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La France vire-t-elle fasciste ?

Comme après la crise boursière des années 1930, vite devenue financière, économique et sociale, la crise boursière des années post-2008, vite devenue financière, économique et sociale, suit son cours. La dernière étape est inévitablement politique. Comme dans les années 30, le populisme un peu partout dans le monde occidental développe ses outrances, ses naïvetés et ses mensonges intéressés. Cela a abouti hier à Mussolini en Italie, à Hitler en Allemagne, à d’autres régimes ou partis plus ou moins autoritaires en Europe (Franco en Espagne, Horthy en Hongrie, le rexisme en Belgique, Pétain et Laval en France…).

Et aujourd’hui ? L’histoire ne se répète jamais, sauf que le tempérament humain reste le même. Les « réactions » pavloviennes aux mêmes événements produisent des mêmes comportements malgré l’histoire qui enseigne, la culture qui progresse, les années qui passent. Ce qui est arrivé hier arrive donc aujourd’hui : la révolte antiparlementaire, anti-représentative, anti-élite, anticapitaliste, antilibérale, anti-étrangers ; la peur du déclassement culturel, la hantise de dégringoler l’échelle sociale, de payer trop d’impôts par rapport aux autres, de ne pas avoir sa part du gâteau redistributif, d’être exclu du petit rebond de prospérité après crise. Ce fut le cas en 1925 en Italie, en 1933 en Allemagne, en 1936 en Espagne, en 1940 en France…

Les classes moyennes et populaire s’unissent alors pour contester « le système » : dans les années 30 les petits capitalistes, artisans et commerçants, les petits fonctionnaires et les intellos mal reconnus, les ouvriers qualifiés déclassé par le lumpenprolétariat, les retraités grugés par les impôts, les paysans laminés par la distribution. Tous ont formé le terreau du fascisme, du nazisme, du franquisme, du pétainisme, du rexisme… Le Parti populaire français rivalisait avec le Rassemblement national populaire et Solidarité française pour contester le pouvoir et prôner la démission du gouvernement et l’instauration d’un plébiscite par appel direct au « peuple ».

La passion était l’Etat seul et ni les partis, ni les élites, ni les administrations : « Tout dans l’Etat, rien hors de l’Etat, rien contre l’Etat ! » braillait Mussolini, ancien combattant et militant socialiste engagé devenu homme fort du fascisme naissant. Comme à l’école primaire, les gens primaires en appelaient au maître contre les frustrations dues aux copains plus habiles ou plus forts. L’Etat allait égaliser tout et tous, protéger la nation et « le peuple », nationaliser les profiteurs et rétablir les frontières contre les « étrangers » (tout en allant soumettre quelques pays nègres – comme l’Ethiopie – pour offrir de la promotion sociale aux incapables – mais blancs).

La revendication des frontières, de la France seule, l’égalitarisme jaloux et des impôts pour « les riches » reviennent aujourd’hui chez les fachos des ronds-points ; ils portent gilet jaune en guise de chemise noire, sauf que… manquent dans la France d’aujourd’hui les partis de masse et les hommes forts – machistes à la Poutine, Trump ou Bolsonaro. Cela fait une différence : si le terreau social est le même, la solution n’est pas trouvée.

Le fascisme voulait l’héroïsme contre l’égoïsme ; le gilet jaune étale son égoïsme (et moi ? et moi ? et moi ?), refusant toute organisation, programme ou porte-parole. Leur seul héroïsme consiste à tourner en rond – uniquement le samedi –  et à laisser casser les biens publics par des bandes couvées avec indulgence (ça fait du buzz à la télé). Tout patriotisme est absent, une seule revendication aussi vaine qu’inepte réussit seule à faire un semblant d’unanimité : « Macron démission ». Le président Macron, élu sans conteste en 2016, ne démissionnera pas. Alors quoi ?

Qui proposer à sa place ? La duccesse marinée en la peine, au casque chevelu décoloré pour faire propre aryen ? Le ducce du camion qui ne connait ni droit ni loi ? Le Dupont trop feignant pour vérifier ses affirmations avant de balancer un gros mensonge afin de Trumper son monde ? Quand ces matamores de ronds-points l’ouvrent, c’est pour se rendre ridicules. Faut-il écouter les leçons de démocratie de l’Italien arrivé par hasard au pouvoir contre l’immigration ? Le pays qui a inventé le fascisme tout comme la Russie qui a inventé stalinisme et goulag sont-ils vraiment des « modèles » pour la France ? Mélenchon se tait, ne voulant pas subir de sort de Karl Liebknecht ou de Rosa Luxembourg, tant les extrémistes de droite sont survoltés, jouant volontiers du couteau au Brésil ou en Pologne et menaçant « de mort » en France même les députés de la République. Le « socialisme » est inaudible, même si « Pépère » essaie de chevroter qu’un président ne devrait pas faire ça. L’opposition Wauquiez est aux abonnés absents, une hémorragie de militants centristes éclaircissent les rangs de « La » République (LR), sauf une poignée de sénateurs qui justifient leur fauteuil en creusant « l’affaire » des possibles dysfonctionnements de l’Elysée.

Alors qui, les gilets ? Un bon gros beauf tiré au sort ? Referait-on des élections présidentielles aujourd’hui, selon les sondages, ce serait… Macron qui repasserait : faute d’alternative crédible. Le problème avec le mouvement jaune est qu’il s’agit d’un agrégat sans lien autre que brailler ensemble et frire des merguez dans la grande fête « où l’on se parle » – pas d’un parti politique proposant un programme politique et des leaders politiques aptes à gouverner. Se sentir bien ensemble (un seul jour par semaine) ne fait pas un projet dans la durée. Un sac à patates, selon le mot de Marx, n’est pas une classe sociale consciente de ses intérêts.

Ce qui domine est l’anarchie. Ni Dieu, ni maître, ni Macron. Bon : et l’on se gère comment ? Par des référendums sur tout et n’importe quoi ? Par une mosaïque de revendications locales, tribales, minoritaires ? La juxtaposition des égoïsmes a-t-il jamais accouché d’un projet collectif ? On comprend sans peine pourquoi les gilets jaunes ne veulent surtout pas « participer » au grand débat : il est national et devra formuler des propositions de lois concrètes. Or ils sont bien incapables de s’élever au niveau de la nation (encore moins de l’Europe face aux géants du monde !), incapables de formuler des projets d’intérêt collectif autres que « Macron démission » et que « moi y’en a vouloir des sous » pour moi !

Ils se disent « apolitiques » ce qui est le signe, depuis Alain, d’un conservatisme qui ne propose aucun progrès. L’anarchisme de droite (à la Céline) est proche de l’extrême-droite mais refuse l’embrigadement (à la Brasillach) : il est une maladie infantile du fascisme, peut-on dire en paraphrasant Lénine. Seul le processus de brutalisation des années 1930, l’accoutumance à la violence verbale et physique – jusqu’aux menaces de mort – est préoccupant : il fait le lit du premier macho fort en gueule qui passera ramasser les miettes et les pétrira en parti puissant. Mélenchon aurait bien voulu jouer ce rôle, las ! l’époque est plutôt à droite et, sauf à virer Doriot (passé du communisme au fascisme d’un seul élan), peu de chance qu’il y arrive.

Le « mouvement » des gilets jaunes apparaît donc comme un geste, pas comme un acte ; comme une velléité, pas comme une volonté ; comme une jacquerie à prétexte fiscal, pas comme un projet pour le pays. Alors, non, la France ne vire pas fasciste. Pour le moment.

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Boukhara 1

Boukhara s’est bâtie au 1er siècle après dans la vallée de la Zeravshan, région productrice de gaz naturel, de coton et de soie. Mais elle existait déjà sur un territoire couvert de lacs et de roseaux, où vivaient une multitude d’oiseaux et d’autres animaux. Cette oasis a été occupée dès avant le 6ème siècle où les rois de Perse l’envahirent, avant les Grecs d’Alexandre, en 329 avant. Ces derniers y restèrent un siècle.

En 709, la ville fut prise par les Arabes et devint alors « ville aux 360 mosquées ». Elle est resserrée autour du centre historique ; au total, elle abrite 300 000 habitants. Toute la ville est façonnée d’argile rouge charriée par le fleuve Amou-Daria. La brique est chaude, lumineuse, carrée, tout comme se veut la ville. Boukhara, bien placée sur les routes des caravanes, a gardé une tradition d’artisanat depuis Tamerlan. A notre arrivée, il est annoncé officiellement 38° centigrades de température au pire de la journée (à l’ombre) et 43° après-demain.

Nous visitons le Labkhause, « les lèvres du bassin », le réservoir d’eau du centre-ville. Les restaurants touristiques se dressent tout autour. Kamaka et des medersas du 16ème siècle s’étendent de part et d’autre.

Un mûrier de 1477 est toujours debout mais en ruines ; ne reste de lui qu’une souche. En face, un autre est toujours vivant. Une statue d’Effendi sur un âne a été érigée en 1979. Effendi est un personnage rusé, dur aux avares et cher aux pauvres. Des gavroches du coin, épaules solides et court vêtus, entreprennent d’y grimper pour s’asseoir dans son giron. Ils dominent le bassin et sont tout fier de cet exploit. Sourire au photographe qui l’immortalise sur l’instant. L’oiseau légendaire Humo porte bonheur figure sur une mosaïque du fronton des medersas.

La mosquée Magok Attor, dont le nom signifie « souterrain marchand », date du 12ème siècle ; elle a été reconstruite en 1547. Dans son unique salle à 6 piliers couronnée de 12 coupoles, un tapis représente La Mecque. Il est venu d’Iran au 20ème siècle. Le portail de la façade sud est décoré de lyres en chapiteaux qui soutiennent l’arc de niche. Le décor de brique ciselé a été conservé car il s’est retrouvé vite sous la terre, le sol s’étant élevé de près de 8 m destruction après destruction des tremblements de terre et des invasions.

Toutes les visites de Boukhara se font dans le même étroit rayon autour du centre. Tous les monuments sont voués au commerce, tapis, babioles, artisanat, souvenirs. C’est un retour aux traditions caravanières, sans doute.

Nous prenons le dîner au bord du bassin, à l’air libre, la foule d’ambulant alentour. Des jeunes à plusieurs observent et commentent les étrangères, des familles entières se promènent, prennent une boisson ou une glace. Le tout fait très Côte d’Azur ou bords de la mer Noire. Le repas est banal, tellement que je n’en ai rien retenu.

Les matrones qui déambulent en soirée, tenaient commerce dans la ville l’après-midi. Elles font la rituelle promenade en famille avec mari et marmaille. Comme ailleurs dans le pays, elles se portent bien et s’enveloppent de robes imprimées à grosses fleurs. Une jeune fille aux cheveux noir corbeau a recourbé une mèche derrière l’oreille. Cela lui donne un air mutin si l’on songe à en croissant de lune, un air presque agressif si l’on voit le cheveu pointer comme un crochet.

Nous allons au matin suivant voir les coupoles marchandes d’Abdullah Khan. Ce sont des pavillons du 16ème siècle dont il subsiste trois : l’un servait au troc, l’autre aux chapeliers, le dernier aux bijoutiers.

A côté se dressent d’antiques bâtiments autour d’un bassin, le khaouz. Le khanaka (couvent) de Nadir Divan Beghi s’étend, rectangulaire, derrière un étroit portail. La medersa du même nom s’élève en face. Elle est décorée de mosaïque fine représentant des oiseaux simourg et des biches. La medersa Koukeldach est entre les deux. Datant du 16ème siècle, son rez-de-chaussée était voué aux études, le premier étage aux logements. Dix medersas étaient en fonction en Ouzbékistan, d’après Rios. Chaque cellule contenait deux ou trois étudiants. Aujourd’hui, quand elles ne sont pas en restauration, elles sont occupées par des boutiques.

 

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Samarcande, mausolée Gur-Emir et medersas

L’après-midi, nous allons au mausolée Gur-Emir, celui même où repose Tamerlan dès 1405. Il l’a fait construire lui-même avant sa mort pour son petit-fils préféré Mohammed Sultan, mort deux ans avant, pendant l’expédition d’Asie mineure. Les deux fils de Timour y sont inhumés, Oulougbek aussi. Le mausolée complète autour d’une cour une medersa et la khanaka, le couvent des derviches. La coupole, de mosaïque glacée bleu azur moucheté de jaune d’or et d’outremer, est cannelée de 64 rainures. Cela lui donne une légèreté visuelle étonnante.

Les murs intérieurs sont ornés de reliefs dorés géométriques et de peintures bleu ciel sur des bossages en papier mâché. Les fenêtres à vitraux clairs s’ouvrent comme des grottes aux stalactites de stuc.

L’épitaphe de Timour, sur sa pierre tombale en néphrite vert foncé, maudit quiconque qui dérangerait le mort. Celui qui ouvrirait la tombe attirerait l’invasion sur son pays. Des archéologues soviétiques athées ont exhumé le cadavre pour tenter de reconstituer ses traits. C’était en mai-juin 1941 et, le 21 juin, l’Allemagne nazie entrait brusquement en Union soviétique avec des intentions rien moins que pacifiques…

Trois medersas du Registan sont à voir : Chir-Dor, Oulougbek et Tilla-Kari. Elles datent du 15ème siècle, celle d’Oulougbek – appelée Mirza – des années 1417-1420. Sur Registan Square, la porte de la mosquée indique la direction de La Mecque. Son plafond est décoré à la feuille d’or.

Ici règnent les marchands du temple, il y a des boutiques partout qui vendent des tapis, des vêtements, des souvenirs de pèlerinage. Le Registan était par tradition le centre marchand, artisanal et culturel de la ville depuis le 11ème siècle. Ce lieu public central de la ville montrait les exécutions capitales, criait les ordonnances du Khan et accueillait les fêtes populaires.

C’est toujours le cas : sur l’esplanade a lieu une grande fête des étudiants, musique locale à fond dans les haut-parleurs et danses rituelles de la jeunesse. C’est une occasion de badauder pour les spectateurs qui, dans ce pays, adorent ça.

Autour jouent les gamins, tout à leur imagination. Un petit dur en bermuda et torse nu, le corps pain d’épice et les cheveux blond ras, a la poitrine toute griffée par ces jeux violents. Un plus grand l’entreprend d’ailleurs et ne le ménage pas.

Nous n’avons qu’à peine le temps de souffler que, vers 19 h, nous devons quitter l’hôtel où nous venons de revenir, une demi-heure avant, pour aller dîner « chez l’habitant ». Il s’agit d’une extension de ces restaurants privatifs, mis à la mode à Moscou dans les dernières années soviétiques. Nous sommes accueillis dans une grande maison d’hôte. Un particulier loue son cadre et vend ses repas traditionnels. Sa grande terrasse, qui domine la cour, est fort agréable. Nous sommes servis sur une longue table et les plats montent directement de la cuisine par l’escalier. Salades diverses, samosas et le fameux « plof » qui est du riz pilaf au mouton gras, agrémenté de carotte et de raisins secs comme dans un couscous.

 

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Magnolia de Paul Thomas Anderson

Malgré son Ours d’or du meilleur film à la Berlinale 2000, je n’aime pas cet éclatement mosaïque où tout est décousu, rassemblé seulement par le pseudo « hasard » des choses – trop bien écrit et calculé par l’auteur.

Les neuf personnages sont tous antipathiques, sauf peut-être le policier un peu trop assistant social. On se demande comment Tom Cruise, dans son numéro de macho sexuel hystérique, a pu gâcher ainsi sa plastique et son talent (contre 13 millions de $ et une participation aux bénéfices quand même…). Il apparait évidemment une fois torse nu (« direction la queue ! », hurle-t-il à ses fans payants) devant une journaliste noire manucurée et maquillée de violet…

Les pendus du générique servent-ils à réduire l’humanité au destin de pantins tirés par les ficelles du destin ? Nous sommes juste avant l’an 2000 et la terreur millénariste, qui a hanté les âmes faibles américaines, a probablement joué dans ce grand n’importe quoi. Rappelez-vous : le Bug informatique qui allait tout faire sauter, les self-made men réfugiés dans les Rocheuses sous bunker, avec armes et provisions, les manuels de survie dans la jungle future… L’obsession biblique n’a pas fini de faire des ravages dans la pauvreté d’esprit yankee.

Tous sont pécheurs, tous sont coupables, tous seront pardonnés ! Le vieux Earl Partridge (Jason Robards), magnat de la presse et producteur d’une émission de singes savants, va crever d’un cancer bien mérité : il a largué sa femme et son fils il y a des années lorsque celle-ci a été atteinte de la même maladie. Il n’a pas voulu être « contaminé » et continuer à tringler des bonnes femmes plus saines. Le gamin (Tom Cruise) lui en a voulu à mort, assistant à la fin de sa génitrice, mais n’a cessé de suivre l’exemple paternel en douce en créant une société de consultant pour jeunes mâles en mal de séduire. Pour lui, pas de problème : il faut vouloir, donc oser, puis tringler. Simplicité yankee.

Le cacochyme Partridge demande à son infirmier Phil (Philip Seymour Hoffman), dans le dos de sa seconde femme en jument à forte mâchoire (Julianne Moore), de retrouver ce fils qu’il a manqué (Tom Cruise). Ce dernier a pris le nom de sa mère et le prénom de son grand-père maternel et se fait appeler Frank T. J. Mackey. Une journaliste de minorité visible (April Grace), éprise de « vérité » et de « transparence démocratique » (symbole de la rédemption des esclaves dans le christianisme) veut à toute force percer la baudruche, ce qui déstabilise le Frank et lui fait répondre à l’appel ultime de l’infirmier pour se rendre auprès de son père. Il l’injurie et l’aime en même temps – façon hystérique de jouer le repentant, style fils prodigue ou bon larron.

Jim le policier (John C. Reilly ) rencontre Claudia (Melora Walters), fille cocaïnée au dernier degré de Jimmy (Philip Baker Hall), présentateur vedette de 65 ans du jeu télé produit par la société de Partridge où un trio de gamins savants est opposé à un trio d’adultes encyclopédiques (vous suivez ?). Dans ce show « populaire », nul ne tient compte des personnes, tous se mettent au service du Jeu (et du fric). Claudia aurait été « attouchée » adolescente par son père qui ne s’en souvient pas et se meurt d’un cancer des os pour punition de ses péchés (réels ou imaginaires). Jimmy le vieux pourri s’effondre en représentation – permettant trois minutes de pub – avant qu’on le remette sur pied pour finir son rôle. Stanley, le gamin vedette (Jeremy Blackman), a une forte envie d’aller aux chiottes, ce qu’empêchent à la fois l’assistante robotisée de l’Émission – et son Père (Michael Bowen) qui veut se rendre célèbre et gagner beaucoup d’argent via son fils… En bref un imbroglio de nœuds œdipiens et sado-maso qui rendent compte de toute la névrose chrétienne de la société marchande yankee.

Ce qui aboutit au pathétique pédé Donnie (William H. Macy), ancien gamin savant vainqueur du jeu il y a trente ans et même pas beau, qui veut se faire refaire le râtelier afin de séduire le barman athlétique de son nid de consolation favori, dont les pectoraux pointent sous le polo ajusté. L’apparence : tout ce que l’infantilisme et l’exploitation éhontée des gens réussit à produire…

Ce film est la psychanalyse de l’Amérique au tournant du millénaire ; elle expie ses peurs, ses péchés, ses turpitudes. « Même si nous en avons fini avec le passé, le passé lui, n’en a pas fini avec nous », pontifie le Narrateur en chœur à l’antique. Mais, une fois passé le fatidique Y2K, tout reprendra comme avant – en pire même avec Bush Jr, puis Trump l’infantile.

Non, décidément, je n’aime pas ce film car je n’aime pas cette Amérique. Et le côté décousu éclaté me gêne parce qu’il noie le poisson dans l’esthétisme intello (formaté aux normes réduites américaines). La seule ‘réflexion’ est d’émotion, la seule ‘philosophie’ la religion, la seule beauté humaine une vallée de larmes. Son formalisme et ses effets de travelling ennuient profondément sur la fin (le film ose durer 3 h !). Une pluie de grenouilles aussi grosses que des steaks s’abat sur la ville, en réminiscence grotesque d’Ancien testament. Décidément, quelle bouillie ! L’Amérique dégueulasse vue du côté interne des yeux. Beurk !

Rassurez-vous, beaucoup aiment ce film. Mais, vous l’aurez compris, je ne suis pas « beaucoup ».

DVD Magnolia de Paul Thomas Anderson, 1999, avec Tom Cruise, William H. Macy, Julianne Moore, Metropolitan Video 2011, €19.71 blu-ray, €4.57 édition simple,  €35.07 en coffret Anderson avec The Master + Magnolia + Boogie Nights

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Pompéi moulages et peintures

Nous reprenons le train pour Pompéi. Nous déjeunons au restaurant « suisse » installé en face de l’entrée. Nous buvons un Lacrima Christi rosé, un vin au joli nom et au goût sympathique.

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Les fouilles sont ici longues à visiter, bien qu’elles ne couvrent que les trois cinquièmes du site original, et nous y resterons quatre heures. Beaucoup de maisons sont fermées, faute de gardiens pour les surveiller ou de fonds pour les mettre en état. Nous ne les verrons que de loin. Cette fois il y a du monde, mais c’est un site international. Alexandre Dumas fut nommé éphémère directeur des fouilles par Garibaldi vainqueur, en 1871.

Pompei - calchi nell'orto dei fuggiaschi

Une certaine émotion pourtant ressurgit devant les moulages en plâtres des restes humains surpris par les cendres dans des gestes de crainte ou de vaine protection. Elle est analogue à celle qui m’avait étreint au musée de la Bombe, à Nagasaki.

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C’est toujours la même horreur suprême d’un destin aussi brutal qu’injustifié, d’une énormité implacable et sans raison. A côté, la vie paraît encore une fois peu de chose, une mécanique miraculeuse et fugace.

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C’est en décembre 1772 que l’on découvre 18 corps dans les corridors souterrains de la villa de Diomède, dont celui d’une jeune fille qui a inspiré l’Arria de Théophile Gautier. Mais ce n’est qu’en 1863 que le directeur du chantier, Fiorelli, découvre une méthode de moulage des corps par injection de plâtre dans la cavité. Ce procédé nous permet aujourd’hui de regarder les corps humains dans leurs derniers instants. La ville nous apparaît ainsi dans sa vie quotidienne, ses peines et ses joies. Le visiteur comprend mieux ensuite les peintures des murs, les restes de la vie humble.

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Car sur les murs des fresques étalent le quotidien romain avec une vivacité aiguë. La peinture est un mélange de couleurs à une solution de chaux, de savon et de cire. Elle est lumineuse, gaie, elle brille.

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Les thèmes en sont l’amour, les fruits, les oiseaux, les bêtes, les héros, les gens de tous les jours. La maison de Julia Felix montre ainsi de truculentes natures mortes. Les pièces s’ouvrent autour d’un jardin à ciel ouvert, garni de fontaines. Le péristyle a des pilastres de marbre cannelé. La salle à manger est garnie de lits de marbre et comprend un nymphée où l’eau coulait doucement sur les marches de pierre. Sur les murs, une coupe déborde de pommes et de raisins, une assiette est garnie d’œufs frais, un pot en étain attend l’eau fraîche, un mortier et sa cuiller l’ail ou les herbes. Quatre grives sont pendues à la paroi, aux côté d’un linge à franges…

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Cave canem prévient cette inscription en mosaïque, au seuil d’une demeure, « attention au chien ».

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Et, pour ceux qui ne savent pas lire, ou qui sont trop distraits, le molosse est figuré enchaîné, en tesselles noires sur fond blanc, tous crocs dehors. C’est l’entrée de la maison du Poète Tragique.

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D’autres peintures figurent des habitants. Un boulanger et sa femme sont célèbres. Lui, Térentius Néo a un gros nez et des traits frustes. Il ne s’est pas rasé de la semaine, comme un paysan. Elle est plus coquette, bien apprêtée, l’œil vif, prête aux intrigues sociales tandis que son mari travaille pour amasser l’argent.

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La nudité est omniprésente, héroïque ou érotique, ou tout simplement parce que nous sommes dans une contrée où le climat est particulièrement doux. Les petits amours sont bien portants. Les Trois Grâces, sculptées de marbre, sont des filles jeunes aux seins fermes et aux mamelons raides. Leur corps est blanc et souple. Leurs cheveux sont tenus par deux nattes ramenées sur le front en couronne de laurier.

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Dans la Maison des Vettii (qui aurait appartenue à la seconde femme de Néron), un Priape obscène conjure le mauvais sort. Dans le jardin, un enfant nu en bronze porte une oie sous le bras et une grappe de raisins.

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Sur fond rouge, des pilastres à bandes noires encadrent des scènes mythologiques, Apollon vainqueur du serpent Python, Oreste et Pylade, Héraclès en bébé musculeux étrangle deux serpents, Penthée est déchiré par les Bacchantes.

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Les Amours, en frise, s’occupent à divers travaux des jours ; ils vendangent, ils cisèlent des bijoux, ils foulent des draps, préparent des potions, forgent des armes, vendent du vin. Un court texte gravé indique qu’Eutychès la grecque s’y donnait pour deux as.

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La Maison des Amours Dorés les montre en vol, dorés sous de minces plaques de verre. Dans la Maison du Poète Tragique, Aphrodite les contemple, attendrie.

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Un faune, dans la Maison du même nom, danse en bronze, toute barbe en bataille, dans un impluvium. Un chat dévore une perdrix, des oies passent, une faune marine nage comme dans un aquarium ; mais ce ne sont que des copies – les vrais sont au musée de Naples.

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Temple de Garni en Arménie

Sur le plateau au-dessus des orgues basaltiques s’élève le temple de Garni, tout en basalte gris et aux colonnes de temple grec. En l’an 57 les Romains ont envahi l’Arménie mais Tiridate le Grand les écrase en 62 près de Kharput. Pressé par les Parthes il remet sa couronne à Néron et part pour Rome afin de signer la paix et récupérer la couronne. Ce qui fut fait. C’est Tiridate qui fit construire ce temple à Mithra vers 66, reconstruit en 72 après les attaques des barbares du nord.

Écroulé en 1679 à la suite d’un tremblement de terre, il a été reconstitué depuis 1949. Il a été consacré au dieu Mithra d’origine indo-iranienne, signifiant le soleil. Il a été transformé un temps en mosquée après la conquête arabe. On parle de style hellénistique bien qu’Alexandre ne soit pas venu jusqu’ici. S’il est aussi bien conservé, c’est qu’il est resté géographiquement loin des lieux de pouvoir, notamment lors de la christianisation au IIIème siècle. La frise montre des branches d’acanthe, des fleurs, des raisins, des grenades. Les pierres sont bien taillées, ajustée sur les façades, leur intérieur est tenu avec des joints de plomb. Les Turcs ont creusé jadis pour récupérer le précieux métal, d’où les quelques trous qui parsèment la base.

Les anciens Arméniens vivaient leur vie conformément aux lois de la nature. Pour eux, la géométrie était un lien avec le divin qui régit l’univers. Les calculs étaient magie réservée à l’élite religieuse. Pour la construction du temple, l’harmonie des formes rapprochait de la nature, donc des dieux. Un est l’univers, deux la séparation, trois la trinité indoeuropéenne avant celle du Christ, quatre les saisons de l’année, six est la perfection, sept les êtres célestes et les forces spirituelles, huit le symbole de l’infini donc une nouvelle vie et neuf le nombre le plus saint parce que 3 x 3 – trois trinités.

A Garni, un escalier de neuf marches amène au podium (le paradis). La proportion entre le diamètre des colonnes et les espaces libres entre elles est de 1 sur 3 (univers et trinité). Les 24 colonnes symbolisent les nuages et les vapeurs (2+4=6, un nombre de perfection, 24 = 8×3 ou la vie multipliée par la trinité. Le sanctuaire se compose d’un cercle parfait (un) avec 6 cercles à l’intérieur (3+3, nombre parfait). Quatre cercles intérieurs tracent l’endroit où devait être dressée la statue et le feu saint.

Le chemin dallé qui conduit au palais d’été a des pierres de six côtés, les sommets mêmes des orgues basaltiques que nous avons vues pendre en dessous, dans la gorge où nous avons randonné ! Ce palais d’été à deux étages de 15 m sur 40 m servait de maison de fraîcheur, à la limite de la gorge du torrent Azat qui coule cent mètres en contrebas. Le vent frais qui monte devait être bien agréable par des chaleurs telles que celle d’aujourd’hui.

Pour se rafraîchir, les humains pouvaient aussi aller aux thermes romains, construits un peu plus loin, au IIIe siècle (après). Il comprend cinq salles : vestiaire, eau froide, eau, chaude, étuve et bain tiède. Il était chauffé par hypocauste, ces pilotis de brique soutenant un plancher sous lequel on entretenait le feu. Une mosaïque sur le sol réunit jusqu’à quinze couleurs de tesselles. Le fond vert clair de la mer met en relief des dieux de l’océan avec néréides et poissons. Les inscriptions sont en grec mais les visages sont de type oriental. Le texte dit « nous n’eûmes pas un poisson mort ni de la mer ni de l’océan », une autre inscription précise « travaille, mais pas de gain ».

Des familles arméniennes en visite font le tour, leurs ados murés dans leur réserve, trop souvent montés en graine avec la tête trop grosse pour un torse encore fluet. Des gamins du coin s’ébattent tout nu derrière le site, au jaillissement d’un jet d’eau.

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