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Boukhara 3

Nous déjeunons au restaurant Ismoïl dans la ville moderne. Entre le boulevard et le restaurant, un canal d’eau boueuse sert à l’irrigation. Il est assez large pour servir de piscine. Cinq ou six enfants entre sept et 12 ans se jettent dedans en slip, garçons et filles mêlés, puis vont se rouler dans la poussière de la berge avant de replonger dans une gerbe d’éclaboussures. Qu’y a-t-il de plus libre qu’un enfant nu qui joue dans l’eau ? Sans contraintes, sans vêtements, de plain-pied avec les éléments, l’enfant est toute présence au monde, ici et maintenant, les sens en alerte, l’esprit accueillant.

Le courant est assez fort pour qu’ils soient obligés de bouger, l’eau assez fraîche pour leur faire frissonner la peau malgré les 38° extérieurs. Bronzés, rafraîchis, heureux, les garçons en nous voyant passer réclament la photo. Ils se mettent en scène, plongeant, émergeant, s’ébattant dans l’eau avant d’en ressortir pour s’admirer sur les petits écrans. L’un des baigneurs, dix ans, me dit ne parler qu’anglais mais reconnaître que je suis français !

Le restaurant a ses tables dehors, sous une treille toute en longueur, au milieu de jardins largement irrigués. Des oiseaux et des chats attendent la bonne provende. Je nourris quelques-unes de ces bêtes à fourrure qui me sont sympathiques. Les boulettes de viande du potage me sont superflues. Le menu est de salades variées en entrée, de soupe et de chachlik, cette brochette de viande hachée, tassée sur la pique et servie avec des oignons doux hachés.

Nous revenons à l’hôtel pour deux heures de « sieste » libres, au plus fort de la chaleur. La climatisation assure autour de 26°. Rares sont les gens du groupe qui savent gérer la soif, je m’en aperçois. Si, pour ma part, j’avale un litre de liquide en gros par repas, matin, midi et soir, je ne bois jamais entre. Les autres en sont à téter tout le jour, dès dix heures le matin. Leur premier geste est d’acheter leur bouteille d’eau cachetée d’un litre et demi et de la suçoter tout le jour comme des bébés leur biberon. Comme pour beaucoup d’attitudes contemporaines, j’y vois un signe net d’infantilisme.

L’après-midi nous voit au mausolée samanide, « la perle de l’orient », qui a mille ans, datant du 9ème siècle. Ce tombeau, érigé par le sultan Ismaïl Samani au-dessus de la tombe de son père, est réputé être le premier mausolée musulman. Il faut dire que l’islam, jusque-là, en interdisait la construction pour d’obscures raisons cléricales.

Il fait une chaleur à crever et nous sommes heureux d’écouter les explications culturelles à l’intérieur du cube à coupole. Le décor extérieur, en briques cuites alternées pour créer des arabesques, est une dentelle en relief qui mérite pourtant l’admiration. La forme sobre de l’ensemble, à taille humaine, a quelque chose de notre austérité romane, bien avant la démesure baroque des grands monuments alentour.

Les jardins recèlent encore le mausolée de Job – ou Tachama Ayoub, « source du prophète Job ». Auparavant, nous observons un jeune garçon en tee-shirt sans manches qui grave minutieusement du métal, assis dans les jardins, sous la surveillance attentive de son père.

La tombe dudit prophète serait sous la coupole. La source qu’il a fait jaillir de son bâton, selon une tradition souvent imitée depuis, existe encore. Nous en buvons son eau. Une calotte conique de forme pénienne coiffe un tambour, ce qui est assez original.

Le périple se termine à la mosquée Bolo Khaouz, nettement plus récente (1712). La coupole, ronde, figure symboliquement le ciel, les murs de la mosquée, carrés, le monde matériel. Un iwan repose sur 20 colonnes de bois. Un bassin stagnant apporte un air de fraîcheur dans la sécheresse poussiéreuse ambiante.

L’imam Al Boukhari est né en 810 à Boukhara. Il fut le meilleur collecteur de hadith, ces dits du Prophète recueillis par témoignages. Lui-même en aurait recueilli les 7000 plus authentiques sur un total de 600 000 recensés. Les hadiths forment le second Livre de l’islam.

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Flaubert et Du Camp, Par les champs et par les grèves

flaubert du camp par les champs et par les greves
Du 1er mai à fin juillet 1847, Flaubert a 25 ans et quitte sa jeunesse. Il entreprend avec son ami Du Camp un périple à pied, en bateau, en voiture de trois mois en Anjou, Bretagne et Normandie. Gustave écrit les chapitres impairs et Maxime les chapitres pairs de cette relation de voyage faite pour ne pas être publiée. Car nous sommes dans les derniers mois du règne bourgeois de Louis-Philippe et, comme sous François Hollande, la bienséance et la pudibonderie règnent en maître. Les journaux et les salons sont volontiers « choqués » par toute inconvenance et ostracisent toute idée hors de la ligne, soit anticléricale, soit antiroyaliste. Flaubert, parce qu’il sait ne pas publier, se lâche souvent sur la « bêtise » du goût et sur l’hypocrisie du sexe de ceux qu’il rencontre.

Le voyage en France était à la mode, issu du courant romantique qui revalorisait le peuple des campagne et « l’âme nationale » des paysages et monuments – tout comme les pré-écolos du Larzac ont relancé la mode des randos dans la France profonde dans les années 70. Gustave et Maxime ont sacrifié à ce rite, mais à leur mode, un brin persiffleuse et aristocratique. Ce qui fait la verve de leur récit, au-delà des descriptions d’églises nourries des livres d’histoire potassés avant le départ par nos deux compères.

itineraire flaubert du camp 1847

Le voyage commence à Blois, suit la Loire jusqu’à Nantes, explore les côtes sud et nord de la Bretagne, aboutit au Mont Saint-Michel, revient sur Rennes, passe par Dives, Trouville, et se termine à Honfleur. Il aura duré trois mois sur 640 km.

Nous y lisons un Flaubert d’avant le style, un Gustave plus près du ton spontané de sa Correspondance que des affres de ses romans futurs à « rendre » la couleur. Un Flaubert en liberté : de corps, d’esprit, d’écriture. Il se trouve en accord avec le monde, en accord avec l’amitié, en accord avec la langue. « Poitrine nue et la chemise bouffant à l’air, la cravate autour des reins, le sac à l’épaule, blancs de poussière, hâlés par le soleil, avec nos habits déchirés, nos chaussures usées, rapiécées, nous avions une belle allure vagabonde, insolente et pleine d’orgueil » (chap. IX).

Il exprime ses goûts et ses émotions plus que Maxime, le contraste est net entre les chapitres entrelacés. Gustave s’attache à des détails, seuls supports vrais, pour lui, qui permettent de rendre compte de ce qu’il éprouve à l’instant. On pourrait parler « d’impressionnisme » en littérature, tant le réalisme des détails est submergé par l’impression d’ensemble, l’empreinte de l’instant sur l’âme, l’esprit, le cœur et les reins de l’auteur. « Ainsi se passe une journée de voyage ; il n’en faut pas plus pour la remplir : une rivière, des buissons, une belle tête d’enfant, des tombeaux. On savoure la couleur des herbes, on écoute le bruit de l’eau, on contemple les visages, on se promène parmi les pierres usées, on s’accoude sur les tombes ; et le lendemain on rencontre d’autres hommes, d’autres pays, d’autres débris… » (chap. VII).

pointe-du-raz fleurs

Il contemple la douceur du paysage de Loire, la fureur de la mer à la pointe du Raz, la grande tristesse du soleil qui se couche au Grand-Bé, l’exubérance du gazon des sentiers et la vivacité des ravenelles qui poussent sur les ruines ; il est rendu « presque furieux » par la sauvagerie exaltante des rochers de Belle-Île et de ses grottes marines. Et des vagues : « Nous les regardions venir. Elles écumaient dans les roches à fleur d’eau, tourbillonnaient dans les creux, sautaient comme des écharpes qui s’envolent, retombaient en cascades et en perles, et dans un long balancement ramenaient à elles leurs grandes nappes vertes » (chap. V).

Il décrit les abattoirs de Quimper, les bordels de Brest, le métier de marchand d’hommes ; il raille volontiers la bêtise d’une peinture, trop édifiante et trop chargée comme celle de l’évêque mort, les fioritures du gothique repeint et enluminé, la lourdeur des montreurs d’ours ou le bavardage narcissique et inconsistant des représentants de commerce ; il ridiculise les théories plus fumeuses les unes que les autres des archéologues du temps sur les alignements de Carnac… Il vilipende la manie sexuelle des conservateurs sur les statues antiques : « je donnerai tout cela de bon cœur et sur l’heure pour savoir le nom, l’âge, la demeure, la profession et la figure du monsieur qui a inventé pour les statues du musée de Nantes des feuilles de vigne en fer-blanc, qui ont l’air d’appareils contre l’onanisme. L’Apollon du Belvédère, le Discobole et un joueur de fifre sont enharnachés de ces honteux caleçons métalliques qui reluisent comme des casseroles. On voit d’ailleurs que c’est un ouvrage médité de longtemps et exécuté avec amour. C’est escalopé sur les bords et enfoncé avec des vis dans les membres des pauvres plâtres, qui s’en sont écaillés de douleur. Par ce temps de bêtises plates qui court au milieu des stupidités normales qui nous encombrent, il est réjouissant de rencontrer au moins une bêtise échevelée, une stupidité gigantesque ! » (chap. III).

enfant breton cheveux blonds

Il s’attendrit sur la foi naïve des paysannes, sur le cœur des fidèles, sur le sentiment de communauté des Bretons à l’église ; il médite sur la petite chambre de Chateaubriand à Combourg ; il s’émeut aussi sur les enfants qui se baignent nus sous les remparts de Saint-Malo et se contorsionnent pour enfiler leur chemise, sur le petit guide en guenilles agile sur les rocs du Raz, sur la Vénus en granit de Quinipily « à la sensualité à la fois barbare et raffinée » (chap. VII), sur le jeune garçon chanteur de l’église Sainte-Croix à Quimperlé (« il était robuste et beau » chap. VII) ou sur cette petite fille qui vient livrer des fraises et repart en sautillant avec pour paiement un gros pain.

Combourg chateau

Il est remué de sensualité par les femmes, servante à qui il demanderait bien autre chose qu’une assiette, femme fièrement embijoutée qui expose sa brocante, hardie gitane de 14 ans au corps cambré.

Par tout son être, Gustave Flaubert participe à la vitalité universelle. Il boit le paysage, analyse les œuvres humaines, a de l’empathie pour les êtres simples, des élans pour la joyeuse santé du féminin et de l’enfance.

Plus qu’un récit de voyage, c’est déjà une œuvre en germe, intéressante à lire. Nous y trouvons certes le pittoresque des monuments et paysages d’avant l’industrialisation (à comparer avec aujourd’hui), mais aussi l’expression d’une sensibilité cosmique qui ne peut que remuer.

Gustave Flaubert et Maxime Du Camp, Par les champs et par les grèves, 1847, publié 1885, Livre de poche 2012, 288 pages, €6.10
Format Kindle, €5.99
Gustave Flaubert et Maxime Du Camp, Par les champs et par les grèves (texte complet), éditions La part commune 2010, 480 pages, €19.00
Gustave Flaubert, Œuvres complètes tome 2 – 1845-1851, Gallimard Pléiade 2013, 1680 pages, €72.00

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Paris en un jour

Nombreux sont les touristes ou les voyages scolaires qui viennent à Paris en coup de vent. Leur itinéraire logique suit la Seine, de Notre-Dame à la tour Eiffel. Paris est en effet une ville-centre grâce au fleuve. Il relie dans l’histoire les foires de champagne, les blés de Beauce et les vignobles bourguignons aux marchandises venues par mer depuis Le Havre et Rouen.

Il est aussi le fil symbolique de la tradition qui va de la spiritualité médiévale (Notre-Dame) à la modernité révolutionnaire (place de la Concorde), commerçante (Champs-Élysées) et industrielle (tour Eiffel), en passant par l’Etat et la culture (Louvre).

La tête de l’Etat a migré depuis les Romains de l’île de la cité vers le château du Louvre sur la rive droite, puis le palais de l’Élysée – toujours plus loin vers l’ouest. Le début de l’été est propice, les jours plus longs, le temps souvent beau sans être accablant, une brise rend cristalline l’atmosphère. Paris reste vivant tant que les vacances scolaires ne vident pas les Parisiens, les commerces sont ouverts.

Notre-Dame est la grande cathédrale, vaisseau de l’esprit sur l’île d’origine. Tous les élèves et les Japonais commencent ici. Le mieux est de commencer la visite par le pont de la Tournelle, qui permet de bien voir le chevet. Puis revenir par la rue Saint-Louis en l’île où trônent les boutiques, dont les fameuses glaces Berthillon.

Au centre du portail de Notre-Dame, au-dessus du Christ en majesté, Satan pèse les âmes, surveillé par saint Michel. Sur le parvis, au-dessus de l’ancien Paris qui se visite, des animations attirent plus les gamins que les vieilleries. Mais les rues tracées au sol montrent combien l’ancien Paris vivait à l’étroit, les boutiques n’ouvraient souvent que 4 m²… Dès que le soleil s’établit, le bronzage sur les quais est de rigueur. Cela sous la préfecture de Police bordée de cars de flics, quai des Orfèvres, rendu célèbre par le Maigret de Simenon.

Le Pont-Neuf marque la transition des îles avec le Louvre. Le ‘N’ qui figure sur ses piles n’est pas la marque de Nicolas Sarkozy, comme j’ai entendu un collégien l’affirmer à ses copains, peut-être après la propagande politique de son prof, mais celle de Napoléon 1er.

Il fit en effet aménager les grèves de sable en quais de pierre pour les bateaux de commerce, tel le quai des Grands-Augustins, juste à côté. Le pont date de 1607 et sa construction a duré 29 ans.

Henri IV l’a inauguré, sa statue trône au-dessus du square du Vert-Galant, ex-île aux Juifs. Le Vert-Galant, c’est lui, Henri IV, fort galant avec les dames et fort vert pour baiser plusieurs fois par jour, dit-on.

Une plaque rappelle que Jacques de Molay, grand Maître des Templiers y a été brûlé. Il a lancé sa malédiction à Philippe le Bel vers les fenêtres du Louvre en face, faisant débuter ainsi la dynastie des rois maudits.

Le Louvre est le palais des rois de France avant Versailles. Une passerelle le relie à l’Institut, siège de l’Académie Française (qui n’est pas un tombeau comme les Invalides malgré la coupole, comme j’ai entendu un autre gamin le répéter à ses copains).

La cour Carrée s’élève sur les fondations médiévales du château ; elles se visitent en sous-sol. Un passage voûté, où flûtistes et violonistes aiment à tester la belle sonorité du lieu, débouche sur le XXe siècle Mitterrand. La pyramide de verre attire toujours autant, telle une gemme futuriste parmi tant d’histoire. Les touristes adorent s’y faire prendre et leurs petits tremper leurs mains ou leurs pieds dans les bassins, et plus si grosses chaleurs.

Les statues des grands hommes veillent, Voltaire toujours caché d’un filet (pour cause d’islamiquement correct ou de « rénovation » qui dure depuis 7 ans ?). Racine vous regarde d’un air classique.

Louis XIV caracole un peu plus loin, donnant l’exemple aux gendarmes à cheval qui disent encore « l’Etat c’est moi ».

Il suffit de traverser la rue pour se retrouver parmi les buis du jardin à la française, au Carrousel. Les profondeurs de l’arc de triomphe recèlent un bas-relief de femme nue séduisante aux ados mâles (j’ai entendu un collégien détailler ses attraits à ses copains ébahis).

Dans les jardins batifolent les statues mafflues des femelles Maillol, tout comme les jeunes, en couples ou en amis, qui aiment à s’allonger plus ou moins déshabillés.

Les provinciaux gardent cette impression tenace que Paris est Babylone où les turpitudes sont possibles : la nudité, la drague éhontée, les filles faciles, les gays disponibles. Certains explorent les dessous des statues pour étudier le mode d’emploi d’une femelle métallique.

Les pubères restent sans voix devant Diane, si réaliste.

Comme devant les reliefs protubérants de Thésée ou du jeune Enée portant Anchise. Les ados s’y comparent volontiers, gonflant la poitrine et faisant des effets de muscles pour impressionner leurs copains d’abord, leurs copines potentielles ensuite. Parade de jeunes mâles qui s’essaient à grandir.

Certains veulent s’y comparer et ôtent leur tee-shirt avant de se faire rappeler à l’ordre par leur prof (« on est en sortie de classe, on n’est pas à la plage »), malgré les collégiennes qui trouvent ce puritanisme castrant.

A l’extrémité poussiéreuse des Tuileries se ferme un curieux monument contemporain en métal rouillé.

On y entre comme dans un con avant d’apercevoir le pénis égyptien qui marque le centre de la place de la Concorde (et pas la Bastille, comme un autre gamin le disait en toute naïveté). Ici a été guillotiné Louis XVI et, dans l’hôtel adjacent, a été négocié durant des mois le traité de Versailles où l’intransigeance franchouillarde a produit la guerre suivante.

En face, sur l’autre rive, l’Assemblée Nationale attire peu, on dirait une bourse du commerce assoupie dans une ville du centre. Les godillots intéressent moins les Français que les vrais chefs, si l’on en juge par l’écart d’abstention.

Reste à suivre les quais pour aborder le pont en l’honneur du tsar russe Alexandre III, où des putti des deux sexes se contorsionnent selon l’art pédophile de la fin XIXe (rires des collégiens, « hé, on dirait ton p’tit frère à poil ! – T’as vu, c’est ta sœur en nettement mieux ! »).

Dès le Grand Palais, s’ouvrent les Champs-Élysées. L’avenue n’est pas si grande que ça et les moins de 13 ans sont toujours déçus ; les autres sont plutôt alléchés par les affiches de film, les belles bagnoles, les disques Virgin et par le McDonald’s.

L’Arc de triomphe, au bout, n’est pas le tombeau de Napoléon 1er (comme le croyait Edgar Faure enfant) mais un monument à ses victoires. Sous son arche repose le soldat inconnu de la Grande Guerre, avec sa flamme perpétuelle. Il faut marcher vers la Seine pour terminer le périple par la tour Eiffel. S’il fait beau, monter au sommet vaut le détour : tout Paris s’étale à vos pieds, comme le Trocadéro.

Le visiteur d’un jour passera une heure à Notre-Dame et autour avant d’aller au Louvre. Il pourra y rester deux heures en choisissant de voir soit la Joconde et quelques peintures, soit le Louvre médiéval et le département des sculptures, soit l’aile égyptienne, soit une exposition temporaire. Ne pas tenter de « tout » voir, c’est impossible et lassant.

Ce sera l’heure de déjeuner. Un café-sandwichs existe dans le Louvre même, un restaurant plus chic sous les arcades, d’un bon rapport qualité/prix. Mais les fauchés peuvent aussi remonter l’avenue de l’Opéra pour trouver le Monoprix, trottoir de gauche, avec ses plats tout prêts, ou la boulangerie du pain Paul, juste à côté, aux sandwiches composés de pain délicieux. Une pause chez Verlet, rue Saint-Honoré, permettra de goûter plusieurs centaines de crus de cafés ! Le reste de l’après-midi sera consacré aux Tuileries, aux Champs-Élysées avec ses boutiques et ses cafés, avant de filer vers la tour Eiffel pour le coucher du soleil.

Vous n’aurez pas vu tout Paris, mais vous aurez vu le plus beau.

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Beauté du Louvre

Article repris par Medium4You.

Quiconque aborde Paris va au Louvre. C’était la forteresse des rois, dont il reste les tours de fondation sous la pyramide. Ce fut le palais des dynasties régnantes jusqu’à ‘L’État-c’est-moi’, le quatorzième Louis qui préféra Versailles, loin de la foule, des miasmes et de la population. D’où la Révolution.

On aborde le palais par les quais, rehaussés et bordés depuis l’Ancien régime. Sous l’arche du pont Neuf bâti par Henri IV, la perspective des bâtiments s’étend le long de la Seine, au loin.

La pyramide, architecte chinois pour président matois, s’élève aérienne dans le ciel pur d’hiver. L’eau des bassins ajoute au cristallin de sa structure.

La fontaine qui jaillit, sauf lorsque le gel la fige, donne du bouillonnement à l’ensemble verre-métal. Comme les gamins qui jouent et se trempent presque nus en saison clémente. Pas en cet hiver d’élections où le bac à sable met en lice le sultan de Bruni contre Guimauve le conquérant.

La géométrie tranche au scalpel les formes des vieux rois. Elle incarne la raison pure, l’abstraction faite reine, le glacé des nombres. Que ce soit un président de gauche qui ait voulu ça en dit long sur la mentalité de « civilisation » française.

Civilisation qui a honte. Tant la Mairie socialiste que le gouvernement UMP s’obstinent à ne toujours pas dévoiler Voltaire ! Sa statue est LA SEULE couverte d’un filet pour cacher aux seuls Musulmans la face de celui qui écrivit un ‘Fanatisme ou Mahomet’ célèbre. Si l’on voulait une preuve du déni de « civilisation » accordée à la nôtre par les bobos relativistes multiculturels, en voilà une, persistante sous nos yeux !

Toutes les cultures sont respectables, comme expression humaine dans l’histoire. Mais NOTRE culture est préférable à nos yeux à cette eau tiède du « tout le monde il est beau » des éternels nomades hors sol qui ont les moyens, les prébendes d’État et la légèreté mentale d’être toujours branchés dans le vent – aussi insignifiants que les muguets de cour. Le jour où ils mettront leur Morale-au-monde-entier en accord avec leur existence quotidienne, nous pourrons les croire. En attendant, ils ne sont que ridicules.

La maquette, visible sous la pyramide, montre un Louvre comme ville dans la ville, ensemble de bâtiments d’État avant-hier palais et écuries,  hier ministère et parking, aujourd’hui musée et piétons.

C’est beau, mais éternel, analogie voulue avec les pyramides d’Égypte, sauf que le « tombeau » de Marie-Madeleine, chanté par le ‘Da Vinci Code’ n’est décidément pas sous la pyramide inversée de l’intérieur…

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Le Clézio, Gens des nuages

Autant L’Africain était retour à l’enfance de Jean, Marie, Gustave, autant ‘Gens des nuages’ remonte aux origines familiales de sa femme, Jemia. Ce livre de voyage, paru initialement chez Stock, est le « compte-rendu d’un retour aux origines ». L’auteur a épousé une fille du désert, descendante de ces ‘gens des nuages’ qui cherchent l’eau pour leurs troupeaux, quelque part dans l’extrême sud marocain. Le voyage du couple est un périple à remonter le temps : d’abord celui de la tribu des Ouled Khalifa, d’où vient Jemia ; ensuite celui des origines de la civilisation, dans cette vallée saharienne où l’eau et le vent ont formé un creuset de rencontres humaines.

Les étapes initiatiques de ce petit livre de 150 pages, illustré de 16 photos couleur des lieux qui donnent vie au texte et supportent l’imagination, sont un délice pour qui aime les voyages mais préfère rester au coin de sa cheminée, un chat sur les genoux et un verre à proximité. Cela commence par un passage, celui du Draa, pour culminer au Tombeau du saint, créateur de tribus, avant de se poursuivre jusqu’à la Voie – celle de l’éternité. Six chapitres précédés d’un prologue et suivis d’un épilogue, six étapes d’un approfondissement de soi.

« Il n’y a pas de plus grande émotion que d’entrer dans le désert » p.37 L’auteur en a écrit tout un livre, qui l’a rendu accessoirement célèbre, dans les années 80. Il s’est inspiré de l’histoire de sa femme, des légendes racontées par la grand-mère, des récits des voyageurs français, espagnols et anglais du temps. C’est par le plateau de Gadda, dans l’ex Rio de Oro au sud du Maroc, que le couple pénètre le désert « sans fin, monotone, presque sépulcral, d’une beauté hors de la mesure humaine » p.38. L’impression est d’être « près du socle du monde », au ras de la roche ferrique qui forme le cœur de la planète, envahi sans limites par la lumière du soleil.

Le socle est aussi la matrice : « les grandes civilisations qui ont éclairé le monde ne sont pas nées au paradis. Elles sont apparues dans les régions les plus inhospitalières de la planète, sous les climats les plus difficiles (…) Ce ne sont donc pas les hommes qui ont inventé ces civilisations. Ce sont plutôt les lieux, comme si, par l’adversité, ils obligeaient ces créatures fragiles et facilement effrayées à construire leurs demeures » p.56. La Saguia el Hamra est l’un de ces lieux, « une coupure dans le désert ». L’auteur rêvait enfant sur les livres d’aventure, de la fiction d’H.G. Wells aux récits de René Caillé et aux reportages du ‘Journal des voyages’. « Quand il avait treize ans, à la suite d’un voyage au Maroc, encore sous protectorat français [probablement en 1961], il avait écrit une sorte de roman d’aventures dans lequel un cheikh vêtu de blanc, venu du désert, se battait farouchement contre les Français et, vaincu par le nombre, retournait vers le Sud, vers un pays mystérieux où s’étaient regroupés les nomades insoumis. Ce pays était la Saguia el Hamra, le dernier lieu inaccessible… » p.58 Jean, Marie, Gustave parle de lui à 13 ans à la troisième personne. Il avait déjà en prototype, à cet âge pubertaire, le roman de son succès, la prescience de sa seconde épouse. « Il se pourrait que le devenir des hommes, fait d’injustice et de violence, ait moins de réalité que la mémoire des lieux, sculptée par l’eau et par le vent » p.69.

Le moment culminant du périple est le tombeau de Sidi Ahmed el Aroussi entouré des sept Saints. Sidi Ahmed fédéra les nomades pour en faire un peuple d’équilibre vivant de peu, « entre la parole divine et la justice humaine. Et l’amour de l’eau et de l’espace, le goût du mouvement, le culte de l’amitié, l’honneur et la générosité. N’ayant pour seuls biens que leurs troupeaux » p.74 Un idéal d’homme leclézien. « La seule réussite des Arabes fut de donner une cohérence mystique à des peuples entre lesquels le fabuleux était l’unique ciment » p.72 C’est de la lumière du soleil et des étoiles que vient la force, c’est du désert que vient la sobriété, l’obstination, la patience, « apprendre à vaincre sa peur, sa douleur, son égoïsme » p.95 « Mais ce sont les yeux des enfants qui sont les vrais trésors du désert. Des yeux brillants, clairs comme l’ambre, ou couleur d’anthracite dans des visages de cuivre sombre. Éclatants aussi leurs sourires, avec ces incisives hautes, une denture capable de déchirer la chair coriace accrochée aux os des vieilles chèvres » p.97 Une beauté de diamant, une joie de source, une opiniâtreté à la mesure de la vitalité exigée du désert : Le Clézio raccourcit en une phrase toute l’admiration qu’il a pour cet animal humain en sa force première.

Il retrouve en cela l’élan des philosophes des Lumières, qui pensaient retrouver le socle humain dans le Sauvage, que la sentimentalité du temps croyait « bon ». Et cela à la suite de Tacite, qui voyait dans les Germains des forêts outre-Rhin ces humains vigoureux et sains qui donnaient un exemple moral aux Romains de la décadence. Après les Grecs, qui définissaient leur idéal d’homme par rapport aux borborygmes et à l’efféminé des « barbares ». « Les femmes du Sahara donnent tout. Elles transmettent aux enfants la leçon du désert, qui n’admet pas l’irrespect ni l’anarchie ; mais la fidélité au lieu, la magie, les prières, les soins, l’endurance, l’échange » p.104. Le Clézio se veut de ce genre d’homme, socle de l’humaine humanité au-delà des ethnies. Ce pour quoi il touche à l’universel.

Tbeïla, le Rocher secret perdu dans le désert, est un lieu de légende pieuse. « C’est ici que Sidi Ahmed el Aroussi a touché terre après avoir été transporté dans les airs depuis Tunis, ou Marrakech, par un génie » p.114 Le lieu est de pèlerinage, un monument naturel incongru au milieu de la plaine. « Quand on arrive au sommet du Rocher, il s’agit bien d’une émergence. Tout d’un coup, on est frappé par le vent et la lumière, suffoqué, aveuglé comme un oiseau sorti d’une grotte » p.122 L’auteur parle bien de cet éblouissement des sens qui prépare à la foi. « Ici, nous avons tout à apprendre » p.126. La vie même de Sidi Ahmed est celle d’un proche de Dieu, maître du soufisme. « Ce n’est pas par les armes que les maîtres soufis luttent contre le mal, c’est par la puissance de leur verbe, par l’exemple de leur pureté, par la force de leur sacrifice » p.139 Le Clézio retrouve au désert la nudité et le silence « où, parce qu’il n’y a rien qui vienne troubler les sens, l’homme peut se sentir plus près de Dieu (comme le sera Charles de Foucauld dans le Hoggar) » p.139. Je l’ai ressenti aussi, face aux rocs rouges de l’Assekrem.

D’où cette leçon tirée du voyage : « Ce qui caractérise la vie des nomades, ce n’est pas la dureté ni le dénuement, mais l’harmonie. C’est leur connaissance et leur maîtrise de la terre qui les porte, c’est-à-dire l’estimation exacte de leur propres limites » p.147. Toute une morale pour les Occidentaux humanistes et vaguement écologistes qui veulent changer le monde. Un idéal parfois bien mal incarné, mais chez Le Clézio une belle leçon d’observation humaine !

Un petit livre à lire en complément de ‘Désert’, si vous avez aimé.

Le Clézio, J.M.G. & Jemia, Gens des nuages, photographies de Bruno Barbey, 1997, Folio 2008, 151 pages, 5.7€

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Machu Picchu

Article repris par Medium4You.

Machu Picchu signifie « vieille montagne ». La cité est bâtie à 2450 m d’altitude, à 112 km de Cuzco. Elle est à environ 3h30 de train de la capitale quand tout va bien ! Il faut « mériter » le lieu. Le départ est très matinal, la foule dense dans la gare, le train pas encore formé mais on échafaude des projets. Le point ultime du voyage, ce pourquoi on est venu de si loin.

Le train entre en gare, chacun gagne sa place, il fait encore nuit. Tiens, le conducteur a beaucoup d’aides, les uns avec des pelles, les autres avec des scies… On comprendra très vite ! Il y a bien sûr le mécanicien, les serre-freins, les bûcherons, les maçons. Le trajet vers le Machu Picchu réserve bien des surprises. Là un arbre tombé sur la voie unique, là un petit pont a perdu quelques troncs, là un glissement de terrain. Qu’à cela ne tienne, ce sont les risques du trajet. Les heures passent. On met pied à terre quand les aides travaillent. Un coup de sifflet, tout le monde rejoint sa place à bord. On redémarre. Un autre arrêt. Les aiguilles de la montre tournent à vous en donner le vertige.

Début d’après midi, arrivée au pied du Machu Picchu. Le train se déverse dans les bus qui vont nous monter par une route vertigineuse là-haut.

Enfin le site du Machu Picchu. Fabuleux, impressionnant, grandiose ! La visite est chronométrée. Le train nous a fait perdre beaucoup de temps.

Le Machu Picchu se divise en quartiers séparés en grande partie par l’esplanade centrale. Deux grands secteurs : la ville supérieure (mirador, garnison, terrasse) et la ville inférieure (greniers, temples, centres artisanaux). Les édifices religieux et les maisons des notables étaient en pierres parfaitement jointes. Les autres maisons (celles des agriculteurs) étaient en pierre grossièrement taillées jointes avec de l’adobe (chaux + terre). Les murs étaient inclinés vers l’intérieur afin de résister aux tremblements de terre. Ces murs robustes étaient recouverts de frêles toits de joncs et de roseaux. Il a été décompté 285 maisons en ruine où habitaient 4 personnes pour une population d’environ 1200 personnes.

On y cultivait fruits, plantes médicinales et fleurs. Le quartier des agriculteurs comprend des terrasses cultivées, un ingénieux système d’irrigation, des rigoles en zigzag.

Le mirador permet de dominer tout le site. Ingénieux système de fermeture de la porte principale de la citadelle : un anneau de pierre au-dessus et deux poignées dans les cavités sur les côtés.

Le tombeau royal est au-dessous de la porte de la citadelle, une caverne en-dessous de la tour centrale qui fut peut-être le tombeau d’un grand Inca.

La rue des fontaines est plutôt une ruelle. Elle est composée d’une série de petits bassins disposés les uns à la suite des autres. Pour des ablutions rituelles ?

La maison de l’Inca comprend des patios intérieurs, un appareillage de pierre particulièrement soigné et les restes d’un mortier.

La maison du prêtre est le temple dit ‘des trois fenêtres’. Le grand temple a sept niches au fond et la sacristie dans le quartier religieux.

Dans le prolongement des temples, une série d’escaliers mène à l’Intihuatana (le lieu où le Soleil est captif) l’observatoire astronomique. C’est le point le plus élevé de la ville et le plus mystérieux sur la placette. Sur cet autel se dresse une colonne tétraédrique servant de gnomon. Elle servait aux Incas à calculer la hauteur du soleil ainsi qu’à connaître l’heure, la date des solstices et des équinoxes.

De l’autre côté, le quartier des prisons, le quartier des Mortiers, le quartier des intellectuels et des comptables. A l’extrémité des ruines, un sentier mène au Huayna Picchu (montagne jeune). Pas de le temps de faire la grimpette, dommage ! Il paraît que l’on est récompensé des efforts fournis par un panorama époustouflant. C’est dur d’être touriste embrigadé en troupeau. Machu Picchu mérite qu’on s’y arrête, qu’on s’y pose, en oubliant la presse et le stress d’une civilisation moderne où le temps sans cesse grignoté exige qu’on passe sans cesse à autre chose.

Le retour tardif se fait quand même dans la bonne humeur. Le lendemain un petit vol pour Lima permettra la visite du musée de l’or. Je crains que ce soit nettement moins impressionnant que celui de Bogota. Et en route pour Ica.

Hiata de Tahiti

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