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Patti Smith, Just kids

patti smith just kids folio
La vie et l’œuvre de deux enfants du siècle (le précédent), nés sous les mœurs autoritaires de l’avant-68 et qui se sont cherchés longtemps après l’an 01. Née à Chicago en 1946 et ayant passé sa jeunesse dans le South Jersey, Patti, l’aînée de trois enfants, est le chef de la fratrie. Elle joue à la guerre avec les garçons, torse nu, jusqu’à ce que sa mère, vers ses 11 ans, lui enjoigne de mettre une chemise. Premier choc. Le second est lorsqu’elle « tombe » enceinte à 20 ans (tant était grande la naïveté sur le sexe, dans ces années post-guerre où le christianisme puritain mettait un voile sur tout ce qu’on ne doit ni dire ni savoir). Elle abandonnera le bébé à la naissance car – en bonne catholique – elle ne peut avorter. Sait-il aujourd’hui qui est sa célèbre de mère ?

Sans argent, en 1967, elle trouve 32 $ dans un sac à main oublié dans une cabine téléphonique, ce qui lui permet de prendre le bus pour New York afin de devenir artiste. Elle ne voit pas trop ce que c’est, mais elle veut. Elle a beaucoup lu enfant, Patti, elle dessine et écrit de la poésie inspirée par Arthur Rimbaud et Bob Dylan ; elle croit pouvoir vivre de ses talents. Génération gâtée d’après-guerre (malgré une relative austérité), tout lui semble possible. Elle est née au tout début du baby-boom et le monde recommence avec sa génération.

Dans la bohème de la fin des années 60, elle rencontre Robert Mapplethorpe, né la même année et qui squatte l’appartement d’un copain. Il est le troisième de six enfants d’une famille elle aussi catholique – mais lui tendance LSD. Gentil mais tourmenté, fantasmant sur le Christ nu torturé sur la croix, Robert se découvrira tard homo – tendance sado-maso. Les interdits et les affres de la pureté, dans le catholicisme comme dans l’islam, révèlent et suscitent plus qu’ailleurs l’homosexualité. Mais cela ne va pas empêcher le couple de vivre comme frère et sœur, baisant à l’occasion mais s’épaulant surtout l’un et l’autre, toujours présents à l’alter ego. Ils sont naïfs et idéalistes, pas du tout politiques, convaincus que l’art les possède et qu’ils vont émerger.

Ce sont juste des enfants… Patti fait de petits boulots en librairies ou magasins, Robert déménage ou vend ses charmes fous ; elle dessine et poétise, lui peint selon Andy Warhol, colle et bâtit des « installations » avant de découvrir le Polaroid, puis la photo. De 1967 à 1989, où il mourra du sida, Mapplethorpe ne quitte jamais Smith. Les deux vivent ensembles ou à quelques maisons, couchent souvent dans le même lit, connaissent leurs compagnons respectifs. Ils se voient tous les jours, se conseillent et se réconfortent mutuellement. La photo prise en 1967 à Coney Island par un photographe ambulant, qui orne la couverture, montre combien ils sont jeunes, beaux et sensuels – seulement des gamins.

Dans la société de consommation et de confort des années 60 et 70, ils pourront ignorer le mal et croire en leur « étoile bleue ». Ils sont pareils aux Enfants terribles de Cocteau, isolés dans leur monde, celui de la création comme jeu. Même les gratte-ciel de New York leur apparaissent splendides : « C’étaient des monuments à l’esprit arrogant mais philanthrope de l’Amérique » p.40. Lorsque que Patti rencontre pour la première fois Robert, il lui apparaît innocent, vulnérable, offert : « Sur un lit de métal très simple, un garçon était couché. Pâle et mince, avec des masses de boucles brunes, il dormait torse nu, des colliers de perles autour du cou » p.38. Description a minima, sentiment pudique, mais profondeur de l’empreinte.

L’argent ? Ils n’en ont pas et il est dur à gagner pour se loger et se nourrir. Mais la Beat generation est « trop jeune pour ce genre de soucis. La liberté suffisait à me satisfaire » p.63, déclare Patti Smith. Car tous les carcans religieux, moraux, sociaux, deviennent insupportables à la jeunesse en explosion démographique après deux guerres éprouvantes. On vit nu, on expose sa sexualité naturelle, on se met en couple pour se tenir chaud mais sans se lier, on s’envole avec haschisch, marijuana et LSD, on croit en son étoile… Les conventions sont laissées de côté, comme les slips et les soutiens-gorge, il n’y a rien entre les choses et soi, on s’offre, on se frotte, on expérimente. De vrais gosses. « Quand je mangeais avec les mains, il trouvait que ça attirait trop l’attention, alors qu’il était torse nu dans le bar, avec plusieurs colliers de petites perles et un gilet de peau de mouton brodée » p.82.

robert mapplethorpe

Le Chelsea Hotel et le Max’s Kansas City Restaurant étaient les lieux magique du Village où artistes, producteurs, acteurs, écrivains, chanteurs, se côtoient et se reconnaissent. Patti et Robert s’y coulent avec délice, y lient connaissance. Mais il faudra des années et des coaches pour qu’ils émergent. Ils doivent auparavant se trouver, ce qui veut dire découvrir leur talent particulier. Robert dans les affres de sa sexualité déviante (pour un catho) et Patti parce qu’elle ne poursuit rien jusqu’au bout. Même si elle a beaucoup lu, enfant et adolescente, elle reste d’une ingénuité confondante. Sur le sexe : « Je croyais qu’un homme devient homosexuel lorsqu’il ne trouve pas la femme qu’il fallait pour le sauver, conception fausse que m’avait inspirée l’union tragique de Rimbaud et Verlaine » p.97.

Allen Ginsberg le poète, puis Bobby Neuwirth l’alter ego de Bob Dylan, propulsent Patti Smith sur la scène, dès qu’elle a modernisé « à la Keith Robert » sa coiffure de bonne sœur. Ce sont John McKendry, responsable photo du MOMA, et Sam Wagstaff, mécène et amant de 25 ans plus vieux, qui propulseront Robert Mapplethorpe et feront reconnaître son talent. « L’artiste anime ses œuvres de la même façon qu’un enfant anime ses jouets. Que ce soit pour l’art ou pour la vie, Robert insufflait aux objets son élan créateur, sa puissance sexuelle sacrée » p.165.

patti smith robert mapplethorpe

Pendant ces années disparaissent Brian Jones, Janis Joplin, Jimi Hendrix, Jim Morrison, tous à moins de 30 ans – un peu plus tard Andy Warhol. Difficile de se faire une place après ces géants. « Tu te piques pas et t’es pas lesbienne. Mais qu’est-ce que tu fabriques en réalité ? » (p.256) s’exclame devant Patti l’auteur de théâtre Tony Ingrassia. La provocation et la transgression sont en effet l’essence de l’art contemporain depuis Marcel Duchamp et les Surréalistes – et il faut toujours aller plus loin. Sauf quand on a du talent, ce qui est très rare.

Patti et Robert en ont, ils le cultivent l’un par l’autre, et c’est ce qui fait de ce livre non seulement un document sur cette époque farouchement contre-islamique (que des perversions et des abominations !) mais aussi un cri d’amour (tout aussi haram).

Patti Smith va se marier avec Fred Smith, sans changer de patronyme ; elle aura deux enfants de plus. Elle chantera ses poèmes avant de monter un groupe de rock, tout en poursuivant le dessin. Robert décédera su sida peu après son mentor amant Sam, à 44 ans.

Ils étaient jeunes, ils étaient beaux, ils étaient de la génération d’avant, portée par la vague d’optimisme d’après-guerre. Pour eux, le monde tout entier était un terrain de jeu magique et l’art tout simplement un mode de vie. Ce monde a disparu dans la permanente « crise » de l’économie, de la politique, des soubresauts du monde, des valeurs et des raisons de vivre. Les pisse-froid qui se raidissent à la seule vision d’un torse nu ne pourront jamais approcher l’art, ni sentir la texture même de la vie frémissante, ni s’élever même à une quelconque spiritualité – qui récuse la forme pour une sorte d’abandon émerveillé.

Patti Smith nous rappelle avec justesse, en hommage à son ami disparu, que seule la liberté est première – car elle permet tous les possibles.

Patti Smith, Just kids, 2010, Folio 2013, 416 pages, €8.00

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Steve Jobs du visionnaire de génie au dernier clic

Article repris sur Medium4You.

Paru dans la « Collection privée » qui comprend aussi des titres sur Liz Taylor, Jean-Paul Belmondo ou Anne Sinclair, cet ouvrage sur Steve Jobs est plus un dossier de presse qu’un véritable « livre ». Ni biographie (compilée et résumée à grand renfort de Wikipedia), ni essai sur un personnage, il se contente de six fiches techniques juxtaposées qu’il intitule « parties » : la jeunesse, l’âge mûr, Apple, revue de presse, hommages et phrases cultes.

L’auteur Stéphane Ribes, journaliste à ‘Opera Mundi’ semble plus familier de Mickey et de Picsou que de culture classique. En témoignent ses erreurs grossières dès qu’il se met en scène. Ainsi, page 10, dit-il évoquer avec Steve Jobs « l’atelier Daumier » place de Fürstenberg à Paris ! Las, il s’agit de Delacroix… Quant à Daumier, il n’est pas le spécialiste « des petits rats de l’Opéra » mais a caricaturé les bals de l’Opéra, où n’allaient que des adultes. Ce serait plutôt Degas le dessinateur des jeunes danseuses. Même chose page 46 : les Tuileries recèlent l’Orangerie, pas « l’Orangeraie » ! La différence est que la première sert à ranger les arbres en hiver, tandis que la seconde est le verger où ils sont plantés à demeure. Ces bourdes sont dommageables à sa crédibilité de journaliste : peut-on croire que Steve Jobs l’ait apprécié pour explorer Paris ?

Il reste qu’une fois zappé cet avant-propos narcissique et approximatif, l’ensemble se lit facilement. Quiconque est intéressé par le mythique fondateur de la plus inventive marque d’ordinateurs et de gadgets communicants lira (après la page 15) les 240 pages qui restent avec bonheur (imprimées gros) : elles ne prennent pas la tête. Les phrases sont courtes, en français moyen, ponctuées d’anecdotes. Le lecteur va de découvertes en découvertes.

Saviez-vous que Steve n’aurait jamais dû s’appeler Jobs mais Jandali ? Sa mère était en effet amoureuse d’un Syrien musulman, Abdelfattah, que son père catholique a refusé. Le bébé Steve a donc été adopté par les Jobs. Mieux que l’hérédité, ses parents nourriciers lui donnent le goût du travail manuel et des maths. Ils le laissent assez libre, ce qui fait du gamin un rebelle à l’autorité scolaire mais un surdoué débrouillard. En Californie, dans les années 1970, tout est possible. Steve Jobs a 15 ans et découvre la marijuana, Bob Dylan, l’agriculture bio, l’électronique avec Larry Lang, ingénieur de Hewlett-Packard et voisin, enfin Stephen Wozniak, de cinq ans plus âgé que lui mais plus timide et moins imaginatif. Lorsqu’il a 17 ans, Steve vit presque nu dans les dunes avec une copine, Chris-Ann de qui il aura une fille, Lisa. Il ne la reconnaîtra que des années après, reproduisant son propre abandon… S’il entre à l’université, il n’y reste que six mois, le temps de découvrir la calligraphie (qui l’aidera au design graphique des Mac) et les spiritualités orientales. Il part en Inde à 19 ans après avoir bossé pour se payer le voyage. Il y découvre que l’intuition compte autant que la pensée rationnelle et que l’esprit doit osciller entre ces deux pôles.

Sa première voiture achetée avec ses gains à 16 ans, une Nash Metropolitan…

Lorsqu’il revient, il se met au zen et au cri primal avant de réintégrer Atari. C’est à ce moment qu’il crée avec Stephen Wozniak le premier Apple 1 dans le garage des parents Jobs (1976). La suite est connue : Apple II 1979, VisiCalc (premier tableur) 1979, Mac 1984, AppleTalk (premier réseau) 1985, QuickTime 1991, PowerMac 1994, MacOS 1997, iMac 1998, iBook 1999, iTunes 2001, iPod 2001, iPhoto 2002, Apple Store 2004, iPhone 2007, iPad 2010… Et l’aventure n’est pas finie car le choc de la contre-culture et du business fait surgir des gourous qui produisent des objets-culte : la pointe de la mode !

Sauf que les gourous sont narcissiques, paranoïaques et invivables. Steve Jobs était « séduisant et odieux » (p.64), « colérique, autoritaire et impatient » (p.78). Il exigeait des gens la perfection, partageant le monde entre les héros et les nuls. Immature et arrogant, il n’avait « aucune empathie ». Ce pourquoi il « pense différent » (slogan qu’il adoptera pour Apple). Il émettait « un champ de distorsion de la réalité » qui faisait croire n’importe quoi à n’importe qui, et réalisait donc l’impossible – ou presque. Quand il s’est agit de se faire opérer du cancer au pancréas qui va l’emporter à 56 ans en octobre 2011, il diffère de 9 mois… cruciaux – pour essayer la macrobiotique.

Il rompra avec Bill Gates avant de renouer pour « penser positif », il se fera virer d’Apple à 30 ans, il créera aussitôt NeXT qui développe surtout un système d’exploitation propriétaire (qu’Apple rachètera en 1997), puis investira dans une société de graphisme par ordinateur dont il fera Pixar (vendue à Disney en 2006 après avoir produit Toy Story et préparé Ratatouille). Dans le même temps, il aura une liaison avec Joan Baez, de 17 ans plus âgée, fera rechercher sa mère biologique, découvrira sa sœur Mona, reconnaîtra sa fille Lisa, puis épousera à 34 ans Laurene, de 9 ans plus jeune, qui lui donnera un garçon et deux filles. Il dira d’eux que ce sont ses meilleures créations… Plus que la fortune de 7 milliards de dollars accumulée. Quelle vie au galop !

Stéphane Ribes, Steve Jobs du visionnaire de génie au dernier clic, juin 2012, édition Exclusif, 255 pages, €19 

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Haruki Murakami, La fin des temps

Nous sommes dans les années 1980 et ce qui préoccupe la société est le Big Brother informatique. L’ordinateur va-t-il un jour prendre le contrôle du cerveau ? Les données personnelles sont-elles pillables à merci par tout hacker un peu doué ? Va-t-on un jour manipuler les hommes à leur insu ? Un ingénieur informaticien n’est-il qu’un liseur de rêves enfuis ?

Dans l’univers Murakami, deux sociétés se partagent le pouvoir : System et les Pirateurs. Il expose la dialectique éternelle de la balle et de la cuirasse : quand l’une fait un progrès, l’autre suit. Cette course sans fin a quelque chose d’absurde, surtout si c’est la liberté humaine qui est en jeu.

C’est en effet d’absurde qu’il s’agit dans ce ‘1984’ orwellien écrit par un Japonais trentenaire. Conte surréaliste, un jeune homme banal de 35 ans, que sa femme a quitté depuis des années, remplit une mission de codage de données sensibles pour un vieux chercheur farfelu dont le laboratoire se cache dans les souterrains d’un immeuble de la ville. De quoi suggérer fortement l’image du Complot, tant la foule indifférente qui va travailler tous les jours ne soupçonne aucun des mystères de Tokyo : la lutte sourde des ténébrides contre tout ce qui vit à la lumière, le combat sans merci des informaticiens pour et contre le système, l’enjeu du contrôle humain…

Du jeune homme, on ne saura pas le nom. Il est la banalité même, interchangeable, homme machine. On lui a implanté une méthode de codage mental qui le rend à son insu manipulable en subconscient. Tous les autres cobayes sont morts d’un conflit psychique, pas lui. Il écoute de la musique, lit des romans, baise à l’occasion en saine gymnastique. Mais le Japonais moyen a plus d’un tour dans son sac : sa résilience, dirait-on aujourd’hui, lui fait concevoir un autre univers où ses contradictions trouvent leur logique. L’esprit même de Murakami, écartelé entre le Japon tel qu’il est et son décalage personnel qu’il résout par l’écriture.

D’où ces chapitres en parallèle où court une autre histoire. Autre versant de l’informaticien, l’arrivant dans une cité close de hauts murs. Entrent et sortent des licornes, animaux improbables dont un certain nombre meurt chaque hiver tandis que naissent des petits. Leurs crânes, conservés, enferment des rêves qu’un seul personnage dans toute la ville est capable de lire : le liseur de rêves – lui. Tout se déroule sans heurts ni passions dans une ville fermée pour l’éternité. Le « paradis » vu par Murakami n’est pas ce frais jardin peuplé de houris et d’éphèbes des peuples de la Bible…

On s’y ennuie. Votre ombre commence par vous quitter et, avec elle, la mémoire. Vous n’avez plus de cœur, ce qui évite tout incident, puisque les heurts entre humains ne sont que passionnels. Qui ne peut s’adapter est rejeté au fond de la forêt, en paria. Nous sommes chez Orwell, chez Huxley, dans l’URSS brejnévienne de ces années 1980 : un monde parfait est un monde sans passion où tout est rationalisé. « Cette ville parfaite n’a pu se former que parce que les gens ont perdu leur cœur. Ils tournent à l’intérieur d’un temps qui étend à l’infini leur existence parce qu’ils ont perdu leur cœur » p.442.

‘La fin des temps’ n’a rien à voir avec la fin du monde, seulement avec celle du narrateur. Son monde d’informaticien des années 1980 rejoint le monde imaginaire des licornes, la faute au vieux chercheur qui l’a formaté ainsi. Il est, ici et là-bas, fin du temps, rêve d’éternité peut-être. « Chacun a au fond de sa conscience un noyau dont il ignore le contenu. Dans mon cas à moi, il s’agit d’une ville. Dans cette ville coule une rivière et elle est entourée par d’épaisses murailles de briques. Les habitants de cette ville ne peuvent pas en sortir. Les seules qui peuvent sortir, ce sont les licornes. Elles aspirent en elles l’ego et la personnalité des habitants et vont les rejeter à l’extérieur des murs. C’est pourquoi personne n’a d’ego – de personnalité dans cette ville » p.479.

Outre l’idée de célébrer le roman de George Orwel ‘1984’ (écrit en 1948), le lecteur d’aujourd’hui notera la culture littéraire et musicale des années 1980 qui a disparu corps et biens : «  Combien y-a-t-il de types au monde capable de réciter les noms de tous les frères Karamazov, hein, je vous le demande ? » p.521. L’auteur n’hésite pas à évoquer Balzac, Stendhal, Proust, Joseph Conrad, les musiciens de jazz ou Bob Dylan, Bob Marley, Police… Il a d’ailleurs une vision de Bob Dylan assez juste : « on dirait la voix d’un petit enfant debout devant la fenêtre, qui regarde tomber la pluie » p.461.

Évoquons pour finir les errements de la traductrice qui confond volontiers droite et gauche et ne connaît rien aux voitures. Comment porter sa valise de la main gauche tout en pressant la main que sa copine a glissée dans sa poche gauche avec sa main droite ?… Comment confondre le poisson nommé turbot avec le compresseur des moteurs turbo ?… Mais que ces facéties involontaires ne vous gâchent pas le plaisir. Murakami vaut d’être découvert.

Haruki Murakami, La fin des temps, 1985, traduction française Corinne Atlan 1992, Points Seuil 2001, 528 pages, €8.07

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