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Gilets jaunes et grande peur

La mutation accélérée de la société après la révolution numérique et la crise de 2008 ressemble à la mutation accélérée de la société après l’essor des chars et des avions et de la guerre de 14. Mais la grande peur aujourd’hui se focalise à très court terme sur les taxes et le diesel, à moyen terme sur « l’invasion » arabe immigrée et à plus long terme sur le changement du monde (climat, numérisation, réduction des emplois, angoisse pour la retraite, raréfaction des matières premières, lutte pour la vie des nations pour l’accès aux ressources).

L’autre, et plus généralement le changement, font peur. Le mâle, Blanc, périphérique et peu lettré ne suit plus l’élite mixte, diversifiée, parisienne et diplômée, censée le conduire – sinon vers un vers un avenir radieux comme hier – du moins vers le progrès et la hausse du niveau de vie.

Les années 1920 aux Etats-Unis avaient fait naître les lois restrictives sur l’immigration tout comme aujourd’hui Trump menace les migrants massés aux frontières du Mexique de leur envoyer l’armée. Les années 2010 en Europe voient la montée des partis de droite extrême un peu partout, la parenthèse d’accueil massif Merkel se retournant très vite contre elle. Il n’est pas étonnant qu’Emmanuel Macron veuille se situer sur la ligne de crête, généreux en discours et frileux en accueil : la population ne veut pas d’immigration massive.

Il ne s’agit pas de « racisme » (ce gros mot galvaudé qui ne concerne que les Blancs mâles et bourgeois mais ne s’applique nullement aux colorés victimaires qui auraient tous les « droits », selon les experts sociologues, en raison du « contexte »). Les immigrés individuellement et les familles sont secourus et accueillis : ce qui fait peur est la masse. Surtout après les attentats racistes de 2015 qui ciblaient les journalistes libre-penseur, les Juifs, les policiers, avant de frapper indistinctement tous ceux qui ne pensaient et n’agissaient pas comme Allah le voudrait, écoutant de la musique, buvant de l’alcool, s’exhibant aux terrasses de la ville ou sur la promenade des Anglais en tenue très légère. Masse allogène plus religion sectaire forment la grande peur des gens « normaux ».

L’heure est donc à la « réaction ». Au retour sur le monde d’avant, réputé « paisible » parce qu’il est bien connu, donc apprivoisé. Les manifestations contre le mariage gai, l’avortement, le féminisme agressif, l’écologie punitive – et toujours les taxes – ne sont qu’un symptôme de ce grand frisson de la pensée face aux dangers de la mondialisation et du futur menaçant.

Isolationniste, protectionnisme et nationalisme font leur grand retour. On sait ce qu’il est advenu dans les années 1930, la décennie suivant les années folles : la crise boursière, financière et économique de 1929 a conduit à la crise sociale et aux révolutions politiques qui ont abouti à la guerre.

Aujourd’hui, la déréglementation qui se poursuit pour capter les nouveaux métiers numériques et mondialisés, la raréfaction des ressources publiques pour aider les éprouvés de la vie, et la guerre commerciale initiée par le paon yankee, aggravent les effets de cette désorientation sociale.

Un nouveau cycle politique commence. Il est initié en France par le grand refus 2017 des vieux caciques focalisés sur leurs petits jeux de pouvoir entre egos, sur le rejet des partis et syndicats traditionnels bloqués dans leur langue de bois et par leurs postures. Emmanuel Macron se posant comme « ni de droite ni de gauche » assure la transition nécessaire (et raisonnable). Mais il n’est qu’un pis-aller pour les gens, un recul réflexe face aux extrémismes, notamment celui de la droite Le Pen qui apparaît comme peu capable.

En revanche, l’étatisme centralisateur jacobin renouvelé – qui est le mal français déjà pointé par Alexis de Tocqueville et Alain Peyrefitte – attise le ressentiment entre ceux qui se sentent de plus en plus pressurés et exclus, et ceux qui vivant à l’aise dans l’inclusion. Les « gilets jaunes », dans leur anarchisme spontanéiste, révèlent cet écart grandissant. La technique permet de se sentir entre soi au-delà des affinités de quartier ou de village : Facebook est passé du fesses-book des débuts (où chacun exhibait son corps et ses états d’âme) en moulin à pétitions en tous genres. Avec cet égoïsme et cette niaiserie spontanée d’une population qui ne lit plus, ne réfléchit plus et se contente de « réagir » par l’émotion aux images dont elle est bombardée via les smartphones et les gazouillis. Aucune hauteur mais chacun dans sa bande, sa tribu ; tous ceux qui ne pensent pas comme le groupe sont exclus, surtout les journalistes qui « osent » publier les points de vue différents. L’intérêt personnel purement égoïste et le nombril tribal remplacent la citoyenneté.

La « démocratie » recommence à la base, comme à l’école maternelle. Comment s’étonner que « les pouvoirs » reprennent le rôle du maître d’école ou de la maîtresse ? Macron comme Trump (ou Poutine, Erdogan, Xi Jinping, Bolsonaro et d’autres) savent qu’il faut s’imposer face aux « enfants » – soit en gueulant plus fort qu’eux pour les entraîner à sa suite (modèle du fascisme), soit en restant ferme sur ses positions argumentées et se fondant sur la lassitude des violences et des casseurs qui dissout vite toutes les révoltes quand il faut chaque jour faire bouillir la marmite (modèle jacobin).

Mais cela n’a qu’un temps car la révolte est un symptôme : à ne pas traiter les causes de la grande peur, les politiciens risquent gros. Si une nouvelle crise financière (donc économique) devait survenir prochainement, nul doute que les jacqueries se transformeraient cette fois en révolte ouverte et que les partis les plus attrape-tout et tribuniciens l’emporteraient en raz de marée irrépressible. Avec les conséquences que l’on peut entrevoir au regard de l’histoire.

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A quoi sert l’argent ?

S’il ne fait pas « le bonheur », il y contribue. En avoir ou pas est la principale question que se pose chacun à tout moment, pour sa survie, son existence décente, son plaisir. L’argent ne peut pas tout, mais il est un moyen puissant. D’où vient l’argent ?

Il provient des échanges. Il ne naît pas de rien, mais du travail. Ce travail peut être effectué pour soi, sans échange, auquel cas l’argent n’est que négatif : il est ce que l’on n’a pas dépensé en bricolant soi-même, en faisant sa propre cuisine, son propre ménage. Il peut y avoir échange en nature, auquel cas l’argent ne sert pas. Mais dès qu’il y a échange complexe, l’argent est le moyen incomparable de rendre équivalent le travail payé et le travail accumulé. Comme l’eau, il est indispensable à la vie, celle de l’économie – qui est la bonne gestion de l’œkoumène, la maisonnée.

Chacun peut vivre pour soi, autonome dans la nature. Mais il s’agit de vie sauvage. Dès que la civilisation apparaît (ce qui révulse les écolos puristes !), le travail se fait plus collectif et l’échange naît. Certains gardent les troupeaux, traient les bêtes et font du lait, beurre et du fromage ; d’autres cultivent le sol et produisent des céréales, des légumes et des fruits ; d’autres encore bâtissent des maisons, des murs et construisent des meubles ; ou bien martèlent le fer, forgent des charrues, cisèlent des couteaux ou des épées et réparent les instruments… Chacun produit plus qu’il n’a besoin – d’où l’échange. Il permet de troquer une part de son travail contre la part du travail d’un autre, complémentaire à la sienne. Mais comme il est difficile de mesurer exactement combien de blé représente un couteau, ou combien de couteaux une maison (d’autant que le bâtisseur n’a pas besoin d’autant de couteaux), une mesure abstraite naît : l’argent. Il est né avec la civilisation, dès Sumer il y a 7000 ans, et a pris plusieurs formes, des lingots de métal aux coquillages rares en passant par les pièces.

La monnaie est un outil qui permet des échanges au plus juste. Cette justesse est estimée par l’offre et la demande, ce qui est rare étant plus précieux, donc plus cher. Le « marché » n’est donc ni un complot des puissants ni la loi de la jungle, mais le lieu (physique ou symbolique) des échanges.

Pour cela, il faut qu’existe la confiance. Elle ne naît pas de rien, mais des relations sociales. Au plus près des producteurs et des acheteurs sur les marchés des villages, sur les foires des bourgs, dans les magasins des villes. Au plus loin lorsque le pays est grand et administré par un gouvernement ; c’est alors l’Etat qui est le garant et le gardien de la confiance. Via la monnaie, dont il assure le pouvoir d’achat, via la fiscalité qui rend communs des services que le privé ne produit pas (armée, routes, services sociaux), via la politique économique pour réguler l’emploi et les règles de production.

D’où les impôts et taxes, qui sont de l’argent prélevé sur les particuliers et les entreprises pour financer cette mise en commun. Impôt qui est de l’argent public, venant du public, dont le remploi politique est surveillé par le Parlement – dont la principale justification est la « loi de finance » annuelle.

Le travail produit des biens et services qui font l’objet d’échanges via le marché, lequel ne peut fonctionner sans confiance assurée par un pouvoir, aujourd’hui l’Etat. L’argent est cet outil fluide et garanti qui permet d’évaluer un travail et de le payer par un moyen d’échange standard, lequel paiement permettra d’autres échanges, et ainsi de suite.

C’est donc le travail qui est premier et l’échange second. S’il y a besoin, il y a travail – mais il n’y a pas forcément échange : les autarciques produisent pour eux, sans rien demander à personne.

Le crédit est un autre moyen que le travail de produire de l’argent, mais là encore il n’est pas premier. En premier demeure le travail. Créer, produire et échanger permet de transformer le surplus de sa production en épargne (soit de stock, soit le plus souvent d’argent). Cette épargne peut être prêtée – à des particuliers, à des banques, à l’Etat – et ce prêt l’immobilise un certain temps. Ce qui justifie une rémunération – qui est le prix du temps plus une prime de risque en cas de non-remboursement ou de dépréciation. Lorsque vous payez par carte bancaire, vous émettez de l’argent nouveau en achetant tout de suite et en payant plus tard (crédit à court terme) ; quand vous achetez une voiture ou une maison, de même, vous payez à crédit mais vous disposez de suite du bien (crédit à moyen ou long terme).

Lorsque vous êtes une entreprise, de l’artisan micro-entrepreneur à la multinationale, acheter à crédit (des matières premières, des machines, un stock de produits à revendre, des flottes de transport, des murs de magasin…) vous permet de produire tout de suite, d’être payé tout de suite – et de rembourser plus tard, progressivement, avec le fruit de votre labeur.

Le crédit produit donc de l’argent : non seulement à celui qui le prête (via l’intérêt qu’on lui sert), mais aussi à celui qui emprunte (puisqu’il acquiert les moyens de produire de suite et de rembourser ensuite avec les bénéfices de son travail).

On le voit, l’argent ne naît pas de rien mais, dès qu’il naît, il circule. Pour le bénéfice de tous, même si certains affairistes peuvent profiter indûment des naïvetés et des délais inévitables dans tout processus d’échange.

Ce n’est pas la « spéculation » qui est mauvaise, mais la triche. Spéculer veut dire en effet que l’on prend un risque, un pari sur l’avenir. Que ce risque soit rémunéré, rien que de plus normal. Ce n’est que lorsque l’on ment sur le risque (comme dans les placements composés de subprimes), ou sur le rendement « assuré » (comme dans la pyramide de Ponzi Madoff), qu’il y a triche et profit indu.

C’est alors à la loi – votée par le Parlement – et à l’Etat – censé faire respecter la loi du fait qu’il a seul le monopole de la violence légitime – de contrôler et d’agir contre ces pratiques néfastes à l’économie et aux citoyens.

L’argent ne sert à rien en soi ; il sert à tout en société. Mais son usage reflète la société elle-même, et non on ne sait quel esprit diabolique.

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Obésité Tahiti

Pas nécessaire de faire de grandes réunions internationales, régionales : le constat est qu’en Océanie diabète et obésité règnent en maîtres. Neuf des dix pays touchés par l’obésité dans le monde sont des îles du Pacifique. De nombreux pays, Fidji, Nauru, les îles Marshall importent 80% de leur nourriture dont beaucoup de produits transformés – dotés en sucre, en sel et gras… Les « travailleurs » qui devraient être les développeurs de l’économie, ceux ayant entre 30 et 50 ans, sont les plus touchés. Ils ne peuvent travailler à cause de ces maladies.

Tonga avait mis en place en 2004 une politique de lutte contre l’obésité en haussant les taxes sur les produits sucrés, l’alcool, les nouilles – et une baisse de la fiscalité sur les fruits, les légumes et le poisson. Résultat ? Pas grand-chose ! A Tonga, plus de 80% de la population souffre d’obésité !

taux obesite polynesie

A Tahiti on a de bonnes idées : on lance un appel à projets pour « bouger plus et manger mieux ». Cet appel s’adresse aux associations, fédérations sportives et communes qui peuvent déposer un dossier.  Ce projet pourrait être pris en charge jusqu’à 90% grâce à une enveloppe de 25 millions de XPF.

On n’a pas dit manger moins ! En Polynésie française on dénombre 33 000 personnes (sur 285 000 habitants – 11.5% !) en longue maladie (obésité, diabète, maladies cardiaques, hypertension artérielle).  Il serait temps de mettre un peu d’ordre dans tout ce bazar. On note 70% des adultes (2 adultes sur 3) et 34% des enfants de 7 à 9 ans (1 enfant sur 3) qui sont en surpoids.

obese tahiti

La CPS (sécurité sociale tahitienne) croule sous les dépenses !  On opèrerait à tour de bras pour réduire les estomacs, c’est gratos pour les obèses. On pourrait par exemple suggérer des achats groupés à l’hôpital du Taaone comme des anneaux gastriques dernier modèle, des liposuceurs de grande capacité. Et si l’on fait maigrir tous les obèses, les importateurs de malbouffe pourraient alors déclencher des grèves… leurs gains pourraient être en chute vertigineuse. Y auraient-y pas des thésards qui pourraient s’intéresser à ce problème de gros ?

Et pour le RSPF (à la charge des contribuables métropolitains) ils seraient plus de 200 000 à en bénéficier. Des individus, des familles entières qui n’auraient pas de revenus donc qui ne cotiseraient pas…

C’est l’heure de mon thé vert avec quelques amandes. Je vous quitte !

Hiata de Tahiti

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Tahiti, une colonie ?

La Colonie ou les Colonies ? Un système qui repose sur la domination politique, sur la domination culturelle, sur la domination économique est une colonie. Les colonisateurs visaient l’exploitation des territoires et leur mise en valeur. Au début, à Tahiti, il y avait les frais de douane sur les produits importés, l’impôt de capitation, les corvées. La colonie devait équilibrer son budget afin que la métropole fasse des bénéfices. Ainsi perdurait la dépendance !

Mais jusqu’en 1964, arrivée du CEP et de ses essais nucléaires, c’étaient les taxes et impôts locaux qui payaient les salaires et frais de fonctionnement de l’administration coloniale à Tahiti. Les droits de douane sur les importations, mais surtout les taxes sur l’exportation des phosphates de Makatea (relire les pages sur le blog), étaient les principales rentrées.

Ce faisant, la colonisation a détruit la société traditionnelle, effacé les valeurs culturelles, apporté l’école occidentale, la médecine moderne, l’individualisme. Elle a ouvert la Colonie au monde extérieur. Gagnants ?  Peut-être pas ! Même sûrement pas !

carte polynesie francaise

Si les maîtres Blancs ont été remplacés, c’est par une nouvelle « caste » locale. On pourrait l’évaluer à une centaine de familles » s’étant approprié le pouvoir et… ses avantages. Cette « caste » a remplacé l’administration coloniale à son seul profit en allant mendier des subsides à Paris, en augmentant les taxes payées par le bas peuple, notamment les impôts locaux.

Pour le petit « Tetuanui » rien n’a changé, les Nantis sont toujours nantis, de plus en plus, même si la CTC (Chambre territoriale des Comptes) le stipule dans ses nombreux rapports ! Ils montrent pourtant que les responsables des officines territoriales, qui sont nommés par les Politiques, touchent des salaires et des primes faramineux tandis que « Le petit « Tetuanui », quand il a un travail doit se contenter souvent du SMIC (environ 1 000 €). Le petit Tetuanui » est le nom de famille le plus courant, il est l’équivalent de Dupond ou Durand en métropole.

Tenacious

Ce qui est fait pour les handicapés n’est pas le fait de Tahiti. Le trois-mâts anglais Tenacious était par exemple en escale à Papeete. Très beau, il appartient à une association la Jubilee Sailing Trust qui accueille à son bord des marins atteints de handicap. A bord, des ascenseurs, des ponts plus larges et incurvés pour la circulation des fauteuils roulant, des équipements sonores sur la barre et des indications en braille sont mis en place pour que les non-voyants eux-mêmes puissent diriger le bateau. Le Tenacious compte 10 membres d’équipage et accueille à chacun de ses voyages une quarantaine de personnes dont la moitié sont handicapées. C’est un trois-mâts barque long de 65 m avec un déplacement de 500 tonnes. Année de lancement : 2000. Port d’attache : Southampton (Royaume-Uni).

Hiata de Tahiti

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Cette gauche d’amateurs…

François Hollande n’est pas un économiste, il n’a manifestement aucune idée des grands équilibres macroéconomiques ou géopolitiques ; avant l’ENA qui l’a formé à l’étatisme, il a été formé par HEC à la gestion d’entreprise. Pas à la stratégie mais à l’administration. Il ne connait rien aux « humanités », il ne sait guère ce qu’est « la culture » – tout est pour lui dans « l’expertise ». Il ne peut donc avoir aucune vision d’en haut, guère de recul critique, et peu de bon sens.

impot des entreprises france 2002 2016

Déclarer qu’il faut augmenter les impôts pour désendetter le pays a un sens. Sauf que, trois ans après, non seulement les impôts mais aussi la dette ont augmentés ! Ce fait réel enlève tout sens au discours initial. La raison ? Toute bête, macroéconomique, « keynésienne » : le Budget de l’État doit économiser en phase de croissance (ce que Jospin a raté) et dépenser en phase de récession (ce que Sarkozy avait commencé et que Hollande a raté). On apprend ça en première année…

2015 1995 dette publique france

Comment s’étonner alors qu’il y ait tant de chômage ? « Inverser la courbe » était un engagement présidentiel niais quand, dans le même temps, il sapait volontairement les fondements même de la croissance : l’argent pour dépenser et produire. Il n’y a guère que l’administration d’État qui s’en sort bien – la clientèle de la gauche ? Pour le reste ? Une réformette pour les entreprises avec le CICE (compliqué, retardé, lent à avoir effet, ouverte à toutes, CAC40 comme TPE car l’égalitarisme constitutionnel veille !), une inertie envers les paysans (avec multiplication des taxes et normes plus environnementales qu’ailleurs en Europe, jusqu’aux portiques détruits par exaspération et jacquerie), une hypocrite bienveillance envers les humbles avec les dernières « baisses » des impôts (préalablement augmentés). Constat : l’offre en panne, la consommation arrêtée, la production nationale non compétitive qui se saborde. Beau bilan pour Monsieur le Président !

2015 2003 chomage en france insee

« On a payé les 11 milliards d’impôts nouveaux levés à notre arrivée », a-t-il déclaré à Françoise Fressoz, journaliste au Monde dans son dernier livre, qui vient de paraître et dont vous pouvez lire le début. Si c’était à refaire, « je ne serais pas allé aussi loin, j’aurais gardé l’augmentation de la TVA décidée par Nicolas Sarkozy pour boucler le budget qu’il nous avait laissé, j’aurais fait le crédit d’impôt compétitivité emploi pour les entreprises et j’aurais évité les hausses dans les budgets suivants. »

Il est bien tard pour s’en rendre compte ! Et certains ne manquent pas d’analyser que cette confession (mea culpa très chrétien ou autocritique trotskiste – selon les sensibilités) permettent d’ouvrir un droit d’inventaire qu’il pilote personnellement, en vue des prochaines présidentielles. Faute avouée n’est-elle pas réputée à moitié pardonnée ? Sauf que les Français mis dans le marasme par le gouvernement Hollande ne sont peut-être pas prêts à pardonner – même s’ils doivent pour cela faire revenir l’honni Sarkozy qui, lui, au moins agit.

Françoise Fressoz, a cueilli les aveux de plusieurs acteurs de la gauche de gouvernement, dont le président lui-même. Le titre de son livre dit l’essentiel : Le stage est fini. Il montre tristement, sans jugement de valeur, « l’amateurisme du début, l’absence de vision, la faiblesse des équipes » de « cette bande d’adolescents attardés qui n’avaient visiblement pas fini de régler les comptes. Bonjour la gauche ! »

2012 ratio-depense-publique-sur-pib

« Ils voulaient le pouvoir sans accepter de s’y préparer, viscéralement hostiles à la mondialisation, crispés sur la pérennisation d’un État-providence à bout de souffle, et le pire, c’est qu’ils le reconnaissent : « Le Parti socialiste n’a pas assez travaillé sur le fond, il a trop vécu sur ses acquis locaux », assène l’ancien premier ministre Jean-Marc Ayrault. « Le logiciel est dépassé », analyse l’actuel premier secrétaire, Jean-Christophe Cambadélis. « Depuis 2005 on met la poussière sous le tapis, on esquive la question centrale : l’Europe est devenue un problème au lieu d’être une solution », renchérit Pierre Moscovici. »

François Hollande, faute de Dominique Strauss-Kahn, apparaît en 2012 au PS comme le moins pire si l’on peut dire, « un petit arrangeur, un bricoleur », avec sa petite boite à outils mal ajustée aux enjeux du XXIe siècle. Contrairement à ses partenaires européens : « Dans un manifeste commun, le Britannique et l’Allemand pointaient l’épuisement de l’État-providence, appelaient à s’armer dans la mondialisation en encourageant la production, en baissant les charges et les impôts. Et pendant que la gauche française résistait de toutes ses forces, persuadée d’être dans le vrai, l’Allemand passait à l’acte. C’est de cette époque que date le grand écart franco-allemand. »

Tous ces batteurs d’estrade, les Mélenchon, Montebourg et autres frondeurs, préfèrent les discours bardés de « grands principes » au terrain et à ses cruelles réalités. François Hollande en a peur, ce pourquoi il reste dans le presque-rien cher au philosophe Jankélévitch : ce « je ne sais quoi de douteux et d’équivoque, à ce presque rien qu’est le fuyant devenir. »

La gauche archaïque, retardataire, fonctionnaire dans l’âme, a repris l’inertie décennale de Chirac : surtout ne rien faire qui puisse remettre en cause son pouvoir éphémère chèrement gagné ! De vrais petits énarques, parfaits caméléons qui ne veulent surtout pas changer le monde mais le gérer. Pas de vague, mon vieux, pas de vague ! La gauche lyrique, c’est pour gagner les élections (tout comme le « gaullisme » travailliste – cet oxymore àlachiraque) ; la gauche de gouvernement, c’est la gestion : ne prendre aucun risque – sauf le risque justement d’oublier qu’on est élu pour agir. Alors, comme à l’ENA, on fait ce pourquoi on a été formaté : du blabla, de la com’. Du hollandisme à la perfection.

Dont la dernière « conférence » à la presse a donné hier le spectacle.

Françoise Fressoz, Le stage est fini, 2015, Albin Michel, 272 pages, €18.00 / format Kindle €12.99

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Café et chocolat, économie cubaine

Le bus nous conduit chez une femme qui nous sert du café de sa production et du chocolat planté et récolté par elle-même. La particularité du café local est que les grains sont torréfiés mélangés à du sucre. Le procédé a été introduit par les Français lorsqu’ils se sont installés dans la région en provenance d’Haïti. En caramélisant, le sucre adoucit l’amertume du grain et donne un breuvage étrange, parfumé comme ces cafés du nord de la France longuement passés.

Le chocolat est une cosse dans laquelle s’entassent les fèves gélatineuses dont l’enveloppe, un peu acidulée, a le goût du litchi. Une fois ouverte la cosse, on laisse fermenter les fèves dans leur enveloppe quelques jours, puis on les sèche au soleil. Une fois grillées, on les moud et cela donne de la pâte à 100%. Le pot de pâte que l’on nous montre sent très fort le chocolat. On ajoute un peu de beurre de cacao pour former des boules qui seront à râper pour faire la boisson, ou des plaques au moule qui seront à croquer. Nous goûtons de tout cela mais personne ne se décide à en faire emplette, au grand dam de la femme. Café comme chocolat sont plutôt bruts ; nous avons l’habitude de produits plus raffinés. Si Cuba ne produit que des matières brutes, comment voulez-vous qu’il les vendent dans le reste du monde ?

gavroches torse nu cuba

En revenant vers la ville, nous remarquons de nombreux adultes, jeunes et gamins, torse nu sous le temps gris, moins vêtus qu’en plein soleil. De jeunes garçons jouent au ballon sur les terrains boueux pieds nus et en seuls shorts sous la pluie. Philippe me fait remarquer qu’à l’inverse d’hier, la population d’ici comprend plus de gens au teint clair. Peut-être est-ce l’effet des villes ? Les Espagnols de la conquête s’étaient rassemblés dans les villes dès l’arrivée de Diego Velasquez en 1510, les esclaves Noirs importés ensuite étaient répartis à la campagne, dans les plantations de l’intérieur. Les Français, une fois quitté Haïti, ont fait de même.

Nous notons encore ces slogans vides, agaçants d’activisme stérile, sur les murs. Ils sont entretenus par les brigades d’activistes des CDR, ces Comités de Défense de la Révolution : « combat et vigilance », « justice sociale », « tous derrière le 26 » – ce fameux jour de juillet où Castro et ses partisans ont attaqué la caserne de la Moncada. Malgré l’échec de cette tentative, et la mise en prison de Castro, cette date marque le début symbolique du soulèvement.

slogans cuba

Le long de la mer, où la jetée est bordée d’immeubles de béton carrés et lépreux – de style parfaitement « socialiste », identique à Moscou comme à Douchanbé – se tient un marché « libre ». Supprimé en 1986 pour incompatibilité avec « le socialisme » le marché libre a été rétabli après 1991 lorsque « le socialisme » a fait faillite à l’est et que même la Chine s’est ouverte au pragmatisme. Castro s’est vu obligé de mettre du Coca dans son rhum. Quelques kilos de tomates minuscules voisinent avec des oranges un peu sèches. Tout cela est « bio », sans engrais car il n’y en a pas, mais n’a pas l’air de faire saliver les bourgeoises de gauche du groupe (tendance « caviar ») qui préfèrent le bio cher et calibré aux productions biologiques réelles de la nature. Il y a du monde au marché libre en ce lundi soir. Le rationnement des produits de base a toujours cours à Cuba. Chaque matin nous voyons la queue devant la boulangerie où chacun vient retirer avec ses tickets la ration de pain de la famille.

Les mauvaises langues accusent le blocus américain, bouc émissaire facile. Si le blocus a sa part, incontestable, de la pénurie endémique à Cuba, il n’est pas la raison de la faillite du système ! D’ailleurs, depuis 2000, 80 000 barils de pétrole sont importés du Venezuela, payables en biens ou en services – comme quoi le blocus américain n’est pas un blocus « mondial » ! La Révolution a tout de même (en 55 ans !) largement eu le temps de trouver des alternatives aux échanges avec les États-Unis. Encore faut-il des produits attrayants sur le marché mondial pour échanger. La monoculture du sucre, et l’activisme à la Mao qui a poussé les récoltes au détriment de toutes autres productions ou industries, a enfoncé Cuba dans la dépendance tiers-mondiste au lieu de l’en sortir.

cuba bandera

Fidel Castro se méfiait des villes ; elles étaient pour lui des centres de vices. Il a donc perpétré volontairement un système de type « colonial » où l’île ne fournit que des matières premières et des denrées agricoles (sucre, tabac, café, bananes) aux pays industrialisés qui lui vendent des produits usinés et finis… Il a préféré s’appuyer sur les paysans comme l’Instituteur chinois, et croire que la réforme agraire allait régler tous les maux du pays. Le paysan allait régénérer moralement la société avec ses valeurs terriennes (n’est-ce pas, maréchal ?). Le vieux fond catholique des Castro – élevés chez les Jésuites – se rapproche étrangement de la « révolution nationale » entreprise sous Franco et Pétain…

Échec : la nature ne se décrète pas, pas plus celle des plantes que celle des hommes. Éduquer pour faire des paysans, c’est gaspiller l’éducation. Se cantonner à l’agriculture, c’est ne pas vouloir s’élever dans la technologie et se soumettre au climat – notamment aux ouragans, très courants aux Caraïbes. S’enfermer dans la monoculture, c’est se mettre à merci des prix mondiaux comme des changements de mode (la sucrette, à base d’amidon de maïs, remplace le sucre de canne pour raison d’obésité). En bref la révolution dégénère en réaction lorsque le leader maximo ne veut pas lâcher le pouvoir pour le remettre « au peuple » dont il se réclame. Naît alors, à Cuba comme hier à Moscou, un « socialisme réel » qui ne renvoie pas dans l’utopie des croyances mais impose ici et maintenant : son inefficacité légendaire, sa morale antiéconomique et sa bureaucratie gaspilleuse. L’anecdote soviétique bien connue s’applique ici comme ailleurs : « le socialisme est instauré au Sahara ? – bientôt il y aura des tickets de sable ».

Après 55 ans, le rationnement n’est plus justifié par la « juste » répartition de la pénurie. Il s’agit d’autre chose, de l’institutionnalisation d’un contrôle étroit de la population, avec cette arrière-idée morale qu’il ne faut rien laisser faire afin de tout contrôler, que seul l’État et ses fonctionnaires (contrôlés par le parti unique) savent mieux que les individus ce qui est bon pour chacun – car chacun ne doit rien être de plus qu’un rouage du collectif – dont la reine est Castro, comme chez les fourmis.

Seule la croissance peut apporter le progrès, pas uniquement le progrès de la technique et de la consommation mais aussi le progrès social et même le progrès de l’esprit, en dégageant du temps pour se cultiver. La croissance augmente la richesse globale du pays et élève le niveau de vie. Elle accroît la rentrée des taxes et la possibilité des investissements publics comme de la redistribution sociale par l’État. Mais, pour que la croissance soit, il ne suffit pas d’assurer l’éducation primaire et le réseau sanitaire – il faut aussi favoriser l’initiative, encourager l’entreprise (c’est-à-dire la prise individuelle de risques) et s’ouvrir sur le monde. Rien n’empêche que l’État soit fort, ni qu’il réglemente ou redistribue par l’impôt; rien n’empêche qu’on stigmatise la « croissance pour la croissance » en tempérant les appétits et l’obsession du rendement – mais cela doit être mesuré à l’intérêt général de la population et non à quelques principes dogmatiques ou quelques privilégiés de caste ! La morale n’a pas intérêt à oublier l’économie, même si l’économie ne peut pas être l’absolu des sociétés.

macho 13 ans cuba

Ces enfants vigoureux, ces garçons solides et ces filles bien faites, ne doivent pas être réduits par l’étatisme à la condition de paysans ou de prostitué(e)s. Ils méritent mieux. Bien conduite, avec une transition comme la Chine l’expérimente, l’ouverture de Cuba ne conduirait pas à l’américanisation immédiate, grande crainte du pouvoir.

Mais on peut être sûr que – si rien n’est fait – toute contestation du pouvoir actuel conduira immédiatement et absolument à l’américanisation, faute d’alternative. Les gens d’ici, dès qu’ils peuvent  votent déjà avec leurs rames en s’enfuyant sur des radeaux de fortune pour gagner la Floride, pourtant « enfer capitaliste »… L’île de Cuba redeviendra ce bordel de l’Amérique, ce paradis de l’alcool, du jeu et du plaisir entre les mains des mafieux qu’il était sous Batista. Je ne le souhaite vraiment pas, mais rien de pire que les vieux cons qui ne veulent pas décrocher ! (Voyez Le Pen…)

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Canal de Panama

Le pilote du Canal de Panama a apporté avec lui des souvenirs de Panama, des vrais, il n’y en aura pas pour tout le monde ! Ce sont des souvenirs « authentiques » de Panama, précipitez-vous sur le pont 10 de 7h30 à 14h. La station de contrôle du Canal avisera le Celebrity Infinity par radio de l’heure à laquelle nous entrerons dans le canal, en fonction du nombre de navires en instance. Le pilote est arrivé depuis 5h45. Et voilà le programme des réjouissances. Pour l’écluse Miraflores 7h45-9h05 ; pour l’écluse Pedro Miguel 9h35-10h25 ; navigation en Gamboa 11h25 ; écluse Gatun 13h50-16h05. Temps variables, distance jusqu’à Colon, 80 miles nautiques. La traversée totale du canal prend 9 heures.

CANAL DE PANAMA

Un peu d’histoire sur ce canal. Son concept date du début du 16ème siècle quand le roi Charles d’Espagne avait commandé une étude pour trouver un chemin maritime plus rapide avec le Pérou et l’Équateur. Les Européens étaient fort intéressés à découvrir des routes commerciales plus courtes et plus rapides. Le chemin de fer du Panama a été ouvert dans les années 1850. En 1880, le creusement du canal commença sous l’impulsion du Français Ferdinand de Lesseps grâce à une levée de fonds géante à la Bourse de Paris. Les maladies, paludisme, fièvre jaune ont eu raison des premiers travaux. On estime à 27 500 le nombre d’ouvriers qui périrent pendant cette construction. Le travail fut terminé, après l’échec de cette tentative, par les États-Unis sous la direction de G.W. Goethals et le canal ouvrit en 1914. Les Américains pensaient à un canal au Nicaragua, projet actuellement mis en œuvre par les… Chinois ! En 1903, Panama indépendant accorda aux USA un contrôle controversé de 99 ans pour construire et administrer le canal. En 1977, un accord rendit le canal au Panama à la fin de 1999.

panama canal ecluses

Les écluses sont spectaculaires, larges de 33,53m et comportent une longueur utilisable de 304,8m. La profondeur varie mais est de 12,55m minimum dans la partie sud des écluses Pedro Miguel. Les écluses vont par paires. Chaque chambre est remplie avec 101 000 m3 d’eau qui entre par un réseau de conduites sous chaque chambre. Les navires sont tractés par les « mulas » petites locomotives sur rails circulant sur les murs des écluses. Les bateaux ayant la plus grande taille admise dans le canal sont désignés par l’appellation « Panamax » mais un nombre croissant de navires dépassent cette taille et sont appelés « post-Panamax ». L’avenir passe par des travaux d’élargissement lancés en 2007. Ce seront deux nouveaux jeux d’écluses : une à l’est des écluses de Gatún en place, l’autre au sud-ouest des écluses de Miraflorès, chacune desservie par un canal d’approche.

panama canal les mules

Actuellement, si l’on vient du Pacifique, à partir des bouées qui marquent l’entrée du golfe de Panama, les navires parcourent 13,2 km jusqu’aux écluses de Miraflores en passant sous le pont des Amériques. Le système des écluses de Miraflores fait 1,7 km de long avec un dénivelé de 16,5m à mi-marée. Ensuite le navire entre dans le lac artificiel de Miraflores qui fait 1,7km et se trouve à 16,5m au-dessus du niveau de la mer. L’écluse de Pedro Miguel est la dernière partie de la montée sur 1,4 km avec un dénivelé de 9,5m. La coupe Gaillard fait 12,6km de long à une altitude de 26m et passe sous le pont du Centenaire. Le Rio Chagres, cours d’eau naturel est amélioré par un barrage sur le lac Gatún, il parcourt 8,5km vers l’ouest pour se jeter dans le lac Gatún. Le lac Gatún est un lac artificiel formé par le barrage Gatún, emprunté par les navires sur 24,2km. Les écluses de Gatun comportent 3 étapes sur 1,9km de longueur et ramènent les navires au niveau de la mer. Un canal de 3,2km mène côté Atlantique. Le Bahia Limon (la baie citron) est un immense port naturel qui procure un mouillage pour les navires en attente de transit et fait 8,7km jusqu’à la digue extérieure. Le transit total est de 76,9km.

panama canal pousseurs

Je ne possède pas de données récentes pour vous parler argent. Sachez cependant que les plus petits navires en fonction de leur longueur paient des taxes qui, en 2006, allaient de 500 $ (longueur inférieure à 15m) à 1500 $ (supérieure à 30m). Pour les porte-conteneurs, les droits dépendent du nombre d’EVP. Par exemple, au 1er mai 2007, 54 $ par conteneur, en sachant qu’un porte-conteneur Panamax peut en transporter jusqu’à 4 000. La taxe la plus élevée aurait été payée le 30 mai 2006 par le porte-conteneur Maersk Dellys pour 249 165 $ ; la moins élevée par l’aventurier américain Richard Halliburton parcourant le canal à la nage en 1928 pour 36 cents. La moyenne est de 54 000 $.

panama canal pont du centenaire

Un nouveau projet d’envergure est entamé. On apercevait du bateau les engins de chantier, les grues au travail. Deux nouveaux jeux d’écluses : une à l’est des écluses de Gatun en place, l’autre au sud-ouest des écluses de Miraflores, chacune desservie par un canal d’approche. Les nouvelles écluses comporteront des portes coulissantes, doublées par sécurité, et seront longues de 427m, larges de 55m et profondes de 18m, permettant le transit de navires larges de 49m, d’une longueur de 386m et d’un tirant d’eau de 15m, ce qui correspond à un porte-conteneurs de 12 000 EVP.

panama canal travaux agrandissement

Les Chinois sont au Nicaragua pour construire un canal encore plus gigantesque afin d’y faire passer des bateaux « Valemax » de 18 000 EVP et jusqu’à 400 000 tonnes. Le Nicaragua a lancé les travaux de son canal controversé avec l’ambition de concurrencer celui de Panama. Le pays persiste dans son choix, malgré les doutes sur ce projet mené par un groupe chinois et critiqué par la population pour son impact écologique. Ce chantier pharaonique, est estimé à 50 milliards de dollars (cinq fois le PIB du pays) est le projet le plus ambitieux d’Amérique latine. Longueur du canal : 278 km (trois fois plus que celui de Panama), profondeur : 30 m, largeur : entre 200 et 500 m, nombre d’écluses : 12, durée de la construction : 5 ans, nombre de travailleurs : 50 000. Les risques environnementaux : proximité du volcan Conception, le lac Cocibolca (8 264 km2) est la principale réserve d’eau douce d’Amérique centrale. Il y aurait une possible salinisation et détérioration de la qualité de l’eau, 80 000 personnes boivent l’eau du lac et c’est aussi l’habitat naturel de 40 espèces de poissons…

Hiata de Tahiti

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James Ballard, Millenium People

ballard millenium people

James Graham Ballard tire de son enfance aventureuse une propension à agiter le confort social et à mettre en doute les idées reçues qui est fort réjouissante. Rappelez-vous qu’à 11 ans il s’est retrouvé arraché à ses parents et à sa villa de Shanghai pour être interné trois ans dans un camp japonais. Il en a tiré cet hymne à la vie qu’est Empire du soleil où l’accroche quotidienne à l’existence se mêle à l’éveil de l’adolescence. Steven Spielberg en a tiré un film superbe avec John Malkovitch en salaud égoïste et le jeune Christian Bale en préado irradiant de vitalité.

A 73 ans, J.G. Ballard examine avec son œil anglais la société de consommation des années 60 mûrie par la crise des années 70 et aigrie par l’écart social croissant des années 90. Cela donne Millenium people, les gens de l’an 2000, publié en 2003 et disponible en français chez Folio. Les nouveaux « prolétaires » seraient de vrais bourgeois. Ils ont fait des études, grimpé dans la hiérarchie, se sont installés dans le confort et scolarisent leurs enfants dans le privé. Brusquement, une hausse des taxes de leur résidence cossue de « la Marina de Chelsea » dans le tout-proche Londres, les fait basculer dans la révolte. A quoi sert l’abondance, au fond, sinon à tourner indéfiniment et sans but dans la cage, comme l’écureuil ?

Le cocasse est la reprise des slogans et autres happenings de la fin des années 60, dans ces années 2000 si peu faites pour ça. La page 68 (ça ne s’invente pas !) pose les acteurs : « tous les protestataires étaient les membres bon enfant de la classe moyenne – étudiants pondérés et professionnels de la santé, veuves de médecins et grand-mères fréquentant l’université du troisième âge. » En face, les forces de l’ordre : « Moroses et imprévisibles, les flics avaient une crainte paranoïaque du moindre défi à leur autorité. » Au milieu (et ravis du scoop permanent) les « reporters de la télé (qui) n’étaient guère que des agents provocateurs qui s’efforçaient sans cesse de précipiter les manifestations pacifiques dans l’action violente. » Vous avez la névrose des repus, la psychose des gardiens et la perversion des médias qui veulent à toutes forces « créer » l’événement, surtout lorsqu’il est insignifiant.

Existe-t-elle vraiment, la « révolte des classes moyennes » ? Rien n’est moins sûr. Il s’agit surtout de mouvements d’humeur comme l’enfant qui casse ses jouets… avant d’en racheter d’autres. Il suffira d’ailleurs d’une « baisse de l’immobilier » pour que tout, dans le roman, rentre dans l’ordre. C’est pourquoi il peine à démarrer.

Lotus Elan 1966

Heureusement, le fil conducteur est donné par l’enquête d’un psychiatre sur un attentat à Heathrow qui a tué sa première femme. Cet acte gratuit gidien le turlupine et il n’aura de cesse de s’informer auprès des trublions, de s’infiltrer (sans aucun mandat officiel) auprès des meneurs de la révolte, pour comprendre. Une enquête quasi policière démarre et donne de la vie à ce roman qui n’est pas « prophétique » comme l’écrit sans réfléchir la quatrième de couverture, mais tristement « actuel ». Il tient au sens de la vie dans une société d’abondance, pas à l’abondance elle-même ; à l’insignifiance des êtres empêtrés dans leurs névroses et dont les actes sont tout sauf « gratuits » ; aux mensonges du discours.

Là où l’auteur ne saurait être français est qu’aucun de ses acteurs ne croit un seul instant à ce qu’il accomplit. Pas d’idéologie dans les attentats symboliques, ni de « mission » dans les harangues aux foules, uniquement du pratique et du concret : comment rassembler autour de soi les résidents, comment toucher les médias pour qu’ils en parlent, comment frapper l’opinion pour se faire entendre des officiels. C’est ce ton décalé par rapport à l’incurable « sérieux » du militantisme français qui donne sa légèreté au roman. Un militant est un militaire dont l’uniforme est à l’intérieur, disait à peu près Ambrose Bierce. J.G. Ballard reste foncièrement anarchiste, sa prime adolescence livrée aux Japonais en Orient l’a définitivement éloigné de toute croyance en une quelconque idéologie, comme de toute confiance envers un État bienveillant…

475 pages à dévorer au soleil.

James Ballard, Millenium People, 2005, Folio 2006, 480 pages, €8.46

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Hollande au milieu du gué

Il lui reste deux ans pour convaincre les électeurs de le reconduire avant que commence la campagne pour les primaires, puis la présidentielle ; il lui reste deux ans pour montrer que son tempérament débonnaire, hésitant et porté à valoriser les contradictions dans une improbable synthèse permettra à la France de retrouver le chemin de la croissance, de l’emploi et de la simplification des règles et taxes. Pas sûr qu’il y arrive, porté qu’il est par son tempérament à « laisser du temps au temps », comme disait son mentor en politique qui – lui – avait sept ans de règne devant lui et pas cinq.

francois hollande 2012
Les électeurs se sont fait clairement comprendre, ceux qui se sont abstenus comme ceux qui se sont exprimés : le vieux socialisme des copains à la française, le « socialisme municipal », a explosé. On le voit clairement à Grenoble où un Vert balaye un socialiste en réduisant les prébendes des élus et en affichant la transparence, comme à Marseille où le candidat du socialisme usé jusqu’à la corde n’a pas su même arriver à la cheville du vieux clientéliste UMP, maire depuis des décennies. Le parti Socialiste n’a rien vu, rien compris, rien appris. Laissé dix ans à l’écart du pouvoir depuis la chute de Jospin en 2002, il est resté sans idées, dans l’entre-soi confortable de l’auto-intoxication, des yakas théoriques en économie et des boucs émissaires.

Laurent Joffrin le susurre ironiquement dans l’hebdo des bobos, le « Nouvel » observateur : « Rappelons tout de même (…) qu’au Danemark, patrie des traîtres au vrai socialisme, le niveau de vie est l’un des plus élevés au monde et le chômage deux fois inférieur à ce qu’il est en France ». La faillite idéologique du socialisme est très claire : on n’oppose pas de façon aussi caricaturale la consommation à l’offre, la hausse des impôts à la baisse des dépenses publiques, le rôle de l’État à celui des entreprises. La théologie socialiste reste dans l’abstrait, accusant tous les autres quand elle échoue (l’héritage, la droite, l’Europe, la BCE, Merkel, les Américains, les Chinois…). Malgré la dépense publique bien plus grosse qu’ailleurs (57% du PIB), la France n’a toujours pas modernisé son école de l’échec et de la ségrégation sociale, ni clarifié ou simplifié le marché du travail qui fabrique les chômeurs et refuse de les former au profit du monopole syndical des copains, ni donné aux entreprises de l’air pour investir, innover et produire.

La mauvaise farce de « l’inversion de la courbe du chômage » a laissé une trace durable dans l’opinion. Elle hésite à qualifier le président de super-menteur (rôle populaire de Chirac jadis) ou de gros naïf (rôle que Hollande a préféré endosser depuis 23 mois). La politique menée a été incohérente (taxer les entreprises puis leur demander de ne pas licencier et d’embaucher, faire fuir les investisseurs étrangers par la taxe à 75% et les rodomontades de Montebourg malgré les infrastructures reconnues), croire bêtement que l’imposition accrue des classes moyennes et populaires, assaisonnée de niches et de subventions, allait être neutre sur la consommation, chiffrer les efforts de réduction du déficit à Bruxelles et refuser de trancher dans la dépense publique. Non seulement le hollandisme a échoué comme méthode, mais que voit-on après « la leçon » des Municipales ?

Que l’on prend les mêmes et que l’on recommence. Certes, Ayrault a été remplacé par Valls, le social-démocrate mou par un bonapartiste de gauche… mais enserré dans tant de filets qu’il restera impuissant, réduit à la « com » et aux mouvements de menton. Le socialisme reste celui de la parole, pas des actes – de l’incantation, pas de la volonté. Le nouveau gouvernement est pur socialiste. Exit les Verts, Dufflot et son inepte politique du logement (effondrement des mises en chantier en 2013) et Canfin qui déclare « avoir posé un acte » comme le toutou dépose sa crotte. Bonjour les éléphants, le socialisme de toujours avec ses vieilles recettes, l’immobilisme de la parité et des équilibres entre courants – comme si l’on était en régime parlementaire et pas en Ve République. Plus aucun ministre responsable de l’Europe, comme si cela n’avait aucune importance. Un « gouvernement de combat » cette équipe de binômes en guéguerre perpétuelle et sans chef pour dire holà ? Parce que ce n’est pas Valls qui va jouer le chef, il n’en a pas les moyens – il ferait de l’ombre au locataire de l’Élysée ; parce que ce n’est pas Hollande qui va jouer le chef, il n’en a pas le tempérament – il se mettrait à dos les courants du PS et le reste de la gauche.

D’où la révolte des 100 députés qui, tels les 100 familles du Front populaire, veulent mettre leur grain de sel : finie la Ve République quand l’Exécutif est faible, retour au vieux parlementarisme IVe République qui faisait et défaisait les gouvernements en quelques semaines par simple déplacement de « courants ». Est-ce cela « la politique » ? Jacques Attali dans l’Express n’hésite pas à dire aux électeurs « débrouillez-vous ! ». Lui qui a empilé les rapports, les avertissements, les livres, les émissions pour dire ce qu’il conviendrait de faire pour adapter la France au monde nouveau sans être suivi d’effet – en a assez. Il n’attend plus rien du « socialisme », ni des politiciens de gauche, ni même de « l’État ».

Incapable ou inapte, le président ? Les électeurs ont provisoirement choisi. Pas sûr que le gouvernement Valls au travail ou les élections programmées dans les mois qui viennent ne remettent en cause ce jugement…

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2014 sera-t-elle plus socialiste que libérale ?

Pas facile de trouver le texte écrit des vœux présidentiels. Le site de l’Élysée délivre encore d’office les vœux 2012 après l’agenda (2 janvier : « rien » comme le 14 juillet pour Louis XVI), et il faut chercher. Par contre, les vidéos des médias pullulent, montrant combien ils restent dans l’apparence, le vernis, l’immédiat. Car c’est le texte écrit qui permet le mieux, à froid, hors des expressions du visage, des clignements d’yeux et des gestes de la main, de lire le « projet » présidentiel.

Il a été décrit comme social-libéral par ceux qui préfèrent coller des étiquettes plutôt que de penser aux réalisations concrètes. Or le discours présidentiel n’est qu’en apparence libéral ; les actes (qui seuls comptent) sont depuis 18 mois purement socialistes. C’est la vertu de la politique que de dire à chacun le mensonge qu’il veut entendre ; ce serait la vertu d’un président de prendre de la hauteur pour gouverner le pays tout entier et pas seulement son étroite base électorale – or, au bout de 18 mois, le doute s’installe. Si jamais François Hollande réussissait ne serait-ce que la moitié de ce qu’il promet aujourd’hui, ce serait bien. Mais ne rêvons pas, son tempérament est celui du Bisounours : tout va bien aller, l’ampleur des difficultés fait l’objet d’un déni obstiné (sur les banques, le déficit, la dette, l’Union européenne, l’armée), le volontarisme est de façade, trop lent à venir, trop fatiguant à tenir. Aboulie et procrastination sont les deux mamelles hollandaises.

bisounours hollande voeux 2013 a

Rien n’est simple, or il simplifie. Rien n’est facile, or il se contente de dire « je veux » et surtout pas comment. Un président ne gouverne pas seul comme un monarque, il a une flopée de ministres (bavards), un parlement à deux chambres (qui adore amender et réamender plutôt que de réfléchir au fond), une administration à multiples niveaux (où chacun attend pour décider de voir ce que l’autre service va faire), un parti socialiste d’installés qui préfèrent leur fromage électoral aux initiatives, des alliés politiques (écolos) instables et arrivistes.

« Je propose un pacte de responsabilité aux entreprises. Il est fondé sur un principe simple : moins de charges sur le travail, moins de contraintes sur leurs activités et, en contrepartie, plus d’embauches et plus de dialogue social. » Après les avoir insultées, taxées, vexé les innovateurs pigeons, dindons, oisillons, bretons et autres « riches » par décret d’en haut, revenir au contrat négocié est un pur blabla qui ne coûte rien. L’ignorance du monde des petites et moyennes entreprises est grande chez le président, parmi les ministres et les parlementaires : ce sont les fonctionnaires qui dominent. L’usine à gaz du CICE (si vous ne savez pas ce que c’est, cherchez, c’est le fonctionnariat qui veut ça) ne crée aucun « choc » de compétitivité, puisque compliqué, soumis au bon vouloir administratif et décalé d’un ou deux ans. Où est l’innovation, citée de façon incantatoire mais dont tous les socialistes ont peur ? Les PME, les créateurs d’entreprises et les autoentrepreneurs, voient ces promesses comme du vent. Où sont les décisions concrètes ? Quand ?

La confiance n’est plus là ; elle est très longue à reconstruire et la fin de cette année verra la mi-mandat – déjà ! L’investissement des entreprises françaises est moribond parce que la consommation est morose et les taxes en relatif aux pays voisins trop lourdes, les bénéfices sont mal vus et au plus bas depuis des décennies. Les consommateurs sont hésitants, ayant peur pour leur emploi, leur santé mal gérée et leur retraite sans cesse rognée. La croissance est attendue comme le Messie, mais non elle ne reviendra que lentement et faiblement.

« Pour les démarches administratives, pour les actes de la vie quotidienne, pour la création d’entreprises, pour le développement de l’investissement. Tout doit être rendu plus facile. » Il y a 18 mois déjà était faite la même promesse. Qu’est-ce qui coince, Président ? Votre inaction ? Votre capacité à décider ?

« Faire des économies d’énergie, rénover nos logements, lutter contre le réchauffement climatique, soutenir l’artisanat » – c’est bien joli, mais un lourd clin d’œil aux écolos, ces « alliés » aux prochaines élections municipales et européennes. Où sont les actes, alors que le logement est en baisse largement cette année grâce à la ministre Duflot ?

« D’abord, je veux réduire la dépense publique. Nous devons dépenser moins pour réduire notre déficit mais aussi pour pouvoir, à terme, baisser les impôts » Or chacun sait que l’État ne paye plus les factures téléphoniques à partir de septembre pour les reporter à l’année suivante ; tout inscrit à Pôle emploi sait que la déclaration d’heures de travail déclenchant le complément ASS est « oubliée » voire « perdue » systématiquement chaque année en novembre, avant régularisation (sur réclamation) fin janvier. Sans parler des paiements de l’administration à 45 jours (si tous les papiers sont dûment reçus et tamponnés), sans évoquer aussi les pratiques de hors bilan systématiques… et l’ignorance même du nombre exact de fonctionnaires : le dernier état fiable date de 2009 !

« Une nouvelle loi de décentralisation accordera plus de responsabilités aux élus, et elle simplifiera l’organisation territoriale de notre pays, qui est devenue illisible et coûteuse. » Après avoir hurlé aux tentatives du Président Sarkozy de « simplifier l’organisation territoriale » et encouragé les zélus (en majorités socialistes) à résister à tout en faisant du lobbying, puis décalé (voire laissé tomber) la promesse de mettre fin au cumul des mandats, les citoyens électeurs rigolent à ce bavardage rituel. La seule réponse, irrésistible, est : alors, ça vient ?

Quant à l’Europe, « je prendrai donc, dès le printemps prochain, des initiatives avec l’Allemagne pour donner plus de force à notre Union ». Le « donc » fait rire : pourquoi avoir attendu 18 mois alors que – durant la campagne – on allait voir ce qu’on allait voir ? Pourquoi avoir laissé sans réponse la proposition allemande d’aller vers plus de fédéralisme ? La naïve croyance (idéologique) qu’une victoire écrasante du SPD socialiste allemand aurait-elle suffit pour que tout devienne rose ? Mais les Allemands (pas fous) n’ont pas élus des idéologues mais réélu des praticiens efficaces.

Donc du discours, rien de plus. Un cap de bon élève de l’Europe, mais des notes déplorables sur les devoirs rendus. Ce n’est pas dénigrer la France que de dire cela : c’est constater qu’à presque la moitié de son mandat, le président n’a encore quasiment rien accompli, que des réformettes pour panser les plaies, rien de cette réorganisation de l’État, de ses missions et de ses moyens pour adapter la France au monde d’aujourd’hui.

Que penser d’un politicien qui :

  1. promet n’importe quoi
  2. ne réalise pas ses promesses
  3. ne dit surtout pas pourquoi (des obstacles peuvent être légitimes, des retards explicables)
  4. et recommence à promettre comme si de rien n’était ?

C’est insupportable. La gauche « morale » qui reprochait à Sarkozy de communiquer plus que de faire, que fait-elle sinon communiquer bien plus que faire ? Comment ne pas rester sceptique face au discours du président ?

2014 ne devrait pas déroger à 2013. Nous avons entendu un président qui se confond de plus en plus avec un Bisounours : du miel plein la bouche, surtout pas de vagues, encore à hiberner jusqu’au printemps des élections, en attendant encore et toujours le bleu horizon 2017. « A long terme, nous serons tous morts », avait coutume d’ironiser Keynes, l’économiste chouchou des dépenseurs publics. En 2017, y aura-t-il encore des électeurs pour François Hollande ?

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Enfumage ou vapotage

Le tribunal de commerce de Toulouse a ordonné hier lundi 9 décembre 2013 à un vendeur spécialisé de cesser de vendre des cigarettes électroniques en jugeant qu’il faisait une concurrence déloyale à un buraliste de l’agglomération et qu’il « (violait) le monopole d’État sur la vente du tabac ». Il y a des viols plus traumatisants ! Notamment celui de la tabagie passive de mise durant les cours universitaires dans les années 1970 sans que personne ne dise rien.

J’ai rencontré cet été un fumeur repenti qui utilisait ces gadgets et nous en avons parlé.

fumer ado torse nu

Avantages :

  • la e-cigarette n’est pas une cigarette mais un tube à vapeur
  • elle n’émet ni CO2, ni goudrons, ni l’une des quelques 4 000 substances nocives issues de la combustion du tabac
  • après 14 ou 16 bouffées (l’équivalent d’une cigarette), le vapoteur doit patienter au moins 30 minutes avant de pouvoir l’utiliser de nouveau, ce qui l’oblige à réduire sa consommation
  • la vapeur peut ou non contenir de la nicotine, chacun peut la doser selon ses besoins ou l’éliminer complètement
  • d’autant que ce n’est pas « la nicotine » qui rend dépendant, mais les fumées dégagées par l’ensemble de la cigarette, dont le sucre ajouté par les fabricants pour rendre dépendant (Dossier de La Recherche, spécial Addictions, octobre 2013, p.56) – fabricants qui ont donc INTERET à faire interdire ou réglementer le vapotage tout en encourageant le tabac
  • aucune fumée ne s’en dégage, très peu de parfum alentour, et RIEN ne reste sur les vêtements ou les murs (j’ai testé la cohabitation) ; l’argument du « tabagisme passif » dans le cas du vapotage est donc une fumisterie poussé par la mentalité surveiller et punir au cœur de tout Français envieux qui possède une moindre parcelle de pouvoir : personne n’est incommodé par le vapoteur, au contraire de la cigarette !
  • le Parlement européen vient de décider que la cigarette électronique ne devait pas être considérée comme un médicament
  • l’achat de doses est nettement moins cher que l’achat de paquets de cigarettes !
  • le gros fumeur ou l’addict peut se désengager progressivement de son vice sans plus gêner personne

Inconvénients :

  • les substances parfumées vendues en dose n’ont pas d’étiquetage contrôlé et pourraient contenir des éléments nocifs – mais il suffit de les contrôler comme des aliments ou de la parapharmacie
  • on peut s’en prémunir en achetant des doses « bio », fabriquées en France, mais c’est plus cher (moins que la cigarette traditionnelle)
  • aucune étude médicale ne peut exister sur les effets long terme de ces substances aspirées, car le vapotage n’existe que depuis moins de dix ans
  • l’État, qui se fout de notre santé quand cela ne lui coûte qu’au-delà des prochaines élections, perd une manne immédiate de taxes juteuses sur le tabac
  • une étude pipeautée de 60 Millions de consommateurs (au nom de quel intérêt particulier ?) a été démontée  « Ce qui semble étrange, c’est qu’entre chaque bouffée, ils « aspiraient » l’air du laboratoire (au lieu de simplement désactiver le mécanisme d’aspiration). Nous n’avons de plus aucune information sur les modèles testés. »
  • les marchands de tabac voient le monopole de l’addiction nicotinique leur échapper – un petit privilège en moins…
  • au nom du « principe de précaution » cher à l’ex-président Chirac (qui l’a sanctuarisé dans la Constitution !), l’interdiction de les utiliser dans les endroits accessibles aux enfants (comme cela est fait pour le tabac) est légitime au nom de l’exemplarité, estime le rapport des experts réunis par l’Office français de prévention du tabagisme, sur l’exemple de la Belgique, le Luxembourg et Malte. On peut l’accepter, tout comme la ministre de la Santé Marisol Touraine qui souhaite proscrire la cigarette électronique sur les lieux de travail (on proscrit bien de picoler).
  • de mauvaises habitudes « de fumeurs » pourraient être prises par ceux qui n’ont jamais fumé. Mais l’étude américaine 2013 parue dans le bulletin hebdomadaire du Centre de prévention et de contrôle des maladies (CDC) montre que si, entre 2011 et 2012, collégiens et lycéens ont bien vapoté plus en passant de 4.7 à 10%, 76.6% d’entre eux avaient DEJA fumé des cigarettes ! Le vapotage étant moins nocif pour eux que la clope, c’est quand même un progrès sanitaire, non ? Quand aux un sur cinq qui commencent par l’e-cigarette, c’est préférable pour leur santé et ne les rend pas addicts.

Mais ce dernier argument des « habitudes » est spécieux : les fumeurs ont commencé ado « pour faire comme tout le monde », pas pour se rendre dépendants. Si leurs pairs se mettent au vapoteur, ils feront comme eux ; s’ils gardent le gros tabac puant, ils auront parfois le snobisme de vapoter juste pour se distinguer ; ou de ne rien fumer (comme moi) aussi pour se distinguer des adeptes du biberon infantile.

A noter qu’à 5 et 6 ans, j’ai imité mon grand-père en roulant des « cigarettes » en papier journal que je faisais semblant d’allumer avec un briquet-tempête (sans essence, juste avec la pierre à étincelles) – mais cette habitude née de l’imitation ne m’a JAMAIS incité à fumer. Si j’ai grillé quelques cigarettes vers 14 ans pour faire comme les autres et par curiosité, je n’ai pas continué. Ce n’est donc pas « le geste » mais le mimétisme de bande qui inciterait les non-fumeurs à devenir fumeurs !

Fumer défense de dessin

Il vaudrait mieux interdire aux « zartistes » de faire cloper toutes les trois minutes leurs personnages quand ils ne savent plus quoi dire dans les films. C’est so chic ! n’est-ce pas, de prendre des poses et de grimacer avec application en tirant sur le bout fumeux en attendant la réplique. Beaucoup plus que la pub, ce sont les séries télé et le cinéma qui rendent addictifs. Il faut faire comme les dieux.

Mais quand donc les politiques – surtout de gauche – vont-ils surveiller et punir les zartistes de la Culte-culture ? Tout ce débat apparaît plus comme un enfumage de première que comme un exposé transparent sur ce qui est meilleur pour la santé. Bien sûr qu’il vaudrait mieux NE PAS fumer, mais quitte à être obligé de faire comme tout le monde pour ne pas être exclu, autant que ce soit avec une moindre nocivité. Même si cela remet en cause les zacquis des buralistes et les gros impôts de l’État dépensier !

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Marche vers Solvaer aux Lofoten

Nuit calme avec les boules Quiès à cause d’un maxi-ronfleur. Nous quittons le chalet bleu à pied, après avoir mis les bagages lourds dans le bus. Nous allons traverser l’autre moitié de l’île Våugan jusqu’à Svolvaer, une marche de près de 20 km sur un terrain montagneux. Nous commençons par les lupins géants devant les maisons de bois, le long de la route. Ils sont mauves, indigos, blancs, du plus bel effet.

lupins Lofoten

Certaines maisons ont un toit d’herbes. Discussion sur les bienfaits écolos d’un tel procédé.

maisons toit herbe Lofoten

Grand soleil et petit vent marin heureux, qui nous rafraîchit lors des montées interminables du début de matinée. Forêt de sapins et bouleaux, puis marche dans les tourbières, des sources traversent la piste à peine tracée entre les herbes. Mousses, linaigrette. Conversation sur la montagne, l’escalade, le théâtre, tous domaines d’intérêt des autres. Trois iPhone (prononcer « aïe » !) sont souvent sollicités, trois doudous dont c’est la première fois que je constate l’attachement durant une randonnée. Peut-être parce que nous sommes en Europe et pas dans un pays lointain où l’on ne capte pas ? Il faut dire aussi que certaines (que des filles) prennent des notes directement sur leur ail Phone, juste après les photos. Le couteau suisse du branché.

neige eternelle Lofoten

Pique-nique au soleil face au lac, adossé à un chaos de granit chauffé par l’astre toute la matinée. L’eau du lac est transparente, immobile, à peine ridée par la brise du col. Il suffit de lever les yeux vers l’horizon pour apercevoir, au-dessus de l’herbe vert tendre, le fjord. La mer n’est jamais loin dans ces îles.

paysage Lofoten

Malgré quelques passages en dévers, c’est une descente « ludique » qui nous attend pour Svolvaer (ainsi parlait le guide). Autrement dit un sentier difficile. Ça rigole quand même, une fille entend ce qu’elle veut entendre : descente lubrique. La fille à un gars : « quand tu sautes, j’entends tes bonbons ! » Il s’agit de sa boite de pastilles des Vosges dans le sac, mais… Le guide les appelle « les chaudasses », ces nanas qui ne pensent qu’à ça. C’est dire le niveau. Reste que nous sommes sur des dalles en pente, pas de piste mais un chaos de rochers pour la descente. De quoi éprouver les genoux et les chaussures.

cote Lofoten

En bas, un lac, auprès duquel nous nous reposons un peu. Je prends de l’eau que je pastille car la chaleur du jour m’a fait épuiser ma gourde. Dans une heure, je pourrai boire. Nous passons au-dessus des tourbières stagnantes sur des passerelles de bois aménagées pour préserver le milieu. Nous faisons connaissance avec le drosera, carnivore. Deux indigènes blonds cueillent les mûres des tourbières pâles et roses dans un bocal.

Nous remontons une piste de ski de fond, reconnaissable à sa couche tissée sous la tourbe. Elle nous permet d’atteindre la route, puis la ville de Svolvaer, centre administratif de la commune de Vågan. Nous marchons dans les rues. Trois kids passent en vélo, on dirait des clones : casque sur la tête, tous blonds, élancés, même short noir et même maillot de foot bleu. Ce ne sont pas des frères. Les filles repèrent un Norvégien torse nu, qui s’affaire sur sa terrasse. Beau mec selon elles. Un autre, plus vieux, passe avec une barbiche qui lui pend en longue tresse jusque sur le sternum. Nous, les garçons, préférons les Norvégiennes croisées sur le trottoir et au-dessus du pont sur le fjord. Elles sont évidemment blondes, vigoureuses, souriantes. Celles sur le port, sortant d’un café branché, sont en short de cuir fort court.

filles court vetues Lofoten

Pendant que le guide fait des courses au supermarché Rimi pour les jours suivants, nous visitons le port. Un vieux bateau de bois arbore un safran apparent. Il sert désormais à promener les touristes, « 38 passagers max. », ainsi qu’il est imprimé sur la cabine de pilotage. Les autres sont des voiliers, de petits chalutiers. Peu d’activité, même si nous sommes à la belle saison pour naviguer. Il faut dire que Svolvaer, même capitale des Lofoten, même mentionné dans la Heimskringla saga vers l’an 800, n’a guère qu’environ 4200 habitants. La Lofotkatedralen, église de la ville, est pimpante, tout en bois peint.

bateau solvaer Lofoten

Presque 4€ pour 30 cl de bière, c’est cinq à six fois plus cher qu’en France. En cause les taxes. Pour éviter le péché de soûlerie, le gouvernement fait la morale en prélevant des impôts. Tout en limitant le taux d’alcool à 4.5% dans les bières. Nous sommes en pays luthérien où tout ce que vous faites peut être retenu contre vous.

carte matmora solvaer Lofoten

Un long transfert de bus en suivant l’E10 nous fait passer d’île en île pour joindre Ballstad, notre nouvelle étape. L’E10 est la route européenne de 850 km de long aux 18 tunnels qui relie Å, ville à l’extrémité sud des Lofoten, à Luleå en Suède. Centaines d’îles le long de la côte, des îlots parfois, des fjords tourmentés selon l’érosion. Sous un pont, j’aperçois des courants tourbillonnants, version en petit du fameux maelström, rendu célèbre par Edgar Poe et Jules Verne. Le terme vient du norvégien – ces rencontres de courants sont particulièrement fortes entre les îles Lofoten. Nous croisons au loin le Hurtigruten, l’express côtier, qui joint l’extrême nord depuis les côtes sud du pays. Nous apercevons aussi fugitivement le long de la route un vaste hall viking en bois en forme de coque de bateau renversée. Une affiche vantant le ‘Viking festival’ nous invite à y venir au début août.

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Évasion fiscale et secret bancaire

Il est de bon ton aujourd’hui de confondre les deux dans l’opprobre, tant la moraline imbibe tout le médiatique. Mais il n’est pas exact d’amalgamer le tout en « paradis fiscal », comme le font si hardiment les Don Quichotte de la vertu.

1/ Une découverte ? – Certes non !

Le secret bancaire n’est pas nouveau, il fait partie de ces secrets professionnels dont le « secret de la confession » et le « secret médical » sont les plus emblématiques. Est-il immoral de ne pas appliquer « la transparence » à tout ce qui concerne la vie privée ou les affaires ? Les secrets de fabrication et de montages financiers doivent être protégés des concurrents pour être efficaces – tout comme la stratégie militaire.

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Les montages, trusts et fondations, étaient connus largement depuis des années… de ceux qui voulaient le savoir. Pardon de me citer, mais dans mon livre Gestion de fortune, publié en 2009, tout ce qui apparaît aujourd’hui comme des « révélations » aux médiatiques était expliqué en détail pages 147 à 181. Des informations étaient disponibles sans problème sur Internet. Encore fallait-il chercher, et vouloir le savoir.

Quand aux zones franches ou « paradis fiscaux » pour les entreprises, tous les États ont les leurs : le Delaware, le Wyoming et la Floride pour les États-Unis ; les Caïmans, Jersey, Gibraltar, les îles Vierges pour l’Angleterre ; l’Irlande le Luxembourg et l’Autriche pour l’Europe ; Hongkong, la Suisse, Singapour, Dubaï et l’Estonie pour tous… Et même Andorre pour la France, où l’alcool et le tabac sont moins taxés, et Monaco où les clubs de foot payent beaucoup moins d’impôts qu’en métropole !

2/ Pourquoi l’évasion fiscale ?

L’optimisation fiscale n’est pas un gros mot, mais la saine gestion de son patrimoine, ou de son bilan d’entreprise. Payer l’impôt, oui, le payer injustement, non. Il y a plusieurs raisons à l’évasion fiscale :

Le gaspillage : La réticence de nombre de contribuables français à payer plus d’impôts n’est pas celle des libertariens Américains pour qui l’État est un parasite ; les Français aiment l’État, mais ils aimeraient surtout qu’il soit moins gaspilleur et mieux organisé. Pourquoi cette productivité qu’on exige depuis trois décennies de chaque salarié du privé n’est-elle pas exigée aussi des fonctionnaires d’administrations publiques ? La perspective de payer pendant deux générations la gabegie des 40 dernières années en fait s’expatrier plus d’un.

L’hypocrisie : L’idée fait son chemin et les « leçons de morale » assénées sans cesse par les politiciens finissent par agacer. Ce n’est pas par hasard si un certain ministre des Finances est tombé récemment pour son compte dissimulé en Suisse : un banquier français résidant à Genève a clairement dit sur la radio nationale qu’il aidait les enquêteurs français parce qu’il ne supportait plus l’hypocrisie des politiques, le deux poids deux mesures de la parole et des actes.

L’injustice : Malgré le consentement à l’impôt pour les nécessités d’administration et de redistribution sociale, les salariés qui ont acquis à force d’épargne un bien, ou les créateurs d’entreprise qui ont fondé une société dont les produits sont utiles et qui créent des emplois, comprennent mal qu’on les taxe plus que dans les pays voisins – pour des services publics plutôt médiocres en comparaison.

Cotisations sociales sur le salaire brut, impôt sur le revenu sur le net, CSG sur le tout, TVA sur toute dépense, taxe sur l’alcool, le tabac, les sodas, les assurances, taxe d’habitation et taxe foncière, taxes sur l’épargne, impôt sur la fortune, sur les plus-values, sur la succession… la France est le pays qui taxe le plus le capital et l’un des rares qui conserve un ISF en Europe, tout en empilant les niches fiscales peu compréhensibles – et en commençant à remettre en cause les retraites. Mieux vaudrait un impôt faible largement réparti qu’un tel empilement.

Comment comprendre qu’un investisseur prenne 100% du risque sur la création d’une entreprise ou l’achat d’une action – et que le fisc lui ponctionne jusqu’à 75% du gain final ? Comment comprendre que des ménages arrivent à payer en impôts plus de 100% de leurs revenus annuels ?

L’instabilité fiscale chronique : Par idéologie, ou parce qu’il faut très vite de l’argent dans le puits sans fond des dépenses publiques, l’impôt est modifié : pas moins de 23 fois en 30 ans pour la réduction accordée aux dons à des œuvres d’intérêt public par exemple ! L’investissement d’entreprise comme la gestion d’un patrimoine privé ont besoin de la durée pour un calcul correct du risque. L’hyperactivité fiscale doit s’apaiser pour que le financement de projets puisse redevenir « normal » en drainant « normalement » l’épargne – selon le mantra d’un récent candidat à la Présidentielle.

3/ L’évasion fiscale fait diversion sur le secret bancaire

L’éthique de secret professionnel des banquiers n’est qu’un outil, et nul ne peut accuser le marteau si l’on se tape sur les doigts. Il est donc – comme la langue d’Ésope – la meilleure et la pire des choses. Les politiciens agitent l’immoralité des fraudeurs particuliers, suivis aveuglément par les médias, tandis que le danger systémique – pourtant le pire – est soigneusement passé sous silence.

Le secret bancaire a son utilité, tous les pays y trouvent intérêt.

Les États en premier, qui peuvent financer ainsi leurs opérations discrètes sur « fonds secrets ». Et pousser leurs champions industriels nationaux, voire signer de gros contrats en « intéressant » les dirigeants – ce qui s’appelle la corruption.

Les partis politiques, qui trouvent à l’extérieur ce que les limitations de la loi interdisent dans le pays pour financer les campagnes électorales et l’agitation idéologique.

Les entreprises internationales, qui peuvent légalement optimiser leur compte d’exploitation selon les principes d’efficacité de la gestion ; mais qui peuvent également créer des coentreprises ou racheter des cibles avec la discrétion nécessaire pour ne pas faire monter les enchères.

Les mafias évidemment, qui blanchissent l’argent sale et financent la corruption.

Les particuliers enfin, qui profitent des circuits, mais n’en sont pas les principaux bénéficiaires. Ils apparaissent, après l’affaire Cahuzac, comme les boucs émissaires commodes de l’incurie des contrôles, de l’impéritie politique et des intérêts croisés – voire des liens incestueux entre politique et finance particulièrement forts en France où les dirigeants sortent en majorité de trois grandes écoles seulement.

Mais l’opacité des transactions dans les territoires souverains empêche tout contrôle des flux et des montants de capitaux engagés. Hedge funds, banquiers d’affaires, capital-risque, sociétés hors bilan, spéculateurs sur les matières premières créent une économie parallèle non régulée qui peut exploser à tout moment.

Qui détient la dette française, ou américaine ? Pour combien ? Qui détient les produits dérivés à effet de levier en cas de baisse ou de hausse des taux ? Qui vend quoi à qui ? Nul ne le sait dans cette « banque de l’ombre ».

Au total, personne n’a vraiment intérêt à voir disparaître le secret bancaire, malgré le danger que représente son opacité et même si les États sont aujourd’hui plus que jamais à la recherche de fonds pour rembourser leurs dettes.

  • Le secret bancaire est une liberté, contre l’État Big Brother, contre l’espionnage du concurrent, la jalousie du voisin, ou les visées de la belle-mère.
  • Le secret bancaire est aussi un risque, comme toute liberté : celui d’une énième bulle de la finance – très grave cette fois car les États n’ont plus les moyens d’y faire face.

L’évasion fiscale doit être combattue mais plus encore le risque systémique.

Pour éviter que le secret serve à l’évasion, il serait nécessaire que les États écoutent un peu mieux leurs contribuables, particuliers comme entreprises, qu’ils mettent fin à l’insécurité fiscale, qu’ils jouent la coordination internationale et qu’ils proposent une porte de sortie honorable, même si l’on ne veut pas user par fausse vertu du mot tabou « d’amnistie ».

Mais pour éviter la banque de l’ombre, seuls des accords internationaux d’interdiction sont possibles. Qui le veut vraiment ?

Au fond, la chasse aux particuliers fraudeurs est un affichage commode qui masque la volonté de ne rien faire de la plupart des politiques…

L’auteur de cette note a passé plusieurs dizaines d’années dans les banques. Il a écrit ‘Les outils de la stratégie boursière‘ (2007) et ‘Gestion de fortune‘ (2009). Il se consacre désormais aux chroniques, à la formation et à l’enseignement dans le supérieur.

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Mitterrand et le tournant de rigueur en mars 1983

Montebourg, Hamon et Duflot en appellent à « changer de politique économique » et à proscrire « la rigueur » ; le président Hollande récuse le mot rigueur puisque ni les salaires ni les prestations sociales ne baissent – mais il réaffirme son « sérieux » à tenir le budget. Vieux débat à gauche : le volontarisme politique ou le réalisme des circonstances ? Il y a toujours une alternative possible… encore faut-il vouloir en assumer toutes les conséquences. Une « autre politique » reste possible : au prix de l’isolement, l’étatisme autoritaire, l’inquisition fiscale, la fermeture au monde. La question s’est posée à Mitterrand dès 1982 : socialisme ou construction européenne ?

La tentation gauchiste est de récuser le réel pour l’utopie depuis les débuts du socialisme réel en URSS :

  1. « En 1920, le débat a été étouffé par les famines », rappelle Erik Orsenna, nègre de Mitterrand dans la revue Le Débat. La gauche de gouvernement veut au contraire tenir compte du réel pour agir ; ce sera la NEP de Lénine, la Nouvelle politique économique.
  2. En 1983, « sans développement économique, qu’allait pouvoir dire le socialisme ? », rappelle encore Orsenna. Sortir hier du serpent monétaire européen, sortir aujourd’hui de l’euro pour récupérer la politique monétaire ?
  3. Cela voudrait dire, aujourd’hui comme hier, dévaluer. Au cas où l’on voudrait pouvoir encore emprunter sur les marchés internationaux, cela signifierait faire une politique de rigueur bien plus drastique qu’aujourd’hui – à l’opposé des promesses de la gauche de la gauche. Ou bien augmenter lourdement impôts et taux d’intérêt, asphyxiant la consommation des ménages et l’investissement des entreprises, donc la productivité, l’innovation et l’emploi. L’État autoritaire peut bien sûr procéder à un emprunt intérieur forcé, confisquer les propriétés au-dessus d’un niveau jugé (par Mélenchon ?) indécent, nationaliser les entreprises : mais pour combien de temps dans un monde interconnecté ?

Qu’il est doux d’être à gauche du réel… quand on est dans l’opposition ! Dès que l’on arrive aux affaires, il faut composer avec ce réel, en Europe et sous l’œil du monde.

Les trois contestataires du gouvernement, s’ils étaient conséquents, devraient démissionner (comme Chevènement et Rocard l’ont fait en leur temps). Ils retrouveraient le confort inégalé de l’opposition et du rêve : « yaka ! si l’on ? pourquoi on ne fait pas ? ». Mais les politiciens de gauche aujourd’hui et la conséquence… Ne reste que le « moi je » personnel individualiste de la carrière. Donc se positionner « à gauche » pour la suite, au cas où.

francois hollande visage centre

Revenons sur la rupture d’il y a 30 ans pour les socialistes idéalistes qu’a engendré la décision de François Mitterrand de choisir la solidarité européenne plutôt que l’isolat socialiste français. Nous nous appuyons, pour ce faire, sur le Verbatim de Jacques Attali, sur Mitterrand, une histoire de Français, biographie de Jean Lacouture et sur la revue Le Débat, dans son numéro de mars-avril 2013, qui revient sur cet anniversaire.

Selon Jacques Attali, le lundi 7 mars 1983 « la plus difficile semaine du septennat commence ». La victoire des Chrétiens-démocrates en Allemagne et le net recul de la gauche aux élections municipales françaises accroissent la tension entre franc et mark. Nous l’avons oublié aujourd’hui, bien à l’abri derrière le coussin de l’euro, mais les politiques de chaque pays européen, du temps des vieilles devises, étaient immédiatement sanctionnées ou adulées par les marchés internationaux (y compris, pour la France, par les marchés allemand ou italien). La relance massive, faite à contretemps de la conjoncture, et les charges augmentées des entreprises en 1981, ont entraîné un vif déficit du commerce extérieur car la consommation s’est portée sur les importations. Les entreprises françaises ne construisent ni magnétoscope, ni ordinateur compétitif, ni une bonne part de ce que les Français désirent en 1983 ; celles qui en sont capables ont vu leurs taxes brutalement augmenter et ne peuvent investir. Le franc est devenu fragile, gros de deux dévaluations déjà, avec une inflation autour de 8% l’an et un déficit budgétaire pour 1982 de 150 milliards de francs.

Dès lors, il faut choisir entre 3ème dévaluation ou flottement. Le flottement signifie la sortie du serpent monétaire européen (SME) ancêtre de l’euro. Le franc se trouvera immédiatement dévalué par les marchés de 20% pour rééquilibrer le solde des échanges (exportations contre importations), le déficit extérieur croîtra de 2 milliards de francs par mois, nécessitant un emprunt international massif qui ne pourra se faire dans des conditions honorables sans vrai plan de rigueur. Et qui pourrait bien aboutir à la tutelle du FMI, les autres pays ne désirant pas prêter sans discipline. La France, par le pétrole, par sa consommation, par ses exportations, dépend de l’extérieur. Le temps du splendide isolement d’une population majoritairement rurale est révolu.

Selon Attali, trois programmes économiques socialistes se trouvaient alors en concurrence :

  1. celui « de bon sens » du Premier ministre Pierre Mauroy et de Jacques Delors,
  2. celui « saint-simonien productiviste » des visiteurs du soir du président (Jean Riboud, JJSS) encouragés par Laurent Fabius, Gaston Deferre et Pierre Bérégovoy – un « national-protectionnisme » (Lacouture),
  3. enfin celui des « experts de l’Elysée » dans lesquels Attali se situe, « dans la ligne du Premier ministre mais en plus socialement compréhensible ».

Deux scénarios possibles :

  1. sortir du SME et tenter le « socialisme dans un seul pays »,
  2. ou bien choisir la solidarité européenne et s’entendre avec les Allemands pour une dévaluation du franc et une réévaluation du mark concertée. En faisant jouer cette solidarité de pays en marche vers une communauté plus étroite, il est nécessaire de faire des compromis.

Il semble, selon les témoins, que François Mitterrand ait depuis toujours « choisi l’Europe » (Lacouture, Orsenna) au détriment des vieilles lunes du socialisme romantique. Mais, en « maître du bonneteau » (Lacouture), il a mis en scène cette décision de bon sens en consultant, en laissant croire qu’il ne choisissait que contraint et forcé, en jouant la fidélité des uns contre celle des autres pour tester leurs convictions.

Nous n’y étions pas, laissons les témoins scruter cet épisode. Mauroy aurait dit « je ne sais pas faire (…) La France deviendrait un gigantesque Portugal » ; Delors aurait refusé lui aussi. Restait à laisser se convaincre tout seul Fabius, Deferre et Bérégovoy qui penchaient (ce n’est pas nouveau) pour la rupture. Mitterrand dit à Delors de demander à Fabius de voir le Directeur du Trésor, qui avoue les réserves de devises au plus bas, un jour ou deux à tenir peut-être. Mitterrand laisse entendre à chacun qu’il sera obligé de changer de gouvernement et que le nouveau devra endosser la politique à mener. Qui aura la conviction suffisante et le culot de prendre à sa charge la poursuite d’une redistribution sociale généreuse mais qui va dans le mur faute d’être financée ? Personne évidemment. Et Fabius se dit naturellement convaincu, Deferre suit aussitôt, les auteurs ne disent pas ce que pense Bérégovoy.

Résumé d’Attali : « si nous sortons du SME, nous ne serons plus assez crédibles pour ne pas subir une forte décote par rapport au dollar. Et nous entrerons alors dans la spirale des déficits. » Le 21 mars, le Deutsche Mark, le Florin, la Couronne, les Francs belge et luxembourgeois sont réévalués, le Franc français et la Lire italienne dévalués. François Mitterrand (qui n’avait pas l’intention de changer de Premier ministre mais a testé les ambitions) garde Pierre Mauroy dans un gouvernement resserré de 15 ministres au lieu de 35 (économies obligent) et, dès le 24 mars, le plan de rigueur de Delors est adopté en Conseil des ministres : baisse du déficit budgétaire, hausse des taxes sur la vignette auto, l’alcool et le tabac, hausse du forfait hospitalier et de l’essence, hausse des tarifs EDF, GDF et SNCF, emprunt forcé, baisse des stocks pétroliers, contrôle des changes et instauration d’un carnet de change aux devises limitées à 2000 francs pour chaque touriste français se rendant à l’étranger…

Ces mesures sont de l’ordre de 2% du PNB selon Attali, « on reprend ce qu’on avait donné en juin 1981 » ; Lacouture marque que cette reprise est presque du double. Après l’erreur d’avoir relancé la demande à contretemps de la conjoncture internationale, il s’agit de conforter l’offre purement française pour consolider le budget et les entreprises. Le Budget de l’année suivante verra une stabilisation des effectifs fonctionnaires et une baisse autoritaire de 10% de tous les programmes d’équipement.

Le Président parle de « rigueur socialement juste », le Premier ministre de mesures « rudes mais transitoires », le Premier secrétaire du PS (Lionel Jospin) de « parenthèse ». Raymond Barre approuve, le franc tient, l’Assemblée vote la confiance. Mais, selon Jacques Attali : « la rigueur n’est pas une parenthèse ; c’est une politique ».

En effet, analyse Lacouture, le programme appliqué en 1981 avec ses nationalisations massives, sa relance choc et sa baisse du temps de travail sans baisse de salaire, constitue une rupture des équilibres européens, donc une menace sur le franc. Persévérer, « était une rupture globale, collective, peut-être la mise en cause de la démocratie, en tout cas celle d’une forme de solidarité européenne vieille de près de trente ans » (Lacouture t.2 p.64). Ce que voudrait Mélenchon à n’en pas douter. Mais Le Pen aussi.« C’est effectivement la fin des grandes illusions en matière de transferts sociaux ; mais sans remise en cause des réformes », note Attali.

Il faut dire que la naïveté romantique du « peuple de gauche » était navrante d’irréalisme et d’ignorance (faute d’éducation économique et de discours adulte de ses politiciens). Un témoignage personnel : j’étais alors tout jeune second d’agence à la BNP (Banque Nationale de Paris). Des clients venaient me voir pour solliciter un prêt, immobilier ou de consommation. Une banque ne prête jamais à guichet ouvert, sans garantie. L’un d’eux s’est étonné : « comment ? Mais je ne suis pas à la Banque Nationale Populaire, ici ? Avec la gauche, je croyais que les prêts sociaux étaient automatiques… »

Eh bien non, la tyrannie robespierriste a sans doute traversé les esprits de nombre de socialistes en 1981 ; ils avaient fait tellement rêver avec le « changer la vie ». Mais le président Mitterrand, élu des classes moyennes autant que du peuple de gauche, était voué au bien-être de tous, pas de quelques-uns. Le compromis avec le réel était inévitable, bien qu’après les grandes réformes symboliques (retraite à 60 ans, 39h, hausse du SMIC, nationalisations). Ce balancement mitterrandien, ce sens de l’équilibre, était sans doute le génie de ce président à l’époque ; aujourd’hui, où tout est nettement plus interconnecté, décider vite est crucial, « laisser du temps au temps » mortel.

Le « tournant » de 1983 signifie qu’au socialisme de la rupture comme dictature de « classe », qui sent son 19ème, succède le socialisme de l’aménagement pour tous, en concertation avec nos partenaires européens, et définitivement immergés dans le mouvement du monde. Cela, nombre de socialistes ne l’ont pas encore compris. Le militant Gérard Filoche en est l’exemple le plus passionné et le plus candide.

Mitterrand a choisi l’Europe contre le socialisme archaïque. Qu’a donc choisi Hollande ? Ni vraiment l’Europe sinon il serait plus offensif, ni vraiment le socialisme sinon il serait plus en rupture. Peut-être est-ce encore la meilleure solution à l’ère des replis nationaux et du déficit français qui empêche d’avancer…

Reste à inventer le nouvel équilibre de l’avenir : permettre une industrie performante et des travailleurs formés et motivés – sans rogner toujours plus sur la redistribution sociale et les missions de l’État, le tout dans l’Union européenne qui seule donne la puissance dans le monde globalisé.

Jacques Attali, Verbatim tome 1 : 1981-1986, réédition 2011, Robert Laffont collection Bouquins, 1144 pages, €29.92

Jean Lacouture, Mitterrand une histoire de français, Points Seuil 2006, tome 1, €8.64, tome 2, €9.12

Le tournant de la rigueur : mars 1983-mars 2013, Revue Le Débat, n°174, mars-avril 2013, Gallimard, €17.58

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Quel coût du travail pour quelle croissance ?

J’entends à la radio, je lis dans les journaux, le mantra socialiste : « quand la croissance reviendra, les efforts actuels de rigueur porteront leurs fruits ». Or il y a illusion : « la » croissance ne reviendra pas. La rigueur devra être structurelle et pas seulement conjoncturelle. Il est vital de réformer l’État, de faire maigrir son millefeuille d’irresponsabilités empilées et coûteuses.

Pourquoi le gouvernement socialiste actuel ne prend-t-il pas la mesure réelle des choses ? Probablement parce que les gouvernements de droite depuis 2002 ont masqué la dégradation en ne revenant ni sur les 35 heures, ni sur la faible représentativité des syndicats (qui les rend extrémistes), ni sur les taxes (qui continuent à rentrer malgré les conséquences). La droite a préféré d’autres mesures comme le crédit d’impôt recherche, les fonds d’investissement et les droits de succession. C’était un encouragement à entreprendre et à investir dans les périodes de croissance, mais pas dans la mutation que nous connaissons. Droite et gauche sont dans l’erreur quand elles « croient » en la croissance. Celle-ci reviendra, mais faiblement.

Il suffit de consulter les bases de données de l’INSEE. Internet a cette vertu, depuis 15 ans, de ne plus permettre aux gouvernants de dire n’importe quoi. Si l’information est le pouvoir, Internet l’a largement démocratisé !

Regardons la Production intérieure brute de la France depuis 1950 (PIB). Sa croissance est en moyenne de 5% durant la décennie 1950-60, de 5.9% entre 1960 et 70, de 3.9% de 1970 à 80, de 2.3% de 1980 à 90, de 2.0% de 1990 à 2000, enfin de 1.4% de 2000 à 2010. Depuis le top du baby-boom des années 1960 (donc de l’optimisme travailleur et consommateur), la croissance baisse chaque décennie un peu plus – inexorablement.

C’est encore plus net si l’on prend le PIB par habitant (ce qui inclut les inactifs, les assistés et les chômeurs) : 11.4% de croissance dans la décennie 1950-60, 9.3% entre 1960 et 70, 12.8% entre 1970 et 80 (années de forte inflation et de réorganisation à cause du choc pétrolier), 8.7% de 1980 à 90 – mais 3.1% de 1990 à 2000 (retard de l’informatisation et de l’organisation qui va avec) et 2.6% de 2000 à 2010 (35h, coût du travail et montée de l’assistanat, paperasserie législative proliférante).

La France, avec ses syndicats bloqués qui ne défendent que les zacquis de ceux qui sont en CDI dans les grandes entreprises et l’administration, garde une nette « préférence pour le chômage » (mot heureux de Denis Olivennes). Si sa productivité par travailleur est très correcte par rapport aux autres pays, sa productivité rapportée à la population active en âge de travailler chute : en cause les 10 à 15% d’exclus, chômeurs à plein temps ou n’ayant travaillé ne serait-ce qu’1 h par mois.

La progression des exportations (toujours visible sur le site de l’INSEE) mesure l’attractivité de la France dans le monde (et surtout en Europe, qui absorbe plus de 70% des exportations). On passe d’une croissance moyenne de 7.3% dans la décennie 1950 et jusqu’à 9.9% dans la décennie 1960, 8.2% dans les années 1970 mais un retour à 4% dans les années 1980 (Mitterrand au pouvoir), puis 6.7% dans les années 1990 (Chirac puis Jospin au gouvernement), enfin 2.5% dans les années 2000 (35h et manque de réformes obligent). Avec un rebond récent grâce à Airbus, mais étroitement focalisé, au contraire de la palette de produits exportés allemands.

pib export cout du travail 1998 2011

Reparlons des charges et des salaires (ces derniers supportant eux aussi des charges sociales + un impôt sur le revenu + un impôt sur les successions ou sur la fortune). Un gros État coûte cher. Un gros État qui offre des services inégalés rend content le citoyen. C’est le cas pour la famille et la santé, un peu pour la défense et même la police. Mais ce n’est absolument pas le cas pour l’administration, l’éducation, la justice, le logement, l’intermittence du spectacle, l’entreprise… La masse de taxes prélevées par un État incapable de s’adapter pèse sur la croissance, sur la consommation, sur l’envie d’entreprendre et sur la production. Donc sur le mental du citoyen, qui ne rêve plus que de sortir les sortants, de payer le moins d’impôts (gaspillés) possibles et de grand balayage des « privilégiés » (patrons, politiciens, fonctionnaires…).  Aussi injuste que cela soit.

Depuis 1998 (15 ans), les salaires + les charges dans l’industrie (ce qui exclut les services, dont la finance) ont augmenté de 42.5% – mais surtout de 26.6% depuis 2005 (8 ans), alors que l’inflation n’a augmenté que de 15.5% sur 8 ans. Les salaires seuls (dans l’industrie) ont fait mieux que l’inflation depuis 2005 (+21.8%). Signe que l’on embauche des plus qualifiés et que l’on délocalise le peu qualifié… reléguant lesdits non qualifiés dans un chômage irrémédiable – sans que la formation professionnelle leur soit ouverte.

Les charges seules (dans l’industrie) ont monté : +1.7% de 1998 à 2005, mais +4.8% de 2005 à fin 2012 ! Un simple exemple : le taux de cotisations salariales obligatoires des non-cadres était en 1981 (à l’arrivée de François Mitterrand) de 11.9% du salaire sous plafond de la sécurité sociale ; il est de 13.7% en 2013. Une CSG de 7.5% + 0.5% de CRDS sur 97% du salaire brut a été ajoutée en 2005, les deux passées sur 98.25% du salaire brut en 2012. Sans parler des cotisations retraites et chômage qui ont augmenté aussi. Toujours plus !

Un empilement des taxes, sans jamais savoir où elles vont, ni comment elles sont gérées, ou si elles sont toujours justifiées. Les députés cumulent, poussés par des technocrates qui savent ajouter là où ça ne se voit pas, sous l’œil bienveillant des politiciens pour qui dépenser plus est toujours électoralement payant. Ce qui explique pourquoi le gros site Nissan de Sunderland en Angleterre, qui fonctionne à plein avec trois équipes, est bien plus productif que les trois sites français de Renault qui tournent avec une seule équipe. En 2001, Renault fabriquait en France 1,3 million de véhicules ; en 2012 seulement 532 000. Les usines Renault tournent à 60 % de leurs capacités, au-dessous du seuil de rentabilité – situation qui ne pourra durer.

Le graphique montre bien que la situation n’est pas tenable. La croissance ne reviendra guère qu’autour de 2 à 3%, pas plus. Elle dépend de la population, et surtout de la population active. Or la progression démographique baisse et les inactifs gonflent, tandis qu’on rogne retraites et prestations sociales. Pas de quoi produire plus ni consommer plus, ni faire plus d’enfants. Surtout si l’État obèse géré par des mous (harcelés de lobbys locaux sans contrepouvoirs démocratiques) ne se muscle pas.

Remplaçons le plus par le mieux, la planète appréciera… mais pas les rentrées d’impôts. La productivité peut encore monter un peu, si l’industrie se recentre sur la valeur ajoutée : mais cela signifie inventer sans cesse des produits nouveaux qui plaisent (donc faire passer un violent courant d’air sur l’Éducation nationale jusqu’aux universités), gérer encore mieux les ressources rares (donc faire du capitalisme, système d’efficacité économique incomparable), inciter les meilleurs à rester sans que le fisc vienne tout niveler (donc creuser les inégalités méritocratiques), mieux former chacun et que tous aient un travail. Les Français confits en privilèges et statuts sont-ils prêts à financer la recherche, donner l’autonomie réelle aux universités et aux lycées, éduquer à travailler en équipe et pas à obéir au prof du haut de sa chaire, sortir des seuls maths qui font des arrogants et des théoriciens, encourager les économies d’énergie, d’emballage, de réglementations, de paperasses – et cesser de matraquer fiscalement ceux qui réussissent par leurs mérites ?

Un bien vaste programme pour un gouvernement empêtré dans une idéologie d’un autre âge : la jeunesse des gouvernants, celle des Trente glorieuses qui ne reviendra pas. Le temps qu’ils prennent conscience (ça vient), qu’ils mettent en branle les réformes (trop timides), qu’ils convainquent les zélus, les saints délicats, les fonctionneurs et tous ceux qui n’aiment pas changer d’habitudes, ils auront perdu quelques élections au profit des clowns ou des méchants – et le pays aura perdu encore des années.

C’est le prix à payer pour la démocratie… si elle survit. Rien de tel qu’un effondrement pour voir ressurgir les dictateurs. Le grand méchant Machin est en embuscade, tout comme la fille du Borgne.

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Cherche politique économique – urgent !

A écouter la pensée unique des économistes, experts autoproclamés, sur les radios et dans les journaux, tout serait simple : Nicolas Sarkozy a fait une « mauvaise » politique, il suffirait de faire « le contraire » pour que tout aille pour le mieux dans le meilleur des mondes. Il a encouragé une politique de l’offre, favorable à la production et aux entreprises par des baisses ou transferts de taxes, et favorable à l’investissement par des niches fiscales dans l’innovation ? Faisons une politique de la demande, favorable à la consommation et aux ménages par des impôts sur les entreprises et les « riches » (dès 3000 € par mois), et rendons l’investissement aux mains centralisées de l’État qui sait tout, qui peut tout, qui lui seul distingue l’intérêt (électoral national) des intérêts particuliers (mondiaux).

Dans ce scénario rose, manque la réalité. L’intelligentsia socialiste se rend compte, dix mois après avoir conquis le pouvoir, qu’elle avait mal vu la crise, mal anticipé l’ampleur des déficits, et fait des promesses irréalisables. Non, la croissance ne se décrète pas. Non, l’emploi n’est pas assuré en faisant cracher « les patrons » au bassinet. Non, l’État ne peut pas tout, surtout dans le cadre d’une Europe qu’on a voulu, et qui ne se conduit pas comme la machine administrative hiérarchisée française.

Yaka donner du pouvoir d’achat, clament à la fois les syndicats (qui ne représentent qu’à peine 8% des salariés français et aux deux tiers syndicats de fonctionnaires) et les économistes-de-gauche, toujours prêts à la générosité avec l’argent des autres (confortablement installés en chaire). N’y aurait-il donc qu’un chômage keynésien, lié à la faiblesse de la demande et au sous-emploi des capacités de production ? Certes, à cause de la crise, mais très peu : le chômage existait avant, bien plus en France qu’ailleurs. Il s’agit donc d’un chômage structurel, dû au progrès technique insuffisant et mal traduit en entreprise, au capital disponible trop faible, à une fiscalité décourageante, au fonctionnement du marché du travail qui privilégie les inclus et rigidifie toute séparation, donc inhibe toute embauche bien plus qu’ailleurs (ce que la CGT illustre chaque jour).

La crise conduit dès 2008 à une baisse de la demande intérieure à cause de la méfiance envers le système financier et des politiques budgétaires restrictives dues à la dette, dans le même temps que le secteur privé se désendette aussi en raison de la restriction du crédit. La stratégie (Sarkozy comme Hollande) a consisté en France à augmenter les impôts en ne touchant que marginalement à l’organisation d’État, élections obligent. Cela après 30 ans de promesses démagogiques et de non-politique : surtout ne rien faire qui puisse fâcher quiconque ; il n’est pas de problème que l’absence de solution ne finisse par résoudre. Mais comme nous ne sommes pas seuls – ni en Europe, ni dans le monde – nous voici au pied du mur.

productivite par tete france 1996 2013

La concurrence des pays émergents accélère. La théorie abstraite selon laquelle la technologie serait chez nous et les petites mains chez eux est battue en brèche par la réalité qui veut que toute exportation exige des transferts de technologie, vite copiés par une production locale afin de supprimer le besoin d’importer : le TGV chinois, les avions Embraer brésiliens, les avions de chasse indiens, les smartphones coréens… Dans le même temps, avec la même crise financière mondiale et le même niveau relatif de l’euro par rapport aux autres monnaies, l’Allemagne s’en sort bien. N’accusons donc pas les autres de notre incurie : soyons un peu moins perso, un peu moins obstinés à croire que nous disons le Bien, un peu moins aveugles aux réalités du monde. Nous devons encourager plus de collectif en Europe, être moins idéologique, moins jacobin-marxiste, plus conscients des concurrences et des enjeux.

Dans toute l’Europe du sud – et en France un peu – il faut certes réduire la composante keynésienne du chômage en reconnaissant que la réduction simultanée et rapide des déficits publics entraîne en récession. L’idée de « dévaluation interne » ne fonctionne pas : les prix sont trop rigides (à cause de l’emploi non flexible et des taxes contraintes), le freinage des salaires conduit à un recul trop fort des salaires réels (car le poids relatif des taxes patronales et salariales augmente). La demande des ménages faiblit et la compétitivité ne s’améliore pas. Il faut réduire moins vite les déficits publics et conforter les salaires réels pour réduire a petite part (keynésienne) du chômage.

salaire reel par tete france et europe du sud 2002 2013

Mais cela ne saurait suffire. La croissance ne se décrète pas, elle se construit par une politique intelligente et à vue longue. La stimulation de la demande ne peut pas réduire le chômage structurel, dû à la façon dont notre économie est organisée : gains de productivité faibles, pression fiscale élevée, importantes destructions de capacité de production et recul de l’investissement. Il faut donc une politique nette de soutien à la productivité, à l’innovation, à l’éducation supérieure, une réforme fiscale qui baisse les taxes sur le travail (part salarié et part employeur), et une meilleure flexibilité du marché du travail qui permette une embauche plus souple avec des règles de protection générales des salariés.

Le déficit public de la France doit être réduit à 3% du PIB en 2017, mais la croissance restera faible. Il faut donc réduire la dépense publique. Patrick Artus, de Natixis, dans une note de mars 2013, a évalué cette réduction à « 50 Mds € constants de 2013, soit de 4,3% du montant total des dépenses publiques, soit 2,4 points de PIB. » Il lui semble que cette réduction devrait porter sur les aides au logement (élevées et qui font monter les prix de l’immobilier), la défense (dépenses plus fortes que les autres pays de la zone euro), la retraite (presque 3 points de PIB de plus que dans le reste de la zone euro, en augmentation rapide), enfin – sujet plus controversé – les allocations familiales (plus élevées d’un point de PIB en France que dans le reste de la zone euro).

Après les déboires grecs et les élections en Italie, poussés par la base, des gouvernements hostiles à l’austérité surgissent. L’Europe va-t-elle s’adapter et autoriser un délai dans la réduction des déficits publics, accroître les investissements européens, et pousser la demande en Allemagne ? Plutôt que la rigidité (politique et de façade), l’Europe est pragmatique : malgré les médias qui ont du mal à comprendre son fonctionnement et malgré les politiciens nationaux, toujours prêts à accuser « Bruxelles » de toute mesure impopulaire (qu’ils ont approuvée), le système a toujours trouvé les ressources nécessaires pour surmonter les crises. C’est lent, lourd, peu lisible, mais réel.

Surtout lorsque les exportations allemandes hors zone euro fléchissent (24% du PIB de l’Allemagne, en croissance de 7% par an jusqu’en 2012). L’Allemagne ne va pas être plus tirée par le reste du monde que les autres pays européens, la concurrence des émergents est forte. La politique économique européenne, avec l’assentiment allemand, devrait être moins focalisée sur la dette (sans méconnaître sa réduction) et plus sur la compétitivité mondiale (ce qui vient à pas lents).

La politique nationale française, sous François Hollande, devrait revenir à petites touches vers le réalisme d’une politique de l’offre : assurer la production en confortant les entreprises avant de penser à redistribuer, tout en remaniant la fiscalité pour une meilleure justice et affirmant l’investissement dans l’éducation, la recherche et l’innovation.

Il suffirait cependant qu’on le dise, que cela soit clair et pas obscurci par la fumée idéologique, les déclarations intempestives, les couacs ministériels et une agitation syndicale démagogique qui ne sert pas l’image de la France pour les investisseurs étrangers.

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Tahiti : la faute à la France ?

Des menaces, encore et toujours des menaces sur l’emploi local. Après d’autres hôtels de la place c’est le Sofitel Maeva Beach Resort qui pourrait mettre la clé sous le paillasson. Si les 160 employés risquent de perdre leur emploi, à qui la faute ? A coup sûr à la France ! Les touristes n’emplissent plus les hôtels, la faute à la France. Les taxes d’aviation, les taxes portuaires augmentent, la faute à qui ? Mais à la France !

Il faudrait que les dirigeants du gouvernement de la Polynésie Française, au lieu d’accuser toujours les Autres, se regardent dans la glace et s’abstiennent de déclarations intempestives. Il y a de moins en moins de touristes en Polynésie alors que les autres îles du Pacifique Sud en gagnent. Pourquoi ? Aux toutes dernières nouvelles d’Oscar Tane, ce sont des Russes qui vont racheter cet hôtel SANS casino… Mais, là encore, la faute à la France ne délivre pas de visas facilement. Ritournelle : « Si nous étions indépendants… »

Pourtant, la faute à qui ? Qui rame, qui aurait ramé si… ATN (la compagnie d’aviation territoriale) avait tenu ses engagements et avait transportés les rameurs polynésiens à Calgary (Canada) ? Les pauvres rameurs, après avoir gagné avec le dragon boat, ont été privés de compétition. Ils auraient raflé toutes les médailles, nos Tahitiens. Pis encore, 1000 touristes, ceux qu’on a tant de mal à faire venir, ont été bloqués à Papeete. Pas de quoi se taper sur les cuisses de rire, ceux-là ne reviendront jamais. Comme cette touriste belge qu’on a expédiée en Nouvelle-Zélande pour prendre un vol pour Hong-Kong, puis un autre pour Londres et enfin un autre pour Bruxelles soit 36 heures de vol ! C’est pas de bonnes vacances ça ? Au fait il y a 200 fois plus de touristes chinois aux Maldives qu’à Tahiti…

A défaut de touristes chinois (encore la faute à la France d’après Oscar Temaru), le port de Papeete accueille le Zhen He, bâtiment d’application chinois qui fait son tour du monde, 310 membres d’équipage dont 110 officiers. Dix ans qu’un bateau militaire chinois ne s’était pas arrêté à Papeete. Coïncidence ou pas ? Le ministre chinois des Sciences et de la Technologie était aussi de passage au fenua. Un voyage privé paraît-il avec 12 collaborateurs. Je n’y vois plus que du jaune. L’influence de l’empire du milieu se fait de plus en plus prépondérante, et les missions de « coopération » se multiplient. Est-il vrai que les Mao’ hi seraient venus de Chine ?

Mais qu’est-ce qu’on va faire des Pinus canibaea (pin des Caraïbes) qu’on avait planté, 5900 hectares tout de même, grâce au Fonds européen de développement (Fed) ? Arrivés à maturité depuis plus de 5 ans déjà, ils permettraient de couvrir entre 35 et 40% de la demande actuelle sur le marché local et de réduire autant les importations. Les édiles se sont massés le cervelet… puis ont fait plusieurs fausses couches. [La faute à la France ?]

Là, ça devient sérieux, on prend le problème à bras le corps, à la Polynésienne ! A ce jour, 4 sociétés se sont intéressées à ce marché : abattage, scierie, une seule propose du produit fini sous forme de bardeau. Elle produit également planches de bois, parquets, palettes… La tuile de bois ou bardeau intéresse les projets hôteliers : la couverture dure jusqu’à 30 ans contre 3 à 5 pour le pandanus et 10 ans pour le Palmex (pandanus artificiel en plastique). La tuile a des propriétés para cycloniques et résiste au feu. Un coût moindre d’investissement, 8500 FCP/m2 posé pour le bardeau contre 7000 FCP/m2 pour le pandanus et 8500 FP/m2 pour le Palmex. La tuile s’intègre beaucoup plus au paysage polynésien.

On attend la réflexion des têtes pensantes. Mais la filière « Pandanus rauoro » fait partie intégrante du patrimoine culturel polynésien. Les investisseurs hôteliers l’ont compris et ne souhaitent pas non plus que la tuile de bois remplace le pandanus. Les difficultés actuelles sont principalement liées à la dégénérescence des arbres et leur faible productivité. Alors, bardeaux, Palmex ou rauoro ? Wait and see.

La phrase : « Je vais vivre ailleurs, le jour où il y a un casino dans ce pays ». Elle est d’Oscar Temaru, président du gouvernement de la Polynésie française au sujet d’un éventuel plan de reprise du Sofitel, le transformant en casino. Et les touristes alors, ils n’ont pas le droit de s’amuser un peu en attendant la fin de la grève ? L’actu vue par P’tit Louis [le dessinateur caricaturiste vedette de La Dépêche de Tahiti] : «Le Gros : Mais pourquoi l’Oscar Président ne veut-il pas de casino ?… Le Maigre : Mais non, il aura juste confondu avec une grande surface ! » L’humour de la semaine dans la Dépêche du dimanche peut-être vue, pour ceux que cela intéresse sur http://tahiti.blogspot.com/

Mais il n’y a pas que de mauvaises nouvelles… grâce à la France ?

Le cas des fonctionnaires détachés dans les syndicats (source la Dépêche) : on en compte 12 auprès de la CSTP/FO, 6 chez A ria i mua, 4 au STIP/AEP, 1 au SCFP/UPE et 1 en cours d’insertion chez Otahi. Au Journal officiel de la Polynésie française (JOPF) que tout un chacun peut consulter, on peut y lire que les rémunérations mensuelles brutes allouées aux salariés du privé exerçant des fonctions syndicales s’échelonnent entre 911 420 FCP (7638€) pour le leader de la CSTP/FO à 166 165 FCP (1392 €) pour le président de la confédération A tia i mua, celui-ci étant le moins bien rémunéré. A noter également que le salaire brut versé à ces personnels se monte à 490 913 FCP (4114 €). Les fonctionnaires quant à eux continuent de percevoir leurs revenus à taux pleins payés par l’Administration.

Des problèmes à la Douane au fenua : certains douaniers auraient donc quelque chose à déclarer comme « trafic de drogue, proxénétisme, viol aggravé ?… et maintenant, maintenez-vous que vous n’auriez toujours rien à déclarer ?» Que ce passe-t-il donc dans cette administration ? En tout cas Lolo dans son billet d’humour sur la Dépêche du dimanche y va de ses commentaires !

Une niche a un milliard de FCP : rassurez-vous ce n’est pas pour Grisette la chatte ! Si les hôtels ferment les uns après les autres, que les touristes et les paquebots ne reviennent pas ou peu, le marché des super yachts se porte, lui, à merveille. Une cinquantaine de super yachts croisent dans nos eaux chaque année. D’après les spécialistes, ces bateaux de luxe dépensent un milliard de FCP par an en Polynésie, 250 entreprises travailleraient pour eux lors de leur séjour. Depuis une dizaine d’années, ce sont près de 700 yachts qui ont croisé dans nos lagons. Il y a eu Le Faucon Maltais, le Rising Sun, l’Octopus. Il vaut mieux recevoir les riches, cela rapporte davantage en moins de temps.

Hiata de Tahiti

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Marie-Claire Bergère, Histoire de Shanghai

Cette spécialiste de la Chine depuis les années 1950, professeur désormais émérite des universités, a beaucoup écrit sur la sociologie du plus gros pays émergent. Elle a choisi une ville emblème, Shanghai, pour raconter l’histoire de l’essor économique, poussé ou rembarré par la politique selon les époques. Shanghai n’est pas Pékin et tout développement de la périphérie commerçante ouverte sur l’international fait de l’ombre aux mandarins impériaux ou rouges de la capitale. Ils veulent garder le pouvoir, or le premier pouvoir est celui des moyens. D’où le stop and go du développement des ports côtiers, jusqu’à la libération post-Mao de Deng Xiaoping : « qu’importe qu’un chat soit blanc ou noir, l’important est qu’il capture des souris ».

La Chine, orgueilleuse et nationaliste, utilise l’étranger pour son intérêt dès l’ouverture forcée fin XIXème. « Lorsque les barbares disposent de la supériorité militaire, il faut les apaiser par des concessions ponctuelles, les amadouer par de bons traitements et les neutraliser en les dressant les uns contre les autres, ou bien en les cooptant et en les intégrant aux structures administratives de l’Empire » p.27. Cette stratégie est toujours d’actualité…

Dès l’origine, « le principal moteur de la croissance, c’est l’entreprise privée » p.33. Avis aux socialismes qui croient que taxer et punir permet le développement. La bureaucratie impériale a recueilli les bénéfices fiscaux de l’expansion économique de la ville, mais en accompagnant l’évolution, pas en l’entravant. Marie-Claire Bergère fait bon marché de la thèse marxiste selon laquelle la Chine aurait été mise en coupe réglée par des exploiteurs capitalistes étrangers. Elle montre fort bien la symbiose qui s’est construite dès le début entre le pragmatisme des commerçants et artisans chinois et le système légal de propriété établi dans la concession étrangère en 1862. « Le nouveau dispositif juridique attire de nombreux investisseurs chinois qui, tout autant que les étrangers, se sentent rassurés par les garanties qu’il offre. Il facilite donc la réorientation, à des fins productives, de fortunes marchandes traditionnellement utilisées pour l’acquisition de titres officiels [aujourd’hui on parlerait d’emprunts d’État et de livrets A], le financement d’œuvres philanthropiques ou encore l’achat de faveurs bureaucratiques » p.85.

La révolution nationaliste de 1911 est née à Shanghai en voie de la modernisation et de démocratie, mais le pays ne va pas suivre. Le mouvement de boycott des produits japonais ou américains pour arracher des concessions aux étrangers est né là aussi dans les années 1920, mais les insurrections communistes en 1927 échouent. Il faudra Mao et la Seconde guerre mondiale pour que le fascisme du Guomindang laisse la place à la bureaucratie totalitaire rouge. Ce n’était pas l’idéal de la ville, plus portée à un bon gouvernement et une harmonie sociale par la porosité entre politique et économie, entre pouvoir et société.

« Le Haipai, ou ‘style de Shanghai’, est l’expression de la culture commerciale et cosmopolite de la Chine moderne » p.255. Elle s’oppose au Jingpai, style de Pékin, marqué par la répulsion des mandarins lettrés pour tout ce qui touche à l’argent et au pragmatisme. Masse contre élite, commerçants qui créent de la richesse contre fonctionnaires imbus de leur caste et du pouvoir. Toute l’histoire récente de la Chine – et pas seulement en Chine – se résume à cette rivalité entre Pékin et les ports côtiers tels Shanghai. L’échec du Grand bond en avant est suivi de la répression anarchique de la Révolution culturelle. C’est de Shanghai que partent les premières attaques de presse contre Mao Zedong, qui conduit par mégalomanie le pays à la misère. Bien que la Bande des Quatre (avec la veuve Mao) soit implantée à Shanghai, Jiang Zemin devient maire de la ville en 1985 ; avec son adjoint Zhu Ronji, il va négocier avec la capitale pour que son développement ne bouleverse pas trop les habitudes. Pékin désire en effet que la réforme économique soit graduelle, et mise en forme à la périphérie d’abord, pour ne pas menacer le pouvoir du centre. La revendication étudiante de la place Tian’anmen en 1989 donnera raison à Deng, mais ne remettra pas en cause la réforme. Au contraire, Shanghai en profite enfin, pour accélérer le développement économique et apaiser les tensions politiques. L’avenir chinois est aujourd’hui à Shanghai, Canton et Shenzhen-Hongkong plus qu’à Pékin.

C’est donc l’histoire contemporaine de l’essor chinois que Marie-Claire Bergère expose par l’histoire de Shanghai. Un livre utile pour comprendre les tendances longues de l’émergence et les imbrications croisées de l’économie et de la politique, du nationalisme et de l’ouverture. Utile aussi pour saisir ce qu’il ne faut pas faire en politique si l’on veut de la croissance : contraindre et punir par la multiplication des règlementations et des taxes.

Marie-Claire Bergère, Histoire de Shanghai, 2002, Fayard, 520 pages, €26.03 ou €18.99 format Kindle 

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Premier tour et démagogie Tahiti

Résultat des élections présidentielles 1er tour à Tahiti :

  • Teva i uta : Inscrits 6371 ; Votants 3009 ; Sarko 1411 ; Hollande 878 ;
  • Iles du vent : Inscrits 135800 ; Votants 65867 ; Sarko 29125 ; Hollande 19437 ;
  • Iles sous le vent : Inscrits 26021 ; votants 12591 ; Sarko 5749 ; Hollande 4635 ;
  • Tuamotu Gambier : Inscrits 12689 ; votants 6452 ; Sarko 2814 ; Hollande 2190 ;
  • Marquises : Inscrits 6897 ; votants 4092 ; Sarko 1463 ; Hollande 1690.

Mauvais résultat global pour Hollande à cause de l’association (volontaire ou pas) du Tavini : Hollande = Indépendance !

Synthèse publiée dans les ‘Nouvelles’ : « contrairement à ses résultats nationaux François Hollande n’arrive qu’en deuxième position en Polynésie avec 32,43% des votes, derrière Nicolas Sarkozy et ses 45,21%. Oscar Temaru et le Tavini n’ont pas réussi à faire adhérer les électeurs polynésiens au vote socialiste, quand en 2007, la candidature PS récoltait 41,68% des suffrages au 1er tour. Couplé à la faible participation (49,35%), ce premier tour sonne comme un désaveu pour la stratégie du leader indépendantiste, à l’orée des législatives en juin, et des territoriales six mois après. »

Puisque malgré mes prières vous n’avez rien donné au gouvernement polynésien, alors après s’être abimé les ongles à gratter les fonds de tiroirs, il a œuvré :

  • un coup de pouce aux factures d’électricité ;
  • taxe de 1% sur les appareils électriques ;
  • 5 à 60% sur les cigarettes, cigares et cigarillos ;
  • 5 à 20% sur les alcools ;
  • taxes sur les produits originaires d’Europe, 2 à 4% sur les produits alimentaires et produits corporels, 8% sur les sucreries ;
  • 5% sur les colis postaux compris entre 10001 et 30000 FCP (style la Redoute, Amazon, Fnac), l’essence.

Les relations avec l’État se tendent chaque jour davantage. L’élu de Hitia, mi Père Fouettard, mi Père Noël siège toujours au perchoir, là il peut s’exprimer, empêcher les Autres de s’exprimer, mais surtout imposer ses règles. L’habitat social ? 2,8 milliards d’impayés depuis plus de 20 ans alors le ministre actuel a proposé un remboursement de ces loyers impayés sur 100 (cent) ans… Pauvres jeunes, encore une facture qui leur échoie ! Revenu d’Australie, le ministre du tourisme aussi président du pays était attendu sur l’avenir économique du Pays, il a très vite digressé (dixit les journaux) sur la décolonisation, évoquant le cancer de la France pour expliquer la maladie dont souffre selon lui le Pei. Et de continuer à déblatérer sur Sarkozy. Oscar Temaru indique que si les Anglais ne viennent pas à Tahiti, c’est la faute aux… à qui ? je n’entends pas… Gagné ! aux Français évidemment. Quand on veut noyer son chien, on l’accuse de la rage. Pitoyable !

L’administration est sous la loupe de la Chambre territoriale des comptes (CTC). Alors ils ont fait les comptes et ce n’est pas bon du tout. La crise n’est pas responsable au fenua, il faut regarder en arrière. L’administration est devenue un mammouth ingérable. En 2004, il y avait 5322 agents, toutes catégories confondues. En 2010, 455 de plus ! Avec un ratio d’encadrement toujours aussi faible. Multiplicité des structures, morcellement des missions, doublons, interventions publiques sans stratégie, cela a coûté très cher et continue de coûter. On transfère, on soutient « ses satellites » : ATN, TNR, TNTV, GIE Tahiti Tourisme…

On soutient par démagogie les denrées alimentaires de base et l’essence, on atteint ainsi 52,6% des dépenses réelles de fonctionnement en 2008. On coule ! La défiscalisation, il faudrait revoir ce dispositif. Les SEM et satellites sont très coûteux. La CTC rapporte qu’en 2009 12 milliards ont été versés à ces organismes, toujours en hausse par rapport à 2008. Cette dépense représente 400 000 FCP par habitant en 2010. Le nombre d’agents est très important soit 28,3% de la dépense de fonctionnement en 2004 et 30% en 2010. Le manque de qualification du personnel et le nombre très élevé d’emplois « occupationnels » ne permettent pas à la collectivité de s’adapter rapidement aux critères d’une administration moderne.

La DGDE (dotation globale pour le développement économique) était initialement une subvention d’investissement libre d’emploi. Elle a été, à compter de 2005, employée pour le fonctionnement dans des conditions non-conformes. Des avenants et contre avenants avaient permis de détourner la DGDE de sa mission initiale pour combler les brèches des finances publiques en berne. Pas d’épargne et des emprunts toxiques fragilisent encore plus le Pei. Telle est l’analyse de la gestion des finances du Pei passée au crible (2005/2010) par la Chambre Territoriale des Comptes.

Un exemple parmi d’innombrables : l’Hospitel était un hôtel des familles qui accueillait à Pirae des patients venus des îles et leurs accompagnateurs… il est fermé ! La direction du CHPF louait ce bâtiment à l’EAD mais il n’était que peu rempli, pourtant à proximité de l’hôpital du Taaone. Il se composait de 63 chambres, lieu convivial, ouvert en juin 2011. Surdimensionné il avait coûté la bagatelle de 560 millions de FCP et était loué par l’hôpital 3,65 millions de FCP/mois. Très souvent ici les projets sont menés en dépit du bon sens. Mais, car il y a un mais, la Caisse d’assurance maladie avait maintenu les conventions passées avec six pensions de famille à qui l’hospitel faisait concurrence ! Et le directeur de la CPS (SS locale) d’ajouter que les gens des pensions avaient fait des investissements, et que si les conventions étaient retirées, ces personnes seraient au chômage. Y aurait-il par le plus grand des hasards quelques liens de famille avec les gens de la CPS ? Ben, on aurait pas pu y réfléchir avant de construire cet hospitel ?

Autre exemple, l’inauguration en grande pompe de la nouvelle gare maritime, le jour J. Ben c’est pas concluant et, pour reprendre les propos d’un usager, « tu descends, tu montes, tu descends et tu payes ! » Rien n’est vraiment prêt, les nouveaux embarquements ont eu plus d’une heure de retard… la panique quoi. A l’abordage ! Pour l’abonnement mensuel on passe de 30 000 FCP à 41 200 FCP, ça fait 20% d’augmentation. Pour les étrangers au pays, les gens de Moorea et les élèves viennent tous les jours à Papeete par ces navettes. L’armateur s’est bien servi en comptant 6 jours, du lundi au samedi aller-retour alors qu’un grand nombre de gens de Moorea ne rallient pas la capitale le week-end. Ben, il n’y a pas de petits profits, surtout quand on est seul sur la ligne.

Pour ceux que cela fait vibrer, un rapport de l’Agence française de développement est consultable sur son site. Vous y trouverez ce qui se rapporte à l’économie de ce petit pays, de l’interventionnisme public…

C’étaient les élucubrations du mois d’avril 2012 d’une popaa exilée en Polynésie française.

Portez-vous bien

Hiata de Tahiti

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Tropisme chinois du Tahiti nouveau

Le Peï a besoin de beaucoup de sous. Il en cherche partout. Le plus simple ? Augmenter les taxes ! Alors ce sera un plus de 5 à 20% sur tous les alcools ; 5 à 60% de taxes sur le tabac et les alcools importés sauf sur le tabac à rouler (marque Le Bison) ; taxe de 1% sur les équipements électriques ; 5% sur les colis dont le montant est compris entre 10 001 et 29 999 FCP ; augmentation des taxes sur les produits d’origine européenne soit 2% sur les fournitures scolaires, les couches, les conserves de légumes, certains produits de construction ; 8% sur les bonbons ; 2 à 4% sur les produits alimentaires et les produits corporels.

Souhaitant améliorer les relations commerciales avec les partenaires du Pacifique, Oscar Tane, palabre pour faire adopter une résolution pour modifier la loi organique. Il a décidé d’abaisser ces taxes de 5 à 2%. On veut croître les relations avec la Chine, toujours et encore la Chine, seulement la Chine !

Encore une escale d’un navire scientifique chinois dans le port de Papeete. Les membres de l’association philanthropique chinoise de Tahiti s’étaient rassemblés pour accueillir les 320 membres de l’équipage. Ce n’est pas la première fois, je voyais au supermarché Champion Paofai les Chinois faire leurs emplettes : chocolat et vin rouge. Je suis troublée, malgré les annonces du gouvernement, de la place prise par les Chinois à Tahiti. Les dirigeants chinois font régulièrement escale à Tahiti, pourtant nous ne sommes pas sur le chemin des Chinois. Le gouvernement cherche à vendre des terres, à qui ? Mystère, mais bien des Polynésiens pourraient se retrouver spoliés. Les terres ainsi prises seraient revendues à… ? Les Chinois achètent de plus en plus de coquillages pour la nacre… mais aussi pour fabriquer des perles paraît-il !

L’année du Lièvre s’est achevée le 22 janvier à minuit et laisse la place au Dragon d’eau. Long Nian Kuai Le, Kung Hi Fat Choy, Shu, Shen Ti Hao, Fu. Cela devrait vous souhaiter Bonne année du Dragon, Prospérité, Longévité, Santé et Bonheur. Tout cela rien que pour les lecteurs d’argoul.com. Les Chinois de Tahiti préparent les festivités. Une troupe chinoise composée d’acrobates, d’humoristes et d’un chanteur viendra donner quelques spectacles au temple Kanti. Préparez la monnaie ! Non, les billets dans l’enveloppe rouge, ce sera moins lourd dans la gueule du lion – car il danse.

En Polynésie la médecine chinoise et sa pharmacopée ne sont pas illégales comme en France. L’histoire de l’immigration chinoise autorise cette science sous certaines conditions. La réglementation polynésiennes encadre strictement la profession d’herboriste, l’importation de produits de la pharmacopée chinoise, tout est fixé par décret depuis 1980. A Tahiti, sept personnes seulement peuvent se prévaloir d’être herboriste. Ces ra’au (médicament) chinois attirent la population polynésienne dans son ensemble. Ce pourrait être une pincée d’hippocampe, du pénis de tigre, des peaux de vers, du cafard d’eau… voyez avec votre médecin et pharmacien. Les noms de ces sept personnes sont publiés au JO ainsi que les substances ou médicaments qu’ils peuvent importer en Polynésie.

Hiata de Tahiti

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Contradictions à Tahiti

Sur la Dépêche de Tahiti du 20 décembre, gros titre « Échange remblai squatté contre plage de sable blanc ». Ce serait un échange de terres entre le Pays et un propriétaire privé pour permettre à la population l’accès à la mer et aux plages sur la côte ouest. A la demande du Peï, le propriétaire des terres et de plusieurs centaines de mètres de plage, au PK 15,4 à Punaauia, a accepté l’échange contre des remblais situés devant l’ancien hôtel Hilton…

Titre de la Dépêche du 20 décembre « Une journaliste agressée dans son lit à Nuku Hiva ». Un homme a tenté de la violer dans son bungalow, au Pearl Lodge Hotel. Depuis l’individu a été arrêté, a été ramené à Tahiti et dort en prison à Faa’a. Après l’histoire du touriste allemand assassiné à Nuku Hiva… ça fait tache pour cet archipel. On ne peut même plus dormir tranquille !

Les croisiéristes qui débarquent à Tahiti restent sur leur faim car le dimanche les magasins sont fermés. Les prix flambent depuis bien longtemps. « C’est beau mais très cher » avouent-ils ! Seules les taxes portuaires régalent le gouvernement mais, pour la population, les petites structures hôtelières, nada.

Présentation du « projet à 15 milliards ». Une présentation du futur « village » de Tahara’a a été faite en avant-première. Le concept de ce village pas comme les autres : un complexe résidentiel, un hôtel de 70 chambres plus 50 appartements-hôtels, une crèche, une chapelle, un marché bio, un centre commercial, divers commerces, un centre de thalassothérapie, un centre de prévention pharmaceutique (?), un amphithéâtre de 300 places, un musée (?), un centre culturel et des équipement sportifs dont une école de voile, une école de plongée, un port à sec. Mais aussi un pub, deux restaurants, un bowling, un squash, une salle de sport, deux centres de formation professionnelle et un jardin botanique. Suit la composition de l’équipe en charge du projet avec, entre autre à la gestion du domaine maritime, Olivier de Kersauzon.

La guerre des stations aura-t-elle lieu ? Non, ce n’est pas le bruit de la radio qui nous submerge… mais les vapeurs d’essence ! Shell a ouvert une nouvelle station juste en face de Mobil et non loin de Total. Et cela crée des embouteillages à n’en plus finir.

France Ô parmi les hommes. Un documentaire sur la montée des eaux à Napuka (Tuamotu) a été tourné par le réalisateur Laurent Ramamonjiarisoa (Ramamon git à Risoa) en décembre. Il a suivi le quotidien d’un habitant de l’atoll durant une semaine. La projection de ce travail est programmée pour juin 2012 sur la chaine de télé France Ô. [Espérons que ce sera aussi palpitant que le feuilleton des années 60 tournée par Madame Aubry (Cécile, pas Martine !) avec son fils préadolescent Mehdi, Sébastien parmi les hommes ! Aujourd’hui, on n’oserait plus un titre pareil… les ligues de vertu et autres associations autoproclamées anti-négationnistes crieraient à l’incitation pédophile ! – note Arg…]

Il a failli gagner à Koh-Lanta, le petit gars de Taha’a. Teheiura l’inconnu est devenu une star en Polynésie grâce à ce jeu. Le soir de sa défaite, les drapeaux ont failli être mis en berne, mais… on ne savait plus où on les avait cachés. Comme il a fait honneur au fenua (le pays, en langue d’ici), des médias et des sponsors de demain vont lui permettre de venir présenter sa fille Manavai à sa famille, dans le village de Taha’a. Sans bourse délier. Pour ceux qui comme moi ne possèdent pas de télé, z’aurez qu’à en acheter une pour l’an prochain ! [euh… avec un euro probablement en berne face au dollar et au yen, donc avec un Franc pacifique pas très fort non plus…]

Hiata de Tahiti

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Perplexité électorale

Nous sommes à trois mois des élections présidentielles, les plus importantes de toute la série d’élections dans le système français. Le Président conduit en effet le paquebot France vers l’avenir, même si le mandat a été réduit à cinq ans sous les Jospin-Chirac. Mais l’électeur lambda reste aujourd’hui indécis, entre no future et résignation. Ces élections sont celles du désenchantement.

L’utopie a été purgée par la primaire socialiste où le peuple-de-gauche a joui de l’illusion du choix présidentiel comme une gamine devant une devanture de pâtisseries. La crise persistante de l’euro et la dégradation toute fraîche de la note française par Standard & Poors ont averti les Français que la réalité les concerne aussi, les fermetures persistantes d’usines prouvent que le monde existe et que la compétitivité française n’est pas ce qu’on croit. D’où ce décalage qui étonne entre les discours des candidats et le monde réel. Nous avons des candidats de routine, chacun reste dans son jeu d’histrion, rameutant sa bande pour casser le voisin, sans se préoccuper du ciel qui se couvre.

  • Alors que la mondialisation montre son inévitable, QUI donne les voies pour s’y adapter au mieux ? Ce ne sont au contraire qu’incantations au protectionnisme, au souverainisme, aux barrières, au repli frileux sur son petit modèle, dans un rêve d’âge d’or qui n’a jamais existé.
  • Alors que l’Europe est le cadre réaliste pour insérer la France dans le monde sans se rapetisser au niveau d’un petit pays sans voix, QUI parle de l’Europe politique ? Ce ne sont au contraire que récriminations sur le Machin (comme disait De Gaulle de l’ONU), sur l’impérialisme budgétaire allemand, sur la cacophonie des 17 ou 27 pays (on ne sait plus trop), sur les sommets « de la dernière chance » qui offrent toujours une autre vie comme dans les jeux vidéo. C’est une Europe-contrainte, une tentation du repli national sur son petit modèle, dans un rêve d’âge d’or qui n’a jamais existé.
  • Alors que la dépense publique française est très forte, à 57% du PIB et que les prélèvements obligatoires à près de 44% du revenu global sont parmi les plus élevés des pays de l’OCDE, QUI parle de réformer l’État obèse, inefficace et mal organisé sur l’exemple de la Suède ? L’économiste Patrick Artus a chiffré en gros à 20% les progrès de productivité du système administratif français par rapport à un panel de pays voisins (L’Express du 19 octobre 2011). QUI parle de la nécessaire et urgente réforme des niveaux administratifs, de la productivité des fonctionnaires, de la simplification des lois et règlements mal rédigés et contradictoires ? Ce ne sont au contraire que danses rituelles pour appeler toujours plus de « moyens », sans qu’il y ait jamais assez de profs, de flics, de juges, de contrôleurs… dont on mesure pourtant l’inefficacité relative avec les 150 000 jeunes qui sortent sans aucun diplôme du système scolaire sur 800 000 chaque année, sur la délinquance jamais réduite, sur la justice entre laxisme et Outreau, sur les scandales sanitaires à répétition malgré la flopée de fonctionnaires fonctionnant en commissions et réunionnant à qui mieux mieux. La droite ne veut rien bouger, la gauche veut reconstituer le fameux « modèle français », dans un rêve d’âge d’or qui n’a jamais existé.
  • Alors que l’économie française, par rapport aux pays qui réussissent comme l’Allemagne, la Suède, la Finlande, la Hollande, est asphyxiée par un corset trop rigide de règlementations qui empêche d’embaucher, un empilement de taxes qui rendent peu claire la gestion efficace et génère une paperasserie dantesque, une fiscalité exclusivement vouée à punir l’entreprise et le travail pour favoriser la consommation et l’hédonisme, QUI parle de la réforme fiscale ? Un seul candidat, mais pas bien fort et pas bien clair. Qui parle des mesures structurelles nécessaires à relancer la croissance tout en permettant un plan de rigueur ? Personne et surtout pas les challengers du président actuel.

Alors, qui choisir ?

Il ne faut pas tomber dans le travers des « propositions », une candidature n’est pas un catalogue de vente où chacun choisit sa tenue de saison en fonction du seyant et des couleurs. La présidentielle française reflète le système monarchique du régime, issu de l’état d’esprit autoritaire de la société. La France est terre de commandement, comme le disait Michel Crozier, et les électeurs veulent un commandant.

L’élection se fait donc sur la personnalité avant tout, ensuite sur l’équipe, et seulement au bout sur les idées directrices d’un programme d’avenir. Faites votre choix…

Nicolas Sarkozy a la légitimité du sortant mais l’usure de l’agité incohérent qu’il s’est montré. Il est énergique, surtout dans les sommets internationaux, mais peu habile en politique intérieure. Il a surtout désacralisé la fonction présidentielle avec ses bonnes femmes, ses propos vulgaires, son népotisme et sa manie de s’occuper de tout. Peut-il être le Sauveur qu’il joue alors que le volontarisme politique a peu de prise sur les trente ans de laxisme et d’inertie économique ? Peut-il unir alors qu’il adore diviser ? Peut-il mettre en œuvre cette politique de l’offre qu’il avait promise et dont il n’a rien commencé, dont la France a plus que les autres besoin et que l’Allemagne a mis dix ans à réussir après la réunification ?

François Hollande a la légitimité du challenger mais la mollesse apparente de qui ne sait pas gérer son équipe, décider sans cafouillages et régner sans cacophonie parlementaire incompatible avec la Vème République ? Que d’erreurs de campagne ! La négociation d’épicier avec les Verts intégristes pour acheter des places ; le chiffre de 60 000 profs à vie lancé comme ça alors que la dette est devenue insupportable ; la confusion sur le quotient familial qu’on peut certes réformer mais avec une précaution de porcelaine puisqu’il touche à l’un des seuls avantages qui reste à la France : sa démographie. L’équipe fait revenir les archéos, adeptes de l’État stratège et du meccano industriel, et les yakas qui pensent malgré eux que « les riches » sont la vache à lait qu’il suffit de traire pour régler tous les problèmes. Hélas ! Les riches ne sont pas assez nombreux pour que la dette s’annule et que la dépense publique puisse reprendre à guichets ouverts, comme l’a dit et redit, chiffres à l’appui, Thomas Picketty, pourtant spécialiste fiscal du PS et adepte de la redistribution fiscale… Avec un nouveau bouc émissaire commode : la finance. Tout ce qui évite de poser les problèmes qui fâchent de l’organisation d’État et des féodalités auxquelles on ne veut surtout pas toucher : énarques inspecteurs des finances (Haberer, Messier, Bouton), syndicalistes ripoux sûrs de l’immunité (Seafrance après bien d ‘autres), lobby pharmaceutique, cumulards de la fonction publique, etc.

Marine Le Pen a quitté le national-socialisme pour un ethno-socialisme Canada-dry sans les détails de l’histoire. Elle présente une cohérence hors des partis traditionnels qui fait illusion parce que tout se tient : sortie de l’euro et des traités, fermeture des frontières, obligation de travailler et de consommer français, mobilisation citoyenne contre tout ce qui est « étranger ». Ce bunker idéologique peut séduire les primaires déboussolés que les partis traditionnels ont abandonnés (ouvriers, paysans, tradis), cela s’est vu dans les années 30. Mais pour quel avenir ? Celui de la Corée du nord ? Celui de la Grèce ? Celui de la Hongrie ? de la Russie ?

François Bayrou est le bête qui monte, qui monte, celui qui joue les candides avec son « je-vous-l’avais-bien-dit » sur la dette, la dérive marketing du pouvoir, le bling-bling. Il offre une personnalité apaisée, terrienne et morale, un pansement à l’ego bien malmené des Français. Mais il est seul, volontairement sans parti. Son État sobre, sa promesse de gouvernement exemplaire et d’union des bonnes volontés peut rallier les déçus du sarkozysme comme les déçus du gauchissement socialiste. L’idéal pour lui serait que Nicolas Sarkozy s’effondre dans les sondages et qu’il ne se représente pas, ou bien que le premier tour mette Marine Le Pen et lui-même en lice.

Les autres candidats sont marginaux, même Mélenchon dont le discours jacobin tout-politique n’attire pas, trop décalé avec ce que les Français sentent qu’il faudrait faire. La clé des élections sera moins « le peuple » que les classes moyennes, désormais touchées par les excès du libre-échange et qui vont se voir fiscaliser un peu plus pour rembourser cette dette que tous ont laissé monter depuis 1974. Leur problème est moins d’éradiquer les riches que de les faire contribuer ; moins d’assister les pauvres que de donner un travail qui supprime la pauvreté.

Car comment vanter un « modèle social » avec 57% de dépense publique (la plus élevée d’Europe) mais qui laisse subsister 13% de gens sous le seuil de pauvreté ?

Les électeurs voteront probablement pour le moins pire, pas pour le meilleur. Surtout pas pour celui qui leur fera des promesses impossibles, selon les bonnes habitudes.

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Il reste encore beaucoup à dire de l’année 2011…

Ce ne sont pas moins de 32 000 croisiéristes qui ont été perdus en dix ans. Et heureusement qu’il y a des bateaux de croisière qui s’arrêtent à Papeete ! Le gouvernement peut se réjouir des taxes qu’il prélève. Les croisiéristes disposent de tout à bord. Lorsqu’ils descendent à terre, ce n’est que pour soit faire une petite excursion, soit parcourir la rue principale. Ici, tout est horriblement cher : les hôtels, les restaurants, les perles. Il arrive que le GIE tourisme leur fasse un meilleur accueil avec danses, buffets de fruits, mais cela coûte au syndicat d’initiatives et rapporte peu en définitive. Certains touristes passent une nuit d’hôtel sur le territoire avant de reprendre l’avion.

Le conseil municipal a adopté un projet de classement pour la baie d’Opunohu a Moorea. Un projet de délimitation a été dévoilé pour une zone terre-mer incluant le domaine territorial situé à l’intérieur de la caldeira et deux bandes de terre situées de part et d’autre de la baie. Mais attention, certaines règles devront être respectées. Les riverains seront certainement les plus difficiles à convaincre. Par exemple, plus de toitures couleur bleue, rouge, orange… cela promet !

Loi de pays pour réduire la masse salariale : Les EPIC et SEM devaient disparaître… le gouvernement souhaite intégrer les agents de ces établissements dans la fonction publique. Il paraît que cela allègera le budget du pays ! Mais je rêve…

La gendarmerie pensait le fenua épargné. Eh bien non, les trafics de cuivre, nickel, plomb, aluminium, inox existent également en Polynésie. Les hommes de la gendarmerie viennent de démanteler un vaste trafic de cuivre. Bravo Messieurs. Bien organisé, ce réseau familial avait des connexions en Chine, il a vécu. C’est le train de vie sans rapport avec les revenus déclarés qui a mis la puce à l’oreille des hommes en bleu. Les têtes pensantes de l’équipe dirigeante ont été arrêtées. Il y a une fonction publique utile.

Sur l’atoll de Raroia, les fous à pieds rouges appellent à l’aide. Les Pisonia grandis de la forêt primaire ou Puka y sont très répandus. Ils peuvent atteindre 10 m de hauteur et 60 cm de diamètre. Leurs branches ont des formes sinueuses, ils s’installent au bord de l’océan et ont la particularité de stocker beaucoup d’eau. Les fous à pieds rouges ou kariga sont très nombreux sur l’atoll. Ils colonisent ces arbres et les paient en guano, livraison aux pieds des arbres gratuite. Mais il y a quelques soucis à cette cohabitation ! Les graines de l’arbre sont de petites capsules épineuses qui, lorsqu’elles sont mûres, deviennent des pièges pour les jeunes fous. Les petites capsules se collent aux plumages des fous sans aucune possibilité de s’en détacher. Les graines collées en grand nombre au plumage sont souvent responsables de leur mort, les empêchant de reprendre leur envol, de se nourrir, les vouant à une mort certaine.

Salmonellose, ce sont les cocottes qui seraient responsables des cas de gastroentérites aiguës. Quelques personnes se sont retrouvées à l’hôpital. Il est déconseillé de manger des œufs crus… Salmonella Enteritidis y loge au chaud !

20% des récifs de corail ont définitivement disparu, 25% sont en grand danger et 25% seront menacés d’ici à 2050. L’homme peut-il encore sauver ce qui peut l’être ? Rien n’est moins sûr. Le Criobe (Centre de Recherches Insulaires et Observatoire de l’Environnement) à Moorea s’y attèle.

C’étaient quelques lignes pour faire attendre la suite.

Hiata de Tahiti

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La vraie question des présidentielles 2012

La campagne à l’élection présidentielle est partie. Moins avec les « universités » d’été qu’avec la primaire socialiste qui vise à faire élire un « président de gauche » avant de se présenter devant l’ensemble des Français. C’est alimenter l’usine à spectacle, faire agir le buzz des médias, focaliser en rose l’attention des gens. Au risque qu’ils se rendent compte de l’indigence fondamentale du projet politique… Certes, une présidentielle française est l’élection d’un personnage à la tête de l’État – pas celle d’un parti comme au Royaume-Uni ou d’une coalition comme en Allemagne ou en Scandinavie. La France se rapproche moins du modèle américain puisqu’elle n’a ni son fédéralisme ni ses contrepouvoirs, que du modèle russe où le parti ne sert qu’à rassembler les godillots autour du chef. Mais ce ne sont ni les minois altiers ni les petites phrases qui font une présidence. C’est le projet d’avenir, rassembleur des Français.

Où en est-il, ce projet ?

A droite il reste flou car les perspectives tracées en 2007 se sont diluées avec la crise financière mondiale et systémique. Le discours de Toulon était un bon discours, n’en déplaise à ceux qui considèrent que tout ce que fait Sarkozy ne peut qu’être entaché du péché originel. Toulon pointait bien que la France ne pouvait agir seule, qu’il fallait négocier pied à pied et dans la durée avec nos partenaires européens, occidentaux et internationaux pour imposer des règles communes à la finance, aux marchés, aux agences de notation. Il y a toujours un État qui a intérêt à conserver des paradis fiscaux, trous noirs où tout est possible et où les fortunes disparaissent. C’était avant-hier le Royaume-Uni, hier les États-Unis et la Russie, c’est aujourd’hui la Chine, le Brésil, le Mexique, les pays arabes… Sans transparence, pas de marché libre ; sans règles communes de sécurité, pas de libéralisme économique ; sans connaissance de qui investit dans quoi, pas de produits financiers sûrs. Or les trous noirs financiers continuent d’exister et les hedge funds de rester incontrôlés. La négociation Bâle III visant à renforcer les fonds propres des banques est un petit pas, mais pas avant 2019 et probablement insuffisant. Les contraintes des parlements de chaque pays de la zone euro font qu’avance très lentement le fédéralisme budgétaire indispensable à une monnaie unique. La Grèce fait ce qu’elle veut, sollicitant des fonds pour rester dans l’euro, menaçant en cas de faillite d’entraîner la faillite des banques allemandes qui lui ont beaucoup prêté, mais répugnant à toucher aux zacquis des richissimes, de l’église, des commerçants sans factures, des particuliers à piscine non déclarée, des cheminots payés 5000€ par mois pour faire rouler les rares trains.

Quelle « solidarité » y aurait-il à faire financer les fraudeurs grecs par les smicards français et allemands ? Sur le sujet, la droite en appelle au contrôle européen et la gauche se tait, le « grand principe » de solidarité suffirait…

A gauche, le projet reste dans les limbes car ce qui est publié date trop et reste trop partisan. Le futur président élu ne pourra que s’asseoir dessus. Car la dépense publique c’est bien… tant qu’on a les moyens. En situation de pénurie, il faut gérer ce qui reste. Les socialistes devraient en avoir l’expérience, puisque les systèmes du socialisme « réel » avaient cette gestion : par les queues, les privilèges catégoriels, la récompense du bon petit militant répétant la voix d’en haut. Las ! les socialistes capitalistes ont pris goût à l’expansion ; ils sont passés experts de la redistribution du toujours plus ; ils ne savent que faire lorsqu’il y a chaque année moins. Il ne savent surtout pas comment on produit plus et mieux ! D’où cette incantation rituelle au yaka : yaka faire payer les riches, yaka faire une grrrââânde réforme fiscale, yaka réinstaller des frontières, yaka forcer Merkel, yaka nationaliser les banques, yaka créer que des emplois publics…

La fin des grandes espérances

Les Grandes espérances est un roman de Charles Dickens qui date de 1860 ; il a été repris brillamment en film par David Lean en 1946 (extrait vidéo sur Allociné). Le jeune Pip se trouve pris par des événements qui le dépassent ; il voit ses illusions s’évanouir en même temps que ses espérances financières et de statut lorsqu’il devient adulte. Tel est le cas de la France et, avec elle, de nombreux pays européens. 2012 verra des élections sans espérance. Ni changer la vie, ni travailler plus pour gagner plus ne résistent à la crise. On ne change pas la vie, on l’adapte ; on ne peut ni travailler plus en raison du chômage ou, si c’est le cas, on gagnera moins parce que les impôts augmentent et les retraites diminuent. La quinzaine Mitterrand a dépensé à tout va et la décennie Chirac n’a rien foutu. Conséquence : la France a pris une génération de retard dans les réformes nécessaires. Il ne s’agit pas de réformer pour réformer mais d’adapter notre État providence (jamais en reste de dépenses) à notre démographie (pourtant moins mauvaise que d’autres). Les Suédois ont mis 15 ans à réviser leurs retraites ; nous n’avons pas encore commencé hors les mesurettes à la serpe (donc injustes) qui ne font que gagner du temps et augmentent la grogne sociale comme l’incertitude sur l’avenir.

Enterré papa protecteur et maman consolatrice dans le film de David Lean. Le jeune Pip est orphelin, mais courageux, et ce n’est pas sans quelque humour qu’il oppose à la poigne du forçat un résolu « si vous me remettiez droit, peut-être que j’aurais moins mal au cœur et peut-être serais-je plus attentif ». Exit le gaullisme de la reconstruction que Villepin rêve de voir revenir, anachronique ; les Français refusent la victimisation à la Royal et le care d’Aubry, mot incompréhensible fait pour les balader. Le problème est qu’ils sont tourneboulés et qu’ils devront voter en étant pris à la gorge par les marchés et avec mal au cœur. Ce n’est pas « la faute à » ce grand méchant marché : si les traders s’amusent, c’est bien parce que le terrain de jeu leur reste ouvert (où est la régulation ?) et que les acteurs sont minables (que foutent les politiques pour réduire les déficits indécents qui durent en France depuis… 1974 ? et pour contrôler les fonds européens alloués à la Grèce ?). Sans les marchés, les salaires des fonctionnaires et des retraités sont automatiquement amputés de 10% par an. Est-il normal d’emprunter non pas pour investir mais pour payer le déficit courant ?

Conséquences politiques

Le prochain quinquennat aura à gérer l’austérité et non les espérances. Dans ce contexte, la légitimité du sortant se trouve renforcée : lui connaît mieux que les autres les arcanes et les partenaires ; lui a réagi à temps et comme il fallait pour réunir les Européens et les instances internationales. On peut lui reprocher son entêtement à ne pas revenir sur les cadeaux fiscaux faits au CAC 40 et aux bistrotiers-restaurateurs, mais peut-on lui reprocher les abattements sur succession et assurance-vie plafonnés, destinés avant tout aux classes moyennes ? Ces oubliés des redistributions socialistes et pressurés favoris du fisc durant des décennies n’ont-elles pas droit à un geste même si l’effort doit être réparti sur tous ?

Mais son caractère, ses haines et son histrionisme médiatique ont lassé. Peut-être les Français choisiront-ils à gauche. Pour gérer l’austérité, François Hollande apparaît le mieux placé par son ton raisonnable, sa réforme fiscale déjà pensée, les ralliements des partisans DSK. Hollande incarne la fonction présidentielle dès avant l’élection alors que Royal reste opposante à tout prix et Aubry chef de parti. Martine Aubry est plus l’incarnation des valeurs de gauche, mais cette élection se jouera moins sur les valeurs cette fois (contrairement à 2007), et plus sur la capacité à gérer l’incertain. La propension dépensière, l’accent mis sur les bobos-intellos avec « la culture », une certaine rigidité de mère autoritaire, font que Martine Aubry apparaît plus comme la présidente de la fonction publique que comme celle de tous les Français. Car ce qui manque à gauche est bien là : où sont les encouragements à la production ? Est-ce un État exsangue qui va créer les 3 millions d’emplois pour les 4.5 millions de chômeurs ou travailleurs à éclipse ?

A droite comme à gauche, pas question de toucher aux filets sociaux, seuls à même de conserver une relative unité aux égoïsmes de caste dans une France restée très Ancien régime. L’Éducation nationale les produit dès le collège avec l’élitisme matheux et les redoublements méprisants. Les principales dépenses sociales concernent la santé et le chômage. Difficile de réformer en profondeur la santé car le vieillissement de la population en font un secteur très sensible. Pour le chômage, la seule façon d’améliorer les choses est d’encourager les emplois. Moins de chômeurs, cela fait moins de prestations sociales, plus de taxes qui rentrent et moins d’assistanat santé avec les cotisations prélevées sur les salaires et les mutuelles abondées par les employeurs.

La vraie question 2012 est donc l’emploi

Un emploi de croissance et pas ces palliatifs temporaires qui consistent à créer des services tant et plus là où ils ne sont pas indispensables. Un emploi d’entreprise donc et pas des précaires d’État ni des auto-entrepreneurs provisoires. Sur l’emploi, on attend Nicolas Sarkozy, mais il se réserve pour la campagne. On attend François Hollande, mais il attend d’avoir gagné les primaires. Elles ne se gagnent, probablement, qu’en caressant les militants archaïques et la fonction publique dans le sens du poil. Souhaitons que le sens des réalités et le sens de l’État l’emportent ensuite sur le sens du poil…

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Nouvelles de Tahiti

Retour au bercail parisien après un petit tour en France pour y prendre la température. Beau temps. Rencontré quelques rares amis, trinqué avec eux au vin de Rangiroa, dégusté un poisson cru à la tahitienne et un autre à la chinoise, une sortie au théâtre, revu mes anciens collègues bénévoles du Secours populaire, léché quelques vitrines, fait chauffer la carte bleue, retrouvé mes potes à Montpellier le temps d’apprendre que l’homme-femme de l’immeuble avait encore caillassé les fenêtres d’une voisine… un programme chargé d’un exotisme très français !

Le voyage de retour ? Peu de monde dans l’avion entre Paris et Lax, mais à Lax les Polynésiens emplissent l’avion. Ils sont allés faire leurs achats à Los Angeles, les autres étaient à Las Vegas dans l’enfer des jeux. Arrivée à Papeete, toujours le même bazar, des douaniers de plus en plus tatillons  mais bon, c’est leur fonction.

Ici, c’est toujours le même théâtre joué par nos politiques. On sort l’un, l’autre rentre et c’est toujours la même chanson. Aucune amélioration en vue, sauf que les maroquins ont changé de mains, que les taxes augmentent, que le trou de la CPS (la SS locale) est toujours là ! Les super-égos se lâchent… pour le méga-procès des emplois fictifs, délibéré le 4 octobre. De quoi laisser le temps aux vacances de passer par là. Il fait bon vivre sous le soleil polynésien !

Le plan de redressement est prêt, alors entre fusion, suppression, renforcement, réorganisation, dissolution, fusion absorption, transformation/suppression, fusion, il semblerait que le gouvernement ait utilisé tous les synonymes figurant au dictionnaire. Attendons pour voir le résultat !

Vers la fin juin, Assises du service public : beaucoup de constats et de généralités, peu de propositions d’actions concrètes. Aucun membre du gouvernement de la Polynésie ni aucun représentant à l’Assemblée n’y a assisté !

A Taravao, premier crématorium de Polynésie française. Actuellement, la famille de ceux qui souhaitent se faire incinérer à leur décès doit aller en Nouvelle-Zélande pour satisfaire le désir de leurs proches. Il faut débourser 780 000 fcp pour ce faire – ce qui n’est pas à la portée de toutes les bourses. Ce crématorium sera construit sur un terrain d’un hectare à Taravao y compris l’aménagement d’un jardin des souvenirs. Mais on attend… Quoi ? Ben le permis de construire !

Sur Tahiti Pacifique, dans le fiu de Beslu, j’ai lu : « Notre cher Oscar qui prête toujours une oreille compatissante aux plaintes des anti de tout bord a simplement déclaré qu’il était urgent « d’élaguer le mammouth » sans préciser quelles défenses de celui-ci il comptait vraiment couper (?). Et il est sûr que l’on va avoir à souffrir encore longtemps des divagations et des supputations de ces délirants groupements. »

Mais dans les télécommunications, rien n’est perdu : Viti débarque pour concurrencer Mana (web).

Portez-vous bien les amis, profitez bien de vos vacances.

Hiata de Tahiti

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Aurons-nous un krach de l’immobilier en France ?

L’immobilier sert à se loger, il dépend en ce cas des moyens que l’on a d’acheter ou de rembourser ses emprunts avec ses revenus réguliers. Mais il sert aussi de placement, pour sa retraite, loger un enfant étudiant ou jeune travailleur, ou pour éviter les placements financiers et le dépôt d’actifs en banque. Il faut donc distinguer les deux approches si l’on veut comprendre le marché immobilier 2011. Si se loger reste toujours crucial, placer est moins urgent. Le marché immobilier devrait donc consolider, sans pour cela qu’un krach se produise en France.

La demande de logement est toujours forte en raison de l’évolution

  • démographique (taux de fécondité soutenu, mariages tardifs, existence prolongée),
  • sociale (plus de familles monoparentales, mutations et déménagements, crainte pour sa retraite)
  • désir d’habiter « la plus belle ville du monde » dans le cas particulier de Paris (les comparaisons en euro du prix au m² restent favorables) ou la province française (pas chère comparée à l’anglaise, l’allemande ou l’italienne du nord).

La demande de placement a explosé à la suite de la crise financière systémique née à l’été 2007 des malversations bancaires : prêts subprimes et produits dérivés devenus invendables. Les banques ont failli craquer et nombre d’entre elles ont été mises sous oxygène par les États. Parmi les investisseurs, un mouvement de panique s’est produit, consistant à diversifier ses banques, à retirer les valeurs en liquide pour les placer en or physique ou en œuvre d’art dans un coffre chez soi, et à sortir des actifs boursiers pour acheter des valeurs réelles (terres, vignobles, parts d’entreprise, immobilier).

Pour se loger, on ne compte pas. Ou plutôt, le rendement locatif n’est pas la mesure qui convient, ce pourquoi quelques-uns parlent de « bulle » alors que l’investissement n’est pas ce qui mène actuellement le marché immobilier en France. Le ratio des revenus et aides sur le prix (ce qu’on appelle le taux d’effort) est premier. La situation a été plutôt favorable depuis 2009 avec la baisse des taux à un niveau historiquement bas, la fiscalité Scellier, prêt à taux zéro et le crédit d’impôt pour les intérêts d’emprunt, tandis que le revenu net réel continuait tout doucement d’augmenter contrairement à quelques pays voisins, malgré la crise  et avec une faible inflation.

Cette situation change en 2011.

L’inflation revient et les taux d’intérêt bas sont derrière nous, même s’ils ne devraient pas grimper brutalement à horizon prévisible. Certains évoquent une crise de dettes souveraines qui obligerait la BCE à faire monter très vite les taux pour défendre l’euro et conserver son pouvoir anti-inflation. Nous n’en sommes pas là, la situation reste raisonnablement sous contrôle. La restructuration exceptionnelle de la dette d’un pays, ou sa sortie provisoire de l’euro, pourraient être des sas de décompression pas encore utilisés en cas de crise. Quant aux revenus, ils ne vont pas grimper au-delà du minimum en raison d’une croissance en veilleuse, d’un chômage élevé persistant et de mesures fiscales nécessaires pour réduire le déficit d’État.

Côté placement refuge, ceux qui voulaient diversifier leurs actifs l’ont déjà fait. Le marché des actions se maintient, avec des résultats honorables compte-tenu des progrès de productivité et de réduction des coûts. Le marché des obligations n’est pas fier, mais le rendement comparé des loyers immobiliers est obéré de plus en plus par la hausse des taxes, des mises à niveau pour performance énergétique ou sécurité (ascenseurs, détecteurs de fumée, bilan thermique…), du prix des syndics et des impayés dus à la crise.

Certes, la pierre protège de l’inflation, à condition d’entretenir le bien. Le long terme montre que la plus-value est en gros inflation+1%. Mais si l’inflation revient, elle ne s’envole pas, scrutée par tous les économistes, les marchés et les banques centrales. Et lorsque l’inflation est basse, le cycle de l’immobilier est plus sensible aux taux d’emprunt et à la sécurité du placement. Celle-ci va du bien placé facilement vendable à la fiscalité du patrimoine (donc l’ISF, les taxes foncières et d’habitation, les droits de mutation et de succession). Les taux remontent et la fiscalité aussi, ce qui réduit l’intérêt de l’actif immobilier sans toutefois l’abolir.

Alors, krach ou pas ?

Nous ne croyons pas au krach français dans l’immobilier. Les particuliers n’empruntent pas à taux variable comme dans les pays anglo-saxons, mais à taux fixe. Ils ne prennent donc pas un crédit revolving qui leur permet d’extraire du revenu supplémentaire de la hausse de leur bien immobilier, mais remboursent régulièrement à un taux maximum de 30% de leurs revenus annuels. Les banques françaises sont restées traditionnelles à cet égard, ce qui leur a évité les déboires spéculatifs des banques irlandaises, espagnoles et anglaises.

Le cycle ?

Il est en général de 6 à 10 ans, déterminé par l’endettement. La durée moyenne de détention du logement est en moyenne de 7 ans en France, ce qui explique le cycle. Il ne faut pas oublier que lorsque l’inflation est très basse, l’emprunt est plus difficile à rembourser puisqu’il ne s’allège pas au fil des années. En contrepartie, les taux d’emprunt sont bas aussi (bien que toujours supérieurs à l’inflation), ils permettent un endettement plus long, jusqu’à 25 ans. La durée du cycle actuel en est évidemment affectée.

Le dernier creux immobilier de 1997 a connu son top en 2007. La correction 2008-2009 a duré 18 mois, ce qui paraît peu puisque la précédente avait duré 5 ans. Mais la situation n’est pas la même :

  • Nous avons vu la faible inflation et l’allongement des emprunts
  • Les banques avaient fait de la spéculation immobilière en tant que promoteurs au début des années 1990 – pas à la fin des années 2000.
  • L’attrait du placement refuge après les années de bulle des actions était beaucoup plus fort que dix ans avant (krach 2000 des actions technologiques, krach des subprimes 2007).
  • La comparaison en euro des prix français par rapport aux pays voisins est nouvelle dans ce cycle (l’euro n’existe que depuis 2000), ce qui valorise notre territoire vaste et assez peu peuplé, ou le prix comparé du m² parisien par rapport à Londres, Berlin ou ailleurs.
  • La rareté du foncier dans Paris engendre une offre faible qui maintient des prix élevés pour les bons emplacements.
  • Par rapport au cycle précédent, l’effet transport (TGV et avion low cost) a favorisé l’achat de résidences secondaires ou de fermettes par les étrangers.
  • Il n’y a ni emballement généralisé et autoentretenu des ventes, des prix et du crédit, ni comportements spéculatifs allant jusqu’à revendre plus cher des promesses de vente comme en 1989 !

Mais il ne faut pas extrapoler la situation française d’après la situation parisienne. Nous devrions avoir un dégonflement des prix global, mais pas de krach brutal ni généralisé. L’immobilier bien placé et socialement désiré restera un bon placement, soit de prestige si l’on veut l’habiter, soit d’investissement si l’on veut le louer. Se méfier donc des prix soufflés dans des quartiers loin des centres, mal isolés et soumis aux transports aléatoires. Mais se souvenir que ce qui est rare est cher.

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