Marie Volta, Petits et grands cadeaux arrivés pieds nus

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Il s’agit d’une seule phrase étirée en 17 chapitres bis (l’âge de son aîné adolescent ?) sur 80 pages. Plus une préface qui rompt le style choisi, sous forme d’une lettre à Françoise Héritier, anthropologue reconnue et digne féministe, mais qui n’appartient pas à la littérature.

Ecrire est un besoin, un plaisir et une psychothérapie. Chaque grain du « sel de la vie » en est l’objet. Dans cette phrase unique ponctuée de virgules, se juxtaposent de petits riens. Ils sont synthétiques et immédiats, sans passé ni avenir – ils passent. Une seule phrase obsédée d’écrire s’étale et roule ses anneaux comme un serpent sorti du ventre. C’est une litanie dont le répétitif produit un effet hypnotique. On peut appeler ce style « poétique » ; il s’accorde plus à l’éphémère des chansons ou des courts poèmes. De là à en vouloir un livre… Car ce qui est original sur deux pages finit par peser sur 80.

Marie avoue 14 ans à la mort de Brassens, décédé en 1981. Elle connait par cœur ses chansons et a même créé en 2006 un festival Brassens qu’elle arrêtera sans explication en 2013. Née en 1967, l’auteur est de cette génération post-68, ado sous Mitterrand, dont l’hédonisme, le progressisme et le multiculturalisme sont quasi génétiques, « mainstream » dit-on désormais. Sa façon d’écrire, souvent exubérante, ne manque pas de tics d’époque (« c’était la série…»).

Femme et mère, probablement prof, elle aime la vie et les petits riens, mais sans aller plus loin. En reste un goût de poème, mais pas de longueur en bouche. Butine-t-elle comme une abeille en vue du miel ? Ou bien zappe-t-elle comme une ado qui sautille d’un événement à l’autre ? Chacun l’estimera. Je suis pour ma part partagé, l’œuvre restant inaboutie, le pollen récolté mais le miel encore entre les pattes de l’abeille qui ne sait pas se poser.

D’où l’obsession du chiffre, revenant ci ou là comme une scie : « calculer qu’avec deux pages par jour on atteindrait les soixante-dix-sept livres de trois cents pages le jour de ses quatre-vingt-cinq ans… » p.24. En quoi une quantité fait-elle jamais une qualité ? L’auteur ne se disperse-t-elle pas trop ? Elle aime vite passer à autre chose, comme en témoigne ses dix livres et sept CD publiés et sa collaboration à deux revues. Marie Volta semble plus à l’aise dans le court, l’impression, l’instant. Son seul roman référencé par les libraires porte sur les souvenirs de deux sœurs séparées par la frontière en raison de la guerre d’Espagne – toute une série de symboles – : La nuit du Poissonnier. Peut-être est-ce là qu’est le miel dont ces petits et grands cadeaux de la vie au quotidien nous allèche ?

Car ces riens comme des cadeaux de l’existence, « arrivés pieds nus », ce qui est sensuellement dit, sont à savourer avec précaution et sans modération : « …recevoir au milieu du bush australien un texto de son fils de seize ans et demi qui donne une petite soirée à dix-sept mille kilomètres de là : ‘Il est où le calva ?’, garder ce texto pour toujours, prendre quelqu’un qu’on aime dans ses bras, savoir qu’une… » p.40. Nous aimerions un peu moins de précipitation, moins d’événement qui chasse l’autre ; un peu de lenteur pour la saveur, un brin de développement et de pause. Ce livre est-il un apéritif avant les plats de résistance où l’auteur pourra développer tout son talent ?

Marie Volta, Petits et grands cadeaux arrivés pieds nus, 2016, édition La petite marguerite : 10 avenue de Joinville 94340 Joinville-le-Pont, 99 pages, €7.00

Attachée de presse Guilaine Depis, 06 84 36 31 85 balustradecommunication@yahoo.com

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7 réflexions sur “Marie Volta, Petits et grands cadeaux arrivés pieds nus

  1. Les jours, les heures et La nuit du poissonnier.

  2. Bonjour,
    Merci pour votre réponse.
    Est-il possible svp de connaître les titres des deux autres de mes livres que vous me dites avoir lus ?
    D’avance, merci.
    Marie

  3. Je vois que, comme Victor Hugo, vous n’avez pas eu le temps de faire court. Le temps du blog étant limité (une note par jour), je ne commente que vos points principaux :
    1 – je ne suis pas journaliste, ni critique littéraire, mais lecteur amateur, et je lis intégralement les livres qui me sont confiés.
    2 – sur l’édition, savez-vous que la plupart des livres publiés arrivent tout simplement… par la poste aux éditeurs ? « L’an dernier, chez Gallimard, les deux premiers romans parus en septembre et couronnés de succès sont arrivés par la poste sans recommandation. Si le texte est bon, il est lu et publié. », dit Christine Ferniot, journaliste à Lire, sur un forum de L’Express lors du salon du Livre 2016 http://www.lexpress.fr/culture/livre/les-conseils-de-christine-ferniot-pour-vous-faire-editer_859032.html
    Voir :
    http://www.lexpress.fr/culture/livre/comment-ils-s-y-sont-pris-pour-faire-publier-leur-premier-roman_1765157.html
    https://www.actualitte.com/article/monde-edition/comment-etre-publie-ce-qui-seduit-les-editeurs/8736
    http://www.lexpress.fr/culture/livre/les-conseils-de-christine-ferniot-pour-vous-faire-editer_859032.html
    Le « piston » joue peu, les Lecteurs font tout : voir
    http://lesnouveauxtalents.fr/conseils-d-ecriture/10-recommandations-pour-optimiser-vos-chances-detre-publiee/.
    Il y a des conseils ici : http://guidedelecrivain.com/2013/03/comment-etre-publie/
    3 – pour intéresser un lecteur, il faut le faire dès les premières pages, ce pourquoi votre « lettre » à F. Héritier dépare. Non sur le fond – vous avez les inspirations et les hommages qui sont les vôtres – mais sur la forme : après ce texte, le lecteur se voit précipité dans autre chose, qui le désoriente. Une postface aurait été plus judicieuse.
    4 – les critères pour une œuvre « durable » (oui, comme les écolos), c’est « le style ». Justement, « écrire comme on parle » n’est pas écrire. Le spontanéisme de votre génération n’a pas forcément raison sur ce point… Voir : https://argoul.com/2016/10/24/comment-considerer-mes-critiques-sur-ce-blog/
    5 – j’ai cherché dans vos actions ce qui pouvait justifier votre style sautillant d’une chose à l’autre, et je n’ai pas eu le temps de « poser des questions », seulement de lire ce qui existait sur le net. Une œuvre contient a priori tout ce qu’il faut pour en juger, mais la vie de l’auteur peut parfois éclairer certains aspects. Désolé si votre communication est elle aussi encore inaboutie. Et « la production romanesque, littéraire, est énorme et le temps de lecture d’un lecteur, professionnel ou non, n’est pas compressible », dit encore Christine Ferniot.
    6 – ma lecture de Petits cadeaux, mon écoute de votre concert à l’Entrepôt et ma lecture de 2 autres de vos livres, ne changent pas ma façon de considérer ce que vous avez écrit jusqu’ici : vous avez du talent, il est inabouti, vous semblez plus à l’aise dans le court que dans le « livre » (roman ou recueil). Dommage que vous n’ambitionnez pas « d’être Rimbaud », il faut se fixer des objectifs élevés si l’on veut progresser (lol). Peut-être Léonard Cohen ou Delerm seraient-ils plus proches ? Mais soyez surtout vous-mêmes, vous avez une personnalité et de la générosité ; elles demandent à être maîtrisées mais c’est ce qui importe.
    7 – « Chacun l’estimera. Je suis pour ma part partagé », « car ces riens (…) sont à savourer avec précaution et sans modération » ne sont-ils pas des compliments positifs dans le billet ? Et « L’auteur ne se disperse-t-elle pas trop ? », « Ce livre est-il un apéritif avant les plats de résistance où l’auteur pourra développer tout son talent ? » ne sont-elles pas des questions ? C’est à vos œuvres futures de répondre, pas à mon blog d’amateur.
    8 – à chercher sur les moteurs de recherche, je ne vois guère de recension de votre livre. Serais-je donc le seul à y avoir prêté intérêt ?

  4. Argoul bonjour,

    Et donc, grand merci à vous d’avoir pris le temps de lire mon livre et de l’avoir chroniqué.

    Vous déploriez le manque de développement, je vous ai bien entendu.

    Pour commencer par un point qui ne concerne (toujours) pas le livre, me voilà, dans votre dernier commentaire, mise sur le banc des accusé-e-s sans avoir levé le petit doigt (car sinon, pourquoi aurais-je besoin d’un « avocat » ?). Guilaine Depis vous a transmis ce livre, pas moi. Elle était informée de la parution de votre article, pas moi. Elle avait envie de réagir, et, quand je vous ai eu lu, pas moi.

    Je n’ai pas été choquée que vous n’aimiez pas les « Petits et grand cadeaux arrivés pieds nus » : les goûts et les couleurs ne se discutent pas. C’est dommage, un blog illuminé par ma couleur préférée, j’aurais apprécié d’y trouver une harmonie avec ce que j’avais écrit.

    Mais en quoi voulez-vous que je commente les jugements implicites et suppositions (fausses et déplacées) sur ma vie privée ou mes motivations ? les insinuations en forme de digressions comme le ségrégationniste « qui plaît tant à la génération bobo » (jusque dans les mots clefs !)*, ou le stupéfiant « qu’elle arrêtera sans explication » se dénonçant lui-même comme mal renseigné et désireux de prouver que je suis une écervelée sans suite dans les idées ? (Allez, une fois, une seule, organisez ce festival dans les conditions où je l’ai fait et avec les résultats que j’ai obtenus, et nous reparlerons ensuite de ma « précipitation », ma « dispersion », et ma rapidité à « passer à autre chose »). Nous aurions pu tout aussi bien en causer sans façon autour d’un verre. Vous avez préféré m’épingler publiquement sans vous informer, et vous attendez que je réagisse ?

    Dans « débattre » il y a « battre », le préfixe « dé » exprimant ici l’intensité. Je n’aime pas la bagarre. Chaque instant est trop précieux – réellement précieux, ce ne sont pas des mots – pour que je m’y consacre. De plus, n’oubliez pas, Argoul, que je ne suis pas connue et puis ne pas avoir spécialement envie d’attirer l’attention sur un article qui me dézingue personnellement. Enfin, si je n’aime pas prendre des coups, je répugne à en donner. D’où mon choix initial du silence.

    Avouez que nous sommes là très loin de la critique littéraire, et ce n’est pas très grave puisque mon livre n’est pas de la littérature (mais non, je blague). Je ne me suis jamais comparée à Rimbaud.

    « Elle écrit comme elle parle » affirmez-vous, et c’est là un beau compliment. « crapahutant avec un groupe multinational au milieu de Kata Tjuta en Australie fredonner une chanson française non médiatisée (« La ballade à Gaston Couté », de Jean-Claude Mérillon, que l’on peut notamment entendre dans « Bernard, ni Dieu, ni chaussettes »**) et en savourer l’intimité décalée », « contempler le coucher de soleil une fois dans sa vie sur la mer de Timor et louper avec un amusement fataliste les dernières secondes (occultées par un bateau qui glisse au même instant sur l’horizon) », « d’un jongleur hébergé pour cause de froid persistant avoir reçu en cadeau un accord de guitare qui n’existe pas mais collait parfaitement à la mélodie composée pour le poème de Claude Roy sur la vague qui vint le voir à Nice de la part de Supervielle »… comme j’aimerais « parler » ainsi !!! Réussir à exprimer de façon aussi précise que condensée, et sans l’interrompre par la ponctuation, une de ces pépites de l’existence, cela demande parfois que l’on s’attarde sur certaines tournures. Car vous semblez ignorer, et cela m’étonne de vous, combien la simplicité est difficile à atteindre, sur le papier comme dans la vie ! Bien sûr, les « cadeaux » contiennent des propositions qui pourraient à certains paraître simplistes, du style « sourire quand on est triste » ou « être entendu » peu après « être attendu », mais faut-il que j’évoque les notions de rythme, de rupture de rythme, d’allitération, de consonance, de musicalité ? Parler n’est pas si fluide, et Duras le savait bien qui réécrivait parfois jusqu’à vingt fois un roman pour lui conférer les aspérités, redondances et ellipses de l’oral. D’où ces textes si « écrits ». Que vous ayez l’impression que dans ce livre je « parle » est une bonne nouvelle. Cela signifie que j’ai atteint cette fluidité que je recherche.

    « Butine-t-elle comme une abeille en vue du miel ? » questionnez-vous. Être comparée à une abeille recueillant le nectar de la vie, celui qui tant nourrit les écrivains, je garde. Savoir si l’on peut en faire le sujet d’un livre, c’est en effet une question à se poser. L’authentique passage à l’acte d’écrire n’étant pas suscité par la « prétention » à la « littérature » (je vous cite toujours), qui écrit se pose la question après (Lire à ce sujet le très intéressant « Corps de l’œuvre » de Didier Anzieu). Qu’est-ce que le sujet d’un livre ? Comment la forme s’y adapte-t-elle ? Qu’est-ce qui est « digne d’être publié » ? Quelle autorité supérieure en décide ? Faut-il tenir compte du bonheur des lecteurs ? les priver de ce que l’on juge « non littéraire » (combien de gros tirages partiraient au bûcher) ? les dégoûter d’avance de la personnalité même de l’auteur et les priver ainsi de la possibilité d’apprécier la lecture dégagés de tout fatras manichéen et vaguement psychologisant ? Vous semblez laisser le lecteur choisir (« chacun l’estimera »), mais vous ne vous privez pas d’orienter son point de vue en assénant des vérités non vérifiées (sic) sur l’auteur. Pourtant, voilà des questions sur lesquelles il eût été intéressant d’échanger, plutôt que de vous demander en public si je ne me « disperse pas trop » et d’affirmer sans me connaître que j’aime « vite passer à autre chose » ! Vous déplorez dans votre réponse à Guilane Depis que l’échange ne soit pas plus « transparent », hé bien moi aussi ! Quelques questions posées à l’auteur vous auraient permis d’écrire plus juste, du moins sur ce qui la concerne directement – mais est-ce vraiment le sujet d’une critique qui se veut littéraire ? Car bien que vous prétendiez ne pas aimer cela, vous avez posté votre article « sans connaître », avant de venir m’écouter chanter et sans avoir posé la moindre question, juste en interprétant les résultats d’un moteur de recherche sur des sujets personnels. Quand la planète entière est un lecteur potentiel, on a, me semble-t-il, certaines responsabilités. Ça appartient, je crois, à ce qu’on appelle la déontologie, non ?

    Mais oui ! il y a des auteurs qui se posent ces questions, y compris celle de la responsabilité ! Qui demandent des avis autour d’eux ! Et, n’étant pas aussi girouette que vous l’affirmez, tenez-vous bien : j’en fais partie !!! Quand on est là pour ce que l’on fait et non pour soi, on choisit des lecteurs non « flatteurs » qui savent dire ce qu’ils pensent sans concession, mais aussi sans vous couper les jambes (ou plutôt le poignet). Là est la qualité du lecteur « aidant », qu’il soit critique, éditeur ou lambda : vous donner envie de retourner au charbon. Vous l’auriez pu, puisque vous semblez y aspirer (« ce qui veut dire qu’il est perfectible. Considère-t-on que nul ne peut s’améliorer ? »), et pour cela vous teniez d’intéressants outils, comme par exemple « Marie Volta semble plus à l’aise dans le court, l’impression, l’instant » (là, vous touchez au cœur du sujet, ce qu’il est intéressant de creuser : l’écriture brève, et je vous remercie sincèrement pour cette remarque) ou « le miel encore entre les pattes de l’abeille qui ne sait pas se poser » (on admire : ce n’est pas « où se poser », qui mettrait le lieu en cause, mais « se poser », qui désigne clairement l’inconstance – et implicitement l’inconsistance – de l’abeille seule). Voilà des pistes ! Qu’en faisons-nous ? Le court, l’impression, l’instant, sont-il en eux-mêmes condamnables ? Comment les aborder ? les traiter ? Si l’on n’apprécie pas, va-t-on les dénigrer ? Si l’on ne connaît pas, va-t-on se questionner ? Faut-il toujours « déplier » le texte ? Que peut apporter parfois, dans sa brutalité essentielle, le fait de ne pas développer ? Madame Héritier elle-même, qui, selon vos critères « n’appartient pas à la littérature », m’a répondu qu’elle avait en effet inventé un genre (car j’ai poussé jusqu’à envoyer vraiment et directement ma « lettre » avant toute publication pour m’assurer que ça ne la dérangeait pas que je publie un ouvrage qui s’inspirait de sa démarche). Qu’est-ce qui lui permet de l’affirmer ? Qu’est-ce que ce genre ? Qu’apporte-t-il ? Que le travail en amont ne se soupçonne pas, qu’il laisse une impression de spontanéité, de non-calcul, de non-recul, n’est-ce pas une preuve de son efficacité ? Mais voilà qui aurait peut-être fait évoluer la réflexion à une autre altitude qu’échanger sur ces questions ! On serait sorti du « j’aime » versus « je n’aime pas » qui, même étayé d’arguments solides, ne constitue jamais qu’un début d’appareil critique, et des thèses s’appuyant sur les impressions sans profondeur laissées par la visite d’internet. On serait vraiment allé « plus loin », puisque vous déplorez que je ne le fasse pas.

    « Ou bien zappe-t-elle comme une ado qui sautille d’un événement à l’autre ? » insistez-vous. Outre que c’est bien mal connaître les ados et, encore une fois, juger à la hâte, c’est aussi passer à côté du cadeau de chacun de ces instants ciselés avec soin. Un seul exemple : quel discours, quel livre à grand succès assume autant de verbes différents dans la même période ? Certes, et nous sommes bien d’accord là-dessus puisque je l’ai moi-même écrit en début de chapitre 3 (qui parle de « zapper » ?) : la qualité est préférable à la quantité. Mais est-il vraiment nécessaire de rappeler ici que la diversité du vocabulaire fait la richesse de l’expression et la précision, sa justesse ? Et que les rechercher, c’est respecter au plus profond le langage, le sens, et, partant, les lecteurs ?

    « elle aime la vie et les petits riens, mais sans aller plus loin », croyez-vous constater. Outre qu’il ne faut pas être grand sorcier pour soupçonner la ténacité à l’œuvre quand il s’agit d’écrire quatre-vingts pages de cette sorte, savourer à sa juste valeur le fait de « vivre dans un pays en paix » ou de « pouvoir nourrir ses enfants » (deux grands luxes sur cette planète) et leur rendre leur juste place, ou bien de « tenir sur son ventre épuisé un nouveau-né tout chaud et tout mouillé », « verser du muscat frais au pied de la croix sur la tombe d’un ami très cher », de « retrouver une lettre d’une amie disparue », « dévaler un bois de marronniers en vélo », etc. serait pour vous ne pas « aller plus loin » que des « petits riens » ? En effet, vous ne pouviez pas aimer mon livre. Pour moi, ces moments constituent les pépites essentielles de la mine de l’existence. « Ado », justement, j’avais écrit un texte très violent (celui-là vous l’auriez peut-être aimé ?) adressé à ceux qui « mâchouillent la vie sans la voir ». J’éprouve envers la vie une gratitude farouche et l’exprime. Je ne suis ni blasée ni aigrie. C’est sans doute pour cela que l’on m’invite à conduire prochainement des ateliers d’écriture*** à partir de ces « cadeaux » et auprès d’enfants qui vivent dans un des pays où trente euros par mois représentent un salaire appréciable. Et ce n’est pas pour la seule et vaine raison d’être, comme vous l’écrivez dans le deuxième article, « dans le ton de l’époque » (si j’y étais, ça se saurait). Jugement là aussi à l’emporte-pièce, avec « la gauche déçue », « les grands sentiments », les « souvenirs de Fêtes de l’Humanité », etc., méthode argumentative s’appuyant sur des généralités qui n’engagent que leur auteur mais ont pour résultat de vider à l’avance de leur authenticité mes actes et propos tout en évacuant le fond du sujet. Quel dommage d’adopter ce registre.

    Pour, entre autres, ces enfants, les « petits riens » du style que j’égraine dans mon livre, ce n’est pas de l’« inabouti », c’est le cœur de la vie. D’ailleurs, notre échange ici me servira d’appui pour exprimer cette conviction à mes yeux fondamentale : c’est dans le dépouillement, quelle que soit sa nature, que l’on trouve le suc de la vraie joie.

    Mais ces enfants savent cela mieux que vous et moi.

    « chaque morceau de phrase entre virgules méritant à lui tout seul une demi-page » ajoutez-vous. Oui, oui, je suis entièrement d’accord ! Mais ce n’était pas l’objet de ce livre-ci. C’était une flambée de spontanéité, un chemin de retrouvailles avec le cadeau de l’instant présent. Aller à l’essentiel, ne pas diluer l’alcool de la vie. Retrouver en une brassée ce qu’elle avait pu m’offrir, pour me permettre de rester, de m’accrocher, de continuer – la préface ne le cache pas – et le partager à mon tour. C’est, parfois, à certaines personnes, nécessaire. Apparemment, ce ne l’est pas pour vous en ce moment.

    Enfin et je m’arrêterai là, hors de ce livre à nouveau, votre remarque sur les grandes maisons d’édition est sidérante. Vous voudriez nous faire croire que vous ne connaissez pas l’histoire de la littérature ni le monde de l’édition ??? Pour être connu, il faut de la presse. Pour cela, il faut un éditeur reconnu. Pour cela, il faut de la presse. Allez, juste deux exemples. 1. Proust. Je développe ? 2. Plus près de nous, Bernard Prou. Auteur d’ « Alexis Vassilkov ou la vie tumultueuse du fils de Maupassant ». Refusé par tous les éditeurs. Autoédité (oui). Remarqué (« un coup de chance », dit-il) par Gérard Collard (librairie « La Griffe noire », près de chez Monsieur Prou). Promotion. Presse. Une grande maison vient de signer son prochain livre avant même qu’il soit écrit. Lorsque j’ai confié un autre des manuscrits auxquels je tiens (« Nora ») à l’éditeur de mon premier roman, il m’a répondu : « C’est superbement écrit, mais… » Mais il n’avait pas les moyens de faire la promo d’un livre qui n’aurait pour garantie que le nom d’une inconnue et ne contiendrait pas une des trois accroches constituant le seul fonds de commerce vraiment viable pour les petites maisons : un fait historique – l’ancrage fort dans un lieu – une intrigue policière. Les « gens » ont besoin de connaître à l’avance quelque chose du sujet ou de l’auteur. Un ovni écrit par une inconnue, ça passe mal. La petite maison qui a le courage de l’éditer, c’est suspect. Vous l’ignoriez ? Je regrette d’avoir à vous l’apprendre.

    Marie Volta
    http://www.lapetitemarguerite.com

    * https://argoul.com/2016/10/27/marie-volta-chante-ma-revolte/
    ** Film documentaire de Pascal Boucher.
    *** La formation d’Aleph, solide et approfondie, n’est pas bon marché mais là encore, la butineuse dont vous insinuez qu’elle manque de suite dans les actes et les idées comme de profondeur dans ses engagements, bien que peu fortunée est allée au bout, et sans assistance. Je ne monte pas dans l’avion avec mes seuls « petits riens » en poche.

  5. « Méchant », « folle ou stupide », « assassin », « misogynie »… est-ce là un débat ? Je n’ai pas insulté Marie « Volta » dans ce compte-rendu de texte, j’aimerais bien qu’on ne m’insulte pas.
    Quant au fait que Volta soit prof ou femme : le talent aurait-il un sexe ?
    J’ai aimé Elisabeth George, Fred Vargas et Jacqueline Merville entre autres qui sont (si je ne me trompe) des femmes.
    Il se trouve que j’ai lu aussi d’autres oeuvres publiées de Marie Volta, que je suis allé l’écouter chanter – parce que je n’aime pas écrire sans connaître. Elle chante bien – je l’ai écrit. Mais elle écrit comme elle parle, ce qui n’est pas écrire. Et je suis désolé si le « spontanéisme » est considéré aujourd’hui comme du talent : ce n’est pas le cas. Ou si passer de la pommade en public à celle (ou celui) qui a tenu la scène est une façon de flatter : je ne suis pas un flatteur.
    Ce pourquoi j’aurais aimé des arguments littéraires, car il s’agit de littérature, lorsqu’on y prétend.
    J’ai écrit d’ailleurs aussi que le germe que l’on peut trouver dans le livre est « inabouti », ce qui veut dire qu’il est perfectible. Considère-t-on que nul ne peut s’améliorer ?
    D’ailleurs, un test simple… Que Marie Volta propose ses oeuvres à un éditeur reconnu, Gallimard, Grasset, Seuil, Actes sud – et même aux éditions des Femmes (faites pour des femmes qui se méfient des éditeurs) : nul doute que son talent particulier ne puisse y être pleinement reconnu, s’il est si évident.
    Ce serait plus « transparent » aussi si l’auteur elle-même donnait son sentiment sur ce blog, comme d’autres auteurs le font volontiers. J’aurais l’impression de discuter avec une personne, pas avec un avocat.

  6. Guilaine Depis

    « Il faut admirer les gens capables d’être heureux. » (Amélie Nothomb, dans Mercure)

    Si je suis reconnaissante à Argoul du temps qu’il a eu la générosité de passer à lire « Petits et grands cadeaux arrivés pieds nus » de Marie Volta (après tout, il n’est pas payé pour cela : il n’avait aucune autre raison de la lire en dehors de ma pressante recommandation, il est naturel que dans ce contexte sa liberté d’apprécier le texte soit entière), livre que je suis chargée de promouvoir, je confesse avoir été à la première lecture vivement blessée par cet article si dur, « méchant ». Si dur qu’il m’a semblé exprimer une sorte de détestation personnelle non pas des mots, mais de tout ce qu’incarne Marie Volta.

    A la réflexion, quelques jours plus tard, ma plaie se cicatrise, ma peine s’estompe car cet article qui extrapole beaucoup n’aborde pas le fond du texte de mon auteure.

    D’abord, j’ai été surprise par la remarque absolument hors-sujet de la première phrase d’Argoul qui fantasme déjà sur le nombre 17, supposant (et on se demande bien pourquoi: il y a des tonnes de livres en 17 chapitres et personne ne les trouve suspects) pour la réduire à la femme procréatrice davantage que créatrice que ce serait l’âge du fils aîné de l’auteure.

    On remarque plus loin que si Argoul conteste la qualité d’écrivain à Marie Volta, elle est en excellente compagnie, puisqu’il fait de même avec Françoise Héritier. Or, si l’essentiel de l’oeuvre de Françoise Héritier se situe effectivement sur le terrain des sciences humaines, je pense que l’éditrice du « Sel de la vie », Odile Jacob, serait estomaquée qu’on lui rejette cet opus en dehors du champ de la LITTERATURE. Ce n’est pas parce qu’on a toute sa vie écrit sur les sciences que l’on ne peut pas aussi avoir donné un chef d’oeuvre à la LITTERATURE.

    Plus bas, Argoul, apparemment resté insensible au jaillissement en mots des « Petits cadeaux » de Marie Volta, qu’il rabaisse au rang de « petits riens » (est heureux qui s’y trouve, après tout : certains placent la barre trop haut – le cas d’Argoul ? – Marie Volta goûte, quant à elle, aux joies simples de l’existence comme accompagner ses enfants à l’école), déroule – et en cela il est assez clair – pourquoi formellement cette écriture pleine de vie et d’énergie bondissante le gave et le lasse. Il a le droit de ne pas aimer la forme, c’est sa liberté de critique.

    On cesse d’apprécier le professionnalisme d’Argoul lorsqu’il ose écrire que Marie Volta « arrêtera sans explication son festival Brassens en 2013 ». Je souligne qu’il y a une cause, même folle ou stupide, derrière chaque décision humaine, et celle de Marie Volta n’était en l’occurrence ni folle ni stupide, mais Argoul a une nouvelle fois préféré laisser voguer son imagination plutôt que de contacter Marie Volta sur la raison de ce triste arrêt. (que Marie Volta a d’ailleurs écrite dans son blog « La Petite Marguerite » bien avant la parution de l’article assassin d’Argoul).

    Sur la génération post 68, je comprends ce qu’Argoul a voulu dire ; Marie Volta est effectivement un auteur de son époque, Houellebecq aussi qui décrit si bien la misère sexuelle de son temps. Être le porte-parole d’une génération n’a pas empêché Houellebecq d’être grand.

    Je désapprouve le côté « oeuvre inaboutie » que déplore Argoul, qui passe à côté du charme virevoltant de ce petit livre que j’ai déjà décrit comme un trésor. C’est justement sa richesse, son style, de tout survoler.

    Quant à l’obsession du chiffre chez Marie Volta, après tout, pourquoi pas (Cioran disait « Plus un artiste est grand, plus ses obsessions sont les mêmes »), surtout quand la mort est passée près d’elle – compter les jours qui restent me semble parfaitement rationnel et le signe d’une forte maturité. L’angoisse de ne pas avoir assez de jours devant elle pour mener à terme son oeuvre et son destin.

    Je trouve vaine et stérile la pique d’Argoul sur le nombre d’ouvrages et de disques publiés par Marie Volta ; des tas d’écrivains ont publié dix fois plus qu’elle, cela ne fait pas pour autant d’eux des butineurs touche à tout sans lendemain. Marie Volta a une vie dense et elle a le talent de savoir être heureuse et positive. Son écriture est roborative, donne de l’avenir et des couleurs à la vie.

    Nous aurons retenu de cet article qu’Argoul déteste le rythme de Marie Volta, il en a le droit, en revanche l’absence d’attention portée au fond du livre et les nombreuses suppositions hors-sujet (« probablement prof ? ») pour un critique littéraire discréditent beaucoup cet article, que j’attribue (peut-être en extrapolant moi aussi ?) à une certaine misogynie. Je pense sincèrement que Marie Volta s’adresse en priorité aux femmes, même si elle reçoit des éloges dithyrambiques de la part de ses lecteurs hommes également.

    En amitié, toujours, mon cher Argoul, mais je me devais de répondre avec objectivité à cet article qui ne reflète qu’une partie (le rythme) de mon auteure.

    Guilaine Depis

  7. Pingback: Marie Volta chante ma révolte | argoul

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