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Canal de Panama

Le pilote du Canal de Panama a apporté avec lui des souvenirs de Panama, des vrais, il n’y en aura pas pour tout le monde ! Ce sont des souvenirs « authentiques » de Panama, précipitez-vous sur le pont 10 de 7h30 à 14h. La station de contrôle du Canal avisera le Celebrity Infinity par radio de l’heure à laquelle nous entrerons dans le canal, en fonction du nombre de navires en instance. Le pilote est arrivé depuis 5h45. Et voilà le programme des réjouissances. Pour l’écluse Miraflores 7h45-9h05 ; pour l’écluse Pedro Miguel 9h35-10h25 ; navigation en Gamboa 11h25 ; écluse Gatun 13h50-16h05. Temps variables, distance jusqu’à Colon, 80 miles nautiques. La traversée totale du canal prend 9 heures.

CANAL DE PANAMA

Un peu d’histoire sur ce canal. Son concept date du début du 16ème siècle quand le roi Charles d’Espagne avait commandé une étude pour trouver un chemin maritime plus rapide avec le Pérou et l’Équateur. Les Européens étaient fort intéressés à découvrir des routes commerciales plus courtes et plus rapides. Le chemin de fer du Panama a été ouvert dans les années 1850. En 1880, le creusement du canal commença sous l’impulsion du Français Ferdinand de Lesseps grâce à une levée de fonds géante à la Bourse de Paris. Les maladies, paludisme, fièvre jaune ont eu raison des premiers travaux. On estime à 27 500 le nombre d’ouvriers qui périrent pendant cette construction. Le travail fut terminé, après l’échec de cette tentative, par les États-Unis sous la direction de G.W. Goethals et le canal ouvrit en 1914. Les Américains pensaient à un canal au Nicaragua, projet actuellement mis en œuvre par les… Chinois ! En 1903, Panama indépendant accorda aux USA un contrôle controversé de 99 ans pour construire et administrer le canal. En 1977, un accord rendit le canal au Panama à la fin de 1999.

panama canal ecluses

Les écluses sont spectaculaires, larges de 33,53m et comportent une longueur utilisable de 304,8m. La profondeur varie mais est de 12,55m minimum dans la partie sud des écluses Pedro Miguel. Les écluses vont par paires. Chaque chambre est remplie avec 101 000 m3 d’eau qui entre par un réseau de conduites sous chaque chambre. Les navires sont tractés par les « mulas » petites locomotives sur rails circulant sur les murs des écluses. Les bateaux ayant la plus grande taille admise dans le canal sont désignés par l’appellation « Panamax » mais un nombre croissant de navires dépassent cette taille et sont appelés « post-Panamax ». L’avenir passe par des travaux d’élargissement lancés en 2007. Ce seront deux nouveaux jeux d’écluses : une à l’est des écluses de Gatún en place, l’autre au sud-ouest des écluses de Miraflorès, chacune desservie par un canal d’approche.

panama canal les mules

Actuellement, si l’on vient du Pacifique, à partir des bouées qui marquent l’entrée du golfe de Panama, les navires parcourent 13,2 km jusqu’aux écluses de Miraflores en passant sous le pont des Amériques. Le système des écluses de Miraflores fait 1,7 km de long avec un dénivelé de 16,5m à mi-marée. Ensuite le navire entre dans le lac artificiel de Miraflores qui fait 1,7km et se trouve à 16,5m au-dessus du niveau de la mer. L’écluse de Pedro Miguel est la dernière partie de la montée sur 1,4 km avec un dénivelé de 9,5m. La coupe Gaillard fait 12,6km de long à une altitude de 26m et passe sous le pont du Centenaire. Le Rio Chagres, cours d’eau naturel est amélioré par un barrage sur le lac Gatún, il parcourt 8,5km vers l’ouest pour se jeter dans le lac Gatún. Le lac Gatún est un lac artificiel formé par le barrage Gatún, emprunté par les navires sur 24,2km. Les écluses de Gatun comportent 3 étapes sur 1,9km de longueur et ramènent les navires au niveau de la mer. Un canal de 3,2km mène côté Atlantique. Le Bahia Limon (la baie citron) est un immense port naturel qui procure un mouillage pour les navires en attente de transit et fait 8,7km jusqu’à la digue extérieure. Le transit total est de 76,9km.

panama canal pousseurs

Je ne possède pas de données récentes pour vous parler argent. Sachez cependant que les plus petits navires en fonction de leur longueur paient des taxes qui, en 2006, allaient de 500 $ (longueur inférieure à 15m) à 1500 $ (supérieure à 30m). Pour les porte-conteneurs, les droits dépendent du nombre d’EVP. Par exemple, au 1er mai 2007, 54 $ par conteneur, en sachant qu’un porte-conteneur Panamax peut en transporter jusqu’à 4 000. La taxe la plus élevée aurait été payée le 30 mai 2006 par le porte-conteneur Maersk Dellys pour 249 165 $ ; la moins élevée par l’aventurier américain Richard Halliburton parcourant le canal à la nage en 1928 pour 36 cents. La moyenne est de 54 000 $.

panama canal pont du centenaire

Un nouveau projet d’envergure est entamé. On apercevait du bateau les engins de chantier, les grues au travail. Deux nouveaux jeux d’écluses : une à l’est des écluses de Gatun en place, l’autre au sud-ouest des écluses de Miraflores, chacune desservie par un canal d’approche. Les nouvelles écluses comporteront des portes coulissantes, doublées par sécurité, et seront longues de 427m, larges de 55m et profondes de 18m, permettant le transit de navires larges de 49m, d’une longueur de 386m et d’un tirant d’eau de 15m, ce qui correspond à un porte-conteneurs de 12 000 EVP.

panama canal travaux agrandissement

Les Chinois sont au Nicaragua pour construire un canal encore plus gigantesque afin d’y faire passer des bateaux « Valemax » de 18 000 EVP et jusqu’à 400 000 tonnes. Le Nicaragua a lancé les travaux de son canal controversé avec l’ambition de concurrencer celui de Panama. Le pays persiste dans son choix, malgré les doutes sur ce projet mené par un groupe chinois et critiqué par la population pour son impact écologique. Ce chantier pharaonique, est estimé à 50 milliards de dollars (cinq fois le PIB du pays) est le projet le plus ambitieux d’Amérique latine. Longueur du canal : 278 km (trois fois plus que celui de Panama), profondeur : 30 m, largeur : entre 200 et 500 m, nombre d’écluses : 12, durée de la construction : 5 ans, nombre de travailleurs : 50 000. Les risques environnementaux : proximité du volcan Conception, le lac Cocibolca (8 264 km2) est la principale réserve d’eau douce d’Amérique centrale. Il y aurait une possible salinisation et détérioration de la qualité de l’eau, 80 000 personnes boivent l’eau du lac et c’est aussi l’habitat naturel de 40 espèces de poissons…

Hiata de Tahiti

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Montagne Saint-Michel

Quiconque pense Bretagne imagine aussitôt la mer. Il existe aussi une Bretagne de l’intérieur, plus sauvage et plus pauvre, que l’on se contente trop souvent d’ignorer dans la pudeur du politiquement correct. Les monts d’Arrée, entre Brest et Morlaix, sonnent comme « arriérés ». Ce plissement hercynien apparaît mufle de bête préhistorique, ouvrant bientôt la gueule à l’Océan de sa langue trifide, vers Crozon. La terre arable peine à s’accrocher au socle primaire. C’est le domaine du vent et de la lande, des marais et du brouillard, à plus de 300 m du niveau des mers. Voici le paysage « celtique » par excellence, chanté par les ballades. Le paysage aussi des temps plus anciens où l’on érigeait des menhirs alignés pour lire dans les étoiles et où l’on s’endormait, pour le sommeil éternel, sous de massifs dolmens de granit.

L’Ankou errait sur le Yeun Elez, ce marais près de Brénnilis ; il effleurait les bruyères en éteignant leurs fleurs ; il faisait plier les ajoncs de son souffle glacé. Avec le vent qui vient des flots, s’élevant sur le massif au crépuscule lorsque s’inversent les thermiques, la nature semble frissonner au passage d’un esprit qui soupire et se plaint. Les croyances des siècles obscurs – avant la télé de Paris, Concorde et Internet – faisaient du Yeun Elez le Youdig : les portes de l’Enfer.

De retour de Crozon, gavés de grand large et de rocs luttant avec les vagues, nous sommes passés par la dépression du Yeun Elez. Elle a été civilisée en 1930 par le réservoir de Saint-Michel dont les eaux plombées reflètent un ciel aux nuances incertaines. Au-dessus, en promontoire, s’élève la montagne Saint-Michel. Il fallait bien se concilier l’archange-chef des milices célestes pour contenir les hordes démoniaques qui pouvaient surgir de ces portes d’Enfer. La montagne est bien fière, du haut de ses 380 m ; le clocheton de chapelle élève le lieu à 391 m, le point le plus élevé des montagnes bretonnes. L’archange à son sommet peut observer 60 km à la ronde par temps clair. A l’est du lac artificiel, qui a servi longtemps à rafraîchir la centrale nucléaire gaulliste des monts d’Arrée, désaffectée sous Mitterrand après 20 ans de loyaux services, les alignements de Brénnilis ont été démonisés en noceurs de Pierre, empêchant le bon curé d’aller porter le viatique aux mourants. Leur biniou éteint, le Dieu tonnant les a – dit-on – pétrifiés, reléguant symboliquement les anciennes coutumes d’un âge de pierre polie au rebut de l’Histoire.

Sur la montagne, des millénaires après les premiers dolmens, les Celtes ont adoré Bélénos, dieu solaire qui ne pouvait que vaincre les brumes du marais en contrebas. Saint Michel n’est que son avatar chrétien, muni d’une épée flamboyante qui ferraille contre les dragons tourbeux. C’est pourquoi peut-être tant de terres celtes ont leur culte à saint Michel, des Chtis de la baie de Somme aux Normands du mont Saint-Michel, jusqu’aux Bretons de la montagne du même nom. Sur le mamelon primaire qui domine, une chapelle fut dédiée à l’archange au 17ème siècle avant de s’écrouler au siècle suivant : on était bien pauvre dans la contrée. Le siècle du raidissement catholique, ce 19ème anti-Lumières et anti-démocratique, a restauré la chapelle et l’a entourée d’un mur de pierres pour la protéger des vents mauvais – et protéger la foi de la critique rationnelle. Il a fallu des païens radicaux, les nazis, pour démolir le mur et en faire un socle à radar, afin de prévoir l’au-delà (géographique). La chapelle en perdit son autel, aujourd’hui réduit à une fleur sèche dans un vase de plastique. La statue de saint Michel devint réfugiée à l’église de Brasparts, une « grande paroisse » (comme signifie bras parrez), à 5 km au sud.

Après la chaleur solaire du sable à l’anse de Dinan, sur la presqu’île de Crozon ; après l’éclat du ciel vaste, au-dessus de l’océan, faisant chanter les fleurs d’ajoncs comme autant de petites flammes ; après les rires et les cris des enfants, enivrés de vent et de soleil, la peau libre et les cheveux flottant ; après ce grand bol d’air et de lumière, de vie et de joie, la montagne Saint-Michel était comme un signal. Le soleil descendait au loin sur Ouessant ; un vent insistant s’était levé qui faisait onduler l’herbage, grimpait à l’assaut du mamelon et culminait à la porte de la chapelle, sa pierre chaude encore du jour. Vers l’est, l’obscurité montait, le lac était comme un miroir d’étain, impassible et trompeur. Une vague brume commençait à flotter sur la lande. Nous avions vu le point culminant de Bretagne, il était temps de rentrer.

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