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Bienvenue place Beauvau

Sous-titré Les secrets inavouables d’un quinquennat et publié après L’espion du président – au cœur de la police politique de Sarkozy en 2012, ce livre vite (et mal) écrit compile une série de fiches en 13 chapitres auxquels il manque une synthèse qui vole un peu plus haut que les dessous de la République. Du travail d’enquêteur, pas d’analyste.

Un coup à droite en 2012, un coup à gauche en 2017 – avec la présidentielle pour faire vendre. C’est la gauche hollandaise qui cette fois prend et Fillon qui fait la pub. La gauche est au fond très gauche avec l’ordre et la police, incapable de se gendarmer et poussée par lâcheté intime au laisser-faire. Car « Moi, président… » non seulement n’a rien fait de ce qu’il avait promis, mais s’est coulé avec délices dans l’organisation centralisée quasi mafieuse des « services » qui renseigne le politique – lui en premier.

La conviction s’affiche dès la première phrase : « La présidentielle se joue à l’Intérieur ». Hollande n’a jamais été ministre, encore moins de l’Intérieur, est-ce pour cela qu’il est si pataud dans l’usage de la Maison ? Valls a été ministre de l’Intérieur et a beaucoup aimé ça, est-ce pour cela que le Château n’a cessé de lui mettre des bâtons dans les roues ? « François Hollande a un quinquennat devant lui pour se servir des forces de l’ordre afin de renouveler le contrat social, lutter efficacement contre la délinquance, réparer les injustices, réduire les inégalités. Comme notre enquête le démontre, Hollande et ses ministres ont échoué » p.9 (pagination de l’édition numérique).

Sécurité ou liberté ? Efficacité ou Grands principes ? La gauche – et encore moins le parti socialiste – n’a jamais su trancher ni composer un équilibre acceptable. Et c’est le ballet de Valls et Taubira, celui qui gouverne et celle qui minimise, l’Intérieur et la Justice. Avec un Hollande édredon qui se garde bien de choisir. La gauche, pourtant prête à gouverner quand elle était dans l’opposition, se révèle n’avoir jamais travaillé sur le sujet, trop percluse de tabous idéologiques et sans leader légitime pour imposer une ligne. « Comme leurs concurrents, ils se sont montrés tout aussi incapables de réformer profondément le fonctionnement de la machinerie policière, sclérosée par des querelles de chapelle. Enfin, tout comme la droite, la gauche a été dans l’impossibilité de réconcilier la police et la justice » p.10.

Il y avait pourtant de grands flics sous Mitterrand – « amateurisme et imprévision » caractérisent avec Hollande le quinquennat raté d’un président raté.

Alors, « cabinet noir » ? C’est probable, et en même temps improuvable : Philippe Klayman devient patron des CRS, Jean-Marc Falcone patron de la police nationale, et Jérôme Leonnet directeur du renseignement territorial avec pour mission de ressusciter les fameux RG, supprimés en 2008 par Sarkozy, qui deviennent la Division nationale de la recherche et de l’appui (DNRA). « Le retour aux affaires de ces chiraquiens nourrit bien évidemment le soupçon sarkozyste de l’existence d’un cabinet noir. Il n’est pas possible d’en apporter la preuve formelle. Comme il n’est pas possible de prouver le contraire ! Mais l’addition d’indices troubles et de témoignages étonnants interroge. Plusieurs observateurs bien placés dans l’appareil policier nous ont ainsi décrit par le menu l’existence d’une structure clandestine, aux ramifications complexes, et dont le rayon d’action ne se serait pas cantonné au seul renseignement territorial » p.15. Donc Fillon ne ment pas (lui qui avait vu fonctionner la chose sous Sarkozy) et Hollande ment éhontément (lui, l’adepte de la morale affichée du « Moi, président… »).

Des preuves ? Elles sont indirectes mais vérifiées :

  1. « Tracfin, le service de renseignement financier de Bercy, le ministère piloté durant tout le quinquennat par Michel Sapin, un ami de quarante ans du Président. La plupart des affaires judiciaires qui ont empoisonné Sarko et les siens ont trouvé leurs racines ici » p.15
  2. « Un autre ami du Président, le directeur des affaires criminelles et des grâces, Robert Gelli, qui a partagé la même chambrée que François Hollande et Michel Sapin lors de leur service militaire » p.16 Depuis la Direction des affaires criminelles et des grâces (DACG) (…) Gelli peut suivre en temps réel l’avancement de tous les dossiers politico-financiers » p.16. « Sur l’opportunité d’ouvrir une information judiciaire, ‘des consignes sont données… mais oralement’, nous précise un magistrat. Chaque fois, ce sont les mêmes juges d’instruction qui sont désignés pour les affaires qui intéressent le Château. Ils sont moins de cinq, dont on retrouve le nom dans tous les dossiers qui concernent Sarkozy » p.16.
  3. « Ces magistrats qui additionnent les affaires sur le clan Sarkozy sont eux-mêmes alimentés et épaulés par une poignée d’officiers de police judiciaire, la plupart en poste à l’Office central de lutte contre la corruption, les infractions financières et fiscales, qui fut un temps piloté par Bernard Petit, un fidèle de Manuel Valls quand il était à l’Intérieur » p.17.
  4. Même le président s’en est vanté… « Sarkozy, je le surveille, je sais tout ce qu’il fait », fanfaronne le Président devant dix-neuf députés socialistes qu’il reçoit, le 17 février 2014, à l’Élysée » p.18.

« C’est la théorie d’un magistrat : « Le Château est passé maître dans l’art de pousser ou ralentir le feu sous les casseroles judiciaires. Pour enterrer sans classer, il suffit de donner consigne de continuer à creuser en préliminaire ad vitam æternam. Dans ce cas, le dossier reste sous le contrôle direct de la Chancellerie » p.21 Par exemple Borloo, mouillé dans l’affaire Tapie-Lagarde et dans le désastre Ecomouv… et laissé (opportunément) sans suites.

Mais pas seulement contre les adversaires. Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur imposé par Hollande, se garde bien d’informer Valls qu’il n’y avait aucun burkini sur la plage corse en août 2016. Façon de laisser s’enferrer le rival, comme Mitterrand agissait vis-à-vis de Rocard. « Au début de son mandat, il [Hollande] favorise l’ascension d’Emmanuel Macron, ce qui a pour effet de ringardiser le ministre de l’Intérieur » p.29. Ce qui apporte un argument de plus à ma thèse de septembre dernier que les « spécialistes de la gauche » rejetaient avec dédain.

« Laurent Fabius est honni par Hollande, qui sait qu’il lui doit le sobriquet de Fraise des Bois. Le 30 janvier 2016, au moment même où il clôture triomphalement la COP21 qu’il a présidée, son fils est mis en examen pour « faux, escroquerie et blanchiment », comme si quelqu’un avait voulu gâcher la fête. La grenade avait été dégoupillée deux ans plus tôt suite à une plainte de sa banque car ce joueur invétéré avait produit un faux e-mail pour débloquer un crédit de jeu au Grand Casino de La Mamounia à Marrakech. « Tant que Laurent Fabius était utile à Hollande au Quai d’Orsay, les dossiers judiciaires du fils ont étrangement mijoté à feux doux, puis quand il a été sur le départ après avoir bouclé la COP21 tout s’est accéléré », analyse un flic de la PJ » p.30. Vous avez dit gauche « morale » ? Apte à renvoyer un Fillon dans des affaires d’emplois légaux et de costume bien plus grave – sans aucun doute ! – que les mensonges Cahuzac et ces entourloupes entre socialistes ?

Prévarication et népotisme, avec l’argent des citoyens, n’est pas réservé à la droite : « Ce 6 avril 2014, jour du Marathon de Paris, la voiture du président de la République est bloquée porte d’Auteuil. Un des gardes du corps appelle en catastrophe la préfecture de police. Dans la salle de commandement de la Direction de l’ordre public et de la circulation, le permanencier comprend tout de suite que la demande est prioritaire. À peine a-t-il répercuté l’info à son chef que, dans la salle où une vingtaine de fonctionnaires veillent en permanence sur les 5 000 caméras vidéo de la police parisienne, c’est le branle-bas de combat. Ordre est donné de zoomer avec l’une des caméras de la porte d’Auteuil. Sur le mur vidéo apparaît alors en grand format le cortège présidentiel à l’arrêt, et soudain, sortant d’un buisson, François Hollande et… une jeune femme, que le Président va ensuite prendre en photo avec son iPhone. Ce dimanche, le Président et Julie Gayet se rendent à La Lanterne, l’ancien pavillon de chasse du château de Versailles, devenue résidence secondaire des Présidents depuis Sarkozy. Le préfet de police est aussitôt prévenu, tandis qu’une copie du film est mise à l’abri dans le coffre-fort de son directeur de cabinet » p.63. Et c’est « ce » président, qui s’est révélé à l’usage l’un des plus « minables » (mot socialiste) de tous ceux de la Ve République jusqu’ici, qui s’avise de donner des leçons ?

Petit fait vrai parmi d’autre, un exemple précis capté par l’un des trois journalistes auteurs : « Soudain, au milieu de notre conversation, le téléphone de Jacques Meric sonne. Au bout du fil, l’un de ses adjoints l’avertit que le fils de Valérie Pécresse, la présidente LR de la région Île-de-France, vient de se faire arrêter dans le 15e arrondissement de Paris, avec quatre grammes de cannabis sur lui. À peine a-t-il raccroché que le patron de la DSPAP en informe directement le préfet de police. Quarante minutes plus tard, alors que nous venons de prendre congé du policier, c’est à notre tour de recevoir un SMS. Un des collaborateurs de Claude Bartolone, le président de l’Assemblée nationale, est en train de faire le tour de ses contacts journalistes pour les mettre au courant de l’interpellation, avec force détails. Fait rarissime pour une aussi petite quantité de drogue, le jeune majeur interpellé a été placé en garde à vue. Le renseignement aura mis moins d’une heure à être exploité politiquement » p.71. Le service public au service des petits intérêts privés des partisans – voilà qui est « moral », sans doute ?

Est-il utile de citer Camus, « empêcher que le monde se défasse » (discours de Stockholm, 1957) en en-tête, pour se contenter de juxtaposer quelques faits et beaucoup d’hypothèses sans synthèse ? Ce livre bâclé apporte des révélations utiles, met dans l’ambiance des coups tordus entre services et entre pontes du même parti, montrent combien la pourriture git au cœur même de la morale politique (cet oxymore…) – surtout à gauche – mais il ne donne aucune piste pour que cela change. A lire (vite) pour être informé, mais à ne pas garder en bibliothèque car il s’agit d’un long article de circonstances plutôt qu’un « livre ».

Olivia Recasens, Didier Hassou, Christophe Labbé, Bienvenue place Beauvau, 2017, Robert Laffont, 264 pages, €19.50 

e-book format Kindle, €12.99

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La politique comme roman-photo

Les médias sont populistes par construction : au lieu d’analyser, ils romancent. Parce que cela fait vendre, le scoop engendre du buzz, les news du business, le fake du like. Pourquoi vous étonnez-vous que tous ces mots soient anglais ? Parce qu’on ne sait pas les dire en français. Parce qu’il s’agit de fric et que seul le monde anglo-saxon, pragmatique et près de ses sous, sait compter. Pas de Grands principes pour la philosophie anglo-saxonne – mais du bon gros pragmatisme à ras de terre, accessible au temps réduit du petit cerveau disponible de la masse.

C’est le danger du « capitalisme » que de ne pas savoir ce qu’il est. Les médias français sont remplis de petits procureurs contre « le système », contre « le capitalisme ». Mais, comme ils ne savent pas le définir, y mettant toute la réprobation « morale » qu’ils ont pour TOUT ce qui ne va pas sur la planète, ils se vautrent dans le pire capitalisme qui soit : celui de la bauge, de l’ignorance, de l’égoïsme forcené, du gros tirage, du fric… Voilà les conséquences de ne pas désigner les choses correctement. « Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde », écrivait fort justement Albert Camus… en 1944. Pléiade 1, p.908

Les médias ne sont pas politiques, ils sont bouffons. L’entertainment remplace l’entretien, le rejet le projet, la morale le national. Cet essentialisme du « tous pourris » ne fait pas avancer, il enfonce dans la fange. Ce faisant, il renvoie aux citoyens une image glauque de ceux qu’ils ont élus, il dégoûte de la chose publique et du débat politique, il marque la France à l’international d’une honte devant laquelle Trump et son trumpisme ferait presque pâle figure. Ah, qu’il était doux de donner des leçons au monde entier il y a quelques mois… quand il s’agissait des autres !

J’aime bien Mélenchon ou Fillon lorsqu’ils renvoient les médias dans les cordes, eux qui « posent des questions » souvent plus longues que les réponses très courtes qu’ils réclament, ou des questions qu’on aurait honte de poser tant elles sont ineptes, eux qui harcèlent l’interlocuteur quand sa réponse dépasse trente secondes (comme si le critère professionnel était de mitrailler les affirmations sans donner le temps de réponse), ou encore cet acharnement à « s’interroger » encore et encore sur l’écume immédiate par peur d’aborder les vrais problèmes du fond.

Le comportement de François Fillon, d’Emmanuel Macron, de Marine Le Pen (pour ne prendre que ceux qui sont pris) n’est plus supportable aujourd’hui – mais pour des pratiques pour une bonne part légales hier. Ou du moins dans les mœurs admises par l’ensemble de la classe politique depuis Mitterrand. On le sait, mais seuls les politiciens et les médias feignent de l’ignorer. Les gens en charge de la politique sont trop nombreux, cumulards, professionnels des partis de plus en plus loin du terrain, incontrôlés. Ils acquièrent avec le temps un sentiment d’impunité inadmissible.

La loi est dure ? Elle doit être la même pour tout le monde. Si elle est floue, elle exige d’être précisée ; si elle est mal rédigée par ceux-là mêmes qui répugnent à y être soumis, enlevons la loi aux députés pour la faire rédiger par des commissions indépendantes sans conflits d’intérêts. Mais comme ce serait quitter « la démocratie » pour la technocratie (ce qui n’est pas souhaitable), érigeons de véritables contrepouvoirs puissants – avec le moins de conflits d’intérêts possibles. Donc révisons les médias : leur financement par de gros capitalistes d’influence, leur rédaction trop monocolore politiquement, trop parisienne, leur droit d’enquête et la préservation des sources. Les médias sont essentiels au bon fonctionnement de la démocratie – il suffit d’observer la Turquie ou la Russie…

Mais c’est au lecteur et au spectateur de se désabonner ou ne plus regarder les médias et émissions qui préfèrent le feuilleton politicien au programme politique. Les ingrédients habituels des romans d’amour à l’eau de rose, style Harlequin, mettent en scène le sexe, le pouvoir et l’argent. Voilà ce qui fait vendre. En politique, les ingrédients sont repris avec des délices coupables : abus de pouvoir et argent à tous les étages sont le lot des politiciens selon la presse  (même Le Monde, bien nommé L’Immonde par les potaches) et la télé (même Arte, qui se croit intello). Reste le sexe : à quand les révélations ? Pas de partouze à 12 ans chez Fillon ? Pas de gigolos sexy chez Macron ? Pas de beuveries libertines chez Marine ? Allons, la presse, un peu d’imagination ! L’affaire Markovic a pourtant donné le ton, sous le général…

Gardons plutôt notre « temps de cerveau disponible » pour réfléchir par soi-même au lieu de le confier aux pubards et autres histrions de l’amusement médiatique. Macron reste-t-il dans le vague ? Faisons-le préciser. Fillon est-il trop comptable dans la rigueur ? Demandons-lui des explications. Hamon verse-t-il dans le côté Père Noël ? Exigeons de lui qu’il résolve sa contradiction entre distribuer et produire, payer tout le monde malgré la fuite devant l’impôt renforcé, faire l’Europe sans l’Allemagne. C’est cela qui est citoyen, pas une embauche familiale de 1988 ou un costume trop beau pour le pékin moyen envieux.

La loi n’est pas la morale, faut-il sans cesse le rappeler ?

Le projet politique n’est pas le comportement. Il importe beaucoup plus à la France, aux Français, à l’avenir, que l’élection porte à la présidence un candidat capable de décider et de voir loin. Pas que l’on rappelle sans cesse la « faute » d’il y a 30 ans, 15 ans, 5 ans. Fillon n’est pas Cahuzac, que diable ! Encore moins Macron. Quant à Le Pen, elle s’assoit sur les accusations – ce qui est peut-être la méthode la plus efficace, à défaut d’être éthique : les Français jugeront d’ici deux mois.

Après cinq années de gauche gouvernante plutôt lamentable (indécise, velléitaire, contradictoire, effacée), les électeurs semblent aspirer à la droite. Si ce n’est pas Fillon, ce sera Le Pen. Quant à Macron, il tente pour l’instant la « synthèse » équilibriste chère à Hollande et à ses disciples – et il risque autant d’échouer ou de décevoir.

Macron a pour lui sa jeunesse, son optimisme réformateur, sa dynamique hors parti. Il a contre lui l’aspect trop communication de ses discours, un projet incertain, des « papiers » d’école de commerce ou d’oral à l’ENA sur plusieurs sujets cruciaux. Il est le candidat qui agglomère le plus d’indécis sur sa personne, ce pourquoi les sondages le concernant sont artificiels.

Fillon assume une politique de droite qui remet l’Etat où il devrait être. Avant tout assurer la défense et la sécurité, faire appliquer la loi, contrôler les migrations massives. Ensuite aider à la modernisation de l’économie en débloquant les initiatives, seules à même d’adapter à la modernité et de rebâtir une industrie qui s’effiloche. Enfin quitter la posture de honte d’être français, la repentance à répétition, affirmer les valeurs des Lumières, la coopération européenne et une politique étrangère où les intérêts français priment sur les postures idéologiques. Il a pour défaut son côté tranchant et opiniâtre, ses « affaires » qui ne reluisent pas plus que les pompes cirées à l’Elysée par le conseiller présidentiel Morelle, son peu de cas de l’argent public tout comme le coiffeur salarié de Hollande à 9000 € par mois ou le logement de ses maitresses à la Lanterne. Mais on a trop oublié l’insignifiant sortant, dans les médias, tant l’absence de toute perspective historique est la marque du journalisme aujourd’hui.

Or ce devrait être cela la politique : un projet comparé et débattu entre candidats. Pas le feuilleton people de médias ignares et flemmards en mal de notoriété narcissique. Je suis las des médias qui « sortent » un scoop tous les deux jours – et toujours sur le même. Nombre d’électeurs, écœurés par ce cirque sans lendemain, vont déclarer « ne pas savoir » ou « voter Macron » jusqu’au dernier moment – jusqu’à ce qu’un sursaut de dégoût pour les mœurs dévoyées du médiatique leur fasse mettre dans l’urne le bulletin d’un vilipendé – juste pour envoyer foutre les donneurs de leçons pas plus purs que ceux qu’ils accusent.

Bel exemple de « démocratie » que le monde va de nouveau nous envier !

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France-Culture s’est couvert de pipi

En virant Jean-Louis Bourlanges de l’antenne, pour avoir déclaré dans l’mission de Philippe Meyer L’esprit public, après un argumentaire étayé, son choix raisonnable d’Emmanuel Macron de préférence à François Fillon – compte-tenu des « affaires » que vous savez – la chaîne montre soin mépris des auditeurs autant que sa sensibilité pour le moins très variable des « règlementations ».

Cela ne gêne personne, sur cette chaîne de service public, dont on aimerait qu’elle soit plus au service du public, de militer en faveur de Mélenchon ou de soutenir Hollande ou Valls – mais cela gêne que quelqu’un vende la mèche. Le « mainstream » de nombreuses émissions de gauche, sinon dans le gauchisme d’ambiance, sont tout aussi orientées (les chroniqueurs « de droite » – bien qu’intelligents, dirait-on à gauche –  Alain-Gérard Slama puis Brice Couturier ont été par exemple « écartés » des Matins) – mais dire que le roi est nu est un scandale chez les vieilles barbes cultureuses.

La « neutralité » du service public est tellement vantée en ce qui concerne le port du voile ou le prêche des religions que l’on croyait naïvement qu’elle devait s’appliquer autant à ces religions laïques que sont les idéologies. Mais vous n’y pensez pas ! «  Les mêmes usages seront appliqués partout », déclare la directrice de la chaîne Sandrine Treiner (je souligne le futur qui est employé…). Or, soit on définit les limites avant, indiquant clairement ce qu’il ne faut pas déclarer – et on l’applique à tous – soit la souplesse est de mise, par exemple avec un rappel à l’ordre et un droit de réponse. Mais pensez-vous ! Un « journaliste » a une éthique : s’il défend tel ou tel courant, croyez bien que ce n’est que pur professionnalisme, un avatar de sa « mission » d’éclairer le bon peuple des ignorants. Quant aux chroniqueurs invités – comme Jean-Louis Bourlanges – c’est en tant qu’acteurs et non en tant que « journalistes » qu’ils interviennent sur France-Culture. Or un acteur a des convictions – pas les journalistes – on peut virer un acteur, jamais un journaliste… CQFD.

Cette chaîne de radio ne doit pas beaucoup être écoutée dans la « France périphérique », ni par le peuple tout court si l’on en croit les sondages (1.8% d’audience cumulée après la grève XXL de l’an dernier). Le public qui l’écoute est donc éclairé et censé intelligent. Comment pourrait-il accepter cette forme de censure hypocrite de la part d’ignorants ou de velléitaires ? Argumenter, puis conclure, est de bonne logique humaniste. Faire appliquer le règlement est juste… quand il s’applique également à tous. Ce qui est loin d’être le cas dans chacune des émissions, sans que « la direction » s’en émeuve !

A-t-elles subi des « pressions » ? On dit que le cucul clan Fillon s’est lamenté. Mais « les affaires » sont les affaires : peuvent-elles changer la réalité ? Se disent-elles plutôt, ces vieilles barbes cultureuses, qu’après cinq ans de gauche, une droite revancharde risque de revenir au pouvoir, allumant déjà le brasier où griller leurs petites fesses ?

L’esprit public s’était déjà dégradé avec l’arrêt d’antenne « pour doublon avec une autre émission » de Jean-Claude Casanova, puis l’éviction d’Yves Michaud en 2009 pour propos virulents contre Roman Polanski, enfin le départ pour raisons de santé de Max Gallo. La sortie de Jean-Louis Bourlanges ôte un peu plus à l’émission ce rôle original de club de professionnels qui conversent au profit du rôle convenu du clan des « journalistes » qui monologuent. Ils sont bien pâles en comparaison, ânonnant d’une voix morne leurs observations de l’extérieur, sans cette veine du vécu qui valait tant.

Si L’esprit public devient un club de journalistes, comme il en existe un peu partout sur les chaînes, son intérêt est perdu. Jean-Louis Bourlanges avait été conseiller maître à la Cour des comptes, conseiller régional, député européen, sénateur, professeur à Science Po ; Max Gallo avait été la plume de François Mitterrand avant de devenir l’écrivain d’histoire qui l’a rendu célèbre. Combien reste-t-il de personnes ayant exercé une fonction réelle, dans cette émission ? Un ancien ambassadeur, un ex-PDG d’entreprise culturelle – et voilà tout. Le reste est composé de « journalistes »… des commentateurs, pas des acteurs.

La « bêtise » gagne du terrain. Flaubert en aurait fait une notule de son Dictionnaire des idées reçues : « France-Culture ? Le mâchonnement des idées reçues par des contents d’eux dans l’entre-soi – tonner contre. »

« Lettre de Jean- Louis Bourlanges à Philippe Meyer et aux auditeurs de l’Esprit public lue dimanche et publiée sur le site de l’émission : 

Je m’adresse à vous, cher Philippe, chers camarades, et chers auditeurs de l’Esprit public, pour vous dire au revoir. La direction de France Culture a décidé de m’interdire toute participation à l’Esprit public pendant la durée de la campagne pour l’élection présidentielle, sous prétexte que j’ai affiché publiquement ma préférence pour l’un des candidats en compétition, en l’occurrence pour Emmanuel Macron. Cette décision est doublement incohérente. Elle l’est d’abord parce que je ne participe pas à cette émission en qualité de journaliste tenu à un devoir de neutralité et d’impartialité, ce que je ne suis pas et que je n’ai jamais été, mais comme ce que Raymond Aron appelait  » un spectateur engagé “, invité en raison et non en dépit de ses prises de position dans le débat public. Parlementaire européen du centre pendant près de vingt ans, longtemps vice-président de l’UDF, je n’ai jamais fait mystère de mon engagement  » libéral, social et européen  » et j’ai toujours eu à cœur au cours des quinze dernières années d’afficher mes couleurs à chaque élection présidentielle ou législative.

L’incohérence de la décision se lit aussi dans le calendrier choisi. Pourquoi limiter la mise en œuvre de la sanction à la seule campagne présidentielle et me promettre un retour à l’antenne sitôt ce grand rendez-vous passé, alors que la question se posera en des termes strictement identiques pour la campagne des élections législatives et devrait en bonne logique appeler la prolongation du « régime spécial » qui m’est réservé ? N’était-il pas déjà contraire à la logique dont on argumente que la direction de France Culture ne se soit pas émue de me voir il y a quelques semaines prendre position en faveur d’Alain Juppé dans le cadre de la primaire de la droite et du centre. Sans doute avait-elle alors conscience de cette évidence aujourd’hui oubliée : c’est la raison d’être de l »Esprit Public que d’organiser un dialogue, voire une confrontation, civilisés entre des personnalités engagées à des titres divers dans la vie de la Cité.

Ces incohérences comme les explications embarrassées de la directrice de l’antenne révèlent que la raison véritable de mon ostracisme est d’un autre ordre : il ne s’agit pas de veiller, très légitimement, à l’équilibre des temps de parole entre les partisans des différents candidats mais, l’allusion au courrier reçu par le médiateur est éclairante à cet égard, de me sanctionner pour les propos très durs que j’ai tenus sur l’un des candidats en le qualifiant de  » sournois, arrogant et corrompu ». Bien que je ne sois pas seul à formuler une appréciation aussi sévère sur M. Fillon, je comprends que mes propos aient pu choquer certains auditeurs et je ne peux que le regretter. Je constate toutefois qu’ils n’ont pas donné lieu à une plainte pour diffamation, plainte que j’aurais d’ailleurs, en l’état présent du dossier Fillon, accueillie avec sérénité. On sait – et qui les en blâmerait ? – que les partis politiques excellent à susciter des réactions collectives organisées aux propos qui les dérangent. Céder à ces pressions, de la part d’un média comme France Culture revient à reconnaitre à certains groupes un droit à l’intimidation et à justifier du même coup l’institution d’un véritable délit d’opinion opposable à ceux qui interviennent sur son antenne.

Vous comprendrez que tout en moi m’interdit de cautionner de telles pratiques. Je veux bien être un intermittent du spectacle mais pas un intermittent de la censure. J’ai donc décidé de mettre un terme définitif à ma participation à Esprit public. Après plus de quinze ans de présence hebdomadaire au cœur de la Maison ronde, cette décision me coûte mais elle est inévitable. Je remercie tous ceux, réalisateurs, techniciens, assistants qui m’ont permis de m’adresser librement à vous chaque semaine. Ma gratitude va, bien entendu, d’abord à Philippe Meyer qui m’a donné cette magnifique tribune et qui, de plus, m’a supporté pendant de longues années avec un stoïcisme qui mérite hommage. Je l’adjure de continuer aussi longtemps qu’on lui en laissera le pouvoir à porter cette émission nécessaire. Pour ma part, je me contenterai en vous quittant de pousser deux vivats qui devraient n’en faire qu’un : vive France Culture, vive la liberté de l’esprit !

Jean- Louis Bourlanges »

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Conservatismes

Comme il existe des progressismes, il existe plusieurs conservatismes : subi, graduel, radical. Car même ceux qui se qualifient de progressistes persévèrent dans le conservatisme de leur courant. Ils ne changent pas, seule change l’époque.

Le progressisme subi est celui du libéralisme, qui accepte ce qui vient, d’où que vienne le changement (du climat, des mœurs, des techniques, du mouvement social), mais avec l’habitude. Le courant récent va des radicaux sous la IIIe République à Emmanuel Macron, en passant par Pierre Mendès-France, Michel Rocard, Jacques Delors, Manuel Valls (avant d’être ministre, pas après) et… François Hollande (une fois élu seulement). Les modèles : Bill Clinton, Tony Blair, Gerhard Schröder.

Le conservatisme subiest le même : accepter ce qui vient, faire corps avec le changement en adaptant les lois et les mœurs, mais lentement, à son heure. Ce qui distingue progressisme et conservatisme subis ? La « bonne conscience » sociale : se dire de gauche est mieux valorisé, se dire de droite est plus le fait des retraités.  Centre gauche et centre droit, Macron et Juppé ou Bayrou sont proches, au fond. Le courant va des Girondins à Alain Juppé, en passant par Louis-Philippe, Alexis de Tocqueville, Antoine Pinay, Jacques Chaban-Delmas, Valéry Giscard d’Estaing, Raymond Barre, Edouard Balladur, François Bayrou. Accepter une interprétation humaine différente des mêmes lois de nature ou divines. La conscience s’améliore, elle « découvre » du neuf comme on découvre un corps en ôtant peu à peu le drap qui le recouvre. Ainsi des mathématiques : elles existent de tout temps comme règles d’organisation de (notre) univers ; les humains ont mis des millénaires pour peu à peu les mettre au jour ; ils ne les inventent pas, ils les révèlent – croient-ils. Les modèles sont les mêmes que pour les progressistes, avec Jean Monnet en plus pour l’Europe.

Le progressisme graduel est le réformisme, qui ne remet pas en cause le système global mais l’aménage progressivement – par exemple le socialisme ou le radical-socialisme. Valls ou Peillon l’incarnent aujourd’hui, un peu moins Montebourg (plus interventionniste), encore moins Hamon. Le courant est issu de la scission en 1920 de l’Internationale socialiste entre communistes (inféodés  à Moscou) et le socialisme (qualifié de trahison par les staliniens). La vieille SFIO de Guy Mollet (qui envoya le contingent en Algérie pour 24 mois au lieu de 18 en proclamant urbi et orbi l’Algérie française), et le Parti socialiste refondé par Mitterrand et Chevènement en 1971 jouent cette carte : radicalité en paroles (pour être élu) puis pragmatisme réformiste en actes (une fois au pouvoir). Martin Aubry, Laurent Fabius et les « frondeurs » sont de ce jet. Le (seul) modèle franco-français : François Mitterrand – autoritaire et manœuvrier.

Le conservatisme graduel considère qu’il existe des lois immuables, issues de Dieu ou de la Nature (par exemple l’hérédité), et qu’il est vain de vouloir changer l’homme – sauf par le dressage éducatif et les lois répressives. On ne change alors pas l’être humain, mais seulement son comportement par des lois normatives. Qu’elle soit acceptée ou imposée, la règle s’impose. Fillon suit cette voie, après Chirac (créé par Marie-France Garaud et Pierre Juillet), la politique est l’art du possible. C’est donc se faire « réactionnaire » que de réagir négativement à ce qui change trop vite – à gauche aux réformes des zacquis sociaux (par exemple Hamon qui abandonne le travail pour garder la redistribution, et qui veut « revenir » à la gauche 1981 avec certaines nationalisations), à droite aux réformes du mariage (hier le PACS honni, aujourd’hui accepté…). Ils acceptent 1789, revenir à l’avant 1968 suffit généralement à ces conservateurs graduels. Les modèles : Charles de Gaulle, Georges Pompidou, Jean-Pierre Chevènement.

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Le progressisme radical est celui qui veut renverser la table : changer le monde, changer l’homme, changer la nature ; donc le communisme, les divers gauchismes, et toutes les utopies d’avenir radieux. Mélenchon entre autres. Ce genre de courant utopique prolifère généralement en sectes et en sous-sectes selon les ego et les écarts théoriques : les innombrables ramifications écologistes, qui ont pris la suite des innombrables ramifications du gauchisme post-68, en sont l’illustration. L’écologie n’est pas chose sérieuse en France politique, juste un créneau où se faire mousser personnellement sans risques. Les modèles : Maximilien Robespierre, Mao Tsé-toung, Fidel Castro, Hugo Chavez.

Le conservatisme radical veut en revenir à l’avant 1789, avant les Lumières de la Raison dont l’orgueil trop humain bafoue les lois immuables établies par Dieu et par l’Ordre de l’univers. Ce courant s’est toujours révolté contre les changements trop brutaux : la Révolution (appelant à la Restauration), l’insurrection démocratique 1848 (appelant à l’empire Napoléon III), la Commune 1871 (appelant Thiers et la répression), la chienlit parlementaire 1934 (appelant les Anciens combattants), la défaite de 1940 (appelant la Révolution nationale), les accords d’Evian 1962 donnant son indépendance à l’Algérie de Belkacem (appelant à l’OAS), la chienlit sexuelle de mai 68 (appelant à l’Ordre nouveau), la loi Savary 1984 unifiant école publique et privée (appelant à la manifestation monstre), le mariage gai (appelant la Manif pour tous). Les lois sont des tables révélées qu’on ne peut contester : ainsi l’islam radical, le christianisme intégriste ou même l’athéisme souverainiste du Front national. C’est le seul conservatisme dont on peut dire qu’il est littéralement « révolutionnaire », dans le sens où il tente d’accomplir une révolution complète – comme les astres – ce qui veut dire un retour au point de départ… Faire l’Histoire pour établir la Perfection, disent les progressistes radicaux ; retrouver l’innocence parfaite par la rédemption, disent les conservateurs radicaux. Les modèles : Napoléon III, Mussolini, Poutine – voire Erdogan et même Trump (version souverainiste).

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Si les deux premiers conservatismes ne sont guère différents des deux premiers progressismes, le dernier est radicalement en miroir : l’un veut faire de l’humain un Dieu qui se crée par lui-même ; l’autre nie la liberté humaine pour se réfugier en Dieu et lui faire complète soumission. Les deux usent de la même méthode : la transparence. Il s’agit, pour la variante radicale des progressistes et des conservateurs, de l’utopie d’une nature et d’une humanité en parfaite concordance, d’un être humain en accord avec sa propre nature et avec la nature (ou la foi). La science positiviste du fait social pour les progressistes radicaux réactive – sans le voir – la théologie dogmatique des conservateurs radicaux. Les « progrès » du genre humain ne sont pas plus démontrables que les articles de la foi révélée (judaïque, chrétienne, islamique). Mussolini est à la fois le modèle autoritaire, souverainiste et populaire du courant Mélenchon (Mussolini activiste de l’aile maximaliste du parti socialiste italien) et du courant Le Pen (Mussolini des Faisceaux de combat et du parti national fasciste).

D’où la tentation du nihilisme de tous les radicaux. L’Histoire n’est Providence que si on le croit, donc le doute est ravageur… tout ne vaudrait-il au fond pas tout ? pourquoi ce choix plutôt qu’un autre ? La recherche du Génie « d’avant-garde » à gauche (Lénine, Staline, Mao…) et la quête du Sauveur à droite (Napoléon 1er et III, Pétain, de Gaulle…) sont l’aveu que ni l’Histoire, ni la Providence, ne sont évidentes à connaître. La soumission féodale à ceux qui affirment avoir des convictions ou l’attrait affectif de leur charisme suffisent à l’adhésion. Car spirituel et temporel sont ainsi mêlés, réconciliant avec soi-même. Comme si le monde n’était pas lui aussi mêlé et qu’il faille désirer le Bien en soi sur cette terre. Payer de sa vie est l’ultime « preuve » que l’on est dans la bonne voie car, de toute façon, la mort signe l’arrêt complet de toute voie pour la figer en éternité.

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Le tropisme radical de l’être humain, particulièrement fort à l’adolescence où l’envie d’action se conjugue aux idées courtes, n’a pas vraiment besoin de foi pour s’exacerber. Voter Le Pen ou Mélenchon, c’est tout un : peu importent les idées, ce qui compte est de foutre un coup de pied dans la fourmilière des nantis contents d’eux. D’où les Régionales, le Brexit, Trump, Juppé et Copé, Renzi… Mais quand la foi propose un cadre à la radicalité, le danger est immense de voir s’installer la Terreur : celle des jacobins en 1793, celle des bolcheviques en 1917, celle des gardes rouges en 1966, celle des gauchismes après 1968 avec les Brigades rouges, la Rote armee fraktion, Action directe, celle des salafistes aujourd’hui. La foi, qu’elle vienne de Dieu ou des hommes, fournit un justificatif aux pulsions violentes, sadiques et dominatrices, un cadre global au mal d’identité, un remède spirituel au mal être. Sans la foi, la radicalité n’est qu’un âge de la vie – avec la foi, elle est souvent la vie même… qui s’arrête par le sacrifice.

Comme si les radicaux ne pouvaient décidément pas accepter « ce » monde que les autres accompagnent ou font avec.

Les autres hésitent entre accepter le présent pour s’y adapter au mieux, ou « revenir » à l’avant : avant le tournant de la rigueur 1983 pour Benoit Hamon, avant la chienlit des mœurs de mai 68 pour François Fillon, avant la monarchie républicaine de la Ve République pour Jean-Luc Mélenchon, avant la constitution de 1946 et pour la Révolution nationale pour Marine Le Pen, avant 1789 pour les franges intégristes chrétiennes ou musulmanes (une foi, une loi, un roi).

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Ou trouver la sagesse politique ?

« Dans les temps modernes, l’humble sagesse est la pensée la plus révolutionnaire du monde ». Ainsi parlait Jean Giono, mort en 1970 (Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix). Il faut dire qu’il avait connu l’imbécile guerre nationaliste de 14 et la xénophobie souverainiste des fascismes, nazisme, stalinisme et autres franquisme, salazarisme et pétainisme. Cette époque stupide d’hier, nous voici replongés dedans.

Après un demi-siècle d’humanisme libéral (et de hausse sans précédent du niveau de vie), voici que la crise séculaire, celle qui ne survient qu’une fois en un siècle, a lieu. Comme en 1929, la crise boursière a dégénéré en crise économique, puis en crise politique avec la montée de mécontentements, ressentiments et populismes. Il a fallu dix ans pour que la bourse retrouve ses niveaux d’avant crise, et deux ans de plus pour que l’économie reparte franchement… avec la guerre. C’était en 1941 aux Etats-Unis. Staline, Mussolini, Hitler et Franco étaient au pouvoir. Pétain venait d’être nommé chef de l’Etat avec une bonne partie des voix de gauche à l’Assemblée…

Nous sommes aujourd’hui, après la crise boursière de 2007 et la crise du crédit de 2008 (Etats-Unis) et 2011 (Europe), dans la phase finale : le système financier est stabilisé, des garde-fous instaurés (même si… les contrôleurs ne contrôlent que peu de chose, en fonctionnaires ignorant du privé). L’économie repart doucement (clairement aux Etats-Unis, réellement en Allemagne et alentour, très faiblement dans la France socialiste). La crise sociale a monté, la crise politique survient. Ce ne devrait pas être une surprise pour ceux qui regardent loin dans l’histoire (et pas seulement les derniers tweets à la mode).

C’est cependant un choc pour ceux qui s’étaient habitués à la raison, à la maîtrise, à la tempérance. Brusquement tout vole en éclat, élection après élection. Chacun connait la liste : régionales en France, Brexit au Royaume-Uni, Dutertre aux Philippines, Erdogan en Turquie, Renzi viré en Italie, Hofer en Autriche qui a frisé la présidence, Trump aux Etats-Unis. Restent les élections en France et en Allemagne avec la menace des partis extrêmes. Ils sont non seulement anti-immigration – ce qui peut se concevoir tant l’Europe n’a rien vu, rien prévu et ne fait rien – mais aussi anti-coopération : antieuropéens en Europe, anti-OTAN, ALENA et OMC aux Etats-Unis. Chacun pour soi, chacun chez soi, America first, établissons la forteresse.

Muraille de Chine illusoire, comme le mur d’Hadrien ou la ligne Maginot. Car le monde est interconnecté, volontairement (par les traités et alliances) ou non (par la pollution, le climat, la répartition des matières premières et des énergies fossiles). Seule la liberté des échanges permet un commerce florissant, donc des biens et services à coût concurrentiel pour tout le monde. Sans cette liberté, la Chine serait encore loin d’émerger, et « les petits Chinois » dans le même état de famine que dans les années 1960, lorsque l’on collectait des capsules métalliques de yaourt pour financer les dons – tout cela parce que Mao le génie sans faillir avait décrété le Grand bond en avant, c’est-à-dire l’anarchie brouillonne de tous sur tout (baptisé « révolution culturelle »). Un truc qu’un certain méchant con voudrait faire renaître en France.

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Où en est-on avant la présidentielle ?

A droite, un homme sincère de conviction. C’est-à-dire de vraie droite catholique et gaulliste (de Gaulle était catholique, mais oui ! pourquoi certains s’en étonnent-ils ?) : ce qui signifie souveraineté, autorité, ordre moral, Etat-papa disciplinaire et grondeur.

A gauche, un trident d’hésitation. C’est-à-dire de gauche qui se cherche dans le monde neuf des technologies et du net : ce qui prend trois chemins.

  1. Ou bien la « réaction » robespierriste à la Mao, le pouvoir au « peuple » (sous la houlette soigneuse de son seul et forcément génial leader), la révolution permanente, le fusionnel souverainiste de la nation en armes, tout ce que veut Mélenchon.
  2. Ou bien la fuite en avant hollandaise de la réforme assumée, avec un dirigeant jeune et d’inspiration chrétienne, qui fera du social tout en nageant comme un poisson dans l’eau en modernité, tout ce que veut Macron.
  3. Ou bien l’éternelle réinvention du même, au parti socialiste, avec l’un des sept nains de la primaire en cours, qui fera du Hollande en moins ci et en plus ça, pas vraiment efficace, pas vraiment social, poursuivant la lancée du je-m’en-foutisme depuis quarante ans et du déclin depuis quinze ans.

En ce sens, le revenu universel Hamon est le renoncement même : plus de travail ? pas grave, « les riches » paieront. Sûr que « les jeunes » adorent, eux qui se prennent la tête aux études, ne trouvent que des stages répétés et galèrent pour du boulot, réservés aux « inclus » avec expérience. Être payés à foutre et ne rien foutre, quel pied ! Mais ce projet « social » ne dit rien des causes – purement françaises – de ce chômage massif persistant, alors que les pays voisins – dans la même devise, avec les mêmes taux de crédit et le même prix du pétrole payé dans le même dollar – sont quasiment au plein-emploi et voient leur croissance meilleure (avec moins d’impôts, taxes et charges). Renoncer à réformer le code du travail, la bureaucratie envahissante, la fiscalité touffue, le travail parlementaire mal ficelé et trop dans les détails – tout cela ne serait donc pas « de gauche » ? Mieux vaudrait-il financer le non-travail que chercher à favoriser le travail ? Quelle est cette soumission au sort, au destin, au monde ? Quelle est cette fatigue de vivre et de se laisser posséder ?

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Chacun cherchera donc avec ses propres lunettes « l’humble sagesse » dans cette cascade de raidissement ou de populisme. Pour ma part, je considère qu’aller contre le courant redevient révolutionnaire :

  • c’est-à-dire contre la gauche qui se contente de ne vouloir rien changer ;
  • c’est-à-dire contre la droite qui se contente de vouloir revenir à l’avant.

Si Macron veut gagner, lui qui a l’avenir devant lui plus que ses concurrents, il ne doit surtout pas se rallier au PS – mais laisser les élus et les militants déçus du PS rejoindre sa voie.

Si Fillon veut gagner, lui qui semble avoir un projet cohérent de redressement national au sein d’une Europe revigorée sans les Anglais, il ne doit surtout pas se rallier aux Républicains – mais imposer ses vues, à la de Gaulle, au-dessus des partis.

La sagesse est de tracer son chemin, sans se laisser dériver par les réactionnaires de gauche ni par les réactions de droite. Vaste programme ! aurait dit l’Autre.

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Bonapartisme français aujourd’hui

Lorsqu’il gagne, ce courant volontariste et centralisateur impulse en général un élan à l’économie en favorisant des politiques d’État pour les grandes entreprises. Ce fut le cas sous Napoléon III et sous de Gaulle. Mais le bonapartisme comme tempérament politique n’est pas seulement à droite : Clemenceau, Mendès-France, Chevènement, Montebourg, Valls l’incarnent aussi.

Sarkozy a eu le malheur d’arriver en même temps que la crise des financiers en délire, venue des États-Unis, et son bilan est peu brillant. Mais il a tendu à favoriser la politique économique « de l’offre », orientée production, par opposition à une politique « de la demande », orientée vers la consommation. C’est ce qui l’a distingué de la gauche tradi, volontiers clientéliste, qui n’admet jusqu’à François Hollande « le capitalisme » que si elle peut autoritairement surveiller et punir les entrepreneurs qui ont trop de succès, pour arroser ses électeurs favoris.

Hollande est honni à gauche car il n’a pas le tempérament bonapartiste jacobin. Il se raccroche à Manuel Valls, volontiers gaullien, mais il n’a pas pris assez tôt et assez fort les décisions nécessaires pour réussir.

Cesar Paris jardin tuileries

Le bonapartisme n’est pas libéral, ce pourquoi Napoléon s’est tant opposé aux Anglais. Le libéralisme est une souplesse de penser ; il n’est pas le laisser-faire mais la règle de droit, longuement débattue dans l’opinion et pesée en lois réfléchies par les deux chambres du Parlement. Le libéral est pour la liberté, mais tempérée, il accompagne le mouvement de la société et accepte avec réalisme le mouvement du monde global ; il s’y adapte sans s’y dissoudre. Ce pourquoi il est seul apte à entraîner avec lui les conservateurs, exposant en raison et dans la durée l’intérêt de changer, sans précipiter le changement lui-même. Le PACS, qui horrifiait les tenants de la droite dure sous Chirac, est désormais encensé par la droite forte, contre le mariage homo…

Le libéralisme est désormais peu audible à droite, faute en est à Bayrou qui se croit prédestiné à la présidence par décret d’en-haut et qui a si mal géré son alliance avec l’UMP, tout en étant incapable de rallier la gauche modérée lorsque c’était possible. Mais il émerge à gauche avec les petites touches précautionneuses du président Hollande. De quoi hérisser les conservateurs, autant à gauche qu’à droite, les premiers désirant « revenir » au jacobinisme de contrainte avec Martine Aubry, les seconds peuplant la Manif pour tous et développant tout un réseau médiatique autour de Zemmour, Soral, Dieudonné et autres « penseurs » du retour à l’avant-1968, avant-1945, avant-1789. Certains même, parmi les écologistes de droite les plus libertariens, voudraient le retour avant le néolithique (où l’exploitation de la terre a créé la richesse, donc l’envie et la guerre, donc l’exploitation forcenée de la nature).

Le conservatisme, s’il est général en Europe et dans les pays avancés (mais aussi en Russie et en Chine…), renaît avec force en France où la population vieillit, voit se déliter les « zacquis » des Trente glorieuses tant chantés sous Mitterrand, et aperçoit les Lumières décliner sous l’influence culturelle d’une immigration de pauvres naïvement (et parfois méchamment) croyants.

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Le bonapartisme est un caractère. La droite bonapartiste est en faveur de l’action et du plébiscite, donc du peuple majoritaire – même si ce n’est pas le peuple rêvé des bobos… Sarkozy s’est voulu en phase avec le petit peuple oublié, celui qui ne cause pas dans le poste, qui n’a pas fait d’études, qui trouve qu’il y a trop « d’étrangers » et trop peu de « respect », trop de désordre et de racailles impunies, trop de règlements et de fonctionnaires, pas assez d’efficacité, et qui veut voir le travail et l’effort récompensés. L’ordre, c’est que l’économie fonctionne mieux qu’ailleurs ; la paix, c’est qu’aucun État ne nous menace, pas plus les terroristes afghans que la finance anglo-saxonne ou l’Iran délirant des islamistes ou encore les al-caïds des banlieues toulousaines ; le respect de la religion est pour toutes les religions, à condition qu’elles respectent la religion des citoyens : la laïcité ; la garantie des biens passe par l’impôt non confiscatoire et l’encouragement à créer des entreprises et à investir. Tout n’a pas été bien géré sous Nicolas Sarkozy, mais c’est dans cette optique césariste qu’il a envisagé son quinquennat, même s’il n’a pas pleinement investi la fonction sociale d’État de la droite bonapartiste traditionnelle.

Jacques Chirac avait gauchisé son discours lors de son dernier mandat – opposé à la guerre en Irak, avant-gardiste sur les enjeux de mémoire, préoccupé d’environnement – peut-être pour rivaliser avec Lionel Jospin, Premier ministre sorti des urnes, mais peut-être aussi pour faire rempart à l’extrême-droite après le choc 2002. Il est resté aux marges du bonapartisme, installé dans la posture du rassemblement, suiviste de l’opinion quand celle-ci se montre hostile à George W. Bush, soucieuse de purger les culpabilités historiques, préoccupée de pollution et de durable – mais sans plus – heureux de gagner mais fatigué de régner.

Nicolas Sarkozy n’a pas été Napoléon Bonaparte, il n’en avait ni le talent pratique, ni le génie stratégique, ni même la culture. Mais Nicolas Sarkozy s’est inscrit dans ce tempérament issu de la Révolution et actionné en 1848 avec le suffrage universel : l’autorité, la décision, le mérite. Aujourd’hui, le bonapartisme à droite reste incarné surtout par lui, même si Juppé et Le Maire le défient sur ce terrain. Moins Fillon, plus libéral conservateur, donc moins « populaire ». Mais le bonapartisme ne fonctionne que s’il conduit un Destin : la grandeur de la France, la force de frappe, le redressement économique, le projet Calcul ou Airbus, et ainsi de suite. Où sont les projets pour la France de Nicolas Sarkozy ?

Le peuple, au fond, aime bien en France les figures d’autorité, les coups de menton, les affirmations martiales. Ce pourquoi, peut-être, Manuel Valls est-il plus bonapartiste que la plupart des hommes forts de la droite, plus visionnaire gaullien, plus organisateur napoléonien. Ce pourquoi aussi – peut-être – se verra-t-il au second tour face à Marine Le Pen. Cette femme qui déménage (selon les propos off de Sarkozy) est en effet un autre avatar, plus national et populiste, de ce même bonapartisme qui forme le fond de la république en France.

Pour ma part, vous me pardonnerez de rester libéral… tout cet activisme théâtral français me pèse. Nos pays voisins, moins dans l’esbroufe et mieux aptes à débattre et négocier des compromis acceptables, se portent beaucoup mieux sans nos coups d’éclat et nos coups de menton.

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Double bonapartisme à droite

Le problème de la droite est qu’elle est désormais bicéphale : bonapartiste libérale à l’UMP (bien que personne ne revendique ce mot tabou dont l’aversion a été imposée par l’idéologie de gauche) et bonapartiste nationale-sociale au Front (synthèse traditionnelle du gaullisme version ethnique).

Nicolas Sarkozy veut récupérer la nation mais ne sait trop que faire du social, tout en ne réussissant pas à comprendre le libéralisme – ce qui fait désordre dans l’opinion. Marine Le Pen joue sur le velours de n’avoir jamais gouverné, ce qui lui permet tous les yakas possibles (et contradictoires) : fermer les frontières mais toujours exporter ; retrouver le franc mais avec la dette en euro ; faire tourner la planche à billet via une Banque de France renationalisée (donc l’inflation) mais assurer qu’elle protège les « petits » (épargnants, commerçants, patrons…).

Son succès électoral 2014 est net, mais surtout par ressentiment contre le système socialiste qui apparaît sans idée autre que la minable « boite à outils », sans vision présidentielle, sans personnel local à la hauteur, perclus de copinages. Les jeunes ne se retrouvent plus au PS, dans cette technocratie de caciques aux idées sociétales datant de 1968 ; les milieux populaires ne se retrouvent plus dans le discours du président, eux qui valorisent l’effort, le travail et leur juste récompense. Quant à l’UMP, elle s’est déconsidérée avec la guéguerre des chefaillons entre le faux-vertueux Fillon et le filou Copé, entre la posture de sage rigide Juppé et celle de l’agité revanchard Sarkozy. Les affaires « Big millions » et des vraies fausses confidences Jouyet à propos d’une demande qu’aurait faite Fillon contre Sarkozy ajoute au désordre ambiant. Sans parler de sa démagogie de communicant avide de faire avant tout parler de lui, jouant du franc-parler comme d’une langue de bois qui se veut populaire, énonçant n’importe quoi « si ça vous fait plaisir ». Le succès du Rassemblement bleu Marine apparaît dû plus aux circonstances qu’à un vrai mouvement de fond. On ne bâtit pas un programme de redressement sur le rejet pur et simple de tout ce qui gouverne.

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Mais il est vrai aussi que les partis politiques ne sont plus ce qu’ils étaient. Effet médiatique, effet réseaux sociaux, effet transparence – tous les politiciens sont aujourd’hui surveillés, obsessionnellement traqués par des médias en mal de scoop dans la concurrence pour la manne publicitaire et par de jeunes journalistes sans plus aucun scrupule sur la vie privée ni sur l’intérêt de l’État. Si l’international échappe un peu à la tyrannie des « commentaires » et autres « éditoriaux », c’est que les petits sachants qui font le buzz y connaissent peu de choses. Le présidentialisme de fait français et la pression médiatique toute récente poussent les partis à devenir des machines électorales à l’américaine – sans plus aucune dimension d’initiatives ni de projet. Les autres pays européens connaissent des débats parlementaires – pas la France, aux assemblées pléthoriques pour sa population, toujours pressée par le calendrier des votes, contrainte constitutionnellement par le rythme gouvernemental.

La synthèse conservatrice et libérale de la droite, qui a joué tout au long des années gaullistes et s’est modernisée sous les centristes giscardiens et barristes, est à réinventer. Chirac avait démissionné sur le fond au nom d’un vague « travaillisme à la française », Sarkozy a imposé sa brutale énergie médiatique, hélas peu suivie d’effets long terme, président omniprésent, omnichiant faute d’être omniscient. L’UMP n’a toujours pas tiré le bilan de sa courte défaite 2012, ni marqué une quelconque volonté de changer. Comme toujours, elle attend un « chef ». Le précédent veut revenir et la tuer pour créer un parti à sa botte ; les challengers sont pâlichons ou réservés, ce qui nuit à l’image de la droite apte à gouverner et laisse caracoler Le Pen dans les médias. Ces médias bien faux-culs – se disant « évidemment de gauche » – mais ravis de « suivre » l’opinion qui monte. C’est ainsi que Pétain devint chef de l’État en 40, avec l’assentiment de (presque) tous, et avec soulagement dans les syndicats et les partis « de gauche ».

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Alain Duhamel croit que la montée Marine et l’effondrement Hollande vont forcer l’UMP à accélérer le mouvement en termes d’organisation et l’obliger à élaborer un programme d’inspiration nettement libérale (qui serait du Hollande assumé et qui réussit). Peut-être… Mais l’hypothèque Sarkozy n’est pas levée malgré les « affaires ». L’ancien président est un homme d’action pour qui tous les moyens sont bons pour un seul objectif : gagner. S’il l’emporte, à l’arraché, ses rivaux traîneront les pieds, se feront boulets, laissant la Force imposer (tout seul) ses idées (courtes).

Or le système présidentiel français n’est pas fait pour l’activisme solitaire : le président a été conçu par De Gaulle et Debré comme décisionnaire, mais arbitre. Au Premier ministre de gouverner, au président de donner les grandes orientations (mais seulement les grandes) et de décider en dernier ressort : par les moyens solennels du changement de Premier ministre, de la Déclaration aux Assemblées, du référendum, de la dissolution (arme ultime). Jospin qui se voulait chef de gouvernement malgré la cohabitation a poussé aux législatives juste après les présidentielles ; Chirac le démissionnaire de la Ve a laissé faire le quinquennat; Sarkozy l’hyperactif a achevé de déformer les institutions, emportant certes les médias avec lui dans le tourbillon qu’il crée (ils n’ont que ce qu’ils méritent), mais désorientant l’opinion. Il est donc amené à caricaturer sa volonté, à zapper sans cesse d’un thème à l’autre, suscitant chocs et résistances dans un pays au fond conservateur et ancré sur des principes généraux que les Français répugnent à jeter aux chiens (république, laïcité, identité culturelle historique, puissance francophone).

Nicolas Sarkozy peut-il gouverner au centre, dans la modération arbitrale requise d’un président de la Ve République ? Après 5 ans d’expérience 2007-2012 et au vu de sa jalousie infantile à créer l’événement en disant tout et son contraire, c’est probablement trop demander. Si lui ne se met pas « au-dessus des partis », comme le requiert la fonction, les électeurs tendront à pencher vers une autre candidate, elle « contre les partis » – car la caste politique est tellement déconsidérée par les Français qu’ils désirent une présidence garante de l’intérêt général, au-delà des petites querelles de bac à sable, arbitre sage des évolutions nécessaires.

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Hollande est-il dans l’impasse ?

Pas facile de gouverner, surtout lorsqu’on a été élu sur un malentendu (contre l’histrionisme de Sarkozy) et que l’on est issu d’un parti sectaire, tétanisé par le pouvoir. Il y avait déjà peu d’idées avant, il n’y a plus aujourd’hui aucune idée au parti socialiste : le désir s’est éteint avec l’orgasme. L’agence de notation financière Standard & Poors vient de dégrader la note de la France à double A « seulement ». Piaillements dans le volailler politique !

Le Figaro voit se confirmer que la France suffoque sous le poids de sa fiscalité, tandis que le gouvernement se montre incapable d’engager une réduction des dépenses publiques. On parle de blocage, toute marge de manœuvre coincée entre impôts et chômage, les deux au maximum du supportable. Jean-François Copé dénonce, c’est de bonne guerre, un « déni ahurissant » du gouvernement. On pointe ailleurs, avec plus de raison, qu’à Marseille et en Bretagne le gouvernement sort le chéquier pour étouffer le mécontentement « au profit de ceux qui se sont montrés les plus bruyants, voire les plus violents » (L’Alsace). Les impôts rentrent moins et les dépenses continuent de filer.

Pour le gouvernement Hollande, la cure est la seule politique possible, réduire le déficit est la seule façon de récupérer des marges entre taux d’emprunts d’ État raisonnables et cohésion sociale. Nous le croyons volontiers – sauf que c’est l’exacte politique menée par le gouvernement Sarkozy en 2011 – qui fut pourtant dénoncée en son temps par Hollande : ignorance de la crise ou mauvaise foi politicienne ? Paul Krugman (prix d’économie 2008 en l’honneur d’Alfred Nobel) célèbre cette version optimiste en trois notes sur son blog : « Je maintiens mon appréciation : S & P n’a pas vraiment évalué le risque de défaut Français, il tape les Français sur les doigts pour ne pas s’être suffisamment engagés à démanteler l’État-providence. » La seule concession de Hollande aux grognements a été de reculer l’échéance de deux ans (et probablement plus). L’erreur du président a probablement été de croire au retour imminent de « la croissance » comme si de rien n’était, avec une inversion assez rapide de la courbe du chômage. Il pensait 2.5% en 2013 et pas 0.2%…

Les ministres ont attaqué le thermomètre, les agences de notation, dont ils dépendent pourtant à cause de l’endettement qu’ils poursuivent. Arnaud Montebourg a, comme d’habitude, jeté « n’importe quoi pourvu que ça mousse » en déclarant tout simplement « n’accorder absolument aucun crédit à ces agences de notation ». Il prouve donc, si la langue française a encore un sens, que la note triple A français ne valait rien auparavant. Donc que les marchés sont bien bêtes de prêter à l’État français à des taux aussi ridiculement bas. L’inverse même de ce que montre Paul Krugman… mais on ne peut pas demander à une grande gueule et néanmoins ministre de connaître quoi que ce soit à l’économie, quand même ! On est en France, pas ailleurs, la politique doit toujours avoir raison, même contre la réalité. Les socialistes ont évidemment recours à la bonne vieille ficelle usée de « la faute à Sarkozy ». Lorsque la violente récession 2009 est survenue, qu’auraient-ils faits, eux, sinon de laisser filer pareillement le déficit ?

Marine Le Pen accuse l’Europe, comme la gauche bobo férue d’économisme (célafôta l’euro, célafôta la concurrence exigée par Bruxelles, célafôta Merkel, célafôta l’Allemagne). Jean-Luc Mélenchon accuse globalement « la finance » (moins il dit ce que c’est concrètement, mieux le complot fonctionne). En bref, c’est la faute à tout le monde (le thermomètre, les concurrents, les partenaires, les institutions, l’argent…) – mais ce ne saurait être la faute ni du socialisme (qui a toujours raison – mais toujours demain), ni des politiques concrètement menées depuis mai 2012 : désigner à la vindicte publique les gagneurs, décourager les innovateurs, insulter les repreneurs, taxer toute production, faire rentrer les impôts où est l’argent – sur les classes moyennes beaucoup et sur les riches très peu – car il y a très peu de riches, Thomas Piketty, pourtant gourou de la gauche bobo férue d’économisme l’avait dit et redit. Même les hochets (retardés) offerts aux entreprises, sont des usines à gaz compliquées et paperassières comme le Pacte national pour la croissance, la compétitivité et l’emploi avec son crédit d’impôt différé, et restent soumises au bon vouloir sourcilleux de l’Administration.

Patrick Artus, économiste de gauche rationnel et directeur de la recherche de Natixis, estime que l’agence de notation a eu raison de dégrader la note de la France. Car « compte tenu des perspectives démographiques, du système de retraite et des problèmes de compétitivité, nous ne voyons pas comment nous pourrions dépasser un taux de 1 % » de croissance dans les années à venir. « Plus grave, le déficit structurel de la France est beaucoup plus élevé qu’on le dit, car la crise nous a fait perdre des points de croissance potentielle, -6% dans l’industrie et -8 % dans la construction. » Pour respecter 3,5 % du PIB en déficit budgétaire, « contrairement à ce que dit le gouvernement, l’essentiel de l’effort est devant nous et pas derrière. Il faudra encore augmenter les impôts ou diminuer vraiment les dépenses. » Source ici.

indicateur avance croissance t4 2013 natixis

Alors, que faire ?

Maintenir les impôts, peut-on faire autrement ? mais ne plus les modifier tout le temps ni les augmenter globalement car trop c’est trop. C’est moins le niveau de prélèvement qui compte, que la tendance au toujours plus et à la remise en cause de ce qui existe : pas une semaine qui ne passe sans l’annonce à grand son de trompe (à destination de la seule gauche de la gauche ?) que l’on va taxer et encore taxer, et rétroactivement, rompant le contrat de confiance de l’épargne – dont les entreprises, l’assurance dépendance et les retraites ont pourtant tant besoin ! Le petit peuple se révolte, par texto et sans les syndicats, en « démontant » à la Bové (c’est-à-dire en détruisant) les bornes écotaxe et même les radars, sans parler – pour l’instant – des sous-préfectures. Cet écotaxe était pourtant rationnelle, acceptée aussi bien par la droite que la gauche en son temps – mais seulement par les « représentants » et par les élites. La province et les besogneux en ont assez des bobos écolos et de leur prédation justifiée par un discours hystérique sur le climat, la santé, la catastrophe planétaire. Les écolos français sont loin des écolos allemands – et là aussi, comme en économie, la comparaison est cruelle pour la France. Le seul impôt qu’il est encore possible d’augmenter sans mettre les gens dans la rue, est la TVA « normale » : le Danemark est bien à 25%. Ce serait taxer les importations aussi bien que la production nationale, donc pas si bête ; ce serait laisser à chacun le choix d’acheter des produits chers ou de consommer plus frugalement, puisque ne paye la taxe que qui achète. Mais c’est un tabou à gauche !

Réduire les dépenses publiques, mais c’est là que le bât blesse. Il touche en effet toute cette clientèle captive des élus locaux, des strates administratives, des fonctionnaires d’État et territoriaux, des syndicats et mutuelles qui vivent très bien de la prébende d’État et des monopoles de faits de la représentation, qui profitent des subsides publics de la prévention et de la formation permanente. Pas moins de six niveaux entre la commune et l’Europe : donc six administrations, six producteurs de règles et de paperasses, six délais de décision et d’arbitraire. Réduire la dépense des ministères est déjà largement engagé, on ne peut guère faire plus – sauf à réviser le maquis touffu des lois et réglementations, qui pourraient être simplifiés – et laisser plus l’armée dans les casernes au lieu de la faire intervenir au Mali, voire en Syrie : si l’on veut une politique internationale, il faut en garder les moyens. Réduire la dépense locale est possible à la marge, notamment en embauchant moins de fonctionnaires à vie, mais les collectivités ne peuvent être en déficit de par la loi (fort heureusement !), il y a donc peu de gains à tirer. Le budget de la Sécurité sociale, qui comprend trois branches, maladie, vieillesse, famille, est politiquement sensible mais peut être contenu.

Restent surtout ces réformes ambitieuses promises par le candidat, dont on ne voit toujours pas pointer le bout de la queue : la « Grande réforme fiscale » (qui permettrait de faire payer effectivement ceux qui ont beaucoup et moins ceux qui ont peu), la « Grande réforme des retraites » (à points pour tout le monde, mais au détriment des régimes « spéciaux » privilégiés), la réforme des collectivités territoriales (enterrée pour cause d’élections municipales en 2014 ?), le « choc de compétitivité » (qui ne choque personne tant il est timoré), la mise à plat des aides à l’emploi et à la formation des chômeurs (dont les syndicats ni les patrons ne veulent pas – les premiers parce qu’ils seraient privés de la manne financière de la formation professionnelle qu’ils trustent, les seconds parce qu’ils profitent des effets d’aubaines des embauches de jaunes ou de maintien en emploi des seniors, sans que cela n’influe sur leur politique d’embauche).

L’économie sociale et solidaire, c’est bien, mais ce n’est pas elle qui embauchera de gros bataillons de travailleurs. Le contrat emploi-jeunes permet de faire sortir plusieurs centaines de milliers de mal formés mal éduqués et non vendables des statistiques de Pôle emploi, mais ne leur donnera aucune qualification d’avenir – et fera tache sur leur CV s’ils veulent entrer en entreprise. Je ne suis pas le seul à regretter l’abandon – en rase campagne – de quasiment toutes les promesses raisonnables du candidat. Ne subsistent que les « marqueurs de gauche », dont près des deux-tiers des Français se foutent, selon les sondages, car ils n’ont pas votés POUR la gauche mais CONTRE Sarkozy : mariage gai, imposition à 75%, suppression des peines plancher, retour d’une illégale expulsée, condamnation des clients qui vont aux putes, et autres créations de salles de shoot.

Le président aurait du être aidé par un parti qui se pique de penser, le seul désir en tête, aiguillonné par une majorité parlementaire tant à l’Assemblée qu’au Sénat – mais il n’en est rien. Rien de rien ! Lui-même, Hollande, que fait-il pour relancer l’initiative ? Cet état zéro de la politique, ajouté à l’incessant changement fiscal plus agité que Sarkozy lui-même, désespère l’électorat qui paye toujours plus sans que rien ne change au fond. Dommage que l’opposition soit si indigente, entre un Copé sans idée et un Fillon velléitaire, sans aucune alternative à un improbable retour d’un Sarkozy que tous admirent mais dont aucun ne veut plus.

Peut-on pronostiquer un envol du Front national et de l’Alternative centriste aux prochaines élections européennes ? Un net recul socialiste et écologiste aux municipales de 2014 ? L’heure est sans aucun doute au « sortez les sortants ! »

Sur une idée de Daniel, je publie ci-après la traduction de la troisième des notes publiées par Paul Krugman sur son blog, après le temps de la réflexion (la première, citée plus haut, était à chaud) : Blog qu’il intitule « La conscience d’un libéral » sur http://krugman.blogs.nytimes.com/
9 novembre 2013, 12:43 « Plus de notes sur le France-Bashing »

Tout d’abord: la France a des problèmes. Le chômage est élevé, en particulier parmi les jeunes, de nombreuses petites entreprises luttent, la population est vieillissante (mais pas autant que dans de nombreux autres pays, l’Allemagne plus que les autres y compris.)

Par n’importe par quel bout je la prenne, la France ne semble pas être trop mal par rapport aux normes européennes. Le PIB a récupéré à peu près son niveau d’avant-crise, le déficit budgétaire est assez faible et la dette à moyen terme n’est pas du tout effrayante, les projections budgétaires à long terme sont en fait assez correctes par rapport aux voisins grâce à un taux de natalité plus élevé.

Pourtant, le pays fait l’objet de commentaires injurieux, plus qu’ailleurs. Par exemple The Economist, il y a un an, qui déclare que la France est « La bombe à retardement au cœur de l’Europe». Ou CNN déclarant que la France est en «chute libre».

Ce billet CNN donne effectivement quelques arguments. Il fait valoir que la France est confrontée à un « béant écart de compétitivité » en raison de la hausse des coûts de main-d’œuvre. Hmm. Mais voilà ce que j’observe des chiffres de la Commission européenne comparant la France à la zone euro dans son ensemble : (graphique coûts unitaire du travail 1999-2013, France comparée à zone euro)

Il y a un peu de détérioration, je suppose – mais c’est plus un flottement qu’une chute.

CNN déclare également, « le déclin de la France est mieux illustré par la détérioration rapide de son commerce extérieur. En 1999, la France a vendu environ 7% des exportations mondiales. Aujourd’hui, le chiffre est un peu plus de 3%, baissant rapidement. »

Hmm. Il se trouve que presque tous les pays avancés, les États-Unis évidemment compris, ont une part décroissante des exportations mondiales (l’Allemagne est une exception); le document de recherche de la Fed de New York note que cette baisse est plus ou moins en ligne avec la baisse de la part des économies avancées dans le PIB mondial due à l’essor des nations émergentes, et il décrit la France comme plus ou moins dans les clous.

Encore une fois, il ne s’agit pas de dire que la France est sans problème, la question est pourquoi cette nation modérément agitée attire la dégradation des notes et une rhétorique aussi apocalyptique.

Et la réponse est évidemment politique. Le péché de la France n’est pas un endettement excessif, en particulier la faible croissance, la productivité moche (elle a plus ou moins suivi l’Allemagne depuis 2000), la faible croissance de l’emploi (idem), ou quelque chose comme ça. Son péché est celui d’équilibrer son budget en augmentant les impôts au lieu de sabrer les avantages. Il n’y a aucune preuve qu’il s’agit d’une politique désastreuse – et, en fait, les marchés obligataires ne semblent pas concernés – mais qui a besoin de preuves ? »

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Dangereux vide politique

François Hollande élu depuis un an… un abyssal vide politique ! Après la crise économique de la finance et de l’industrie, la crise sociale du chômage et des impôts, la crise morale DSK et Cahuzac, la crise sociétale de la filiation sans cause, la France va-t-elle vers une crise politique ? La « rue », pour une fois de droite (et bien peu à gauche), voudrait bien cristalliser le mécontentement en mouvement politique sur l’exemple des Tea parties américains. Je l’avais suggéré dans une précédente note, malgré les flèches de ceux restés bloqués sur la petite politique politicienne : « La France pourrait connaître une évolution à l’américaine, avec une droite de plus en plus à droite mais refuge du collectif national, et une gauche de plus en plus anarchiste-bobo, exaspérée de tout est permis. »

La médiocrité du personnel politique et leur panne idéologique font que l’imagination n’est surtout pas au pouvoir et que la refondation des idées est plus que jamais nécessaire.

nouvel-observateur sont ils nuls

Médiocrité des politiciens

Hollande pourrait se contenter de régner, à la Mitterrand, mais le quinquennat (voulu par la gauche) et le Premier ministre (voulu par lui) l’obligent à être dans l’arène. Son tempérament procrastinateur, édredon ni oui ni non, ne convient pas à la fonction. Un président doit se prononcer, il n’est pas dans la synthèse d’un secrétaire général de parti. Il tient bon sur quelques sujets économiques, mais sans aucune pédagogie, laissant les roquets au gouvernement lâcher la soupape du discours de gauche. Est-là une « politique » ? Les citoyens ont l’impression de ne pas être entendus, qu’aucun parti au Parlement ne les représente plus. D’où la rue et les tiraillements au PS.

Dans ce vide politique, la droite pourrait s’engouffrer, mais elle manque de discours cohérent et de chef légitime. Chacun joue sa partie, les « vieux » usés par leurs clowneries de candidats à la présidence de l’UMP, les nouveaux aux dents longues à longueur d’antenne pour la mairie de Paris. Coppé n’est pas crédible, Fillon est dépassé, Juppé reste sur ses terres, NKM se barricade à Paris et Raffarin en Chine… Au total, la droite s’est trop déportée à droite avec Buisson et Coppé. Elle a été battue de peu à cause de cela et du style Sarkozy ; mais les socialistes sont allés trop loin avec la procréation assistée et le laxisme sur les mœurs (cannabis, abolition des peines bloquées etc.), ce qui fait revenir au galop les régions catholiques vers l’anti-Hollande – Hervé Le Bras le dit très bien. 

C’est la chienlit, comme disait de Gaulle, expert ès querelles de bac à sable, fomentées par des « minables » qui ne voient pas plus loin que le bout de leur mufle, « cuisant à petit feu leur petite soupe dans leur petit coin ». Vous avez reconnu les partis : ces « machins » qui devraient sélectionner des candidats valables, comme partout ailleurs dans les démocraties, mais qui ne servent plus en France qu’à se hausser entre soi dans un jeu de l’ego. Coppé n’est pas légitime, Désir est nullissime, les deux jouant leur petit dictateur au mépris des statuts et des règles. Comme si la légitimité résidait dans l’oukase, comme si le charisme se résumait à la grande gueule. Ont-ils compris quelque chose au pouvoir ?

Panne idéologique

La gauche reste empêtrée dans la dépense publique, la redistribution clientéliste, la fiscalité incompréhensible et instable, le gros État à surtout ne jamais réformer, le tabou à accepter mondialisation et rationalisation, le jusqu’auboutisme dans le laxisme des mœurs ultra-individualistes. La droite n’a pas de vision d’avenir, elle en reste au passé, le recours à Sarkozy tenant lieu de projet politique faute de mieux. Comme toute réforme passe par ceux-là mêmes qui profitent du système (élus, technocrates, fonctionnaires, syndicalistes), il y a grande répugnance à ce que cela change. A l’arrogance intello de gauche répond en 2013 l’action directe à droite, qui rassemble bien plus que les groupuscules activistes catholiques ou étudiants. L’aspiration dans les sondages à faire ce que les Italiens font – un gouvernement d’union nationale – dit combien les électeurs ont, dans leur majorité, ras le bol de ces politiciens minables qui se croient légitimes. 2014 ou 2017 verront-elles la réforme forcée du millefeuille étatique dans l’urgence pour incapacité prouvée à résorber le déficit structurel ?

handicap france patrick artus 2013

Aujourd’hui, que reste-t-il ? La peur. Dans le délitement social, les politiciens qui devraient au contraire motiver le pays, montrer la voie de solutions à long terme ont aussi peur que la société – mais pour leurs privilèges.

  • Peur du changement : continuer contre vents et marées faute d’imagination.
  • Peur de la politique : droite ou gauche, surtout ne rien changer au logiciel, on perdrait des électeurs. Dommage que les socialistes ne l’aient pas compris avant le mariage gai.
  • Peur de la rue : accuser la droite de pactiser avec le diable, accuser la gauche d’assassiner des enfants – recours au « fascisme » ou au « couteau entre les dents », vieilles rengaines qui ne disent rien d’autre que l’abyssale stupidité de leurs auteurs.
  • Peur d’expérimenter d’autres canaux de communication entre les citoyens et les décideurs : et pourquoi pas le référendum d’initiative populaire, ou les consultations de citoyens, ou la pédagogie télé, comme Yves Montand l’avait fait sous Mitterrand ?
  • Peur de se remettre en cause : notamment les droits hors du commun des politiciens professionnels, qu’ils soient ministres, députés, sénateurs ou patrons publics (les travaux du siège de la BPI).
  • Peur de l’Europe : qui ose dire à l’Allemagne qu’on ne peut chaque année « attendre les élections » pour décider à 17 ou 27 ? mais qui ose dire aussi qu’il faut réformer chez soi pour converger avec l’Allemagne ?
  • Peur d’approfondir l’Union : à quand une Assemblée européenne élue directement au niveau européen, le même jour, sur des partis européens ? à quand la désignation d’un président élu par le Parlement européen à la tête de la Commission ? à quand le Conseil des chefs de gouvernement remplacée par un Sénat représentant les États-nations et les régions ?

L’imagination n’est surtout pas au pouvoir !

La gauche embourgeoisée depuis Mitterrand s’est installée dans le système, elle ne veut surtout pas le changer ; elle préfère d’ailleurs l’opposition, plus confortable : on peut critiquer sans avoir à choisir, donc promettre n’importe quoi pour se faire mousser. Mélenchon l’a très bien compris, même s’il rassemble peu avec ses rodomontades d’un autre âge. La droite en perte de repères (et surtout de chef qui fasse rentrer dans le rang les ados attardés), rejoue le monôme comme en 1934, encourageant des ligues de factieux malgré la modernisation gaulliste.

Or le monde a changé, les Français ont changé, les petits jeux entre nantis politiques n’amusent plus que les médias parisiens. Si l’opposition descend dans la rue, c’est qu’elle ne paraît pas dans les partis politiques. Le slogan « indignez-vous » n’est pas – ô surprise ! – réservé à la gauche. La droite se radicalise parce que personne n’écoute les classes moyennes qui ont peur du déclassement et se raccrochent aux ‘valeurs’. Circulez, dit Hollande incapable ; on attend 2017, dit Fillon impuissant. Résultat : 30 000 militants devant Mélenchon le 5 mai; 40 000 teufeurs à Cambrai pour une rave. Cherchez où est la politique !

Cette inertie fait surgir Marine Le Pen. La fille de son père a eu l’intelligence tactique de quitter la droite extrême ancrée dans le passé vichyste, OAS ou anti-68. Elle se présente comme la droite qui décide, plus à droite que l’UMP mais dans la tendance sociale-étatiste qui est l’un des aspects du bonapartisme, incarné aussi bien par de Gaulle que par Chevènement, Fabius ou Montebourg. Mélenchon, à côté d’elle, fait pâle figure, populiste racoleur poussant le contentement de soi jusqu’à proposer d’être calife à la place du calife (comme Sarkozy sous Chirac). Hollande, s’il ne réagit pas, la droite, si elle ne trouve pas de nouveaux repères avec un nouveau candidat légitime, laisseront proliférer les extrêmes. Parmi eux, pas difficile de deviner qui va l’emporter !

marine le pen tire ta langue

Quelle refondation des idées ?

L’individu n’est ni entièrement autonome, ni entièrement rationnel comme le croit la droite – mais un peu quand même. Il est mu par des forces invisibles pointées par le marxisme, le freudisme, le structuralisme, le foucaldisme, le bourdieusisme, comme le croit la gauche – mais il n’est pas pour cela une marionnette. Si l’individu est pris dans un champ de forces, il reste relativement autonome. Donc tout pouvoir ne peut décider à sa place ce qui est bon pour lui, ni les technocrates de droite, ni les idéologues de gauche. Pas de volontarisme anti-européen comme le prônent certains irresponsables pour faire la roue ; pas d’inertie suiviste de l’austérité morale allemande, comme d’autres le croient par paresse intellectuelle. Merkel en prétexte à tout balancer ou à ne rien faire ? Quelle blague ! L’économie n’est une science qu’humaine, pas exacte. Elle fonctionne sur la confiance – comme toute société politique. Encore faut-il que cette confiance se mérite et que la subsidiarité empêche l’État parisien ou le Machin bruxellois d’intervenir sur tout, à tous niveaux.

La traduction politique française en est certainement la rationalisation de la dépense publique, excessive et gaspillée (47% de prélèvement obligatoires en 2013 contre 43% en 2011) ; une fiscalité apaisée qui ne change pas tous les deux ans en inhibant l’investissement, l’épargne, la consommation, l’entreprise et l’emploi ; des lois et règlements moins nombreux, mieux rédigés par moins d’élus mais avec plus de moyens ; des lois moins rigides qui ne détaillent pas tout pour laisser une autonomie à la jurisprudence des cas réels ; une éducation moins jargonnante en français, moins nulle en langues et moins axée sur l’élitisme matheux ; une formation adulte ouverte à tous à tout moment ; l’encouragement à entreprendre  et pas le mépris pour « les riches » – cette race mystérieuse surgie des envieux. Le bouc émissaire allemand est bien commode aux pusillanimes de gauche qui attendent la croissance comme d’autres Godot. Bien commode aussi aux extrêmes qui croient que sans l’euro ni Schengen tout irait beaucoup mieux.

Sur ces sujets, il y a une sensibilité de droite et une de gauche – mais abordons enfin ces vraies questions au lieu du mariage gai et autres diversions sur la transparence des élus ou le vote des étrangers ! Depuis un an, combien de chômeurs en plus par laisser-aller de gauche sur la fiscalité aberrante et l’entreprise ignorée ?

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Social-individualisme

Article repris par Medium4You.

Terminé le national-socialisme, vive le social-individualisme ! Tel semble le message de notre époque, qui a remplacé les élans collectifs (pour le meilleur comme pour le pire – voir l’Iran) par des élans narcissiques, centrés sur l’individu. Le mouvement démocratique libère la personne des appartenances biologiques, claniques, sociales et même physiques. L’hérédité ne fait plus l’identité. Celle-ci devient multiple, construite tout au long de la vie, bariolée. Mais cela ne va pas sans risques.

Le premier risque est celui de la peur. La liberté fait peur car nombreux sont ceux qui ne savent qu’en faire, effrayés de devoir décider par eux-mêmes après avoir réfléchi. D’où cette régression réactionnaire vers un âge d’or, un Dieu qui commande, une religion qui prescrit en détail comment se comporter, un parti qui décide de la morale, des syndicats qui défendent obstinément les zacquis, un chef qui montre le chemin… Merah se croyait missionné d’Allah pour tuer de sang froid de jeunes enfants élevés dans une autre religion (sans même qu’on leur ait laissé le choix).

Le second risque, inverse, est celui de la démesure : tout est permis. La liberté devient la licence, l’émancipation le droit de faire ce qu’on veut, au gré des désirs les plus fous. On se marie entre gais, on baise avec n’importe quel « cochon », on tue sans assumer les suites (dans la série Poubelle la vie), on refuse l’Europe-contrainte, on nie les simples lois de l’économie, on refuse toute entrave au désir du tout tout de suite. Ainsi, l’éthylotest en voiture devient-il une contrainte insupportable, incitant un gouvernement de gauche à agir comme Chirac, président de droite : « je promulgue la loi mais je demande qu’on ne l’applique pas ». Pourquoi rendre légalement « obligatoire » l’éthylotest si ne pas en avoir n’emporte aucune conséquence ? Autant supprimer l’obligation pour n’en faire qu’un conseil de la Prévention routière. Mais non : jamais un gouvernement jacobin n’acceptera de laisser le choix à la société civile, il lui faut toujours énoncer le Bien.

Peur de la liberté, démesure de la licence, ces deux pôles semblent les tentations de la politique. La droite veut conserver, voire revenir sur les excès de libertés ou de réglementation. La gauche veut aller toujours plus de l’avant, faisant du « progressisme » un objectif en soi, sans but, sans définir un progrès vers quoi. La droite veut immobiliser le changement trop rapide de la société, la gauche veut chevaucher le mouvement social. Rien n’a changé en apparence, nous serions dans le clivage classique.

Mais ce serait trop simple, car en économie, c’est l’inverse. En France, la droite est pour s’adapter au monde qui bouge, la gauche frileuse pour résister des quatre fers à tout ce qui change. La gauche d’immobilisme et la droite de mouvement, c’est nouveau… mais rappelle les années 30, où le « progressisme » sort du collectif à gauche pour s’incarner dans l’individualisme, tandis que la droite l’investit massivement !

Cela en théorie, car droite et gauche se rejoignent au gouvernement. Hollande fait concrètement du Sarkozy, il n’y a que le style qui soit différent. Le résultat des élections est tiède, déplaisant à tous ceux de droite comme à tous ceux de gauche. Restent les raisonnables, de moins en moins nombreux, les européens de conviction, les centristes et les sociaux-(qui voudraient bien être)-démocrates – mais sans syndicats puissants.

La tentation de la politique sera donc de refaire du clivage entre droite et gauche. Comment ?fefe Lucile Butel

Depuis des décennies, la droite ne dit rien de l’avenir. De Gaulle montrait le chemin de l’indépendance et de la grandeur nationale, jusqu’à Giscard avec les réformes de mœurs devenues indispensables pour adapter le pays aux mœurs (divorce, avortement, égalité dans le couple, majorité à 18 ans). Mais Chirac n’a rien foutu, roi fainéant conservateur, médiatique anesthésiant. Sarkozy changeait d’avis de mois en mois, reniant ce qu’il affirmait d’abord, refusant d’abolir ce qu’il aurait dû, par exemple ISF et 35 heures, surfant en avant des médias pour faire tout seul l’actualité. Ni le somnifère ni le prozac ne sont de bons moyens de gouverner : la droite n’aurait-elle rien à proposer de plus équilibré ? Ni Chirac, ni Sarkozy, où sera le nouveau projet de société ? Bruno Le Maire, François Fillon, NKM ? Comme nul ne voit rien venir, certains ont la nostalgie du retour de Sarkozy.

Depuis des années, la gauche est restée hors du gouvernement. Elle n’assume donc qu’avec réticences et couacs répétés les « ajustements » nécessaires des promesses au réalisable, de l’idéal « de gauche » au quotidien concret. Promettant l’emploi pour tous dans quelques mois, elle ne réussit que le chômage pour tous par ses insultes aux créateurs d’entreprise, par sa pression fiscale sur les sociétés et sur « les riches » (de la classe moyenne), par sa posture anti-finance (malgré une réforme bancaire avortée) et son théâtre anti-repreneurs s’ils sont étrangers (Mittal, Taylor…). Après avoir accusé la TVA d’être « de droite », voici que la gauche va l’augmenter, après avoir accusé Sarkozy de « brader » les acquis de retraite, voici que la gauche va les remettre en cause, après avoir vilipendé la semaine de 4 jours, voilà que les syndicats d’enseignants vilipendent l’abolition de la semaine de 4 jours, après avoir juré que « jamais » il ne signerait le pacte de stabilité européen, voilà que le gouvernement de gauche le signe selon la version Sarkozy et les désirs allemands. C’est que la réalité des choses rattrape les grands discours abstraits – dans le même temps que l’individualisme narcissique se fiche du collectif comme de son premier slip. Le « Moi, président de la République, je serai irréprochable » nomme ses copains plutôt que des compétents (Jack Lang, Olivier Schrameck, Ségolène Royal…). Les rodomontades du Montambour (merci Alain Ternier pour cet heureux surnom) sonnent creux devant les nécessités industrielles de Florange, Pétroplus, Goodyear et du journal la Provence. Toujours, c’est le « moi je » qui règne et pas le collectif, plus de salaire au détriment de l’intérêt des élèves, plus de copains confort qui ne feront pas de vagues, plus de célébrité auprès de syndicats et de la gauche radicale.

La gauche délaisse alors l’économie où elle ne peut rien – que surveiller et punir (ce qui aggrave la crise) pour faire diversion dans le libéralisme… sociétal. Il répond au narcissisme moi-je d’époque et devrait faire dévier la ligne raisonnable de François Hollande en radicalisme anarchiste à la Beppe Grillo. C’est la vraie tentation de la gauche que de reconstituer du clivage en ce sens. En manipulant le politiquement correct, mariage gai, mères porteuses, droit de vote aux étrangers, toutes les revendications minoritaires deviennent des « droits » pour répondre au prurit d’égalité sans limites. Même les casseurs et autres agresseurs condamnés par la justice deviennent légitimes… s’ils sont syndicalistes ! Le gouvernement de gauche leur reconnaît une égalité supérieure aux citoyens ordinaires : ils peuvent impunément tabasser, casser, séquestrer, sans être condamnés pour autant. Il s’agit de « luttes sociales », donc permises. Un conseil aux maris jaloux ou autres vengeurs : prenez votre carte de la CGT, entraînez votre ennemi dans une manif et foutez lui sur la gueule : vous resterez impunis.

Mais les ouvriers déclinent, mondialisation et productivité obligent. Ceux qui restent délaissent la gauche, surtout le parti socialiste, au profit des fronts, d’ailleurs plus le national que le « de gauche ». Le socialisme perd alors son prétexte social pour changer de clients. Vive l’immigré et le bobo urbain ! Donnons le droit de vote aux étrangers, abolissons les genres, permettons toutes les provocations individualistes-narcissiques. Là est l’avenir puisque là serait « le progrès », induit par le mouvement social qui va sans but.

couple erotique

Le pire vient probablement d’avoir lieu avec le roman Iacub où culture s’abrège en cul tout court. Nous avons là le meilleur exemple de l’amoralité bobo de gauche : l’individualisme absolu, le narcissisme du désir exacerbé, l’aboutissement du libertaire revendiqué depuis Fourier en passant par mai 68. Entre adultes consentants, tout est permis s’il n’y a ni torture ni meurtre ; le désir violent d’être violée peut même se concevoir dans une démarche de jouissance jusqu’au bout (et très vit). On peut même rire de cette lutte pour la domination entre bourgeois cosmopolites mâle et femelle. Mais où serait l’information si le naming répété dans les médias ne constituait les ragots croustillants ? Où serait la « littérature » s’il ne s’agissait de la marque déposée DSK, « ex-Directeur du FMI, ex-candidat à la présidence de la République, ex-figure de la gauche socialiste » ? Le niveau s’abaisse au caniveau. Nul ne peut croire qu’on cherche la « sainteté » en devenant pute à « cochon ». A moins qu’il ne s’agisse de victimiser le prédateur pour renverser l’opinion ? Les victimes apitoient toujours… alors qu’un procès en prostitution a bientôt lieu à Lille.

Voilà de quoi renforcer à la fois le Front national et les islamistes ou cathos intégristes. Voilà de quoi séparer un peu plus le peuple et les élites, la classe moyenne familiale laborieuse et l’hyper-classe supérieure individualiste et riche. Comme à Athènes au IVème siècle : comme quoi le « progrès du mouvement social » est une idéologie qui n’a aucune consistance historique…

D’où mon pronostic (pas mon souhait) :

  • Les classes moyenne et populaire vont volontiers voter de plus en plus à droite (comme chez les Républicains américains) – tant mieux si la droite sait récupérer le raisonnable, l’Etat protecteur sans entraver l’initiative, le moindre gaspillage des deniers publics. Sinon ce sera le Front national qui va grossir.
  • La classe des élites mondialisée et des petits intellos « révolutionnaires » va voter de plus en plus à gauche, surfant sur l’individualisme narcissique – en cherchant à racoler les antisystème, immigrés, étrangers, gais-bi-trans-lesbiens, artistes, écolos, fonctionnaires et autres clients captifs de l’État-prébendes. Tant mieux si le hollandisme ne déçoit pas trop. Sinon les troupes pourraient bien conforter le PDG de Mélenchon, qui se verrait volontiers en Saint-Just appelant aux armes contre les riches et aux frontières contre Bruxelles.

La France pourrait connaître une évolution à l’américaine, avec une droite de plus en plus à droite mais refuge du collectif national, et une gauche de plus en plus anarchiste-bobo, exaspérée de tout est permis. Ce qui promet de prochaines élections intéressantes…

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Les clowns politiciens

Cela fait une semaine que les clowns occupent les médias pour leur théâtre d’ego. Les clowns de droite. A-t-on idée des ravages que fait dans l’opinion un tel histrionisme ? Les bobos de l’élite parisienne matamorent dans une guéguerre de bac à sable comme s’ils avaient deux ans !

Alors que la récession économique menace, que la pression fiscale de gauche assomme TOUS les revenus grâce à la CSG, impôt qui serait plus « juste » parce que prélevé sans état d’âme sur n’importe quel revenu (même celui des chômeurs et des allocataires de solidarité !) avec le même pourcentage – alors que la TVA (qui a 3 taux différents) est un CHOIX de consommation… La « justice » de gauche n’est pas la mienne. Le « pareil pour tous » n’a jamais été de la « justice » mais de la flemme d’État pour ceux qui sont au pouvoir.

Sur la droite, plusieurs remarques :

Faire voter les militants seulement et pas les sympathisants (comme au PS) ridiculise les médias et les sondages, qui font l’amalgame sans réfléchir ; les résultats ne peuvent qu’en être biaisés. Qui connaît « les militants » de l’UMP ?

La désorganisation desdites élections (qui ne portaient que sur quelques 200 000 personnes) ne sont pas à l’honneur des politiciens UMP. N’ont-ils jamais vu une seule élection ? Méprisent-ils autant « le peuple » que de leur faire faire la queue pour voter comme sous l’URSS ? N’ont-ils rien vu, rien prévu, rien pensé ? Ont-il laissé faire les « petites mains » incapables parce qu’eux sont « au-dessus » de cette « intendance » ?

Plus la base est large, moins il y a possibilité de fraude. Réserver le vote aux seuls militants, c’est donner la tentation à certains groupes partisans de truquer les résultats. On a vu la différence entre le congrès de Metz et la primaire socialiste. La droite est-elle incapable d’observer ce que font ses adversaires et d’en tirer des leçons ?

On ne vote pas pour un chef de parti comme on vote pour un candidat à une primaire présidentielle. La droite, consciemment mais à tort, affecte de confondre les deux. Copé est probablement plus ferme et plus pugnace comme chef de parti que Fillon. C’est ce qu’on demande à l’UMP quand on est militant. Quant à être le prochain candidat à la présidentielle, il y a une marge. Le profil n’est absolument pas le même. On le voit avec Hollande, bien loin de son modèle Mitterrand. Il apparaît comme président de « la gauche », voire du seul PS, alors qu’il devrait l’être de TOUS les Français. Ce que les gaullistes ont toujours su faire… jusqu’à Sarkozy.

Le rassembleur à droite n’existe pas encore. Mon avis est que Nicolas Sarkozy, qui a été rassembleur sans conteste, ne peut revenir, même comme « recours ».  Il a fait son temps. Copé apparaît pour l’instant comme un apparatchik, pas un homme d’État. Fillon a l’image d’un velléitaire pour qui il suffit de se présenter pour rallier les suffrages, ce qui n’est pas légitime après 5 ans de suivisme obéissant comme Premier ministre de Sarkozy.

C’est qu’on a changé d’époque et les politiciens semblent ne pas le savoir. Le quinquennat est une nouveauté absolue en France. Le chef de l’État y devient non plus le monarque au-dessus des partis qu’avait voulu de Gaulle (concept auquel ni Chirac ni Jospin n’ont jamais rien compris), mais le rassembleur de son camp contre le camp d’en face. Ce qui implique un parti offensif pour attirer les mécontents du gouvernement en place, mais aussi une capacité à ménager le centre, sans lequel AUCUNE élection française présidentielle ne peut se gagner. Le nouveau rôle du Premier ministre n’est donc plus celui qu’avait défini Pompidou avec de Gaulle : il n’est plus la courroie de transmission entre Exécutif et Législatif, mais l’exécuteur des décisions présidentielles, comme un Secrétaire d’État américain.

La grâce de Hollande (à peine plus d’un pourcent) a été le rejet de Sarkozy, absolument pas sa capacité à se concilier le centre. Comme si la leçon Ségolène Royal avec François Bayrou en 2007 n’avait pas été apprise. Jean-François Copé va-t-il faire la même erreur ? Ce pourquoi François Hollande n’a pas (encore) l’image de président légitime de « la France » : c’est lui qui doit décider, et pas laisser discuter et attendre, ni laisser faire.

Je ne suis militant dans aucun parti, mais si j’étais UMP, nul doute que je quitterai le navire rouillé et ingouvernable pour me rallier à l’union centriste (ou à Marine Le Pen si l’extrémisme devait être ma tasse de thé). La leçon du vaudeville dérisoire de cette semaine est donc la régénération du centre (auquel Fillon devrait faire les yeux doux s’il était fin politicien) et le confort de l’extrême-droite, qui se réjouit de l’avoir bien dit.

Sauf que les cartes sont brouillées : les « spécialistes » ont l’air de dire – l’air de rien – que la droite de gouvernement est coupée en deux, une partie voulant droitiser à la Patrick Buisson et faire alliance avec Le Pen, l’autre partie restant libérale et sociale comme feue l’UDF. Mais les résultats des votes des seuls militants (et pas des sympathisants !) ne permet pas de l’affirmer. Les militants ont voté pour un organisateur ferme, un chef de parti capable de tenir tête à l’idéologie de gauche et de tenir ses troupes dans les Assemblées. Sans préjudice du prochain candidat à la présidentielle que personne ne voit encore surgir aujourd’hui. Il y a des copéistes qui ne voteront pas Copé comme président, et des fillonnistes qui ne voteront pas Fillon.

Et il manque surtout le rassembleur pour 2017… Pas grave, la gauche n’en avait pas jusqu’à un an avant les présidentielle. Mais elle avait des politiciens aptes. Avec ce qui vient de se passer, on ne voit de moins en moins à droite.

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