Hollande au milieu du gué

Il lui reste deux ans pour convaincre les électeurs de le reconduire avant que commence la campagne pour les primaires, puis la présidentielle ; il lui reste deux ans pour montrer que son tempérament débonnaire, hésitant et porté à valoriser les contradictions dans une improbable synthèse permettra à la France de retrouver le chemin de la croissance, de l’emploi et de la simplification des règles et taxes. Pas sûr qu’il y arrive, porté qu’il est par son tempérament à « laisser du temps au temps », comme disait son mentor en politique qui – lui – avait sept ans de règne devant lui et pas cinq.

francois hollande 2012
Les électeurs se sont fait clairement comprendre, ceux qui se sont abstenus comme ceux qui se sont exprimés : le vieux socialisme des copains à la française, le « socialisme municipal », a explosé. On le voit clairement à Grenoble où un Vert balaye un socialiste en réduisant les prébendes des élus et en affichant la transparence, comme à Marseille où le candidat du socialisme usé jusqu’à la corde n’a pas su même arriver à la cheville du vieux clientéliste UMP, maire depuis des décennies. Le parti Socialiste n’a rien vu, rien compris, rien appris. Laissé dix ans à l’écart du pouvoir depuis la chute de Jospin en 2002, il est resté sans idées, dans l’entre-soi confortable de l’auto-intoxication, des yakas théoriques en économie et des boucs émissaires.

Laurent Joffrin le susurre ironiquement dans l’hebdo des bobos, le « Nouvel » observateur : « Rappelons tout de même (…) qu’au Danemark, patrie des traîtres au vrai socialisme, le niveau de vie est l’un des plus élevés au monde et le chômage deux fois inférieur à ce qu’il est en France ». La faillite idéologique du socialisme est très claire : on n’oppose pas de façon aussi caricaturale la consommation à l’offre, la hausse des impôts à la baisse des dépenses publiques, le rôle de l’État à celui des entreprises. La théologie socialiste reste dans l’abstrait, accusant tous les autres quand elle échoue (l’héritage, la droite, l’Europe, la BCE, Merkel, les Américains, les Chinois…). Malgré la dépense publique bien plus grosse qu’ailleurs (57% du PIB), la France n’a toujours pas modernisé son école de l’échec et de la ségrégation sociale, ni clarifié ou simplifié le marché du travail qui fabrique les chômeurs et refuse de les former au profit du monopole syndical des copains, ni donné aux entreprises de l’air pour investir, innover et produire.

La mauvaise farce de « l’inversion de la courbe du chômage » a laissé une trace durable dans l’opinion. Elle hésite à qualifier le président de super-menteur (rôle populaire de Chirac jadis) ou de gros naïf (rôle que Hollande a préféré endosser depuis 23 mois). La politique menée a été incohérente (taxer les entreprises puis leur demander de ne pas licencier et d’embaucher, faire fuir les investisseurs étrangers par la taxe à 75% et les rodomontades de Montebourg malgré les infrastructures reconnues), croire bêtement que l’imposition accrue des classes moyennes et populaires, assaisonnée de niches et de subventions, allait être neutre sur la consommation, chiffrer les efforts de réduction du déficit à Bruxelles et refuser de trancher dans la dépense publique. Non seulement le hollandisme a échoué comme méthode, mais que voit-on après « la leçon » des Municipales ?

Que l’on prend les mêmes et que l’on recommence. Certes, Ayrault a été remplacé par Valls, le social-démocrate mou par un bonapartiste de gauche… mais enserré dans tant de filets qu’il restera impuissant, réduit à la « com » et aux mouvements de menton. Le socialisme reste celui de la parole, pas des actes – de l’incantation, pas de la volonté. Le nouveau gouvernement est pur socialiste. Exit les Verts, Dufflot et son inepte politique du logement (effondrement des mises en chantier en 2013) et Canfin qui déclare « avoir posé un acte » comme le toutou dépose sa crotte. Bonjour les éléphants, le socialisme de toujours avec ses vieilles recettes, l’immobilisme de la parité et des équilibres entre courants – comme si l’on était en régime parlementaire et pas en Ve République. Plus aucun ministre responsable de l’Europe, comme si cela n’avait aucune importance. Un « gouvernement de combat » cette équipe de binômes en guéguerre perpétuelle et sans chef pour dire holà ? Parce que ce n’est pas Valls qui va jouer le chef, il n’en a pas les moyens – il ferait de l’ombre au locataire de l’Élysée ; parce que ce n’est pas Hollande qui va jouer le chef, il n’en a pas le tempérament – il se mettrait à dos les courants du PS et le reste de la gauche.

D’où la révolte des 100 députés qui, tels les 100 familles du Front populaire, veulent mettre leur grain de sel : finie la Ve République quand l’Exécutif est faible, retour au vieux parlementarisme IVe République qui faisait et défaisait les gouvernements en quelques semaines par simple déplacement de « courants ». Est-ce cela « la politique » ? Jacques Attali dans l’Express n’hésite pas à dire aux électeurs « débrouillez-vous ! ». Lui qui a empilé les rapports, les avertissements, les livres, les émissions pour dire ce qu’il conviendrait de faire pour adapter la France au monde nouveau sans être suivi d’effet – en a assez. Il n’attend plus rien du « socialisme », ni des politiciens de gauche, ni même de « l’État ».

Incapable ou inapte, le président ? Les électeurs ont provisoirement choisi. Pas sûr que le gouvernement Valls au travail ou les élections programmées dans les mois qui viennent ne remettent en cause ce jugement…

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3 réflexions sur “Hollande au milieu du gué

  1. salluste

    Alors ….la France se réforme une fois par siècle dans les troubles et la consternation, c’est pour bientôt, ensuite tout ira mieux …

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  2. C’est toujours intéressant de te lire. Mais Hollande est comme le fromage : rouge dehors, jaune dedans. Il a promis tant et plus et n’a rien tenu, ni le chômage, ni la réduction du déficit courant, ni les réformes hors cosmétiques (mariage homo, dépénalisation) : il est donc légitimement sanctionné mais – plus que lui – son parti incohérent, inaudible et plus dirigé.
    Alors que les États-Unis repartent, le Royaume-uni aussi, que l’Europe du sud aperçoit un début de printemps, la France traînasse : ce qui devient insupportable pour les électeurs.
    Deux ans (avant la campagne pour les présidentielles – 3 ans avant l’élection elle-même) c’est trop peu pour redresser l’image : tant celle du PS que celle de Hollande.
    Certes, la droite est inexistante ou gérée par des velléitaires, mais sans rien faire elle recueille les fruits de l’incapacité socialiste. Le FN monte, comme les Verts et le centre – mais une présidence FN est peu probable tant la sortie de l’euro annoncée fait peur; les Verts vont diviser la gauche tandis que le centre va faire pression sur la droite pour qu’elle chasse les vieux démons buissoniers (tien, il est justement diabolisé…)
    Certes, la tactique du coup politique avec dissolution et équipe pour les présidentielles serait jouable – mais pas sans un grand coup de rigueur dès maintenant pour assainir, avec tenue tête aux manifs de rue et aux grèves d’enfeignants par Valls – pour le griller. Mais ce n’est vraiment pas le tempérament IVe République de Flamby qu’un tel « coup d’Etat permanent »… et pas forcément le tempérament Valls de se laisser griller.
    Donc je n’y crois pas une seconde : Hollande va naïvement continuer à « croire » aux modèles mécanistes du socialisme saint-simonien qui annoncent toujours le résultat toutes choses égales par ailleurs, comme si les gens ne s’adaptaient jamais à la nouvelle donne ; il va donc – comme pour le chômage, comme pour la hausse des impôts, comme sur la croissance – se planter.
    Et « n’importe qui » gagnera les présidentielle, à condition qu’il ne soit pas socialiste.

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  3. salluste

    Je ne suis pas convaincu par ta charge Alain, c’est toujours plus compliqué, les politiques ne font que ce que les évènements exigent. Flamby n’a pas été élu sur un programme de purge des déséquilibres. Seulement comme la hausse des impôts n’a pas produit la réduction du déficit espérée il se lance dans la réduction de la dépense. In fine la poursuite de la dépression est non seulement inévitable mais souhaitable ce d’autant qu’il est maintenant patent que certains havres du clientélisme à la française ne sont plus finançable tout court, leur disparition sera une bénédiction. Du strict point de vue politique de Flamby mettre l’UMP devant le gouffre dans un an en faisant une belle dissolution . Il pourra légitimement le faire : une taule historique aux municipales, une taule phénoménale aux européennes où le FN fait deux fois le PS (ça peut aussi tourner au ridicule comique) et une taule monumentale aux régionales. Ensuite l’UMP réduira au lavage car si l’euro est sauvegardé il n’y a qu’une solution, la purge Thatchérienne (dont je suis partisan),alors c’est un petit UMP que nous retrouverons aux présidentielles. Ensuite commencera une belle partie de bonneteau à trois dont Flamby peut sortir vainqueur 55/45 et l’exercer en s’appuyant une coalition « d’union nationale » comme en Grèce. Bon le PS sera mort entre temps mais ça fera parti des cadeaux de la crise, non ,?

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