Musulmans ou islamistes

Comme beaucoup de ceux qui réfléchissent avant d’énoncer, je fais une claire distinction entre ceux qui croient simplement et ceux qui veulent imposer leur foi. Ainsi entre catholiques et intégristes, ou musulmans et islamistes. Notons ce fait particulier qu’aucun juif ne veut convertir les autres, et que les bouddhistes ne proposent que leur exemple de vie bonne pour attirer les adeptes.

N’oublions pas qu’Arthur Rimbaud, Henri de Monfreid et Isabelle Eberhart se sont convertis à l’islam. Mais cela restait de la foi intime, pas du prosélytisme intolérant, une manière aussi de pénétrer les sociétés étrangères de l’intérieur pour mieux les comprendre. La foi est du domaine individuel, intime, et Sadiq Khan élu en mai 2016 Maire de Londres a laissé le djihad au vestiaire.

Certes, les croyants peuvent tenter de convertir « de bonne foi », étant sûrs non seulement de détenir la Vérité absolue révélée par le seul Dieu suprême, mais surtout de « sauver » les âmes des mécréants. Ce fut le cas des Jésuites du Paraguay et des missions en terres étrangères. Mais nul besoin de religion pour cela : aider les autres est un mouvement généreux universel. La médecine et l’école furent les vertus d’une certaine colonisation faite pour de « grandes idées » – en général républicaines puis humanistes.

Ce qui n’est pas allé sans dérives. Le positivisme scientiste et la foi républicaine, socialiste voire communiste, ont été aussi des autoritarismes visant à dominer les peuples-enfants et à discipliner l’anarchie sexuelle africaine et polynésienne. Pour mieux exploiter le travail, faire « suer le burnous » et « éradiquer la paresse congénitale » (hum !).

ibn khaldun le livre des exemples tome 1

Mais la vertu des pays occidentaux est de s’être rendu compte de ces dérives, qu’elles soient celles des missions évangélisatrices dont les Jésuites sont revenus, de la « volonté générale » de 1789 que la révolution voulait étendre à toute l’Europe avant tout le genre humain, du communisme soi-disant « scientifique » qui devait libérer le monde entier des chaînes de l’exploitation – au service d’une étroite élite soumise au grand Parti unique…, ou du socialisme jacobin dont les technocrates savent mieux que vous ce qu’il vous faut. Tous se méfient de « la démocratie », le peuple leur paraissant ignare, manipulé ou beauf réactionnaire. Les discours sur le Brexit, après celui sur la montée du Front national aux européennes, en témoigne.

Ces croyances religieuses ou séculières, qui sont légitimes car elles font avancer l’humanité, sont désormais cantonnées dans la sphère privée pour ce qui est de Dieu, et dans la sphère politique pour ce qui est du débat sur les valeurs. La guérilla catholique contre la révolution a cessé ses effets après 1945 – non sans avoir sali les idéaux humanistes puis étriqué la pensée durant un siècle et demi – jusqu’au pétainisme de soumission (la « manif pour tous » est restée sans lendemain). L’agitation permanente marxiste depuis 1945 n’a jamais cessé (avec la CGT, Besancenot et Mélenchon) – mais elle se maintient dans les normes démocratiques, même si « la rue » exige plus de démocratie directe et moins de démocratie représentative. Le Parlement, en France, étant réduit à voter selon l’appartenance partisane sans discuter – ce qui est pourtant son rôle.

Mais aujourd’hui, seul l’islam renaît comme religion conquérante, intolérante, terroriste.

Pourquoi ? Parce qu’il veut en revenir aux origines et que ces origines sont la guerre tribale mêlée à la guerre idéologique au nom de la Révélation. S’il n’est de dieu que Dieu, il commande en tout et les minables humains doivent s’humilier devant Lui et obéir en tout aux Paroles qu’il a distillées via l’archange Djibril à l’oreille de l’illettré Mahomet, puis aux paroles du Prophète en son vivant, puis des gloses des érudits après le Prophète, puis des fatwas de savants autoproclamés qui se veulent détenteurs de l’unique interprétation de la vraie Vérité…

Les Musulmans sont des croyants légitimes s’ils pratiquent leur foi en privé, acceptant le compromis de la vie en commun. Mais les islamistes sont des croyants guerriers qui veulent imposer leur foi particulière au monde entier, surtout dans les pays qui les acceptent mal. C’est leur vengeance – que ce « surmusulman » (Fethi Benslama, psychiatre) : le renversement de l’humilité en arrogance analogue au Superman inventé en 1933 par un Juif américain sur le modèle de l’Übermensch de Nietzsche – déformé par l’aryanisme nazi. Le ressentiment intime projette une image boursoufflée de soi, déformée par la haine et dominatrice, qui conforte le moi blessé. Surtout de ceux qui ne sont pas encore des hommes, entre 15 et 25 ans, eux qui cherchent leur virilité dans la fraternité garçonnière d’où les femelles sont bannies, et qui justifient la raideur du sexe interdit par la kalachnikov rigide qui crache son jus puissant.

Cette quête de la Pureté, qui est l’un des ressorts du radicalisme adolescent confronté à la « souillure » du désir sexuel, trouve dans le corpus islamique de quoi se justifier.

Car les textes sacrés sont loin d’être innocents… Ils sont considérés par les oulémas comme véritablement authentiques. L’islam doit être étendu par les armes ; le djihad n’est pas qu’intérieur mais se manifeste dans la société et contre les ennemis ; les Juifs de Médine ont été exterminés par Mahomet lui-même – par calcul politique ; les minorités non-musulmanes des autres religions du Livre doivent être « soumises » et reléguées avec des droits inférieurs, payer un impôt communautaire.

fesses mediavores

L’islam, dans sa pureté croyante originelle, est dans ses effets analogue au nazisme – sauf que la foi remplace la race et que quiconque peut toujours se convertir. Ceux qui ne le font pas sont des sous-hommes, ceux qui résistent des cafards à exterminer. Toute la littérature militante de Daech – proclamé État islamique – le répète à l’envi.

De l’administration de la sauvagerie’ (édité en français sous le titre ‘Gestion de la barbarie’ et un temps disponible sur Amazon, à la Fnac et à la Librairie catho…), rédigé vers 2003 par Abou Bakr al-Baghdadi, explique en détail comment s’emparer d’un territoire, le soumettre brutalement par la terreur et l’application stricte de la charia wahhabite, puis porter la guerre au cœur de l’ennemi occidental et juif par les techniques mêmes du trafic financier, de la communication et de l’information occidentales. Mentir, voler, violer, vendre des œuvres d’art ou des êtres humains, crucifier, torturer, tuer – sont des pratiques permises et même légitimes « au nom d’Allah ». Comme si Dieu avait créé les bas instincts pour qu’ils servent sa Gloire.

L’historien de l’islam Ibn Khaldun (1332-1406) démontre clairement combien la religion est ce qui donne corps et forme au peuple arabe. « L’islam – la religion musulmane – est le seul monothéisme qui implique les devoirs de la guerre dans ceux de la religion », selon le professeur d’histoire médiévale de Nanterre Gabriel Martinez-Gros dans un numéro de la revue L’Histoire (423, mai 2016, p.56). C’est la progressive instauration de l’État, avec sa division des tâches entre guerriers, experts et lettrés, qui pacifie la violence originelle de la croyance. Pour Ibn Khaldun, les Turcs, les Mongols et les Berbères dans l’Oumma ont affaibli les Arabes – puisque la religion n’avait plus d’utilité politique pour l’empire. Or, rappelle Ibn Khaldun : « Dans la communauté musulmane, la guerre sainte est un devoir religieux parce que l’islam a une mission universelle et que tous les hommes doivent s’y convertir de gré ou de force » (Muqaddima – Le Livre des Exemples, p.532).

C’est cet écart entre l’origine et aujourd’hui qui fait que des musulmans deviennent islamistes. Le retour aux sources est un danger, aussi bien pour les racistes que pour les croyants. Mais c’est bien ce qui guette notre monde, déçu de la tournure des choses.

Fethi Benslama, Un furieux désir de sacrifice : le Surmusulman, 2016, Seuil, €15.00

e-book format Kindle, €10.99

Ibn Khaldun, Muqaddima – Le Livre des Exemples tome 1, Gallimard Pléiade, 2002, 1555 pages, €76.50

Jean Lafontaine, Pourquoi l’aveuglement occidental est la plus grande force de l’islam : illustration avec la « Déclaration de Marrakech », 2016, Atlantico

 

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4 réflexions sur “Musulmans ou islamistes

  1. Oui, c’est « explorer le monde et les idées » que d’argumenter en détail sur l’islam, l’islamisme et sa dérive intégriste tueuse. Vous préférez, semble-t-il, vous précipiter dans la critique superficielle au nom de la morale politiquement correcte qui fait honte de penser ce qui est différent de nous. Quand j’écris que « L’islam, dans sa pureté croyante originelle, est dans ses effets analogue au nazisme », non seulement la phrase vient après tout un exposé de contexte, et tous les mots comptent (dans sa pratique, analogue), mais le point central est « dans sa pureté croyante originelle ». Il semble que non seulement vous n’ayez pas lu le reste de l’article, qui explicite cette affirmation, mais que votre culture soit réduite au préjugé d’ambiance. Oui, TOUS les intégrismes, « retour aux origines » et autres fantasmes de pureté engendrent intolérance, rejet de l’autre et massacres : l’Inquisition catholique, la Terreur robespierriste, la paranoïa stalinienne, les gardes rouges maoïstes. Il s’agit moins de l’islam – dont la foi a su créer une civilisation musulmane sur les siècles – que de l’islamisme intégriste dit « salafiste » qui se veut retour à la pureté originelle du Message et lecture à la lettre du Coran (avez-vous lu le Coran ? ce qu’il dit des femmes ? des juifs et des chrétiens ? de la prééminence du mâle dont le témoignage vaut deux fois celui de la femme ?). Salaf veut dire ancêtre (vous le saviez ?), et les étudiants (talibans) veulent répéter ce que firent les ancêtres (d’où leur appellation de salafistes). L’humilité intellectuelle, dont vous vous avez plein la bouche, commence par la lecture honnête et complète de tout l’article – avant de dénoncer on ne sait quel complot imaginaire. Vous avez peut-être traité un jour les intégristes cathos de réactionnaires et de fachos (pas entièrement à tort) : pourquoi donc les intégristes musulmans échapperaient-ils miraculeusement à la même critique ? La « schizophrénie française » (que vous ne définissez en rien…) ne serait-il pas ce refus de ne pas voir la réalité qui est celle des couteaux égorgeurs au nom de l’islam ? Qu’est-ce donc qui, dans la religion musulmane, permet de telles pratiques ? Vous êtes-vous au moins posé la question ? Restez-vous à la vision rose de la religion comme aimable badinage ? La schizophrénie – si tant est que ce terme médical puisse vraiment s’appliquer à toute une société – est peut-être bien dans votre œil, cet étrange refus de quitter une illusion idéalisée pour la triste réalité des hommes…
    Voir cet article, entre autres : http://www.atlantico.fr/decryptage/et-etait-temps-regarder-aussi-ces-autres-complices-terrorisme-artisans-tres-francais-culture-excuse-paul-francois-paoli-jean-2779759.html/page/0/2

  2. Est-ce « explorer le monde et les idées » que d’affirmer : « L’islam, dans sa pureté croyante originelle, est dans ses effets analogue au nazisme » ?…
    Ce n’est ni plus ni moins que de participer à cet obscurantisme « arabophobe » et « islamophobe » qui rend la France schizophrène de la réalité de notre planète et de l’Histoire en rapide évolution…
    Avant de répandre la haine à l’encontre de populations que nous massacrons et bombardons sans trêve, dans le mépris et le fanatisme de notre propagande coloniale, depuis que nos pays occidentaux s’en sont emparés à la suite de la chute de l’Empire Ottoman, un effort d’honnêteté, ou d’humilité, intellectuelle s’impose…
    Relisons les textes lumineux et apaisants sur cette grande religion écrits par des Catholiques contemporains, tels Louis Massignon ou Denise Masson. Ou encore, l’oeuvre immense de l’éminent Protestant Henri Corbin qui a passé 40 ans de sa vie à étudier « l’Islam Iranien »…
    Ou encore, ceux de René Guénon, qui s’est converti à l’Islam et dont le mausolée se trouve au Caire…
    Ou encore, ceux de l’exceptionnel « voyageur » que fut Vincent Monteil, qui s’est converti lui aussi à l’Islam..
    Véhiculer le simplisme de la désinformation méprisante et haineuse est-il un acte de curiosité à l’égard du monde ,des gens et des idées ?…

  3. à lire absolument le traité d’athéologie de Michel Onfray

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