre lait p tits bearnais

Le produit retrouve sa noblesse, comme le client. Blé, vin, vache, cochon, couvée, légumes doivent pousser, être élevé avec amour et savoir-faire, être traités « comme un bébé », soigneusement sélectionnés et livrés à temps pour la cuisine de saison. Miel de Corse, cochon noir de Bigorre, vins des Corbières ou d’Arbois, vaches du Béarn, pain de Lannes ou Wattignies où officie un « fou » adepte de la mémoire de l’eau et des spirales galactiques, huîtres de Belon ou d’Arcachon, légumes bio de Saint-Coulomb ou herbes fraîches « oubliées » sauf des vieux grimoires de « la sorcière » bretonne diplômée d’agriculture et de botanique, cafés sélectionnés par un ex-historien prof en Sorbonne, et même cigares de Navarrenx élaborés en face de la grand-mère Cambeborde…

Au total 25 producteurs visités, présentés, cuisinés et admirés.

Les terroirs français sont de moins en moins nombreux et dispersés mais résistent encore et toujours à l’envahisseur, le Romain étant soit le fisc français (« ce qui est scandaleux, c’est que l’artisanat va devenir le luxe. Parce que c’est la main d’œuvre qui coûte cher. Fiscalement, tout te pousse à faire de la merde… » p.87) – soit le technocrate pas vraiment chou « de Bruxelles », corrompu « avec des normes que seules les grandes multinationales peuvent supporter. Ils veulent tuer les petites structures économiques. Il ne faut pas se faire d’illusions… Les politiques gouvernent mais les multinationales commandent » p.107.

Comment ? Par l’artisanat, l’enracinement et la transmission. Le produit, c’est la terre, le terroir où l’on est né, où des générations ont œuvré. Nombres d’anciens fonctionnaires corses ont ainsi repris les vignes du grand-père ou la cochonnaille traditionnelle ; les Béarnais veulent rester au pays, les Bretons faire vivre la Bretagne, un ex-étudiant d’école de commerce œuvrer dans la distribution juste à temps de produits d’exception.

Le bio ? Pas forcément, tout dépend du terroir et du climat – mais le « naturel », oui. J’aime bien cette tempérance, loin des ayatollahs écolos qui se réjouissent de prédire la catastrophe pour demain.

L’album montre ce goût très individualiste, très paysan, du travail bien fait, du métier lentement appris et perfectionné par soi-même, tellement ancré dans la mentalité française. « L’artisanat est viable en France. Faire de la qualité, être heureux et fier de ce qu’on fait !… », s’exclame Yves Camdeborde dessiné par Jacques Ferrandez p.93. « Moi, je refuse de travailler avec des produits industriels de merde !… Je vais perdre la joie, je vais perdre la passion, je vais perdre le plaisir !… » a-t-il déjà éructé p.31.

Philippe d’Iribarne a étudié cette particularité typiquement nôtre qu’est « la logique de l’honneur » – issue tout droit de l’Ancien régime, malgré la république, malgré le « socialisme » ! Ce que dit le sociologue : « ne pas avoir à obéir à un patron, n’avoir pas besoin de se vendre à un client, n’être au service que de l’intérêt général, c’est-à-dire en quelque sorte avoir une mission reçue d’en haut, pouvoir faire bénéficier de sa bienveillance ceux en faveur de qui on agit, sans avoir à tendre la main pour qu’ils vous rétribuent, autant d’éléments d’un service éminemment noble » – est repris tel quel par Pierre Mateyron, éleveur de porcs noirs du Gers : « Qu’est-ce qu’ils ne font pas, les autres ?! La qualité, le naturel, le temps, la sagesse et les choses simples !… » p.71 – ou par Maxime Magnon, vigneron des Corbières : « Au moins, tu as la fierté d’avoir construit quelque chose ! Ta réalisation personnelle ! » p.83.

Et la lectrice ou le lecteur amateur de confitures apprendra enfin pourquoi, page 95, la bassine de cuivre est bien meilleure pour le goût du fruit.

La finalité de toute cette chaîne de labeurs et de métiers est sans doute de vivre mieux, plus en accord avec la nature, avec les ressources limitées, avec les autres, avec soi. « Y en a qui ne réfléchissent plus. Ils te cherchent la petite bête parce que tu n’as pas le label bio, mais ils achètent du bio qui vient du Chili par avion… » p.26. La bêtise du bobo à la pointe de la dernière mode est insondable.

Car la course à la productivité agricole est contreproductive, appauvrissant les sols, la planète, les aliments et le sens du goût – en bref le bonheur de vivre. L’efficacité maximum passe par le processus ininterrompu qui va du champ à l’assiette, du mode de culture à l’honneur paysan, du savoir-faire gastronomique à l’équipe de cuisine. « Derrière chaque produit, il y a des gens que je connais et je pense à eux quand je cuisine, quand j’ouvre une bouteille… », conclut Yves Camdeborde dans sa Préface – si j’ose cet oxymore (mais une préface est souvent une conclusion).

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A lire pour en savoir plus, à relire pour les adresses précieuses des bons producteurs locaux, à cuisiner car 7 recettes sont données, prêtes à élaborer – et à tester car le restaurant Le Comptoir et son bistrot L’Avant-Comptoir vous attendent au 9 Carrefour de l’Odéon à Paris.

A méditer aussi, le bien-manger étant plus qu’un art : une philosophie, comme le disait si bien Montaigne.

fernandez camdeborde freres de terroirs 1

Yves Camdeborde et Jacques Ferrandez, Frères de terroirs – carnet de croqueurs 2 – été/automne, éditions Rue de Sèvres 2015, 117 pages, €22.00

Déjà édité :
Yves Camdeborde et Jacques Ferrandez, Frères de terroirs – carnet de croqueurs 1 – hiver/printemps, éditions Rue de Sèvres 2014, 115 pages, € 22.00

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Emmanuel Le Roy Ladurie, Montaillou village occitan

le roy ladurie montaillou village occitan

J’avais 20 ans lorsque j’ai lu ce livre pour la première fois et je viens de le relire pour une randonnée en pays Sabarthès. Il explore les registres d’inquisition de l’évêque de Pamiers Jacques Fournier, juriste et enquêteur méticuleux qui deviendra pape en 1334 sous le nom de Benoît XII. Il n’hésitera pas à faire arrêter une année toute la population du village au-dessus de 12 ans ! L’Église, à cette époque, était totalitaire : qui ne pensait pas comme elle était suppôt du Diable. Montaillou est un village fermier des pré-Pyrénées ariégeoises, vers 1300 m d’altitude. L’isolement, la vie très communautaire, les frasques des curés catholiques, font se tourner volontiers les habitants vers le catharisme 50 ans après la chute de Montségur. Le catharisme est un christianisme populaire, de bon sens, régénéré des origines sur l’exemple des apôtres mêmes. L’Église catholique le déclare « hérésie » par un coup de force moral, afin de disqualifier ces idées qui ne passent pas par ses clercs et pour punir ceux qui ne payent pas l’impôt d’agnelage.

Ce gros pavé d’ethnographie historique pourrait être indigeste, mais à la fois le registre très près de la vie quotidienne des habitants et le style de l’auteur imagé et un brin démagogique, en font un bon ouvrage de chevet lisible par tous. Surtout à l’époque de sa parution, avant Internet et à quatre chaînes de télé seulement, où les gens un peu cultivés avaient pléthore de temps.

Deux parties dans ce monument : l’écologie puis l’archéologie de Montaillou.

La première analyse la façon de vivre : la maison et le berger. L’existence s’étend entre la domus (maisonnée au sens large, familial et domestique) et la cabane (l’élevage et la transhumance des moutons sur les hauts pâturages). Pour être passé dans la région récemment, cela n’a guère changé, l’électricité en plus.

La seconde partie creuse les mentalités, le sexe, les stratégies de mariage, l’éducation par les aînés, les parents et le village, les réseaux culturels liés au fait de savoir lire, les lieux de rencontres que sont la taverne et la messe, le sentiment de la nature et du destin, la pratique religieuse entre la Vierge et tous les saints, les prêches des bonshommes, la pauvreté et le travail, le folklore et le sentiment d’au-delà.

En 1975, il y a 40 ans, ces thèmes ont rencontré la mentalité française. Le livre s’était déjà vendu à 129 000 exemplaires fin 1978 et se trouve aujourd’hui traduit en 21 langues. L’émission littéraire Apostrophes de Bernard Pivot le 15 septembre 1978 n’y est pas pour rien, Le Roy Ladurie ayant été invité par François Mitterrand lui-même, pas encore président. Mais cet engouement « de gauche » pour Montaillou prouve la nostalgie – paradoxale pour des « progressistes » – de cette France rurale et communautaire du « bon vieux temps » qui était en train de disparaître – et que Mitterrand accélérera malgré son affiche électorale sur « la force tranquille » sur fond de clocher campagnard.

C’était la grande époque du chèvre chaud-salade, des sabots suédois et des poutres apparentes, la mode des petit-bourgeois urbains issus de paysans, pour la plupart fonctionnaires, qui se découvraient un sentiment de classe et qui ont voté avec optimisme à gauche dans les années 1975-1985. Emmanuel Le Roy Ladurie, en 1975, se met à leur portée : il parle comme eux, avec ces tics d’époque que sont « au niveau de » et l’usage dans le vent d’une pléthore de mots américains devenus ridicules aujourd’hui dans la conversation : fifty-fifty, revival, challenger, meeting… Il n’hésite pas, lui historien universitaire, à causer familier, voire cru : « A cousine du second degré, enfonce-lui tout », écrit-il plusieurs fois (dont p.437) pour dire les limites de la prohibition de l’inceste au village.

Montaillou excitant : il parle sexe et entraide, féminisme et sodomie, révolte morale contre les puissants du Nord (le roi de France) et de Rome (le pape corrompu). La fornication simple n’était pas un péché à condition que les deux y trouvent plaisir, l’homosexualité (péché des villes et des intellos) n’est pas plus grave (p.243), l’amitié se gradue entre frères, amis et compères (p.183). Un petit air de mai 68, déjà, semblait régner au village.

Montaillou occit tant : l’auteur évoque cette Occitanie opprimée comme une colonie, ces croyants égalitaires cathares réprimés, emprisonnés, brûlés, ce qui parle aux gens de gauche volontiers pro-FLN, pro-palestiniens et anticapitalistes. Par ses oppositions entre domus et cabane, mâle et femelle, adulte et jeune, lettré et analphabète, il caresse le schéma en noir et blanc d’époque, gauche contre droite, à l’œuvre dans les petits esprits. Courant souterrain de la mentalité française des années 1970 imbibée du marxisme simplifié par Staline qui interprète l’histoire avec ses œillères idéologiques, croyant « comprendre » ce qui au fond n’a rien à voir.

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Commençait déjà le stade sans mémoire où le « patrimoine » était d’autant valorisé que chaque génération se croyait la première, après 1968, pour inventer le monde nouveau. Le registre de Jacques Fournier conte une époque sans lettrés où l’histoire populaire est à plat, sans mémoire, le grand-père appartenant déjà pour ses petits-enfants à « un temps mythologique« . L’auteur note que ce temps rencontre le nôtre (en 1975), l’inculture et le zapping de la génération toujours neuve ignorant à dessein passé et traditions, sauf pour y sacrifier en chœur dans ce collectif obligé par les politiciens qui tentent de faire croire périodiquement qu’ils représentent la France. « En notre époque de message télévisuel et de massage télé-auditif, tous deux abolisseurs des logiques livresques, les procédés de l’histoire immédiate, du suspense, de l’énigme policière et du nouveau roman retrouvent sans effort les vieilles et simplistes méthodes qu’employaient en 1320, avant la ‘Galaxie Gutenberg’, les narrations du berger, vierge d’imprimerie et même d’écriture » p.430. L’avènement des petit-bourgeois socialistes, désormais installés et vieillissants, n’a fait qu’accentuer ce travers – dont on mesure aujourd’hui les méfaits, de l’école qui n’enseigne plus au terrorisme issu du manque de sens et de la dépravation bobo des mœurs.

Le Roy Ladurie, qui avait à se faire pardonner des parents collabos sous Vichy (dont un ministre), cite Nietzsche à contresens et même Céline (ce que l’histoire de Montaillou ne demandait pas), tout en érigeant autour de cette audace un mur de politiquement correct d’époque devenu risible à la relecture. Mais c’est qu’il fallait « se positionner », montrer clairement (même dans un ouvrage qui se voulait scientifique) de qui on « faisait le jeu ».

La lecture de Montaillou aujourd’hui reste agacée de ces scories idéologiques qui gâchent l’expression. Mais la plongée dans la vie quotidienne à la fin du moyen-âge d’un village de bergers reste un grand moment de l’histoire nationale. Elle montre l’existence ancestrale des petites gens, l’oppression des puissances intellectuelles et politiques sur le bas peuple, la trahison des clercs et les dénonciations anonymes, les liens transfrontières qui se nouaient déjà par vagabondages, commerce et transhumance tout autour du bassin méditerranéen. Une sorte d’éternité moderne, si l’on ose cet oxymore… À déguster par petites doses, les 28 chapitres fournissent ample matière à plaisir et réflexion.

Emmanuel Le Roy Ladurie, Montaillou village occitan de 1294 à 1324, 1975, Folio histoire 2008, 640 pages, €11.90
Format PDF €11.99
Format ePub €10.99

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Écologie et gauchisme : Eva Sas, Philosophie de l’écologie politique

Eva Sas Philosophie de l ecologie politique
François de Rugy, député, quitte EELV, parti accusé de « sectarisme gauchiste »; Jean-François Placé, sénateur, menace de le faire lui aussi et déplore les petits arrangement arrivistes de Cécile Duflot. L’écologie est-elle un avatar mai 68 du gauchisme pour bobos arrivés ? Un petit livre paru il y a 5 ans y répond…

Économiste sociale au sein d’Europe Écologie Les Verts et député de l’Essonne, Eva Sas tente une synthèse idéologique sur les fondements du parti. C’est intéressant, mais n’englobe au fond que l’écume des choses. Comme si elle avait voulu collecter des idées pratiques, politiquement utilisables dans les débats, plutôt que de replacer l’éco-logie (la science de notre habitat) dans son contexte historique.

Pour elle, tout commence en mai 68. Avant ? – Rien. Après ? – Tout.

Les années 1970 font prendre conscience d’un monde fini (mais Oswald Spengler l’avait dit en 1918 et Paul Valéry en 1919 – Épicure pointait déjà la petitesse de l’homme dans l’univers infini)… Cette génération bobo – Eva Sas est née en 1970 – croit que tout commence avec elle, notamment la philosophie. Elle fait donc de l’écologie politique le bras armé d’une doctrine qui combat l’homme (mâle, car Eva Sas est aussi féministe) comme maître et possesseur de la nature selon Descartes qui reprenait la Bible.

Pour que ces idées soient utilisables, il ne faut pas remonter avant mai 68 (que tout le monde connait) et ajouter les réflexions de l’École de Francfort (Jonas et Habermas) sur la refondation éthique après Auschwitz. Ainsi reste-t-on dans le vent, politiquement correct et tout empli de bonnes intentions.

Rien n’est faux, dans ce qu’expose Eva Sas, tout juste un peu rapide parfois – mais clairement orienté vers l’usage politique. Sa troisième partie sur le « nouveau paradigme » de l’écologie politique est le plus faible du volume. Les parties 1 et 2 méritent la lecture pour recentrer les idées de notre temps sur notre temps : « la pensée 68 contre une société en perte de sens » et « la refondation de l’éthique : retrouver du sens ». Mais comme tout cela est dialectique, hégélien, présenté comme inévitable !… Thèse, antithèse, synthèse – et voilà le paradis retrouvé. Sauf qu’il reste à construire, et que la « pratique » arriviste agressive des Duflot et autres écolos politiques français ne donne vraiment pas envie.

L’écologie serait, selon l’auteur, « forcément de gauche » car le monde limité exige une répartition selon la justice, donc un « besoin de régulation » contre les intérêts forcément égoïstes. Mais en quoi « la gauche » est-elle une catégorie encore pertinente dans le monde clos globalisé ? Justice et régulation sont les maîtres-mots, autre façon de traduire le « surveiller et punir » du soixantuitard Michel Foucault. Certes, la « démocratie participative » chère à Pierre Rosanvallon est préconisée, bien qu’on ne la voie guère en actes dans le parti vert, qui démontre que « l’exigence » écologique se traduit bien souvent dans l’urgence par la coercition.

Selon l’auteur, Mai 68 a été « une émancipation libertaire contre un ordre social figé » (bien qu’issu de ce bouillonnement idéologique, politique et social de la Résistance oublié par l’auteur, dont Stéphane Hessel a rappelé les fondements dans Les Indignés). L’humanisme universaliste réduit l’Homme à l’abstraction d’une norme et évacue les déviants (Michel Foucault) – ce qui n’est pas faux. Il faut reprendre Nietzsche pour établir que toute norme est aliénante, y compris l’universel, et revivifier la force vitale comme vecteur en interactions avec d’autres. Tout cela tire l’écologie vers le vitalisme et l’organicisme contre-révolutionnaire…

D’où le battement inverse « de gauche » : le productivisme privilégie les besoins matériels alors que les besoins affectifs, artistiques et spirituels sont négligés. La consommation est fondée sur l’illusion du désir et la croyance que le nouveau est toujours mieux. Ivan Illich est convoqué pour démontrer que l’homme est esclave de la technique (mais Nietzsche et Heidegger l’avaient dit bien mieux avant lui). La technique induit des monopoles radicaux comme la voiture, qui exige de travailler pour la payer, permet d’habiter loin de son travail pour l’utiliser, exige de partir en vacances avec elle pour la rentabiliser. La technique force à la professionnalisation, donc formate une oligarchie du savoir spécialisé : nul habitant ne peut construire sa maison sans architecte, produire sa propre électricité sans EDF, se soigner sans médecin. Le savoir n’est plus partagé mais délégué à des experts, le vote remplace le débat, l’État-providence réduit la dépendance aux autres et engendre la bureaucratie des comportements. De tout cela il faut se libérer, dit fort justement l’auteur, pour la planète (objectif affiché) et pour réaliser l’utopie du jeune Marx de retrouver sa propre nature (objectif caché).

Rien n’est faux dans l’analyse, tout est biaisé dans la solution : pourquoi faudrait-il (impératif présente comme allant de soi) réaliser Marx ?

La seconde partie oriente plus encore, par Auschwitz et Hiroshima, le sens « à retrouver ». Malgré les progrès du Progrès, la technique et la démocratie, la barbarie reste ancrée en l’homme et la vulnérabilité de la nature est mise au jour (cette vision peut-elle être qualifiée « de gauche » ?). La Raison n’est pas neutre, selon Jürgen Habermas résumé par l’auteur : si la raison objective structure la réalité, la raison subjective sert les intérêts du sujet. D’où le recours à Hans Jonas et à son « Principe responsabilité ». Si le pouvoir humain d’agir s’étend à la planète entière, le pouvoir de prévoir reste faible ; il faut promouvoir une éthique de l’incertitude et le principe de précaution. La responsabilité est le corrélat du pouvoir : n’agis que si ton action est compatible avec la permanence de la vie. La nature aurait un sens, qui est de promouvoir la vie – et la vie serait « bien ». Voilà deux présupposés philosophiques qui ne sont pas discutés par Eva Sas.

Habermas réhabilite la raison vers « l’agir communicationnel » : la condition sens est l’entre-nous, les interstices du dialogue pour une compréhension commune. La vérité n’est pas en soi mais issue d’un consensus, ne sont valides que les actions pour lesquelles tous sont d’accord. Pour réaliser cet accord, la démocratie participative est indispensable, la légitimité est l’espace entre les sujets, pas les arguments pour ou contre ; il faut que chacun sorte de lui-même pour trouver une position au-dessus de tous. Cette utopie où se multiplient les « il faut » est-elle réalisable ? Ne s’agit-il pas plutôt de « convaincre » les réticents par propagande, rhétorique et coup de force de quelques-uns ? Encore une fois, l’usage de cette démocratie participative dans les congrès écolos français ne fait pas envie ! Or la légitimité commence par l’exemple…

La dernière partie, la plus faible, fait sortir le loup du bois : l’ambition écologiste (française) est de produire « un homme nouveau » pour « changer la vie ». Comme Lénine fondé sur Marx, dont Staline a prolongé le caporalisme bureaucratique.

Certes, l’homme multidimensionnel à la Marcuse est vanté ; certes, la liberté est présentée comme fondement de l’autonomie à préserver, qui est maîtrise du rapport à soi et au monde ; certes, la solidarité résulte des interdépendances entre les êtres humains et la nature, elle se construit dans le dévoilement sans fin des déterminismes. Eva Sas parle (comme Marx) de « conditions authentiquement humaines » pour vanter la démocratie participative + le principe responsabilité + la réduction des inégalités. Mais ces injonctions sont assez peu convaincantes, ancrées dans l’abstraction : aucun exemple précis n’est donné de la façon dont cela fonctionne concrètement.

Tout ce livre vise à montrer que l’écologie politique est « naturellement » la pensée d’aujourd’hui, la seule vraie pensée du « progrès » social désormais détaché du progrès économique. Pensée de combat, les notions telles que nature, nature propre de l’homme, vie, vitalisme, humanité authentique, inégalités, déterminismes – ne sont pas définie ni discutées, mais présentées comme allant de soi. Or rien ne va de soi : seule l’exemplarité du parti vert et de ses membres le pourraient. Nous en sommes loin.

Avec ce danger totalitaire du politiquement correct orienté vers le Bien : « C’est ce côté démocratique qui entraîne l’aspect idéologique, parce qu’il faut, pour cimenter les masses, une sorte de corps de croyance commune, donnée par le parti et le chef du parti, et qui caractérise cette espèce de monarchie nouvelle qu’est la monarchie totalitaire », analysait François Furet du communisme.

Un petit livre intéressant – pour savoir comment pensent les écolos idéologues – mais qui laisse insatisfait. On comprend pourquoi, en France, pays où les mots et la pose théâtrale comptent plus que les faits et les actes, l’écologie soit emportée par le gauchisme. Vieux reste métaphysique venu de la Bible et de Hegel…

Eva Sas, Philosophie de l’écologie politique – de 68 à nos jours, 2010, éditions Les petits matins, 134 pages, €12.00

Lire aussi dans ce blog :

Eloi Laurent, Social-écologie
Bourg et Witheside, Vers une démocratie écologique

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Vote obligatoire et socialisme autoritaire

On connaissait le socialisme des imbéciles, on sait l’échec du socialisme « réel », on croyait arrivé le normal-socialisme, on déplorait la moraline socialiste, on se moquait facilement de la gauche bobo, on savait pourtant que la gauche avait lâché le peuple, on comparait la régression socialiste en Chine et en France, on remettait en perspective dans l’histoire le social-individualisme, on pointait clairement l’ignorance socialiste du droit, on remarquait que la gauche morale se raccrochait aux branches – mais on avait oublié le socialisme autoritaire !

Car le socialisme à la française déteste la liberté.

Laisser aux gens le droit ou – pire ! – la « possibilité » de faire comme bon leur semble est inadmissible pour les missionnaires de la Vérité révélée du Progrès en marche vers l’Égalité pure et parfaite de l’Avenir radieux. Ne riez pas, telle est la croyance des socialistes, une véritable religion si vous creusez un peu.

Ainsi à la Mairie de Paris où l’ineffable Christophe Girard sous la houlette Hidalgo force les noms de rues politiquement corrects – par seule croyance idéologique – dans l’ignorance de la réalité des gens et de l’histoire.

Ainsi chez Renault : l’État entreprend de monter sa participation pour « forcer » (démocratiquement…) les actionnaires à consentir au droit de vote double pour ceux qui restent 2 ans. Y aurait-il en socialisme de « plus égaux » que les autres ?

Ainsi avec la loi sur le Renseignement où, sous prétexte de « terrorisme » (sur lequel tout le monde est d’accord), on va offrir la possibilité aux fonctionnaires de capter les informations de tout le monde, en tous lieux, pour toutes raisons de soupçons – et cela sans le contrôle du pouvoir judiciaire. Seuls des fonctionnaires « contrôleront » les fonctionnaires ! La dérive en « police politique » sera aisée – même si (pour l’instant) nous ne créditons pas ce gouvernement d’y viser. Mais est-ce prudent de laisser une grenade dégoupillée dans les mains de n’importe qui ? Surtout dans le futur.

Mais ne voilà-t-il pas surtout que, sur ordre de l’Olympe socialiste (qui vit aux Champs-Élysées pour ceux qui connaissent encore un peu ce grec que Belkacem veut éradiquer), Claude Bartolone vient de pondre un rapport (vite sorti et pensé légèrement) pour forcer les Français à aller voter à chaque élection ?

bartolonne

Votez sous peine d’amende !

Le « vote obligatoire » serait-il la panacée aux inepties de doctrine, au ministères du discours opposés aux ministères de gouvernement, aux lâchetés politiques, aux démissions de l’Éducation nationale confite en syndicats « réactionnaires » de gauche pour qui il ne faut surtout RIEN changer, aux mensonges les yeux dans les yeux des électeurs, à la médiocrité des candidats aux élections… On croit rêver : la fraternité socialiste « réalisée » serait décrétée d’État par l’usage d’un « droit » dont on ferait une obligation légale par la contrainte de la force publique. Comme sous feu le maréchal Staline.

En démocratie, la liberté prime l’État. Si c’est l’inverse, nous sommes dans un État totalitaire, absolument pas en démocratie, se décrétât-elle « populaire ». Le rêve du socialisme est le vieux rêve léniniste (qui n’était pas marxiste, l’ayant tordu à sa sauce activiste) : que tout fonctionne « à la manière de la Poste », du haut en bas, jugulaire-jugulaire. Un vrai fantasme administratif de fils d’ouvrier agricole autoritaire, formé aux épures matheuses niveau basique.

La Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen de 1789, grand mythe fondateur de la gauche croit-on, proclame pourtant clairement en son article 2 : « Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression. » Ou encore, en son article 5 : « La Loi n’a le droit de défendre que les actions nuisibles à la Société. » Conçoit-on que « le vote » soit une nuisance à la Société s’il n’est pas exercé ? Il n’est pas écrit que tous les citoyens ont l’obligation, ni même le devoir, mais que « Tous les Citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs Représentants » (article 6). Vous avez bien lu « droit » ! Rien de plus. Rien de l’obligation soviétique d’aller voter, par exemple…

C’était l’exigence des Lumières de convaincre les gens par la Raison. Ce devoir est bien mal rempli par un parti qui se proclame « de gauche » sans le prouver, qui promet monts et merveilles mais gouverne comme la droite précédente, qui se veut « normal » c’est-à-dire aussi mou et paresseux que sous Chirac, le charme personnel en moins mais le mensonge sur les « promesses » en pire. Le socialisme ne parvient pas à convaincre ? Changez de socialisme ! Les autres peuples européens l’ont fait et s’en portent très bien.

Non, en France on veut plutôt changer le peuple. Le socialiste ne se remet jamais en question, vieux tropisme catholique-romain mâtiné de machisme latin qui veut que le plus sage et le plus avisé soit le plus vieux et le plus puissant – comme si nous étions encore dans un groupe de singes. Or « la démocratie » implique la participation. Et l’on ne fait pas « participer » le peuple simplement en lui demandant d’approuver, ni en le forçant à élire les candidats socialistes.

Mais ni la religion d’État (ce laïcard-socialisme issu tout droit du catholicisme social), ni l’éducation « nationale » du tous-pareils notés sur vingt, ne préparent le peuple à participer, faute de savoir s’exprimer autrement qu’en gueulant avec 300 mots ou en cassant lors des manifs et, pour les plus évolués, en boudant lors de « grèves » aussi interminables que floues. Quand on n’apprend pas à développer cet élément de base des droits de l’Homme qu’est « l’expression » (sans laquelle le « droit d’expression » se résume à des coups, des borborygmes ou des balles de kalachnikov), comment oser exiger des citoyens qu’ils viennent « participer » ?

Plutôt que de rendre le vote obligatoire, proposez de rendre l’expression orale et écrite obligatoire dans les écoles, Monsieur le président de l’Assemblée nationale !

Ouvrez les débats citoyens, les référendums d’initiative populaire, abaissez le droit de vote à 16 ans avec éducation au droit à l’école, forcez au non-cumul des mandats pour que les élus soient vraiment au service des électeurs, développez le contrôle des élus par les citoyens.

C’est ce que demandaient Los Indignados en Espagne : « Ce que nous réclamons, c’est que le Gouvernement établisse des mécanismes pour que les gens puissent contrôler ce que font les hommes politiques. Actuellement, en dehors du vote, il n’y a pas de moyen de le faire et les élus ont carte blanche toute la durée de leur mandat. »

C’est aussi, plus simplement, ce que préconise Pierre Rosanvallon dans un livre de 2008 déjà, ancien syndicaliste de gauche proche du socialisme. Mais c’est probablement trop fort pour Monsieur Bartolone, qui n’a peut-être jamais eu le temps de le lire, ni de le penser par lui-même.

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Certes, des arguments sensés existent, et le vote obligatoire est pratiqué sous des régimes tels que la Belgique, la Grèce, le Costa Rica, le Brésil et la Turquie… mais constate-t-on que la politique se porte mieux dans ces pays ?… Au contraire, l’Australie et les Pays-Bas sont revenus sur une telle obligation : cela ne voudrait-il rien dire ? Un socialiste français se croit-il plus intelligent ou plus avisé que les autres ? Ou se défausse-t-il de ses carences sur le commode bouc émissaire de l’abstention – sans s’interroger sur son pourquoi ?

Disons-le tout net : le vote obligatoire n’est pas démocratique. C’est la subversion d’un droit en contrainte. C’est le recul de la liberté au profit de quelques-uns, ceux qui se croient investis d’une mission de sauver les électeurs malgré eux, les considérant comme des immatures, ouvriers, infantiles. Ce sont en effet parmi ces catégories que l’on trouve le plus d’abstention, dit-on.

Il s’agit donc bien d’éducation et de formation, d’intérêt pour les candidats, de conviction que son vote peut influer sur le cours des choses : pas de paresse ni de refus d’être un citoyen. D’ailleurs, l’abstention est-elle grande aux élections présidentielles ou au municipales ? Non, bien sûr, parce que les électeurs voient directement leur intérêt personnel direct dans de telles élections. À l’inverse des dernières « départementales » où personne ne savait plus à quoi va servir un département, censé disparaître en 2021 selon Valls – quand même Premier ministre. Il s’agit donc de séduire, pas de punir ! Et de proposer des urnes désirables – où les promesses se réalisent ou ne sont pas proférées à la légère.

urne seins nus

Si la proposition de loi est votée par une Assemblée à la botte, l’inévitable va se produire :

  • la « résistance » d’une grande partie de la population qui préférera payer l’amende (à condition qu’il y ait assez de flics pour les y forcer) – se défaussant par l’argent du devoir civique (bel exemple de « socialisme » !)
  • le « tant pis pour vous ! » d’une autre partie de la population qui fera exprès de voter populiste ou extrémiste – ou qui systématiquement va sortir les sortants
  • la manifestation plus grande qu’auparavant du vote blanc (enveloppe vide ou papier vierge) ou du vote nul (injures gribouillées sur le bulletin du candidat) – en ce cas : pourra-t-on encore « ignorer » le vote blanc ?

Il faudrait la voir la tête du Bartolone lorsqu’il se verra « élu » par seulement 13 ou 15% des électeurs inscrits… Son « mandat » sera-t-il légitime ? Pourra-t-il toujours prétendre agir pour le bien de tous, si ces tous se réduisent à presque rien ? Il y a décidément de vraies têtes de linotte dans le socialisme à la française. Et un vieux tropisme autoritaire qui ferait bien préférer l’original à la copie.

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Michel Leiris, Fibrilles – La règle du jeu 3

michel leiris fibrilles
L’auteur accentue ses défauts dans ce volume linéaire, divisé arbitrairement en quatre chapitres. On ne se refait pas, surtout passé 60 ans ; les défauts ressortent. L’auteur ne sait pas aller au but, il n’en a pas la volonté, il ne sait que penser autour, laissant l’impensé au cœur. Le lecteur ne peut s’étonner qu’il ait eu besoin de la psychanalyse.

Nous avons donc une suite de phrases, longues, souvent intellos, parfois avivées par l’action, « la formulation écrite de cet immense monologue » dit-il p.591 Pléiade. Quelques anecdotes égayent cette litanie du moi en voyage, « le tout s’accumulant sans grand profit en une profusion baroque » à la manière de cet « esbroufeur professionnel » (p.706) vu à l’Alhambra de Paris à 14 ans.

L’auteur rappelle ses errances accompagnées en Égypte et en Grèce, puis à Kumasi en Afrique et dans la Chine de Mao en 1955, et même son suicide raté volontairement (ce grand voyage), mais avoue qu’il faut toujours lui tenir la main. Il ne sortirait pas tout seul de sa coquille de confort – somme toute bourgeois. Révolutionnaire en idées, oui, en actes, surtout pas ! Cela dérangerait ce perturbé d’origine. Un bel exemple de l’égoïsme bobo parisien des années où les intellos se prenaient encore pour les juges des valeurs sur le monde entier… « Quand j’aimerais être ailleurs j’ai peur de m’en aller d’ici, et ailleurs, quand j’y suis, ne m’apporte guère de repos, soit qu’il continue d’être ailleurs et que je m’y sente désorienté, soit que m’y suive un regret de ce que j’ai quitté, soit que cet ailleurs ne puisse être un ici que de façon trop fugitive pour que je l’estime autre que dérisoire » p.599.

Les fibrilles sont les éléments allongés des fibres musculaires, une chair réactive qui se contracte et se rétracte selon l’environnement. Tout comme l’auteur, dont j’avoue non seulement qu’il m’ennuie, mais qu’il est humainement déplaisant, trop centré sur lui-même, trop velléitaire par la seule pensée sur les autres. Il n’aime que lui, et les images chéries que les souvenirs font ressurgir des autres. Il n’aime pas les autres, sinon de façon abstraite, le peuple « exploité » en général, les masses en mouvement chinoises, les « naturels » africains. Tous ces êtres ne sont que des catégories à classer, qu’il préfère aimer loin de lui, de son appartement au 4ème étage du quai des Grands Augustins, dans le 6ème arrondissement parisien. « Mauvaise conscience mise à part, le rigorisme des faiseurs de plans est cependant pour moi une cause de malaise et m’oblige à me poser personnellement cette question : est-ce agir dans un sens correct (pour soi comme pour ceux qui viendront après) que travailler à quelque chose dont on sait que chacun doit s’y consacrer pleinement (la demi-mesure étant exclue en matière de révolution) mais dont on sait aussi qu’y adhérer sans réserve peut amener à se nier en ce qu’on a de plus intime et tuer ainsi dans l’œuf ce qui serait votre véritable apport à l’œuvre collective ? » p.550.

Ce velléitaire n’est à gauche que par confort intellectuel, tout son milieu parisien des sciences humaines et de la littérature se voulant « révolutionnaire ». Il n’est pas authentique mais apparaît comme « un salaud » au sens de Sartre, un esclave du plus fort. « Me situer politiquement ‘à gauche’ (dernier et pâle avatar de ma croyance en l’impossibilité d’être à la fois poète et respectueux de l’ordre établi) » p.756.

Il se sent écartelé entre « la poésie » africaine (qui est plutôt sensualité pour le nu et la sexualité directe) et « la sagesse » chinoise du Grand bond en avant maoïste (avant la Révolution culturelle qui allait révéler ce que l’instituteur promu avait de dictatorial et de manipulateur, responsable de millions de morts dans son propre peuple, par famine et idéologie). Le passé et l’avenir, le bas-ventre et la raison – le cœur au milieu ? Jamais : Leiris est un « déséquilibré », alternant sans cesse entre le corps et l’esprit, « primitivisme » et rationalisme, sans jamais incarner la plénitude équilibrée des trois étages antiques (sexe, cœur, raison), plénitude revue par Montaigne puis par Pascal avec ses les trois ordres de la chair, du cœur et de l’esprit et par Nietzsche avec les instincts, les passions et l’intelligence. Il se tourmente, un brin sadique, sexuellement tourmenté.

torture ado

Fibrilles paraît en 1966, au moment même de la Grande révolution culturelle prolétarienne confiée aux cinq Espèces rouges (fils de paysans pauvres, d’ouvriers, de martyrs, de soldats et de cadres révolutionnaires) qui doivent rééduquer ou abattre profs et intellos – en même temps que les cadres du parti adversaires de Mao… L’effondrement socialiste du grand récit progressiste en Chine fait s’effondrer le modèle intime de la Règle du jeu : Leiris voulait progresser dans sa connaissance de lui-même par les règles de la raison, tout comme la masse chinoise progressait par la raison marxiste pour accoucher de l’Histoire. Las ! Il n’y a pas d’Histoire comme dessein intelligent, mais un chaos d’où émergent des forces qui s’imposent un moment. Les paroles dites ne créent pas l’être, elles en sont le masque ; les mots sont des caricatures et des prétextes – une illusion. Se raconter – « ce livre, tissé de ma vie et devenu ma vie même » p.728 – ne fait pas accoucher de soi mais ne fait qu’embrouiller les souvenirs dans l’imaginaire. L’auteur construit son personnage, il ne se révèle pas tout entier – surtout à ses propres yeux.

Ce livre est-il un échec ? Non, une tentative littéraire. Nous ne sommes pas obligés de le lire mais qui aime bien la masturbation intello peut s’y plonger avec délices, il sera bien servi.

Michel Leiris, Fibrilles, 1966, Gallimard L’imaginaire 1992, 308 pages, €9.00
Michel Leiris, La règle du jeu, 1948-1976, Gallimard Pléiade, édition Denis Hollier 2003, 1755 pages, €80.50
Les oeuvres de Michel Leiris chroniquées sur ce blog

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Morne Paris de février

Il pleut fin février, les vacances sont venues, les Parisiens ont déserté.

ado solitaire paris jardin du luxembourg fevrier
Le jardin des sénateurs, au Luxembourg, est désert et un ado solitaire tente de placer des balles dans le filet ; même sans rivaux, il n’y parvient pas toujours.

ado qui suis je jardin du luxembourg paris
Un autre s’interroge face au Lion de bronze, dans les bosquets du même jardin : qui suis-je ? où vais-je ? que sais-je ?

institut monde arabe est charlie
Est-il « Charlie », comme il est affiché par conviction sur la façade de métal de l’Institut du monde arabe ? Un musulman s’est-il jamais prénommé Charlie ?

ado charlie devant institut monde arabe
Un ado a compris que ces slogans, ce volontarisme de propagande – qui ne veut pas voir simplement ce qui est – n’a aucun intérêt : il s’est couché au rare soleil de février sur les marches. Soumission ? Non, indifférence. Que les politicards blablatent, il ne lit pas Charlie ni n’a envie de se convertir à quoi que ce soit.

parti socialiste solde a paris
Surtout pas au socialisme, tant le parti socialiste n’a plus rien de neuf à offrir.  La boutique accouplée affiche les soldes, « deuxième démarque », tant personne n’en veut plus de cette religion socialiste usée jusqu’à la corde. Le « concept store » Cambadélis est mort. Pas la gauche, non, qui est un élan vers l’avenir, mais le parti, crevé de l’intérieur par le copinage, les zacquis et les tabous de la génération 68 au pouvoir – bien loin de la « révolution » qu’elle affirmait… lorsqu’elle était jeune et vivante.

arbre creve paris jardin du luxembourg
Crevé comme ces arbres du Luxembourg, en train d’être sciés pour être remplacés par de plus sains, de plus verts, de plus vigoureux.

Paris pont de l archeveche cadenas
Crevé comme ce parapet du pont de l’Archevêché, derrière Notre-Dame,  dont le poids des cadenas de la mode imbécile a fait chuter un élément dans l’eau. Comme une dent manquante dans une mâchoire branlante.

Paris square viviani effondre fevriver 2015
Crevé comme le jardin du square Viviani, face à Notre-Dame sur la rive gauche, dont un affichage de la Mairie illustre la langue de bois bureaucratique – typiquement socialiste (on se croirait sous Mao !). Manquent les « excuses » ou le « merci de votre compréhension » de rigueur depuis l’ère Chirac.

buvez du vin bar parisien
Buvez du vin ! affirme un caviste parisien pour redonner de l’optimisme à une ville qui sombre. Au moins c’est du vrai rouge, pas du rose fané…

gamins devant musee orsay fevrier
La culture officielle révérée par les bobos n’enthousiasme pas les gamins assis tournant le dos au musée d’Orsay : puisque tout se vaut, que la France n’a pas d’identité, que l’Occident est coupable quoi qu’il en soit (d’esclavage, colonialisme, exploitation capitaliste, pollution, pillage des ressources, impérialisme militaire…), laissons courir.

bouquinistes paris quai montebello
Même les livres ne les intéressent pas, les kids ; les bouquinistes n’attirent que les vieux, les provinciaux, de rares étrangers.

patinoire hotel de ville paris fevrier
Ce qui les amuse est la patinoire devant l’Hôtel de ville, une bonne idée Delanoë… quand la température s’y prête : ce n’était pas le cas en décembre (ouh, la facture d’énergie pour glacer une piste lorsqu’il fait 15° dehors !) mais c’est le cas en février, où les températures oscillent entre 2 et 10°.

Paris kid bd st germain en fevrier
Certains ont même chaud pour se balader bonnet sur la tête mais gorge nue.

Paris rue de l odeon sous la pluie fevrier
Paris, sous la pluie, prend parfois une brillance étrange.

velo sous la pluis paris quai malaquais fevrier
On y déambule en Vélib, sous la pluie, sur le quai Malaquais, devant la péniche-restaurant.

Paris louvre au port des saints peres
Paris s’engloutit dans les eaux, comme au port des Saint-Pères… Fin février, il valait mieux être ailleurs.

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Moraline socialiste

Balles tragiques à Charlie Hebdo, 12 morts. Les événements de janvier bouleversent les postures politiques, mais l’unanimisme en réaction à la barbarie fanatique ne fait que masquer les clivages. Puisque tout le monde – ou presque – se sent Charlie (sans décider entre « être » et « suivre » dans le slogan « je suis »), faisons vivre ce ton libertin qui, de Molière et Voltaire à Cabu et Wolinski – en passant par Flaubert, Daumier, Desproges et quelques autres – est un trait de la culture française. L’ironie plus que l’humour, la satire politique plus que la dérision : se moquer, c’est considérer l’autre, donc aimer s’affronter à lui civilement – pas le mépriser, encore moins le tuer ! Le véritable mépris se manifeste par la plus complète indifférence : on ne rit jamais de ce qui n’existe pas à nos yeux.

Le rire, disait Bergson, nait du mécanique plaqué sur le vivant. C’est pourquoi tous les sectaires, les croyants ânonnant, ont toujours été la cible privilégiée des humoristes – religion ou pas.

Les événements l’ont prouvé, s’il en était besoin, coexistent deux postures de gauche : celle qui veut agir (au gouvernement mais parfois en région), et celle qui préfère rester dans le confort de l’opposition (« frondeurs » ou intellos sans mission). J’ai déjà parlé des intellos de la gauche bobo ; je parle aujourd’hui des politiciens. Manuel Valls, Premier ministre, a été parfait durant la crise, le ton juste, les mesures choc, l’équilibre du droit. D’autres ministres ont été reconnus et les Français sondés le manifestent sans réticence. Mais d’autres politiciens de gauche, rencognés dans leurs fiefs et jalousant peut-être ce pouvoir auquel ils ne sont pas directement conviés, préfèrent le rappel à la Morale.

Les Grands Principes (évidemment figés une fois pour toutes quelque part entre 1789 et 1917) sont leur Bible et leur Coran. Lorsque j’évoque par exemple des mots tabous comme « épuration ethnique » (réponse à une question d’un blogueur) ou « lobby juif » (institution légitime aux États-Unis) – même si ma conclusion est nuancée – je me vois accusé aussitôt de « blasphème ». Quand vous avez un interlocuteur face à vous, son œil perd de son brillant, son discours devient monocorde, il dérape en pilotage automatique comme ces appareils où il suffit de mettre une pièce pour que sorte encore et toujours la même chanson. Les ténors de la Gauche bien-pensante édictent des fatwas dans les médias pour stigmatiser et déconsidérer ces loups démoniaques (de droite ou « ultra-libéraux » pas moins) qui osent souiller leur onde pure… Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?

J’aime la gauche pour son élan et quand elle est en mouvement ; je n’aime pas la gauche morale, figée dans son catéchisme. Ma génération a assez subi les curés, les cocos, les maos et les trotskistes (par ordre d’apparition à l’histoire). Nous subissons aujourd’hui la triste moraline socialiste. Ce mot de Nietzsche décrit cette glu édifiante qui se croit obligée d’enrober tout discours pour qu’il soit « acceptable » aux adeptes. La réalité toute crue ne saurait passer sans cette sauce – analogue au ketchup pour les ados (qui en mettent partout parce qu’ils craignent le vrai goût des choses).

Soyons donc impertinent et osons moquer les travers de ces « vaches sacrées » qui aiment à prendre trop souvent la position du missionnaire et s’affichent en précieuses ridicules.

La fin d’année 2014 a vu les grandes orgues du socialisme tonner sous les voûtes. La Charte des Socialistes pour le Progrès Humain rappelle les élans romantiques louis-philippards des proto-socialistes étrillés ensuite par Marx en termes « scientifiques » et par Lénine en termes « politiques ». La Charte fait ronfler les grands mots, ceux qui ne veulent rien dire et qui servent de réceptacles bien démagogiques à toutes les aspirations et fantasmes : émancipation, démocratie, égalité « réelle », progrès, justice « sociale », primat du politique, collectif. On voit combien la vraie vie fait voler en éclat ces grands principes, lorsque le droit tombe sous les kalachnikovs et combien l’émancipation promise toujours n’arrive pas à avancer sous la pression du victimisme (les assassins seraient de pauvres victimes de la société, la désintégration scolaire n’aurait rien à voir avec l’immigration, le collectif est forcément plus fort que les communautarismes…).

Le romantisme politique (qui a culminé en 1848) est caractérisé par le sens du spectacle (drame, héroïsme, sacrifice), par la sentimentalité et l’éloquence (appel à l’idéal, Lamartine, Hugo), par une insistance misérabiliste (les pauvres, les opprimés, Gavroche, Cosette, Michelet, Eugène Sue), enfin par l’appel ”religieux” (une vision morale étendue à l’univers, des dénonciations au nom de l’Infini, la mystique pédagogique et le Progrès comme justification). Ces thèmes viennent du catholicisme et le socialisme les a récupérés sous Jaurès, Blum et Mitterrand. Ils continuent à courir sous la surface soi-disant « laïque » des socialistes au pouvoir.

En décembre, Martine Aubry dénonce – contre son propre gouvernement qui voudrait desserrer les carcans sur l’emploi – « la promenade du dimanche au centre commercial et l’accumulation de biens de grande consommation ». Elle moralise brutalement, du haut de son impérium moral-socialiste : « Je me suis toujours engagée pour un dimanche réservé à la vie : vie personnelle, vie collective. » C’est oublier que la « vie collective » exige aussi des gens qui travaillent le dimanche : les conducteurs de train pour ne pas prendre sa voiture non-écologique, les cinoches pour projeter des films « culturels », les musées et leurs gardiens asservis à travailler quand les autres se baladent, les boulangers qui font le pain du matin, les marchés où les « producteurs » viennent présenter leurs récoltes, les policiers pour suivre les délinquants et sécuriser les lieux publics…

La consommation moralement acceptable de Martine Aubry apparaît comme celle des bobos urbains. Les autres, les prolos, campagnards ou banlieusards, en sont réduits à l’achat en ligne sur Internet, le dimanche – puisqu’ils travaillent toute la semaine. L’interdit sur le travail du dimanche a-t-il mis depuis des siècles « la culture au cœur de la vie » ? Il y a mis la messe, oui – la culture, non. Cette Culture aubryste serait-elle la nouvelle messe sociale à laquelle tous sont sommés d’assister ? Mieux ne vaudrait-il pas réformer le mammouth du conservatisme scolaire, ou ne pas faire payer (comme dans le Paris Hidalgo-socialiste) les musées de la Ville aux chômeurs, que d’énoncer ce genre de jugement moralisateur sur les activités des gens ? Ils sont censés en socialisme être libres, « émancipés », « égaux », ils font ce qui leur semble bon : de quoi l’État devrait-il se mêler ? La bonne conscience morale de classe est insupportable, édictée par ceux-là mêmes qui se parent de vertu populaire.

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Même chose, le même mois, en plus immature. L’insupportable ado de Troisième, Cécile Duflot, pose avec Virginie Lemoine « pour lutter contre l’homophobie ». Est-ce cet « acte » qui va changer les comportements ? Si oui, on attend d’elle un selfie nue devant un HLM contre le mal-logement. Cela ferait encore plus ado et encore plus progressiste, les seins nus étant la transgression des normes bourgeoises qui fait causer dans le poste – et la posture féministe cette révolte anti-mecs qui fait tant jouir les anémiques intellos de gauche. Il est vrai que le bilan-logement du ministère Duflot n’est pas très flatteur… Détourner l’attention par un coup d’éclat ne rehausse pas le niveau de cette politicienne trop avide de célébrité médiatique pour être honnête.

C’est enfin l’ineffable président, François Hollande, qui lors de son « inauguration » de la Cité de l’immigration, a réduit la République à « l’adhésion à un projet commun ». Sans plus. « Parce que depuis 150 ans, la République n’est pas liée aux origines, c’est l’adhésion à un projet commun. » N’avez-vous qu’à venir et adhérer – comme au parti socialiste – pour devenir « français » ou « européen » ? « Vivre en France, c’est une somme de devoirs et de droits » : c’est un peu court, politicien ! On l’a vu juste un peu plus tard… avec les lamentables Kouachi et Coulibaly, « français » de ressentiment qui haïssaient la république, la civilité, la culture, la liberté… On l’a vu plus largement hors Hexagone après le printemps arabe : sans nation, pas de corps politique ni d’État qui fonctionne, pas de régulation organisée des intérêts particuliers mais une simple association d’ayants droit ou de mafias trafiquantes ou cléricales.

Tocqueville l’a bien montré, que Hollande n’a manifestement jamais lu : plus la démocratie avance, plus l’égoïsme croit et plus la solidarité recule. Plus les droits particuliers se multiplient, plus chacun se replie sur ses acquis, au détriment du collectif. C’est bien « de gauche morale » que de vouloir tout et son contraire, afin d’attraper le maximum de gogos dans les filets ! L’incantation au collectif est contradictoire avec les droits pointilleux des ultraminoritaires, l’élan progressiste commun est contradictoire avec les petits narcissismes qui rendent indifférent. Se sent-on français avec la simple « adhésion » par la carte d’identité ? On « adhère » à quoi ? Au système de copains du Moi-président ?

Moi president Hollande exemplaire

Les « racines » sont certes à critiquer et à renouveler pour les garder vivantes, mais ce n’est pas un projet aussi vague à la sauce hollandaise qui va rendre fier d’être français ! Ni donner envie de participer à la démocratie collective. Ni encourager la solidarité ou l’ouverture à l’autre. Il y a une rare maladresse chez Guimauve le conquérant – comme l’appelait Fabius (…avant d’être ministre).

La leçon socialiste apparaît donc comme un catéchisme : obéissez aux commandements ! Or ni le Bien ni le Mal ne sont fixés pour l’éternité (sauf dans la Bible et le Coran), ils dépendent d’une construction historique – variable selon les sociétés. Si les amours entre adolescents du même sexe sont une éducation chez les Baruyas, cela « ne se fait pas » en Europe et est clairement « haram » dans le monde musulman (même si des accommodements avec la réalité sont clairement avérés). Il n’y a pas que l’écologie ou le salafisme à vouloir être « punitifs », le socialisme moral aussi qui condamne les comportements du peuple (consommer le dimanche autre chose que « la » culture reconnue par les bobos), ou les sentiments envers les comportements minoritaires (on peut accepter que deux lesbiennes vivent ensemble, mais pourquoi remettre en question « le mariage », s’interrogent les gens – pour ma part, cela m’est indifférent mais le choc populaire est une réalité).

Nietzsche l’a exposé largement, « la » morale du temps est toujours la morale des Maîtres, de ceux qui dominent. Martine Aubry, Cécile Duflot, François Hollande, édictent « ce qu’il faut penser » – aussi ridicule ou courte-vue que cela puisse paraître. Car il s’agit dans ces trois faits de nier la réalité (acheter le dimanche, le mariage comme sacralité, les conditions réelles pour se sentir français) au profit d’arguments d’autorité qui abêtissent le citoyen, l’électeur, les gens du peuple.

Et ceux qui les profèrent impunément…

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Dans deux ans 2017

Deux ans est court en économie et long en politique. Les tendances à l’œuvre aujourd’hui en économie ne se redresseront pas d’ici deux ans tant la machine productive est comme un tanker, lente à virer. Mais la politique réserve toujours des surprises et tout dépendra d’ici là des candidats en lice à la prochaine présidentielle. Pour le moment, nul n’en sait rien : François Hollande peut renoncer officieusement en raison du chômage (comme il l’a dit un jour – peut-être pour faire diversion), ou être débarqué par la primaire socialiste… Nicolas Sarkozy peut être rattrapé par les affaires, ou être convaincu de laisser la place lors des primaires UMP.

Il est donc trop tôt pour faire des pronostics, les sondages d’intention récents CSA/RTL et Odoxa/Le Parisien ne montrent que des « intentions » virtuelles, pas des raisons impératives. Les électeurs s’adaptent aux sondeurs, ils manifestent plus facilement leur colère ou leur désir lorsque la réponse qu’ils font ne les engage pas. Mettre un bulletin dans l’urne, c’est autre chose !

Mais les tendances sont à observer dès maintenant car les tendances demeurent; elles ont leur inertie. Ce que disent les sondés est qu’ils veulent « changer » : de politique, d’immobilisme réglementaire qui inhibe l’économie, d’égoïsmes corporatistes. En bref changer de méthode, donc de personnel politique. Avec les partisans de Marine Le Pen et de Nicolas Dupont-Aignan, ce sont près d’un tiers des électeurs qui veulent donner un bon coup de pied dans la fourmilière. Un vrai coup de barre à droite qui contamine tous les partis.

La victoire de Syriza en Grèce et les espoirs de Podemos en Espagne ne se traduisent pas en France par un engouement vers Mélenchon ou Duflot, loin de là ! C’est au contraire tout le corps social français qui glisse un peu plus vers la droite, à l’image des pays du nord plus que des pays du sud. D’autant que Syriza s’est allié à un petit parti, mais d’extrême droite, les Grecs indépendants… La simple comparaison des intentions de vote en France pour François Bayrou (8 à 11%) ou pour Jean-Luc Mélenchon (9 à 11%), comparés à ceux pour Marine Le Pen (29 à 33%) le prouve : le droitisme est populaire, vient du peuple. Duflot apparaît trop ado immature, intello petite-bourgeoise arriviste, pour compter comme alternative dans le débat national, ou même comme « alliée » utile d’une gauche crédible (2 à 3%).

intentions de vote presidentielles 2017 1er tour csa 2015 01

Les effets des attentats contre Charlie-Hebdo recentrent le débat public sur la sécurité, la discipline scolaire et le communautarisme : tout ce qui – par laisser-aller « cool et sympa » – a sapé lentement les valeurs communes au peuple français. Si 4 millions de personnes ont marché pour « la liberté », elles ont aussi marché pour « l’égalité » – laissant la « fraternité » en dernière étape – à ceux seuls qui s’assimilent et veulent vivre comme des Français en France. Semblent désormais passés de mode l’irénisme bobo (tout va bien et tout le monde il est beau… dans nos beaux quartiers), la doxa Bisounours des journaux de centre-gauche qui tortillent du cul et cherchent tous les échappatoires possibles dès qu’il s’agit de faire respecter la loi (considérée comme « anti-hédoniste » voire « colonialiste »), le déni de la plus grande part de la gauche qu’il existe de vrais problèmes avec la seule immigration musulmane (1% de la population en plus à chaque décennie depuis 1990), l’islam comme religion laissée à l’anarchie des capitaux étrangers, les banlieues ghetto où l’école publique constamment démissionne. Le Premier ministre a même parlé « d’apartheid » (trop grand mot mais qui fait prendre conscience par son choc à gauche) pour désigner ces zones où le consensus social veut parquer l’illettrisme des sans-qualifications, les familles trop nombreuses qui ne vivent que d’aides, le chômage qui conduit aux trafics.

Tous les chiffres de la moyenne nationale doivent être multipliés par deux dès que l’on observe les banlieues : deux fois plus de sans-diplômes (dans les 40%), deux fois plus de chômeurs adultes (autour de 25%), deux fois plus de jeunes sans travail ni stage (près de 45%), deux fois plus de condamnations pénales… Dès qu’un jeune veut s’en sortir, il faut qu’il sorte de ces ghettos où est encouragé le non-travail, l’affiliation à une bande, la mise au pas des filles et l’enrichissement délinquant. Gilles Kepel, coordinateur d’une étude sociologique publiée dans Passion française – les voix des cités, s’est vu refuser un compte-rendu du livre par Le Monde, quotidien du politiquement correct : ce que montrait l’étude ne cadrait pas avec le tout-va-bien de la ligne bobo. Gilles Kepel le dénonce lui-même publiquement sur France Culture. Ce temps-là du déni serait-il enfin derrière nous ? S’il ne l’est pas encore dans les têtes intellos, le populo fera irruption violemment dans la réalité politique en votant pour « les méchants ».

integration des etrangers en france 2015 01 odoxa

Le Premier ministre Manuel Valls, conscient de cette tendance, a pris en remorque le Président Hollande pour assurer la fermeté durant la crise. Mais le regain de popularité récemment induit n’est pas durable : outre le chômage, déterminant majeur des votes en général, l’encouragement au communautarisme féministe, gai, lesbien, bi, trans et autres, l’allégeance à la repentance coloniale et pétainiste, la culture scolaire de l’excuse et la victimisation sociale de celles et ceux qui ne manifestent pas un respect particulier pour les codes communs – laissent une trace profonde dans l’esprit des électeurs. Surtout ceux qui ont peu fait d’études – mais qui votent à voix égales. François Hollande est un élève de Mitterrand, en moins habile : il pratique une économie de droite et un affichage de gauche, les mœurs ne coûtant rien au budget – et tant pis si le consensus social s’en trouve fracturé et la société française un peu plus clivée.

Si les Lumières ont rendu libre des appartenances déterminées (génétiques, familiales, éducatives, sociales, tribales, nationales), la gauche bobo réaliène en enfermant chacun dans d’étroites catégories, objet de « droits » particuliers. L’égalité n’est pas respectée, certains sont « plus égaux que les autres » comme le raillait Coluche. Ne saurait-il par exemple y avoir de « racisme » mais tout au plus « un mauvais usage du vocabulaire » lorsque c’est une personne de couleur qui insulte ? Et si cette phrase vous « choque », c’est que vous n’avez pas encore compris que le respect de la loi exige qu’elle soit appliquée également à tout le monde ; seul le juge peut nuancer l’égalité en équité en fonction de circonstances atténuantes. Faut-il reconnaître implicitement le blasphème, bien qu’il ne soit plus dans la loi depuis la Révolution, ni dans les mœurs depuis la séparation de l’Église et de l’État en 1905, si cela choque certaines catégories de victimes du passé ? En ce cas, pourquoi faire la distinction entre le souvenir douloureux de la Shoah et celui de la colonisation ? Y aurait-il des « martyrs » plus égaux que les autres ? Si la moquerie est une référence culturelle bien française, pourquoi ne pas se moquer également du malheur des uns comme de celui des autres ? Y aurait-il des tabous inavoués ? De même, la « liberté d’expression » tant vantée par le pouvoir s’arrête très vite lorsqu’il s’agit du pouvoir… Certains politiciens en vue échappent « naturellement » à la fiscalité commune, ou au respect de la législation électorale ; certains footeux ou mannequins célèbres échappent « évidemment » à l’impôt en vivant fictivement hors sol 6 mois + 1 jour par an (il suffit de composter des billets de TGV sans prendre les trains).

Je sais bien que ces questions ne sont ni politiquement correctes, ni peut-être fondées en droit lorsque l’on examine les cas particuliers – mais j’observe que ce sont celles qui travaillent les moins éduqués et que les intellos comme les politiciens doivent y répondre, avec pédagogie, sous peine d’être disqualifiés dans les urnes. Une partie éclairée de la gauche, emmenée par Manuel Valls, a pris le virage sécuritaire de la fermeté républicaine : n’est-ce pas une prise de conscience brutale de ce que réclament les lepénistes (et la classe populaire) depuis des années ? Alors que Mélenchon et Duflot veulent ouvrir tout grand les frontières, on voit très bien que les électeurs ne veulent pas les suivre.

L’avantage de François Hollande en 2017 sera qu’il aura effectué un mandat et pourra (peut-être) plaider pour la réalisation de son programme initial, qui prend plus de temps que prévu : après l’austérité (nécessaire), les progrès sociaux (en second mandat). Son handicap est qu’il utilise le mensonge trop souvent pour être cru encore (+ 572 500 chômeurs depuis son arrivée au pouvoir en mai 2012…), que sa vie privée est plus chaotique que celle qu’il reprochait à son prédécesseur, que nombre de femmes ne lui pardonneront jamais d’avoir largué Trierweiler par un simple « communiqué de l’Élysée », et que sa personnalité offre une image inconsistante, entre hésitations permanentes et synthèse par dépit, ce qui mécontente tout le monde. En témoigne son « score » virtuel CSA/Le Parisien : 51% contre Marine Le Pen… soit l’épaisseur du trait (ou deux fois la marge d’erreur).

L’inconvénient de Nicolas Sarkozy est qu’il a été président et qu’il n’a pas convaincu, faute de réaliser les réformes indispensables ou promises, et que sa personnalité touche-à-tout et agitée agace encore deux ans après – sans parler de quelques « affaires » toujours en cours… Son avantage est qu’il a été déjà président et qu’il peut aisément convaincre qu’il avait raison, en 2012, d’avoir droitisé son discours, et qu’il ne refera pas l’erreur de temporiser sur les réformes de fond. Grand débateur et apte à rallier derrière lui (ce qu’il doit encore prouver), il peut tailler des croupières à la gauche… mais peut-être pas aux lepénistes. Dans le Doubs, abstient-toi ! pourrait être la redoutable leçon des tendances à l’œuvre. Surtout que son parti vient de désavouer sa ligne non-peut-être par la ligne traditionnelle ni-ni : ne fait pas « la synthèse » qui veut…

Alain Juppé commence à prendre de l’âge et, s’il est rassurant, il est aussi perçu comme rigide – sans vrai programme pour le moment et un peu du passé. C’est le cas aussi pour Martine Aubry, qui irait si Hollande n’y va pas, mais qui est bien « rigide » et bien « de gauche ancienne mode » pour un électorat qui se pousse progressivement vers la droite.

François Fillon a été fusillé par le machiavélisme hollandais qui a laissé « fuiter » une conversation privée avec l’ineffable Jouyet (toujours entre deux chaises). Mais François Fillon a-t-il vraiment envie d’être président ? Ses prises de bec avec Copé, ses prises de positions floues, tardives ou inexistantes sur les grands sujets qui intéressent les Français, l’ont déjà plus ou moins disqualifié pour le poste.

Manuel Valls et Bruno Le Maire sont encore jeunes pour briguer le mandat suprême. Le premier ne peut se présenter contre son président si celui-ci est candidat – à moins que les primaires n’en décident autrement, ce qui paraît peu probable tant les Français révèrent l’autorité légitime (à l’inverse des Européens du nord). Le second garde une image trop technocrate encore, avec trop peu d’expérience et trop peu d’alliés de poids, même s’il avance dans l’opinion.

Mais d’ici deux ans peuvent se passer beaucoup de choses. L’euro, notamment, n’est plus intangible. Je ne crois guère à un éclatement de la monnaie unique (si la Grèce sort, serait-ce si grave ?). Si l’euro devait chuter encore, contre dollar surtout, il y aurait probablement une reprise de la croissance – mais qui profiterait aux entreprises, les exportatrices d’abord, pas aux ménages. Au contraire, ceux-ci verraient leur facture énergétique augmenter largement (essence et gaz), de même que les entreprises lourdement consommatrices d’énergie (automobile, chimie). L’Allemagne profiterait plus que la France d’un euro faible… D’autant que les prêteurs exigeraient des taux de rémunération plus élevés pour compenser la perte sur l’euro : l’État français, entre autre, ne pourrait plus emprunter à si bon compte et serait obligé de remettre le pied sur le frein des dépenses publiques – ce qui n’arrangerait pas la croissance. La bourse monterait, ce qui accentuerait les inégalités entre les 3.7 millions de Français qui ont quelques actions (contre 8 millions en 2007) et ceux qui restent scotchés au fameux Livret A ou aux contrats d’assurance-vie en euro. Nul doute que ces effets accentueraient les tropismes des votants : anti-Hollande, dubitatifs envers l’UMP, ignorant le centre, et portés aux extrémismes… surtout de droite.

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Sur la gauche bobo

La gauche libertaire est l’une des 4 gauches définies avec brio par Jacques Julliard mais c’est la plus visible – et c’est contre elle que je m’élève parce qu’elle qui occupe les médias en boucle (intellos, experts autoproclamés, universitaires qui ont fait 68, etc.) Il ne s’agit pas de Manuel Valls, de Pierre Joxe ni de certains autres, mais de la constellation des « conseillers » et autres intellos « de gauche » bobo, ultra-parisiens (rapport Tuot sur « la société inclusive », préconisations Terra Nova sur les nouvelles majorités électorales, etc.).

Les dessinateurs de Charlie (et l’économiste) étaient de la génération d’avant, antiautoritaires (antigaullistes et antisoviétiques) dans la lignée de la Commune de Paris, sans être vraiment anarchistes (ils se déclaraient pour le droit).

Ce qui m’agace dans les assauts « d’émotion » et de « vertu républicaine » de la gauche intello-médiatique impériale à la télé, à la radio, dans les journaux est cette posture « d’indignation »… sans aucune conséquence pratique. « Ah non, pas interdire le voile ! Ah non, pas publier de statistiques ethniques ! Ah non, pas de classes de niveaux, tous pareils ! Ah non, il ne s’agit pas de guerre ! Ah non, l’islam n’est pas une religion à dérive totalitaire ! »

islam violent

C’est la même posture du déni que la gauche sous Jospin à propos de la délinquance et du « sentiment » d’insécurité. On a vu ce que les électeurs de base en ont pensé le 21 avril 2002

Les spécialistes de l’islam savent bien expliquer la distinction entre foi et politique, entre islam et dérives wahhabite puis intégriste, puis terroriste. Mais les intellos ne le font pas, soucieux avant tout d’éviter « l’amalgame », la « stigmatisation » et autres dénis de réalité : ils parlent sans savoir, comme d’habitude, se précipitant pour occuper la première place à l’audimat de l’indignation.

caricatures mahomet

Pourquoi ne constituent-ils pas CONCRETEMENT un Comité de vigilance des intellectuels comme la gauche en 1934 après les émeutes nationalistes du 6 février contre les parlementaires ? C’est ce sur quoi je m’interrogeais dans ma note d’avant-hier. Ce serait un laboratoire de réflexion, une force de propositions trans-partisane, traduisant dans les faits cette « unité » qu’ils revendiquent – tout en restant jusqu’ici dans leur fauteuil confortable.

Il s’agirait de réfléchir aux failles de la société française :

  1. l’immigration fantasmée : or elle est « incontrôlée légalement » (90% de ceux qui entrent chaque année le font parce qu’ils en ont le DROIT par mariage, regroupement familial, asile politique accordé ; 100% des minorités visibles nées en France SONT français, qu’on le veuille ou non) – doit-on changer le droit ? dénoncer les traités internationaux signés ? les renégocier ? invoquer une exception ? – ou les accepter tels quels, mais sans alors accuser sans nuances « l’immigration » ;
  2. la faillite scolaire : l’enseignement resté figé aux années 60, pédagogo, élitiste, matheux, méprisant, inadapté aux nouvelles populations (tous jeunes confondus) et aux nouvelles communications. « J’ai voulu, au travers de mon parcours, raconter que la fermeté à l’égard de ces jeunes est une marque de respect ; la complaisance une forme de mépris » écrit par exemple Zohra Bitan, banlieusarde d’origine et ex-PS. Distinguer la foi de la mauvaise Foi, apprendre à penser soi-même, à travailler avec les autres, à s’exprimer avec des mots (et pas en manipulant des items linguistiques !), apprendre les règles de la vie en société…
  3. la faillite du « vivre ensemble » : violé à la fois par les partis extrémistes de droite ET de gauche (à qui on laisse dire à peu près n’importe quoi) et par le gouvernement socialiste bobo (qui braque les sentiments des gens moyens et des croyants par « le mariage » gai ou le vote « des étrangers », toutes revendications communautaristes bien loin de l’Unité nationale hypocritement revendiquée). Les intellos ne cessent de critiquer, saper et déconstruire la culture occidentale, les associations communautaristes ne cessent de culpabiliser la France entière en rappelant sans cesse les croisades, la colonisation, la Shoah… alors que c’est aujourd’hui qui compte le plus : les pouvoirs autoritaires en Arabie Saoudite, en Syrie, en Algérie, etc., la corruption et le clanisme des élites politiques des pays émergents notamment africains et proche-orientaux, l’attitude d’Israël au mépris de l’ONU depuis des décennies, les petites Shoah en Bosnie, au Rwanda, au Soudan, en Palestine, en Irak qu’on laisse faire comme si de rien n’était. Comment se sentir « français » dans cette culture du mépris et de la honte permanente ? Françoise Sironi, psychanalyste et psychologue du Magazine de la rédaction de France-Culture hier, a pointé la « fragilité personnelle » des terroristes, leur « métissage » entre deux cultures, leur absence de certitudes sur ce qu’ils sont ou ceux qui peuvent les reconnaître. Le multicuturel ne fonctionne QUE lorsqu’on possède déjà une culture; on peut alors s’ouvrir aux autres cultures. Mais lorsque l’on n’est pas sûr de soi, reconnu nulle part, sans modèle de construction pour sa personnalité, le multiple en soi fait se perdre ; la tentation rigoriste des « sectes » ou des religions totalitaires est alors une tentation de facilité : « on » vous dit ce qu’il faut penser et comment il faut vivre. Le communisme a été l’une de ces « religions », il y a deux générations; c’est aujourd’hui l’islamisme radical. La liberté fait peur, il faut être armé pour être libre. Quand on ne l’est pas en soi-même et qu’on se sent impuissant, on utilise un substitut : une kalachnikov.
  4. la faillite de l’emploi : la lutte « contre le chômage » (qui touche particulièrement les jeunes et particulièrement les banlieues) invoquée comme une « priorité » alors que François Hollande pratique l’exact INVERSE : hausse générale des impôts, taxe à 75% symbolique, injures aux entrepreneurs et aux « riches », menaces (verbales) aux étrangers investissant en France (surtout pas d’amendes comme les États-Unis le font !). Comment le chômage pourrait-il reculer, étouffé par les réglementations, les taxes en cascade, l’état d’esprit anti-croissance (écolo), anti-entreprises (gauche du PS), anti-richesse (PDG Mélenchon), anti-réusssite (vieille austérité catho reprise par les jansénistes socialistes à la Martine Aubry) ? Pour la gauche, la seule « réussite » sociale ne passe que par le service d’État (la polémique anti-Macron sur les milliardaires en est l’exemple plus récent) : serait-ce « déroger » d’être entrepreneur, comme sous l’Ancien régime ?
  5. la faillite républicaine enfin : qui bâtit des lois mal ficelées, inapplicables (sur le voile…), qui fait du tortillage de cul lorsqu’il s’agit de l’appliquer (le survol « interdit » des drones au-dessus des centrales nucléaires : pourquoi ne pas les détruire sans sommation ? Il n’y a personne dedans et c’est clairement dit et répété : c’est interdit – haram en arabe) ; qui gère la délinquance par le seul répressif, tout le monde pareil, au risque de radicaliser les jeunes en prison – sans leur donner un modèle alternatif ; qui émet des incantations à « l’union nationale » tout en s’empressant aussitôt d’exclure tel ou tel (fatwa Hidalgo et consorts) sous prétexte qu’ils ne seraient pas « républicains » : c’est quoi être républicain en république ? Obéir aux lois et respecter les institutions ? Alors tous les partis légalement autorisés SONT républicains – ou alors le mot ne veut plus rien dire : la gauche intello adore « déconstruire » et embrouiller le sens commun afin de se poser en seule interprète du Bien… Faillite républicaine manifeste chez François Hollande, qui invoque l’unité dans un discours essoufflé dont il a le secret – tout en laissant son parti dire le contraire et appeler à manifester chacun sous sa pancarte : PS, PDG, écolosLV, CGT, etc. L’identité, ce serait mal à droite mais « vertueux » à gauche ? On mesure combien un Hollande n’arrive pas à la cheville d’un de Gaulle, d’un Mitterrand, ni même d’un Chirac (Allah sait combien je le considère peu, pourtant). Lui-Président apparaît comme président-croupion, technocrate à langue de bois toujours dans la synthèse horizontale sans rien de la hauteur d’arbitre au-dessus des partis requise par la fonction – encore moins l’incarnation de « la France ».

ecole islamiste

Ce sont ces faillites qui fragmentent la France en autant d’égoïsmes communautaires, chacun replié sur ses petits « droits ». Dans ces interstices, les daechistes veulent frapper comme les fascistes hier, pour accentuer les fractures et monter les communautés les unes contre les autres. Ils sont aidés en cela par les suiveurs du « pas de vagues », « mieux vaut la paix », « ils ont été trop loin » et autre état d’esprit de collaboration pétainiste à l’œuvre dans toutes la société française. Et dont Houellebecq a rendu la texture dans une fiction récente – dont je reparlerai.

islamiste et gamin

Cela dans une tendance mondiale au national-quelque chose : national-islamisme daechiste, pakistanais ou turc, national-judaïsme de la droite israélienne, national-‘socialisme’ de l’extrême gauche française, national-étatisme de l’extrême droite française, du pouvoir algérien et du Poutine russe, national-jacobinisme de la majorité socialiste, national-affairisme américain, national-communisme chinois, et ainsi de suite. Qu’y a-t-il dans l’islam qui facilite la tentation totalitaire ? Est-ce différent des autres religions ? L’exigence théocratique réclame-t-elle un  État appelé califat pour les croyants de l’Oumma ? L’histoire est-elle autre ? Est-ce un simple « retard » de développement (théorie un peu ancienne et passablement condescendante) ?

Le danger radical est donc l’épuration ethnique. Je me souviens d’avoir été interloqué lorsque mon directeur de thèse, alors professeur associé à Paris 1, ministre plénipotentiaire et conseiller spécial du ministre des Affaires étrangères Claude Cheysson à l’époque (donc de gauche socialiste bon teint), m’avait dit que « finalement, la meilleure solution en ex-Yougoslavie serait la partition ethnique, comme les Turcs l’ont faits aux Grecs en 1920 »… Avait-il tort ? Pas sûr, rien n’est jamais tout blanc ni tout noir, ce serait trop simple.

ignorance et mauvaise foi islamiste

Le chacun chez soi ne conduit pas forcément à la guerre, mais limite l’épanouissement. Désolé d’être brutal, mais rester entre soi rend con. Chacun peut le constater dans les milieux très bourgeois (pour faire plaisir à la gauche) ou chez les islamistes sectaires (pour faire plaisir à la droite). C’est la même chose pour les nations : est-ce par hasard si les nations les plus ouvertes sur le monde, dans l’histoire, ont été les plus grandes et les plus prospères ? Rome, Venise, Amsterdam, Londres, New York – aujourd’hui Singapour ou Rio.

En cas de guerre ouverte (Turquie des années 20, Allemagne des années 30, ex-Yougoslavie des années 90, Russie et Syrie 2014), l’exil des « allogènes » est peut-être la solution d’urgence. Mais certes pas une solution à long terme.

Car, à long terme, le nomadisme est historique – depuis les premiers hominidés sortis d’Afrique, avant nos ancêtres directs partis du Proche-Orient vers 200 000 ans. Le mélange fortifie – à condition qu’il soit dosé. Comme le poison ou l’ingrédient de cocktail, tout est question de posologie : trop d’eau dans le whisky (ou de lait dans le thé) rend le breuvage insipide ou écœurant ; un peu d’eau ou de lait avive les saveurs, enrichit les arômes, permet d’explorer de nouvelles sensations. L’immigration est donc à la fois une chance et un danger.

Ce que je reproche à la gauche est de nier les problèmes posés par l’accueil « sans frontières » ; ce que je reproche à la droite est de nier la réalité des traités signés (souvent par des gouvernements de droite) sur le « droit » à immigrer. Il faudrait donc en débattre, mettre des chiffres fiables sur la table, sérier les problèmes posés, mieux répartir les lieux d’accueil, avoir enfin une véritable politique du logement (et pas à la Duflot !), réaffirmer clairement les droits et les devoirs, à commencer par la neutralité laïque (ce qui veut dire aussi, surtout à gauche, faire taire les ayatollahs de la laïcité militante).

paisible islamisme

Quant à « déchoir de nationalité française » les retours de Syrie, d’Irak ou autres lieux djihadistes, c’est irréaliste : un slogan populiste qui ne tient aucun compte du droit actuel. Car si vous êtes « né » français, vous ne pouvez être déchu ; seuls les doubles-nationaux peuvent l’être s’ils se comportent comme les nationaux du pays étranger dont ils sont AUSSI ressortissant. On ne peut devenir arbitrairement apatride. Ou bien l’on change le droit (et les traités internationaux que la France a volontairement signés), ou bien il s’agit de proposer des solutions applicables, comme le rétablissement de l’autorisation de sortie de territoire pour les mineurs, l’obligation de visa pour se rendre en Turquie ou la consultation par les services antiterroristes des listes de passagers d’avion dans l’UE (refusé jusqu’ici parce que portant atteinte aux libertés publiques).

poutine flingue

Nous sommes un régime démocratique (et pas poutinien), nous devons donc suivre les règles démocratiques. Ce qui n’exclut pas la force : inutile de « rétablir la peine de mort » par exemple, autre slogan simpliste (aux effets secondaires jamais évoqués…) : nous sommes en guerre parce que les daechistes déclarent la guerre et portent des armes de guerre ; la police ou les services spécialisés doivent avoir contre eux un comportement d’état de guerre, ce qui signifie tuer s’ils sont directement menacés – ou plus généralement « neutraliser » si déférer à la justice est possible. Ce qui est socialement plus pédagogique.

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Menteries de mairie à Paris

Dans son dernier bulletin de décembre 2014 distribué dans les boites des Parisiens, la maire socialiste Hidalgo annonce à sons de trompe que « la Ville a installé en septembre des panneaux vitrés en remplacement des grilles sur la passerelle des Arts (6e) ». En septembre ? Il suffit – en décembre – d’y aller voir : il n’en est rien. N’hésitez pas à faire une visite, vous constaterez de vos propres yeux le mensonge socialiste.

Paris cadenas promesses mairie socialiste

Les cadenas de la mode moutonnière se sont entassés encore plus, les grilles se détachent brin après brin sous le poids des serrures d’éternité, scellées là par les amourettes éphémères.

Paris cadenas decembre 2014

La Mairie socialiste n’a rien trouvé de mieux que l’effet d’annonce pour tenter de décourager – mais les étrangers n’en ont cure, eux qui ne parlent pas français ni ne lisent « A Paris », le bulletin de propagande municipal voué au culte de la Culture bobo. Ce même effet d’annonce au performatif (comme se piquent de dire les enfeignants), que « la gauche » reprochait à Sarkozy comme un crime de lèse-réalité, Hidalgo l’use jusqu’à la corde : dire, c’est faire; je l’ai dit, donc c’est fait. Ce qui est mal pour « la droite ultralibérale » (libéral, Sarkozy ?) est bien pour « la gauche bobo », jamais en peine de se féliciter d’être si vertueuse, dans le sens de l’Histoire, des Droits de l’Homme et du Progrès humain (plus il y a de majuscules, plus les vaniteux du parti du Bien se gonflent de leur importance).

Paris cadenas decembre 2014 profusion

Faute de « panneaux de verre », la bureaucratie municipale a fait installer de ridicules panneaux de contreplaqué – aussitôt tagués dans le style diarrhéique qui plait tant à Jack Lang. De vrais « panneaux de banlieue », pour faire plus « solidaire » peut-être. Les ouvriers municipaux sont probablement surchargés de travail en cette période de rentrée, et on les comprend : vider encore plus de poubelles à cause des étrangers venus plus nombreux aux beaux jours du réchauffement climatique, souffler à grand bruit (écologique ?) toujours plus de feuilles dues à cet automne indien, installer à grande débauche d’électricité cette patinoire (désertée en ces jours trop chauds) devant l’Hôtel de ville, les projecteurs donnant leur maximum en plein soleil pour éclairer l’inanité socialiste des vœux pour la planète (dire écologie suffit pour faire croire), monter force guirlandes et arbres verts de « fêtes » (on ne dit plus Noël, mot tabou chez les bobos de gauche, de peur de froisser les islamistes irascibles).

Paris cadenas decembre 2014 plaques en bois

Donc les cadenas subsistent, toujours plus nombreux, lesdits contreplaqués style bidonville ne les gardant que d’un côté, les esclaves de la mode s’empressant d’en sceller d’autres à l’extérieur.

Paris cadenas decembre 2014 touristes insistent

Ah si, vers le centre aval de la passerelle, trois panneaux de verre sont quand même installés : TROIS ! Sur près de cent panneaux au total. Suffit-il de « faire » 3% des choses pour dire « j’ai installé« , comme si 100% étaient réalisés ? Il faut croire que oui, pour le socialisme français. Se gonfler de mots ronflants suffit à se croire le phénix des hôtes de cette ville, à résorber le chômage et à célébrer la culture.

Paris cadenas decembre 2014 plaques anti

Les cadenas essaiment sur les ponts à côté, aval et amont, de la passerelle d’Orsay devant le musée au pont Marie derrière Notre-Dame, en passant par le Pont-Neuf devant la statue d’Henri IV.

Leur masse fait de plus en plus laid, prolifération cancéreuse sans idée ni beauté. Et oui, les grilles se détachent, risquant de tomber à la fin sur les bateaux-mouches qui passent sur la Seine.

Paris cadenas decembre 2014 derriere panneaux

Un bobo de la Mairie avait vaguement suggéré l’érection d’arbres à cadenas (les bobos adorent les érections quand leur prétexte est « l’Hart » comme disait Flaubert, ainsi la bite gonflable place Vendôme ou les bites en chocolat de McCauley à la Monnaie). Mais les Femen-inistes ont dû rembarrer le macho qui osait sceller l’amour à un substitut de verge, « égalitarisme » oblige. Pourtant, l’idée n’était pas bête : canaliser la mode pour que son panurgisme stupide serve à quelque chose, notamment à cet Hart révéré des bobos socialistes.

Pourquoi en effet ne pas envisager, comme au Japon, le grand vide annuel des cadenas lors d’une cérémonie publique, afin de les fondre en œuvre d’art confiée à un artiste avide de création sur deniers publics ? Hidalgo la socialiste dénie-t-elle que Paris soit jumelée à Kyoto, la capitale culturelle du Japon ? Pas assez politico-culturellement correct, le Pays du soleil levant ? Pourtant, en ses temples, les arbres à vœux sont dépouillés de leurs papillotes en papier une fois l’an, qui sont brûlées par le prêtre en un spectacle social et religieux : il s’agit de faire monter les vœux au ciel pour que les dieux les exaucent.

Fondre les cadenas en œuvres d’art périodiques ayant pour thème l’amour serait une belle fin pour ces rebuts de métal fondus en Chine. La cérémonie consacrerait le sentiment derrière la mode, l’aspiration éternelle derrière le panurgisme béat, l’élévation apportée par la culture au mouvement de la société.

Ce serait « élever » les gens. Mais les socialistes français parisiens songent-ils encore – comme du temps de Jaurès – à « élever » le peuple ? On l’observe sans avoir fait d’études, ils songent à le dominer, de leur pouvoir public et de leur moraline catéchiste (Aubry déplorant la consommation du dimanche, Duflot posant en selfie avec une lesbienne, Hollande agitant ce droit de vote des étrangers qu’il n’a aucune majorité pour faire passer). Ils ne songent manifestement pas à l’élever.

Ne serait-ce pourtant pas une idée culturelle exaltante que de fusionner les minables cadenas de la globalisation en une inspiration artiste à la gloire de l’amour, cette conviction française ?

Mais je me demande : nos socialistes sont-ils encore français ? Ne laissent-ils pas cette identité ringarde au bas peuple ? C’est le même ineffable Hollande qui a réduit récemment la France à l’idée républicaine sans racines ni histoire, sans rien de plus que « l’apport de l’immigration ». S’il est indéniable, fait-il société ? Un abandon de plus qui montre combien le souffle du socialisme, né vers 1848 et chanté par Victor Hugo et Jean Jaurès, est bien mort sous Hollande, Aubry, Hidalgo et consorts.

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Dix ans de blog !

Le 8 décembre 2004, sur l’invitation du journal Le Monde, j’ouvrais un blog : fugues & fougue. Ce curieux « journal intime » électronique venu des États-Unis était devenu à la mode avec l’élection présidentielle de George W. Bush et, dans la perspective des présidentielles à venir 2007. Comme pour renouveler l’intérêt des abonnements qui s’effritaient, le « quotidien de référence » voulait se brancher bobo.

Ma première note a porté sur le programme que je me proposais : « J’ai la conviction profonde que tout ce qui est authentiquement ressenti par un être atteint à l’universel. » Ma conviction était et reste toujours que « le monde est beau et triste ; les humains sont la plus grande source de joie et la pire source d’horreurs – nous ne sommes pas des dieux. Hélas. Retenons ce qui fait vivre. » Je m’y suis tenu, alternant lectures, voyages, témoignages et opinions. J’ai toujours pensé que le blog était l’alliance idéale entre écrit et oral, spontanéité et réflexion : « l’écriture devient dialogue, avec ce recul de la main qui fait peser les mots et garde l’écrit moins évanescent que la parole ».

Sauf que, comme beaucoup, je suis revenu des « commentaires ». Ce sont rarement des enrichissements sur l’agora, plutôt des interjections personnelles, l’équivalent du bouton « j’aime » des rézozozios (avec l’option « va te faire foutre » en plus), une « réaction » plutôt qu’une réflexion. Au départ libertaire (toute opinion est recevable), je suis désormais responsable (directeur de la publication), donc attentif à tout ce qui peut passer outre à la loi (insultes nominales, invites sexuelles, propos racistes, spams et physing etc.) – que je censure désormais sans aucun état d’âme.

fugues et fougue 2005

L’intérêt du blog a été multiple :
• M’obliger à écrire quotidiennement, donc à préciser ma pensée et à choisir mes mots, évitant de rester comme avant (et comme beaucoup) dans la généralité et le flou pour toutes ces opinions qui font notre responsabilité d’individu, de parent, de professionnel et de citoyen.
• Exiger de moi un autre regard pour observer ce qui arrive, dans l’actualité, l’humanité et les pays traversés. Écrire oblige, comme la noblesse, rend attentif aux détails comme aux liens avec l’ensemble. Donc pas d’émotion de l’instant, comme ces naïfs qui croyaient que j’émettais mes notes en plein désert, lors du voyage au Sahara !
• M’offrir l’occasion de rencontres : littéraires (avec les livres qu’on m’envoie pour chroniquer), témoignages (serais-je allé à cette réunion ou à cet événement s’il n’y avait pas le blog ?), mais aussi personnelles (entre blogueur du monde.fr, puis d’autres).
Donner aux autres – mes lecteurs – ce qu’ils recherchent sur les moteurs (images, lectures, méthode, idées). Enrichir, poser des questions, offrir une tentative de réponse.

Communiquer en plein désert

Je pensais au départ échanger des idées ou des impressions de voyages en forum – bien mieux que la triste réalité… car j’ai plus donné que reçu. Peut-être parce que mon blog est resté généraliste et non spécialisé dans ces micro-domaines dans lequel les commentaires aiment à se développer (la cuisine, la politique, les hébergements, les complots…). J’ai été beaucoup repris – et c’est tant mieux (si l’on indique la source).

Les rencontres avec les blogueurs ont été intéressantes, dès avril 2005 au Café de l’Industrie à Paris, puis à Montcuq en août. Des amitiés sont nées, qui résistent parfois au temps (Jean-Louis Hussonnois (hélas parti trop tôt), Virginie Ducolombier, Yann Hoffbeck, Véronique Simon, Alain Ternier, Daniel Baudin, Guilaine Depis…) et d’autres non (Frédéric, Laurence, Huu, Céline, Philippe, José, Gérard, Katrine, Jean-Pierre, Jean-Marie, Lunettes rouges, Versac, Arthur…). Le « jouet » blog a vite lassé la majorité des bobos du monde.fr. Leur narcissisme a trouvé plus ludique et moins fatiguant de lâcher une phrase, une photo ou un lien vidéo sur leur fesses-book. D’autres ont voulu faire de leur blog et des réunions de « blogueurs de référence » quelque instrument au service de leur ambition politique. La dernière rencontre a coulé à Coulon en 2007 ; personne n’a semblé regretter depuis lors.

Dix années m’ont permis d’apprendre ce qui convient et ce qui plaît, même si je n’applique pas forcément les recettes intégrales du marketing. Il est nécessaire :
• « d’écrire blog » : c’est-à-dire court, voire en points-clés qui reviennent à la ligne
• d’illustrer : les images (prises par moi, reprise sur les moteurs, ou retravaillées) sont les principales requêtes qui font venir les visiteurs
• de donner toujours les références : soit en lien, soit à la fin (même si certains blogs « interdisent » d’être cités…)
• de varier les plaisirs offerts aux lecteurs : en variant les thèmes – tout en les regroupant en « catégories » pour la commodité (colonne de droite, après « commentaires récents ») – même si certains lecteurs pas très doués « ne trouvent pas » (il y a toujours le carré « rechercher », juste sous la pensée, qui permet de trouver ce qu’on veut dans le blog avec un seul mot-clé).

fugues et fougue blog sélection du monde fr 2005

Je ne regrette rien, j’ai même été sélectionné dans les favoris du monde.fr… jusqu’au 17 novembre 2010 où lemonde.fr a planté tous les blogs. Sans rien dire avant deux jours entiers. L’explication donnée n’est pas plus intéressante : « Après vérification, il apparaît que certains éléments composant votre blog (photos ou sons) ont été effacés lors de cet incident et n’apparaissent donc plus. » Autrement dit, lemonde.fr n’a aucune sauvegarde, pas de back up. A se demander s’ils ont la compétence de leur ambition. Il fallait payer (l’abonnement au journal) pour bloguer. Malgré le plaisir des 2 446 040 visiteurs sur fugues & fougue en 6 ans, c’en était trop. L’indépendance technique était indispensable.

Celle d’esprit aussi, car Le Monde prenait une tonalité « de gauche bien-sûr » tellement conventionnelle (intello-parisiano-bobo) que c’en devenait pénible. L’accaparement de Télérama puis du Nouvel Observateur ont ajouté à cette dérive de prêt-à-penser socialiste modéré bien « comme il faut ». On peut être de gauche sans être au parti socialiste ni lire Le Monde ou le Nouvel Observateur. On peut aussi ne pas être de gauche mais de droite ou du centre – ou d’ailleurs.

Argoul.com est humaniste et libéral, au sens des Lumières, volontiers libertaire mais pas naïf sur la nature humaine. Il n’est pas, pour moi, de fraternité sans liberté, alors que l’égalité ne permet aucun lien social quand elle est poussée aux extrémités jacobines ou collectivistes – ni, dans l’autre sens, du « j’ai tous les droits » anarchiste ou libertarien. Ce qui est trop souvent le cas ces derniers temps.

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Fred Vargas Dans les bois éternels

fred vargas dans les bois eternels jai lu

Adamsberg, le héros vargasien, est commissaire à l’intuition, petit brun râblé et Béarnais. Anarchique en diable, il laisse décanter, « pelleteur de nuages », prenant systématiquement des chemins de traverse, lâchant la bride à l’instinct, attentif à la lourdeur des choses et à toutes ses sensations que la modernité atrophie. Le toucher, l’odorat, l’affectif, l’irrationnel sont réhabilités dans ce « rom’pol » (c’est elle qui le dit) écrit par une archéologue médiéviste.

Contre la raison « sans âme » qui règne dans le contemporain. Car c’est la raison qui est la folie, diabolisée comme au moyen-âge, la raison-orgueil-de-l’homme, inspirée par Lucifer, serpent tentateur de la Connaissance – et instrument (via Eve) de sa Chute. A l’inverse, « ce saugrenu de chacun des êtres, leur éclat individuel, leurs originalités aux effets incalculables, tu ne t’en es jamais soucié… » dit Adamsberg à l’assassin. La raison qui séduit, obsédée par le résultat dans l’ordre voulu, apparaît incapable de se couler dans l’humaine réalité.

Fred Vargas aime les êtres taiseux qui soupèsent et ne parlent que par aphorismes, dépositaires autoproclamés de la sagesse des nations. Ce parler définitif émane souvent des bandes d’hommes réunis autour de l’alcool. Le chapitre VIII décrivant la rencontre d’Adamsberg avec les Normands d’Harnoncourt est à ce titre éclairant, un morceau d’anthologie sur cette France à la José Bové. Les paysans, bien français, viennent tous de « quelque part », d’une vallée précise, d’une région typée et font bloc sur leurs terres. Contre l’industrie et contre le grand large, contre la raison « de Paris ». Ce serait cela « la France profonde », et cette systématique n’est pas sans susciter quelque agacement jusque vers le milieu du livre. Il y a de la nostalgie d’Ancien régime dans tout cela, un regret de l’ordre social fixé par Dieu et du « chacun sa place », un relent médiéval d’éternité et de merveilleux contre la technique, le savoir scientifique et la raison des Lumières.

Ce conservatisme de ton est tout-à-fait en phase avec le repli sur soi des Français d’aujourd’hui, une pesanteur des siècles dans laquelle on se réfugie comme hier le donjon, se disant que la bourrasque va passer. C’est probablement inconscient : Fred Vargas est bobo, « de gauche » par atavisme de milieu, et probablement bien étonnée qu’on lise autrement ses œuvres.

« La terre ne ment pas », ce pourrait être pétainiste… si ce n’était surtout archéologue. Fred Vargas est immergée dans sa génération et dans son époque. Les années 1970 ont réhabilité le « spontané », les sens, l’imagination. Si cette dernière n’a guère pu parvenir « au pouvoir », malgré le slogan mai 68, les mœurs ont considérablement décoincé l’être. L’exercice de la fouille archéologique, comme toute discipline qui met en jeu le physique, a quelque chose d’une ascèse zen. Le personnage du jeune Matthias, vigoureux et en permanence quasi nu, détecte avec sa peau, raisonne avec ses doigts, observe de ses yeux neufs la terre pour lui faire dire tout ce qu’elle sait. Adamsberg lui-même hume les odeurs, reconnaissant ici ou là l’élixir de relaxation d’une infirmière tueuse, endort son bébé au toucher, d’une main sur la tête, tout comme je le faisais avec le Gamin. La sensation est la dimension oubliée de l’existence contemporaine qui enferme les êtres dans les vêtements, la morale et l’exercice dogmatique de la raison. L’homme est entier, l’archéologue se doit de l’être et le commissaire de police, qu’est-il sinon un archéologue des assassinats ?

Ce pourquoi il monte un mur « sans fil à plomb » et « torse nu », joue avec les règles pour mettre un suspect sur écoutes et se fie aux intuitions plus qu’aux faits rapportés, trop souvent déformés par les préjugés – et par ce que « le raisonnable » cherche à trouver à tout prix. Fred Vargas fait attention à chaque être comme elle fait attention à chaque indice sur la fouille. Elle respecte le réel sans lui imposer un ordre préétabli, elle « laisse être les choses », comme Heidegger le préconise, étant en cela dans le meilleur de la génération post 68. Elle a l’art de saisir les tics de comportement comme ce « on » impersonnel des médecins et infirmières d’hôpital ou ces « faut voir » paysans.

Cette référence constante à l’archéologie et aux chantiers est l’une des originalités de Fred. La fouille qu’effectue Matthias sur un foyer dans l’Essonne « datant de 12000 ans » est un clin d’œil aux stages d’archéologie préhistorique que tout étudiant doit effectuer durant son cursus. Il s’agit là d’un vrai chantier, celui d’Étiolles fouillé dès 1972 par Yvette Taborin, et où j’ai rencontré l’auteur quelques années plus tard. Tout comme « le divisionnaire Brézillon » est un nom réel, repris en hommage au Directeur des Antiquités Préhistoriques d’Ile de France à l’époque, décédé depuis. Actif et organisateur, il aimait que tout aille vite.

L’enquête devient une forme de quête où il s’agit, comme pour le saint Graal, de résoudre des énigmes. Elles s’enchaînent dans ce roman policier atypique en traces, indices, vieux grimoires, reliques, étrangetés biologiques, vers raciniens ou histoires de gosses… Le savoir oublié ressurgit toujours. Savez-vous ce qu’est « le vif d’une pucelle » ? Ou « les bois éternels » ? Combien de kilomètres un chat peut-il faire pour retrouver sa maîtresse aimée ? Que l’on peut économiser son énergie pour résister bien plus que « la science » ne le croit ? Que l’os pénien n’est pas toujours une blague de carabin ? Que le cœur de cerf est fait autrement qu’on l’imagine ? Que « le temps de jeunesse » est un âge bien défini.

Bien sûr, il faut que, comme lors d’une fouille, les pièces du puzzle se mettent progressivement en place. Ceci fait que le roman peine à démarrer et qu’à la moitié encore le lecteur demeure dans les brumes. Mais les fausses pistes ne manquent pas, les rapprochements se font et le bouquet final est digne d’Agatha Christie !

Vu le succès, l’édition se décline en audio (pour ceux qui n’aiment plus la corvée de lire), et en fiche de lecture (pour ceux qui ont peur de n’avoir rien compris – « reconnu d’intérêt pédagogique par le Ministère de l’Éducation »).

Fred Vargas, Dans les bois éternels, 2006, J’ai lu 2009, 480 pages, €7.41

Livre audio 2 CD MP3, Audiolib 2013, €18.53

Fiche de lecture (résumé, étude des personnages, clés de lecture et pistes de réflexion), format Kindle, lepetitlittéraire.fr 2013, 20 pages, €3.99

Fred Vargas déjà chroniquée sur ce blog

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Sexe insolite à Paris

Choc des cultures : la voilée et les torses nus au jardin des Tuileries. Quand le sexe est offert aux regards concupiscents, comment résister ? Cachez ce sein (musclé) que je ne saurais voir !

la voilee et les torses nus paris tuileries

D’ailleurs, réflexion des les vitrines : l’âme a-t-elle un sexe ? Ou les femmes voilées ont-elles une âme ? ça se discute, comme on dit à la télé. Mais pas pour la bien-pensance bobo, toujours dans le déni envers ce qui la gêne.

l ame a t elle un sexe

Pas de pudeur pour les Chinois : Hong Biao Shen exhibe son sexe mâle en gros plan près du Panthéon, offert aux yeux de tous les passants, même mineurs. C’est de l’Hâârt, Môssieur ! Bien fait pour les multicultures qui ne le supportent pas. Le bobo n’est jamais à une contradiction près.

a poil a paris hong biao shen

Tout petit déjà… les adonaissantes s’offrent à leurs adonaissants sur les margelles des fontaines. Comme ci-dessous place Saint-Sulpice, ce haut lieu de la bourgeoisie catholique austère et conservatrice.

adonaissante offerte a son adonaissant

Plus sages, les jeunes adultes se vautrent en étreintes sur les pelouses (autorisées) des sénateurs, en leur jardin du Luxembourg.

amoureux square Vert Galant

Ce sont les mêmes jeunes mâles mignotant leur belle qui se font un peu de blé en allant « masser » qui le veut, en français ou en anglais international, chez vous ou à l’hôtel. Comme le massage est « tantrique », on peut imaginer le service complet : « finir » une cliente ou un client, c’est payer de sa personne… pour un service relaxant. En tout cas, vous avez le téléphone.

massage sexuel par jeune homme

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Guillermo de La Roca, Connaître et apprécier

guillermo de la roca connaitre et apprecier
Seize nouvelles d’un auteur inconnu, voilà qui pourrait rebuter. Il n’en est rien : contradictions et oxymores suscitent un univers magique où la réalité est bien là, ondoyante et jamais telle qu’on l’attend. Le rationnel en prend un coup, mais telle est la vraie vie, jamais logique comme une épure. Nous sommes ici-bas et non au-delà, comme Satan et autres mythes aiment de temps à autre à nous le rappeler.

Il faut connaître et apprécier cette existence qui nous est offerte. Certes, il est utile de se méfier des modes et de la langue de bois. Ainsi de la première nouvelle, déconcertante, qui se moque du tourisme bobo : « L’organisation Connaître et apprécier nous avait fourni des places de figurants payants dans la coproduction interaméricaine El Macho-Le Mâle. Cette formule réservée à quelques cadres de l’industrie permettait de passer des vacances originales et utiles en Amérique latine » p.9. En effet… il s’agit d’assister les guérilleros marxistes à lutter contre le gouvernement. La seconde nouvelle conte le voyage de Mathurin le lapin : sorti de sa cage parce que sa maitresse avait oublié de la refermer, le lapin domestique est effrayé de la liberté. Tout lui fait peur et se prendre en pattes pour exercer sa responsabilité l’ennuie. Il n’aura de cesse de retrouver sa cage et ses repas de fonctionnaire à heures fixes… jusqu’au bouquet final où sera le héros de la table de mariage – mais pas comme il le prévoyait.

Le gamin normal d’une autre nouvelle est jugé anormal par tout ce que la société compte de décideurs autorisés : ses parents, le prêtre, le psychiatre, le gourou. C’est qu’il ne veut pas entrer dans les cadres étriqués et abstraits de ses ingénieur et prof de maths parentaux, ni dans les religions fixées des clercs et spécialistes de la psyché. Autoportrait de l’auteur ? On nous dit qu’il a « débuté comme ouvrier dans la banlieue de Buenos Aires », ce Français né en 1929 devenu « musicien réputé et nouvelliste ». Tout comme le cheval Quiproquo, fils de personne, qui s’est ingénié à retrouver la liberté loin des contraintes du haras et des courses, pour choisir le maquis révolutionnaire et emporter la victoire par une charge qui ne lui était pas demandée.

Il y a de la sagesse dans ces contes sur le mode de Voltaire ; de la légèreté aussi dans la moquerie des grands mots et du jargon à la mode ; de l’humour souvent dans les petits détails, comme ces « trois garçons d’écurie [qui] durent quitter le haras sur le champ » après qu’une jument fut trouvée enceinte (p.133). De l’absurde aussi, comme ces rôles convenus que la société nous fait jouer, rôle de patriote (Le Rhin), rôle de pouvoir (Davel le Yasa), rôle de savant-gourou (Le congrès d’Ankashttica, Le chaman et le professeur), rôle du rationaliste (La chapelle du vallon), rôle de gagnant (L’oiseau-mouche), rôle de bon garçon (Un gamin normal).

La chute, qui fait le sel de toute nouvelle, n’est pas toujours à la hauteur, parfois bâclée comme pour le chat dans Arthur et son maître, mais le style est vivant et l’imagination emporte. Entre l’Amérique du sud où règne la pensée magique chère à Lévi-Strauss et les paysages français adeptes de la raison cartésienne, l’écartèlement de l’auteur produit de belles histoires.

Un autre regard sur le monde.

Guillermo de La Roca, Connaître et apprécier, 2013, éditions Chroniques du ça et là, 159 pages, €12.00

Attachée de presse Guilaine Depis http://www.guilaine-depis.com/

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