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Braveheart de Mel Gibson

Sixième de onze enfants d’une mère irlandaise et ayant travaillé en usine en Australie, Mel Gibson aime à incarner l’aspiration à la liberté des opprimés : les Irlandais, les Ecossais, les survivants de l’apocalypse de Mad Max, les révoltés de la Bounty, les fédéraux contre la mafia en jouant Eliott Ness. Il a 39 ans et est en pleine maturité physique et professionnelle lorsqu’il incarne le légendaire William Wallace, héros de l’indépendance écossaise entre 1280 et 1305.

Le gamin crasseux (James Robinson) de la ferme pauvre isolée dans les Highlands, voit son père et son frère aîné partir combattre l’Anglais qui vient piller le pays ; ils en reviennent cadavres, tranchés de coups d’épée et percés de coups de piques. Brutal, le réalisateur Gibson montre le sang, les blessures, les chevaux éventrés (des maquettes), toute l’horreur bouchère de la guerre. Pris par son oncle sous son aile, éduqué à l’étranger dans les lettres et les armes, le jeune garçon va devenir un homme. Ce qui compte, lui dit son oncle, c’est avant tout la tête ; le bras ne vient qu’ensuite. William Wallace adulte (Mel Gibson) revient sur ses terres et ne rêve de de pouvoir cultiver et fonder une famille en ne demandant rien à personne, en autarcie comme tous les pionniers que la politique indiffère.

Mais l’Anglais ne l’entend pas de cette oreille. Le roi Edouard 1er (Patrick McGoohan), dit le Sec pour son cynisme sans pitié, veut mettre à merci ces loqueteux rebelles et impose le droit de cuissage sur les jeunes mariées écossaises à tous les nobliaux anglais qui occupent le pays (droit inventé, qui n’existait pas en ce temps). Il tente ainsi une acculturation ethnique pour mêler les sangs en même temps que la contrainte imposera le pouvoir de Londres. Wallace, qui aime la belle Murron (Catherine McCormack), celle qui lui avait offert un chardon enfant sur la tombe de son père, la voit en passe d’être violée ; il la défend, la pousse sur un cheval, mais le terrain et l’Anglais empêchent sa fuite et elle est égorgée en public par le shérif (sans être violée, ce qui est catholiquement correct mais moyenâgeusement peu vraisemblable). Mel Gibson, en bon catho tradi, élimine ce qui le gêne dans l’Histoire. Mais il pratique le biblisme à l’américaine, qui privilégie l’ancien Testament au nouveau, en rendant œil pour œil et dent pour dent : il égorge lui-même le shérif égorgeur.

C’est ainsi que le jeune Wallace devient rebelle, et comme il n’est ni rustre ni bête – il sait même le latin et le français – il va donner du fil à retordre à Messires les Anglais. D’autant qu’Edouard 1er mandate son fils tapette (Peter Hanly) pour mater la révolte écossaise, afin de le viriliser (en vrai, le futur Edouard II est plus cultivé que pédé, mais Gibson aime forcer le trait entre « Bien et Mal »). C’est sa femme Isabelle de France (Sophie Marceau), la future reine, fille de Philippe le Bel, qui porte la culotte (bien qu’elle n’eût qu’environ 12 ans à l’époque de la véritable histoire et n’était pas encore mariée au prince de Galles…). Elle est envoyée par le roi pour soudoyer Wallace, mais tombe sous son charme ; en lieu et place d’un barbare qui ne connait que la violence, elle découvre son courage, son grand amour massacré et sa passion pour la liberté. Braveheart est traduit en québécois par Cœur vaillant, ce qui fait très scout catholique (et ravit Gibson) mais reflète assez bien la bravoure passionnée contenue dans le mot. Mel Gibson, en bon descendant d’Irlandais, dote plutôt la Française d’un amour de la révolution et de la liberté bien peu dans l’air des temps féodaux. Il pratique la post-vérité à l’hollywoodienne en réécrivant l’histoire qui convient à sa propre époque.

Cette séduction va aller très loin puisqu’Isabelle va trahir son roi pour renseigner Wallace afin qu’il évite les pièges qui lui sont tendus ; elle va même coucher avec lui pour donner un fils à son mari, trop tapette pour lui en faire un, même si le roi Edouard a jeté d’une ouverture de la tour de Londres le trop beau compagnon du prince de Galles (ce qui est historiquement incorrect, Peter Gaveston fut exilé avant de revenir à la mort d’Edouard 1er). Ironie filmique du renversement de situation : la guerre biologique que voulait mener Edouard le Sec par droit de cuissage pour engendrer des mâles anglais à droit d’aînesse se retourne contre lui, puisqu’Isabelle devrait donner naissance à un petit Wallace qui deviendra roi d’Angleterre. Telle est du moins la légende, un brin raciste (peut-être en réaction à la moraline trop politiquement correcte de l’ère Bill Clinton), véhiculée en 1995 par le film. Légende car William Wallace fut exécuté en août 1305, tandis que le futur Edouard III ne naitra qu’en novembre 1312. Mais ce qui compte est ici la symbolique : encore une fois l’œil pour œil de l’Ancien testament.

Wallace souffre de l’ordure politique et des chicanes entre nobliaux écossais, assez lâches et habilement stipendiés par les Anglais. Il fait gagner l’armée à Stirling avec les nobles, mais est vaincu à Falkirk, trahi par ces mêmes nobles. Pour se venger, il va exécuter lui-même les meneurs Lochlan et Mornay, tout en laissant à Bruce la vie sauve, reste d’une vieille fidélité et reconnaissance pour l’autre courage, celui de la politique, que lui-même n’aura jamais. Bruce deviendra le premier roi d’Ecosse en 1306, un an après la mort de William Wallace.

Trahi une dernière fois, par le père lépreux de Bruce (signe que la politique pourrit tout), Wallace sera torturé en public selon le trium médiéval (hanged, drawn and quartered – pendu, écartelé et démembré) parce qu’il refusera jusqu’au bout de demander pitié et de faire allégeance au roi d’Angleterre. Lequel meurt opportunément au même moment que Wallace, d’un feu intérieur qui le brûle et l’a privé de parole – deux symboles de l’emprise du Diable selon l’imagerie catholique, la parole symbole de l’humain et de la relation à Dieu, le feu, symbole de l’enfer et des tourments éternels.

Le film est bien réalisé, les scènes d’action alternent avec les scènes intimistes, la violence brute avec l’intelligence et l’humour. Le paysage rude des Highlands, qui rappelle souvent celui des fjords de Norvège, semble mettre aux prises les descendants des Vikings aux descendants des Saxons, la culture fermière du nord à la culture urbaine du sud, le peuple (pur) contre les élites (corrompues). Les urbains veulent dominer les fermiers – tout comme dans l’Ouest sauvage et durant la guerre de Sécession américaine – et les fermiers résistent, voulant rester « sires de soi ».

Beaucoup d’approximations historiques et d’anachronismes font de ce film plus un récit mythique hollywoodien qu’un document d’histoire. Mel Gibson délivre un message clair : la liberté avant tout ; elle est la condition de l’amour et de la droiture, elle définit toute morale selon la religion. Car si le Dieu catholique nous a donné la liberté de pécher, c’est pour mieux nous rendre responsables de notre destin ici-bas et au-delà. A bon entendeur…

DVD Braveheart de Mel Gibson, 1995, avec Mel Gibson, Sophie Marceau, Patrick McGoohan, Catherine McCormack, Twentieth Century Fox, blu-ray 2010 version longue 2h51 €11.80, édition single €7.20, édition Digibook Collector + livret €19.99

L’histoire romancée de Bruce, qui deviendra premier roi d’Ecosse

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Démocratie et algorithmes

Les Lumières avaient du bon, elles visaient à découvrir en l’humain ses possibilités cachées et à les révéler au grand nombre. La raison est la chose du monde la mieux partagée, disait Descartes. Mais chaque mouvement connait le risque de sa dérive. De la raison nait le raisonnable, mais aussi le rationnel et le rationalisme.

Si chacun peut être raisonnable, s’il maîtrise ses passions et sublime ses pulsions, le rationnel est déjà plus ambigu. Connaître en raison le monde est le but du savoir scientifique qui fonctionne par essais et erreurs, hypothèses et tests. Mais cette méthode rationnelle est elle-même une croyance, comme l’a montré Nietzsche, une « volonté de savoir ». Cette volonté côtoie d’autres volontés, toutes aussi légitimes qu’elle, comme la volonté de se préserver et la volonté de puissance. Faire de la rationalité l’alpha et l’oméga de l’être humain, c’est le réduire. Croire au tout mathématisable, c’est amputer l’humain.

Le rationaliste croit que tout est calculable, que tout est paramétrable et qu’il suffit d’accumuler des masses de données (Big data) pour en calculer les probabilités selon les circonstances, et définir des modèles algorithmiques pour décider. Exit l’humain, place aux machines ; exit la politique, cet art de concilier les contraires par la négociation et le compromis, place au rationnel pur.

Déjà, les politiciens montrent qu’ils maîtrisent de moins en moins les décisions. Les grands problèmes de notre époque ne sont plus à la mesure des élus, souvent professionnels de la politique avec une vue étroite des choses et des gens, faute d’expérience dans la réalité vécue. Leur temps est celui de l’élection, pas du long terme – qui seul importe pour le climat, les ressources, les migrations, la démographie, la santé, et ainsi de suite. Ils ne sont plus audibles parce qu’ils fonctionnent entre eux, en petits jeux tactiques, tout en se servant au passage dans l’argent public et vivant largement. Une fracture entre peuple et élite se double d’une perte de légitimité du régime représentatif : pourquoi élire des prébendiers s’ils sont impuissants à faire quoi que ce soit d’utile ?

La tendance longue est à la bureaucratie, remplacer l’action politique par la gestion des choses. Elle est amplifiée, depuis des décennies, par la technocratie : c’est pas moi, c’est « on ». Les hautes autorités, Bruxelles, la Cour de justice, la Banque centrale, le FMI, l’ONU… sont autant de démission apparente du politique, qui noie les décisions sous l’anonymat et la machinerie bureaucratique. Ce pourquoi, avec ses gros sabots, Donald Trump touche une corde sensible : lui veut réhabiliter la décision politique, même si c’est avec une insigne maladresse et avec un mépris total des conséquences. Le Brexit est l’expression de la même tendance, en plus subtil.

Bureaucratie, technocratie, ne restait à venir que l’automatisme. Le voilà qui vient. La personne disparaît au profit de la donnée, le gouvernement au profit de la gouvernance, le pouvoir de décider à l’abandon aux machines. Ce vieux mythe de la société autorégulée, harmonieuse, cette République de Platon ou ce Phalanstère de Fourier, renaissent avec l’idéologie transhumaniste, transdémocratique. Le destin historique du marxisme rejoint la main invisible du libéralisme pour enfumer le peuple par un opium puissant : celui du tout-calculable par la puissance informatique, du tout-prévisible par les algorithmes du Big data, du non-travail grâce aux machines, robots et autres applications numériques. Et les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) – tous américains… – de se réjouir du monde qui vient, tout entier voué au divertissement, au temps de cerveau disponible, au paraître, à la futilité – et à l’International Business Machine.

Big Brother is watching you !

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Fillon ou Macron

Par ordre alphabétique, voici les deux candidats dont un restera très probablement au second tour. Certes, la pléthore de prétendants marginaux participe au débat démocratique et Mélenchon ou Dupont-Aignan, par exemple, ne disent pas que des choses sans intérêt. Certes, certains croient dur comme fer que Marine Le Pen peut parvenir au pouvoir au second tour en raison des abstentions différentielles entre électorats – voire au premier tour, pourquoi pas, avec 50% plus une voix. Mais si nous restons dans le cercle du probable, ce devrait être Fillon ou Macron.

Le premier est d’expérience ; il a pour lui la cohérence d’un programme de droite qui a vécu la période agitée Sarkozy et rongé son frein durant la période apathique Hollande. Il est clair, détaillé, mais il reste dans la lignée de l’austérité « exigée » (de moins en moins) par l’ordo libéralisme à l’allemande, préoccupé avant tout d’équilibre budgétaire et d’excédents commerciaux. Si les Français devaient se convertir un peu en Allemands, ce serait fort bénéfique pour l’Europe – tout comme pour le système économique et social français. Comment, en effet, « redistribuer » sans tout d’abord produire ? Comment produire comme les Allemands avec le niveau d’inefficacité français ? Ce n’est pas la compétence qui manque en France, nos inventeurs, nouveaux entrepreneurs, ingénieurs et commerciaux sont plutôt créatifs : ce qui manque, c’est l’environnement propice à l’épanouissement de ces talents. Autrement dit un Etat moins hégémonique, qui prélève moins, réglemente moins et laisse plus faire la société civile. Difficile quand le pays possède un tropisme catholique et romain d’impérium, un héritage capétien centralisé à Paris, un handicap symbolique royal de l’Etat c’est moi, des habitudes napoléoniennes d’évincer tout libéralisme (Madame de Staël en fut l’exemple), et une énarchie germanopratine formatée en vase clos aux petits jeux de pouvoir entre néo-noblesse d’Etat.

« Je crois qu’une partie de nos maux viennent du néo-catholicisme républicain », écrivait (déjà !) Flaubert à Michelet le 2 février 1869 (Flaubert, politicien très actuel sur ce blog). Ce jacobinisme d’Etat en forme de mission religieuse est ce qu’incarne Fillon plus que Macron. Faut-il cela pour mettre la France dans la voie du redressement ?

Macron devrait être plus « gentil » au sens de Montaigne, même si « la morale de l’Evangile » n’est pas absente de son programme. Les trois premiers paragraphes portent en effet sur le « travail », pour lequel « il faut inventer de nouvelles protections », « libérer », et « inventer un nouveau modèle de croissance ». Programme est d’ailleurs un mot excessif, puisque le candidat n’a pas de parti mais un « mouvement » et que son catalogue de mesures ressort plus des bonnes intentions symboliques (« mon contrat », dit-il) que d’une liste de mesures précises et chiffrées. Sauf qu’il parle d’augmenter largement la CSG, le seul impôt uniforme (non progressif comme l’impôt sur le revenu) – soit l’équivalent de la flat tax de Margaret Thatcher, pourtant pourfendue à « gauche » ! Sans parler des bourdes et autres billevesées (comme la colonisation « crime contre l’humanité » – donc révoquer à sens unique les amnisties ? Refaire des procès un siècle après ? Mettre en cause les petits-fils des « coupables » ? Sans aucune réciprocité des pays devenus indépendants qui ne sont pas non plus innocents dans bien des cas ?). « Inventer » est le mot-clé car, avec l’enthousiasme de la (relative) jeunesse, il s’agit d’avancer et de créer dans le mouvement. Mais 40 ans n’est-il pas déjà un âge mûr ? Dès 45 ans, le privé ne vous voit-il pas déjà comme usé, obsolète et irréformable ? Seul le public vous croit « jeune » à 60 ans passés et il faut vraiment atteindre 70, comme Juppé, pour que l’on commence à évoquer votre âge (Pétain n’est-il pas devenu chef de l’Etat à 90 ans ?).

Reste que le flou de la politique suivie laisse croire à une continuation de l’inertie Hollande, plus ou moins mâtinée de 49-3, et que l’inexpérience du candidat Macron (inconnu il y a 4 ans) peut effrayer les frileux. Quant aux paranoïaques, ils le traitent de « banquier », voire d’inféodé « aux Juifs » (puisqu’issu de la banque Rothschild), toutes qualifications qui ne signifient rien de concret. Certains voient en lui le choix du Système (défini en gros par les néoconservateurs mondialistes… que justement l’élection de Trump remettent en cause – ce qui relativise cette thèse). En revanche, que Macron soit l’héritier de Hollande, je l’ai toujours dit, même si ledit Hollande, à la fois par lâcheté et par tactique politicienne tordue, a laissé faire, et surtout laissé s’enferrer Hamon, dont ni les épaules politiques ni l’intellect ne sont de taille à ravaler Mélenchon au sein d’un PS moribond.

Si Fillon obtiendra probablement une majorité à l’Assemblée qui suivra les présidentielles, pour Macron, c’est plus incertain. Oh, certes, l’expérience de révérer toujours le pouvoir en place, les jeux de cour traditionnels à Paris et l’esprit de collaboration évident depuis l’Occupation (et qu’on a vu à l’envi sous Mitterrand et sous Sarkozy…) – sans parler des médias majoritairement acquis au vainqueur avant même l’élection -, devraient créer un rassemblement au centre analogue à celui que Giscard a connu lorsqu’il fut élu. Mais le poids des rancœurs à gauche comme à droite, et surtout aux extrêmes des deux bords, peut compliquer la donne. Car le fanatisme des guerres de religions reste aussi présent que l’esprit collabo dans l’imaginaire national.

Alors, Fillon ou Macron ? La vraie droite ou la fausse gauche ? La patrie et « les valeurs » ou la vague Europe et « la » mondialisation ? (Comment peut-on être contre le soleil qui se lève ? disait pourtant Staline dans l’un de ses jours d’astuce). Serait-ce plutôt une bataille entre élites multiculturelles de droite et de gauche et le populo de gauche et de droite incluant les classes moyennes hantées par le déclassement ? Il n’y a plus guère de blocs sociaux homogènes desquels nous pourrions induire un comportement politique prévisible. Tout est dans tout, et réciproquement.

Restent quand même la jeunesse, l’optimisme, le mouvement – ou l’expérience mûre, le pessimisme actif, et la remise en ordre. Chacun choisira, les orientations des programmes se précisent et tout dépend si l’on veut moins de chômeurs ou plus d’assistés. Mais nul doute que cela devrait être entre ces deux candidats là.

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La génération au pouvoir est-elle adaptée au présent ?

Séisme anti-socialiste en 2002, le 21 avril ; non à Maastricht en 2005 ; espoir Sarkozy contre le Fout-Rien Chirac en 2007 ; séisme anti-gauche aux Européennes de 2015 ; référendum Tsipras en Grèce en 2015 ; Brexit en 2016 ; Trump élu contre l’attente des médias et des élites récemment… Les élites au pouvoir, violemment contestées sans l’avoir vu venir (ou sans avoir voulu le voir) sont-elles encore adaptées ?

Prenons François Hollande, né en 1954 

Si Staline était quand même déjà mort (mars 1953), c’était tout juste ; mais aucun satellite artificiel n’avait été lancé autour de la terre, nul n’était allé sur la lune, le téléphone et la télé étaient balbutiants (ah, le 22 à Asnières !), et – bien évidemment – ni Internet ni le Smartphone n’existaient. Lorsque je dis cela à des étudiants du supérieurs, nés juste avant ce siècle, ils tombent des nues. Comment, pas de télé, pas de portable, pas de mobile, pas de net ni de jeux vidéo, pas de CNN ni de Google, pas de Facebook ni d’Apple ? Eh bien non. Comment avons-nous pu vivre sans ces prothèses VI-TA-LES ! C’est simple : presque comme des écolos, en tout cas comme nos grand-mères vivaient.

François Hollande avait 14 ans en mai 1968 – il n’a donc rien vu, rien vécu des événements ; il avait 19 ans lors de la première crise du pétrole, il était en cours d’études avec les manuels de l’après-guerre – il n’a donc rien acquis du monde nouveau. Lorsqu’il sort de l’ENA, en 1980, la vieille gauche va arriver au pouvoir et appliquer des recettes du XIXe siècle à la mondialisation qui commence avec Thatcher et Reagan ; trois dévaluations du Franc plus tard (en 18 mois), c’est « le tournant de la rigueur » – autrement dit la fin de l’utopie. Hollande observe et constate, il saura changer d’avis comme de veste à l’avenir – puisque tout change sans cesse… Mais aujourd’hui il est perdu, comme en témoigne « ce qu’il ne devrait pas dire » – et qu’il dit quand même pour violer son camp du déni content de soi.

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Comment penser une seconde que cette génération (dont je suis) puisse être adaptée aux changements très rapides qui se sont produits en deux générations, depuis le milieu des années 1950 ? Tout est allé trop vite pour nos cerveaux programmés par les millénaires. C’est pourquoi j’estime qu’il faut laisser la place aux jeunes – pas seulement aux gens neufs. Donc pas aux Trump, Clinton, Juppé, Hollande & Sarkozy et autres, tous blanchis sous le harnois, éduqués dans l’après-guerre avec des méthodes d’avant-guerre. Je rêverais d’un duel Macron-Le Maire aux présidentielles 2017 – mais cela ne se produira probablement pas, même si des surprises sont possibles. Le tropisme autoritaire, hiérarchique et élitiste du Français est bien trop ancré. Il vient de loin : de Rome et de la religion, de l’Eglise et du roi, du jacobinisme et du catholicisme papal – et même plus récemment de l’islam, peu réputé pour être libéral, comme l’a montré la Manif pour tous.

Nous n’aurons pas un Trump, il faudrait pour cela qu’il y ait des milliardaires en France intéressés par la politique et en même temps patriotes (ne rêvons pas). Nous aurons peut-être une Marine, mais le handicap idéologique et politique me semble trop grand pour que l’hypothèse soit réaliste, tant les Français aiment l’expérience et la sagesse malgré tout. Qui aurons-nous ? Surprise !

Peut-être faut-il réfléchir autrement.

Constater notamment que, depuis la guerre de 14 qui fait date comme puissant traumatisme, chaque génération (en gros trente ans) bouleverse la donne :

1914-1940 : la guerre la plus absurde, l’industrialisation du massacre, la contestation radicale des badernes qui nous gouvernent engendrent les années folles et les Surréalistes – plus le communisme à l’est ; le plus-jamais-ça d’épuisement, les classes creuses et les veuves en noir engendrent le pacifisme à outrance, la frilosité en tout et la lâcheté devant la force. Lénine razzie le pouvoir, contre des sociaux-démocrates pusillanimes; Hitler l’emporte par populisme outrancier, dans le déni des élites démocratiques ; Pétain gagne, par forfait des dirigeants dépassés – les Français se soumettent (et très peu résistents avant 1943).

1940-1970 : l’euphorie de la victoire « des » démocraties, la reconstruction d’après-guerre, la décolonisation et l’essor des industries du radar, de l’atome, de l’aviation, de l’électroménager engendrent le baby-boom et le bonheur de consommer – jusqu’à saturation : la révolte de 1968 est non seulement contre la guerre du faible au fort au Vietnam, mais aussi contre « le Système » qui embrigade et contre l’Autorité qui s’impose sans discussion. A poil, échangistes, hirsutes, égalitaires, écolos à chèvres, hippies à pétards, les soixantuitards font craquer les gaines – mais dérivent vers les paradis artificiels, le spontanéisme narcissique et la baise pédophile. La brutale crise du pétrole, orchestrée par les régimes arabes contre Israël et son soutien américain en 1973, cassent brutalement le rêve fumeux : c’est « la crise » (mot qui reviendra désormais très souvent). Retour au réel.

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1970-2000 : Margaret Thatcher au Royaume-Uni, Ronald Reagan aux Etats-Unis, la gauche Bérégovoy en France, adaptent désormais l’utopie sociale républicaine à la réalité du capitalisme qui se mondialise. Pour le meilleur et pour le pire : la révolution des mœurs, qui deviennent plus conviviales, la jeunesse ayant accès au sexe avec la majorité à 18 ans et l’abaissement de la pénalisation des relations à 15 ans ; l’égalité homme-femme reconnue par le code civil avec le divorce, l’autorité parentale et l’avortement ; la chute du mur de Berlin suivie de la chute de l’URSS, l’essor de la Chine qui se convertit au capitalisme, la construction européenne positive d’un côté (Espagne, Grèce, Irlande puis Pologne et autres profitent de la redistribution). Mais de l’autre rigueur publique, moins d’Etat, desserrement des carcans à l’initiative individuelle et dérégulation, naissance des nouvelles technologies dans la Silicon Valley, brutalisation des relations de travail, externalisation des métiers hors du cœur de l’entreprise, délocalisation vers des pays à bas coûts de production, optimisation fiscale. Jusqu’au krach des actions technologiques en 2000, le krach de l’audit comptable en 2002, le krach de l’immobilier en 2007 et la crise systémique qui explose en 2008… laissant penser que la suite sera (comme dans les années 30) la crise politique.

2000-2030 : nous y sommes – et nous avons la tentation de revenir en arrière puisque le présent ne semble pas rose. Après l’autoritarisme d’après-guerre, puis le libéralisme post-68, retour à l’autorité en protection. La mondialisation montre son visage négatif : la perte des emplois industriels et l’immigration sauvage. La technologie montre qu’elle peut être néfaste : robotisation qui supprime des postes, exigence de formation supérieure et continue sous peine d’être largué, surveillance généralisée et centralisée par le tout-informatique, connexion mondiale et hacking mondial (les Russes ont piraté la campagne démocrate américaine et influé sur le vote), perte des repères spirituels – d’où retour des religions, jusqu’aux plus obscurantistes, théorie du Complot et islamisme salafiste – ce qui engendre les antidotes que sont les régimes autoritaire et fascistoïdes. Poutine, Chavez et Maduro, Erdogan, Orban, Kaczynski, Dutertre, Trump, la liste s’allonge de jour en jour des tribuns médiatiques qui jouent au dictateur comme jadis Staline, Mao ou Castro – jusqu’à Sarkozy, Le Pen et Mélenchon en France qui voudraient bien les imiter. Retour des frontières, du nationalisme, de la « souveraineté » (comme si la France était plus maître de son destin contre Google, Poutine ou la Chine sans l’Europe qu’avec !) – ce sont tous ces mythes qui agitent les esprits.

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Certes, nous l’avons toujours dit, le libéralisme sans règles n’est pas viable car il se réduit à la loi du plus fort, la jungle et le lynchage ; mais l’autoritarisme sclérose et inhibe, il empêche l’initiative (on le voit tellement en Russie, à Cuba ou en Corée du nord). Patriotisme oui (pourquoi nos élites ont-elle honte de défendre les intérêts français ?) mais nationalisme non (c’est la guerre assurée à brève échéance).

Donc une nouvelle génération.

Trump, à 70 ans, n’est pas vraiment un perdreau de l’année… Incarne-t-il l’espoir d’un renouvellement ou le ras-le-bol des anciens ? je penche pour sa seconde hypothèse. Reste donc entière la question du renouvellement des générations en politique. Avec Trump, rien n’est réglé !

Il sera probablement moins radical au pouvoir que dans sa campagne – comme toujours. Des contrepouvoirs existent aux Etats-Unis (bien plus qu’en France !) et les lobbies industriels et financiers sont puissants, le populo (abstentionniste et velléitaire) apparaît comme trop bête et flemmard pour être consulté avec profit collectif sur les grandes orientations. Nous aurons un Reagan bis en économie avec les Conservateurs ; peut-être un Nixon bis (sans l’intelligence géopolitique) en relations extérieures ; en tout cas un Tycoon redoutable en affaires et qui ne s’embarrasse (comme Poutine) d’aucun scrupule…

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Ceux qui se réjouissent aujourd’hui, aux Etats-Unis comme à l’étranger, vont voir très vite combien America First peut être redoutable à leurs petits intérêts. Brailler, c’est bien ; subir, est-ce mieux ? Où est-elle donc, NOTRE nouvelle génération ?

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Président pour rien ?

Chômage, entreprise, terrorisme, Union européenne, vivre-ensemble – il semble que François Hollande ait tout faux. Echec sur toute la ligne. Echec à gauche où « la morale » est bafouée, échec surtout pour le pays, laissé dans le même état qu’il y a quatre ans – sans l’excuse de la crise cette fois. François Hollande a-t-il été un président pour rien ? Le chantre de l’impuissance publique ?

Je précise que je n’ai rien contre l’homme, sympathique en privé et volontiers blagueur, comme Jacques Chirac. Je dirige mes traits contre l’homme public, hésitant, velléitaire, sans grand sens de l’histoire, tout à son souci d’équilibrer sans cesse les contraires, les intérêts, les trois France…

Le chômage, cette fameuse et obstinée « inversion de la courbe » qui ne cesse de narguer – depuis quatre ans ! – le président. La faute à Sarkozy ? Comme c’est facile… Le quinquennat de Nicolas Sarkozy a connu la double crise des subprimes et de l’euro – celui de François Hollande connait à l’inverse la conjonction des bonnes fées : chute de l’euro, du prix du pétrole, des taux d’intérêt. Grâce à cette triade, toute l’Europe s’est redressée… Toute ? Non, le petit village gaulois de Hollandie résiste encore et toujours au mouvement du monde. Mais oui, augmenter les impôts, surtaxer les services à la personne, refiscaliser les heures supplémentaires, réglementer le logement à la Duflot n’encouragent pas l’emploi ; mais oui, réglementer à tour de bras sur tout n’encourage pas la création d’entreprise ni la prise de risque ; mais oui, la passation en force d’une réformette inutile à force de reniement sur le code du travail n’encourage pas les étrangers à venir installer des emplois, ni les salariés à faire confiance aux syndicats. Le chômage est cette fameuse « exception française » que les Français un tant soit peu éduqués fuient par milliers à l’étranger depuis 4 ans, une exception encouragée par les pouvoirs publics qui préfèrent protéger les inclus, désirée depuis toujours par la CGT pour renverser le Système parce que seuls comptent, dans son esprit borné par l’idéologie, « les prolétaires » (et que les chômeurs sont un lumpenprolétariat « jaune », prêt à brider le niveau des salaires pour simplement travailler), attisée par Sud et autres anars qui refusent tout « dialogue social » pour le bonheur de l’affrontement, regardée avec plaisir par le Medef qui y trouve argument pour contraindre les salaires… Le chômage qui empêche toute « intégration » des minorités visibles car, quand l’emploi est rare, on prend plus volontiers le candidat neutre et le moins polémique. Échec sur toute la ligne, tant la conjonction des intérêts reste en faveur du statu quo.

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L’entreprise – qui crée l’emploi – est-elle encouragée sous Hollande ? Technip fusionne avec l’américain FMC Technologies pour aussitôt installer son siège social à Londres, comme Arcelor-Mittal l’a fait au Luxembourg, Rhodia-Solvay en Belgique, Alcatel-Lucent-Nokia en Finlande, Lafarge-Holcim en Suisse. Serait-ce à cause d’une administration à la française trop coûteuse et tatillonne ? Notre pays reste-t-il aussi attractif économiquement, fiscalement ou socialement que François Hollande voudrait nous le faire croire ? Le sujet, au gouvernement (et évidemment à gauche) semble bel et bien tabou. Car le parti Socialiste n’a jamais réglé la question de la « lutte des classes » : une partie est pour la production afin de redistribuer avec de gros impôts, l’autre partie est pour la guerre civile classe contre classe afin de faire rendre gorge aux patrons (génétiquement) exploiteurs. Hollande comme d’habitude fait « la synthèse » – c’est-à-dire qu’il ne fait rien, il laisse bloquer toute rénovation.

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Le terrorisme, dans toute son ampleur franco-française, a été découvert avec surprise par les technocrates en charge du pouvoir ou dans l’opposition depuis quatre décennies. Ils n’ont rien voulu voir venir, ce n’était pour eux pas croyable, et surtout pas d’amalgame ! « Tout le monde » peut être terroriste mais surtout pas les Arabes, ni les islamistes en particulier… Tous les terroristes passés à l’acte étaient connus des services, mais aucun personnellement surveillé, cela aurait été « cibler au faciès ». Ce pouvoir, depuis quatre ans, a laissé les corporatismes policiers ou gendarmes se cacher des informations et se hausser du col pour le matériel ou la gloire, augmentant d’autant la dépense publique pour la sécurité et diminuant d’autant son efficacité. Quoi ! Le RAID et le GIGN en même temps pour arraisonner deux frères Kouachy dans une imprimerie vide ? Alors qu’au même moment, un Coulibaly tirait à la kalach sur des Juifs à Paris dans un hyper-casher ? La leçon de l’après-Merah n’a pas été retenue, faute de volonté politique. Pour Hollande, seul compte le blabla symbolique devant le Congrès, mais quels sont les actes concrets ?

L’Union européenne a connu une absence totale de la France, jamais un président n’a été aussi ectoplasme dans le débat européen. L’immigration venue de Syrie ? – aucune entente avec Angela Merkel, aucune position à propos de l’accord inique avec la Turquie d’Erdogan, aucune proposition de gardes-frontières Schengen – RIEN. La finance ? « Mon ennemi » semble devenu mon ami et la lutte contre le dumping fiscal dans l’UE même, hors rodomontades enflammées, est absente. Le président pense à sa réélection et discourt en Pangloss sur le meilleur des mondes possibles, ou joue avec le « sans moi le chaos ». Mais il suffira que le taux d’intérêt directeur de la Banque centrale européenne remonte à 2% (bientôt), que le prix du pétrole passe (dans quelques mois) à 60$ le baril au lieu de 25 en janvier, que cette hausse pousse l’euro à la hausse pour que, selon l’économiste de Natixis Patrick Artus, le Budget français soit contraint et que la Dépense publique devienne insupportable. Or Hollande n’a qu’à peine atténué la courbe de la hausse, il n’a en RIEN diminué la dépense, au contraire ! Les cadeaux électoraux commencent à pleuvoir un an avant la présidentielle, comme l’avait fait Jospin avant de finir comme on sait.

Le vivre-ensemble, la corruption des élites, le corporatisme, l’islam ? Rien de cela, qui taraude en ses profondeurs la société française, n’est abordé, expliqué, corrigé. Le président se contente de dire « c’est pas bien » quand on tague une mosquée – mais il ne dit rien quand on vandalise une église. Cahuzac ? – Je ne savais pas… Mais qui donc l’a fait ministre ? Le financement des mosquées ? – le wahhabisme saoudien ou le Qatar intégriste. Mais qui s’en soucie ?

L’incroyable boboterie du victimaire, ces pôvres gais lesbiens empêchés de se marier, d’adopter, de procréer assistés – ce que les gais et lesbiens soixantuitards s’étaient bien gardé de réclamer – ce pôvre rapeur de Black M empêché à Verdun alors qu’il insulte dans ses litanies les « koufars » (nous – les mécréants, un équivalent aussi méprisant et condescendant en langue coranique que « nègre » en langue française), voire les « pédés » à châtrer et autres « youpins », cette « courageuse » entreprise d’un ministre de défendre contre « le fascisme » un  rappeur comme s’il s’agissait d’un Dreyfus en prison, cet incroyable « amalgame » qu’un Noir ne serait nullement raciste lorsqu’il prononce les mots interdits alors qu’il n’est qu’un pôvre riche chanteur à succès des banlieues !… On a vu plus démagogique, rarement plus bête. La multiculture du fric et de l’insulte érigée en modèle pour la France. Vive le socialisme, qui prend la défense de ces pôvres victimes qui ont bien « le droit » d’être gaiement mariés ou papa, ou minoritaires racistes !

Rap par Rita Mitsouko

Nul doute que – vu le succès sur tous ces sujets – le socialisme hollandais a encore dégringolé d’un cran dans l’estime (déjà faible) que le populaire lui porte. Nul doute aussi que – si l’on retombe à la présidentielle sur les deux bras cassés que sont l’Agité et la Synthèse – le premier tour ne réserve une belle surprise. La faute à qui ? – Au président pour rien…

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Jusqu’où faut-il accepter la différence ?

Le voile intégral, étendard islamique affirmé (à l’inverse du voile de mode islamique), est interdit par la loi dans l’espace public en France depuis 2011 : environ 1600 verbalisations ont eu lieu en 5 ans selon Metronews… mais 78% de moins en 2015, année pourtant où des attentats inouïs ont eu lieu ! Non seulement le terrorisme musulman frappe, mais la loi est ouvertement bafouée comme si la société se couchait devant la menace. Le militantisme religieux, dans un entourage agressif, décourage les policiers et inhibe la hiérarchie. Le Mouvement pour la jeunesse et le changement de l’Algérien Rachid Nekkaz se vante de faire payer les amendes par son parti : ce qui a été pénalisé pour Dieudonné serait-il permis à Nekkaz ? cette « ingérence intérieure dans les affaires d’un pays souverain » serait-elle autorisée à l’Algérie en France et pas à la France en Algérie ? La publication par Le Monde de la corruption Bouteflika a engendré une réaction unilatérale des autorités qui n’a pas sa réciproque avec l’activisme Nekkaz.

Pendant ce temps, l’islam de France se tait, ou parle à bas bruit. Les intellos grimpent au rideau de l’islamophobie ou évitent le sujet (comme les études) de peur de se faire mal voir du politiquement correct qui règne à l’université. « Beaucoup de Musulmans ont du mal à dire ‘je’ », à s’affirmer comme individu en-dehors de la communauté, explique Soufiane Zitouni, auteur des Confessions d’un fils de Marianne et de Mahomet sur Europe 1 (Club de la presse 7/4/2016). Pour lui, l’UOIF, émanation des Frères musulmans égyptiens, crée écoles et lycées où l’antisémitisme est enseigné par des barbus, où certains profs font la ségrégation des filles et des garçons dans leurs classes et où Averroès n’est même pas dans la bibliothèque du lycée qui en porte le nom. Même si le programme de l’Éducation nationale est « globalement » enseigné, les valeurs républicaines et les mœurs françaises sont bafouées ouvertement – sans que personne (notamment « à gauche » s’en émeuve).

coeur de chair

La « diversité » signifierait-elle qu’il existe de « plus égaux que les autres » au regard de la loi ? Ou que la loi est imbécile, élaborée par des ignorants qui ne savent pas ce qu’ils préparent ? Le multiculturalisme va bien quand il s’agit de la marge : on s’enrichit de la culture des autres. A condition que la nôtre n’en soit pas déboulonnée par une discrimination positive qui dévalorise tout ce qui est occidental pour survaloriser tout ce qui est musulman. Au nom de quoi ? de la repentance ? Faut-il ignorer l’esclavage islamique dans l’histoire pour ne parler que de la traite atlantique ? Faut-il ignorer les razzias d’enfants sur les rives nord de la Méditerranée pour fournir les harems des sultans, le corps des Janissaires et les esclaves des Barbaresques ?

L’islam a à voir avec la violence et le terrorisme, dans la mesure où cette religion exige la théocratie et qu’elle s’appuie sur un corpus de textes sacrés qui ne sont pas critiqués. Il suffit de lire le Coran pour voir appeler au meurtre de tous les mécréants, ce qui n’existe dans aucune autre grande religion. La férocité religieuse en terre d’islam n’est pas exceptionnelle, loin de là. Il est même fait obligation du djihad, et si certaines interprétations cantonnent ce combat au spirituel, elles sont loin d’être majoritaires. L’islam appliqué par des pays tels l’Arabie Saoudite, le Qatar, le Pakistan, l’Iran montrent combien les femmes sont des choses, les mineurs présumés « gais » pendus en Iran, les fillettes mariées et consommées dès 9 ans, la main des voleurs coupée…

Résister à ces manifestations étrangères à nos mœurs, à notre culture et à notre histoire est une décence élémentaire. Va-t-on s’exhiber seins nus sur les plages d’Alger ? Boire de l’alcool en public à Djeddah ? S’embrasser dans la rue à Islamabad ? Pourquoi ce qui est légitimement interdit ailleurs pour ne pas choquer les mœurs et la culture locale serait-il permis ici par les gens qui se revendiquent d’ailleurs ? D’autant qu’ils le font par provocation, pour manifester leur rejet, leur haine de l’Occident des « perversions et des abominations », comme il est dit dans les messages des plus intégristes. Absolument pas par « universalisme », comme ce fut le cas lors de l’affaire Dreyfus. « Lutter contre le racisme, c’est défendre l’universalité de nos valeurs, l’unité du genre humain. A l’exact opposé de l’offensive antirépublicaine actuellement à l’œuvre », rappelle Alain Jakubowicz, Président de la Licra dans Libération.

La question de qui nous sommes et de qui nous acceptons, selon quelles conditions universalisables, est la prise de conscience – bien tardive – qu’une société n’est pas un contrat de pure forme mais une existence en commun.

couple haine Mad Season

Quand le commun s’efface au profit de communautés qui se ferment, nous avons le droit de ne pas l’admettre et de l’exprimer haut et fort, y compris dans les urnes si les élites ne le comprennent pas. L’ouverture à l’autre dépend de l’autre – et de sa réciprocité : nulle ouverture ne dure bien longtemps si elle reste à sens unique ! Il faut vouloir vivre ensemble, y avoir un intérêt mutuel – ou être rejeté légitimement si l’on manifeste son refus. L’immigration massive, les ghettos des quartiers, les trafics qui font régner l’omerta, transforment les individus en blocs identitaires. Pourquoi persister à le nier ?

Les musulmans ne sont pas « par essence » différents et fermés, ceux qui se revendiquent salafistes (intégristes des textes d’origine) choisissent de le devenir, souvent à la deuxième ou troisième génération ; les convertis garçons et filles s’enferment dans la bande et la croyance, c’est leur choix. Toutes les cultures sont d’égale dignité. Mais nous vivons dans un pays où nous devons demeurer ensemble. Chacun doit donc y mettre du sien, même si l’économie va mal, le chômage touche plus les jeunes et encore plus les minorités visibles, que l’Éducation nationale a démissionné dans les « quartiers ». Bien sûr qu’il faut du social et de l’investissement. Mais si la croyance compense dans l’au-delà les frustrations par le martyre, elle ne saurait s’imposer à tous, ni par la provocation, ni par les armes. La loi est la règle commune, elle sépare les églises et l’État, et assure l’égale condition des hommes et des femmes, tout en protégeant l’enfant jusqu’à sa majorité. Pourquoi devrions-nous admettre la revendication théocratique, le rejet des lois non admises par la religion, la ségrégation des sexes et la consommation sexuelle dès 9 ans ?

L’idéologie libertaire où chaque désir doit être comblé et chaque caprice assouvi n’est plus acceptée (si d’ailleurs elle l’a jamais été) – surtout si elle va à l’encontre des désirs des autres. Les lois et les mœurs ne sont pas intangibles, elles évoluent, mais pas de force. L’exhibitionnisme identitaire n’est pas plus tolérable à l’extrême-droite qu’à l’extrême-islam. Ces jusqu’au-boutismes rejettent tous deux les Droits de l’homme et les Lumières. A trop tolérer les frasques salafistes, on risque de se retrouver avec une réaction fasciste – ce ne serait pas la première fois que les élites auraient failli.

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Alain Finkielkraut, L’identité malheureuse

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Un essai sur la France contemporaine et le délitement des élites. Alain Finkielkraut fut soixantuitard ; il a changé, mesurant combien naïf était sa jeunesse libertaire et perroquet son discours marxiste bien daté. La France entrée comme les autres dans une mondialisation rapide s’est trouvée plus que les autres bouleversée, parce les gens qui la gouvernent et ceux qui font son opinion préfèrent l’illusion à la réalité, l’idéologie aux faits.

Lucide sur la société bigarrée d’aujourd’hui, Alain Finkielkraut est amer sur le mythe du bon sauvage opprimé comme sur la culpabilité obligée des anciens colonisateurs. Combien de siècles devrions-nous expier ce qui fut fait par nos ancêtres, pourtant animés bien souvent par de grandes idées de gauche sur le développement des peuples enfants ? Pourquoi « la différence » est-elle exaltée par les intellos-médiatiques… pour les autres – et honnie par les mêmes dès qu’il s’agit de la nôtre ? Voltaire ne prônait-il pas la tolérance ? Diderot la pluralité des opinions ? Rousseau les règles qui seules peuvent fonder la liberté ? Pourquoi cette culture classique qui a fondé nos valeurs est-elle dénigrée au profit du futile à la mode ? Pourquoi y aurait-il « respect » à sens unique ?

Entre ignorance, ressentiment et bêtise, la caste qui prétend mener la France depuis des décennies appauvrit la culture, mine les valeurs du « vivre-ensemble ». Elle amoindrit le sens des mots et abâtardit la langue – sans laquelle, pourtant, on ne peut se comprendre.

Évidemment, ceux du déni accuseront l’auteur d’être un ronchon dont la frilosité s’accroît à mesure qu’il vieillit – mais lisez d’abord le livre avant de juger sans savoir.

Bien sûr, les sans-frontières crieront haro sur le Juif immigré d’hier qui conteste aux Arabes immigrés d’aujourd’hui leur place, au prétexte qu’ils en prennent trop, et trop bruyamment. Ils changent le pays, ses mœurs et sa civilisation même. Mais Alain Finkielkraut ne dit rien de cela, sinon que la machine à intégrer ne fonctionne plus aussi bien, laissant se développer « le morcellement et le ressentiment communautaire » p.22 – notamment parce que les politiques se défilent, que la justice est flottante et que l’école démissionne. Rien d’essentiel, donc, mais une paresse à redresser.

L’époque contemporaine privilégie la spontanéité (héritage 68), l’instant présent (effet télé accentué par le net), le moi-je égoïste du j’ai l’droit (approfondissement inéluctable du système démocratique). Dès lors, « est-il encore possible d’hériter et de transmettre » ? Cette interrogation est légitime et doit être pensée, malgré les cris d’orfraie des contents d’eux-mêmes, malgré le glissement à l’extrême-droite de moins en moins lent de la société majoritaire qui a envie de se sentir chez elle dans le mouvement du monde.

Les habitués de l’émission Répliques sur France Culture retrouveront sans peine les thèmes et propos de l’auteur au fil des années, sur le sanctuaire que devrait être l’école p.42 et les trois ordres de Pascal p.43, sur la galanterie française p.59, sur l’Europe après Auschwitz p.94, sur les bobos qui revendiquent métissage et nomadisme mais se protègent soigneusement de cela même p.122, sur les limites à l’antiracisme données par Claude Lévi-Strauss p. 127, sur le livre p.133, sur le respect p.162, sur ce qui ne se fait pas chez Orwell p.188… Mais ne manquent jamais les références des auteurs ni les objections de ses interlocuteurs. Alain Finkielkraut écrit avec précaution, il avance ses idées en marchant sur des œufs, il se couvre par des citations d’auteurs classiques comme de contemporains publiés. Cet essai est plus une réflexion qu’un guide pour l’action et si la langue est belle, ce que l’on dégage des propos est plus nuancé que politique.

gamin soleil parents frileux

Mais cela n’enlève rien à la mise en lumière au nom des Lumières des obscurantismes contemporains, qu’ils viennent d’islam ou du gauchisme résiduel, de l’arrière fonds chrétien ou d’un rousseauisme romantique traduit par l’écologie politique. Alain Finkielkraut se met à la place de ses critiques les plus virulents (ce qu’eux se gardent bien de faire !). Il tente de les comprendre : « Et ce ne sont ni des idiots ni des méchants mais des hommes et des femmes de bonne volonté qui ont besoin de croire que la scélératesse a une seule adresse, le racisme un seul visage, les événements un seul paradigme et que nous sommes tous des Juifs allemands, des Noirs, des Arabes, des réfugiés et des clandestins. Sans la grande illusion du ‘même combat contre le même ennemi’, ils seraient perdus, ils n’auraient plus l’énergie qu’il faut pour s’engager. Le souci d’autrui, en eux, céderait le pas au découragement puis à l’indifférence. Reste à savoir si le prix à payer pour la fidélité à l’idéal doit être, chaque fois, l’abrogation du monde réel. Le Juste reste-t-il juste, une fois délié du Vrai ? Qu’y a-t-il de vertueux dans une morale qui ne s’astreint plus au devoir de clairvoyance ? » p.178.

Un livre qui parle de nous et de notre époque, un livre à lire, à méditer et à critiquer – car ce n’est qu’ainsi qu’on avance et qu’on cesse de subir ce qui advient.

Alain Finkielkraut, L’identité malheureuse, 2013, Folio 2015, 222 pages, €7.10

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Voter pour revendiquer l’histoire et la culture

Je n’ai pas commenté à chaud le premier tour des régionales parce que j’avais annoncé la défaite de la gauche comme celle de la droite quelques jours avant, dans une note que personne n’a commenté. « Inutile d’en appeler à la Morale, les gens savent bien ce qu’ils veulent : des hommes nouveaux et des idées nouvelles, pour régler les problèmes nouveaux et les questions nouvelles… » Les vieux candidats des vieux partis éculés, qui ressassent sempiternellement le même discours depuis trente ans : assez !

Évidemment, la Morale a été convoquée à gauche pour vilipender le résultat du scrutin et stigmatiser les électeurs fautifs… L’irruption du Front national a suscité, par réflexe de caste depuis 2002, des cris d’orfraie, des indignations morales, une « leçon » de maîtres d’école donnée aux sales gosses de la classe priés d’être sage pour écouter la bonne parole humaniste, universaliste et socialiste. Le pire, après Manuel Valls, aura peut-être été Jack Lang, ce vieux cabotin toujours avide d’être encensé et aimé, qui en a rajouté dans la surenchère dégoulinante, n’hésitant pas à traiter de « crétinisme » des propos sur la France tenus par Marion Maréchal-Le Pen – alors même qu’il les tronquait et les déformait. Belle leçon de stalinisme moral qui fait fi de la vérité des mots comme de la réalité des faits.

Cela montre une fois de plus que faire la morale ne sert à rien, mieux vaut donner l’exemple de sa probité et proposer un projet positif concret pour aller de l’avant (tout ce qui manque au parti Socialiste). Projet qui s’appuie sur l’histoire et sur la culture, mais projet tout de même – qui est bien autre chose qu’un catalogue de mesurettes bobos pour gérer l’existant.

L’histoire ne se répète jamais car elle va toujours de l’avant, mais elle peut revenir sur ses pas car les êtres humains ne changent que très lentement – sur des millénaires. Autrement dit, ils ne changent pas sur les trois ou quatre générations qui coexistent dans une même époque. Ils ne changent pas personnellement.

Ce qui peut changer, c’est la culture, cette mentalité collective, et l’éducation qui doit la transmettre.

  • Il suffit de regarder trente ou quarante années en arrière pour constater que la culture s’est appauvrie par l’américanisation consumériste du monde, véhiculée par la télévision, le cinéma et les gadgets technologiques.
  • Il suffit de regarder vingt ou trente années en arrière pour mesurer combien l’éducation s’est avachie, au fil des réformes « égalitaires » – dont on constate pourtant qu’elle crée des inégalités croissantes en France.

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Qu’est-ce que la France, la culture française, l’identité du pays ? Ce n’est pas une essence mais une construction sur des siècles. Contrairement aux Jack Lang, nomades hors sol qui se veulent universels parce qu’ils ne se sentent de nulle part, je ne crois pas que les identités soient interchangeables. Ni que l’islam ait apporté grand-chose à la culture française, au droit et à la philosophie ; un peu en médecine, et pour avoir transmis les textes antiques, très peu en architecture, et quelques mots de la langue – pas plus. La part celtique, germanique, romaine, judaïque et même grecque est plus forte sur les siècles que la part musulmane. C’est ainsi : tous les apports ne sont pas égaux.

Le texte que citait – habilement – Marion Maréchal-Le Pen dans le discours fustigé par Jack Lang venait de l’historien français juif résistant Marc Bloch dans L’étrange défaite, écrit juste après l’effondrement de 1940. Il dit : « Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’histoire de France, ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération ». La France est gauloise et celtique, un peu grecque via Marseille, franque et païenne, gallo-romaine et chrétienne, centralisée par les rois en lutte contre les féodalités, standardisée par la Révolution dont Napoléon 1er a poursuivi le tropisme jacobin parisiano-centré, se méfiant des provinces et des particularismes. La France s’est libéralisée avec le siècle 19ème, est devenue république en 1875, puis socialiste et colonisatrice pour diffuser l’universalisme moral dans le monde-enfant (ainsi croyait-on à l’époque de Jules Ferry).

La guerre de 14, cette imbécilité nationaliste, a conduit les citoyens à s’arracher à la terre et aux limites étroites de leur village pour connaître d’autres gens et d’autres mondes (j’ai ainsi un grand-père qui a vu Thessalonique), puis à se méfier de l’État impérieux qui décide de la guerre d’un trait de plume, comme des élites gouvernantes qui s’empressent de se planquer.

L’après-guerre a donc vu, en réaction à cette boucherie inutile, la montée de l’anarchisme potache style Dada et Surréalisme, avec les plaisirs sexuels et les scandales des Années folles, en même temps que la montée d’un populisme anti-élite et antiparlementaire, avec appel au Chef capable de mener la nation – à gauche avec Staline, à droite avec Mussolini, Franco et Hitler, puis Pétain. L’itinéraire d’un Jacques Doriot, communiste très populaire, dérivant naturellement vers le fascisme, est éclairant.

Ce n’est qu’après-guerre, dans le souvenir de la Résistance devenu mythe national de régénération française, que l’État-providence a été mis en place, sous De Gaulle comme sous Mitterrand. Jusqu’au rattrapage par la réalité du monde : la mondialisation du pétrole, puis des échanges, avant l’émergence des pays ex-sous-développés comme la Chine, l’Inde et le Brésil, venus désormais concurrencer les vieilles industries nationales obsolètes et trop chères de nos pays développés.

La France n’a pas su s’adapter.

  • En cause l’ambiguïté de Mitterrand, ayant choisi en 1983 la rigueur pour rester dans l’Europe tout en gardant un discours de parenthèse en attendant que tout redevienne comme avant – attitude qu’a repris sa pâle copie François Hollande.
  • En cause aussi le trop long règne de Chirac, deux fois Premier ministre et deux fois Président, ce Fout-rien magistral qui considérait, après son maître Queuille, qu’il n’est pas de question que l’absence de solution ne suffise à résoudre. Au lieu d’entreprendre le changement dans la douceur avec le temps, rien n’a été entrepris, exigeant désormais l’urgence pour tout, sans négociation faute de temps !

C’est cette longue histoire qu’il faut avoir en tête pour comprendre combien, aujourd’hui, la contestation d’entre-deux guerres resurgit. Comme hier, les élites ont failli, le parlementarisme s’égrène en bavardages souvent inutiles et en lois empilées, dont certaines ne sont jamais appliquées. L’éducation s’enlise dans la démagogie, cherchant désespérément à adapter son discours au monde actuel de l’Internet et du mobile – tout en conservant des pratiques d’un autre âge que le zapping du net, l’hyperactivité due à la chimie des sucreries, et l’irrespect général pour tout adulte ne permettent plus – puisque tout le monde a « des droits », tout le monde est égal. À quelles vertus pédagogiques peuvent servir les notes-sanctions de 0 à 20, le prof sur l’estrade, les garçons assis bien sages une heure entière comme des filles (alors que leurs hormones sont plus éruptives), et les cours magistraux « délivrés » d’en haut ?…

Les pays voisins n’ont pas le même rapport à l’histoire que nous, car leur État ne s’est pas créé au forceps comme la construction artificielle de nos rois (l’Angleterre est une île, l’Italie et l’Espagne des péninsules, l’Allemagne une mosaïque fédérale de régions très décentralisées, etc.). Nous ne pouvons donc pas prendre exemple sur eux mais trouver en nous les ressorts pour l’avenir. Ce que la gauche ne sait pas faire, pas plus que la droite monopolisée par Sarkozy (le reste de la droite, curieusement, se tait).

Mais nous pouvons prendre exemple sur les pays voisins pour adapter notre Éducation nationale : Suédois, Allemands, Anglais réussissent mieux pour moins cher : n’y aurait-il pas quelques leçons à en tirer ?

Parce qu’en France la culture n’est plus transmise. François Hollande ne lit jamais rien qui soit littéraire ou scientifique, il ne discourt que platement comme un haut-fonctionnaire formaté ENA. Sa ministre Belkacem casse tout ce qui marche – pas de jaloux – au prétexte de médiocrité égale pour tous. Nicolas Sarkozy est inculte, malgré ses efforts d’assimiler des fiches, et confond la salade et le séné, tourneboussolé avec tourneboulé. Ce qui vaut bien la bravitude de Ségolène Royal…

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L’analyse des votants FN montre que ce sont les jeunes peu éduqués qui sont les plus abstentionnistes mais aussi les plus partisans Le Pen. Contrairement aux plus âgés, marqués par l’histoire et leur éducation. La faute en est clairement à l’école et au système administratif du Mammouth qui ne savent pas transmettre, en faisant de la Shoah ou de la colonisation des « scies » qui ennuient – et suscitent par réaction leur négation. La faute aussi aux vieux politiciens qui s’accrochent ou qui se mêlent de Morâââle comme Jack Lang – 76 ans – plus vraiment en phase avec la société malgré son jeunisme exacerbé.

Place à un nouveau personnel politique, place au retour à l’histoire et à la culture française ! Tel sont aussi les messages du vote. Ce qui représente moins un « fascisme » (nous ne sommes plus dans l’histoire du XXe siècle) qu’un appel à retrouver la France – son histoire et sa culture dans toutes ses composantes (et pas seulement celle des immigrés ou celle des nomades américanisés).

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Les droites extrêmes et le pouvoir

Pour accéder au pouvoir, rien de tel que de participer à des alliances de gouvernement dans les pays à système parlementaire tels que l’Autriche, l’Italie, les Pays-Bas, le Danemark. Dans un régime semi-présidentiel comme la France, le système électoral non-proportionnel ne permet pas aux petits partis d’émerger. Il faut soit s’allier à un grand parti (comme récemment EELV avec le PS), soit préférer une candidature à la présidentielle pour se compter. Les élections locales permettent quelques victoires avec le système de liste.

Un succès du Front national en France dépend surtout d’une alliance avec l’ex-UMP rebaptisée Les Républicains. Mais le parti reste très divisé sur le sujet, une faible minorité souhaitant pour l’instant ce genre d’alliance, même pour gagner la présidentielle. D’autant que, côté Le Pen, s’associer aux partis de gouvernement, c’est se renier : les élites ont trahi, qu’elles s’en aillent. S’allier avec elles serait politiquement dommageable.

Sauf qu’il faut savoir ce que l’on veut :

  • ou le populisme qui ne fédère qu’en « sac de pommes de terre » les ressentiments divers de tous les exclus et les aigris, en plus des convaincus du déclin
  • ou le réalisme qui établit un programme et des alliances pour gouverner un jour.

D’un côté la radicalité de tribune ou de propos à la Jean-Marie, de l’autre la stratégie de grignotement électoral à la Marine. Cet écart de stratégie explique une bonne part du feuilleton de l’été dont les médias – ravis en secret et affectant de se boucher le nez en public – ont abreuvé leurs papiers faute d’avoir quoi que ce soit de pertinent à écrire.

marine desodorisant bien agiter

Tentées par le populisme, le rejet des élites et la crise mondiale qui n’en finit jamais, les droites extrêmes sont portées par un courant électoral puissant en Europe, mais elles restent très divisées. Réunir par exemple 25 élus de 7 nationalités différentes pour créer un groupe au Parlement européen a été très difficile à Marine Le Pen. C’est que l’idéologie et la stratégie diffèrent en presque tout…

Le nationalisme autoritaire du Jobbik hongrois ou de l’Ataka bulgare, voire nostalgiques du nazisme comme le grec Aube dorée ou le NPD allemand, côtoie sans se mêler les souverainistes radicaux qui rejettent les élites coupées du peuple, l’immigration musulmane et le libéralisme économique des technocrates bruxellois, tels le Front national français, la Ligue du Nord italienne ou le FPÖ autrichien.

noir et blanc avec bebeDes écarts flagrants se manifestent dans l’attitude envers la démocratie parlementaire, l’Europe et l’immigration.

Certains acceptent le parlementarisme, comme le Front national ; ils ne veulent parvenir au pouvoir que par la voie des urnes. Rappelons cependant que Mussolini comme Hitler n’ont rien fait d’autre. Car la démocratie parlementaire peut être soit représentative, soit directe. C’est plutôt par l’appel direct au peuple que ces droites radicales veulent passer. Même si, rappelons-le aussi, l’élection présidentielle directe et l’usage du référendum par de Gaulle allaient exactement dans ce sens. Question de mesure : disons que les droites non gouvernementales cherchent à court-circuiter les élites (cooptées entre-soi) et le système (des « copains et des coquins » comme disait feu le communiste Marchais) pour en appeler directement aux électeurs. Ils se placent dans la lignée des tribuns romains, des orateurs de la Révolution française et des populistes d’Amérique du sud.

Certains acceptent l’Union européenne mais veulent la recentrer ; d’autres la rejettent. Le Front national honnit par exemple la mondialisation et « les traités » européens, préférant un capitalisme national d’État (d’essence para-fasciste) protecteur des classes populaires. Exactement ce que Hitler prônait lors de son arrivée au pouvoir. Le Parti populaire danois (DF) veut rester dans les traités européens, mais avec une plus grande autonomie nationale. La Ligue du nord en Italie souhaite une Europe des régions et pas des États. Le parti AfD (Alternative pour l’Allemagne) souhaite seulement quitter la zone euro et l’UKIP anglais quitter l’Union européenne.

Certains acceptent l’immigration, mais veulent réserver les avantages accordés par l’État exclusivement aux nationaux, surtout pas aux immigrés d’où qu’ils viennent. Ceux-ci devraient se débrouiller dans la plus pure tradition libertarienne américaine – tout en subissant la pression sociale de constater qu’ils ne sont pas les bienvenus. D’autres sont clairement racistes et xénophobes, comme Aube dorée. D’autres encore, comme le Front national ou le DF danois, veulent surtout assurer la sécurité sociale, culturelle et militaire des Français républicains contre les « hordes » menaçantes venues des pays de l’islam intégriste.

Devant ce constat, les droites extrêmes en Europe ne sont pas encore une vraie menace, seulement un signal aux élites représentatives actuellement au pouvoir que toute inaction de leur part pour répondre aux défis sociaux, culturels et géopolitiques du présent les fera sanctionner. Certains commencent à bouger : Cameron au Royaume-Uni, Merkel en Allemagne, Tsipras en Grèce, Renzi en Italie.

Et en France ? L’inerte Hollande poursuit à tout petits pas tremblants ses réformettes et ses discours lénifiants, sous la menace de la gauche de la gauche de la gauche toujours plus à gauche puisque qu’il n’y a pas de chef à gauche (comme Mitterrand ou Jospin surent l’être) et – côté droit – par l’essor du lepénisme, canal historique ou canal politique avec le père et la fille.

PS logo

Au fond, avec le régime semi-présidentiel différent de celui des autres pays européens, c’est peut-être en France que la droite extrême pourrait représenter le danger le plus grand. Les Français aiment être gouvernés, dirigés, guidés – vieux reste romain, catholique et scolaire. Quand ils sentent la main molle, ils radicalisent leurs positions. Même si Manuel Valls (avec l’accord du président) fait un pas vers le réalisme après l’inaction et le déni Ayrault.

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Que la Morale est belle quand elle reste théorie !

Depuis toujours, les humains se divisent entre donneurs de leçons et donneur d’ordres, hommes de fer et hommes de faire.

  1. Les premiers ont le beau rôle – car ils ne mettent jamais les mains dans le cambouis. Ne faisant rien, ils ne se trompent jamais. Ils préfèrent régenter les âmes en leur faisant honte des écarts à la Règle intangible.
  2. Les seconds agissent, ce qui veut dire se compromettent. Ils doivent négocier avec les forces en présence pour faire avancer leurs idées.

Réel oblige contre Idées pures, que la Morale est belle quand elle reste théorie !

Syriza, Podemos, Mélenchon, Duflot, Frondeurs, Aubry, Corbyn… tous préfèrent le rêve à la réalité, l’utopie de l’épure à se retrousser ici et maintenant les manches. Il est tellement plus facile d’être le Vertueux qui jamais ne fait de compromis que le Pragmatique qui évolue pour composer avec le réel puisqu’il ne peut pas l’annuler.

Soyons heureux : quand la Vertu s’incarne en politique, malheur aux citoyens ! Les esprits non conformes à la Règle sont vus par les croyants comme d’immondes déviants qu’il faut traiter en malades (à enfermer et rééduquer) ou en ennemis (à concentrer en camps ou à exécuter). Robespierre a montré la voie, Lénine et Staline ont suivi, puis tous les petits chefs comme Mao, Castro et le touche-pas-à-mon-Pot des gauchistes français des années 70. Jusqu’aux coraniques littéral-illettrés qui infestent nos banlieues en se croyant Vengeurs après Révélation.

Mon idée est que si les diables rouges s’agitent dans le bénitier capitaliste, tant mieux ! Ce serait pire s’ils en sortaient pour tenter l’aventure. La gauche sociale-démocrate-libérale sera mise en échec ? Tant pis : que l’alternance équilibre les dérives potentielles. Un peu de pouvoir à la droite éloignera les tentations de certains Républicains à lorgner vers l’extrême-droite, tout aussi dangereuse que l’extrême-gauche, tant le blabla de surenchère n’a jamais rien résolu dans le concret historique. Seule la lucidité de la raison agissante permet d’agir – pas les illusions des ombres de la caverne idéologique : ainsi parlait Platon.

idees pure caverne de platon

Car nous sommes toujours dans l’ornière simple des deux éthiques pointées par Max Weber : l’éthique de responsabilité et l’éthique de conviction.

En politique, il est nécessaire de voir loin, donc de peser les conséquences des décisions que l’on prend. Quiconque agit en politique non selon ce qu’il peut faire mais selon sa Bible du moment n’est pas un politicien mais un théocrate, qui sait mieux que tous ce qui est bon à tous. Si le réel résiste, il applique par la force ces convictions venues d’en haut : de la Bible ou d’Al Koran, de l’Histoire révélée à Marx, de la révolution permanente qui excite Mélenchon, de l’écologie coercitive traduite par Duflot, du fonctionnariat intangible qui alcoolise Martine Aubry.

  • La conviction empêche le débat, donc l’exercice de la démocratie : qui ne pense pas comme vous est insulté, traité de moins que rien, donc de « fasciste » – ce Mal absolu de la bonne conscience « de gauche, forcément de gauche » comme répétait à l’envi la Duras, bobote fort à la mode des années 1980-2000.
  • La responsabilité permet le débat, donc l’exercice pragmatique du pouvoir : qui ne pense pas comme vous est invité à suggérer d’autres pistes – irréalistes s’abstenir, mais rien n’empêche d’essayer. Certes, la conviction résiste, mais elle comme une lumière qui éclaire le chemin : les embûches ne peuvent être simplement ignorées et la route vers l’idéal ne s’achève jamais. Le tout est de faire ce que l’on peut – en prenant conscience des risques et en assumant ses actes. Le contraire même de l’irresponsabilité sociale de la génération Mitterrand-Chirac.

Les gauchistes de la gauche française, on les connait, ils n’ont en rien changé depuis 40 ans : étatistes, jacobins, taxateurs et clientélistes, ils révèrent le Fonctionnaire – ce serviteur content de l’être – et redistribuent à tour de lois cet argent qu’ils se moquent de produire (ils préfèrent « prendre » – et tant pis pour la génération suivante). Moralistes, ils ont gardé de leur jeunesse marxiste une haine du « capitalisme » qu’ils sont en bien en peine de définir, fourrant dans ce concept tout ce qui « ne vas pas » à leurs yeux (jusqu’au latin qui disparaît… car peu « utile » aux entreprises).

Les fonctionnaires sont certes nécessaires, lorsqu’ils remplissent avec zèle et neutralité le service du public. Mais quel est ce « service » ? Les fonctions régaliennes légitimes de l’État, pas tout et le reste ! Armée, police, justice, diplomatie, impôts, hôpital – voilà qui est indispensable. Tout le reste se discute et Macron a raison de le laisser entendre à une gauche obtuse et figée – n’en déplaise à l’amère de Lille. Et les Français, contrairement aux archéo-socialistes style Aubry décidément de plus en plus coupés du peuple, sont en majorité d’accord. Les États très fonctionnarisés comme la Russie de Poutine et la Chine aujourd’hui, sont plus néfastes que le Canada ou la Suède qui n’embauchent plus aucun fonctionnaire à vie, mais seulement par contrats de 5 ans. En débattre, c’est la démocratie, jeter l’anathème, c’est un coup de force.

Dans un monde ouvert et qui se globalise, ce sont des nuisibles, ces nostalgiques des Trente glorieuses… Car il est fini, le temps de la reconstruction d’après-guerre, du dirigisme du Plan, du soviétisme des têtes. Tous les pays dirigés d’en haut ont échoué, de l’URSS après Staline à la Chine après Deng (l’été dernier l’a montré). L’initiative et la créativité ne sauraient obéir aux directives d’un aréopage de vieillards technocrates ; l’économie ni la participation politique ne sauraient être liées aux ordres impulsés d’en haut. C’est au contraire « la base », le peuple, les gens, qui se trouvent assez adultes et responsables pour se prendre en main. D’où le côté inaudible de l’Église en moralisme, de l’école pour le savoir, du Président en politique, du parti Socialiste pour les idées… Certes, mai 68 est passé par là avec sa haine de tout autoritarisme – mais c’est surtout que la société a changé : elle est plus autonome, plus individualiste, plus ouverte. Absolument plus poussée à obéir à des « mots d’ordre » des partis ou des idéologies. Le Fonctionnaire, exécutant sans initiative des règles de procédure et des ordres hiérarchiques, ne saurait être un idéal social.

Les gauchistes sont les descendants des frères prêcheurs de notre moyen-âge, aussi péremptoires, armés de la même Voix d’en-haut, tonnant aussi fort contre le gaspillage, le foutre et l’orgie, vertueux comme pas un (sauf pour l’argent public… à user comme des filles publiques pour ces petits marquis de la noblesse d’État). Ils voudraient ramener tout le monde à la même norme médiocre, pour que « l’égalité » soit pure et parfaite, comme dans Cité de Dieu rêvée par saint Augustin (évêque kabyle et paillard repenti). En témoigne par exemple le fonctionnariat d’État qui sévit à l’Éducation nationale : petit savoir, petit salaire, petit travail – bien tranquille et assuré. Tout salarié qui dépasse la rémunération du Fonctionnaire de rang le plus élevé est considéré par les petit-bourgeois envieux de Bercy comme « riche », donc à tondre. Même si le sire prend du risque, soyons impitoyable : qui lui demande de prendre un risque ? il n’a qu’à faire comme tout le monde – et passer un concours : il aura la garantie du salaire, de la santé, du travail et de la retraite – comme dans la ruche. Exception : les stars du foot. Le gauchiste, qui va au peuple comme la vache au taureau, aurait « honte » de toucher aux idoles du prolo.

Certes, l’émergence du global et de ces pays du tiers-monde qui revendiquent désormais leur place dans le premier monde, opère une concurrence féroce ; certes, le Budget étatique se réduit tant les impôts sont déjà lourds et toute hausse contreproductive (Hollande l’a testé a son détriment, mettant dans la rue les bonnets rouges) ; certes, l’endettement national exige une certaine austérité que chaque élu rechigne à opérer – puisque ce n’est pas SON argent ; certes, les élites politiques et intellectuelles apparaissent indigentes, courte-vue, préoccupées plus par leur ego du moment devant la télé que par leur responsabilité devant la cité sur la durée d’un mandat. Mais la tentation gauchiste ne vaut pas le plaisir pervers de les déboulonner.

Romains de la décadence Thomas Couture

Monde cruel, impérialisme américain, Union européenne impuissante, dirigeants français médiocres, droite écartelée et socialistes sans repères : comment l’électeur ne serait-il pas écœuré des « partis de gouvernement » qui promettent à tout va sans jamais rien tenir – ou si peu ? D’où la tentation de sortir de ce monde-ci pour errer dans le monde idéal, « l’autre monde est possible » allant pour certains jusqu’à « l’au-delà » des houris et éphèbes promis au paradis islamique. Les écolos ont la trouille de l’enfer, pensez : 2° de plus dans vingt ans, ils se voient déjà griller à bout de fourches – repentez-vous, mes frères, avant qu’il ne soit trop tard !

Mais les couches populaires, elles, sont plus réalistes que les petits fonctionnaires qui se croient intellos, que les syndicalistes qui croient avoir tout compris de la lutte des places ou que les politiciennes arrivistes qui voudraient bien la place. Le peuple ne croit pas les gauchistes, même les vrais qui s’essaient aux responsabilités, même Tsipras – qui est allé dans le réel bien plus loin qu’un Mélenchon qui se contente de discourir, d’une Aubry qui a accouché des 35 h qui endettent l’État chaque année et dont on voit les ravages encore à l’hôpital public, ou d’une Duflot qui a engendré le désastre de la construction en France depuis 3 ans.

Les couches populaires voteront peu ; celles qui votent voteront encore moins Mélenchon mais préférerons les trois Le Pen – la Trinité d’apocalypse de la Trinité-sur-mer. Parce que les partis de gouvernement n’ont jamais voulu écouter – par tabous idéologiques – les cris et les demandes desdites couches populaires, il n’y a rien d’autre d’utile à faire que d’encourager l’alternance : un temps à gauche, un temps à droite. Juste pour l’équilibre de la responsabilité face à la conviction.

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Gilles Kepel, Passion française – les voix des cités

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Gilles Kepel a voulu comprendre « l’intégration » de ces centaines de candidats issus de l’immigration qui se sont présentés aux élections législatives de 2012. Il livre ici un bien meilleur récit que n’importe quel article de « pseudo-journaliste », une bien meilleure analyse que celle de n’importe quel média pressé par l’audience, une bien meilleure réflexion qui décrit les contextes et cite verbatim afin que le lecteur puisse se faire lui-même sa propre opinion. Mieux, cette enquête sociologique de terrain en équipe, malgré tout l’appareil scientifique exigé, se lit comme un récit de voyage.

Le sujet est tabou à gauche et fait l’objet de réprobation morale dans la presse bobo. Ces professionnels du choqué, qui ont inclus dans leur vision du monde la Grande culpabilité dominatrice de l’Occident depuis mille ans (croisés, esclavagistes, colonialistes, missionnaires, fascistes, capitalistes…) dénient toute analyse de la réalité telle qu’elle est ; la poussière, ils la préfèrent sous le tapis. Ce n’est pas le cas de Gilles Kepel, docteur en sociologie et en science politique, professeur des universités et à Science Po, qui a été distingué par l’Institut universitaire de France. Il parle l’arabe couramment, littéraire et dialectal, et n’hésite pas à se déplacer pour rencontrer personnellement les acteurs du terrain en France et à l’étranger. Son discours est bien plus recevable qu’un reporter, forcément superficiel, esclave de l’instant et du spectaculaire, teinté du politiquement correct véhiculé par son media.

« La présente enquête a duré un an, de janvier 2013 à janvier 2014. Elle repose sur cent sept entretiens avec des candidats aux élections législatives de juin 2012, (…) les fidèles des mosquées aussi bien que les adeptes du Front national, (…) des défenseurs convaincus de la République et de la laïcité et d’autres qui s’étaient persuadés de leurs incohérences » p.18. Dans « les quartiers », les héros sont « le caïd et le salafiste » p.19, le trafiquant de drogue et le prosélyte religieux.

« La France sait que l’islam et la démocratie sont compatibles », déclare ingénument Hollande le 14 juillet 2013. Pétrie de bons sentiments de gauche bobo, cette phrase sonne « étrange » pour l’auteur dans la bouche d’un président : « La République laïque n’a rien à savoir sur l’islam et sa compatibilité ou non avec la démocratie – pas plus que sur celles du christianisme, du judaïsme, ou de l’hindouisme. (…) C’est comme si, confronté à la traduction sur la scène sociale et politique de revendications religieuses et identitaires, le chef de l’État avait voulu dire quelque chose qu’il n’est pas parvenu à exprimer » p.32.

Quelque chose qui flotte dans l’inconscient de gauche, depuis Sartre préfaçant Les damnés de la terre de Franz Fanon et déclarant : « il faut tuer : abattre un Européen, c’est faire d’une pierre deux coups pour supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé » (cité p.35) – jusqu’à Mitterrand qui noie l’immigré dans le mélange : « Ce n’est qu’en 1982, avec la prise de contrôle de la Grande Mosquée de Paris par Alger, à l’instigation du premier ministre de l’Intérieur de François Mitterrand, Gaston Deferre, maire de Marseille, que les vannes de la naturalisation se sont ouvertes, rendues licites par des déclarations du nouveau recteur de la mosquée de Paris, Cheick Abbas » p.234. Multiculturalisme et métissage mondialisé sont dans le logiciel de gauche, au prétexte que les mâles occidentaux blancs seraient génétiquement coupables de domination…

marseille cannebiere

Gilles Kepel livre ses entretiens verbatim avec les acteurs politiques qui investissent désormais les institutions. Il les replace dans l’histoire récente française, tourmentée encore et toujours – seul pays européen à être dans ce cas – par les souvenirs de la guerre d’Algérie. Il distingue trois âges de l’islam en France :

  1. 1962-1989 : âge des « darons » où la religion est vécue « en » France, importation du bled où l’on aspirait à retourner.
  2. 1989-2004 : âge des « Frères » et des blédards, étudiants arabophones venus du « bled » pour étudier à l’université française et qui créent l’UOIF. L’islam se veut désormais « de » France puisque les musulmans acquièrent la nationalité française ou naissent en majorité français. Il s’agit de forcer les pouvoir publics à ce que les croyants puissent suivre les injonctions de la charia (voile, cantine, hôpitaux, piscines, mosquées).
  3. 2004-aujourd’hui : âge de création d’un « espace identitaire en France géré par des opérateurs privés, celui du halal » (qui signifie licite en arabe) p.265. Ce communautarisme a « principalement pour fonction de souder l’appartenance (…) et d’en multiplier les marqueurs exclusifs ». Le modèle est celui des Juifs, la « cacheroute » visant à préserver l’identité du groupe de toute mixité. L’objectif est que le terme « islamophobe » soit condamné à l’égal du terme « antisémite » (p.274). La bourgeoisie beur, née et éduquée en France, a fait émerger « une élite religieuse qui voyait dans la gestion de l’islam une ressource de pouvoir et n’entendait pas la laisser entre les mains des blédards, tout en exigeant de s’émanciper de la tutelle d’un pays dont elle élisait les députés » p.266.

L’idée sous-jacente de l’auteur, proche du terrain par de nombreuses enquêtes sur des années (Quatre-vingt treize, Banlieues de l’islam : naissance d’une religion en France, Banlieue de la République : Société, politique et religion à Clichy-sous-Bois et Montfermeil, A l’ouest d’Allah), est que les musulmans sont « en voie de banalisation dans le système politique français, à l’instar des chrétiens, juifs ou incroyants élus dans les diverses assemblées de la nation, attentifs au respect de leurs valeurs » p.266.

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D’où le paradoxe d’un Front national qui, d’un côté attise les peurs d’un grand renversement de population et d’un colonialisme à l’envers qui imposerait les normes islamiques à tous dans certains lieux – et de l’autre associe volontiers des candidats issus de l’immigration à ses listes électorales, tant l’appartenance aux classes populaires et l’aversion pour les élites les rapprochent.

Ce que révèlent les entretiens, et que l’auteur n’ignore pas, est que les salafistes « quiétistes », paisibles et spirituels, « suivent aveuglément les avis des oulémas qu’ils révèrent et dont les fatwas qui leur proviennent désormais par Internet depuis l’Arabie saoudite ont force de loi intangible » p.270. Ils peuvent donc devenir des salafistes « djihadistes » pour aller combattre au nom d’Allah. La distinction spécieuse entre islam par essence pacifique et islam guerrier n’est pas aussi exclusive que les bobos veulent le croire.

Mais il reste que, pour l’instant, « la majorité des électeurs qui se considèrent musulmans de France se déterminent dans les urnes à partir d’appartenances sociales, et non communautaires, et ce sont celles-ci qui les ont amené à voter plus significativement à gauche que l’ensemble de leurs compatriotes » p.279, électorat que les « viandards » érigés en associations subventionnées par le Conseil général socialiste en PACA amènent massivement aux urnes (p.117).

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Dans ce livre, l’auteur privilégie deux ville emblématiques : Roubaix, 95 000 habitants et 6 mosquées, qui connait 31% de chômeurs ; Marseille, première ville arabe d’une France qui est le premier pays arabe européen, qui voit l’islam comme un régulateur, fonction que ni l’école ni le sport n’assurent plus : « quand vous avez 99% de Noirs, d’Arabes, de Gitans ensemble, ce n’est plus une école, c’est une garderie ! » déclare à l’auteur Samia Ghali p.63 – « jeune élue de gauche issue de l’immigration algérienne et née au cœur des quartiers nord dans un bidonville » p.59.

Autre exemple, le parcours d’Omar Djellil, « demande d’amour à la patrie, perpétuellement insatisfaite » p.94. Il est passé du centrisme à SOS-racisme, puis au salafisme, avant d’être candidat du Front national. Ce qu’il veut, c’est être reconnu : « Pour que j’aime la France, il faudrait que la France me fasse sentir qu’elle m’aime ! » p.95. Ce sentiment d’appartenance, il le trouve au Front national… A l’effondrement industriel et de l’emploi, au délitement du système de valeurs méritocratique, syndical ou communiste, « se substituent aujourd’hui le Front national et le salafisme, deux disciplines de vie analogiques, dont chacune est portée par l’adhésion à un mythe fondateur : la nation française pour le premier, l’oumma islamique pour le second » p.105.

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Un livre d’actualité passionnant, qui se lit avec aisance, et fourmille d’exemples et de cas concrets sur l’imbrication progressive de l’islam dans la république, mélange « d’amour et de ressentiment » p.252 unique en Europe. Un livre qui va en profondeur, bien au-delà des clichés faciles du Merah ou du Coulibaly – terroristes qui restent des exceptions tout autant qu’Action directe jadis.

Gilles Kepel, Passion française – les voix des cités, 2014, Gallimard collection Témoins, 284 pages, €18.90
CV de Gilles Kepel

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Penser la France à la chinoise

Ce n’est pas parce qu’ils sont de l’autre côté de la terre que les Chinois ne sont pas comme nous. Mais c’est un fait qu’ils ne pensent pas comme nous. Notre propension, un peu arrogante, à croire que nous sommes l’universel en marche est sûrement ridicule ; malheureusement, nous sommes nombreux à y croire. Nous avons toutefois, dans notre façon de voir le monde, une vertu qui nous permet d’échapper à ce nombrilisme : elle nous permet de tenter objectivement de voir à travers leurs yeux, de nous mettre à leur place.

D’où, sans doute, les dérives récentes de la repentance et des incessantes commémorations, attisées par certains lobbies qui ont un intérêt financier (et de pouvoir) à se venger. Nous mettre à la place de l’autre montre combien nous avons été « inappropriés » dans le passé colonial ou politique. Mais nous sommes dans le flot médiatique, dans la dictature court-terme de l’opinion, dans la moraline politiquement correcte – et cette vertu de décentrement dérive en auto-flagellation masochiste.

Fenetre sur champs

Comment pourraient donc penser pour nous les Chinois ?

Pour l’empire du Milieu, le pouvoir n’est pas la force qui impose mais la force qui assemble – non pas le plus puissant mais le plus légitime. Il est comme le moyeu de la roue qui tient les rayons, une sorte de vide immobile autour duquel tout tourne. Ainsi le parti unique est comme le fils du Ciel, un système de gouvernement. S’il tient, tout tient ; s’il se délite, tout se délite ; s’il s’écroule, c’est le chaos. Ainsi le chef d’entreprise chinois ne commande rien, il n’est que le premier d’entre les pairs, le symbole de l’entreprise et le porte-parole des cadres, le rassembleur qui fait la synthèse des rapports de force autour de lui. Ce pourquoi il n’est « rien » en tant qu’individu ; il est « tout » en tant que bannière.

– Notre patriotisme, en particulier gaullien, n’est-il pas de cet ordre ? Le général de Gaulle à Londres « était » la France – pas l’individu Charles, général provisoire ayant fui à l’étranger. Pourquoi les Français continuent-ils d’aimer Chirac, ce grand Fout-rien qui a retardé de 20 ans les réformes indispensables, qui a livré le pays à la gauche pour 5 ans après une dissolution politiquement inepte, qui était copain comme cochon avec Saddam Hussein – sinon parce qu’il rappelle les années d’insouciance, le respect du droit international sur l’Irak et la fin du service militaire ? Nous n’avons plus de pouvoir qui assemble, ni en France où Hollande apparaît un mou sans boussole qui semble mentir autant qu’il affirme, ni en Europe où les 29 tirant à hue et à dia écartèlent toute initiative.

Il s’agit pour les Chinois de suivre la « raison » des choses, ce mouvement qui va, issu de l’énergie interne des êtres vivants et des tensions de la matière. Agir, ce n’est pas dominer, c’est prendre conscience des rapports de force (des courants d’énergie) et de leur organisation ; c’est se rendre comme de l’eau, sans volonté autre que de se couler dans toutes les fentes, de s’infiltrer par tous les interstices – sans violence, sans autre « force » que cette seule raison de l’eau qui est la pesanteur. Ainsi le combattant n’impose pas sa brutalité musculaire, il est tout souplesse et regard flottant ; il capte l’énergie de l’adversaire à son profit, utilise la force de l’autre pour jouer le déséquilibre.

– Nos Lumières et leur libéralisme ont découvert par elles-mêmes que la laïcité envers les déterminismes divins, nationaux, sociaux, familiaux, biologiques était prise de conscience de ces forces obscures, de ces tensions qui font avancer les peuples, les sociétés et les individus. Nietzsche a repris à son actif cette « volonté de puissance » qui est la force dans les choses et dans chacun. Il n’était pas libéral, au vu des chamailleries des médiocres de son temps, mais qu’est-ce que le libéralisme sinon la liberté ? Celle de « laisser faire » disent ceux qui ont peur de leur responsabilité adulte et qui voudraient bien qu’un chef, un parti, une religion ou un moralisme leur disent comment il faut se conduire. L’initiative, la création, l’entreprise, l’aventure, sont des prises de risques – en responsabilité. Ceux qui réussissent ne s’imposent pas par la brutalité comme un quelconque tyran, mais par leur astuce, cette autre forme de la force qui est capacité à faire émerger une idée au bon moment et à la traduire dans les faits, par tâtonnements, malgré tous les obstacles. Comme de l’eau. Le libéralisme politique accompagne le mouvement de la société, il le réfléchit, il le tempère, mais évolue avec son temps. Où est-il dans la toile administrative, la surveillance tout azimuts, la mise en procès de toute action – et le « principe de précaution » érigé en Commandeur – par Chirac – dans la Constitution !

garcon dauphin

D’où l’importance des moyens pratiques de vivre ensemble, dans la politique chinoise. Pas de « grands principes » gravés dans le marbre (comme notre gauche volontiers « révolutionnaire » adore en poser) ni de commandements délivrés sur la montagne dans le tonnerre et les éclairs (comme les religions du Livre le font croire), mais des rites, un ensemble de pratiques connues de tous et prévisibles qui permettent à chacun de savoir où il se trouve et ce qu’il doit faire. Il s’agit bien d’un ordre social, mais sans cesse en mouvement, issu de la société humaine elle-même, pas d’un au-delà capté par quelques prêtre, membre du parti, gourou ou imam. L’être humain n’est pas individu mais enserré dans la société. Il n’a pas de « droit » personnel mais relève des mœurs civiques. Ainsi tout dissident est-il mauvais puisqu’il conteste le « naturel » de l’ordre social ; il doit être puni « pour l’exemple ». Ce n’est pas le meilleur de la pensée chinoise, faisant du conformisme « confucianiste » la vertu humaine par excellence.

– Notre « politiquement correct » venu des États-Unis, ce « cool » des jeunes que tout conflit ennuie, sont-il d’une autre forme, sinon par leur hypocrisie ? « Cachez ce sein que je ne saurais voir » impose Facebook et l’impérialisme puritain yankee. Le déni insupportable de la gauche intello bobo chez nous est du même ordre hypocrite, à propos de ces « pauvres victimes » de musulmans « stigmatisés » – même lorsqu’ils tuent des plumitifs ou des Juifs à la kalachnikov, même lorsqu’ils égorgent des désarmés les mains liées, même lorsqu’ils violent des enfants « parce que c’est permis dans le Coran » ? Les Français ne sont pas dupes mais les officiels ne le reconnaissent pas. La Chine, au contraire, reste mentalement en mouvement – et sa société ne tolère pas de tels crimes sans réagir vigoureusement, ouvertement (contrairement à nos bobos et à nos média) avec l’assentiment de tous. Il n’en est pas de même en nos pays fatigués, où les « grands principes », trop rigides, sclérosent les consciences des élites et engendrent à des révoltes populaires sporadiques contre ce déni, en attendant les révolutions pour renverser l’entre-soi. Où le Parlement, lieu de débats politiques et de décisions claires, se perd en parlotes et en querelles d’ego, où les postures de bac à sable des politiciens médiocres comptent plus que l’intérêt général.

Il est stimulant de « penser chinois » : l’on voit ainsi que si ce peuple à l’autre bout de la terre n’est pas comme nous, nous avons des formes de pensée qui se rejoignent. Mais qu’il existe, dans la culture chinoise, une souplesse qui nous fait bien défaut – surtout à l’époque de transition que nous vivons.

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Montebourg, grande gueule et petit pois

Arnaud Montebourg a quitté la politique… dit-il, pour mieux la consommer. S’il n’en vit plus, il en jouit. D’où son énième coup de gueule, Chômage : les raisons de la colère, publié dans le JDD et sur son blog. Que dit-il de si expert sous des dehors polémiques ?

Son raisonnement est le suivant :

  1. Le Front national monte en raison du chômage que le quinquennat Hollande se montre impuissant à arrêter.
  2. Pourquoi ? Parce qu’il a massivement augmenté les impôts.
  3. Et la raison de cette hausse serait « Bruxelles » et sa politique d’austérité visant à ramener la dette des États dans les clous des 3% du PIB.
  4. Montebourg prône donc de refuser ce diktat européen et de baisser massivement les impôts des seuls ménages.

Point à la ligne. C’est un peu court…

arnaud montebourg

Ce qu’il oublie est qu’un État trop endetté devient paralysé par le poids de ses frais financiers annuels, remboursements des emprunts et salaires des fonctionnaires. Et que le seuil des 3% a été négocié et signé… par Mitterrand dans un traité qui engage la France.

Ce qu’il oublie, ce sont les complexités des lois, règlements, décrets et circulaires secrétés en France – plus que partout ailleurs en Europe – tant par des « experts » qui n’ont jamais quitté l’Administration, que par des élus qui n’ont jamais quitté l’Administration, et par des fonctionnaires qui n’ont jamais quitté l’Administration. Il oublie un peu vite les quelques 320 pages de règlementation produites CHAQUE JOUR, dit-on, par tous ces parasites qui veulent justifier leur fauteuil plus qu’organiser l’intérêt général.

Ce qu’il oublie, c’est que baisser les impôts pour les ménages seuls signifie relancer la consommation. Or depuis Mitterrand – presque 35 ans déjà – à CHAQUE FOIS que la France a distribué du pouvoir d’achat pour relancer la consommation, elle a augmenté les importations, donc le déficit commercial – sans aucun intérêt pour l’emploi en France. Cette politique « de la demande » a été un échec constant pour relancer l’économie depuis trois décennies. D’où le choix Hollande de privilégier « l’offre », c’est-à-dire les coûts de production des entreprises – même si le CICE n’est qu’une réformette et que le poids des multiples « taxes » pèse bien plus lourd que le coût des salaires.

Ce qu’il oublie est la formation professionnelle, le manque d’éducation utile à l’employabilité. Selon Patrick Artus, économiste (à gauche) de Natixis, le « niveau aussi élevé d’emplois vacants révèle un désajustement important entre les offres et les demandes d’emplois, qui est cohérent avec la faiblesse des compétences de la population active en France ».

Ce qu’il oublie est que l’Union européenne a sauvé la France de ses démons d’avant : clientélisme politico-économique, dépendance de l’État, endettement sans frein. Que la discipline de l’euro a sauvé la France de cette permanente suite de stop and go : augmentation des salaires suivie de dévaluation du franc. Que les grandes entreprises françaises se sont – enfin ! – ouvertes au large, avec une stratégie mondiale.

Ce qu’il oublie est que le vote Front national est moins un vote POUR quitter l’Europe et ses traités qu’un vote CONTRE l’acculturation globalisée chère aux bobos de gauche en ministères, contre des élites qui ont largué les amarres des traditions pour être à la mode américaine, contre la redistribution aux profiteurs et aux non-travailleurs. En bref, que les politiciens ne sont plus aussi représentatifs et que les électeurs peu éduqués le leurs font payer.

En fait, il « oublie » beaucoup de causes, Montebourg, au profit de la pose théâtrale et des effets de manches. Son « coup de gueule » se ramène, lorsqu’on le lit la tête froide, à cette politique archaïque de la vieille gauche, pratiquée dès juin 1981, qui est de redistribuer encore et toujours un argent qu’on n’a pas, en attendant encore et toujours une croissance qui ne viendra pas, parce qu’on n’a encore et toujours pas analysé les véritables causes de la paralysie française par rapport à ses voisins.

Du baratin d’élite coupée des réalités… qui va profiter au vote Front national une fois de plus !

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Arsène Lupin, Le dernier des romains BD

arsene lupin les origines le dernier des romains
Le Robin-des-bois Belle-Époque a eu une enfance et une adolescence. Ces trois tomes en bande dessinée s’y attachent. Dans le tome 2, nous sommes en 1893 et Arsène a 17 ans. Il se fait nommer Arsène de La Marche et est flanqué de deux amis, Arès del Sarto et Bérenger de La Motte. Tous trois étudient à l’école chic de la Croix des Whals, après s’être juré une amitié éternelle au sommet d’une montagne, puis de s’être jetés nus dans l’eau glacée d’un lac depuis le haut d’une falaise. En bref tout ce que font les ados pour se montrer entre eux les plus forts.

Hélas, ce beau serment fraternel ne résistera pas aux avances d’une belle jeune fille. Arsène et Béranger vont s’affronter lors des épreuves de l’école pour remporter le prix : la femme. Ce qui est un peu macho – mais d’époque – bien que soigneusement traduit à la sauce correcte de notre époque : la fille choisit et l’épreuve et le garçon.

Arsène est montré double-face : un côté aristocrate de par ses origines, un côté plèbe de par son existence familiale mouvementée. Il représente cette nouvelle élite française des esprits à la fin XIXe, un méritocrate dont l’honneur ne le cède en rien aux ex-Grands (raccourcis à la Révolution), mais qui le justifie par son honneur populaire (la décence commune) et son savoir-faire. La noblesse ne réside plus dans le sang bleu mais dans l’attitude chevaleresque, non plus du fait de la naissance et de la génétique, mais par le courage et l’astuce réellement manifestés.

arsene lupin les origines les disparus

Mais comme l’histoire personnelle ne saurait se détacher des malheurs de famille ni des complots de l’argent, l’album est découpé en séquences successives comme un film : les ados en bande, d’ex-forçats baleiniers de retour à Marseille, le château d’Ô en Normandie. Ce n’est pas forcément aisé à suivre mais alimente le suspense et prend tout son sens dans la durée des trois albums. Car nul ne sait ce qui va arriver dans le tome 3 et dernier…

Le dessin, un peu à la serpe pour les personnages (toujours le plus difficile en BD…), est bien servi par la coloriste Marie Galopin. Ses couleurs bistre et violentes arrangent une atmosphère sombre dès qu’il le faut, en contraste avec l’éclatant paysage montagnard du début. La jeunesse montre sa vigueur entre les pages, ce qui laisse présager des aventures palpitantes pour la suite !

Arsène Lupin – les origines tome 2, Le dernier des romains, scénario Abtey et Deschodt, dessin Gaultier, 2015, éditions Rue de Sèvres, 96 pages, €13.50,
format Kindle €5.99
Arsène Lupin – les origines tome 1, Les disparus, €13.99
format Kindle €5.99
Un tome 3 est en préparation.
Le vrai roman : Maurice Leblanc, Arsène Lupin gentlemen cambrioleur, 1907, Livre de poche 1973, €4.10

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Michel Houellebecq, Soumission

michel houellebecq soumission
S’il était besoin de le prouver une fois encore, il ne faut jamais croire les critiques de la mafia littéraire qui sévit dans les magazines de l’entre-soi engagé. Ce nouveau cru Houellebecq est un roman (c’est écrit dessus), il est houellebecquien en diable et très agréable à lire. Contrairement à la doxa des envieux aigris qui sévissent dans « les médias », Soumission est une belle fable qui appelle la réflexion. Car « seule la littérature peut vous donner cette sensation de contact avec un autre esprit humain » p.13.

Le narrateur s’appelle François comme le pape, comme le président actuel (qui fera deux mandats) et comme le futur Premier ministre que l’auteur imagine être Bayrou. Tous ces François sont insignifiants, délavés par le cours de l’histoire, sans plus rien à dire au monde ni à eux-mêmes. Nous sommes, comme d’habitude chez Houellebecq, dans le grand vide intérieur. Le catholicisme s’est perdu au tournant du XXe siècle (comme en témoignent Joris Karl Huysmans et Léon Bloy), Hollande s’est perdu entre centre-gauche et centre-droit (autrement dit nulle part), quand à l’antihéros qui raconte, il a fait de vagues études littéraires qui lui ont permis une sinécure de fonctionnaire à l’université où il forme de futurs chômeurs à des auteurs oubliés (et sans grand intérêt) ; il est solitaire, vieillissant, adonné à l’alcool et au tabac, de moins en moins séduisant pour baiser.

Contre ce tropisme qui mène à une impasse, la fable imaginée par l’auteur est habile et pourquoi pas possible (bien qu’à mon avis improbable). Mais le propre des fables n’est pas de se réaliser ; il est de faire cogiter. Celle de Bernard Mandeville offre à penser les bases du libéralisme économique, celle de George Orwell expose la tentation totalitaire des États, celle de Michel Houellebecq montre combien l’esprit de soumission est au cœur de nos sociétés repues et mal à l’aise, sans foi par laïcité intransigeante, donc sans vitalité. On peut contester cette vision, elle a le mérite de la cohérence.

Mais Soumission est bien autre chose que le pétainisme larvé de la collaboration avec le plus fort, accompagnée de la dénonciation jalouse (et anonyme) de ses voisins. Il faut attendre la page 260 pour comprendre (page que rares sont les critiques à avoir atteinte, semble-t-il, pressés de livrer leur fiel). Encore une fois, Houellebecq plonge dans l’érotisme pour penser la société : « L’idée renversante et simple, jamais exprimée auparavant avec cette force, que le sommet du bonheur humain réside dans la soumission la plus absolue. (…) Il y a pour moi un rapport entre l’absolue soumission de la femme à l’homme, telle que la décrit Histoire d’O, et la soumission de l’homme à Dieu, telle que l’envisage l’islam. Voyez-vous (…) l’islam accepte le monde, et il l’accepte dans son intégralité, il accepte le monde tel quel (…) la création divine est parfaite, c’est un chef-d’œuvre absolu. Qu’est-ce que le Coran au fond, sinon un immense poème mystique de louange ? De louange au Créateur, et de soumission à ses lois ». Les intellectuels de gauche qui reniflent dans ce roman des relents d’islamophobie ont le pif faussé par leur rhume idéologique, figés dans l’entre-soi confortable où tous ceux qui ne pensent pas comme eux sont « fascistes ».

D’ailleurs, qu’y a-t-il de plus ringard aujourd’hui qu’un « intellectuel de gauche », ce fossile laissé sur la grève par le flot de l’histoire ? « Il semblait bien, à voir les faits, que les journalistes de centre-gauche ne fassent que répéter l’aveuglement des Troyens. (…) Il est probablement impossible, pour des gens ayant vécu et prospéré dans un système social donné, d’imaginer le point de vue de ceux qui, n’ayant jamais rien eu à attendre de ce système, envisagent sa destruction sans frayeur particulière » p.56.

L’auteur, par la voix de son narrateur, reste neutre, observateur ; il ne s’engage pas, il constate. Et tant pis si cela remue les professionnels du choqué, tant mieux même, puisque Houellebecq a gardé de ses années anarchistes le sens de la provocation. Sa fable a peut-être le tort d’être trop proche de nous pour être vraiment crédible. Il la situe en 2022, après les deux mandats de François Hollande réélu en 2017 contre Marine Le Pen, après le délitement de la droite UMP encombrée de politiciens médiocres selon Houellebecq : Copé, Sarkozy. La France en a marre du marasme, du no future, de la dilution dans le reste du monde par technocratie interposée et de la guerre civile larvée entre djihadistes et identitaires à coups de pistolets automatiques et de voitures brûlées. Les extrêmes montent, d’un côté les identitaires (que Houellebecq a le bon sens contre la gauche de distinguer des fascistes), de l’autre les traditionnalistes (catholiques, humanistes moraux, écologistes de terrain… et musulmans plus ou moins pratiquants). Les présidentielles de 2022 voient donc la conjonction imprévue de l’UMPS et de la Fraternité musulmane, nouveau parti qui a pris son essor aussi vite que celui de Grillo en Italie il y a peu – contre le Front national. FM contre FN, il fallait y penser. Et quoi de plus consensuel que de laisser gouverner Bayrou, catholique laïc, gauchiste du centre, expert en retournement de veste et prêt à tous les compromis pour arriver au pouvoir (p.152) ?

Mohammed ben Abbes est arabe polytechnicien énarque, il en existe déjà, issus de la méritocratie républicaine, tels Nacer Meddah ou Aïssa Dermouche. Ben Abbes est élu président par consensus des centres et des traditionnalistes, il a pour modèle l’empereur Auguste et pour ambition de reconstituer l’empire romain autour de la Méditerranée afin de compter enfin dans le monde. Il est aidé des capitaux saoudiens et qataris, ce qui lui permet d’imposer l’islamisation « modérée » de la société. Le cercle vertueux s’enchaîne : baisse immédiate de la délinquance et disparition visuelle des racailles ; effondrement du chômage par hausse des allocations familiales pour les mères qui renoncent à travailler ; décence dans les rues et les médias ; baisse drastique des dépenses d’éducation nationale, l’enseignement n’étant gratuit que pour le primaire, privé confessionnel pour le secondaire et le supérieur, l’enseignement technique encouragé ; baisse des dépenses sociales, le principe de subsidiarité voulant que ce soient les familles (cellule sociale de base) qui soutiennent leurs membres, chacun étant vivement encouragé à créer son autoentreprise ou à devenir artisan ; les exportations de luxe s’envolent avec les capitaux du Golfe et l’immobilier de prestige se porte bien, tous les Arabes riches voulant un pied à terre à Paris ou dans les villes du terroir français. Et lorsque l’économie va, tout va, les Français sont contents – les grands principes, l’universalisme et la morale laïque, ils s’en foutent au fond (d’après l’auteur).

Quelques affirmations gratuites, comme le fait de piller des thèses universitaires pour composer la sienne : or, depuis des années, existent des logiciels de vérification plutôt efficaces. Pourquoi écrire plusieurs fois « hallal » avec deux l alors qu’un seul suffit ? Par ignorance ou pour qu’il ressemble à Allah ? Pourquoi écrire p.153 « entreprenariaux » et pas entrepreneuriaux, mot correct ? Robert Rediger est-il un avatar de Robert Redeker connu pour sa dénonciation des aspects totalitaires de l’islam mais aussi pour la soumission du sport à la marchandise ?

D’autres choses me gênent ou me paraissent invraisemblables :

  • l’abdication des femmes qui retournent aux 3K des nazis : Kinder, Küche, Kirche ;
  • l’insignifiance de Manuels Valls pourtant porté en 2015 par le national-sécuritaire, et de Nicolas Sarkozy, évacué d’un mot par l’auteur alors qu’on l’a connu roquet pugnace ;
  • l’affirmation (fausse et gratuite par ignorance) que Jean-Marie Le Pen est « un abruti, à peu près complètement inculte » – alors qu’il est diplômé d’études supérieures de sciences politiques avec une thèse sur les courants anarchistes ;
  • la passivité des Français face à l’islamisation (« une acceptation tacite et languide » p.204), alors que l’islam reste associé sans recul au cléricalisme et au terrorisme par le peuple votant (que les élites trahissent, cela s’est déjà vu, avec la meilleure rhétorique du monde, mais elles ne forment qu’un quart des votants) ;
  • l’absence de réactions américaines et européennes (les Juifs français font leur Alya en masse sans protester, les Belges passent à l’islam parce qu’incapables de s’unir entre Flamands et Wallons – seule la religion transcende les particularités ethniques, mais les Allemands se laisseraient faire comme si de rien n’était ?).

L’hypothèse de l’auteur est l’implosion mentale d’une population française vieillissante, ayant épuisé l’élan de mai 68 et face à l’impasse de l’individualisme matérialiste. Sur l’exemple de René Guénon, les catholiques peuvent intégrer l’islam. La nouvelle génération née avec le siècle (atteignant l’âge de voter dès 2018) serait plus pragmatique, plus réaliste, mieux encline à accepter « la mondialisation » et la multiculture – donc l’islam s’il apporte des compensations. Or c’est le cas : mariages arrangés sans avoir à faire l’effort de séduire, jusqu’à quatre épouses selon le statut social (ce qui veut dire une de plus tous les dix ans pour les fonctionnaires aisés), la copulation dès 14 ans (une quatrième épouse jeunette lorsqu’on est barbon, cela mérite-t-il de brailler encore pour la laïcité ?), l’absence de solitude grâce à la famille, des emplois pour tous les mâles et des enfants pour toutes les femmes – chacun sa place bien définie -, l’apaisement des désirs par une vêture décente en public (mais affriolante en privé). Finie la provocation sexuelle, obsession de Houellebecq, « la détection des cuisses de femmes, la projection mentale reconstruisant la chatte à leur intersection, processus dont le pouvoir d’excitation est directement proportionnel à la longueur des jambes dénudées » p.177.

Mais bien contestable est le constat démographique : « L’humaniste athée, sur lequel repose le ‘vivre ensemble’ laïc, est donc condamné à brève échéance, le pourcentage de la population monothéiste est appelé à augmenter rapidement, et c’est en particulier le cas de la population musulmane – sans même tenir compte de l’immigration, qui accentuera encore le phénomène » p.70. C’est faire de la religion une quasi-essence, or on constate que si les musulmans de la seconde génération gardent peut-être un peu de la culture de leurs parents, ils sont attachés aux libertés laïques ; seuls les rejetés du système « retournent » à la religion à titre de compensation pour leur ressentiment. « La sous-population qui dispose du meilleur taux de reproduction, et qui parvient à transmettre ses valeurs, triomphe » (p.82) : c’est ainsi que s’opèrerait l’adhésion indolore au parti de la Fraternité musulmane selon Houellebecq. Mais les secondes et troisièmes générations ne font pas autant d’enfants que la première et tendent à suivre le modèle dominant, les démographes le constatent.

Malgré ces critiques, le roman est fluide, bien écrit, musical en quatre mouvements. Il allonge des phrases longues à la Proust, balancées de virgules, il place ces italiques qui soulignent avec bonheur les expressions toutes faites et les idées reçues contemporaines. Bien que subsistent quelques préciosités comme « terminaison » pour dire fin, ce roman se lit d’un trait égal. Vous ne vous ennuierez pas, même si vous n’aimez par le personnage ni l’auteur, plutôt ravagés de sexe et d’alcool. Soumission vous fera réfléchir sur la France aujourd’hui, sur les élites prêtes à trahir par égoïsme et esprit de caste, sur l’islam – meilleure et pire des choses selon le point de vue -, sur la politique – peut-être moins choisie qu’on le dit… Laissez vos préjugés au vestiaire et pensez par vous-même, telle est la grave leçon de cette fable. Surtout après les attentats contre Charlie et contre des Juifs, et après la marche des bobos accompagnés pour une fois par une grande part du peuple de France.

Michel Houellebecq, Soumission, 2015, Flammarion, 303 pages, €21.00 ou format Kindle €14.99

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Stefan Zweig et l’école

Dans Le monde d’hier, Stefan Zweig à la fin de sa vie (le manuscrit est terminé juste avant son suicide en 1942) jette un regard rétrospectif sur son passé. Il n’aime pas et n’a jamais aimé l’école – comme tous les êtres devenus célèbres (Rabelais, Flaubert, Rimbaud et tant d’autres). L’école formate et sélectionne – elle n’est donc pas faite pour les déviants, qu’ils soient plus doués que la grosse moyenne ou plus rétifs au formatage. Jamais un « bon élève » n’a été un génie : Einstein a eu beaucoup de mal à passer le bac.

A l’inverse, tous les bons élèves, trop bien adaptés au monde scolaire, soumis, bûcheurs et obéissants, ne font que des fonctionnaires zélés et sans imagination dont nos écoles dites « grandes » sont pleines. On mesure combien un énarque, formaté Éducation nationale depuis tout petit, fait un mauvais entrepreneur (Haberer, Messier, Bouton), voire un médiocre gestionnaire d’entreprise (Bompard, Richard).

collegien torse nu devoirs

L’école devrait former, elle déforme ; l’école devrait émanciper, elle enferme ; l’école devrait exciter l’imagination et stimuler l’intelligence, elle réduit l’esprit et éteint l’élan. L’école devrait surtout rendre adulte et libre, elle formate et sélectionne selon des critères sociaux étroits de reproduction des élites. Ni cœur, ni esprit, dit Stefan Zweig, tout ce qui est rendu scolaire devient sans intérêt…

« Car, pour être honnête, toute ma période scolaire ne suscita chez moi qu’un ennui et un dégoût permanents, exaspérés d’année en année par l’impatience d’échapper enfin à cette galère. Je ne me rappelle pas avoir été jamais ‘joyeux’ ou ‘heureux’ dans cette machine scolaire au fonctionnement monotone, sans cœur et sans esprit, qui nous a complètement empoisonné l’époque la plus belle et la plus libre de notre existence (…)

« Nous, à peine franchi le seuil de l’établissement détesté, nous devions en quelque sorte nous recroqueviller en nous-mêmes pour ne pas nous cogner le front contre le joug invisible. L’école était pour nous une contrainte, un désert, un ennui, un endroit où l’on devait ingurgiter en portions exactement découpées la ‘science de ce qui ne mérite pas d’être su’, matières scolaires ou rendues scolaires dont nous sentions qu’elles ne pouvaient avoir le moindre rapport avec le réel ou nos centres d’intérêt personnels. Ce que nous enseignait la vieille pédagogie, c’était un enseignement aride et morne, se désintéressant de la vie et ne s’intéressant qu’à lui-même. Le seul moment de bonheur et de véritable allégresse dont je suis redevable à l’école fut le jour où je claquais pour toujours sa porte derrière moi. »

Est-ce que l’école a vraiment changé ?

Stefan Zweig, Romans, nouvelles et récits tome 2, Gallimard Pléiade 2013, 1584 pages, €61.75

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La France, ce malade de l’Europe

Les élections européennes, techniques et sans enjeux concrets perçus par les citoyens, suscitent en général une abstention assez forte. Elle a été moyenne en Europe, égale à 2009 en France. Plus les pays ont connu récemment la dictature, plus ils sont poussés à exercer ce « droit » – rare sur la planète – de pouvoir aller voter. La Thaïlande comme l’Égypte sont sous coup d’État, l’Ukraine voit des milices rouge-brun empêcher les citoyens d’aller s’exprimer à l’est du pays, la Russie et la Turquie ont « élu » sous pressions et fraudes un genre de dictateur qui réprime toute forme de démocratie autre que le plébiscite campagnard.

2014 05 europennes carte participation

Voter est un luxe de nanti. C’est pourquoi les bobos français (bourgeois bohème) devraient être appelés plutôt égoédos (égoïstes hédonistes), tant ils marquent du mépris snobinard pour cette façon vulgaire d’aller « donner leur voix » comme le bas peuple : 58% des votants Hollande en 2012 ne sont pas allés voter, 52% des Parisiens ! En dehors de leurs petits intérêts de caste comme le mariage gai (et lesbien) ou le vélo à contresens dans les rues, les bobos se foutent de la gauche et de ses « idées », c’est manifeste. L’effondrement du parti socialiste est confirmé et au-delà, le seul socialisme qui subsiste aujourd’hui est national.

Car le problème aujourd’hui n’est pas européen, il est français.

Certes, le Danemark, le Royaume-Uni, l’Autriche ont donné plus de 15% des voix à des partis extrémistes anti-union – mais c’est en France que le Front national a réussi à passer largement en tête, avec un apparent 25%. La réalité est moins flamboyante car, du fait que 43.5% des votants seulement se sont exprimés et que les gens convaincus sont plus allés voter que les autres, le FN ne compte les voix que de 11% des 46 millions de citoyens français ce dimanche. C’est certes nettement mieux que les 6.3% qui ont voté PS ou le ridicule 2.8% du Front de gauche, habituel favori des bobos (calcul sur 100% des électeurs), mais ce n’est pas un raz de marée, tout au plus un « rat de Marine ». A une élection importante, présidentielle ou législative, le FN ne ferait pas ces scores là, noyé sous la participation utile. Il ne réussit que dans l’indifférence. Et c’est là où les bobos « de gauche ma chère, évidemment de gauche » ont toute leur responsabilité. Le « séisme » 2002 ne leur a rien appris et les mots graves de Manuel Valls hier vont leur passer par-dessus la tête, comme d’habitude.

Il ne leur restera plus que le ridicule d’aller « manifester contre le fascisme » comme en 2002, dans un refus trop tardif d’une démocratie qu’ils n’ont pas exercée par flemme. Au niveau européen, le vote français ne changera pas grand-chose, la coalition sortante reste majoritaire. En France, les seuls partis européens, les centristes et écologistes, se sont bien maintenus. Mais les écologistes en Europe ont fait bien mieux que les idéologues intellos de gauche de l’Hexagone : en cause le gauchisme catastrophiste mâtiné d’arrivisme du parti Duflot.

2014 05 nouveau parlement européen

La gauche française de gouvernement s’obstine à ne pas comprendre que les élites économiques éduquées (diplômés, cadres, hauts revenus, citadins, voyageurs) ne vivent pas dans le même monde que le populaire (peu diplômés, ouvriers, bas revenus ou chômeurs, suburbain ou rural qui n’ont rien vu du monde). Ce pourquoi le socialisme « internationaliste » ne passe plus, ni son tropisme multiculturel, ni ses attendrissements pour les « victimes » à aider en priorité qui sont toujours les autres (homos, étrangers, colorés, immigrés). Quoi d’étonnant à ce que le FN réalise ses meilleurs scores au sein des couches populaires : ouvriers (43%), employés (38%), chômeurs (37%), personnes à faible niveau de diplôme (37%), foyers à bas revenus (30%) et parmi les jeunes (30% des moins de 35 ans), touchés par le chômage ou la galère des stages et CDD à répétition ? (Sondage Ipsos/Steria 25 mai 2014)

Le socialisme à la française tout comme le pseudo-gaullisme à la Copé-Guéant-Sarkozy apparaît comme un ramassis d’impuissants qui envoient leurs déchets à Bruxelles, clament haut et fort en France l’inverse de ce qu’ils signent en sous-main au Conseil européen, agitent des yakas impossibles puisque pas prévus dans le Traité (comme le social, dont le Smic, qui est du ressort de chaque État). Quoi d’étonnant à ce qu’il y ait défiance envers ces hypocrites professionnels ? Quant à Mélenchon, il a clairement échoué : ses outrances ont fait fuir. Il était pathétique et presque sympathique lors de sa conférence de presse, mais toujours dans l’émotionnel alors que cela ne compte dans un vote qu’en plus du fond ; sans le fond, cela fait démago…

Si 62% des votants disent avoir privilégié les questions européennes sur le rejet du gouvernement, l’opacité du fonctionnement européen et la culture nécessaire du compromis empêchent les électeurs français peu éduqués de comprendre. L’Éducation nationale ne fout rien pour habituer les élèves à travailler ensemble et à échanger des idées, les médias perroquettent les mensonges des partis, les populistes trouvent un bouc émissaire commode dans « l’euro, Bruxelles, les 28, le libéralisme » et ainsi de suite.

Les Français, formatés à l’autoritarisme et au plébiscite du chef, sont à l’opposé de presque tous les autres pays européens, formés au parlementarisme et aux alliances de compromis. La France semble avoir une mentalité plus proche de la Russie de Poutine et de la Turquie d’Erdogan que de l’Allemagne de Merkel ou du Royaume-Uni de Cameron. Le marasme économique n’arrange rien, la politique stupide du gouvernement Hollande 1 (qui a insulté les patrons, insultés les investisseurs, insulté « la finance » – et taxé à tour de bras tout le monde, y compris en-dessous du Smic) a accentué la récession. Ce clown pathétique de Montebourg a plus fait à lui tout seul pour faire fuir l’investissement que les ministres de Mitterrand – et on le garde au gouvernement !

Les électeurs ne sont pas contre l’Europe, ils ne comprennent pas trop comment elle fonctionne ; ils sentent bien l’avantage de la monnaie unique, puisque 72% (sondage Ipsos ci-dessus) sont CONTRE la sortie de la France de la zone. Mais ils voudraient une Europe plus protectrice en termes économiques, moins accueillante à l’immigration sauvage, mieux unifiée socialement. Encore faut-il envoyer – comme les Anglais – des pointures politiques à Bruxelles, pas des recalés en échec de la politique nationale : des Fabius par exemple, comme hier Delors, pas des Désir. Jamais la « synthèse » molle du tempérament Hollande n’a montré aussi clairement son inaptitude à gouverner.

La France apparaît aujourd’hui comme

  • ce malade de l’Europe qui, faute de mieux, élit des politiciens minables qui promettent tout et en font le moins possible, se défaussant sur « Bruxelles » de leurs fautes ou impuissance,
  • ce malade de la boboterie, toujours en première ligne pour réclamer « des droits », mais qui reste douillettement chez elle dès qu’il s’agir d’agir,
  • ce malade des réformes sans cesse promises, sans cesse repoussées, car elles remettent en cause trop d’intérêts « acquis » sans que personne n’ose prendre le taureau par les cornes.

Puisse l’aiguillon Le Pen donner des hémorroïdes à cette caste de gauche aujourd’hui au pouvoir, à ces petits marquis inaudibles de droite qui aspirent à y revenir, pour qu’enfin – comme dans les autres pays européens – ils soignent la France :

  • inadaptée à intégrer sa jeunesse par l’éducation,
  • inadaptée à la mentalité parlementaire de l’Union,
  • inadaptée à la concurrence économique mondiale.
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Être un bon Européen ?

Chacun peut l’être par conviction politique, foi humaniste ou simple intérêt bien compris dans un monde globalisé où seuls comptent désormais les grands ensembles. Mais je voudrais donner ici une autre idée de l’adhésion à l’Europe : celle d’esprit libre.

C’est Friedrich Nietzsche il y a plus d’un siècle, dans son époque de nationalités et revendications identitaires batailleuses, qui prenait de la hauteur pour ne pas rester lié à une patrie. Les différences superficielles entre nations européennes masquent pour lui une unité culturelle. Les fermentations des haines nationales ne sont pas la solution pour vivre plus ou mieux – au contraire. Le nationalisme est une démence de la passion, que la raison délirante transformera au siècle suivant en camps pour tous les métèques, les koulaks, les barbares, les « rats ».

doisneau ouvriers empoignent seins

Nietzsche en appelle à la survenue d’hommes supérieurs, au-dessus de ces bas instincts, de ces passions folles, de cette raison en dérive. La volonté doit accoucher des valeurs, donc de la culture. Le « bon européen » selon Nietzsche est donc « sans patrie ». Il peut être d’un terroir et s’exprimer en une langue sans s’y enfermer : c’est au contraire par les voyages, les curiosités de lectures et de rencontres, par l’apprentissage d’autres langues, donc d’autres façons de penser, qu’émergera la conscience supérieure. En premier lieu européenne.

Peut-être un jour aura-t-on une conscience galactique, ou multi-univers, mais commençons par le commencement. C’est l’erreur des intellos français, trop théoriciens, que de grimper tout de suite aux rideaux en poussant l’abstraction. Victor Hugo en appelait à la « conscience universelle », probable effet de son christianisme mal digéré. Mais vouloir l’universel revient concrètement à ne rien vouloir du tout. L’excès engendre l’impuissance, et pas seulement dans la conscience. Agiter l’universel ou le cosmopolite, c’est surtout ne rien faire ici et maintenant – tout en se donnant bonne conscience dans « l’au-delà » de l’avenir. Ce qui veut dire jamais, à notre échelle humaine, attitude que Nietzsche rapproche du « nihilisme ».

Le « bon Européen » est un ideal-type, un modèle vers lequel on doit tendre, plus facile à suivre que le très vague « universel » (qui n’est qu’une projection de la conscience occidentale sans en avoir conscience). Dans Par-delà le bien et le mal, Nietzsche fait du « bon Européen » celui qui possède « un art et une faculté d’adaptation maximalisés » §242. Lorsque l’on sait que la « faculté d’adaptation » est la définition de l’intelligence (différente de « la raison »), le lecteur voit jusqu’où pourrait aller la notion « d’homme supérieur » – bien loin de la musculation à la Poutine ou de la cruauté exclusive des nazis. Nietzsche n’hésitait pas à parler de « névrose nationale » pour l’obsession nationaliste de son pays, l’Allemagne – en son temps, sous Bismarck. Il lui préfère à l’époque la culture française, plus ouverte sur le monde, à la conscience plus large malgré sa dérive vers l’abstraction sans chair de « l’universel ».

L’Europe culturelle de Nietzsche ne s’arrête pas aux frontières, elle englobe une vision du monde commune, essaimée en Amérique et en Océanie, « une somme de jugements de valeur qui commandent et qui sont passés en nous pour devenir chair et sang », Le Gai savoir §380. Cette culture vient des Grecs antiques, relayée par les Romains puis par le christianisme des Pères de l’Église, avant de rebondir au 15ème siècle avec la Renaissance de la pensée, l’essor scientifique et les grandes découvertes géographiques.

« La science » est elle-même une croyance, mais sa méthode est peut-être la seule qui permette d’observer le monde avec le moins d’a priori possible : par le débat, la critique et la correction successive. L’exigence de transparence sur l’agora politique incite à la rationalité intellectuelle, donc à la recherche de « la vérité », notion relative et ideal-typique elle aussi, mais qui conduit au savoir scientifique sans cesse en progrès. « L’Europe va maintenant jusqu’où s’étend la foi en la science », dit Nietzsche (Fragments posthumes, HTH II, 33, 9).

Tout n’est pas bon dans cette culture européenne, pense Nietzsche, mais quand même : si ce n’est elle, laquelle ? Celle à créer sans doute, mais seulement avec le temps.

Car la quête de « la vérité » engendre cette dichotomie de vision entre vrai et faux, donc bien et mal, donc égoïsme et altruisme. Il « faudrait » (injonction culturelle) choisir le vrai, le bien, l’altruisme – en soi – comme Platon le prônait, et après lui le Christ. Alors que l’être humain réel est irrémédiablement mêlé, sa conscience comme chacun de ses actes pris sans cesse dans un champ de forces entre raison et pulsions, passions et volonté. La faculté d’intelligence est ce délicat équilibre entre ces forces contradictoires mais toujours présentes et utiles.

  • Car que serait la raison sans passion ? – en politique une technocratie robotisée.
  • Que serait la volonté sans raison ? – une dictature totalitaire.
  • Que seraient les pulsions sans raison ? – un univers à la Sade, où tout est permis au nom de la jouissance égoïste.
  • Que seraient les passions sans la volonté ? – une anarchie de mouvements sans ordre ni sens…

Le scepticisme est justement la valeur qui caractérise les « bons Européens » selon Nietzsche. Ce pourquoi il révère Montaigne plus que Descartes.

Rien de conservateur, donc, dans cet appel à la culture européenne. Plutôt la continuation d’un mouvement commencé avec les Grecs vers le savoir et le débat, vers l’amélioration de la conscience humaine. Car les Européens d’aujourd’hui sont les « héritiers du dépassement de soi le plus long et le plus audacieux de l’Europe » (Le Gai savoir §357).

  • Renoncez au troupeau – pensez par vous-même !
  • Renoncez à la vérité absolue – adhérez au « gai » savoir qui multiplie les interprétations et laisse ouvertes les portes !
  • Ayez la volonté de vivre plus intensément, d’exister plus, d’être meilleur – en sublimant pulsions, passions et raison dans l’intelligence des choses et la volonté des actes !

Certes, voter pour des députés nationaux de seconde zone, recalés par leur parti dans cette voie de garage qu’est le « Machin européen » vu de l’énarchie parisienne centrée sur le Pouvoir autour du Président, paraît bien faible, vu des hauteurs de Nietzsche. La faute aux minables socialistes et aux étriqués de droite.

Mais il faut bien commencer par un bout… Avant l’univers, la terre ; avant la terre, l’Europe – seul grand ensemble susceptible de participer à cet « universel » dont rêvent les bonnes consciences à bonne excuse. « Ne veuillez rien qui soit au-dessus de vos forces : il y a une mauvaise fausseté chez ceux qui veulent au-dessus de leurs forces » (Ainsi parlait Zarathoustra, De l’homme supérieur 8). S’ils ne vont pas voter pour l’Europe, ces bobos qui vantent « l’universel » en incantations rituelles, ils ne risquent pas de voter pour le monde ! Beau prétexte à surtout ne rien faire, tout en se pavanant en Bisounours, content de soi. « Car, en admettant que l’on soit une personne, on a nécessairement aussi la philosophie de sa personne », Avant-propos au ‘Gai savoir’, 2.

Boboterie qui incite le populaire à voter contre ces « élites » dévoyées, pour des populistes aigris et étroits d’esprit. Le contraire du « bon Européen » dont Nietzsche a montré l’attrait…

Friedrich Nietzsche sur ce blog

Un article excellent de Pierre Verluise, docteur ès Science politique, sur la France dans l’Union européenne.

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Dominique Reynié, Les nouveaux populismes

dominique reynie les nouveaux populismes

Voici un excellent livre d’analyse sur le changement politique de l’époque actuelle partout en Europe, écrit sans jargon et qui se lit d’une traite. La poussée de Marine Le Pen est décortiquée et expliquée clairement, aussi bien que les tentatives ratées de Jean-Luc Mélenchon et Bepe Grillo.

Comme toujours dans ce genre d’ouvrage écrit par un professeur à Science Po, la description est impeccable mais les solutions restent vagues. Un professeur n’est pas un politicien, et nul doute que la poussée récente du repli sur soi des populations européennes vieillissantes, contestées et appauvries n’a pas encore suscitée d’idées neuves sur les réponses possibles. Mais se contenter d’appeler à l’acceptation d’une immigration inévitable, à un « libéralisme musclé » pour mieux intégrer, à encore plus d’Europe pour faire des économies et à moraliser la vie politique m’apparaît un peu faible.

Reste que la bonne question posée par Nicolas Sarkozy jadis sur « l’identité nationale » est le reflet pragmatique (mal pensé et mal traité par l’équipe Sarkozy) d’une poussée évidente de ce que l’auteur appelle le « populisme patrimonial ». « S’il est un aspect de la globalisation qui conditionne fortement le développement des partis populistes (…) c’est certainement l’immigration, l’islam et le surgissement d’un multiculturalisme conflictuel, en lien avec le fort déclin démographique… » p.32. L’engrenage est bien brossé : libéralisme = laisser-faire = circulation sans frontières = immigration majoritairement musulmane = revendications multiculturelles incompatibles avec la laïcité et les mœurs habituelles aux Européens = menaces sur la sécurité, l’habitat, les fréquentations et mariages, les prestations sociales, les pressions alimentaires et culturelles… Le dire ce n’est pas « être raciste » – comme le psalmodient les bobos repus de bonne conscience dans la gauche morale – c’est décrire les faits. Or, dénier les faits, c’est laisser « ces interrogations et ces inquiétudes travailler sourdement la société. C’est sur ce non-dit que les populistes imposent leur discours, pointant les tentatives d’enfouissement, de dénégation et de censure qu’ils prêtent aux responsables des partis de gouvernement » p.110.

La plupart des gens répugnent à modifier rapidement leur mode de vie – ce pourquoi ils deviennent conservateurs envers les changements, et même « réactionnaires » lorsqu’on veut leur imposer de force. Ce comportement concerne tous ceux qui sont menacés, à droite comme à gauche. Les « zacquis » des syndicats sont aussi menacés que la « sécurité » à droite. D’où cette poussée du populisme hors des divisions traditionnelles, mettant en cause les élites contre le peuple, les gouvernants contre les gouvernés. Mélenchon comme Le Pen jouent sur le même tableau contre « l’UMPS ». Mais, montre très bien Dominique Reynié, c’est partout pareil en Europe, Royaume-Uni compris. C’est même au Royaume-Uni qu’après les attentats de Londres en 2005, existe le plus fort rejet de l’islam et de l’immigration extra-européenne, le multiculturalisme ayant clairement échoué.

Or c’est l’Europe qui contraint, consensus mou sur une social-démocratie libérale sans frontières ni valeurs autres que purement juridiques. D’où le rejet de l’Europe, qu’elle soit agricole, monétaire ou de Schengen. Fatale pente, démontre Reynié, « la promotion de l’opinion xénophobe est une condition sine qua non du succès électoral populiste. En ce sens, il n’y a pas de populisme de gauche. Tel est le problème de Jean-Luc Mélenchon » p.316. Clin d’œil à mon analyse de Mélenchon entre Péguy et Doriot, d’un socialiste de gauche jacobine comme le républicain Péguy poussé au national-socialisme comme l’ex-communiste Doriot.

Ce qui permet la percée des partis populistes ce sont les modes de scrutin (la proportionnelle), les médias (avides de langage cru et de dérapages), et les personnalités histrioniques (dont c’est le seul moyen de se différencier). Mais ces instruments n’existeraient pas sans la base : « Ce sont les classes populaires elles-mêmes qui conduisent ce mouvement de droitisation dont les communistes d’abord, les sociaux-démocrates ensuite et les populistes de gauche enfin sont les victimes successives. L’immigration et la sécurité sont devenues pour longtemps des enjeux capables de déterminer leurs choix électoraux » p.321. Retour du fascisme ? Non. De l’autoritarisme conservateur ? Oui.

Que faire contre le populisme ? En premier lieu arrêter de nier les questions qu’il soulève : la globalisation entraine une immigration incontrôlée que la crise économique rend plus difficile d’assimiler. Ensuite éviter la démagogie en proposant le vote des « étrangers », la construction ouverte de « mosquées », l’autorisation de la burqa, le recul du droit à autoriser une expulsée à revenir du fait du Prince, les avantages sociaux aux sans-papiers et autres discriminations positives, le deux poids-deux mesures des injures racistes (Blanc condamné, minorité excusée) et ainsi de suite. Enfin affirmer les valeurs républicaines, laïques, libérales, sans concession aux tentatives d’effritement des « droits » communautaires ou particularistes. Et peut-être recréer l’Europe comme espace homogène, aux frontières définies, à l’Exécutif clair et au Parlement élu le même jour par tous les citoyens de l’Union, avec des impôts en commun pour bâtir des projets en commun. Ce sont toutes ces réponses que Dominique Reynié ne fait qu’effleurer.

Il pointe que le rationnel ne suffit pas car « la singularité de la politique populiste est de n’être qu’émotion. C’est une politique médiatique jouant sur les ressorts affectifs : colère, peur, envie, nostalgie, ressentiment, etc. » p.345. Mais le rationnel serait néanmoins d’éviter, lorsqu’on est dans un parti de gouvernement, d’agir de même (comme Montebourg, Taubira, Belkacem, Hollande – ou Copé, Boutin, Morano, Sarkozy). D’inviter aussi certains populistes à prendre des responsabilités gouvernementales – leur grande gueule serait rabattue au premier échec, car on ne gouverne jamais sans compromis et nuances, à l’inverse du théâtre médiatique et du discours de tribune. Mais là, on entre dans le tabou des « alliances »…

Dominique Reynié, Les nouveaux populismes, 2011, édition augmentée 2013, Livre de poche Pluriel, 377 pages, €8.55

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Hollande est-il dans l’impasse ?

Pas facile de gouverner, surtout lorsqu’on a été élu sur un malentendu (contre l’histrionisme de Sarkozy) et que l’on est issu d’un parti sectaire, tétanisé par le pouvoir. Il y avait déjà peu d’idées avant, il n’y a plus aujourd’hui aucune idée au parti socialiste : le désir s’est éteint avec l’orgasme. L’agence de notation financière Standard & Poors vient de dégrader la note de la France à double A « seulement ». Piaillements dans le volailler politique !

Le Figaro voit se confirmer que la France suffoque sous le poids de sa fiscalité, tandis que le gouvernement se montre incapable d’engager une réduction des dépenses publiques. On parle de blocage, toute marge de manœuvre coincée entre impôts et chômage, les deux au maximum du supportable. Jean-François Copé dénonce, c’est de bonne guerre, un « déni ahurissant » du gouvernement. On pointe ailleurs, avec plus de raison, qu’à Marseille et en Bretagne le gouvernement sort le chéquier pour étouffer le mécontentement « au profit de ceux qui se sont montrés les plus bruyants, voire les plus violents » (L’Alsace). Les impôts rentrent moins et les dépenses continuent de filer.

Pour le gouvernement Hollande, la cure est la seule politique possible, réduire le déficit est la seule façon de récupérer des marges entre taux d’emprunts d’ État raisonnables et cohésion sociale. Nous le croyons volontiers – sauf que c’est l’exacte politique menée par le gouvernement Sarkozy en 2011 – qui fut pourtant dénoncée en son temps par Hollande : ignorance de la crise ou mauvaise foi politicienne ? Paul Krugman (prix d’économie 2008 en l’honneur d’Alfred Nobel) célèbre cette version optimiste en trois notes sur son blog : « Je maintiens mon appréciation : S & P n’a pas vraiment évalué le risque de défaut Français, il tape les Français sur les doigts pour ne pas s’être suffisamment engagés à démanteler l’État-providence. » La seule concession de Hollande aux grognements a été de reculer l’échéance de deux ans (et probablement plus). L’erreur du président a probablement été de croire au retour imminent de « la croissance » comme si de rien n’était, avec une inversion assez rapide de la courbe du chômage. Il pensait 2.5% en 2013 et pas 0.2%…

Les ministres ont attaqué le thermomètre, les agences de notation, dont ils dépendent pourtant à cause de l’endettement qu’ils poursuivent. Arnaud Montebourg a, comme d’habitude, jeté « n’importe quoi pourvu que ça mousse » en déclarant tout simplement « n’accorder absolument aucun crédit à ces agences de notation ». Il prouve donc, si la langue française a encore un sens, que la note triple A français ne valait rien auparavant. Donc que les marchés sont bien bêtes de prêter à l’État français à des taux aussi ridiculement bas. L’inverse même de ce que montre Paul Krugman… mais on ne peut pas demander à une grande gueule et néanmoins ministre de connaître quoi que ce soit à l’économie, quand même ! On est en France, pas ailleurs, la politique doit toujours avoir raison, même contre la réalité. Les socialistes ont évidemment recours à la bonne vieille ficelle usée de « la faute à Sarkozy ». Lorsque la violente récession 2009 est survenue, qu’auraient-ils faits, eux, sinon de laisser filer pareillement le déficit ?

Marine Le Pen accuse l’Europe, comme la gauche bobo férue d’économisme (célafôta l’euro, célafôta la concurrence exigée par Bruxelles, célafôta Merkel, célafôta l’Allemagne). Jean-Luc Mélenchon accuse globalement « la finance » (moins il dit ce que c’est concrètement, mieux le complot fonctionne). En bref, c’est la faute à tout le monde (le thermomètre, les concurrents, les partenaires, les institutions, l’argent…) – mais ce ne saurait être la faute ni du socialisme (qui a toujours raison – mais toujours demain), ni des politiques concrètement menées depuis mai 2012 : désigner à la vindicte publique les gagneurs, décourager les innovateurs, insulter les repreneurs, taxer toute production, faire rentrer les impôts où est l’argent – sur les classes moyennes beaucoup et sur les riches très peu – car il y a très peu de riches, Thomas Piketty, pourtant gourou de la gauche bobo férue d’économisme l’avait dit et redit. Même les hochets (retardés) offerts aux entreprises, sont des usines à gaz compliquées et paperassières comme le Pacte national pour la croissance, la compétitivité et l’emploi avec son crédit d’impôt différé, et restent soumises au bon vouloir sourcilleux de l’Administration.

Patrick Artus, économiste de gauche rationnel et directeur de la recherche de Natixis, estime que l’agence de notation a eu raison de dégrader la note de la France. Car « compte tenu des perspectives démographiques, du système de retraite et des problèmes de compétitivité, nous ne voyons pas comment nous pourrions dépasser un taux de 1 % » de croissance dans les années à venir. « Plus grave, le déficit structurel de la France est beaucoup plus élevé qu’on le dit, car la crise nous a fait perdre des points de croissance potentielle, -6% dans l’industrie et -8 % dans la construction. » Pour respecter 3,5 % du PIB en déficit budgétaire, « contrairement à ce que dit le gouvernement, l’essentiel de l’effort est devant nous et pas derrière. Il faudra encore augmenter les impôts ou diminuer vraiment les dépenses. » Source ici.

indicateur avance croissance t4 2013 natixis

Alors, que faire ?

Maintenir les impôts, peut-on faire autrement ? mais ne plus les modifier tout le temps ni les augmenter globalement car trop c’est trop. C’est moins le niveau de prélèvement qui compte, que la tendance au toujours plus et à la remise en cause de ce qui existe : pas une semaine qui ne passe sans l’annonce à grand son de trompe (à destination de la seule gauche de la gauche ?) que l’on va taxer et encore taxer, et rétroactivement, rompant le contrat de confiance de l’épargne – dont les entreprises, l’assurance dépendance et les retraites ont pourtant tant besoin ! Le petit peuple se révolte, par texto et sans les syndicats, en « démontant » à la Bové (c’est-à-dire en détruisant) les bornes écotaxe et même les radars, sans parler – pour l’instant – des sous-préfectures. Cet écotaxe était pourtant rationnelle, acceptée aussi bien par la droite que la gauche en son temps – mais seulement par les « représentants » et par les élites. La province et les besogneux en ont assez des bobos écolos et de leur prédation justifiée par un discours hystérique sur le climat, la santé, la catastrophe planétaire. Les écolos français sont loin des écolos allemands – et là aussi, comme en économie, la comparaison est cruelle pour la France. Le seul impôt qu’il est encore possible d’augmenter sans mettre les gens dans la rue, est la TVA « normale » : le Danemark est bien à 25%. Ce serait taxer les importations aussi bien que la production nationale, donc pas si bête ; ce serait laisser à chacun le choix d’acheter des produits chers ou de consommer plus frugalement, puisque ne paye la taxe que qui achète. Mais c’est un tabou à gauche !

Réduire les dépenses publiques, mais c’est là que le bât blesse. Il touche en effet toute cette clientèle captive des élus locaux, des strates administratives, des fonctionnaires d’État et territoriaux, des syndicats et mutuelles qui vivent très bien de la prébende d’État et des monopoles de faits de la représentation, qui profitent des subsides publics de la prévention et de la formation permanente. Pas moins de six niveaux entre la commune et l’Europe : donc six administrations, six producteurs de règles et de paperasses, six délais de décision et d’arbitraire. Réduire la dépense des ministères est déjà largement engagé, on ne peut guère faire plus – sauf à réviser le maquis touffu des lois et réglementations, qui pourraient être simplifiés – et laisser plus l’armée dans les casernes au lieu de la faire intervenir au Mali, voire en Syrie : si l’on veut une politique internationale, il faut en garder les moyens. Réduire la dépense locale est possible à la marge, notamment en embauchant moins de fonctionnaires à vie, mais les collectivités ne peuvent être en déficit de par la loi (fort heureusement !), il y a donc peu de gains à tirer. Le budget de la Sécurité sociale, qui comprend trois branches, maladie, vieillesse, famille, est politiquement sensible mais peut être contenu.

Restent surtout ces réformes ambitieuses promises par le candidat, dont on ne voit toujours pas pointer le bout de la queue : la « Grande réforme fiscale » (qui permettrait de faire payer effectivement ceux qui ont beaucoup et moins ceux qui ont peu), la « Grande réforme des retraites » (à points pour tout le monde, mais au détriment des régimes « spéciaux » privilégiés), la réforme des collectivités territoriales (enterrée pour cause d’élections municipales en 2014 ?), le « choc de compétitivité » (qui ne choque personne tant il est timoré), la mise à plat des aides à l’emploi et à la formation des chômeurs (dont les syndicats ni les patrons ne veulent pas – les premiers parce qu’ils seraient privés de la manne financière de la formation professionnelle qu’ils trustent, les seconds parce qu’ils profitent des effets d’aubaines des embauches de jaunes ou de maintien en emploi des seniors, sans que cela n’influe sur leur politique d’embauche).

L’économie sociale et solidaire, c’est bien, mais ce n’est pas elle qui embauchera de gros bataillons de travailleurs. Le contrat emploi-jeunes permet de faire sortir plusieurs centaines de milliers de mal formés mal éduqués et non vendables des statistiques de Pôle emploi, mais ne leur donnera aucune qualification d’avenir – et fera tache sur leur CV s’ils veulent entrer en entreprise. Je ne suis pas le seul à regretter l’abandon – en rase campagne – de quasiment toutes les promesses raisonnables du candidat. Ne subsistent que les « marqueurs de gauche », dont près des deux-tiers des Français se foutent, selon les sondages, car ils n’ont pas votés POUR la gauche mais CONTRE Sarkozy : mariage gai, imposition à 75%, suppression des peines plancher, retour d’une illégale expulsée, condamnation des clients qui vont aux putes, et autres créations de salles de shoot.

Le président aurait du être aidé par un parti qui se pique de penser, le seul désir en tête, aiguillonné par une majorité parlementaire tant à l’Assemblée qu’au Sénat – mais il n’en est rien. Rien de rien ! Lui-même, Hollande, que fait-il pour relancer l’initiative ? Cet état zéro de la politique, ajouté à l’incessant changement fiscal plus agité que Sarkozy lui-même, désespère l’électorat qui paye toujours plus sans que rien ne change au fond. Dommage que l’opposition soit si indigente, entre un Copé sans idée et un Fillon velléitaire, sans aucune alternative à un improbable retour d’un Sarkozy que tous admirent mais dont aucun ne veut plus.

Peut-on pronostiquer un envol du Front national et de l’Alternative centriste aux prochaines élections européennes ? Un net recul socialiste et écologiste aux municipales de 2014 ? L’heure est sans aucun doute au « sortez les sortants ! »

Sur une idée de Daniel, je publie ci-après la traduction de la troisième des notes publiées par Paul Krugman sur son blog, après le temps de la réflexion (la première, citée plus haut, était à chaud) : Blog qu’il intitule « La conscience d’un libéral » sur http://krugman.blogs.nytimes.com/
9 novembre 2013, 12:43 « Plus de notes sur le France-Bashing »

Tout d’abord: la France a des problèmes. Le chômage est élevé, en particulier parmi les jeunes, de nombreuses petites entreprises luttent, la population est vieillissante (mais pas autant que dans de nombreux autres pays, l’Allemagne plus que les autres y compris.)

Par n’importe par quel bout je la prenne, la France ne semble pas être trop mal par rapport aux normes européennes. Le PIB a récupéré à peu près son niveau d’avant-crise, le déficit budgétaire est assez faible et la dette à moyen terme n’est pas du tout effrayante, les projections budgétaires à long terme sont en fait assez correctes par rapport aux voisins grâce à un taux de natalité plus élevé.

Pourtant, le pays fait l’objet de commentaires injurieux, plus qu’ailleurs. Par exemple The Economist, il y a un an, qui déclare que la France est « La bombe à retardement au cœur de l’Europe». Ou CNN déclarant que la France est en «chute libre».

Ce billet CNN donne effectivement quelques arguments. Il fait valoir que la France est confrontée à un « béant écart de compétitivité » en raison de la hausse des coûts de main-d’œuvre. Hmm. Mais voilà ce que j’observe des chiffres de la Commission européenne comparant la France à la zone euro dans son ensemble : (graphique coûts unitaire du travail 1999-2013, France comparée à zone euro)

Il y a un peu de détérioration, je suppose – mais c’est plus un flottement qu’une chute.

CNN déclare également, « le déclin de la France est mieux illustré par la détérioration rapide de son commerce extérieur. En 1999, la France a vendu environ 7% des exportations mondiales. Aujourd’hui, le chiffre est un peu plus de 3%, baissant rapidement. »

Hmm. Il se trouve que presque tous les pays avancés, les États-Unis évidemment compris, ont une part décroissante des exportations mondiales (l’Allemagne est une exception); le document de recherche de la Fed de New York note que cette baisse est plus ou moins en ligne avec la baisse de la part des économies avancées dans le PIB mondial due à l’essor des nations émergentes, et il décrit la France comme plus ou moins dans les clous.

Encore une fois, il ne s’agit pas de dire que la France est sans problème, la question est pourquoi cette nation modérément agitée attire la dégradation des notes et une rhétorique aussi apocalyptique.

Et la réponse est évidemment politique. Le péché de la France n’est pas un endettement excessif, en particulier la faible croissance, la productivité moche (elle a plus ou moins suivi l’Allemagne depuis 2000), la faible croissance de l’emploi (idem), ou quelque chose comme ça. Son péché est celui d’équilibrer son budget en augmentant les impôts au lieu de sabrer les avantages. Il n’y a aucune preuve qu’il s’agit d’une politique désastreuse – et, en fait, les marchés obligataires ne semblent pas concernés – mais qui a besoin de preuves ? »

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Jean-Marie Déguignet, Mémoires d’un paysan bas-breton

jean marie deguignet memoires d un paysan bas breton

Né fils de journalier agricole en 1834, dernier d’une famille nombreuse pauvre, obligé d’allier mendier son pain parce l’école n’était pas obligatoire, ce Quimpérois d’un hameau de l’Odet est l’exemple même de l’arriération bretonne comme de la méritocratie républicaine. Son témoignage est crucial sur le tournant du siècle et les débuts de la IIIe République.

Il a tout vécu, Jean-Marie : les rois, l’empereur, le général tenté par la dictature (Mac Mahon), la république. Il a été mendiant, vacher, domestique, soldat, sous-officier, cultivateur métayer, bistrot, courtier d’assurances, tenancier d’un bureau de tabac. Il a été en Crimée, à Jérusalem, en Italie, en Kabylie et au Mexique. Il ne s’est marié qu’à 34 ans, s’est toujours méfié (avec raison) des bonnes femmes, a eu cinq gosses qu’il a élevé comme il a pu, leur assurant au moins le pain et les hardes. Il est devenu veuf d’une femme abîmée dans la soûlerie, séparé d’une compagne pathologiquement jalouse, exclu de ses enfants devenus adolescents – donc productifs – par sa belle-famille, avant de finir à l’hospice.

Paranoïaque en diable (on le serait à moins), athée républicain bouffeur de curés, il se réfugie dans l’histoire de sa vie parce que son intelligence dépasse de loin le milieu dans lequel il vit, parce que sa curiosité n’est en rien celle des Bretons de son entourage, et qu’il pense par lui-même au lieu de suivre les autorités de naissance ou de religion. Il est petit (moins d’1m54), accroché à la vie, tenace ; il ne tient pas en place tant du corps que d’esprit, usant de toutes les occasions pour apprendre : la terre, la savate, l’italien, la philosophie… Il est sociable, il écoute, il teste – mais reste inébranlable sur ses convictions politiques (les emplumés et ensoutannés exploitent le peuple par leurs belles paroles) et religieuses (le fils de Madame Joseph était un noceur qui a renié ses frères).

Sa faiblesse ? Ne pas savoir refuser un service à qui en a besoin. Ce qui va l’entraîner à quitter l’armée sous-officier avant d’y revenir simple soldat, faute de travail en Bretagne et par jalousie des ‘cousins’, puis à se marier sans l’avoir voulu, puis à soigner ses enfants qui seront bien ingrats (sauf le garçon de 19 ans dont la mort lui arrache un cri de désespoir), enfin à confier ses cahiers à Anatole Le Braz, pape du régionalisme breton d’époque, qui attendra sept ans avant de réaliser sa promesse de l’éditer dans La Revue de Paris.

bretons paysans 19e

Il aura le bonheur de se voir survivre par l’écriture, avant de mourir quelques mois plus tard. Sa vie, en 24 cahiers de 2854 pages, est un roman d’aventure écrit d’une belle langue française, avec des mots bretons, italiens et espagnols glanés dans ses campagnes. Il écrit vrai, Déguignet, et remet à leur place les folkloristes et leur romantisme du ‘c’était mieux avant’. Non ! C’était pire avant : les enfants mouraient en bas âge, l’ignorance était entretenue par les curés et les nobliaux pour exploiter les métayers et les journaliers, la vanité se mesurait aux railleries bretonnantes, chaque canton avait sa langue et comprenait à peine les autres Bretons, encore moins le français, la routine régnait en maître jusque dans les familles, où les femmes étaient les pires conservatrices de ce qui se fait et doit se faire éternellement, où aucune réussite n’était possible sans sacrifier au clientélisme local et faire allégeance…

Sur la fin de sa vie, il tire ce bilan personnel : « Si j’avais été une brute complète, sans pensée et sans réflexion, je serais sans doute la plus heureuse des créatures, puisque j’ai du pain à manger et un trou pour me cacher. Mais je pense, je réfléchis et je raisonne sur les maux et les tourments de mes confrères, et sur les canailleries, les fourberies, les iniquités et les injustices dont ils sont victimes de la part des voleurs et des bandits qui ont l’impudence, le cynisme et l’effronterie de se dire les gouvernants, les représentants et les protecteurs du peuple, lorsqu’ils n’en sont que les seigneurs et les égorgeurs » p.414.

A lire pour se réjouir de la vitalité d’un Breton qui refuse la complaisance folklorique, un brin méprisante, des élites qui utilisent le régionalisme comme tremplin personnel. A lire pour ce grand bol d’air de l’aventure dans une société archaïque et coincée, qui paraît si loin alors qu’elle n’a qu’un siècle. Et qu’il en reste de nombreux traits aujourd’hui !

Jean-Marie Déguignet, Mémoires d’un paysan bas-breton, 1905, édition An Here 1998 établie par Bernez Rouz, ou Pocket 2001, 462 pages, €2.62 à 31.55 ou €3.94 en Kindle

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Albert Camus était libéral et surtout pas socialiste

L’habitude ancrée de la gauche aujourd’hui est d’appeler « libéral » tout ce qu’elle appelait hier « fasciste ». Cette manie est dénoncée par Camus dans la propagande stalinienne. On voit donc d’où vient la ‘bonne conscience’ de gauche d’aujourd’hui : du tyran moustachu. En 1952, Albert Camus ironise sur les ‘Cahiers du communisme’ où un certain Georges Cogniot (fort heureusement oublié) le qualifiait de fasciste. Comme ça, sans raison objective autre que celle qu’il n’était pas compagnon de route de son clan et de la prophétie marxiste.

Albert Camus theatre

« C’est qu’il ne s’agit pas de ce que je suis mais de ce que, selon la doctrine et la tactique, il faut que je sois. Selon la doctrine, il faut qu’un libéral aujourd’hui soit fasciste. (…) Ce qui oblige ou bien à respecter les vrais libéraux ou bien à faire admettre qu’en réalité un libéral est l’ennemi de toutes les libertés. Le mieux, selon la tactique, n’est pas de le démontrer, ce qui serait difficile, mais de le dire et de le répéter autant de fois qu’il le faudra. La tactique se donne en somme pour but de remplir les mots mécaniquement d’un contenu opposé à celui qu’ils détenaient jusque là. Le libéralisme, c’est le fascisme, le parti unique c’est la liberté, la vérité c’est le mensonge, les généraux sont pacifistes » (Le dialogue et le vocabulaire, p.1103). La vérité c’est le mensonge est du pur Orwell type 1984. Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage ; qui veut exterminer un groupe humain le traite de sous-homme. Ainsi font les socialistes réels.

Ceux d’aujourd’hui, surtout version révolution à la Mélenchon, ont les mêmes réflexes staliniens que dénonçait Camus. Il est de bon ton chez les intellos de dire tout le mal qu’on peut du « libéralisme » – sans savoir ce que recouvre le mot. C’est confondre économie et politique, confondre la finance Folamour avec l’économie réelle. Le soi-disant « libéralisme » est le bouc émissaire commode de tout ce que la gauche n’a jamais su réaliser elle-même : l’encouragement à l’innovation et à la production par des libertés assurées. La gauche se veut l’étalon du Bien (Dominique Strauss-Kahn prenait d’ailleurs ça au premier degré) :

  • Tout ce qui n’est pas concédé par la doctrine ne saurait être une liberté.
  • Tout ce qui n’est pas réalisé par le parti quand il est au pouvoir ne saurait être une liberté.
  • Tout ce qui n’est pas goûté et approuvé par les doctrinaires du politburo ne saurait se qualifier de liberté…

Ce pourquoi Camus n’était surtout pas socialiste mais bel et bien libéral.

Il le déclare expressément en 1951 : « Bien que je ne sois pas réellement socialiste, ma sympathie allant aux formes libertaires du syndicalisme, j’ai souhaité que les travaillistes fussent vainqueurs de ces élections. » Le travaillisme n’est pas le socialisme, mais un parti de trade-union, non dogmatique, social-démocrate – tout ce que la gauche morale, toute parée de vertu tyrannique, appelle social-traître. Tout ce que Hollande a honte de revendiquer aujourd’hui, tout en essayant maladroitement de faire de la sociale-démocratie quand même – sous les huées de 40% du PS et de 110% du PDG Mélenchon.

Camus : « Je m’intéresse au travaillisme comme à l’exemple d’un socialisme sans philosophie, ou presque. Depuis un siècle, le socialisme européen a fait passer la philosophie de ses chefs avant les intérêts concrets de ses troupes ouvrières. Comme cette philosophie, efficace dans son aspect critique, est irréelle dans sa partie positive, elle s’est constamment heurtée aux réalités et les socialistes du continent n’ont eu d’autre choix que l’opportunisme qui sanctionne leur échec, ou la terreur, dont le but profond est de faire plier la réalité humaine et économique à des principes qui ne lui conviennent pas. » Belle analyse du Parti socialiste français depuis 1981 ! Il ne produit quasiment que des arrivistes à la Fabius, des sectaires à la Chevènement ou Aubry ou des opportunistes à la Jospin-Hollande. Faisons exception pour Pierre Mauroy, Michel Rocard, Jacques Delors et quelques autres – mais si rares…

Fabius le suffisant que Mitterrand l’habile a mis au pied du mur en 1983 (voir la note ‘le tournant de la rigueur’), a préféré sa carrière à ses idées tout en affichant le contraire, il a fait de même pour le Rainbow Warrior (« Moi, Premier ministre, je n’étais pas au courant… »), puis sur le sang contaminé (« responsable mais pas coupable »), enfin sur le vote européen en 2005 où il est allé volontairement contre la discipline de son parti – ce pourquoi nous ne pouvons pas respecter Monsieur Fabius.

Jospin a bien commencé ses cinq années de Premier ministre mais sans vision pour la France, il s’est laissé circonvenir par les démagogues électoralistes du dépenser « toujours plus » au profit des « toujours plus exclus ».

Seul Jacques Delors a eu un projet pour l’Europe, mais il a été trop humble pour l’imposer à la bronca du parti et s’est retiré sur la pointe des pieds.

Camus poursuit le raisonnement : « Il me semble, au contraire, que le travaillisme anglais, comme le socialisme scandinave, est resté à peu près fidèle à ses origines, quoique parfois contaminé par l’opportunisme, et qu’il est arrivé à réaliser, un peu à tâtons, un minimum de justice dans un maximum de liberté politique » (Conférence faite en Angleterre, 1951, p.1097). Mais cela fait combien de dizaines d’années que certains socialistes vont chercher des idées outre-Manche ou dans le nord, sans jamais les voir considérées par les dogmatiques du Parti ?

Je me souviens de Jean-Michel Belorgey, à l’époque chargé de conférences à Science Po, qui nous parlait de l’ombudsman scandinave et des droits du Parlement : combien d’années a-t-il fallu au PS pour accepter l’idée d’un Médiateur ? Et combien de palinodies pour éviter – au dernier moment – de voter des droits parlementaires nouveaux déjà suggérés par le socialiste Chandernagor à la fin des années 1970 – tout ça parce que c’était Nicolas Sarkozy qui les proposait ?

Je me souviens aussi de Jean-Pierre Cot, professeur à Paris 1 : nommé ministre de la Coopération en juin 1981 a-t-il tenu longtemps pour avoir dénoncé la Françafrique ? Remplacé par l’affairiste socialiste Christian Nucci, pris la main dans le sac du Carrefour du développement… puis amnistié par ses copains de parti. Combien de dizaines d’années au PS pour avouer que Jean-Pierre Cot avait raison, après l’avoir viré du ministère deux mois après sa nomination ? Trois dizaines d’années ? Une génération ?

Albert Camus Manifeste conformiste

Camus l’avait bien vu, une liberté donnée par un adversaire ne saurait être une liberté pour les doctrinaires. Lorsque Tony Blair a créé une Troisième voie, ce n’était qu’ironie chez les tenants du Dogme intangible de l’État-patron. Même chose il y a peu avec Thomas Picketty et sa proposition de retraites à points à la scandinave : silence à peine poli au PS !

Parce que le Parti socialiste, malgré ses dénégations outrées, n’a toujours pas effectué son Bad Godesberg comme le parti social-démocrate allemand en 1958. Tout un courant (Laurent Fabius, Henri Emmanuelli, Benoit Hamon, Arnaud Montebourg, Jean-Luc Mélenchon pour faire court) reste arc bouté aux vieilles lunes lues dans Marx avec les lunettes de Lénine, alors que le monde a changé et – qu’en bonne dialectique scientifique – toute modification de l’infrastructure devrait retentir sur la superstructure. Mais non, le Dogme est le fonds de commerce de certains ego. Ils ont besoin d’une religion laïque pour faire de la politique, sans égard ni pour la réalité des choses ni pour les désirs des gens. Ils imaginent une société idéale fixe et veulent faire coller le présent à cet abstraction – toujours repoussée dans l’avenir. Ce pourquoi le peuple divorce de ces « élites ». Et que ces mêmes élites (ou qui se croient telles) se cherchent un nouveau peuple à leur mesure chez les immigrés, les gays & lesbiens, les minorités.

Le monde est tragique, pas téléologique ; tissé de bien et de mal, pas formatable selon l’idéal en chambre. Camus : « L’homme d’aujourd’hui qui crie sa révolte en sachant que cette révolte a des limites, qui exige la liberté et subit la nécessité, cet homme contradictoire, déchiré, désormais conscient de l’ambiguïté de l’homme et de son histoire, cet homme est l’homme tragique par excellence » (Sur l’avenir de la tragédie, 1955, p.1119).

Ceux qui réussissent en politique ont la conscience aiguë de la réalité tragique – où toute chose a son revers : de Gaulle, Mitterrand, Obama. Hollande l’a-t-il ?

Tout bien a pour contrepartie un mal, toute liberté une contrainte – il faut naviguer au mieux entre les deux. Lucides, ceux qui reconnaissent le tragique n’en ont pas moins pour moteur la volonté et pour guide les conséquences. Ils suivent l’éthique de responsabilité et non l’éthique de conviction. L’inverse du « responsable mais pas coupable » de l’angélique Machiavel des antichambres qui n’a pour méthode que le mensonge au nom du Bien pour garder son pouvoir.

Quand donc les lucides vont-il s’imposer au vieux cadavre du socialisme à la française ?

Albert Camus, Œuvres complètes tome 3, Pléiade Gallimard, édition 2008 par Raymond Gay-Crosier.

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Radicalisation de crise

L’Amérique reste qu’on le veuille ou non le phare du monde et ce qui lui arrive nous arrivera probablement aussi, avec une décennie de décalage. Ce pourquoi les réflexions suscitées par les dernières élections présidentielles aux États-Unis, rassemblées dans le numéro de janvier-février de la revue Le Débat (n°173, éditions Gallimard, €18.50) font penser à la France. Nos élections présidentielles de l’an dernier ont marqué une pente dont la campagne anti-Obama fut la caricature. Ce qui s’est produit là-bas risque de se produire ici, en 2017. Qu’est-ce à dire ?

Les États-Unis se sont montrés de plus en plus opposés à l’État et de moins en moins unis.

Les divisions raciales, culturelles, d’origines et de résidence géographique sont devenues criantes. En France, nous avons encore connu en 2012 le choc idéologique entre droite et gauche ; aux États-Unis, le choc est désormais entre communautés : Noirs contre Blancs, petites villes contre mégapoles (Washington, New York, Chicago, San Francisco), états du centre contre états des côtes, cols bleus contre cols blancs, industriels et commerçants contre intellos universitaires…

Cela nous menace-t-il ?

Sans aucun doute. Catholiques et Juifs se retrouvent contre un islam médiatique (différent de l’islam pratiqué) qui valorise l’image de l’intolérant, du macho et du terroriste. Il faut dire que les musulmans « normaux » restent frileux face aux surenchères salafistes et autres « Frères »; on ne les entend guère dans les médias… Les laïques sont partagés, anticléricaux mais « respectueux » (jusqu’à la lâcheté trop souvent) des cultures du monde, dont les opprimés et leur religion font partie. Les habitants des campagnes et des petites villes françaises ne se reconnaissent plus dans les grandes villes telles Paris, Lyon, Marseille, Toulouse. Ces mégapoles cosmopolites ne sont plus « la France » (voir la série Plus belle la vie dont les acteurs n’ont même pas l’accent de Marseille) ; leurs élites ne représentent plus la nation mais le nomadisme mondialisé ; leur culture, subventionnée d’État, ne dit plus rien aux éducations classiques. Pire : les partis de gouvernement sont mis dans le même sac de « l’UMPS » tant par Marine Le Pen que par Jean-Luc Mélenchon. Tous sont accusés d’être dans le vent, ploutocrates (que les intellos-économistes méprisants appellent « ultralibéraux »), dévoués au marché (« grand méchant ») et – pourquoi pas ? – aux maîtres du monde qui comploteraient (rumeur) la fin des peuples.

on est autiste

Le vieux fond humaniste résiste encore en France aux séductions de la manipulation ethnique et des théories du Complot, mais pour combien de temps ? Aux États-Unis, le parti Républicain devient récalcitrant, dédaigneux de tout compromis. Il s’agit presque d’une guerre de religion entre Républicains et Libéraux, les premiers étant à la fois conservateurs (moins d’impôts et moins d’État) et libertariens (moi-je, pionnier tout seul contre le monde pour refonder ici-bas la cité céleste) ; les « libéraux », là-bas, sont gens de gauche, en souvenir des Lumières – ce qu’ont bien oublié les archéo-marxistes français passés sous Staline et dont l’esprit ne s’est jamais remis. En France, la propension au refus de tout compromis est moins marquée mais contradictoire, la droite conservatrice (moins d’impôts mais plus d’État), la gauche plus individualiste que libertarienne (moi-je, narcissique – mais qui exige les autres pour faire son théâtre médiatique ou frimer sur les réseaux sociaux). Les Libéraux américains (parti Démocrate) sont keynésiens et partisans du New Deal, en France l’UMP et le PS aussi… sauf à réduire les déficits. De cette confusion multiculturelle surgissent de nouvelles radicalités aux marges. La rue du ‘printemps’ de droite en témoigne.

Il s’agit de crispation des petits Blancs : WASP aux États-Unis et petits commerçants, artisans, fonctionnaires en France contre « les étrangers » qui viennent saisir les opportunités d’emplois et bénéficient des prestations sociales parce qu’ils sont juste en-dessous en termes de revenus. Plus encore : ce lumpen proletariat bénéficie de la bienveillance des intellectuels, des politiciens et des faiseurs de lois, puisqu’ils sont considérés (à cause d’une vague culpabilité impérialiste ou coloniale) comme « victimes », forcément victimes. L’administration crée des quotas pour favoriser les Noirs aux États-Unis, Obama compte régulariser 11 millions de sans-papiers latinos (4% de la population, l’équivalent de 2.5 millions d’illégaux en France). Susan Sontag, gauchiste féministe new-yorkaise, n’est-elle pas allée jusqu’à déclarer que « la race blanche est le cancer de l’humanité » ? La psychologie de la domination remplace l’analyse de la société, c’est sans doute plus confortable intellectuellement et donne l’éternelle bonne conscience d’être avec les opprimés, mais sans travailler en rien ni à la production, ni à la redistribution sociale, ni à l’éducation des gens. Il y a trahison, aux États-Unis comme en France : le peuple (autochtone) pense que les élites (censées les représenter) les trahissent en favorisant les allogènes (qui ne veulent pas s’assimiler ou n’ont aucune incitation à le faire). Quel intérêt d’être conforme, s’il est plus avantageux de rester victime ?

Les élites de gauche préfèrent semble-t-il, aux États-Unis comme en France, les minorités biologiques aux classes sociales, l’état de nature à la construction historique et politique de la société. Limousine Liberals et bourgeois-bohêmes n’ont que faire du peuple, qu’ils méprisent. La dernière mode en politique est d’oublier ouvriers et employés (Blancs) pour favoriser toutes les minorités ethniques ou de « genre » (qui voteront « bien »). Une fois au pouvoir, la loi remplace l’éducation. Les gais-lesbiens-bi-trans sont plus chouchoutés pour convoler, adopter et procréer que les hétéros qui maltraitent leurs enfants et ne savent pas les élever. Je l’ai écrit, je ne suis pas contre le gai mariage, mais je constate le sentiment naissant qu’il vaut mieux « être » que se créer, « naître » que s’éduquer. Mieux vaut être Noir homosexuel illettré sans papier que Blanc hétéro cultivé intégré… Ce serait ça la gauche ?

De plus en plus nombreux sont ceux qui s’interrogent plus ou moins confusément : à quoi cela sert-il donc de bien travailler à l’école, de vouloir faire carrière, de payer des impôts ? Dans la France de Hollande plus particulièrement, où « les riches » sont désignés comme boucs émissaires de tout ce qui ne vas pas (au-dessus de 3000 € par mois – soit le salaire moyen d’un fonctionnaire en fin de carrière – selon la fiscalité présidentielle), où les « entrepreneurs » sont méprisés a priori et considérés comme vaches à lait fiscales, où une caste restreinte aidée de communicants et d’avocats (Brafman, Veil, Fouks, Hommel) se protège de la loi commune, où « la recherche » est vue comme l’avenir en paroles mais dernière roue du carrosse en réalité (les étudiants brillants partent à l’étranger, comme les innovateurs en Californie : « trop de lourdeur, trop de casse-têtes administratifs et juridiques ») – où 38% des Français déclarent dans un sondage récent qu’ils quitteraient la France s’ils pouvaient… Quel merveilleux projet politico-social ont nos gouvernements depuis le début du nouveau siècle pour que plus d’un tiers des adultes actifs veuillent fuir !

fesses et bobos

Quoi d’étonnant à ce que le populisme monte ?

Tea Parties aux États-Unis et extrémistes en France se radicalisent contre les élites qui les ignorent et font une politique qui va contre leurs valeurs et leurs intérêts. La volatilité des électorats, déboussolés par le changement non accompagné, par la promotion de minorités sans autre explication que « l’égalité » par principe (seraient-ils « plus égaux » que les autres ?), va s’accentuer – aux États-Unis comme en France. Pire : le grand inquisiteur fiscal est pris la main jusqu’au coude dans le pot à confiture des paradis fiscaux; le grand argentier présidentiel a des intérêts aux îles Caymans ! Faites ce que je dis, pas ce que je fais : voilà le discours politique de la gauche « morale ». Après le stupre, le lucre, les Strauss-Kahn et Cahuzac (sans parler des seconds couteaux Guérini, Lamblin, Andrieux, Teulade, Kucheida… et autres hollandais volant) font du président « normal » une image qui pousse au cynisme. Après la fracture sociale, la fracture morale ? Après le « président des riches » des affaires et de l’industrie, le « président des nouveaux riches »  de la fonction publique et du carnet d’adresses ?

Ce qui veut dire que tout dirigeant élu, Obama comme Hollande, n’a plus de « mandat » des électeurs, seulement des « opportunités » de circonstance. D’où l’espèce de fuite en avant de François Hollande sur les questions libertaires (mariage gai, récidive, vote des étrangers, voler au secours du « pauvre » Mali, « moralisation » des moeurs des copains) pour masquer les vraies questions – qui sont de classe et de mondialisation : chômage, déficit public, fiscalité, encouragement à l’entreprise, politique européenne, émergence de la Chine.

Nous ne sommes pas encore au point atteint par les Américains, mais nous y venons.

Sarkozy caresse l’idée d’un retour radical en politique ; Mélenchon fourbit sa faconde, coupeuse de têtes ; Le Pen père, fille et nièce poussent leurs pions. Obama n’a gagné que parce qu’il a su mobiliser à la base, dans les comtés, en exploitant les données personnelles innombrables, glanées sur les réseaux sociaux et auprès des donateurs particuliers. Hollande en reste aux meetings de sous-préfecture et aux appareils obsolètes.

En France la droite ou la gauche extrêmes sont encore loin de mobiliser vraiment la base et les réseaux sociaux. Pour le moment… mais  d’ici 2017 ? Le radicalisme, c’est dans 4 ans.

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Social-individualisme

Article repris par Medium4You.

Terminé le national-socialisme, vive le social-individualisme ! Tel semble le message de notre époque, qui a remplacé les élans collectifs (pour le meilleur comme pour le pire – voir l’Iran) par des élans narcissiques, centrés sur l’individu. Le mouvement démocratique libère la personne des appartenances biologiques, claniques, sociales et même physiques. L’hérédité ne fait plus l’identité. Celle-ci devient multiple, construite tout au long de la vie, bariolée. Mais cela ne va pas sans risques.

Le premier risque est celui de la peur. La liberté fait peur car nombreux sont ceux qui ne savent qu’en faire, effrayés de devoir décider par eux-mêmes après avoir réfléchi. D’où cette régression réactionnaire vers un âge d’or, un Dieu qui commande, une religion qui prescrit en détail comment se comporter, un parti qui décide de la morale, des syndicats qui défendent obstinément les zacquis, un chef qui montre le chemin… Merah se croyait missionné d’Allah pour tuer de sang froid de jeunes enfants élevés dans une autre religion (sans même qu’on leur ait laissé le choix).

Le second risque, inverse, est celui de la démesure : tout est permis. La liberté devient la licence, l’émancipation le droit de faire ce qu’on veut, au gré des désirs les plus fous. On se marie entre gais, on baise avec n’importe quel « cochon », on tue sans assumer les suites (dans la série Poubelle la vie), on refuse l’Europe-contrainte, on nie les simples lois de l’économie, on refuse toute entrave au désir du tout tout de suite. Ainsi, l’éthylotest en voiture devient-il une contrainte insupportable, incitant un gouvernement de gauche à agir comme Chirac, président de droite : « je promulgue la loi mais je demande qu’on ne l’applique pas ». Pourquoi rendre légalement « obligatoire » l’éthylotest si ne pas en avoir n’emporte aucune conséquence ? Autant supprimer l’obligation pour n’en faire qu’un conseil de la Prévention routière. Mais non : jamais un gouvernement jacobin n’acceptera de laisser le choix à la société civile, il lui faut toujours énoncer le Bien.

Peur de la liberté, démesure de la licence, ces deux pôles semblent les tentations de la politique. La droite veut conserver, voire revenir sur les excès de libertés ou de réglementation. La gauche veut aller toujours plus de l’avant, faisant du « progressisme » un objectif en soi, sans but, sans définir un progrès vers quoi. La droite veut immobiliser le changement trop rapide de la société, la gauche veut chevaucher le mouvement social. Rien n’a changé en apparence, nous serions dans le clivage classique.

Mais ce serait trop simple, car en économie, c’est l’inverse. En France, la droite est pour s’adapter au monde qui bouge, la gauche frileuse pour résister des quatre fers à tout ce qui change. La gauche d’immobilisme et la droite de mouvement, c’est nouveau… mais rappelle les années 30, où le « progressisme » sort du collectif à gauche pour s’incarner dans l’individualisme, tandis que la droite l’investit massivement !

Cela en théorie, car droite et gauche se rejoignent au gouvernement. Hollande fait concrètement du Sarkozy, il n’y a que le style qui soit différent. Le résultat des élections est tiède, déplaisant à tous ceux de droite comme à tous ceux de gauche. Restent les raisonnables, de moins en moins nombreux, les européens de conviction, les centristes et les sociaux-(qui voudraient bien être)-démocrates – mais sans syndicats puissants.

La tentation de la politique sera donc de refaire du clivage entre droite et gauche. Comment ?fefe Lucile Butel

Depuis des décennies, la droite ne dit rien de l’avenir. De Gaulle montrait le chemin de l’indépendance et de la grandeur nationale, jusqu’à Giscard avec les réformes de mœurs devenues indispensables pour adapter le pays aux mœurs (divorce, avortement, égalité dans le couple, majorité à 18 ans). Mais Chirac n’a rien foutu, roi fainéant conservateur, médiatique anesthésiant. Sarkozy changeait d’avis de mois en mois, reniant ce qu’il affirmait d’abord, refusant d’abolir ce qu’il aurait dû, par exemple ISF et 35 heures, surfant en avant des médias pour faire tout seul l’actualité. Ni le somnifère ni le prozac ne sont de bons moyens de gouverner : la droite n’aurait-elle rien à proposer de plus équilibré ? Ni Chirac, ni Sarkozy, où sera le nouveau projet de société ? Bruno Le Maire, François Fillon, NKM ? Comme nul ne voit rien venir, certains ont la nostalgie du retour de Sarkozy.

Depuis des années, la gauche est restée hors du gouvernement. Elle n’assume donc qu’avec réticences et couacs répétés les « ajustements » nécessaires des promesses au réalisable, de l’idéal « de gauche » au quotidien concret. Promettant l’emploi pour tous dans quelques mois, elle ne réussit que le chômage pour tous par ses insultes aux créateurs d’entreprise, par sa pression fiscale sur les sociétés et sur « les riches » (de la classe moyenne), par sa posture anti-finance (malgré une réforme bancaire avortée) et son théâtre anti-repreneurs s’ils sont étrangers (Mittal, Taylor…). Après avoir accusé la TVA d’être « de droite », voici que la gauche va l’augmenter, après avoir accusé Sarkozy de « brader » les acquis de retraite, voici que la gauche va les remettre en cause, après avoir vilipendé la semaine de 4 jours, voilà que les syndicats d’enseignants vilipendent l’abolition de la semaine de 4 jours, après avoir juré que « jamais » il ne signerait le pacte de stabilité européen, voilà que le gouvernement de gauche le signe selon la version Sarkozy et les désirs allemands. C’est que la réalité des choses rattrape les grands discours abstraits – dans le même temps que l’individualisme narcissique se fiche du collectif comme de son premier slip. Le « Moi, président de la République, je serai irréprochable » nomme ses copains plutôt que des compétents (Jack Lang, Olivier Schrameck, Ségolène Royal…). Les rodomontades du Montambour (merci Alain Ternier pour cet heureux surnom) sonnent creux devant les nécessités industrielles de Florange, Pétroplus, Goodyear et du journal la Provence. Toujours, c’est le « moi je » qui règne et pas le collectif, plus de salaire au détriment de l’intérêt des élèves, plus de copains confort qui ne feront pas de vagues, plus de célébrité auprès de syndicats et de la gauche radicale.

La gauche délaisse alors l’économie où elle ne peut rien – que surveiller et punir (ce qui aggrave la crise) pour faire diversion dans le libéralisme… sociétal. Il répond au narcissisme moi-je d’époque et devrait faire dévier la ligne raisonnable de François Hollande en radicalisme anarchiste à la Beppe Grillo. C’est la vraie tentation de la gauche que de reconstituer du clivage en ce sens. En manipulant le politiquement correct, mariage gai, mères porteuses, droit de vote aux étrangers, toutes les revendications minoritaires deviennent des « droits » pour répondre au prurit d’égalité sans limites. Même les casseurs et autres agresseurs condamnés par la justice deviennent légitimes… s’ils sont syndicalistes ! Le gouvernement de gauche leur reconnaît une égalité supérieure aux citoyens ordinaires : ils peuvent impunément tabasser, casser, séquestrer, sans être condamnés pour autant. Il s’agit de « luttes sociales », donc permises. Un conseil aux maris jaloux ou autres vengeurs : prenez votre carte de la CGT, entraînez votre ennemi dans une manif et foutez lui sur la gueule : vous resterez impunis.

Mais les ouvriers déclinent, mondialisation et productivité obligent. Ceux qui restent délaissent la gauche, surtout le parti socialiste, au profit des fronts, d’ailleurs plus le national que le « de gauche ». Le socialisme perd alors son prétexte social pour changer de clients. Vive l’immigré et le bobo urbain ! Donnons le droit de vote aux étrangers, abolissons les genres, permettons toutes les provocations individualistes-narcissiques. Là est l’avenir puisque là serait « le progrès », induit par le mouvement social qui va sans but.

couple erotique

Le pire vient probablement d’avoir lieu avec le roman Iacub où culture s’abrège en cul tout court. Nous avons là le meilleur exemple de l’amoralité bobo de gauche : l’individualisme absolu, le narcissisme du désir exacerbé, l’aboutissement du libertaire revendiqué depuis Fourier en passant par mai 68. Entre adultes consentants, tout est permis s’il n’y a ni torture ni meurtre ; le désir violent d’être violée peut même se concevoir dans une démarche de jouissance jusqu’au bout (et très vit). On peut même rire de cette lutte pour la domination entre bourgeois cosmopolites mâle et femelle. Mais où serait l’information si le naming répété dans les médias ne constituait les ragots croustillants ? Où serait la « littérature » s’il ne s’agissait de la marque déposée DSK, « ex-Directeur du FMI, ex-candidat à la présidence de la République, ex-figure de la gauche socialiste » ? Le niveau s’abaisse au caniveau. Nul ne peut croire qu’on cherche la « sainteté » en devenant pute à « cochon ». A moins qu’il ne s’agisse de victimiser le prédateur pour renverser l’opinion ? Les victimes apitoient toujours… alors qu’un procès en prostitution a bientôt lieu à Lille.

Voilà de quoi renforcer à la fois le Front national et les islamistes ou cathos intégristes. Voilà de quoi séparer un peu plus le peuple et les élites, la classe moyenne familiale laborieuse et l’hyper-classe supérieure individualiste et riche. Comme à Athènes au IVème siècle : comme quoi le « progrès du mouvement social » est une idéologie qui n’a aucune consistance historique…

D’où mon pronostic (pas mon souhait) :

  • Les classes moyenne et populaire vont volontiers voter de plus en plus à droite (comme chez les Républicains américains) – tant mieux si la droite sait récupérer le raisonnable, l’Etat protecteur sans entraver l’initiative, le moindre gaspillage des deniers publics. Sinon ce sera le Front national qui va grossir.
  • La classe des élites mondialisée et des petits intellos « révolutionnaires » va voter de plus en plus à gauche, surfant sur l’individualisme narcissique – en cherchant à racoler les antisystème, immigrés, étrangers, gais-bi-trans-lesbiens, artistes, écolos, fonctionnaires et autres clients captifs de l’État-prébendes. Tant mieux si le hollandisme ne déçoit pas trop. Sinon les troupes pourraient bien conforter le PDG de Mélenchon, qui se verrait volontiers en Saint-Just appelant aux armes contre les riches et aux frontières contre Bruxelles.

La France pourrait connaître une évolution à l’américaine, avec une droite de plus en plus à droite mais refuge du collectif national, et une gauche de plus en plus anarchiste-bobo, exaspérée de tout est permis. Ce qui promet de prochaines élections intéressantes…

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François Hollande n’est pas social-démocrate

François Hollande se voudrait « social-démocrate » – mais il ne le peut pas. Parce que la recherche d’un consensus politique entre l’État, le patronat et les salariés nécessite ces relais dans la société que sont les corps intermédiaires, éradiqués en France par la philosophie de la Volonté générale et l’unanimisme historique créé par l’État rationaliste. Les syndicats aujourd’hui sont très peu représentatifs, donc très radicaux ; quand ils sont plus modérés, ils ne représentent quasiment que la fonction publique. Pas de social-démocratie sans relais dans la société.

Une comparaison avec le voisin immédiat anglais, qui a cofondé avec nous le parlementarisme, est éclairante. La sortie de la féodalité a été différente, ce qui a conduit à un État diffèrent. La féodalité est un mode d’organisation politique et social qui fait de la Force le Droit. Les relations sont hiérarchiques et entraînent le ralliement de clans au féal. Très efficace en période de guerre civile de tous contre tous, ce regroupement de bandes armées ne permettent pas l’établissement de relations « modernes » de confiance, de règles et d’échanges qui, seules, permettent l’essor de la science, du commerce et des régimes représentatifs. En Angleterre, la sortie de la féodalité s’est faite progressivement et en douceur depuis 1215. A cette date, le Roi se voit obligé de signer la Grande Charte qui limite son absolutisme et crée l’embryon d’un gouvernement représentatif. A l’inverse, la France attend le 17ème siècle pour mettre au pas les Grands, au prix d’un absolutisme royal devenu par étape absolu (Henri IV, Louis XIII avec Richelieu et, apogée, Louis XIV). La Révolution n’a fait que prendre la place du roi, en détruisant tout et sans rétablir la société civile (les syndicats n’ont été autorisés qu’en 1884 et les associations qu’en 1901).

L’État anglais est devenu le sommet régulateur d’une hiérarchie de corps intermédiaires sur lesquels il peut s’appuyer pour gouverner. L’État français s’est trouvé le seul créateur du lien social dans une société radicale qui avait tout aboli. L’Exécutif (avec son Administration, rouage destiné seulement à « fonctionner ») est considéré comme le petit bras du Législatif, seul légitime, exécuteur de la « volonté générale » exprimée dans la rue et par le suffrage. Vous avez juridiquement tort parce que vous êtes politiquement minoritaire.

La différence ? En France la monarchie absolue se veut rationaliste, la liberté ne résulte que de la conformité au modèle « naturel » de l’État fondé en Raison ; en Angleterre, les contrepouvoirs à l’État central sont construits par la représentation et la négociation. En France, le droit est d’évidence, figé par les élites partisanes interprètes du Vrai et du Bien ; en Angleterre, il est élaboré par la coutume, débattu, sans cesse remis sur l’ouvrage.

Dieu Johann Sfar Le chat du rabbin

François Hollande pourrait se vouloir « social-libéral » – mais il ne le peut pas. Antiautoritaire et cherchant à impliquer les citoyens dans les décisions, cherchant comme Camus à concilier liberté et égalité au travers des régulations et par l’éducation des individus, le social-libéral est sensible aux gens et en faveur des libertés. Impossible pour Hollande : il a été élu avec les voix « de gauche » qui font du « libéralisme » le bouc émissaire commode de tout ce qui ne va pas selon leurs vœux, à commencer par la jalousie envers ceux qui réussissent, la méfiance envers toute régulation qui ne passe pas par l’État, et le ressentiment envers la mondialisation qui menace le « modèle ».

L’individualisme moderne est né de la philosophie grecque, du droit romain et de la transcendance chrétienne. Il a été poussé par l’essor des échanges, assuré par une nouvelle classe de commerçants et artisans regroupés en villes. Il s’est trouvé favorisé pour raisons politiques antiféodales par le pouvoir central avec l’octroi de franchises et « libertés ». Ce mouvement a eu lieu dès le 17ème siècle au Royaume-Uni où l’accès aux métiers artisanaux et aux industries s’est très vite ouvert, les corporations ne survivant que peu à la dissolution de la féodalité. Rien de tel en France, où il a fallu attendre 1789 et sa fameuse Nuit du 4 août pour que les privilèges soient abolis d’un trait, et 1791 pour que les corporations se voient interdites. Auparavant, la société française est restée figée en société d’ordres, tropisme qui court toujours dans les profondeurs sociales et qui renaît à chaque occasion, faute d’alternative.

Or, malgré le discours ambiant, les individus sont désormais plus libéraux. Ils sont « laïques » par rapport aux églises mais aussi par rapport à l’État représenté par le prof, l’adjudant, le policier, le psy et le technocrate. 1968 a opéré cette rupture, aussi brutale que le fut 1789 (d’où l’ampleur des « événements » en France, comparée aux autres pays). La révolte de Notre-Dame des Landes est équivalente au Larzac des années 70, elle représente le surgissement emblématique de la société civile dans les rouages conventionnels des élus, fonctionnaires et autres spécialistes. Le gouvernement Ayrault n’est pas prêt à l’accepter.

Livres anciens

Qu’est donc François Hollande ? Un homme qui fait ce qu’il croit pouvoir, non sans regarder à droite et à gauche, à petits pas, avec beaucoup de précautions. Il ne peut être au fond que « social-étatiste », tradition bien française qui veut que l’État incarne l’intérêt général à lui tout seul, forcément omniscient, forcément fondé en Raison, naturellement bon et bienveillant. Le substitut de Dieu sur la terre pour les laïcs progressistes. Comment, dès lors, penser l’intérêt général comme il est « normal » ailleurs ? En Angleterre, en Allemagne, en Suisse, en Scandinavie ou même en Italie, l’intérêt général est  un  compromis entre les intérêts particuliers de la société. Pas en France.

L’État français est politique, l’État anglais ou allemand sont juridiques, voilà l’écart essentiel. La Raison universelle est unanime car « évidente », « naturelle ». Elle n’a pas à être délibérée ni argumentée : il n’y a pas deux solutions à un problème de géométrie. Dès lors, pourquoi protéger les libertés et bâtir des contrepouvoirs ? La Révolution française a réalisé l’établissement du droit et le suffrage universel dans une société encore immature. Le despotisme éclairé de l’État rationnel s’est donc institué très vite, dès Bonaparte, contre l’anarchie des incapables.

Technocrates issus de l’ENA et apparatchiks secrétés par les partis se veulent désormais « instituteurs du social » (Pierre Rosanvallon) : ils approprient les biens rares (les télécoms dès le télégraphe Chappe de 1794 jusqu’aux nationalisations de 1982 et la loi Hadopi) ; ils ont l’obsession scolaire de former des citoyens formatés à la vie collective (éducation nationale) et pas des individus aptes à juger par eux-mêmes (instruction publique) ; ils « instaurent l’imaginaire » avec établissements culturels, achats d’œuvres d’art contemporain sur comités de fonctionnaires et fêtes d’État ; ils pratiquent l’hygiénisme au 19ème, le Plan dans les années 1950, l’urbanisme dans les années 1960, le « travail social » dans les années 1970, enfin la morale socialiste anti-riches, anti-putes et pro-minorités bobo de 2012…

La Raison dans l’État tolère mal la représentation. Le Parlement est peu considéré, les syndicats peu représentatifs, les associations tardivement reconnues. L’État unanimiste de la « volonté générale » veut un citoyen toujours mobilisé (d’où le long attrait pour l’URSS puis pour Cuba, puis pour Mao et Pol Pot), farouchement jaloux d’égalité, collectiviste par mépris des « intérêts » considérés comme égoïstes des individus et des entreprises. Pour Rousseau, il s’agit carrément de « changer la nature humaine » (Du contrat social). Créer un Homme nouveau, disait Lénine…

« Le bonapartisme [étant] la quintessence de la culture politique française », selon le mot de Pierre Rosanvallon, François Hollande voudrait bien sortir du culte de l’État rationnel propre à son parti, mais il ne le peut guère. La dernière négociation avec les partenaires sociaux était plutôt réussie – mais pas sans la menace d’une loi-balai étatique en cas d’échec (et la résistance de la gauche du PS au Parlement). Pour le reste, l’aéroport Notre-Dame des Landes, le nucléaire, le mariage gay, la procréation assistée pour tous, Hollande reste loin de ce renouveau démocratique qu’appelle par exemple Rosanvallon (qui a beaucoup étudié le sujet) dans ses ouvrages. Le credo du PS demeure d’imposer une loi sur tous sujets sans laisser aller au bout débat ou négociation entre partenaires sociaux ou groupes de la société civile – tout en poursuivant la mise en scène de l’unité du peuple (contre les boucs émissaires commodes que sont « les riches », les cathos, les patrons, les écolos, les exilés fiscaux et ainsi de suite).

Quand on ne peut rien pour l’économie, on agite les symboles. Cliver pour communiquer, n’était-ce pas ce que « la gauche » avait reproché à Sarkozy ?

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Françoise Chandernagor, L’enfant des Lumières

Françoise Chandernagor, juriste et grand serviteur de l’État, écrit ici son anti-‘Émile’. Rousseau l’abstrait, qui a pontifié un traité d’éducation alors qu’il n’a jamais élevé le moindre enfant (mais a mis tous les siens aux Enfants-trouvés) n’est pas un bon guide. Mais c’est toute une société – la nôtre – qui est passée au crible de la critique. L’auteur nous entraîne en effet dans l’histoire de la Révolution, la philosophie des Lumières, la corruption sociale des élites, l’éducation des enfants. Tout ce qui fait sens à la société française d’aujourd’hui. Écrit en 2006, c’est bien la France de Chirac qui est en ligne de mire.

Deux décennies avant 1789, la France royale se trouve dans les mains d’un roi fainéant et de financiers qui ont l’art de détourner l’argent public dans des poches privées. Le ministère de Monsieur Necker est édifiant : « pas de réformes (…), pas d’impôts, pas d’efforts, pas de vagues, pas de larmes – de l’emprunt ! » p.383. La démagogie bat son plein pour conforter la rente au détriment de l’entreprendre. La fameuse Compagnie des Indes n’égalera jamais son équivalent anglais car la France met à sa tête des politiciens et non des capitaines d’industrie. Tout ce qui compte est de paraître et de renforcer son statut en s’enrichissant sur le dos des actionnaires – de par le bon vouloir du Roi. On croirait lire l’histoire d’EADS sous Chirac et Villepin, avec l’ineffable Monsieur Gergorin.

En cause la philosophie des Lumières qui préfère les grands mots aux vraies actions. Tout n’est que Morale, Vertu, Progrès, tout n’est que majuscules. Dans la réalité, les coiffures d’un mètre de haut avec vase incorporé et les faux-culs de plus en plus amples des robes à la mode, masquent la décadence des mœurs. Tout le monde couche avec tout le monde, au su de tout le monde. Et ça jacasse dans les salons. L’économie va comme elle peut, le paysan n’ayant qu’une idée : frauder le seigneur sur les grains et faire contrebande du sel entre baillages à fiscalité différente. Le chacun pour soi monte, monte… « Où, dans ce siècle, voyez-vous le progrès ? Déclin de l’honneur privé, dédain des vertus publiques, exténuation de la langue, affadissement de la sensibilité… Sans parler du triomphe de l’agiotage ! » p.567.

Ceux qui sont trop naïfs pour croire que l’honneur et la fidélité conduisent les affaires sont ruinés. C’est le cas du mari de la comtesse de Breyves, acculé à la faillite personnelle et qui se pend de désespoir. Ce monde de requins n’est décidément pas fait pour lui. « Étrange société que celle où la censure s’oppose aux pièces de Beaumarchais, mais où la Reine elle-même joue devant la cour l’auteur censuré ! Sous prétexte de grâce, de subtilité, le siècle s’écartèle, se dédouble, s’oublie jusqu’à la folie. Insensée, l’élite (…) prétend être (…) conservatrice avec les conservateurs, et frondeuse avec les frondeurs » p.394. Les aristos d’hier ressemblent tant aux bobos d’aujourd’hui !

La comtesse, née bourgeoise enrichie dans le commerce triangulaire et le sucre des colonies, ne fait ni une ni deux : elle s’exile à la campagne dans le seul bien propre qui lui reste, la Commanderie. Ce vaste manoir est situé aux lisières de l’Auvergne, dans la Marche, et est propice à la culture. Elle s’y établit avec Alexis, son unique fils de sept ans, déjà déluré et habile au commerce. N’a-t-il pas appris le bonneteau auprès des malandrins du Pont-Neuf, y compris l’art de perdre au début pour gagner gros ensuite ?

Mais la Cour et ses médisances, la philosophie qui trotte après Voltaire, l’indigence des élites obsédées de sexe et de fêtes, les Parisiens exacerbés de sensiblerie et capables d’une cruauté sans égale quand elle est collective, ne sont décidément pas un milieu propice à l’éducation d’un enfant. ‘Émile’ est une fumisterie, on n’élève pas les garçons comme Marie-Antoinette ses moutons à rubans roses dans la bergerie de Versailles. La réalité est toute autre : il faut chasser, cultiver, plaider, compter, savoir châtier pour se faire obéir, et établir de saines relations pour se faire aimer. Les parents élèvent toujours leurs enfants pour le monde d’hier, rarement pour celui qui vient…

Madame de Breyves décide de confronter son garçon aux réalités du monde. Il n’est pas chevaleresque comme son père (mais à quoi cela lui a-t-il servi ?), mais plutôt affairiste comme son grand-père. Inutile de tenter de corriger cette tendance, l’éducation n’agit pas contre la nature. Mais il est utile de lui forger un corps robuste, un cœur endurci et un esprit avisé pour qu’il sache s’adapter au nouveau monde qui naît. « Elle lui enseignerait la prudence et l’art des apparences » p.277. Rousseau « le bon apôtre » (p.165) est décidément un mauvais maître – peut-être est-ce pour cela qu’il plaît tant dans les salons ? « Entre Émile et Alexis, il n’y avait d’opposés que le tempérament et le projet… » p.361. Rien de moins. Le garçon est « gai, drôle, gourmand de la vie, gourmand des êtres. Tendre et affectueux par-dessus le marché ! En outre capable de secret, et dépourvu de préjugés… (…) sachez, si vous ne l’avez remarqué, qu’Alexis est insolent, chapardeur, tricheur, cupide et indiscret (…) Alexis est confiant ! Oui, oui, optimiste, indulgent. Deux péchés inexpiables ! » p.332.

Le garçon grandira, excellera, non sans désespérer sa mère parfois lorsqu’elle doit renvoyer Léveillé, valet adolescent qui fait jouir l’enfant à 10 ans en l’embrassant sur le ventre, très bas, ou lorsqu’il se fait renvoyer du collège religieux à 16 ans pour avoir lu Zadig (« de » Voltaire). Mais il l’aime plus que tout et c’est un arrachement de le faire devenir lui-même. Il faut parfois à la comtesse jouer la mère chatte qui crache et griffe ses petits devenus trop grands pour qu’ils se détachent d’elle et s’épanouissent. Pas simple d’élever seule un enfant, surtout un garçon sans modèle paternel.

Ce roman foisonnant est fort réussi, réussissant l’exploit de nous faire aimer l’histoire et la philosophie, la sociologie et l’éducation tout à la fois. Brassant les siècles parce que notre quotidien est né fin XVIIIème – et qu’il est peut-être, comme vers 1780, en train de disparaître dans la futilité, le mépris, le chacun pour soi – et l’agiotage. Un roman philosophe, qui l’eût cru en ce début du deuxième millénaire ?

Françoise Chandernagor, L’enfant des Lumières, 2006, Folio, 691 pages, €8.17

Un autre roman de Françoise Chandernagor chroniqué sur ce blog

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Quelle Europe pour demain ?

Un intéressant article de Franck Lirzin et Philippe Condé, géopoliticiens économistes, est paru en mars sur le site Diploweb. Pour les auteurs, « face à la crise de l’euro, il existe deux grandes grilles de lecture. La première en tire argument pour prôner l’éclatement de la zone euro. La deuxième considère qu’il faut pour la dépasser mettre en œuvre de manière démocratique une Europe plus fédérale afin d’engager une convergence économique et sociale tournée vers la croissance. »

Mais comment faire lorsque les trois principaux pays européens ont des cultures contraires et que leur action politique est guidée par des visions différentes ?

  • Pour les Allemands, l’enjeu est moral : il s’agit de responsabilité des États (et des peuples) sur les conséquences de leurs actes. Chaque pays doit se soumettre aux règles de la collectivité (efforts, rigueur, transparence) pour garantir l’unité et la confiance.
  • Pour les Anglais, l’enjeu est pragmatique : il s’agit d’encourager la mobilité des travailleurs et la redistribution des taxes pour fluidifier l’économie de la zone. Ce qui signifie recul de la souveraineté des États par intégration budgétaire.
  • Pour les Français, l’enjeu est politique : il s’agit d’installer une coordination des politiques budgétaires qui n’existe pas, une centralisation des pouvoirs économiques au niveau communautaire via un ministre des Finances euro et l’achat d’obligations des États par la Banque centrale européenne.

Comment agir dans ce grand écart ? Par alliances. Pour le moment, « la solution retenue est d’inspiration allemande : instauration de règles de vie en commun, pénalisation des pays ‘délinquants’, responsabilisation des gouvernements. L’approche française n’aura survécu que dans l’idée de coordination des politiques budgétaires. Quant aux Britanniques, ils ont quitté la partie. » La raison en est que les Anglais sont très mal en point et doivent se sauver tout seul avant de revenir négocier ; que les Allemands sont en bonne santé et qu’ils affichent légitimement leur vertu, tout en reconnaissant qu’ils ne seraient pas si heureux sans l’Europe ; les Français restent velléitaires et ‘arrogants’ – comme d’habitude – incapables de mettre de l’ordre dans leur État obèse et inefficace, mais plein d’idées pour avancer en commun dont ils ne conçoivent pas qu’elles ne soient pas la ‘raison’.

Morale, pragmatisme, politique… Nous serions tentés d’observer que le dernier terme l’emporte : il s’agit de savoir quel est le projet d’Europe que nous voulons.

  • Le projet anglais reste le splendide isolement îlien, avec un grand marché de libre-échange à sa porte – et le parapluie militaire américain pour le solde.
  • Le projet allemand reste l’hédonisme d’une population repue et vieillissante qui préfère s’occuper de ses petites affaires que d’exister dans le monde (ils ont déjà donné…).
  • Le projet français reste au pire celui de Charlemagne et de Napoléon, au mieux la mission civilisatrice des Lumières (prolongée un temps par le marxisme), notre fameux « modèle français » trop centralisateur et autoritaire pour qu’aucun de ses partenaires n’en veuille… vu son échec.

Reste que la France, si elle laisse de côté son jacobinisme botté (à droite) sûr de lui-même et dominateur (à gauche), peut tenir une voie juste qui n’est pas une voie moyenne. Dire aux Allemands que notre destin est commun et que les économies se complètent (85% des exportations allemandes se font en UE) ; dire aux Anglais que l’intégration est nécessaire mais pas sur tout les détails, en fonction de la subsidiarité, et qu’il faut avancer les débats démocratiques.

La voie historique sur l’exemple du Zollverein (1828), un temps favorite de la France, n’est pas d’actualité : personne n’en veut. Il s’agissait moins de créer la prospérité allemande que de forger une entité politique panallemande pour accéder au rang de première puissance industrielle. La voie Hollande, qui consiste à prôner des « cercles » concentriques entre pays unis, pays de droit commun et pays de libre-échange n’est pas incompatible avec cette vision. Mais elle nécessite de s’entendre a minima avec les Allemands… ce qui est mal parti lorsque seul le SPD y est favorable.

Les auteurs prônent une autre voie, assez séduisante. « Demander à des pays de suivre des règles de vie communes n’a de sens que si l’on esquisse également une solidarité par laquelle les pays s’entraident pour parvenir à des niveaux technologiques équivalents, pour nouer des partenariats commerciaux et pour faciliter la mobilité des citoyens européens. Le pacte de discipline budgétaire ne fonctionnera qu’adossé à une volonté de faire de la zone euro un espace politique, sous la forme d’une fédération. »

Ce qui signifie volonté des élites et offre de démocratie plus réelle au peuple. Les auteurs ne vont pas plus loin, moi si. Ce serait par exemple élire des députés européens hors nations, sur la base de partis européens. Ils seraient réunis dans un Parlement élu le même jour dans tous les pays de l’Union, dans les mêmes conditions. Ce Parlement aurait alors un pouvoir de lever ses propres impôts pour établir un budget global, orienté vers les investissements directs dans la zone. Cela ne supprimerait pas les États, ni les régions, mais donnerait une tête et un bras à ce concept flou d’Union européenne. Il faudrait évidemment que l’élargissement sans fin s’arrête, et qu’on dise une bonne fois que cette politique supranationale est désormais « entre nous ». Car comment faire accepter l’impôt, si on ne sait pas où il va ?

http://www.diploweb.com/Vers-une-Federation-europeenne.html Mars 2012-Condé-Lirzin/Diploweb.com

Patrick Artus, La relation Allemagne/reste de la zone euro semblable à la relation Chine/Etats-Unis, mars 2012

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Mohammed, notre Breivic national

« Anders n’est pas fou, seulement paranoïaque. Sa logique glacée vient du sentiment d’être cerné, personnellement sans amour, socialement noyé, culturellement métissé. C’est un activiste du choc des civilisations à la Huntington, proche en pensée de la droite israélienne et des Nachis de Poutine. Behring n’est pas fasciste, il ne croit pas aux mouvements de masse ni aux partis autoritaires bottés sous le charme d’un gourou charismatique. Il est hyperindividualiste, ne croyant qu’en lui-même et aux actes personnels, proche en cela des ultraconservateurs américains, libertariens adeptes des milices armées civiles. Ce pourquoi les bobos intellos du Nouveau Snob se trompent, trop bardés de tabous politiquement corrects pour comprendre la différence entre extrême droite et anarchisme. »

Ainsi écrivis-je en juillet 2011 sur « le monstre » de Norvège. Il me suffit de répéter ce texte pour l’appliquer tel quel à Mohammed Merah. Islamisme et anarchisme hyperindividualiste se confondent lorsqu’il s’agit de passer à l’acte pour éradiquer « tous les aliens ». Et les bonobos de gauche (bourgeois NouvelObs bohêmes) qui accusaient déjà l’extrême-droite s’en mordent les doigts. C’est que le politiquement correct pavlovien n’explique rien, il dissimule. On ne veut pas voir…

Oui, l’islam, comme toutes les religions (y compris la communiste), suscite son propre intégrisme.

Mais il ne faut pas confondre l’islam avec l’islamisme, ni la politique d’Israël à Gaza avec le judaïsme, ni le christianisme avec l’Inquisition, ni la philosophie de Marx avec la Tcheka créée par Trotski, les camps par Lénine et les massacres de masse par Staline, Mao et Pol Pot. Mohammed a assassiné une fillette de sept ans en l’attrapant par les cheveux avant de lui loger une balle dans la tête. Le prophète Mohammed ? Non pas, mais d’un croyant qui porte ce beau nom pour en salir la mémoire. On peut très bien analyser, juger et condamner les massacreurs sans manquer de « respect » à une religion, quelle qu’elle soit. Et la gauche à la mode ne se trouve pas grandie des commentaires vains qu’elle a sur ces événements.

  • Sarkozy a été dans son rôle de président, il a réendossé la fonction, ce qui lui manquait souvent durant son quinquennat. La droite peut se féliciter de l’efficacité de la police, que la polémique inepte sur les lacunes du « renseignement » ne saurait diminuer. Faudrait-il emprisonner, fliquer, déchoir de leur nationalité, expulser… tous les jeunes tentés par un séjour dans un camp islamiste ou autre ? Allons donc ! Nous devons rester un État de droit.
  • Hollande a été digne et discret, faisant ce qu’il fallait faire, sans récupération ni accusations.
  • Bayrou a été nul : retombant dans ses travers de moraliste catho-pétainiste, il ne peut pas s’en empêcher.
  • Le Pen fille a été mauvaise, dans tous les sens du mot, appelant à la retenue lorsque la piste de l’extrême-droite a été évoquée, tirant à boulets rouges quand l’information a révélé l’islamisme de petit délinquant de banlieue (tout ce qu’elle « aime »).
  • Mélenchon a eu raison de dire que la vie continue malgré tout, mais déconsidéré de refuser de participer à ce qu’il voit comme un cirque alors qu’il s’agit d’un rare moment de réunion nationale ; son affirmation très légère selon laquelle « l’immigration n’est pas un problème » en sort ridiculisée : ce n’est certes pas le flux en soi des gens qui est problème, mais leur intégration s’ils veulent rester et leur volonté d’être comme les autres Français s’ils sont fils ou petit-fils d’immigrés…
  • Quant aux écolos, la Duflot a montré son inanité une fois de plus en accusant Sarkozy d’effrayer les enfants ! Caroline Eliacheff a très bien remise à sa place sur France-Culture l’égérie verte à tête de linotte en déclarant que les enfants savent bien que les adultes sont bouleversés, que ce n’est donc pas les « protéger » que de nier cette réalité là, que dire que cela aurait pu arriver à n’importe qui, dans n’importe quelle école, donc à eux aussi, c’est renforcer le sentiment d’appartenance, de solidarité, c’est ne pas distinguer une école confessionnelle (juive) des autres écoles de France…

Car de quoi cette affaire est-elle le nom ?

Du tabou : de la croyance de gauche en ces opprimés palestiniens ou afghans (bien réels) comme néo-prolétaires de la mondialisation (ce qui reste à démontrer), donc vecteurs du progrès de l’Histoire (n’ayons jamais peur des grands mots). Donc tout ce qui est connoté islamisme, anti-israélien, anti-impérialiste est « bon » ; tout ce qui vient de là ne peut qu’être « dans le sens » de l’histoire. Les mauvais sont les fascistes, les extrêmes de la droite – jamais de la gauche. Ce sont ces lunettes roses qui valent de ne pas comprendre.

Car de qui s’agit-il ?

D’un Français, né à Toulouse, dans une banlieue modeste mais pas misérable. D’un petit délinquant mal scolarisé, sans père, enfermé dans un ghetto de « potes ». D’un être de ressentiment, qui en veut à la France de ne pas avoir réussi à l’intégrer, ni à l’école, ni dans l’armée, ni dans la société.

Il s’agit donc (à ce stade des informations) d’un de nos « fils », de nos « frères », qui a dérapé dans la croyance – ni plus, ni moins que les activistes trotskistes ou maoïstes d’Action directe, ou les « nationalistes » basques de sa propre région. Il ne s’agit ni d’un fou (terme commode par lequel on évacue toute analyse), ni d’un révolutionnaire (d’un quelconque projet politique), ni d’un « étranger », allogène, d’origine, mouton noir dans un troupeau blanc. Il s’agit d’un Français né en France, élevé en France, qui a été mal intégré par sa propre société. Il a donc cherché ailleurs, dans une secte violente, un idéal pour exister. Son rattachement islamiste est reconstruit, il ne lui est ni congénital, ni familial, ni algérien.

La question est donc celle d’un échec de notre « modèle social français ».

Modèle qui fait eau de toutes parts, de la faute des élites comme des politiciens (pour éviter le terme « hommes » politiques qui déplaît tellement aux femmes féministes politiquement correctes). A croire l’Arabe néo-prolétaire à « sauver » dans l’histoire, à taper sur « l’identité nationale » en l’accusant de tous les rejets et de tous les colonialismes, en promouvant la repentance pour le n’importe quoi (la loi contre la « négation » des crimes contre les Arméniens étant la dernière invention), en ne proposant RIEN de positif autre que cette soupe tiède du « multiculturel » où personne ne se reconnaît (sauf les futiles bobos assez riches pour aller dissiper leur vie à s’amuser entre New-York, Marrakech ou les Bahamas) – la France 2012 a permis un Mohammed Merah.

Parce que l’identité n’est pas le rejet, que le melting-pot des cohabitations à l’américaine n’est pas un modèle enviable, ni qui correspond à notre histoire de France. Parce que les Lumières libèrent, elles n’assignent pas les gens à leur essence. La liberté des diverses religions et croyances n’est permise que par la laïcité. L’égalité devant la loi donne à chacun le droit de faire, de croire et de dire tout ce qui ne pas contre la vie de la cité. Ce vivre ensemble, en bonne entente, est la fraternité. Avec Mohammed, la France d’aujourd’hui connaît donc un triple échec, fait de nos démissions :

  1. Démission sur la laïcité qui seule permet la liberté, en feignant de croire qu’il serait des religions ou des « communautés » plus respectables que d’autres ; que la viande halal peut être imposée à tous en catimini, sans traçabilité ; qu’on pourrait se voiler le visage sans conséquences sur les relations sociales ; qu’il faut voiler Voltaire sur les façades du Louvre…

2. Démission sur l’égalité en exigeant d’interdire par la loi toutes les déviances d’analyse et de discours sur l’esclavage arabe, l’histoire juive, le génocide arménien, la place des femmes, des gais, des handicapés… En laissant les « appartenances » fleurir dans le joyeux festif du multiculturel où le tag est équivalent à la Joconde ou l’éructation ado sur trois accords égal aux Beatles. En refusant d’accomplir la culture des Lumières, qui vise à « libérer » les individus de ces appartenances automatiques que sont la biologie, la famille, le clan, la bande, la mode, l’idéologie, la croyance.

3. Démission sur la fraternité en faisant de Mohammed Merah un faux français, tout de suite qualifié « d’origine », algérienne, musulmane, alors que ni l’école, ni les associations, ni la société, ne lui ont offert un destin.

Les tueries de Toulouse sont donc un symptôme de notre société française.

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Joseph Fouché, Mémoires

« Ce fut un politique, et l’un des plus grands », déclare Edwy Plenel de Fouché. Journaliste de gauche, formé aux méthodes d’investigation américaines, il présente cette édition avec délectation. Fouché, comte d’Empire, duc d’Otrante, ministre de la Police après la Révolution, « dit la vérité de la politique moderne ». A savoir, selon Stefan Zweig, qu’elle est un métier de « joueur professionnel ». Mais Fouché avait un principe unique pour guider son action : la préservation de l’État hérité de la Révolution.

Pour cela, « accompagner l’événement plutôt que de l’infléchir », « rester dans le jeu quitte à en changer les règles, se maintenir au pouvoir quoi qu’il en coûte », affirme Edwy Plenel. Du parfait Jacques Chirac, resté longtemps à l’école de François Mitterrand. François II Hollande serait un peu comme ça et Nicolas II aimerait bien rééditer le succès de Nicolas 1er Sarkozy. « Tout changer pour que rien ne change », disait Alain Delon-Tancrède dans Le Guépard’ de Visconti, d’après le roman de Lampedusa

« Nul ne fut sans doute plus haï, détesté et caricaturé, après sa mort », écrit Plenel, « Fouché dérangeait le siècle qu’il vit naître et qu’il avait pourtant, plus que d’autres, anticipé ». Il était athée, opportuniste, vil serviteur, flic… tout ce qu’affecte de détester la gauche et qui, pourtant y sacrifie si volontiers ! Souvenez-vous de Staline et de ses compagnons de route intellos des cafés enfumés de Saint-Germain des Prés. Plus près de nous, de ces maos qui fleurirent en 1968, prosternés devant le Génial Grand Dirigeant, instituteur promu qui avait le don d’enfoncer les portes ouvertes. Y aurait-il un divorce entre la posture morale des gens de gauche et la réalité de leurs actes ?

Justement, nous apprend Joseph Fouché, aucune morale n’existe en politique, seulement le succès. La cynique réalité l’emporte sur les bons sentiments, si l’on veut survivre. La gauche (française, d’aujourd’hui) reste pour cela handicapée, drapée dans sa Morale de principe au lieu d’écouter le pragmatisme du peuple, agissant plus par ressentiment que par raison, incapable de négocier avec nos partenaires européens alors que ce cadre est le seul qui permette encore d’exister au niveau mondial. Les gens de gauche devraient lire Fouché, les gens de droite le pratiquent sans le savoir, connaissant déjà Machiavel.

« Le lecteur pourra y lire ce que d’ordinaire un politique professionnel n’avoue pas, à savoir que le seul critère de réussite est la durée au pouvoir et non la fermeté des convictions, que l’indifférence aux autres et la fidélité à soi sont les garanties du succès, que mener deux politiques de front et choisir celle qui triomphe est le b a ba du métier… » Si c’est Edwy Plenel qui le dit… Il décalque seulement Fouché : « Telle doit être, en effet, la maxime de l’homme d’État ; le passé ne devrait jamais être à ses yeux que de l’Histoire : tout est renfermé dans le présent » p.225.

« J’étais d’ailleurs moralement ce qu’était le siècle », déclare Fouché dès les premières pages, « avec l’avantage de n’avoir été tel ni par imitation, ni par engouement, mais par méditation et par caractère » p.10. Destiné dans sa jeunesse à la navigation, Joseph Fouché n’est surtout pas fanatique à la Robespierre ! Il lui tire le portrait en pied : « être envieux, haineux, vindicatif, ne pouvant se désaltérer du sang de ses collègues et qui, par son aptitude, sa tenue, la suite de ses idées et l’opiniâtreté de son caractère, s’élevait souvent au niveau des circonstances les plus terribles » p.14. Staline imitera Robespierre, tout comme Mao, précipitant leurs pays dans des décennies de marasme et de terreur. Mélenchon suivrait bien Robespierre… Fouché, lui, est plus réaliste : « Quand on a le pouvoir, toute l’habileté consiste à maintenir le régime conservateur. Toute autre théorie, à l’issue d’une révolution, n’est que niaiserie ou hypocrisie impudente » p.23. Le rôle des gouvernants ? « Réglez l’activité brûlante de vos concitoyens afin qu’elle soit féconde… Qu’ils sachent bien que l’énergie n’est pas le délire et qu’être libre ce n’est pas être indépendant pour faire le mal » p.31.

Si le contrôle policier est indispensable à tout gouvernement, ce n’est « ni avec des écritures, ni avec des rapports qu’on faisait de la haute police ; qu’il y avait des moyens plus efficaces ; par exemple, que le ministre lui-même devait se mettre en contact avec les hommes marquants et influents de toutes les opinions, de toutes les doctrines, de toutes les classes supérieures de la société. Ce système m’a toujours réussi… » p.43. Fouché fut chargé de mission sous la Révolution, ministre de la police sous le Directoire puis l’Empire, chef du gouvernement provisoire après Waterloo, encore ministre sous Louis XVIII avant de s’exiler en Autriche en 1816. « J’avais jugé Bonaparte seul capable d’effectuer les réformes politiques impérieusement commandées par nos mœurs, nos vices, nos écarts, nos excès, nos revers et nos funestes divisions », dit-il p.60. Quel pourrait être ce président analogue dont la France aujourd’hui a besoin, selon les mêmes réformes impérieuses ?

Avec cette tempérance : « la raison et la tolérance que j’ai toujours cru très compatibles avec la politique d’un gouvernement assez fort pour être juste » p.80. Car Bonaparte devint vite Napoléon, avec ce despotisme des camps militaires qui croit décisive sa seule volonté. « Je le fatiguai moi-même en ne cessant de lui dire que, lorsque les gouvernements ne sont pas justes, leur prospérité n’est que passagère » p.116. Ce que personne n’ose dire à Sarkozy, peut-être – ni peut-être non plus aux revanchards de gauche ?

Les peuples européens ne sont toujours pas mûrs, mais c’est pourtant l’Europe que voulait faire Napoléon 1er. Il le déclare lui-même à Joseph Fouché qui le rapporte fidèlement : « Il nous faut un code européen, une cour de Cassation européenne, une même monnaie, les mêmes poids et mesures, les mêmes lois ; il faut que je fasse de tous les peuples de l’Europe le même peuple et de Paris la capitale du monde » p.266. C’était en 1812 et les États tremblent encore d’une Europe ainsi carrée « à la française » ! Que comprend la gauche actuelle à cette crainte-là ? Elle qui veut « imposer » la renégociation des traités juste par bon plaisir, sans tenir compte du rapport de forces des États et de l’intérêt général des peuples de l’Union ? « Conscription, impôts, vexations, privations, sacrifices, voilà (…) ce que nous connaissons du gouvernement de la France ». C’était il y a deux siècles et cela reste d’actualité… La France est un pays guerrier qui veut entraîner les autres en Afghanistan et en Lybie ; la France adore taxer tant et plus ; la France ne sélectionne ses élites que pour en faire des fonctionnaires d’un État obèse qui produit surtout du règlement et du prestige ; tout le reste est rabaissé, méprisé, spolié – à commencer par le travail et l’entreprise.

Il est curieux de constater combien les mentalités changent peu, même avec les siècles… Tous les cinq ans, rituellement, la France réfléchit sur elle-même à l’occasion de l’érection présidentielle. Plus qu’une élection, c’est bien d’une érection dont il s’agit ! Assaut de rodomontades pour refaire le monde et surenchères étatistes qui font rire les autres pays plus démocratiques qu’autocratiques. Ne serait-il pas temps que la France ouvre les yeux sur ce qu’elle est ?

Joseph Fouché, Mémoires, 1824, éditions Arléa 2006, 402 pages, en solde €5.00

 

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Haruki Murakami, Danse, danse, danse

Danse3 est la suite de La course au mouton sauvage’,  avec le même personnage principal et son mystérieux homme-mouton. C’est qu’une existence conforme n’est banale que parce qu’on le veut bien. Le Japon de la fin des années 1980 est en plein boom économique et les sacrifices de la génération d’après-guerre payent enfin : belles voitures, appartements confortables, standing, musique et bars branchés. Nombre de gens sont pris par le système, bons élèves, bons professionnels, bon époux. Ainsi Gotanda, élève dans la même classe au lycée, devenu acteur célèbre : « jeune, beau et compréhensif. Il était grand, mince et doué en sport, et toutes les filles de mon lycée étaient amoureuses de lui au point de s’évanouir en entendant son nom » p.104.

C’était sa « tendance ». « Même si tu recommençais ta vie à zéro, tu referais sans doute exactement la même chose. C’est ça, les tendances. Et une fois passé un certain point, elles deviennent irréversibles. » Alors que faire ? « Danser (…) Continuer à danser tant que tu entendras la musique. (…) Il ne faut pas penser à la signification des choses. Il n’y en a aucune au départ. Si on commence à y réfléchir, les jambes s’arrêtent. (…) Même si tout te paraît stupide, insensé, ne t’en soucie pas. Tu dois continuer à danser en marquant les pas. (…) Et danser du mieux qu’on peut. » p.133 Nous sommes en plein existentialisme : le refus nietzschéen de toutes les croyances consolatrices, le Sisyphe de Camus qui roule éternellement son rocher en métaphore de l’existence, la définition de soi par sa seule action selon Sartre. Danser, c’est suivre le mouvement de la vie en soi-même, être ici et maintenant selon le zen. Haruki Murakami adhère pleinement à cette conception du monde. Même lorsqu’il fait la cuisine, « je la fais avec amour et soigneusement. (…) Si on s’efforce d’aimer ce qu’on fait, on finit par y arriver dans une certaine mesure » p.371.

Le narrateur a 34 ans et est en marge. Il a toujours été à côté du système, depuis l’école caserne jusqu’à la société commerçante. Il est considéré comme « bizarre » parce qu’il ne pense pas comme tout le monde au Japon, parce qu’il n’a pas les réactions attendues de cette société très codifiée. Son ami l’acteur l’envie : « Tu avais l’air de toujours faire ce que tu voulais, tout seul, sans te soucier de ce que les autres pouvaient penser, de leur jugement, tu avais l’air de toujours faire avec facilité uniquement ce que toi-même avais envie de faire » p.210. Il va jusqu’à échanger un temps sa Maserati sans âme pour la banale Subaru des années 80 du narrateur, sans chic mais fonctionnelle et intime. S’il connaît une activité sexuelle régulière, aucune fille n’a envie de faire sa vie avec un être aussi différent. S’il travaille comme un pro, très organisé et ponctuel, il met mal à l’aise son associé ou ses clients. Il est ici et ailleurs, socialisé mais pas impliqué. Ses références sont Kafka et Nabokov, l’absurde du Procès et le décalage de Lolita. Car, s’il est en marge, le narrateur n’est pas marginal. Il y a bien pire que lui !

Notamment cette femme très belle qui « oublie » sa fille de 13 ans dans un hôtel de Sapporo et file à Katmandou pour faire des photos d’art. La fille s’appelle Yuki – Neige en japonais – et le narrateur l’a remarquée au bar de l’hôtel. Comme il retourne à Tokyo, une hôtesse lui confie l’adolescente pour le voyage en avion. Il n’y a rien de sexuel dans cette attirance, ni une paternité en germe. Ces deux êtres, séparés de vingt ans, ont en commun leur sensibilité, heurtée par la société affairiste et matérialiste du Japon des années 80.

Personne ne s’occupe de Yuki, ni sa mère déjantée, ni son père divorcé, ex-écrivain célèbre (et double parodique de Murakami puisqu’il l’appelle de son anagramme : Hiraku Makimura). Elle ne va plus à l’école parce que brimée d’être trop belle, trop riche, trop sensible – inadaptée. Elle n’a aucun ami. Ce pourquoi le narrateur lui fait du bien, rêveur comme elle, prenant la vie comme elle vient. Sa philosophie est résumée ainsi à la mère de la gamine : « Si vous restez attentive, si vous lui montrez que vous êtes liée à elle dans sa vie (…) si vous manifestez votre estime pour elle, (…) elle saura faire son chemin toute seule » p.408. Ainsi faut-il être avec les êtres, notamment avec les enfants. Cela les aide à grandir, sans leur imposer un modèle. Il faut simplement « être juste, et sincère si on peut » p.459.

Mais il y a l’homme-mouton, le passeur de l’entremonde, qui fait le lien entre le narrateur et la réalité parallèle. Qui n’a jamais rêvé d’un tel décalage, où tout pourrait être subtilement différent ? Murakami offre carrément des passerelles : il suffit de passer certains murs, à certaines périodes et en certains lieux, pour disparaître du monde réel. Ainsi de Kiki, ex-copine du précédent roman, retrouvée en pute dans un film avec Gotanda, rencontrée un soir par une organisation de call girls… et disparue depuis sans nom ni adresse. Ainsi de May, retrouvée assassinée nue dans un hôtel, on ne sait pas par qui. Ainsi de June, commandée par téléphone (attention du père de Yuki au narrateur pour qu’il assouvisse ses éventuelles pulsions en-dehors de sa fille…), venue de nulle part et retournée au néant. Il n’y aura pas de July…

Murakami critique impitoyablement la société moderne, occidentalisée et purement affairiste. Celle qui confère aux élites certains privilèges exorbitants… Ceux-ci ne se résument pas à la richesse, bien qu’elle en fasse partie. Être privilégié, c’est appartenir au club restreint de ceux qui sont en connivence au plus haut niveau du pouvoir : politiciens, hommes d’affaires, acteurs, grands artistes. Ceux-là commandent à la police, persuadent des hôteliers antiques de céder leur terrain, vont dans des restaurants chics et conduisent des Maserati parce que cela entre dans « les frais », louent des putes à Hawaï par téléphone depuis Tokyo, sautent dans un avion pour faire quelques photos.

Quant à la masse, elle suit la mode, manipulée par le marketing. Elle encense les chanteurs derniers cris alors que « si tu écoutes la radio une heure entière, tu en entends à peine un de bon » p.170. Elle va uniquement dans les restaurants dont parlent les magazines branchés. Déformée par l’école obligatoire, « un endroit affreux. Des types infects qui prennent de grands airs. Des profs ennuyeux à mourir qui font les arrogants. Pour te dire franchement, je pense que 80% des profs sont des sadiques ou des incapables. (…) Il y a trop de règles absurdes à respecter. C’est un système destiné à écraser l’individu, et ceux qui ont les meilleures notes ne sont que des idiots sans la moindre parcelle d’imagination » p.284.

Il parle du Japon, mais il parle aussi de nous, Murakami. De la difficulté de vivre, de l’imagination, du formatage social. De la nécessité de faire soi-même son existence pour être autre chose qu’un robot.

Haruki Murakami, Danse, danse, danse, 1988, traduit par Corinne Atlan, Points Seuil 2004, 575 pages, €7.60

Les autres romans de Murakami chroniqués sur ce blog.

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