Articles tagués : laser

Les diamants sont éternels de Guy Hamilton

Le dernier film de Sean Connery en James Bond classique (avant le retour en 1983) le montre un peu épaissi, un peu lassé. Il reprend le roman Chaud les glaçons ! de Ian Fleming pour tisser une histoire sur le même canevas que les précédentes, un riche malfrat atteint de démesure, Ernst Stavro Blofeld (Charles Gray), le Numéro 1 de l’organisation criminelle SPECTRE. Il veut dominer le monde comme les autres, mais cette fois en éradiquant les armes atomiques et imposer la paix perpétuelle. A la fin des années soixante, c’était dans l’air du temps, même si le roman est paru en 1956.

Le début est réjouissant : Bond s’introduit dans une clinique de chirurgie esthétique, où Blofeld se fait faire une paire de doubles. Il croit éliminer le Numéro 1, alors qu’il n’élimine qu’un clone. Dans un bain de boue, comme il se doit. A Londres, M (Bernard Lee) le convie auprès du Premier ministre, qui s’inquiète de la disparition de plus en plus grande de diamants d’Afrique du sud, ancienne possession de la couronne, sous domination blanche et membre éminent du Commonwealth. Ces pierres ne réapparaissent pas sur le marché et on soupçonne un stockage pour faire monter les cours et déstabiliser la valeur. Le service secret est donc sollicité pour régler ce problème capitaliste, au prétexte de défense nationale.

Bond se fait donc faire l’identité d’un trafiquant de diamants, Peter Franks, alors en tôle, pour prendre sa place dans le convoyage de pierres depuis Amsterdam. Il ne sait pas (et même le Service l’ignore, un comble !) que Peter Franks vient d’être libéré. Lorsqu’il se présente, à la suite de Bond, c’est une belle bagarre dans un ascenseur antique, qui règle le problème. Tiffany Case (Jill St John), la pin-up quasi nue et bien roulée mais carrément bête qui sert d’intermédiaire ne comprend rien, se rallie au plus fort, se soumet à Bond. Il se fait passer pour le frère de Franks et rapatrie le cadavre aux États-Unis dans un cercueil, avec l’aide de la CIA et de son ami Felix Leiter (Norman Burton).

Pendant ce temps, les deux pédés Kidd et Wint (Bruce Glover et Putter Smith), tueurs du SPECTRE, éliminent les intermédiaires qui pourraient remonter la trace des diamants, depuis l’Afrique du sud jusqu’aux États-Unis. C’est ainsi que Bond se retrouve assommé puis envoyé cramer dans un cercueil au crématorium où Franks a été réduit en cendres, les diamants que son corps contenait récupérés. Mais il est sauvé in extremis par le propriétaire du crématorium car les diamants récupérés par le duo de tantes sont faux. Bond donne l’adresse de son hôtel où, dans son casino, officie l’humoriste triste Shady Tree, lié au gang du crematorium. Les deux tueurs l’éliminent. Aux tables de jeu, où il traîne toujours comme par hasard, tout en gagnant bien sa vie, Bond est entrepris par une sangsue parasite au nom amusant en français, Abondance Delaqueue mais Plenty O’Toole en anglais (Lana Wood). Elle suit le fric et baise pour cela. L’occasion de la voir seins nus, comme il se doit. Ils se font agresser dans la chambre, et la fille est jetée par la fenêtre du quatrième étage. Elle tombe… dans la piscine, où elle s’ébat en simple petite culotte transparente. C’étaient les années 70 et l’érotisme macho qui va avec, au fond plutôt ironique et agréable à regarder.

Cette agression a été commandée par Tiffany, qui voulait se retrouver seule avec Bond dans son lit. Concurrence de femelles. Elle récupère les diamants et les cache dans une peluche tirée avec succès à la fête foraine, devant les gamins émerveillés. Comme les hommes de la CIA la file, elle prend la fuite. Bond la retrouve chez elle, où le corps noyé d’Abondance flotte dans sa piscine ; elle a été éliminée par les hommes de Willard Whyte, un magnat de l’industrie qui est à la tête du trafic de diamants. Mais pas pour la spéculation, ni par avarice, seulement pour la recherche en laser. D’ailleurs, Willard Whyte n’est pas lui-même, mais Blofeld qui déguise sa voix au téléphone et qui a enfermé le magnat dans sa résidence d’été.

En suivant la piste de la peluche, d’un casier de consigne à une camionnette Ford qui prend la route du désert, Bond aboutit au laboratoire Tectronics, une société de Willard Whyte qui joue son Elon Musk avec cinquante ans d’avance. Bond s’introduit dans la place et constate qu’un certain professeur irascible utilise les diamants pour la mise au point d’un laser spatial, en phase finale de réalisation. Repéré, alerte donnée, il s’enfuit dans un module lunaire du site, semant les grosses bagnoles yankees inaptes au désert, comme les motos à trois roues tout-terrain. Il rejoint Tiffany dans sa Ford Mustang Mach 1 rouge vif (pas très discret pour un agent secret) et sème aussi, dans la séquence habituelle d’une course poursuite, les bagnoles de flics de Las Vegas, à la main de Whyte, lancées à sa poursuite.

Il faut à Bond atteindre Whyte. Pour cela, il loue une chambre avec Tiffany dans son propre hôtel, dont le magnat occupe le dernier étage, inaccessible hors ascenseur privé. Il escalade la paroi, tenu par un fil attaché avec une ventouse lancée par un pistolet de poche, ce qui fait frissonner. Pris, il rencontre Blofeld qu’il avait cru mort, le tue à nouveau avec un vrai pistolet qui n’avait pas été repéré, mais c’était encore un double. Même le chat blanc angora, au collier de diamants au cou, est dupliqué. Bond est anesthésié et donné à Kidd et Wint qui le posent dans un tube de pipe-line au désert. Au matin, les travaux de la mine ensevelissent le tuyau et Bond avec. Au réveil, le rat qui passe lui indique deux choses : une odeur entêtante d’after-shave qui est celle de l’un des tueurs, et le petit train de sécurité qui arrive. Bond le neutralise, ce qui fait intervenir l’équipe de réparation, et peut ainsi émerger par une buse, toujours en smoking noir, chemise blanche et fleur rouge à la boutonnière. Tête des ouvriers en salopette bleue et casque de chantier sur la tête…

Avec Félix Leiter, et compte-tenu des entreprises qu’il a vues en maquette dans le bureau de Blofeld, ils déduisent où se trouve le vrai Willard Whyte et partent le délivrer. James Bond doit se battre avec deux acrobates expertes avant de pouvoir les maîtriser dans la piscine. La survenue de Bond fait accélérer le programme spatial de Blofeld. Il détourne une fusée de Whyte pour lancer son propre satellite, un puissant laser spatial propre à détruire des stations, des sous-marins, et même une ville s’il le faut, en déclenchant des missiles nucléaires. Après avoir montré sa puissance, Blofeld exige l’inévitable rançon. Bond et Leiter finissent par déduire que la base du SPECTRE est une plate-forme pétrolière Whyte, au large de Baja en Californie. Bond s’y introduit par les airs, accueilli par Blofeld qui l’enferme, et par Tiffany, toujours du côté du plus fort, et toujours en bikini. C’est de circonstance, vu la menace nucléaire ; c’est en effet sur cet atoll de Bikini qu’ont eu lieu les essais de la bombe H américaine.

James Bond finit par s’échapper de sa geôle et par se rendre maître de la grue qui est en train de déposer le mini sous-marin par lequel Blofeld cherche à s’échapper, tandis que les hélicoptères d’attaque américains arrosent la base. Il a échangé la cassette des codes du satellite, mais la conne Tiffany l’a replacée. Bond use alors du sous-marin comme d’un bélier au bout du câble de la grue, pour défoncer la salle de commandes. Blofeld en ressortira vivant mais hémiplégique. Quant à la fille, elle plonge et Bond la rejoint dans la mer. Ils vont passer une lune de miel en paquebot qui les ramènent en Angleterre, Tiffany offrant toujours son corps au plus fort. Kidd et Wint tentent bien de les tuer par une bombe dans une bombe glacée, puis une paire de brochettes enflammées, mais Bond a reconnu l’après-chèvre, qui jure avec le Bordeaux servi par le nervi, lequel est ignare en matière de vins. Il les fait passer tous deux par-dessus bord, le dernier avec sa bombe entre les couilles. Ouh !

Un James Bond en-dessous du lot, avec des longueurs, des invraisemblances, des raccourcis qui déstabilisent. Restent les scènes d’action, et les deux filles bien roulées. Quant aux deux pédés, ils jouent les Smith et Wesson comme Laurel et Hardy, en beaucoup moins drôle. A noter que Bond ne fume plus et qu’il boit moins.

DVD Les diamants sont éternels (Diamonds Are Forever), Guy Hamilton, 1971, avec Sean Connery, Jill St John, Bernard Lee, Desmond Llewelyn, Joseph Fürst, Leonard Barr, Amazon MGM Studios 2020, doublé anglais, français, 1h54, €9,77, Blu-ray €23,54

(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)

Catégories : Cinéma | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , | Poster un commentaire

Mars Attacks ! de Tim Burton

Les soucoupes volantes bourrées de petits hommes verts ont hanté les années cinquante. Elles sont dues, on le sait aujourd’hui, à la psychose des communistes moscovites et aux expériences d’armes secrètes par l’armée américaine. La fin des années 1990, optimistes après la chute du Mur et l’effondrement soviétique, caricature avec ironie cette mode tout en raillant aussi fort les certitudes des puissants d’aujourd’hui.

Ils sont petits, verts et méchants ; ils ont une technologie avancée après huit siècles de civilisation. Pour le professeur à pipe (Pierce Brosnan), confit dans son savoir universitaire, ils doivent « donc » être pacifiques. Inférence fatale ! L’intelligence logique permet des armes et des véhicules spatiaux sophistiqués mais n’ouvre pas le cœur. Au contraire : la logique léniniste ou hitlérienne a conduit au massacre « scientifique » de millions de gens au nom de la Vérité – celle de l’Histoire ou celle de la Race luttant pour sa survie. La révérence envers la Science comme dieu (le scientisme) est une dérive rationaliste qui élimine l’humanisme, donc l’humanité.

Aussi, lorsqu’il « conseille » le président des Etats-Unis (Jack Nicholson au meilleur de sa forme), il met ses préjugés humanistes en avant, sans d’abord observer ni analyser. Et lorsque les petits humanoïdes verdâtres débarquent dans le désert du Nevada, il « croit » qu’ils viennent en paix. Une grande réception a été préparée et la foule est venue en badaud pour leur souhaiter la bienvenue en ce moment historique. Lorsqu’ils paraissent, l’œil méchant, le cerveau surdimensionné et le corps réduit, leur voix métallique qui claque comme du jap ou du nazi de film sur la Seconde guerre mondiale devrait alerter. Il n’en est rien. Même s’ils répètent mécaniquement qu’ils viennent en paix selon la machine traductrice, ils le disent comme chez Orwell où « le ministère de la Paix » prépare la guerre. Et lorsqu’un hippie lâche une colombe, écolo naïf croyant au bon sauvage, l’ambassadeur martien la dégomme en flamme de son pistolet laser. Aussitôt, les paroles lénifiantes deviennent léninistes, simple ruse pour avancer masqué : les martiens éradiquent les poux humains en les faisant exploser au laser, ne laissant d’eux qu’un squelette verdi.

L’armée riposte, avec ses pauvres balles ou ses obus de char inutiles contre le blindage martien. Un suprémaciste blanc texan fana mili (Jack Black) se précipite pour dézinguer du martien mais il a oublié de charger son fusil et s’évapore dans une grande lumière laser. C’est la débandade et les martiens s’envolent.

Le président, toujours aussi mal conseillé à la fois par son communiquant (Martin Short), un bellâtre qui ne pense qu’aux apparences, sondages et popularité, et le prof à pipe qui ne pense que malentendus et humanisme, fait envoyer un message dans l’espace en regrettant ce déplorable incident.

Après une rencontre au Congrès, où tout le Législatif est pulvérisé, amadoué par des paroles lénifiantes, les martiens, qui ont enlevé quelques humains assommés ou zigouillés pour les observer et analyser, décident d’infiltrer la Maison blanche sous déguisement de plantureuse femelle désirable. Ils ont appris la faiblesse des hommes. Et cela fonctionne avec le conseiller en com’ ; comme les autres, il continue à « croire » plutôt que d’observer et d’analyser… Ladite femelle assez mal réussie avec sa coiffure en ananas (Lisa Marie) le séduit sans un mot par ses seuls attributs, de gros seins moulés dans son haut et une démarche chaloupée des hanches, les yeux faits. Puis elle le pulvérise lorsqu’il veut la baiser avant d’enlever son masque et d’introduire son commando martien. C’est le massacre au laser et les martiens gagnent ; seul le président y réchappe – et sa fille (Natalie Portman) qui erre sans comprendre.

Cette fois, c’est la guerre. Mais un peu tard, l’effet de surprise est bel et bien passé. Le président signe l’ordre d’user de la force nucléaire mais l’avancée technologique martienne rend cette arme obsolète. Une poire aspire toute l’énergie de la bombe et le martien en chef s’en sert comme fumée énergisante.

Les martiens débarquent en masse et s’amusent : ils observent les humains baiser, analysent ceux qui écoutent de la musique, arrachent les façades pour mieux observer les gens chez eux et les singer avec une ironie féroce, jouent à pulvériser tout ce qui s’élève, tours, hôtel, obélisque, Maison blanche – tous les symboles de l’orgueil yankee. Les gens fuient, paniqués. C’est un festival de cocasseries dans des cris d’orfraie, d’explosions en tous genres et de lasers en folie.

Lors d’une rencontre avec le président dans son bureau, le martien en chef pulvérise d’abord les agents du service secret puis les généraux avant d’écouter le président faire un discours politicien, plein de pathos et de menteries. L’alien consent une larme et tend la main. Mais c’est une fausse amitié ; une fois de plus la main est une arme, une fausse main qui se retourne comme un serpent et embroche le président, le crucifiant sur l’emblème des USA au sol de la Maison blanche.

Dans ce chaos, ce ne sont pas les institutions qui résistent, ni les militaires inaptes à l’initiative, mais les simples gens du commun. Un ancien boxeur noir reconverti en attraction d’hôtel sous un déguisement de pharaon (Jim Brown), Tom Jones le chanteur de charme un peu oublié, une pétasse rousse allumée qui se met en zazen devant un cristal et ouvre ses chakras (Annette Bening), un fils dédaigné (Lukas Haas), trop grand et un peu écolo qui aime sa grand-mère Alzheimer (Sylvia Sidney, née en 1910), frère du suprémaciste tombé au champ d’horreur, les deux gamins noirs du boxeur (Ray J, l’aîné à grosse chaîne dorée et Brandon Hammond le cadet) qui jouent à dézinguer les aliens avec leur propre fusil laser récupéré sur un cadavre comme dans leurs jeux vidéo favoris…

C’est justement le gai jodle de la chanson qu’écoute avec délice la grand-mère, Indian Love Call de l’antique Slim Whitman, qui leur vrille les tympans et fait exploser leur caboche dans une gelée vert pomme. Il suffit de la diffuser en masse et le garçon s’y emploie avec la radio, relayé très vite par l’armée et ses haut-parleurs. Les martiens, venus pour conquérir et asservir, s’enfuient marris lorsqu’ils le peuvent, ou se crashent en l’air, dans les déserts et les lacs lors d’un finale réjouissant.

Non, la candeur n’est pas une vertu. Le bon sauvage est une « croyance », pas une vérité efficace. L’humanisme chrétien fait des gens des moutons, à la merci de tous les prédateurs. Le peuple américain sait se défendre, au contraire de ses élites « libérales » (gauchistes) qui tendent toujours à dénier, minimiser, argumenter pour éviter l’amalgame. Avec les ennemis, qu’ils soient nazis, communistes, dictateurs arabes ou islamistes – ou vingt ans plus tard petits hommes jaunes – il faut agir en ennemi : le gros bâton avant la carotte. Ce qui est ironique est que cette mentalité yankee retrouve le fond du racisme nazi : il s’agit de défendre la « race » humaine contre les aliens venus de l’espace, sans aucune pitié. La lutte pour la vie est la règle de fond. Quand le trumpisme en germe faisait rire…

DVD Mars Attacks! Tim Burton, 1996, avec Jack Nicholson, Glenn Close, Annette Bening, Warner Bros 1998, 1h42, €6.46 blu-ray €12.76

Catégories : Cinéma | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

La lumière en lumière

Préfacé par l’astrophysicien Roland Lehoucq, cet ouvrage en largeur richement illustré s’efforce d’être complet et sans jargon. Ce n’est pas toujours au point mais il faut saluer un véritable effort pour se mettre à la portée du grand nombre. Les textes courts et concis font que sa lecture, même linéaire, n’est jamais ennuyeuse.

la lumiere en lumiere adp sciences

Je l’ai lu d’une traite, l’imagination emportée soit vers l’infiniment vaste des étoiles, soit vers l’infiniment petit des photons. Chacun y trouvera, dès la prime adolescence, matière à s’instruire comme à rêver, qu’il soit littéraire, économique ou scientifique. Neuf chapitres rythment l’exploration de ce sujet dont on ne pouvait soupçonner qu’il soit aussi vaste. Manque cependant – mais les auteurs ont été formatés à la mathématisation du monde dès le lycée… – un chapitre sur les Lumières de la Raison, celle qui a permis justement l’essor de la méthode expérimentale et des techniques qui permettent d’analyser le soleil ou les galaxies lointaines.

1969 apollo 11

Cet atlas de la lumière pour notre temps commence par un peu d’histoire. Si les Antiques ne s’intéressaient qu’à l’homme, donc à la vision, les savants en pays d’islam ont approfondi la physique de la lumière en la dotant d’une existence propre. Les auteurs rappellent que « ‘la science arabe’ est écrite par des musulmans, des chrétiens, des juifs, des païens, dans la langue intellectuelle, celle du Coran » p.4. Il s’agit d’un savoir d’époque et pas d’une religion.

C’est d’ailleurs en Occident que la religion s’oppose le plus à la curiosité humaine, tout étant réputé figé dans le Livre et les seuls intellectuels étant « des clercs travaillant dans les abbayes » dont la « principale préoccupation vise à concilier foi et raison » p.4. Il faut attendre la Renaissance pour que les savoirs émigrent du monastère à la cour des mécènes, qui « ont besoin de connaissances pratiques ». La querelle actuelle de l’université française – qui serait soumise à l’économie de marché plutôt que de former l’esprit critique – ressemble fort à la querelle Renaissance entre clercs d’Église orientés vers la seule foi et riches princes orientés vers la vie bonne…

Dieu ne tarde pas à s’effacer au profit de la connaissance physique avec Descartes, Huygens, Newton et Laplace, jusqu’aux apports de l’électromagnétisme au XIXe siècle et au bouleversement de la théorie quantique et de la relativité au XXe siècle : la lumière est à la fois onde et corpuscule – le photon. « La lumière est une onde qui transporte de l’énergie sans mouvement de matière » p.12. Sa vitesse ultime dans le vide est de 299 792 458 mètres par seconde.

piaf miroir

Mais la lumière visible, entre 380 et 780 nanomètres de longueur d’onde, n’est qu’une partie de la lumière globale qui s’étend de part et d’autre avec l’infrarouge et l’ultraviolet. Ce que nous appelons « les couleurs » ne sont que notre réception, les animaux voient autrement. D’autant que les photons peuvent être absorbés (couleur noire), réfléchis (couleur blanche) ou diffractés (différentes couleurs selon l’angle). Les matériaux font miroir ou concentrent en loupe, transforment la lumière en chaleur comme font les lucioles ou en éléments organiques comme la photosynthèse. Les seuls matériaux que l’on voit sont ceux qui diffusent la lumière.

Je ne peux tout vous raconter de la richesse de ce livre. La lumière et la vie analyse les couleurs et les biorythmes circadiens jusqu’aux soins de diagnostics et de traitements ; lumière et environnement montre comment surveiller la composition de nos assiettes et de l’air que nous respirons par spectroscopie et Lidar (Light Detection and Ranging) ; les lumières et la terre inventorient couleurs du ciel, mirages et aurores polaires ; lumière et espace perce les mystères de l’univers, permet d’évaluer les distances et même de se déplacer en voilier dans l’espace ; les technologies du quotidien sont utiles pour reconstituer Lascaux ou calculer la distance de la terre à la lune, se repérer dans le temps et l’espace, analyser par le LIBS de quoi est faite une planète lointaine ou repérer les indices d’un crime, communiquer par fibres et pixels ou découper ou souder au laser dans l’industrie.

pleiades constellation

Le livre se conclut par l’énergie solaire, désormais au point, et par le projet fantastique de fusion comme dans le soleil, qui permettrait une énergie « illimitée » (jusqu’à consommation de la terre même…). Mais comme l’homme reste un loup pour l’homme, la lumière comme arme n’est pas oubliée, des miroirs d’Archimède au laser de guidage des missiles ou aux expérimentations de laser pour aveugler ou détruire. Un avion américain équipé d’un laser chimique d’un mégawatt, le YAL-IA, a même été produit jusqu’en 2011 pour détruire des missiles balistiques en phase d’accélération (photo p.146).

L’ultime chapitre est consacré à lumière et culture, l’accélérateur synchrotron permettant d’imager les fossiles plats, de comprendre la décoloration des pigments d’artistes et d’analyser les couches de vernis des luthiers. Sans oublier les feux d’artifices, qui sont un art véritable à la technique pragmatique.

Un bien beau livre qui, dans le silence des textes et le chatoiement des images, permet de méditer l’univers, son excitante complexité et son incomparable beauté.

Coordonné par Benoit Boulanger, Saïda Guellati-Khélifa, Daniel Hennequin, Marc Stehle, La lumière en lumière – du photon à l’internet, 2016, EDP sciences, 156 pages, €29.00

Attachée de presse : Guilaine Depis, contact presse guilaine_depis@yahoo.com ou 06 84 36 31 85

Catégories : Livres, Science | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,