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Blanche-Gauche et les sept nains

Le parti socialiste veut résumer « la gauche » à son nombril. Malgré Macron et Mélenchon, il présente Hamon et Peillon, Valls et Montebourg, sans parler des figurants. Au premier tour, ces sept nains seront réduits à un – avec la mission de séduire Blanche-Gauche. Le spectacle est pitoyable : croyez-vous que la morosité du quinquennat Hollande soit expliquée, remise en cause, projetée vers la rédemption ? Mais non !

Car il ne s’agit pas, au fond, d’être présidentiable, mais d’être secrétariable. Ce qui se profile est un bouleversement du PS, et ces « primaires » ne sont que des motions déguisées de « courants » qui veulent se pousser du col. D’où ces « nains » présidentiels qui ne sont pas à la hauteur (même Valls, c’est un peu tôt après le bilan qu’il présente, et son reniement du 49-3, entre autres, montre combien il est avide de pouvoir et prêt à tout pour l’obtenir).

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Quoi d’étonnant à ce que les Français, pas dupes, se foutent de ces billevesées ? Le premier débat n’a guère attiré que les militants et quelques sympathisants d’entourage ; il était ennuyeux, sans étincelle et – pire ! – sans avenir. Toujours le bal des promesses irréalisables donc jamais tenues ; toujours les coups de menton et les yakas de tribune, comme si le monde allait se plier au coqueriquage du petit gallinacé rose ? Comme si chacun allait adopter le « modèle français » ?

Par malheur, on le sait bien, on le voit bien : malgré les « politiques de gauche » sous Mitterrand, Jospin et Hollande, malgré le miracle de « la conjonction des astres » (baisse du pétrole, des taux et de l’euro), les exportations françaises n’ont PAS explosé (comme ailleurs), le chômage ne s’est PAS réduit (comme ailleurs), l’endettement n’a PAS diminué (comme ailleurs)… Au contraire ! Les gros impôts (plus qu’ailleurs) sont allés à la dépense publique (plus forte qu’ailleurs) sans aucune incidence positive sur l’économie ni l’emploi.

Les entreprises françaises ne sont PAS compétitives

Les économistes ne cessent de sonder leurs entrailles pour savoir pourquoi. Patrick Artus, de Natixis, observe que les coûts de production de l’industrie manufacturière en France sont trop élevés pour la moyenne gamme des biens fabriqués. Vendre au prix allemand des produits de qualité espagnole est un mauvais rapport qualité/prix sur le marché international. Ce n’est pas la productivité qui pèche, mais le niveau de cotisations sociales imposées aux entreprises ET aux salariés, qui empêchent les premières d’investir et les seconds de dépenser (comme ailleurs). Les bas salaires sont donc trop élevés en brut pour la compétitivité comparée. Et les candidats à la primaire de déclarer qu’il faut les augmenter ! Par quel impôt supplémentaire ? Par quelle baisse de cotisation salariale ? Par quelle redistribution hors norme ? Pas grave, disent-ils, yaka.

Par exemple obliger les entreprises à subir la férule de l’Etat

Montebourg veut nationaliser les banques qui ne joueraient pas « le jeu » (celui du politique), exercer une « influence patriotique » au sein des conseils d’administration des entreprises du CAC 40, faire de l’Etat le grand stratège économique. Comme si le meccano industriel des années Mitterrand ou Jospin, ou Hollande, avait fonctionné, avec sa kyrielle d’egos incompétents tous énarques de gauche – qui ont mené à la faillite « leurs » entreprises (Haberer au Crédit Lyonnais, Messier à Vivendi, Blayau, à Moulinex, Bilger à Alsthom, Tarallo à Elf-Gabon, Bon à France télécom, Cirelli à Gaz de France, Gallois à la SNCF, Minc à Cerus, Roussely à EDF, Albert aux AGF, Attali à la BERD, Lévêque au CCF, Lion à la Caisse de dépôts, Bonin au Crédit foncier, Moussa à la banque Pallas, et ainsi de suite…). « Arrogants », « inadaptés à l’entreprise », « technocrates », les énarques voient leur prestige s’étioler dans le privé, écrivait-on en 2008 déjà. Et les sept nains voudraient que « l’Etat » – c’est-à-dire ses fonctionnaires les plus prestigieux (sortis donc de l’ENA) pilotent, surveillent, et procèdent dans les entreprises ? Mais dans quel monde de l’entre-soi élitiste sont-ils ?

L’étatisme jacobin a prouvé sa faillite, tandis que le fédéralisme allemand des länders a montré sa réussite ; le collectivisme marxiste a prouvé son inanité, tandis que le parti communiste chinois a montré que laisser faire l’initiative privée est utile et profitable à la collectivité. Montebourg, qui matamore sur les plateaux, a dépecé Alstom en ne gardant QUE ce que le privé ne veut pas… Et c’est « ça » sa bonne politique économique ? Le point d’efficacité maximum est-il de faire construire des TGV pour rouler sur les voies de banlieue à vitesse réduite ?

Par exemple obliger à consommer français.

Mais le protectionnisme n’a jamais marché car la rétorsion est immédiate. Que l’on impose des normes sanitaires ou un cahier des charges, que l’on passe par la justice comme aux Etats-Unis pour sanctionner le contrat non-tenu (par exemple sur la pollution diesel), cela va bien. Mais ce n’est pas ce que proposent les sept nains ! Si Donald roule du tweet pour faire du protectionnisme, il ne change pas la loi : il applique seulement celle du plus fort, carotte et bâton. Pas de paperasserie supplémentaire mais des impôts en moins. Est-ce cela que proposent Montebourg, Valls, Hamon, Peillon ? Pas le moins du monde : il s’agit toujours plus de surveiller, réglementer et taxer… La carotte (bio) attendra.

Nous sommes en Europe et sans l’Union européenne la France n’est qu’une puissance de rien du tout – surtout si elle doit financer toute seule son armée et ses entreprises, ne produire que pour les Français et distribuer à guichet ouvert du pouvoir d’achat ! Changer le monde est une vieille utopie, que les sept nains n’ont pas reniée. Mais le monde change de lui-même et, pour l’infléchir, on ne peut le faire tout seul. La France a besoin de l’Europe, et ce n’est pas en donnant des leçons de social et en exhibant l’inefficacité crasse de la « Dépense publique » (l’école ne cesse de reculer dans les classements…) que l’on convaincra les autres (qui s’en sortent mieux pour moins cher) à imiter nos socialistes en délire social.

Le revenu minimum pour tous ? Si l’on calcule le montant réaliste, sans financement supplémentaire, on aboutit à 350 € par mois. Pas de quoi enflammer les flemmes ! Mais la dette, si, si l’on veut distribuer 700 € par mois à tout le monde.

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Les sept nains du conte de Grimm ont été nommés par Disney « Prof, Grincheux, Simplet, Atchoum, Timide, Dormeur, et Joyeux ». Je vous laisse deviner qui est qui entre les candidats putatifs. Rappelons que ces travailleurs des mines (qui ne se pavanent pas de bureaux de luxe en plateaux de télé) considèrent Blanche-Neige comme une mère pour eux. Qui fait le ménage, la cuisine, et tient le chalet en ordre… jusqu’au retour du Prince charmant !

Blanche-Gauche se livrera-t-elle au jeune Macron ou au méchant Mélenchon plutôt qu’au fringant Hamon ou qu’au prof Peillon ? Hon ! hon ! On verra bien.

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Normal s’efface, le néant s’ouvre

Monsieur le président, je vous fais une lettre, que vous lirez peut-être, maintenant que vous avez le temps…

Vous avez eu raison de renoncer à vous représenter pour à nouveau cinq ans. Personne ne vous désire, tant vous avez mal incarné la fonction régalienne par vos hésitations, votre manque de clarté, votre autorité bafouée sans jamais de conséquences.

Vous avez laissé proliférer les ambitions mesquines et les critiques en l’air des petits egos en mal de médiatique.

Vous avez laissé les Français sur une ambiguïté à la Mitterrand – sauf que n’êtes pas à la hauteur d’un Mitterrand. « Mon ennemi la finance », avez-vous dit, « renégocier le traité européen avec Mme Merkel », avez-vous affirmé, « taxer à 75 % les hauts revenus », et ainsi de suite. Vous n’avez rien fait de tout cela (c’est heureux pour la France), mais vous avez excité les nostalgiques de la gauche archaïque, des frondeurs aux atterrés, qui se présentent désormais en ordre dispersé à la primaire (s’ils sont disciplinés) et directement au premier tour (s’ils se sentent plus gros que le bœuf).

Vous avez promis d’éradiquer le chômage à peu près chaque année depuis 5 ans, en faisant une politique qui est le contraire même de celle qui peut créer de l’emploi : l’augmentation massive des impôts sur les ménages (qui tue la consommation), sur les entreprises (qui dissuade d’investir), les normes tatillonnes votées à grand renfort de surenchère par vos députés en liberté (plus contraignantes que celles de Bruxelles), la nomination purement politicienne d’une Cécile Duflot au logement (qui a fait reculer le marché, donc la construction, donc l’emploi dans le bâtiment sur au moins deux ans)…

Votre social a été remplacé par la technocratie du social, la minable petite « boite à outils » contre le chômage faite de contrats aidés en associations et collectivités (qui n’aboutissent sur rien) et sur des « formations » sans métier au bout (qui ne font que reculer l’inévitable). Ah, vous avez été lyrique sur le mariage gai (qui ne concerne qu’une infime minorité de Français), sur le détricotage des peines planchers (qui ne rendent pas les délinquants plus réfléchis mais les ramènent plus vite dans le trafic et la violence).

Peut-être avez-vous « sauvé la Grèce » que le grand méchant loup Merkel s’apprêtait à croquer, mais est-ce si sûr ? Si la puissante Allemagne a consenti à prêter pour faire durer, n’était-ce pas aussi dans son intérêt ? Vous en Sauveur, faut-il sourire ?

Certes, la gauche a toujours secrété une nouvelle religion en tordant Marx du côté messianique, puis Keynes en prophète de l’État-providence, puis en faisant de l’écologie une prophétie d’apocalypse… Mais avez-vous fait assez la pédagogie de ces illusions aux militants, aux intellos, aux Français ?

Certes, le Parti socialiste s’est réduit à une machinerie pour sélectionner des candidats, abandonnant toute ambition d’être un laboratoire d’idées. Mais n’avez-vous pas été 11 ans durant son Secrétaire général ? Vu son état actuel, on ne peut que frémir en imaginant la France après deux quinquennats de François Hollande.

Donc vous avez bien fait, Monsieur le président, de vous retirer. Vous avez su garder une dignité, laissant les egos et les moralistes se battre entre eux – puisqu’ils savent mieux que vous ce qui est bien pour tout le monde.

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J’aime la gauche pour son élan et quand elle est en mouvement – ai-je écris il y a quelque temps ; je n’aime pas la gauche morale, figée dans son catéchisme. Ma génération a assez subi les curés, les cocos, les maos, les trotskistes, les profs, les adjudants et les patrons pour subir aujourd’hui l’impérieuse moraline d’un « parti » socialiste. Ce mot de Nietzsche décrit cette glu édifiante qui se croit obligée d’enrober tout discours du miel des Grands mots pour qu’il soit « acceptable » aux adeptes.

D’ailleurs, « la gauche », qu’est-ce que c’est ? Jacques Julliard, son historien, en a caractérisé quatre : libérale, jacobine, collectiviste, libertaire. Vous étiez de son aile droite, en social-libéral – mais si vous l’aviez dit, vous n’auriez jamais été élu par « le peuple de gauche », qui vibre toujours aux grands souvenirs et dénie au présent tout pouvoir de réalité. Votre actuel Premier ministre de même tendance, Manuel Valls, brûle de se présenter : il sera vraisemblablement minoritaire au sein de ce parti explosé qui n’a plus rien de « socialiste » – puisque l’intérêt collectif y est sacrifié à chaque seconde aux petits intérêts privés des egos qui se poussent du col.

La gauche libérale est désormais incarnée par un jeune poulain que vous auriez pu adouber, mais que vous laissez batifoler sans soutien : Emmanuel Macron. Tant pis pour votre image dans l’Histoire – à laquelle vous tenez – puisqu’il va recomposer une gauche non jacobine et encore moins collectiviste hors du parti dont Mitterrand vous avait laissé l’héritage. Libéral mais aussi réformiste (comme Rocard), il a aussi un côté moderne, libertaire, (comme Joseph Proudhon). Il désire comme lui le moins d’État possible parce que la société – la jeunesse – est apte et aspire à se prendre en main à la base.

Tout l’inverse d’un Montebourg volontiers histrion, enflant la voix pour accoucher de quoi ? de promesses ? de réalité reniée ? Tout l’inverse surtout d’un Mélenchon adepte de la bande des quatre principes de la gauche collectiviste : centralisme, autoritarisme, fiscalité, clientélisme.

Quels sont donc les intérêts de classe sous-jacents à ces candidatures ?

  • les fonctionnaires, les urbains et une part des classes moyennes salariées avec Valls ;
  • les jeunes entrepreneurs, les professions libérales et la bourgeoisie de province avec Macron ;
  • les retraités et l’âge mûr nostalgique de l’époque Mitterrand avec Montebourg ;
  • les petit-bourgeois déclassés amers de leurs études qui n’ont servi à rien avec Mélenchon ?

Qui saura entraîner les intérêts divergents de ces groupes sociaux par une idéologie qui transcende ces clivages ? Vous n’avez pas su, trop préoccupé de vos petits jeux tactiques politiciens avec les Taubira, les Duflot, les Batho, les Cahuzac…

Les médias et vos partisans parlent de « sidération » – comme si votre décision était tombée des nues ! C’est qu’ils ne pensent pas par eux-mêmes, qu’ils se contentent de suivre et de hurler les slogans du parti, vos partisans ! « Sidérer : atteint par l’influence maligne des astres », dit le dictionnaire (même racine que sidéral) : combien ils sont loin des réalités, vos socialistes, s’ils se laissent « frapper de stupeur » (sens dérivé de sidérer) par votre décision ! Ne voient-ils pas pourtant que tous les ténors qui se croyaient sont systématiquement dégommés par les urnes ? Duflot, Sarko, Juppé, Copé… Vous-mêmes l’auriez été, probablement. Votre sagesse aura été d’anticiper.

Votre folie aura été de croire que les socialistes, que vous avez dirigés, à qui vous avez demandé votre élection, étaient capables d’intelligence sur le monde actuel et sur les changements inévitables de l’avenir proche. Or ils résistent des quatre fers à tout changement, ces soi-disant « progressistes » ! « Stupeur : engourdissement de l’intelligence et de la sensibilité », dit encore le dictionnaire. Le monde les stupéfait, comme votre décision ; ils sont hors du sens, hors du monde.

Le normal s’efface, le néant s’ouvre, ils ont déjà perdu la partie.

François Hollande sur ce blog

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Politique spectacle

La gauche de la gauche séduit les ex-gauchistes directeurs des médias et les jeunes journalistes qui ont la nostalgie de ne pas en avoir été. Au détriment du réel et de l’information – mais qui se préoccupe du réel ? Qui se préoccupe de l’information ? Le réel n’est-il pas ce qu’on montre en spectacle plutôt que ce qui est ? L’information n’est-elle pas une construction du professionnel pour « faire voir » plutôt qu’un compte-rendu – trop plat – de ce qui se passe vraiment ?

C’est ainsi que le journaliste est considéré comme aussi menteur qu’un politicien, juste avant l’arracheur de dent. C’est pourquoi les journaux peinent à vendre leur papier, tant le genre maniéré ou polémique contraste avec ce qui se voit en direct, sur les réseaux sociaux et dans la concurrence sans morale des radios et télés. Qu’importent les victimes si l’on peut donner le scoop ! C’est ainsi que le planqué de l’usine où les frères Kouachy s’étaient retranchés a eu chaud, dénoncé qu’il fut par des médias avides – qu’on peut sans craindre qualifier de « collabos » du terrorisme. Le pétainisme d’hier prend d’autres formes ; il est toujours présent. Le miraculé a porté plainte pour mise en danger de la vie d’autrui, c’est bien le moins quand on a failli y passer !

Les intellos n’existent plus, ils ne sont que médiatiques. Ils ne pensent plus, ils discourent ; ils n’analysent plus, ils esbroufent. S’étant beaucoup trompés depuis un siècle, avant 14 avec le pacifisme (sans voir la guerre comme conséquence), avant 40 avec le fascisme (sans voir les camps et la mort comme conséquences), après 45 avec le communisme (sans voir les camps et les chars comme conséquences), après 68 avec la maolâtrie et le guévarisme révolutionnaire (sans voir les camps et le musellement des « déviants » comme conséquences). Les intellos suivent aujourd’hui les médias, ils courent après – quand ils ne font pas eux-mêmes l’événement, comme l’inénarrable BHL, « philosophe » pro-bombardements, « humanitaire » botté (sans mesurer l’anarchie, la barbarie, la religion obscurantiste comme conséquences).

Les politiciens courent après leur hypothétique réélection, aussi hypocrites que couards, pesant le pour et le contre, adorant Synthèse, nouveau saint du calendrier adapté à leur lâcheté. Ils laissent le terrain du beau discours aux populistes médiatiques, ceux qui n’ont jamais gouverné (Mélenchon) ou qui ne veulent surtout pas gouverner (le père Le Pen). Comme il est facile de se payer de mots, à la Varoufakis ou à la Montambour, boum ! boum ! quand la vile réalité est là qui invite à la rigueur, à l’austérité et à l’économie… Comme il est facile de danser et de chanter, c’est la fête, l’hédonisme soixantuitard, l’avenir (forcément) radieux (car imaginé et non réalisé) !

Troie incendie

Dire, c’est faire rêver, donc être aimé. Les raconteurs de bobards sont plus populaires que les énonciateurs de faits. Gouverner, c’est trahir – voyez Tsipras après Hollande, après Chirac, après Mitterrand… ces grands menteurs qui ont su tourner leur veste pour durer. Ils n’aiment pas les hommes ni les femmes, ces gens ; ils leur préfèrent les grands mots et les concepts. Ils ont balancé l’humanisme avec Heidegger et Sartre, tous ces héritiers d’Althusser, de Lacan, de Derrida et de Badiou. Plus à gauche qu’eux, tu meurs !

Et plus on est à gauche, moins on aime les vrais gens. On adore plutôt l’Idée, le Bien idéal, l’Absolu – donc l’irréel, l’autre monde, l’avenir toujours futur. On se moque des faits, on se préoccupe surtout d’« où » l’on parle, de « qui » on fait le jeu. Qui n’est pas avec nous est contre nous ! Tel est le mantra de ces médiatiques intellos politiciens qui affichent la « tolérance » sans la pratiquer jamais (sauf entre gens du même bord qu’eux).

Mais le réel est têtu. Et les citoyens confrontés au chômage, à l’embouteillage des urgences, à la réduction des retraites, aux menaces d’éclatement du système bancaire ou de l’euro, finissent par les voir comme ils sont, ces super-menteurs des caricaturistes. Ils songent donc à sortir les sortants, à essayer le grand réceptacle de toutes les doléances : cette extrême-droite qui « l’avait bien dit », qui n’a cessé de « dénoncer » ces faux-culs, magouilleurs, affairistes, avides de garder le pouvoir et d’enrichir les copains.

Je le déplore et ils le déploreront, mais tout le monde s’en fout. Ils auront un Le Pen et ils seront mécontents. Car les batteurs d’estrade à la Montebourg, Varoufakis, Mélenchon ou Le Pen, se trouvent fort dépourvus, lorsque la bise est venue. Comme les autres.

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Cette gauche d’amateurs…

François Hollande n’est pas un économiste, il n’a manifestement aucune idée des grands équilibres macroéconomiques ou géopolitiques ; avant l’ENA qui l’a formé à l’étatisme, il a été formé par HEC à la gestion d’entreprise. Pas à la stratégie mais à l’administration. Il ne connait rien aux « humanités », il ne sait guère ce qu’est « la culture » – tout est pour lui dans « l’expertise ». Il ne peut donc avoir aucune vision d’en haut, guère de recul critique, et peu de bon sens.

impot des entreprises france 2002 2016

Déclarer qu’il faut augmenter les impôts pour désendetter le pays a un sens. Sauf que, trois ans après, non seulement les impôts mais aussi la dette ont augmentés ! Ce fait réel enlève tout sens au discours initial. La raison ? Toute bête, macroéconomique, « keynésienne » : le Budget de l’État doit économiser en phase de croissance (ce que Jospin a raté) et dépenser en phase de récession (ce que Sarkozy avait commencé et que Hollande a raté). On apprend ça en première année…

2015 1995 dette publique france

Comment s’étonner alors qu’il y ait tant de chômage ? « Inverser la courbe » était un engagement présidentiel niais quand, dans le même temps, il sapait volontairement les fondements même de la croissance : l’argent pour dépenser et produire. Il n’y a guère que l’administration d’État qui s’en sort bien – la clientèle de la gauche ? Pour le reste ? Une réformette pour les entreprises avec le CICE (compliqué, retardé, lent à avoir effet, ouverte à toutes, CAC40 comme TPE car l’égalitarisme constitutionnel veille !), une inertie envers les paysans (avec multiplication des taxes et normes plus environnementales qu’ailleurs en Europe, jusqu’aux portiques détruits par exaspération et jacquerie), une hypocrite bienveillance envers les humbles avec les dernières « baisses » des impôts (préalablement augmentés). Constat : l’offre en panne, la consommation arrêtée, la production nationale non compétitive qui se saborde. Beau bilan pour Monsieur le Président !

2015 2003 chomage en france insee

« On a payé les 11 milliards d’impôts nouveaux levés à notre arrivée », a-t-il déclaré à Françoise Fressoz, journaliste au Monde dans son dernier livre, qui vient de paraître et dont vous pouvez lire le début. Si c’était à refaire, « je ne serais pas allé aussi loin, j’aurais gardé l’augmentation de la TVA décidée par Nicolas Sarkozy pour boucler le budget qu’il nous avait laissé, j’aurais fait le crédit d’impôt compétitivité emploi pour les entreprises et j’aurais évité les hausses dans les budgets suivants. »

Il est bien tard pour s’en rendre compte ! Et certains ne manquent pas d’analyser que cette confession (mea culpa très chrétien ou autocritique trotskiste – selon les sensibilités) permettent d’ouvrir un droit d’inventaire qu’il pilote personnellement, en vue des prochaines présidentielles. Faute avouée n’est-elle pas réputée à moitié pardonnée ? Sauf que les Français mis dans le marasme par le gouvernement Hollande ne sont peut-être pas prêts à pardonner – même s’ils doivent pour cela faire revenir l’honni Sarkozy qui, lui, au moins agit.

Françoise Fressoz, a cueilli les aveux de plusieurs acteurs de la gauche de gouvernement, dont le président lui-même. Le titre de son livre dit l’essentiel : Le stage est fini. Il montre tristement, sans jugement de valeur, « l’amateurisme du début, l’absence de vision, la faiblesse des équipes » de « cette bande d’adolescents attardés qui n’avaient visiblement pas fini de régler les comptes. Bonjour la gauche ! »

2012 ratio-depense-publique-sur-pib

« Ils voulaient le pouvoir sans accepter de s’y préparer, viscéralement hostiles à la mondialisation, crispés sur la pérennisation d’un État-providence à bout de souffle, et le pire, c’est qu’ils le reconnaissent : « Le Parti socialiste n’a pas assez travaillé sur le fond, il a trop vécu sur ses acquis locaux », assène l’ancien premier ministre Jean-Marc Ayrault. « Le logiciel est dépassé », analyse l’actuel premier secrétaire, Jean-Christophe Cambadélis. « Depuis 2005 on met la poussière sous le tapis, on esquive la question centrale : l’Europe est devenue un problème au lieu d’être une solution », renchérit Pierre Moscovici. »

François Hollande, faute de Dominique Strauss-Kahn, apparaît en 2012 au PS comme le moins pire si l’on peut dire, « un petit arrangeur, un bricoleur », avec sa petite boite à outils mal ajustée aux enjeux du XXIe siècle. Contrairement à ses partenaires européens : « Dans un manifeste commun, le Britannique et l’Allemand pointaient l’épuisement de l’État-providence, appelaient à s’armer dans la mondialisation en encourageant la production, en baissant les charges et les impôts. Et pendant que la gauche française résistait de toutes ses forces, persuadée d’être dans le vrai, l’Allemand passait à l’acte. C’est de cette époque que date le grand écart franco-allemand. »

Tous ces batteurs d’estrade, les Mélenchon, Montebourg et autres frondeurs, préfèrent les discours bardés de « grands principes » au terrain et à ses cruelles réalités. François Hollande en a peur, ce pourquoi il reste dans le presque-rien cher au philosophe Jankélévitch : ce « je ne sais quoi de douteux et d’équivoque, à ce presque rien qu’est le fuyant devenir. »

La gauche archaïque, retardataire, fonctionnaire dans l’âme, a repris l’inertie décennale de Chirac : surtout ne rien faire qui puisse remettre en cause son pouvoir éphémère chèrement gagné ! De vrais petits énarques, parfaits caméléons qui ne veulent surtout pas changer le monde mais le gérer. Pas de vague, mon vieux, pas de vague ! La gauche lyrique, c’est pour gagner les élections (tout comme le « gaullisme » travailliste – cet oxymore àlachiraque) ; la gauche de gouvernement, c’est la gestion : ne prendre aucun risque – sauf le risque justement d’oublier qu’on est élu pour agir. Alors, comme à l’ENA, on fait ce pourquoi on a été formaté : du blabla, de la com’. Du hollandisme à la perfection.

Dont la dernière « conférence » à la presse a donné hier le spectacle.

Françoise Fressoz, Le stage est fini, 2015, Albin Michel, 272 pages, €18.00 / format Kindle €12.99

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Convalescence économique après la grippe Hollande ?

La France a attrapé la grippe avec le virus socialiste, en témoignent les courbes statistiques depuis l’élection de François Hollande. De 2012 à 2014, la croissance n’a jamais dépassé 0.4% par an alors qu’elle a été supérieure à 2% sous Sarkozy, en 2006 et 2007, 2010 et 2011 – sauf le trou 2009 dû à la crise, mais moindre qu’en Allemagne et au Royaume-Uni. L’indice PMI (Purchasing Management Index) qui enquête chaque mois auprès des directeurs d’achat des entreprises (industries et services), montre que la confiance s’est écroulée dès l’arrivée – en fanfare idéologique – du gouvernement Hollande vers la mi-2012, et qu’elle ne s’est toujours pas relevée.

2014 2005 croissance en france insee ravages ideologie hollande

Les moulinets petit bras en faveur de la compétitivité des entreprises (CICE) et d’un « pacte » de responsabilité et solidarité sont arrivés laborieusement et bien tard pour compenser les rodomontades de campagne électorale (taxer les revenus à 75%, mettre au pas les « patrons », augmenter massivement les impôts, inventer de nouvelles taxes, multiplier les normes écologiques et foncières…). Le constat est là : la France depuis mai 2012 stagne, maladive, perdant de la demande par les impôts sur les ménages et de la compétitivité par les entraves idéologiques à l’entreprise et au travail. Notons que c’est plus « le discours » que « le socialisme » qui est responsable de la méfiance de chacun à investir, entreprendre ou embaucher : Lionel Jospin avait su redonner de la confiance, pas Jean-Marc Ayrault ni surtout François Hollande.

L’année 2014 s’est terminée en stagnation (+0.4%) et à inflation zéro, signe que la demande est en panne et que l’investissement ne repart pas.

  1. Les impôts sur les ménages et surtout le chômage pèsent sur le pouvoir d’achat, donc sur la consommation comme sur l’investissement privé dont la composante principale est le logement, effondré en raison de la désastreuse politique Duflot ;
  2. les entreprises n’ont pas les marges suffisantes pour investir et être assez compétitives à l’exportation, en raison des taxes, de la rigidité de l’emploi et de la pression idéologique « contre » les profits ;
  3. le déficit public et la dérive des embauches de fonctionnaires en collectivités locales pèsent sur l’investissement public.

Globalement, l’investissement est en recul de 1.6% sur 2014, dont -5.8% pour les ménages et +0.2% pour les entreprises.

2008 2015 indice pmi composite credit agricole

L’année 2015 pourrait voir une petite embellie, avec une croissance anticipée entre +0.9% et +1.2%. La raison ? Une conjoncture exceptionnelle de baisse du prix du pétrole, de baisse de l’euro et de baisse des taux d’intérêts. Rare conjoncture, attendue comme le Messie par tout ce que la galaxie médiatique compte d’économistes « de gauche » ou « atterrés ». Elle va montrer combien tout le reste va avoir comme effet réel : la politique Hollande, la confiance que son gouvernement est capable de susciter, les frasques du parti socialiste, des frondeurs et autres syriza sur le gâteau. Il est rare de pouvoir expérimenter une potion économique « toutes choses égales par ailleurs ». Or le pétrole, la devise et le coût d’emprunt sont au plus bas : les immenses bienfaits de la politique socialiste menée devraient donc éclater aux yeux de tous… si c’est la bonne.

Malheureusement, la France part avec quelques handicaps :

  • Le chômage est à un niveau suffisamment élevé, et depuis suffisamment longtemps, pour que l’employabilité des écartés de l’emploi soit compromise ; il ne devrait se résorber, en cas de croissance retrouvée, que lentement et difficilement. 2017 est trop près pour que François Hollande et le parti socialiste en profitent politiquement.
  • Le déficit public ne se résorbe que sous la menace des sanctions européennes, nos politiciens comme à l’école attendent de voir gronder la maitresse pour cesser de chahuter et se mettre au travail avec sérieux (ce pourquoi Macron est populaire, plus que l’histrion Mélenchon ou le matamore Montebourg). Or un déficit persistant signifie des impôts élevés persistants, qui pèseront longtemps sur la demande et sur l’investissement.
  • Les entreprises le savent, qui n’embauchent en France que le minimum indispensable, n’investissent qu’à peine en raison des coûts élevés de production (pas seulement des salaires) et préfèrent, lorsqu’elles ont les moyens, soit investir à l’étranger (les entreprises du CAC40 investissent plus dans le monde qu’en France même), soit distribuer des dividendes à leurs actionnaires – faute de rentabilité de l’investissement en France même.
  • L’incapacité aux réformes d’un gouvernement sans cap long terme et sans majorité pour les faire. Le psychodrame de la « loi Macron », catalogue de bonnes intentions présenté comme « crucial », a montré combien les conservatismes à gauche étaient criants (surtout ne rien changer !) et combien l’UMP restait sectaire (surtout ne pas voter une loi qui va dans le bon sens !). L’opinion, qui soutenait massivement cette loi selon les sondages, ne peut que vomir ces petits corporatismes, ces poses théâtrales de congrès, cette immaturité parlementaire. Elle est de plus en plus persuadée que seul un Matamore maniant la trique (un Le Pen plus qu’un Valls avec le 49-3 ?) peut transgresser les tabous de vierges effarouchées et les sectarismes gauchistes ou notariaux. Dramatiser pour une réformette n’encourage pas non plus l’Europe à faire confiance à cette France légère qui ne sait pas décider, pas changer, pas jouer le jeu collectif européen…

La reprise américaine, même lente, a déjà un effet sur la parité devises (le dollar monte au détriment de l’euro) qui anticipe un effet sur les taux d’intérêts. La France emprunte publiquement autour de 0.50% l’an mais, lorsque l’État américain empruntera à taux plus élevé, en raison de l’inflation qui reprend avec la croissance, notre pays ne pourra plus offrir des rémunérations aussi dérisoires aux investisseurs internationaux. Il se verra obligé soit d’emprunter moins (et de faire des économies budgétaires forcées à court terme), soit de rémunérer plus (et d’augmenter la charge de la dette, aujourd’hui de 45 milliards d’€ par an).

francois hollande hilare

Alors que les réformes structurelles sont indispensables, elles deviennent urgentes. François Hollande a trop attendu, trop hésité, trop peu politique pour aller (comme un De Gaulle, un Mitterrand et même un Giscard) contre sa majorité. Ses technocrates sont restés dans un système scolaire où seuls les mauvais points et les retenues forcent à étudier et à fixer son attention. L’Europe joue ce maître que le président est incapable d’être. Or nous ne réformons pas pour les autres mais pour nous-mêmes, pour échapper au chômage et aux égoïsmes corporatistes qui minent le « pacte républicain » et incitent de plus en plus d’électeurs, écœurés de ces grandes gueules à petits bras, à se replier sur les acquis et à vouloir les réserver aux seuls nationaux.

Il ne faut pas croire que la tactique Hollande pour 2017 est particulièrement subtile ; FH n’est pas FM et ce que réussit hier Mitterrand pourrait ne pas réussir demain à Hollande. Tabler sur un duel au second tour Hollande/Le Pen pour l’emporter « haut la main » est de moins en moins crédible avec les mois qui passent, le chômage et le daechisme qui croissent, chacun faisant l’objet d’incantations rituelles d’une gauche impuissante faute de lucidité sur les faits. Sur deux ans, nous avons vu les électeurs UMP passer à 40% en faveur du Front national ; encore deux ans jusqu’en 2017 et, avec un Sarkozy qui réapparaît comme sa caricature, ce seront peut-être 20% de plus qui basculeront. Les citoyens exaspérés par la gauche (révolutionnaire en blabla et molle en action) comme de la droite (réduite à faire radoter des candidats déjà usés), voudront peut-être tenter l’expérience anti-système.

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Bonapartisme français aujourd’hui

Lorsqu’il gagne, ce courant volontariste et centralisateur impulse en général un élan à l’économie en favorisant des politiques d’État pour les grandes entreprises. Ce fut le cas sous Napoléon III et sous de Gaulle. Mais le bonapartisme comme tempérament politique n’est pas seulement à droite : Clemenceau, Mendès-France, Chevènement, Montebourg, Valls l’incarnent aussi.

Sarkozy a eu le malheur d’arriver en même temps que la crise des financiers en délire, venue des États-Unis, et son bilan est peu brillant. Mais il a tendu à favoriser la politique économique « de l’offre », orientée production, par opposition à une politique « de la demande », orientée vers la consommation. C’est ce qui l’a distingué de la gauche tradi, volontiers clientéliste, qui n’admet jusqu’à François Hollande « le capitalisme » que si elle peut autoritairement surveiller et punir les entrepreneurs qui ont trop de succès, pour arroser ses électeurs favoris.

Hollande est honni à gauche car il n’a pas le tempérament bonapartiste jacobin. Il se raccroche à Manuel Valls, volontiers gaullien, mais il n’a pas pris assez tôt et assez fort les décisions nécessaires pour réussir.

Cesar Paris jardin tuileries

Le bonapartisme n’est pas libéral, ce pourquoi Napoléon s’est tant opposé aux Anglais. Le libéralisme est une souplesse de penser ; il n’est pas le laisser-faire mais la règle de droit, longuement débattue dans l’opinion et pesée en lois réfléchies par les deux chambres du Parlement. Le libéral est pour la liberté, mais tempérée, il accompagne le mouvement de la société et accepte avec réalisme le mouvement du monde global ; il s’y adapte sans s’y dissoudre. Ce pourquoi il est seul apte à entraîner avec lui les conservateurs, exposant en raison et dans la durée l’intérêt de changer, sans précipiter le changement lui-même. Le PACS, qui horrifiait les tenants de la droite dure sous Chirac, est désormais encensé par la droite forte, contre le mariage homo…

Le libéralisme est désormais peu audible à droite, faute en est à Bayrou qui se croit prédestiné à la présidence par décret d’en-haut et qui a si mal géré son alliance avec l’UMP, tout en étant incapable de rallier la gauche modérée lorsque c’était possible. Mais il émerge à gauche avec les petites touches précautionneuses du président Hollande. De quoi hérisser les conservateurs, autant à gauche qu’à droite, les premiers désirant « revenir » au jacobinisme de contrainte avec Martine Aubry, les seconds peuplant la Manif pour tous et développant tout un réseau médiatique autour de Zemmour, Soral, Dieudonné et autres « penseurs » du retour à l’avant-1968, avant-1945, avant-1789. Certains même, parmi les écologistes de droite les plus libertariens, voudraient le retour avant le néolithique (où l’exploitation de la terre a créé la richesse, donc l’envie et la guerre, donc l’exploitation forcenée de la nature).

Le conservatisme, s’il est général en Europe et dans les pays avancés (mais aussi en Russie et en Chine…), renaît avec force en France où la population vieillit, voit se déliter les « zacquis » des Trente glorieuses tant chantés sous Mitterrand, et aperçoit les Lumières décliner sous l’influence culturelle d’une immigration de pauvres naïvement (et parfois méchamment) croyants.

francais et economie TNS 2014 11

Le bonapartisme est un caractère. La droite bonapartiste est en faveur de l’action et du plébiscite, donc du peuple majoritaire – même si ce n’est pas le peuple rêvé des bobos… Sarkozy s’est voulu en phase avec le petit peuple oublié, celui qui ne cause pas dans le poste, qui n’a pas fait d’études, qui trouve qu’il y a trop « d’étrangers » et trop peu de « respect », trop de désordre et de racailles impunies, trop de règlements et de fonctionnaires, pas assez d’efficacité, et qui veut voir le travail et l’effort récompensés. L’ordre, c’est que l’économie fonctionne mieux qu’ailleurs ; la paix, c’est qu’aucun État ne nous menace, pas plus les terroristes afghans que la finance anglo-saxonne ou l’Iran délirant des islamistes ou encore les al-caïds des banlieues toulousaines ; le respect de la religion est pour toutes les religions, à condition qu’elles respectent la religion des citoyens : la laïcité ; la garantie des biens passe par l’impôt non confiscatoire et l’encouragement à créer des entreprises et à investir. Tout n’a pas été bien géré sous Nicolas Sarkozy, mais c’est dans cette optique césariste qu’il a envisagé son quinquennat, même s’il n’a pas pleinement investi la fonction sociale d’État de la droite bonapartiste traditionnelle.

Jacques Chirac avait gauchisé son discours lors de son dernier mandat – opposé à la guerre en Irak, avant-gardiste sur les enjeux de mémoire, préoccupé d’environnement – peut-être pour rivaliser avec Lionel Jospin, Premier ministre sorti des urnes, mais peut-être aussi pour faire rempart à l’extrême-droite après le choc 2002. Il est resté aux marges du bonapartisme, installé dans la posture du rassemblement, suiviste de l’opinion quand celle-ci se montre hostile à George W. Bush, soucieuse de purger les culpabilités historiques, préoccupée de pollution et de durable – mais sans plus – heureux de gagner mais fatigué de régner.

Nicolas Sarkozy n’a pas été Napoléon Bonaparte, il n’en avait ni le talent pratique, ni le génie stratégique, ni même la culture. Mais Nicolas Sarkozy s’est inscrit dans ce tempérament issu de la Révolution et actionné en 1848 avec le suffrage universel : l’autorité, la décision, le mérite. Aujourd’hui, le bonapartisme à droite reste incarné surtout par lui, même si Juppé et Le Maire le défient sur ce terrain. Moins Fillon, plus libéral conservateur, donc moins « populaire ». Mais le bonapartisme ne fonctionne que s’il conduit un Destin : la grandeur de la France, la force de frappe, le redressement économique, le projet Calcul ou Airbus, et ainsi de suite. Où sont les projets pour la France de Nicolas Sarkozy ?

Le peuple, au fond, aime bien en France les figures d’autorité, les coups de menton, les affirmations martiales. Ce pourquoi, peut-être, Manuel Valls est-il plus bonapartiste que la plupart des hommes forts de la droite, plus visionnaire gaullien, plus organisateur napoléonien. Ce pourquoi aussi – peut-être – se verra-t-il au second tour face à Marine Le Pen. Cette femme qui déménage (selon les propos off de Sarkozy) est en effet un autre avatar, plus national et populiste, de ce même bonapartisme qui forme le fond de la république en France.

Pour ma part, vous me pardonnerez de rester libéral… tout cet activisme théâtral français me pèse. Nos pays voisins, moins dans l’esbroufe et mieux aptes à débattre et négocier des compromis acceptables, se portent beaucoup mieux sans nos coups d’éclat et nos coups de menton.

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Bilan à presque mi-mandat

Dans une note de fin août Patrick Artus, économiste de Natixis, dresse un constat sans appel au bout de deux années Hollande : PIB 0,0%, consommation +0,5%, investissement des entreprises -0,8%, investissement en logement -2,4%, exportations 0,0%, importations +0,4%, production manufacturière -1,0%, production de services +0,1. Après 75 milliards d’impôts en plus, les hochets offerts aux entreprises pour réduire le coût du travail sont bien minces : 41 milliards – et sous conditions CICE ou pacte.

Patrick Artus ajoute, implacable : « Malgré l’absence d’amélioration du déficit public, les taux d’intérêt historiquement bas et la désinflation qui soutient le pouvoir d’achat et la consommation, la croissance est bloquée par un problème massif d’offre. L’industrie manufacturière continue à détruire de la capacité avec une rentabilité du capital la plus faible de tous les pays de l’OCDE. La construction résidentielle continue à chuter avec le recul permanent de l’offre de logements. La production de services est affectée par le coût trop élevé du travail peu qualifié. Il faut donc comprendre qu’il faut arrêter de mener pour la France des analyses conjoncturelles basées sur la demande mais qu’il faut raisonner à partir de ces contraintes d’offre. On voit bien au 2ème trimestre que le soutien de la consommation profite aux importations et pas à la production domestique que ce soit d’industrie ou de services. »

2014 08 lExpress la faillite c est maintenant

Et il y a encore des économistes – évidemment de gauche et socialistes plus ou moins atterrés, pour prôner un encouragement massif à la consommation par la dépense publique ! Car le pragmatisme hollandais n’a pu être imposé aux électeurs de gauche tant la croyance idéologique imprègne les esprits socialistes. Ils croient en l’État comme en Dieu, malgré le dépérissement de l’État annoncé par Marx, malgré la mondialisation. Le socialisme français a montré ce qu’il était : de l’anti-sarkozysme primaire sans aucune vision de l’avenir. Une navigation à vue avec un président préoccupé de gérer les courants de gauche et les bouffons en mouches du coche. L’histrion Montebourg insulte les chefs d’entreprise et méprise des investisseurs étrangers, l’arriviste Duflot fait s’effondrer le logement en 18 mois avant de cracher dans la soupe et de « tomber à gauche », comme si l’écologie était une lutte de sectes… Même s’il « change » et « accélère », le président est parti trop tard, ses réformettes vont faire pschitt ; on ne change pas une société par décrets et les réformes de structure se préparent longtemps à l’avance.

Le coût du travail est devenu (depuis 2000 où il était inférieur de 8%), plus élevé de 20 % qu’en Allemagne (à cause de la hausse continue des taxes sociales) – mais le socialisme ne dit rien pour « penser  » cette plaie – ou seulement des incantations : « yaka » faire baisser l’euro, « yaka » faire payer les actionnaires. Sauf que les actionnaires vont ailleurs quand ils n’ont pas la rémunération juste que les impôts sans cesse modifiés et le bonneteau des retraites leur laissait miroiter lors de leur investissement. Qu’ont donc fait les énarques, économistes « de gôch » et autres technocrates socialistes depuis la fin des années Jospin ? – RIEN. Ils n’ont ni observé, ni pensé, ni prévu. Aucun plan d’ensemble, aucune mesure radicale (réforme fiscale, condition des subventions, plan d’investissement pour la recherche, encouragement à l’isolation des logements). Aucune remise en cause du sacro-saint gros État-Papa géré par les « éclairés », drogués au pouvoir, qui savent mieux que vous ce qu’il vous faut.

Tous les États dans la même situation (Canada, Suède, Allemagne, Espagne, Angleterre et même Italie) se sont retroussé les manches et ont pris les cinq ans nécessaires pour que les réformes structurelles portent leurs fruits. Tout le monde le sait – et qui ne le savait pas a pu à loisir l’observer in vivo dans les pays indiqués. Mais surtout pas les Français, pas les socialistes, pas les technocrates parisiens, pas François Hollande. Ils savent tout de droit divin ou de raison suffisante. Hollande promettait « l’inversion de la courbe du chômage avant fin 2013 », il affirmait encore en juillet « le redressement arrive ». Or la croissance s’affaisse à un maigre +0.5% prévu sur l’année (qui n’est pas encore finie) ; quant au chômage, il prépare des bataillons entiers de votes Front national dès que l’occasion en sera donnée.

Comme en 40, le socialisme n’a rien à dire, comme en 40, il ne fait que préparer le lit du pétainisme. Hollande débarque au moment où il « célèbre » l’anniversaire du débarquement.

Ah mais, s’écrient les dévots socialistes, célafôta ! Symptôme habituel du déni, addiction de croyants, voile d’illusion des faibles : c’est toujours de la faute des autres. Des riches bourgeois forcément en Suisse, des mauvais patrons qui n’embauchent pas quand il n’y a aucune demande, de Bruxelles qui complote évidemment pour affaiblir la France, de Merkel taxée d’égoïste parce qu’elle renvoie chaque État à ses propres responsabilités, de l’euro fort qui profiterait aux Allemands mais curieusement pas aux Français incapables de proposer comme eux des produits exportables fiables et attrayants, aux Espagnols qui font du dumping salarial sur les produits moyenne gamme qu’exporte la France… Ce n’est jamais de la faute du socialisme, jamais de la faute du parti des éléphants, jamais de la faute des ministres incapables, ni jamais celle du Président – qui connait forcément l’économie puisqu’il a « fait HEC » (il y a 40 ans) – lui qui a toujours préféré le confort d’être fonctionnaire. Dix ans d’illusions et d’incurie théorique dans l’opposition, deux ans de retard à l’allumage jusqu’au diagnostic réaliste des vœux de janvier, huit mois de procrastination et de zigzags pour établir une « boite à outils » de réformettes impuissantes et inutilement compliquées. Tout ça pour ça !

max et mango

« Tout va bien ! » nasillent les kids proprets Max & Mango (photo) dans la scie de l’été. A 11 ans, ils ne doutent de rien, l’avenir (et l’argent) est devant eux. « Tout va mal » singent les Éboueurs du net dans une vidéo critique hilarante des gentils mignons. A 15 ans, eux doutent de l’avenir car leur adolescence a commencé sous le socialisme hollandais, ce triomphe des impuissants. En 2017, ils voteront !

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La France, ce malade de l’Europe

Les élections européennes, techniques et sans enjeux concrets perçus par les citoyens, suscitent en général une abstention assez forte. Elle a été moyenne en Europe, égale à 2009 en France. Plus les pays ont connu récemment la dictature, plus ils sont poussés à exercer ce « droit » – rare sur la planète – de pouvoir aller voter. La Thaïlande comme l’Égypte sont sous coup d’État, l’Ukraine voit des milices rouge-brun empêcher les citoyens d’aller s’exprimer à l’est du pays, la Russie et la Turquie ont « élu » sous pressions et fraudes un genre de dictateur qui réprime toute forme de démocratie autre que le plébiscite campagnard.

2014 05 europennes carte participation

Voter est un luxe de nanti. C’est pourquoi les bobos français (bourgeois bohème) devraient être appelés plutôt égoédos (égoïstes hédonistes), tant ils marquent du mépris snobinard pour cette façon vulgaire d’aller « donner leur voix » comme le bas peuple : 58% des votants Hollande en 2012 ne sont pas allés voter, 52% des Parisiens ! En dehors de leurs petits intérêts de caste comme le mariage gai (et lesbien) ou le vélo à contresens dans les rues, les bobos se foutent de la gauche et de ses « idées », c’est manifeste. L’effondrement du parti socialiste est confirmé et au-delà, le seul socialisme qui subsiste aujourd’hui est national.

Car le problème aujourd’hui n’est pas européen, il est français.

Certes, le Danemark, le Royaume-Uni, l’Autriche ont donné plus de 15% des voix à des partis extrémistes anti-union – mais c’est en France que le Front national a réussi à passer largement en tête, avec un apparent 25%. La réalité est moins flamboyante car, du fait que 43.5% des votants seulement se sont exprimés et que les gens convaincus sont plus allés voter que les autres, le FN ne compte les voix que de 11% des 46 millions de citoyens français ce dimanche. C’est certes nettement mieux que les 6.3% qui ont voté PS ou le ridicule 2.8% du Front de gauche, habituel favori des bobos (calcul sur 100% des électeurs), mais ce n’est pas un raz de marée, tout au plus un « rat de Marine ». A une élection importante, présidentielle ou législative, le FN ne ferait pas ces scores là, noyé sous la participation utile. Il ne réussit que dans l’indifférence. Et c’est là où les bobos « de gauche ma chère, évidemment de gauche » ont toute leur responsabilité. Le « séisme » 2002 ne leur a rien appris et les mots graves de Manuel Valls hier vont leur passer par-dessus la tête, comme d’habitude.

Il ne leur restera plus que le ridicule d’aller « manifester contre le fascisme » comme en 2002, dans un refus trop tardif d’une démocratie qu’ils n’ont pas exercée par flemme. Au niveau européen, le vote français ne changera pas grand-chose, la coalition sortante reste majoritaire. En France, les seuls partis européens, les centristes et écologistes, se sont bien maintenus. Mais les écologistes en Europe ont fait bien mieux que les idéologues intellos de gauche de l’Hexagone : en cause le gauchisme catastrophiste mâtiné d’arrivisme du parti Duflot.

2014 05 nouveau parlement européen

La gauche française de gouvernement s’obstine à ne pas comprendre que les élites économiques éduquées (diplômés, cadres, hauts revenus, citadins, voyageurs) ne vivent pas dans le même monde que le populaire (peu diplômés, ouvriers, bas revenus ou chômeurs, suburbain ou rural qui n’ont rien vu du monde). Ce pourquoi le socialisme « internationaliste » ne passe plus, ni son tropisme multiculturel, ni ses attendrissements pour les « victimes » à aider en priorité qui sont toujours les autres (homos, étrangers, colorés, immigrés). Quoi d’étonnant à ce que le FN réalise ses meilleurs scores au sein des couches populaires : ouvriers (43%), employés (38%), chômeurs (37%), personnes à faible niveau de diplôme (37%), foyers à bas revenus (30%) et parmi les jeunes (30% des moins de 35 ans), touchés par le chômage ou la galère des stages et CDD à répétition ? (Sondage Ipsos/Steria 25 mai 2014)

Le socialisme à la française tout comme le pseudo-gaullisme à la Copé-Guéant-Sarkozy apparaît comme un ramassis d’impuissants qui envoient leurs déchets à Bruxelles, clament haut et fort en France l’inverse de ce qu’ils signent en sous-main au Conseil européen, agitent des yakas impossibles puisque pas prévus dans le Traité (comme le social, dont le Smic, qui est du ressort de chaque État). Quoi d’étonnant à ce qu’il y ait défiance envers ces hypocrites professionnels ? Quant à Mélenchon, il a clairement échoué : ses outrances ont fait fuir. Il était pathétique et presque sympathique lors de sa conférence de presse, mais toujours dans l’émotionnel alors que cela ne compte dans un vote qu’en plus du fond ; sans le fond, cela fait démago…

Si 62% des votants disent avoir privilégié les questions européennes sur le rejet du gouvernement, l’opacité du fonctionnement européen et la culture nécessaire du compromis empêchent les électeurs français peu éduqués de comprendre. L’Éducation nationale ne fout rien pour habituer les élèves à travailler ensemble et à échanger des idées, les médias perroquettent les mensonges des partis, les populistes trouvent un bouc émissaire commode dans « l’euro, Bruxelles, les 28, le libéralisme » et ainsi de suite.

Les Français, formatés à l’autoritarisme et au plébiscite du chef, sont à l’opposé de presque tous les autres pays européens, formés au parlementarisme et aux alliances de compromis. La France semble avoir une mentalité plus proche de la Russie de Poutine et de la Turquie d’Erdogan que de l’Allemagne de Merkel ou du Royaume-Uni de Cameron. Le marasme économique n’arrange rien, la politique stupide du gouvernement Hollande 1 (qui a insulté les patrons, insultés les investisseurs, insulté « la finance » – et taxé à tour de bras tout le monde, y compris en-dessous du Smic) a accentué la récession. Ce clown pathétique de Montebourg a plus fait à lui tout seul pour faire fuir l’investissement que les ministres de Mitterrand – et on le garde au gouvernement !

Les électeurs ne sont pas contre l’Europe, ils ne comprennent pas trop comment elle fonctionne ; ils sentent bien l’avantage de la monnaie unique, puisque 72% (sondage Ipsos ci-dessus) sont CONTRE la sortie de la France de la zone. Mais ils voudraient une Europe plus protectrice en termes économiques, moins accueillante à l’immigration sauvage, mieux unifiée socialement. Encore faut-il envoyer – comme les Anglais – des pointures politiques à Bruxelles, pas des recalés en échec de la politique nationale : des Fabius par exemple, comme hier Delors, pas des Désir. Jamais la « synthèse » molle du tempérament Hollande n’a montré aussi clairement son inaptitude à gouverner.

La France apparaît aujourd’hui comme

  • ce malade de l’Europe qui, faute de mieux, élit des politiciens minables qui promettent tout et en font le moins possible, se défaussant sur « Bruxelles » de leurs fautes ou impuissance,
  • ce malade de la boboterie, toujours en première ligne pour réclamer « des droits », mais qui reste douillettement chez elle dès qu’il s’agir d’agir,
  • ce malade des réformes sans cesse promises, sans cesse repoussées, car elles remettent en cause trop d’intérêts « acquis » sans que personne n’ose prendre le taureau par les cornes.

Puisse l’aiguillon Le Pen donner des hémorroïdes à cette caste de gauche aujourd’hui au pouvoir, à ces petits marquis inaudibles de droite qui aspirent à y revenir, pour qu’enfin – comme dans les autres pays européens – ils soignent la France :

  • inadaptée à intégrer sa jeunesse par l’éducation,
  • inadaptée à la mentalité parlementaire de l’Union,
  • inadaptée à la concurrence économique mondiale.
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Hollande au milieu du gué

Il lui reste deux ans pour convaincre les électeurs de le reconduire avant que commence la campagne pour les primaires, puis la présidentielle ; il lui reste deux ans pour montrer que son tempérament débonnaire, hésitant et porté à valoriser les contradictions dans une improbable synthèse permettra à la France de retrouver le chemin de la croissance, de l’emploi et de la simplification des règles et taxes. Pas sûr qu’il y arrive, porté qu’il est par son tempérament à « laisser du temps au temps », comme disait son mentor en politique qui – lui – avait sept ans de règne devant lui et pas cinq.

francois hollande 2012
Les électeurs se sont fait clairement comprendre, ceux qui se sont abstenus comme ceux qui se sont exprimés : le vieux socialisme des copains à la française, le « socialisme municipal », a explosé. On le voit clairement à Grenoble où un Vert balaye un socialiste en réduisant les prébendes des élus et en affichant la transparence, comme à Marseille où le candidat du socialisme usé jusqu’à la corde n’a pas su même arriver à la cheville du vieux clientéliste UMP, maire depuis des décennies. Le parti Socialiste n’a rien vu, rien compris, rien appris. Laissé dix ans à l’écart du pouvoir depuis la chute de Jospin en 2002, il est resté sans idées, dans l’entre-soi confortable de l’auto-intoxication, des yakas théoriques en économie et des boucs émissaires.

Laurent Joffrin le susurre ironiquement dans l’hebdo des bobos, le « Nouvel » observateur : « Rappelons tout de même (…) qu’au Danemark, patrie des traîtres au vrai socialisme, le niveau de vie est l’un des plus élevés au monde et le chômage deux fois inférieur à ce qu’il est en France ». La faillite idéologique du socialisme est très claire : on n’oppose pas de façon aussi caricaturale la consommation à l’offre, la hausse des impôts à la baisse des dépenses publiques, le rôle de l’État à celui des entreprises. La théologie socialiste reste dans l’abstrait, accusant tous les autres quand elle échoue (l’héritage, la droite, l’Europe, la BCE, Merkel, les Américains, les Chinois…). Malgré la dépense publique bien plus grosse qu’ailleurs (57% du PIB), la France n’a toujours pas modernisé son école de l’échec et de la ségrégation sociale, ni clarifié ou simplifié le marché du travail qui fabrique les chômeurs et refuse de les former au profit du monopole syndical des copains, ni donné aux entreprises de l’air pour investir, innover et produire.

La mauvaise farce de « l’inversion de la courbe du chômage » a laissé une trace durable dans l’opinion. Elle hésite à qualifier le président de super-menteur (rôle populaire de Chirac jadis) ou de gros naïf (rôle que Hollande a préféré endosser depuis 23 mois). La politique menée a été incohérente (taxer les entreprises puis leur demander de ne pas licencier et d’embaucher, faire fuir les investisseurs étrangers par la taxe à 75% et les rodomontades de Montebourg malgré les infrastructures reconnues), croire bêtement que l’imposition accrue des classes moyennes et populaires, assaisonnée de niches et de subventions, allait être neutre sur la consommation, chiffrer les efforts de réduction du déficit à Bruxelles et refuser de trancher dans la dépense publique. Non seulement le hollandisme a échoué comme méthode, mais que voit-on après « la leçon » des Municipales ?

Que l’on prend les mêmes et que l’on recommence. Certes, Ayrault a été remplacé par Valls, le social-démocrate mou par un bonapartiste de gauche… mais enserré dans tant de filets qu’il restera impuissant, réduit à la « com » et aux mouvements de menton. Le socialisme reste celui de la parole, pas des actes – de l’incantation, pas de la volonté. Le nouveau gouvernement est pur socialiste. Exit les Verts, Dufflot et son inepte politique du logement (effondrement des mises en chantier en 2013) et Canfin qui déclare « avoir posé un acte » comme le toutou dépose sa crotte. Bonjour les éléphants, le socialisme de toujours avec ses vieilles recettes, l’immobilisme de la parité et des équilibres entre courants – comme si l’on était en régime parlementaire et pas en Ve République. Plus aucun ministre responsable de l’Europe, comme si cela n’avait aucune importance. Un « gouvernement de combat » cette équipe de binômes en guéguerre perpétuelle et sans chef pour dire holà ? Parce que ce n’est pas Valls qui va jouer le chef, il n’en a pas les moyens – il ferait de l’ombre au locataire de l’Élysée ; parce que ce n’est pas Hollande qui va jouer le chef, il n’en a pas le tempérament – il se mettrait à dos les courants du PS et le reste de la gauche.

D’où la révolte des 100 députés qui, tels les 100 familles du Front populaire, veulent mettre leur grain de sel : finie la Ve République quand l’Exécutif est faible, retour au vieux parlementarisme IVe République qui faisait et défaisait les gouvernements en quelques semaines par simple déplacement de « courants ». Est-ce cela « la politique » ? Jacques Attali dans l’Express n’hésite pas à dire aux électeurs « débrouillez-vous ! ». Lui qui a empilé les rapports, les avertissements, les livres, les émissions pour dire ce qu’il conviendrait de faire pour adapter la France au monde nouveau sans être suivi d’effet – en a assez. Il n’attend plus rien du « socialisme », ni des politiciens de gauche, ni même de « l’État ».

Incapable ou inapte, le président ? Les électeurs ont provisoirement choisi. Pas sûr que le gouvernement Valls au travail ou les élections programmées dans les mois qui viennent ne remettent en cause ce jugement…

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Anatole France, Les dieux ont soif

anatole france les dieux ont soif folio

Enfin le retour du roman pour Anatole France, un bon roman historique, édifiant et passionné. Anatole France a voulu reconstituer l’air du temps révolutionnaire, à Paris, durant la Terreur ; il a voulu comprendre comment un élan pouvait devenir système et échapper aux acteurs, les rendant spectateurs, engrenages de la machine ; comment le rêve heureux de se prendre en main en Assemblée nationale le 17 juin 1789 a pu générer la réalité cruelle des massacres de septembre (du 2 au 6) en 1792 qui préparent la Terreur de 1793…

Son personnage sera donc un artiste saisi de vertu, Évariste Gamelin, ci-devant peintre, 28 ans. Sa jeunesse lui donne la beauté mais – fantasme chrétien – la beauté du diable, qui cache sous de plaisants atours la glace du dogmatisme. Elle s’empare de la sensibilité passionnée de cet âge pour lui faire servir la Raison pure : le mal absolu. Il y a du christique chez le jeune homme, « irrémédiable de chasteté » p.440, incapable de marier sa bonne amie Élodie pourtant fort amoureuse de lui. Mais un Christ inversé, martyr de la Vérité certes, mais de l’inhumaine. Comment les Lumières ont-elles pu engendrer ce culte de la Loi, cette déraison du « bon sens », cette négation qu’il soit « la chose du monde la mieux partagée » ? « Ce ne sont pas des hommes, ce sont des choses » p.585. Car c’est un coup de force d’un petit groupe d’« enragés » qui décrète la mobilisation générale, instaure un tribunal « révolutionnaire » et entretient sans cesse le fantasme du Complot et de la Trahison pour éliminer tous ceux qui ne pensent pas selon le vent venu d’en haut. Où est le partage du bon sens dans cette Raison imposée ?

L’auteur montre donc comment, touche après touche, l’exigence de vertu surhumaine détruit l’humanité, comment les Jacobins éradiquent toute diversité, comment le déisme d’État traque avec fanatisme à la fois l’ancien catholicisme et le nouvel athéisme. Toute foi peut dégénérer en fanatisme, on l’a vu avec le catholicisme sous l’Inquisition, avec les Lumières sous la Terreur, avec le communisme sous Staline, Mao et Pol Pot, avec l’islam sous Khomeiny et Ben Laden, avec la finance radicale, explosée en 2007. Le « bon sauvage » de Rousseau, pris au mot, se révèle singe hurleur, violent et cruel. La nature serait-elle darwinienne et pas biblique ? « Il fallait suivre les impulsions de la nature, cette bonne mère, qui ne se trompe jamais ; il fallait juger avec le cœur, et Gamelin faisait des invocations aux mânes de Jean-Jacques » p.593.

Baisant un enfant de 8 ans dans un jardin public, Évariste Gamelin s’exclame : « Je suis atroce pour que tu sois heureux. Je suis cruel pour que tu sois bon » p.607. Toujours cette illusion que, lorsque le mal sera éradiqué le paradis règnera sur la terre, l’avenir sera radieux. Mais demain – car il reste toujours de mauvaises herbes à extirper, d’ancienne habitudes qui renaissent, un « homme nouveau » éternellement à construire, dans une « révolution permanente ». Le monde ici-bas est mêlé, c’est cela que les tenants des Idées pures et d’un Idéal hors du temps ne peuvent accepter : ils traquent donc sans cesse les « traîtres » et châtient jour après jour les « coupables » – dont le seul tort est de ne pas obéir à l’épure…

Robespierre, bourgeois provincial un peu efféminé, ne se sent plus d’orgueil lorsqu’il parvient, par louvoiements et flatteries égalitaires, à rallier la majorité jacobine. Lui, l’Incorruptible, a mis la Vertu hors du temps, tel une nouvelle Table de la Loi. Sa « pureté » inhumaine s’étourdit de paroles, s’enfume de morale et, saisi de vertige, ne voit plus rien de la réalité des gens ni des choses. Tout ce qui va contre le monde idéal qu’il a créé tout armé dans sa tête doit être faux ou traître, tous ses prédécesseurs révolutionnaires, puisqu’ils le contestent parfois, ne peuvent être que des comploteurs monarchistes depuis l’origine, entachés de péché originel – donc à éliminer pour que survienne le Souverain bien. Robespierre apparaît deux fois dans le roman, mais plane sur toute la période.

Anatole France, socialiste jaurésien, abominait Robespierre et la Terreur, signe pour lui du dérapage de la raison pratique dans la raison pure. Son incarnation est Brotteaux des Îlettes, ci-devant receveur des finances sous l’Ancien régime, réduit à vendre des pantins de carton et ficelles dans un grenier parisien. Il est sensuel et de bonne humeur, prend les choses comme elles viennent, cultivant le doute critique, se nourrissant de Lucrèce – un véritable écolo libertaire, si l’on ose cet anachronisme. Il exerce sa raison contre la Raison, ses lumières contre l’aveuglement d’État qui voit tout, qui sait tout, qui peut tout – et qui décrète malgré vous ce qui est « bien » pour vous. « J’ai l’amour de la raison, je n’en ai pas le fanatisme. La raison nous guide et nous éclaire ; quand vous en aurez fait une divinité, elle vous aveuglera et vous persuadera des crimes » p.479.

La brutalité du fanatisme égalitaire détruit toute liberté et toute fraternité – or c’est par l’équilibre des trois vertus que la Révolution est grande. Robespierre et les Jacobins ont fait déraper la devise dans l’abstrait, idéal fusionnel de « la Nation » conçue comme appareil tenus par quelques-uns, au détriment du plus grand nombre et de leur diversité. Le contraste, éclairé par l’auteur, était grand entre les images d’État de la fête de la Fédération, ces statues géantes d’Hercules populaires, ces statues de la Nature seins nus, cette Isis hiératique (qui nous rappellent furieusement la période soviétique ou nazie), et les réactions du vrai peuple dans sa vie quotidienne : « on se croirait sur les bords du Nil » p.494. De là à exiger des citoyens qu’ils construisent des pyramides sous le fouet, il n’y a qu’un pas.

Son beau-père potentiel le dit carrément à Évariste : « Vous êtes dans le rêve ; moi je suis dans la vie. Croyez-moi, mon ami, la Révolution ennuie : elle dure trop. Cinq ans d’enthousiasme, cinq ans d’embrassades, de massacres, de discours, de Marseillaise, de tocsins, d’aristocrates à la lanterne, de têtes portées sur des piques, de femmes à cheval sur des canons, d’arbres de la libertés coiffés du bonnet rouge, de jeunes filles et de vieillards traînés en robes blanches dans des chars de fleurs ; d’emprisonnement, de guillotine, de rationnements, d’affiches, de cocardes, de panaches, de sabres et de carmagnoles, c’est long ! Et puis l’on commence à n’y plus rien comprendre. Nous en avons trop vu, de ces grands citoyens que vous n’avez conduits au Capitole que pour les précipiter ensuite de la roche Tarpéienne, Necker, Mirabeau, La Fayette, Bailly, Pétion, Manuel et tant d’autres. Qui nous dit que vous ne préparez pas le même sort à vos nouveaux héros ? » p.456.

Anatole France milite pour l’amélioration de la vie quotidienne du plus grand nombre, de ces petits ramoneurs savoyards en loques à la poitrine salie de suie dans les rues de Paris, de ces vieilles réduites à mendier leur pain faute de pouvoir vendre des images pieuses, de ces artisans qui ne parviennent pas à joindre les deux bouts et sont conduits à prostituer leurs enfants. Seules la constance et la justice peuvent améliorer le sort des hommes – pas la violence ni l’autoritarisme au nom du Bien. Encore moins les jugements de la passion, qui courbent toute raison au nom du sentiment. « Jugeant d’après les mouvements de vos cœurs, vous ne risquerez pas de vous tromper, puisque le verdict sera bon pourvu qu’il contente les passions qui sont votre loi sacrée » p.497.

Les Mélenchon, Aubry, Montebourg – et ceux tentés de voter pour eux – devraient lire d’urgence ce livre qui décortique comment les bonnes intentions et les bons sentiments peuvent paver l’enfer de la réalité sociale ! « Évariste admirait en eux la vigilance, l’esprit soupçonneux, la pensée dogmatique, l’amour de la règle, l’art de dominer, une impériale sagesse » p.537. D’une brûlant actualité.

Anatole France, Les dieux ont soif, 1912, dans Œuvres IV, édition Marie-Claire Banquart, Gallimard Pléiade 1994, 1684 pages, €65.08

Anatole France, Les dieux ont soif, 1912, Folio 1989, 320 pages, €7.32

La Révolution française, L’Histoire – les collections, n°60, juillet 2013, 98 pages, €6.90

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Le marasme Hollande

  • Il avait promis, il ne peut pas tenir.
  • Il s’était présenté comme le président des jeunes, de l’écologie, de l’avenir, il ne peut que gérer la pénurie.
  • Il se voulait ouvert, dialoguant, il se retrouve à pratiquer la rigidité managériale, directif (selon la CGT sur les retraites) et punissant les faibles (Batho) mais pas des forts (Montebourg).
  • Il se voulait « normal », il n’est que normalisateur.

francois hollande moue

Comment la gauche peut-elle être « la gauche » quand les moyens manquent ? Car il ne s’agit plus de redistribuer la manne productive, il s’agit de la redresser, voire de la recréer : et cela, la gauche n’a jamais su faire…

Engluée dans l’idéologie du lointain, des lendemains qui chantent et du temps des cerises, la gauche de gouvernement ne sait quoi faire quand le printemps tarde (comme cette année) et que l’hiver dure (bien que le climat se réchauffe). Les pays émergents vont plutôt bien, les États-Unis se redressent, l’Europe va moins mal – même l’Espagne et l’Italie. Seule la France s’enfonce, par atavisme qui ne date pas d’hier :

  • Déjà la guerre de 1870 contre les Prussiens avait montré combien le pays se surestimait, arrogant et amateur, préférant le statut de grande puissance plutôt que les moyens d’une grande puissance.
  • Déjà la guerre de 14-18 avait montré le conservatisme des badernes aux commandes, le déni des politiciens et l’amateurisme technique.
  • Déjà la guerre éclair de 1940 avait prouvé la faillite de l’élite, l’absence de remise en question des habitudes, la confiance aveugle en la protection de la ligne Maginot, le saupoudrage des chars de combat et l’usage inepte des avions.

La gauche est héritière de cette culture nationale, elle bavarde mais ne fait rien pour adapter le pays. Car le monde change mais la France se veut immobile, née tout armée quelque part vers 1789 ; le monde rajeunit avec la démographie émergente et l’inventivité technologique américaine mais la France vieillit dans le narcissisme révolutionnaire, se trouvant si belle en son miroir qu’elle ne veut surtout pas regarder ailleurs.

Ni le Budget, ni la Dette (1870 milliards d’euros fin premier trimestre 2013) ne permettent plus les subventions aux projets écolos, aux histrions du spectacle, au sauvetage d’entreprises, à la relance des Grands Projets. Ayant le choix entre la rigueur ou la faillite, la gauche au pouvoir est conservatrice par force, réactionnaire par contrainte de moyens, obligée à l’essentiel pour rester au pouvoir.

Le chômage est un vaste problème qu’il ne suffit pas de qualifier de Grââânde cause nationale pour le régler d’un discours, ni même par une loi. Tout le monde sait bien ce qu’il faudrait pour encourager l’emploi, mais la gauche ne sait pas le faire, ce serait vexer sa clientèle, et Hollande encore moins, ce serait brusquer son tempérament. Il faudrait un « choc de simplification » sur l’empilement de taxes sociales pesant sur les salariés et sur les employeurs, un réajustement au niveau du pays voisin qui a réussi mieux que nous : l’Allemagne. Mais il faudrait pour cela basculer le manque à gagner sur la TVA (plutôt que la CSG qui touche aussi les salaires) – et surtout réduire bien plus vite la dépense publique, donc le nombre de dépendants de la manne d’État.

  • Or l’empilement des niveaux d’interventions, de la commune à l’État central en passant par cette nouvelle invention des « métropoles », n’est pas remis en cause – ce serait vexer les zélus zélés du parti socialiste.
  • Or le « mammouth » ministériel de l’éducation, dont les dysfonctionnements sont de notoriété publique, ayant fait l’objet d’un rapport récent de la Cour des comptes, est conforté sans aucune réorganisation, empilant en plus des profs qui ne font que 18 heures par semaine (contre 22 en Allemagne), des programmes rechargés en matières, des vacances encore plus longues à la Toussaint – et ces assistants-garde chiourme en emplois « aidés », ni formateurs ni vendables sur le marché du travail pour les jeunes bénéficiaires.

immobilisme politique dessin zag

Productivité, innovation, compétitivité – ces mamelles d’une économie dynamique – ne sont que des mots pour la gauche technocrate. Non seulement l’économie privée n’est pas encouragée à produire, elle est découragée d’innover et empêtrée dans un fatras de règles administratives sans cesse rajoutées qui freinent toute compétitivité – mais en plus l’État, « instituteur du social » selon la tradition de gauche, est incapable de montrer l’exemple. Où sont la productivité, l’innovation, la compétitivité dans l’organisation administrative ?

  • Pourquoi a-t-on plus de flics par habitant que les autres et des résultats aussi médiocres ?
  • Un prof pour 16 élèves mais des classes de 35 ?
  • Un déblocage autorisé de la participation des salariés mais un contrôle des sommes utilisées par l’Administration qui n’a sans doute que ça à faire ?

Par laxisme, gabegie, volonté politique de ne pas fâcher le cœur de cible socialiste : les fonctionnaires ? Cette lâcheté est la faiblesse de la gauche – bien loin du dire-vrai de Mendès-France, Rocard ou Delors.

L’indice mondial 2013 de l’innovation, publié par l’université américaine Cornell, l’INSEAD français et l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) classe 142 pays avec 84 indicateurs. Les cinq premiers du classement sont la Suisse (inchangé depuis trois ans), la Suède (inchangé), le Royaume Uni (qui progresse de 2 places par rapport à 2012), les Pays Bas (progressent de 2 places), les États-Unis (progressent de 5 places). Même Singapour est 8ème et la Finlande 6ème. La France n’est qu’au 20ème rang, loin derrière l’Allemagne 15ème… C’est la culture française même qui est hostile à tout changement.

Et la gauche – socialement réactionnaire depuis 40 ans que le monde s’ouvre – est encore plus immobiliste que la droite ! Il ne s’agit que de « sauver » les industries, d’affirmer « l’exception » culturelle, de refuser toute « concurrence » (pour conforter donc les monopoles), de se crisper sur « les acquis ». Comment innover, créer, aller de l’avant, avec cette mentalité avare tournée vers le trésor d’hier et pas sur l’affirmation tranquille dans le présent ?

La France s’appauvrit aussi par carence d’État : le monstre ingérable coûte cher et ponctionne, les gouvernements de gauche restant incapables de toute réforme d’ampleur pour l’adapter à la réalité d’aujourd’hui. Un seul exemple : le pays prend un profil de marché automobile de pays pauvre. Au premier semestre 2013, les Renault Twingo et Clio, Dacia Sandero ou autres Peugeot 208 représentent 52% des immatriculations de véhicules neufs selon le Comité des constructeurs français d’automobiles (contre 49% il y a un an et contre la moyenne européenne de 41%).

La gauche au pouvoir, portée par ses illusions bercées trop longtemps dans l’opposition, préfère la posture idéologique aux réalisations politiques. La posture donne bonne conscience et offre gratuitement aux électeurs ce qu’ils veulent entendre, tandis que toute réalisation politique ne peut que mécontenter ceux qui sont réformés, recadrés ou supprimés. Ou est donc « le courage » tant vanté par la gauche quand elle n’est pas aux affaires ? Il n’y a aucun courage à fermer les yeux et à quasiment ne rien faire.

Le point de vue d’un chercheur suisse

La gauche socialiste a peur du pouvoir

Ségolène Royal, Cette belle idée du courage – Essai, 2013, Grasset, 312 pages, €18.05

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Libéral malgré la gauche

L’ignorant n’est tourmenté que par l’opinion qu’il a des choses, non par les choses elle-même. Le mot chien ne mord pas, selon William James, mais la Gauche d’ambiance pourtant salive de rage comme un chien de Pavlov quand elle entend le mot « libéralisme ». Elle le qualifie même, avec la lourdeur petite-bourgeoise de la redondance qu’avait noté Roland Barthes, de « néo » ou d’« ultra », pour bien marquer le tu dois de sa pensée moralisante.

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Car il n’y a rien de réel dans la caricature faite par la gauche (française) du libéralisme

Né durant les Lumières, le libéralisme est le règne du droit, la liberté dans les règles du jeu : liberté de conscience, liberté d’expression, libertés politiques et d’entreprendre. Ces autonomies individuelles sont opposées aux hérédités, ethnies, communautés, ordres et corporations. Le libéralisme politique a été inventé par les Français et les Anglais des Lumières. De cette conception philosophique découle une attitude, le respect à l’égard d’autrui (voir Diderot), une règle pratique, la tolérance envers les opinions (voir Voltaire) et une conception de la vie en commun (voir Montesquieu). Politiquement, elle se traduit par une charte des droits et devoirs, par la règle de droit et par la participation du plus grand nombre au gouvernement du pays.

La France révère « l’État » (avec majuscule) au nom d’une liberté qui ne serait rien sans la contrainte du Père. Or le concept de liberté est double : absence de contraintes – mais aussi choix des règles qui contraignent la vie commune. Les Anglais (protestants incités à lire par eux-mêmes la Bible) ont privilégié le premier, avec cantonnement de l’autorité par le consentement régulier. Les Français (catholiques sous la houlette de prêtres qui ont le monopole de l’interprétation biblique, eux-mêmes sous l’autorité du Pape) ont privilégié le second, sous prétexte que le peuple (les faibles, les ignorants, les infantiles) ne saurait être libre sans contrainte d’en haut. Mais pourquoi garder cette idée venue tout droit du Dieu tonnant, du Père fouettard, du Roi soleil, de l’État-c’est-moi, de la Terreur paranoïaque, de l’orgueilleux empereur des Français, de l’absence d’écoles publiques jusque bien tard dans le 19e siècle et de l’absence de droit de vote aux femmes jusque bien tard dans le XXe ? Les temps n’auraient-ils pas changé ?

Le choix des règles est l’exercice de la démocratie. Les penseurs français de gauche ont longtemps œuvré pour l’éducation, l’égalité devant la loi et la laïcité d’État pour délivrer les individus des contraintes de naissance, de race ou de religion. Ce n’est que depuis le choix du marxisme, transformé en instrument de guerre léniniste, qu’ils considèrent les citoyens comme mineurs au nom de la Vérité révélée déclarée « scientifique » qu’une caste cooptée à la tête du Parti se charge d’interpréter et de réaliser. La « liberté » à gauche est donc progressivement passée de la libération de ce qui aliène à la contrainte idéologique, traduite dans tous les pays du socialisme réel en contrainte d’État et, dans les autres pays, en contrainte de parti. Comment ne pas noter que, dès qu’ils ont pu (boat-people vietnamiens, chute du mur de Berlin, ouverture cubaine), les citoyens se sont empressés de fuir ?

L’État s’est retrouvé en France le seul créateur du lien social après que la Révolution ait tout aboli, jusqu’aux syndicats, recréés seulement en 1884. L’État absolu français (jacobin, colbertiste, élitiste et parisien) ne veut face à lui que des individus atomisés qui lui doivent tout. C’est le sens de « la volonté générale » de l’orphelin éperdu de Père, Jean-Jacques Rousseau, magnifiée aujourd’hui par le proto-tyran Mélenchon. On comprend pourquoi l’initiative est peu répandue en France, pourquoi le peuple attend tout de l’État, pourquoi toute innovation ne peut s’y épanouir… L’État français est une machine politique pour assurer le pouvoir à une élite restreinte ; l’État anglais est un garant juridique – voilà l’écart essentiel que les intellectuels devraient analyser !

Dans cette idéologie française de l’État, tout ce qui est « libéral » représente à gauche le Diable, puisque menaçant le pouvoir de quelques-uns. Selon Pierre Bourdieu, le néolibéralisme se réduirait à « un programme de destruction des structures collectives capables de faire obstacle à la logique du marché pur. » Cette opposition radicale entre l’État et le marché n’est malheureusement qu’une « idée pure », aussi évanescente que les ombres de la caverne de Platon. Karl Polanyi l’a largement démontré, le libre marché présuppose une intervention réglementaire constante et le développement d’un appareil de contrôle…

L’utopie néolibérale n’est pas le « marché pur » mais le profit protégé par un État camouflé en « non politique » qui se consacre uniquement à la gestion rationnelle et technicienne du social, à l’administration des choses (ce qui se passe à peu près en Chine depuis 1978). Pourquoi ne pas constater que le Parlement est bien plus efficace dans les pays où la « volonté générale » ne se traduit pas par le « j’veux voir qu’une tête » (États-Unis, Royaume-Uni, Allemagne, Scandinavie, Suisse, Inde…) ?

Le gauchisme idéologique se pare ainsi de « grands mots »

Il fait illusion et empêche d’analyser la réalité des choses. « Tout le monde » (ce qui signifie en fait « de gauche, français, parisien et guignant le pouvoir ») est anti-américain par antilibéralisme ; mais nul ne se pose jamais la question des libéraux là-bas. Or les Liberals américains (de gauche) sont clairement pour un État fort, appuyé sur la puissance militaire garantie par un oligopole de sociétés nationales protégées. Où se trouve la fameuse « libre concurrence » et « l’ouverture mondialisée » dont la gauche idéologique nous rebat les oreilles ? Les libéraux américains (Obama en est un, après Clinton) peuvent empêcher l’achat d’une société par un groupe étranger si l’intérêt national est en jeu… mais ils ont une claire vision nationale de cet intérêt – pas une vision étroitement idéologique servant aux Montebourg à faire mousser leur ego. Le refus ne passe donc pas par un oukase ministériel devant les médias mais par des arguments clairement présentés au Congrès – qui décide.

Pour tout ce qui est autre que l’intérêt national, le privé règne, donc l’initiative, l’entreprise, les financements. Pourquoi croyez-vous que les entreprises les plus dynamiques de la dernière révolution technologique se soient créées aux États-Unis et pas en France ? Nous avons inventé la Fnac, le Minitel, la carte à puce, Copains d’avant : mais le succès a été Amazon, l’Internet, Paypal et Facebook. Les intellos de gauche ne se sont-ils jamais demandé pourquoi ? Ce n’est pas l’incantation à la croissance qui la fera surgir. Encore moins le pouvoir magique de l’Administration d’État.

Liberal définition Robert

Le socialisme est né du libéralisme et dans son prolongement

Il était l’aspiration des prolétaires à étendre à l’économie les principes de liberté et d’égalité conquis en politique. Il visait à « désaliéner » les consciences, pas à remplacer l’aliénation bourgeoise (prédatrice, consumériste, bien-pensante) par l’aliénation d’État (centralisé, malthusien, politiquement correct). L’histoire a conduit trop souvent les socialistes à s’allier avec les ennemis de ses ennemis, donc à confondre le socialisme (« les producteurs associés », disait Marx) avec l’étatisme antilibéral.

Le libéralisme ne s’identifie pas à sa version étroite héritée de Frédéric Bastiat et défendue par les journaux financiers. Il ne peut être amalgamé à l’ultralibéralisme des Reagan et Thatcher mais connaît d’autres versions plus ouvertes comme celles de Léon Walras, de Stuart Mill, de John Rawls, d’Amartya Sen et de Joseph Stiglitz. L’État réalise mieux certaines activités, Stiglitz cite la sécurité des aéroports, la recherche, l’éducation, l’aide médicale, l’environnement. « Cet équilibre peut être différent selon les pays et les époques ; il varie d’un secteur d’activités à l’autre, d’un problème à l’autre » (The Roaring Nineties). Mais pas question d’entretenir des privilèges de monopoles lorsqu’ils sont indus et économiquement injustifiés ; ni de refuser de rationaliser l’organisation et l’emploi des moyens publics. L’État est dans son rôle lorsqu’il régule et arbitre, dans son rôle lorsqu’il prend en charge ce que le marché n’est pas apte à faire, dans son rôle lorsqu’il impulse la recherche dans un secteur stratégique – mais il ne doit en aucun cas se substituer à l’initiative privée lorsque celle-ci est efficace.

Les idées libérales incarnent une culture de la résistance : aux idées imposées, à l’expression bâillonnée, à une administration tentaculaire (y compris de Bruxelles), à un marché sans règles, à une économie mondialisée sans ordre ni normes, à une société civile sans principe de légitimité ou de critique, à une culture uniformisée, au droit du plus fort. La liberté n’existe que garantie par un pouvoir souverain… contrôlé par des contrepouvoirs citoyens. C’est le rôle du droit, de la loi votée, de l’État qui applique et contrôle. Mais dans cet ordre qui part de la base. Ce n’est pas à l’État de me dire comment il faut baiser, avec qui et pourquoi ; c’est cependant son rôle de faire appliquer le droit qui autorise ou interdit la relation ou le mariage, son rôle encore d’informer sur les dangers sanitaires, son rôle toujours de faire assumer les conséquences.

Quant au socialisme ouvrier traditionnel, des origines à Marx inclus, il n’est pas antilibéral. Il faut se garder de le confondre avec les diverses variétés de socialisme réactionnaire et petit-bourgeois surgies en même temps. Au contraire, l’utopie ouvrière est celle de la coopérative (pas de l’entreprise nationalisée), de la décision à la base (pas par une Administration), du moins d’État possible (qui selon Marx doit disparaître). Elle est plus libertaire qu’autoritaire, plus proche du libéralisme que du despotisme, plus tolérante que doctrinaire. Elle confisque moins la démocratie (expression, élections, droits) que le jacobinisme (partisan, centralisé, technocrate). Les antilibéraux sont toujours partisans de la contrainte – car l’opposé du libéralisme, c’est l’autoritarisme. Difficile de sortir de là.

Or les élites socialistes qui se disent “morales” et “progressistes” se gardent bien d’aider le peuple à s’émanciper, se contentant de le manipuler par de grands mots d’un vide sidérant, afin de conserver leur confortable contrôle issu de la légitimité partisane ou énarchique. La seule chose qui les intéresse est leur pouvoir personnel, étatique et parisien. Ce “chacun pour soi” est beaucoup plus dangereux que celui des PDG qui se gavent de stocks options : ils montrent leur intérêt tout cru mais parfaitement transparent (donc démocratiquement contestable, et d’ailleurs réellement contesté), alors que les politiciens d’une certaine gauche se parent de “vertu” et de “grandes idées généreuses”… pour faire entre soi les petites magouilles tout en se préservant entre soi par des copinages choisis, dans l’entre-soi des quartiers réservés et des entreprises publiques.

C’est là où la position dogmatique est non seulement un aveuglement politique, mais aussi une erreur démocratique. Machiavel l’a très bien montré, ce sont les lucides qui manipulent les gogos, les pragmatiques qui analysent les situations et ceux qui se gardent bien de suivre les idées générales qui ont – toujours – le pouvoir.

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Mitterrand et le tournant de rigueur en mars 1983

Montebourg, Hamon et Duflot en appellent à « changer de politique économique » et à proscrire « la rigueur » ; le président Hollande récuse le mot rigueur puisque ni les salaires ni les prestations sociales ne baissent – mais il réaffirme son « sérieux » à tenir le budget. Vieux débat à gauche : le volontarisme politique ou le réalisme des circonstances ? Il y a toujours une alternative possible… encore faut-il vouloir en assumer toutes les conséquences. Une « autre politique » reste possible : au prix de l’isolement, l’étatisme autoritaire, l’inquisition fiscale, la fermeture au monde. La question s’est posée à Mitterrand dès 1982 : socialisme ou construction européenne ?

La tentation gauchiste est de récuser le réel pour l’utopie depuis les débuts du socialisme réel en URSS :

  1. « En 1920, le débat a été étouffé par les famines », rappelle Erik Orsenna, nègre de Mitterrand dans la revue Le Débat. La gauche de gouvernement veut au contraire tenir compte du réel pour agir ; ce sera la NEP de Lénine, la Nouvelle politique économique.
  2. En 1983, « sans développement économique, qu’allait pouvoir dire le socialisme ? », rappelle encore Orsenna. Sortir hier du serpent monétaire européen, sortir aujourd’hui de l’euro pour récupérer la politique monétaire ?
  3. Cela voudrait dire, aujourd’hui comme hier, dévaluer. Au cas où l’on voudrait pouvoir encore emprunter sur les marchés internationaux, cela signifierait faire une politique de rigueur bien plus drastique qu’aujourd’hui – à l’opposé des promesses de la gauche de la gauche. Ou bien augmenter lourdement impôts et taux d’intérêt, asphyxiant la consommation des ménages et l’investissement des entreprises, donc la productivité, l’innovation et l’emploi. L’État autoritaire peut bien sûr procéder à un emprunt intérieur forcé, confisquer les propriétés au-dessus d’un niveau jugé (par Mélenchon ?) indécent, nationaliser les entreprises : mais pour combien de temps dans un monde interconnecté ?

Qu’il est doux d’être à gauche du réel… quand on est dans l’opposition ! Dès que l’on arrive aux affaires, il faut composer avec ce réel, en Europe et sous l’œil du monde.

Les trois contestataires du gouvernement, s’ils étaient conséquents, devraient démissionner (comme Chevènement et Rocard l’ont fait en leur temps). Ils retrouveraient le confort inégalé de l’opposition et du rêve : « yaka ! si l’on ? pourquoi on ne fait pas ? ». Mais les politiciens de gauche aujourd’hui et la conséquence… Ne reste que le « moi je » personnel individualiste de la carrière. Donc se positionner « à gauche » pour la suite, au cas où.

francois hollande visage centre

Revenons sur la rupture d’il y a 30 ans pour les socialistes idéalistes qu’a engendré la décision de François Mitterrand de choisir la solidarité européenne plutôt que l’isolat socialiste français. Nous nous appuyons, pour ce faire, sur le Verbatim de Jacques Attali, sur Mitterrand, une histoire de Français, biographie de Jean Lacouture et sur la revue Le Débat, dans son numéro de mars-avril 2013, qui revient sur cet anniversaire.

Selon Jacques Attali, le lundi 7 mars 1983 « la plus difficile semaine du septennat commence ». La victoire des Chrétiens-démocrates en Allemagne et le net recul de la gauche aux élections municipales françaises accroissent la tension entre franc et mark. Nous l’avons oublié aujourd’hui, bien à l’abri derrière le coussin de l’euro, mais les politiques de chaque pays européen, du temps des vieilles devises, étaient immédiatement sanctionnées ou adulées par les marchés internationaux (y compris, pour la France, par les marchés allemand ou italien). La relance massive, faite à contretemps de la conjoncture, et les charges augmentées des entreprises en 1981, ont entraîné un vif déficit du commerce extérieur car la consommation s’est portée sur les importations. Les entreprises françaises ne construisent ni magnétoscope, ni ordinateur compétitif, ni une bonne part de ce que les Français désirent en 1983 ; celles qui en sont capables ont vu leurs taxes brutalement augmenter et ne peuvent investir. Le franc est devenu fragile, gros de deux dévaluations déjà, avec une inflation autour de 8% l’an et un déficit budgétaire pour 1982 de 150 milliards de francs.

Dès lors, il faut choisir entre 3ème dévaluation ou flottement. Le flottement signifie la sortie du serpent monétaire européen (SME) ancêtre de l’euro. Le franc se trouvera immédiatement dévalué par les marchés de 20% pour rééquilibrer le solde des échanges (exportations contre importations), le déficit extérieur croîtra de 2 milliards de francs par mois, nécessitant un emprunt international massif qui ne pourra se faire dans des conditions honorables sans vrai plan de rigueur. Et qui pourrait bien aboutir à la tutelle du FMI, les autres pays ne désirant pas prêter sans discipline. La France, par le pétrole, par sa consommation, par ses exportations, dépend de l’extérieur. Le temps du splendide isolement d’une population majoritairement rurale est révolu.

Selon Attali, trois programmes économiques socialistes se trouvaient alors en concurrence :

  1. celui « de bon sens » du Premier ministre Pierre Mauroy et de Jacques Delors,
  2. celui « saint-simonien productiviste » des visiteurs du soir du président (Jean Riboud, JJSS) encouragés par Laurent Fabius, Gaston Deferre et Pierre Bérégovoy – un « national-protectionnisme » (Lacouture),
  3. enfin celui des « experts de l’Elysée » dans lesquels Attali se situe, « dans la ligne du Premier ministre mais en plus socialement compréhensible ».

Deux scénarios possibles :

  1. sortir du SME et tenter le « socialisme dans un seul pays »,
  2. ou bien choisir la solidarité européenne et s’entendre avec les Allemands pour une dévaluation du franc et une réévaluation du mark concertée. En faisant jouer cette solidarité de pays en marche vers une communauté plus étroite, il est nécessaire de faire des compromis.

Il semble, selon les témoins, que François Mitterrand ait depuis toujours « choisi l’Europe » (Lacouture, Orsenna) au détriment des vieilles lunes du socialisme romantique. Mais, en « maître du bonneteau » (Lacouture), il a mis en scène cette décision de bon sens en consultant, en laissant croire qu’il ne choisissait que contraint et forcé, en jouant la fidélité des uns contre celle des autres pour tester leurs convictions.

Nous n’y étions pas, laissons les témoins scruter cet épisode. Mauroy aurait dit « je ne sais pas faire (…) La France deviendrait un gigantesque Portugal » ; Delors aurait refusé lui aussi. Restait à laisser se convaincre tout seul Fabius, Deferre et Bérégovoy qui penchaient (ce n’est pas nouveau) pour la rupture. Mitterrand dit à Delors de demander à Fabius de voir le Directeur du Trésor, qui avoue les réserves de devises au plus bas, un jour ou deux à tenir peut-être. Mitterrand laisse entendre à chacun qu’il sera obligé de changer de gouvernement et que le nouveau devra endosser la politique à mener. Qui aura la conviction suffisante et le culot de prendre à sa charge la poursuite d’une redistribution sociale généreuse mais qui va dans le mur faute d’être financée ? Personne évidemment. Et Fabius se dit naturellement convaincu, Deferre suit aussitôt, les auteurs ne disent pas ce que pense Bérégovoy.

Résumé d’Attali : « si nous sortons du SME, nous ne serons plus assez crédibles pour ne pas subir une forte décote par rapport au dollar. Et nous entrerons alors dans la spirale des déficits. » Le 21 mars, le Deutsche Mark, le Florin, la Couronne, les Francs belge et luxembourgeois sont réévalués, le Franc français et la Lire italienne dévalués. François Mitterrand (qui n’avait pas l’intention de changer de Premier ministre mais a testé les ambitions) garde Pierre Mauroy dans un gouvernement resserré de 15 ministres au lieu de 35 (économies obligent) et, dès le 24 mars, le plan de rigueur de Delors est adopté en Conseil des ministres : baisse du déficit budgétaire, hausse des taxes sur la vignette auto, l’alcool et le tabac, hausse du forfait hospitalier et de l’essence, hausse des tarifs EDF, GDF et SNCF, emprunt forcé, baisse des stocks pétroliers, contrôle des changes et instauration d’un carnet de change aux devises limitées à 2000 francs pour chaque touriste français se rendant à l’étranger…

Ces mesures sont de l’ordre de 2% du PNB selon Attali, « on reprend ce qu’on avait donné en juin 1981 » ; Lacouture marque que cette reprise est presque du double. Après l’erreur d’avoir relancé la demande à contretemps de la conjoncture internationale, il s’agit de conforter l’offre purement française pour consolider le budget et les entreprises. Le Budget de l’année suivante verra une stabilisation des effectifs fonctionnaires et une baisse autoritaire de 10% de tous les programmes d’équipement.

Le Président parle de « rigueur socialement juste », le Premier ministre de mesures « rudes mais transitoires », le Premier secrétaire du PS (Lionel Jospin) de « parenthèse ». Raymond Barre approuve, le franc tient, l’Assemblée vote la confiance. Mais, selon Jacques Attali : « la rigueur n’est pas une parenthèse ; c’est une politique ».

En effet, analyse Lacouture, le programme appliqué en 1981 avec ses nationalisations massives, sa relance choc et sa baisse du temps de travail sans baisse de salaire, constitue une rupture des équilibres européens, donc une menace sur le franc. Persévérer, « était une rupture globale, collective, peut-être la mise en cause de la démocratie, en tout cas celle d’une forme de solidarité européenne vieille de près de trente ans » (Lacouture t.2 p.64). Ce que voudrait Mélenchon à n’en pas douter. Mais Le Pen aussi.« C’est effectivement la fin des grandes illusions en matière de transferts sociaux ; mais sans remise en cause des réformes », note Attali.

Il faut dire que la naïveté romantique du « peuple de gauche » était navrante d’irréalisme et d’ignorance (faute d’éducation économique et de discours adulte de ses politiciens). Un témoignage personnel : j’étais alors tout jeune second d’agence à la BNP (Banque Nationale de Paris). Des clients venaient me voir pour solliciter un prêt, immobilier ou de consommation. Une banque ne prête jamais à guichet ouvert, sans garantie. L’un d’eux s’est étonné : « comment ? Mais je ne suis pas à la Banque Nationale Populaire, ici ? Avec la gauche, je croyais que les prêts sociaux étaient automatiques… »

Eh bien non, la tyrannie robespierriste a sans doute traversé les esprits de nombre de socialistes en 1981 ; ils avaient fait tellement rêver avec le « changer la vie ». Mais le président Mitterrand, élu des classes moyennes autant que du peuple de gauche, était voué au bien-être de tous, pas de quelques-uns. Le compromis avec le réel était inévitable, bien qu’après les grandes réformes symboliques (retraite à 60 ans, 39h, hausse du SMIC, nationalisations). Ce balancement mitterrandien, ce sens de l’équilibre, était sans doute le génie de ce président à l’époque ; aujourd’hui, où tout est nettement plus interconnecté, décider vite est crucial, « laisser du temps au temps » mortel.

Le « tournant » de 1983 signifie qu’au socialisme de la rupture comme dictature de « classe », qui sent son 19ème, succède le socialisme de l’aménagement pour tous, en concertation avec nos partenaires européens, et définitivement immergés dans le mouvement du monde. Cela, nombre de socialistes ne l’ont pas encore compris. Le militant Gérard Filoche en est l’exemple le plus passionné et le plus candide.

Mitterrand a choisi l’Europe contre le socialisme archaïque. Qu’a donc choisi Hollande ? Ni vraiment l’Europe sinon il serait plus offensif, ni vraiment le socialisme sinon il serait plus en rupture. Peut-être est-ce encore la meilleure solution à l’ère des replis nationaux et du déficit français qui empêche d’avancer…

Reste à inventer le nouvel équilibre de l’avenir : permettre une industrie performante et des travailleurs formés et motivés – sans rogner toujours plus sur la redistribution sociale et les missions de l’État, le tout dans l’Union européenne qui seule donne la puissance dans le monde globalisé.

Jacques Attali, Verbatim tome 1 : 1981-1986, réédition 2011, Robert Laffont collection Bouquins, 1144 pages, €29.92

Jean Lacouture, Mitterrand une histoire de français, Points Seuil 2006, tome 1, €8.64, tome 2, €9.12

Le tournant de la rigueur : mars 1983-mars 2013, Revue Le Débat, n°174, mars-avril 2013, Gallimard, €17.58

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2012, la grande incertitude politique française

Article repris par Medium4You et Auxerre TV.

La France a peur. De perdre son triple A, de voir exploser l’euro, de perdre les aides d’État, de constater l’envol de sa facture de gaz et d’électricité, de payer tous ses gadgets électroniques jusqu’à 50% plus cher si le franc revient… Et de changer de président.

L’actuel ne plaît guère mais il est là, à la manœuvre, se démenant dans la crise. Les autres paraissent bien mous ou bien démagogues… Évidemment, la tentation de sortir les sortants est grande parce que le salaire réel baisse, que la crainte du chômage croît et que la retraite et la santé reculent. C’est ce qui est arrivé aux gouvernants anglais, grec, espagnol, japonais et qui arrivera peut-être à l’allemand l’an prochain. Pourquoi Sarkozy et l’UMP y échapperaient-ils ? Jadis on mettait à mort le roi sous lequel une catastrophe s’était produite : il n’avait pas la faveur des dieux. D’autant que le nôtre avait beaucoup promis, de bonnes choses de bon sens comme le populo le comprend et qu’aiment les classes moyennes : travailler plus pour gagner plus, sévir contre les profiteurs et les parasites, faire baisser l’intervention d’État au profit de l’autonomie des acteurs et d’un meilleur financement social, casser les privilèges des preneurs d’otages syndiqués pour rétablir un vrai service public, relancer l’investissement public d’avenir, distribuer mieux les fruits de la croissance. Tout ce que les Jospin-Chirac avaient laissé aller.

Mais le poids des inerties s’est ajouté à la crise pour réduire la volonté à quelques mesurettes. Baisser les impôts est intelligent si l’État recule en s’informatisant, se réorganisant, supprimant ces niveaux hiérarchiques obsolètes – mais tout cela se heurte aux lobbies locaux, élus et parlementaires ; l’autonomie des universités ne fait plus guère débat, sauf qu’on ne s’improvise pas administrateur ; le grand emprunt s’est réduit, loin des enjeux initiaux, bien qu’il existe encore ; le syndicat des taxis et celui des transports ont fait capoter ce qu’il y pouvait y avoir de « service » dans la réforme publique ; les comptes syndicaux restent tout aussi obscurs et des « affaires » régulières surgissent où l’on voit que certains s’en mettent plein les poches ; tandis que dans les banques, les grandes entreprises et chez les détenteurs de très gros patrimoines, les bonus flambent et la contribution aux impôts diminue.

L’image s’est quelque peu écornée de chef qui tranche, de capitaine qui dirige le navire dans la tempête, de rassembleur des énergies. La personnalité de Nicolas Sarkozy ne fait plus rêver, si jamais elle le fit. Ni au centre qui le trouve trop personnel et trop esbrouffe, ni à la droite extrême qui le trouve trop enclin au compromis, assujetti aux puissances d’argent et à la remorque de l’Allemagne. Si l’on peut imaginer qu’un mélenchoniste pourra voter Hollande, il est moins probable aujourd’hui qu’un FN ira voter Sarkozy. S’en tenir à l’UMP seule, tiraillée entre courants, c’est peut-être faire le plein au premier tour mais échouer au second.

En face, François Hollande a le double handicap d’être miroir de Sarkozy, la niaque en moins, et de traîner un parti Socialiste qui lui tire dans les pattes. Sa personnalité trop encline à la synthèse en fait un produit standard. S’il se veut « président normal », encore faut-il qu’il ne soit pas trop normal ! Qu’il sache dire non, surtout aux excès de son camp ; qu’il sache trancher pour l’intérêt général ; qu’il existe dans l’Union européenne, au FMI, à l’ONU. Il paraît plus manageur que capitaine, plus incarner la fonction de premier ministre que celle de président… Il faut ajouter le handicap Aubry, qui fait le forcing pour apparaître comme gardienne de « la ligne » (pas son tour de taille mais l’idéologie) et le handicap Montebourg qui provoque et provoque pour exister, chiot qui veut être chien. Le PS « négocie » avant le premier tour un accord avec les Verts contre le nucléaire et pour encore plus d’emplois publics. Et allez, 50% d’électricité en moins et 60 000 profs en plus que le simple remplacement de ceux qui partent en retraite ! Financé comment ? Mystère… à moins que la bonne vieille démagogie ne renaisse : yaka ! Ben oui, koi, yaka faire payer les riches ! Bon sang, mais c’est bien sûr, suffisait d’y penser ma bonne dame. Qu’un Thomas Picketty – de gauche socialiste et expert en finances publiques – ose dire qu’il y a vraiment très très peu de riches et que, même fiscalisés à 80%, cela rapporterait très très peu au budget de l’État, tout le monde s’en fout. C’est ça, « réenchanter le rêve français » : raviver la haine du bouc émissaire pour faire prendre les piques aux sans-culottes… juste pour l’élection. Après, « les promesses n’engagent que ceux qui les croient », affirmait Chirac, expert en manipulations politiciennes. Il avait pris ses leçons auprès de Mitterrand.

Restent qui ? Eh bien les populistes, bien sûr ! Dans la ligne Pétain-Marchais : Le Pen, Mélenchon, Bayrou… Le souverainisme et l’« achetez français » est populiste, flattant la grasse xénophobie tapie au fond de tout aigri replié sur lui et ses petits potes. Même les zécolos sont pour le panier « bio » produit à la ferme d’à côté. Quand vous habitez Paris ou une grande ville, bonjour le sport ! Faites-vous comme Thierry Lhermitte qui, chaque week-end, prend son vélo et sa petite remorque pour aller faire ses provisions à la campagne ? Trois heures de vélo le matin, trois heures le soir, tout ça pour quelques carottes et fanes de légumes « oubliés » mais évidemment français-bio-de-saison. Pour le reste, et le tout-venant des ménages, acheter français est (sauf quelques exceptions comme le savon de Marseille, le livre de poche et certaines autos) la certitude de payer plus cher en plus ringard. Et de ne jamais acheter de téléphone mobile, d’ordinateur ni de lecteur MP3.

Laissons donc les extrêmes. Marine ira probablement plus loin que son père au premier tour, mais ne pourra jamais l’emporter que si l’UMP consent à des alliances sur le terrain, ce qui paraît exclu pour l’instant. Mélenchon attire par sa grande gueule mais repousse pour la même raison – il a une cote de popularité aussi forte que Villepin, c’est dire ! Marine Le Pen en Jeanne d’Arc, devant la statue du Commandeur Jean-Marie toujours présent, attire plus « le peuple » que le gauchisme Mélenchon version Robespierre, n’en déplaise aux petits zintellos. Les Verts n’attirent pas plus depuis qu’Hulot et Cohn-Bendit se sont éloignés, errant entre la version procureur et la version gauchisme blablateur, bien loin de la vraie politique.

Donc Bayrou.

Ni droite ni gauche, il peut rallier la France qui réclame le changement sans le risque (slogan de Giscard en 1974). D’ailleurs « l’envie de gauche » est faible en France… 53% selon l’Ifop par téléphone en décembre, probablement plus par désir d’éjecter Nicolas Sarkozy que d’amener au pouvoir les Aubry, Montebourg, Fabius, Lang et autres derrière François Hollande. Le même sondage Ifop-Paris Match de mi-décembre (commenté dans L’Express, lien ci-dessous) donne le trio de tête des personnalités les plus populaires de Français : Jacques Chirac (+2 points, 73%), Nicolas Hulot (-1,68%) et Bertrand Delanoë (+1,67%). Ce sont tous des hommes modéré, du « centre », au-dessus de la politique partisane, agissant peu et laissant faire, rassembleurs par-delà les querelles de clochers ou d’idées. Les Français en ont marre de l’idéologie et des psychorigides.

François Bayrou pourrait bien, cette fois-ci, incarner ce rôle que ni Sarkozy ni Hollande n’apparaissent capables de jouer. Ce n’est pas que cela me plaise, c’est une analyse à froid des tendances.

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