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Brégançon

Nous partons de la Veserie, arrêt du bus, sur une piste menant vers le sentier du littoral. La piste prend juste derrière un étal de fruits et légumes produits régionalement, la Petite Provence bien achalandée. Elle traverse le domaine viticole (depuis 1997) du lord Bamford, baron à vie depuis 2013, collectionneur de Ferrari et conservateur anglais libertarien eurosceptique au sein de l’Atlas Network, en résumé la loi du plus fort, convertie en égoïsme individuel.

Nous passons entre les vignes, descendons parmi les arbousiers qui semblent des arbres à fraises Tagada avec leurs boules rouges à cabochons, puis les chênes liège à l’entrée du domaine de Château Léoube, « vins et huile d’olive » – évidemment « bio », c’est la mode. 560 hectares dont 70 hectares de vignes et 25 hectares d’oliveraie. Le vin est vendu de 11 à 75 € la bouteille comme s’il était un grand Bordeaux. Il reste des traces d’incendie de pins mais les chênes verts ont résisté, de même que les pistachiers.

C’est la période de récolte des olives, sur de grands filets tendus au sol sous les arbres alignés en rangées rectilignes, filtrant la lumière. La carte du Café Léoube offre une focaccia à 7 €, des entrées à 12 et 17 € et des plats de 10 à 35 €. Les tables sont faites d’une planche dressée sur deux bottes de paille pour faire cottage : une mangeoire pour étonner les ultra-riches.

Arrivés sur la plage, nous la longeons longuement par un chemin « technique » ce qui signifie qu’il monte et descend avec des cailloux et des racines en travers, le tout assez casse-gueule. Nous allons jusqu’à la plage de l’Esquirol. Nous pique-niquons alors sous les pins, arrosant les mets au rouge de Brégançon, qui n’est pas fameux, puis avec un vin plaisir vegan biodynamique – qui contient quand même des sulfites ! Comme les autres, je prends mon bain de Méditerranée.

Deux petits Allemands piaillent dans l’eau et se jettent l’un l’autre dans les vagues. Leur sœur blonde aux cheveux torsadés sur l’épaule semble une petite sirène échouée. A leur sortie de l’eau, papa les prend en photo au téléphone mobile. Quant à maman, elle attend que les enfants jouent sur le sable pour prendre en vidéo leurs corps que la lumière méditerranéenne fait chatoyer. Ce sera une lumière pour l’hiver continental allemand, une provision de santé, un « souvenir de jeunesse » pour plus tard dans son grand âge, un moment d’insouciance dans ce monde futur qui s’annonce menaçant. Deux paddles montés par un couple accostent depuis la crique d’à côté. Une vieille, aux seins nus flapis qui pendent comme des outres vides, longe la plage en ramassant tous les déchets rapportés par la mer. L’eau est bleue à en mourir.

Un peu plus loin, le fort de Brégançon. Le ciel et la mer sont bleu France, de vagues nuages flottent. Nous n’approchons pas le fort présidentiel, situé sur un promontoire et relié par une passerelle au rivage du cap Bénat. Il a été bâti au XVIe siècle, vaguement restauré par Bonaparte général. Il sert depuis 1968 de résidence estivale au président de la République. Nous voyons le mieux le fort depuis la pointe de la Vignasse. C’est face à ce fort que le commandant Cousteau et ses amis Taillez et Dumas ont mis au point le matériel de chasse sous-marine qui allait permettre l’exploration des merveilles de la mer dans ce Monde du silence qui m’avait tant enchanté au début de mon adolescence.

Nous avons encore une heure de danse sur les rochers, de marches inégales sur cette « plus belle côte du Var », avant l’ultime plage face à Brégançon avec son eau potable et sa toilette. Et deux taxis pour rentrer à l’hôtel car nous sommes fatigués. Juste sortis d’école, de jeunes garçons accompagnés d’une maman pour tous arrivent depuis le village en slip sur la plage. Ils prennent leur bain de fin d’après-midi avant de rentrer dîner.

Nous allons dîner au restaurant habituel. Nous avons cette fois tomates et mozzarella en salade, steak de thon à la ratatouille et un fraisier glace vanille. Sur l’espace réservé aux boulistes, face au bord de mer, des primes adolescents allemands s’essayent aux boules. Ils y sont bien maladroits mais jolis à voir, longs cheveux blonds et col découvert, tout excités par la nuit et l’effort.

Le lendemain, chacun part de son côté, qui en voiture, qui en bus très tôt, ou en bus un peu après.

FIN

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Le Lavandou et Bormes-les-Mimosas

Le Lavandou apparaît trop construit, trop neuf, trop touristique, assez laid. La promenade de la plage, boulevard de Lattre de Tassigny, est bourrée de restaurants et de bars comme si c’était la seule activité de l’endroit (ce doit d’ailleurs être le cas).

Nous avons ce matin, juste au sortir de l’hôtel, 450 m de montée dont environ 300 m en escaliers successifs. Cela pour atteindre une piste à chien appelé « sentier de Saint-François » où nous croisons quatre chiens–vaches puis un doberman tenu à deux doigts au collier par un vieux beauf méfiant à SUV Nissan noir, du genre à garder le fusil sous le siège et à voter FN depuis Jean-Marie. Les nuages se transforment en bruine puis en pluie. Nous avions eu de la chance avec le temps jusqu’ici, nous sommes cette fois rattrapés par l’humidité. Nous sortons les vestes et les sur sacs, pas encore les capes, ce ne sera pas la peine.

Après le chemin des crêtes jusqu’au col de Landou s’ouvre un sentier dans la forêt de Dom dans le massif des Maures avant une descente parmi les chênes verts, les lentisques et les châtaigniers vers Bormes-les-Mimosas et la mer. C’est une ville fleurie, lauréate au concours Europe 2003 selon un panneau à l’entrée de la ville.

Des bougainvillées poussent dans les jardins de l’église Saint François de Paule, saint qui aurait délivré la ville de la peste en 1481. Né en 1416 à Paule en Calabre, il est mort à Paris en 1508. La chapelle date du XVIe siècle. Nous la visitons avant de monter à un jardin public en plein soleil pour pique-niquer. Une fontaine rafraîchit l’atmosphère et un robinet le long du parapet délivre de l’eau potable. Le guide tartine de la pâte tartuffo sur du pain et nous la sert en apéro avec un côtes-du-Rhône. Suit une caillette parfumée, un taboulé à la feta et au pamplemousse tomates. Le chèvre de la Drôme est mangé avec le rouge du coin, moins bon à mon goût. Il est évidemment plus cher, snobisme oblige, tant la Côte d’Azur fait rêver et danser les portefeuilles. Le jardin a pour nom l’Icuolu d’amour ; c’est assez alléchant.

Nous descendons ensuite prendre un café ou une bière au bar de l’hôtel Bellevue. La pluie s’est arrêtée peu avant Bormes. Nous déambulons en petits groupes dans les ruelles, dans la rue du Rompt Cul par exemple, « 150 m et 83 marches » dit le panneau touristique, où les pavés tordus expliquent le sobriquet. Une boutique à touristes se nomme joliment « la Maison du bonheur ». Les façades sont très fleuries, des arbres fruitiers poussent dans les jardins tels le kaki, le citronnier, des orangers en tunnel. Eucalyptus, cyprès, lauriers roses, anthémis et mimosa servent d’ornement. La rue Bonaparte est plus riquiqui que son équivalent à Paris. Rue des chats, pas un chat. Un peu plus loin, un couple allemand avec deux petits enfants. Le garçon, à la main gauche de son père, peut avoir cinq ans peut-être, il rythme les marches descendues d’un « links ! Links ! » déjà discipliné, voire militaire. Sa sœur, à la main droite, un peu plus âgée, ne dit rien et suit le mouvement, déjà dans les normes de la femme tradi. Sur un trottoir, une mini terrasse en bois avec une mini dînette prête pour faire salon, tout en rose. Petit buffet, petite table et petites chaises, à croire que la fillette propriétaire attend le plus petit des trois ours de Boucle d’or.

Nous retournons à pied au Lavandou par le GR 90 sans aucun intérêt sur cette portion. Il traverse les constructions en chantier dans un vrai dépotoir. C’est successivement un ruisseau d’écoulement, un égout, une décharge de déchets. Une dizaine de petits serpents brillants et sombres se tortillent entre les pierres casse-gueule. Nous passons par les rues paisibles puis sur l’avenue où se trouve la gare routière, là où sont affichés les horaires pour le samedi matin, c’est-à-dire demain. Nous devons penser au retour. Cette gare est à 10 minutes de l’hôtel mais il faut imaginer que nous aurons les gros sacs avec nous.

Le dernier dîner était à 19h45 au même restaurant qu’hier et nous avons eu droit à une friture accompagnée de salade, trois gambas surnageant au-dessus de son dôme de riz et une île flottante dont je laisse ma part. Le petit vin blanc du pays dans un bar peu plus loin, l’Iris de Bormes, est nettement meilleur que celui du restaurant.

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Port-Cros

Nous quittons l’hôtel pour Port Saint-Pierre ou le Méditerranée XII nous mènera à Port-Cros, soit le port creux en raison de sa forme.

Après un café très serré pris dans le seul bistrot ouvert du très petit port à la rade très sale, nous montons vers le Mont Vinaigre, 194 m au-dessus du niveau de la mer. L’île est petite, 4 km sur 2,5, et classée parc national ; elle est plus accidentée et escarpée que les îles voisines.

Le chemin est dans la pinède et la chênaie. La descente est longue mais peu pentue, heureusement pour mes genoux que je ressens constamment en douleur sourde. Le fort de la Vigie à 200 m d’altitude est édifié sur ordre de Napoléon en 1812 ; il défend cette position stratégique de l’île face à Toulon. L’endroit deviendra le lieu à la mode pour les écrivains de la NRF jusqu’à la Seconde guerre mondiale, autour de Jean Paulhan.

Nous pique-niquons à la plage de Port–Man, assez fréquentée par le troisième âge. Un gros poisson vient jusqu’au bord manger le pain des goélands, probablement un bar. On me dit qu’il ne faut pas jeter de pain aux oiseaux. Vérification faite, c’est en effet ce que l’on lit sur les sites Internet d’ornithologie, de même qu’éviter les pépins de pomme et de poire qui contiennent du cyanure. Il y a également le chocolat, les champignons, l’ail et l’oignon.

Nous passons la pointe de la Galère, la plage de la Palud, le rocher du Rascas, le cimetière clôturé devant lequel est placé un « piège à sanglier ». Peut-être pour ne pas qu’ils labourent les tombes et croquent les fleurs ? Après les sangliers, le port, ce qui paraît assez logique dans l’évolution cochonne. Entre la plage de la Palud et le rocher du Rascas a été construit « un sentier sous-marin » qui permet de visiter en apnée, avec masque et tuba, le milieu subaquatique. Des bouées numérotées donnent des points d’observation.

Nous sommes à pied revenus à notre point de départ et nous reprenons le même bateau pour retourner sur le continent, au Lavandou. Nous devons l’attendre jusqu’à 17h30. Une plaque apposée sur le port rappelle que le 15 août 1944 à 1h00 du matin le US-Canadian First Special Service Force a débarqué en canot pneumatique sur l’île pour détruire les avant-postes allemands. Pendant cette bataille et jusqu’à la frontière italienne, il y eut 73 morts dans les rangs de cette Force. Des couples d’Allemands en famille sont à bord, dont un papa avec une petite fille blonde qui va se nicher dans son giron et un Franck de 14 ans à lunettes qui s’est vernis les ongles en rouge. C’est le nouveau style « sans genre » du woke yankee. T-shirt blanc rayé verticalement noir jaune et rouge, il est l’ado un peu déboussolé, à la mode cosmopolite. Le père est avachi, bideux, une barbe de cinq jours, des poches sous les yeux, un pantacourt poussiéreux. On dirait un clochard ou un chauffeur de tanks qui ne s’est pas couché depuis deux mois.

Le cocasse est que le bateau livre des marchandises à l’île du Levant, ce qui permet à tout le monde d’apercevoir un mec déambuler à poil, à l’aise. Une grande enseigne UCPA (poil ?) fait de la voile ; je n’ai pas aperçu la vapeur.

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Presqu’île de Giens

Le lendemain au matin, nous prenons à nouveau le bus de la même ligne pour Giens. Il nous débarque au pied du château très en ruines qui permet une vue étendue sur Toulon, Carqueiranne et la baie. Le poète Saint-John Perse, que j’aime bien, y a séjourné et repose au cimetière. Le château a été détruit par ces foutus Anglais pendant le siège de Toulon en 1793. Le dernier Pontevès-Gien meurt en 1848 sans descendance ; il a vendu son marquisat pour tenter de payer ses dettes. La famille avait pour sobriquet « prudence »… que ne l’a-t-il suivi !

L’atmosphère n’est pas encore dure, une légère brume subsiste sur les lointains, qui adoucit le bleu. Nous suivons ensuite le chemin côtier qui passe sur les rochers au-dessus de criques à l’eau azuréenne et aux contours découpés. Flotte dans l’air des senteurs de pin maritime.

Nous pique-niquons sur la plage. Un rocher torturé en forme de grand chef indien trône face à la baie. L’eau est très bleue, méditerranéenne. Un panneau explicatif du sanctuaire Pelagos indique que nous pourrions voir le dauphin bleu et blanc, le grand dauphin (comme à Versailles), le ziphin (race que je ne connaissais pas), le dauphin de Risso, le cachalot, le globicéphale noir et le rorqual commun.

Un jeune couple est venu manger un sandwich après le travail et le garçon répond au téléphone à l’un de leurs amis, tout fier lui dire où ils sont. Ils repartent travailler dès le pain avalé. Un autre couple arrive à pied par le sentier et s’installe pour pique-niquer aussi. Lui se met torse nu, il est bien découplé et veut bronzer, peut-être est-il militaire. Elle, est sensuelle et lui caresse la poitrine, l’embrasse ; il l’étreint. L’eau est transparente comme les criques bretonnes ou corses. Une frégate et son hélicoptère en manœuvre rallient Toulon, port de guerre. Après le pique-nique, nous ne verrons pas moins de six hélicoptères en vol. Nous déjeunons de salade verte aux tomates, noix de cajou et raisins ainsi que d’un morceau de tomme de chèvre.

L’après-midi, ce ne sont que montées et descentes, la dernière particulièrement rude sur un sentier étroit très caillouteux avec des marches de plus de 20 cm de haut. Nous suivons la piste jusqu’à une place où serait l’une des maisons de Gérard Jugnot, « celle toute en rouge » selon un couple rencontré dans la montée. La redescente sur le village n’est pas la fin. Il faut encore longer le petit port, passer derrière la piscine, monter et descendre plusieurs escaliers avant une longue montée puis un ultime escalier « de 80 marches » me dit la petite M. de 80 ans aux mollets musclés – surtout quand elle vous dépasse lors d’une de ses accélérations affairées dont elle a le secret.

Après l’escalier interminable pour revenir à l’arrêt du bus de la ligne 67, nous faisons une razzia au supermarché Spar afin d’acheter de l’eau fraîche que nous descendons illico. Le bus est un Heuliez hybride tout neuf. Cinq ados montent, dont trois arabes. Le leader blond sud est le plus fringant, 16 ans, maillot moulant une taille svelte et grosse chaîne d’or au cou.

Nous avons marché dans les 14 km ce jour mais ce n’est pas le nombre de kilomètres qui comptent, plutôt la dénivelée. Les bagages sont à faire pour demain huit heures car nous quittons l’hôtel.

Au dîner, terrine provençale au figatelli (un peu écœurante), de nouveau des encornets mais à la puttanesca (la putain en italien – sauce piquante comme la fille avec ail et piment, amis sentant l’anchois et les câpres du sexe tarifé). Une faisselle en dessert.

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Porquerolles

Nous prenons deux taxis à l’hôtel juste après le petit déjeuner pour la Tour fondue, où nous attend le bateau pour l’île de Porquerolles. La route passe sur l’un des tombolots, flèche littorale longue de 4 km qui a sa jumelle en face. Nous montons sur le Méditerranée IX en portant tous le masque, bien qu’en extérieur. Une classe de collégiens de cinquième du coin débarque et se répand sur les sièges autour de nous. Un certain Hugo, portant chapeau texan qui ne lui laisse que les yeux comme un cow-boy, est très volubile. Il explique à sa prof qu’il mesurait 48 cm les bras étendus lorsqu’il est né. A 12 ans, il reste plutôt petit, même s’il est râblé. La sortie du jour sera studieuse et il claironne qu’il est « dans le groupe C » avec Ambre et quatre autres filles. Ambre est la leader du groupe, relevant ses manches de T-shirt jusqu’aux épaules comme un garçon.

En partant du port de la grande cale, nous allons faire 14 km à pied dans la journée, environ un tiers du tour de l’île qui fait 7 km de long sur 3 de large, jusqu’au Fort Saint Agathe, toujours terrain militaire. C’est une suite de marches assez rapides au rythme du guide, même si les pentes ne sont pas très dures. La température a baissé et il fait bon sans faire chaud. Tout le pays d’ailleurs est dur. La lumière crue, les reliefs âpres, les gens directs et égoïstes. La Côte d’Azur est le paradis des nouveaux riches, des petits-bourgeois rapatriés d’Afrique du nord et du Milieu ; c’est là qu’est né Charles Maurras, nationaliste antisémite, sourd à tout ce que lui disaient les autres.  Les libertariens et l’extrémisme souverainiste attirent la majorité des électeurs.

Des gens se baignent dès le matin, devant d’autres voguent en canoës. Nous passons parmi les vignes, belles en automne avec leurs feuilles d’or. Sur la mer, nous pouvons observer, selon un panneau placé exprès en haut de la falaise vers le sud, les goélands leucophée, les sternes caugek, le cormoran huppé et le grand cormoran, les puffins de Scopoli et yelkouan, le tadorne de Belon, le faucon pèlerin et le fou de Bassan.

À la crique du Brégançonnet, nous pique-niquons italien de mozzarella, tomate confite et basilic sur un quart de tranche de pain, puis d’une salade de roquette, tomates et olives vertes en saumure. Enfin, melon, mandarine et prune avec du fromage corse. Un petit carré de chocolat à la mandarine pour terminer.

Les sentiers sont dans la pinède, les eucalyptus et les chênes verts, à couvert. En 1911, l’île a été achetée par un ingénieur belge, François-Joseph Fournier, qui a fait fortune au Mexique. Il a tenté de recréer le cadre d’une hacienda sud-américaine en important des espèces végétales exotiques. Les vignes qu’il a plantées continuent de produire un vin rosé qui a été le premier AOC côtes de Provence. Nous croisons parfois des pistes pour vélo et l’électrique fait fureur. Sa location coûte 42 € la journée contre 18 € pour le vélo « musculaire » – il paraît que c’est ainsi que l’on dit désormais. Le sport bobo c’est bien… à condition de ne pas se fatiguer !

À la plage d’Argent, un bateau nommé Le Marlin enlève les bouées jaunes qui délimitaient la plage pour les estivants dans une odeur de vase. L’eau et le ciel sont couleur caraïbe. No kids but Germans – déjà en vacances. Le groupe prend un bain de pieds, pas le temps de se baigner vraiment à cause de l’horaire du bateau. Le 17h30 est supprimé hors saison et nous devons prendre le 16h30. Un petit Allemand se place devant nous qui longeons la plage pour nous détourner de marcher sur ce qu’il vient d’inscrire sur le sable mouillé – je n’ai pas compris quoi, c’est en barbare. Nous retrouvons les collégiens du matin sur le bateau du retour, avec un petit très blond au col échancré, mignon comme un modèle ; il est couvé par son accompagnateur.

Le menu du dîner, pris à l’intérieur à cause du frais qui descend une fois le soleil couché, est du tartare de saumon, du filet de lieu aux pommes de terre, haricots verts et tomate, de la faisselle en dessert.

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Villa Noailles à Hyères

Puis nous nous dirigeons vers la villa Noailles d’une certaine Marie-Laure. Née juive Bischoffsheim en 1902, elle a épousé le vicomte de Noailles en 1923 bien qu’elle fut amoureuse de Jean Cocteau (qui malheureusement préférait les garçons). Cette mécène mondaine qui a écrit et peint est décédée à Paris en 1970 – non sans s’être fait conduire en Rolls-Royce au Quartier latin en mai 1968. Marie-Laure de Noailles n’a rien à voir avec Anna de Noailles, née roumaine Brancovan en 1876.

La villa moderne tout en suite de cubes blancs hélio centrés a été construite par Robert Mallet-Stevens en 1923 en contrebas du château. Elle est difficile à visiter de l’intérieur puisque a lieu au même moment une sauterie de mode et de chiffons avec minets et minettes bariolés, coiffés bizarre, hurlements et boum-boum lorsqu’une collection plaît. De loin, le bruit qui s’élevait évoquait un match de foot. Une piscine couverte a été ajoutée en 1927 à la villa, ce qui était une première. La commune la rachète 1973 pour en faire un « lieu culturel » ; il est ce soir envahi par le divertissement futile de la mondialisation. Un grand jardin aménagé cascade en terrasses successives vers la plaine. Ce jardin de Noailles est appelé aussi parc Saint-Bernard. Du haut, nous avons une vue étendue sur la ville jusqu’à la mer, l’aéroport, les îles. Sur la gauche, le massif des Maures.

Nous sommes sur la pointe la plus avancée de la Provence vers le sud. D’un côté Toulon avec sa rade et la presqu’île de Saint-Mandrier, et tout près Hyères et sa presqu’île de Giens avec son archipel, Porquerolles, Port-Cros, le Levant. Géographiquement, c’est un endroit stratégique. La colline du Castello domine la ville moderne et la rade. Ce n’est pas un hasard si la ville a été un comptoir grec fondé par Marseille, Olbia, sur lequel se sont élevés une bourgade romaine et au Moyen Âge un monastère féminin. Sur la colline, les seigneurs de Fos ont construit un château pour surveiller la mer et les pirates. Le port d’Hyères, appelée à l’époque l’Ayguade, était une base pour les croisades, mais  il s’est par la suite ensablé. Saint-Louis y a débarqué en 1254 au retour de la septième croisade. Louis XIII a ordonné en 1620 le démantèlement du château au profit de Toulon.

Nous redescendons par les ruelles colorées aux chats furtifs jusqu’à l’enceinte urbaine aux neuf tours et cinq portes. Nous passons la porte Barruc, très massive avec herse, porte, meurtrières et même un assommoir ! Un vrai chat minet noir et blanc est justement à sa fenêtre et nous regarde placidement ; plusieurs matous sont déclarés perdus sur des affiches collées ici ou là. La rue Paradis fait référence aux jardins qu’elle côtoyait, tel est le sens du mot grec « paradis ». La maison romane, dans la Traversée Paradis, rappelle les constructions antiques.

Place Massignon, évêque de Clermont, une tour massive des templiers s’élève, Saint Blaise, du XIIe siècle. En face, un glacier bio qui attire les touristes, les filles du groupe notamment. Passent en vélo, le verbe haut et le col défait, des gamins et adolescents arabes. Ils sont vifs, l’œil noir, les cheveux de mouton frisé. Un adolescent sarrasin de 14 ans regarde d’une bourgeoise blonde de souche qui lit un livre, assise sur le pas de sa boutique de décoration. Peut-être est-ce son fantasme du chic féminin

Nous prenons le bus vers la station appelée Thalasso où nous attend notre hôtel Ibis trois étoiles.

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Saint Transi

Il est dit dans le Dictionnaire qu’existe dans les Alpes de Haute-Provence un saint transi « célèbre dans toute la Provence ». Les mères à enfants chétifs les déposaient sur l’autel durant la célébration de la messe. Une fois la guérison obtenue (rpobablement par le saisissement du gamin en certaines circonstances), elles le mettaient nu et suspendaient un vêtement en ex-voto sur le mur.

A Notre-Dame de Ganagobie, célèbre pour son monastère aux mosaïques, l’église romane abrite une tribune de saint Transi.

Ce saint, qui n’a jamais existé dans le canon officiel, serait un avatar de saint Honorat, appelé aussi saint Transit par son voyage et sa conversion. Honorat, évêque d’Arles mort en 429, était un Gaulois païen. Beau jeune homme converti à l’austérité avec son frère, il se fit chrétien et partit pour la Terre sainte mais son frère meurt en route. Honorat est allé méditer sur l’île de Lérins infestée de serpents – donnée par l’évêque de Fréjus. Ils fuirent tous devant sa sainteté… Arles l’a réclamé comme évêque, symbole de la charité chrétienne sous forme humaine. Il est le plus connu des saints Honorat.

Le transi est celui qui passe – qui meurt. Être transi de froid signifie que la fin est proche. Le Moyen-Âge de la guerre de Centa ans en a fait des sculptures réalistes de morts nus ou en putréfaction, cadavre de chair opposé à l’âme immortelle. Horreur de la mort, la superstition populaire en a fait un saint propre à conjurer le sort mauvais, à invoquer dans les cas mortels.

A noter que saint Transi n’est pas le saint des trans. Mêmes chétifs et bizarres, leur « passage » n’est pas pour la mort mais pour l’image d’eux-mêmes. Rien de saint dans ce narcissisme d’époque post-moderne.

Jacques Merceron, Dictionnaire des saints imaginaires et facétieux, Seuil, 2002, 1293 pages, €35,50

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Cartes postales

Depuis que l’Etat-papa autorise ses enfants à sortir de la maison et, pour les plus grands, à aller vaguer au-delà de 100 km autour du domicile, un air de vacances a saisi les Français. Ce n’est pas encore l’étranger, mais presque : les frontières européennes sont plus ou moins ouvertes (avec quatorzaine pour entrer dans certains pays), pas encore le grand large.

C’est le moment de se replonger dans le passé pour voir comment les voyages ont été vécus. Pour cela, la collection familiale de cartes postales est un trésor inépuisable. Certaines datent de la fin du XIXe siècle déjà ! Mais oui, on écrivait en ce temps-là et la Poste fonctionnait.

C’était la grande époque du chemin de fer, pas très brillant ni confortable, pas vraiment rapide malgré les noms qui le laissaient espérer : « express », « rapide », « direct » … En réalité, ils s’arrêtaient moins mais n’allaient pas plus vite. En 1939, un oncle de mon père notait même qu’il pleuvait dans les wagons et que l’averse avait fait ralentir le train Paris-Lille à 30 km/h ! La culture de l’excuse SNCF ne date pas d’aujourd’hui. Je reste toujours étonné que le Canada, la Suède ou la Russie fassent rouler des trains par -30° centigrades alors que notre franchouille ferroviaire connait immédiatement des « retards » et des « encombrements » par -5°. « On ne l’avait pas prévu ! » Ah bon ? Pareil pour la chaleur, les trains roulent en Espagne par +45° mais pas en France où le fer a le rail qui s’dilate, la caténaire en galère et le chauffeur en touffeur. Je m’en foutisme ou fonctionnariat syndical adepte du perpétuel petit travail tranquille ?

Les vues envoyées, en sépia ou en noir et blanc sur cartoline assez forte, montraient presque exclusivement la France (quelquefois le nord de l’Italie), et principalement des villes de garnison (pour les jeunes envoyés au « service »), des villes d’eau (pour les bourgeoises adeptes de la « cure »), ou les provinces traditionnelles des vacances à l’hôtel : Normandie (car pas trop loin de Paris), Bretagne (plus exotique et surtout vivifiante), la Provence (pour le soleil, malgré l’ail et l’assent). Un déjeuner tout compris (service et boissons) revenait à 353 francs 1953, soit 3.53 francs 1958, soit 8.02 euros compte-tenu de l’inflation. Aujourd’hui, avec les taxes et charges sociales, en France t’as plus rien.

L’évolution des textes avec les années est révélatrice. Au début du précédent siècle, on parle surtout nourriture puis, après-guerre (la Première), climat : il fait beau, il pleut, il y a du vent – donc de la chance ou pas de chance. Sautons une guerre (la Deuxième) et surgissent le grand air, l’air pur, le calme ; le scoutisme est passé par là, et les maquis de la Résistance. Les gens sont plus nature, dégagés des soucis matériels (Sécurité sociale, emploi de reconstruction des Trente glorieuses, première automobile) et lassés de la ville ou de la villa banlieue.

Les années 1970 élargissent l’horizon. Les cartes sont de plus en plus envoyées de l’étranger comme si l’on avait presque honte de passer ses vacances en France (comme les vieux). Sauf les familles avec enfants petits qui adorent la plage comme on adore la Vierge Marie chez les cathos, quoiqu’avec la pointe de sensualité supplémentaire d’aller en habit de peau un mois durant. Les commentaires sont sur le bain, le garçon qui nage comme un poisson et ne porte jamais de vêtement, les copains de la plage qui font pareil « même sous la pluie ! », la fille qui ne veut pas porter de haut de bain à 12 ans comme les garçons ou qui s’obstine à faire de la balançoire sans avoir mis de culotte sous sa robe courte à cause de la chaleur, « vous vous rendez compte ! ». Mais c’est l’Espagne qui a la cote, pas trop loin, pas chère, avec des plages immenses et un exotisme quasi arabe dans le grand sud. L’Italie remporte les suffrages des adultes qui se cultivent en visitant Venise, Florence, Rome, Naples et Pompéi. La Grèce fait son apparition avant L’Egypte puis la Turquie.

Le Royaume-Uni est la destination des ados en séjour linguistique ; ils se disent en général contents (mais la bouffe et la conduite à gauche en vélo les désorientent). Ils sont aussi surpris que les Anglais fassent souvent coucher les garçons dans le même lit. La même carte précise que le mois d’août est très chaud et, surprise ! qu’il ne pleut pas tout le temps.

Je retrouve sur les cartes postales des anecdotes familiales très anciennes, datant des grands-parents, lorsqu’ils étaient jeunes et pas encore mariés et se traitaient de « mon chéri » en 1911. Durant la guerre de 14, ils montraient le souci de savoir qui de connu au village avait été blessé ou si l’on avait bien reçu le colis. Beaucoup de soldats ou de jeunes partis en ville annoncent leur venue par carte postale vite écrite bien longtemps à l’avance car, avec les trains, même une fois la guerre finie, on ne sait jamais.

Au début des années 1950, c’est le temps des stages pour les parents – loin des maisons familiales. Caen est en ruines et des bâtiments neufs surgissent de terre, comme à Brest ou au Havre. Cela fait « moderne » et nouveau monde… avant de devenir triste et entassé. Les fins de semaine (du samedi après-midi au dimanche soir) sont l’occasion de visiter les alentours et d’aller « manger une omelette de la mère Poulard » au Mont Saint-Michel ! Le voyage de noces se fait en car, moins cher et plus souple que le train, pour aller visiter la grande bleue en passant par toutes les villes intéressantes : Limoges, le barrage du Castillon, les gorges du Verdon, Avignon, Aix, Nîmes, Cannes, Menton – et même une incursion d’une journée à Gênes (sans passeport), quelle audace !

On apprend que le père n’avait jamais pris le bateau avant d’aller de Marseille à l’île d’Aix, ni ne savait nager avant de s’être plongé en Méditerranée. On apprend que la mère a voyagé seule en Algérie (alors département français) et qu’elle a pris l’avion, un Dakota Douglas DC3 non pressurisé de Marseille à Alger qui volait à 2300 m d’altitude ; qu’elle a vécu en camp de toiles puis en auberge de jeunesse avant d’aller visiter en car Philippeville où les femmes « arabes » étaient rares dans les rues – et voilées. On apprend que le jeune oncle à l’époque enchaînait les colos pour se faire de l’argent de poche durant les vacances tandis que l’autre, officier du génie, détournait les mineurs (en bouchant une entrée de mine mal stabilisée). Que les grands-pères emmenaient les grands-mères systématiquement en vacances dans la maison familiale de leurs propres père et grand-père, « retapée » en vue de la retraite. Dans leur nouvelle 4CV Renault dont le moteur faisait bzzt ! bzzt ! comme une abeille, ou en Dyna Panhard, véhicule que j’ai toujours trouvé fort laid avec un bruit de casserole. Curieusement, j’ai toujours eu le mal de la route en Panhard, rarement dans les autres véhicules.

Dans les années 2000, la famille décrit la pousse des petits, offre des nouvelles des vieux, s’informe des jeunes qui étudient ou commencent à travailler, dit qui envisage de se marier. Les liens se distendent, la correspondance fait moins recette que le téléphone, en attendant l’Internet. Le virtuel ne laisse que peu de traces, rares sont ceux qui enregistrent leurs communications Skype ou autres. L’aujourd’hui se méfie même des réseaux sociaux et ne dit plus rien d’intime ni de compromettant, ne publie plus de photos qui soient interprétables (par une ex, un patron, un juge, un ennemi). La Poste devient aussi en retard et peu fiable que le train, toujours par ce même je m’en foutisme de « service » public (qui « sert » surtout à être payé, être garanti d’emploi et de retraite). D’où l’invention de la « lettre suivie » pour ne pas qu’elle se perde ! Avec un tarif plus cher, comme de bien entendu.

L’envoi des cartes postales se raréfie depuis des années. Avec la télé et le net, à quoi cela sert-il de montrer des vues du pays ou du monde ? Avec le téléphone mobile et les courriels, à quoi cela sert-il de correspondre par carte ou lettre ? L’écrit se perd et la parole est d’or, mais surtout l’écrit reste et la parole s’envole. En notre époque de zapping et en notre pays de particulière méfiance envers les autres, mieux vaut écrire le moins possible et en dire peu.

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Peter Mayle, Le diamant noir

Le diamant noir est la truffe, qui pousse où il lui plaît et dont l’auteur imagine qu’un savant agronome a su la maîtriser. Ce savoir vaut de l’or et suscite la convoitise d’affairistes et de mafieux venus d’un peu partout.

Un jeune Anglais de 30 ans installé dans un village provençal, Bennett, vaguement agent immobilier pour ses compatriotes dans la région, voit ses économies fondre au soleil (vif) du pays et cherche un emploi. Il a l’idée (évidemment lumineuse, climat oblige) de passer dans l’International Herald Tribune, quotidien fort lu par les internationaux, une petite annonce sollicitant un « poste intéressant même si inhabituel (…) sauf mariage ». Non qu’il soit gay, bien qu’élevé en pension depuis l’âge de 7 ans et connaissant à peine son père, mais ne voulant pas s’installer avec mémère, maison et mômes.

Le destin va décider pour lui. Convoqué par un riche homme d’affaire du nom de Poe, il va habiter dans un grand appartement ouvert sur la baie à Monaco et jouir de 20 000 francs par mois pour seulement se laisser vivre là-bas. Pourquoi cette générosité ? Pour éviter le fisc qui taxe les non-résidents comme résidents lorsqu’ils ne vivent pas au moins six mois et un jour sur le territoire français. Bennett va devenir Poe et signer des notes de restaurant, payer des contraventions, en bref produire du papier pour les dévoreurs de paperasse de l’administration fiscale.

Cette vie facile est occasion d’inviter une ex-copine de la pub. Sauf qu’une mallette doit être livrée un soir et que le sbire personnel de Poe doit venir la prendre un peu plus tard. Et que la copine sortant de sa douche la donne bien volontiers aux deux Italiens bien aimables qui se présentent à la porte de l’appartement, alors qu’elle a envoyé Bennett l’approvisionner en clopes. Erreur fatale ! La mallette, d’un prix inestimable car elle contient les formules et les documents permettant de cultiver la truffe noire, a été volée !

Poe n’est pas content et exige de Bennett qu’il se rachète en allant participer aux enchères du mafioso italien qui a fait main basse sur la came et veut la vendre au plus offrant. Sous le couvert d’une société d’investissement suisse et flanqué d’une acolyte juive américaine experte en close-combat, Bennett va connaître sur le yacht l’adrénaline de toute une vie. La fille séduit le vieux, l’assomme et le ligote, et s’enfuit à poil de sa cabine avec pour tout bagage la précieuse mallette. Le couple fuit à la nage et vole une voiture, elle en chemise mouillée sur ses formes érotiques et lui torse nu sous son blazer.

Mission accomplie ? Pas vraiment. Car la fille en veut plus que les dérisoires 50 000 $ promis, dont elle n’est d’ailleurs pas sûre que lui donne son ex-amant Poe, lui qui l’a jetée pour une plus jeune Chou-chou. Elle en saurait trop, tout comme le savant agronome qui a été tué par « accident de voiture ». Elle décide Bennett à la suivre et à demander 1 million.

Commence alors une course-poursuite mettant en scène des flics corses mafieux, des moines amateurs de vin et la Présidence de la République. C’est truculent, empli de rebondissements, parsemé de drôleries. Bennett est un rien benêt mais d’un humour acide ; Anna décidée mais timorée seule.

Peter Mayle, mort début 2018, connait bien la Provence pour y avoir vécu et écrit ; Bennett est un peu son double, célibataire, et Georgette la villageoise sa femme de ménage. Une année en Provence racontant son existence d’expatrié au soleil fut un best-seller qui fit monter à l’époque les prix de l’immobilier dans la région sans le vouloir.

Le roman est extrêmement agréable à lire, truffé de pointes d’humour à l’égard des Français de Provence et de l’Administration en général. Sa fin est merveilleuse, profondément satisfaisante au lecteur. Vous avez dans ce Diamant un peu plus de deux heures d’un vrai bonheur de lecture.

Peter Mayle, Le diamant noir, 1996, Points Seuil 2001, 293 pages, occasion €1.35

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Yalta le palais Livadia

La babouchka qui nous héberge chez elle est perdue dans une banlieue « libre » sur les hauteurs des falaises qui dominent Yalta. Ce lotissement « sauvage » a été toléré lorsque les Tatars de Crimée, déportés par Staline après guerre, ont revendiqués de revenir dans la péninsule après la chute de l’URSS. La maison dans laquelle nous gitons est un bricolage de béton aux pièces mal fichues, la cuisine réduite à un couloir entre escalier et palier. Le jardin, en revanche, regorge de plantes. Le légumier ou fruitier utile (une treille, des tomates, des concombres, des figuiers) voisine avec des fleurs plantées pour leur beauté. Les odeurs et le calcaire gris des falaises me rappellent le paysage de Cassis en Provence. La babouchka tatare soigne un gros chat roux qui dort en rond sur son frigo. Comme toutes les grands-mères qui ont connu les restrictions, elle ne pense qu’à nous nourrir de gras et de roboratif. La table est déjà mise, remplie à ras bord de divers mets consistants.

yalta filles russes

Vers 11h, après avoir pris une douche dans les cabanes du jardin, nous allons à Yalta, à quelques 30 km de là.

yalta palais livadia

Nous visitons le palais Livadia qui fut le siège de la Conférence de Yalta, fameuse dans les manuels d’histoire. Le palais, construit en 1914 par le tsar Nicolas II, a servi de résidence de vacances à la famille impériale. L’architecte Krasnov (1834-1939) lui a donné un style Renaissance. Le tsar, passionné de photos, en a laissé bon nombre qui se retrouvent aujourd’hui encadrées dans les pièces de ce qui est devenu un musée. L’on y voit le tsarévitch Alexis, pauvre gamin hémophile fusillé à 13 ans, puis canonisé pour son anniversaire le 14 août 2000. Il est ici exposé à différents âges, en costume marin, au milieu de ses parents, priant à genoux. Des dessins de lui, à la gouache, sont exposés : un soldat de la garde, un autre en uniforme vert chamarré, un blason de ville maritime.

yalta tsarevitch alexis

La foule, disciplinée, fait la queue pour acheter un billet, puis une autre queue pour leur contrôle. Dans la mentalité soviétique, dont l’inertie subsiste avec la génération aujourd’hui adulte, tout fonctionne sur le mode binaire droit/pas droit. Si vous avez droit, vous y allez directement, fort de votre « bon droit » ; sinon, vous resquillez, mais au risque de vous voir opposer l’autorité de n’importe quel citoyen « sûr de son droit », à défaut de cerbère. Nous rentrons, dûment munis de billets. La visite est pour nous libre, mais des groupes à guides se succèdent selon un rythme soutenu.

yalta palais des conferences

Ce qui est pratique est que la foule, disciplinée, suit son conducator comme de petits toutous si bien qu’entre deux groupes, vous avez une salle vide pour quelques minutes. Et pour les photos, rien de tel ! Les gens sont avides de savoir, ils écoutent religieusement les guides, lisent les étiquettes, regardent où on leur dit de regarder. Pas d’initiative, ils sont comme à l’école. Rançon du socialisme…

yalta palais livadia table de la conference

La grande salle de la Conférence montre une table aux trois drapeaux, où fut préparé le texte du 4 au 11 février 1945.  On discuta avant tout des conditions de la campagne militaire contre l’Allemagne, de sa capitulation qui devait être sans condition et qui serait occupée par quatre puissances (dont la France, sur la partie américaine). L’URSS s’engagea à déclarer la guerre au Japon deux ou trois mois après la défaite de l’Allemagne, contre des compensations territoriales (sud de l’île Sakhaline, îles Kouriles).

yalta gamine russe

Staline ne prit que de vagues engagements sur la formation de gouvernements démocratiques en Pologne et en Yougoslavie, alors qu’est proclamé le droit, pour les peuples libérés, d’établir les institutions démocratiques de leur choix. Mais la question du démembrement de l’Allemagne et celle des réparations ont été confiés à des commissions spécialisées. Churchill a insisté pour que la France fût associée à l’occupation militaire de l’Allemagne. Il s’est par ailleurs opposé à la restitution de Hongkong à la Chine. C’est à Yalta que fut décidée la création de l’ONU, et Staline accepta la conception américaine de cette organisation, mais ce fut lui qui imposa la création d’un Conseil de sécurité avec droit de veto, dévolu aux seules puissances victorieuses de la guerre.

yalta churchill roosevelt staline

Rien ne fait mention d’un partage du monde, ni même de la répartition de zones d’influences après guerre. La Déclaration sur l’Europe libérée prévoyait même une représentation tripartie à l’administration de tous les États ennemis, réaffirmant « un des principes de la Charte de l’Atlantique que tous les peuples ont le droit de choisir la forme de gouvernement sous laquelle ils entendent vivre et que les droits souverains et l’autonomie, dont ils ont été dépossédés de force par les pays agresseurs, doivent leur être restitués. »

yalta palais livadia couloir socialiste

Et pourtant, Yalta est restée, dans la mémoire des Français, synonyme de partage territorial, de découpage douloureux de l’Europe en zone d’influences. C’est dire si la doxa politicarde préfère le mythe au réel. L’histoire sert d’instrument idéologique aux jacobins parisiens, de droite ou de gauche. Les historiens ont pourtant montré depuis longtemps le contraire : le mythe de Yalta vient de l’interprétation tendancieuse du général de Gaulle, dépité que la France n’y ait pas été conviée et inquiet de l’influence future de la France en Europe. Depuis, n’importe quel « héritier » perroquette sans vergogne, comme si cette instrumentation polémique conjoncturelle était vérité d’histoire…

yalta palais livadia salle

Ces accords de Yalta furent signés dans un bureau plus petit, où trône aujourd’hui la photo noir et blanc archi-célèbre de Churchill, Roosevelt et Staline, assis et souriants. De Gaulle et Tchang Kai-chek n’avaient pas été invités. La division en deux blocs de l’Europe ne résulte PAS des accords de Yalta mais de la guerre froide initiée par Staline dans l’est de l’Europe, dès qu’il fit appliquer aux partis à sa botte la bien connue tactique du salami. Elle consistait à grignoter tranche après tranche les libertés, au profit de l’étatisation, de la réglementation et de l’intimidation des autres par le parti le plus puissant : le communiste. Les socialistes français, restés autoritaires, jacobins et se croyant investis d’une Mission de sauver le monde font-ils autrement, en plus hypocrite ?

yalta palais livadia tsar

Dans le jardin à la française autour du palais s’ébattent des vendeurs de souvenirs et de cartes postales, comme des loueurs d’habits de cour.

yalta palais livadia costumes tsaristes

Fille ou gamin, vous pouvez vous revêtir d’un costume de page ou de suivante de la tsarine, puis vous faire prendre en photo, assis devant la fontaine ou dans les bosquets. Les touristes slaves sont très bon public, l’habitude du socialisme rend très scolaire. D’ailleurs, les Russes de Crimée viennent de voter leur rattachement à la metropolia comme un seul homme : Poutine.

yalta fillette russe deguisee temps du tsar

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Le salon Destinations Nature est à l’eau

Rassurez-vous, il ne s’est pas noyé ! Il a décidé pour sa 28ème édition du 30 mars au 1er avril 2012 à Paris d’apprendre à nager à ses quelques 52 000 visiteurs annuels. Les fjords du Sultanat d’Oman s’explorent en kayak, le lac Majeur et les îles Borromées à pied, les canaux de Bourgogne à vélo tandis que le relief des Pyrénées Orientales se prête au canyoning.

La conjoncture est frileuse mais l’été reviendra (après les élections) et l’eau vive est promesse de bonheur sans trop dépenser. Du 30 mars au 1er avril, tous les rivages du monde s’explorent au salon – à vous d’y venir humer l’air humide de votre prochaine destination, tout près en France ou très loin dans le Pacifique. Ou même sur les lacs du Québec (Simon, 11 ans, photo ci-dessous).

Selon le philosophe Gaston Bachelard (trop oublié parce que scientifique-poète dans une époque qui adore classer définitivement les gens sous une seule étiquette), l’eau est ambivalente – comme notre temps. Il a écrit son livre en 1941 et 2012 ressemble furieusement à la mentalité d’époque.

Il existe une morale de l’eau : eau douce ou eau violente, elle est lustrale comme au baptême ou emporte comme un tsunami. Comme lui, sacrifions à « l’imagination de la matière ». La nature s’offre pour le rêve et pas seulement pour jouir. La rando-croisière permet par exemple d’associer plaisirs culturels des parents et joie simple des gamins qui adorent se baigner… ou se battre dans la boue !

Vous pouvez aller sur l’Irrawaddy ou aux Lofoten, ou encore glisser dans la sierra de Guara en Espagne avec vos jeunes. Pourquoi ne pas aller voir les baleines, le loup et les castors au Québec, sans oublier l’ours brun avide de toute nourriture !

Mais vous pouvez aller aussi en France, riche de ses 5533 km de côtes sur 26 départements, sans parler des fleuves, des rivières, des canaux et des lacs ! De quoi contenter petits et grands pour pas loin. Par exemple le marais poitevin en kayak (ci-dessus). Le Finistère détient le record de 1170 km de sentier côtier. Le GR 24 part de Vitré en Ille-et-Vilaine pour aboutir à la Tour du Parc dans le Morbihan. La marche vivifiante du Mont Saint-Michel, est à vivre pieds nus en basse marée au départ du Bec d’Andaine, guidée par un passeur qui commente la balade entre sables mouvants, pêcheries à saumon et anciennes salines. Trois jours pour 355€.

Les eaux claires sont fugitives, légères, eau de source comme eau de feu ; elles parfument comme l’eau sauvage, elles purifient. C’est ainsi que l’île de la Dominique propose le sentier de 185 km d’où partent 14 itinéraires de 2 à 10 h de marche. Vous vous immergez au cœur de la forêt primaire, sur les anciens chemins tracés par les esclaves, allant de rivières en cascades. Vous pouvez emprunter aussi une péniche-hôtel en Provence, d’où vous explorerez en vélo vignes et champs de lavande de Villeneuve-Lès-Avignon à Aigues-Mortes, 9 jours pour 890€.

Les eaux lourdes sont porteuses de sombre, eaux mortes des mares stagnantes, eaux chargées de sédiments arrachés aux terres, ou de particules radioactives délétères – mais elles sont aussi les eaux d’où tout renaît parce qu’elles sont riches en matières. De quoi nager nu pour communier avec les éléments primaires.

Quelle douceur de planer dans le silence de la mer au-dessus des fonds, ou d’y tracer sa route à la main, en kayak ! La Nouvelle-Calédonie regorge de sites côtiers à explorer dans la baie d’Upi sur l’île des Pins, ou en randonnée palmée sur des sentiers sous-marins d’exception. Celui de l’îlot Hienga est l’une des six zones du lagon calédonien classées en 2008 au patrimoine mondial de l’Humanité par l’Unesco. Ou les Maldives où nagent sous la surface les demoiselles colorées (ci-dessous).

Les îles Éoliennes s’explorent en goélette pour y explorer le chao géologique des volcans avec un guide spécialiste, sans compter quelques visites archéologiques romaines, des repas italiens frais et somptueux dans de petits ports à l’écart du tourisme et des baignades en criques isolées.

L’eau composée est la terre imbibée d’eau, cocktail de limon et de nourrice qui produit cet entre-deux du marais si riche en faune. Madère, au cœur de l’Atlantique, est un jardin fleuri grâce au travail des hommes : ils l’ont irriguée de multiples canaux sur 1500 km, permettant aux orchidées de s’épanouir et aux pinsons de chanter. Au fil de l’eau, 23 sentiers vous attendent. En France, c’est Amiens qui vous offre ses hortillons du moyen-âge. Ces curieux jardins flottants sont enserrés entre les bras de la Somme et de l’Avre sur 300 hectares ; ils ne se découvrent qu’en bateau.

En conclusion de son maître-ouvrage, L’eau et les rêves, Bachelard évoque l’eau qui parle, murmurant à l’oreille des plantes, des bêtes et des humains. La rêverie des éléments est faite pour les poètes et l’époque veut votre évasion, dure aux hommes et menteuse en politique. L’eau materne, elle enveloppe et nettoie, rafraîchit comme une caresse et élève l’âme de ses vapeurs bienfaisantes. Le salon des Nouvelles Randonnées constitue un véritable ambassadeur des merveilles du monde. A vous de venir voir avant d’aller plus loin !

Destinations NATURE le salon des nouvelles randonnées du 30 mars au 1er avril 2012 à Paris

Site : www.randonnee-nature.com Réseaux : Facebook et Twitter

Gaston Bachelard, l’Eau et les rêves – essai sur l’imagination de la matière, 1941, Livre de poche 1993, 222 pages, €6.17

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