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Bas de Montcuq

Dimanche 28 août 2005

Selon traité de Meaux, les remparts ceinturant la ville ont été arasés. N’en subsistent qu’une empreinte sur le plan de ville, enserrant les habitations dans un castrum fortifié où les maisons s’enchevêtrent, séparées par de rares ruelles aux noms terminés presque toujours en –ou (sauf une étrange rue de Montmartre).

montcuq rues

montcuq noms des rues 2

La défense du lieu en est facilitée. Conséquence, les commerces comme les foires ne peuvent avoir lieu qu’à l’extérieur, au-delà du rempart ou de son souvenir, sur la Promenade ou dans les rues du Faubourg. Les étrangers ne pénètrent pas dans la cité, même pour l’irriguer de leur négoce.

Aujourd’hui d’ailleurs, seul l’Hôtel du Midi se propose sur la motte et le promeneur n’aperçoit pas un chat dans les rues. En cette fin de matinée du vendredi, je n’ai vu qu’un adolescent d’âge tendre s’évertuant à pousser une brouette plus lourde que lui près du donjon, que deux Bataves en discussion avec un maçon dans une bâtisse éventrée d’une ruelle qui en descend, et qu’une ménagère sortant de chez elle à côté de l’église pour se diriger hors les murs. Même l’agence immobilière de l’ancien castrum était vide.

Montcuq donjon vu de loin

Montcuq a appartenu aux comtes de Toulouse et a été prise plusieurs fois par les croisés anti-Cathares. Le monde cultivé sait qui sont les Cathares depuis le beau livre de l’historien Emmanuel Le Roy Ladurie, « Montaillou, village occitan de 1294 à 1324 » et l’émission télévisée de Bernard Pivot alors à lui consacrée. Les Cathares sont les rhumes de cerveau de l’Église officielle dont l’idéologie, totalisante, ne supporte rien moins que la contradiction. Les catholiques de la Ligue, les terroristes de Robespierre, les communistes sous Staline et les « antis » d’aujourd’hui ne réagissent pas autrement, atavisme ancestral oblige. La tolérance n’est pas leur fort et leur fragilité de pensée leur fait toujours préférer se vautrer dans le collectif où l’on a chaud et surtout pas à penser. 83 habitants de Montcuq ont été condamnés pour hérésie, plus qu’à Montauban même. En 1274, Montcuq et le comté de Toulouse ont été rattachés au royaume de France, ce qui explique peut-être pourquoi la voiture du Maire (en 2005) est immatriculée 92.

Les Anglois prirent et reprirent la ville en 1348 et 1355 et elle leur fut en désespoir de cause donnée au traité de Brétigny. Les Montcuquois, las de tant de guerres, ont collaboré avec les Anglais et refusé de se soulever après la rupture du traité en 1369.

Montcuq ruelle

La ville perdit alors son pouvoir de juridiction au profit de Cahors mais les colombages des plus anciennes maisons n’ont pas souffert de nouvelles batailles et ont pu être conservés pour la postérité. Notamment pour les néo-envahisseurs saxons qui atterrissent à Bordeaux par Easyjet pour investir leurs livres (pounds) dans cette « Toscane française ».

L’église Saint-Hilaire, d’architecture languedocienne fin 13ème spécialement sans transept, a été brûlée par Duras (marguerite à la bouche), chef huguenot. C’était en l’an de grâce 1562 en même temps que, pour faire bonne mesure, les assaillants pillaient la ville, enfonçant les portes, perçant les tonneaux pour s’en remplir et les filles pour se vider.

Montcuq église saint Hilaire

Louis XIII ne reprendra Montcuq au RPR (Religion Prétendue Réformée) qu’en 1621 (-374 avant J.C. le Petit). Depuis, le RPR est bel et bien éradiqué, le fief est radical, illustré par Maurice Faure. La nef ne sera rebâtie qu’en 1751, reprenant des chapiteaux de l’abbaye de Marcillac-sur-Célé et le clocher ne reprendra sa tentative bénie de rivaliser avec le donjon païen et vaguement diabolique qu’en 1881. Les vitraux ne coloreront l’intérieur qu’encore plus tard, en 1892, projetant sur les dalles une vie imagée de saint Hilaire. Il fallut faire appel à M. Dagrand, maître verrier de Bordeaux.

Il y a une douzaine de saints prénommés Hilaire, sans compter les Hilarie et les Hilarion. Celui de Montcuq était docteur de l’Église (officiellement déclaré tel en 1851, l’Église a le temps). Né et devenu évêque de Poitiers en 353 (après J.C. le Grand), il combattit l’arianisme, autre hérésie, et fut exilé en Phrygie par l’empereur Constance.

Pourquoi est-il patron de Montcuq ? Peut-être justement comme haut patronage antihérétique. Arius (comme Fabius) niait l’unité et la consubstantialité des trois personnes de la Sainte Trinité, donc la divinité du Christ, remettant en cause la ligne du Parti.

Telles étaient nos aventures il y a dix ans dans cette belle région, au prétexte des blogs. Je republie ces notes en hommage à Jean-Louis Hussonnois, récemment disparu

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Chroniques urbaines

chroniques urbaines

Quand les éditions numériques mûrissent, elles s’installent dans le papier. C’est le cas de France-Culture, de certains blogueurs qui se voient du talent – mais aussi des éditions Le texte Vivant. Christine Claude, Stéphane Garnier, Jean-Yves Duchemin et Alexandre Feraga ont été publiés en bits ; ils sont désormais en pages, sages comme des images, bientôt primés car imprimés. De ces originalités, vous me direz des nouvelles : il y a des chroniques de tous les styles, des regards issus de toutes les personnalités, de l’observation pour tous les goûts.

Des Facéties d’une vie de gamin de Jean-Yves Duchemin j’ai déjà parlé, lorsqu’il n’était encore que numérique. En tout cas, il aime Marseille et les livres. Ses récits enlevés, véridiques et enflés, sont d’une gaminerie réjouissante.

Stéphane Garnier ne dit pas à sa mère qu’il est chauffeur de bus à Toulouse ; elle le croit chauffeur de locomotive pour avoir écrit Haut le pied ! « La lente monotonie des journées busiennes regorge de mille et une péripéties que petit à petit je me suis amusé à relater, dans ma tête d’abord, puis sur papier. » Contemplatif, haut sur roue, il observe. Ses congénères, le paysage urbain, les mille vies de la ville. « Vous, je vous apprécie, car vous êtes le seul qui ne regarde pas mes nichons quand je monte », lui assène une cliente. Hum ! Il suffisait juste qu’elle attire son attention sur son 95b à ne pas rater.

Les rues atteNantes d’Alexandre Feraga évoquent cette ville de Premier ministre et Notre-Dame des glandes. « J’ai trouvé Nantes tout de suite, en quelques minutes. Une évidence. Je m’y suis senti bien dès les premières respirations entre randonnées en montagne ou escapades à Belle-Isle-en-Mer. » Ce travailleur du social connaît bien l’espèce humaine. Ainsi de la Gêneuse, genre crevarde illettrée qui borborygme trop fort dans son mobile avec le jargon branché fait d’onomatopées, emmerdant tous le wagon. Chacun s’y reconnaîtra.

Les pieds de la femme boutonnière est une histoire qui se passe rue Lepic, vers Montmartre à Paris pour ceux qui ne sont jamais « montés » à la capitale comme on monte en maison. Raconté par un livreur en mobylette curieux de cette femme bariolée qui coud des boutonnières pour costumes de scène, parfois pour de grands couturiers. Pieds nus quelle que soit la saison, Ma est routarde, boutiquière, trahie. Ma est son nom, qui se confie au gamin grandi. Elle évoque ces petits métiers de grand-mère en petites-filles, qui rassurent après avoir routé le monde dans la dèche. C’est doux-amer, nostalgique du « Paris d’avant », humain du Paris d’aujourd’hui où – mais oui – la vie de quartier subsiste. L’auteur, Christine Claude, est d’origine capitale mais navigue entre la Bretagne et le Maroc, cet orient à la porte des années 70.

L’ensemble est réaliste et surréaliste, classique et rock, social et urbain. En tout cas profondément humain – comme on aime. Ces petits bouts de vie, jamais édités en papier encore, font un cadeau original.

Chroniques urbaines – nouvelles, novembre 2013, éditions Le texte vivant, 289 pages, €13.30

Site de l’éditeur : www.letextevivant.fr

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Mohammed, notre Breivic national

« Anders n’est pas fou, seulement paranoïaque. Sa logique glacée vient du sentiment d’être cerné, personnellement sans amour, socialement noyé, culturellement métissé. C’est un activiste du choc des civilisations à la Huntington, proche en pensée de la droite israélienne et des Nachis de Poutine. Behring n’est pas fasciste, il ne croit pas aux mouvements de masse ni aux partis autoritaires bottés sous le charme d’un gourou charismatique. Il est hyperindividualiste, ne croyant qu’en lui-même et aux actes personnels, proche en cela des ultraconservateurs américains, libertariens adeptes des milices armées civiles. Ce pourquoi les bobos intellos du Nouveau Snob se trompent, trop bardés de tabous politiquement corrects pour comprendre la différence entre extrême droite et anarchisme. »

Ainsi écrivis-je en juillet 2011 sur « le monstre » de Norvège. Il me suffit de répéter ce texte pour l’appliquer tel quel à Mohammed Merah. Islamisme et anarchisme hyperindividualiste se confondent lorsqu’il s’agit de passer à l’acte pour éradiquer « tous les aliens ». Et les bonobos de gauche (bourgeois NouvelObs bohêmes) qui accusaient déjà l’extrême-droite s’en mordent les doigts. C’est que le politiquement correct pavlovien n’explique rien, il dissimule. On ne veut pas voir…

Oui, l’islam, comme toutes les religions (y compris la communiste), suscite son propre intégrisme.

Mais il ne faut pas confondre l’islam avec l’islamisme, ni la politique d’Israël à Gaza avec le judaïsme, ni le christianisme avec l’Inquisition, ni la philosophie de Marx avec la Tcheka créée par Trotski, les camps par Lénine et les massacres de masse par Staline, Mao et Pol Pot. Mohammed a assassiné une fillette de sept ans en l’attrapant par les cheveux avant de lui loger une balle dans la tête. Le prophète Mohammed ? Non pas, mais d’un croyant qui porte ce beau nom pour en salir la mémoire. On peut très bien analyser, juger et condamner les massacreurs sans manquer de « respect » à une religion, quelle qu’elle soit. Et la gauche à la mode ne se trouve pas grandie des commentaires vains qu’elle a sur ces événements.

  • Sarkozy a été dans son rôle de président, il a réendossé la fonction, ce qui lui manquait souvent durant son quinquennat. La droite peut se féliciter de l’efficacité de la police, que la polémique inepte sur les lacunes du « renseignement » ne saurait diminuer. Faudrait-il emprisonner, fliquer, déchoir de leur nationalité, expulser… tous les jeunes tentés par un séjour dans un camp islamiste ou autre ? Allons donc ! Nous devons rester un État de droit.
  • Hollande a été digne et discret, faisant ce qu’il fallait faire, sans récupération ni accusations.
  • Bayrou a été nul : retombant dans ses travers de moraliste catho-pétainiste, il ne peut pas s’en empêcher.
  • Le Pen fille a été mauvaise, dans tous les sens du mot, appelant à la retenue lorsque la piste de l’extrême-droite a été évoquée, tirant à boulets rouges quand l’information a révélé l’islamisme de petit délinquant de banlieue (tout ce qu’elle « aime »).
  • Mélenchon a eu raison de dire que la vie continue malgré tout, mais déconsidéré de refuser de participer à ce qu’il voit comme un cirque alors qu’il s’agit d’un rare moment de réunion nationale ; son affirmation très légère selon laquelle « l’immigration n’est pas un problème » en sort ridiculisée : ce n’est certes pas le flux en soi des gens qui est problème, mais leur intégration s’ils veulent rester et leur volonté d’être comme les autres Français s’ils sont fils ou petit-fils d’immigrés…
  • Quant aux écolos, la Duflot a montré son inanité une fois de plus en accusant Sarkozy d’effrayer les enfants ! Caroline Eliacheff a très bien remise à sa place sur France-Culture l’égérie verte à tête de linotte en déclarant que les enfants savent bien que les adultes sont bouleversés, que ce n’est donc pas les « protéger » que de nier cette réalité là, que dire que cela aurait pu arriver à n’importe qui, dans n’importe quelle école, donc à eux aussi, c’est renforcer le sentiment d’appartenance, de solidarité, c’est ne pas distinguer une école confessionnelle (juive) des autres écoles de France…

Car de quoi cette affaire est-elle le nom ?

Du tabou : de la croyance de gauche en ces opprimés palestiniens ou afghans (bien réels) comme néo-prolétaires de la mondialisation (ce qui reste à démontrer), donc vecteurs du progrès de l’Histoire (n’ayons jamais peur des grands mots). Donc tout ce qui est connoté islamisme, anti-israélien, anti-impérialiste est « bon » ; tout ce qui vient de là ne peut qu’être « dans le sens » de l’histoire. Les mauvais sont les fascistes, les extrêmes de la droite – jamais de la gauche. Ce sont ces lunettes roses qui valent de ne pas comprendre.

Car de qui s’agit-il ?

D’un Français, né à Toulouse, dans une banlieue modeste mais pas misérable. D’un petit délinquant mal scolarisé, sans père, enfermé dans un ghetto de « potes ». D’un être de ressentiment, qui en veut à la France de ne pas avoir réussi à l’intégrer, ni à l’école, ni dans l’armée, ni dans la société.

Il s’agit donc (à ce stade des informations) d’un de nos « fils », de nos « frères », qui a dérapé dans la croyance – ni plus, ni moins que les activistes trotskistes ou maoïstes d’Action directe, ou les « nationalistes » basques de sa propre région. Il ne s’agit ni d’un fou (terme commode par lequel on évacue toute analyse), ni d’un révolutionnaire (d’un quelconque projet politique), ni d’un « étranger », allogène, d’origine, mouton noir dans un troupeau blanc. Il s’agit d’un Français né en France, élevé en France, qui a été mal intégré par sa propre société. Il a donc cherché ailleurs, dans une secte violente, un idéal pour exister. Son rattachement islamiste est reconstruit, il ne lui est ni congénital, ni familial, ni algérien.

La question est donc celle d’un échec de notre « modèle social français ».

Modèle qui fait eau de toutes parts, de la faute des élites comme des politiciens (pour éviter le terme « hommes » politiques qui déplaît tellement aux femmes féministes politiquement correctes). A croire l’Arabe néo-prolétaire à « sauver » dans l’histoire, à taper sur « l’identité nationale » en l’accusant de tous les rejets et de tous les colonialismes, en promouvant la repentance pour le n’importe quoi (la loi contre la « négation » des crimes contre les Arméniens étant la dernière invention), en ne proposant RIEN de positif autre que cette soupe tiède du « multiculturel » où personne ne se reconnaît (sauf les futiles bobos assez riches pour aller dissiper leur vie à s’amuser entre New-York, Marrakech ou les Bahamas) – la France 2012 a permis un Mohammed Merah.

Parce que l’identité n’est pas le rejet, que le melting-pot des cohabitations à l’américaine n’est pas un modèle enviable, ni qui correspond à notre histoire de France. Parce que les Lumières libèrent, elles n’assignent pas les gens à leur essence. La liberté des diverses religions et croyances n’est permise que par la laïcité. L’égalité devant la loi donne à chacun le droit de faire, de croire et de dire tout ce qui ne pas contre la vie de la cité. Ce vivre ensemble, en bonne entente, est la fraternité. Avec Mohammed, la France d’aujourd’hui connaît donc un triple échec, fait de nos démissions :

  1. Démission sur la laïcité qui seule permet la liberté, en feignant de croire qu’il serait des religions ou des « communautés » plus respectables que d’autres ; que la viande halal peut être imposée à tous en catimini, sans traçabilité ; qu’on pourrait se voiler le visage sans conséquences sur les relations sociales ; qu’il faut voiler Voltaire sur les façades du Louvre…

2. Démission sur l’égalité en exigeant d’interdire par la loi toutes les déviances d’analyse et de discours sur l’esclavage arabe, l’histoire juive, le génocide arménien, la place des femmes, des gais, des handicapés… En laissant les « appartenances » fleurir dans le joyeux festif du multiculturel où le tag est équivalent à la Joconde ou l’éructation ado sur trois accords égal aux Beatles. En refusant d’accomplir la culture des Lumières, qui vise à « libérer » les individus de ces appartenances automatiques que sont la biologie, la famille, le clan, la bande, la mode, l’idéologie, la croyance.

3. Démission sur la fraternité en faisant de Mohammed Merah un faux français, tout de suite qualifié « d’origine », algérienne, musulmane, alors que ni l’école, ni les associations, ni la société, ne lui ont offert un destin.

Les tueries de Toulouse sont donc un symptôme de notre société française.

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