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Patrice Montagu-Williams, L’affaire du Lux Bar

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Le roman commence, comme la Recherche de Marcel Proust, sur le coucher et la mémoire. Mais le style est nettement plus familier, copain même. Il faut dire que le personnage qui dit « je » a échoué sur la Butte, « tout en bas de la rue Lepic » où s’est fixé le Lux Bar.

Grand-mère anglaise résistante en France, grand-père littéraire, parents propriétaires d’une île du Rhône en face d’Avignon, apprentissage du sexe avec une fille de fermière aux gros seins, concours, chasseurs de tête, reportages : remontent les souvenirs. Mais « C’est vrai que ce monde où les choses comptaient plus que les gens, ça ne me tentait pas trop. Et puis, je voulais écrire » p.22.

Les vendanges préado sur les côtes du Rhône, une plage de Camargue avec une Danoise, Londres à 18 ans en plein swinging des années 60, le Brésil du Bar Lagoa, sont autant d’étapes à la mémoire. Surtout sexuelle. « Les capitales, c’est comme l’héroïne : faut pas y toucher. Sinon c’est l’addiction garantie » p.40. C’est là que sont les femmes, les proies, et le plaisir à donner à « l’arc tendu de jour et de nuit, comme un vrai chasseur » p.41. Mais surtout Paris, « que j’aime comme on aime une pute » p.81, « Des principes, cette ville n’en a jamais eu. C’est peut-être pour ça qu’elle est passée au travers de toutes les guerres sans être défigurée : mieux vaut ouvrir tout de suite largement ses cuisses à l’occupant plutôt que d’être violée et risquer, en plus, de se faire buter » p.81.

Défilent M-C, la connivence, l’amour à trois, assoiffé – mais surtout l’envie d’écrire – puis Marina, russe de cirque, morte de sclérose en plaque.

Survint mai 68, ce miracle. Il est vrai qu’avant le mois de mai, « l’atmosphère était étouffante. La génération qui précédait nous avait collé sur le dos une camisole de force faite de vieux principes cousus tant bien que mal les uns aux autres auxquels elle faisait encore semblant de croire et nous sommait de marcher au pas de l’oie, le regard rivé sur la nuque du pauvre hère qui nous précédait. Elle ne voulait rien lâcher et dégainait des réponses apprises par cœur à la moindre de nos questions » p.51.

Il y eut C. puis N. et V. Et puis M-D, copine de vieillesse tétraplégique « après que sa Jeep se soit retournée en dévalant une dune au cours d’un reportage sur le royaume de Saba » p.99, à qui il raconte – entre autres – l’accouchement de son premier bouquin parmi les demi-sauvages du Périgord vert.

Reste à passer le reste de sa vie. « Pour écrire, je tape donc dans les réserves d’histoires et d’anecdotes que j’ai ramassé un peu partout dans le monde et stocké dans un coin de mon cerveau » p.89. Avec pour compagnon un chat siamois du doux nom de Xavante – une peuplade indigène du Mato Grosso.

Mais l’écriture n’est-elle pas un combat d’arrière-garde ? Qui lit encore quand même les filles payées à l’heure consultent leur Smartphone avant, pendant et après la baise ? C’est l’objet de la seconde partie de ce Temps perdu, où l’auteur parvient à entendre chanter les anges sur la Butte. Et d’expliquer à Sam, un psychiatre juif ami de beuverie au Lux Bar : « Le Paradis, c’est un vaste bordel. À la fois un dancefloor et un gigantesque club échangiste. On boit, on danse, on baise » p.116. À quoi bon écrire ?

Dans la troisième partie, l’auteur est parti. De sa belle mort – volontaire. Incinéré, mais nul ne sait ce que l’urne est devenue… Au fond, la seule vérité vraie n’est-elle pas celle qu’on raconte ?

Un court roman bien frappé, où les formules à l’emporte-pièce ne manquent pas, ce qui donne du rythme. Toute une vie passe – celle plus ou moins de l’auteur – sans qu’on s’y ennuie une seconde. Avec cette réflexion qu’au fond ne subsiste de quelqu’un que ses traces. Celles qu’il a laissé malgré lui, ou celles qu’il a voulu laisser.

Patrice Montagu-Williams, L’affaire du Lux Bar, 2015, L’Harmattan, 129 pages, €14.50
Autre roman de Patrice Montagu-Williams chroniqué sur ce blog

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Édouard Tétreau, Analyste

edouard tetreau analyste au coeur de la folie financiere
La vraie vie vécue des années folles, celles de la bulle Internet 1998-2000, par un analyste en charge du secteur médias au Crédit lyonnais Securities Europe à Paris. Écrit clair, il y a de l’action à l’américaine et des exemples précis (sous pseudos pour éviter le judiciaire). Tout est vrai – j’y étais.

Mais, mieux que les anecdotes navrantes (la lâcheté Messier) ou croustillantes (le Puritain maître de la finance américaine et ses putes à Paris), une interrogation sur le snobisme social, les sursalaires indus et la course à la cupidité court-terme. La finance anglo-saxonne est une nuisance de l’économie globale, une guerre économique où « le droit », brandi par les puritains yankees, sert surtout à ligoter les autres, Européens et Japonais – alors que des hordes de lawyers et d’opportuns centres offshore à quelques dizaines de minutes de côtes américaines permettent d’y échapper.

Ce livre est écrit après l’éclatement des prémisses de la grande bulle (les valeurs technologiques en 2000 ont précédé la paranoïa du 11-Septembre en 2001 puis la comptabilité frauduleuse et l’audit mafieux en 2002) – mais avant le délire des dérivés en 2007 et la faillite de Lehman Brothers en 2008 – avec les conséquences systémiques, donc économiques, donc sociales, donc politiques dont on n’a pas encore vu tous les effets. Il décrit « comment ce théâtre de gens si savants au-dehors est en fait construit sur du sable. Le sable mouvant des fantasmes et des incohérences humaines » p.273.

Car vous pensiez que les analystes, après 5 ans minimum d’études supérieures en macroéconomie, audit, évaluation des entreprises et mathématiques financières, sont des experts capables de diagnostiquer la santé ou la maladie des sociétés cotées, de proposer des remèdes et de conseiller utilement les investisseurs ? Vous n’y êtes pas ! « Dans la formulation de son message comme dans sa conception, l’analyste doit aller au plus vite. Ce qui signifie : lire le communiqué de presse de la société, ou l’interview, ou le tableau de chiffres et, dans un minimum de temps, sortir le commentaire qui va faire vendre » p.39. Il ne s’agit pas de mesurer mais d’agiter. La bourse exige de la volatilité, des écarts de cours pour générer du business, donc de juteuses commissions. Ce pourquoi l’analyste passe plus de temps à commenter l’immédiat, appeler les clients, organiser des roadshows, qu’à analyser les entreprises. Il n’a plus « dans l’année que deux ou trois douzaines d’heures pour travailler activement sur chacune des entreprises suivies » p.174.

A son époque (2004) c’étaient les conseils d’achat et de vente aux gestionnaires de portefeuille pour faire tourner plus vite leurs actifs ; aujourd’hui (2014) plus besoin des gérants, le trading à haute fréquence, par algorithmes informatisés, s’en charge tout seul : plus besoin non plus d’analystes, ni de vendeurs, ni même de clients… Seul le marché pur et abstrait est le terrain de jeu pour les spéculateurs, entièrement déconnecté des entreprises réelles, de ce qu’elles produisent et des gens qui y travaillent.

Mais ce n’est pas que le commerce ou la bougeotte qui tord le métier d’analyste. C’est aussi la chaîne d’organisation, depuis l’entreprise jusqu’aux portefeuilles, qui incite à la stupidité. « Le processus d’investissement sur les marchés est simple : il suffit de suivre, ou de se raccrocher à la recommandation déjà émise par quelqu’un d’autre » p.49.

  • L’analyste sell-side (attaché aux vendeurs de titres) va suivre le communiqué de la société, pondérer par les analyses des autres notamment des puissants anglo-saxons, bidouiller un objectif de cours au pif, faute de temps pour valider ses nouvelles hypothèses et recalculer, tout cela à l’intérieur du « consensus » qui fait que la soi-disant « analyse » tourne en rond dans l’entre-soi.
  • Puis l’analyste buy-side (attaché aux investisseurs) va résumer les analyses des sell-side, opérer une synthèse en fonction de ses convictions – en général très consensuelles pour ne pas faire de vagues – et conseiller aux gérants tel investissement plutôt qu’un autre.
  • Ledit gérant n’est pas obligé de suivre mais, s’il ne le fait pas, il travaille sans filet ! Sa hiérarchie le blâmera pour ne pas avoir suivi le « comité d’investissement », les « analyses maison », le « processus raisonné de choix des valeurs »… Il n’est pas grave de se tromper avec tout le monde ; mais c’est se faire virer que d’avoir raison contre tout le monde.

edouard tetreau

L’auteur l’a vécu, analyste médias dans les années flambeuses de J6M chez Vivendi (Jean-Marie Messier moi-même maître du monde, disait-il de lui-même…). « Le 6 mai [2002], deux jours après un changement de notation de l’agence Moody’s sur la dette de Vivendi, j’envoyais une note, alertant les clients investisseurs du Crédit lyonnais Securities d’un risque de faillite (bankruptcy) de ce groupe. Le lendemain, tous mes travaux furent placés sous embargo, en prélude à diverses sanctions disciplinaires. Le 3 juillet, Jean-Marie Messier quittait la présidence d’un groupe à quelques heures de la quasi-cessation de paiement » p.15.

Édouard Tétreau s’est reconverti en créant Mediafin, conseil en communication pour les entreprises. Il a publié fin 2010 ’20 000 milliards de dollars’ témoignage de trois années aux États-Unis après 2007 pour développer une filiale du groupe Axa, qui lui a fait comprendre combien la religion de la finance restait prégnante, laissant présager une bulle de la dette américaine vers 2020. L’ouvrage a été traduit en chinois, montrant combien la Chine est vigilante sur ses investissements en bons du Trésor des États-Unis…

Il y a pire que la vente à tout prix et la mauvaise organisation : l’emprise de toute une idéologie de la finance qui s’apparente à une véritable religion venue des États-Unis. Les croyants usent de mots magiques comme « création de valeur », « benchmark », EBITDA (bénéfices avant toute autre dépense), WACC (coûts du capital) et autre jargon en anglais. Lorsqu’il n’existe aucun mot dans votre langue pour traduire des concepts étrangers, vous les utilisez comme des boites noires sans savoir trop ce qu’elles contiennent. Mettant les habits d’une autre culture, vous avancez patauds, incertains, servilement scolaires. Ne comprenant pas le fond, vous singez. Non seulement vous vous abêtissez, mais vous agissez comme tout le monde pour donner le change et l’illusion sociale d’avoir compris. C’est bien ce qui se passe en analyse financière comme en gestion de portefeuille, j’en ai eu l’expérience directe personnellement (voir Les outils de la stratégie boursière, 2007).

Le « benchmark » est par exemple considéré par les directeurs de gestion français comme un garde-fou à surtout ne jamais franchir au-delà d’une étroite fourchette. La simple lecture d’un dictionnaire vous apprend que benchmark signifie en anglais utile le niveau du maçon : il est donc une mesure, pas un carcan ! Un maçon qui pave un trottoir parfaitement horizontal, selon le niveau à bulle, est un mauvais ouvrier doublé d’un imbécile : l’eau va stagner dans les creux. Le trottoir doit être en légère pente vers le caniveau pour remplir sa fonction de trottoir, le benchmark sert de référence pour marquer cette pente. Pas en France – où l’on doit obéir : à la hiérarchie qui n’y connais rien, à l’abstraction scolaire du mot anglais mal compris ! Quand on ne comprend pas on imite, quand on n’est pas pénétré de l’esprit on régurgite la leçon mot à mot. « Je mets d’ailleurs au défi n’importe lequel des dirigeants des vingt premières banques européennes d’être capable de comprendre, et accessoirement de faire comprendre à ses administrateurs et actionnaires, ce qui se passe exactement dans ces boites noires de l’industrie financière que sont les départements d’ingénierie financière et de produits dérivés… » p.75. M. Bouton, PDG de la Société générale, l’a illustré à merveille lors de l’affaire Kerviel.

Édouard Tétreau prend le même exemple en analyse avec la « shareholder’s value », maladroitement conçue en français comme « créer de la valeur pour l’actionnaire ». Or on ne « crée » pas de valeur, on en a ou on en hérite, l’entrepreneur ne crée que de la richesse (du flux), pas de la valeur (du stock). L’analyste français, par ce concept mal compris, ne va donc s’intéresser qu’à l’actionnaire, à la distribution de dividendes, au retour sur investissement du portefeuille. Alors que la base de la richesse de l’entreprise, celle qui va permettre qu’elle soit durable et puisse investir pour générer du bénéfice (à répartir ensuite en partie aux actionnaires apporteur de capital), est mesurée par la rentabilité : le retour sur fonds propres en fonction du risque assumé. C’est cela qu’il faut analyser, pas la distribution.

Plus qu’un simple témoignage de ces années stupides, ce livre est une sociologie de l’entre-soi parisien où les gens d’un même milieu, sortis des mêmes écoles avec les mêmes concepts abstraits, baignant dans le même jargon anglo-saxon qu’ils comprennent mal, font du fric en toute bonne conscience en enfumant les clients – qui sont, au total, vous et moi, les assurés comme les retraités. Mais ce qui est vrai de l’analyse financière l’est aussi en d’autres domaines : les médias, l’engouement web, les capteurs solaires, en bref tout ce qui est trop à la mode et qui fait délirer comme, il y a 4 siècles, les bulbes de tulipes !

Édouard Tétreau, Analyste – Au cœur de la folie financière, 2005, Prix des lecteurs du livre d’économie 2005, Grasset, 283 pages, €4.96 (occasion) à 18.34 (neuf)

L’auteur de cette note a passé plusieurs dizaines d’années dans les banques. Il a écrit ‘Les outils de la stratégie boursière’ (2007) et ‘Gestion de fortune‘ (2009).

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Ma vie sous les tropiques

Les enfants ont repris le chemin de l’école, la vie retrouve son train-train, je vais vous raconter quelques anecdotes de ma vie sous les tropiques.

DEPUIS PUHI

Mes connaissances me proposent d’aller à Puhi, plateau de la presqu’île. Ce ne sera pas de refus. D’après le dictionnaire, Puhi signifie souffler (sauf pour le vent) mais aussi désigne une murène ou une anguille. Il faut d’abord rejoindre Miti Rapa, s’engouffrer dans la montée pour rejoindre le lotissement Noordorf puis continuer par un chemin étroit sur l’arête. Il y a encore quelques cultures, des farfelus qui habitent cet endroit isolé, ouvrir la chaîne qui barre l’accès et indique un terrain privé, être bon conducteur et surtout avoir un 4 x 4. On entend seulement quelques oiseaux et le bruissement d’une cascade, peu chargée en eau en ce moment. Après plusieurs kilomètres de montées, descentes et montées, nous arrivons sur le plateau. Ici, pas de bruit. On domine la côte depuis Papara jusqu’à Taravao et au-delà. C’est juste un peu couvert mais comme vous le constaterez sur la photo, vous pourrez distinguer la pointe du golfe de Papara, les deux motus de Mataeia, Papeari et les anses, Taravao, la baie de Phaeton. Quelle vue ! On aperçoit les champs d’ananas du « vieux Chinois ».

CHEZ VERO

Dans quelques mois on apercevra la prison de Papeari ! Peut-être même pourrons nous échanger quelques signaux avec ses occupants.

DEPUIS PUHI

Ce matin mon amie et moi sommes allées sur ses terres. Non, non, pas Puhi mais à Vevera qui se trouve côté montagne sur la route de Vairao toujours à la presqu’île. Il y a une sacrée montée avec de jolies maisons accrochées au flanc, puis un beau plateau occupé par quelques rares maisons. Il suffit de s’arrêter quelques instants pour jouir d’une vue magnifique vers le large. Aujourd’hui l’océan était doux et calme, peu de bateaux. Il est vrai que la Billabong Pro était terminée, car au bout de cette route Teahupoo, sa vague et son tunnel d’eau monstrueux connus des professionnels du surf mondial.

VEVERA

La douchette du lave-bassin de mon amie a rendu l’âme. Chez Ace, on trouve tout (matériaux bricolage, construction, etc.) ! Le rayon tuyaux de douche est tenu par un homme. Aïe ! Comment lui expliquer qu’elle cherche une douchette, pas l’installation complète. Oui, oui, il en reste  encore une mais c’est complet, avec le tuyau, le robinet, enfin toute l’installation. Mais Madame, si tu veux tu peux aller voir au rayon arrosage, ils ont des pistolets à mettre au bout d’un tuyau, vas voir. Mauruuru (merci). Elle reviendra,  souhaitant la présence d’une femme cette fois-ci ! C’est bon, cette fois-ci c’est une femme. « Je cherche une douchette pour lave-bassin ». Deux trois minutes, la fille a saisi, elle lui montre le sachet vu précédemment… « Non, merci, aurais-tu la douchette seule ? Non, Madame mais vas voir au rayon arrosage jardin. » Ok mauruuru ! Moi : « tu es sûre qu’ils ne vendent pas des lances à incendie ? » La douchette n’est toujours pas remplacée !

Il manquait beaucoup de produits sur tous les rayons de commerces de Tahiti et des îles. Encore une grève ! Le syndicat CSTP-FO a paralysé le port autonome laissant décharger les cargos qui se succédaient mais bloquant la sortie des conteneurs pour la ville. Les denrées périssables itou ! Les fournitures scolaires itou ! Maintenant la grève est terminée et il y a mille et un conteneurs à « dépoter ». Je n’ai pas compris le pourquoi de cette grève et si j’en crois « P’tit Louis », c’est une histoire de sécurisation des toilettes de la zone sous douane. C’est quand  même un sacré farceur « P’tit Louis », mais si les agents du port ne peuvent pas aller pisser sans recevoir un conteneur sur la tête… c’est autre chose. Enfin un syndicat qui joue à Dame Pipi.

Mon jardin suspendu est magnifique. Je suis fort satisfaite de mes plantations à part les petits piments doux qui refusent obstinément de montrer le bout de leur nez, ainsi que la coriandre qui elle aussi refuse de pousser. Dans quelques semaines j’irai, coiffée de mon chapeau,  récolter du Persil géant d’Italie bio, des côtes de bettes bios, des tomates cerise, des gombos, des feuilles de chou frisé vert demi nain, des pastèques miniatures, des laitues, des courgettes, des courges sucrines, des concombres et des aubergines. J’ai, pour cela, prévu un grand  « panier-marché » !

gamin cuir motard

Et ce gamin de 11 ans qui mobilise 10 gendarmes et des pompiers pendant une soirée avec ses fausses allégations. Il a fait croire aux gendarmes qu’il assistait à une exécution ! « Un homme pointe ma tatie avec un pupuhi (fusil à harpon) et menace de la tuer ! » Aux pompiers il avait raconté une histoire toute aussi sordide. Ce gamin se destine peut-être à devenir scénariste dans le futur ? Il a une carrière toute tracée.

C’était donc les nouvelles aoûtiennes du fenua, portez-vous bien.

Hiata de Tahiti

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Steve Jobs du visionnaire de génie au dernier clic

Article repris sur Medium4You.

Paru dans la « Collection privée » qui comprend aussi des titres sur Liz Taylor, Jean-Paul Belmondo ou Anne Sinclair, cet ouvrage sur Steve Jobs est plus un dossier de presse qu’un véritable « livre ». Ni biographie (compilée et résumée à grand renfort de Wikipedia), ni essai sur un personnage, il se contente de six fiches techniques juxtaposées qu’il intitule « parties » : la jeunesse, l’âge mûr, Apple, revue de presse, hommages et phrases cultes.

L’auteur Stéphane Ribes, journaliste à ‘Opera Mundi’ semble plus familier de Mickey et de Picsou que de culture classique. En témoignent ses erreurs grossières dès qu’il se met en scène. Ainsi, page 10, dit-il évoquer avec Steve Jobs « l’atelier Daumier » place de Fürstenberg à Paris ! Las, il s’agit de Delacroix… Quant à Daumier, il n’est pas le spécialiste « des petits rats de l’Opéra » mais a caricaturé les bals de l’Opéra, où n’allaient que des adultes. Ce serait plutôt Degas le dessinateur des jeunes danseuses. Même chose page 46 : les Tuileries recèlent l’Orangerie, pas « l’Orangeraie » ! La différence est que la première sert à ranger les arbres en hiver, tandis que la seconde est le verger où ils sont plantés à demeure. Ces bourdes sont dommageables à sa crédibilité de journaliste : peut-on croire que Steve Jobs l’ait apprécié pour explorer Paris ?

Il reste qu’une fois zappé cet avant-propos narcissique et approximatif, l’ensemble se lit facilement. Quiconque est intéressé par le mythique fondateur de la plus inventive marque d’ordinateurs et de gadgets communicants lira (après la page 15) les 240 pages qui restent avec bonheur (imprimées gros) : elles ne prennent pas la tête. Les phrases sont courtes, en français moyen, ponctuées d’anecdotes. Le lecteur va de découvertes en découvertes.

Saviez-vous que Steve n’aurait jamais dû s’appeler Jobs mais Jandali ? Sa mère était en effet amoureuse d’un Syrien musulman, Abdelfattah, que son père catholique a refusé. Le bébé Steve a donc été adopté par les Jobs. Mieux que l’hérédité, ses parents nourriciers lui donnent le goût du travail manuel et des maths. Ils le laissent assez libre, ce qui fait du gamin un rebelle à l’autorité scolaire mais un surdoué débrouillard. En Californie, dans les années 1970, tout est possible. Steve Jobs a 15 ans et découvre la marijuana, Bob Dylan, l’agriculture bio, l’électronique avec Larry Lang, ingénieur de Hewlett-Packard et voisin, enfin Stephen Wozniak, de cinq ans plus âgé que lui mais plus timide et moins imaginatif. Lorsqu’il a 17 ans, Steve vit presque nu dans les dunes avec une copine, Chris-Ann de qui il aura une fille, Lisa. Il ne la reconnaîtra que des années après, reproduisant son propre abandon… S’il entre à l’université, il n’y reste que six mois, le temps de découvrir la calligraphie (qui l’aidera au design graphique des Mac) et les spiritualités orientales. Il part en Inde à 19 ans après avoir bossé pour se payer le voyage. Il y découvre que l’intuition compte autant que la pensée rationnelle et que l’esprit doit osciller entre ces deux pôles.

Sa première voiture achetée avec ses gains à 16 ans, une Nash Metropolitan…

Lorsqu’il revient, il se met au zen et au cri primal avant de réintégrer Atari. C’est à ce moment qu’il crée avec Stephen Wozniak le premier Apple 1 dans le garage des parents Jobs (1976). La suite est connue : Apple II 1979, VisiCalc (premier tableur) 1979, Mac 1984, AppleTalk (premier réseau) 1985, QuickTime 1991, PowerMac 1994, MacOS 1997, iMac 1998, iBook 1999, iTunes 2001, iPod 2001, iPhoto 2002, Apple Store 2004, iPhone 2007, iPad 2010… Et l’aventure n’est pas finie car le choc de la contre-culture et du business fait surgir des gourous qui produisent des objets-culte : la pointe de la mode !

Sauf que les gourous sont narcissiques, paranoïaques et invivables. Steve Jobs était « séduisant et odieux » (p.64), « colérique, autoritaire et impatient » (p.78). Il exigeait des gens la perfection, partageant le monde entre les héros et les nuls. Immature et arrogant, il n’avait « aucune empathie ». Ce pourquoi il « pense différent » (slogan qu’il adoptera pour Apple). Il émettait « un champ de distorsion de la réalité » qui faisait croire n’importe quoi à n’importe qui, et réalisait donc l’impossible – ou presque. Quand il s’est agit de se faire opérer du cancer au pancréas qui va l’emporter à 56 ans en octobre 2011, il diffère de 9 mois… cruciaux – pour essayer la macrobiotique.

Il rompra avec Bill Gates avant de renouer pour « penser positif », il se fera virer d’Apple à 30 ans, il créera aussitôt NeXT qui développe surtout un système d’exploitation propriétaire (qu’Apple rachètera en 1997), puis investira dans une société de graphisme par ordinateur dont il fera Pixar (vendue à Disney en 2006 après avoir produit Toy Story et préparé Ratatouille). Dans le même temps, il aura une liaison avec Joan Baez, de 17 ans plus âgée, fera rechercher sa mère biologique, découvrira sa sœur Mona, reconnaîtra sa fille Lisa, puis épousera à 34 ans Laurene, de 9 ans plus jeune, qui lui donnera un garçon et deux filles. Il dira d’eux que ce sont ses meilleures créations… Plus que la fortune de 7 milliards de dollars accumulée. Quelle vie au galop !

Stéphane Ribes, Steve Jobs du visionnaire de génie au dernier clic, juin 2012, édition Exclusif, 255 pages, €19 

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