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Vladimir Nabokov, Brisure à senestre

Le titre est un terme d‘héraldique qui barre l’écu d’en bas à gauche à en haut à droite et indique la bâtardise. Il s’agit ici non d’une famille mais d’une époque, « une distorsion dans le miroir de l’être, un mauvais détour de la vie » selon l’auteur (introduction). Ecrit de 1942 (à Paris) à 1946 (aux Etats-Unis), Nabokov connaissait l’angoisse d’être mari d’une juive et père d’un petit garçon né en mai 1934 (8 ans en 1942 – tout comme David, le fils de Krug). Cela dans une époque où, chassé de Russie par le communisme dictatorial lénino-stalinien, puis d’Allemagne par le nazisme antisémite, il se sentait menacé dans sa conscience même. Bien qu’il veuille ses romans hors d’époque et centré sur des types humains, Nabokov est ici immergé dans son siècle tant celui-ci s’impose aux consciences : « univers de tyrannie et de torture, de fascistes et de bolchevistes, de penseurs philistins et de babouins en bottes de cuir » (introduction, p.606 Pléiade). Le dialecte inventé du pays imaginaire est d’ailleurs un mélange de russe et d’allemand – ces deux langues de la barbarie du temps.

Car le roman est une allégorie qui prolonge Invitation au supplice (paru en 1934 et chroniqué sur ce blog), où un homme est emprisonné puis condamné pour déviance au Peuple. Ici, Adam Krug est un philosophe universitaire reconnu qui vient de perdre sa femme à l’hôpital. La « révolution » gronde et chasse le régime ancien. Krug se croit au-dessus de la politique, indifférent au régime quel qu’il soit à condition que sa liberté de conscience soit assurée. Or c’est impossible dans un régime totalitaire – où la notion même de totalité rend politique tout comportement et toute conscience. Chacun doit penser comme le Peuple et selon les commandements de Dieu, même si le Dieu n’est qu’un Crapaud, laid, asocial et vil à qui ses condisciples enfants faisaient subir des avanies d’écolier. Krug ne le croit pas, Krug se trompe, Krug en pâtira. Son aveuglement est tragique.

Car deux dieux se disputent « Adam », le premier homme : l’auteur qui est le Créateur et Paduk le crapaud qui est un personnage déchu. Krug est sain, viril et bon ; Paduk est pervers, lâche et mauvais. Le dictateur, ayant amalgamé tous les timides, les exclus, les bancroches, impose sa loi qui est celle de son bon plaisir sous l’idéologie commode d’un certain Skotoma qui prône une égalité totale des consciences et des comportements. Scotomiser est le déni psychologique de faits vécus intolérables – peut-être est-ce un signe. Qui n’est pas conforme est « rééduqué » ; qui n’est pas rééducable est massacré. Or Paduk aimerait bien avoir comme caution réelle Krug, dont la pensée et les travaux sont reconnus à l’étranger. Pour cela, il va le tenter par le pouvoir (devenir président de l’université, puis ministre de l’Education), par l’argent (il triple son salaire) ; puis par la peur (il arrête un par un ses amis proches), et enfin par le levier ultime : son enfant.

Le sadisme impersonnel de l’Appareil se montre alors dans son implacable engrenage. Les nervis sont des illettrés bornés (les soldats sur le pont), des brutes épaisses (Mac le musculeux), des putes en chaleur à peine plus âgées que Lolita (Mariette) ou des adolescents de la « brigade des écoliers (…) attifés de chemises écossaises en laine dont les pans battaient » p.768 ; ils saisissent mal les ordres et les exécutent avec sauvagerie. David est séparé de son père et emmené. Paduk convoque Krug, son ancien condisciple bizuteur pour lui montrer désormais qui détient la force ; il reproduit son enfance. Krug est effondré par l’arrestation de son petit garçon laissé à des adolescents cruels qui le giflent et « l’écartèlent » pour le faire tenir tranquille ; il est prêt à tout accepter et tout signer pour lui. Reconnaissant de cette soumission, « l’Etat » lui présente un petit Krug qui n’est pas le sien mais le fils d’un homonyme qui a 12 ans : il y a « erreur » administrative. Le vrai petit Krug, David, a été emmené dans un centre pour jeunes délinquants où la « rééducation » consiste à reproduire chez la victime ce que Paduk a subi enfant : le bizutage agressif de condisciples plus âgés. La novlangue totalitaire invente le terme d’« ‘instruments de relaxation’ au profit des pensionnaires les plus intéressants ayant un casier judiciaire (pour viol, meurtre, vandalisme sur des biens appartenant à l’Etat, etc.» – le « etc. » est glaçant et le lecteur imagine sans peine l’échelle des sévices que va subir « la petite personne » (autre terme euphémisé de la novlangue) : « dans certains cas, le passage de ces inoffensifs pincements et bourrades, ou légers attouchements sexuels, à l’arrachement de membre, la rupture d’os, l’énucléation, etc. demandait un temps considérable. Il était inévitable qu’il y eût des accidents mortels, mais très souvent on pouvait rafistoler la ‘petite personne’ que l’on renvoyait ensuite vaillamment au combat » p.785.

C’est une véritable épreuve que progresser dans ce chapitre où Krug passe de mains en mains, de fonctionnaires en fonctionnaires, pour finalement arriver au centre pénitentiaire pour enfants situé dans les montagnes où on lui présente d’abord le manteau de David pour prouver qu’il s’agit bien de lui, puis un film ultime où on le voit commencer « l’exercice » de rééducation en étant livré aux fauves délinquants dans un pré, enfin l’infirmerie où peut voir l’insoutenable : le corps martyrisé de son petit, désormais sans vie.

Charitable, le dieu bon qu’est l’auteur rend fou son personnage, ce qui lui permettra, en une ultime confrontation avec le Crapaud, de reproduire la scène d’enfance en humiliant le chef devant tous, même si les balles finissent par arrêter sa carcasse mortelle.

« Le thème principal est donc le battement du cœur affectueux de Krug et la torture à laquelle est soumise une tendresse profonde. Le livre fut écrit pour ces pages où l’on voit David et son père ; c’est pour elles qu’il faudrait le lire » (introduction p.607.). Pour cela, et pour l’analyse profonde de la tyrannie – malgré les intertextes, autoréférences et autres pièges à critiques un brin irritants – j’aime beaucoup ce roman de Vladimir Nabokov. Ne cherchez pas la petite bête, lisez-le simplement, il se suffit à lui-même sans notes de bas de page.

Vladimir Nabokov, Brisure à senestre, 1947 revu 1960, Folio 2010, 320 pages, €7.80

Vladimir Nabokov, Œuvres romanesques complètes tome 2, Gallimard Pléiade 2010, édition de Maurice couturier, 1755 pages, €76.50

Vladimir Nabokov chroniqué sur ce blog

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The Gosts of Mars, film de John Carpenter

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John Carpenter est musicien ; et il adore illustrer sa musique battante avec des images, prises dans une histoire de base bien frappée. Il nous entraîne ici sur Mars en 2176. Quelques 640 000 Terriens exploitent la planète pour ses ressources minérales, disséminant des cités minières ici ou là, reliées entre elles par des trains.

Particularité de la planète et de la nouvelle époque, Mars est régie par le Matriarcat : les femmes sont toutes à des postes de responsabilité, inversant la situation 2001. Ce décalage n’est pas sans intérêt, montrant les gros machos en sergents et jeunes recrues plus bêtes que la commandante (Pam Grier) et la lieutenante (Natasha Henstridge) qui les dirigent. Plus bêtes et plus obsédés sexuels, le sergent (Jason Statham), un tombeur appelé Jéricho (en hommage aux murailles à faire tomber ?) ne pensant qu’à baiser avant l’apocalypse. Mais la lieutenante aux yeux de glace ne l’entend pas de cette oreille ; si elle consent à l’embrasser entre deux portes, c’est bien le tout, car l’urgence commande et le pistolet-mitrailleur s’exhibe avant la queue.

Le détachement de flics, pas moins de cinq personnes dont deux chefs femelles, doit aller chercher un délinquant soupçonné d’horribles meurtres avec pendaison et décapitation, qui a été pris la main dans le sac de billets de la gare qu’il a braquée (il y a encore des billets en 2176 ?). James Williams, surnommé « Desolation » (Ice Cube), est un affreux Américain de minorité visible, signe que le futur est imaginé multiethnique, sinon mélangé. Ce mauvais gars deviendra bon par la magie de l’aventure, sauvant la vie de la lieutenante et réciproquement. Il a été bien sur accusé à tort, ces meurtres étant le fait des fantômes de Mars.

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Car une fois arrivés à destination par le train – qui doit les reprendre plus tard, mission accomplie – le détachement trouve une cité morte, les gardiens de prison décapités et pendus mais les prisonniers toujours enfermés vivants dans leurs cellules. Que s’est-il donc passé ? Une météorologue spécialiste des tempêtes de poussières sur Mars (Joanna Cassidy) s’est fait enfermer volontairement après avoir fui en ballon-sonde une mine où une étrange découverte venait d’être faite : un couloir souterrain barré d’une porte qui, ouverte, a laissé échapper un vent de poussière – rouge évidemment, comme la planète, comme le sang, comme la guerre, comme le diable. Et d’expliquer que, sur la Terre, des bactéries vivantes s’enkystaient lorsque l’eau venait à manquer, puis revenaient à la vie des centaines ou des milliers d’années plus tard, lorsque l’eau revenait. L’année 2016 a prouvé ce fait, le dégel dû au réchauffement climatique ayant libéré de bactéries d’anthrax dans la toundra sibérienne, puis un virus géant !

Ce sont ici les Martiens qui s’éveillent, une forme de vie indigène qui veut repousser les envahisseurs – comme les Indiens américains. Lesdits Martiens prennent le contrôle des formes de vie envahissantes, les mineurs, les transformant en zombies scarifiés et piercés, des sortes de loup-garou possédés… sauf la lieutenante qui, aidée d’une pilule de drogue que Desolation lui insère dans la bouche après l’avoir sortie du médaillon qu’elle porte, réussit à résister et à expulser la créature. Le LSD comme armure mentale, voilà une inversion très critique à la John Carpenter !

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Amazone, apprenti sorcier, hors-la-loi luttant pour sa liberté, esprit pionnier, possession par le démon – sont autant de mythes agités dans ce space-western. D’où son aspect à la fois primitif et profond. Ce qui compte, au fond, est la vie – et la lutte pour la vie par tous moyens. Du coup de karaté à l’explosion programmée d’une centrale nucléaire en passant par les fusils-mitrailleurs, les pistolets, les épées et les bâtons de dynamite, tout vaut mieux que les palabres, le droit et autres moralismes intellos. Le film ne manque ni d’action, ni de scènes de sulfateuses et d’explosions comme Hollywood adore.

Tourné un an avant les attentats du 11-Septembre, le film montrait que l’Amérique était prête à ce genre d’attitude. John Carpenter, auteur acide de la société dans laquelle il vit, a donné avec ces Fantômes de Mars une illustration actualisée de Christine, déjà chroniqué ici. La technique, comme toujours, asservit les humains et les rend bêtes, sinon des bêtes. Seul le héros, ici une héroïne avec lui, peuvent sortir l’humanité tout entière de ses dérives technologiques – sur un air de hard-rock, nouvel avatar d’opéra wagnérien.

DVD The Gosts of Mars (en français dans le texte), film de John Carpenter, 2001, Natasha Henstridge, Ice Cube, Jason Statham, Pam Grier, Clea DuVall, M6 vidéo 2009, €6.59

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Peter Robinson, Matricule 1139

1989 Peter Robinson Matricule 1139

Peter Robinson, auteur policier du Yorkshire qui vit au Canada, a évoqué la vie autarcique et décalée des marginaux post-68. A Necessary End, publié en 1989, n’a été publié en France qu’en 2007 sous le titre trompeur (et stupide) de Matricule 1139. Le chiffre évoque le bagne ou le camp – rien de tel dans le roman ! Comme toujours, le « milieu » littéraire français veut faire original intello alors qu’il n’est que bête (il s’agit bien d’un Milieu dans le sens de Mafia). Passons… Le roman policier de 477 pages, « enquête de l’inspecteur Banks », vaut mieux que les afféteries d’éditeur germanopratin.

Nous sommes en effet au cœur de l’Angleterre, dans le Yorkshire cher à l’auteur, dans les années Thatcher du libéral-dogmatisme. Lors d’une manif, un flic est tué et une centaine de suspects sont possibles. Est-ce politique ? La manif portait contre l’implantation d’une centrale nucléaire et contre l’extension d’une base d’avions américains. Est-ce personnel ? Le flic descendu se trouve être un gros bras vantard et résolument réactionnaire, qui a découvert le plaisir sadique de matraquer la foule hostile, surtout les femmes et surtout à la tête. Est-ce coup de sang ? Un couteau dans la poche, la haine qui monte, le coup qui part dans la bousculade.

Évidemment, comme il s’agit d’un membre de la maison Poulaga, tombé en service commandé alors que l’organisation laissait à désirer, les enquêteurs locaux sont sensés n’être pas objectifs. On éloigne le superintendant du coin pour adjoindre à Banks, inspecteur, un superintendant pugnace venu de Londres. Le fameux Burgess est un tantinet parano, brutal, provocateur. Il a une haine idéologique pour tout ce qui est anarchiste, communiste, pacifiste, étudiant qui pense, féministe, pédé, hippie, marginal et racaille de tout sexe et acabit. De plus, il saute tout ce qui porte nichons et qui passe à portée…

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Nous avons donc tous les éléments bien noir et blanc pour s’identifier au bien contre le mal, comme il était d’usage entre 1965 et 1991. Un délinquant à peine sorti de prison (déstructuré, violent et très peu sûr de lui) fait le coupable idéal. Un militant d’âge mûr, pontifiant et borné, en fait un autre. Sans parler de deux étudiants, froids et peut-être terroristes. Mais nous sommes en Angleterre, pas au Far-West ; Peter Robinson est plus subtil que le stalinien ou le reaganien moyen ; les choses ne sont donc jamais comme elles paraissent, ni les êtres d’un bloc.

La cause hippie, bêlante et gentillette, a produit de l’égoïsme forcené dont les gamins ont souffert. La militance anti-ce-qu’on-veut a des objectifs louables mais se trouver servie bien souvent par des manipulateurs contents d’eux-mêmes et qui se prennent pour des politiciens. Les policiers, en charge du respect de la loi, dérapent à l’envi dans le machisme et le plaisir de frapper ou de soumettre. Les drogués sont dépendants, mais aussi paumés et incapables de vivre une quelconque liberté s’ils sont remis dans la nature. Les féministes ont secoué les conventions, mais braqués les mâles, et se retrouvent esseulées, éperdues de protection et de maternage, une fois l’âge mûr venu…

L’intrigue est subtile et sa résolution in fine une vraie surprise. Ce roman est un bonheur de lecture tant il fait la part belle aux gens, aux doutes, aux scrupules humains. Banks y joue là l’un de ses meilleurs rôles en mari aimant (mais tenté), en père soucieux de ses enfants (mais absent), en policier respectueux des lois (mais qui a ses convictions politiques). Il aime la musique (l’opéra, le blues, le rock « jusqu’à la séparation des Beatles »), les bons whiskies, les diverses sortes de bières, le tabac, la tourte aux huîtres – et surtout les gens.

En cette année de « printemps » un peu partout, il est intéressant de voir comment ont vécu les post-68 et ce roman sans prétentions intellos nous en dit plus que les traités de sociologues.

Peter Robinson, Matricule 1139 (A Necessary End) Le Livre de Poche policier, octobre 2007, 477 pages, €6.75

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Mohammed, notre Breivic national

« Anders n’est pas fou, seulement paranoïaque. Sa logique glacée vient du sentiment d’être cerné, personnellement sans amour, socialement noyé, culturellement métissé. C’est un activiste du choc des civilisations à la Huntington, proche en pensée de la droite israélienne et des Nachis de Poutine. Behring n’est pas fasciste, il ne croit pas aux mouvements de masse ni aux partis autoritaires bottés sous le charme d’un gourou charismatique. Il est hyperindividualiste, ne croyant qu’en lui-même et aux actes personnels, proche en cela des ultraconservateurs américains, libertariens adeptes des milices armées civiles. Ce pourquoi les bobos intellos du Nouveau Snob se trompent, trop bardés de tabous politiquement corrects pour comprendre la différence entre extrême droite et anarchisme. »

Ainsi écrivis-je en juillet 2011 sur « le monstre » de Norvège. Il me suffit de répéter ce texte pour l’appliquer tel quel à Mohammed Merah. Islamisme et anarchisme hyperindividualiste se confondent lorsqu’il s’agit de passer à l’acte pour éradiquer « tous les aliens ». Et les bonobos de gauche (bourgeois NouvelObs bohêmes) qui accusaient déjà l’extrême-droite s’en mordent les doigts. C’est que le politiquement correct pavlovien n’explique rien, il dissimule. On ne veut pas voir…

Oui, l’islam, comme toutes les religions (y compris la communiste), suscite son propre intégrisme.

Mais il ne faut pas confondre l’islam avec l’islamisme, ni la politique d’Israël à Gaza avec le judaïsme, ni le christianisme avec l’Inquisition, ni la philosophie de Marx avec la Tcheka créée par Trotski, les camps par Lénine et les massacres de masse par Staline, Mao et Pol Pot. Mohammed a assassiné une fillette de sept ans en l’attrapant par les cheveux avant de lui loger une balle dans la tête. Le prophète Mohammed ? Non pas, mais d’un croyant qui porte ce beau nom pour en salir la mémoire. On peut très bien analyser, juger et condamner les massacreurs sans manquer de « respect » à une religion, quelle qu’elle soit. Et la gauche à la mode ne se trouve pas grandie des commentaires vains qu’elle a sur ces événements.

  • Sarkozy a été dans son rôle de président, il a réendossé la fonction, ce qui lui manquait souvent durant son quinquennat. La droite peut se féliciter de l’efficacité de la police, que la polémique inepte sur les lacunes du « renseignement » ne saurait diminuer. Faudrait-il emprisonner, fliquer, déchoir de leur nationalité, expulser… tous les jeunes tentés par un séjour dans un camp islamiste ou autre ? Allons donc ! Nous devons rester un État de droit.
  • Hollande a été digne et discret, faisant ce qu’il fallait faire, sans récupération ni accusations.
  • Bayrou a été nul : retombant dans ses travers de moraliste catho-pétainiste, il ne peut pas s’en empêcher.
  • Le Pen fille a été mauvaise, dans tous les sens du mot, appelant à la retenue lorsque la piste de l’extrême-droite a été évoquée, tirant à boulets rouges quand l’information a révélé l’islamisme de petit délinquant de banlieue (tout ce qu’elle « aime »).
  • Mélenchon a eu raison de dire que la vie continue malgré tout, mais déconsidéré de refuser de participer à ce qu’il voit comme un cirque alors qu’il s’agit d’un rare moment de réunion nationale ; son affirmation très légère selon laquelle « l’immigration n’est pas un problème » en sort ridiculisée : ce n’est certes pas le flux en soi des gens qui est problème, mais leur intégration s’ils veulent rester et leur volonté d’être comme les autres Français s’ils sont fils ou petit-fils d’immigrés…
  • Quant aux écolos, la Duflot a montré son inanité une fois de plus en accusant Sarkozy d’effrayer les enfants ! Caroline Eliacheff a très bien remise à sa place sur France-Culture l’égérie verte à tête de linotte en déclarant que les enfants savent bien que les adultes sont bouleversés, que ce n’est donc pas les « protéger » que de nier cette réalité là, que dire que cela aurait pu arriver à n’importe qui, dans n’importe quelle école, donc à eux aussi, c’est renforcer le sentiment d’appartenance, de solidarité, c’est ne pas distinguer une école confessionnelle (juive) des autres écoles de France…

Car de quoi cette affaire est-elle le nom ?

Du tabou : de la croyance de gauche en ces opprimés palestiniens ou afghans (bien réels) comme néo-prolétaires de la mondialisation (ce qui reste à démontrer), donc vecteurs du progrès de l’Histoire (n’ayons jamais peur des grands mots). Donc tout ce qui est connoté islamisme, anti-israélien, anti-impérialiste est « bon » ; tout ce qui vient de là ne peut qu’être « dans le sens » de l’histoire. Les mauvais sont les fascistes, les extrêmes de la droite – jamais de la gauche. Ce sont ces lunettes roses qui valent de ne pas comprendre.

Car de qui s’agit-il ?

D’un Français, né à Toulouse, dans une banlieue modeste mais pas misérable. D’un petit délinquant mal scolarisé, sans père, enfermé dans un ghetto de « potes ». D’un être de ressentiment, qui en veut à la France de ne pas avoir réussi à l’intégrer, ni à l’école, ni dans l’armée, ni dans la société.

Il s’agit donc (à ce stade des informations) d’un de nos « fils », de nos « frères », qui a dérapé dans la croyance – ni plus, ni moins que les activistes trotskistes ou maoïstes d’Action directe, ou les « nationalistes » basques de sa propre région. Il ne s’agit ni d’un fou (terme commode par lequel on évacue toute analyse), ni d’un révolutionnaire (d’un quelconque projet politique), ni d’un « étranger », allogène, d’origine, mouton noir dans un troupeau blanc. Il s’agit d’un Français né en France, élevé en France, qui a été mal intégré par sa propre société. Il a donc cherché ailleurs, dans une secte violente, un idéal pour exister. Son rattachement islamiste est reconstruit, il ne lui est ni congénital, ni familial, ni algérien.

La question est donc celle d’un échec de notre « modèle social français ».

Modèle qui fait eau de toutes parts, de la faute des élites comme des politiciens (pour éviter le terme « hommes » politiques qui déplaît tellement aux femmes féministes politiquement correctes). A croire l’Arabe néo-prolétaire à « sauver » dans l’histoire, à taper sur « l’identité nationale » en l’accusant de tous les rejets et de tous les colonialismes, en promouvant la repentance pour le n’importe quoi (la loi contre la « négation » des crimes contre les Arméniens étant la dernière invention), en ne proposant RIEN de positif autre que cette soupe tiède du « multiculturel » où personne ne se reconnaît (sauf les futiles bobos assez riches pour aller dissiper leur vie à s’amuser entre New-York, Marrakech ou les Bahamas) – la France 2012 a permis un Mohammed Merah.

Parce que l’identité n’est pas le rejet, que le melting-pot des cohabitations à l’américaine n’est pas un modèle enviable, ni qui correspond à notre histoire de France. Parce que les Lumières libèrent, elles n’assignent pas les gens à leur essence. La liberté des diverses religions et croyances n’est permise que par la laïcité. L’égalité devant la loi donne à chacun le droit de faire, de croire et de dire tout ce qui ne pas contre la vie de la cité. Ce vivre ensemble, en bonne entente, est la fraternité. Avec Mohammed, la France d’aujourd’hui connaît donc un triple échec, fait de nos démissions :

  1. Démission sur la laïcité qui seule permet la liberté, en feignant de croire qu’il serait des religions ou des « communautés » plus respectables que d’autres ; que la viande halal peut être imposée à tous en catimini, sans traçabilité ; qu’on pourrait se voiler le visage sans conséquences sur les relations sociales ; qu’il faut voiler Voltaire sur les façades du Louvre…

2. Démission sur l’égalité en exigeant d’interdire par la loi toutes les déviances d’analyse et de discours sur l’esclavage arabe, l’histoire juive, le génocide arménien, la place des femmes, des gais, des handicapés… En laissant les « appartenances » fleurir dans le joyeux festif du multiculturel où le tag est équivalent à la Joconde ou l’éructation ado sur trois accords égal aux Beatles. En refusant d’accomplir la culture des Lumières, qui vise à « libérer » les individus de ces appartenances automatiques que sont la biologie, la famille, le clan, la bande, la mode, l’idéologie, la croyance.

3. Démission sur la fraternité en faisant de Mohammed Merah un faux français, tout de suite qualifié « d’origine », algérienne, musulmane, alors que ni l’école, ni les associations, ni la société, ne lui ont offert un destin.

Les tueries de Toulouse sont donc un symptôme de notre société française.

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