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Marie Volta, La nuit du poissonnier

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Dédié à sa tante, l’auteur retrace dans ce livre un peu de l’histoire familiale écartelée entre Catalogne française et espagnole. Durant la guerre d’Espagne, puis l’Occupation, la frontière est étanche et le seul moyen pour deux sœurs de se voir est de se rencontrer à Bourg-Madame.

Malgré le petit train jaune qui serpente, Thérèse n’a pas les moyens et c’est dans la charrette odorante du poissonnier qu’elle prend place pour arriver jusqu’au village d’Olette. Et les souvenirs renaissent sous le pas du cheval.

Osons dire que cette histoire n’intéresse guère que les protagonistes ; il n’y a pas d’action, mais quelques descriptions. Un auteur qui désire être reconnu doit viser l’universel et se demander comment son particulier peut intéresser un New-yorkais, un Kazakh, un Chilien ou un autre. La force des liens de famille par-delà les barrières ressort de l’universel, comme le sentiment clanique au-delà des nations. De même, la notion de frontière, qui est ambivalente : séparation contraignante, mais aussi limite à la contrainte. La France sous la botte durant la guerre voyait l’Espagne franquiste comme une terre de liberté ; à l’inverse, la France républicaine voyait la même Espagne franquiste comme une dictature, après-guerre. Ces idées sont universelles et auraient pu être illustrées.

Pareillement, le sort des régions aux marges permet une liberté et n’est pas voué forcément à la victimisation, comme cette évocation d’époque écrite ici sous le signe de la récrimination. Par exemple page 127 : « Son boulot, la France elle l’a pas franchement fait non plus, ‘Soyez propres, parlez français…’ Mais soyez aussi la poubelle de la France. Ce pauvre petit département d’arriérés, le bout du bout du bout du monde devint, l’été, le dépotoir des aoûtiens, le lot de consolation des frustrés de la Côte d’Azur, sinon qui descendrait si loin ? Les civilisateurs, la THT dont personne ne veut, les travaux du TGV, les déchets nucléaires bientôt, les retraités du nord, mécontents des Catalans pas accueillant, etc. » Gémir se porte bien, surtout si l’on ne fait rien pour que ça change : pourquoi beaucoup de Français vont-ils en Espagne pour les vacances ? Pourquoi la région de Tautavel (que j’aime tant) est-elle si peu connue ? Râler, ça défoule, mais ne change strictement rien aux choses si l’on ne se bouge pas pour elles.

Et avez-vous noté le style ? « La France, elle l’a pas fait » : c’est du plus pur parler Sarkozy, à croire que l’auteur est en admiration. « Il refusait jamais » p.11, « comme si personne les entendait » p.16, « elle y travaillait pas encore » p.19 – où sont les négations ? Louis-Jean Calvet, linguiste professeur des universités qui fut l’un de mes examinateurs de thèse, a étudié en 2008 avec Jean Véronis Les mots de Nicolas Sarkozy. Il est formel : Nicolas Sarkozy, bien qu’élevé à Neuilly, fait des fautes typiques du parler popu, il oublie les négations. Or le populaire déteste qu’on cause comme lui, il se sent rabaissé.

C’est le parler de la narratrice, me direz-vous ? En quoi ce genre de style rend-t-elle la lecture plus vraie ? D’autant que l’auteur n’hésite pas à tordre la langue avec sa « clameur d’odeurs » p.12 et son « ils irruptent » p.108. Une clameur n’a pas de voix, même si elle peut en susciter ; quant à l’irruption, c’est un substantif, nulle part un verbe.

C’est qu’un auteur peut inventer, me direz-vous ? Sauf à prouver que l’on est Céline ou Frédéric Dard, il vaut mieux s’empêcher, surtout lorsque l’on veut reproduire le parler vrai d’une tante paysanne.

Quelques personnages émergent, telle Adèle aux gosses ou Honor en mal de câlins ; ou encore la monstresse guérisseuse. Mais, n’en déplaise à l’auteur, ni l’histoire, ni le style, ni l’action ne forment ici un « roman », bien que ce terme soit revendiqué en page de garde. Ce serait peut-être un conte, si la voix répétitive ne poussait pas trop souvent à sauter des pages entières, comme de remplissage. Mari Volta a du talent en germe, mais semble-t-il plus dans l’oralité qu’à l’écrit – pour le moment. Je le regrette, elle montre une riche palette d’émotions. mais ce texte déjà ancien était peut-être un essai pour des œuvres futures ?

Depuis mon premier article, Marie Volta (pseudo) m’a fait savoir qu’elle n’avait pas apprécié ; elle a même réussi a faire déréférencer l’article sur Google, une performance… Je précise qu’une critique de blog n’est pas un mastère en littérature et que seul le net peut fournir des renseignements pour expliquer l’œuvre. Or le net est très pauvre sur l’auteur. Suis-je l’un des très rares à m’être intéressé à l’œuvre de Marie ? Je fais un point d’honneur à chroniquer tous les livres que l’on me confie : est-ce de la bêtise ? L’honneur est incompréhensible aujourd’hui et peut-être devrais-je faire comme mes alter ego : prudemment SURTOUT ne rien dire quand je n’aime pas ? L’auteur pourrait alors continuer à se croire un génie (injustement) méconnu – et ne jamais progresser. J’ai le tort de croire que toute critique puisse être utile… Probablement serai-je plus avisé à l’avenir. En tout cas, je ne vous conseille pas ce livre – mais faites donc votre jugement par vous-même : je ne suis qu’une opinion parmi des milliers (mais qui n’ont pas l’heur de vouloir s’exprimer… on ne sait jamais – le conflit est si « désagréable »).

Marie Volta, La nuit du poissonnier, 2012, TDO éditions collection Terroirs du sud, 171 pages, €14.80

Les œuvres déjà chroniquées sur ce blog

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Michel Tournier, Gaspar, Melchior et Balthazar

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Voici un conte initiatique dans le style de Voltaire qu’il n’est pas besoin d’être croyant pour apprécier. Nul ne connait rien sur les « rois » mages car seul Matthieu en parle dans son évangile et encore, en creux, selon les bons plaisirs et les colères qu’il relate du roi des Juifs Hérode. Nul ne sait même s’ils furent trois, supputation tirée des trois présents cités (mais symboliques…) que sont l’or, l’encens et la myrrhe.

Puisque l’on ne sait rien de ce mythe fondateur du christianisme, Michel Tournier invente. Un Gaspar nègre, roi de Méroé, tombé amoureux d’un couple de jeunes blancs phéniciens tombés en esclavage, elle fascinante, lui très jeune et musclé, tous deux aux cheveux d’or. Mais son amour ne lui est pas rendu et il part en voyage ; son mage ne lui a-t-il pas annoncé le passage d’une comète aux cheveux d’or qui file vers le nord ?

Balthazar, roi de Nippur, est sage et amoureux de la beauté. Il s’est entouré d’une troupe de jeunes pages qui forment une société d’élite, les Narcisses. Mais son clergé obtus a la phobie des images et détruit, en son absence, tous les trésors ramenés de Grèce et d’ailleurs.

Melchior est un tout jeune prince que son oncle veut tuer pour hériter du trône. Il s’enfuit avec un seul serviteur, vers l’ouest pour tromper l’ennemi, et échoue à Jérusalem où il se fond dans les ambassades de Gaspar et Melchior pour rencontrer le roi Hérode.

Ce dernier est bien connu des historiens et le Juif Flavius Josèphe, mort en 100 après le Christ, relate en détail son histoire de pouvoir et de sang. Michel Tournier en fait un exemplaire de grand fauve politique et il n’a pas de mots assez durs pour décrire la corruption de l’âme que procure tout pouvoir, le pouvoir absolu corrompant absolument. « La terrible loi du pouvoir (…) frapper le premier au moindre doute » p.130. Ce qui explique la solitude personnelle sans remède, l’absence totale de confiance donc d’amour, la vie desséchée sans cesse sur le qui-vive et dans l’action permanente. Une négation même de l’humain… que nos politiciens illustrent à satiété, tout comme les traders, les Tycoon et les bêtes médiatiques.

L’écrivain invente le prince Taor, 20 ans, venu de Mangalore à la recherche futile de la recette du rahat-loukoum à la pistache, et qui va manquer l’Enfant né dans la crèche de quelques jours. Il manquera de même le dernier repas du soir lors de la Cène, 33 ans plus tard. Mais il est le seul (hors les apôtres) à avoir cru sans voir, et à avoir communié sans intercesseur. La quête du sucre l’a conduit au purgatoire des mines de sel avant que sa soif soit désormais étanchée dans l’éternel.

Allègre et ironique, léger mais profond, Tournier conte la geste de la modernité sans aucune lourdeur. Il fait parler le bœuf, qui n’a pas grand-chose à dire mais reste à ruminer, et l’âne, beaucoup plus bavard mais qui ne sera plus méprisé lors de l’entrée à Jérusalem le dimanche des Rameaux. Le conteur se laisse aller parfois à son imagination, qui déborde. Ainsi du « thé vert » bu en Arabie heureuse au début du 1er siècle de notre ère (p.194) – il n’a été introduit que bien plus tard -, ou encore cette forêt de baobabs géants servant de tombeaux au nord d’Eilat (p.203). Nous sommes plus dans la Légende dorée que dans l’histoire, mais ces écarts de fantaisie donnent couleur au mythe ainsi revivifié.

Il décrit les habitants de Sodome – les Sodomites – comme « ces maudits, ces réprouvés, unis par un esprit acéré de négation et de dérision, un scepticisme invétéré, une arrogance savamment cultivée. Ils étaient trop évidemment prisonniers d’un parti pris de dénigrement et de corrosion qu’ils respectaient scrupuleusement, comme la seule loi tribale » p.259. On peut reconnaître, à peine déguisée, la critique du petit milieu homosexuel des lettres françaises des années 1970. L’auteur pousse ce retournement maléfique à la conversion de toutes les valeurs, à l’inversion des mœurs, au dépit des échanges, à la fuite du soleil, à la haine de la vie.

Michel Tournier est tout au rebours. Il invente comme il est, en gourmand des choses et des êtres. « Flâner, me mêler à la foule, regarder, cueillir des visages, des gestes, des regards, rêve délicieux », fait-il dire à Gaspar p.14. Il se pâme de regret devant la pureté : « c’est Satan qui pleure devant la beauté du monde », lui dit un sage vieillard p.18. L’écrivain est artiste qui capte le diamant d’énergie sous la banale apparence et l’éclat vital sous les traits communs. Il cherche inlassablement l’immortelle beauté pure au-delà des ravages du temps. Il fait avouer au roi Balthazar : « c’est l’éternité que j’ai trouvé en Grèce, incarnée par une tribu divine, immobile et pleine de grâce, sous le soleil, lui-même statue du dieu Apollon » p.76. Le roi Hérode le confirme : « Avoir seize ans, le ventre plat et les cuisses longues, et pour seul souci le lancer du disque ou la course de fond… Nul doute pour moi : si le paradis existe, il est grec, et affecte la forme ovale d’un stade olympique » p.139.

Bien loin du Dieu jaloux et tonnant qui exclut les images et bannit le Veau d’or, le dieu Enfant né dans la paille de Bethléem est l’annonce de temps nouveaux. Michel Tournier, en philosophe volontiers théologien, en fait la réconciliation de l’image et de la ressemblance. L’homme fut créé par Dieu « à son image », dit la Bible, mais c’était avant la Chute. Depuis l’expulsion du paradis, l’homme continue à être « à l’image » de Dieu mais a perdu sa ressemblance. Jésus vient, par son sacrifice, lui redonner. Les iconoclastes, fanatiques juifs obéissant à la deuxième loi du Décalogue, proscrivent toute image, selon eux un blasphème à la face de Dieu, montrant combien est grand l’orgueil humain de vouloir créer comme Lui des « images » et les adorer comme des idoles alors qu’il n’est de Dieu que Dieu ! Bien que clairement juive, cette croyance est reprise avec enthousiasme par les fanatiques musulmans aujourd’hui – qui pourtant considèrent les Juifs comme des chiens. Allez savoir…

Cette réconciliation de l’image et de la ressemblance, c’est l’amour chrétien. « Cette image exemplaire nous recommande de nous faire semblable à ceux que nous aimons, de voir avec leurs yeux, de parler leur langue maternelle, de les ‘respecter’, mot qui signifie originellement ‘regarder deux fois’. C’est ainsi qu’a lieu l’élévation du plaisir, de la joie et du bonheur à cette puissance supérieure qui a nom : amour » p.220.

Un bonheur littéraire et une joyeuse conception du monde.

Michel Tournier, Gaspar, Melchior et Balthazar, 1980, Folio, 284 pages, €8.20 

e-book format Kindle, €7.99

Michel Tournier chroniqué sur ce blog

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Pierre Goldman

pierre goldman souvenirs obscurs d un juif polonais ne en france
« Youtre, Polack et Rouge », voilà résumé en termes d’argot le portrait collé à Pierre Goldman, dit Goldi. Le fait même que ces termes argotiques existent montre déjà à quelle marge Goldman a pu appartenir. Pour ajouter à son exclusion, disons encore qu’il se présente comme un intellectuel et comme un violent, oxymore fasciné par la guérilla. Que faudrait-il de plus pour qu’un petit-bourgeois pas doué le haïsse ? Il fut d’ailleurs haï. On l’a même assassiné en pleine rue, à coups de feu. Qui ? Nul ne le saura sans doute jamais. Encore que tout finisse par se savoir…

Pierre Goldman avait écrit un livre, Souvenirs obscurs d’un Juif polonais né en France. Paru en 1975, il tentait l’esquisse d’un portrait. Condamné pour un meurtre qu’il a toujours nié, et pour des hold-up qu’il avait avoués, il a eu le temps d’écrire en prison. Il avait peut-être besoin de savoir et de dire pourquoi il était là, ce qu’il en était de son apparence, de ses actes, ce que la société condamnait en lui. Par-delà son banditisme à main armée, l’intéressant est cette peinture qu’il tente de l’intérieur. Un homme se raconte, et tout le prix est dans ce discours sur soi.

Né en juin 1944 d’une mère polonaise et d’un père juif FTP, il ne vit que deux ans avec sa mère, indésirable en France. Il passe de deux à six ans chez « diverses personnes » puis son père, marié à une autre, le prend avec lui. « Je ne fus, enfant, ni heureux, ni malheureux » p.32. Voire. Des origines obscures, pas de mère présente, une tête d’Afrique du nord – haine et exclusion devaient déjà se manifester. En témoigne la jeunesse, et le sentiment aigu d’être – à jamais – un déraciné : ni famille, ni copain, ni village, ni métier, ni patrie. « A Israël, comme à toute terre, j’étais étranger. J’étais trop Juif pour être ou me sentir Israélien. J’étais trop Juif pour, en un sol, m’enraciner » p.62. D’où son recours au marxisme, par amour pour son père et par désespoir de fraternité. « Dans le communisme, c’est de fraternité internationale qu’ils rêvaient, d’un internationalisme et d’un socialisme où le peuple juif, leur identité juive, ne seraient pas abolis » p.29. Il évoque les amis de son père, résistants communistes apatrides, et de l’Affiche rouge. Mais il plaide aussi pour lui.

Exclu et meurtri, il ne peut accepter les cultures de maître. Ainsi il pratique quelque temps le karaté, à 20 ans, mais « je pratique les mouvements de samouraï et je pense que le Japon traditionnel fut aux côtés des fascistes allemands. Je suis complètement étranger à cet exercice martial, à cette culture, et il faut que je me brise pour m’y plier, pour y entrer » p.43. Fantasme d’inculte : les samouraïs pratiquaient le sabre, pas le combat à mains nues, qui était l’’art des paysans n’ayant pas le droit de porter les armes… Il n’y eut d’autre part aucun « fascisme » en Allemagne, mais bel et bien le nazisme, ce qui est quelque peu différent. Goldman aime à se bâtir des boucs émissaires, ce qui lui évite de réfléchir sur lui-même.

pierre goldman

Son sentiment est très profond contre les Allemands et les Japonais ; il est aussi raciste qu’ils le furent. Son amour déçu pour l’Europe a viré en haine morbide de soi (qui ne peut s’intégrer) et des autres (qui rejettent son refus). Un tel refoulement ne peut que faire surgir des images sadomasochistes. « Un soir, dans un bar antillais, je vis un légionnaire allemand, abondamment décoré, danser avec un travesti noir, sur une musique africaine, amoureusement. Je trouvais une certaine importance à ce spectacle » p.63. Tout y est : homme, allemand, blanc, bourgeois, militaire, décoré – le summum idéal du type européen se commet – avec délices – avec un travesti noir, colonisé, prolétaire, homo. La subversion du renversement de toutes les valeurs est difficilement plus complète.

Goldman aime à fréquenter les Noirs justement, poussant son déracinement jusqu’à l’absurde. « Je ne cherchais pas chez les Guadeloupéens une appartenance, un enracinement qui m’aurait délivré de l’exil, de la séparation. Je ne jouissais précisément que de mon exclusion fondamentale, et qu’en cet espace noir où je me sentais bien, je fusse comme un autre étranger, un être venu de sphères indéfinies, sans nature déterminée » p.68.Cet attraits pour les Noirs a quelque chose d’irrésistible et de morbide. Goldman aime en eux sa propre négation, comme s’il cherchait dans la noirceur de peau, dans la pauvreté et dans l’ascendance esclave fantasmée une autopunition, une humiliation totale. « Le chant des tumbas me transportait dans une violence splendide où mort et plaisir, enfin réunis, m’apaisaient d’être privé d’éternité. Dans cette musique, la mort devenait un désir sensuel et j’en avais un appétit intensifié de combattre » p.64.

Il y a en Goldman un Étranger de Camus. D’où son étonnante « mélancolie de la mort » qui le terrasse à plusieurs reprises. « Je ne sentais qu’à la mort et cela m’était insupportable parce que cela m’abolissait le moindre plaisir, si quotidien et banal fût-il » p.42. Le mal de l’âme agit sur le corps même, en ses réflexes quotidiens.

Le mépris conduit au désespoir et à cette forme de suicide qu’est, pour quelqu’un élevé en Occident, la haine de la culture. La guérilla en Amérique latine, les braquages à main armée, sont des tentatives de révolte contre une société qui le rejette absolument. Ainsi peut-on tenter de comprendre Pierre Goldman. S’est-il compris lui-même ? Il n’a pas assez vécu pour le dire.

Pierre Goldman, Souvenirs obscurs d’un Juif polonais né en France, 1975, Points 2005, 311 pages, €8.10

Mais pourquoi parler sur ce blog de Pierre Goldman, mort en 1977 ? Parce que l’on sait désormais qui l’a tué… Scoop ? Peut-être. Rendez-vous dans deux jours ici même.

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Mohammed, notre Breivic national

« Anders n’est pas fou, seulement paranoïaque. Sa logique glacée vient du sentiment d’être cerné, personnellement sans amour, socialement noyé, culturellement métissé. C’est un activiste du choc des civilisations à la Huntington, proche en pensée de la droite israélienne et des Nachis de Poutine. Behring n’est pas fasciste, il ne croit pas aux mouvements de masse ni aux partis autoritaires bottés sous le charme d’un gourou charismatique. Il est hyperindividualiste, ne croyant qu’en lui-même et aux actes personnels, proche en cela des ultraconservateurs américains, libertariens adeptes des milices armées civiles. Ce pourquoi les bobos intellos du Nouveau Snob se trompent, trop bardés de tabous politiquement corrects pour comprendre la différence entre extrême droite et anarchisme. »

Ainsi écrivis-je en juillet 2011 sur « le monstre » de Norvège. Il me suffit de répéter ce texte pour l’appliquer tel quel à Mohammed Merah. Islamisme et anarchisme hyperindividualiste se confondent lorsqu’il s’agit de passer à l’acte pour éradiquer « tous les aliens ». Et les bonobos de gauche (bourgeois NouvelObs bohêmes) qui accusaient déjà l’extrême-droite s’en mordent les doigts. C’est que le politiquement correct pavlovien n’explique rien, il dissimule. On ne veut pas voir…

Oui, l’islam, comme toutes les religions (y compris la communiste), suscite son propre intégrisme.

Mais il ne faut pas confondre l’islam avec l’islamisme, ni la politique d’Israël à Gaza avec le judaïsme, ni le christianisme avec l’Inquisition, ni la philosophie de Marx avec la Tcheka créée par Trotski, les camps par Lénine et les massacres de masse par Staline, Mao et Pol Pot. Mohammed a assassiné une fillette de sept ans en l’attrapant par les cheveux avant de lui loger une balle dans la tête. Le prophète Mohammed ? Non pas, mais d’un croyant qui porte ce beau nom pour en salir la mémoire. On peut très bien analyser, juger et condamner les massacreurs sans manquer de « respect » à une religion, quelle qu’elle soit. Et la gauche à la mode ne se trouve pas grandie des commentaires vains qu’elle a sur ces événements.

  • Sarkozy a été dans son rôle de président, il a réendossé la fonction, ce qui lui manquait souvent durant son quinquennat. La droite peut se féliciter de l’efficacité de la police, que la polémique inepte sur les lacunes du « renseignement » ne saurait diminuer. Faudrait-il emprisonner, fliquer, déchoir de leur nationalité, expulser… tous les jeunes tentés par un séjour dans un camp islamiste ou autre ? Allons donc ! Nous devons rester un État de droit.
  • Hollande a été digne et discret, faisant ce qu’il fallait faire, sans récupération ni accusations.
  • Bayrou a été nul : retombant dans ses travers de moraliste catho-pétainiste, il ne peut pas s’en empêcher.
  • Le Pen fille a été mauvaise, dans tous les sens du mot, appelant à la retenue lorsque la piste de l’extrême-droite a été évoquée, tirant à boulets rouges quand l’information a révélé l’islamisme de petit délinquant de banlieue (tout ce qu’elle « aime »).
  • Mélenchon a eu raison de dire que la vie continue malgré tout, mais déconsidéré de refuser de participer à ce qu’il voit comme un cirque alors qu’il s’agit d’un rare moment de réunion nationale ; son affirmation très légère selon laquelle « l’immigration n’est pas un problème » en sort ridiculisée : ce n’est certes pas le flux en soi des gens qui est problème, mais leur intégration s’ils veulent rester et leur volonté d’être comme les autres Français s’ils sont fils ou petit-fils d’immigrés…
  • Quant aux écolos, la Duflot a montré son inanité une fois de plus en accusant Sarkozy d’effrayer les enfants ! Caroline Eliacheff a très bien remise à sa place sur France-Culture l’égérie verte à tête de linotte en déclarant que les enfants savent bien que les adultes sont bouleversés, que ce n’est donc pas les « protéger » que de nier cette réalité là, que dire que cela aurait pu arriver à n’importe qui, dans n’importe quelle école, donc à eux aussi, c’est renforcer le sentiment d’appartenance, de solidarité, c’est ne pas distinguer une école confessionnelle (juive) des autres écoles de France…

Car de quoi cette affaire est-elle le nom ?

Du tabou : de la croyance de gauche en ces opprimés palestiniens ou afghans (bien réels) comme néo-prolétaires de la mondialisation (ce qui reste à démontrer), donc vecteurs du progrès de l’Histoire (n’ayons jamais peur des grands mots). Donc tout ce qui est connoté islamisme, anti-israélien, anti-impérialiste est « bon » ; tout ce qui vient de là ne peut qu’être « dans le sens » de l’histoire. Les mauvais sont les fascistes, les extrêmes de la droite – jamais de la gauche. Ce sont ces lunettes roses qui valent de ne pas comprendre.

Car de qui s’agit-il ?

D’un Français, né à Toulouse, dans une banlieue modeste mais pas misérable. D’un petit délinquant mal scolarisé, sans père, enfermé dans un ghetto de « potes ». D’un être de ressentiment, qui en veut à la France de ne pas avoir réussi à l’intégrer, ni à l’école, ni dans l’armée, ni dans la société.

Il s’agit donc (à ce stade des informations) d’un de nos « fils », de nos « frères », qui a dérapé dans la croyance – ni plus, ni moins que les activistes trotskistes ou maoïstes d’Action directe, ou les « nationalistes » basques de sa propre région. Il ne s’agit ni d’un fou (terme commode par lequel on évacue toute analyse), ni d’un révolutionnaire (d’un quelconque projet politique), ni d’un « étranger », allogène, d’origine, mouton noir dans un troupeau blanc. Il s’agit d’un Français né en France, élevé en France, qui a été mal intégré par sa propre société. Il a donc cherché ailleurs, dans une secte violente, un idéal pour exister. Son rattachement islamiste est reconstruit, il ne lui est ni congénital, ni familial, ni algérien.

La question est donc celle d’un échec de notre « modèle social français ».

Modèle qui fait eau de toutes parts, de la faute des élites comme des politiciens (pour éviter le terme « hommes » politiques qui déplaît tellement aux femmes féministes politiquement correctes). A croire l’Arabe néo-prolétaire à « sauver » dans l’histoire, à taper sur « l’identité nationale » en l’accusant de tous les rejets et de tous les colonialismes, en promouvant la repentance pour le n’importe quoi (la loi contre la « négation » des crimes contre les Arméniens étant la dernière invention), en ne proposant RIEN de positif autre que cette soupe tiède du « multiculturel » où personne ne se reconnaît (sauf les futiles bobos assez riches pour aller dissiper leur vie à s’amuser entre New-York, Marrakech ou les Bahamas) – la France 2012 a permis un Mohammed Merah.

Parce que l’identité n’est pas le rejet, que le melting-pot des cohabitations à l’américaine n’est pas un modèle enviable, ni qui correspond à notre histoire de France. Parce que les Lumières libèrent, elles n’assignent pas les gens à leur essence. La liberté des diverses religions et croyances n’est permise que par la laïcité. L’égalité devant la loi donne à chacun le droit de faire, de croire et de dire tout ce qui ne pas contre la vie de la cité. Ce vivre ensemble, en bonne entente, est la fraternité. Avec Mohammed, la France d’aujourd’hui connaît donc un triple échec, fait de nos démissions :

  1. Démission sur la laïcité qui seule permet la liberté, en feignant de croire qu’il serait des religions ou des « communautés » plus respectables que d’autres ; que la viande halal peut être imposée à tous en catimini, sans traçabilité ; qu’on pourrait se voiler le visage sans conséquences sur les relations sociales ; qu’il faut voiler Voltaire sur les façades du Louvre…

2. Démission sur l’égalité en exigeant d’interdire par la loi toutes les déviances d’analyse et de discours sur l’esclavage arabe, l’histoire juive, le génocide arménien, la place des femmes, des gais, des handicapés… En laissant les « appartenances » fleurir dans le joyeux festif du multiculturel où le tag est équivalent à la Joconde ou l’éructation ado sur trois accords égal aux Beatles. En refusant d’accomplir la culture des Lumières, qui vise à « libérer » les individus de ces appartenances automatiques que sont la biologie, la famille, le clan, la bande, la mode, l’idéologie, la croyance.

3. Démission sur la fraternité en faisant de Mohammed Merah un faux français, tout de suite qualifié « d’origine », algérienne, musulmane, alors que ni l’école, ni les associations, ni la société, ne lui ont offert un destin.

Les tueries de Toulouse sont donc un symptôme de notre société française.

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