Eric-Louis Henri, La souciance

Un lieu, une évidence, après une existence vide mais bien remplie, paradoxe de l’agitation contemporaine. Le narrateur-auteur est un contemplatif actif, un formé philosophe après les Jésuites qui parcourt le monde en se vouant aux projets d’entreprises. En bref un concentré de contradictions.

Jusqu’à ce jour de vacances où échoué nulle part, il sent que c’est « le lieu ». « Comme un air de commencement » p.11. Un village paysan délaissé de la mondialisation et vidangé de ses habitants les plus jeunes partis travailler à la ville ou au monde. Un endroit qui pourrait se situer en Italie dans les Pouilles si l’on en croit les détails de la page 74, en tout cas sur le pourtour nord de la Méditerranée. Mais un lieu volontairement laissé flou, sans nom, hors du temps, signe « d’infini ».

« C’est ici… » p.21. Ici quoi ? « Ben, je sais pas… » p.28. Ici et maintenant, « voilà » dirait le tic de langage contemporain parce qu’il ne sait pas s’exprimer. L’auteur le sait mieux que les « Du coup-voilà » des télés, heureusement : il s’agir de l’instant à vivre comme une évidence.

Et tout ce roman développe la proposition qu’il existe un ici et maintenant pour chacun, quelque part au cours de sa vie. Avec digressions, anecdotes et quelques dérapages intellos dans le jargon sartrien. Ils ne sont pas bienvenus, ces dérapages car ils éludent le sujet en le noyant dans l’abscons. Quel intérêt romanesque puisque le livre est intitulé « roman » ? Les anecdotes personnelles, en revanche, sont un délice. Madame Jeanne la Polonaise et son café passé, les 16 ans troublés et la Folcoche de mère, la communication cybernétique qui réduit l’humanité au mécanique, le blog d’ambiance, sont des supports pour l’imaginaire et des adhésions à l’auteur.

Que dit-il, au fond ? Malgré quelques scies contemporaines usées sur « le tourisme », sur « fuir le passé », sur la première classe en avion très surfaite – il dit qu’il faut se soucier du monde, avoir une attitude de « souciance » ici et maintenant (là, sur le tapis, disait-on la génération d’avant). Car seul l’évidence fait sens, cette évidence née de l’imprévisible, cette part personnelle de « réalité universelle de votre singularité temporelle » p.92 qui constitue son universalité pour chacun. Un jargon bien mal ficelé pour dire tout simplement « votre part d’infinitude » p.93.

C’est un peu le défaut de ce premier roman que de tomber trop souvent dans la langue des érudits hors du monde qui veulent bâtir le leur. Se défaire des références philosophiques pour tout simplement vivre sa propre philosophie, ne serait-ce pas meilleur ? Mais il y a peu de pages et l’itinéraire spirituel mérite qu’on s’y arrête.

Eric-Louis Henri, La souciance, 2019, éditions du Panthéon, 119 pages, €12.90 e-book Kindle €9.99

Attachée de presse BALUSTRADE : Guilaine Depis, 06 84 36 31 85 guilaine_depis@yahoo.com

Catégories : Livres | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , ,

Navigation des articles

Les commentaires sont fermés.

%d blogueurs aiment cette page :