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Faits d’hiver en été à Tahiti

Même si, ici, c’est l’été – l’inverse austral de la métropole – la déshumanité n’en finit pas…

Jugé pour « esclavagisme moderne », l’homme de 74 ans employait deux salariés dans sa boulangerie, l’un depuis 14 ans l’autre depuis 4 ans sans les avoir déclarés. Ces « esclaves » travaillaient 7 jours sur 7 pour un salaire hebdomadaire de 21 000 XPF (176 €) et étaient contraints d’avoir un compte à crédit ouvert dans l’épicerie aussi propriété du vieil homme. Cet Harpagon avait acquis 4 maisons et investi dans une société de transport maritime. Le défenseur d’Harpagon a plaidé le fait que son client était de « la vieille école » et « qu’il avait toujours travaillé dur depuis ces jeunes années ». Fermez le ban !

gamin ecran

A Raroia (Tuamotu), la jeune femme de 21 ans, mère d’un bébé d’à peine un an a bien été poussée dans un puisard par son tane (homme) tête la première, il a ensuite mis le feu à leur fare (maison). Ce tane avait affirmé que sa femme s’était suicidée. Un atoll d’où il a fallu rapatrier le mari qui, devant les gendarmes, a reconnu son acte. Le corps de la malheureuse a été exhumé et rapatrié aussi à Papeete pour l’enquête…

A Papeete, le mari jaloux tue l’amant de sa femme en lui roulant dessus en voiture et en lui arrachant un pied ; sur un atoll l’oncle tue à coups de hache son neveu.

perles noires tahiti

Une bonne nouvelle pour commencer cette année 2015 : en 2017, les premières perles de culture marquisiennes feront leur apparition. Cette population des Marquises possèdera une signature moléculaire totalement différente de celles des Tuamotu, des Gambier et des Iles sous le Vent. Ces perles pourraient être d’une qualité exceptionnelle. Attendons de voir.

Hiata de Tahiti

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Haruki Murakami, Les attaques de la boulangerie

haruki murakami les attaques de la boulangerie

Par deux fois, les personnages de Murakami attaquent une boulangerie. Ils reproduisent par l’absurde cet « impôt révolutionnaire » tellement à la mode dans les années 1970, sur l’exemple de Staline dans la Russie des tsars finissants. Mais les banques sont ici remplacées par les producteurs de pain et les patrons sont soit communistes, soit étudiants précaires d’une grande chaîne.

Les attaquants sont jeunes. A 18 ans, ils ne veulent pas travailler et ont faim. Ils veulent se bourrer de pain – seulement de pain – sans rien payer. Ils s’avancent donc avec un long couteau – non plus entre les dents comme les cocos rouges – mais derrière le dos. Une invraisemblable vieille hésite à choisir sa marchandise, repose et reprend, faisant bouillir les activistes affamés – mais ils ne veulent pas se faire une vieille. On avait de la pudeur dans la jeunesse gauchiste japonaise.

Et puis flop ! Le patron leur permet de manger tout le pain qu’ils veulent… Sans rien payer ? Sans un sou, oui, puisqu’ils ont faim, mais pas sans rien en échange. Une petite malédiction, peut-être ? Brrr, non, plutôt écouter du Wagner. Ce musicien connoté nazi (bien qu’il fut mort bien avant Herr Hitler), est adoré du patron communiste – contradiction bien réjouissante que n’hésite pas à accentuer Murakami. Les deux jeunes sont obligés d’écouter Tristan et Isolde durant deux heures. Leur âme en est-elle changée ?

C’est ce à quoi s’attaque la seconde nouvelle, publiée cinq ans plus tard et reprise en français dans L’éléphant s’évapore. L’un des héros s’est marié et s’éveille en pleine nuit, tout comme sa femme, affamé. Évidemment rien dans le frigo, que quelques bières (vite descendues), deux oignons fripés, du beurre et du désodorisant. Que faire ? Lénine en a écrit tout un ouvrage, Chto dielat ?,  mais les deux jeunes un peu moins jeunes décident d’aller braquer une nouvelle boulangerie après que le mari eut raconté à son épouse ce qu’il l’avait fait à 18 ans.

Sauf que les boulangeries en pleine nuit, dans Tokyo, sont fermées : qui aurait l’idée d’acheter du pain avant le matin ? La femme prend alors les choses en main, soupçonnant que la fringale qui les tient résulte de cette obscure malédiction jadis sur son mari, plus ou moins formulée, en tout cas wagnérisée. Elle choisit ce qui se rapproche le plus d’une boulangerie : un bon vieux Mc Donald’s, ouvert 24 h sur 24, tenu par des étudiants et des employés prolétarisés.

Un pistolet exhibé à bon escient (dont on ne sait d’où il vient…) fait emballer trente burgers et ligoter les trois employés, tandis que deux clients, aussi jeunes que les braqueurs de jadis (et peut-être leurs fantômes), dorment lourdement sur une table. La faim est apaisée, la malédiction éradiquée. Le narrateur s’en aperçoit lorsqu’il ne voit plus en imagination un volcan sous la surface de la mer, lorsqu’il se penche de sa barque imaginaire. Métaphore de l’existence (la barque), de l’incessant changement (l’eau), de la menace qui pèse (le volcan) ?

Voici en tout cas deux allègres et mystérieuses nouvelles qui se lisent d’un trait, illustrées en vert et or sans que l’on perçoive souvent le rapport avec le texte, mais agréables à regarder. Il y a de la magie dans le surgissement des choses chez Murakami ; le dessin l’accentue. Les éditions de poche 10-18 explorent ce genre minimaliste à images pour les petits lecteurs vite zappeurs qui ont besoin de poser les yeux sur une illustration pour ne pas être sans cesse tentés d’aller voir leur Smartphone. Pourquoi pas ? Tout n’est pas bon à éditer, mais certaines nouvelles de Murakami s’y prêtent admirablement. Ce fut le cas de Sommeil, chroniqué sur ce blog.

Et le livre, malgré son prix modique, peut faire un cadeau de luxe pour un ami branché ou une mamie lettrée. Il se classe dans le genre livre-objet avec sa couverture rigide et son papier glacé, plus que dans le genre texte littéraire.

Haruki Murakami, Les attaques de la boulangerie (nouvelles), 1981 et 1985, 10-18 2013, illustrations de Kat Menschik, 75 pages, €7.98

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Musée des pêcheurs norvégiens de Å i Lofoten

Le groupe part faire un sommet tandis que je reste pour aller au musée des pêcheurs et du poisson à Å. Seul, on marche le nez au vent, on remarque bien plus de choses qu’en bande où une conversation vient toujours perturber l’attention. Je photographie les boites aux lettres, le port au soleil, les effets de lumière sur la mer, les têtes de morue séchées accrochées au panneau d’entrée de ville de Sørvågan.

musee du poisson a i Lofoten

Le village-musée des pêcheurs norvégiens est une suite de bâtiments où sont conservées de vieilles choses en rapport avec le poisson et la vie de pêcheur ces deux cents dernières années. Le village de Å est déserté d’habitants et seuls des rorbus loués l’été et les maisons de conservation donnent un air de vie à ce village muséeifié Pour 60 NOK (8€), on s’orne la poitrine d’un badge vert qui permet l’accès à la bakeriet (boulangerie) où l’on fait encore le pain au four à bois l’été, vendus aux touristes.

interieur de pecheur Lofoten

Une maisonnette présente l’activité toute intérieure des femmes de pêcheurs en attente du retour des navires, dans leur coin cuisine, leur coin couture et leur coin lecture et papotages autour d’une tasse de tisane.

barque traditionnelle Lofoten

Le hangar à bateaux recèle plusieurs barques effilées de facture traditionnelle, des filets, des flotteurs, des harpons à baleine, de vieilles photos noir et blanc d’Å au temps de sa splendeur, avec toute sa flottille.

vertebre baleine et harpon Lofoten

Ce n’est qu’en 1905 que les premiers bateaux à moteur pontés sont arrivés dans la région. Auparavant, tout se faisait à la voile et à la rame, et directement au grand air.

caboteur Lofoten

Plus loin, une autre cabane abrite une forge, une autre une scierie. En face, au bout d’un ponton pour l’odeur, un atelier de presse d’huile de foie de morue. Les foies stagnent encore dans un fond de marmite tandis que des fioles d’huile prête à déguster attendent celui qui veut goûter. Rien n’a changé de l’épouvantable amertume huileuse des souvenirs d’enfance. Les foies étaient mis à bouillir dans d’énormes chaudrons de fer pour en extraire l’huile. Elle servait surtout à s’éclairer… On s’en servait aussi pour tanner les peaux ou en faire du savon. Le poisson cuit ensemble avec son foie et ses œufs était appelé mølje ; le plat contenait de la vitamine D et des Omega 3 qui donnaient une bonne santé à ces gens privés de soleil six mois de l’année. Ce n’est qu’en 1854 que le pharmacien Peter Møller a vanté les vertus médicinales de l’huile de foie de morue. Il l’extrayait à la vapeur pour mieux conserver les vitamines. Un petit chalutier échoué, le Glimt, peut être visité (pas d’enfant sans un adulte).

huile de foie de morue Lofoten

Un panneau rappelle l’existence du kraken, créature de légende médiévale scandinave. Ces calmars géants existent, mais restent dans les grandes profondeurs. Il est peut-être arrivé qu’ils émergent en surface, mais de là à engloutir un navire… Même le tourbillon produit par leur plongée ne suffirait pas à couler une barcasse. Le genre Architeuthis fut établi en 1857 avec la première description scientifique de calmar géant, celle du Danois Johan Japetus Steenstrup. Des spécimens de 18 m, dont plus de 11 m de tentacules, ont été étudiés. En juillet 2002, un calmar géant de 250 kg (avec un corps de 7,5 m et des tentacules évalués à 15 m de long) a été trouvé en Tasmanie. On peut en voir un depuis 2008, naturalisé dans la Grande galerie de l’évolution à Paris, une femelle de l’espèce Architeuthis sanctipauli qui mesurait 9 mètres de long et pesait 84 kg. Elle fut pêchée le 27 janvier 2000 à 615 mètres de profondeur au large de la Nouvelle-Zélande et surnommée Wheke d’après une légende Maori.

krachen Lofoten

Peu de monde aujourd’hui lundi, que des étrangers comme moi. Les Norvégiens travaillent ou passent leurs vacances à Mykonos ou dans un autre sud. Certains, pourtant, chargent des sacs de morue séchée dans le haut de Å. D’autres déchargent des meubles pour une entreprise en finition à Størvågan. Un couple répare le toit de son rorbu, l’homme torse nu au soleil. Des retraités récents prennent la lumière en terrasse. Une vieille passe sur sa patinette-déambulateur, curieux engin qui charge les courses et aide à se déplacer. Deux petits garçons jouent sur l’herbe derrière un panneau garderie. Un ado passe en vélo. Peu de vie hors des voitures qui vont au bout de la route, extrémité du monde connu.

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Bernard Roland Jacquet, Le petit mitron

bernard roland jacquet le petit mitron

Les parents morts incitent à se retourner sur la vie de famille avec eux, surtout lorsqu’on est enfant unique. En témoignage, pour transmettre, en hommage. Ces courts souvenirs d’enfance nostalgiques sont placés sous le double patronage de Peter Pan et du général Mac Arthur. « Tout ce qui nous arriver après l’âge de 12 ans n’a guère d’importance », et « la jeunesse est un état d’esprit ». Tout est frais, intensif, merveilleux. L’auteur, bébé douillet, est souffreteux des poumons et doit souvent séjourner en altitude.

Il se souvient de son enfance à la campagne, durant la dernière guerre. Il a nagé tout nu à 7 ans avec sa cousine Simone, de quelques années plus âgée. Elle aime le déshabiller, l’embrasser et jouer avec lui comme avec une poupée.

Né en 1936, il a 8 ans à l’armistice et doit quitter oies, lapins et bœufs pour s’installer en ville avec ses parents. C’est à Lyon que le père fait le pain et la mère tient la boulangerie. L’odeur beurrée des brioches lui met encore l’eau à la bouche des décennies plus tard ! Il fait même quelques commissions, livrant le pain chez le maire, Herriot. Ses parents l’appellent « le petit mitron » lorsqu’il enfile la blouse blanche pour aider son père au fournil.

bernard roland jacquet photo

Mais ses parents se séparent et il habite ailleurs, le quartier Saint-Georges, populaire et plutôt mal famé. Rien ne le touche, il est lisse et toujours « prudent » ; c’est du moins le souvenir qu’il fait passer. Il sait se faire des petits camarades, et même des plus grands, puisqu’un pêcheur sur la Saône lui apprend à titiller le gardon.

On ne sait rien de plus, ni ce qu’il est devenu après sa communion solennelle à 12 ans, ni le métier qu’il a exercé, ni s’il a des enfants et petits-enfants. Mais son récit se lit avec tendresse, sans prétention et avec une ponctuation malhabile, mais écrit simplement, comme on conte une belle histoire.

Bernard Roland Jacquet, Le petit mitron, 2012, éditions Baudelaire, 81 pages, €9.97

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Paris en un jour

Nombreux sont les touristes ou les voyages scolaires qui viennent à Paris en coup de vent. Leur itinéraire logique suit la Seine, de Notre-Dame à la tour Eiffel. Paris est en effet une ville-centre grâce au fleuve. Il relie dans l’histoire les foires de champagne, les blés de Beauce et les vignobles bourguignons aux marchandises venues par mer depuis Le Havre et Rouen.

Il est aussi le fil symbolique de la tradition qui va de la spiritualité médiévale (Notre-Dame) à la modernité révolutionnaire (place de la Concorde), commerçante (Champs-Élysées) et industrielle (tour Eiffel), en passant par l’Etat et la culture (Louvre).

La tête de l’Etat a migré depuis les Romains de l’île de la cité vers le château du Louvre sur la rive droite, puis le palais de l’Élysée – toujours plus loin vers l’ouest. Le début de l’été est propice, les jours plus longs, le temps souvent beau sans être accablant, une brise rend cristalline l’atmosphère. Paris reste vivant tant que les vacances scolaires ne vident pas les Parisiens, les commerces sont ouverts.

Notre-Dame est la grande cathédrale, vaisseau de l’esprit sur l’île d’origine. Tous les élèves et les Japonais commencent ici. Le mieux est de commencer la visite par le pont de la Tournelle, qui permet de bien voir le chevet. Puis revenir par la rue Saint-Louis en l’île où trônent les boutiques, dont les fameuses glaces Berthillon.

Au centre du portail de Notre-Dame, au-dessus du Christ en majesté, Satan pèse les âmes, surveillé par saint Michel. Sur le parvis, au-dessus de l’ancien Paris qui se visite, des animations attirent plus les gamins que les vieilleries. Mais les rues tracées au sol montrent combien l’ancien Paris vivait à l’étroit, les boutiques n’ouvraient souvent que 4 m²… Dès que le soleil s’établit, le bronzage sur les quais est de rigueur. Cela sous la préfecture de Police bordée de cars de flics, quai des Orfèvres, rendu célèbre par le Maigret de Simenon.

Le Pont-Neuf marque la transition des îles avec le Louvre. Le ‘N’ qui figure sur ses piles n’est pas la marque de Nicolas Sarkozy, comme j’ai entendu un collégien l’affirmer à ses copains, peut-être après la propagande politique de son prof, mais celle de Napoléon 1er.

Il fit en effet aménager les grèves de sable en quais de pierre pour les bateaux de commerce, tel le quai des Grands-Augustins, juste à côté. Le pont date de 1607 et sa construction a duré 29 ans.

Henri IV l’a inauguré, sa statue trône au-dessus du square du Vert-Galant, ex-île aux Juifs. Le Vert-Galant, c’est lui, Henri IV, fort galant avec les dames et fort vert pour baiser plusieurs fois par jour, dit-on.

Une plaque rappelle que Jacques de Molay, grand Maître des Templiers y a été brûlé. Il a lancé sa malédiction à Philippe le Bel vers les fenêtres du Louvre en face, faisant débuter ainsi la dynastie des rois maudits.

Le Louvre est le palais des rois de France avant Versailles. Une passerelle le relie à l’Institut, siège de l’Académie Française (qui n’est pas un tombeau comme les Invalides malgré la coupole, comme j’ai entendu un autre gamin le répéter à ses copains).

La cour Carrée s’élève sur les fondations médiévales du château ; elles se visitent en sous-sol. Un passage voûté, où flûtistes et violonistes aiment à tester la belle sonorité du lieu, débouche sur le XXe siècle Mitterrand. La pyramide de verre attire toujours autant, telle une gemme futuriste parmi tant d’histoire. Les touristes adorent s’y faire prendre et leurs petits tremper leurs mains ou leurs pieds dans les bassins, et plus si grosses chaleurs.

Les statues des grands hommes veillent, Voltaire toujours caché d’un filet (pour cause d’islamiquement correct ou de « rénovation » qui dure depuis 7 ans ?). Racine vous regarde d’un air classique.

Louis XIV caracole un peu plus loin, donnant l’exemple aux gendarmes à cheval qui disent encore « l’Etat c’est moi ».

Il suffit de traverser la rue pour se retrouver parmi les buis du jardin à la française, au Carrousel. Les profondeurs de l’arc de triomphe recèlent un bas-relief de femme nue séduisante aux ados mâles (j’ai entendu un collégien détailler ses attraits à ses copains ébahis).

Dans les jardins batifolent les statues mafflues des femelles Maillol, tout comme les jeunes, en couples ou en amis, qui aiment à s’allonger plus ou moins déshabillés.

Les provinciaux gardent cette impression tenace que Paris est Babylone où les turpitudes sont possibles : la nudité, la drague éhontée, les filles faciles, les gays disponibles. Certains explorent les dessous des statues pour étudier le mode d’emploi d’une femelle métallique.

Les pubères restent sans voix devant Diane, si réaliste.

Comme devant les reliefs protubérants de Thésée ou du jeune Enée portant Anchise. Les ados s’y comparent volontiers, gonflant la poitrine et faisant des effets de muscles pour impressionner leurs copains d’abord, leurs copines potentielles ensuite. Parade de jeunes mâles qui s’essaient à grandir.

Certains veulent s’y comparer et ôtent leur tee-shirt avant de se faire rappeler à l’ordre par leur prof (« on est en sortie de classe, on n’est pas à la plage »), malgré les collégiennes qui trouvent ce puritanisme castrant.

A l’extrémité poussiéreuse des Tuileries se ferme un curieux monument contemporain en métal rouillé.

On y entre comme dans un con avant d’apercevoir le pénis égyptien qui marque le centre de la place de la Concorde (et pas la Bastille, comme un autre gamin le disait en toute naïveté). Ici a été guillotiné Louis XVI et, dans l’hôtel adjacent, a été négocié durant des mois le traité de Versailles où l’intransigeance franchouillarde a produit la guerre suivante.

En face, sur l’autre rive, l’Assemblée Nationale attire peu, on dirait une bourse du commerce assoupie dans une ville du centre. Les godillots intéressent moins les Français que les vrais chefs, si l’on en juge par l’écart d’abstention.

Reste à suivre les quais pour aborder le pont en l’honneur du tsar russe Alexandre III, où des putti des deux sexes se contorsionnent selon l’art pédophile de la fin XIXe (rires des collégiens, « hé, on dirait ton p’tit frère à poil ! – T’as vu, c’est ta sœur en nettement mieux ! »).

Dès le Grand Palais, s’ouvrent les Champs-Élysées. L’avenue n’est pas si grande que ça et les moins de 13 ans sont toujours déçus ; les autres sont plutôt alléchés par les affiches de film, les belles bagnoles, les disques Virgin et par le McDonald’s.

L’Arc de triomphe, au bout, n’est pas le tombeau de Napoléon 1er (comme le croyait Edgar Faure enfant) mais un monument à ses victoires. Sous son arche repose le soldat inconnu de la Grande Guerre, avec sa flamme perpétuelle. Il faut marcher vers la Seine pour terminer le périple par la tour Eiffel. S’il fait beau, monter au sommet vaut le détour : tout Paris s’étale à vos pieds, comme le Trocadéro.

Le visiteur d’un jour passera une heure à Notre-Dame et autour avant d’aller au Louvre. Il pourra y rester deux heures en choisissant de voir soit la Joconde et quelques peintures, soit le Louvre médiéval et le département des sculptures, soit l’aile égyptienne, soit une exposition temporaire. Ne pas tenter de « tout » voir, c’est impossible et lassant.

Ce sera l’heure de déjeuner. Un café-sandwichs existe dans le Louvre même, un restaurant plus chic sous les arcades, d’un bon rapport qualité/prix. Mais les fauchés peuvent aussi remonter l’avenue de l’Opéra pour trouver le Monoprix, trottoir de gauche, avec ses plats tout prêts, ou la boulangerie du pain Paul, juste à côté, aux sandwiches composés de pain délicieux. Une pause chez Verlet, rue Saint-Honoré, permettra de goûter plusieurs centaines de crus de cafés ! Le reste de l’après-midi sera consacré aux Tuileries, aux Champs-Élysées avec ses boutiques et ses cafés, avant de filer vers la tour Eiffel pour le coucher du soleil.

Vous n’aurez pas vu tout Paris, mais vous aurez vu le plus beau.

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