Articles tagués : preuve

The Constant Gardener de Fernando Meirelles

Les flemmards du snobisme français de Canal+, nés bobos sous Mitterrand et colonisés définitivement par l’esprit yankee, n’ont fait aucun effort pour traduire le titre du film comme les Canadiens et les Belges l’ont fait. Cette honte montre combien ils courent après le plus fort, l’Amérique toute-puissante. Cette soumission au langage dominant montre combien leur « culture » est abâtardie puisqu’ils ne savent même plus trouver les mots en français. Le film est pourtant tiré d’un roman de l’anglais John Le Carré traduit en français sous le titre La constance du jardinier : il suffisait de le reprendre !

Justin (Ralf Fiennes) est un diplomate discret, effacé, tombé foldingue d’une égérie gauchiste, Tessa (Rachel Weisz) qui toujours en fait trop. C’est la glace et le feu, le flegme britannique dans l’understatement constant et la volcanique italienne juive qui fonce tout droit pour combattre les moulins. Rencontrée lors d’une conférence chiante à New York où Justin a remplacé un collègue, Tessa l’entreprend rudement devant le parterre feutré. Il répond à peine ; intrigué, il l’invite à boire un café.

Tessa manipule-t-elle le diplomate ou est-elle amoureuse de l’homme ? Cette ambiguïté très anglaise fait le charme du début. La suite semble montrer que l’épouse n’est guère fidèle, se donnant à qui peut lui apporter des infos, y compris des « nègres » au grand dam de la pruderie diplomatique britannique. La fin prouvera qu’elle aimait vraiment Justin et que son jeu manipulateur n’était qu’apparences. Cette progression fait beaucoup pour captiver le spectateur.

Justin est envoyé en Afrique, au Kenya, comme conseil en agriculture. Il aime avant tout s’occuper de son jardin, plus timide avec les humains qu’avec les plantes. Pour Tessa, c’est l’inverse ; elle préfère les humains, notamment les femmes et les enfants. Justin reste extérieur au pays africain, Tessa s’y immerge. Elle est toujours flanquée du docteur noir Arnold Bluhm (Hubert Koundé) d’une OBG belge (inventée mais transparente) Médecins de la Terre et la rumeur court qu’elle couche avec lui. Il s’avère que le jeune Noir est pédé et que ce n’est pas le sexe qui les rapproche mais l’humanitaire.

Tessa alimente en informations de terrain Hippo, une ONG allemande spécialisée dans la pharmacovigilance. Son enquête porte sur les pratiques de l’industrie pharmaceutique en Afrique, notamment les tests de nouveaux médicaments. Elle-même enceinte, Tessa ne prend aucune précaution, préférant foncer comme toujours. Elle accouche à l’hôpital de la ville d’un bébé mort-né peut-être par sa faute. Là encore, l’ambiguïté donne du sel à l’histoire.

Mais son séjour à l’hôpital pour les Noirs lui permet de constater que certains traitements administrés par des docteurs blancs non référencés aboutissent à des décès. Son rapport sur les entreprises américaines KDH et ThreeBees, qui cherchent un médicament contre le sida au Kenya, montre qu’elles se moquent des « dommages collatéraux » et de la mort des patients. L’histoire n’est pas uniquement inventée : des essais pharmaceutiques Pfizer soudoyés ont eu lieu au Nigeria sur la Trovafloxacine et ont tué plusieurs personnes en 1997, engendrant scandale, révélation du Washington Post, procès et réparations en millions de dollars. Tessa communique aussi son rapport au directeur Afrique du ministère britannique des Affaires étrangères qui non seulement l’enterre mais demande au collègue de Justin, par qui elle a envoyé le rapport, de la surveiller et d’exiger de Justin qu’il modère « sa pute ».

Comme elle n’en fait rien, elle a « un accident » quelque temps plus tard en rentrant en voiture d’une mission au nord du pays. Elle est retrouvée morte avec « son amant » selon la rumeur, le docteur Arnold, au bord du lac Turkana, criblée de balles par des « bandits » selon la version officielle. Un collègue vient annoncer à Justin la mort de sa femme et, quand il rentre chez lui, constate que le bureau de son épouse a été « visité », l’ordinateur, les disques durs et les papiers emportés. L’espion anglais accrédité lui apprend, entre copains, qu’un contrat privé avait été mis sur sa tête et que lui doit laisser tomber sous peine d’y passer aussi.

Mais Justin aimait sa femme, il continue l’enquête avec Arnold qu’il sait ne pas être l’amant de sa femme. Il ne s’intéressait jusqu’ici pas trop à ce qu’elle faisait, il la laissait libre, en mariage d’égaux tel que convenu au départ. Lors d’un séjour à Londres, non seulement « on » lui confisque son passeport diplomatique au prétexte qu’il faut le changer parce qu’il en circule de faux, mais il découvre avec son jeune neveu féru d’informatique qui aidait Tessa, le site miroir qu’elle tenait et où toutes les informations récoltées figurent. Mais aussi qu’elle l’aime éperdument.

Il va donc contacter Hippo en se rendant en Allemagne sous un faux passeport, se faire tabasser parce qu’il n’est pas un espion et n’a pas su prendre les précautions idoines, puis rentrer au Kenya clandestinement via un safari grand public sous une autre identité, et suivre les traces de Tessa au Soudan, où des médicaments périmés sont largués par les ONG en avion. Il veut récupérer une preuve : la lettre du directeur Afrique enjoignant d’étouffer l’affaire et montrant la collusion de l’industrie pharmaceutique et de la diplomatie britannique en Afrique.

Il se sait menacé, il sait qu’il va y passer ; Arnold a été retrouvé crucifié après avoir été torturé et châtré. Une fois la preuve en main, qu’il va faire envoyer par la poste par le pilote de l’avion de l’ONG, il se rend au bord du lac Turkana, là où Tessa a été tuée, et attend ses propres tueurs.

Cette tragédie à motifs humanitaires fera pleurer les ados et les militants mondialistes. Elle illustre les procédés éthiquement indélicats de certaines multinationales dans la course au médicament prometteur. Elle est surtout la tragédie personnelle d’un amour fou, inespéré, entre un mâle anglais banal et une féministe méditerranéenne engagée. De là sa beauté choc. « Constant » en anglais veut aussi dire fidèle, loyal, inaltérable. Tel devrait être l’amour.

DVD The Constant Gardener (La constance du jardinier), Fernando Meirelles, 2005, avec Ralph Fiennes, Rachel Weisz, Hubert Koundé, Danny Huston, Daniele Harford, StudioCanal 2006, 2 h, €14.98 blu-ray €17.06

Catégories : Cinéma | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Le dernier complot

Toute crise désoriente les esprits peu sûrs d’eux-mêmes ; la raison fuit devant la croyance. Ce pourquoi les religions font recette particulièrement en ces moments-là :

  • Autour de l’an mil c’était l’Apocalypse, qui prépara l’élan des croisades comme celui des bâtisseurs de cathédrales (les deux faces d’une même foi) ;
  • dans les années 1970 au moment des deux chocs pétroliers (1973 et 1979), la Malédiction satanique de l’Associé du diable exigeant l’Exorciste ;
  • à la fin des années 2010, c’est désormais la Cabale de l’Etat profond contre le Blanc moyen que des hordes d’immigrés orientaux ou latinos doivent envahir en Europe et aux Etats-Unis tandis que leurs gènes seront submergés par le Mélange et leurs enfants, selon Q, éradiqués par le kidnapping, le soutirage du sang, le viol et la torture. Le viol comme arme de guerre, ce n’est pas nouveau mais fait toujours recette.

Le sang serait destiné à l’adénochrome qui donnerait aux puissants longue vie. Rien de nouveau sous le soleil, boire le sang était déjà considéré comme prendre la force de son ennemi durant la préhistoire et les Romains accusaient déjà les chrétiens d’égorger les petits enfants, ce que le Moyen-Âge reprendra pour les Juifs. Inutile non plus de décortiquer cet adénochrome : il n’est que l’oxydation de l’adrénaline en laboratoire qui sert contre l’épilepsie et pour guérir les hémorroïdes (donc les épanchements du Q). On le fabrique industriellement et chacun peut le trouver facilement sous les noms des médicaments Adona, Phleboside, Anaroxyl, Medostyp ; pas besoin de saigner des enfants… Mais cette preuve ne sert à rien car ce qui compte est la croyance.

Or nul être sensé ne peut rien contre un croyant. Il est imperméable à tout, sauf à la force. Les islamistes le savent bien qui s’intoxiquent d’Allah (et certains de haschisch) pour devenir assassins. La foi rend blindé, robocop discipliné du gourou, soumis au dieu vengeur. L’empathie envers les enfants maltraités est humaine ; elle conduit tout naturellement à croire, donc à suivre aveuglément ceux qui sont contre. Jusqu’aux absurdités qui ont conduit au Pizzagate en 2016 et, rien qu’en 2020, à la tuerie allemande de Tobias Rathjen et à l’accusation de vendre des enfants sous le nom d’armoires par l’entreprise de meubles Wayfair à Boston !

La pédocriminalité est, avec le nazisme, le fantasme le plus violent du Mal au début du XXIe siècle. De quoi en avoir un orgasme, bien plus qu’avec les égorgeurs d’Allah. Être nazi, le rêve ! On peut tout faire, tout se permettre, on est le plus fort. Violer les enfants, rendre esclaves les femmes, torturer le mécréant, égorger l’apostat. On peut transgresser tous les tabous, surtout juifs et chrétiens, donc les Commandements de la Bible, l’inverse même de la morale américaine. Être antéchrist une bonne fois pour jouir de tout sans entraves, c’est atteindre le septième ciel sans attendre l’au-delà. Dès que vous reconnaissez cet Ennemi absolu du nazi pédo – le Diable incarné – si vous n’êtes pas pervers, vous vous trouvez forcément dans le camp du Bien. Hein ? des doutes ? vous seriez donc pervers ? Soyons décent, inutile de penser, suivez : le Bien sait tout. Il encadre la morale. Il est le Q, la puissance réactive en électrotechnique. Il vous donne des règles simples à suivre. Restez dans les clous et avec les bons : croyez !

L’effroi du petit Blanc paupérisé, la peur du Grand remplacement par les colorés dans le monde blanc, font monter l’insécurité intime et culturelle. Les errements des gouvernements trop technocratiques qui ne savent pas et décident en aveugle tourmentent la passion politique : sur la pandémie (Castex et le casse-tête des Qltes et le Q de Tobin appliqué à la rentabilité des pistes skiables) ; sur l’économie (Hollande qui voulait réduire le chômage tout en augmentant massivement les impôts !). Le sentiment démocratique de ne jamais être entendu (les gilets jaunes), entraîne ressentiment et méfiance. Tout ce qui est dit par le pouvoir et par les élites devient mensonge et entraîne par réaction la tendance à faire l’inverse, en ado rebelle qui n’a jamais su grandir :

  • Le masque ne sert à rien ? – Si, si au contraire, j’en veux un !
  • Le masque devient obligatoire ? – Non, non, je me sens libre de ne pas le porter !
  • Pas de vaccins ? – Mais que fait le gouvernement ?
  • Des vaccins bientôt disponibles ? – Je me méfie, je ne me ferai pas vacciner, ils pourraient contenir des nanopuces de contrôle par les GAFAM ou des produits abrutissants pour le FBI ou la CIA… (tous les monstres fantasmés du Complot, le numérique IA et l’empire américain)

Rien de rationnel là-dedans, que de la rumeur, de la croyance, de l’abandon de soi à la horde de ceux qui pensent « bien » – c’est-à-dire comme sa bande. Dans les années 1970 le complot était celui des multinationales, dans les années 1990 la Trilatérale, c’est désormais Davos le forum des riches et des puissants bientôt immortels par transformisme et régnant par l’intelligence artificielle augmentée par la 5G… (tant qu’à faire, amalgamons tout). La nanopuce, est-ce la crainte d’avoir enfin du plomb dans la cervelle ? Ou de garder la cervelle dans le Q ?

Tout événement majeur déstabilise : la crise financière puis économique et sociale 2008 ; la pandémie 2019 et la crise de la mondialisation 2020 aggravée par un Trump agressivement tweeteur. Chacun cherche alors à se rassurer et à retrouver ses marques. Pour cela trois choses :

  1. Donner un sens (même absurde) pour reprendre le contrôle – le délire paranoïaque est toujours très logique ; il n’en reste pas moins un délire hors du réel
  2. Agir pour résister – faire n’importe quoi mais faire – pour avoir le sentiment de garder prise
  3. Se sentir relié, donc s’affilier à une tribu de croyants, à une communauté de religion (de religere, relier), à des gens qui pensent comme vous et vous confortent dans le nid – même au prix du déni.

La théorie du Complot trouve des échos parmi les plus fragilisés, les perdants, les « esclaves » (au sens métaphysique de Nietzsche), ceux qui sont incapables de penser par eux-mêmes ou d’oser seulement le faire. Ils préfèrent suivre la foule, lyncher en cœur dans l’anonymat de masse (c’est pas moi c’est l’autre), manifester sans projet, casser des biens publics pour se plaindre des moindres biens publics, faire du bruit pour ne pas entendre.

Il n’existe plus de vérité autre que celle à laquelle on croit ; plus de faits autres que ceux qui nous intéressent ; plus de débat entre gens de raison évoluée mais la haine entre bêtes d’instincts primaires. Plus de régime démocratique mais la guerre civile. Aux Etats-Unis, nous n’en sommes pas passés loin au moment de la défaite de Trump. En France ? ça vient… Comme toujours depuis des décennies les petits intellos français imitent ce qui vient des Amériques. Et rarement pour le meilleur.

Catégories : Politique, Religions | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Vrai Hold up du faux Q

Connaissez-vous le Q ? C’est un pseudo yankee annonçant depuis 2017 l’Apocalypse de la chienlit soixantuitarde (permissive, démocrate, multiculturelle) et un coup d’état militaire aux Etats-Unis. Le grand Q ânon a un gros Qi, c’est du moins ce qu’il fait croire. Car il manipule le Complot comme un prophète des religions. Les gens ne savent pas qui est Q, c’est normal : en général ils sont assis dessus. Car le Q représente la bêtise au front de taureau selon Nietzsche, le terre à terre de la vache qui regarde avec crainte passer les trains, le faux bon sens qui délire.

Tout est Q, Freud l’avait déjà dit mais le faire péter conforte à la face du monde. Le culte du Q porte à l’obsession textuelle. Tout est bon pour exciter les instincts primaires qui font surgir les émotions ; l’esprit est alors court-circuité, submergé par l’affect. On ne raisonne plus, on résonne – comme une cloche – sous les battements à l’unisson de la bande. Au culte on psalmodie, au Q on ânonne, en chœur, en cœur, la bouche en Q de poule.

Car il s’agit d’horreur qui vous saisit à l’énoncé des faux faits des vrais Q : quoi, des enfants enlevés, gardés captifs, évidemment violés, puis saignés pour obtenir un élixir de longue vie ? Comment ne pas compatir, comment ne pas céder au saisissement ? Même si tout est inventé, sexuellement fantasmé, même si aucune enquête, ni policière ni journalistique, n’a découvert une quelconque preuve tangible, même si tout est rumeur colportée par l’amie de la belle-sœur du coiffeur dont Madame Unetelle a entendu dire sur le net… Même si c’est Donald, le macho canard qui « prend les femmes à la chatte » qui a enfermé les enfants (d’immigrants) en les séparant de leurs parents – ce que ni Madame Clinton lorsqu’elle était Secrétaire d’Etat, ni Barack Obama lorsqu’il était président n’ont fait. Mais plus gros est le loup, plus c’est flou.

C’est dans la marmite du flou que se concoctent les meilleures soupes de croyances. Rien à savoir, tout à croire ! Depuis le procès des Templiers sous Philippe le Bel, l’affaire Calas sous Voltaire, les jugements expéditifs sans avocats sous la Terreur de Robespierre et les Protocoles des Sages de Sion, chacun sait que le Complot est inventé. L’Okhrana des tsars, la Section de préservation de la sécurité et de l’ordre publics de l’empire instaurée en 1881 (l’année même où la France de la IIIe République votait la liberté de la presse…), l’avait fait contre les Juifs, accusés d’anarchisme – donc de terrorisme. Selon les inventions du roman feuilleton commenté dans les salons parisiens de la fin du XIXe où l’antisémitisme catholique sévissait fort en ces temps de République et de laïcité, dit-on. Depuis, tout le monde croit la belle histoire – et le marketing marchand a repris cette technique sous le terme de storytelling. Peu importe que ce soit vrai, il suffit qu’on y croie. Ainsi de la vertu des politiciens ou du verdissement écolo des multinationales industrielles. Ou encore du Complot des élites contre les lambdas selon Q. Or la fièvre Q, selon les médecins, est une maladie infectieuse qui se transmet de l’animal à l’homme – des bêtes aux raisonnables, des complotistes aux citoyens.

Car QAnon vénère Donald Trump, appelé Q+ dans le camp du Bien sur l’exemple des LGBTQ+ dans le camp du Mal. Trump le trompeur, l’éléphant chef du parti des droites, est l’élu de la contre-Cabale, celle qui a placé au pouvoir des présidents progressistes depuis Kennedy. Selon le Q, la Clinton était infâme – puisqu’elle était déjà une femme ; Obama était pire – puisque nègre plus qu’à demi. Ainsi le petit Blanc appauvri par les grands groupes inféodés à l’internationalisme multicoloré gai et mondialiste, abruti par les médias de divertissement et subissant le mépris des élites, serait condamné aux poubelles de l’Histoire. Q l’a dit et tout est dit. Hillary Clinton dévorerait avec appétit les nouveau-nés au petit-déjeuner et se filmerait même en train de les mâcher selon le bon gros Q. Comme le disait Goebbels, un expert en la matière : plus c’est gros, plus ça passe ! Michelle Obama serait trans donc Barack un pédé. Seule l’armée des Etats-Unis échapperait à la Cabale. Pourquoi ? On ne sait pas, mais savoir n’est surtout pas ce qui importe : il faut seulement croire. Q est le titre du film américain Épouvante sur New York réalisé par Larry Cohen en 1982. A l’ombre du cul tout est puant et épouvantable.

Ce comportement de secte rencontre non seulement les intérêts bien compris du clan politique de droite extrême, particulièrement fort dans les Etats-Unis du paon récemment viré dans les urnes (le Q raciste du Ku Klux Klan), mais aussi les intérêts bassement économiques des gourous qui exploitent le filon en vendant livres, DVD et autres méthodes pour résister (189 000€ de crowdfunding pour Pierre Barnérias de Hold up). Et encore plus les intérêts symboliques des idiots utiles du complotisme, ces has-been, artistes ou chercheurs sur le déclin qui cherchent à faire parler d’eux sur les réseaux. Aux Etats-Unis l’acteur James Woods qui soutient Trump, l’actrice Roseanne Barr dont la sitcom a été supprimée du réseau ABC en raison de ses sorties racistes, la vieille star du porno Jenna Jameson qui ne peut plus autant séduire Michael Levitt biophysicien américano-israélo-britannique né en Afrique du sud qui prédisait la fin de l’épidémie en février. En France, Martine Wonner psychiatre et politicienne exclue d’En marche qui déclarait que les masques ne servaient à rien, le médecin Christian Perronne démis de ses fonctions de président du conseil scientifique des maladies vectorielles, Luc Montagnier déconsidéré pour ne voir dans le SIDA qu’un complot, Laurent Toubiana l’épidémiologiste qui niait la possibilité d’une seconde vague, la Pinçon-Charlot sociologue de la reproduction sociale, désormais 74 ans et hantée par « l’holocauste climatique », dont la qualité scientifique des travaux a baissé en proportion de son engagement politique à gauche toute – ainsi que nombre d’autres, cités dans le faux documentaire Hold up. Un film viral qui connait un gros succès de complotisme sur l’air (connu) de « tous pourris ! on nous ment ! on nous cache des choses ! ».

Le complotisme, l’opium des imbéciles, a surgi aux Etats-Unis en 2001 après les attentats du 11-Septembre ; l’élection présidentielle américaine avec ses enjeux de race et de repli national-sécuritaire de 2020 l’a ravivé ; la pandémie du virus chinois l’a conforté. Il était préparé par le biblisme sommaire qui imbibe les esprits faibles des grandes plaines et les laborieuses cités du Nouveau monde.

A suivre…

Catégories : Politique, Religions | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Le voyage fantastique de Henry Koster

Nous sommes en Angleterre après la guerre ; l’industrie aéronautique de la perfide Albion est florissante, ultra-moderne, et ses usines produisent des avions de ligne dernier cri. Le plus récent, le Reindeer, a un nom qui signifie le renne en référence à son double empennage de queue figurant les bois de l’animal.

C’est justement cette queue qui pose problème. Comme souvent en statistiques, la « queue de distribution » est négligée car réputée « négligeable » selon les calculs, mais lorsque l’événement se produit, il est catastrophique. C’est ce que tente de montrer un savant Cosinus (James Stewart), lunaire, maladroit et emporté dans le tout-calculable.

Il est sympathique et touchant, Theodore Honey (James Stewart, excellent en Monsieur Hulot matheux). Son nom signifie le miel ou le chéri… Il vit dans une banlieue banale et se trompe presque toujours de porte en rentrant chez lui car toutes se ressemblent dans ce grand ensemble ; il a perdu sa femme par un événement statistique rare, la tombée d’une fusée V2 juste sur elle, après avoir vu un film où joue l’actrice glamour Monica Teasdale (Marlene Dietrich) ; il a élevé sa fille comme un mathématicien, jouant avec elle à des jeux de calculs sur la grande pyramide. Il a surtout une obsession : prouver que la queue du Reindeer produit par son usine ne résistera pas aux vibrations passées 1440 heures de vol.

Comme l’avion est récent, il n’y a eu pour le moment qu’un seul accident, mal élucidé, dans la région peu accessible du Labrador. « Erreur de pilotage », dit-on pour se rassurer. Mais les pilotes de chasse, qui ont fait leurs classes durant la guerre, ne le croient pas. Honey teste les vibrations sur l’empennage dans un immense hangar, mais ne peut le faire que 8 h par jour à cause des plaintes contre le bruit des riverains. Il n’a donc pas de « preuve » que l’empennage peut casser.

Comme il est reconnu comme savant ingénieur et a sa place dans l’entreprise, la direction prend en compte son hypothèse (aujourd’hui, il serait viré). A lui de se rendre au Labrador pour retrouver et examiner la queue du Reindeer crashé. Mais voilà… pour se rendre de l’autre côté de l’Atlantique, il faut y aller en avion. Et la compagnie qui dessert le Canada est équipée d’avions Reindeers. C’est donc dans l’un de ces appareils que monte Honey, sans le savoir.

Lorsqu’il s’en aperçoit en vol, il prend peur. Moins pour lui-même que pour l’hôtesse charmante qui lui attache sa ceinture et lui offre du café (Glynis Johns), et surtout pour l’actrice Monica Teasdale qui a pris place dans la rangée d’à côté. Il ne veut pas que ces belles personnes disparaissent à cause d’une erreur technique. Il incite donc l’actrice à aller se réfugier près de la cloison des toilettes où le réchaud boulonné de la cuisine renforce la structure. En cas de crash, elle pourra sortir par une trappe toute proche.

Monica Teasdale est un moment émue de l’histoire que lui conte cet étrange Monsieur ; il lui dit combien sa femme était amoureuse de ses films et qu’elle se doit de continuer pour le bonheur de l’humanité ; il lui explique sa théorie sur la fission des atomes du métal au-delà d’un certain nombre de vibrations. Elle se demande s’il la drague et l’encourage à aller voir plutôt le capitaine, qui règne à bord comme sur un bateau, avec son équipage de copilote, de radio, de mécanicien et de navigateur (5 personnes pour une trentaine de passagers, aujourd’hui il n’y en a plus que 2 pour quatre cents personnes !).

Le capitaine pilote prend en compte son hypothèse et rend compte à la compagnie, à Londres (aujourd’hui, il le ferait interner). Mais le temps que les bureaucrates se réveillent et arrivent à trouver le dirigeant qui veuille bien prendre une décision (aujourd’hui pareil…), le point de non-retour est atteint, celui qui rend le point d’arrivée plus proche que le point de départ. Les protagonistes attendent donc anxieusement la rupture, imminente selon l’ingénieur, car l’avion comptait déjà 1422 heures de vol à son départ de Londres…

Après un atterrissage en urgence à Gander sur Terre-Neuve, rien ne s’est passé et le capitaine est furieux. Il a coupé deux des quatre moteurs de cet avion à hélices sur la suggestion de Honey afin de diminuer les vibrations, mais a pris déjà près de 2 h de retard. Les passagers sont énervés et ne comprennent pas. L’équipe chargée d’examiner à la loupe l’empennage au cas où ne trouve rien. Mais ils ne peuvent rien trouver, car la théorie est que le métal fissionne brusquement.

Comme l’avion doit poursuivre sa route vers Montréal, Honey, alors qu’il discute avec l’équipage dans le poste de pilotage, ne trouve rien de mieux que de pousser le levier du train d’atterrissage. L’avion ne peut pas repartir mais lui ne veut pas qu’il y ait des morts par ignorance. L’ingénieur est bien sûr maîtrisé, arrêté et renvoyé par avion militaire au Royaume-Uni, où il doit répondre de son acte devant la Compagnie.

Seul contre tous, il a refait trois fois ses calculs et est sûr d’avoir raison. C’était l’époque où l’on faisait confiance à la science, mais où l’on exigeait des preuves. La Compagnie, devant le scandale relayé par la presse, ne peut faire autrement que de poursuivre les tests sur la queue, mais cette fois 24 h sur 24. Si un autre accident se produisait, sa réputation et son modèle économique seraient perdus.

Theodore Honey a retrouvé son home et sa fille ; l’hôtesse de l’air est venue s’installer chez lui pour l’aider à surmonter cette épreuve ; l’actrice apporte des cadeaux, émue par la sincérité du bonhomme et flattée d’avoir été convaincue de servir le bien de l’humanité malgré la vanité du cinéma. Elle est un brin amoureuse de cet idéaliste qui a su trouver les mots qu’il faut pour redonner goût à son existence, mais se sait trop exigeante pour ne pas céder la place à l’hôtesse-infirmière, éprise de sens pratique, et qui materne Honey parce qu’il est incapable de vivre sur terre normalement. Le trio d’acteurs joue son rôle admirablement, Stewart en distrait un peu timbré, Dietrich en Dietrich plus vraie que nature, Johns en nurse entreprenante et amoureuse.

Le final est grandiose et hollywoodien, happy end, je ne vous en dis pas plus. C’est un beau film, humain et philosophique, qui remue beaucoup de choses. Même si son titre est mal choisi, laissant penser à de la science-fiction, alors qu’il s’agit de science et de fiction sans tiret (un autre film porte le même titre). Et même si certains effets spéciaux font un peu amateur (atterrissage et décollage par exemple).

Son message multiple est que:

  • la science doit être crue lorsqu’elle est sincère et non commandée par des intérêts particuliers ;
  • la technique est admirable mais doit être éprouvée sans cesse ;
  • les intérêts commerciaux doivent passer en second sur la vie des personnes ;
  • tous les métiers, du plus prestigieux (directeur de compagnie aérienne) au plus humble (hôtesse de l’air dans un avion), ont leur place et leur mérite – même celui du Cosinus qui déclare que, d’après ses calculs théoriques vérifiés auprès d’un moine tibétain et d’un pasteur de Louvain, les avions vont se crasher au bout de 1440 heures de vol…

DVD Le voyage fantastique (No Highway in the Sky) de Henry Koster, 1960, avec James Stewart, Marlene Dietrich, Glynis Johns, Jack Hawkins, Janette Scott, version anglaise sous-titrée en français, ESC distribution 2016, €24.99 

Catégories : Cinéma, Science | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Bienvenue place Beauvau

Sous-titré Les secrets inavouables d’un quinquennat et publié après L’espion du président – au cœur de la police politique de Sarkozy en 2012, ce livre vite (et mal) écrit compile une série de fiches en 13 chapitres auxquels il manque une synthèse qui vole un peu plus haut que les dessous de la République. Du travail d’enquêteur, pas d’analyste.

Un coup à droite en 2012, un coup à gauche en 2017 – avec la présidentielle pour faire vendre. C’est la gauche hollandaise qui cette fois prend et Fillon qui fait la pub. La gauche est au fond très gauche avec l’ordre et la police, incapable de se gendarmer et poussée par lâcheté intime au laisser-faire. Car « Moi, président… » non seulement n’a rien fait de ce qu’il avait promis, mais s’est coulé avec délices dans l’organisation centralisée quasi mafieuse des « services » qui renseigne le politique – lui en premier.

La conviction s’affiche dès la première phrase : « La présidentielle se joue à l’Intérieur ». Hollande n’a jamais été ministre, encore moins de l’Intérieur, est-ce pour cela qu’il est si pataud dans l’usage de la Maison ? Valls a été ministre de l’Intérieur et a beaucoup aimé ça, est-ce pour cela que le Château n’a cessé de lui mettre des bâtons dans les roues ? « François Hollande a un quinquennat devant lui pour se servir des forces de l’ordre afin de renouveler le contrat social, lutter efficacement contre la délinquance, réparer les injustices, réduire les inégalités. Comme notre enquête le démontre, Hollande et ses ministres ont échoué » p.9 (pagination de l’édition numérique).

Sécurité ou liberté ? Efficacité ou Grands principes ? La gauche – et encore moins le parti socialiste – n’a jamais su trancher ni composer un équilibre acceptable. Et c’est le ballet de Valls et Taubira, celui qui gouverne et celle qui minimise, l’Intérieur et la Justice. Avec un Hollande édredon qui se garde bien de choisir. La gauche, pourtant prête à gouverner quand elle était dans l’opposition, se révèle n’avoir jamais travaillé sur le sujet, trop percluse de tabous idéologiques et sans leader légitime pour imposer une ligne. « Comme leurs concurrents, ils se sont montrés tout aussi incapables de réformer profondément le fonctionnement de la machinerie policière, sclérosée par des querelles de chapelle. Enfin, tout comme la droite, la gauche a été dans l’impossibilité de réconcilier la police et la justice » p.10.

Il y avait pourtant de grands flics sous Mitterrand – « amateurisme et imprévision » caractérisent avec Hollande le quinquennat raté d’un président raté.

Alors, « cabinet noir » ? C’est probable, et en même temps improuvable : Philippe Klayman devient patron des CRS, Jean-Marc Falcone patron de la police nationale, et Jérôme Leonnet directeur du renseignement territorial avec pour mission de ressusciter les fameux RG, supprimés en 2008 par Sarkozy, qui deviennent la Division nationale de la recherche et de l’appui (DNRA). « Le retour aux affaires de ces chiraquiens nourrit bien évidemment le soupçon sarkozyste de l’existence d’un cabinet noir. Il n’est pas possible d’en apporter la preuve formelle. Comme il n’est pas possible de prouver le contraire ! Mais l’addition d’indices troubles et de témoignages étonnants interroge. Plusieurs observateurs bien placés dans l’appareil policier nous ont ainsi décrit par le menu l’existence d’une structure clandestine, aux ramifications complexes, et dont le rayon d’action ne se serait pas cantonné au seul renseignement territorial » p.15. Donc Fillon ne ment pas (lui qui avait vu fonctionner la chose sous Sarkozy) et Hollande ment éhontément (lui, l’adepte de la morale affichée du « Moi, président… »).

Des preuves ? Elles sont indirectes mais vérifiées :

  1. « Tracfin, le service de renseignement financier de Bercy, le ministère piloté durant tout le quinquennat par Michel Sapin, un ami de quarante ans du Président. La plupart des affaires judiciaires qui ont empoisonné Sarko et les siens ont trouvé leurs racines ici » p.15
  2. « Un autre ami du Président, le directeur des affaires criminelles et des grâces, Robert Gelli, qui a partagé la même chambrée que François Hollande et Michel Sapin lors de leur service militaire » p.16 Depuis la Direction des affaires criminelles et des grâces (DACG) (…) Gelli peut suivre en temps réel l’avancement de tous les dossiers politico-financiers » p.16. « Sur l’opportunité d’ouvrir une information judiciaire, ‘des consignes sont données… mais oralement’, nous précise un magistrat. Chaque fois, ce sont les mêmes juges d’instruction qui sont désignés pour les affaires qui intéressent le Château. Ils sont moins de cinq, dont on retrouve le nom dans tous les dossiers qui concernent Sarkozy » p.16.
  3. « Ces magistrats qui additionnent les affaires sur le clan Sarkozy sont eux-mêmes alimentés et épaulés par une poignée d’officiers de police judiciaire, la plupart en poste à l’Office central de lutte contre la corruption, les infractions financières et fiscales, qui fut un temps piloté par Bernard Petit, un fidèle de Manuel Valls quand il était à l’Intérieur » p.17.
  4. Même le président s’en est vanté… « Sarkozy, je le surveille, je sais tout ce qu’il fait », fanfaronne le Président devant dix-neuf députés socialistes qu’il reçoit, le 17 février 2014, à l’Élysée » p.18.

« C’est la théorie d’un magistrat : « Le Château est passé maître dans l’art de pousser ou ralentir le feu sous les casseroles judiciaires. Pour enterrer sans classer, il suffit de donner consigne de continuer à creuser en préliminaire ad vitam æternam. Dans ce cas, le dossier reste sous le contrôle direct de la Chancellerie » p.21 Par exemple Borloo, mouillé dans l’affaire Tapie-Lagarde et dans le désastre Ecomouv… et laissé (opportunément) sans suites.

Mais pas seulement contre les adversaires. Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur imposé par Hollande, se garde bien d’informer Valls qu’il n’y avait aucun burkini sur la plage corse en août 2016. Façon de laisser s’enferrer le rival, comme Mitterrand agissait vis-à-vis de Rocard. « Au début de son mandat, il [Hollande] favorise l’ascension d’Emmanuel Macron, ce qui a pour effet de ringardiser le ministre de l’Intérieur » p.29. Ce qui apporte un argument de plus à ma thèse de septembre dernier que les « spécialistes de la gauche » rejetaient avec dédain.

« Laurent Fabius est honni par Hollande, qui sait qu’il lui doit le sobriquet de Fraise des Bois. Le 30 janvier 2016, au moment même où il clôture triomphalement la COP21 qu’il a présidée, son fils est mis en examen pour « faux, escroquerie et blanchiment », comme si quelqu’un avait voulu gâcher la fête. La grenade avait été dégoupillée deux ans plus tôt suite à une plainte de sa banque car ce joueur invétéré avait produit un faux e-mail pour débloquer un crédit de jeu au Grand Casino de La Mamounia à Marrakech. « Tant que Laurent Fabius était utile à Hollande au Quai d’Orsay, les dossiers judiciaires du fils ont étrangement mijoté à feux doux, puis quand il a été sur le départ après avoir bouclé la COP21 tout s’est accéléré », analyse un flic de la PJ » p.30. Vous avez dit gauche « morale » ? Apte à renvoyer un Fillon dans des affaires d’emplois légaux et de costume bien plus grave – sans aucun doute ! – que les mensonges Cahuzac et ces entourloupes entre socialistes ?

Prévarication et népotisme, avec l’argent des citoyens, n’est pas réservé à la droite : « Ce 6 avril 2014, jour du Marathon de Paris, la voiture du président de la République est bloquée porte d’Auteuil. Un des gardes du corps appelle en catastrophe la préfecture de police. Dans la salle de commandement de la Direction de l’ordre public et de la circulation, le permanencier comprend tout de suite que la demande est prioritaire. À peine a-t-il répercuté l’info à son chef que, dans la salle où une vingtaine de fonctionnaires veillent en permanence sur les 5 000 caméras vidéo de la police parisienne, c’est le branle-bas de combat. Ordre est donné de zoomer avec l’une des caméras de la porte d’Auteuil. Sur le mur vidéo apparaît alors en grand format le cortège présidentiel à l’arrêt, et soudain, sortant d’un buisson, François Hollande et… une jeune femme, que le Président va ensuite prendre en photo avec son iPhone. Ce dimanche, le Président et Julie Gayet se rendent à La Lanterne, l’ancien pavillon de chasse du château de Versailles, devenue résidence secondaire des Présidents depuis Sarkozy. Le préfet de police est aussitôt prévenu, tandis qu’une copie du film est mise à l’abri dans le coffre-fort de son directeur de cabinet » p.63. Et c’est « ce » président, qui s’est révélé à l’usage l’un des plus « minables » (mot socialiste) de tous ceux de la Ve République jusqu’ici, qui s’avise de donner des leçons ?

Petit fait vrai parmi d’autre, un exemple précis capté par l’un des trois journalistes auteurs : « Soudain, au milieu de notre conversation, le téléphone de Jacques Meric sonne. Au bout du fil, l’un de ses adjoints l’avertit que le fils de Valérie Pécresse, la présidente LR de la région Île-de-France, vient de se faire arrêter dans le 15e arrondissement de Paris, avec quatre grammes de cannabis sur lui. À peine a-t-il raccroché que le patron de la DSPAP en informe directement le préfet de police. Quarante minutes plus tard, alors que nous venons de prendre congé du policier, c’est à notre tour de recevoir un SMS. Un des collaborateurs de Claude Bartolone, le président de l’Assemblée nationale, est en train de faire le tour de ses contacts journalistes pour les mettre au courant de l’interpellation, avec force détails. Fait rarissime pour une aussi petite quantité de drogue, le jeune majeur interpellé a été placé en garde à vue. Le renseignement aura mis moins d’une heure à être exploité politiquement » p.71. Le service public au service des petits intérêts privés des partisans – voilà qui est « moral », sans doute ?

Est-il utile de citer Camus, « empêcher que le monde se défasse » (discours de Stockholm, 1957) en en-tête, pour se contenter de juxtaposer quelques faits et beaucoup d’hypothèses sans synthèse ? Ce livre bâclé apporte des révélations utiles, met dans l’ambiance des coups tordus entre services et entre pontes du même parti, montrent combien la pourriture git au cœur même de la morale politique (cet oxymore…) – surtout à gauche – mais il ne donne aucune piste pour que cela change. A lire (vite) pour être informé, mais à ne pas garder en bibliothèque car il s’agit d’un long article de circonstances plutôt qu’un « livre ».

Olivia Recasens, Didier Hassou, Christophe Labbé, Bienvenue place Beauvau, 2017, Robert Laffont, 264 pages, €19.50 

e-book format Kindle, €12.99

Catégories : Livres, Politique | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Anne Perry, Une question de justice

anne perry une question de justice
Un peu décevant, ce roman victorien. Ceux qui suivent Monk, commissaire de la brigade fluviale londonienne, depuis ses débuts, aimeront le voir évoluer dans cette enquête (qui n’est pas la sienne), mais les nouveaux lecteurs ne seront pas emportés. L’essentiel de l’intrigue tourne en effet autour des tortures de conscience, un feu d’artifice de scrupules et de choix cornéliens. Nous sommes dans le christianisme de salon, préoccupé non d’action mais de Morale. C’est plutôt ennuyeux.

D’autant que l’auteur n’avance qu’à grands coups de questions successives, sans jamais apporter de réponses. Ce « procédé » (un peu trop systématique), est peut-être fait pour tenir en haleine et ouvrir des pistes dont une seule sera la bonne, mais c’est répétitif et un peu lourd.

Reste l’enquête, car il y a enquête. Monk n’en est pas chargé, puisque le drame a lieu hors de sa juridiction fluviale. Mais il « aide » les policiers du coin qui lui doivent des services. C’est un peu tiré par les cheveux, aussi son épouse, Hester, vient à la rescousse via une bénévole de sa clinique dont le père a été escroqué et avec l’aide de Squeaky son comptable ex-véreux. D’enquêtes parallèles en pression des événements, tout ce petit monde va se retrouver au tribunal.

Car Oliver Rathbone, désormais juge, voit le procès qu’il arbitre partir en eau de boudin. Nous sommes dans le système anglais où le juge n’enquête pas mais se contente de faire respecter le droit entre les parties. Or l’escroc, un pasteur marié et onctueux, féru d’attirer des fonds pour les distribuer libéralement aux « bonnes œuvres » dans le monde, est en passe de sortir la tête haute d’une accusation de fraude prouvée par l’épluchage soigneux de sa comptabilité. Comme c’est un jury populaire qui décide s’il est coupable ou non coupable, le « concours de beauté » que se livre accusation et défense sont une véritable bataille où l’enjeu est « la réputation ». Celle de Taft, ecclésiastique impérieux, égoïste et méprisant – contre celle des humbles qu’il a persuadé par son éloquence de donner au-dessus de leurs moyens. Là encore, ce comportement de don excessif est un peu tiré par les cheveux…

Mais Rathbone n’a qu’une arme pour rééquilibrer la balance, qu’il voit pencher dans les derniers jours en faveur de l’escroc sous couvert de religion : donner à l’avocat de la défense une preuve que le principal témoin en faveur de Taft est lui-même douteux. Cette pièce est une photographie, issue d’un legs de son beau-père, pendu dans une affaire précédente. Elle montre le témoin de moralité Drew sodomiser un petit garçon maigre et nu de sept ans. Ce scandale absolu à l’ère victorienne le fait se rétracter, mais quelqu’un va dénoncer Rathbone et lui, juge, va être arrêté pour « entrave à la justice ». D’autant que l’on retrouve au matin Taft tué d’une balle dans la tête, le pistolet à la main, et sa femme et ses filles étranglées à leur domicile. Le juge est-il responsable de la mort des quatre ?

Au lieu de confier la photo à quelqu’un d’autre pour la remettre aux parties, Rathbone va ratiociner des jours sur l’utiliser ou pas, puis se précipiter la veille au soir du dernier jour pour la confier lui-même à l’avocat de la défense… Encore une invraisemblance d’un avocat qu’on avait connu plus avisé.

Découvrir qui l’a dénoncé sera une belle surprise, sauf pour Scuff, bientôt 13 ans, le gamin des rues recueilli depuis deux ans désormais par Hester et Monk. Mais ce malin qui sait y faire a beau enquêter et découvrir, jamais l’auteur ne lui rend grâce devant les « vrais » adultes. Une autre incohérence du livre.

Le début est intéressant, le finale en beauté, mais la partie centrale patine, se perdant en questions innombrables et masturbation chrétienne de la conscience coupable : comment faire coller le Bien du monde éternel avec les tristes compromis de la réalité de ce monde-ci – un peu lourd. Même les scénettes moralistes entre la « mère » Hester et le « fils » Scuff sont cousues de fil blanc. Le gamin (quasi ado quand même) aurait une terreur blanche de n’être plus aimé s’il faisait « quelque chose » – comme Rathbone, déchu par la justice qui l’honorait hier. C’est un peu gros, même à l’ère Victoria, même pour un orphelin des rues, même pour un lecteur bienveillant…

Anne Perry, Une question de justice (Blind Justice), 2013, 10-18 2013, 403 pages, €8.40
Les romans d’Anne Perry chroniqués sur ce blog

Catégories : Livres, Romans policiers | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Information et vérité

Un étudiant m’a interrogé, il y a quelques années, à propos de son mémoire de fin d’études sur le pétrole. « La question qui me vient régulièrement à l’esprit lors de mes recherches, est comment valider mes sources d’information, comment juger de la fidélité de ces informations vis a vis de la réalité. (…) Le sujet du pétrole en lui même est propice a la manipulation de l’information, les conclusions des documents qu’on peut trouver sont extrêmement différentes, et parfois très imprégnées des fameuses théories de complot. J’ai amassé des documents dont je ne sais pas trop quoi faire. En fonction des points de vue les opinions divergent ce qui est normal, mais comment tirer de cette masse d’informations les fondements d’une réflexion personnelle mais fidèle a la réalité sur le sujet ? »

Je vous rassure : cette inquiétude est celle de tous ceux qui ont une étude à mener ou un article d’informations à écrire. Ne vous affolez pas non plus du « travail » que cela demande, les méthodes existent et je suis étonné que les professeurs ne vous les aient pas enseignées au moins une fois durant vos études. Il est vrai que l’abandon de la dissertation, la sélection intensive sur les seuls maths, le conformisme exigé aux examens, ne poussent pas à l’examen critique ni au développement rhétorique dans l’éducation nationale. C’est dommage, mais sachez que les outils d’approche de la vérité ou d’appréhension du réel existent : je les ai rencontrés.

Grandes écoles et universites dessin Pessin

Il est très à la mode de dire que tout égale tout, que tout le monde « il » est beau et gentil et que le relativisme général règne en tous temps et en tous lieux. Mais on ne construit nul discours, nulle relation humaine ou sociale sur l’absolument relatif (ex. je t’aime, mais attention, mon discours est de circonstance, avec des arrières pensées, tout à l’heure je ne t’aimerai plus, mais je te dirai le contraire pour ne pas que tu croies…). La vérité n’est qu’un idéal à approcher mais surtout à rechercher ; personne ne dit que le vrai sera atteint, surtout pas moi.

Il n’y a pas d’information qui soit « objective », mais je préfère qu’elle soit « honnête ». Ce qui signifie (on n’a rien inventé) qu’il faut appliquer les méthodes de l’honnêteté en vigueur dans la recherche scientifique : observer, recouper, émettre des hypothèses, raisonner logiquement, tester, garder l’esprit critique (et après tout, si une autre hypothèse était possible ?), identifier le degré de véracité des sources (qui a intérêt à quoi ?), préparer une recherche en complément, intégrer le tout dans une problématique (que voulez-vous montrer ?).

Pour cela, nous devons faire confiance aux méthodes éprouvées :

  • précision des mots (dictionnaire),
  • rigueur logique (attention aux sophismes),
  • clarté de l’exposition (ce qui se conçoit bien s’énonce clairement),
  • distinction entre les sources et les spéculations, les éléments de vérification (nom et position des interlocuteurs, bibliographie, sources web).

Cela demande du travail et l’époque aime à croire au tout cuit tout de suite, au spontané innocemment révélateur. C’est du rousseauisme vaguement écolo, très tendance, mais inadapté à la rigueur et à la probité de qui veut approcher la vérité (d’où le zapping permanent des médias qui trouve l’émotionnel plus facile).

Dans votre étude, vous devez distinguer :

  1. les faits qui, vérifiés, deviennent « vrais »,
  2. des spéculations qui sont des hypothèses plausibles ou non (à vous de les soumettre à critique ou de les opposer l’une à l’autre),
  3. et des dérapages qui tordent les faits en raison de dispositions psychologiques particulières.

Par exemple, le Club de Rome en 1972 énonçait

  • des faits « vrais » (l’épuisement inévitable des ressources naturelles à terme),
  • des spéculations (si l’on poursuit l’industrialisation au même rythme, on peut calculer approximativement la date où la consommation dépassera le niveau des réserves exploitables),
  • enfin des dérapages (il reste à peine de 20 à 50 ans, au secours la planète, rien ne va plus).

Saisissez-vous la nuance entre ces trois niveaux ?

ordinateur

Il est nécessaire de faire une différence entre une connaissance et une ignorance, entre une interprétation sujette à débat et à vérification et un dogme asséné sans preuve ou un mensonge, et entre un délire et une démonstration. Par exemple, le recours au Complot n’est pas une modalité de la vérité mais une déviation du raisonnement pour des motifs qui ne résident pas dans l’objet de l’information mais dans la psychologie de l’interprète. Pour le sophiste, rien n’est vrai ; pour le sceptique, rien n’est certain. Le premier pourra justifier de n’importe quoi ; le second sera soumis par tous à vérification (l’anglicisme « falsification » de Popper). « Approfondissement et ratures », disait Pascal de la recherche de vérité, « essais et erreurs », disons-nous aujourd’hui de la méthode expérimentale en usage dans les sciences. Vous n’avez pas à rechercher des vérités platoniciennes, valables de toute éternité, mais des vérités partielles et révisables, ce que nous appelons des « faits établis » – et que les historiens comme les physiciens rétablissent régulièrement (la biologie de Darwin est vraie, mais partiellement : hasard et nécessité se combinent dialectiquement à tous niveaux, de la cellule à l’environnement).

Établir les faits, élaborer des hypothèses par la critique des interprétations (qui demande recul et compréhension), cerner les dérapages, telles sont les étapes de votre démarche. L’angle que vous choisirez de démontrer ne sera pas « vérité révélée » (sauf si Gabriel alias Djibril vient vous souffler dans l’oreille) mais un point de vue. Faites en sorte qu’il soit le plus global possible, qu’il intègre le plus de données vérifiables, qu’il fasse la part des choses et prenne du recul. Quand vous ne pouvez trancher entre les hypothèses, exposez-les, critiquez-les et faites le constat que vous ne pouvez les départager. Ou élaborez des scénarios : si… alors, mais si autrement… alors autrement.

Exposez surtout votre démarche, le résultat de votre recherche importe peu car il sera provisoire. Seule la méthode pour parvenir à établir les faits et à formuler des hypothèses qui en rendent compte importe.

Catégories : Economie, Société | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,