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Ray Bradbury, Chroniques martiennes

Ce recueil de nouvelles raboutées en livre a pour fil conducteur l’invasion de « Mars » par les terriens. Mars est la quatrième planète de l’orbite solaire (la Terre est la troisième) et avant que Mariner IV en 1965 ne survole la planète, on pensait qu’elle ressemblait fort à ce que nous connaissons, mais dégénérée, morte. C’est pourquoi Ray Bradbury y situe sa chronique de l’espace. Elle est plutôt une planète fictive, une projection du désir humain d’aller coloniser l’espace.

Bradbury ne fait pas, selon ses dires, de la « science » fiction mais de l’irréel fantastique. Il y a en effet peu de science dans les Chroniques mais surtout de l’humanisme et de la philosophie. Ses Martiens aux yeux dorés et aux voix musicales ressemblent aux elfes de la littérature anglaise ; ils habitent des maisons à la grecque et boivent des nectars dans des vases de cristal. Les terriens quittent leur planète par goût de l’exploration scientifique et la perspective d’exploiter du minerai ; c’est alors le rôle des militaires et, comme nous sommes cinq ans après le nazisme et en pleine guerre froide, ces militaires (tous de jeunes hommes) sont plutôt frustes et patriotes. Ils agissent comme des scouts : feu de camp, bras sur les épaules, chants sous les étoiles et danses torse nu. Mais ils sont – évidemment – américains, donc de sales gamins lâchés sur un terrain de jeu : ils ne pensent qu’à saccager et détruire, jugeant tout ce qui diffère de chez eux comme une sauvagerie.

La première expédition sera expédiée par un Martien jaloux, sa femme ayant eu un contact télépathique avec les envahisseurs et se sentant elle-même envahie de chansons et de désirs nouveaux. La seconde expédition sera prise pour folie, les hommes circonvenus jusqu’à l’asile comme illusions hypnotiques. La troisième expédition, plus nombreuse, fera périr la plupart des Martiens de la varicelle, comme les Indiens jadis de la (petite) vérole. La quatrième engendrera une hypnose autodestructrice dans l’équipage.

Puis la masse des humains submergera la planète, les fusées « comme une nuée de sauterelles », installant partout des villes identiques à celles d’Amérique avec leurs immondes fast-foods. « Nous autres, gens de la Terre, avons un talent tout spécial pour abîmer les grandes et belles choses. Si nous n’avons pas installé de snack-bars au milieu du temple égyptien de Karnak, c’est uniquement parce qu’il se trouvait à l’écart et n’offrait pas de perspectives assez lucratives » (juin 2001). D’autres, plus écologiques mais moins nombreux, planteront des arbres pour augmenter le taux d’oxygène. Les Noirs américains, soumis encore à l’apartheid, ont vu une façon de se libérer et de jouer les pionniers sur une nouvelle planète. Tandis que la brigade des mœurs du politiquement correct à la mode McCarthy aux Etats-Unis impose jusque sur Mars l’éradication de tous les contes et livres sulfureux, comme ceux du sieur Edgar Poe : « tel ou tel groupe s’en mêlait, sous des prétextes politiques ou la pression d’associations variées, pour des préjugés religieux ; il y avait toujours une minorité effarouchée par je ne sais quoi, et une vaste majorité qui avait peur du mystère, du futur, du passé, du présent, peur d’elle-même et de ses ombres » (avril 2005). Cela n’a guère changé depuis 1950 !…

Les vrais Martiens « avaient su développer côte à côte la science et la religion, qui s’enrichissent mutuellement sans chercher à s’entredétruire » (juin 2001). Ils se cacheront dans les montagnes, se voileront d’illusion lorsqu’ils seront forcés au contact des humains, prenant alors toutes les formes. Comme celle du fils de 14 ans mort, qui revient, et que sa « mère » tuera une seconde fois par frivolité.

Il faudra qu’une guerre atomique vue jusque dans l’espace fasse griller la Terre pour que les néo-Martiens se rapatrient pour « revoir leur famille » et participer à la tuerie. Ne resteront que des solitaires, des pionniers à l’envers, dont l’homme qui a recréé sa famille morte de maladie en robots criants de vérité.

Plus une famille avec trois petits garçons qui a fait le chemin à rebours, fuyant la Terre et la guerre. Et peut-être une autre famille amie avec quatre petites filles. « La Science a été trop loin trop vite, et les gens se sont perdus dans un désert mécanique » (septembre 2005). Les Martiens, désormais, ce seront eux.

Lu à 14 ans, relu plus tard, et encore aujourd’hui, je reste fasciné par la prose poétique de ce livre. Son auteur est amoureux du monde et des espaces, toujours prêt à une vie meilleure, critique impitoyable des travers de « la civilisation » : la religion ou l’Hygiène mentale, la destruction prédatrice, la colonisation des indigènes, l’exploitation minière. Surtout américaine, surtout dans les années cinquante. Si la partie « fusées » et gadgets technologiques a bien vieilli, le message reste immuable. Un grand livre, musical, captivant.

Ray Bradbury, Chroniques martiennes (The Martian Chronicles), 1950, Folio 2002, 336 pages, €7.40 e-book Kindle €6.99

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Alice Springs et les martiens

Article repris par Medium4You.

Rentrés hier soir tard après avoir assisté au coucher du soleil sur Uluru, le départ vers d’autres horizons tarde.

La route est monotone, des arbustes, quelques collines au loin, un ciel moutonneux. Les Tahitiens, au fond du bus, se paient une partie de franche rigolade. Un arrêt dans un shop aborigène nous permet de découvrir de jolies peintures toujours très caractéristiques et des objets en bois. Les Aborigènes créent, les Blancs vendent et gèrent ces magasins. Il semblerait que les Aborigènes ne sachent pas gérer… et puis ils peuvent décider subitement de partir en brousse, laissant tout en plan ! L’appel du bush ? du désert ? Je me laisse séduire par un petit tableau aux couleurs douces. La vendeuse me donne la carte de visite de l’artiste avec photo (c’est une femme) et les dessins explicatifs de son œuvre. Les objets exposés sont fort jolis et moins chers qu’à Yulara. Évidemment nous avons quitté la zone touristique du Parc ! Un arrêt dans une station où ils élèvent quelques chameaux. Les néophytes grimpent sur le dos des vaisseaux du désert pour une courte, vraiment courte, ballade. Les premiers eucalyptus fantômes, à tronc blanc, apparaissent. Et voici au loin Alice Springs.

Alice Springs, arrosée par la Todd River, est située à 23° 42’ 00’’ de latitude Sud et 133° 52’ 01’’ de longitude Est, altitude 576 m, superficie 149 km². Elle comprend 25 000 habitants dont 17% d’Aborigènes, principalement des Arrente.

The Alice est posée au milieu du massif des McDonnell Rangers. Pour voir la ville de haut, montons sur l’Anzac Hill. Cette colline en plus d’offrir un vaste panorama sur les McDonnell Ranges et le désert, porte un monument aux morts datant de 1934.

Pour entamer la journée, lessive, petit déjeuner. La ville est petite, mais ne pas oublier qu’avec les centaines de kilomètres carrés d’immensité vide qui l’entoure c’est un centre régional. Au milieu du bush, c’est une oasis, le carrefour du désert du centre, un point de passage pour les touristes se rendant à Uluru. Passé le pont sur la rivière à sec, on découvre une allée commerçante, ombragée, animée, avec des galeries d’art local, des pubs, des restaurants.

Allons à la rivière : la Todd River n’a pas d’eau… pourtant chaque année, en septembre, la célèbre course de pirogues, « The Henley on Todd Regatta » a lieu dans le lit de la rivière… asséchée. La course est annulée si l’eau atteint plus que la hauteur du mollet. Les pirogues et les costumes des « piroguiers » tiennent du carnaval. Le spectacle est hilarant, voir tout ce monde courir, porter leur pirogue, dans le sable de la rivière, les chutes, les éliminations, la bataille navale, les gagnants. Redevenons sérieux et allons nous incliner sur la tombe du pasteur John Flynn au Mont Gillen. Direction Simpson Gap, vallée encaissée, entre des falaises rouges, se termine par une brèche dans la falaise. Nous croisons des road train, certains ont de 60 à 80 roues ! Le truck fait 500, 600, voire 800 chevaux ; il consomme un litre au kilomètre, a un réservoir de 3000 litres de fuel. C’est vrai que les trucks sont de beaux bébés rutilants de chrome !

Retour à Alice Springs. La ville a été inondée totalement dans les années 80 ; elle avait totalement disparu sous les eaux. Maintenant dans la ville sont creusés des canaux qui servent de déversoir en cas de fortes pluies. Nous rendons visite au « Royal Flying Doctor Service » où l’on nous explique le fonctionnement de l’institution, le centre de radio communication, les opérations quotidiennes dans l’Outback. Un petit musée présente des maquettes d’avion, de vieux équipements, même d’anciennes radios à pédalier. Un café, un restaurant ainsi qu’un petit shop vous délestent de quelques dollars, mais pour une noble cause.

Le départ est prévu pour 6 h, le ciel est blanc, le problème est récurrent : comment faire entrer dans la remorque toutes les grosses valises des Tahitiens ? Rob grogne. Allez, en route ! Arrêt pipi à Ti Tree, le pub le plus central d’Australie. « In the middle of nowhere » c’est un panneau routier, une station-service qui fait aussi pub, parfois camping. Une rencontre est programmée avec un bus de la même compagnie qui fait le trajet inverse du nôtre. Les retraités australiens sont sympa, quelques mots échangés, le temps de prendre quelques photos, et chacun reprend la route. A 380 km au nord d’Alice Springs, nous nous arrêtons au pays des petits hommes verts à Wycliff Well, « Ufo capital of Australia ». Nous nous sommes enquis de savoir si nous aurions la visite des petits hommes verts… mais il semble qu’ils n’arrivent que le soir venu, et il n’était que 13 heures !

Direction Karlu-Karlu (Devil Marbles ou Billes du Diable) pour une découverte photos. Le site est spectaculaire, de gros rochers ronds en équilibre très instable, disposés là par un savant architecte. Chaque groupe pourrait recevoir un nom ! Une légende aborigène stipule que ces billes seraient les œufs du serpent Arc-en-ciel. Nous approchons du but après 720 km. La chambre est très confortable. Dave et Jeff sont accueillis par leurs cousins descendus de Darwin pour les saluer et demeurer quelques heures avec eux (1200 km et autant pour le retour). Ces Australiens, ils ne doutent de rien !

Hiata de Tahiti

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