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Agatha Christie, Black coffee

agatha christie black coffee le masque

Nous sommes en 1934 et Hercule Poirot, le ridicule et vaniteux petit Belge d’un mètre soixante au crâne en forme d’œuf et aux moustaches superlatives, est appelé au téléphone à Londres par un lord savant, sir Claud Amory. Il vit dans le sud-est de la capitale dans un ravissant manoir tout à fait victorien, au milieu d’hectares de parc et de jardin. Il règne sur la maisonnée présentée à la table du soir : sa sœur Caroline, son fils Richard avec sa femme Lucia, sa nièce Barbara, Edward son secrétaire un peu savant lui aussi et le docteur Carelli, une rencontre du village de Lucia.

Quelques instants plus tard, dans la bibliothèque, au moment du café, sir Claud annonce qu’il a découvert que la formule d’un nouvel explosif très puissant qu’il vient de découvrir a disparu de son coffre fermé à clé, et qu’il a mandaté un détective de Londres pour trouver le coupable. Stupeur dans la salle. Lorsque la lumière s’éteint, sur ordre de sir Claud durant une minute, afin que le voleur puisse remettre le papier ni vu ni connu, divers bruits, tintements, soupirs et froissements se font entendre. Quand l’éclairage revient, sir Claud git les yeux fermés dans son, fauteuil – mort. C’est alors qu’Hercule Poirot entre en scène.

Écrite pour le théâtre en 1930 (reprise en 2014 au Royal Theatre de Windsor), cette œuvre a été après la mort de l’auteur adaptée en roman sur la demande de l’éditeur par l’écrivain australien Charles Osborne et l’on sent l’effort des belles phrases. Nous ne sommes pas dans le style Agatha, plus sec, mais dans une adaptation fleurie plus vraie que nature. Donc un peu forcée, comme ces intérieurs américains trop neufs qui singent les meubles de style. Mais toute l’intrigue est ramassée en un seul lieu, sur quelques heures, avec les mêmes protagonistes. Ce schéma apparaît compliqué mais obéit à une logique ; il est recouvert par un double méfait, le vol et le crime. Les deux sont-ils liés ?

Chausse-trappes, impasses, fausses pistes ne manquent jamais chez Agatha. Pas plus que la grande scène finale où, tous réunis, la révélation surgit. Rien de magique, la simple agitation des petites cellules grises…

agatha christie black coffee poche

Nous sommes ici dans du Agatha tout pur ; arsenic et vieilles dentelles sont un peu recyclés pour les besoins de la modernité, mais la trame y est. Huis clos, tous cachottiers, chacun avait un intérêt soit au vol, soit au crime, soit aux deux. Who done it ? Qui l’a fait ? En deux heures vous serez intéressés, supputerez les indices, calculerez votre coupable – et resterez pantois lorsque la vérité éclatera, car elle est imprévue.

Comme d’habitude. Du grand art des méandres et de la psychologie. En outre, chacun des personnages est bien campé dans ses travers et ses grandeurs. Il en a été tiré deux films et un téléfilm, aucun disponible en DVD en français.

Agatha Christie, Black coffee, novelisation 1997, Le Masque 2001, 222 pages, €5.60

e-Book format Kindle, €2.49

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Monterosso et Vernazza

Encore une fois le train, pour Monterosso cette fois. Nous visiterons plus tard ce charmant village, réputé aux touristes.

monterosso

Ce matin, direction la crête par le sentier. La compagne de Massimo, notre tôlier-restaurateur, et ses deux filles de 10 et 14 ans, nous accompagnent. Elles sont vénézuéliennes, donc plus bronzées encore que les Italiens exposés à la plage tout l’été. L’adolescente est gracile et rebelle, ce qui lui donne du charme. La petite court devant ou derrière, infatigable. Le sentier monte raide avant de redescendre brutalement sur Vernazza. Nous dépassons, puis redépassons après une pause, un petit allemand de 6 ans à la main de sa mère, qui marche courageusement sur le sentier ; il le fera dans toute sa longueur sans se plaindre malgré de faibles chaussures et de petites jambes.

sentier monterosso vernazza

Un escalier étroit sous les maisons, tel un tunnel, descend des ruelles du haut vers le port.

vernazza port

Sa construction est volontaire : pour éviter les attaques trop brutales, la seule issue pour atteindre le village était cet escalier dans lequel ne pouvait passer qu’une seule personne à la fois, donc facile à défendre.

vernazza escalier

Nous pique-niquons sur une anse du port, sous l’église, après qu’Eva eut fait les courses.

vernazza eglise et plage

Deux tartes salées, aux blettes et au riz, des concombres et carottes en bâtons au fromage straccino, du pain et des prunes, tel est notre repas.

tarte aux bettes

Nous ne sommes pas les seuls, autant les Italiens que les touristes viennent ici manger et se baigner, voire papoter en slip au soleil, comme cette brochette de vieux du pays.

vernazza anse pique nique

Des kids, debout sur une planche de surf (sport qui s’appelle Stand up Paddle), rament lentement dans les eaux calmes ; d’autres, tout excités et la peau nue au maximum, jouent au foot sur l’étroit carré de sable qui permet aux bateaux de s’échouer.

vernazza gamin rameur

Nous passons une heure ou deux à errer dans les rues où s’écoule une foule dense cherchant à marchander quelques babioles.

vernazza place

L’une de nous achète un foulard mauve aux dessins bleus qui ressemblent à du Vuitton, composé mi-coton mi-soie (industrielle ?), fabriqué en Italie (selon l’étiquette). Douze euros quand même, mais c’est joli. En prenant un café, assis sur une banquette en terrasse sur la place, nous observons les gens manger et déambuler autour de nous.

vernazza ansel

Une fille repère un jeune homme de 16 ans qui arbore fièrement un torse d’athlète, un lacet de cuir terminé par une boucle comme un anneau ornant son cou jusqu’au sternum. Il ressemble, en plus jeune et totalement imberbe, à l’acteur Ansel Elgort qu’elle aime bien. J’ai pris la photo pour elle.

Un garçon de café apporte aux convives en terrasse un gigantesque plat de spaghettis aux homards, odorant et coloré, que des touristes qui passent s’empressent de prendre en photo. Un chat gris et blanc, sans doute maître de la maison, est assis sous une chaise ; il crache au passage d’un chien en laisse qui ne l’avait pas vu. Il fallait voir l’expression du chien surpris ! Il a tordu la gueule et fait un écart, les yeux presque affolés. J’en ai ri longtemps. Rien que l’évocation de cette image me met encore en joie.

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Volastra, Manarola, Riomaggiore

Nous nous arrêtons sur l’esplanade de Nostra Signora de la Salute dont le culte date du 16ème siècle, sur les hauteurs de Volastra, pour y prendre notre pique-nique. L’église était précédemment dédiée à San Lorenzo depuis le 13ème siècle. Volastra viendrait du latin vicus oleaster, qui signifie village des oliviers.

volastra nostra signora de la salute

L’intérieur du lieu saint est en pierres brutes, cette serpentine du pays très dure et un brin verte. Des anges nus tiennent malicieusement la table d’autel, mélange de sensualité et de piété à l’italienne.

volastra ange nu nostra signora de la salute

Cette fois Eva nous compose une salade caprese aux tomates, mozzarella, olives noires écrasées à l’huile d’olive. Cette préparation d’olives fait tout le goût du plat, ainsi que les tomates gorgées de soleil ; quiconque voudrait la reproduire dans des pays plus septentrionaux s’exposerait à une fadeur surprise. Un énorme saucisson de marque Felinese, 7 cm de diamètre pour 30 cm de long, fournit la portion protéines du repas, accompagné de pain cuit au feu de bois à Corniglia et de raisins de table du pays.

Nous allons pendre le café rituel au petit bar à l’orée du village, juste sous la fontaine, où je rencontre un couple de Français du Var. Ils sont retraités et possèdent un bateau à voile avec lequel ils sont venus jusqu’à Gênes. Les Cinque Terre étant un parc national protégé, la navigation est restreinte et les anneaux de port hors de prix. Ils m’apprennent que les Cinque Terre sont particulièrement à la mode cette année en raison d’un blog d’une voyageuse qui a publié des photos donnant envie, ainsi que du cimetière de Gênes que personne ne connait.

caprese

Le sentier descend raide jusqu’à Manarola, serré sur la mer. Les rues sont étroites, les maisons colorées, et un tunnel conduit à la gare ferroviaire construite en bord de mer. Sur l’esplanade qui domine la rue principale, des mosaïques représentent les poissons du cru, daurades, rougets et autres rascasses. Il fait une chaleur de four à pizza et j’aspire vivement à l’ombre de la rue ! Des baigneurs reviennent du port au bout de la rue, tandis que les pêcheurs locaux ont remonté leurs bateaux à rames jusque devant leur maison.

manarola baigneurs

La via dei Bambini fait le tour de la falaise abrupte de rocher noir pour aboutir à une anse bétonnée qui permet de se baigner. Les jeunes du coin (lesdits « bambini ») sont là, s’interpellant à voix forte pour affirmer leur territoire. Ils plongent et nagent avant de se dorer un au soleil, garçons et filles mêlés, ressemblant de plus en plus à des moricauds à mesure que la saison avance.

manarola port

Nous quittons ce petit port rafraîchissant, les muscles un peu cassés du bain en pleine journée, pour prendre le train – une station – jusqu’à Riomaggiore, fondé au 7ème siècle par les habitants qui craignaient moins les Sarrasins parce qu’entrés en 1239 dans la république de Gênes. La via Dell’Amore, sentier fondé en 1920 qui relie Manarola à Riomaggiore, s’est effondré avec les pluies de l’automne 2011 et n’a pas été réaménagé encore (!) : nous ne pouvons l’emprunter. Riomaggiore apparaît comme un port rocheux mais plus gros, spécialisé dans la plongée sous-marine.

riomaggiore port

Kids et ados en reviennent demi-nus, sirotant une boisson sucrée pour se remettre de l’effort. Ils ont le corps brun et luisant d’animaux marins durcis à l’eau salée.

riomaggiore kid

Une fois suivie la rue qui part du port pour monter un peu, apparaît l’église saint Jean-Baptiste. Elle a été fondée le 8 novembre 1340 sur la volonté de l’évêque de Luni Antonio Fieschi, selon un panneau explicatif du Parc national. Je n’avais jamais fait le rapprochement entre le prénom Jean et la jeunesse, mais la langue italienne est révélatrice : Giovanni, le jeune ou junior, est le disciple préféré du Christ en raison de son éphébie – Jésus était protecteur. L’église a été agrandie en 1870 après que la façade se fut écroulée. Elle est à trois nefs d’égales proportions et la façade, refaite en 1903, est bichrome, pierre noire et grès pour les décors, dont la fameuse rosace. À l’intérieur, je suis étonné de voir, en marbre sur la chaire, saint Martin partageant son manteau, pourtant originaire de Tour.

riomaggiore eglise st jean baptiste

Sur le promontoire au-dessus de la mer, qui sépare le rio Maggiore du rio Finale, s’élevait une fortification antique du 12ème siècle pour protéger l’approche de la marina. Le château qui reste est de forme quadrangulaire avec une tour circulaire et pouvait protéger toute la population du village en bas. Deux canons assuraient protection au 15ème siècle.

riomaggiore fortification 12eme

Au 18ème, l’ensemble devient un cimetière et n’est restauré que depuis quelques décennies.

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L’auberge des énigmes à Cuba

Comme nous nous sommes couchés tôt, nous nous levons tôt. La vie rurale est ainsi faite que le soir nous fait aspirer au duvet alors que le matin, envahi de chants du coq, nous fait aspirer au lever. La nuit a été partiellement pluvieuse, plutôt venteuse, mais heureusement, le soleil se lève avec le matin. Les tee-shirts, qui n’ont pas pu sécher cette nuit, hérissent un peu la peau quand on les remet, mais il faut bien (acheter du synthétique est mieux).

kapokier cuba

Nous partons à pied en longeant le lac par la piste aménagée, dite « ruta naturale ». Il s’agit d’un parcours touristique et écologique de sept kilomètres prévu pour être effectué en quatre heures à pas de touristes traînant les niards geignards. Ce n’est pas notre cas, encore qu’il y a Françoise… Le chemin reste glissant de la veille, mais les rayons solaires parviennent à traverser les branches et, patiemment, entreprennent de sécher le sentier. Bananiers, kapokiers (ou fromagers), nous croisons diverses essences dont un arbuste électrique aux feuilles piquantes et aux épines sur le tronc. On me dit le nom local mais je m’empresse de l’oublier. Pedro nous dit qu’ici, on l’appelle « l’arbre aux feuilles en papier toilette à belles-mères ». Il faut deviner pourquoi (ha ! ha !). Des oiseaux courent les branches et criaillent, parfois mélodieusement. Nous voyons un pic vert qui – c’est incroyable ! – pique les vers tout en portant la tête rouge. Il y a aussi un todier de Cuba, tout petit et fluo comme une peluche de foire, tête rouge, corps verte et pattes fuchsia.

lac habanilla paysage cuba

La pause-café est à la maison d’un paysan, bâtie au milieu de plantations. Elle est entourée de chiens de poules, de dindons et de cochons. Deux dindons mâles se disputent une dinde. Ils font la roue alternativement devant la femelle qui les dédaigne alternativement, ce qui les fait glouglouter de rage. Mais il y en a un qui l’emporte et peut satisfaire la nature. La femme qui nous prépare le café local, dans sa cuisine de terre battue bien rangée, a amené son petit garçon avec elle aujourd’hui. Nous sommes dimanche et le petit n’a pas d’école, même dans un pays athée comme l’est Cuba. Il a été prénommé Luis Miguel, référence révolutionnaire à l’institutrice de la Commune de Paris Louise Michel. Il a six ans et est en cours préparatoire. Durant la semaine il habite le petit village près de l’hôtel. La maison paysanne où nous sommes est celle de sa grand-mère.

Après le café dans son dé à coudre habituel, nous quittons la maison bien aménagée, sa salle commune servant d’entrée, ses trois chambres et sa cuisine, pour monter vers une crête qui domine le lac et le rio Negro local à 700 mètres d’altitude. Là-haut plane un rapace, lentement, dans les courants ascendants. Il attend qu’un vivant tombe pour devenir charogne, quelques jours plus tard délicieusement comestible. Nul d’entre nous ne lui fera ce plaisir. Ne subsistent plus dans le bleu uniforme du ciel que quelques cirrus lenticulaires sur l’horizon. Tout le reste est pervenche comme une mer inversée.

Nous redescendons longuement du piton vers le lac, par des sentiers glissants encore. Hier ils devaient être une véritable patinoire. Un bateau nous prend pour nous mener à une cascade « pour se baigner ». Comme si nous éprouvions le besoin irrépressible de nous baigner alors que nous émergeons d’une journée entière de pluie… Mais le touriste, comme tout gamin, n’aspire qu’à se baigner dans la journée, chacun le sait. Le pique-nique consiste à avaler les sandwiches au pain élastique habituel, toujours les mêmes, un au fromage, un au jambon, suivi d’une orange et d’un Granny issu de la caisse apportée de France, avec une briquette d’un quart de jus de fruit. Cet en-cas avalé, nous reprenons le bateau jusqu’à une rive où nous attend un camion Zil de l’armée soviétique.

camion zil cuba

Nous disons adieu à nos deux « guides » locaux qui n’auront pas guidé grand-chose mais « gagné » des dollars, pour embarquer nos bagages et nos personnes dans le presque-char de marque Zil (en cyrillique sur le capot). Il va, avec une obstination mécanique et une forte odeur d’essence brûlée, nous conduire en ahanant sur les pistes défoncées durant trois quarts d’heure jusqu’à un bassin du rio Melodioso au joli nom. Nous y attend une auberge « La Gallinera », touristique en diable, qui nous accueille pour la nuit. Nous dormirons dehors, sous les auvents. Un petit garçon brun et vigoureux de sept ans joue tout seul au base-ball sur une terrasse en béton, pieds et torse nus. Il est ravi d’accueillir un partenaire en la personne de notre nouveau « guide » du jour, Yubran.

Nous sommes quelques-uns à prendre un bain pour nous délasser, dans les eaux du rio mélodieux, puis à sécher au soleil caressant en regardant le garçon frapper de sa batte la balle de ficelle et de chiffon que lui lance l’adulte. Ses muscles d’enfant jouent sur sa poitrine brunie, ses pieds sont bien campés à terre, c’est un petit mâle sérieux tout entier à son jeu. Il se prénomme Orestino, « petit Oreste » pour le distinguer de son père qui porte le même prénom grec d’Oresto.

orestino torse nu cuba

Le dîner est composé surtout d’une cuisse de poulet « à la gallega », recette d’ici, délicieuse, à base de poivron. Suit un fromage de Hollande à la compote de goyave, sucré-salé original tout à fait dans le style de notre nouvelle cuisine.

poulet a la gallega

Incités par Yubran, dont le français décidé propose une colle, Yves et Philippe s’émulent à nous proposer des énigmes « issues des tests d’embauche ». Est-ce pour voir si nous sommes intelligents ou pour se donner le beau rôle ? Je me souviens de celle des trois boutons qui commandent une seule ampoule dans une autre pièce. On ne peut entrer qu’une seule fois pour vérifier si l’ampoule est allumée. Comment faire ? Réponse : il faut actionner le premier interrupteur, attendre quelques instants, appuyer sur le second interrupteur, puis entrer et tâter la lampe. Si elle est froide et éteinte, c’est le dernier interrupteur qui l’allume. Si elle est chaude et éteinte, c’est le premier interrupteur qui l’allume. Si elle est allumée, c’est le second, que l’on vient d’actionner, qui la commande. Outre le nombre des interrupteurs, il faut faire entrer deux paramètres supplémentaires dans la réflexion : le temps et la température. J’avais eu l’intuition de la température mais pas celle du temps à attendre pour vérifier. Je me suis attiré ainsi cette remarque d’Yves : « eh bien, je ne sais pas si tu as été embauché souvent, mais tu es sur la bonne voie. »

Autre énigme : comment aligner dix arbres en cinq rangées de quatre ? Réponse (difficile à trouver) : dessiner une étoile classique à cinq branches. Philippe s’y est essayé toute la soirée. Il dit qu’il a fini par trouver logiquement. Je reste sceptique. Yubran avait soumis la première énigme : un homme croise un paysan qui revient de Santiago. Il porte quatre sacs qui contiennent chacun quatre chattes et chacune des chattes allaite quatre chatons. Combien de sacs, de chattes et de chatons vont à Santiago ? La réponse, je la trouve très vite. Il ne faut pas se focaliser sur les détails mais garder à l’esprit le sens de la question. Qui va à Santiago ? La personne qui rencontre l’homme portant le sac et son contenu si divers. La réponse correcte est donc « aucun ». Seul celui qui croise l’homme va à Santiago et pas le porteur de sac ni son chargement.

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L’hôtel du lac Habanilla à Cuba

Douze heures après être partis ce matin arrivent enfin le lac et l’hôtel Hanabanilla. Sergio a eu ce nom dans la bouche toute la journée, savourant ces syllabes à la vanille comme il aurait sucé une glace. Il se fait une joie des deux jours que nous allons passer là, « dans la nature ». L’hôtel est un monstre à la soviétique, construit en plaques de béton modulaire. Cela résonne à l’intérieur et la lumière y est pauvre, apportée dans chaque chambre par une seule ampoule. Le vent violent siffle par les volets ouverts et les interstices des portes comme si un cyclone se préparait.

La chasse aux dollars commence une fois franchi le seuil. Une nuée de porteurs monopolise déjà l’entrée, « surveillant » les bagages, s’emparant des clés des chambres pour nous imposer le portage et la dîme dollar. Au dîner, le message écrit déposé sur la table est clair. Il est en trois exemplaires et en anglais, inutile de dire que vous ne l’avez pas vu. Il dit « si vous êtes contents du service, donnez-nous un pourboire ». C’est net et sans ambiguïté.

musiciens cubains

Nous ne sommes pas sitôt installés autour de la table qu’aussitôt quatre musiciens s’imposent et nous imposent leur soupe de rengaines cent fois entendues. Impossible d’avoir une quelconque conversation. Ils déposent sans vergogne leur corbeille à pourboire au milieu de la table aux deux tiers du dîner, un billet de un dollar déjà dedans pour bien montrer ce qu’ils attendent. Il faut voir leur tête quand, après avoir déposé un billet de 5$, Yves qui tient la caisse commune, prend le billet de 1$ pour le remplacer par des pièces. Les pièces ne se voient pas au fond de la corbeille et le billet de 5$ est caché par le rebord. Les musiciens doivent penser qu’il a tout repris ! Ils tiennent conciliabule un moment avant de jouer – mais sans conviction, un autre morceau pour donner le change. Ils s’empressent ensuite de ramasser ladite corbeille et c’est le soulagement quand ils voient qu’elle est quand même remplie. Le morceau suivant a nettement plus d’entrain.

billet 1 dollar #1

Des Cubains séjournent dans l’hôtel, en vacances. Nous les voyons jouer au billard lors du cocktail de bienvenue, un cuba libre au cola que Françoise n’aime pas (trop de rhum). Nous les voyons s’entasser dans la salle commune de restaurant, dont nous sommes dispensés par quelque privilège qui ne tient qu’à notre capacité en dollars : il est plus facile de nous traire dans une stalle séparée qu’au milieu de la grange. Nous les entendons ensuite se diriger vers la discothèque de béton hurlant, au bord de la piscine. L’architecture est si bien conçue que l’on entend la musique enregistrée jusque dans les chambres à l’autre bout de l’aile.

Le dîner était pauvre à nos yeux mais d’une richesse incomparable pour un Cubain. Il y avait du pain, du beurre et de la viande. Les locaux qui font la queue le matin devant les boulangeries ont leur pain de mie rationné alors que nous mangeons de petites miches issues de l’importation, surgelées en sac à destination des hôtels. Le beurre vient d’Europe. Quant à la viande, nous avions le choix, ce soir, entre poulet (toujours une cuisse, donc importé surgelé comme le reste), du jambon ou des truites en filet. J’ai choisi la truite. Elle était plutôt sèche.

cuisine cuba

Après un petit déjeuner étranger, au café sentant fort la carotte grillée, nous partons le long du lac artificiel. Comme à chaque fois que nous entreprenons une marche à Cuba, il se met à pleuvoir. Nous avons deux (oui, deux !) « guides » locaux, Rafaelo et Pedro. Ils sont chargés de nous faire suivre le sentier balisé, aménagé pour les touristes autour du lac, avec des panneaux indiquant les étapes et la longueur des randonnées…

Avec ce handicap, il faut justifier la chasse aux dollars. Donc Rafaelo nous montre les arbres, le sapotillier qui fleurit deux ans avant que son fruit ne mûrisse (la première année, la fleur ne laisse qu’un minuscule pré-fruit). Il nous montre la agruma aux neuf folioles, le dessus vernis vert, le dessous blanc mat. C’est l’arbre « hypocrite » selon lui. Lorsqu’on le voit blanc, il va pleuvoir, cela signifie que le vent retourne ses feuilles (que faut-il penser de cette explication simplette ?). Le buisson ziguaray sert à l’exorcisme. « L’arbre à touristes » est une sorte de saule dont l’écorce pèle « comme la peau du touriste au bout d’une semaine à Cuba »… On sent que Rafaelo a soigneusement collecté les blagues éculées les plus grosses, qu’il ressort aux groupes de niais qu’il convoie à longueur d’année, envoyés par le Tourisme Populaire ou les centres de vacances du Parti Communiste Français.

sapotillier

En s’élevant au-dessus du lac, le sentier fait prendre au paysage un air de Norvège. Nous n’apercevons aucune palme, seulement des feuillus qui descendent jusqu’aux rives. Le ciel est gris, les nuages tout en nuances, et la lumière d’aquarium qui règne aujourd’hui renforce cette impression de pays nordique. Il n’y a que la température qui ne peut se comparer à celle des fjords. Pedro, un grand sec et un peu demeuré, marche en débardeur sous la pluie. Il ne craint rien pour l’instant car, dès que la pluie s’arrête, la peau sèche très vite.

Nous abordons une casa blanca où une femme et deux petites filles attendent les touristes avec le café. Il s’agit d’une production locale, un nectar parfumé et très fort, servi dans de petits godets d’aluminium guère plus grands qu’un dé à coudre pour géant. La plus petite des filles a quatre ans et me dit s’appeler Melari.

lac habanilla cuba

Nous reprenons le sentier balisé jusqu’au sommet à 712,6 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le barrage a été construit dès 1953 et achevé en 1961. Il est donc « révolutionnaire », comme presque tout ce qui semble exister à Cuba si l’on écoute ce que dit Sergio : avant, rien – après, tout ! La pluie, au sommet, se remet à tomber comme elle le fait par intermittence depuis ce matin, et elle bouche la vue.

Plus, loin, sur un col, la pluie redouble et c’est un déluge qui descend dru sur nos capes et fouette nos visages. Poussée par le vent, elle « tombe » même à l’horizontale, c’est la première fois que je constate ce phénomène ! La cape est vite traversée et nous nous réfugions derrière un bosquet pour attendre la fin de la bourrasque. Pedro, pas très futé, est complètement trempé et son débardeur ne l’habille plus vraiment. Il l’enlève et je lui prête une veste. Le sentier glisse, désormais, ruisselant d’eau et de boue. La pause pique-nique a lieu dans une ferme où les bancs sont couverts de fiente de poule. Des odeurs de merde montent des stalles qui servent de cuisine. Deux chiens, un chat noir, de nombreuses poules, un canard et même un cochon viennent se disputer nos miettes. Il faut entendre les cris d’orfraie de Françoise sur l’hygiène ambiante ! Comme nous venons de traverser des plantations de café, la mouture locale qui nous est servie en fin de sandwiches, est parfumée. Le grain est moulu dans un antique moulin à vis en fer, attaché au mur.

Nous reprenons la piste sous une pluie moins forte mais persistante. Nous descendons jusqu’à la rive du lac où un bateau de l’hôtel vient nous prendre pour nous faire traverser le bras d’eau jusqu’au bar d’été, en face. Il est prévu que nous dormions là ce soir. Ce n’est pas très nature… À notre arrivée, un troupeau de touristes locaux tue le temps à jouer aux cartes en buvant des colas. Sous la pluie, il n’y a que les enfants qui s’amusent, comme partout dans le monde. La plupart sont en débardeur – l’uniforme consacré des heures hors service scolaire. Ils jouent au ballon ou à se poursuivre sous l’eau qui dégouline du ciel et des toits des paillotes. Comme toujours, les petites filles restent sagement hors d’atteinte de la pluie, réfugiées près des mères qui papotent, alors que les petits garçons vont patauger dans les flaques, tête nue et gorge découverte comme s’il faisait soleil, indifférents aux températures. C’est un poncif des parents comme des moniteurs de colonies de vacances de vérifier l’habillement des garçons en-dessous de dix ans.

cuba libre

Nous tuons le temps en buvant des cocktails au rhum, des mojitos cette fois-ci. Le dîner, servi au porc, fait passer le temps et réchauffe un peu plus. Il est 21h quand nous installons les duvets un peu partout, si possible sous un toit de paillote. Je m’installe sur une table pour éviter l’humidité du sol et je fais quelques émules. La paillote est ouverte à tous les vents, mais l’air circule peu. S’il fait humide, il ne fait pas vraiment froid. Nous sommes sous les tropiques.

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Café et chocolat, économie cubaine

Le bus nous conduit chez une femme qui nous sert du café de sa production et du chocolat planté et récolté par elle-même. La particularité du café local est que les grains sont torréfiés mélangés à du sucre. Le procédé a été introduit par les Français lorsqu’ils se sont installés dans la région en provenance d’Haïti. En caramélisant, le sucre adoucit l’amertume du grain et donne un breuvage étrange, parfumé comme ces cafés du nord de la France longuement passés.

Le chocolat est une cosse dans laquelle s’entassent les fèves gélatineuses dont l’enveloppe, un peu acidulée, a le goût du litchi. Une fois ouverte la cosse, on laisse fermenter les fèves dans leur enveloppe quelques jours, puis on les sèche au soleil. Une fois grillées, on les moud et cela donne de la pâte à 100%. Le pot de pâte que l’on nous montre sent très fort le chocolat. On ajoute un peu de beurre de cacao pour former des boules qui seront à râper pour faire la boisson, ou des plaques au moule qui seront à croquer. Nous goûtons de tout cela mais personne ne se décide à en faire emplette, au grand dam de la femme. Café comme chocolat sont plutôt bruts ; nous avons l’habitude de produits plus raffinés. Si Cuba ne produit que des matières brutes, comment voulez-vous qu’il les vendent dans le reste du monde ?

gavroches torse nu cuba

En revenant vers la ville, nous remarquons de nombreux adultes, jeunes et gamins, torse nu sous le temps gris, moins vêtus qu’en plein soleil. De jeunes garçons jouent au ballon sur les terrains boueux pieds nus et en seuls shorts sous la pluie. Philippe me fait remarquer qu’à l’inverse d’hier, la population d’ici comprend plus de gens au teint clair. Peut-être est-ce l’effet des villes ? Les Espagnols de la conquête s’étaient rassemblés dans les villes dès l’arrivée de Diego Velasquez en 1510, les esclaves Noirs importés ensuite étaient répartis à la campagne, dans les plantations de l’intérieur. Les Français, une fois quitté Haïti, ont fait de même.

Nous notons encore ces slogans vides, agaçants d’activisme stérile, sur les murs. Ils sont entretenus par les brigades d’activistes des CDR, ces Comités de Défense de la Révolution : « combat et vigilance », « justice sociale », « tous derrière le 26 » – ce fameux jour de juillet où Castro et ses partisans ont attaqué la caserne de la Moncada. Malgré l’échec de cette tentative, et la mise en prison de Castro, cette date marque le début symbolique du soulèvement.

slogans cuba

Le long de la mer, où la jetée est bordée d’immeubles de béton carrés et lépreux – de style parfaitement « socialiste », identique à Moscou comme à Douchanbé – se tient un marché « libre ». Supprimé en 1986 pour incompatibilité avec « le socialisme » le marché libre a été rétabli après 1991 lorsque « le socialisme » a fait faillite à l’est et que même la Chine s’est ouverte au pragmatisme. Castro s’est vu obligé de mettre du Coca dans son rhum. Quelques kilos de tomates minuscules voisinent avec des oranges un peu sèches. Tout cela est « bio », sans engrais car il n’y en a pas, mais n’a pas l’air de faire saliver les bourgeoises de gauche du groupe (tendance « caviar ») qui préfèrent le bio cher et calibré aux productions biologiques réelles de la nature. Il y a du monde au marché libre en ce lundi soir. Le rationnement des produits de base a toujours cours à Cuba. Chaque matin nous voyons la queue devant la boulangerie où chacun vient retirer avec ses tickets la ration de pain de la famille.

Les mauvaises langues accusent le blocus américain, bouc émissaire facile. Si le blocus a sa part, incontestable, de la pénurie endémique à Cuba, il n’est pas la raison de la faillite du système ! D’ailleurs, depuis 2000, 80 000 barils de pétrole sont importés du Venezuela, payables en biens ou en services – comme quoi le blocus américain n’est pas un blocus « mondial » ! La Révolution a tout de même (en 55 ans !) largement eu le temps de trouver des alternatives aux échanges avec les États-Unis. Encore faut-il des produits attrayants sur le marché mondial pour échanger. La monoculture du sucre, et l’activisme à la Mao qui a poussé les récoltes au détriment de toutes autres productions ou industries, a enfoncé Cuba dans la dépendance tiers-mondiste au lieu de l’en sortir.

cuba bandera

Fidel Castro se méfiait des villes ; elles étaient pour lui des centres de vices. Il a donc perpétré volontairement un système de type « colonial » où l’île ne fournit que des matières premières et des denrées agricoles (sucre, tabac, café, bananes) aux pays industrialisés qui lui vendent des produits usinés et finis… Il a préféré s’appuyer sur les paysans comme l’Instituteur chinois, et croire que la réforme agraire allait régler tous les maux du pays. Le paysan allait régénérer moralement la société avec ses valeurs terriennes (n’est-ce pas, maréchal ?). Le vieux fond catholique des Castro – élevés chez les Jésuites – se rapproche étrangement de la « révolution nationale » entreprise sous Franco et Pétain…

Échec : la nature ne se décrète pas, pas plus celle des plantes que celle des hommes. Éduquer pour faire des paysans, c’est gaspiller l’éducation. Se cantonner à l’agriculture, c’est ne pas vouloir s’élever dans la technologie et se soumettre au climat – notamment aux ouragans, très courants aux Caraïbes. S’enfermer dans la monoculture, c’est se mettre à merci des prix mondiaux comme des changements de mode (la sucrette, à base d’amidon de maïs, remplace le sucre de canne pour raison d’obésité). En bref la révolution dégénère en réaction lorsque le leader maximo ne veut pas lâcher le pouvoir pour le remettre « au peuple » dont il se réclame. Naît alors, à Cuba comme hier à Moscou, un « socialisme réel » qui ne renvoie pas dans l’utopie des croyances mais impose ici et maintenant : son inefficacité légendaire, sa morale antiéconomique et sa bureaucratie gaspilleuse. L’anecdote soviétique bien connue s’applique ici comme ailleurs : « le socialisme est instauré au Sahara ? – bientôt il y aura des tickets de sable ».

Après 55 ans, le rationnement n’est plus justifié par la « juste » répartition de la pénurie. Il s’agit d’autre chose, de l’institutionnalisation d’un contrôle étroit de la population, avec cette arrière-idée morale qu’il ne faut rien laisser faire afin de tout contrôler, que seul l’État et ses fonctionnaires (contrôlés par le parti unique) savent mieux que les individus ce qui est bon pour chacun – car chacun ne doit rien être de plus qu’un rouage du collectif – dont la reine est Castro, comme chez les fourmis.

Seule la croissance peut apporter le progrès, pas uniquement le progrès de la technique et de la consommation mais aussi le progrès social et même le progrès de l’esprit, en dégageant du temps pour se cultiver. La croissance augmente la richesse globale du pays et élève le niveau de vie. Elle accroît la rentrée des taxes et la possibilité des investissements publics comme de la redistribution sociale par l’État. Mais, pour que la croissance soit, il ne suffit pas d’assurer l’éducation primaire et le réseau sanitaire – il faut aussi favoriser l’initiative, encourager l’entreprise (c’est-à-dire la prise individuelle de risques) et s’ouvrir sur le monde. Rien n’empêche que l’État soit fort, ni qu’il réglemente ou redistribue par l’impôt; rien n’empêche qu’on stigmatise la « croissance pour la croissance » en tempérant les appétits et l’obsession du rendement – mais cela doit être mesuré à l’intérêt général de la population et non à quelques principes dogmatiques ou quelques privilégiés de caste ! La morale n’a pas intérêt à oublier l’économie, même si l’économie ne peut pas être l’absolu des sociétés.

macho 13 ans cuba

Ces enfants vigoureux, ces garçons solides et ces filles bien faites, ne doivent pas être réduits par l’étatisme à la condition de paysans ou de prostitué(e)s. Ils méritent mieux. Bien conduite, avec une transition comme la Chine l’expérimente, l’ouverture de Cuba ne conduirait pas à l’américanisation immédiate, grande crainte du pouvoir.

Mais on peut être sûr que – si rien n’est fait – toute contestation du pouvoir actuel conduira immédiatement et absolument à l’américanisation, faute d’alternative. Les gens d’ici, dès qu’ils peuvent  votent déjà avec leurs rames en s’enfuyant sur des radeaux de fortune pour gagner la Floride, pourtant « enfer capitaliste »… L’île de Cuba redeviendra ce bordel de l’Amérique, ce paradis de l’alcool, du jeu et du plaisir entre les mains des mafieux qu’il était sous Batista. Je ne le souhaite vraiment pas, mais rien de pire que les vieux cons qui ne veulent pas décrocher ! (Voyez Le Pen…)

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Réserve d’animaux du parc national d’Udawalawe

Le lodge où nous arrivons la nuit tombée est l’Athgira River Camp, aux bungalows en dur sur pilotis ouvert d’un côté comme une tente. Il fait chaud, tropical, humide ; nous avons changé de région. Le camp, proche du centre de sauvetage des éléphants, est au bord de la rivière Rakwana, où l’on entend quelques locaux se jeter à l’eau nus à grandes éclaboussures. Nous n’avons pas le temps de dîner qu’il se met à pleuvoir en averse tropicale, nous voici obligés d’aller sous les paillotes, plus serrés qu’à l’extérieur, tandis que les garçons bruns aux chemises blanches très ouvertes virevoltent entre les tables.

Athgira River Camp sri lanka

Départ 6h10, le jour à peine pointé, pour 2h30 de 4×4 Toyota sur les pistes du parc national d’Udawalawe de 310 km². Il y aurait plus de 500 éléphants, des léopards et une grande variété d’oiseaux. Nous montons à quatre ou cinq par bétaillère, un banc de chaque côte sous une armature métallique, pour les quelques 7 kilomètres de route qui nous séparent de l’entrée dans la réserve. Le chauffeur de notre 4×4 est svelte et très souriant. Il conduit pieds nus, avec prévenance pour les touristes, leur évitant les cahots les plus forts, les branches traitresses et les ornières déstabilisatrices.

chauffeur parc national udawalawesri lanka

Nous observons la faune du pays : éléphants aux aguets, buffles broutant, un chacal tirant sur sa charogne, plusieurs aigles collés au tronc desséché d’un arbre mort comme pour se dissimuler, sur le lac des ibis, un héron, des crocodiles digérant immobiles au soleil, entre les arbres un vol de perroquets, des caméléons qui se fondent.

buffles parc national udawalawesri lanka

Les 4×4 passent sur la même piste arpentée plusieurs fois par jour, les animaux ne se dérangent même plus au bruit ; ils se suivent, ce qui gêne parfois la vue.

oiseau parc national udawalawesri lanka

Nous prenons des photos mais nous en avons au final plein des fesses en raison des chaos et plein les yeux en raison de la lumière ; je ne suis pas prêt pour un safari africain, les grosses bêtes de la jungle ne m’intéressent plus comme à l’âge des peluches au temps des dessins animés. Nous n’avons pas vu le léopard, seul gros félin de l’île : il se planque. Au retour du safari, il pleut… Il est à peine tombé quelques gouttes dans la réserve alors que la route qui mène au camp était toute mouillée. Y aurait-il un microclimat au-dessus des éléphants ?

oiseaux parc national udawalawesri lanka

Nous revenons au camp pour un petit-déjeuner de thé et de fruit, d’œufs brouillés. Pour une fois, il y a du bacon croustillant. Mais le café, bon dans le premier pot, a du repasser dans la même mouture au second tant il est fade. Mieux vaut en rester au thé. Il nous faut encore parcourir des kilomètres le long de l’océan, la vue trop souvent bouchée par les hôtels reconstruits après le tsunami avec les fonds d’aide internationale, pour passer Mirissa et atteindre enfin notre hôtel bord de mer, l’Insight Resort Ahaugama.

paon parc national udawalawesri lanka

La mer demeure forte, pas moins de cinq rangs de rouleaux viennent s’écraser sur le sable, mais il ne pleut plus. Notre premier soin, après la dépose des bagages dans les chambres, est de nous y tremper. Las ! On ne peut pas nager. Un courant traître vous emporte vers le large tout en vous déportant sur la droite. Le conseil est de ne pas quitter la zone entre les deux drapeaux rouges, une jetée artificielle de gros rochers faisant barrage.

mer a mirissa sri lanka

La lumière sur l’océan est comme souvent superbe, un dégradé de gris bleu vert du plus beau métal. Le ciel reste plombé de nuages lourds, même s’il ne pleut plus depuis quelques heures. Le sable est blanc jaune avec quelques brins de coraux arrachés par le ressac.

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Kiev Saint-André et Sainte-Sophie

Nous ressortons de la place Saint-Michel pour longer le Ministère des Affaires Étrangères et descendre la rue Desiatyna vers la vieille église de Saint-André, perchée sur sa terrasse. Quatre clochetons à bulbe entourent le dôme central, tels les minarets musulmans. Elle fut bâtie par Bartolomeo Rastrelli au milieu du 18ème siècle, après une visite de la fille de Pierre-le-Grand, Élisabeth, sur le site où l’apôtre André prêcha l’Évangile et érigea une croix. Nous sommes au cœur du vieux Kiev, dans une rue musée où les platanes ombragent des façades presque allemandes, assoupies dans un calme d’Europe centrale. Des étals de « souvenirs » touristiques proposent matriochkas, boîtes en papier mâché et laquées des principales Écoles russes, tee-shirts en cyrillique, la plupart en russe d’ailleurs, et autres babioles.

kiev ministere affaires etrangeres

L’heure étant venue d’aller déjeuner, Natacha nous emmène au self, à l’enseigne « Aux deux oies », qui nous assure un choix de plats typiques pour moins de 30 hryvnias (prononcez grivnia). Le nombre de jeunes serveurs et serveuses est impressionnant : les « petits boulots » semblent ne pas manquer à qui veut travailler ! Ces étudiants, en uniforme à la mode américaine, sont avenants et plutôt curieux de rencontrer des étrangers. Nous y déjeunons à notre gré de plats populaires locaux : une salade de pommes de terre et malassols (ces gros cornichons conservés au sel), une autre de concombre et aneth à la crème aigre, une assiette de légumes cuits comprenant courgette, aubergine, chou et navet, un filet de poisson grillé, diverses crèmes et parts de tartes. Il y a aussi du riz et quelques viandes, un choix plus large que dans certains selfs de chez nous.

kiev hetman Bogdan Tchielnitski tombe

Sur Volodymyrska s’ouvre, au bout d’une place, la cathédrale Sainte-Sophie. Devant elle gît Bogdan Tchielnitski dans sa tombe, Hetman de l’Ukraine (1593-1657), restaurateur et héros de l’État ukrainien. La tombe en photo ci-dessus est celle de Volodymyr Romaniuk (1925-1995) – comme il est écrit dessus en cyrillique. Ce personnage au goulag des années sous le régime soviétique, émigré au Canada, revint en Ukraine pour y mourir officiellement d’une crise cardiaque. Devant le refus des autorités religieuses de l’enterrer à Sainte-Sophie, plusieurs morts et une dizaine de blessés sur la place parce que Volodymyr était populaire, le compromis fut de mettre sa tombe sur la place devant Sainte-Sophie. [Merci à Joseph T. de ces précisions]. La photo de l’hetman Bogdan est celle de la statue en bronze à cheval plus bas.

La cathédrale a été élevée de 1017 à 1037 par Iaroslav-le-Sage sur le modèle de son homonyme de Byzance. Première bibliothèque de Russie, première école, place du couronnement des premiers tsars, cryptes des rois morts, cette cathédrale originelle du royaume de Russie est appelée à juste titre la « Mère de toutes les églises russes », c’est dire si les liens historiques ont été étroits entre l’Ukraine et l’ex-Grand Frère. La cathédrale a la rare particularité d’être plus large que longue, et pyramidale. Elle se compose de cinq nefs et de cinq absides, ce qui est inhabituel dans l’architecture byzantine. Elle est entourée sur trois côtés de galeries à deux étages et est dominée par un beffroi à bulbe doré surmonté de treize coupoles symbolisant le Christ et ses douze apôtres. La cathédrale a été la nécropole des premiers souverains de la Rus de Kiev, notamment Vladimir II Monomaque, Vsevolod Ier et son fondateur Iaroslav-le-Sage, dont la tombe est la seule qui ait survécu.

kiev eglise saint andre

Autour d’elle s’élèvent des bâtiments pas aussi anciens, du 14ème au 18ème siècle, de même que le clocher haut de 78 m. Les visiteurs entrent sur un plancher d’acier pour protéger la pierre antique. Un panneau de verre permet d’en voir les restes. Dans l’escalier qui mène à l’étage se voient de petits trous aménagés par l’architecte. Ils contiennent des pots en terre cuite pour assurer un système d’amplification des sons. D’en haut, les voix des officiants sont particulièrement claires. Fresques et mosaïques du 11ème siècle sont émouvantes en ce qu’elles témoignent de l’avancée de la civilisation gréco-romaine en ces contrées lointaines. Ces mosaïques, en 180 nuances de couleurs, représentent la Vierge et les Apôtres. Au plus haut intérieur, sous la voûte de la coupole centrale, trône le Christ Pantocrator, Maître du monde.

kiev eglise
Aucune photo n’est autorisée dans les églises orthodoxes d’Ukraine : une icône ne se reproduit pas, elle est le geste inspiré d’un artiste, intermédiaire entre le divin et l’ici-bas. Un escadron de matrones et de vieux gardiens veille pour empêcher tout manquement à cette interdiction. Ce contrôle incessant d’adjudant est fatigant mais l’emploi qu’il promeut oblige à la discipline. Nous sommes dans le monde des années 50, celui que certains regrettent de nos jours, « réacs » ou « souverainistes ». Une visite en Ukraine permettra aux nostalgiques de retrouver l’expérience in vivo.

kiev statue 1888

L’une des fresques représente les filles de Iaroslav-le-Sage, dont Anne, reine de France (1051) et régente au nom de son fils Philippe 1er. Après la Révolution russe de 1917 et la campagne de persécution religieuse des années 1920, le gouvernement planifia la destruction de la cathédrale et sa transformation en parc dédié aux « Héros de Perekop » (une victoire de guerre civile). La cathédrale fut préservée grâce aux efforts de scientifiques et d’historiens. Néanmoins, en 1934, le gouvernement confisqua le bâtiment pour en faire un musée avant de la rendre au culte à la fin des années 1980, « par roulement » selon les confessions.

kiev cafe

Nous prenons une bière à la terrasse ombragée d’un café ouvert sur une petite place avec fontaine. Nous ne sommes pas les seuls, les gens du cru badaudent comme en Italie. Un petit garçon de 3 ans joue avec les jets de la fontaine. Il en finit par mouiller son léger débardeur et revient vers sa mère, déconcerté. Celle-ci lui ôte et le laisse peau nue pendant que le vêtement sèche. Durant ce temps, elle fait goûter au garçonnet une demi-gorgée de sa bière Corona, toute dorée dans son haut verre tulipe, une première habitude sociale à cet alcool qui fait des ravages dans les populations slaves. Autour de nous, un couple de moins de vingt ans est isolé dans sa bulle, le garçon a l’air vraiment juvénile. Deux matrones épaisses, boudinées et mal attifées, issues tout droit de l’ère soviétique, échangent les derniers potins sur les voisines.

kiev biere et gamin debardeur

Poursuivant l’avenue, nous parvenons aux Portes d’Or, autre monument du 11ème siècle signalé dans les chroniques européennes comme porte d’entrée de la ville jusque vers le 17ème siècle. Détruite en 1240 lors des incursions tatares, elle a été rebâtie à l’identique en 1982, à l’occasion du 1000ème anniversaire de Kiev.

kiev clocher

L’Université de Saint-Vladimir a été fondée en 1835 et fut dotée dès l’origine de laboratoires, de cliniques, de collections diverses (médailles, antiquités préhistoriques, zoologie, minéralogie) et d’une riche bibliothèque. Dans le même quartier ont été construits les observatoires météorologique et astronomique, l’amphithéâtre d’anatomie et l’école de chimie. Le 19ème siècle a été, ici aussi, le temps de l’exploration de la nature et d’émerveillement pour la technique, dont il reste cet optimisme industrieux propre aux pays slaves. Face à l’université et à son vaste jardin botanique s’élève la cathédrale Saint-Vladimir. Elle fut érigée avec sept coupoles pour le 900ème anniversaire de la christianisation de l’Ukraine, entre 1862 et 1896. Nous n’entrons pas voir l’intérieur bien que ses murs soient couverts de peintures des artistes russes les plus connus du temps.

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Lvov

La préposée du train nous réveille à 5 h pour l’arrivée à Lvov deux heures plus tard (Lviv en anglais, repris complaisamment par les journaleux). Elle veut que tout le monde soit bien prêt, discipline soviétique oblige : pas d’anarchie dans les comportements, la paresse ou faire attendre sont antisocial ! Le train n’a pas roulé vite mais les aiguillages sont durs. Nous débarquons de la gare à 7 h le matin. Le jour est levé mais il fait frais. La gare s’ouvre sur un hall monumental comme un palais 19ème. Certes, les pissotières ne sont pas en or (loin de là !) malgré la promesse démagogique de Staline au « peuple », mais le hall est éclairé de grands lustres de cuivre et verre taillé. Nous laissons nos bagages à la consigne pour ne porter que nos petits sacs. Deux jeunes blonds venus tout droit de la campagne passent plusieurs minutes à saisir comment fonctionnent les compartiments automatiques. Il faut dire que ce n’est pas immédiat : il faut avant tout aller acheter un jeton, puis le mettre à l’intérieur du mécanisme, régler le code, le noter pour ne pas l’oublier, puis fermer le compartiment et brouiller les chiffres. Au retour, il faudra mettre une pièce de 1 hrv, puis faire le code, avant de déverrouiller… La bureaucratie dans les têtes se reflète dans la construction des choses.

lvov ukraine retraitee au travail

Les alentours de la gare sont très prolétaires, le train drainant des travailleurs venus d’ailleurs et des paysans ployant sous les paquets destinés à la famille ou au marché. Des retraitées, dont la pension a fondu avec l’inflation postcommuniste, balayent les voies du tram pour mettre du beurre dans leurs orties (les épinards sont trop chers). Le réseau de Lvov se compose de 75 kilomètres de voie et d’environ 220 tramways.

lvov ukraine ouvriers

Les voies sont en mauvais état tout comme les véhicules. La plupart des trams sont de type KT4, produits en République tchèque par Tatra. Comme nous avons du temps, nous partons à pied vers le centre. Nous croisons des automobiles, plus modestes et plus antiques qu’en Crimée. Se sont surtout des restes de l’industrie soviétique, ces Volga, Moskvitch, Lada ou Faz d’époque Brejnev. Les voitures neuves sont en général grosses et allemandes, BMW ou Mercedes.

lvov ukraine eglise uniate
Nous passons devant une église uniate et y entrons. C’est pour nous une découverte que ce rite particulier. Trois archevêchés ont été installés à Lvov dans l’histoire, le catholique romain, le grec orthodoxe et l’arménien orthodoxe. Il y a eu aussi des protestants à partir du 16ème siècle. Lvov est devenue évêché sous Casimir le Grand, puis archevêché de rite latin en 1412. Les Uniates sont des Orthodoxes qui reconnaissent le Pape. Vladimir, qui a converti l’Ukraine (pas Vladimir Poutine mais le roi Vladimir 1er), a été baptisé selon le rite Romain en 987. L’église est ornée dans les deux styles, orthodoxe et catholique. Au petit matin, des gens agenouillés devant un Christ grandeur nature sur sa croix marquent une ferveur inusitée chez nous, même en Italie. Il est dommage que ledit Christ ne soit qu’un papier découpé et collé sur du contreplaqué… Mais c’est le symbole qui compte.

lvov ukraine facades
La ville de Lvov tient 830 000 habitants, Danilo de Galicie l’a fondée en 1256 au nom de son fils Lev, qui signifie « le lion » (Léon en français). Le centre est aujourd’hui protégé par l’UNESCO. La ville n’est qu’à 70 km de la frontière polonaise et a porté, dans l’histoire, le nom allemand de Lemberg entre 1772 et 1918. Devenue polonaise entre les deux guerres, Lvov et sa région furent par la suite incorporées dans la république socialiste soviétique d’Ukraine. La plupart des Polonais furent expulsés ou terrorisés par le KGB. La ville est devenue longtemps un centre de résistance ukrainienne à la russification.

lvov ukraine cafe moderne
Nous réussissons à trouver un café ouvert près du centre. L’établissement, s’il est vraiment très peu aimable, est « ouvert 24 h sur 24 » comme indiqué sur l’enseigne. C’est un nouveau comportement importé de l’ouest, de travailler aussi longtemps qu’on veut, sans l’obligatoire « couvre-feu social » de l’ère soviétique. Mais le sens du service est loin d’être encore acquis. Le client demeure cet « emmerdeur » de guichet, celui qui vient vous déranger parce qu’il quémande quelque chose, même s’il paie votre salaire. L’attitude des cafetiers et des serveurs reste empreinte de cette rudesse « administrative » faite d’agacement et de brusquerie que quiconque a fréquenté, en France, les guichets de la Poste ou de la Sécurité Sociale avant les années 1990 connaît bien : « parlez devant l’hygiaphone ! Qu’est-ce que vous voulez ? Y en a pas ! Zavez pas la monnaie ? »

lvov ukraine art proletaire
Même les toilettes sont payantes, comme dans les cafés parisiens de haute époque. Ils ne coûtent qu’un demi-kopek mais il faut trouver la bonne pièce. Et ils ne semblent nettoyés qu’une fois par jour. Le robinet du lavabo est branlant, exigeant de le tenir à deux mains pour ne pas le desceller. Pour se voir dans la glace, il faut être grand. Quant à l’étroitesse du lieu, elle condamne toute « aisance » aux obèses qui ne peuvent même pas entrer. Le papier toilette, au cas où vous auriez oublié le vôtre, se prend au comptoir avant d’y aller : pas question de faire confiance aux camarades en régime de pénurie ! Le savon, de même, est coincé dans une coupelle plastique derrière le robinet et seuls les astucieux peuvent y accéder ; ils prendront d’ailleurs un malin plaisir à le remettre tel quel pour laisser les autres emmerdés. Si la disette a disparu, si les prix des articles de première nécessité sont bas, le « comportement administratif » subsiste bel et bien. Il est si connu en russe qu’il existe un mot pour ça : « komandirovka » ! Malgré ses velléités d’indépendance, l’Ukraine reste tristement russifiée, soviétique dans sa mentalité. Le comportement administratif est le versant réel de ce collectif idéal tant vanté par les socialistes – surtout en France.

lvov ukraine travaux de refection
Nous visitons l’église de Boris et Gleb, puis l’église de la Résurrection. Les rues de la vieille ville sont en restauration. Nous enjambons partout des travaux en cours, contournons des pavés en tas ou du sable, passons sous des échafaudages (des « échafauds » disait un mien gamin jadis). Des tonnes de plâtras et de gravats attendent la benne qui les portera hors de la ville. Les engins de chantiers sont antédiluviens, les camions rouillés, beaucoup d’ouvriers sont requis pour effectuer la moindre tâche. Nous sommes un demi-siècle en arrière question efficacité et délais. La restauration des vieux quartiers avance lentement mais semble bien lancée ; tout le centre ville est industrieux. Les façades terminées ou les beaux bâtiments dans le style ancien sont en général des banques : les seules qui peuvent payer. La ville est verte, on ne construit pas de grands ensembles ou des perspectives staliniennes. Les fantasmes perretistes (du nom de l’architecte bétonnier des années 50) n’ont pas cours comme au Havre, dans un pays qui a pourtant subi le soviétisme et son mauvais goût je-m’en-foutiste durant trois générations. Les arbres des parcs sont préservés, des bancs y accueillent les passants. Les gens s’y promènent et s’y reposent. Les trottoirs sont très propres, les bouteilles sont consignées et le plus souvent données à plus pauvre que vous, ces SDF appelés ici BMJ (non, ça ne veut pas dire Bordel mondial pour la jeunesse, pas plus que SDF ne veut encore dire Scouts de France).

lvov ukraine place
Lvov est située sur la ligne de partage des eaux de la Baltique et de la Mer Noire. La vieille ville, entourée de murs, se situait au contrefort du Haut Château (une colline haute de 409m) et de la rivière Poltva. Au 13ème siècle, cette rivière servait au commerce et au transport. Début 20ème siècle, elle était si polluée qu’il fut décidé de la recouvrir pour la faire passer sous la vieille ville. L’artère centrale de Lvov, l’avenue de l’Indépendance (Prospect Svobody), ainsi que l’opéra, se trouvent juste au dessus de la rivière souterraine. Nous faisons le tour de la ville qui s’éveille lentement.

lvov ukraine marche aux livres
Un marché aux livres est en train de s’installer en plein air, sur une placette desservie par un arrêt de tram. Peu de programmes télé intéressants, Internet encore peu répandu, les Ukrainiens lisent toujours, eux. Le marché se tient sous la statue en bronze d’un géant barbu musculeux, un prolétaire prote en bottes cosaques mais salopette d’imprimerie, torse nu façon socialiste, sinon « réaliste ». Ce symbole de synthèse entre tradition et communisme tient un lourd ouvrage relié sur son bras gauche, le pesant savoir des dogmatiques. La littérature proprement ukrainienne est rare et peu traduite. Le début de la langue littéraire, en ukrainien, ne date que du début 19ème et tout le vocabulaire abstrait est emprunté au polonais. L’attraction russe et la persécution des particularismes, d’abord tsariste puis soviétique, ont rendu la langue ukrainienne très proche du russe. Qui se souvient que Gogol s’appelait Hohol parce qu’il était ukrainien ?

lvov ukraine prote proletaire marche aux livres
Taras Chevtchenko (1814-1861) est le grand écrivain national, peintre et poète. Patriote et démocrate comme il se doit, antitsariste et antiservage parce lui-même né serf, il est l’auteur du poème sur l’insurrection paysanne contre les Polonais en 1668, les Haïdamaques. L’un de ses livres, L’Hérétique ou Jean Hus, attaque l’église Romaine et l’impérialisme germain ; il en appelle à l’unité des peuples slaves. Son poème le plus connu, Le Testament, est devenu l’hymne national ukrainien. Marie Vilinska (1834-1907) compose des récits populaires devenus célèbres, dans une société restée patriarcale, sous le nom de Marko Vovtchok (le louveteau). Elle est connue à Paris pour avoir fréquenté et échangé des lettres avec Gustave Flaubert, George Sand et Jules Verne. Mikhaïlo Kojubinski (1864-1913), séminariste révolutionnaire comme Staline, puis instituteur et soutenu par Gorki, est l’auteur du livre qui deviendra un film de Paradjanov, Les chevaux de feu. Oleg Hontchar (né en 1918), bien que Prix Staline en 1947 et 1948, décrit en 1968 avec La cathédrale les jeunes post-staliniens conformes qui, vivant dans un monde ordonné, matérialiste et athée – ne sont pas heureux. La vieille cathédrale cosaque devient, pour ces étudiants, le symbole de l’éveil de la jeunesse, de l’aspiration à secouer les jougs, penser libre et aspiration spirituelle.

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Les vacances scolaires ont lieu une seule fois dans l’année en Ukraine. Elles durent trois mois, choisis parmi les plus chauds : juin, juillet et août. Aucune semaine de congé n’est prévue entre, sauf les jours fériés ordinaires. Les adultes ont le droit de prendre 24 jours calendaires dans l’année, soit une dizaine de moins que les Français (qui raisonnent en jours « ouvrables »). Le salaire moyen est de 200 hryvnias par mois mais l’usage veut que des primes soient distribuées au noir (vieil héritage communiste favorisant les clientèles), et les bonus (importation américaine récente) sont désormais forts répandus, en fonction des résultats de la société ou de la boutique. Hors paysans autarciques (il en reste bon nombre, nous en rencontrerons), le salaire « moyen net » du pays tourne plutôt autour de 600 à 800 hrv, soit de 90 à 120 €. Ce n’est guère, mais les prix payés sont à l’avenant (15 centimes d’euros pour un verre de thé, 40 centimes d’euros pour une bière de 33 cl, nul terrain à acheter – qui est propriété d’État).

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Après notre tour, nous revenons vers l’opéra, monument central aisément repérable, élevé au bout de la perspective Svobody (Liberté). Il a été construit en 1900 par l’architecte Gorgolevski. Nous achetons une bière en boutique (3,25 hrv) pour la déguster, avec un verre en plastique (0,5 hrv). Sur l’avenue bordée d’arbres, des enfants modernes passent en rollers, un jeune homme s’assoit en face de nous pour apaiser sa curiosité timide, deux vieux retraités discutent un peu plus loin. Un guide local nous propose un tour de ville, pas de problème, il parle, comme Natacha, « toutes les langues ». Le ciel est dégagé, le soleil a fait s’évanouir la fraîcheur comme l’humidité du matin.

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Randonnée dans les Carpates

L’après-midi nous montre Vassili dans toute sa splendeur. Il nous « guide » dans une descente vertigineuse et hors piste, tout droit dans la forêt. Un chemin « à la russe » sans doute, dans le genre « allez les gars, sans réfléchir ». Et il se garde bien d’attendre les dernières du groupe qui ont du mal à suivre ; ni d’aider celle qui est tombée ; ni de soutenir celle qui a le vertige. C’est à nous, Occidentaux « individualistes », de lui faire souvenir que nous sommes en groupe et tenons à y rester, qu’il s’agit pour nous d’une randonnée de découverte, pas d’un record à battre ni d’un entraînement spetnaz… Il applique dans la réalité l’exact inverse du discours qu’il nous a fait quelques heures plus tôt ! Il se montre macho narcissique alors que nous nous révélons communautaires.

carpates
Il fait une chaleur moite. Nous sommes heureux d’arriver en bas, où coule une rivière. La Chemoche Noire a creusé son lit entre les prés où œuvrent les moissonneurs en famille. Un tout petit nous regarde passer comme s’il ne nous avait jamais vu (et je crois bien qu’il n’a pas tort). Le fauchage s’effectue encore comme dans les ultimes années 50 chez nos grands pères : à la faux qu’il faut manier d’un geste large de la hanche et aiguiser au fusil plusieurs fois le jour. L’herbe est mise en bottes, puis en meule autour d’un piquet fiché verticalement dans le sol, par les femmes et les enfants. Elle servira de fourrage d’hiver aux élevages bovins aujourd’hui dispersés dans les prés pour se gaver d’herbe fraîche.

foins des carpates

Nous marchons encore 800 m jusqu’au hameau qui dépend administrativement du village quitté ce matin. Dans une boutique rustique nous achetons de la bière. Son degré d’alcool est en général de 4,4% mais on en trouve à 11,5% ! Reste une montée de dix minutes pour accéder au refuge sur la colline d’en face. Notre soif peut enfin être étanchée et les sacs allégés de ce fardeau supplémentaire.

igor des carpates

Le refuge est une ferme d’altitude, ouverte seulement l’été, tenue par un couple de moins de trente ans, Rouslan et Marika, et leur petit garçon de trois ans, Igor. Il est tout blond, très actif et veut tout faire comme son papa. Nous dormons dans une pièce principale aux lits superposés le long de chaque mur.

diner des carpates

La table d’hôte est servie à l’extérieur, sur plusieurs mètres de long et flanquée de bancs de bois. Le bain est un sauna « à la russe ». Il s’agit d’un réservoir d’acier sous lequel on allume des bûches et qui contient de quoi prendre cinq ou six douches avant de devoir être rempli à nouveau. Tout l’art est de le faire bien chauffer avant l’arrivée des randonneurs, puis de remplir le réservoir d’eau froide toutes les deux ou trois douches, de façon à garantir une température à peu près égale pour tous. La cabane de bois, située à l’écart pour cause de feu, brille d’une lueur démoniaque lorsque sa porte s’ouvre dans le crépuscule qui tombe. Le petit Igor se voit d’office recouvert d’une veste supplémentaire, malgré ses protestations. La fraîcheur tombe en effet vite à plus de mille mètres et l’humidité s’élève du sol. Les toilettes sont écolos, une « cabane au fond du jardin » où s’asseoir sur trois planches percées d’un trou, la terre en direct dessous, avec les restes des précédents. Nous dînons campagnard d’un bortch de chou à la betterave rouge et patates, de salade aux poivrons jaunes et malassol, et de tomate au concombre. Une assiette de « pâté de rat », à la couleur grise peu engageante, se révèle être en fait du hareng. Des sprats à l’huile sortis de boite accompagnent les galettes de pomme de terre. La bière fait merveille pour arroser tout cela.

petit dejeuner des carpates

Un peu scoute, Natacha encourage l’hôte à faire un feu pour ne pas aller se coucher tout de suite. Pourquoi pas ? Nous, Français, sommes handicapés faute d’apprendre encore à chanter dans les écoles. Comme nous n’allons plus guère à l’église et que les mouvements de jeunesse adolescente, s’il en fut, sont bien loin, nous n’avons guère de quoi répondre à Natacha et à ses chants généreux, sauf « à la claire fontaine » et encore. Elle a une voix juste, chaude et le russe prend dans son gosier une musicalité admirable. Nous n’arrivons guère à distinguer l’ukrainien du russe, bien qu’elle chante dans les deux langues. Vassili se lance dans quelques chants de marche assez patriotiques, appris en collectifs. Le russe est une belle langue, difficile à apprendre, qui répond aux inflexions du cœur.

Cette fois, la nuit est dure sur un matelas crêpe « à la russe ». Le petit Igor, si vif et si affairé hier soir, dort ce matin comme un loir jusque fort tard. Le petit-déjeuner pantagruélique, lui aussi « à la russe », est servi dehors sur la table. Ce ne sont qu’assiettes de saucisson rose, de fromage local type Pyrénées, de poivrons crus, de biscuits et de graines de halva (tournesol pilé) en bloc sucré. Le « thé » est une tisane d’herbes du coin, à filtrer avant la tasse.

beurre et sucre des carpates

privations, sucre, beurre, diététiquesCe repas est très énergétique, coutume montagnarde certes, mais surtout compensation à la génération suivante des privations des parents et grands parents de l’ère soviétique. Le beurre et le sucre, si rares durant des décennies, sont aujourd’hui des produits valorisés que l’on met à tous les repas – justement les deux produits les moins diététiques que nous connaissions et que nous tentons de fuir au maximum dans l’alimentation. Vassili tartine généreusement son pain de beurre avant d’y saupoudrer du sucre… Il nous raconte qu’il compensait ainsi par une épaisseur de beurre aussi grande que celle du pain la pauvreté des rations, durant ses deux années de service militaire obligatoires dans l’armée rouge. Les sachets de « café » sont de même : au lieu de la poudre de café noir, comme chez nous, il n’y a que 12% de café dans le total de la poudre, pour 32% de crème et 55% de sucre ! Reconnaissons que nos parents, qui avaient subi les restrictions des années d’Occupation, étaient friands, eux aussi, de beurre, de sucre et de viande rouge, tout ce qui avaient manqué. Les recettes de cuisine de la fin des années 50 s’en ressentent dans les proportions de gras et de sucré !

carpates ukraine

Une forte boue dans la pente fait murmurer les filles qui se souviennent du « chemin Vassili » d’hier en fin d’après-midi. Mais cela ne dure pas, nous allons visiter le monastère. Il est tout neuf, de rite gréco-catholique – uniate – et bâti il y a deux ans seulement en pin. Il a remplacé une maison plus ancienne, plus petite et traditionnelle, qui subsiste en contrebas. La chapelle, qui jouxte les pièces à vivre et à dormir du monastère, ouvre ses offices les samedis, dimanches et fêtes seulement. Le moine, seul en ce moment pour cause de maladie de son compagnon, prie chaque jour mais pas en public. Il obéit aux règles bénédictines bien qu’appartenant à l’ordre des moines « vassiliens ». Deux jeunes chats, dont un noir tout jeune, meublent son actuelle solitude.

ferme des carpates

La maison traditionnelle, une cinquantaine de mètres plus bas, a 124 ans. Le moine l’a rachetée aux héritiers d’un fermier qui venait de mourir. Elle est bâtie tout en bois, coupé selon les phases de la lune pour assurer la longévité des fibres. Elle est typiquement goutsoul, nous dit-on, faite pour abriter un couple, cinq ou six gamins et quelques bêtes. Les enfants dormaient sur le poêle, une construction intérieure en maçonnerie « à la russe » sur un coin duquel on cuisine. La maison, tout en largeur, comprend trois parties. L’entrée est au centre et distribue le passage vers la cuisine-chambre à gauche et l’étable à moutons à droite. Un escalier de bois, sous l’auvent, mène au grenier à foin. Vassili nous vante « la vie saine » des Goutsouls d’hier : rien de chimique, le grand air et les efforts permanents des montagnes, l’occupation incessante aux tâches pratiques et l’élévation spirituelle une fois la semaine, la vie en commun autour du poêle, les contes aux veillées. On croirait du Jean-Pierre Chabrol. La ferme était autonome comme une forteresse. Nul besoin de se rendre à la ville, sauf pour les vêtements mais on les faisait durer et on n’habillait guère les enfants l’été. Alentour, il y a de l’eau potable en quantité, du bois pour se chauffer et des animaux pour le lait, la laine et la viande. Un âge d’or, quoi. Le chauvinisme « à la russe » apprend que la terre ne ment pas…

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Paris insolite de la Sorbonne à l’Observatoire

En face de la Sorbonne, entrée rue des Écoles, Montaigne sourit aux passants. Il a la pantoufle toute brillante de leurs caresses ! Il en a vu, ce sceptique, et il a raison de l’être – au vu de la Morale socialiste quand elle est en actes (DSK et les filles, l’écolote parigote et Cahuzac avec leurs comptes en Suisse, le trésorier de la campagne Hollande et ses amis caïmans, les pépés Guérini, le détournement des subventions socialistes des Bouches-du-Rhône…). L’époque Montaigne était aux guerres de religion, la nôtre aux guerres des moralismes – le plus moral n’étant pas celui qui le dit le plus fort ! Moi, Président de la République… quel blabla !

Paris montaigne square paul painleve

Car l’université de Sorbonne n’a pas que du classique à montrer. Rue Cujas, demeure un vestige de la scatologie mai 68 : ce hall très laid, béton années 60 et monumental moderne (le pire !), est couvert de graffiti et d’affiches à demi-déchirées. Lèpre universitaire qui montre bien jusqu’où la dégradation est allée. Les dessous parisiens ne sont décidément jamais très propres, pas plus sur les trottoirs qu’en politique ou dans les âmes…

Paris rue cujas hall paris 1

Le Panthéon (en grave restauration) reste cette église voulue par Louis XV pour sainte Geneviève puis « nationalisée » par la laïcité révolutionnaire pour imiter l’Angleterre en la dédiant aux « grands hommes » (deux femmes seulement, Sophie Berthelot et Marie Curie – il faut dire qu’elles n’ont pas toujours la bonne taille). On aurait pu mettre Jeanne d’Arc, mais elle a disparu en fumée. Qui d’autre ? Marguerite Yourcenar ? Elle n’aurait pas voulu. On cherche. Il y aura peut-être bientôt Brigitte Bardot…

Paris pantheon

Poursuivons rue Saint-Jacques : après la plaque à Jean de Meung, auteur immortel mais quasi inconnu du Roman de la Rose au XIIIème siècle, la SEDIREP, librairie Matsuru des férus d’arts martiaux.

Paris sedirep rue st jacques

Traversez la rue Gay Lussac (qui n’était pas gay bien qu’il ait travaillé côté physique). S’y élève l’église Saint-Jacques du Haut Pas, première étape – mais oui ! – du chemin de Compostelle. Les théophilanthropes l’ont utilisée comme lieu de culte en 1797. Ce n’est pas parce qu’on est sans culottes qu’on est aussi sans morale (même si tout ça échoue en 1803). Juste au coin, tournez à droite rue de l’Abbé de l’Épée, un beau nom adapté au PC du Colonel Fabien, pseudo de Pierre Georges. Ce militant résistant, communiste à 14 ans, engagé dans les Brigades internationales en Espagne à 17 ans, tueur de l’aspirant Moser au métro Barbès en 1941, pris puis évadé, devient le chef des FTP pour le sud de l’île de France. Il appelle à l’insurrection parisienne, fait la jonction avec l’armée Leclerc, mais est tué par une mine qu’il avait voulu examiner de trop près vers Mulhouse, en 1944.

Paris rue abbe de l epee pc colonel fabien

Par une perspective, vue sur la coupole du Val de Grâce, « l’hôpital de ces malades qui nous gouvernent », titrait Le Monde en 2007. De Gaulle, Pompidou, Mitterrand, Chirac, Raffarin, y furent soignés entre autres. Plus Arafat et Bouteflika, qui ne nous gouvernent pas mais bénéficient des privilèges des ex-colonisateurs.

Paris rue du val de grace

A Port-Royal, devant la grille des jardins de l’Observatoire, une plaque de bronze sur socle de béton trace la « méridienne verte » de l’an 2000, de Barcelone à Dunkerque. Cette « performance » de l’architecte Paul Chametov matérialise le méridien de Paris qui traverse la France du Nord au Sud.

Paris meridienne verte jardin de l'observatoire

La fontaine de l’Observatoire exhibe un ensemble en bronze, un globe terrestre de Legrain soutenu par des femmes à poil de Jean-Baptiste Carpeaux et flanqué de chevaux marins d’Emmanuel Frémiet datant de fin 19ème. Pour la suite, en allant vers le Sénat, beaucoup de marbres nus représentent la nuit, le jour, l’aurore…

Paris femmes a poil jardin de l observatoire

Le Sénat est désert en ce printemps tardif, les pelouses « au repos » et les sénateurs assoupis au moment de se pencher sur la loi gay. Le contrevenant qui piétine la pelouse de ses grosses rangers sur la photo est un gardien – il prend tous les droits, comme ceux qui ont n’importe quel minuscule pouvoir à leur portée.

Paris senat jardin du luxembourg

Traversons le jardin d’un train de sénateur jusqu’à la sortie « musée » où la queue des bobos et des provinciaux atteint « plus d’1 h » comme indiqué sur un panneau. Il faut dire que le musée du Luxembourg expose ce printemps Chagall, peintre religieux et juif, mort centenaire en 1985. Mais il vaut mieux venir le matin… En face, la rue Férou où l’on dit qu’habite Claude Bébéar, polytechnicien créateur d’Axa. On dit aussi dans les milieux bien informés qu’il est le « parrain » du capitalisme français. Sur un mur aveugle, le Bateau ivre de Rimbaud imprimé par une fondation. Pourquoi ce tag ? Parce que le poème a été pour la première fois déclamé des fenêtres d’un café tout proche. L’adolescent avait 17 ans.

Paris rimbaud rue ferou

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Land Rover vers Marrakech

Article repris par le blog Fées follets.

Nous petit-déjeunons de pain marocain et de thé noir. Les sacs prêts, nous retrouvons la Land Rover et son chauffeur Ali, le même qu’à l’aller, un Berbère de Marrakech. En route, nous pouvons observer nos dernières maisons de pisé aux toits plats, nos dernières mules. On aperçoit Mimoun avec un nouveau bonnet, dans son village à quelques kilomètres d’Imelghas. Piste et poussière. Brahim nous accompagne jusqu’à Marrakech.

Sur la piste, nous rencontrons soudain trois grandes tentes marabout comme celles que nous utilisons le soir, mais plus luxueuses, mieux décorées et plus larges. La Land Rover s’arrête et Brahim va aux nouvelles. C’est une réunion avec le cadi de Tabent, le village qui est en face d’Imelghas. Elle a pour but de délimiter les terrains de culture et ceux réservés aux pâturages pour cette année. La négociation dure depuis deux jours et se termine ce matin. Certaines tribus nomades viennent du Sahara en mars, pour y repartir à l’automne. S’il leur faut trois mois pour le voyage, ils sont besoin de pâturer et la tradition est là, confrontée aux exigences des sédentaires. Le cadi nous invite à prendre le thé sous la grande tente où il est installé. L’intérieur est très coloré, de motifs géométriques rouges, verts et jaunes. De nombreux tapis jonchent le sol, signes de richesse et de pouvoir. Tout est fait pour impressionner le visiteur et rendre à la décision qu’il prendra un poids d’autorité suffisant pour la faire accepter. On nous sert du thé vert sucré de qualité, sans menthe, ainsi que des plateaux de pain avec un bol de beurre (de chèvre) et de miel. L’association du beurre et du miel est excellente, bien que curieuse à nos palais et très énergétique. Nous repartons ravis de cet exemple d’hospitalité berbère.

A Azizal, nous nous arrêtons pour visiter les souks. Ceux qui veulent ramener quelque chose en France le trouveront moins cher qu’à Marrakech, déjà perdue par le tourisme de masse. Là est le vrai souk arabe : encombré, puant, empli de vieux et d’enfants qui baguenaudent. Les Européens sont très rares et nous faisons sensation. Une grappe de gamins s’attache à nos pas, nous suit partout, et regardent de tous leurs yeux. Dans le souk des tissus, Robert choisit une djellaba bleue ; au souk des tajines, Pascal marchande un plat. Au souk des viandes, la chair est apportée à dos de garçons et farcie de mouches. Le sang qui goutte encore coule sur les torses nus et macule les ventres. Un marabout africain vend un onguent universel dont il vante les qualités en arabe. Robert, pour rire, se laisse tenter par un petit flacon. Le médicament est enveloppé d’un papier tamponné au nom et adresse du marabout nègre : s’il veut en commander d’autres… Tout se vend, dans les souks : de vieux matelas ayant déjà beaucoup servi, une télé usagée, d’anciennes pièces de monnaie n’ayant plus cours légal, des clés berbères tarabiscotées… Les enfants nous trouvent imposants, ils nous demandent timidement l’heure, plus pour le plaisir de se faire reconnaître, qu’on daigne leur parler, que pour savoir dans quelle partie de la journée ils se trouvent. Je trouve cette attitude touchante et audacieuse.

Nous déjeunons dans le café où nous avions pris le thé de 10 h à l’aller. Les petits vendeurs proposent toujours leurs cigarettes à l’unité, avec une marge sur le paquet. Puis nous reprenons la Land Rover avec Brahim en passager surnuméraire. Deux arrêts de police. Ils discutent pas mal avant de nous dire d’y aller. Le nombre de passagers est réglementé par véhicule, par sécurité, mais en discutant les policiers ferment les yeux lorsqu’on leur fournit une bonne raison. Brahim a dû être convaincant.

Arrive Marrakech. Tout nous paraît différent, les enfants sont plus sales et plus loqueteux, fiers même de se montrer à demi-nus, le monde est plus dense, les klaxons retentissent sans arrêt, vélos et mobylettes se faufilent partout, les ânes se multiplient.

Le soir, nous prenons le bus jusqu’à la place inévitable : Djema el Fnaa. Nous recherchons à partir de ce point reconnaissable, un restaurant repéré sur le guide. Nous optons pour le « Riad », plus chic. Le décor de faïence bleu et blanc et de stuc sculpté est somptueux. Le service est de classe mais on mange avec les mains, à la manière traditionnelle, après que soit passée l’aiguière pour les laver. La musique typique est agréable dans l’ambiance. Les danses qui accompagnent le repas sont inégales, les grosses grognasses qui se trémoussent avec ennui ne valant pas tripette. Un français rigolard et vulgaire, émoustillé par le saindoux, leur glisse des billets dans la ceinture et entre les seins. C’est un échappé d’un soir du Club Méditerranée. Une autre danseuse se présente toute seule. Elle est beaucoup plus jeune et plus nue. Elle mérite bien mieux nos applaudissements ou nos dirhams. Mais elle dépasse tellement les autres qu’elle ne dure pas. Son numéro terminé, les seins gonflés de billets glissés par les riches spectateurs contents, elle s’en va pour ne plus reparaître.

Le menu est copieux : pastilla, tajine, fruits et pâtisseries sucrée. La pastilla est une croustade de pigeon d’œuf, de mouton, parfumée à la cannelle. La pâte est du filo passé au beurre et croustillant, assaisonné de sucre glace. Le contraste entre le sucré extérieur et le salé intérieur, entre le craquant de l’enveloppe et le mou du milieu, est un délice pour le palais. Le tajine est ce plat conique de terre épaisse qui permet de faire mijoter à four brûlant viandes et légumes ; le nôtre est de poulet au citron confit dans le sel, une valeur sûre. Nous buvons un vin d’Oustalet, puis un Clairet de Meknès. Ce dernier est un vin pour anglais, trop léger et décevant. Les fruits sont de saison, pour rafraîchir la langue après les épices : oranges, pêches, prunes. Avec le thé à la menthe nous sont servies des pâtisseries marocaines, souvent étouffe-chrétiens. Elles sont souvent faites de farine et d’huile et n’ont pas grand goût. Seules les cornes de gazelles, ces délicieux croissants de pâte dure qui entoure une pâte d’amande parfumée, auraient pu être à la hauteur, mais ici elles étaient sèches et dures.

Sur la place, nous observons les gens. Je note cette convivialité d’Afrique du nord qui étonne toujours les peuples trop réservés que nous sommes. Ne voit-on pas à chaque coin de rue des gosses du même âge, ou un petit et un grand, se tenir à les épaules, se caresser le dos sous les vêtements, se prendre les mains, se serrer très fort, dans des attitudes qui paraîtraient chez nous équivoques ? Ici, elles semblent être l’expression d’une sensibilité à fleur de peau, tournée vers les autres, un sentiment qui s’exprime brut, spontanément. Pays de familles nombreuses, de vie dans la rue, de bandes, les garçons sont d’une grande violence, tendres entre eux aussi souvent qu’ils se battent.

Ils sont extrêmes, mais directs. C’est pourquoi il semble y avoir peu de bagarres ouvertes en public, l’animosité ne prend pas des proportions importantes parce qu’il y a toujours des témoins, des frères, des amis à proximité. Ce soir, sur la place, nous pourrons assister à la rare bagarre de deux adolescents. Leur premier souci est de ne pas se laisser agripper par l’autre, sans doute parce les vêtements sont précieux et se déchirent facilement. D’où un ballet étrange, analogue à celui de deux boxeurs, où les coups de pieds et de poings partent et sont esquivés souplement. Une fois que l’un est pris par surprise, au cou en général, le but est de le faire tomber. On pourra alors le bourrer de coups de pieds sans qu’il ait le temps de se relever. C’est pourquoi les vêtements souffrent surtout du haut. Les deux gamins ont été promptement séparés par les adultes autour d’eux. Il y a une solidarité là aussi.

Nous reprenons l’avion le lendemain. / FIN

Plusieurs voyagistes proposent des randonnées dans l’Atlas marocain, sportives ou moins, d’une à trois semaines. Notamment :

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Jeux d’été à Paris

Article repris par Medium4You.

Que peut-on faire dans la ville lorsque les vacances sont venues, qu’on ne part pas encore et qu’il fait lourd ? Pas grand-chose. Avouons-le, l’hiver est plus propice aux sorties culturelles ou au sport. Car le sport, en ville, se pratique surtout en salles…

Les plus petits peuvent aller jouer au jardin du Luxembourg, mais le Sénat n’autorise que les ballons mousse, pas ceux de cuir.

Les colonnes de Buren, cour du Palais-Royal, disposent de buts d’artiste un peu serrés, mais bon…

Cet art tout utilitaire, en joli damier noir et blanc, inspire les préados qui circulent en patinette.

Ou qui tentent le hip-hop sous les yeux attentifs des plus grands.

Au risque de se trouver fort déshabillé par l’effort, surtout quand le tee-shirt mode est lâche et largement décolleté.

Mais il est une autre façon de montrer son corps à 12 ou 13 ans : s’arroser copieusement aux fontaines, grâce aux pistolets-mitrailleurs d’eau.

Un jouet de transition entre gamin et ado qui permet des transparences sur la poitrine sans oser la montrer nue.

Il suffit d’un an ou deux pour oser. Et l’on enlève haut et très bas pour entrer dans la fontaine comme en piscine, torse nu et vêtu de son seul bermuda.

Les autres, ceux venus en touristes, restent sagement dans les lieux de visite. Ils glandent au Louvre.

Sous voile devant la pyramide.

Ou s’amusent à faire des bulles.

Petits et adultes aussi étonnés.

Ils visitent la passerelle des Arts, qui relie le Louvre à l’Académie française par-dessus la Seine. La mode est, depuis quatre ou cinq ans, aux cadenas que l’on scelle aux grillages afin d’éterniser son amour… Chacun sait qu’il ne durera que le temps d’une saison, au mieux quelques années, mais la mode est irrésistible : il faut faire comme les autres ! On ne se distingue que quand on n’a pas l’âge du sexe. Poser un cadenas à 10 ans, c’est mignon.

Certains sont au point de pisser dessus par provision… Pas en vrai, c’est un effet de la photo, mais avec une forte démangeaison des préados à ce niveau comme en témoignent les mouvements de hanches.

Quand on est fille, l’heure est aux fantasmes sur les bittes de voirie en bord de passerelle.

Plus âgé, on se vautre sur les pelouses autorisées du Sénat. Elles le sont en alternance pour préserver l’herbe, grassement nourrie cette année où il a beaucoup plu.

Le must est d’y aller lire avec son bébé, transition entre âge adolescent et vie adulte. On fait encore comme si.

Une autre transition est de faire l’amour en public. Mais il faut pour cela rester de marbre… et simuler être bien monté. Provocation aux vieilles dames et aux pisse-froid – mais on est à Paname !

Les filles préfèrent prendre un café place de la Contrescarpe, juste avant de plonger dans la rue Mouffetard. On se croirait dans une quelconque province.

A Paris, quand on est gamin, on s’ennuie pendant les vacances. Mieux vaut être touriste ! Ou aller faire le touriste ailleurs.

Mais quand il pleut… pourquoi ne pas découvrir un site d’histoires destinées aux enfants et aux ados ?

Fany vient de créer son univers qui se décline en deux séries d’histoires, les unes pour grandir, les autres pour rêver. La première série, ‘Les péripéties d’Éliot’, aborde les sujets de la vie quotidienne sous forme thématique (école, deuil, tolérance, divorce…). La seconde, ‘Les aventures de Monsieur Kakouk’ (intarissable conteur né dans la tête d’Éliot), emmène le lecteur en voyage. Chaque histoire explore une zone géographique, dans laquelle une petite équipe (la K compagnie) y mène une enquête. On s’évade tout en apprenant. Pour chaque destination visitée, une carte géographique et un album photo remplissent la besace de l’apprenti voyageur. Et accompagnent le récit… Ces histoires peuvent être lues en ligne (livres à feuilleter) ou sur papier (livres téléchargeables pour impression).

Le site ? www.read-and-fly.com

[Les visages des photos sont volontairement floutés pour respecter le « droit à l’image »]

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Paris en un jour

Nombreux sont les touristes ou les voyages scolaires qui viennent à Paris en coup de vent. Leur itinéraire logique suit la Seine, de Notre-Dame à la tour Eiffel. Paris est en effet une ville-centre grâce au fleuve. Il relie dans l’histoire les foires de champagne, les blés de Beauce et les vignobles bourguignons aux marchandises venues par mer depuis Le Havre et Rouen.

Il est aussi le fil symbolique de la tradition qui va de la spiritualité médiévale (Notre-Dame) à la modernité révolutionnaire (place de la Concorde), commerçante (Champs-Élysées) et industrielle (tour Eiffel), en passant par l’Etat et la culture (Louvre).

La tête de l’Etat a migré depuis les Romains de l’île de la cité vers le château du Louvre sur la rive droite, puis le palais de l’Élysée – toujours plus loin vers l’ouest. Le début de l’été est propice, les jours plus longs, le temps souvent beau sans être accablant, une brise rend cristalline l’atmosphère. Paris reste vivant tant que les vacances scolaires ne vident pas les Parisiens, les commerces sont ouverts.

Notre-Dame est la grande cathédrale, vaisseau de l’esprit sur l’île d’origine. Tous les élèves et les Japonais commencent ici. Le mieux est de commencer la visite par le pont de la Tournelle, qui permet de bien voir le chevet. Puis revenir par la rue Saint-Louis en l’île où trônent les boutiques, dont les fameuses glaces Berthillon.

Au centre du portail de Notre-Dame, au-dessus du Christ en majesté, Satan pèse les âmes, surveillé par saint Michel. Sur le parvis, au-dessus de l’ancien Paris qui se visite, des animations attirent plus les gamins que les vieilleries. Mais les rues tracées au sol montrent combien l’ancien Paris vivait à l’étroit, les boutiques n’ouvraient souvent que 4 m²… Dès que le soleil s’établit, le bronzage sur les quais est de rigueur. Cela sous la préfecture de Police bordée de cars de flics, quai des Orfèvres, rendu célèbre par le Maigret de Simenon.

Le Pont-Neuf marque la transition des îles avec le Louvre. Le ‘N’ qui figure sur ses piles n’est pas la marque de Nicolas Sarkozy, comme j’ai entendu un collégien l’affirmer à ses copains, peut-être après la propagande politique de son prof, mais celle de Napoléon 1er.

Il fit en effet aménager les grèves de sable en quais de pierre pour les bateaux de commerce, tel le quai des Grands-Augustins, juste à côté. Le pont date de 1607 et sa construction a duré 29 ans.

Henri IV l’a inauguré, sa statue trône au-dessus du square du Vert-Galant, ex-île aux Juifs. Le Vert-Galant, c’est lui, Henri IV, fort galant avec les dames et fort vert pour baiser plusieurs fois par jour, dit-on.

Une plaque rappelle que Jacques de Molay, grand Maître des Templiers y a été brûlé. Il a lancé sa malédiction à Philippe le Bel vers les fenêtres du Louvre en face, faisant débuter ainsi la dynastie des rois maudits.

Le Louvre est le palais des rois de France avant Versailles. Une passerelle le relie à l’Institut, siège de l’Académie Française (qui n’est pas un tombeau comme les Invalides malgré la coupole, comme j’ai entendu un autre gamin le répéter à ses copains).

La cour Carrée s’élève sur les fondations médiévales du château ; elles se visitent en sous-sol. Un passage voûté, où flûtistes et violonistes aiment à tester la belle sonorité du lieu, débouche sur le XXe siècle Mitterrand. La pyramide de verre attire toujours autant, telle une gemme futuriste parmi tant d’histoire. Les touristes adorent s’y faire prendre et leurs petits tremper leurs mains ou leurs pieds dans les bassins, et plus si grosses chaleurs.

Les statues des grands hommes veillent, Voltaire toujours caché d’un filet (pour cause d’islamiquement correct ou de « rénovation » qui dure depuis 7 ans ?). Racine vous regarde d’un air classique.

Louis XIV caracole un peu plus loin, donnant l’exemple aux gendarmes à cheval qui disent encore « l’Etat c’est moi ».

Il suffit de traverser la rue pour se retrouver parmi les buis du jardin à la française, au Carrousel. Les profondeurs de l’arc de triomphe recèlent un bas-relief de femme nue séduisante aux ados mâles (j’ai entendu un collégien détailler ses attraits à ses copains ébahis).

Dans les jardins batifolent les statues mafflues des femelles Maillol, tout comme les jeunes, en couples ou en amis, qui aiment à s’allonger plus ou moins déshabillés.

Les provinciaux gardent cette impression tenace que Paris est Babylone où les turpitudes sont possibles : la nudité, la drague éhontée, les filles faciles, les gays disponibles. Certains explorent les dessous des statues pour étudier le mode d’emploi d’une femelle métallique.

Les pubères restent sans voix devant Diane, si réaliste.

Comme devant les reliefs protubérants de Thésée ou du jeune Enée portant Anchise. Les ados s’y comparent volontiers, gonflant la poitrine et faisant des effets de muscles pour impressionner leurs copains d’abord, leurs copines potentielles ensuite. Parade de jeunes mâles qui s’essaient à grandir.

Certains veulent s’y comparer et ôtent leur tee-shirt avant de se faire rappeler à l’ordre par leur prof (« on est en sortie de classe, on n’est pas à la plage »), malgré les collégiennes qui trouvent ce puritanisme castrant.

A l’extrémité poussiéreuse des Tuileries se ferme un curieux monument contemporain en métal rouillé.

On y entre comme dans un con avant d’apercevoir le pénis égyptien qui marque le centre de la place de la Concorde (et pas la Bastille, comme un autre gamin le disait en toute naïveté). Ici a été guillotiné Louis XVI et, dans l’hôtel adjacent, a été négocié durant des mois le traité de Versailles où l’intransigeance franchouillarde a produit la guerre suivante.

En face, sur l’autre rive, l’Assemblée Nationale attire peu, on dirait une bourse du commerce assoupie dans une ville du centre. Les godillots intéressent moins les Français que les vrais chefs, si l’on en juge par l’écart d’abstention.

Reste à suivre les quais pour aborder le pont en l’honneur du tsar russe Alexandre III, où des putti des deux sexes se contorsionnent selon l’art pédophile de la fin XIXe (rires des collégiens, « hé, on dirait ton p’tit frère à poil ! – T’as vu, c’est ta sœur en nettement mieux ! »).

Dès le Grand Palais, s’ouvrent les Champs-Élysées. L’avenue n’est pas si grande que ça et les moins de 13 ans sont toujours déçus ; les autres sont plutôt alléchés par les affiches de film, les belles bagnoles, les disques Virgin et par le McDonald’s.

L’Arc de triomphe, au bout, n’est pas le tombeau de Napoléon 1er (comme le croyait Edgar Faure enfant) mais un monument à ses victoires. Sous son arche repose le soldat inconnu de la Grande Guerre, avec sa flamme perpétuelle. Il faut marcher vers la Seine pour terminer le périple par la tour Eiffel. S’il fait beau, monter au sommet vaut le détour : tout Paris s’étale à vos pieds, comme le Trocadéro.

Le visiteur d’un jour passera une heure à Notre-Dame et autour avant d’aller au Louvre. Il pourra y rester deux heures en choisissant de voir soit la Joconde et quelques peintures, soit le Louvre médiéval et le département des sculptures, soit l’aile égyptienne, soit une exposition temporaire. Ne pas tenter de « tout » voir, c’est impossible et lassant.

Ce sera l’heure de déjeuner. Un café-sandwichs existe dans le Louvre même, un restaurant plus chic sous les arcades, d’un bon rapport qualité/prix. Mais les fauchés peuvent aussi remonter l’avenue de l’Opéra pour trouver le Monoprix, trottoir de gauche, avec ses plats tout prêts, ou la boulangerie du pain Paul, juste à côté, aux sandwiches composés de pain délicieux. Une pause chez Verlet, rue Saint-Honoré, permettra de goûter plusieurs centaines de crus de cafés ! Le reste de l’après-midi sera consacré aux Tuileries, aux Champs-Élysées avec ses boutiques et ses cafés, avant de filer vers la tour Eiffel pour le coucher du soleil.

Vous n’aurez pas vu tout Paris, mais vous aurez vu le plus beau.

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Fin d’Arménie

Quelques filles et moi poursuivons seuls la promenade en ville, malgré la canicule. Des sculpteurs sur bois officient en plein air, leur atelier ouvert sur la rue, comme autrefois. c’est un peu incongru devant les immeubles modernes, mais donne de la vie au quartier. Ils tournent des panneaux pour l’ornement d’un restaurant qui veut se donner un air traditionnel.

Destination la Mosquée bleue, chiite, financée par l’Iran, sise en face du marché couvert. Elle s’élève dans un jardin ombré autour duquel se tiennent des salles de réunion et de prières. La mosquée elle-même est ornée de mosaïques d’un bleu azur et vert très chargées. Il n’y a presque personne. Les versets du Coran gravés sur les tesselles font face au ciel vide.

Le marché couvert en face est peu passant aussi mais nous sommes en pleine après-midi, les marchands ont vendu leurs légumes le matin. Des étals de fruits confits attirent les becs sucrés tandis que je fais des photos d’épices, de fruits, et d’un gamin venu avec sa mère pour vendre des légumes. Il rit, sa mère est heureuse, nous le sommes aussi. Il n’ya que deux stands de fromages mais plusieurs d’herbes séchées en botte pour les tisanes ou leurs vertus médicinales.

Nous revenons lentement vers la place centrale. Ce faisant, nous passons devant l’hôtel Shirak… Dans un bassin, des gamins presque nus se baignent. Il règne une chaleur lourde sur la ville.

Comme les filles n’ont qu’une envie, faire les boutiques, je les laisse à leurs affaires pour m’installer à la terrasse du café probablement le plus cher de la ville, celui du Marriott sur la place de la République. En dégustant lentement mon demi-litre de bière fraîche à la terrasse, je peux observer les passants, fort nombreux en ce vendredi. La table d’à côté héberge trois frères et un cousin (il ne leur ressemble pas et sert de larbin), plus deux putes. Elles sont très maquillées, décolletées, portent des hauts talons extravagants et sont nettement plus jeunes que leurs partenaires masculins. Les quatre hommes d’affaires jonglent avec les téléphones portables, l’un d’eux répond même à deux à la fois. Je ne sais de quelles affaires ils traitent mais tout semble remonter à leur décision. Ils repartent en Mercedes noire, le cousin sert de chauffeur.

Le soleil décline vers 19 h et les rues se vident en une dizaine de minutes. Les voitures garées en double et même en triple file devant le Marriott ne laissent plus qu’une seule file. C’est l’heure du dîner ici, les gens ressortiront après 20 h, quand il fera plus frais, pour une promenade de badauds en famille.

Notre dernier dîner a lieu dans le restaurant Ararat sous la tour. Des musiciens nous joueront le doudouk et vendront quelques CD. Je suis dubitatif sur la musique sortie de son contexte. Écouter à l’automne dans un appartement parisien ces sons plaintifs et modulés faits pour les collines d’altitude n’a plus rien d’arménien mais inciterait plutôt à se flinguer. Je remarque à une table une jolie femme, mère d’une petite fille. Celle-ci, trois ans, a peur de la musique trop forte et pleure. L’un des musiciens, entre deux morceaux, vient la réconforter. Peut-être est-il de la famille ?

Je prends dans le hall de l’hôtel un magazine à disposition nommé Noyan Tapan. C’est un hebdomadaire en anglais et en français à destination de la diaspora et des touristes, qui donne des informations sur l’actualité arménienne. On peut le retrouver sur Internet, http://www.nt.am En première page la photo du chef de l’opposition Levon Ter-Petrossian, ancien président de la République et qui voudrait bien se représenter. En bas de première page, les leçons de la guerre de cinq jours en Géorgie, données par le président russe Medvedev à l’Arménie pour ce qui concerne son différend avec l’Azerbaïdjan. Il déclare qu’il vaut mieux négocier sans fin sur l’opportunité d’un référendum et d’un futur traité de paix que de faire ne serait-ce que cinq jours de guerre.

L’ensemble des ces nouvelles portant sur la géopolitique montre la sensibilité à vif de ce petit pays de 3.3 millions d’habitants face aux mastodontes russe, turc et azéri. L’économie est reléguée à la place seconde, notant seulement que le chômage et un salaire insuffisant sont les deux principales causes de l’émigration du pays. Un très long article de fond sur quatre pleines pages relate cependant le miracle économique indien. Un modèle pour l’Arménie ?

– FIN du voyage en Arménie –

Retrouvez toutes les notes du voyage en Arménie sur ce blog 

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Les bienfaits du rêve

Vous êtes ou vous allez partir en vacances, vivre libre, bien manger, dormir tout votre saoul, rêver peut-être ?

Un numéro spécial de la revue de vulgarisation scientifique La Recherche actualise ce que les savants ont appris sur le sommeil et sur le rêve. Que du bien ! Tirez-en profit. Le savoir a avancé depuis les travaux pionniers de Freud sur l’interprétation des rêves et de Michel Jouvet sur le sommeil.

Désormais, ce que l’on sait sur les rêves :

  • le rêve dure longtemps et pas seulement en fin de nuit,
  • il est éminemment utile pour apprendre, en répétant les acquis de la journée,
  • il n’est pas réalisation imaginaire de désirs refoulés ou fantasmes interdits comme Freud, obsédé sexuel, le croyait mais simulation des menaces émotionnelles possibles, créant des hypothèses sur les possibles (c’est ainsi que l’on traite les cauchemars traumatiques).

Quant au sommeil, il est vital :

  • il doit se déployer en « sommeil lent » puis en « sommeil paradoxal » pour consolider la mémoire et procéder à l’oubli des informations inutiles, d’où l’intérêt de dormir suffisamment, les micro-réveils (comme dans le cas des apnées du sommeil) fatiguent, angoissent et abrutissent,
  • la plupart des humains ont besoin de 6 à 9 h de sommeil par nuit, la mortalité constatée augmente pour les petits et les gros dormeurs,
  • l’insomnie favorise irritabilité et obésité comme maladies cardiovasculaires, les adolescents qui dorment le moins sont aussi les plus déprimés,
  • les gens sont génétiquement inégaux devant les effets du café sur le sommeil,
  • les enfants grandissent s’ils dorment plus, soit la nuit soit par sieste, les parents peuvent les aider à dormir par des horaires adaptés et un rituel du coucher.

Avec quelques indications de sites Internet et de livres pour les parents et les curieux, voici un numéro utile au savoir, à lire surtout… avant le coucher !

La Recherche, revue en kiosque, n°454 juillet-août 2011, 116 pages, €6.50

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Haruki Murakami, Le passage de la nuit

Voici le roman étrange d’un Japonais décalé. Mal à l’aise dans la société vide et trop consensuelle du Japon, Haruki s’est exilé en Europe puis aux États-Unis. Il n’est rentré au Japon que lorsque son pays a été frappé durement par le tremblement de terre de Kobe qui fit plusieurs milliers de morts en 1995.  Ses romans restent dans le présent mais comme en surimpression. Ses personnages sont en général jeunes et banals, mais la réalité qu’ils perçoivent n’est pas matérialiste.

C’est ce qui arrive à Mari, une jeune fille, qui lit ce soir là tranquillement son livre dans un café ouvert toute la nuit. L’obscurité enveloppe les choses pour les rendre oniriques. Avec le jour, sont partis le politiquement correct des familles et le trop classique des salarymen. Ceux qui errent dans la nuit sont les étudiants, les putes, les malfrats et ceux qui vivent une autre réalité, comme cet informaticien si rationnel qu’il explose lorsque la fille du love hotel a ses règles.

Mari, qui a fait la connaissance d’un musicien bohême aussi jeune qu’elle, dont elle ne connaît même pas le nom mais qui l’a rencontré jadis, est appelée par le love hotel. La fille y baigne dans son sang, et elle parle chinois. Les Chinoises sont en effet courantes comme putes à Tokyo, sans papiers mais protégées par la mafia.

Et c’est ainsi, de fil en aiguille, par association de circonstances explorées une à une, que se tisse une histoire. Mari a une sœur que connaît le jeune musicien. Enfant, elle était très proche de sa sœur mais celle-ci, trop jolie, est devenue top-modèle pour magazines ados et les liens se sont distendus. Surtout, depuis quelque temps, cette sœur prénommée Eri dort de plus en plus. Ce n’est pas seulement le décalage adolescent du matin qui va jusqu’à midi, mais un sommeil profond, presque un coma, dont elle n’émerge que pour les besoins élémentaires. Comme si elle vivait ailleurs, dans une autre dimension. Un virtuel ? L’écran de télé de sa chambre n’a-t-il pas d’ailleurs quelques grésillements inattendus même éteint ?

Rien de plus que ce minimalisme, ce présent immédiat. Mais la bizarrerie de chacun épaissit le mystère. Le style direct, descriptif a minima, juste pour situer les décors et les êtres, apparaît comme un jeu vidéo. Le lecteur est pris par l’intrigue comme dans un jeu de rôle où les personnages ont cette asepsie des rôles prédéfinis. C’est peut-être cette affinité avec les habitudes ado qui rend Haruki Murakami si populaire au Japon. Tout se passe près de chez vous, les personnages sont aussi ternes et jeunes que vous et vos amis… mais un ordre des choses caché surgit peu à peu, quelque chose se passe que vous n’aviez jamais compris auparavant.

Qui ne connaît pas le Japon contemporain pourra trouver le vide caractéristique de la jeunesse tokyoïte dans ce roman sans prétention. Il est attachant, dit beaucoup sur le Japon contemporain, mais laisse entière la question de son futur…

Haruki Murakami, Le passage de la nuit, 2004, 10-18 2008, 230 pages, 7.03€

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Namibie

Bordée par l’océan atlantique, l’Angola, l’Afrique du sud, le Botswana, et la Zambie, ce vaste pays de 824 268 km² est habité par 2 millions d’habitants. La capitale s’appelle Windhoek : le coin du vent ! Ancienne colonie allemande, les villes de Swakoprund et Walvis bay, sur la côte ouest ont conservé une architecture germanique du XIXe siècle qui peut surprendre !

Les ethnies sont plus de onze. Les Ovambo qui vivent dans le nord sont l’ethnie la plus importante. Les Karango sont a peu près 120 000 personnes qui vivent principalement dans le sud de l’Okavango. Les Herero comptent environ 100 000 personnes, ce peuple pasteur serait originaires de la vallée du grand rift. Les Himbas font partie de la communauté herero ; ils sont remarquables par l’enduit orangé dont ils couvrent leur corps et leur chevelure. Il s’agit d’une poudre de terre rouge mélangée a de la graisse de chèvre, de diverses herbes et de cendres.

Les femmes himbas sont habillées d’une jupette en peau de chèvre et portent des colliers en coquillages sur leur poitrine nue. Les San ou Bushmen, environ 20 000 personnes, vivent à l’est et dans le Kalahari. Les Damara sont 100 000, les Nama 60 000 dans le Namaland, les Baster 35 000 vers Rehoboth, les Capriviens 80 000 dans le nord-est et la bande de Caprivi. Nous trouvons encore les 650 000 Owambo au nord et les 9 000 Tswana a l’est. Sans compter des Européens d’origine afrikaans pour environ 65 000 et les 20 000 Allemands, dont la présence remonte a 1884.

Beaucoup de lieux a visiter dans ce vaste pays. Veuillez me suivre.

Le Waterberg plateau au nord de Windhoek : il émerge de la surface plane du bush, une citadelle ceinte de falaises rouges. Le plateau est formé d’une roche rouge et spongieuse, la pierre de sable. Sur les falaises s’étend du plat sur 40 500 hectares, tantôt recouvert d’une végétation aride, tantôt de forêts, tantôt de roches rouges. Décrétée réserve naturelle en 1972, la forêt abrite des espèces rares à protéger comme le rhinocéros blanc ou le vautour, et d’autres plus courantes de prédateurs, ainsi qu’une flore inhabituelle comme nombre de lichens. Une balade a pied permet de voir et d’entendre de nombreux oiseaux, de croiser des dik-dik (une des plus petites antilopes au monde), et d’être observée a l’abri sur un rocher par des damans (petit mammifère de la famille des… éléphants).

Tous les cols des hauts plateaux mènent à Solitaire. Le Bagdad Cafe de la Namibie ! imaginez une ferme isolée de 12 000 hectares en plein désert. La famille gère l’église, l’épicerie, la buvette, la station service…

Le Damaraland est cerné au nord par le Kaokoland, au nord-est par le parc national d’Etosha, et à l’ouest par la côte des Squelettes. Il offre un intérêt géologique exceptionnel. D’impressionnants plateaux granitiques, des lits de rivière sablonneux, des rocs rouges de basalte incrustés d’amphibole. La végétation est étonnante : euphorbe damara, arbres bouteilles (pachypodium lealii), acacia de Brandberg. La faune est riche : girafe, springbok, oryx, zèbre des montagnes, koudou. Les espèces rares y sont représentées par l’ éléphant du désert, le rhinocéros noir et l’outarde de Rüppel.

A quelques encablures de Khorixas s’élèvent encore les restes d’une forêt pétrifiée vieille de 280 millions d’années. 50 troncs de 30 m de long, 5 m de circonférence sont  couchés sur le sol.

Ces troncs ont été soit déposés par une crue millénaire soit venaient d’une forêt éteinte il y a des millions d’années !

Hiata de Tahiti

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