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Presqu’île de Giens

Le lendemain au matin, nous prenons à nouveau le bus de la même ligne pour Giens. Il nous débarque au pied du château très en ruines qui permet une vue étendue sur Toulon, Carqueiranne et la baie. Le poète Saint-John Perse, que j’aime bien, y a séjourné et repose au cimetière. Le château a été détruit par ces foutus Anglais pendant le siège de Toulon en 1793. Le dernier Pontevès-Gien meurt en 1848 sans descendance ; il a vendu son marquisat pour tenter de payer ses dettes. La famille avait pour sobriquet « prudence »… que ne l’a-t-il suivi !

L’atmosphère n’est pas encore dure, une légère brume subsiste sur les lointains, qui adoucit le bleu. Nous suivons ensuite le chemin côtier qui passe sur les rochers au-dessus de criques à l’eau azuréenne et aux contours découpés. Flotte dans l’air des senteurs de pin maritime.

Nous pique-niquons sur la plage. Un rocher torturé en forme de grand chef indien trône face à la baie. L’eau est très bleue, méditerranéenne. Un panneau explicatif du sanctuaire Pelagos indique que nous pourrions voir le dauphin bleu et blanc, le grand dauphin (comme à Versailles), le ziphin (race que je ne connaissais pas), le dauphin de Risso, le cachalot, le globicéphale noir et le rorqual commun.

Un jeune couple est venu manger un sandwich après le travail et le garçon répond au téléphone à l’un de leurs amis, tout fier lui dire où ils sont. Ils repartent travailler dès le pain avalé. Un autre couple arrive à pied par le sentier et s’installe pour pique-niquer aussi. Lui se met torse nu, il est bien découplé et veut bronzer, peut-être est-il militaire. Elle, est sensuelle et lui caresse la poitrine, l’embrasse ; il l’étreint. L’eau est transparente comme les criques bretonnes ou corses. Une frégate et son hélicoptère en manœuvre rallient Toulon, port de guerre. Après le pique-nique, nous ne verrons pas moins de six hélicoptères en vol. Nous déjeunons de salade verte aux tomates, noix de cajou et raisins ainsi que d’un morceau de tomme de chèvre.

L’après-midi, ce ne sont que montées et descentes, la dernière particulièrement rude sur un sentier étroit très caillouteux avec des marches de plus de 20 cm de haut. Nous suivons la piste jusqu’à une place où serait l’une des maisons de Gérard Jugnot, « celle toute en rouge » selon un couple rencontré dans la montée. La redescente sur le village n’est pas la fin. Il faut encore longer le petit port, passer derrière la piscine, monter et descendre plusieurs escaliers avant une longue montée puis un ultime escalier « de 80 marches » me dit la petite M. de 80 ans aux mollets musclés – surtout quand elle vous dépasse lors d’une de ses accélérations affairées dont elle a le secret.

Après l’escalier interminable pour revenir à l’arrêt du bus de la ligne 67, nous faisons une razzia au supermarché Spar afin d’acheter de l’eau fraîche que nous descendons illico. Le bus est un Heuliez hybride tout neuf. Cinq ados montent, dont trois arabes. Le leader blond sud est le plus fringant, 16 ans, maillot moulant une taille svelte et grosse chaîne d’or au cou.

Nous avons marché dans les 14 km ce jour mais ce n’est pas le nombre de kilomètres qui comptent, plutôt la dénivelée. Les bagages sont à faire pour demain huit heures car nous quittons l’hôtel.

Au dîner, terrine provençale au figatelli (un peu écœurante), de nouveau des encornets mais à la puttanesca (la putain en italien – sauce piquante comme la fille avec ail et piment, amis sentant l’anchois et les câpres du sexe tarifé). Une faisselle en dessert.

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Plage de Capo San Andrea

L’orage prévu s’est déclenché en fin de nuit, ce matin du vendredi 1er septembre. Il y a eu un peu de pluie et au matin tout est frais et lavé, des odeurs de plantes flottent dans l’air. Le village s’éveille avec lenteur entre les vieux qui vont à la source, les gamins qui vont acheter un journal pour papa et les ados déjà partis tester la plage. Un macho velu et noir de soleil qui est allé se baigner de bon matin hésite entre les deux cafés, fait plusieurs allers-retours d’incertitude avant de s’installer en terrasse du café moderne, pieds nus, en caleçon, la serviette en travers du torse.

Derrière l’église, un petit marché d’artisanat s’installe, juste pour la saison touristique. Le bus est à 8h40 et nous conduit à Marciana Marina, dans le nord de l’île. Les nombreux virages rendent un peu nauséeux. Quelques matrones montent, sans âge après 30 ans, fatiguées par les travaux ménagers et la négligence. Un vieux en polo rouge, moustache blonde et valise reçoit un appel téléphonique, puis engage la conversation avec les filles et avec Denis, assis non loin. Il parle français appris à l’école et cite même du latin.

A Marciana Marina, sur le quai, quatre gamins de 5 à 11 ans en slip s’arrosent mutuellement d’eau du port. Frères couleur d’argile, ils sont unis dans le plaisir païen de l’eau et du soleil.

Nous longeons les quais jusqu’à la tour génoise. En face, une boutique de bijoux en vrai corail attire les filles ; deux d’entre elles s’achètent boucles d’oreilles et bracelet. Le temps pour moi de mignoter une chatte qui aime les câlins.

Puis nous empruntons le sentier côtier qui monte vers les hauteurs, vers un tronçon de route, puis redescend avant de remonter – en gros 300 m de dénivelée.

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Plage Calanova

Nous descendons vers la mer pour une plage toute proche d’un bois de pins maritimes. Le sable est grossier et des rochers rendent l’entrée dans l’eau peu aisée, mais la mer est transparente et à bonne température.

Aucune hésitation pour y entrer. C’est un délice de nous y délasser alors que le pique-nique se prépare avec les volontaires. Des familles se sont installées là, les enfants cuivrés, minces mais moins costauds que nos petits Français. Les filles adorent ici le string ; elles portent des triangles de tissu si mini qu’ils ne laissent rien ignorer de leur galbe fessier.

La salade composée par Denis variera chaque jour, elle comprend aujourd’hui de la verdure et des tomates, des olives et des haricots blancs, quelques anchois. Du pecorino et de la mortadelle complètent les toasts en entrée, servis avec un quart de vin rouge, largement suffisant en raison de la chaleur. Chacun a porté sa pomme et un paquet pour le pique-nique.

Sous les pins, deux jeunes hommes ont tendu un ruban entre deux pins à une cinquantaine de centimètres du sol et s’exercent à marcher sur un fil. L’un d’eux, mince et musclé, jongle même avec trois boules pour oublier qu’il peut tomber. Le corps droit trouver son équilibre par réflexe car, dès que l’esprit s’en mêle, la confusion s’installe.

Nous achetons de l’eau au bar de la plage Calanova, 1.80 € les 50 cl car notre litre et demi est déjà bu depuis ce matin ! Nous achèterons à nouveaux 50 cl pour 1 € seulement cette fois à un autre bar de plage vers le Capo alle perle car nous avons tout bu. Jamais je n’ai autant avalé de liquide en randonnée que sur cette île et par cette chaleur qui dépasse constamment les 30° !

Nous poursuivons par le sentier côtier, surplombant ou longeant les plages, ne faisant presque aucune grâce des moindres découpes de la côte. Mais l’eau est si bleue et la senteur des pins si balsamique que s’en est un plaisir. Sauf que nous devons subir une ou deux grimpées très rudes vers la route ou dans des raccourcis. Nous passons devant le Forte Focardo, un fort construit par les Espagnols en 1678 pour commander la baie de Porto Azzurro.

Le vice-roi de Naples Fernando Fascardo a commandité les plans à l’ingénieur d’Etat Alessandro Piston de Toscane. Il reste zone militaire et résidence de la Marine italienne.

Denis nous montre sur une plage aux gamins presque noirs de soleil les posidonies, ces algues lamellaires qui s’ancrent au fond, appelées du nom de Poséidon. Il nous montrera plus tard l’arbuste de bord de mer résistant au sel appelé barbe de Jupiter. Les dieux étaient constamment liés à la mer sur la Méditerranée.

Nous passons par la roselière de la zone humide protégée de la Mola, sous Porto Azzurro. Après dératisation, il n’y a plus de rats – même courcis – mais Denis nous déniche quand même un raccourci ultime qui nous fait monter rudement puis redescendre d’autant pour rejoindre notre hôtel Due Torre (des deux tours). Il est situé près de la plage du port et est doté de trois étoiles. La chambre est plus moderne et l’eau chaude jaillit cette fois-ci à bonne pression. Selon l’affichage, la chambre coûte officiellement 90 € la nuit, mais il doit exister des tarifs de groupe.

J’ai moins transpiré aujourd’hui qu’hier, malgré le sac à porter et l’effort physique de la marche. Comme si le corps avait reconnu la nouvelle condition – qu’il connaissait déjà – et s’était adapté immédiatement. J’étais quand même fatigué sur la fin, même si nous arrivons dès 17h30. Après la douche, je dois encore faire la vaisselle du pique-nique, le lavage et mise au séchage de la serviette et du maillot de bain.

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Le salon Destinations Nature est à l’eau

Rassurez-vous, il ne s’est pas noyé ! Il a décidé pour sa 28ème édition du 30 mars au 1er avril 2012 à Paris d’apprendre à nager à ses quelques 52 000 visiteurs annuels. Les fjords du Sultanat d’Oman s’explorent en kayak, le lac Majeur et les îles Borromées à pied, les canaux de Bourgogne à vélo tandis que le relief des Pyrénées Orientales se prête au canyoning.

La conjoncture est frileuse mais l’été reviendra (après les élections) et l’eau vive est promesse de bonheur sans trop dépenser. Du 30 mars au 1er avril, tous les rivages du monde s’explorent au salon – à vous d’y venir humer l’air humide de votre prochaine destination, tout près en France ou très loin dans le Pacifique. Ou même sur les lacs du Québec (Simon, 11 ans, photo ci-dessous).

Selon le philosophe Gaston Bachelard (trop oublié parce que scientifique-poète dans une époque qui adore classer définitivement les gens sous une seule étiquette), l’eau est ambivalente – comme notre temps. Il a écrit son livre en 1941 et 2012 ressemble furieusement à la mentalité d’époque.

Il existe une morale de l’eau : eau douce ou eau violente, elle est lustrale comme au baptême ou emporte comme un tsunami. Comme lui, sacrifions à « l’imagination de la matière ». La nature s’offre pour le rêve et pas seulement pour jouir. La rando-croisière permet par exemple d’associer plaisirs culturels des parents et joie simple des gamins qui adorent se baigner… ou se battre dans la boue !

Vous pouvez aller sur l’Irrawaddy ou aux Lofoten, ou encore glisser dans la sierra de Guara en Espagne avec vos jeunes. Pourquoi ne pas aller voir les baleines, le loup et les castors au Québec, sans oublier l’ours brun avide de toute nourriture !

Mais vous pouvez aller aussi en France, riche de ses 5533 km de côtes sur 26 départements, sans parler des fleuves, des rivières, des canaux et des lacs ! De quoi contenter petits et grands pour pas loin. Par exemple le marais poitevin en kayak (ci-dessus). Le Finistère détient le record de 1170 km de sentier côtier. Le GR 24 part de Vitré en Ille-et-Vilaine pour aboutir à la Tour du Parc dans le Morbihan. La marche vivifiante du Mont Saint-Michel, est à vivre pieds nus en basse marée au départ du Bec d’Andaine, guidée par un passeur qui commente la balade entre sables mouvants, pêcheries à saumon et anciennes salines. Trois jours pour 355€.

Les eaux claires sont fugitives, légères, eau de source comme eau de feu ; elles parfument comme l’eau sauvage, elles purifient. C’est ainsi que l’île de la Dominique propose le sentier de 185 km d’où partent 14 itinéraires de 2 à 10 h de marche. Vous vous immergez au cœur de la forêt primaire, sur les anciens chemins tracés par les esclaves, allant de rivières en cascades. Vous pouvez emprunter aussi une péniche-hôtel en Provence, d’où vous explorerez en vélo vignes et champs de lavande de Villeneuve-Lès-Avignon à Aigues-Mortes, 9 jours pour 890€.

Les eaux lourdes sont porteuses de sombre, eaux mortes des mares stagnantes, eaux chargées de sédiments arrachés aux terres, ou de particules radioactives délétères – mais elles sont aussi les eaux d’où tout renaît parce qu’elles sont riches en matières. De quoi nager nu pour communier avec les éléments primaires.

Quelle douceur de planer dans le silence de la mer au-dessus des fonds, ou d’y tracer sa route à la main, en kayak ! La Nouvelle-Calédonie regorge de sites côtiers à explorer dans la baie d’Upi sur l’île des Pins, ou en randonnée palmée sur des sentiers sous-marins d’exception. Celui de l’îlot Hienga est l’une des six zones du lagon calédonien classées en 2008 au patrimoine mondial de l’Humanité par l’Unesco. Ou les Maldives où nagent sous la surface les demoiselles colorées (ci-dessous).

Les îles Éoliennes s’explorent en goélette pour y explorer le chao géologique des volcans avec un guide spécialiste, sans compter quelques visites archéologiques romaines, des repas italiens frais et somptueux dans de petits ports à l’écart du tourisme et des baignades en criques isolées.

L’eau composée est la terre imbibée d’eau, cocktail de limon et de nourrice qui produit cet entre-deux du marais si riche en faune. Madère, au cœur de l’Atlantique, est un jardin fleuri grâce au travail des hommes : ils l’ont irriguée de multiples canaux sur 1500 km, permettant aux orchidées de s’épanouir et aux pinsons de chanter. Au fil de l’eau, 23 sentiers vous attendent. En France, c’est Amiens qui vous offre ses hortillons du moyen-âge. Ces curieux jardins flottants sont enserrés entre les bras de la Somme et de l’Avre sur 300 hectares ; ils ne se découvrent qu’en bateau.

En conclusion de son maître-ouvrage, L’eau et les rêves, Bachelard évoque l’eau qui parle, murmurant à l’oreille des plantes, des bêtes et des humains. La rêverie des éléments est faite pour les poètes et l’époque veut votre évasion, dure aux hommes et menteuse en politique. L’eau materne, elle enveloppe et nettoie, rafraîchit comme une caresse et élève l’âme de ses vapeurs bienfaisantes. Le salon des Nouvelles Randonnées constitue un véritable ambassadeur des merveilles du monde. A vous de venir voir avant d’aller plus loin !

Destinations NATURE le salon des nouvelles randonnées du 30 mars au 1er avril 2012 à Paris

Site : www.randonnee-nature.com Réseaux : Facebook et Twitter

Gaston Bachelard, l’Eau et les rêves – essai sur l’imagination de la matière, 1941, Livre de poche 1993, 222 pages, €6.17

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