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La Guerre des Rose de Danny DeVito

Sous Reagan président, l’Amérique coule des jours en apparence heureux : liberté d’entreprendre et aisance matérielle, fierté retrouvée. Sauf que… la société ne reflète les individus que statistiquement, chacun en son intime n’est pas forcément heureux malgré l’argent gagné et le succès social. C’est ce qui arrive au couple Rose, Oliver (Michael Douglas) et Barbara (Kathleen Turner).

Un avocat (Danny DeVito) reçoit un client qui veut divorcer. Celui-ci ne prononcera pas un seul mot, se contentant d’être tout ouïe, potiche idéale pour conter une histoire (il partira d’ailleurs sans divorcer…). L’avocat lui raconte comment – après treize ans ! – il s’est remis à fumer. Ce fut le jour où Madame Rose est venue dans son bureau pour le harceler sexuellement, ayant en vue de lui faire fléchir son mari pour qu’il lui laisse la maison. Il n’y a pas que les hommes qui soient coupables…

Mais commençons par le commencement. Il était une fois deux étudiants un jour de pluie. Lui, Oliver, étudie le droit et compulse dans une vente de charité le catalogue des objets présentés ; elle, Barbara, entre par hasard, les seins nus pointant net sous sa robe mouillée de pluie. Elle repère Oliver et le suit lors des enchères en attendant de prendre le ferry. Il veut une sculpture ivoire et elle renchérit. Non pour avoir l’objet mais pour ferrer le mâle – voire le contrer. Car elle est gymnaste au Collège et ne supporte pas qu’un homme puisse s’imposer. Lui la rattrape et l’embrasse avant le ferry – qu’elle ne prendra jamais car l’aventure se termine par une partie furieuse et conjointement désirée de jambes en l’air.

Mariage, deux gosses, sapin de Noël. Quatre ans plus tard, le couple n’a pas beaucoup d’argent mais émerge. Barbara offre à Oliver, qui seul travaille, une voiture : celle dont il rêve, une Morgan. Puis aux enfants qui ont 3 et 4 ans, des sucreries – au prétexte qu’assouvir les désirs sucrés empêche de devenir obèse. Sans transition, sept ans plus tard, les deux gosses sont gros et Barbara ne rêve plus que d’entreprendre autre chose de mieux réussi : installer une maison. Elle trouve une vieille bâtisse dont la propriétaire vient de passer l’arme à gauche et convainc Oliver de l’acheter en travaillant encore plus et en empruntant à la banque. Elle va passer des années à l’aménager elle-même, à la garnir de meubles, à la parer de tissus, à disposer des bibelots.

Les enfants désormais sont grands, ils partent au collège, la maison est parfaite – Barbara s’ennuie. American way of life, au secours ! Que faire quand on n’a plus rien à faire ? Que jouir de ce que l’on a mais sans le temps de le faire ? Car Oliver, qui a bâti sa réputation dans un cabinet d’avocats, travaille beaucoup et doit répondre à ses clients jour et nuit. Barbara est frustrée, elle voudrait qu’il la considère, qu’il s’intéresse de nouveau à elle. Mais elle a pris son indépendance depuis longtemps, pour les gosses, puis pour la maison. Les rôles ont divergé et Oliver saisit mal comment il devrait d’un coup en revenir aux premiers temps. Egoïste ? Oui mais par habitude, parce qu’elle a pris en main la maisonnée en le laissant tout seul gagner de l’argent (illustration parfaite du couple traditionnel). Et que l’argent n’est pas une rente mais un labeur de tous les instants pour séduire, entreprendre, réussir.

Le féminisme est-il soluble dans le couple ? Si Madame a ses tâches et Monsieur les siennes, tout va bien ; si Madame s’ennuie, alors les ennuis commencent. Barbara décide de vendre ses préparations culinaires dont la réputation commence à dépasser le cercle de ses amis. Elle fonde une société de restauration, demandant à Oliver de regarder le contrat – mais celui-ci tarde et oublie, ce sont les affaires de sa femme, elle peut se prendre en main puisqu’elle le veut. Mais ce n’est pas cela qu’elle veut au fond : elle voudrait qu’il s’intéresse à elle, à ce qu’elle entreprend. Il aime sa cuisine, notamment son pâté, mais ne supporte pas qu’elle raconte mal les anecdotes devant ses invités. Dans son monde professionnel il l’ignore, la rabaisse ; elle souffre de cette distance, de son rire qu’elle caricature.

D’où le divorce. Mais elle veut toute la maison en échange de l’abandon de sa pension alimentaire – car elle gagne toute seule bien sa vie. Gloire à l’ère Reagan : l’entreprise fait florès, chacun peut monnayer ses talents – sauf que chacun se retrouve forcément tout seul et que le couple selon la tradition et l’hymne à la famille qui va avec sont en contradiction avec l’entrepreneuriat concurrentiel. Oliver n’est pas d’accord : certes, elle a trouvé la bâtisse et tout aménagé, mais c’est avec l’argent qu’il a gagné lui que tout cela a pu être acheté. Le reconnaître, compenser, rendre à chacun son dû serait la moindre des choses.

Les gosses, désépaissis avec les années, sont à l’université et regardent navrés le naufrage, tout comme la bonne (Marianne Sägebrecht, pas encore baleine de Bagdad Café). Le fils (Sean Astin) est plus proche du père et la fille de la mère, tout comme celle-ci a son chat Kity (Tyley) et Oliver son chien (Benny). Kity passera sous les roues de la Morgan sans que le conducteur le fasse exprès, Benny passera à la moulinette de Barbara exprès. Un amoureux des chiens ne devrait jamais se mettre avec une amoureuse des chats.

Oliver reste épris de Barbara, mais celle-ci a cessé de l’aimer – si jamais elle l’a vraiment aimé, ce dont je doute, la première scène de rivalité pour la sculpture étant révélatrice de sa volonté de s’opposer, voire de dominer. Elle n’a aimé que le sexe, occasion d’exercer ses talents de gymnaste et, quand le sexe s’est refroidi, elle n’a pas aimé la vie commune.

L’avocat Gavin (Danny DeVito,) ami d’Oliver, raconte alors pince sans rire à son client muet candidat au divorce combien ce fut la guerre, la guerre des Rose, analogue à la guerre des Deux Roses dans l’Angleterre du XVe siècle entre York et Lancastre. Le territoire français une fois fermé aux barons anglais pour y faire conquêtes, la guerre civile des barons anglais entre eux était inévitable pour arriver, piétiner le voisin et monter plus haut que lui. Même chose pour les Rose : une fois les gosses partis et la maison aménagée, la guerre civile n’a pu que naître dans le couple.

Nous passons à la comédie dramatique : aucun ne veut faire de compromis, chacun veut garder la maison. Mais la femme plus que l’homme, qui n’y a mis que sa collection de porcelaines. Le bâtiment n’est d’ailleurs qu’un prétexte à savoir qui domine : lorsqu’Oliver, après moult péripéties drôlatiques que je vous laisse découvrir à loisir, propose à Barbara de lui laisser cette maison et tout ce qu’elle contient si elle lui déclare que la sculpture d’ivoire qu’elle a acquise en renchérissant plus que lui jadis est à lui – celle-ci refuse tout net. Signe que ce ne sont pas les biens matériels qu’elle guigne dans le divorce, mais bel et bien l’affirmation de son pouvoir. La scène où le gros 4×4 macho rouge de Madame (fort à la mode dans les années Reagan) chevauche la Morgan racée blanche de Monsieur en dit long sur le fantasme féministe de niquer le mâle. C’est aussi un peu l’Amérique contre l’Europe, les pionniers contre les traditions.

Tout se terminera… comme il se doit. Personne ne va gagner et, dans un ultime geste d’amour repenti que je vous laisse saisir, Oliver va prendre conscience que Barbara au fond ne l’a jamais aimé.

DVD La Guerre des Rose de Danny DeVito, 1989, avec Michael Douglas, Kathleen Turner, Danny DeVito, Marianne Sägebrecht, Sean Astin, €8.30, blu-ray €15.96

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Entrée au Tadjikistan

Notre réveil, à 5 h du matin, n’est pas trop dur, compte-tenu du décalage horaire. Nous avons une longue route à faire. L’air sec déshydrate. Le petit-déjeuner, que nous prenons sous la coupole de tradition islamique, nous revigore. Le pain de Samarcande, réputé, est très sec selon nos normes. Il se conserve bien, sans doute, mais n’a rien de la brioche ! A la russe, saucisson rose et fromage standard de type gouda agrémentent les fruits frais et la confiture avec le thé ou le café. Le décor en stuc pastel est très bien fini et les garçons, jeunes et lisses, sont discrets et efficaces. L’un d’eux a le visage et le torse triangulaires, cette apparence géométrique est accentuée par l’ouverture triangulaire de la chemise sur la gorge. C’est assez frappant. Son acolyte a l’air plus russe, blond et rose, moins anguleux. Il n’a pas la finesse du jeune homme de l’accueil, un Biélorusse aux yeux bleus. Aucune femme ne sert, dans cet hôtel. Nous sommes en pays musulman…

Le soleil qui se lève passe un rayon doré qui donne une teinte chaude à tout cela. Fromage, saucisson, œufs, fruits, yaourt, pains, divers, jus de fruit, en plus du thé et du café, sont le signe d’une abondance que l’URSS était bien incapable de fournir.

Nous partons vers 6 h 45 en bus jusqu’à la frontière tadjike. Les alentours de Samarcande voient pousser la vigne. Cette culture est très ancienne dans la région, nous dit Rios, on pressait déjà le raisin au IVe siècle avant. Des archéologues français ont découvert un pressoir de pierre dans l’ancienne Samarcande. Les Ouzbeks ne boivent pas tellement de vin. C’est moins la religion que l’habitude qui prévaut : ils préfèrent nettement la vodka russe ! Affaire économique aussi : « la vodka, nous précise Rios, est moins chère que gratuite. » Tellement peu chère, d’ailleurs, que sa production a été arrêtée « jusqu’en 2012 ». L’économie post-soviétique se préoccupe en effet d’efficacité plutôt que d’administration des choses. Les musulmans ouzbeks – « et même les pratiquants », selon Rios – ne voient aucun mal à boire un coup de temps en temps. Il est de tradition que toute fête ne peut être réussie que si tous les mâles ayant l’âge sont ivres à la fin. Sinon, la réputation de l’hôte en prend un coup : « il n’a pas bien régalé ses amis. »

A la frontière, 70 km plus loin, les véhicules ne passent pas. C’est curieux pour deux républiques « sœurs », qui faisaient toutes deux parties de l’Union Soviétique il y a 15 ans encore… Nous quittons notre bus pour traverser à pied, bagages à la main, les quelques deux cents mètres qui séparent les barrières. A l’intérieur, dans des bâtiments de béton éclairés comme des salles de classe, les bureaucrates s’en donnent à cœur joie. Il faut paperasser, vérifier, recopier, tamponner. Un premier employé vérifie passeport, visa, document rempli (en anglais), déclaration de devises. Il remplit soigneusement un registre, comme dans l’ancien temps. Le stylo-bille a remplacé la plume, mais c’est tout juste. Un second tape sur un antique ordinateur les données d’identité du passeport. Il frappe d’un seul doigt. Il faut dire que les caractères latins ne sont pas sa lecture maternelle. Les bagages sont passés aux rayons X. Barrières, miradors, hauts grillages, fossé antichar ou presque… Côté tadjik, aucune voiture ne peut enfoncer la barrière pour forcer le passage, un fossé rempli d’eau la bloque. Ce qu’ils appellent ici une « dezobarrier ». Les voitures autorisées peuvent le franchir, mais en roulant au pas. Le Tadjikistan est très fier de son indépendance, acquise le 9 septembre 1991.

Côté tadjik, des paysans massés à la barrière piétons attendent le passage. Ce n’est pas l’heure, mais ils s’accrochent à la grille comme s’ils étaient prisonniers ou qu’une distribution de soupe devait avoir lieu. Ils ont la longue habitude de la queue à la soviétique, cela se voit. Ils sont parents de familles de l’autre côté, que des frontières artificielles et jalousement gardées isolent depuis quelques années seulement. On pourrait comprendre la méfiance des Ouzbeks envers les Tadjiks, car c’est bien au Tadjikistan qu’ont eu lieu ces attentats islamiques et cette quasi guerre civile dans la vallée centrale de Gharm/Karatéguine. Mais c’est au contraire côté tadjik que les contrôles sont les plus méfiants et les plus tatillons. Le Tadjikistan est le seul état de langue perse de l’Asie centrale. Et, de ce fait, il a connu de 1992 à 1997 une guerre civile entre « néo-communistes » et « islamo-démocrates ». Les premiers étaient évidemment soutenus par la Russie, les autres par l’Iran et l’Afghanistan. Les sudistes du Kouliab alliés aux nordistes Khodjentis majoritairement ouzbeks, s’opposaient aux régions perses de Gharm et du Pamir. La guerre civile aurait fait 60 000 morts et provoqué l’exode de milliers de réfugiés vers les pays alentour. Les combattants islamistes radicaux sont partis continuer la guerre en Afghanistan, tandis que les dirigeants de l’opposition se sont exilés en Iran. La situation politique intérieure est stable depuis l’Accord général sur la Paix et la Réconciliation Nationale du 27 juin 1997, conclu par l’ONU, la Russie et l’Iran.

143 100 km² pour 6,5 millions d’habitants musulmans sunnites à 85%, le Tadjikistan apparaît comme le petit frère de l’Ouzbékistan avec un taux d’alphabétisation de 99% et une espérance de vie de 64 ans aussi, tout comme un régime présidentiel fort. Les élections du 6 novembre 2006 ont vu la réélection « de facto » du Président Rakhmonov. L’agriculture compte pour 24% du PIB mais pour 67% de la main d’œuvre. De mœurs encore rurales, il est recommandé par le site des Affaires Etrangères de proscrire « la nudité. Il est déconseillé de porter le short et plus encore de se déplacer torse nu. Il est également recommandé, dans les zones rurales, de ne pas se baigner en maillot à proximité des lieux d’habitation. » Plus arriéré que son voisin turcophone, le Tadjikistan est aussi plus rigoriste musulman.

Nous prenons place dans deux véhicules 4×4 russes, ces fameux UAZ-452 déjà empruntés en Mongolie, rustiques et solides. UAZ, Ulyanovsky Avtomobilny Zavod, est l’acronyme de la fabrique d’armes d’Ulianovsk, ville à qui fut donné le véritable nom de Lénine. Aujourd’hui Simbirsk sur la Volga, les usines y furent décentralisées depuis Moscou sur ordre de Staline qui craignait l’avancée des troupes allemandes. Elles ont fabriqué des camions ZIS en plus de la fabrique d’armes. L’usine fut vouée aux Jeeps russes, les GAZ-69 militaires, dont la version civile fut produite sous le nom d’UAZ-469 au milieu des années 1960. C’est en 1958 que la première version 4×4 van UAZ-450 est sortie, améliorée deux fois pour aboutir à l’UAZ-452. Elle était à destination militaires et des policiers, mais fut vendue aussi et fort appréciée des fermiers et autres géologues. Le surnom russe de ce véhicule est « le bélier ».

Pendjikent (qui signifie « cinq villages ») est la ville frontière, à deux ou trois km du poste. Bien que nous soyons dimanche, les gens travaillent aux champs. Ils sèment des pommes de terre. Nous croisons de jeunes femmes au foulard sur la tête, des gamins en débardeur, noirs comme des pruneaux, des vieux ridés et fatigués. Tracteurs, vélos, antiques autos d’époque soviétique cahotent sur la route ou sur les chemins de terre entre les champs. La Volga des notables paysans dénote un certain prestige social ; c’était la voiture officielle des apparatchiks de rang moyen en ex-Union Soviétique. Des vaches, des ânes, broutent consciencieusement les bas-côtés ; il faut dire que l’herbe est rare, tout ce qui n’est pas roche est champ cultivé. La route étroite a des accotements évanescents.

La plaine dure à peine. Bientôt, nous apercevons la montagne. Elle s’élève brusquement, altière avec ses neiges éternelles. Domine le Chim Targa, 5489 m. « Le Tadjikistan, c’est 85% de montagnes », nous assure Rios. D’où ses ressources minières. « Le reste, c’est de l’élevage, il y a peu d’agriculture. » C’est au Tadjikistan, dans la chaîne du Pamir, qu’existe le Qullai Ismoili Somoni, ex-plus haut sommet de l’URSS connu sous le nom de « Pic du Communisme. »  La grand route vers Douchambe, la capitale de l’état, est en très mauvais état. Elle n’est bientôt plus qu’une piste trouée où les camions se croisent à grand peine. Le paysage se fait plus sec ; les seuls îlots de verdure sont les villages. L’ensemble est gris fer, triste, strict. La terre ici réclame du travail et encore du travail. Un fleuve roule à grands flots d’un ocre métallique et il attaque violemment et obstinément le schiste des méandres, se chargeant un peu plus de particules. C’est de cette Asie centrale contrastée que sont partis migrer les peuples indo-européens, au moins les Celtes, avançant lentement mais obstinément vers l’Atlantique à raison de 30 km par génération, défrichant la terre en chemin et y essaimant des gosses. Nous en sommes les descendants.

Nous déjeunons dans un restaurant sombre, tout en longueur, dans le bourg d’Aini. A l’extérieur, des gamins nous proposent à la vente de petites pommes cueillies sur l’arbre, des abricots frais dont c’est la pleine saison, des boules de fromage. Ils sont patients, professionnels, soucieux de gagner quelque argent.

Au-delà du fleuve, la piste de fait étroite, elle monte dur. Elle longe le fleuve d’en haut et est fort ravinée par les pluies. Nous remontons la vallée de Zeravshan vers le massif des Fan’s. Le véhicule quitte la piste pour une autre, plus étroite encore et plus défoncée dans la vallée de Passudaria. De 2×4, nous passons en 4×4, puis en 8×4 avec la démultipliée. Les moteurs chauffent. Trous, cailloux, prés avec vaches, ânes chargés d’herbe et guidés par des gosses, l’endroit n’est pas désert. Un peu plus bas, toute une tribu de garçons de 7 à 13 ans se baigne tout nu dans un trou d’eau. Bronzage intégral et fraternel. « Ils ont l’habitude ici », décrète Rios. Rares sont les véhicules qui empruntent cette voie, en témoignent les ânes. Ils sont maladroits face à cet animal inconnu d’eux qui gronde. Leurs maîtres ne sont pas moins empruntés, ne sachant trop où orienter du bâton leurs bêtes. L’un va à droite, l’autre à gauche, le troisième, indécis, reste carrément au milieu. C’est l’occasion de quelques scènes épiques. Les gosses maîtrisent mal les animaux, habitués à aller où ils veulent. Les pères, encalottés et enveloppés des amples vêtements de tradition, sont plus posés, mais ne voient pas d’autre issue que de stopper leur monture, ne sachant trop que faire. Aux voitures de la contourner. Ils saluent d’un signe de tête et la main sur le cœur.

Dans les villages, aux abords des prés où les adultes travaillent, des jeunes filles vêtues de couleurs vives s’occupent des petits et de la bouilloire à thé, ou bien font la vaisselle. Nous en sommes en pleine saison de récolte des abricots, dont les fruits orange vif parsèment les branches. Les arbres sont massés autour des habitations. Il s’agit de les étaler pour les faire sécher sur les toits de terre lissée, comme au Pakistan. Tous ces gens sont heureux de voir du monde, même si quelques coupoles sur les toits montrent qu’ils ont électricité et télé.

Les vaillants 4×4 russes nous montent au camp de base des alpinistes soviétiques. Nous avons 20 mn à pied à faire pour atteindre notre bivouac, qui est installé au premier lac, l’Alaoutdine, à 2600 m. Des ânes nous suivent avec les gros sacs. Nous sommes au pied du mont Chapdara, 5040 m. Il fait frais après la chaleur de la plaine et nous ne tardons pas à enfiler les polaires. L’eau immobile du lac est cristalline et le ciel s’y reflète comme en parfait miroir.

Rios l’Ouzbek francophone est accompagné de Lufti, le Tadjik sirdar et de sa femme russe Liouba, cuisinière. Nous sommes entre « frères » issus de l’Union Soviétique. Un adulte et trois adolescents servent comme âniers. Sur ce terrain pentu, boisé et caillouteux, nous plantons les tentes aux rares endroits plats. Elles sont dispersées un peu partout, montées tant bien que mal.

Le soleil descend, le vent tourne et s’inverse dans la vallée – comme toujours. Deux du groupe ont « payé un supplément » pour avoir une tente single – mais ce n’est pas prévu ici où les mœurs restent ‘kollectiv’. Ils sont vexés. L’égoïsme avance à grand pas. Moi, je fais tente avec Bénédicte, une ravissante lyonnaise blonde née à Marseille et qui travaille dans l’océanographie. Nous sommes en accord.

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Reprise des 4×4 de steppe

Les rancœurs accumulées – mais inutiles désormais – se donnent libre court dans la voiture où nous avons repris les mêmes places qu’à l’aller. Les branchés ne sont pas dans la mienne et l’un de nous peut ironiser sur ce « lèche cul » de Francis, Val plaindre le pathétique de l’Alcoolique en chef, A. en rajouter sur l’absence de capacité de communication de cette zonarde qui rappelle sans cesse ses origines des beaux quartiers par contraste avec sa déchéance mongolienne. Pour l’une d’entre nous, elle serait coupée des réalités françaises depuis trop longtemps.

A quoi cela sert-il de discourir ? Devant elle, personne ne moufte, sous le prétexte que « l’on n’a que quinze jours à passer ensemble, alors autant faire comme si ». J’aurais bien aimé observer une troisième semaine celle, en général, où les sentiments s’extériorisent. Mais le séjour est bien organisé et nous reprenons l’avion dans deux jours. Val me fait rire en imitant Francis à la soirée : « f’est diffifile de danfer quand z’ai mes faps ! » Ses ‘chaps’ : mot mystérieux du vocabulaire cheval, si drôle lorsque lui le prononce…

La lumière est d’argent et le paysage varié pour le retour. Notre chauffeur, Gana, inonde son pot d’échappement lors d’un passage à gué et nous voilà forcés d’attendre dix minutes au soleil, face au ruban brillant de l’eau, dans un paysage caillouteux où ne pousse qu’à peine une herbe rase, avant que la mécanique ne sèche assez pour pouvoir repartir. Plus loin, c’est un couple de cygnes sauvages qui barbote en suivant le fil du courant puis s’envole pesamment, les pattes rivées à l’eau comme un Tupolev au décollage. Le cygne est oiseau sacré en Mongolie ; il est l’animal totem des Bouriates dont la tribu serait issue des amours d’un chasseur avec une jeune fille cygne, dans les temps mythiques.

Nous pausons dans un bel endroit du bord de l’eau, toujours le même pour les groupes. A force d’arpenter la steppe, Biture vit sur son passé ; elle a repéré tous les endroits et les dissémine en fonction des horaires fantaisistes que sa dipsomanie inflige à ceux qu’elle accompagne. Ici, de gros rochers de granit bordent la rivière miroitante au soleil. Tout un banc de cumulus étincèle dans l’étendue turquoise du ciel éternel. Rares sont désormais les lieux frais et variés comme celui-ci. Pour le reste, la steppe commence à dérouler ses étendues semi-arides. L’horizon, malgré les vitres étroites de l’engin russe, ravive pour Val et à sa copine leurs envies de voyage.

Nous voici déjà à Karakorum pour déjeuner au camp de yourtes où nous avons dormis à l’aller. Nous attendent une salade de chou et carotte, une soupe au gras et des boulettes de mouton au riz. Rien de changé dans le menu. Nous ne reprenons la piste que pour nous précipiter vers la boutique d’Erdeni Zuu, désertée par les touristes en cette fin d’après-midi du début septembre. J’entre avec eux pour parcourir les rayons. De leur part, c’est une orgie d’achats. Pour moi, je ne vois rien qui me séduise.

En les attendant, sur le banc près de la porte de l’enceinte, j’observe un petit garçon sur les genoux de son père pas rasé assis sur l’autre banc. Il marche à peine mais vient me regarder de tous ses yeux, le visage grave comme s’il ne m’avait jamais vu. Je crains bien, d’ailleurs, que ce soit le cas. Passe un plus vieux, dans les dix ans, sur un vélo trop grand pour lui où il se tient debout comme sur des étriers. Sa chemise à demi ouverte se gonfle dans la brise, laissant entrevoir sa peau bronzée et les muscles de ses épaules tendus par l’effort. Un nouveau moine passe avec l’air préoccupé d’un homme d’affaires courant à son rendez-vous. La religion est redevenue une affaire sérieuse depuis qu’elle a été à nouveau autorisée, il y a douze ans.

Sur la route asphaltée, le tout-terrain peut foncer. Dans la voiture de Gana, un bouton rouge reste allumé en permanence sur le tableau de bord. Est-ce l’eau ? L’huile ? Les freins ? Ces voitures se réparent à l’étape, par petits bouts. Souvent nous voyons l’un ou l’autre démonter une roue pour changer une garniture de frein ou plonger dans le moteur pour nettoyer on ne sait quoi, plusieurs pièces éparses gisant sur un chiffon.

Nous parvenons tard à Khögnö khan, le camp du déjeuner au départ. Une promenade parmi les rochers, dans la lumière de fin d’après-midi, détend les jambes. Il fait plutôt frais avec le vent qui souffle. Le paysage ressemble à celui du Hoggar avec ses gros rochers de granit érodé en boules, ses odeurs d’armoise et sa lumière rougeâtre du couchant. Passée la barrière de roches, nous apercevons au loin la tache bleu et blanc d’Övgön Khiid, « l’ermitage du vieillard ». La nuit tombe pendant la visite prévue – nous sommes bien évidemment en retard.

Ce sanctuaire est animé par une vieille nonne que nous ne verrons pas. Sa fille, dans la trentaine, nous ouvre les portes. Les tankas des murs sont récents ou parfois anciennes car les fidèles ont souvent caché durant 70 ans les objets du culte pour que la grande purge des années 1934-37 qui a vu des holocaustes de monastères (parfois avec leurs moines dedans) ne détruise pas tout. Un mandala sur vélin, tracé à l’encre brunie, a dû ainsi être ressorti depuis peu des grottes inaccessibles dont l’emplacement ne se transmettait qu’entre personnes sûres.

Il faut grimper sur un versant pour accéder au petit oratoire qui surplombe l’ancien monastère dont il ne reste que des ruines. Y trône un autel portatif orné d’une tête de cheval verte. Il s’agit de la monture de Manjusri, le Bouddha qui doit venir. Cet autel est sorti une fois l’an et promené en circumambulation autour des lieux de culte de l’endroit. Plusieurs photos du Dalaï Lama trônent devant les vitrines. Sa Sainteté est venue plusieurs fois en Mongolie depuis la renaissance religieuse. Sa Présence « éveille » les sanctuaires endormis comme la consécration d’un évêque.

Un « diplôme » américain est aussi exposé. « Ambassador for peace » désigne la secte Moon aux dons jamais désintéressés.

Durant la visite, nos trois chauffeurs ont amené les voitures jusqu’au pied du sanctuaire pour nous raccompagner au camp où le dîner attend déjà (et les serveurs aussi). En attendant, ils ont démonté une roue et réparent encore je ne sais quoi. Ils en égarent même une clé qu’il faut rechercher en passant le gravier entre les doigts en peigne pour la retrouver dans l’obscurité !

Il est presque 22 h quand le groupe s’attable. Je décide, pour ma part, de prendre au préalable une vraie douche. Val fait de même. Les autres auront à accepter notre « retard » comme ils acceptent ceux des Francis et autres Cruella. Surtout que nous ne risquons pas de faire attendre un départ en cette fin de soirée ! Personne ne tire sur le débit de l’eau et nul n’a utilisé toute l’eau chaude. Il est quand même plus agréable de se sentir propre et frais pour apprécier le dîner. Nous retrouvons le bœuf avec le riz, comme à l’aller, ce qui nous change du sempiternel mouton.

Nous dormons par quatre dans une yourte où les lits sont un peu courts mais les rêves imagés.

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Petite fable tahitienne

Le chemin, le carrosse et la guêpe

land rover tahiti
Dans ce chemin montant, caillouteux, malaisé,
Et de tout côté exposé aux critiques,
Cinq cent cinquante chevaux vapeur tiraient un coche.
Femme, chiens, vieillard, tous étaient descendus.
L’attelage cahotait, peinait,
Une guêpe survint et du 4×4 s’approche,
Prétend l’animer par ses susurrements,
Pique, pique, à tout moment clame et déclame
Qu’elle fait presque chavirer la voiture,
S’empare du volant sous le nez du cocher.
Aussitôt le char avance
Et elle voit les roues souffrir mais vaincre
Elle s’en attribue aussitôt la gloire,
Va, vient, fait l’empressée ; il semble que ce soit
Une impératrice courant en tout endroit
Faire avancer ses obligés et hâter la progression.
La guêpe en ce commun besoin
Se plaint qu’elle agit seule et qu’elle doit tout faire,
Qu’aucun n’aide sa Majesté.
Les voisins pourtant utilisent son chemin
La folle rejette des cailloux ayant roulé sur ses terres.
Dame guêpe s’en va de ce pas hurler aux oreilles
Ses insultes toujours prêtes.
La guêpe avait en son temps dénoncé en mairie
Les cailloux trop pointus qui grignotent les pneus.
Je ne puis tolérer
D’être spoliée de la gloire qui m’est due,
J’annexe, commande, exige dit la guêpe.
Ce chemin est mien et demeurera mien.

Ainsi certaines guêpes, toujours empressées,
S’introduisent dans toutes les affaires,
Elles jouent partout les nécessaires
Et, toujours importunes, souhaiteraient être encensées.

jean de la fontaine

J’espère que Monsieur Jean de la Fontaine voudra bien excuser le mauvais plagiat de sa fable « Le coche et la mouche ». Mais c’est tellement adapté à la vie de Tahiti…

Portez-vous bien les amis, nana !

Hiata de Tahiti.

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Réserve d’animaux du parc national d’Udawalawe

Le lodge où nous arrivons la nuit tombée est l’Athgira River Camp, aux bungalows en dur sur pilotis ouvert d’un côté comme une tente. Il fait chaud, tropical, humide ; nous avons changé de région. Le camp, proche du centre de sauvetage des éléphants, est au bord de la rivière Rakwana, où l’on entend quelques locaux se jeter à l’eau nus à grandes éclaboussures. Nous n’avons pas le temps de dîner qu’il se met à pleuvoir en averse tropicale, nous voici obligés d’aller sous les paillotes, plus serrés qu’à l’extérieur, tandis que les garçons bruns aux chemises blanches très ouvertes virevoltent entre les tables.

Athgira River Camp sri lanka

Départ 6h10, le jour à peine pointé, pour 2h30 de 4×4 Toyota sur les pistes du parc national d’Udawalawe de 310 km². Il y aurait plus de 500 éléphants, des léopards et une grande variété d’oiseaux. Nous montons à quatre ou cinq par bétaillère, un banc de chaque côte sous une armature métallique, pour les quelques 7 kilomètres de route qui nous séparent de l’entrée dans la réserve. Le chauffeur de notre 4×4 est svelte et très souriant. Il conduit pieds nus, avec prévenance pour les touristes, leur évitant les cahots les plus forts, les branches traitresses et les ornières déstabilisatrices.

chauffeur parc national udawalawesri lanka

Nous observons la faune du pays : éléphants aux aguets, buffles broutant, un chacal tirant sur sa charogne, plusieurs aigles collés au tronc desséché d’un arbre mort comme pour se dissimuler, sur le lac des ibis, un héron, des crocodiles digérant immobiles au soleil, entre les arbres un vol de perroquets, des caméléons qui se fondent.

buffles parc national udawalawesri lanka

Les 4×4 passent sur la même piste arpentée plusieurs fois par jour, les animaux ne se dérangent même plus au bruit ; ils se suivent, ce qui gêne parfois la vue.

oiseau parc national udawalawesri lanka

Nous prenons des photos mais nous en avons au final plein des fesses en raison des chaos et plein les yeux en raison de la lumière ; je ne suis pas prêt pour un safari africain, les grosses bêtes de la jungle ne m’intéressent plus comme à l’âge des peluches au temps des dessins animés. Nous n’avons pas vu le léopard, seul gros félin de l’île : il se planque. Au retour du safari, il pleut… Il est à peine tombé quelques gouttes dans la réserve alors que la route qui mène au camp était toute mouillée. Y aurait-il un microclimat au-dessus des éléphants ?

oiseaux parc national udawalawesri lanka

Nous revenons au camp pour un petit-déjeuner de thé et de fruit, d’œufs brouillés. Pour une fois, il y a du bacon croustillant. Mais le café, bon dans le premier pot, a du repasser dans la même mouture au second tant il est fade. Mieux vaut en rester au thé. Il nous faut encore parcourir des kilomètres le long de l’océan, la vue trop souvent bouchée par les hôtels reconstruits après le tsunami avec les fonds d’aide internationale, pour passer Mirissa et atteindre enfin notre hôtel bord de mer, l’Insight Resort Ahaugama.

paon parc national udawalawesri lanka

La mer demeure forte, pas moins de cinq rangs de rouleaux viennent s’écraser sur le sable, mais il ne pleut plus. Notre premier soin, après la dépose des bagages dans les chambres, est de nous y tremper. Las ! On ne peut pas nager. Un courant traître vous emporte vers le large tout en vous déportant sur la droite. Le conseil est de ne pas quitter la zone entre les deux drapeaux rouges, une jetée artificielle de gros rochers faisant barrage.

mer a mirissa sri lanka

La lumière sur l’océan est comme souvent superbe, un dégradé de gris bleu vert du plus beau métal. Le ciel reste plombé de nuages lourds, même s’il ne pleut plus depuis quelques heures. Le sable est blanc jaune avec quelques brins de coraux arrachés par le ressac.

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Sylvie Taruffi, Un été à la montagne

sylvie taruffi un ete a la montagne

Le roman commence par la branchitude parisienne : on s’appelle Ambre, Enzo, on est mannequin de mode ou joueur professionnel de poker, on roule obligatoirement en BMW 4×4… Le lecteur se demande dans quelle mièvrerie il est tombé. Et puis l’horizon s’éclaircit avec le contraste radical de la montagne savoyarde où n’existent que des Marcel, Robert et Francis, où l’on élève des vaches pour faire le fromage ou l’on façonne le bois pour réparer les charpentes, et où les seuls 4×4 sont vraiment tout-terrain. Le lecteur est projeté de l’espace des loubards au domaine du vrai loup.

S’engrène une histoire d’amour passionnée entre une gamine immature capricieuse et un écrivain célèbre, musclé et bronzé. Une caniche et un chamois sous le regard australopithèque des génies des alpages et de la bonne guérisseuse du coin (que le politiquement correct oblige aujourd’hui à appeler ‘praticienne en thérapies alternatives’).

Les contrastes vont faire exploser les carapaces sociales, aidés des circonstances rocambolesques que je laisse le lecteur découvrir. Nous avons là un bon roman de passion, bien écrit, sans aucune faute ni d’orthographe ni de français (rare chez cet éditeur qui ne ‘relit’ jamais). Il coule de source et se lit bien, très prenant. Est-ce la vertu de « la possibilité curative de l’énergie », comme il est suggéré p.278 ?

Phénomène d’époque, deux êtres de la ville se convertissent à la nature. Ils quittent le frelaté où le paraître seul compte (l’anorexie mannequin, le bluff au poker, le style pour l’écrivain, les muscles et l’air méchant des gardes du corps) pour découvrir leur vraie nature : épanouie, véridique, sensible. Une fille perdue va même retrouver son père, un gamin dépendant de 28 ans son destin et une vieille ferme son vrai propriétaire.

Il reste les défauts d’un premier roman.

Les personnages sont excessifs, tous taillés bruts, les caractères noir et blanc, sans rien de ces nuances qui font le chatoiement de l’existence. Il y a maldonne quant au prénom du frère de Sélim : comment peut-il s’appeler Abel (nom juif) alors qu’il est manifestement Kabyle (si l’on en croit sa taille et sa masse musculaire), sinon de culture musulmane ? Abdel aurait été plus réaliste.

L’écart entre la ville et la campagne est presque haineux, le divorce mental entre les paysans et les cultureux très contemporain, mais poussé au paroxysme. « Là-bas, au moins, les gens ne cherchaient pas à être ne qu’ils n’étaient pas. Un vrai con était un vrai con et ne cherchait pas à être un expert en peinture ; une commère était une commère et ne cherchait pas à être la porte-parole d’un mouvement féministe ringard » p.250. On se demande pourquoi « ringard ».

L’auteur avoue ce roman comme une « autobiographie romancée ». Elle aurait été cet Ambre au prénom popularisé jadis par Katleen Windsor, fort à la mode chez les lycéennes des années 1970. Elle pratique aujourd’hui le soin par les énergies et par les plantes en Haute-Savoie. A-t-elle trouvé son « chamois » et fait avec lui plein de « petits chamois » comme son personnage ? On lui souhaite le bonheur des enfants gaillards courant dans les alpages, parmi les marmottes et les loups, avalant la saine fondue et soignés à la gentiane. On lui souhaite aussi de poursuivre dans la voie du roman – en corrigeant ses excès coloristes – car elle a l’énergie de raconter des histoires qui rendent joyeux.

Prenez un bon bol d’air et sauvez-vous de l’existence étriquée et polluée du métro, Mesdames ! Quant à vous, Messieurs, prenez exemple sur Enzo, fort et affectueux, vigoureux et doux, mâle et tendre – tous ces contrastes que recherchent désespérément les femmes de nature…

Sylvie Taruffi, Un été à la montagne, 2013, éditions Baudelaire, 304 pages, €19.95

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Ma vie sous les tropiques

Les enfants ont repris le chemin de l’école, la vie retrouve son train-train, je vais vous raconter quelques anecdotes de ma vie sous les tropiques.

DEPUIS PUHI

Mes connaissances me proposent d’aller à Puhi, plateau de la presqu’île. Ce ne sera pas de refus. D’après le dictionnaire, Puhi signifie souffler (sauf pour le vent) mais aussi désigne une murène ou une anguille. Il faut d’abord rejoindre Miti Rapa, s’engouffrer dans la montée pour rejoindre le lotissement Noordorf puis continuer par un chemin étroit sur l’arête. Il y a encore quelques cultures, des farfelus qui habitent cet endroit isolé, ouvrir la chaîne qui barre l’accès et indique un terrain privé, être bon conducteur et surtout avoir un 4 x 4. On entend seulement quelques oiseaux et le bruissement d’une cascade, peu chargée en eau en ce moment. Après plusieurs kilomètres de montées, descentes et montées, nous arrivons sur le plateau. Ici, pas de bruit. On domine la côte depuis Papara jusqu’à Taravao et au-delà. C’est juste un peu couvert mais comme vous le constaterez sur la photo, vous pourrez distinguer la pointe du golfe de Papara, les deux motus de Mataeia, Papeari et les anses, Taravao, la baie de Phaeton. Quelle vue ! On aperçoit les champs d’ananas du « vieux Chinois ».

CHEZ VERO

Dans quelques mois on apercevra la prison de Papeari ! Peut-être même pourrons nous échanger quelques signaux avec ses occupants.

DEPUIS PUHI

Ce matin mon amie et moi sommes allées sur ses terres. Non, non, pas Puhi mais à Vevera qui se trouve côté montagne sur la route de Vairao toujours à la presqu’île. Il y a une sacrée montée avec de jolies maisons accrochées au flanc, puis un beau plateau occupé par quelques rares maisons. Il suffit de s’arrêter quelques instants pour jouir d’une vue magnifique vers le large. Aujourd’hui l’océan était doux et calme, peu de bateaux. Il est vrai que la Billabong Pro était terminée, car au bout de cette route Teahupoo, sa vague et son tunnel d’eau monstrueux connus des professionnels du surf mondial.

VEVERA

La douchette du lave-bassin de mon amie a rendu l’âme. Chez Ace, on trouve tout (matériaux bricolage, construction, etc.) ! Le rayon tuyaux de douche est tenu par un homme. Aïe ! Comment lui expliquer qu’elle cherche une douchette, pas l’installation complète. Oui, oui, il en reste  encore une mais c’est complet, avec le tuyau, le robinet, enfin toute l’installation. Mais Madame, si tu veux tu peux aller voir au rayon arrosage, ils ont des pistolets à mettre au bout d’un tuyau, vas voir. Mauruuru (merci). Elle reviendra,  souhaitant la présence d’une femme cette fois-ci ! C’est bon, cette fois-ci c’est une femme. « Je cherche une douchette pour lave-bassin ». Deux trois minutes, la fille a saisi, elle lui montre le sachet vu précédemment… « Non, merci, aurais-tu la douchette seule ? Non, Madame mais vas voir au rayon arrosage jardin. » Ok mauruuru ! Moi : « tu es sûre qu’ils ne vendent pas des lances à incendie ? » La douchette n’est toujours pas remplacée !

Il manquait beaucoup de produits sur tous les rayons de commerces de Tahiti et des îles. Encore une grève ! Le syndicat CSTP-FO a paralysé le port autonome laissant décharger les cargos qui se succédaient mais bloquant la sortie des conteneurs pour la ville. Les denrées périssables itou ! Les fournitures scolaires itou ! Maintenant la grève est terminée et il y a mille et un conteneurs à « dépoter ». Je n’ai pas compris le pourquoi de cette grève et si j’en crois « P’tit Louis », c’est une histoire de sécurisation des toilettes de la zone sous douane. C’est quand  même un sacré farceur « P’tit Louis », mais si les agents du port ne peuvent pas aller pisser sans recevoir un conteneur sur la tête… c’est autre chose. Enfin un syndicat qui joue à Dame Pipi.

Mon jardin suspendu est magnifique. Je suis fort satisfaite de mes plantations à part les petits piments doux qui refusent obstinément de montrer le bout de leur nez, ainsi que la coriandre qui elle aussi refuse de pousser. Dans quelques semaines j’irai, coiffée de mon chapeau,  récolter du Persil géant d’Italie bio, des côtes de bettes bios, des tomates cerise, des gombos, des feuilles de chou frisé vert demi nain, des pastèques miniatures, des laitues, des courgettes, des courges sucrines, des concombres et des aubergines. J’ai, pour cela, prévu un grand  « panier-marché » !

gamin cuir motard

Et ce gamin de 11 ans qui mobilise 10 gendarmes et des pompiers pendant une soirée avec ses fausses allégations. Il a fait croire aux gendarmes qu’il assistait à une exécution ! « Un homme pointe ma tatie avec un pupuhi (fusil à harpon) et menace de la tuer ! » Aux pompiers il avait raconté une histoire toute aussi sordide. Ce gamin se destine peut-être à devenir scénariste dans le futur ? Il a une carrière toute tracée.

C’était donc les nouvelles aoûtiennes du fenua, portez-vous bien.

Hiata de Tahiti

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Politique à Tahiti

Malgré tout la guerre des sexes n’aura pas lieu, il n’y a eu que des paroles. Paroles, paroles, paroles ! On palabrait pour adopter une résolution afin de modifier la loi organique afin d’organiser la fameuse parité. Le boss, Oscar Tane (Temaru), a déclaré que « dans certains archipels, la politique n’est pas l’affaire des femmes ». Ben alors, sois belle et tais-toi !

La Dépêche de Tahiti indique « Danger pour les habitants de la vallée de la Tuauru, tous les jours, ils traversent la rivière pour rentrer chez eux ». Certains ont construit leur fare dans des vallées où ils doivent traverser sur les pierres de la rivière, pierres glissantes même quand la météo est favorable. En cas de forte pluie, le niveau de l’eau monte dangereusement et l’accès aux maisons devient impossible. Ce sont là des problèmes récurrents, mais les élections approchent à grands pas…

Des permis de construire ont bien été octroyés à ces chefs de famille, mais ils de disposent toujours pas d’électricité. EDT (l’EDF polynésien) leur réclame une somme qu’ils ne peuvent pas payer. Les conditions d’accès à leur foyer deviennent insupportables. Les maires successifs ont été contactés et à ce jour aucun n’est jamais venu sur place se rendre compte des difficultés de ces familles. Qui se penchera sur ces problèmes de circulation ? Qui osera prendre une décision?

Billet d’humour, l’actualité vue par Lolo. Sous la forme d’une affiche de film, en haut à gauche Maohi Nui Movies et les Films du 18ème trou présentent, suivent les photos d’Oscar Temaru et de Moetai Brotherson, « Indécrottables », un film de Tony Geros. Pour garder la santé il faut rire au moins 15 minutes par jour. A la vôtre.

Le gouvernement est coutumier des escapades à l’étranger. Professionnelles ? Personnelles ? Nul ne le sait car le service de communication est aux abonnés absents. Où est Oscar Tane ? A Hawaï paraît-il ! Après Hawaï, le « Temaru Tour » devrait rallier Brisbane, alors sur le fenua on a des doutes. Mais on n’a plus de doutes quant au transport des voitures de l’équipe Temaru pour l’inauguration du Festival des Marquises. Ça jasait beaucoup aux Marquises sur ce déplacement. Mais oui, c’est qu’aux Marquises, bonnes gens, on circule encore et toujours à cheval. A hue et à dia, et moi qui ne sait pas encore le dire en marquisien. Lors de ses premiers pas à la tête du Peï, une personne me racontait qu’elle rencontrait Oscar Tane venir chercher le poisson cru et les firifiri du dimanche en short et dans son petit 4×4 personnel. Les temps peuvent changer ! Maintenant ce n’est qu’en 4×4 luxueux aux vitres teintées que les membres du gouvernement polynésien se déplacent.

Fin d’année 2011, on apprend qu’une étude pour le changement du réseau hydraulique vétuste est lancée. Vous vous souvenez que les coupures d’eau sont quasi journalières et qu’il faut, si l’on veut se baigner en baignoire attendre les heures vespérales ou les heures très matinales pour jouir d’un filet d’eau mais ‘atation’, ne pas abuser du savon ! Il y aurait donc sur cette commune associée un pompage d’eau de source aux « Bains des Vierges » et deux captages à Vaihiria et Vaite. Il est vieux de 30 ans. Alors how much ?

Y avez du beau monde sur cette petite île de Maupiti : le Haussaire, le Vice-président, le Ministre de l’Agriculture, le Président de la Chambre d’agriculture… Souveraineté alimentaire qu’ils ont dit, autosuffisance, et pour cadeau un conteneur frigorifique. Pour les surplus ? Produisez, produisez, exportez disaient les Huiles aux cultivateurs de Maupiti. Mais, répondaient ceux-ci, on manque de terres exploitables, on manque de moyens techniques sur les motu, on ne nous exonère pas du fret pour exporter vers les autres îles. Maupiti est loin d’être autosuffisante alors ?

L’actu vue par p’tit Louis [rien à voir avec le fils de Qui-vous-savez, mais qui est le caricaturiste vedette de ‘La Dépêche de Tahiti’ – Arg.] :

  • « Le gros : La gendarmerie fait des stages auprès des jeunes pour leur apprendre à bien conduire…
  • – Le maigre : à quand des stages auprès des politiques, pour leur apprendre à bien se conduire ?!
  • – Le gros : Depuis que l’État ne s’occupe plus des aéroports dans les îles.
  • – Le maigre : le Péi s’est rendu compte qu’elles sont beaucoup plus dispersées qu’avant !
  • – Le gros : Une gare maritime bientôt vide, un aéroport de Moorea déserté, les poches des pauvres taote (médecins) asséchées !
  • – Le maigre : et un palais pérésidontiel sans pérésidont ! Ceci expliquant peut être cela ! »

Hiata de Tahiti

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Monastère de Tsaghats Kar et forteresse de Sembataberd

Réveil à 7h30 sans effort, cela doit correspondre à un cycle de sommeil. Nous prenons le petit-déjeuner puis le bus jusqu’à un gros village. Mais la route s’est effondrée dans la rivière et nous sommes obligés de marcher un moment entre les maisons, de traverser une passerelle de lattes, avant qu’un minibus loué nous prenne de l’autre côté pour nous mener au début de la randonnée.

Le chemin est caillouteux et plein soleil, au pied des monts Vardenis ; mais il n’est pas dix heures et nous parvenons au monastère à midi, avant la grosse chaleur. Seule difficulté, la rude dernière montée, en altitude. Mais il y a de l’eau partout, au moins trois sources sur le chemin pour ceux qui veulent remplir leur gourde.

Le monastère aurait été érigé pour servir de mausolée aux martyrs chrétiens des guerres de religion contre les Perses, dont lors de la fameuse bataille d’Avaraïr en 451 de notre ère. Le monastère a été rebâti durant le règne d’Abas I Bagratouni (929-953) par l’évêque Stepanos.

Devant l’église saint Nechan, deux énormes khatchkars se dressent sur sa façade ouest. L’église saint Jean est mononef à pilastres, sur son mur est gravée la date de 989.

La seconde église est dédiée à la Sainte Mère de Dieu. Elle est tétraconque  en rectangle et date probablement de 1222. L’église saint Jean-Baptiste (Yovhannès Karapet) est un bel édifice, sa chapelle est digne et austère, toute de basalte noir. Elle date de 1041, construite par le père Vadtik. Ses images gravées dans la pierre commémorent les martyrs avec des raisins, un aigle emportant un agneau dans ses serres, un lion combattant un taureau. Il y a encore la chapelle Saint-Signe, mononef sur caveau.

Nous prenons là notre pique-nique, face aux églises, sur la pente, à l’ombre d’un arbre. Un gros 4×4 noir frimeur éjecte un jeune couple aux lunettes noires très américain d’apparence. A vous dégoûter de marcher dans la nature pour rencontrer au bout de tels spécimens urbains.

Nous ne tardons donc pas à redescendre pour grimper sur la montagne opposée afin de rejoindre la forteresse Sembataberd. Elle commande les deux vallées d’Eghéguis et d’Artabouni. Les remparts restaurés sur l’à pic en trois côtés sont la seule chose à voir avec le paysage. Les murs sont formés de blocs de basalte sur 2 à 3 m d’épaisseur, ce qui date la forteresse du Xe siècle. Ils sont aujourd’hui très restaurés ! L’eau était amenée par des conduites de terre cuite souterraines depuis des sources à 2 km. Ce serait la forteresse Symbace mentionnée par Strabon.

En contrebas, dans le village laissé ce matin, deux camions remplis de gens criant et chantant montent la côte. Nous sommes dimanche, peut-être est-ce pour quelque fête ou un mariage ? Nous descendons l’autre versant parmi les fleurs et les herbes à fourrage. De grands chardons aux têtes mauves bien pommées se dressent sur le sentier. Notre guide arménienne en a cueilli sur le site mégalithique. « C’est pour faire joli dans un vase ? – Non, pour manger. – Manger quoi ? – Mais le cœur, il suffit d’enlever les piquants mauves. – C’est vrai, le chardon est de la famille de l’artichaut. – J’en mangeais souvent petite. »

Au village, trois vieux et un gamin sont assis sous un auvent pour discuter le bout de gras. Regards distants de vague curiosité. Le minivan nous attend avec les filles pour nous reconduire au bus. Nous repassons la passerelle de lattes jusqu’à l’école vide en été où nous attend le bus. Il n’a pas bougé depuis que nous l’avons laissé ce matin.

La maison attenante à l’école, d’où un petit de trois ans nous regardait passer il y a quelques heures, paraît celle d’un ponte. Une vieille Volga des dignitaires du Parti est au garage tandis que le fils de la maison, petit-fils de l’ex-dignitaire peut-être, arrive en pétaradant sur un quad, torse nu du haut de ses dix ans. Il est presque obèse, bronzé et sans gêne, le parfait gosse de riche à qui tout est permis. Il enlève son polo pour faire moderne, à l’inverse de la gêne paysanne des autres garçons. Il n’est pas beau avec ses bourrelets graisseux sur les hanches et les seins mais il a les yeux clairs. Arrivé au portail, il descend et ne dit rien. Sa sœur de neuf ans s’empresse d’aller chercher une pierre pour bloquer l’engin. Le petit mâle connaît ses droits de futur patriarche.

Nous cherchons de l’eau dans une boutique. Ce n’est pas l’usage ici où l’eau coule de source et où les gens sont immunisés aux bactéries. Il n’y a que de la bière ou du Coca. Je prends une bière, elle ne fait que 6.4°. Malgré ses 50 cl, elle ne porte pas à la tête, au contraire, je me sens revigoré, prêt à une autre marche !

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Deon Meyer, 13 heures

Un roman policier sud-africain, cela change des éternels thrillers sordides des banlieues américaines ou des états d’âme des petit-bourgeois français. Nous sommes dans la « nouvelle » Afrique du sud, mosaïque ethnique multiculturelle où les Blancs sont minoritaires et les Noirs divisés entre Zoulous, Xhosas et autres Bantous. Sans compter les immigrés kenyans et zimbabwéens… Le pays va mal parce que l’ordre est loin de régner et que les chamailleries ethniques ont repris comme jamais. Peut-être est-ce une image prémonitoire de ce que sera l’Europe dans deux générations ?

La police n’échappe pas à ce mouvement de fond et les quotas cantonnent les Blancs comme les Zoulous et les Xhosas à des postes où le professionnalisme compte moins que l’appartenance ethnique. C’est dire si c’est le souk, où la bureaucratie amplifie l’incompétence tandis que certains en profitent. Rien de nouveau sous le soleil quand le peuple n’a plus d’unité. La police municipale méprise la police criminelle, que les douanes ignorent, tandis que les avocats s’en donnent à cœur joie pour défendre leurs clients nantis et que les pauvres se débrouillent dans les trafics.

Le roman est découpé en séquences horaires minutées, de 5h36 à 18h37. En 51 chapitres, eux-mêmes divisés en paragraphes de l’ordre du quart de page à une page, l’action se veut dynamique et haletante. Elle commence vivement mais hélas se perd dans les sables. Ce n’est que vers la page 350 qu’elle revient. Entre temps, tout un exposé lourdingue sur les particularismes locaux, le ressentiment ethnique et les ego misérables, l’arrivisme et l’alcool, la putasserie et les affaires. Rien de bien passionnant car la fragmentation d’une société est déprimante en soi. Même notre éventuel futur comme thème d’intrigue ne passionne pas.

Une Américaine est égorgée au matin tandis qu’une autre court la ville en jogging pour échapper… à qui ? Suspense. Est-elle une « mule » pour la drogue ? S’agit-il de trafic de chair blanche ? A-t-elle vu ce qu’elle ne devait pas voir ? Ceux qui la poursuivent sont une équipe mondialisée de Blancs et de Noirs, Afrikaans d’origines diverses, anglo-néerlando-russe d’un côté et xhosa-zoulou de l’autre. Ils sont tous jeunes, beaux, sportifs, armés, et évoluent en virtuoses dans une valse de 4×4 et autres puissantes bagnoles, sans aucune pitié. La séance de torture à laquelle nous fait assister l’auteur veut le prouver. Dans cet exposé de mondialisme exacerbé, Deon Meyer ne manque pas de caricaturer la « conne américaine » (ce n’est pas bien difficile…). La fille va trouver les bandits pour leur demander s’ils ont bien fait ce dont on a été témoin. C’est la meilleure façon de se faire égorger, mais les oies blanches de l’Indiana sont tellement connes que s’en est véridique ! Il y a évidemment les flics ripoux, la corruption sud-africaine, le papa américain qui a des relations, les maîtres du monde qui régentent les politiciens zoulous depuis Washington, et ainsi de suite.

Au total, le roman peut se lire mais traîne trop en longueur. Lorsque l’intrigue se dévoile sur la toute fin, le lecteur est un peu déçu : tout ça pour ça ? Meyer aime à compliquer une action banale sans que cela apporte d’épice à la lecture. La seule virtuosité technique (indéniable) ne remplace pas l’idée (indigente). Un pays qui a explosé en multiples baronnies et clans ethniques, pays qui se raccroche désespérément à l’international pour seulement exister, nous intéresse peu. Mais ne vous méprenez pas, ça se parcoure quand même. Lisez-le si vous avez un (très) long voyage en train (ce qui n’est pas rare avec la SNCF), sinon évitez l’heure de la sieste, ce serait mortel !

Deon Meyer, 13 heures, 2008, Points policier, Seuil, mars 2011, 566 pages, €7.41

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États d’âme institutionnels à Tahiti

Oscar l’indépendantiste, revenu au pouvoir a couru « taparu » (faire la manche) à Paris. Pourtant il ne sait plus quels termes employer pour mépriser les  Farani (Français), les traiter plus bas que terre, il veut une « indépendance immédiate ». Avec quoi les Polynésiens vont-ils vivre ? Peu lui importe on peut se nourrir d’indépendance, c’est délicieux les promesses et cela emplit l’estomac. Pour le moment il est revenu avec une promesse de prêt MAIS sous condition !

Sera-t-elle, un jour, autosuffisante cette Polynésie avec un PIB établi à 21 244 dollars (Nouvelle-Calédonie 36 395 $), et une population qui a doublé en 20 ans, avec des plaines agricoles transformées en lotissements et des routes encombrées de gros 4×4 ? Alors au lieu de réfléchir et d’apporter des solutions pérennes, on continue d’avoir une vue à court terme, et le futur, quoi – c’est quoi le futur ?

On fait les poches du contribuable métropolitain et on fera celles du Polynésien ensuite… Après nous, le déluge. Faisons comme si tout allait bien : « regardez dans les autres îles du Pacifique sud, ils sont heureux, prenez modèle sur les autres îliens », dit Oscar à ses électeurs.

Je lis toujours avec beaucoup d’intérêt les articles parus sur ‘Tahiti Pacifique’. Je commence toujours par le billet d’humour de Beslu. Dans le numéro double de juin-juillet, Christian Beslu écrit « Notre cher Oscar qui prête toujours une oreille compatissante aux plaintes des anti de tout bord a simplement déclaré qu’il était urgent « d’élaguer le mammouth » sans préciser quelles branches de celui-ci il comptait vraiment couper (?). Il est sûr que l’on va avoir à souffrir encore longtemps des divagations et des supputations de ces délirants groupements ».

Dans le numéro d’août, c’est son clébard qui souffle les sujets à son maître, ce dernier étant fiu (las). Ce bon chien confondit la « fête des pères » avec « faites des paires » et ramassa avec ses confrères canidés les savates esseulées qui traînent à la Pointe Vénus à chaque fin de week-end. Beslu se félicite de ne pas avoir prononcé « fête des mères ». « Que n’aurait-il pas ramené, surtout à  Mahina ? » Pour ceux qui vivent et ceux qui ont vécu à Tahiti, Beslu ajoute « Il faut vraiment faire attention à ce que l’on sème et à ce que l’on dit dans ce secteur où tous les chemins mènent à Nuutania  (la geôle de Tahiti). Tous les sujets proposés à son maître par le Rantanplan local rendent encore plus fiu Beslu.

Jusqu’en 1960, les 60 000 âmes colonisées de Tahiti vivaient en quasi-autarcie. En 1964, le pouvoir gaulliste choisit des atolls des Tuamotu comme site nucléaire. L’arrivée du CEP fait la joie du secteur marchand, l’économie est devenue dépendante de Paris et la société de consommation s’est introduite. Transferts massifs vers Tahiti donc, en 1970, des mouvements populaires. On possède le médicament miracle pour calmer ces démangeaisons : « transferts de compétence, autonomie, SEM (Sociétés d’économie mixtes) et autres EPIC». Pour acheter la paix, l’Etat aurait  financé une élite richissime, toutes ethnies confondues.

En 1973, les cousins du Pacifique s’installèrent enfin devant leur boîte à images, moule à façon de la société de consommation métropolitaine. Il faut continuer à presser le citron. L’Etat français finance les domaines régaliens (éducation, armée, justice, aviation civile, météo, and so on) et le territoire presse lui  aussi pour 34% de jus. Vous demeurez étonnés que la Polynésie française soit une des destinations les plus chères au monde ?

Et dans ce contexte, qui colonise qui ? Qui est le véritable colonisateur à Tahiti ? Tandis que moi je ne cesse de vous parler de ce paradis…Tandis que les Ma’ohi dirigeants occupent les esprits en faisant voter par l’assemblée de P.F. une « résolution appelant à la réinscription de la P.F. sur la liste des territoires non autonomes à décoloniser », et poursuivent  avec un code de la propriété. Tout ce qui touche au foncier ici déchaîne les passions, auxquelles se greffent rajouts, commentaires, déclarations des « experts » (qui sont légion). Le sujet : les terres en déshérence reviendraient au territoire et seraient distribuées par le conseil des ministres. Quelqu’un a une meilleure idée ?

Hiata de Tahiti

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Tahiti se drogue à ce qu’il peut

Je vais vous conter la candide aventure d’une pakamobile à Papeete. Il était pourtant rutilant ce 4×4, mais il est tombé en panne. Impossible d’aller effectuer les livraisons aux différents points de vente ! Qu’à cela ne tienne ! Les livreurs de paka (cannabis) ont vendu aux passants la cargaison « au cul du camion ». Ils ont évidemment été pris en flagrant délit par la police et les hommes du GIR. Un kilo 500 d’herbe séchée a été détruit. Puis 500 pieds de paka ont ensuite été arrachés chez le « pakaculteur ». Un millier de boîtes (d’allumettes) destinées au conditionnement et le 4×4 ont été saisis.  Les livreurs ont « donné » le producteur qui a expliqué qu’il avait mis au point une espèce « d’herbe » capable « de donner » tous les 3 mois.

A noter qu’une boîte de 3g se vend 5000 FCP. En 2009, les autorités estimaient ce marché souterrain à 40 milliards de FCP/an. Les quantités saisies ne représentent en gros qu’un quart de la production en circulation. A Tahiti, on n’a pas de pétrole mais on a du paka.

La semaine précédente, dans l’enceinte du Palais de Justice, un individu s’était allumé un joint. Mais il est vrai que le gouvernement veut interdire la vente de la bière fraîche après 16 heures.

D’ailleurs ledit gouvernement vient d’être renversé. Président du peï : Oscar, indépendantiste ; Président de l’Assemblée : Jacqui, indépendantiste; Présidents des diverses commissions : tous indépendantistes. 57 représentants pour 267 000 habitants dont 29 représentants indépendantistes, autrement dit la majorité. La question que tout le monde se pose : c’est quand que les Indépendantistes boutent les Popaa hors du fenua ?

Réponse : pas tout de suite car l’autre drogue c’est les sous. La CPS (Sécurité sociale du fenua, autrement dit de Tahiti) réclame 27 milliards à la France en remboursement de tous les frais occasionnés par les malades du nucléaire, c’est à dire quasiment tous les patients de Polynésie, sans distinction, depuis une quarantaine d’années.

Quand on n’a rien à se mettre dedans, on s’en met dessus. Le monoï ? ça marche bien ! Soin original, le monoï est un produit utilisé par 250 marques de cosmétiques. 28 tonnes exportées au 1er trimestre 2010 et, pour le 1er trimestre 2011, ce sont 98 tonnes qui sont parties. Plus de 10 millions de produits finis en contiennent. L’année prochaine on fêtera les 20 ans de l’appellation d’origine. La fleur de tiare possède des propriétés apaisantes et assainissantes reconnues. Le tiare ne pousse de façon naturelle qu’à Tahiti. Le monoï fabriqué avec l’huile raffinée de coprah a des vertus émollientes avérées… D’où l’intérêt des grandes marques de cosmétiques : Schwarzkopf, Estée Lauder, Cinq mondes pour ne citer qu’elles parmi les 250 cosmétiques intéressés.

Il faut bien exporter quelque chose quand on ne sait plus accueillir… Publication des chiffres du tourisme : en 2010, 153 919 visiteurs soit une baisse de 4,1% par rapport à 2009, alors que l’Organisation mondiale du tourisme annonce que le nombre de touristes internationaux a augmenté de 7%.

On crée des emplois entre soi, comme ça on ne sort pas de la famille : l’annonce officielle qu’une nouvelle prison de Papeari (Tahiti), coûtant de 8 milliards de FCP, donnerait 245 emplois permanents.

Portez-vous bien, à bientôt.

Hiata de Tahiti

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Jonathan Coe, Le cercle fermé

Voici la suite de ‘Bienvenue au club’déjà chroniqué sur ce blog. Nous ne sommes plus dans les années 1970 mais au début des années 2000. Les adolescents au lycée, vivant leurs amours et leurs ambitions dans un humour ravageur ont fait place à des adultes mariés, parfois avec enfants. Sont-ils heureux ? Ont-ils réalisé les promesses de l’aube ? C’est tout le sujet de ce second tome.

Doug l’apprenti journaliste dans le bulletin du lycée et fils de syndicaliste, est devenu journaliste politique ; il est marié à Frankie, fille de la haute, dont il a deux fillettes. Et l’on rit lorsque les gamines essayent maladroitement de répéter les injures sorties de la bouche de leur père à l’énoncé d’une mauvaise nouvelle, devant leur mère outrée. Culpepper, sportif et bon élève en concurrence avec Steve le Jamaïcain noir, est devenu homme d’affaires proche du pouvoir ; il a pris une bedaine et un cynisme qu’on ne lui aurait pas deviné. Steve a laissé la physique, où il a échoué en terminale, pour la chimie où il dirige un labo de recherche jusqu’à ce que la quête du profit maximum immédiat le mette sur la paille dans les années Blair. Le pâle Philip a épousé Claire et ils ont un fils, Patrick, 15 ans au début du livre. Mais le couple a divorcé, ayant chacun fait le choix du mauvais conjoint. Philip est toujours resté amoureux de Lois, qui en a épousé un autre, tandis que Claire aurait bien épousé Benjamin.

Benjamin justement, reste le héros du livre, le personnage central autour duquel tout tourne. Nous l’avions quitté éperdument amoureux de Cicely la poison. L’a-t-il épousé comme rêvé ? Point du tout ! Sitôt l’amour fait, Cicely est partie rejoindre sa mère qui officiait sur les planches à New York, et a connu là « sa période gouine ». Benjamin n’a donc pas écrit son grand œuvre, il est devenu expert-comptable. Il a épousé la triste Emily, militante chrétienne. Ils n’ont pas d’enfant, n’étant pas parvenu à en faire. Le lecteur apprendra, au fil des pages, qu’il s’agissait bien d’un blocage psychologique car tant Benjamin qu’Emily en auront un par ailleurs… mais ne dévoilons pas trop l’histoire. L’auteur entremêle les destins de façon qu’une chatte n’y reconnaîtrait pas ses petits. Mais cela donne des coups de théâtre excellents, comme celui qui arrive à Paul sur la fin. L’infernal petit frère des années lycée est resté aussi chieur qu’ado en devenant député travailliste. Il a constitué un club, comme les Anglais aiment tant à s’y distinguer, le Cercle fermé. Ce rassemblement informel d’amis autour d’un projet politique commun est une façon de comploter à l’intérieur du grand parti, afin de se pousser du col. Ne critiquons pas trop les clubs anglais : les Français ont leurs franc-maçonneries, ce qui ne vaut guère mieux.

Outre sa construction originale qui fait retrouver les personnages selon des liens inattendus, outre l’usage réitéré de fragments littéraires divers tels le récit, le journal intime, le courriel, l’un des intérêts multiple de ce gros roman est sociologique. L’auteur porte un regard aigu sur les travers de son époque et de son pays. Plutôt porté à gauche, Jonathan Coe n’en raille cependant pas moins l’égoïsme indifférent des bobos locaux. Telle cette conne, « la conductrice d’un énorme 4×4 vert bouteille – qui semblait fait pour acheminer des vivres sur des routes défoncées entre Mazar-e-Charif et Kaboul plutôt que pour emmener au supermarché, comme cela semblait être le cas, un couple bourgeois avec enfant – klaxonna furieusement en faisant une embardée, portable à la main » p.81. On se demande combien de mains possède cette Shiva démoniaque qui fait tout en même temps en se foutant pas mal des autres.

Mais les hommes ne sont pas mieux traités. Ils emmènent le dimanche leurs enfants petits au square. « La plupart des nounous, apparemment, avaient leur dimanche libre, et les pères pouvaient ainsi profiter de leurs enfants au parc tandis que les mères restaient à la maison pour faire ce qu’elles ne pouvaient pas faire le reste de la semaine pendant que les nounous s’occupaient de leurs enfants. Ce qui signifiait en pratique que les enfants étaient livrés à eux-mêmes, délaissés et confus, tandis que les pères, chargés non seulement de journaux, mais de pintes de café Starbucks ou Coffee Republic, tentaient de faire sur un banc ce qu’ils auraient fait à la maison s’ils en avaient eu la possibilité » p.112.

Car le monde a pris la bougeotte. « Nos parents ont gardé le même boulot pendant quarante ans. Mais maintenant (…) Doug a changé de boulot. Moi, j’ai changé de boulot et de pays. Steve veut changer de boulot, apparemment » p.303. Sauf un : Benjamin le lunaire, jamais remis de l’amour de sa vie pour l’égoïste évanescente Cicely. Il va d’ailleurs la retrouver, juste au moment où il envisageait de se faire moine, mais je ne déflore rien de plus. Sauf que l’on apprend tout sur le miracle du slip, irrésistible dans le premier volume.

Le monde a pris de l’égoïsme aussi. Les manifs syndicales aux portes des usines précises, dans les années 1970, ont laissé place à des manifs pour des abstractions : contre la guerre en Irak ou pour conserver Rover en Grande-Bretagne. Personne ne fait plus attention aux autres, sauf par nostalgie adolescente, et encore. Le joyeux Harding, potache blagueur célèbre au lycée, est devenu un pronazi cynique célibataire et aigri, vivant tout seul dans la campagne en écolo de Hobbes, en guerre contre tous. Les néolibéraux ont pour hantise la promiscuité, ils s’isolent en cercles fermés, en ghetto de résidence, en plages réservées. « Ils emploient leur argent à installer un système de filtrage, à édifier autant de barrières que possible, afin de n’entrer en contact digne de ce nom qu’avec des gens du même type qu’eux, économiquement et culturellement » p.349. Les néotravaillistes se sont acoquinés avec eux, ce qui explique pourquoi Blair a fini par perdre le pouvoir.

Quant au modèle américain, il est celui de la pute. Racoler le client comme on racole sur le trottoir, susciter le désir de consommer sur le schéma de la baise. Munir, anglais d’origine pakistanaise, est outré de voir à la télé les séries de « stars » américaines : « Ces femmes sont dans un endroit public et elles discutent de la meilleure manière de pratiquer une fellation, exactement comme elles parleraient tricot ou cuisine. Et l’une d’elles – celle-là, là-bas ! – vient de reconnaître qu’elle avait couché avec cinq hommes différents en une semaine ! Quel respect, quel respect ces femmes peuvent-elles éprouver pour elles-mêmes, pour leur corps ? (…) Voilà ce que c’est, l’Amérique, aujourd’hui, un pays de dégénérés ! Pas étonnant que le reste du monde se soit mis à les mépriser ! Quelle… quelle probité attendre d’un pays qui se conduit ainsi ? (…) Qui prêche la religion et la morale, mais dont les femmes se comportent comme des putains » p.420. Ce pourquoi Blair, fourvoyé à tort dans la guerre d’Irak avec Bush junior, a fauté, au grand dam de l’auteur qui vote travailliste.

Un bien beau livre qui montre que tout est lié, que l’on n’oublie jamais, que sans cesse les causes produisent leurs effets inattendus. La vie, quoi. Avec d’attachants personnages.

Jonathan Coe, Le cercle fermé (The Closed Circle), 2004, Folio 2009, 551 pages, €7.98 

Le coffret Bienvenue au club + Le cercle fermé, Folio, €15.96 

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La Néerlandaise de Charleville, Australie

Article repris par Medium4You.

Sous sa conduite, Rob et son camion nous amènent sur le plateau dominant la station. 2010 est la seconde bonne année de pluie. Le paysage verdoyant déploie son long tapis entre les arbres et la terre ocre. Entre les branches fleuries d’eucalyptus le Moquelia pointe son nez : feuilles de houx de nos forêts et fleurs rouges ! Un peu plus loin, le fermier nous montre une « mine » de fer. Pourquoi aucune exploitation de ce minerai ? L’analyse qu’il en a fait faire indique une très faible teneur en fer. Et pour finir la matinée, nous cherchons des opales dans ce qu’il reste d’une petite « mine » à ciel ouvert tandis qu’au milieu du bush qui fleure bon, le fermier nous prépare un savoureux thé agrémenté de cookies ! Nous savons que la chance de trouver des opales commence à partir de 10/15 m de profondeur. Mais nous avons oublié nos pelles et pioches, alors… next time better ?

Adieu Carisbrook, nous quittons notre hôte par la piste. A 11h55, nous avons roulé pendant 300 km, rencontré aucune voiture. C’est pourtant une voie principale, de terre, certes, mais une voie principale ! Les estomacs crient famine, Rob nous arrête à Jundah pour l’achat d’un casse-croûte mais il n’y a rien à se mettre sous la dent. La région est inondée 3 semaines après les pluies tombées dans le Nord, quand il pleut bien sûr ! Par téléphone David nous commande des sandwichs ; à fond la caisse, Rob mène son destrier blanc, à 14h nous arrivons à Welfort.

L’en-cas est avalé en vitesse, et nous repartons, il reste encore 2h30 de route. Les paysages qui défilent, sont variés. Nous traversons d’abord le très large « delta » de la « rivière » Cooper Creek qui s’est étalée gourmande et généreuse à la fois dans cette plaine en recouvrant tout. Sur la route, des panneaux tous les 200/300 m indiquent la hauteur de l’eau, jusqu’à 1 m. C’est dire que l’eau tombée au nord de l’Australie il y a 1 mois a baigné les sols : tout est vert. Ici, on mesure la difficulté d’être paysan dans ce vaste pays. Au dire des paysans, ils préfèrent l’inondation à la sécheresse et on les comprend !

Le bruit du camion effraie beaucoup de kangourous : des petits, des grands, des roux, des gris, des émeus, des oiseaux. Les kangourous s’éloignent à grande vitesse, puis ayant pris de la distance face au perturbateur se dressent sur leurs séants et regardent passer ce drôle d’engin. Il nous reste encore 40 km à parcourir lorsque nous bifurquons à gauche de la route principale. Le soleil décline lentement dans une féérie de jaunes et oranges, direction Ray Station, là où nous passerons deux nuits.

Enfin la délivrance pour Rob et nous tous. Le propriétaire Marc nous accueille à la croisée d’un chemin. Distribution des chambres, toilette, excellent repas préparé par Sandra, l’hôtesse, et au lit. Oh ! Surprise, dans la cuvette des WC, une petite grenouille vert-émeraude prend son bain dans une eau de récupération couleur sable. Elle n’est pas sauvage, mais surveille l’intrus qui vient interrompre son bain.

Le lendemain, découverte des lieux après un petit-déjeuner fort copieux. Pour faire connaissance des lieux, le tour du propriétaire à bord de notre camion-bus. Visite des maisons familiales, rencontres florales, canines, ovine, découverte de la vie des Irlandais immigrés depuis le début du 19e siècle. Les maisons, blotties dans des oasis de verdure, sont pleines de souvenirs.

10 h, thé et gâteaux very british. Fin de la visite matinale, retour au réfectoire : une somptueuse assiette froide préparée avec amour et couleurs par Sandra. Pas de temps à perdre, on part découvrir des « mines d’opale » sises sur les 700 km2 de la propriété. La terre a été labourée en surface pour que nous puissions découvrir plus facilement les trésors enfouis. Les Aborigènes lors de leurs périples connaissaient les lieux où s’abreuver, tels ces trous d’eau naturels. What time is it? Four o’clock tea : thé rouge, gâteaux maison, bananes et biberon pour le bébé kangourou orphelin. Retour en flânant, un peu moins de soleil qu’hier mais aucune pluie. Sandra à nouveau aux fourneaux pour concocter le dîner. Préparons la valise.

Le lendemain matin, c’est fini, nous avons fait nos adieux à nos hôtes. Quelle expérience : 6300 moutons, 800 bestiaux, 3 enfants en pension, deux chiens, un bébé kangourou orphelin. Pour nourrir le bétail, 2 bulldozers, avec entre eux une grosse chaîne, avancent de concert pour ratiboiser les arbres qui deviennent du fourrage pour le bétail. Parfois, Marc et Sandra ont le blues alors ils partent se ressourcer à la ville pendant quelques jours, voir du monde, aller voir un film, faire AUTRE CHOSE.

La conduite sur les petites routes est spéciale. Rob roule au milieu de la chaussée. S’il aperçoit une voiture, un 4×4, il se serre un peu à gauche. En Australie, on conduit toujours à gauche ! S’il entrevoit un road tain venant en face, il va circuler sur le bas-côté gauche souvent aplani et désherbé et laisse ainsi la voie royale au road train avec ses 3 remorques. Sur les routes un peu plus larges et matérialisées, les voitures, les petits camions roulent à 100 km/h, nous sommes doublés allégrement par des road train à 3 remorques. Ici, en Australie, place aux road trains, qu’ils doublent, on ne se mesure pas à ces monstres !

En marchant à la recherche d’un casse-croûte, nous sommes hélés par une dame assise sur un banc : « D’où venez-vous ? ». C’est une Néerlandaise qui a vécu à Paris puis en Suisse, et qui habite maintenant près de Charleville, au centre d’une immense région d’élevage. Elle entendait parler français avec un drôle d’accent par des individus qui ne ressemblaient pas à des Français de France, trop bronzés et très mélangés ! Quelques phrases échangées tandis qu’elle attend Monsieur pour repartir dans leur station. Elle prend le temps de nous poser des questions sur notre origine, ce que nous faisons en Australie, avec le camion-bus qu’elle a aperçu. J’échange quelques mots de néerlandais avec elle. Elle n’en revient pas ! Une Parisienne qui vit à Tahiti, qui visite l’Australie, qui parle un peu le néerlandais… Mais comme toute bonne Néerlandaise qui se respecte elle n’oublie pas de me demander quel prix de pension nous avons payé dans les deux stations où nous avons séjourné ! Elle aimerait compléter ses revenus avec du tourisme à la ferme !

Hiata de Tahiti

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