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Immigration en fait

L’émission des Matins de France culture consacrée à l’archéologie du vendredi 10 décembre a tendu à « prouver » qu’il existait des communautés étrangères sur le territoire aujourd’hui national (hier ouvert) tels les Grecs à Marseille au Vie siècle avant, les Juifs à Lyon au IIIe siècle de notre ère et les Musulmans au VIIIe siècle dans les villes du sud-ouest. Certes – mais qu’est-ce que cela prouve ? Que le territoire est un lieu ouvert où certaines minorités arrivent et repartent, parfois s’enkystent, tout en restant minorités.

Le problème n’est pas de nier l’immigration dans l’histoire, le problème est le stock d’origine immigrée AUJOURD’HUI. Deux études récentes de l’institut Montaigne ici et synthétisent des notes de l’INED et de l’INSEE qui sont rarement citées, de peur de « faire le jeu » du racisme et autres billevesées de la gauche « morale ». Je vous incite à aller voir les sources, c’est toujours mieux que les commentaires. L’immigration est un FAIT qu’il faut examiner en tant que citoyen, si possible rationnellement. C’est au contraire en posant un tabou idéologique au prétexte de « vertu » sur ce fait que l’on exaspère les radicalités et que l’idéologie (donc le mensonge ou l’illusion) prend le pas sur l’observation.

Aujourd’hui, plus d’un cinquième de la population est directement issu de l’immigration récente (immigrés et enfants d’au moins un parent immigré). Les étrangers sont 7,6 % en 2020, soit 5,1 millions de personnes (dont 4,3 millions d’immigrés et 0,8 million de personnes nées en France) auxquels il faut ajouter environ 400 000 clandestins et déboutés non renvoyés.

Les titres de séjour valides ont augmenté nettement depuis trente ans avec un stock 3,5 millions fin 2020 et un flux de 219 000 sur l’année. Il faut noter qu’il s’agit très majoritairement d’Africains (58 %). Les demandes d’asile d’un peu plus de 150 000 par an depuis la fin des années 2010 et leur taux d’acceptation d’environ un tiers concernent l’Afghanistan, le Bangladesh, l’Albanie et la Géorgie, l’Afrique subsaharienne.

La contribution des femmes immigrées à la fécondité est de près d’un cinquième des naissances 2,60 enfant par femme contre 1,77. En 2020, l’immigration a représenté plus de la moitié de l’accroissement de la population. Il y a deux fois plus de jeunes de moins de 18 ans d’origine immédiatement étrangère (immigrés et enfants d’immigrés : 22 %) aujourd’hui qu’à la fin des années 1960 (11 %). La population immigrée totale (y compris Français) comprend 47,5 % d’origine africaine et 29 % originaires du Maghreb – ce qui se voit immédiatement dans la rue et à l’école. Ce serait niais et hypocrite de faire comme si de rien n’était.

L’acceptation se fait, mais plus lentement que les flux, ce qui explique les « réactions », notamment populaires. Donc la propension à voter Rassemblement national ou à louer Zemmour (lui aussi issu de l’immigration mais « assimilé »). Notamment dans les deux régions qui accueillent plus de 10 % d’immigrés, l’Île de France (où vivent près de 40 % des immigrés) et PACA.

L’intégration est plus difficile pour l’immigration récente que pour les immigrations d’hier et d’avant-hier car le maintien de la culture d’origine est facilité par la permanence des flux et les moyens modernes d’information, de communication et de déplacement. Ce pourquoi « l’assimilation » à la Zemmour est un mythe qui fait peut-être vibrer les « anti » mais qui a peu de chance de s’avérer. Il faut faire avec les réalités. De plus, les structures traditionnelles de socialisation (associations, syndicats) ne jouent plus leur rôle et sont remplacées par des communautés religieuses. Dont l’islam, dont sont issus la plupart des terroristes depuis trente ans – ce que l’interminable procès de ceux du Bataclan remémore tous les jours, en pleine campagne présidentielle.

Les comparaisons internationales montrent que la situation migratoire française se situe dans la moyenne – sauf sur ce point de friction politique crucial : le très faible taux de reconduite à la frontière par rapport au nombre de décisions d’éloignement prononcées (23 %, contre 44 % en moyenne européenne dont 89 % en Allemagne et au Royaume-Uni). Il y a donc un laxisme exécutif français du à une véritable lâcheté politique pour « faire comme si » l’immigration était officiellement maîtrisée mais officieusement laissée à elle-même. Ce qui n’est PAS le cas dans les pays voisins.

L’impact à long terme des migrations sur la richesse par habitant est neutre selon des études de l’OCDE. En France, l’effet serait même légèrement négatif en raison de notre immigration peu qualifiée, avec un taux de chômage important. Les immigrés contribuent moins en impôts et cotisations sociales alors que le système français est très redistributif.

Reste que la population française déclinerait, comme dans les pays européens en général, s’il n’y avait pas l’immigration, posant un problème de financement des retraites. Mais c’est parce que le système actuel finance les retraités avec les actifs ; il suffit d’introduire des fonds de pension (éventuellement gérés par l’Etat) pour que la question ne soit plus un véritable argument.

Si la proportion des immigrés dans la population à 12,8 % est inférieure à la moyenne de l’OCDE de 13,6 %, la France reste, du fait de son héritage migratoire, la première nation européenne pour la population totale d’origine immigrée : 26,78 %. Plus du quart : la population change, la culture change, le quotidien change. Pourquoi refuser de le voir ?

Pourquoi dénier les problèmes que cela pose, notamment sur le niveau scolaire – et les moyens qui devraient donc aller avec ? Pourquoi continuer d’accepter une immigration massive, à faible qualification, qui coûte plus qu’elle ne sert, tout en exacerbant les antagonismes culturels et religieux ? Pourquoi chercher ailleurs la MEFIANCE qui, bien plus qu’ailleurs, caractérise le citoyen français face à ses pouvoirs publics ?

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Woke, la nouvelle idéologie de la gauche bobo

Taubira ira ? n’ira pas ? Echo ou appel ? « Quitte ta maison et viens » pour prêcher avec moi. Car la gauche anéantie n’a plus rien à dire, sauf aux extrêmes minorités, individualistes en diable, exclues, sexualisées, genrées, racisées, immigrées. Or c’est « le peuple » qui vote dans sa majorité et pas les minorités. Les intellos qui étaient jadis avec le peuple comme des poissons dans l’eau se sont retirés dans leurs mares plus chaudes de l’entre-soi – et le peuple a repris ses idées.

Que fait aujourd’hui la gauche pour « le peuple » ? Elle a montré avec Mitterrand (et Hollande) qu’elle était nulle en économie ; elle a épuisé le social sous Jospin en exacerbant le « toujours plus » doublé du « et moi, et moi ! » ; elle a arpenté le minoritaire avec le mariage gay, le mitou néo-féministe qui inverse la domination (pour instaurer une nouvelle domination d’opinion), sans compter l’écologie punitive et la distribution à guichets ouverts des « droits » sans devoirs. Le peuple – la majorité démocratique – se dit qu’il n’est guère qu’un cochon de payant et se trouve même accusé de beaufitude, , de réaction, de racisme (mais qui évoque le mot, sinon les racisés ?). Le peuple en a marre. Il se méfie désormais des « élites » car 24 ans de gauche au gouvernement sur 43 ans depuis Giscard l’ont déçu et son espoir s’est envolé pour les fameux lendemains qui chantent. Toujours demain, comme chez Poutine.

La droite, qui n’a régné que 19 ans, fait désormais l’envie de ses yeux de Chimène. Elle parle des « vrais » problèmes populaires : ceux de l’immigration trop rapide et mal assimilée, des familles sans père (ni Nom du père pour les psys), du nouveau privilège féminin, des fins de mois difficiles. Car le multiculturalisme de fait laisse place à un multiculturalisme de normes. Le regretté Laurent Bouvet avait mis en évidence cette identity politics venue de la gauche américaine. Les groupes sociaux ne sont plus considérés en tant que classes en lutte pour leur part du gâteau économique mais par leur « identité » religieuse, leurs caractéristiques ethniques, leur orientation sexuelle ou leur genre, toutes ces micro-différences qui éparpillent le sentiment de classe – et qui préservent les nantis de toute revendication économique ! Le woke est un raffinement du « capitalisme ».

Le pire est cette nouvelle idéologie des bobos en manque d’idéal révolutionnaire. Le peuple a déçu, changeons le peuple ! Le parti socialiste, il y a quinze ans vivier de la modernité pour les petit-bourgeois fraîchement diplômés et devenus financièrement privilégiés, est devenu le nid de cette idéologie nouvelle, secrétée par cette nouvelle base sociale. Cette gauche « morale » compense ses privilèges de nouvelle classe économique par un affichage idéaliste accru. Le « woke », cet éveil venu des Etats-Unis, se veut d’un infini respect (affiché car dans les faits concrets, c’est autre chose) pour tous les déviants, qu’ils soient de sexe ou de « race » – un mot que l’on croyait banni des dictionnaires sérieux, les scientifiques ayant démontré que « les races » n’existaient pas. Mais balivernes !

L’idéologie a besoin de croire, comme toute religion, et « le racisme » est ce nouveau diable surgi des âmes coupables. Cette discrimination raciste ne touche curieusement que les Noirs aux Etats-Unis et les Maghrébins en France, pas les Indiens ni les Chinois, considérés comme « dominants » parce qu’ils défient le pays le plus puissant de la planète… Soutenir les minorités extrêmement minoritaires permet de se croire une supériorité morale qui ne coûte guère, puisque que ces minoritaires ne sont pas assez nombreux ni assez doués pour venir défier les nouvelles positions économiques et sociales des bobos fraîchement installés.

L’argent, beurk ! mais « les valeurs », super ! Les valeurs, personne ne sait trop ce que c’est puisque chacun a les siennes dans l’individualisme systémique ambiant. Mais ça fait bien en société : « J’ai des valeurs, moi, Monsieur ! » Ça impressionne. Surtout lorsqu’il s’agit de titiller le vieux fond de culpabilité chrétienne qui subsiste en tout Français (ou Américain) de tous sexes, même laïque, même incroyant, même revenu de l’Église, de ses histoires de quéquette et de dogmes antédiluviens. « La charité, Monseigneur ! la charité »… Quoi de mieux que l’Exclu majeur de notre temps : l’immigré en femme, noire, lesbienne, violée, battue ou tuée « par la police », malade, sans abri et sans le sou ? Il serait « raciste » selon le woke bobo de croire que la race n’existe pas ! Il serait inconvenant de croire qu’un homme n’est pas une femme, et réciproquement ! Renversons les valeurs.

Mais le peuple n’est pas d’accord. Depuis la Révolution, oui pour accorder tout aux exclus (immigrés ou sexuellement différents) en tant qu’individus, mais rien en tant que communauté – au prétexte que « ça se voit sur leur figure », que « c’est la guerre chez eux », que « la situation économique est effarante », ou encore « que la dictature y est féroce ». Si l’Europe devait accueillir toutes les populations qui réunissent ces critères, le territoire serait trop petit pour survivre. D’ailleurs les Etats-Unis woke de Biden ne respecte les déviants sexuels qu’en les parquant à distance par les principes (mais pas de ça chez moi) et n’accueillent pas plus les immigrants, la frontière est bien gardée, surtout au sud… En effet, question anti-woke : pourquoi tant de gosses (y compris par PMA encouragée), si la situation est si mauvaise ? Pourquoi enfanter ou accueillir de nouveaux exclus qui seront malheureux (racisés, battus par la police, violés, etc.) ? Pourquoi encourager ces familles trop nombreuses du tiers-monde à tenter de venir s’installer dans les Etats-providence d’Occident ?

C’est donc une lutte des classes qui nait entre « le peuple » et la gauche morale plus que contre les patrons (certains financent même Zemmour) . Celle-ci n’a rien à dire sur la montée des inégalités – qui lui profite amplement ; rien à proposer pour y remédier, sauf une rituelle invocation à « faire payer » les (très) riches : ceux qui le sont plus qu’eux. Ce pourquoi François Hollande a été éliminé, il avait évoqué 3500 € par mois comme seuil où l’on était considéré comme « riche » : vous vous rendez compte de l’effet dans un foyer bobo moyen ? Un président ne devrait pas dire ça, mais Hollande ne peut jamais s’en empêcher.

Les bobos, ces bons bourgeois issus du peuple d’hier, sont électeurs des grandes villes et montrent comme préoccupation majeure le climat ; ils se foutent du « social », ils ne sont pas concernés. D’où les gilets jaunes, frappés de plein fouet dans les provinces et les périphéries par les mesures antibagnoles, le contrôle technique renforcé, l’écotaxe sur le carburant, surtout diesel, et même le 80 à l’heure. Que les salaires stagnent et que la formation soit nulle pour la classe ouvrière ou la classe moyenne, ils s’en battent, les bobos. Que « le peuple » ait l’impression de régresser, que l’ascenseur social soit non seulement en panne mais en chute, n’est pas leur problème. L’immigration est morale, « il faut les aider », car les immigrés seront de toutes façons loin de venir piétiner leurs platebandes riches et diplômées – au contraire, les bobos pourront trouver à très bas prix de bonnes nounous pour leurs (rares) niards et des jardiniers pour leurs (superbes mais épuisants) jardins, sans parler des peintres, plombiers, éboueurs, sous-aides soignants, ramasseurs de fruits, livreurs de (la sempiternelle) pizza, videurs de poubelles, etc. Ouvrez les frontières ! accordez encore plus de droits aux minorités ! C’est bon pour la fluidité du commerce, coco ! C’est bon pour les jouissances du bobo.

La déconstruction, qui a conduit au woke, doit s’appliquer également au woke : rechercher ses bases sociales, les intérêts de classe que ses adeptes peuvent avoir, l’utilité de cette nouvelle idéologie par rapport aux précédentes pour mener une guérilla de prestige pour capter les postes – et garder le pouvoir. Déconstruisez les déconstructeurs, c’est de bonne guerre !

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Quand on a 17 ans d’André Téchiné

En terminale S d’un lycée d’Ariège Damien (Kacey Mottet Klein, 17 ans), est un bon élève qui récite du Victor Hugo et résout les équations de maths sans problème. Son condisciple Thomas (Corentin Fila, 27 ans) est un métis de congolais qui vit mal son adoption par des paysans frustes et taiseux qui le font trimer, faute de « vrai enfant » à eux après de multiples fausses couches. Il veut devenir vétérinaire pour mieux protéger les bêtes auprès desquelles il a trouvé jusqu’ici le seul amour. Damien le regarde souvent en classe ; ils sont tous deux solitaires et les derniers à être appelés lors de la constitution des équipes de sport collectif.

Un jour Tom fait un croche-pied à Damien en classe. Pour rien, par jalousie de voir sa mère venir le chercher peut-être, l’aimer ouvertement et normalement. Il lui dira plus tard qu’il le trouvait « prétentieux » mais c’est parce qu’il affichait de façon naturelle ce qu’est la vraie vie d’un fils – le contraire de la sienne. De cet acte d’envie va naître une progression d’échanges mimétiques. L’attirance comme un aimant irrésistible que la raison cherche à canaliser dans le refus, les coups, les regards hostiles, mais qui ne fait que s’amplifier justement par cette relation négative. La tourner en positif est tout le projet du film, l’aboutissement de la vérité comme apothéose, tout comme l’acceptation du deuil du père et de Damien ou la naissance de la petite demi-sœur de Tom.

Les nausées de la mère adoptive de Thomas, isolée dans sa ferme de montagne, font intervenir Marianne, la mère médecin de Damien (Sandrine Kiberlain) ; outre la fièvre, elle attend un bébé et doit être hospitalisée. Marianne propose spontanément à Thomas de l’héberger chez elle en attendant ; il sera plus près de l’hôpital et du lycée et pourra mieux réviser. Car ses notes sont en chute au premier trimestre et ses bagarres avec Damien le font surveiller du proviseur. Les garçons disent que c’est fini mais c’est irrésistible, ils ne peuvent faire autrement que de s’exciter mutuellement. A 17 ans on est plein d’énergie et il faut l’épuiser, par la boxe pour Damien avec Paulo, un ami de son père, et par la course aller et retour d’une heure à chaque fois pour attraper le bus du lycée pour Tom.

La cohabitation va les tourner l’un vers l’autre. Père absent d’un côté, adoption par dépit de l’autre, les deux garçons sont psychiquement orphelins. Ils cherchent à s’ancrer dans l’affectif même si Damien a sa mère, indulgente, généreuse et dynamique, et Tom ses bêtes qu’il désirerait soigner en vétérinaire plus tard. Tom apprécie Marianne, il en est peut-être même vaguement amoureux, comme la mère qu’il aurait désirée. Damien le voit se faire ausculter torse nu et provoque Tom en lui demandant si cela l’a fait bander. Thomas l’invite à le suivre dans la montagne et se met nu devant lui pour plonger dans le lac glacé, comme un refus physique et une invite au désir. Damien ne sait plus où il en est et cherche sur le net une rencontre masculine pour voir s’il est « attiré par les hommes ou simplement par Thomas ».

Montagne, nature, saisons, éveil du désir, violence physique issue de la pulsion sexuelle inavouée qui ne s’apaisera qu’en mettant des mots entre eux après les coups et avant les gestes d’union, tout part de l’intérieur. La famille, le lycée, la société, ne sont que le décor des tourments psychiques. S’ils détonnent parfois dans les garçons en devenir (la mort du père de Damien, pilote d’hélicoptère militaire au Mali, la naissance d’un bébé « vrai » chez les parents adoptifs de Tom), ce n’est qu’amortis par ce qui est principal : la pulsion. Celle-ci ne s’assouvira que dans la possession réciproque des mains, des bouches, des corps. Elle viendra en son temps, directe, immédiate, sans s’y appesantir : un aboutissement du désir, une normalité acceptée des années 2000. Sans « honte » comme le croyait Damien de Tom, mais par « peur » avoue celui-ci. La peur de la première fois, comme les hétéros pour le sexe opposé.

La terminale est une fin d’enfance, surtout en France où l’on infantilise très tard par tropisme paternaliste romain-catholique. Le jeune de 18 ans est encore immature même si la société lui permet – du bout des lèvres – une expérience sexuelle, mais pas avant 15 ans et avec le sexe opposé, une fille consentante par écrit et devant témoins sous peine d’accusation de « viol ». Et voilà pourquoi votre démographie est muette, peut-on dire en paraphrasant Sganarelle (Le médecin malgré lui). La hantise catholique du sexe comme cause de l’immigration, de l’adoption à l’étranger, des problèmes d’intégration de la jeunesse (survalorisée), du terrorisme et de la guerre au loin qui tue, la société malade… Le film fait réfléchir à cet engrenage par-delà l’incertitude identitaire personnelle des deux garçons. Eux, lumineux, vivent leur vie au ras de leur terroir et par tout leur corps, arpentant la neige ou se jetant dans l’eau glacée, nourrissant les vaches et soignant les agneaux, se mesurant à la lutte et aux poings pour s’éprouver et s’évaluer, finissant par s’entredévorer, s’entrejouir, s’aimer.

DVD Quand on a 17 ans, André Téchiné, 2016, avec Sandrine Kiberlain, Kacey Mottet Klein, Corentin Fila, Alexis Loret, Wild Side Video 2016, 1h49, €11.00

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Henri Troyat, Étrangers sur la terre

Ces deux volumes qui couvrent l’entre-deux guerres sont la troisième partie de la saga intitulée Tant que la terre durera, curieusement pas rééditée. Comme quoi, fût-on de l’Académie française et reconnu comme Immortel, la gloire passe vite en une seule génération… au rythme du zapping permanent de la mode imitée des USA. Ces deux tomes peuvent évidemment se lire indépendamment.

L’auteur, né russe Лев Асланович Тарасов en 1911 à Moscou, a émigré en France à 6 ans avec ses parents, fuyant la révolution bolchevique. Il se représente en Boris, fils cadet de la famille Danoff, Michel et Tania, dont l’aîné se prénomme Serge. Il décrit tout le drame de l’immigration, la difficile assimilation à la France, l’écartèlement entre les deux cultures, le choix final de devenir français en demandant la nationalité, effectuant son service militaire, épousant une française et partant pour la guerre de 40 dans sa nouvelle patrie.

Les parents Danoff, riches commerçants avant la révolution, sont réduits aux petits boulots après que le père, très slave en ses engouements irraisonnés, ait confié une grande part de ses économies à un escroc beau-parleur, russe comme lui mais plus assidu à flamber l’argent de la crédulité des autres qu’à réaliser ce fameux film qu’il faisait miroiter à la belle époque du cinéma nouvellement parlant. Les parents parlent français mais avec accent, surtout la mère qui ne fait aucun effort pour sortir de son milieu russe blanc. Serge s’ennuie au lycée et devient gigolo, entretenu dès la terminale par une couguar riche du double de son âge. Un jour, lassé d’elle, il sort et elle se tue durant son absence. Il part pour l’Afrique coloniale française codiriger une usine de pains de glace mais flambe, selon sa lâche habitude d’aristo décati, et finit pour se racheter à la Légion.

Boris, assez jeune pour se souvenir de la Russie du tsar sans en être imprégné, accepte la descente sociale parce qu’il ne se souvient pas vraiment d’autre chose. Il est bon élève, travailleur, passionné d’électricité et de mécanique. Imbu d’honneur, passion aussi bien russe que française, il présente à 14 ans devant son prof une pétition de la classe pour rappeler un élève renvoyé. Il est puni et s’insurge mais, lorsqu’il va trouver le prof chez lui, il découvre un autre homme. Un qui le comprend et le juge assez mûr pour lui expliquer les dessous de l’affaire. Ils deviennent amis, il fait connaissance de sa fille, un peu plus jeune que lui.

Mais ce n’est pas d’elle qu’il va tomber amoureux, mais de l’adolescente d’un avocat très bourgeois et dédaigneux des « étrangers » – pauvres de surcroît. Le mariage projeté ne se fera pas, l’âge de la majorité étant fixé très tard, à 21 ans, pour bien garder les rejetons bourgeois catholiques sous la tutelle paternelle. Ce n’est que le père mort – d’une crise cardiaque en pleine plaidoirie – que Boris pourra revoir quatre ans plus tard celle qu’il aime vraiment mais qui était trop lâche pour laisser tomber son petit confort et aller contre sa famille. Elle est mariée par convenance selon les désirs de son père mais son mari est immonde et elle divorce. A ce moment, la guerre intervient. Elle est enceinte de Boris et attend un petit Michel.

Ce roman autobiographique se lit bien, même au galop tant la langue est fluide et l’action bien menée. Les personnages hauts en couleurs ne manquent pas parmi ces Russes blancs ex-princes ou généraux devenus chauffeurs de taxis ou ouvreurs dans les boites. L’oncle Akim, colonel des hussards d‘Alexandra, est réduit à tourner des pièces en usine après avoir élevé des poules. Il vit dans le passé, comme Michel qui ne rêve que de revenir à Moscou reprendre possession de sa demeure et de ses magasins. Mais les bolcheviques sont bien implantés au pouvoir et zigouillent tous ceux qui peuvent leur faire de l’ombre. Même en plein Paris, sous les yeux naïfs du gouvernement parlementaire affairiste et d’une police qui s’en fout (ce ne sont que des bougnoules, pouvait-on dire, qu’ils se massacrent entre eux, ça en fera de moins). Car c’est un immigré Russe, Gorgulov qui a assassiné le président de la République Paul Doumer en 1932, et c’est un russe encore, bien qu’aussi juif, Stavisky, qui est à l’origine du scandale financier des bons de Bayonne (une pyramide de Ponzi) et qui sera retrouvé suicidé de deux balles dans la tête tirées à trois mètres en 1934 – dit-on. De quoi faire descendre les milices antiparlementaires dans la rue en février 1934.

Relire Troyat aujourd’hui permet de mettre en relation l’immigration russe d’hier avec l’immigration maghrébine d’aujourd’hui. Il est intéressant de lire les observations d’un protagoniste, cultivé et inséré dans sa nouvelle patrie. Dans tous les cas, l’émigration apparaît forcée par les circonstances (guerre, misère économique, pouvoir totalitaire) et l’émigré ne rêve tout d’abord que de revenir au pays après avoir établi sa fortune. Mais pour cela, il lui faut s’intégrer, parler la langue, vivre selon la culture du pays d’accueil, faire la part des choses entre sa tradition familiale et celle du pays d’accueil.

Lev Tarassov, dit Henri Troyat, observe fort bien ce qui différencie la façon de penser russe de la française. « Nous réfléchissons gravement, lourdement, aux problèmes essentiels de l’existence, Dieu, l’âme, la mort, le bien, le mal, l’amour, tels sont les thèmes éternels de nos méditations. Nos écrivains les tournent et les retournent sans se lasser. D’où une impression de monotonie grandiose, géniale. Les écrivains français, en revanche, sont moins obsédés par la métaphysique. Quand ils l’abordent, c’est avec le désir d’mettre une théorie nouvelle sur un vieux sujet. Ils s’amusent intellectuellement à faire jouer toutes les facettes du problème. (…) Ils analysent. Ils divisent. Ils démontent. (…) Si un Russe se perd dans les méandres de la déduction, il remplace la logique par le sentiment, l’intelligence par l’élan du cœur. Un Français, lui, ne renonce jamais à la logique, à l’intelligence ». II, 3, p.48. Cet écart enrichit celui qui le pense et le vit. Auquel cas émigrer n’est pas un moins, un manque, mais un plus, un supplément d’âme. Encore faut-il acquérir les capacités intellectuelles et humaines de s’ouvrir à l’autre et ne pas se borner à ses croyances natales.

Parler sa langue, pratiquer sa religion, manger sa cuisine, sont du domaine du privé. Pour tout le reste, à Rome faire comme les Romains : élever ses enfants selon la méritocratie de l’école républicaine, bien parler la langue, poursuivre des études, se faire des amis et éventuellement épouser une Française (ou un Français) et engendrer de petits Français. Troyat montre que ce n’est pas tous les jours facile, et que le choix d’une nouvelle patrie est un déracinement culturel, mais que l’ancienne culture peut cohabiter en privé avec la nouvelle en public et le cœur d’hier avec l’esprit d’aujourd’hui.

C’est ce que demandaient les Romains aux Juifs chrétiens par le sacrifice aux dieux civiques (peu importait d’y croire), c’est ce que font spontanément tous ceux qui demandent une carte verte de résident aux Etats-Unis. Alors, pourquoi cela ne serait-il pas exigible en France de ceux qui prétendent y immigrer ?

Henri Troyat, Etrangers sur la terre, 1950, Folio Tome 1 et 2, 1979, autour de 440 pages chacun, occasion €62.00

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Préoccupations politiques à six mois de la présidentielle

Après le Covid, pas d’An 01 d’un nouveau monde comme certains intellos l’espéraient : la politique saisit les Français au plus concret de leurs préoccupations. Ce ne sont pas « le climat » ni les « grandes réformes sociales » de gauche mais bien plutôt des choses toutes simples : « Réduire la délinquance » (51 %, en hausse de 5 points), « Réduire les inégalités sociales » (43 %, en recul de 2 points), « Réduire l’immigration » (42 %, en hausse de 5 points), « Réduire le chômage » (41 %, en recul de 10 points). C’est ce qu’indique le tout dernier indicateur de protestation électorale vague 5 d’octobre 2021 de la Fondapol.

Ce qui marque nettement la défaite sociologique de la gauche, notamment dans « le peuple », abandonné sous Hollande au profit des minorités. La disponibilité déclarée à voter à droite est largement majoritaire chez les répondants sans diplôme ou faiblement diplômés (63 %), appartenant aux catégories socioprofessionnelles inférieures (60 %), ou ceux qui estiment s’en sortir difficilement à la fin du mois (60 %) ou que leur niveau de vie s’est dégradé ces dernières années (60 %). 72 % des répondants envisagent soit de voter pour les partis extrêmes, soit de s’abstenir ou de voter blanc – mais en recul de 6 points par rapport à avril.

Macron n’a pas si mal géré la pandémie, malgré les mensonges et cafouillages du début, ni l’économie puisque la croissance reprend et que le chômage décroit. C’est moins vrai pour la sécurité, l’islam (66 % à gauche comme à droite estiment que « la plupart des immigrés ne partagent pas les valeurs de notre pays et cela pose des problèmes de cohabitation ») – mais aussi les inégalités sociales (reste de la crise des gilets jaunes, province et petites villes, accentué par le recours au télétravail plus difficile durant la pandémie et par l’envol récent du prix de l’énergie).

Si LR et LREM ont des électeurs les plus disposés à voter, le RN s’érode et les partis de gauche s’effondrent, y compris les écolos. Mais les partis ne font plus recettes et le retrait (abstention ou vote blanc) est une arme qui peut délégitimer celui qui arrivera en tête. 43 % des personnes interrogées répondent qu’ils pourraient « voter pour un candidat qui ne viendrait pas d’un parti politique » – signe de protestation électorale. Ils se méfient : 72 % ne font pas confiance aux médias (+3 points).

Ils préfèrent comme première source d’information YouTube, les blogs, les forums ou les réseaux sociaux dont TikTok ou Twitter. Sans avoir le plus souvent les outils intellectuels ou de méthode pour analyser la viabilité des sources ; sans s’apercevoir non plus de l’algorithmique qui ne leur propose que des liens en accord avec leurs convictions. Ils s’enferment donc dans leur illusion et forment bande, sans le savoir.

Ce pourquoi Zemmour est arrivé, comme Zorro, pourfendant le politiquement correct et la langue de bois bien qu’il commence à tourner en rond sur les mêmes thèmes ressassés de l’Histoire de France réécrite façon storytelling. Zemmour rafle particulièrement à droite, chez les électeurs Le Pen et Dupont-Aignan, et sur les classes d’âge les plus élevées qui aspirent à un retour à l’ordre moral comme à une France masculine fière d’elle-même.

Les clivages traditionnels de gauche et de droite font donc moins recette puisque les partis traditionnels n’ont semble-t-il rien à dire de probant sur ce qui préoccupe le plus les électeurs. 37 % des interrogés déclarent se situer à droite, 20 % à gauche et 18 % au centre, tandis que 23 % répondent ne pas vouloir se situer (2 % ne savent pas). Ce quasi quart-là est à mon avis important, il s’ajoute aux 18 % qui se situent « au centre », c’est-à-dire ni à droite, ni à gauche, le signe que la société change et ne se reconnait plus – à 41 % – dans les vieilles lunes.

En revanche, 79 % des personnes interrogées souhaitent que la France reste dans l’Union européenne et 82 % veulent conserver l’euro – ce qui relativise le vote positif en faveur de l’extrême-droite. Au fond, les Français semblent être devenus comme le reste du monde après l’épreuve pandémique plus frileux, plus soucieux de se retrouver soi, dans leurs traditions et valeurs. Il suffirait qu’un ténor affirme l’avenir de la France et de ses lois (qu’attend-t-on pour appliquer intégralement la loi de 1905 sur les religions ?) pour que le climat s’apaise et retrouve des accents plus habituels, sur le pouvoir d’achat et la répartition des richesses.

Emmanuel Macron saura-t-il l’incarner ? Ou un leader enfin désigné de la droite, où la nostalgie Fillon fait grimper la radicalité sur le « retour à » ? Les médias se trompent à interroger toujours les mêmes, les socialistes sectaires ou les écologistes immatures ; les partis de gouvernement se trompent à ressasser les mêmes vieilles lunes économiques et sociales sans lien avec la sécurité et l’immigration ; les gouvernants eux-mêmes se trompent de ne pas développer beaucoup plus vite et de façon mieux organisée les débats citoyens et les panels tirés au sort sur des sujets concrets.

La démocratie ne réclame pas la révolution, seulement l’écoute et l’attention. Le phénomène Zemmour est la provocation de certains électeurs éduqués et déçus, relayés par des intérêts financiers bien compris et par des médias sans cesse en quête de coups. Je ne crois ni à sa candidature lorsque le temps sera venu, ni à son élection – mais il faut se souvenir que l’exaspération de ceux que l’on n’écoute jamais peut parfois se traduire par l’intronisation de clowns, plus ou moins dangereux (aux Etats-Unis, en Ukraine, en Islande…).

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Eric Zemmour, l’homme qui ne s’aimait pas

Éric Zemmour fait frémir la droite qui en a marre d’être dans l’opposition. La société française devient plus conservatrice, la droite française se radicalise. La radicalisation est d’ailleurs à la mode, puisque tous les partis font dans la surenchère pour exister médiatiquement. L’exemple de Donald Trump a donné des ailes à tous les candidats aux fonctions suprêmes. L’étrange est qu’Éric Zemmour semble obsédé par un certain nombre de thèmes politiques que les partis de gouvernement refusent d’aborder tranquillement, publiquement et honnêtement. Il s’agit de la sécurité, de l’immigration, de l’intégration, de l’islam. Tous ces éléments fabriquent une identité inquiète, comme si les Français ne savaient plus ce que signifie être français.

Éric Zemmour, 63 ans, adore transgresser les règles depuis qu’il a échoué deux fois à l’ENA, cette école de l’élite à laquelle il n’appartiendra pas. Né à Montreuil mais issu d’une famille juive de tradition, rapatriée d’Algérie, le garçon au père ambulancier et à la mère au foyer a été élevé surtout par des femmes. Il se lance dans le journalisme plutôt à droite, au Quotidien de Paris, à Valeurs actuelles et au Spectacle du monde, au Figaro et au Figaro-Magazine, avant d’aborder l’audiovisuel avec RTL, i-Télé et CNews. Au milieu des années 2000, il se radicalise avec Le premier sexe, publié en 2006, un essai sur la féminisation de la société et la perte des valeurs masculines. Petit frère, roman publié en 2008 insiste sur l’angélisme antiraciste tandis que Le suicide français en 2014 montre l’affaiblissement de l’État-nation à cause des idéologies gauchistes de mai 1968. Son dernier livre, paru en septembre 2021, La France n’a pas dit son dernier mot, a été refusé par Albin-Michel, scandale de la liberté d’expression pour cet anarchiste de droite à la Edouard Drumont.

Mais son livre initiateur, qui révèle son auteur, est sur Jacques Chirac : L’homme qui ne s’aimait pas, paru en 2002. Car Éric Zemmour lui non plus ne s’aime pas. Originaire d’Algérie, français par hasard d’un décret de 1899, il déteste les immigrés algériens. Issu d’une famille juive, élevé dans la tradition, il affirme que la patrie est le sol où l’on est enterré et que l’assimilation pure et simple doit gommer les identités, donc la judéité qui est la sienne. Petit mâle guère sportif dont l’agressivité n’a pas permis de gagner la compétition au concours des grandes écoles, il affirme le pouvoir masculin contre le féminisme. Il se dit gaullo-bonapartiste, oubliant volontiers que c’est le général De Gaulle qui a donné l’indépendance à l’Algérie, sa patrie originelle. Pour lui, les peuples sont en lutte pour une compétition à mort et seul l’État-nation conduit par un homme providentiel, César, Duce, Führer ou populiste gueulard à la Trump ou Le Pen (mâle), peut permettre de survivre à l’évolution darwinienne. Son obsession de la décadence, son souverainisme intégral en faveur de l’État national, son affirmation qu’une nation doit être unitaire, donc homogène culturellement, religieusement et ethniquement, le situent dans les courants autoritaires d’il y a un siècle.

Toutes ces idées sont opposées à celles les Lumières, mouvement qui a pourtant accordé aux Juifs l’égalité avec les autres citoyens, à l’inverse d’un Ancien régime raciste (le sang bleu), aristocratique (par la naissance) et totalitaire (l’Etat c’est moi). Décidément, Zemmour ne s’aime pas. Ni en tant qu’homme, ni en tant que Juif, ni en tant que citoyen, ni en tant que Français. Il considère l’État de droit comme contraire à une mythique « volonté populaire » et préférerait le plébiscite. C’est ainsi que Mussolini a gagné il y a un siècle et qu’Hitler a remporté les élections en 1933. Ces deux modèles, nationalistes allant jusqu’au racisme, inspirent notre polémiste. Faut-il rappeler que les Arabes sont aussi des Sémites et qu’être antisémite, pour un Juif, est une forme de la détestation de soi ? Pour la France, travail, famille, patrie, cette devise du catholique conservateur autoritaire Pétain, maréchal de France et cacochyme en 1940, représente pour Zemmour le nec plus ultra de la politique. Est-ce vraiment s’adapter au monde moderne pour la compétition mondiale ? L’éducation caserne qui disciplinait les garçons (seulement) dans le rabâchage du par-cœur ? Le calvaire des quelques 330 000 garçons (au moins) de 10 à 13 ans violés par quelques 3000 religieux catholiques en France de 1950 à nos jours est-il le modèle patriarcal hiérarchique autoritaire des citoyens pour l’avenir ? Vraiment, c’était mieux avant ?

Les soutiens du futur ex-candidat probable sont à l’extrême-droite, Jacques Bompard maire d’Orange, Sarah Knafo d’origine juive algérienne née en 1993 et énarque depuis 2017, ou dans les milieux libertariens tel Charles Gave, financier millionnaire international, et quelques banquiers de chez Rothschild. Tous ces gens flattent l’ego zemmourien et l’incitent à se présenter à l’élection présidentielle. Éric Zemmour observe surtout l’envolée des ventes de son livre, publié par sa propre maison d’édition en guise de libre parole. Sera-t-il vraiment candidat ? Rien n’est moins sûr tant il faut réunir des parrainages d’élus, ce qui est loin d’être gagné, et présenter un vrai programme économique et social aux électeurs. Parler de ce qui fâche ne suffit pas. Si le milieu médiatique est essentiellement parisien et intello, la France qui vote est en majorité provinciale et soucieuse de son pouvoir d’achat comme de la façon d’élever ses enfants. Rembarquer les immigrés n’est pas un programme. Non seulement parce qu’il faudrait changer le droit et dénoncer les traités européens et un certain nombre de traités internationaux, abandonner ce qui fait le fond de l’identité française sur la scène internationale – les droits de l’Homme – mais aussi parce que la remigration engendrerait des conséquences économiques extrêmement fortes avec un bouleversement dans l’emploi, comme le montre dans une moindre mesure le Brexit pour les Anglais.

Éric Zemmour profite de l’usure de Marine Le Pen, toujours aussi nulle depuis son débat il y a cinq ans avec l’actuel président, de la lassitude des incantations de l’extrême gauche – de la néo-Rousseau aux Jacobins trotskistes – de l’effondrement des idées de gauche qui s’éclatent en egos démagogiques (allez que je te double le salaire des profs fonctionnaires en 5 ans !), ainsi que – ce qui est pire – des incertitudes de la droite traditionnelle. Elle ne parvient ni à trouver une procédure de choix incontestable de son candidat, ni à faire émerger un candidat crédible, ni même à faire figurer dans son programme quelques idées fortes pour la prochaine législature… Vers qui donc se tourner lorsque le débat politique ne fait figurer aucune de vos idées ? Ce fut Coluche en 1981, Zemmour en 2021.

Un Éric (dont le prénom – scandinave – signifie le roi) qui profite des tabous idéologiques refusant le parler vrai sur l’islam et sa dérive islamiste, sur la culture française et ses dérives mondialistes, sur la place des femmes et sa radicalité victimaire anti domination, sur la génération fragile élevée dans du coton depuis 25 ans et qui mesure à peine les menaces actuelles du climat, de la santé, de l’énergie, de l’agriculture, des migrations, et des religions. Mais pour réussir il faut d’abord être soi, donc s’aimer un tantinet ; cela afin d’établir un programme complet avec des objectifs à long terme. Décadence et pessimisme ne sont pas des projets. Je crois pour ma part à un prochain dézemmour dans les sondages, la plupart étant actuellement effectués par Internet pour des raisons d’économie auprès de ce qui veulent répondre, donc des plus militants. La réalité est bien au-delà de cette illusion.

Sur Zemmour et son courant

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Le populisme se nourrit des errements du gouvernement

Le constat :

« Les gens » en ont marre globalement. De « la crise » qui dure depuis 1974, de la démocratie représentative qui bavasse de ce qui ne les intéresse pas, ou qui « réduit les avantages acquis » des travailleurs, des pauvres, des sans voix, de la pandémie avec son cortège d’injonctions contradictoires et autoritaires, des « aides au développement » de pays qui vont de coups d’Etat et dictatures, à commencer par l’Afghanistan, le Mali, Haïti, la Guinée.

Ce sont plus les peu lettrés qui râlent en ayant l’impression qu’on ne les entend pas. Ainsi, selon une étude de la Fondation pour l’innovation politique, vague 4 de juin 2021, 65% des diplômés au-delà de bac+2 ont une opinion négative des gilets jaunes tandis que 54% des sans diplôme ou BEP en ont une opinion positive. Ce sont les mêmes qui ne font pas confiance aux médias traditionnels en déclarant à 61% que les médias « parlent de sujets qui ne les concernent pas ». Les mêmes encore qui disent le plus utiliser les chaînes d’information en continu, à 40 % des personnes proches du RN et 33% des personnes proches de LR – ou qui s’informent d’abord sur Internet (42% pourraient voter pour un(e) candidat(e) du RN au premier tour.

Selon l’étude, 4 Français sur 10 se situent à droite (en augmentation) et 2 sur 10 à gauche (en diminution) et un tiers des 18-24 ans se situent désormais à droite. Ce qui fait peur, comme partout en Europe, est l’immigration, jugée excessive car trop nombreuse trop vite pour être assimilée correctement, notamment à cause de l’islam radical qui effraie (la moitié des votants à gauche en France pensent de même selon une étude de la même Fondation sur quatre pays européens en mai 2021).

Les fractures territoriales et le rejet du centralisme alimentent en France la protestation électorale et ce vote croît fortement dans les communes rurales ainsi que dans les villes petites et moyennes, note l’étude. 74% des sondés réclament « que plus de décisions politiques soient prises dans les régions, les départements et les communes, et moins à Paris ». La position plus à droite est également favorable à plus d’autonomie pour les petites et moyennes entreprises, à moins d’assistanat centralisé d’Etat et à la réussite individuelle érigée en norme sociale.

Au global, 80% des électeurs ne font pas confiance aux partis politiques, 64% au gouvernement, 62% aux syndicats, 61% aux députés ou encore 60% au président de la République. Ce pourquoi l’idée d’un candidat qui ne viendrait d’aucun parti séduit majoritairement (55 %).

Mais qui ferait mieux ?

L’Opposante en chef Marine Le Pen n’a pas une aura de compétence reconnue mais pourrait être un vote de rupture si tout va mal ; si tout s’améliore, elle pourrait à la rigueur gagner par accident électoral en profitant de la nette droitisation de l’électorat.

C’est pourquoi le mythe d’une candidature Zemmour est très utile. Je ne crois pas qu’un polémiste solitaire qui ne dispose d’aucun parti puisse réussir à franchir même le barrage des 500 signatures pour accéder au premier tour, mais il fait d’ores et déjà du tort à Marine Le Pen en mordant sur ses électeurs. L’érosion du privilège de compétence accordé aux partis de gouvernement réduit le repoussoir du populisme, même si les Français sont plus rationnels en général que les Américains et autres Brésiliens. Le cas anglais du Brexit est différent, le chauvinisme îlien des Grands Bretons est bien plus fort et plus ancré que le simple patriotisme français qui ne date que de la Révolution mais s’est dilué avec la croissance des « issus de l’immigration » qui ont aussi d’autres allégeances.

Emmanuel Macron reste la meilleure option. Car si 78 % envisageaient en juin de voter pour un parti protestataire, de voter blanc ou de s’abstenir – c’était à un an des présidentielles, alors que ni le vaccin ni la reprise économique n’étaient encore visibles. La « première dose » pour le gros de la population adulte ne pouvait être obtenu avant mai au minimum. C’est là une erreur du gouvernement que d’avoir communiqué trop tôt sur « les vaccins », alors même que leur livraison n’était que prévue sur le papier et que l’organisation des centres était un foutoir sans nom. Le « c’est comme si c’était fait » ne tient pas face aux faits. Marine Le Pen avait alors un potentiel électoral de 10% minimum avec un intermédiaire à 20% tandis qu’Emmanuel Macron était à 5 % et 15%. L’été a remis les choses en place en montrant que tout finit par arriver – même le meilleur – et que les errements de com et d’administration n’étaient que provisoires. A l’époque déjà, « pour une majorité des personnes interrogées, les partis d’opposition, de droite ou de gauche, n’auraient pas fait mieux s’ils avaient eu à gérer la pandémie » – c’était en juin, c’est d’autant mieux en septembre.

Les sondages reflètent l’amertume ou l’espoir des électeurs au moment de leur déclarations. Il ne faut pas les prendre pour argent comptant jusqu’à leur vote réel, on l’a bien vu dans les divers scrutins récents. Ce pourquoi la stratégie du président actuel est la bonne : se saisir des doléances en décideur, même si aucune grande réforme ne pourra être mise à l’agenda du Parlement avant l’été prochain. Il montre qu’il écoute, qu’il a conscience, qu’il fait étudier. Lui travaille plutôt que de promettre. Lui agit plutôt que de battre seulement les estrades médiatiques.

Il n’est pas compétent en Covid 19 ? Mais qui l’est, si l’on écoute les divers « médecins » qui hantent les plateaux télé ? Rappelons aussi que la médecine est un art, pas une science exacte, et que le travail scientifique consiste à émettre des hypothèses puis à les tester avec tout l’appareil de vérification nécessaire, avant de conclure. Affirmer en gourou n’a rien de scientifique, même si formuler des hypothèses hors des normes a sa vertu.

Par exemple les écologistes français, avec leur positionnement d’urgence absolue et d’autoritarisme punitif ne passent pas. Pour les trois-quarts des électeurs, la croissance économique est parfaitement compatible avec la préservation de l’environnement. Il ne faut pas confondre l’élection écolo locale avec un mouvement national ; voter pour un maire ou un conseiller régional n’a rien à voir avec voter pour un président.

Par exemple aussi « la gauche », ardente à dénoncer en morale et beaucoup moins à proposer concrètement au-delà de ce qui a été fait quand elle était au pouvoir (et pas très bien fait si l’on en juge par l’état de l’éducation, la santé, la justice, l’armée… après cinq ans de Hollande).

Et la droite ? Elle se cherche, ses électeurs écartelés entre Le Pen et Macron, sans leader d’envergure comme le gaullisme le veut.

La politique est, comme la médecine, un art, celui de concilier les contraires, de ramener les personnalités diverses et les idées éparses en une équipe apte à proposer et à décider de ce qui est possible – avec le peuple qu’on a, les médias qu’on a et la conjoncture qu’on a – pas dans l’abstrait des grands mots et des grandes causes.

Tout le reste n’est qu’agitation de croyances que seuls suivent les idiots.

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Guerre civile et tribunes de militaires

Les « tribunes de militaires » publiées sur le site et dans l’hebdomadaire Valeurs actuelles (la dernière le 11 mai) n’interviennent pas à n’importe quel moment. Elles prennent exemple sur les initiatives de Trump aux Etats-Unis pour gagner les présidentielles de 2016 : plus c’est gros, plus ça passe (c’est ce que disait Goebbels – et il ajoutait : plus c’est énorme, plus il en restera quelque chose). Elles se positionnent pour la présidentielle française de 2022. Les réactions d’orgueil offensé du gouvernement sont ineptes (qui c’est qui commande ? je vais sévir ! on se croirait au collège dans les années cinquante). Mieux vaut décortiquer le texte et le contexte.

Valeurs actuelles est un hebdomadaire conservateur et national-européen. Fondé par Raymond Bourgine, venu de la finance et fondateur d’un « hebdomadaire de la droite intelligente et capitaliste » dans les années 1950, partisan de l’Algérie française, défenseur de la mémoire du maréchal Pétain mais proche de Georges Pompidou et Jacques Chirac, l’hebdo passe entre les mains de la famille Dassault (l’avionneur) puis de Pierre Fabre (le pharmacien). Il a été longtemps dirigé par Yves de Kerdel, catholique élève de l’école Saint-Thomas d’Aquin à Paris, puis du collège Stanislas, d’études de droit à Assas (la fac d’extrême-droite des années post-68), et le diplôme de la Société française des analystes financiers – avant que soit nommé le président actuel de son comité éditorial, François d’Orcival, aristocrate du Périgord ayant étudié les lettres et l’histoire avant de s’intéresser… aux affaires. Qui fut, très jeune, partisan de l’Algérie française et compagnon de militantisme d’Alain de Benoist à France Information et Jeune Nation avant la Fédération des étudiants nationalistes (FEN) puis aux revues Défense de l’Occident de Maurice Bardèche, Europe-Action de Dominique Venner et Nouvelle école d’Alain de Benoist, ainsi qu’aux travaux du GRECE (c’est une certitude, une source de toute confiance l’y a vu au début des années 1970).

Le positionnement de Valeurs actuelles est donc très clair : conservateur patronal, économiquement libéral mais avec un Etat fort colbertiste, catholique pour les mœurs et « ethnique » pour la culture. Il ne se reconnait ni dans le Rassemblement national ni dans Les Républicains mais peut-être dans un mouvement français-européen identitaire futur que prépare Marion Maréchal. Nous y voilà.

Après le contexte, le texte. Que disent donc ces tribunes « de soldats » ?

La première laisse entendre que l’armée pourrait intervenir en cas d’urgence, comme durant la guerre d’Algérie, souvenir de jeunesse nostalgique de certains dirigeants de l’hebdo. Mais le putsch des généraux (qui n’étaient pas un quarteron mais seulement quatre) a fait pschitt au bout de quelques jours car la nation n’était pas prête à revenir au pétainisme après avoir subi l’Occupation et bien observé le conservatisme catholique de Franco. Quant aux Arabes, ils pouvaient rester dans leur chez eux tout neuf. La seconde laisse croire qu’en cas de « guerre civile », les politiques donneraient l’ordre à l’armée d’intervenir, ce qui est plus réaliste mais tient pour acquis qu’une guerre civile est à nos portes et qu’il suffit d’une étincelle. Or les gilets jaunes n’ont fait que tourner en rond, tout comme les nuits debout des intellos n’avaient pas passé les aubes dorées ; quant au terrorisme islamiste, il ne touche que très peu de gens, même si leurs meurtres frappent l’opinion par leur sauvagerie. Mais il y a bien plus de morts d’accidents de la route ou de grippe chaque année que d’attentats arabes.

La rhétorique – trop bien rédigée pour être celle de « soldats » lambda – en appelle évidemment au « simple bon sens », cet argument suprême du populiste qui affirme que le citoyen de base a non seulement la raison du monde la mieux partagée mais aussi la pureté d’opinion que ne sauraient avoir ni les bourgeois, ni les intellos, ni les politiciens. Mais le bon sens se travaille par l’observation, la comparaison et la critique, la raison s’éduque à penser par elle-même.

Autre argument du nationalisme le plus classique, le sacrifice : « Ils ont offert leur peau pour détruire l’islamisme auquel vous faites des concessions sur notre sol. Presque tous, nous avons connu l’opération Sentinelle. Nous y avons vu de nos yeux les banlieues abandonnées, les accommodements avec la délinquance. Nous avons subi les tentatives d’instrumentalisation de plusieurs communautés religieuses, pour qui la France ne signifie rien – rien qu’un objet de sarcasmes, de mépris voire de haine. » Certes, mais il s’agit de sociologie et de politique, pas de guerre. Le droit existe, il est appliqué, même s’il faut des preuves… que nombre de flics sont incapables de produire, alors ils braillent, ils manifestent : que ne font-ils leurs enquêtes correctement pour que les juges aient de quoi condamner sur des bases solides ! Le coup de poignard dans le dos était la rhétorique classique du nazisme qui voulait « purifier » le pays. Quant au « c’était mieux avant »…

Enfin le seul, le véritable argument final, préparé par les violons ci-dessus est très clair : l’islamisme. Car tel est l’ennemi et il faut le désigner, même s’il apparaît sous un vocable euphémisé dont les Alain de Benoist ont par exemple le secret pour ne pas braquer (appris dans le militantisme issu de l’agit-prop d’Algérie) : « Nous voyons le communautarisme s’installer dans l’espace public, dans le débat public. Nous voyons la haine de la France et de son histoire devenir la norme. » Mais non, c’est bien excessif pour quelques braillards, nous ne sommes vraiment pas dans les années trente…

Il s’agit de résister à la multiculture, de rejeter l’islam comme un corps étranger (et les Arabes dehors, en subliminal), car ils sont vecteur de « déchéance ». « Nous l’avons vue dans bien des pays en crise. Elle précède l’effondrement. Elle annonce le chaos et la violence, et contrairement à ce que vous affirmez ici où là, ce chaos et cette violence ne viendront pas d’un ‘pronunciamiento militaire’ mais d’une insurrection civile. » Elle couverait en France selon la paranoïa habituelle des extrémistes : grand soir à gauche, guerre civile ethnique à droite. Avec, comme d’habitude chez les partisans de l’action, ces « légalistes, transis de peur, [qui] misaient déjà sur les concessions avec le mal », comme en 40. Un auteur a publié un roman d’anticipation sur le sujet, il n’a pas eu le succès national que la paranoïa aurait pu escompter. Alors la guerre civile…

Elle est le fantasme de l’extrême-droite française depuis la guerre d’Algérie et leur soutien inconditionnel à Israël, pays ethnique et nationaliste à leurs yeux (bien que de constitution démocratique). Les tensions identitaires des Arabes israéliens les ravissent : enfin les prodromes que ce qui va (inévitablement ?) se produire en France. Si les citoyens arabes d’Israël se sentent Israéliens, collectivement ils se sentent Palestiniens et musulmans. La révolte ethnique et religieuse d’aujourd’hui pourrait préfigurer une vraie « guerre civile ». Moins ils sont légitimes comme citoyens israéliens aux yeux de la population majoritaire juive, plus ils se perçoivent comme ethniquement Arabes. C’est le cas aussi en France depuis les attentats de Merah, ceux du Bataclan et de Nice. Avec, dans les deux pays, la montée de l’extrême-droite qui accroît le malaise identitaire à la fois des deux ethnies ou des deux allégeances religieuses et culturelles. La radicalisation religieuse des uns appelle à la réaction identitaire des autres.

Sauf que nous ne sommes pas en guerre (malgré les rodomontades en son temps de Hollande puis de Macron) ; nous ne sommes pas un pays qui occupe illégalement une part de territoire (depuis que nous avons quitté l’Algérie il y a deux générations) ; nous ne sommes pas surarmés ni obligés à la préparation militaire annuelle (comme Israël, pays assiégé) ; nous ne sommes pas enfin un pays à base ethnique (nous ne l’avons jamais été, même si trop et trop vite d’immigration n’est pas intégrable), même si le catholicisme a été la religion des rois et les guerres de religion un fait cruel – mais il y a quatre siècles. Alors la guerre civile…

Il s’agit plus d’un fantasme pour flatter un lectorat avide de lire ce qu’il a envie de lire et que le panorama des médias en France lui offre peu ; de faire du buzz, de faire du fric, de se positionner pour la – sait-on jamais ? – « victoire » de Marine Le Pen aux prochaines présidentielles. De l’histrionisme à la Trump, pas de l’analyse politique ni de la sociologie française qui, pourtant, serait d’actualité avec la responsabilité de la gauche dans le renouveau du racisme. La droite extrême, même avec Zemmour, manque décidément d’intellos à la hauteur.

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Demain l’identité

En politique, rien n’est jamais simple. Les sujets profonds surgissent lentement mais avec de plus en plus de force alors que les sujets d’actualité accaparent l’attention des médias et des politiciens. L’un de ces sujets profonds est celui de « l’identité ». Longtemps nié à gauche à cause des relents de rejet de l’Autre que le concept véhicule « par principe » (et la gauche est en adoration devant « les Principes »), trop pris en compte par la droite extrême qui en fait son sujet de prédilection mais le contamine par ses références au « nazisme » (ce point oméga de toute grimpée aux rideaux politique), l’identité n’en demeure pas moins le sujet profond qui va faire de plus en plus notre actualité.

Il semble que l’immigration en notre siècle ait remplacé la lutte des classes du siècle dernier : l’avenir radieux se lit sur les moteurs de recherche et plus dans les prophéties marxistes. Pour la gauche naïve, l’immigré est « la » victime par excellence, le lumpen-prolo qui fait désormais l’Histoire après l’ouvrier (embourgeoisé), le symbole d’une « égalité » sans cesse repoussée et toujours à conquérir. La fondation socialiste Terra Nova, dans une célèbre étude retirée soigneusement depuis de ses archives numériques (Projet 2012, Gauche, quelle majorité électorale pour 2012 ? citée dans l’une de mes notes), prônait à la gauche de s’appuyer sur les immigrés pour garder le pouvoir, au détriment des « classes populaires » de plus en plus tentées par l’extrême-droite. Quand le vote du peuple ne vous convient pas, changez de peuple.

Or ledit peuple se sent de plus en plus menacé dans son emploi, dans sa fiscalité, dans ses pratiques culturelles, dans sa démographie. En témoignent les Gilles et Jeannes des ronds points, mais aussi les Wotan au Capitole et la « Génération » identitaire sur le point d’être niée – interdite.

La mondialisation et la loi anglo-saxonne du fric ont tué des pans entiers de l’industrie européenne tandis que la technologie automatisait la production, forçait à la rationalisation, aux gains de productivité, et faisait grimper le niveau de formation requis pour tout emploi décent. Seules restent disponibles les métiers non-délocalisables, souvent de services, donc mal payés, et les métiers de haute volée dans l’ingénierie, la finance et la recherche. A moins d’être fonctionnaire – donc rester petit ou moyen.

Les exigences du « toujours plus » dans la protection sociale et les aides de toutes sortes votées par démagogie pour répondre aux « revendications » de la société et « des associations » creusent le déficit budgétaire, engageant à augmenter inexorablement les impôts bien avant le « quoi qu’il en coûte » à prétexte Covid. Hollande en a fait l’expérience, ce n’est pas la solution : faire « payer les riches » est peanuts en termes de rendement et faire payer les classes « moyennes » (pour Hollande, est riche qui gagne plus de 3500 € par mois) aigrit le plus grand nombre sans que jamais l’administration d’Etat n’apparaisse comme plus efficace… Les palinodies sur les masques, le gel, les blouses, les vaccins, en sont le dernier exemple en date, sans parler de « la justice » trop lente faute de moyens, de l’école qui forme de parfaits chômeurs, de l’université qui dérive vers la théologie et incite les meilleurs à tenter une « grande » école, de l’armée qui ne sait plus sur quel sein se dévouer (comme disait un ineffable directeur de banque à l’ancienne en 1981) au Mali et ailleurs faute d’objectif clair et de suivi politique – et ainsi de suite.

Quant à la culture, elle apparaît comme la dernière roue du carrosse technocratique au pouvoir sous Macron, pourtant le meilleur président que la France ait connu depuis des décennies. La culture est « pour les bobos », un vernis de musée et d’art contemporain, bien loin de son enracinement populaire fait de mythes et de littérature, de spectacle vivant et de concerts, de gastronomie au restaurant et de conversations de café, d’habitus et de vivre-ensemble.

La démographie, elle, menace. Le taux de fécondité « des Françaises » ne remplace pas la population puisqu’en-dessous du deux enfants par femme en âge de procréer fatidique (1.87 alors qu’il faudrait 2.1 ou 2.2 dans les faits pour compenser les décès par accidents et maladie). Quant au concept de « la Française », il comprend de plus en plus de femmes immigrées de la seconde ou de la troisième génération qui colorent un peu plus l’ensemble de la population par leur fécondité supérieure (à la troisième génération, leur fécondité statistique tend à s’assimiler). La protection sociale si généreuse des Etats européens depuis Bismarck ne pourra subsister avec moins d’enfants et plus de retraités, avec plus de chômeurs non-cotisants entre les deux. L’immigration apparaît comme la solution la plus facile mais l’Allemagne sera au tiers non-allemande d’ici 2040 et l’Afrique, qui explose démographiquement, risque d’exporter environ 200 millions de Noirs en Europe blanche avant la prochaine génération. La hantise du Grand remplacement à l’extrême-droite fait encore un brin rire car elle est plus imaginaire que réelle (7.4% de la population française est immigrée selon l’INSEE, les descendants nés français se cumulent cependant pour former près d’un quart de la population). Mais elle l’est de moins en moins car l’imaginaire est un puissant ressort réel de l’action politique. Trump l’a montré : agiter la peur de devenir minorité en son propre pays est très payant électoralement (malgré les inepties économiques, écologiques et diplomatiques par ailleurs).

Si les politiciens de tous bords en Europe ne prennent pas en compte de façon raisonnable et concrète la question de l’identité, ils se préparent une vague de radicalité et de populisme sans précédent. Il n’y a pas que l’économie, imbécile ! pourrait-on dire en paraphrasant à l’envers la phrase de Carville, si efficace dans la première campagne de Bill, Clinton. Il y a la hantise : celle de devenir marginal chez soi, déclassé économique, défié culturel, soumis au moralisme religieux venu d’ailleurs – en bref exclu du pouvoir de conduire son propre avenir.

C’est en Europe la différence entre les démocraties libérales et les illibérales. Les premières sont à l’ouest, les secondes à l’est. Les premières sont sûres d’elles-mêmes mais de moins en moins, les secondes n’en sont plus sûres du tout à cause de l’émigration de leur population jeune tentée par l’Eldorado économique allemand ou anglais. Les libérales accueillent l’immigration en tentant leur « assimilation » (de moins en moins bien acceptée par les « victimes » racisées ex-colonisée et soumises à Allah avant la loi), les secondes refusent toute multiculture au nom des traditions et de l’histoire. Mais est-il justifié de refuser aux démocraties d’Europe de l’est ces droits accordés trop volontiers en Europe de l’ouest aux allogènes ? Notamment le principal : le droit à leur identité ? Faudrait-il prôner des « accommodements raisonnables » envers Maghrébins et Turcs musulmans au nom du vivre-ensemble et les refuser aux Hongrois et Polonais catholiques dans l’Union européenne ?

La gauche a pour tendance de mépriser le bourgeois blanc, considéré comme privilégié dans l’Histoire, et de ne considérer que les « droits » revendiqués des minorités venues d’ailleurs, vues en victimes ; mais une réaction se fait jour au vu des attentats islamistes et du travail de sape contre la laïcité : l’immigration (surtout musulmane mais peut-être aussi un jour chinoise) pourrait bien miner la culture démocratique en introduisant des pratiques culturelles et sociales contraires à la laïcité, au droit des femmes, aux coutumes alimentaires et vestimentaires, au vote pour élire des représentants. Si les Algériens réclament en Algérie des droits à la française, les Chinois préfèrent peut-être pour leur santé et pour l’économie l’efficacité collectiviste de Pékin aux hésitations et contestations de Paris.

La droite conservatrice a pour tendance de regretter le bon vieux temps de l’entre-soi et de la domination blanche sur le reste du monde ; mais un activisme positif se fait jour au vu du succès de Trump, de Xi Jinping, d’Erdogan et de Poutine en faveur de l’affirmation d’une culture historique occidentale (après tout pas pire qu’une autre) et de la religion chrétienne (après tout moins nocive depuis deux siècles que d’autres).

Entre les deux le centre, qui préfère s’adapter avec le temps et expérimenter l’équilibre.

Et « les écologistes » qui sont une nébuleuse de sectes et de sous-sectes en France, pas un parti homogène. Leurs succès électoraux s’accomplissent plus « contre » que « pour » tant leur programme apparaît autoritariste, de fatwas en fatwas : contre la viande dans les cantines, le sapin de Noël arbre mort, le tour de France macho et pollueur (tiens, rien sur le foot, pourtant bien plus macho ? – il est vrai que les équipes y sont plus « colorées »…). Mais leur aspiration à « un retour à » la vie paysanne, austère sans voyages, la consommation locale, la méfiance pour l’industrie et la surveillance Internet, le moralisme de clocher et la démocratie directe est peut-être l’antidote futur à l’immigration sauvage ? Décourager les migrants de venir vivre en communautés fermées à forte identité culturelle et sociale subsistant chichement à la sueur de leur front pourrait bien être la meilleure solution. Y a-t-il beaucoup de Latinos ou d’Afro-Américains chez les Mormons ? Chacun chez soi et la planète pour tous, les échanges réduits au minimum et l’exploitation à presque rien.

Il reste à régler la question des frontières, des institutions et du droit de vote, des droits de chacun. Mais surtout du nouveau modèle économique sans lequel rien ne sera socialement possible.

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Valy

Lorsqu’il était petit, vers 1930, Valéry Giscard d’Estaing se nommait lui-même Valy. Ce petit nom d’enfant le rend plus familier, ce qu’il savait être avant que le pouvoir ne l’isole.

Je l’ai rencontré pour la première fois avant qu’il ne devienne président, lors d’une conférence qu’il fit sur l’inflation à l’université Paris II Assas. Avec la pandémie et les gestes barrière, on ne se rend plus compte de l’attrait incomparable d’une ville comme Paris pour côtoyer des gens qui vous apprennent quelque chose sur la vie et la société. Je n’étais pas élève d’Assas mais j’étais venu, avec d’autres camarades de Science Po, poussé par la curiosité. Avec Valéry Giscard d’Estaing l’économie devenait claire, immédiate, bien loin du jargon à prétentions matheuses du corps professoral qui cachait souvent une ignorance du terrain par une théorisation inutile. Sans parler de l’idéologie, à l’époque toute au marxisme, nouvelle bible des intellos qui y puisaient la scolastique et la morale sans chercher plus loin. Heureusement, nous avions Raymond Barre comme prof.

Giscard est élu président après avoir passé deux bacs à 16 ans, s’être engagé dans l’armée de Leclerc à 18 ans et être décoré de la croix de guerre 1939-45 à 21 ans, avoir été reçu à Polytechnique puis à l’ENA, avoir été élu député du Puy-de-Dôme en 1956 à 30 ans puis secrétaire d’État aux Finances du général de Gaulle auprès d’Antoine Pinay à 32 ans puis plusieurs fois ministre des Finances. Il bat Mitterrand de 425 000 voix en mai 1974. La France de l’ouest, de l’est et du centre a voté pour lui, ainsi que Mireille Matthieu, Jacques Chirac et Johnny Hallyday. Moi pas, je n’avais pas l’âge requis pour voter et, sept ans plus tard, j’ai choisi un autre candidat. Mais j’ai pu côtoyer sa nièce Olivia lors des réunions d’analystes financiers à Paris.

Ce fut, avec le recul, un bon président, initiant les réformes de société indispensables après l’émergence de la jeunesse comme état d’esprit en 1968. Les vieux conservateurs, qui se disent « gaullistes » en figeant l’image du général, vont très vite regimber, comme ils continuent de le faire aujourd’hui sur toute évolution de la société. Giscard était, au contraire d’eux, un « libéral », ce qui signifie qu’il ne refusait pas la marche du monde mais l’accompagnait en la régulant. Les réformes qui vont de soi aujourd’hui datent de son septennat : majorité à 18 ans, divorce par consentement mutuel, dépénalisation de l’avortement, intégration des handicapés, politique plus verte de la ville, fin des saisies de presse et de la censure des films, fin des écoutes téléphoniques ordonnés par l’exécutif (que Mitterrand s’empressera de rétablir), saisine du Conseil constitutionnel par 60 députés ou sénateurs. Il va donner une impulsion nette à l’Europe, que Mitterrand prolongera, et créer l’embryon de la monnaie unique.

Ce sont malheureusement les chocs pétroliers dus à la géopolitique contre Israël et au réveil religieux islamiste (déjà..) en Iran, qui vont faire grimper le chômage et l’inflation, créant le mal être dans la société après les Trente glorieuses et l’euphorie post-68. Si Giscard supprime l’immigration de travail en 1974, son premier ministre Chirac rétablit le droit au regroupement familial en 1976, et le Conseil d’État annule le décret de 1977 qui suspend le décret Chirac pour consacrer le « droit de mener une vie familiale normale » en principe général du droit selon les alinéas 5 et 10 du préambule de 1946 à la Constitution. De là date le robinet ouvert, avec l’appui de la gauche sans frontières.

En 1981, Valéry Giscard d’Estaing est battu sur un mélange d’isolement du pouvoir monarchique (qui sera pire sous Mitterrand avec la Cour et le Château), d’affaires montées en épingles par les médias (les fameux « diamants » qui n’étaient que des éclats pour quelques milliers de francs) mais surtout par l’arrogance de l’intelligence. Difficile de se mettre à la portée des gens moyens lorsque vous êtes très intelligent, que vous détenez le pouvoir et que les courtisans vous adulent. Sept ans, c’était long et le sphinx florentin qui lui a succédé a bien manipulé les naïfs de gauche pour parvenir au sommet, les laissant faire joujou avec le franc, les industries et l’économie avant, 18 mois et trois dévaluations du franc plus tard, de mettre en demeure ses candidats premier ministre de choisir : le modèle Corée du nord ou l’arrimage socio-libéral à l’Europe. Il les a roulés dans la farine et a maté la gauche des utopies pour longtemps. Son double septennat a créé « la génération Mitterrand » (dite la génération Y par les Yankees), ce qui a éclipsé l’œuvre de Giscard. A tort à mon sens, mais l’histoire est impitoyable.

A presque 95 ans, il aura bien vécu. Le Covid l’a tué, achevant son insuffisance cardiaque. Le centrisme qu’il affichait, reflet de son intelligence des situations et plus Maupassant que Hugo, a du plomb dans l’aile avec la montée des ressentiments, des intolérances et des extrémismes aujourd’hui. Il reste cependant un modèle.

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François de Coincy, Mozart s’est-il contenté de naître ?

Voici un petit livre décapant, iconoclaste, qui revisite l’économie en mots simples accessibles à tout le monde. Les raisonnements sont limpides, bien que mis bout à bout sans structure d’ensemble.

Si je tente de me placer en hauteur, l’exposé semble être le suivant : seul le travail crée de la richesse et seule la liberté permet le travail efficace. Nous avons la chance de vivre encore en société de libertés – ce pourquoi tant d’immigrés veulent y tenter leur chance – ne gâchons pas nos talents au profit de fausses valeurs telle l’égalitarisme, la subvention, le règlement, le pouvoir autoritaire technocratique. C’est en gros la philosophie générale d’un libéral qui n’est ni libertaire ni libertarien, ne sacrifiant pas l’effort ni l’épanouissement des talents à l’hédonisme de l’assistanat ou au seul droit du plus fort. Il est pour une société régulée, mais qui décide librement en démocratie participative.

Si je tente d’entrer dans les détails, ce ne sera que pointilliste tant manque l’organisation de l’ensemble en discours cohérent aboutissant à un projet global clair. Car la succession des treize chapitres ne fait pas un plan ni ne dégage de lignes directrices, pas plus que le titre, contestable : le pauvre Mozart est peut-être devenu célèbre grâce à la combinaison de son talent et d’un travail acharné, mais quelle existence contrainte dès le plus jeune âge qui a formé un singe savant puis abouti à un adulte infantile mort jeune ! Est-ce un modèle d’individu libre et épanoui à suivre ? C’est dommage car le propos de François de Coincy mérite d’être connu et débattu, développé à l’aide d’exemples concrets de l’actualité (il y en a trop peu).

Les français sont inégaux… en production pour le pays : « Alors que le rapport des contributions [à la richesse nationale] entre la moyenne des tranches extrêmes est de l’ordre de 12, celui du niveau de vie est de l’ordre de 3. En rappelant que la contribution, c’est ce que l’on produit et que le niveau de vie est ce que l’on consomme, on constate que 60% des Français consomment plus que ce qu’ils produisent » p.38. Ce rapport inégal mesure le poids de la solidarité. Elle est un choix de société, pas une morale permettant de voler aux riches pour donner aux pauvres. Confondre l’égalité et la solidarité est le meilleur moyen pour faire fuir les talents, les entreprises et la contribution fiscale. Partir tôt en retraite ou laisser filer l’immigration de travailleurs pauvres diminue la richesse produite, donc le niveau de vie de chacun (p.47). Ce pourquoi la mesure du PIB est fausse car l’investissement compte deux fois le travail (p.77), ce qui biaise la perception de ce qui est et l’action politique.

Marx comme Keynes ou les monétaristes, ces trois piliers de la théorie économique contemporaine, tordent la réalité. « Karl Marx a vu dans le capital l’essence de l’économie de marché, alors que le moteur en était l’esprit d’entreprise. En ne tenant pas compte de tout le travail réalisé par le capitaliste entrepreneur, il enlève toute cohérence à la relation économique et en contestant la répartition inique du travail et du profit, il occulte la réalité du travail/profit de l’entrepreneur capitaliste. Pour lui, dans l’activité économique, l’entrepreneur n’existe pas, il n’y a que l’argent » p.106. Or l’argent n’est qu’une unité de compte pratique, pas un « bien ». Ce que mesure l’argent, c’est le travail accumulé (l’épargne) qui peut être prêté (le capital) pour produire des biens ou des services nouveaux (investissement) et suscitant une dette (qui peut être vendue). Le capital n’est que du travail réalisé avant, pas un fief féodal par droit de naissance. L’investissement, dont nos politiciens ont plein la bouche, génère le crédit et pas l’inverse : quel entrepreneur investira-t-il s’il n’a pas de débouché à sa production ? « Il n’y a aucune relation mathématique entre le montant de l’investissement et la création d’emploi ; cela dépend des projets » p.99. Or le projet est un pari d’entrepreneur, pas une décision administrative.

Le prix d’un bien ne reflète pas le travail accumulé pour le produire + le profit, mais le niveau de pouvoir d’achat que la demande sur ce bien est prête à investir. Ce qui dépend de la conjoncture, de l’utilité, de la mode, de l’imitation sociale et de bien d’autres choses. Un bien, pas plus qu’une entreprise n’a de « valeur en soi », mais seulement une valeur d’échange sur le marché. C’est ainsi que les analystes financiers évaluent la rentabilité d’une ligne de production, d’une société mise en vente ou d’un bien immobilier par le flux futur des bénéfices dégagés (actualisation des cash flows futurs).

Le système monétaire, quant à lui, est un jeu d’écritures et la spéculation ne produit rien, sinon un passe-temps à somme nulle où le risque est artificiellement joué au-delà de sa probabilité. « Ce marché des écritures est le principal générateur des crises financières » p.122. De même, la dette d’Etat est une insuffisance d’impôts qui permet de vivre au-dessus de ses moyens au détriment des générations futures. Un truc pratique à méditer : pour chaque foyer fiscal, la dette de l’Etat en France est de 25 fois l’impôt sur le revenu annuel du foyer (p.125).

Beaucoup de bon sens, des formules imagées comme cette délicieuse Main invisible d’Adam Smith comparée à un régulateur d’allure pour bateau à voiles, et une redéfinition des mots-valises trop usés des médias et des politiciens tels que croissance, crédit, dette, redistribution, profit, investissement et ainsi de suite. « La confusion est devenue la règle quand on nomme ‘droit au logement’ ou ‘droit au travail’ ce qui est en réalité un ‘droit du logement’ ou un ‘droit du travail’. On transforme en vérité morale ce qui est une convention sociale. Une telle déformation du sens des mots entraîne nécessairement désillusion et amertume » p141. D’où la perpétuelle tentation selon Aristote pour la démocratie de dégénérer en démagogie, portée ces dernières années par « la morale populiste » (p.137). Avec sa contradiction de fond : « sans inégalités, la solidarité n’a plus de sens » p.149.

Aujourd’hui retraité, l’auteur qui a occupé plusieurs fonctions financières dans le groupe Hachette puis créé un groupe immobilier avant de présider la Compagnie de Chemins de Fer Départementaux de 1977 à 2018, prône de calculer le produit national de chacun, de supprimer toutes les niches fiscales et les aides aux entreprises, et en contrepartie de créer un produit social pour compenser les distorsions de concurrence des pays à bas salaires. Entre autres.

Un livre utile qui prône l’esprit critique. Décapant !

François de Coincy, Mozart s’est-il contenté de naître ?, 2020, autoédition bookelis.com, 205 pages, €18.00 e-book €9.99

Blog de l’auteur

Attachée de presse BALUSTRADE : Guilaine Depis, 06 84 36 31 85 guilaine_depis@yahoo.com

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Fatale erreur !

Le logiciel du gouvernement Macron bogue : sur l’écran de l’actualité s’inscrit cette mention bien connue : Fatal Error ! Les librairies sont en effet fermées par décision administrative pour cause de Covid-19. On devrait plutôt fermer Internet et les réseaux pour cause de contamination islamiste, ce serait plus sain.

Les livres ne sont pas considérés comme des « produits de première nécessité » – en revanche les ordinateurs, les smartphones et les baladeurs le sont ! C’est du grand n’importe quoi des ignares de bureau. Pire : sous prétexte de concurrence « faussée », les rayons des grandes surfaces qui vendent du tout culturel sont forcés à fermer. Même là, pas de livres pour les clients ! Au moment où les écoles restent ouvertes et « obligatoires », empêcher d’acheter des livres est un non-sens absolu.

Je comprends que la contamination galopante soit une préoccupation de santé légitime. Mais pourquoi fermer les librairies alors que les cosmétiques, l’électronique et la bouffe sont autorisées ? Va-t-on se contaminer plus encore en allant au rayon d’à côté dans le même magasin, ou dans la librairie du coin où il y a moins de monde qu’à la boulangerie où dans le métro « autorisé » à travailler ?

La précipitation gouvernementale montre une chose qui ne sera pas oubliée : la « seconde vague » annoncée n’a absolument pas été préparée. On a laissé faire « les jeunes » et leurs fiestas, les vieux et leurs mariages, baptêmes, enterrements, les mûrs leurs « réunions » d’entreprise, d’association, de culte ou de copains. Il ne fallait surtout pas toucher aux sacro-saintes « vacances » avec l’hédonisme qui va avec, les déplacements de masse et les frotti-frotta y afférents. Depuis, le « déconfinement » a accouché d’un minable couvre-feu qui n’a pas couvert grand-chose (les fiestas se sont déroulées en privé, à huis-clos et toute la nuit). Il aurait fallu agir avant. Tout le monde le savait. Personne n’a osé.

Jupiter en son Olympe décide tout seul. Il dépend d’un aréopage de « scientifiques » en conseil qui crient haro après avoir crié tant d’autres choses, du haut de leurs « compétences » : que les masques ne servaient à rien, que l’été allait voir disparaitre la pandémie, que les hôpitaux pourraient faire face, que les tests allaient tout régler, que « le » vaccin était imminent… Sauf que « le système » ne suit pas parce que trop centralisé, hiérarchisé, attendant les ordres, ne proposant aucune initiative de terrain. Et que la solitude du pouvoir de la Ve République, héritage militaro-catholique romain, rend les conseillers du prince inefficaces parce que larbins et le sommet inaccessible à tout ce qu’il ne désire pas entendre. Nous sommes loin de la décentralisation allemande, suisse, espagnole, italienne, américaine ou même anglaise !

Alors on ferme. Style guichet de prison. Vous êtes condamnés. J’veux pas l’savoir ! Castex en vortex : obstiné jusqu’à être borné.

Les livres ? Un luxe pour intellos. Y a Internet, ça suffit bien. Pour les ignares vautrés dans l’économisme, le livre n’est qu’un produit à vendre comme les autres. Je connais l’économie et la mentalité économiste : Macron en est un pur produit. Ce qui ne se calcule pas n’existe pas, ce qui ne rapporte pas n’est que fumée. Le pain et les jeux oui – mais la culture non. Ça sert à quoi ?

Eh bien, cher président (des banques et des grandes entreprises plutôt que des Français), la culture ça sert contre le terrorisme des incultes qui croient agir à la place de Dieu. Les livres permettent de balayer toute cette rhétorique à prétexte religieux avec les grands auteurs comme Molière (Tartuffe) ou Voltaire (Traité sur la tolérance), avec les chercheurs (les vrais, ceux qui publient, pas ceux qui bavassent à la télé). Les livres permettent de réfléchir au lieu de suivre les plus grandes gueules, d’étudier au lieu de dire n’importe quoi, de devenir plus sage au lieu de moutonner avec la foule des « réseaux ».

Malgré la tendance générale réformiste qui me plaît chez En marche, cette réduction à l’économisme me débecte. Ah, ils sont loin les de Gaulle, Pompidou, Mitterrand et Giscard, qui lisaient des livres, qui écrivaient des livres, qui soutenaient le livre, qui aimaient la compagnie des auteurs ! La France a rayonné dans le passé par sa culture et notamment par sa littérature et par sa pensée politique. Plus aujourd’hui.

On voit pourquoi : le réformisme économiste ne jure que par les nouvelles technologies qui font « jeune », par l’hédonisme flemmard de se bourrer les oreilles de « musique » à la mode ou de films venus des Yankees. Le livre ? Même l’école démissionne : ça prend la tête. D’où les têtes mal faites qui n’agissent que sur l’émotion, dans le seul immédiat, via les réseaux tribaux offerts par l’électronique. Réfléchir ? Ça va pas ! Pavlov oui, Tchékhov non : c’est ça l’économisme – le pire hier du communisme, le pire aujourd’hui du réformisme.

Au moment où le monde entier tourne la tête vers la France et son martyr Paty, mort pour l’Ecole ; au moment où l’immigration incontrôlée montre combien passoires sont les frontières qui définissent le citoyen et les droits ; au moment où l’on cherche dans la patrie des droits de l’Homme et de la pensée des Lumières un sens… il n’y en a pas. Le livre est interdit : moins « de première nécessité » qu’un paquet de lessive (autorisé). Et un boulevard est ouvert aux GAFAM du pays de Trump pour qu’ils déversent leurs fausses informations malveillantes à guichets ouverts sans contradiction, et se fassent plein de fric sur nos données concédées gratuitement.

La France a perdu son âme. Une sacrée Fatale erreur !

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Pierre Ménat, Dix questions sur l’Europe post-covidienne

Ancien ambassadeur de France en Roumanie, Pologne, Tunisie et Pays-Bas, Pierre Ménat actualise son livre France cherche Europe désespérément après la pandémie de Covid-19. Face au duel global de la Chine et des États-Unis, l’Europe reste coincée entre défiance et puissance. En 10 questions, il rappelle l’origine des interrogations des citoyens et propose quelques solutions.

Tout d’abord, l’anxiété. L’Europe vieillit, sa population ne représentera que 6 % de la population mondiale en 2050. Les ressources naturelles sont limitées, la mondialisation fait concurrence, les idées sont en crise. Les Européens cherchent donc des refuges dans la famille, la religion, la nation. L’expression publique de cette frustration du peuple contre ses élites se radicalise – à l’américaine – ce qui ne risque pas de faire avancer les choses. Il faudrait donc à l’Europe une politique industrielle, des négociations réciproques pour les échanges, une politique monétaire de l’euro pour le rendre égal au dollar. Quant aux défis écologiques, l’Europe prend sa part et ne doit pas se culpabiliser, renvoyant plutôt les excités aux plus grands pollueurs de la planète que sont les Américains les Chinois. En revanche les intellectuels, bien absents, sont appelés à la rescousse pour penser le nouveau monde.

Si les Anglais s’en vont, par souci de commercer librement et surtout de s’aligner sur les États-Unis, l’essentiel de leur commerce reste tourné vers les pays européens, tandis que les États-Unis regardent vers le Pacifique. Le plus sage pour les Anglais du Brexit serait de conserver une relation forte dans la défense et les affaires étrangères avec l’Europe.

Le sentiment d’impuissance des citoyens en Europe vient de ce que la souveraineté des états a été déléguée en catimini depuis les années 50. Dans les faits, seulement cinq compétences exclusives ont été déléguées par les Etats : l’union douanière, les règles de concurrence, la politique monétaire pour l’euro, la conservation des ressources de la mer commerciale commune. Tout le reste est partagé ou en appui, notamment la santé : « l’Union n’a pas de compétence en la matière » p.9. Mais il existe un déficit d’information aux citoyens. Un rapport de 2005 en France remis à Dominique de Villepin est resté lettre morte. Or il existe une citoyenneté européenne selon l’article 9 du traité : elle permet de voter aux élections locales et un droit d’initiative populaire au niveau européen. Qui le sait ? Qui l’utilise ?

L’ultralibéralisme est une idéologie française qui distord la revendication historique libérale qui a conduit à l’indépendance américaine et à la révolution française. La défense de la dépense sociale française, qui représente plus que les dépenses de l’État, est un intérêt particulier dans toute l’Europe. Le retour de l’Etat dû au Covid ne devrait pas durer au-delà de la pandémie. Le droit et les institutions l’emportent même si l’Europe à 27 est partagée entre le Nord plus ouvert au large et le Sud plus étatiste parce que plus clientéliste. La France se situe en pays intermédiaire : ses citoyens manifestent surtout un conservatisme anti-industriel et radicalisent l’écologie pour « répondre à la rage ambiante ».

Reste une ambiguïté entre l’Europe à 27 et la zone euro à 19. La politique monétaire devrait faire partie de l’Europe, ou du moins les pays réunis autour de l’euro devraient avoir une représentation qui ne soit pas confondue avec celle des 27. Avec le Covid, les critères de Maastricht sont suspendus et la Commission pourra directement recourir à l’emprunt pour 900 milliards d’euros, deux fois le budget communautaire, même si l’interdiction de financer directement les Etats demeure. Manque cependant une gouvernance politique des crises, criante durant la débâcle financière de 2008, la crise grecque, et la pandémie Covid.

Un point sensible, laissé de côté par la pandémie, reste l’immigration. Elle représente 500 000 à 1 million de personnes par an dans toute l’Europe. C’est une compétence partagée de l’Union où Schengen fonctionne mais pas Dublin. Les solutions existent et ne sont pas mises en œuvre, par exemple le demandeur d’asile n’a pas à choisir son pays d’accueil. Il faudrait augmenter les moyens de Frontex et négocier des accords supplémentaires avec les pays limitrophes. On ne peut laisser non plus la charge de premier accueil aux Etats du sud tel que la Grèce ou l’Italie.

Au total, que signifie la souveraineté européenne ? Après le Covid, nous nous apercevons que la Chine est devenue une puissance mondiale d’influence, tandis que les États-Unis imposent leurs lois nationales et leurs GAFAM aspirateurs de données tout en se dégageant de l’OTAN. La souveraineté européenne est donc toute relative puisque nous dépendons des autres pour beaucoup de nos industries, de nos matières premières et de notre santé. À quelle fin récupérer cette souveraineté ? Dans le domaine monétaire, économique et politique : il nous faut encourager la recherche, développer le numérique, élaborer une véritable autonomie stratégique dont la pandémie a montré la carence, une politique industrielle, une sur les flux migratoires et développer une force d’intervention autonome. « Je propose que soit élaboré un traité d’union politique sur le modèle du plan Fouchet » p.95. Ce serait un projet collectif pour une diplomatie européenne.

Au total, ce petit livre fait le point sur l’Europe aujourd’hui du point de vue politique, un sujet important pour les Français et que la pandémie met en lumière de façon très crue.

Pierre Ménat, Dix questions sur l’Europe post-covidienne – Entre défiance et puissance, septembre 2020, L’Harmattan/éditions Pepper, 99 pages, €12.00

Pierre Ménat, France cherche Europe désespérément, février 2019, L’Harmattan/éditions Pepper, collection Témoignages dirigée par Sonny Perseil, 319 pages, 29€

Pierre Ménat est aussi l’auteur d’un roman chroniqué sur ce blog

Attachée de presse Guilaine Depis, 06 84 36 31 85 guilaine_depis@yahoo.com

L’Europe vue par ce blog

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Grande peur ravivée par le Covid

Le phénomène social de la « Grande peur » agite périodiquement le peuple dans l’histoire. Il suffit d’observer aujourd’hui les attitudes de répulsion des autres quand vous les croisez dans la rue (en-deçà de deux mètres), le foulard intégral remis au goût du jour en dépit de la loi de 2009 sur le voile dans l’espace public (avec Marine Le Pen en femme voilée allant reflorer la Jeanne !). Certains portent en outre lunettes, capuche et gants au cas où vous auriez la peste en sus du Covid. Je suis persuadé que certains mâles ont même enfilé une capote (on ne sait jamais !) : « sortez couverts », ils se souviennent.

Les masques pour tous ont immédiatement (et en France seulement !) provoqué l’ire des « syndicats » d’infirmières et autres « soignants » qui se voient d’un coup dévalorisés dans la rue parce qu’ils ne portent plus leur signe distinctif de Héros : le masque comme un cimier glorieux. Une sorte de marque d’honneur qui leur était jusqu’ici exclusivement réservée et qui les distinguait du vulgum pecus réduit à subir. Mais oui, le masque pour tous, c’est démocratique ! Et très utile à la santé… de tous ! Ces ignares hors de leur domaine, éduqués par Mélenchon en économie, confondent allègrement flux et stocks, commandes qui arrivent enfin et complot d’accapareurs ! Les mythes éculés de la Révolution ont la vie dure. Le gouvernement devrait penser à leur accorder un badge bien reconnaissable marqué « soignant » en lettres d’or de cinq centimètres de haut sur un fond rouge sang pour panser leur vanité blessée. Les sociétés égalitaires ont toujours retrouvé à un moment ou à un autre le sens des « distinctions » : héros de l’Union soviétique, pins à l’effigie du Grand timonier, médailles militaires, badges scouts… Les privilèges, au fond, chacun aime ça.

Quand aux névrosées obsessionnelles (je l’ai vu surtout chez les femmes), elles ne cessent de passer de la lingette alcoolisée sur tout ce qu’elles touchent, du chariot de supermarché à l’emballage des pommes et aux touches de l’appareil à cartes : pourquoi ne portent-elles pas plutôt, comme moi, des gants jetables ? Je songe aux gestes « barrière » des nobles de Pékin, dans la Chine impériale, qui portaient d’immenses chapeaux garnis de tiges pour éviter que quiconque n’ose les approcher de trop près. Le barrage sanitaire devient vite un barrage social, engendrant méfiance, prophylaxie et soupçons. Rien de tel que le mépris pour engendrer une révolte.

La Grande peur de la Bête (Satan lui-même, invention d’église), aurait donné paniques et croisades autour de l’an mille de l’ère chrétienne. Mais il s’agit de l’interprétation millénariste de l’Apocalypse par saint Augustin car Jean de Patmos lançait un message d’espoir selon Jean Delumeau (L’Express 23.09.1999) : le retour du Christ sur la terre pour un règne de justice de mille ans. C’est Michelet qui en fit le mythe de la Grande peur qui nous reste à l’esprit, alors même que les neuf dixièmes de la population médiévale ne savaient pas lire et qu’ils ne connaissaient ni l’année, ni la date du jour, ni celle de leur naissance. « L’an mille » était donc un temps nébuleux, pas un événement précis ou marquant – sauf peut-être chez les clercs, volontiers enfiévrés de continence et confinés à macérer entre eux. L’Apocalypse de Jean n’est d’ailleurs devenue livre canonique chrétien qu’au XIVe siècle…

Le terme de Grande Peur a été donné en priorité aux insurrections paysannes de 1789 par les historiens marxistes qui faisaient commencer la France sociale moderne à ce moment – en oubliant, comme aurait dit Marc Bloch, le sacre de Reims. Tout vient alors des campagnes, comme aujourd’hui les gilets jaunes. Les mauvaises récoltes (les mauvais salaires et prestations) engendrent la pénurie, donc les théories du Complot. Des racailles (appelés jadis « vagabonds ») sont grossies et déformées par l’imagination pop en « armées » de brigands. Il se propage la rumeur (par les réseaux sociaux d’époque) qu’à Paris une « Saint-Barthélemy des patriotes » a lieu : un grand massacre CRS de gilets jaunes, dirait-on sur Twitter. L’alarme se répand et naissent les inévitables dommages collatéraux (pas perdus pour tout le monde, resquilleurs, détrousseurs et Black Blocs de l’époque) : pillages, émeutes, attentats, incendies, viols. Les symboles du pouvoir social, alors châteaux et abbayes, aujourd’hui préfectures, palais de la République, avenues prestigieuses, banques et grands magasins, sont envahis et dévastés.

La Grande peur du « Boche » en 40 (qui a engendré l’Exode) a été suivie (aux Etats-Unis surtout) de la Grande peur de l’apocalypse nucléaire après-guerre, tandis que l’envolée des cours du pétrole à la fin des années 70, suivie de la récession occidentale et son chômage chronique dont les délocalisations mondialisées ne sont qu’un avatar, ont engendré une Grande peur du déclin inexorable de l’Occident. L’immigration arabe, touchant à la bite et au couteau – ces instruments vitaux du viril – a créé chez les Blancs déclassés, divorcés et en manque d’enfants (combien de gosses chez Renaud Camus ?), la Grande peur hantée d’un Grand remplacement. Plus récemment, avec les tempêtes, les ouragans, les incendies, les catastrophes industrielles (dont Tchernobyl et Fukushima), la Grande peur est celle du climat et de « la Terre qui se venge » dans une Apocalypse prédite par les textes bibliques – jusqu’au virus grippal issu des coucheries incestueuses des hommes et des bêtes en Chine qui a fait jusqu’ici autant de morts que la grippe de 1957 sans engendrer alors de Grande peur (on avait d’autres soucis, à commencer par la guerre civile en Algérie, département français qui allait encourager le putsch des généraux). Même le Sida n’était censé toucher que les déviants (« juste » châtiment divin pour avoir bafoué les Commandements du Père fouettard Jéhovah de ne coucher qu’avec l’unique femme sacralisée devant Lui par le curé).

Aujourd’hui est différent : on joue à se faire peur. Le confinement rend con, finement. Ressasser entre soi les mêmes rengaines paranoïaques n’améliore pas le jugement. Au contraire : la raison se perd au profit de la croyance en tout et n’importe quoi. L’imagination, laissée à elle-même la plupart du temps par le chômage partiel (ou intégral pour les fonctionnaires, payés à rester chez eux jusqu’au dernier centime), travaille (elle) : « on » l’avait bien dit, « on » nous cache des choses, « on » aurait fait mieux, oh, là ! là !

Or, si l’empire inca s’est effondré à cause de la variole et l’empire des Yuan au profit des Ming en Chine à cause d’une épidémie, les différentes pestes et choléras en Europe n’ont rien changé au monde du temps. Le commerce avant tout : la santé, c’est bien, mais celle de l’économie, c’est-à-dire de toute la société dans sa survie, c’est mieux. L’être humain est social et a besoin vital d’échanges. Le commerce en est un, celui des marchandises, et la culture un autre, qui se diffuse aujourd’hui par l’industrie (de la presse, du livre, des concerts, des raves, des spectacles, des réseaux), tout comme les lieux de sociabilité que sont les bars, café, restaurants, théâtres et stades – ou le tourisme. La frénésie de purification ne dure qu’un temps. Une fois éradiqués les boucs émissaires dans la panique, la promiscuité entre égaux retrouve ses droits, parfois entre sectes du même gourou : « le monde ne peut que penser comme moi ». Quitte à bâtir une maison de pierre plutôt que de paille, pour résister au loup méchant, comme dans les Trois petits cochons – ce que Trump entreprend, tonitruant, en fermant les frontières.

La peur, selon le sociologue historien Norbert Elias, est le mécanisme qui permet aux structures élémentaires de la société d’être transmises aux psychologies individuelles. Les peurs sont intériorisées pour que chaque personne se trouve en phase avec sa société dans sa culture. Selon les biologistes, les souvenirs des traumatismes se transmettent de génération en génération par l’épigénétique (Brian Dias, université Emory d’Atlanta, in La Recherche, janvier 2015) ! Dès lors, la Révolution de 1789, la Grande guerre de 14-18, la honteuse Défaite de 40 et son Exode rural, les guerres perdues coloniales, les attentats islamistes, sont des marqueurs français plus profonds qu’une épidémie : ils viennent des humains, pas du destin; des élites défaillantes ou de la lâcheté du peuple. Car d’autres pandémies, nous en auront dans le futur.

Mais la vie continue, elle continue toujours, et il faudra reprendre le collier comme avant, même si quelque chose aura changé (peut-être) dans les mentalités. Un recentrage sur les vrais métiers (alimentaire, santé, artisanat, communications numériques ?) au détriment des futilités (foot surévalué et surpayé, « spectacles » sans intérêt, spéculation financière vide ?), retour aux vrais amis et aux proches (bien oubliés jusqu’ici dans le « virtuel » et les EHPAD ?), bifurcation politique (plus de souverainisme, plus d’achat français et local, cesser de jargonner globish, aspiration à plus de participation, de décentralisation, de parler franc ? de « solidarité » réelle peut-être ?), désurbanisation possible (pour les nantis qui peuvent financer deux résidences ou travailler à distance ?), voire retour à la terre, sinon à « la nature » (concept flou) ?

Une Grande peur marque toujours ; mais elle n’a pas forcément de conséquences directes. Juste une cristallisation des tendances sous-jacentes peut-être, une accélération des remises en causes restées jusqu’ici latentes. Le monde de demain ressemblera à celui d’hier, malgré les utopistes ; le capitalisme restera cette technique inégalée d’efficacité économique applicable en tout, malgré ceux qui annoncent sa chute… depuis deux siècles ; la mondialisation se poursuivra, un peu différente sur certaines chaînes de valeurs, mais inexorable malgré les écolos qui chantent déjà victoire ; les particularismes nationalistes et identitaires s’exacerberont en réaction, malgré les incantations à « gauche ». Il est fort probable que les clowns qui gouvernent soient réélus car ils racontent la « belle histoire » que la majorité veut entendre, même si le conte a souvent peu à voir avec la réalité ; il est fort probable que les oppositions, aujourd’hui nulles, restent dans leur nullité et leur opposition, ici ou ailleurs – pour cause de nullité sans remède à échéance connue et d’opposition systématique qui déconsidère leur soi-disant projet.

Mais nous aurons vécu quelque chose, une période inédite dans l’histoire ; nous nous serons recentrés sur nous-mêmes et nos proches, forcés à confiner, ce qui peut inciter à penser par soi-même au lieu de suivre les hordes ou les modes. Qui sait ?

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Aurélia Gantier, Les Volponi 2 – Clichy sur scène

Après un premier tome sur Les Volponi – genèse tunisienne, la suite vient de paraître. Nous suivons la famille Volponi, des Siciliens de Sicile, Français de papier. Ils ont quitté la Tunisie pour la France à la fin du protectorat, en 1956, tandis que la famille Panzone, de laquelle vient la mère, Crocefissa, ont choisi l’Italie – puis Nice qui leur rappelle « le pays ». Voyage en bateau jusqu’à Marseille, divers trains et métros jusqu’à Rueil, puis Clichy-la-Garenne où un trois pièces loyer de 1948 va loger les deux parents et les cinq enfants dans 35 m².

C’est l’aventure de l’intégration à l’époque des Trente glorieuses puis de mai 68. Les Ritals sont d’abord méprisés, puis assimilés alors qu’arrive l’immigration portugaise puis arabe. Se faire appeler Josée plutôt que Crocefissa (Crucifixion) est judicieux, de même que se faire teindre en blonde avec les cheveux raccourcis et bouffants à la mode, ou porter des jupes au-dessus du genou et colorées, pas jusqu’à terre et seulement noires comme les gitanes. La pénurie de logement laisse place aux grands ensembles et l’école permet l’émancipation aux filles. La voiture est suivie de la télé, puis une auto plus grande, la fameuse Ariane de Simca, vaste comme une péniche américaine et à la mécanique robuste mais un peu lourde pour son moteur d’Aronde. Mais bien utile pour caser cinq gosses à l’arrière, à l’époque où les ceintures de sécurité n’existaient pas.

Pierre, le seul fils, se fait discret, son père Marcello ne l’aime pas, le traite de femelle et de pédale, et le bat régulièrement jusqu’à ses 15 ans, tout comme son propre père avant lui. Anne est blonde et aimée, elle s’épanouit. Marie-Claire et Myriam sont petites et suivent. Reste la fille aînée, Rosaria, chétive et maladive, déjà atteinte de poliomyélite elle le sera par la tuberculose avant l’asthme… Son père ne l’aime pas non plus car elle est « le ballon » qui l’a forcé au mariage, lui qui adorait courir les filles de Tunis en macho irresponsable. Il la gifle, lui cogne la tête contre l’évier, lui flanque le visage dans la sauce de son assiette. Une vraie brute à qui il manque une épouse capable de se dresser devant lui, ou un fils suffisamment fort pour le contrer. Le monde a bien changé en trois générations : la sienne revient de loin, père tout-puissant et mâle dominant usant de sa force pour courber toutes les têtes. Les hommes ne sont plus comme cela un demi-siècle plus tard, tout comme les filles ne jouent pas constamment à aguicher le mâle, mais il en reste des traces.

Marcello continue d’ailleurs à engrosser les filles en leur faisant miroiter le mariage… jusqu’à ce qu’un Sicilien de Sicile lui courre sus avec fusil, fils et revolver ; il n’en réchappera que de justesse en rampant sous un wagon au dépôt de Catane. Mais un père pareil n’est pas un papa : c’est un tyran méditerranéen. « Rosaria découvrit à cette occasion [sa communion solennelle] les trois axiomes qui la guideraient tout au long de sa vie. Le premier était qu’elle n’avait pas de chance, le second qu’on ne pouvait jamais être un instant tranquille dans cette foutue famille, le dernier que le mensonge sauvait » p.81.

Pierre quittera le foyer à 18 ans en se mariant à une petite rousse qu’il a engrossée sans vraiment l’aimer – comme son père. Quant à Rosaria, elle prend sa valise le jour même de ses 21 ans (âge de la majorité à l’époque) pour partir. Où ? Ce sera probablement le thème du prochain tome de la saga familiale.

L’écriture apparaît mieux inspirée et plus dense que dans le précédent volume, plus proche des souvenirs réels peut-être. Certains chapitres sont captivants, d’autres assurent une transition plus ou moins réussie. Je me demande encore qui parle au chapitre XVI sur mai 68, alors qu’aucun des enfants n’est allé en Sorbonne… Il reste quelques incongruités comme « cool » qui n’est apparu dans le vocabulaire qu’après 68, « échanger » sans dire quoi qui n’est survenu comme tic de langage que dans les années 2010, et deux erreurs d’orthographe : « ballade » au lieu de balade pour dire se promener et « prendre ses clics et ses clacs » au lieu de cliques et claques.

Mais rien qui empêche de prendre un grand plaisir à lire ce livre de mémoire, les avatars romancés d’une famille immigrée de Tunisie, où elle était déjà immigrée de Sicile, avant de choisir de devenir Français.

Aurélia Gantier, Les Volponi 2 – Clichy sur scène, 2019, éditions Une heure en été, 250 pages, €17.50 (sortie le 2 mars)

Le premier tome :

Aurélia Gantier, Les Volponi – Genèse tunisienne, novembre 2018, éditions Une heure en été, 243 pages, €16.50 e-book Kindle €8.99

Chroniqué sur ce blog en novembre 2018

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Fondements sociaux de la crise politique

Le monde change, la politique avec. Les transformations de la société par la technique et l’économie engendrent des bouleversements dans la façon de s’exprimer et d’agir. Les politiciens sont déboussolés – on le serait à moins car tout va très vite. La révolution numérique a engendré une mutation de la production et de la vente qui a bloqué les revenus, tandis qu’elle a encouragé techniquement la spéculation, aboutissant à la crise financière de 2008, obligeant les Etats à s’endetter pour assurer un filet social et empêcher l’effondrement du système. Les idéologies ont lâché devant le pragmatisme exigé. La guerre imbécile de Bush à l’Irak, à l’Afghanistan, plus tard à la Syrie, a engendré des migrations massives et incontrôlées en même temps qu’une montée du radicalisme islamiste ; la guerre du commerce électoraliste de Trump avec la Chine et l’Europe engendre des crispations nationalistes.

Rien n’est simple et la visibilité est nulle, le nez sur le guidon. Un brin de hauteur s’impose.

Internet et le téléphone mobile n’existent que depuis 25 ans, or les politiciens ont largement dépassé cet âge, ils sont maladroits avec le numérique. Ils n’ont surtout pas vu – ou voulu voir – que l’outil Internet a développé de façon phénoménale les « réseaux sociaux ». Ceux-ci exacerbent l’individualisme, chacun rassemblant autour de lui ceux qui lui ressemblent via des liens baptisés un peu vite « amis ». Ce ne sont que des amis à l’américaine, fondés sur leur utilité ; qu’ils quittent la communauté et le lien est brisé. L’affection ne compte pas, seulement l’intérêt – y compris l’intérêt affectif de ne pas se sentir seul. Ces réseaux et le formidable pouvoir d’opinion qu’ils représentent font éclater la nation au profit des tribus et des egos. La politique, dès lors, n’existe plus comme projet mais seulement en tendance : on est « pour » (la planète, l’humanitaire, la hausse des salaires) ou « contre » (les industriels, les migrants, la finance). Mais ces « grands principes » n’accouchent d’aucun projet concret pour la nation. Ils véhiculent seulement des micro-projets personnels dirigés sur une petite cause dans le vent immédiat. Pour le reste on braille, on pétitionne, on n’agit pas. La politique devient à l’état gazeux, aussi volatile que la tête de linotte à la mode, sans forme précise ni liens solides. Le vote est de circonstance, pas de conviction.

La révolution numérique bouleverse dans le même temps le commerce (qui se multiplie en ligne, rendant « l’ouverture le dimanche » aussi ringarde qu’un militant CGT) en ruinant les pas de porte et l’emploi (phénomène accentué par la casse rituelle des gilets jaunes chaque samedi, appelés via les réseaux sociaux). La production n’est pas en reste, plus automatisée, plus standardisée, plus décentralisée : les pièces détachées et les composants viennent d’ailleurs, la « réparation » ne se fait plus, les qualifications sont dévalorisées. La finance prend alors le pas sur l’ingénierie et la spéculation prend son essor. Au détriment des salariés qui deviennent variables d’ajustement et des métiers qui ne sont plus sollicités. Entre le PDG et le manœuvre, l’emploi fond à grande vitesse, conduisant à la société du sablier : des très riches et de vrais pauvres. La classe moyenne se trouve menacée dans ses revenus cantonnés, dans son ascension sociale bloquée, dans son rôle démocratique dénié.

L’anxiété identitaire ressurgit alors avec force : Qui suis-je ? Où vais-je ? Comment mes enfants vivront-ils ce monde nouveau ? Cela a donné Trump aux Etats-Unis, ce bouffon milliardaire gonflé d’ego macho qui fait de l’égoïsme sacré le parangon des vertus américaines. Les perdants des industries en déclin, des petites villes désertées, des classes moyennes blanches menacées, ont voté pour lui. Assez d’assistanat social ! Assez de commerce avec les pays voyous (la Chine qui foule aux pieds les brevets et la propriété industrielle, le Mexique qui envoie des travailleurs clandestins et laisse passer la drogue, la Suisse qui fait échapper à l’impôt, l’Allemagne qui truque ses autos…) ! Cela a aussi donné Orban en Hongrie, conservateur anti-immigration par hantise démographique plus que par un supposé « racisme » : l’Europe centrale, dérèglementée à marche forcée depuis la fin de l’empire soviétique, perd sa jeunesse qui émigre faute d’emplois qualifiés et malgré l’aide considérable des fonds européens. Accepter des immigrés d’une autre culture (musulmane) comme Merkel l’a fait, est un suicide démographique et la population n’en veut pas. A l’Ouest, les sociétés plus ouvertes se ferment peu à peu sous les coups de boutoir de l’idéologie radicale de l’islam, encouragée par l’Arabie saoudite wahhabite et par l’appel romantique au djihad en Syrie et au Levant. L’école laxiste post-68 et l’indulgence « de gauche » pour les nouveaux prolétaires fantasmés laisse faire. En réaction, les classes moyennes réclament plus d’ordre et moins de passe-droits : c’est le vote populiste, qui profite surtout à la droite – et se polarise aux extrêmes. Et qui rejette nettement « la gauche » dans les poubelles de l’histoire.

Les usages de la démocratie alors se défont. L’esprit de débat, de négociation et de compromis se réduit au profit des positions tranchées, du fanatisme borné qui transforme les adversaires d’un moment en ennemis irréductibles – et à la violence de mieux en mieux acceptée. La délibération est évacuée au prétexte de « l’urgence », la représentation abandonnée au profit des revendications personnelles. Ne reste qu’à autoriser les armes en vente libre pour arriver au niveau de violence américain, prélude à la guerre civile « raciale » qui ne tarderait pas à achever le travail.

La représentation démocratique a divorcé du capitalisme lorsque celui-ci a abandonné le libéralisme pour la manipulation oligarchique. La Chine reste communiste, autoritaire et centralisée ; elle est pourtant capitaliste, d’un capitalisme aussi sauvage qu’aux Etats-Unis il y a un siècle. Le modèle de contrôle d’Etat qu’elle incarne séduit de plus en plus de monde qui refuse la chienlit – notamment ces classes moyennes qui ont formé durant deux siècles le terreau de la démocratie (le parti républicain, puis le parti radical, puis l’UMP et le parti socialiste). Le libéralisme conforte la démocratie, il ne se confond pas avec elle : le peuple peut décider autrement que par le vote de représentants, par exemple par acclamation d’un tyran (Poutine ou Erdogan), par consensus sur le parti unique (Chine), par liens croisés avec les intérêts économiques (l’armée et les politiciens sous Chavez). Le libéralisme propose des garde-fous aux dérives possibles des politiciens via les règles de droit et les garanties constitutionnelles. C’est pourquoi tous les tyrans en puissance commencent par changer la Constitution ! C’est le cas en Hongrie, en Pologne, au Venezuela, en Russie – c’est la tentation en France à gauche.

Je ne sais comment va évoluer le régime dans notre pays mais les tendances sont bien établies et de mieux en mieux comprises. Pragmatisme et participation semblent à l’ordre du jour pour contrer le populisme trop facile. Tant que l’économie suit et que l’école, la santé, la retraite, la sécurité et la justice sont à peu près assurés, toute révolution semble exclue. L’Union européenne y aide, face aux monstres qui se réveillent en Chine, aux Etats-Unis, en Russie, au Brésil – prêts à tout pour affirmer leurs intérêts purement égoïstes de prédateurs mondiaux.

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Être ou se faire avoir

Les gilets jaunes veulent exister, se faire reconnaître comme l’œil du cyclone social. L’Europe centrale et orientale veut exister, se faire reconnaître comme un réservoir de la biodiversité blanche préservée. Le Royaume-Uni veut exister, se faire reconnaître comme Etat souverain, lié par rien ou en bilatéral volontaire et provisoire. Est-ce là l’identité que chacun cherche confusément ?

La France est dans l’histoire une mosaïque de régions et d’ethnies rassemblée autoritairement sous la houlette d’un roi parisien. Colonisée (un peu) par les Grecs un millénaire avant notre ère et ouvrant les Celtes au commerce méditerranéen, la France a été romanisée par le sud, puis entièrement sous César faute d’union des Gaules, avant que les « barbares » venus de Germanie ne l’aient franchement conquise. Les Ottomans ont isolé l’empire romain d’Orient, aujourd’hui la Turquie et une grande part des Balkans ; les Mongols ont isolé la Russie ; les Arabes ont isolé le Maghreb autrefois romain. Ces invasions forment les limites de l’Europe au sud, au sud-est et à l’est. La France se situe au carrefour des Germains et des Latins.

Pays catholique qui a choisi le pape alors que la périphérie choisissait de protester, roi absolu qui se prenait pour l’Etat et a révoqué un édit de tolérance pour chasser les forces vives proto-industrielles du pays, révolution qui a essaimé les Lumières mais accouché d’un esprit militaire et d’une bureaucratie jacobine centralisée pour laquelle l’impôt est l’alpha et l’omega plutôt que la prospérité – la France s’est trouvée fort dépourvue au siècle des nationalités. Elle était trop composite elle-même, parlant plusieurs langues en son sein appelées dérisoirement « patois », pour être une nation comme les pays autour d’elle. Ce pourquoi elle a choisi « l’universel », orgueil romain, héritage catholique, mission des Lumières, fantasme communiste. Le retour de l’identité la gêne, l’irrite, la déstabilise. C’est pourtant ce que réclament les gilets jaunes tout comme ceux qui votent Rassemblement national, soit une bonne moitié de la population qui s’exprime dans les urnes.

Déstabilisés dans un monde en mutation, envahis par des cultures étrangères où la religion se confond avec les mœurs et la politique, en prise à la délinquance comme au terrorisme des mêmes, déchu d’industries par la mondialisation et la prédation américaine qui « juge » extra-territorialement à coup de milliards que sa loi est la seule à s’appliquer au monde entier, colonisé mentalement par la loi des séries dites « populaires » (dans les faits commerciales), les Français issus du peuple un peu instruit et surtout de province isolée des grands centres, se crispent. Leur économie, leur culture, leurs mœurs foutent le camp et la régulation rampante de non-élus à Bruxelles les dépossèdent de leur destin.

La faiblesse du libéralisme à l’américaine, qui est la mentalité dominante jusque chez les élites européennes, est la lâcheté envers les frontières et la culture des « autres ». L’Amérique s’en foutait puisqu’elle est elle-même un ramassis de rejetés du vieux continent, issue de peuples divers, jusqu’aux esclaves importés d’Afrique. Depuis que la Chine lui taille de sévères croupières économiques et qu’elle défie sa technologie jusque dans sa pointe, l’Amérique se réveille, se crispe sur son statut et élit un populiste à grande gueule : Trump. Et les Anglais font de même avec un Boris (!) Johnson. Dès lors l’Europe, et la France, et les Français perdus, se disent qu’ils seraient bien bêtes de ne pas prendre le même train. L’Europe centrale et orientale trumpettant était inaudible ; elle le devient.

Ces ex-pays de l’Est connaissent un vieillissement de la population, un effondrement de la natalité et une émigration des forces jeunes qui cherchent un avenir meilleur à l’ouest. Leur panique identitaire est une panique démographique plus qu’économique. La nature ayant horreur du vide, et le filet juridique et réglementaire de Bruxelles enserrant ses membres dans un insidieux avenir multiculturel à l’américaine, ceux qui restent à l’Est ont peur d’une déferlante moyen-orientale ou africaine. Ils n’en veulent pas. Un peu ça va, trop, bonjour les dégâts. L’immigration ethnique est comme l’alcool, mieux vaut ne pas en abuser. Le foie distille sa dose, au-delà il cirrhose.

L’Est est encore homogène, l’Ouest déjà multi-ethnique. Ce sont moins les cultures différentes qui posent problème que l’individualisme exacerbé qui encourage l’universalisme du « tout égale tout » et du » tous pareils ». Les pays d’Europe centrale et orientale honnissent le Grand frère (ex-soviétique) mais lorgnent sur la politique à la Poutine : les immigrés, pas de ça chez nous ! L’identité bien assumée passe par le nationalisme et les frontières.

C’est bien ce à quoi aspirent confusément les gilets jaunes comme les extrémistes de droite et de gauche. Le « capitalisme » est l’autre nom, euphémisé, du colonialisme financier (plutôt connnoté « juif » et « anti-palestinien ») comme de l’impérialisme yankee de la marchandise. Dès lors, protectionnisme et nationalisme sont à essayer, croient-ils. Sur le modèle Poutine, Erdogan, Xi Jinping et Trump – entre autres.

Et la gauche inepte, qui devrait faire avancer l’écologie pratique de proximité et le social dans les territoires, entonne toujours la même incantation aux impôts et taxes pour aider les sans-frontières, sans-papiers, sans-abri, sans-ressources venus des pays « en guerre » (depuis Hollande, ne le sommes-nous pas nous aussi, « en guerre » ?). Les sans futur, qui va les aider ?

La tentation est grande de « l’homme » fort (qui peut être une femme au nom belliqueux comme Marine ou Maréchal). Un recours comme Sauveur – et comme d’habitude. Seuls peut-être, les deux Napoléon et De Gaulle ont réussi à changer les choses et à faire émerger un ordre du chaos. Leur image hante les déserts vides de la France périphérique et des acculturés à la violence. Mais les circonstances étaient à chaque fois exceptionnelles et la volonté du collectif alors très grande. C’est loin d’être le cas aujourd’hui où le chacun pour soi et le victimaire agressif sont la seule réaction des egos blessés.

Pour être, il faut d’abord ne pas se faire avoir. Mais encore ? « L’identité » suffit-elle à créer de la culture, de la recherche, des initiatives d’entreprises ? L’entre-soi est-il meilleur en nation qu’en caste sociale ? S’affirmer, certes, mais pour quoi faire ? et pour qui ?

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Plantation de café Arenal : fleurs et papillons

Le petit déjeuner à l’hôtel est pour tous les goûts : pain et confiture pour les routiniers, riz et haricots rouges plus omelette pour les locaux ou les voyageurs qui veulent s’adapter aux pays. Sont offerts en plus des fruits coupés. Le café est du genre chaussette. Les jus de fruits sont bien trop sucrés pour mon goût et je rajoute de l’eau.

Dans le hall, en attendant le guide, je feuillette le journal du pays, La Nacion. Il comprend de nombreuses publicités pour des automobiles japonaises. Après une page de Une où le foot fait la photo, plusieurs pages sont consacrées à la politique locale, l’économie ; deux ou trois pages seulement aux nouvelles internationales, en général des catastrophes ; enfin six à huit pages de sport où le foot une fois de plus est mis en valeur. Un article est consacré au tourisme et il y est dit que le Costa Rica doit vanter sa gastronomie ; les chefs doivent apprendre à accommoder différemment le riz et les haricots rouges… mais aussi à mettre en valeurs les fruits qui poussent localement.

Adrian dit souvent « pura vida », une expression qui signifie « c’est bien » ou « parfait », « génial ».

Nous prenons le bus pour quitter la capitale. Les façades des maisons de San José sont souvent grillagées et les murs barbelés, comme si la guerre civile menaçait. Adrian nous apprend que les gens qui vivent ici sont peu nombreux la nuit et qu’ils craignent les cambriolages en raison plus de l’immigration du Nicaragua que de la pauvreté. Dans la ville de Juan Santamaria – qui a donné son nom à l’aéroport de San José – un jeune tambour de 15 ans d’apparence est érigé en statue de la guerre de 1856. C’est purement symbolique car il s’agit de la statue d’un autre récupérée… Né en 1831, ce tambour costaricien a été engagé au Nicaragua contre William Walker. Il est mort héroïquement à la bataille de Rivas en 1856, mais il avait 25 ans.

Nous quittons la route plus ou moins dégradée par la pluie mais aux limitations de vitesse précises – à l’américaine – pour visiter une plantation de café. Elle est aménagée pour le tourisme, à l’américaine là encore, avec un sol en ciment orné de grains de café.

Le Costa Rica, d’ailleurs, m’apparaîtra comme un pays voué au tourisme des nord-américains. Tout y est aménagé pour eux et selon leurs normes. Nous visitons donc Coffeeland. L’entrée s’effectue par le paiement d’un billet aussitôt suivie d’une offrande : une dégustation de café au lait chocolat-cannelle, froid et savoureux, puis de divers cafés de force et de mélange différents. Ils sont issus des mêmes plans mais triés ou traités différemment.

La plantation comprend un grand jardin où s’épanouissent les fleurs tropicales : héliconie et oiseaux de paradis pour les plus colorées. Nous visitons une « ferme », un pavillon de papillons avec des morphos bleus élevés pour les fêtes, car le lâcher de papillons lors d’un mariage est du dernier cri. La ferme livre les cocons à éclore dans les trois jours précédant la cérémonie.

Les morphos sont difficiles à photographier car leur vol est rapide et erratique ; vu leurs couleurs vives, ils doivent échapper aux oiseaux. Lorsqu’il se repose, le morpho replie ses ailes pour se confondre avec la feuille ou le bois sur lequel il s’est posé. Certes certains morphos, fatigués ou malades, se laissent saisir en images mais ce ne sont pas les plus beaux.

Une chenille de papillon hibou a deux yeux sur les ailes pour faire peur aux prédateurs. Mon appareil Nikon refuse de fonctionner ; ce n’est pas la batterie, il est chargé, ce serait plutôt un problème électronique ; peut-être a-t-il trop côtoyé une source électromagnétique. J’en suis réduit au seul petit appareil Sony. La qualité des photos s’en ressentira.

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Montée du maréchalisme

La revue de réflexion Le Débat, dans son dernier numéro 205 de mai à août 2019, offre un panel d’articles sur la situation inconfortable d’aujourd’hui. Tout ce qui existait hier est remis en question… pour se réfugier dans l’avant-hier. La démocratie « représentative » est vilipendée comme confisquant le pouvoir au profit d’une élite qui « n’écoute pas »… mais le remède en serait la démocratie « plébiscitaire » adulant un homme fort tel que les fascismes et les socialismes l’ont promu à la génération d’avant. Ou, selon la classification des droites par René Rémond, la confluence de la droite légitimiste et de la droite bonapartiste.

Xi Jing-Ping déclare que la dictature d’un parti unique éclairé vaut mieux que les bavardages conflictuels des parlements démocratiques ; Poutine déclare le libéralisme « obsolète » et assume un nationalisme orthodoxe qui vante la grandeur de l’ex-URSS et la morale stricte inculquée à l’extrême jeunesse dans ce que la litote globish nomme des « Boot camps » – qui ne sont guère qu’une Putin-jugend sur le modèle de « l’Autre », l’ennemi de l’ouest. Aux Etats-Unis, mais aussi en France, un tiers de la jeunesse ne croit pas que la démocratie soit le meilleur système politique et préfèrerait une version plus musclée. En gros un Maréchal de 30 ans plutôt que de 90, la morale (voire la religion catholique) rigoureusement remise au goût du jour, les chantiers de jeunesse patriotique, la terre qui ne ment pas et le protectionnisme industriel. En témoigne la dernière élection européenne…

La souveraineté du peuple à la Rousseau comme fondement de la légitimité politique s’oppose à l’Etat de droit à la Montesquieu. Ni la représentation, ni la séparation des pouvoirs ne sont plus ressentis comme justifiés. D’où l’abstention, l’aversion ou la sécession. Toute parole officielle se trouve discréditée, et l’on assiste à l’essor des vérités « alternatives » comme au recours à la théorie du Complot. Dans le même temps le « libéralisme », dévoyé du politique à l’économique, engendre une prolifération de normes, règles et contraintes qui font douter de la « liberté » qu’il peut apporter. Les inégalités économiques croissent à mesure de la contrainte bureaucratique et la stagnation, voire le recul du niveau de vie, exacerbent les comparaisons entre statuts et positions.

Le « progrès » de gauche apparaît comme une régression sociale face aux inégalités et comme une régression culturelle face à l’immigration et aux musulmans français victimisés « plus égaux que les autres » ; le développement promis se dérègle à cause de la raréfaction des ressources, de l’énergie et de la destruction de l’environnement. Et aucun intellectuel n’est capable de proposer un nouveau modèle pour la société. L’université apparaît comme un parking où les diplômes sont dévalorisés par l’absence de sélection et par son refus de s’ouvrir au monde professionnel.

Dans l’ambiance générationnelle des nés-numériques, l’individualisme devient exacerbé. C’est chacun pour soi, du sport où la compétition fait rage au show-business où seul l’apparence compte, des profs qui prennent en otage les notes des bacheliers aux aide-soignantes qui simulent un suicide à l’insuline (tout en se faisant immédiatement soigner par les autres…), aux associations thématiques qui permettent d’émerger, aux entreprises créées à partir de rien sur des projets inédits. L’échelle locale apparaît comme la seule qui permette de valoriser le moi, et non plus ces « valeurs » abstraites d’un collectif incantatoire qui s’en fout dans les faits. Les syndicats sont dévalorisés et seul le happening (mais où l’art est dévoyé en politique) vaut titre d’existence (médiatique). Le basculement identitaire est en marche et c’est bien la faute de la gauche en France, au pouvoir par longues alternances depuis des décennies, d’avoir abandonné les individus au profit des utopies gentillettes sans racines.

Les 18-24 ans des enquêtes montrent qu’ils votent le plus pour des candidats radicaux, 25.7% pour Marine Le Pen au premier tour de la dernière présidentielle, 24.6% pour Jean-Luc Mélenchon (OpinionWay) contre 21% pour Emmanuel Macron. L’originalité de Mélenchon au premier tour a été d’avoir rompu avec la gauche culturelle européiste pour mener une campagne populiste et souverainiste ; l’erreur de Mélenchon au second tour a été d’abandonner cette posture identitaire pour rallier le reste de la gauche et en devenir son leader : son discours gauchisant sur l’immigration, l’éducation, la famille, l’Europe, a déçu. Même les gilets jaunes aujourd’hui lui tournent le dos – et les européennes ont montré que sa coalition n’était que de circonstance, fragilisée par ses coups d’éclat personnels.

L’identité malheureuse, la dépression économique, la régression nationale face aux géants américains, chinois, russes ou même allemands font que la génération jeune rejette la génération vieille qui a « joui sans entraves » en laissant un fardeau de dettes, de fils d’immigrés mal assimilés et d’immigrés récents de plus en plus inassimilables, sans parler du réchauffement climatique, des impôts au plafond et de la hausse exponentielle des taxes sur l’énergie. Le « vivre-ensemble » du discours lénifiant de la gauche bobo ne passe plus sur le terrain des inégalités économiques, des incivilités ethniques et de l’insécurité culturelle. Quand on n’a plus de repères aujourd’hui, on en revient volontiers aux repères d’hier.

Et le premier est la frontière : politique pour ne pas être inféodé, économique pour protéger ses industries, sociale pour préserver le système de santé, de chômage et de retraite, enfin culturelle face à la masse africaine (Maghreb et Afrique noire) dont l’explosion est déjà programmée : 150 millions dans les années 1930, 1.3 milliards aujourd’hui, 2.4 milliards en 2050 – seulement dans trente ans. Il faudrait être niais pour feindre de croire qu’une petite part des Africains jeunes ne désireront pas « rejoindre les cousins » dans l’eldorado européen, là justement où la démographie stagne et où la population vieillit, mettant en péril production, cotisations santé et retraites. Déjà, un immigré sur deux en France vient d’Afrique : réfugié, clandestin économique, étudiant qui reste ou regroupement familial.

Or l’islamisme progresse en Afrique et se fait plus intégriste. L’intégration des immigrés n’est pas une question sociale mais de plus en plus une question de mœurs, de religion et de culture. L’essor de l’individualisme engendre partout l’entre-soi, donc des tensions croissantes entre des « eux » et des « nous ». La religion est souvent le prétexte pour justifier des exactions violentes comme le dit Olivier Roy, mais les banlieues se radicalisent sous la férule des imams formés en Arabie saoudite comme le dit Gilles Kepel. Le fait religieux est autonome de la position sociale, ce sont surtout les classes moyennes qui partent en Syrie – même si la fratrie, la bande de petite délinquance et la mosquée servent de viviers. Selon Hakim El-Karoui, plus d’un quart des musulmans de France ont un système de valeurs qui s’oppose clairement à celles de la République. 68% des musulmans d’une cohorte de 11 000 collégiens des Bouches-du-Rhône interrogés mettent la loi de l’islam au-dessus de la loi française (contre 34% des catholiques). Une autre étude portant sur 7000 lycéens de seconde montre que 33% des musulmans ont une vision « absolutiste » de la religion, contre 11% pour les autres (enquêtes citées p.136).

Les « idiots utiles » (terme de Lénine à propos des intellos) dénient et minimisent, littéralement aveugles à la réalité identitaire qui monte en pression. Elle est pour eux « fasciste » et ils mettent dans ce mot le Diable incarné – qu’il ne faut dès lors qu’exorciser et non pas dialectiquement réfuter. Cette gauche morale en faillite, crispée sur ses positions de jeunesse alors que le monde n’est plus le même, a colonisé les médias et imposé son dogme, stigmatisant et rejetant dans les ténèbres extérieures tous ceux qui pensent autrement. La générosité est manipulée sur des cas individuels pour encourager l’immigration sans frontières ; la « domination » est mise en avant pour dévaloriser la culture traditionnelle, qualifiée de « bourgeoise » même quand il s’agit des sciences physiques ou statistiques ; la honte est agitée sur le rationalisme exacerbé en dérive des Lumières, sur la colonisation (à l’origine de gauche pour « éduquer » les peuples « enfants »…), sur la Shoah.

Un Mélenchon ne qualifie Merah, le froid tueur d’enfants, que de simple « fou » d’un banal fait divers ; un Peillon réduit à l’hitlérisme toute critique des islamistes en comparant le sort des Musulmans au sort des Juifs durant la Seconde guerre mondiale – on se demande d’où sort la politique de ce prof de philo… Si nombre de Juifs français fuient les banlieues où ils ne peuvent plus vivre ni étudier en sécurité, si de plus en plus quittent la France, ce n’est certainement pas le cas des Musulmans qui, eux, arrivent en masse et réclament toujours plus de visas ! S’ils étaient tellement menacés par « le racisme » en France, ne la quitteraient-ils pas pour un autre pays ou pour revenir chez eux ? Une telle niaiserie de la part de politiciens « progressistes » dans le déni, la complaisance ou le silence, laisse pantois. Ce pourquoi la gauche s’est effondrée et ses politiciens déconsidérés à vie.

Restent deux pôles : le raisonnable et réformiste démocratique – et le retour de l’archaïque sur le modèle Poutine d’un âge d’or mythifié autoritaire. Aujourd’hui Emmanuel Macron (malgré ses défauts) ou Marine Le Pen (avec ses défauts). Mais demain probablement Marion Maréchal, bien plus crédible que sa tante mais encore un peu jeune, prônant l’alliance de la bourgeoisie conservatrice et des classes populaires via le problème identitaire. Elle est évidemment pro-Trump tout comme elle était membre du groupe d’amitié France-Russie lorsqu’elle siégeait à l’Assemblée nationale…

Oui, le maréchalisme monte lentement en France.

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Pierre Ménat, France cherche Europe désespérément

Né en 1950, énarque à 32 ans et diplomate, conseiller de deux ministres des Affaires étrangères puis de deux présidents pour l’Europe, Pierre Ménat a été ambassadeur en Roumanie, Pologne, Tunisie et Pays-Bas. Pour lui, la France a besoin d l’Europe, faute de quoi elle serait riquiqui, sous la domination économique de la zone mark ou du dollar et sous la domination politique des Etats-Unis – comme l’Europe a besoin de la France, sans laquelle elle ne serait pas, l’Allemagne pesant d’un trop grand poids sans contrepartie.

Dans cet essai-bilan en deux volets, l’auteur dresse un historique de la construction européenne, indispensable pour comprendre les enjeux d’aujourd’hui, puis propose un certain nombre de réponses aux critiques les plus recevables. Il s’appuie notamment sur le réquisitoire fait en 2003 devant l’Assemblée par Philippe de Villiers, brillant polémiste, qui explique les refus successifs du Traité en 2005 et les votes populistes en 2017. Le clan des mécontents de leur sort font de « Bruxelles » le bouc émissaire commode de tout ce qu’ils rejettent : la mondialisation, la désindustrialisation, la dérèglementation, l’ultralibéralisme, le recul de l’Etat-Providence – et le trop d’impôts.

Depuis le projet initial favorable à la France, les pays ont avancé pragmatiquement au gré des changements historiques, diluant la France dans les 28 Etats membres (bientôt 27).

Quatre erreurs majeures ont affecté l’Union :

  1. l’entrée du Royaume-Uni, toujours fermement arrimé aux Etats-Unis et farouchement îlien, qui a sapé de l’intérieur la construction à visée fédérale pour tendre à la limiter à une vaste de zone de libre-échange ;
  2. la réunification allemande, qui a fait passer la RFA au premier rang pour la population et lui a assuré une clientèle fidèle de pays de l’Est ;
  3. l’élargissement brutal à dix pays supplémentaires en 2010 qui a changé l’identité et les institutions, introduisant des Etats avides de souveraineté retrouvée et adeptes du parapluie américain lointain contre l’ennemi russe trop proche ;
  4. enfin le lamentable abandon institutionnel du traité de Lisbonne pour la double souveraineté (Etats et population) qui a assuré à l’Allemagne une prépondérance évidente avec ses alliés économiques, et pourrait donner à la Turquie un poids prépondérant, si jamais elle devait entrer.

C’est l’histoire qui a abouti à ce mélange de renoncements et de lâchetés politiques, tout en assurant quand même quelques réussites majeures, tel l’euro, Airbus et Aérospatiale. Les maillons cachent la chaîne et il est nécessaire de reconstituer la perspective d’ensemble pour y voir clair. Ce que l’auteur fait brillamment, d’un style simple qu’on dirait parfois dicté, parfois repris de fragments de rapports diplomatiques, mais toujours lisible. Ainsi, l’échec de la Communauté européenne de défense en 1954, sous les coups de boutoir à la fois des gaullistes et des communistes, a fait échouer la fameuse Europe de la défense qu’on appelle aujourd’hui de nos vœux. Mais on oublie trop souvent que le général de Gaulle lui-même voulait une Confédération d’Etats pour l’Europe, « faire de cette organisation l’une des trois puissances planétaires » (Mémoires de guerre). Ce que l’on aimerait aujourd’hui afin de contrer l’offensive industrielle chinoise, l’offensive numérique américaine et sa prétention à nous imposer ses lois extraterritoriales…

Le projet européen reste cependant très différent d’un pays à l’autre : la France, dans l’histoire « pays de commandement », rêve toujours d’une « Europe puissance » et d’interventionnisme étatique tandis que l’Allemagne, échaudée par l’hyperinflation des années trente et la dictature nazie, rêve de règles claires, de discipline budgétaire et du parapluie militaire américain ; et que les Pays-Bas ou le Royaume-Uni préfèrent le libre-échange et le libéralisme poussé à tout carcan contraignant. L’Union européenne ne peut vivre que de compromis, sans qu’un modèle ne l’emporte sur l’autre.

Le Royaume-Uni a habilement manœuvré pour obtenir des avantages par des exceptions, jusqu’à sa sortie programmée. Reste le couple franco-allemand, écartelé dans sa vision respective, mais forcé à s’entendre pour survivre et avancer. Jamais « l’Europe » n’acceptera les gros impôts clientélistes et l’interventionnisme d’Etat français ; jamais la France n’acceptera l’ultralibéralisme batave ou l’ordo-libéralisme allemand rigide. Les autres pays se sont réformés progressivement, ayant fait reculer l’intervention de l’Etat au profit de l’emploi et de la croissance, et cela n’a pas trop mal réussi. La France, avec ses prélèvement obligatoires record, son système social hypertrophié qui dysfonctionne et ses carcans réglementaires sur les échanges et l’emploi, n’a pas de leçon à donner : sa population se révolte – pas celle des pays partenaires.

Faut-il pour cela sortir de l’Europe, dans un Frexit aussi aventureux qu’utopique ? Non, répond l’auteur de façon argumentée. Il décline sur 45 pages huit critiques faites à l’Union dans son chapitre IX.

Abandon de souveraineté ? Oui pour la monnaie, mais c’est heureux sous peine d’être dominé par d’autres, dont le mark ou le dollar. Mais cela n’empêche pas de chercher une meilleure « gouvernance » de la zone euro par les pays qui y adhèrent et un meilleur usage des marges de manœuvre et des instruments européens pour notre budget. Dans les domaines de souveraineté volontairement partagée (par décision des chefs d’Etat et de gouvernement successifs), il est nécessaire de faire respecter la subsidiarité et de trouver des solutions efficaces sur l’immigration, l’énergie et le climat. Mais tout citoyen d’un Etat de l’Union est aussi citoyen de l’Union – ce qui lui permet de se présenter aux élections et aux postes de la fonction publique des autres pays, ce qu’on ignore trop souvent.

Trahison du vote populaire contre la Constitution européenne par la ratification parlementaire du Traité de Lisbonne ? Les proposition institutionnelles reprises n’ont pas été celles qui ont été critiquées ; quant à celles qui le sont, elles ont été reprises telles quelles des traités antérieurs, dont celui de Rome en 1957 ou celui de Maastricht en 1992 – que par exemple Mélenchon a approuvé.

Excès de libéralisme ? Contrairement aux Français, les autres peuples sont plus pragmatiques et moins idéologues. Mais la politique de la concurrence ne s’est pas accompagnée d’une politique industrielle, dont le refus de la fusion Alstom-Siemens est le dernier exemple malheureux, sur des considérations juridiques et non d’opportunité économique. Pour que l’Europe « protège », la France doit poursuivre son effort de conviction sur les autres.

Austérité ? Sans aucun doute, au moins de « rigueur » pour ajuster ses dépenses à ses recettes. Ce pourquoi la monnaie européenne est forte et permet d’importer du pétrole et des matières premières sans peser sur les coûts de production ; ce pourquoi les emprunts des Etats de la zone euro sont prisés sur les marchés, permettant un endettement à taux réduits (notamment les OAT françaises) ; ce pourquoi la Grèce a été sauvée de ses démons clientélistes par des prêts faramineux. Mais si d’aventure un grand pays comme l’Italie faisait défaut, la zone euro ne dispose pas d’instruments à la mesure du risque.

Elargissement négatif ? Oui car les chefs d’Etat et de gouvernement (dont Chirac) ont été incapables de négocier un compromis institutionnel AVANT l’entrée des dix pour limiter le nombre de commissaires (un par Etat !) engendrant depuis une inflation réglementaire inévitable, chacun devant justifier son poste. Quant à l’abandon de l’occupation de Chypre au profit de l’intégration, elle a fourni des armes à la Turquie, qui exige d’entrer alors que personne ne le veut parce que ce pays musulman de 100 millions d’habitants ferait basculer l’Union européenne dans une vaste zone de purs échanges sans aucune identité culturelle. D’où la montée des extrémismes à droite, alimentés par la dérive autoritaire et pro-djihadiste d’Erdogan.

Immigration ? Les décisions de l’Union ne sont pas appliquées et nombre de pays font cavalier seul, à commencer par l’Allemagne de Merkel qui accueille sans prévenir ses partenaires de Schengen « un million » de réfugiés ! L’Italie de Salvini a raison de dire que l’Europe ne l’aide pas.

Europe-puissance viable ? L’Union est de fait une puissance, par son poids démographique et économique dans le monde. Mais elle ne s’est pas dotée des attributs de la puissance que sont une diplomatie commune et une force armée. Les atlantistes ne jurent que par l’OTAN les européistes que par l’armée européenne : mais la seule force crédible, à part celle de la France, est celle du Royaume-Uni qui sort de l’Union… La seule période où l’Union européenne a agi efficacement a été lors de la présidence du Conseil européen par Nicolas Sarkozy : il a très bien géré la crise financière de 2010 et la guerre russo-georgienne tout en commençant à régler la crise grecque. L’échec lamentable de l’Union lors de la crise ukrainienne ultérieure montre combien l’absence de volonté politique (Van Rompuy et Tusk) rend l’Europe incolore et inexistante.

Coût ? La France a longtemps bénéficié de la politique agricole commune et de l’aide aux régions défavorisées ; c’est à son tour d’aider les autres, étant le troisième contributeur net au budget européen.

L’Europe n’est pas la France et qui veut aller de l’avant doit quitter le cocon idéologique confortable et la croyance d’être un pays-phare pour se regarder au miroir de ses partenaires. Non seulement les autres pays prélèvent moins de taxes et d’impôts et vivent mieux, mais une part importante de notre population se sent délaissée, déclassée, méprisée et tourne en rond avec un gilet jaune sans trop savoir quoi faire que de l’exprimer avec violence. Peut-être serait-il temps de quitter les postures pour se mettre pragmatiquement à l’ouvrage ? Les puissances jouent chacun pour soi, seuls les pays européens de l’Union ont décidé d’en discuter entre eux. Pour les Français, il est temps de mettre sur la table tous les sujets qui fâchent et cet ouvrage y aide, replaçant dans l’histoire longue les petits problèmes d’aujourd’hui.

Il sera utile aux étudiants par son panorama au galop de l’histoire de la construction européenne, aux citoyens qui s’apprêtent à voter pour leurs députés au Parlement européen et se demandent pour quoi faire, à tous les curieux de cette institution inédite qui cherche à mettre en commun certains pans de souveraineté tout en souhaitant conserver à chacun son identité propre.

Pierre Ménat, France cherche Europe désespérément, février 2019, L’Harmattan éditions Pepper, collection Témoignages dirigée par Sonny Perseil, 319 pages, 29€

Pierre Ménat est également l’auteur d’un roman, Attendre encore, chroniqué sur ce blog

Attachée de presse Guilaine Depis, 06 84 36 31 85 guilaine_depis@yahoo.com

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Viveca Sten, Retour sur l’île

On meurt beaucoup sur la petite île de Sandhamn, 110 habitants à deux heures de Stockholm, cette fois-ci croquée en plein hiver glacial entre Noël et Jour de l’An. Le titre suédois du roman signifie « en danger ». Et on le croit sans peine dès les premiers chapitres où Jeannette, une journaliste free-lance spécialisée dans les zones de guerre, débarque et s’écroule dans la neige. Qu’allait-elle faire sur cet ilot à cette saison inhospitalière ? Sur quel dossier sensible travaillait-elle ? Car il s’agit d’un meurtre…

L’auteur en est à son sixième opus, tous ayant Sandhamn pour cadre, même si la grande ville n’est pas loin et permet une enquête plus étendue. Selon les bonnes recettes du roman policier contemporain, l’action ne suffit pas, même si elle doit saisir et être hachée de suspense. Il faut des personnages : la victime, dont on fouille le passé trouble ; le criminel, dépeint de façon magistrale pour faire peur ; l’entourage, qui a toujours quelque chose à cacher et agit en dépit de tout bon sens jusqu’à en devenir suspect ; et les enquêteurs, qu’il est de bon ton de suivre en leur intimité pour s’en faire des amis. Thomas l’inspecteur est de ceux-là, papa d’une petite fille après en avoir perdu une précédente, ex-amoureux de Nora, juriste de banque (comme l’auteur) qui vit son divorce chaque week-end sur l’île avec ses deux garçons Adam et Simon, 13 et 9 ans.

Dans ce roman, Nora n’a qu’un rôle accessoire, juste pour rappeler qu’elle existe. Ses aventures personnelles, entre son ancien mari Heinrick que les enfants regrettent et son nouvel amant Jonas souvent absent pour affaires, aboutissent à une impasse. Ses démêlés avec son chef, après la fusion de la banque avec celle d’un affairiste finnois aurait pu être une piste dans le meurtre de la journaliste, mais rien ne se passe ; le lecteur ne saura même pas comment se termine ses doutes sur le financement du rachat de la filiale estonienne par des fonds provenant de paradis fiscaux.

Jeannette menait une vie tourmentée, gauchiste dans sa jeunesse, lesbienne un temps, mariée tout aussi peu de temps et mère d’une fille dont nul n’est sûr de qui est le père, elle fait passer sa carrière avant sa famille, comme si elle avait quelque chose à expier. Elle a des dossiers sur les filières bosniaques de passeurs d’immigrés ; sur le mouvement d’extrême-droite Suède Nouvelle qui monte ; sur les exactions d’Irak et le sort des femmes réduites en esclavage. Elle est en mauvais termes avec son ex-mari qui a la garde de sa fille Alice, 13 ans, dont elle voudrait récupérer la garde alternée. En bref, nombreux sont les prétextes à lui faire son affaire : elle gêne trop de gens.

Mais aucun coup ne marque son corps, ni viol, ni blessure par balle ou arme blanche ; elle est morte, mais ce n’est pas le froid qui l’a tuée. Personne de suspect n’a été aperçu à Sandhamn, ni détecté par les caméras de surveillance. Le mystère est donc aussi profond que la nuit nordique, qui dure six mois ou presque.

Les chapitres courts alternent entre les suspects et les enquêteurs, le présent et le passé, la chef du parti Suède Nouvelle et le policier d’origine irakienne Aram ami de Thomas, l’ado Alice effrayée et bêtasse et son père Mikaël qui peut être violent. Un mystérieux rendez-vous noté « M » sur l’agenda de Jeannette le matin de sa mort peut signifier Mikaël son ex-mari ou Moore le sbire de Suède Nouvelle, ou encore une source de journaliste. Au dernier quart du livre, les chapitres accélèrent, l’action se fait plus intense… et le criminel n’est pas celui que l’on soupçonne.

Investigation, humanisme, immigration, repli sur soi, sont les grands thèmes d’aujourd’hui que ce roman brasse sous le vernis policier. Il est en pleine actualité.

Viveca Sten, Retour sur l’île, 2013, Albin Michel 2018, 443 pages, €22.00 e-book Kindle €14.99

DVD série télé Meurtres à Sandhamn, L’atelier d’images 2018, saisons 1 et 2, €19.99, saisons 3 et 4, €19.99

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Risques boursiers donc politiques

Le 24 octobre, c’est bientôt. Le 24 octobre 1929… krach ! Le jeudi noir, premier jour d’une série.

Le risque n’est jamais univoque : tout risque fait tache d’huile telle l’aile de papillon censée provoquer un cyclone à l’autre bout de la terre. La bourse est un baromètre de beaucoup de choses : de la façon qu’ont les entreprises de produire, des contraintes qui pèsent sur elles du fait du prix des matières premières, des taxes et impôts, des règles à n’en plus finir, des revendications salariales, de la satisfaction de leurs employés, de la confiance de leurs clients, de leurs innovations, des concurrents – et de l’ambiance générale de la société qui est à l’optimisme ou à l’avenir sombre.

C’est ainsi que Trump le paon ricain massacre la croissance. En déclarant « la guerre » à ses alliés comme à ses adversaires, il force chacun à se replier sur lui-même et à contre-attaquer – donc à devenir plus fort, bien que plus maigre. En jouant au poker le très court-terme pour « gagner » (son mot-fétiche) les élections à mi-mandat et être réélu deux ans plus tard, il fait s’envoler le déficit du budget par ses baisses d’impôts et ses dépenses, coupant toute marge de manœuvre lorsque des vents mauvais se lèveront inévitablement. Après lui le Déluge : c’est ainsi que résonnent les infantiles – on ne peut pas dire « raisonnent », ce serait dévaluer la raison. Je n’achète plus rien qui vienne des États-Unis : puisqu’ils le désirent en majorité en élisant un clown, qu’ils restent donc entre eux.

La situation économique globale devrait rester stable l’an prochain en raison des déficits américains et chinois qui soutiennent – à bout de bras – la consommation donc le commerce, donc la production. Mais la bourse anticipe toujours… Comme l’équilibre n’est pas tenable, c’est le prochain coup qui compte : anticiper est tout l’art de l’investisseur.

Or les intérêts politiques américains et chinois sont pour le moment en phase et poussent les déficits afin de maintenir artificiellement une croissance – à visée électorale aux États-Unis et sociale en Chine. Il y a donc surchauffe, des capacités à plein qui engendrent des hausses de prix. Dans le même temps le pouvoir d’achat n’augmente pas, il régresse. Car, si la richesse globale peut augmenter, elle ne va pas dans toutes les poches et reste donc théorique : à quoi servent les millions de dollars d’une œuvre de Jeff Koons (par exemple) puisque qu’elle ne « vaut » que le prix du snobisme des rares richissimes ? Elle n’est pas en or ni en farine, elle n’est pas fongible, elle ne passera peut-être même pas les décennies tant « l’art » change avec le temps et que le kitsch néo-pop apparaît un brin superficiel.

La croissance au-delà du potentiel économique engendre des excès que les banques centrales ont le statut de contrer : d’où les hausses de taux d’intérêt qui restreignent le crédit en le rendant plus cher. La Fed américaine a commencé, la Banque centrale européenne devrait suivre. La croissance, déjà anémique en Europe en raison des lourdeurs réglementaires et de la concurrence entre membres de la même zone, devrait retomber sans vraiment décoller. Et les Ricains sont en embuscade pour tendre des pièges aux champions européens : les banques avec les condamnations records, l’automobile avec le dieselgate et les sanctions contre l’Iran, les avions bientôt, peut-être la pharmacie… Tout est bon pour intenter procès au nom de la loi américaine, décrétée « universelle » par droit du plus fort, et pour « négocier » de monstrueuses amendes, tandis que des Européens sont très frileux face aux géants américains, on le voit avec les GAFAM et la lâcheté allemande sur le sujet. Tandis que Steve Bannon, le Daphnis du grand paon ricain, vient encourager dans tous les pays européens la dissidence national-égoïste : l’Union européenne fait peur au grand ricain, elle est une vraie puissance quand elle est unie : la désunir est donc stratégique pour le grand paon qui se croit expert dealer.

Le prix du pétrole monte et fait monter le dollar, l’Arabie Saoudite est au maximum de ses capacités et ne peut augmenter sa production. Les taxes douanières Trump font baisser la croissance globale et augmentent les prix. Nous sommes proches de la situation de « stagflation » connue dans les années 1970 : finie la croissance mais prix en hausse. Cette fois, c’est la « décroissance » qui menace, ce qui réjouit les Cassandre et les écolos : moins d’emplois, moins de recettes fiscales, trop de déficit et de dette publique, moins d’aides sociales et de retraites – cela veut dire moins de dépenses et une austérité qui s’ancre dans les mœurs. Les technocrates de l’Administration, cette nouvelle Église, savent évidemment mieux que vous ce qui est bon pour vous : ils ont encouragé en France le diesel depuis des décennies ; depuis qu’ils ont été « convaincus » par le Ciel de la Science que c’est mauvais pour la planète et la santé, ils interdisent le diesel en ville et restreignent la vitesse partout. Ce qui veut dire que les gens n’ont plus confiance : jeunes, ils répugnent à passer leur permis de conduire ; adultes, à « acheter » une voiture, préférant la location longue durée ou la location-vente. Ils peuvent ainsi zapper à tout moment la bagnole au profit d’Uber, du train (quand il n’est pas en grève) et d’autres moyens en ligne. Ils ont moins confiance dans la monnaie et créent leurs propres monnaies locales ou le troc de proximité. Ils consomment de plus en plus voisin et délaissent les marques mondiales telles que les ricaines emplies de saloperies chimiques.

Les populistes de gauche en ont marre de l’austérité pour l’immense majorité et de la goinfrerie de l’infime minorité – on peut les comprendre. Ils ne rêvent que de tout bazarder, de faire « l’inverse » des économies et des réformes sociales qui s’appliquent depuis une décennie ou deux avec des résultats mitigés. Ils veulent arrêter de réformer (toujours en pire) et distribuer gratuitement du pouvoir d’achat avec de la dette publique, « garantissant » par exemple un revenu universel sans travailler. A condition d’arrêter toute immigration – car un État social se réserve à ses propres citoyens. Et tant pis pour les générations futures qui devront rembourser la dette et se heurter aux immigrants au détriment de leur bonne conscience de gauche. Tant pis pour les niais qui achèteront des emprunts d’État en croyant se faire rembourser un jour… Soit l’inflation grignotera leur capital, soit un oukase voté par un Parlement aux ordres annulera leur créance ou la rendra « perpétuelle » dans l’avenir.

Rien de cela ne sera tenable et le lecteur a désormais compris que « le système » est en permanence instable et qu’il faut naviguer sans cesse sur le mouvant. Les beaux jours ne durent donc jamais et la tempête menace, surtout lorsque la bourse américaine a dépassé son record de durée en hausse et que l’évaluation des cours est à 50 % au-dessus de sa moyenne historique. Quand et où se lèvera la tempête sont les bonnes questions, auxquelles nul ne peut répondre car – jamais – une crise n’a été prévue (elle ne serait pas un choc). Tout retournement est brutal parce que tout le monde inverse ses positions comme sa façon de voir les choses au même moment, tels les moutons du sieur Panurge que nous conte Rabelais.

C’est ainsi : c’est lorsque tout va bien qu’il est temps de se poser la question du pire.

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Patrick Buisson, La cause du peuple

Les années Sarkozy ont passé et le citoyen a l’impression que c’était dans l’autre siècle. Il faut dire que les années Hollande ont été pires. Dans ce gros livre qui mêle chronologie et philosophie, Patrick Buisson règle ses comptes avec Nicolas Sarkozy mais montre qu’il déteste viscéralement la gauche. « Toujours j’avais contesté à la gauche le droit qu’elle s’arroge de définir les termes de la légitimité, de fixer les limites du pensable et de l’impensable, du dicible et de l’indicible » p.10.

Passons sur Nic Sarko, son cas est réglé en quelques phrases qui touchent juste : « Tout le temps qu’il avait été au pouvoir, Nicolas Sarkozy n’avait jamais eu pour conviction que son intérêt instantané et, son intérêt changeant, il n’avait jamais cessé de changer d’idées en y mettant toute l’énergie de ces insincérités successives » p.16. Ce narcissique ambitieux qui veut qu’on l’aime est et reste hors-sol, aussi brillant et aussi fade qu’une tomate hydroponique : « Plante aquatique au développement tout en surface médiatique, Nicolas Sarkozy se savait dépourvu de racines » p.21. Ce pourquoi il n’a eu aucune stratégie pour le peuple de France mais seulement une tactique pour gagner le pouvoir. La pratique de la triangulation récupère les idées et les symboles des autres pour séduire, non sans contradictions, tel « un trader de la politique » p.39.

Plus intéressante est la vision du monde sous-jacente portée par Patrick Buisson et qu’il a cru un moment pouvoir insuffler au président : celle de la droite traditionaliste. Foin de l’internationalisme abstrait où la gauche sans frontières rejoint curieusement le monde sans barrières de la droite affairiste, l’identité nationale redevient la grande préoccupation du temps : « la souffrance de la sous–France ». « Elle n’est pas, contrairement à ce que raconte la gauche, rejet de l’autre, mais refus d’une dépossession de soi et de devenir autre chez soi » p.52. Les races existent, malgré la doxa de gauche, car la Halde et SOS racisme les ont rencontrées : « Ce n’est pas la pauvreté qui interdit d’accéder à la réussite ou à l’emploi, mais uniquement l’origine ethnique et le sexe des individus. Voilà que les races, déniées par les scientifiques en tant que fait biologique, resurgissent comme fait social au nom d’un antiracisme qui réfutait l’existence même des races » p.41. Pas faux… Que la gauche balaye donc devant sa porte avant de se précipiter pour faire la leçon.

« À l’ère de la communication, ainsi que l’avait pressenti Antonio Gramsci, la relation de domination ne repose plus, en effet, sur la propriété des moyens de production. Elle dépend de l’aliénation culturelle que le pouvoir est en mesure d’imposer via le réseau de représentation qui double le réel et détermine ce qu’on doit ou ne doit pas savoir et penser de la réalité » p.131. Par exemple, en 2005, « s’il y avait mouvement social, c’était dans le sens où une micro-cité violente défendait par délégation le double système d’économie souterraine et d’économie parallèle qui, avec la manne de l’argent public et la rente des aides sociales, fait vivre les cités. Les ‘territoires perdus la république’ avaient fait jusque-là l’objet d’une concession implicite de la part de la gauche comme de la droite dans le cadre d’une sous-traitance mafieuse. Le non-droit ne perdurait dans ces zones que par ce qu’il recouvrait un non-dit » p.61. Plutôt que l’autorité d’Etat via la police, acheter la paix sociale par « les aides » ressort de ce côté américain détesté : « Les formes de manipulation et d’assujettissement plus enveloppantes et plus insidieuses qui trouvent leurs modèles inconscients dans l’emprise maternelle sont désormais jugés plus performantes et donc préférables aux anciennes formes patriarcales de domination » p.133. Pas faux non plus. Mais le voulons-nous ainsi ? A-t-on voté pour ?

C’est bien contre l’américanisation du monde que s’insurge Patrick Buisson. Au lieu de toujours en revenir à Sarkozy pour se venger, il aurait pu en élaborer une théorie. Ledit Sarkozy « s’érigea en référent ultime de l’individu tout-puissant qui ne supporte ni carcan ni contrainte et ne s’accomplit que par la réalisation de son désir » p.84. La caricature ultime en est Trump, ce paon bouffonnant gonflé de son ego et qui gouverne par le verbe en reconstruisant la réalité telle qu’il la veut.

Buisson se veut anti individualiste, antiaméricain et anticapitaliste – donc antimoderne. « Une convergence souterraine réunit les antimodernes, qu’ils soient catholiques, contre-révolutionnaires ou proudhoniens. Elle s’exprime dans l’idée de société organique, de justice distributive et commutative et dans un même refus du peuple atomisé, livré à la domination absolue de la bourgeoisie financière et industrielle » p.228. Marxisme, libéralisme, capitalisme, socialisme : même combat ! Buisson, lui, combat tout ceux-là. Il est pour la communauté, pas pour la sociabilité ; pour l’organique de la naissance pas pour le contrat social ; pour l’enracinement au pays pas pour le hors-sol cosmopolite. Il appartient à ce courant de « droite légitimiste » théorisé par René Raymond jadis, qui n’a jamais accepté la Révolution française ni les idées des Lumières. Pour ce courant, le monde ne change pas, il croit comme une plante ; l’industrie qui déracine de la terre est l’ennemie ; les nouvelles technologies qui exaltent l’individu, l’enfer. « Le capitalisme consumériste a su utiliser l’énergie destructive des contestataires pour délégitimer et démanteler toutes les digues institutionnelles et civilisationnelles susceptibles de faire obstacle à son expansion » p.233. Buisson cite Pier Paolo Pasolini qui en appelle à l’église contre la consommation ! Il aurait pu en appeler aussi à nombre d’écolos qui veulent revenir à la terre et aux valeurs de lenteur et de respect qu’elle est censée enseigner.

L’idéologie multiculturaliste venue des États-Unis exige un corps social sans aucune identité propre afin de pouvoir juxtaposer comme autant de cubes multicolores d’un jeu de bébé les identités particulières présentes au hasard un moment donné. « On choisirait dorénavant son identité passagère et sa communauté d’appartenance comme on choisissait un forfait d’opérateur téléphonique ou un fournisseur d’accès Internet, mais avec l’option de résiliation instantanée. L’homme, devenu autoentrepreneur de lui-même, ne rencontrerait plus d’obstacles à son autofabrication au sein de la société de l’indétermination » p.341 Exemples : Michaël Jackson, l’utopie transhumaniste, l’univers tactique des fake news et rose du performatif trumpien. D’où l’abominable « contrainte » de l’assimilation, d’où ces « droits » offerts à la moindre minorité ethnique ou sexuelle, d’où ce diktat de l’ONU contre la loi française interdisant le voile dans l’espace public, d’où cette immigration acceptée et encouragée au nom de l’universel social, moral et marchand. Au contraire, pour le courant traditionaliste, culture et patrimoine expriment l’identité ; ils sont supérieurs à la politique ou à l’économie.

« Entretenir la culpabilité coloniale à longueur de récits, démissions, de films, de reconstitutions historiques biaisées, avait été sans conteste été le plus sûr moyen d’enfermer les jeunes de l’immigration dans une culture de l’excuse qui les dispensait du moindre effort, tout en attisant en permanence un racisme à rebours qui ne demandait qu’à sourdre » (…) « Il s’agissait, à travers cette entreprise de culpabilisation collective, de faire accepter une immigration de peuplement comme la juste réparation des crimes du colonialisme due aux peuples anciennement assujettis » p.266. Buisson combat « le souverain poncif qui voulut que la France eût été toujours été une terre d’immigration, alors qu’entre la chute de l’empire romain et le milieu du XIXe siècle, le socle de la population française était resté pratiquement identique pendant près de 1500 ans en l’absence de flux migratoires quantitativement significatifs (…). L’arrivée d’une immigration européenne entre 1850 et 1950 ne modifie pas sensiblement la donne » p.251. Sur 3,5 millions d’immigrants italiens entre 1870 et 1940, selon Pierre Mirza, près des deux tiers n’avaient pas voulu s’intégrer et sont repartis.

Effet du capitalisme et de la lâcheté politique : « Le recours à la main-d’œuvre immigrée créait un profit qui allait essentiellement aux entreprises (bas salaires, restauration des marges, désyndicalisations du salariat), tandis que les coûts d’intégration (formation, éducation, sécurité) et les coûts sociaux (santé, logement, aides et prestations sociales) de cette main-d’œuvre était à la charge de la collectivité » p.371. D’où le toujours plus d’impôts, payés par le toujours moins d’assujettis : la classe moyenne en a marre et se radicalise.

Quand les sociétaires n’ont plus de langage commun, ils vivent dans l’entre soi : les riches vivent en ghetto tout comme les pauvres, mais à Neuilly plutôt qu’à Sarcelles. Quant aux musulmans qui sont heureux de vivre en France, le progressisme de gauche les blesse : « Le mépris que leur inspire la société française, jugée à la fois apostate et décadente, est pour beaucoup dans leur refus croissant d’intégrer la communauté nationale. De la banalisation de l’avortement à la légalisation du mariage gay, de l’exaltation du féminisme à la marchandisation de la maternité, de la dévalorisation de l’autorité masculine à la proscription des vertus utiles, de la théorie des genres à l’ABCD de l’égalité, de l’obscénité à la pornographie télévisuelle, les musulmans se sentent et se disent agressés en permanence dans leur être de croyants comme dans leur identité la plus profonde par nos lois et nos mœurs » p.320. Une identité affirmée ne permettrait-elle pas de mieux intégrer ceux qui le veulent ? « Le moment n’est-il pas venu de conclure que ni le vide de la laïcité, ni le trop-plein de la société de marché, n’offrent d’alternative crédible face à l’islam ? » p.321. C’est bien la honte du socialisme de parti en France de n’avoir pas eu la moindre idée sur le sujet.

L’article 58 Convention européenne des droits de l’homme permet la dénonciation unilatérale de cet article 8 honni qui donne « droit » à une vie familiale ; des clauses dérogatoires sont possibles comme le Royaume-Uni, Danemark, Irlande l’ont choisi. Pourquoi pas la France ? Car, « avec la combinaison pour la première fois dans l’histoire d’un vieillissement démographique, d’une immigration de peuplement et d’une recherche frénétique du bien-être, l’explosion économique et l’implosion politique de notre prétendu modèle social sont inéluctables » p.436. Sauf à ce que les politiciens avisés prouvent le contraire. Macron le tente mais aura-t-il le temps de voir les fruits qu’il attend mûrir ?

Il faut lire Patrick Buisson car les idées qu’il défend emportent l’adhésion de ceux que les « experts » appellent les populistes. Retrouver ses racines, affirmer son identité historique, faire une pause dans le grand chambardement de la mondialisation et du métissage de tout avec tous : ce sont les grandes causes du siècle. Elles touchent tous les pays – même les Etats-Unis ! Refuser de les considérer c’est faire l’autruche qui se cache la tête dans le sable. Les bobos y sont experts, du moment que leur petit confort n’est pas troublé, mais tous les citoyens auront à se prononcer lors des élections futures. Si les politiciens raisonnables ne prennent pas en compte cette insécurité culturelle, en plus de l’insécurité sociale et physique, les extrémismes l’emporteront – dans une grande vague comme celle des années 30, conséquence de la crise de 1929, tout comme les conséquences de la crise de 2008 le menacent.

Les références des pages sont celles de l’édition originale 2016.

Patrick Buisson, La cause du peuple – l’histoire interdite de la présidence Sarkozy, 2016, Perrin Tempus 2018 (édition augmentée), 640 pages, €10.00 e-book Kindle €11.99

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Macron ou l’adaptation au monde

L’élection improbable d’Emmanuel Macron comme président est due à la nullité de son prédécesseur et à la vacuité des « petits partis qui font cuire leur petite soupe à petit feu dans leur petit coin », comme disait le fondateur de la Ve République. Ras-le-bol du « socialisme » blablateur et victimaire, qui vous rend toujours coupable, qui que vous soyez ! Ras-le-bol du conservatisme qui va de Dupont (Aignan, nom de sa mère) à Bayrou en passant par Fillon. Ce que voulaient les électeurs, c’est du changement : de personnel (usé jusqu’à la corde corrompue), d’idéologie (ce masque grands mots des petits arrangements entre amis), de méthode (je propose et je recule aussitôt devant la montée des mécontentements, je ne fais rien pour rester populaire).

Ils l’ont eu.

La présidentielle est le moment central de la vie de la Ve République car seul le président décide. Les ineptes Chirac-et-Jospin qui ont cru « améliorer » les institutions en décidant le quinquennat PLUS les législatives dans la foulée n’ont fait que renforcer les pouvoirs du président. Il a désormais, outre la Constitution et les articles qu’il peut invoquer seul, la nomination et révocation du Premier ministre donc du gouvernement, une majorité à sa botte à l’Assemblée. Ne restent que « la justice », qui n’est pas un pouvoir constitutionnel, et le Sénat, refuge de la droite par inertie rurale.

Pour devenir président, il faut promettre ; pour le rester, il faut tenir ses promesses. Ce pourquoi Sarkozy puis Hollande ont été jetés dehors par les électeurs floués. Mais trop promettre crée des illusions qui sont cruellement démenties par la politique suivie. Il faut donc promettre de façon mesurée et claire. Macron a promis et a entrepris jusqu’à présent ce qu’il a promis.

Mais pour l’équilibre des pouvoirs, qui ouvre la voie à la durée, il ne faut pas se couper des corps intermédiaires qui relaient en les filtrant raisonnablement les aspirations de la base, et qui servent de fusibles commodes en cas de conflit. Le président décide, mais il doit écouter. Ecouter ne signifie pas seulement entendre mais aussi tenir compte, du moins en partie, en argumentant sur le reste. Macron a quasiment éradiqué les corps intermédiaires, sénateurs (qui ne sont pas de son bord), élus locaux (dépensiers), partis (En marche ! est un mouvement de non-professionnels de la politique), syndicats (il est vrai que CGT rime avec végéter depuis l’enracinement dans la posture lutte de classes), associations.

Il n’y a plus d’intermédiaires entre Macron et le citoyen, comme chez les protestants entre Dieu et les hommes. Ce qui est bon si « Dieu » sait tout, voit tout, comprend tout et peut tout ; ce qui risque de mal finir si « Dieu » n’est qu’un homme, donc faillible et tenté par l’arrogance. Le jugement sur Macron, à ce stade, hésite encore.

Tout se passe comme si le jeune président se sentait plus en phase avec le mouvement du monde que ses prédécesseurs (bien trop vieux et confits en habitudes dépassées), et que les politiciens « expérimentés » qui restent. Ce n’est pas faux, depuis l’émergence du « tiers » monde, la globalisation du climat, de la finance et du commerce, et le surgissement brutal d’Internet et du smartphone, le monde a bel et bien basculé dans une nouvelle histoire. Elle demande des politiciens neufs qui comprennent ce qui se passe et ce qui se joue, qui soient à l’aise avec la langue globish (anglais abâtardi), l’humilité requise par les multiples cultures non-occidentales, la pratique des nouveaux instruments d’information et de communication. Nul doute que Macron soit nettement meilleur que Hollande et Sarkozy dans tous ces domaines…

Mais cette conviction d’être bien dans le mouvement se double d’une philosophie particulière, issue du protestantisme, dans la conviction qu’ici-bas chacun bâtit lui-même son destin ; conviction laïcisée par l’existentialisme qui rend chacun entièrement responsable de ses actes ; enfin prolongée par la fréquentation de Paul Ricoeur qui fait de l’agir une phénoménologie : l’expérience vaut mieux que toute théorie et l’histoire ne se fait que par ses actes concrets (l’être ne s’atteint que par les phénomènes). D’où le goût pour la gestion plutôt que pour la politique, de l’efficacité plus que pour les principes, de suivre le mouvement de préférence à tenter de le transformer. Cette façon de voir est proche du libéralisme politique (les orléanistes de René Rémond), mais articulée avec une vision plus large qui est celle de l’Europe comme entité puissante (par sa masse, pas par sa volonté). Macron se trouve probablement en avance ou en décalage avec une grand partie des Français, peu au fait de cette façon de voir.

Même si cette façon s’affirme progressivement dans la société moderne par le mouvement démocratique lui-même (décrit par Tocqueville il y a un siècle et demi) : individualisme, égalitarisme, présentisme, identités multiples, personnalité flexible, préférence pour la régulation (douce) plutôt que pour la politique (conflictuelle). Ce pourquoi on a pu parler d’un Macron post-moderne.

A court terme, cette préférence pour l’efficacité et le pragmatisme, en imposant par les institutions les réformes jugées nécessaires quels que soient les blocages, est probablement la meilleure manière de décoincer la société française. Il est nécessaire de rattraper les trente ans perdus à ne rien faire alors que les autres (les partenaires de la même Union européenne) avançaient.

Mais à long terme ? Mettez un couvercle sur la politique et elle finit par fuser de toutes parts. Réintroduire de la représentation, du débat, une certaine lenteur sur les sujets graves, sera nécessaire sous peine d’explosion. Les Français aiment parler, théoriser, se lancer des noms d’oiseau, se battre comme des chiffonniers pour des futilités de principe ; il faut les laisser de temps à autre se défouler. Tout en replaçant le pragmatisme à court terme dans l’histoire longue, qui est mémoire mais aussi grande politique.

Immigration ? Islamisme ? Coup de force américain ? Rachats chinois ? Position de l’Europe dans le monde qui vient ? Sur tout cela, qui est stratégique, nous attendons des idées, des débats, l’émergence d’un sens. La petite politique peut se résumer à ce qu’on fait, pas la grande. Car elle doit affronter le tragique de l’histoire :

  • Les immigrants sont des gens malheureux qu’il s’agit d’aider – mais en même temps éviter qu’ils submergent les populations de nos pays en bouleversant leurs mœurs, leur système de protection sociale et leur niveau de vie. Aider les autres et aider les siens sont deux valeurs aussi légitimes – d’où le tragique de la situation. Mais il faut bien choisir.
  • Les musulmans sont compatibles avec la démocratie car toute croyance est légitime à condition qu’elle n’empiète pas sur les droits des autres. Mais les islamistes sont clairement incompatibles avec la démocratie puisqu’ils affirment n’obéir qu’à seule la loi de Dieu et pas à celle des hommes. Faut-il alors autoriser les fillettes de 9 ans à se laisser violer parce que les écrits coraniques le permettent ? Faut-il reléguer les femmes à leur place subalterne où leur voix ne compte que pour la moitié de celle d’un mâle ? Faut-il créer une police des mœurs qui, comme en Iran, au Pakistan et en Arabie saoudite, va surveiller les comportements jusque dans les alcôves privées ? Faut-il laisser se répandre le salafisme en important des prêcheurs étrangers « pour le ramadan » alors qu’ils répandent une doctrine incompatible avec les valeurs de la République ? Respecter l’autre et ses croyances – mais en même temps assurer la vie démocratique en France – sont deux valeurs légitimes, mais il nous faut tragiquement choisir sous peine de subir.
  • Les Etats-Unis dérivent avec Trump (mais qui représente une moitié des électeurs qui s’expriment) vers un nationalisme identitaire qui les pousse à l’individualisme et à l’isolationnisme. Les Etats-Unis sont un état allié avec lequel nous avons des liens historiques longs. Mais leur attitude de mépris complet pour la position des pays européens de l’alliance, tout comme leurs menaces extraterritoriales de rétorsion financière conséquente si l’on ne fait pas ce qu’ils décident unilatéralement sont incompatibles avec notre souveraineté. Deux légitimités, là encore, se confrontent : rester allié ou demeurer souverain. Il va falloir choisir et ce sera tragique car l’autre possibilité sera mise à mal.
  • La Chine pousse ses pions stratégiques et financiers en faisant patte de velours : rachat du port d’Athènes, de terres agricoles en France, du Club Med, extension de la « route de la soie » via le chemin de fer de Chine jusqu’au cœur de l’Europe, financements et têtes de pont en Afrique pour les matières premières… Voir ce grand pays à la culture multimillénaire retrouver sa place dans le monde est réjouissant ; se trouver sous sa dépendance imminente possible l’est moins. Le libre commerce est un bienfait pour la croissance ; le pillage des technologies (comme le TGV et Airbus) est une menace pour l’avenir. Là encore, deux légitimités : croissance ou dépendance ? Tragique dilemme.
  • L’Union européenne est de même la meilleure et la pire des choses. La meilleure si elle fait bloc et rend plus fort, aidant les régions défavorisées par la redistribution des fonds structurels ; la pire si elle se confit en technocratie et en autoritarisme de bureau – ce qui est sa tendance naturelle, comme toutes les structures, dès lors qu’il n’y a pas de volonté politique au sommet. Le tragique est de choisir entre être plus fort à plusieurs (à condition de s’entendre) ou se replier sur notre petit pré carré (insignifiant dans le nouveau monde).

Elle n’est pas simple, la présidence Macron. Il a encore quatre ans pour affronter le tragique et nous convaincre du bien-fondé de ses choix.

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La responsabilité de la gauche dans le racisme qui revient

On s’étonne, on pétitionne, on s’indigne ! Il est bien temps… L’antisémitisme revient et, avec lui, ce racisme honni que l’on croyait impossible après Auschwitz dans l’Europe développée.

Mais c’est moins la droite qui est responsable aujourd’hui que la gauche coupable de ce retour du refoulé. La droite a honte de s’être laissée aller à un certain compagnonnage avec le nazisme, même si la « solution finale » n’était pas anticipée (elle aurait dû). Le racisme de supériorité est aujourd’hui surtout aux Etats-Unis, en réaction au melting pot, où il sert de défouloir aux rancœurs des petits-blancs ; il est moins répandu en France où la citoyenneté rend égaux les individus. A condition qu’ils travaillent, qu’ils votent et payent l’impôt, la « différence » est un folklore. Mais c’est la gauche qui a réveillé la différence et rendus les gens inégaux par des « droits » particuliers ou un déni privilégié.

Tout commence après mai 68, que l’ensemble des « progressistes » ne cesse de vanter comme exemple de convergence des luttes, voire de nouvelle Commune de Paris. Sauf que les ouvriers, satisfaits des accords de Grenelle, n’ont pas méprisé la démocratie représentative ni boycotté les élections « piège à cons » comme les gauchistes enivrés de mots. La gauche de gouvernement s’était dite prête à gouverner mais « le peuple » en sa majorité en a eu assez de la chienlit et a voté gaulliste. La gauche radicale qui se croyait révolutionnaire a jugé dès lors le prolétariat indigne de sa mission historique et a lâché le peuple.

Une fois au pouvoir après 1981, la génération gauchiste a préféré les minorités ethniques et sexuelles aux ouvriers, comme l’a avoué cyniquement Terra Nova, ce tank de la pensée socialiste (Projet 2012, Gauche, quelle majorité électorale pour 2012 ? – curieusement retiré du site mais que je tiens à disposition de qui en fait la demande). Dans le même temps, pouvoir oblige, la gauche de gouvernement a laissé tomber le socialisme dans un seul pays pour rester dans l’Europe – et dans l’économie de marché. Ce fut le tournant de la rigueur, fin 1983, sous Mitterrand. Un geste de réalisme aussi stratégique qu’économique (après trois dévaluations du franc…) qui a permis à la France de conserver son rang de puissance. Car le PIB, qu’on le veuille ou non, reste la mesure de la puissance : pas de chars ni d’avions, donc d’indépendance nationale, sans une production industrielle robuste.

Mais, parce qu’il fallait masquer cet abandon de la doctrine socialiste et que Mitterrand a tué Rocard et sa social-démocratie à l’européenne, il a dû créer de toutes pièces l’antiracisme des « potes ». Cela alors même que l’époque n’était guère portée au chauvinisme mais plutôt aux inégalités. Cet affichage moral du Bien masquait la triste réalité de l’exclusion des plus pauvres – donc des « racisés », minorités visibles venues travailler en usine et dans les mines alors que la gabegie de la gauche au pouvoir a fermé des pans entiers de ces industries (les Charbonnages, la sidérurgie). La revendication « contre » le racisme n’a pu que raviver les braises mal éteintes de la différence. Accuser quelqu’un de racisme, c’est en effet établir une distinction entre « nous » et « eux », désignant ces groupes victimes comme possédant des caractéristiques autres que celles des citoyens normaux.

D’autant que, malice de la dialectique, lesdites victimes du racisme sont présentées comme « plus égales que les autres » selon le mot juste de Coluche. A-t-on jamais vu « la gauche » – celle de gouvernement comme la gauche radicale – accuser de « racisme » ces Arabes qui tuent des Français juifs ou autres – parce qu’ils ne sont pas comme eux ? Le déni est cette attitude psychologique grave qui enfouit la réalité sous l’idéologie : « cachez ce sein que je ne saurais voir ! »

Ces Tartuffe qui se disent « de gauche », avec les connotations d’universalisme, de justice sociale, de partage des richesses et d’égalité pour tous, se montrent tout l’inverse de ce qu’ils affichent. Universalistes ces défenseurs acharnés de la plus infime minorité sexuelle, ethnique ou religieuse ? Justes socialement ces partisans forcenés de l’impôt toujours plus fort pour des « services » de moins en moins réels ? Partageux des richesses, ces élitistes de l’entre-soi dont un ministre tonnait contre la fraude fiscale tout en ayant un compte en Suisse, jurant les yeux dans les yeux que ce n’était pas vrai ? Égalitaires ces méprisants énarques ou Normale supiens qui se renvoient la balle « entre amis », embauchent leurs copains et répugnent à remettre en cause les statuts et les zacquis ?

Voilà de quoi alimenter un « racisme » anti-élite qu’ils s’étonnent de voir surgir brutalement en 2002 puis en 2017 au premier tour ! La France périphérique ne pardonne pas à la gauche – au pouvoir durant 24 ans sur 36 ans depuis 1981 (soit 86 % du temps !) son abandon des ouvriers, des paysans, des villes moyennes, du monde rural, des gens qui travaillent et subissent les grèves à répétitions des professions protégées « à  statut », et payent tous les impôts en étant juste au-dessus des seuils de redistribution.

Mais pourquoi s’en étonner ?

Qui dit internationalisme, comme la gauche révolutionnaire, dit abandon des nations (Staline avait dû en rabattre, en 1941, et faire appel au nationalisme russe pour combattre les armées de Hitler) – donc immigration sans frontières et « droits » pour tous, y compris de vendre à bas prix des produits fabriqués en Asie, en Afrique ou ailleurs.

Qui dit mondialisme, comme la gauche de gouvernement, dit abandon de l’Etat-nation. Or seul le cadre national permet un Etat-providence car l’impôt est perçu seulement sur un sol précis pour être redistribué à ses habitants. L’abandon des frontières et la libre circulation ne peuvent fonctionner que dans une zone relativement homogène – ce pourquoi les « fonds structurels » européen sont conçus.

Si l’immigration devient de masse, la redistribution sociale devient injuste car les ayants-droits sont toujours plus nombreux pour des impôts déjà lourds payés par de moins en moins. Ce qui attise « le racisme », les ouvriers déjà oubliés ne voyant pas pourquoi l’immigré d’où qu’il vienne, « réfugié politique » ou miséreux économique, aurait plus de droit que lui à recevoir la manne publique. « On ne peut accueillir toute la misère du monde », disait Rocard, « même si l’on doit en prendre notre part ». Qu’on ne m’objecte pas qu’il « suffit de faire payer les riches » ! Comme le dit Piketty lui-même, les riches sont vraiment très peu nombreux et même les taxer à 90% produirait une faible imposition globale en supplément – sans parler de leurs réactions légitimes de fuite ou de renonciation aux revenus (comme le font déjà nombre de médecins, d’ophtalmologues et autres professions libérales qui ne travaillent plus que trois ou quatre jours par semaine pour éviter une fiscalité confiscatoire – pourquoi ne travailler plus de 35 h par semaine comme le citoyen moyen si c’est pour être spolié ?). Sans évoquer l’effarement des nations voisines qui s’empresseraient d’éviter tout investissement et toute localisation en France (qu’ai-je entendu sur la flemme des « 35 heures » lorsque j’ai travaillé en Suisse où la norme était de 43 h !). Si la croissance repart dans notre pays, Emmanuel Macron y est pour quelque chose : il a au moins su renverser le tropisme confiscatoire et réglementaire de François Hollande.

Si le racisme des autres est dénié, pourquoi le peuple et les petit-bourgeois – déjà stigmatisés d’être blancs, mâles et de plus de cinquante ans avides d’échapper au chômage – ne vivraient-ils pas une injustice en voyant les musulmans radicalisés ou « les Arabes » dispensés de se justifier de leurs propos et de leurs actes clairement racistes quand ils massacrent à la kalachnikov ou à la camionnette des rangs entiers de jeunes hédonistes à la terrasse des cafés, des familles se promenant à Nice, un curé durant sa messe ou des enfants juifs jusque dans leur école ! Au prétexte qu’ils ne sont pas musulmans rigoristes comme eux. Il y a certes un racisme de droite issu du siècle précédent, mais le néo-racisme de gauche n’est pas moindre quand il condamne Dieudonné mais pas l’imam de Brest.

Le chacun pour soi exige le chacun chez soi, ou bien le déni devient explosif. Les capitalistes mercantiles ont intérêt à favoriser les identités pour mieux segmenter leurs marchés et vendre encore plus par souci de se distinguer. La distinction, dont Bourdieu avait fait le ressort social bourgeois, est encouragée par « la gauche » qui tente de ramasser cet émiettement en le taxant de progressiste, suivant les bobos individualistes pour qui chacun a « le droit » le faire ce qu’il veut (à commencer par eux, les nantis). La mode entretient l’élitisme, qui permet le profit. Le prix du chic (en général américain…) est élevé : smartphone, montre, fringues, pompes, bagnoles à options inutiles comme le crossover en ville ou le 4×4 frimeur pour aller au supermarché. Et l’on note à l’envi combien les gauchistes et les Black Blocs consomment américain avec leurs jeans, leurs Apple dernier cri, leur réseau Twitter ou Facebook, leur Netflix, leurs chaussures Timberland ou Nike, leur hamburger et leur Coca.

Clan, tribu, nation, religion ou « sang » obligent plus que la raison citoyenne. Comment fonder une « politique » sur des identités figées contre lesquelles les individus ne peuvent presque rien ? Que reste-t-il en commun à ces communautés qui se diversifient et émiettent la nation ? Être ne se négocie pas. Les lois et le vivre ensemble se refusent au nom du plus archaïque : la religion, la race, le genre, les pratiques sexuelles.

C’est bien une certaine lâcheté de toute la gauche qui aboutit au « racisme » d’aujourd’hui : la gauche révolutionnaire qui nie la nation et rend les immigrés plus égaux que les autres en niant leur propre racisme lorsqu’il se manifeste ; la gauche de gouvernement qui nie le peuple et choisit comme base électorale les minorités et l’égoïsme furieux des bobos qui se croient dans le camp du Bien lorsqu’ils interdisent d’interdire et applaudissent à tous les nouveaux « droits » des minorités les plus infimes.

Macron apparaît comme un retour du raisonnable entre le danger du nationalisme chauvin et la niaiserie du tous ayants-droits. Ce pourquoi, peut-être, il garde un niveau d’approbation surprenant après tout ce qu’il a réformé.

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Notes du blog les plus lues en 2017

Voir ce que ceux qui viennent sur le blog lisent est intéressant pour l’auteur. Certes, les images comptent plus que les textes… S’il y avait des vidéos, j’exploserais les compteurs. Mais ce n’est pas mon but.

Je note que c’est le sexe et l’hédonisme qui arrivent en tête, comme d’habitude. Je ne parlerais que de « ça », je ferai jouir tous les lecteurs et racolerais sans problème. Mais ce n’est pas mon but.

Dans l’ordre, vous pouvez lire les goût des lecteurs dans le tableau ci-dessus, dont je rajoute quelque suite :

Sexe : troisième type, vahinés, troisième sexe, sexe à Cuba, sexe en Polynésie, amitié érotique
Plage : ados, ironies, corps, France et Christian Guillain, Jean-Didier Urbain, jeux
Antisémitisme : Céline
Le Clézio : Poisson d’or, Le chercheur d’or, Mondo, La ronde, Printemps, Gens des nuages
Philosophie : Montaigne, Nietzsche, Camus
Picasso : Pépita Dupont et son livre sur Jacqueline
Cuisine : rôti de porc, four tahitien, cuisine italienne

Il y a quand même de la littérature et de la philo. Je sais que ce sont les lectures « obligées » de collège et de lycée, mais quand même, je suis heureux de contribuer à répandre la culture.

Plus étrange, l’antisémitisme – mais qui dénote une vraie question que 70 ans d’antiracisme forcené n’a pas éradiquée – « grâce à » l’immigration d’une certaine catégorie de population. Rassurons-nous, ce n’est pas la republication prévue des œuvres antisémites de Louis-Ferdinand Céline qui va accentuer l’antisémitisme régnant ! Ne soyons pas hypocrites, les jeunes ne lisent presque plus. Mais c’est bien le Coran qui véhicule ces préjugés – et les interprétations intégristes littérales du livre sacré qui diffusent cette haine raciste. Chez Céline, j’ai tenté de montrer combien « la pureté », la volonté de se préserver des « souillures » a engendré cette paranoïa anti-juive – et c’est bien le fantasme de pureté et l’horreur sacrée de la souillure qui parsèment le Coran, pas seulement concernant les Juifs. Pourquoi vous voilez-vous la face ? Je vous rappelle que cette pratique de dissimulation est interdite dans les lieux publics en France – ce qui est bon pour la démocratie.

Restent deux égarés : Picasso et la cuisine. Pour la cuisine, rien que de plus normal, encore que je donne d’autres recettes que le porc – mais les gens ont semble-t-il du mal à rôtir sans dessécher. Pour Picasso, il s’agit de Jacqueline, qui n’a pas peint une toile, mais qui apparaît sympathique surtout sous la plume émérite de Pépita Dupont, journaliste qui l’a bien connue. Mais pourquoi cet engouement en 2017 ? je n’ai pas de réponse.

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La France en marche ?

Pourquoi s’étonner que la rencontre d’un homme et d’un peuple soit perçue comme une « révolution » ? Malgré l’illettrisme contemporain et la posture de terreur idéologique de la gauche extrême, la « révolution » est le retour d’une planète à son point d’origine. En 2017 en France, il s’agit du retour à la lettre de la Constitution de la Ve République votée en 1958. Emmanuel Macron est cette rencontre d’un homme avec un peuple qui – soit a voté pour lui – soit a laissé faire.

Pourquoi lui et pourquoi pas moi, se demandent les anciens leaders évincés ? Parce que non seulement la gauche a explosé, la faute étant due principalement à l’ego surdimensionné de Mélenchon, mais aussi aux atermoiements irréalistes des écolos et à l’inanité du « socialisme » à encore exister. Si Hollande, ce falot inconsistant, s’était représenté, il aurait probablement été battu ; il a eu l’ultime sagesse de renoncer et d’adouber en dauphin le jeune Macron de 39 ans. Incarner la présidence n’est pas donné à tout le monde, et surtout pas à un Normal voué à saint Thèse qui a la phobie de décider. La gauche est en miettes, mais la droite ne va qu’un peu mieux. Le candidat « naturel » (du système) Alain Juppé a échoué largement à la primaire, se voyant préférer par « le peuple » de droite le catholique austéritaire Fillon. Lequel Fillon, professeur de vertu comme Bayrou, s’est trouvé fort dépourvu lorsqu’une presse implacable fut distillant les révélations progressives de son népotisme. Quant au fantasme Le Pen, il s’est brisé sur la bêtise – n’ayons pas peur des mots – de la candidate lors du débat face à Macron. La crise de la démagogie a eu lieu en direct.

Le premier tour officiel (sur les huit tours depuis les primaires initiales !) a révélé le pentagone français : la droite radicale Le Pen, la droite traditionnelle Fillon, la droite libérale Juppé-Bayrou, la gauche libérale Valls, la gauche radicale Mélenchon. Avec l’abstention en plus, celle des classes populaires et des relégués périphériques de la mondialisation. Les partis se sont montrés moins porteurs d’idées et de projets réels que machines stupides à désigner des candidats ; la caste intello-médiatique a illustré une fois de plus son incapacité à penser par elle-même (où est donc passé Nuit debout ?) au profit des intérêts de groupes idéologiques ou financiers (qui « possède » le journal le Monde ou l’Obs ? quel milieu étroit « tient » France-Culture, France-Inter ?). Les Français en ont eu marre des politiciens professionnels, des désignés rituels, du prêt-à-penser des médias : ils ont favorisé les marginaux hors primaire, hors système, hors partis. Emmanuel Macron a représenté le plus petit commun dénominateur de cette volonté de « dégager » mais « sans le risque » : une synthèse improbable de Mélenchon et de Giscard…

D’autant plus que Macron se montre optimiste dans un pays pessimiste, faisant porter au système politique progressivement refermé sur lui-même depuis trente ans – la loi sur le financement des partis a encouragé la professionnalisation – la responsabilité de l’impuissance publique. A surgi une horde de néo-militants de la société civile, inexpérimentés mais enthousiastes, individualisés par les réseaux numériques. Ils sont portés non à « la synthèse » mais au « en même temps » : à la prise en considération des opinions des autres, la différence permettant seule le débat démocratique. Au risque de l’atterrissage (brutal) et de l’institutionnalisation (bureaucratique). Prudemment, le gouvernement est surtout composé d’énarques et de politiciens aguerris mais « en même temps », l’Assemblée nationale se voit renouvelée à 75% avec plus de femmes et moins de fonctionnaires.

La suite est plus floue, même si le Président est redevenu à majuscule : lui incarne la fonction, avec gravité et simplicité, tout en assumant ses mots critiques que la presse reprend sans penser une seconde à ce qu’ils veulent dire (« les fainéants, les cyniques, les extrêmes »). Autrement dit les profiteurs du système, les manipulateurs politiciens et les radicaux qui promettent toujours la lune. Qui sont-ils ? Au vu des réactions indignées, chacun s’est bel et bien reconnu. Et cela alimente le débat démocratique, ce qui est au fond très sain.

Bien sûr, les vieux réflexes technocrates ont ressurgi : le coup de rabot du « j’veux voir qu’une tête » – égalitariste mais surtout flemmard (surtout pas d’ennuis, tout le monde pareil !). L’armée, l’aide au logement, ont ainsi fait les frais de cette bêtise des bureaux – suscitant là encore une réaction présidentielle pour le budget de l’an prochain, comme s’il s’agissait d’un jeu pour la communication entre le mammouth imbécile et son nouveau dompteur. Le prochain budget, pleinement macronien, permettra d’évaluer la direction réelle vers laquelle le pays sera engagé – mais il faudra attendre décembre.

Gageons que ce budget sera de gauche mais libérale, redistributif mais surtout aux nationaux. La population en a assez de la générosité à tous vents alors que le chômage reste à un niveau indécent en France par rapport aux voisins. L’immigration était « une chance pour la France » lorsqu’elle restait contrôlée. Depuis que la grande vague a déferlé sur les pays européens, les gens ont peur de voir basculer leurs façons de vivre face au rigorisme d’islam, de partager un gâteau qui se réduit avec la concurrence mondialisée, d’introduire des terroristes dans la masse (le dernier attentat de Londres, perpétué par un garçon de 18 ans, le prouve). Désormais, c’est identité d’abord, universalisme ensuite. Une culture n’est pas un compromis métissé mais un héritage qui évolue. Cette attitude n’est pas propre à la France : le Brexit et l’élection de Trump comme la méfiance chinoise envers les étrangers – montrent que c’est mondial : la rançon de l’ouverture économique… « Respect » n’est pas un mot réservé aux revanchards des banlieues, il est universel !

Même les nantis de la mondialisation acceptent désormais de soumettre les échanges de population au filtre de la compatibilité culturelle. Il n’y a que chez les plus bornés des idéologues que ce bon sens ne passe pas. Notamment dans les médias, où chacun épie chacun pour lui ravir sa place, où la surenchère dans le « politiquement correct » est l’aune à laquelle se mesure la légitimité à occuper les places. Ce pourquoi les Français préfèrent de plus en plus Internet aux journaux et les radios privées au « service » public. C’est ainsi que l’Esprit public a migré en septembre de France-Culture au podcast.  L’ersatz produit à la même heure le même jour sur la radio publique n’a pas le goût du vrai et rassemble surtout des journalistes, glosant entre eux sur leurs problèmes de caste.

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Orly-Istanbul 2007 vers Ouzbékistan et Tadjikistan

C’était il y a dix ans, en juillet 2007, un vendredi, jour férié musulman. L’avion qui part d’Orly pour Istanbul va parcourir 2250 km en 2h43. Je pars pour la route de la soie dans sa partie où la civilisation musulmane a brillé dans les siècles avec les villes de Khiva, Boukhara et Samarkand, bien au-dessus des jeunes cons qui se prennent pour le bras armé d’Allah (qui n’a pas besoin de leur testostérone en chaleur). Un trekking dans les monts Fan’s du Tadjikistan débutera ce périple, manière de goûter à la nature sauvage avant d’aborder, avec un œil neuf, la civilisation. Turkish Airlines sert un plateau-repas succinct mais « sans porc garanti » ; nous ne sommes plus en Europe.

L’avion est rempli de touristes français du troisième âge et surtout de familles turques ou mixtes rentrant au pays pour quelques vacances. Parents et enfants parlent alternativement français ou turc. Les petits garçons sont gâtés, capricieux ; ce sont de petits machos déjà, encouragés par leur nouveau riche de père musulman. Un gamin en débardeur rouge, un peu enveloppé, est particulièrement pénible, harcelant son père pour qu’il regarde ci ou ça, qu’il lui réponde, qu’il ne fasse attention qu’à lui. Délaissé pour un instant, il se rabat sur les sucreries… Sa sœur, un peu plus grande, est nettement plus posée. Elle est même vite remise à sa place, en tant qu’aînée et en tant que fille, lorsqu’elle émet l’idée saugrenue qu’elle pourrait vaguement s’opposer à ce que dit son papa. C’est arrivé deux fois sous mes yeux. Elle n’est pas encouragée aux caprices dans une famille imprégnée de valeurs musulmanes.

Un troupeau de petits nuages moutonnent au-dessus de la France, de l’Allemagne, de l’Autriche, de la Bulgarie. A l’approche des Détroits, le vent souffle fort sur la mer, et c’est au ras du globe que des moutons s’y soulèvent. Du hublot, je vois le sol d’en haut, comme sur une tapisserie. Les villages français vers l’est sont groupés, commandés par le relief ; en Allemagne du sud, l’habitat est plutôt dispersé en hameaux, de même versant autrichien ; les champs sont bariolés de bosquets et de petits bois, parsemés de quelques lacs, composant une vraie tenue de camouflage léopard à destination d’un quelconque extraterrestre. Les champs secs de Bulgarie apparaissent curieusement non géométriques, avec des doigts qui s’enfoncent ici ou là dans les parcelles voisines. Les champs sont très allongés au contraire côté turc, où le relief de plaine et le régime de la propriété sont probablement plus favorables.

Le grand aéroport d’Istanbul, « Atatürk », que l’on aborde depuis la mer, aligne ses pistes tout droit vers le nord. Dès la sortie d’avion, le regard est pris par les doubles minarets qui surgissent du paysage, ponctuant la ville de signaux pour bien marquer le territoire. Revenu en Turquie après douze années, j’ai l’impression de « régresser ». Le progrès de la laïcité et des libertés de penser et de croire sont insupportablement remis en cause par ce prosélytisme militant qui passe par le dressage d’innombrables minarets, les processions de femmes voilées derrière le mari ou le fils, les slogans outrés, les prêches enflammés. Sans compter les regards, qui ne sont plus les mêmes sur nous, les étrangers : méfiants, nettement moins amènes, voire hostiles. Il a fallu une génération pour que la parole engendre la haine, que les prêches islamistes submergent la pratique musulmane. C’est tout ce fanatisme ostentatoire qui fait problème plus que l’islam en tant que religion.

Au bout d’interminables couloirs qui donnent une dimension à la démographie du pays, nous débouchons sur un grand duty-free, destiné à allécher les voyageurs désœuvrés en transits internationaux. Nous avons 6 h d’attente avant le vol pour Tachkent en Ouzbékistan. Je parcours donc le territoire, observant ce qui s’y passe. Dans les deux librairies achalandées, un vaste rayon concerne l’islam, aussi grand que les romans en anglais. Les œuvres de Tariq Ramadan figurent en globish, à destination des bienveillants chrétiens qui se sentiraient coupables de ne pas « comprendre ». On trouve aussi, en turc et en anglais, nombre de biographies du Prophète, des essais sur « Islam et Turquie » et ainsi de suite. L’observateur sent immédiatement qu’il s’agit d’un sujet préoccupant ici. Il le deviendra de plus en plus, jusqu’aux outrances du Pétain turc d’aujourd’hui.

Asseyez-vous sur un banc, vous verrez très vite défiler devant vous des « femmes » voilées de l’occiput aux orteils. Cinq fantômes noirs passent justement devant moi, sans un mot, paraissant glisser au ras du sol. Les pieds chaussés de sandales s’activent sans qu’on les voie. Le visage est découvert, mais entouré de ce noir austère, profond, culturellement mortifère à nos yeux.

Je croise nombre de russophones dans cet aéroport, surprise de ces dernières années. Depuis que l’Union Soviétique a ouvert sa prison, les Russes adorent voyager. Ils sont aussi curieux que nous du monde, plus peut-être, ayant été frustrés durant trois générations. La relative prospérité russe due au pétrole fait sentir ses effets.

Les heures passent, les panneaux affichent la salle d’attente et la porte prévue. Débarque toute une troupe d’adonaissants en pantacourts ou jupettes bleus, garçons et filles, tee-shirt et casquette blancs, sacs rouges. Les jeunes mâles reluquent sans vergogne deux grosses dames Kazakhs un peu décolletées. Les femmes, amusée et gênées, échangent avec eux quelques mots : d’où ils sont, où ils vont. Elles jaugent elles aussi les attraits encore tendres de ces petits machos de 11 à 13 ans. Il s’agit d’une colonie d’adolescents Ouzbeks qui a passé un trimestre en collège turc, dans le cadre d’échanges culturels. La langue est proche et les Ouzbeks comprennent le Turc sans grands efforts. Si le tadjik est une langue perse, l’ouzbek est une langue turco-mongole. C’est tout un aspect de la politique turque qui surgit ainsi : les liens de langue, de culture et d’influence régionale d’un pays développé envers ses petits frères turcophones, en général issus des ex-républiques soviétiques. Les filles sont en groupes séparés, une horde tout habillée de rose vient juste de faire son entrée, le passeport ouzbek vert à la main.

Et c’est un bonheur dans l’avion d’Uzbekistan Airlines, peu après le décollage, de voir tous ces encore enfants s’endormir comme des souches sur leurs sièges, dans n’importe quelle position. Par sécurité ou consignes disciplinaires, les adolescents ont été dispersés parmi les passagers. Je suis assis à côté d’une petite fille qui me semble bien seule. Je lui demande si elle veut que je me décale pour que sa copine vienne s’asseoir à côté d’elle. Cette disposition la ravit. Les deux sont très sages ; elles me demandent si je parle russe. Hélas, fort peu pour une conversation suivie. Elles dorment donc presque tout le temps. Les garçons résistent mieux, intéressés par les cartes du magazine de la compagnie, puis s‘écroulent, certains même avant le dîner. Il est passé minuit et la musculature moulée par les légers tee-shirts montre qu’il s’agit de sportifs qui ont l’habitude de se dépenser. L’un des plus jeunes, un blond en débardeur vert (il est le seul à ne pas avoir d’uniforme), s’abandonne complètement sur son siège. Derrière moi, un autre blond en train de muer, la charpente noueuse sous le coton, déclare à ses voisins d’une voix cassée se prénommer Mustapha, être Ouzbek, mais chrétien. Il est un descendant de ces mélanges soviétiques.

Uzbekistan Airways est une compagnie née avec l’indépendance du pays. Elle dessert plus de 50 destinations internationales surtout vers l’Europe et l’Asie. Elle comprend des Boeing 767/757 comme des Airbus 310 et des Avro RJ-85 moyens courriers.

Nous dormons peu, pas comme les jeunes. A notre arrivée à Tachkent, il fait jour. La queue pour l’immigration est interminable, puis encore pour récupérer les bagages, puis enfin pour la douane. Papiers, cachets, écran, amour du matériel administratif, du rituel paperassier hérité de l’URSS. Tout cela inutile, tant on va dans le détail. Vous devez déclarer chaque coupure de devise importée mais – avec les centaines de passagers débarquant à la fois – qui va contrôler ? Peut-être est-ce du juridisme ? « Si » vous êtes pris pour autre chose, on aura au moins ça à vous coller sur le dos, tout comme ce que vous « jurez » être vrai sur les formulaires américains ?

Les gosses n’échappent pas à cette kafkaïenne pagaille. Ils en ont l’habitude et ne s’impatientent nullement. Collectifs, ils s’organisent : l’un d’eux s’assoit pour garder les sacs rouges de cabine des autres, tandis qu’un groupe va récupérer les sacs de soute de tout le monde. Le plus jeune, hors uniforme, est sans doute avec eux par privilège, fils d’un accompagnateur peut-être. Nous quittons ces gamins attachants. Ils sont vigoureux, chaleureux, communautaires – un peu bruts peut-être, mais la tête sur les épaules.

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Elire, c’est choisir

Une femme ou un homme ? Une héritière populiste ou un bon élève ex-banquier ? Pour beaucoup, le choix est difficile ; certains le refusent parce qu’ils considèrent qu’entre ces options le bien commun ne figure pas. Ils voteront blanc ou nul, ou se résigneront à voter pour le moins pire – ou pour le moindre bien.

Pour beaucoup, il s’agit d’encore plus de multiculturalisme où va se perdre sa culture, se dissoudre « la France » dans le grand métissage indifférencié d’une Union européenne qui vire au melting-pot américain, ou encore de diluer nos petits blonds dans le noir crépu issu de la guerre des ventres – puisqu’il suffit de naître à Marseille ou Roubaix, même clandestin, pour « être » français, sans aucunes références familiales, culturelles et historique.

Mais tout cela, ce sont de grands mots.

Il suffirait à notre culture d’être vigoureuse (comme avant) pour qu’elle accepte avec bienveillance les cultures venues d’ailleurs, qu’elle s’en enrichisse (comme elle l’a toujours fait) ; il suffirait que la France dise clairement au Conseil européen (des chefs d’Etat et de gouvernement – auquel elle participe) ce qu’elle veut, au lieu de démissionner lâchement comme Chirac et Hollande l’ont fait trop souvent ; il suffirait que nos bobos blancs « de souche » fassent plus de bébés au lieu de jouer aux gais ou aux féministes sectaires, et de papillonner en égoïstes. La question migratoire et la mal-intégration sont à régler au Conseil européen et au Parlement français – sous la pression de l’opinion publique – comme les Néerlandais et les Danois l’ont fait, comme les Allemands vont faire, et pas sous la pression médiatique de la gôch’ bobo hors sol qui ne représente RIEN.

Dans le concret aujourd’hui, ce qui compte est moins « le capitalisme » ou « le grand remplacement » que l’insécurité.

Le souci démocratique est celui des frontières, car nul vote ne peut rien contre l’universel. Le citoyen appartient, il vote pour qui doit le représenter, lequel représentant négocie des lois pour une société sur un territoire. Dès lors, l’immigration de masse sans contrôle apparait comme le plus grand danger. A tort ou à raison, pour des motifs culturel (les odeurs de Chirac), de tabou patriotique (la France, c’est prendre sa carte selon Hollande) ou d’ignorance béate de la profondeur historique (il n’existe pas de « culture française » selon Macron). Le terrorisme – musulman par prétexte – vient ajouter une couche à cette insécurité fondamentale qui recoupe les insécurités sociales, territoriales et économiques.

Le fond du vote Le Pen, ce sont moins la « sortie de l’euro » (remis en cause récemment par Le Pen sous la pression Dupont-Aignan) et les billevesées de la planche à billets via une Banque de France aux ordres de l’Exécutif qui permettrait tous les rêves démagogiques en distribuant des tonnes d’argent (au prix d’une évidente et immédiate inflation), que le retour de la souveraineté sur QUI est Français ou pas. Même l’immigration ethnique est désormais au second plan des craintes, au profit des ayants-droit qui viennent « pomper » (fantasme sexuel ou réalité comptable) le budget déjà limite de l’Etat-providence, tout en refusant la façon française commune de vivre et de se vêtir.

Sur ce sujet, la gauche « frondeuse » n’avait rien à dire, sinon encore plus d’impôts pour une redistribution égalitariste universelle (une sorte d’Etat soviétique modernisé) ; elle a été virée au premier tour. La droite classique n’avait rien non plus à dire, focalisée sur l’austérité budgétaire et le recul (nécessaire mais pas suffisant) de la dépense publique ; elle a, elle aussi, été virée au premier tour. Quand les partis traditionnels n’osent pas prendre à bras le corps un problème populaire, par honte ou lâcheté, le peuple se venge en les « dégageant » (y compris l’apôtre du dégagisme Mélenchon, trop chaviste pour espérer séduire).

D’où l’irruption – dans ce vide – du centre, du « ET droite ET gauche » du jeune Emmanuel, alias « Dieu est avec nous ».

En effet, « Dieu » semble être avec ce candidat neuf, en la personne des intellos multiculturels qui se sentent aussi à l’aise à New York qu’à Paris, à Tel Aviv ou à Singapour ; en les instances patronales qui voient une adaptation pragmatique de la social-démocratie au nouveau capitalisme mondialisé ; en l’idéologie individualiste et branchée des start-upeurs inventifs expatriés ou ceux de la Chevreuse Vallée. « Dieu » est le sens de l’histoire, le « progrès » tel qu’il va.

Bien loin du « diable » incarné par la blonde au sourire commercial, dont le seul souci est d’enclore et de fermer pour faire mariner la France dans un mélange de volontarisme du verbe et de bricolage de gouverne, de verbe gaulliste sans l’esprit et de recettes tirées de l’économie fermée des années 50. Emmanuel et Marine vont naviguer à vue ; mais qui est le mieux armé dans le monde d’aujourd’hui pour mener la barque ?

Avez-vous constaté, du fait des règles rigides du temps de parole égal aux deux candidats restants, que les conseillers, porte-parole et autres économistes de Marine Le Pen surgissent désormais dans le débat public ? Qui les connaissait, ces Bay, Murger, Benoist et autres obscurs ? Tous ne sont pas antipathiques, ni aussi insignifiants que Gilbert Collard (« avec deux n ? » raillait Jean-Marie le père) ; mais qu’ont-ils à dire de neuf ? Pas grand-chose, que du digest de littérature sur le sujet ou des procédés oubliés depuis longtemps comme la planche à billets pour financer les déficits, les dévaluations compétitives (et à répétition) pour éviter l’effort d’investissement, les droits de douane modulés pour contrôler les biens étrangers importés, les droits sociaux réservés aux nationaux et – au fond – le contrôle total d’Etat sur tout : le droit, la monnaie, les industries, la pensée. Voyez Poutine… il est le Modèle pratique de Marine.

Or il s’agit d’une illusion. Sauf à changer la Ve République, donc à réaliser un coup d’Etat à la Erdogan ou à la Chavez pour instaurer un pouvoir fort… dont le Modèle théorique est Mussolini. Mais si, comme le dit Marine Le Pen, il s’agit de demander aux Français via le référendum s’ils veulent ou non sortir de l’euro, puis de l’Europe, puis de la Ve, les lendemains risquent de bien vite déchanter.

L’Exécutif ne peut pas tout et, sous la Ve République, s’il peut beaucoup ce n’est qu’en raison de la personnalité du président.

Après de Gaulle et Mitterrand incarnant la fonction monarchique, même après Pompidou et Giscard plus chefs de majorité à l’anglaise, les successeurs apparaissent bien falots. Chirac, cet histrion, n’aimait que gagner ; il ne foutait plus rien ensuite. Le désastre a été ce fameux « contrat première embauche » destiné à rendre plus facile aux jeunes l’entrée dans l’emploi : le Parlement l’avait voté, le Conseil constitutionnel ratifié, le président promulgué… et voilà que le Chirac le 31 mars 2006 ânonne 9 minutes à la télé qu’il demande que cette loi ne soit pas « appliquée ». On croit rêver ! Quant au Villepin, ci-devant Premier ministre, loin de démissionner, il continue à gouverner comme si de rien n’était ! Hollande ne fut pas meilleur, névrosé de la décision, incapable de choisir, inapte à commander. « Mon ennemi la finance » est devenu un très cher ami, Leonarda expulsée pouvait rentrer, le oui au référendum de Notre-Dame des Landes surtout pas mis en œuvre…

Ce sont probablement ces impuissants qui ont poussé nombre d’électeurs à accuser le capitalisme mondialisé ou Bruxelles de tous les maux économiques et sociaux des Français :

  • Ce n’est pas l’euro : l’Allemagne a le même
  • Ce n’est pas « Bruxelles » : tous les 28 pays européens ont le même Conseil et la même Commission
  • Ce n’est pas « le capitalisme » : pourquoi serait-il innovant aux Etats-Unis, efficace en Allemagne et en Suisse – mais pas en France ?

Ne croyez-vous pas plutôt que ce sont les carcans rigides des lois, règlements et autres administrations d’un Etat plus lourd qu’ailleurs, en plus des impôts, taxes et autres charges plus lourds qu’ailleurs qui – en France tout particulièrement – conduisent au chômage le plus élevé de l’UE, aux prélèvements les plus gros de l’OCDE, aux handicaps les plus forts sur les agriculteurs, les industriels et les investisseurs ?

Selon la force des personnalités, la Ve République est forte ou faible.

Dès lors, quelle est la force de Marine ou d’Emmanuel ? La grande gueule ou l’intelligence des situations ? La com’ ou la négociation ? Macron est un libéral assumé (contrairement à Hollande) ; le libéralisme, c’est avant tout la liberté. Non de tout faire, mais de faire au plus près du terrain, dans des cadres généraux.

Le contraire du libéralisme, c’est le caporalisme, donc avant tout la contrainte. Il s’agit d’obéir, d’être surveillé et puni.

Elire, c’est choisir.

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Frédéric Encel et Yves Lacoste, Géopolitique de la nation France

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Ce n’est pas un manuel de géopolitique mais un essai d’actualité replacé sur le temps long. Dans ce livre court et facile à lire alternent la vision géopolitique historique d’Yves Lacoste et la vue institutionnelle républicaine du professeur de science politique Frédéric Encel. Et c’est diablement intéressant ! Bien loin des idéologies plus ou moins téléguidées par les émotions victimaires, analysant dans la durée et par le droit, proposant quelques solutions. Car la patrie est en danger « attaquée. De l’intérieur comme de l’extérieur » p.38 – comme au moment de Valmy, où est née la nation.

Puisque la mode post-68 est restée de savoir « d’où » l’on parle, Frédéric Encel avoue être né en France de parents juifs polonais (ce qui ne peut que déplaire à certains lecteurs arabes et aux antisémites) ; Yves Lacoste déclare être né au Maroc de parents français et s’être marié à Camille Lacoste-Dujardin, ethnologue des tribus kabyles (ce qui ne va pas plaire aux souverainistes identitaires et aux ex-partisans de l’Algérie française). Ces origines revendiquées, pour mieux communier dans le creuset français de la nation comme choix à la Renan, sont un enrichissement.

Dédié à Cabu et à Camille, tous deux décédés, les auteurs écrivent un chapitre sur deux du livre, se répondant sur la conquête de l’Algérie, la société postcoloniale, la nation, l’immigration, la mondialisation, l’islamisme, la république. « Mon inquiétude », commence Yves Lacoste, « Que faire ? » termine Frédéric Encel. Malgré une bibliographie de quatre pages, le ton n’est jamais au jargon (sauf le pédant et inepte « et/ou » dont abuse Encel, déformé par la sociologie pseudo-informatique).

De l’extérieur, la nation France est attaquée par des groupes islamistes téléguidés par l’Etat islamique en Syrie et au Levant : Merah, les Kouachi, Coulybaly, Abaaoud, Hadfi, al Mohammad, Amimour, Mostefai, Mohamed-Aggad, Abdeslam… De l’intérieur, la nation France est attaquée par les gauchistes intellectuels, universalistes benêts ou exploitant un fonds de commerce, et par la lâcheté de la gauche en général jusqu’à François Hollande (à peine de gauche, si l’on en croit les socialistes).

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L’inquiétude est sur la nation, idée neuve en Europe à l’époque révolutionnaire, dévoyée par le nationalisme d’entre-deux guerres et le frontisme revanchard du FN. Les belles âmes de gauche, jamais en reste de bonne conscience pour eux-mêmes et de morale pour les autres, ont « déconstruit » en bons intellos des années 50 et 60 la nation pour l’accuser de tous les maux : pétainisme, colonialisme, autoritarisme, gaullisme, libéralisme (ultra), ségrégationnisme… en bref, la nation est devenue (je traduis) « discrimi-nation ». Elle est dénoncée par les descendants des combattants FLN (qui s’empressent d’immigrer en France où règne plus d’abondance et de liberté que dans leur patrie indépendante), par les ex-porteurs de valises jamais remis de la fin des colonies (dont l’accusation virulente était leur seule justification), par les ex-marxistes (qui veulent à tout prix remplacer la classe sociale par la « race sociale » pour continuer à égrener le dogme dans sa pureté), par les sans-frontières qui rêvent de fraternité universelle (beau programme mais auquel ne souscrivent ni les daechistes, ni les Chinois, ni les Américains, ni les Russes, ni même les Anglais…).

Or « nous ne sommes ni des clones, ni des êtres strictement neutres, aseptisés, sans racines ni épaisseur culturelle », rappelle Encel p.185. Langue, territoire, religion, histoire, traditions, mœurs – fondent une manière commune de voir et de sentir qui est légitime. De plus, « la nation française s’est constituée et choisie hors de l’emprise des religions (…) Avec, toutefois, l’attachement manifeste pour un substrat chrétien composé d’un épais réseau d’églises et de cathédrales, de quantités de termes et d’expressions issues des Evangiles ou du moyen-âge chrétien, d’une statuaire (…) d’une gastronomie incluant vins et viandes porcines en abondance… » p.200.

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Frédéric Encel vilipende donc justement tous ces « idiots utiles » (terme emprunté à Lénine) qui accusent « d’islamophobie » tous ceux qui leur déplaisent ou – pire – ne pensent pas EXACTEMENT comme eux : « Un démographe aigri et touche-à-tout, un journaliste-militant et soutien fanatique des dictateurs arabes (les Assad notamment), un ancien humanitaire pour qui tout ce qui est occidental est par nature immonde, des militants Frères musulmans, un philosophe maoïste et ancien soutien des génocidaires Khmers rouges » p.53. Le jeu est de mettre des noms sur ces descriptifs (j’ai pour ma part quelques idées).

Et Yves Lacoste de renchérir : « En France, à une époque où le marxisme est passé de mode, c’est encore une façon pour certains intellectuels d’attirer l’attention et d’avoir un brevet d’appartenance à la ‘vraie gauche’. C’est rejoindre la brigade de ceux que j’appelle les pourfendeurs du colonialisme (c’est-à-dire des fanfarons, puisqu’il n’y a plus de véritable adversaire de l’indépendance des colonies, celles-ci étant toutes devenues politiquement indépendantes) » p.114.

L’immigration postcoloniale est « au cœur du trouble » selon Yves Lacoste, qui retrace l’histoire des émeutes de banlieue en province, des premiers attentats du GIA à Paris, les conséquences géopolitiques mondiales de l’invasion soviétique de l’Afghanistan, les émeutes de 2015 en banlieue parisienne. Et de faire du Maghrébin, puis du Noir musulman, des victimes – alors même que l’immigration (massive en 1975) des boat-people vietnamiens, eux aussi ex-colonisés, n’a engendré aucun trouble.

Yves Lacoste cite l’immense historien philosophe pieux musulman d’origine tunisienne Ibn Khaldoun « (1333-1406) qui apporte la preuve qu’une pensée rationaliste arabe est compatible avec l’islam » p.70. Ibn Khaldoun ne parle pas de djihad, « il est la preuve que l’invocation divine n’est pas très utile en géopolitique, c’est-à-dire dans les rivalités de pouvoirs sur les territoires » p.72. Ce n’est pas la volonté de Dieu qui explique les changements dans l’histoire, mais les changements progressifs des sociétés humaines.

Déstabilisées par la mondialisation, les populations croyantes musulmanes au Maghreb et au Moyen-Orient, se réfugient dans le texte littéral : la nation est détestée au profit de l’oumma (la communauté des seuls croyants – de la secte précise qui l’édicte). Les Etats-Unis et, en Europe, particulièrement la France, font de la nation un contrat social rationnel entre individus – l’inverse même de la croyance intégriste islamique. D’où le combat à mort envers ces pays, ainsi qu’envers les « koufars » (renégats) des pays arabes qui les suivent. Les assaillants islamistes chantaient « Concert au Bataclan, j’attaque en rafalant / Du sang de porcs giclant » : « C’est bien la nation française telle qu’elle est, avec son histoire, ses institutions républicaines et démocratiques, sa culture, ses libertés fondamentales, qu’exècrent les djihadistes », écrit Frédéric Encel p.81.

Ce n’est pas dans le livre, mais j’ajoute : comment, devant cela, ne pas comprendre le raidissement des citoyens français pour la réaffirmation de l’identité nationale avec Fillon ou Valls ? au détriment des Montebourg, Hamon, Peillon et autre Filoche – bien en retard d’une guerre sociale…

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Yves Lacoste de mettre en garde : « Cet éloge du vin et de la cuisine française auquel je me livre ici a pour but d’attirer l’attention des Français sur cet attachement qu’ils éprouvent ainsi à la France ; mais aussi sur ce qui pourrait se passer quand les musulmans qui vivent dans notre pays se mettront à voter pour un parti qui les représente (… obéissant à) l’obsession du mouvement islamiste qui ne manquera pas de faire pression » p.253.

Que faire ? Ou bien voter Front national (je rigole) ou bien « pédagogie et protection, revalorisation du français à l’école, encourager l’associatif laïque, secourir les jeunes femmes menacées, réprimer les ségrégations à l’embauche, restaurer l’autorité républicaine à l’école, surveiller et punir les extrémistes de tous bords, instaurer (peut-être) une garde nationale pour éviter les milices armées » – et la guerre civile (pp.259ss). Telles sont les propositions, un peu faibles et assez banales mais sans doute nécessaires, du géopolitologue de Science Po Frédéric Encel. Un programme pour Valls ou Fillon ? En tout cas un bel objet de réflexion plutôt que d’émotion.

Frédéric Encel et Yves Lacoste, Géopolitique de la nation France, 2016, PUF, 287 pages, €19.00

e-book format Kindle, €14.99

Vient de paraître ce même jour sur Slate.fr l’interview de David Thomson sur les djihadistes, et surtout sur le déni très français de la caste médiatico-politique des menaces de l’islamisme. A lire absolument !

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