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Les événements et nos discours aussi dépendent du hasard, dit Montaigne

Dans son chapitre XLVII des Essais, livre 1 où il étudie « l’incertitude de notre jugement », Montaigne analyse les attitudes des grands capitaines, contrastées, et en déduit qu’au fond tout dépend du hasard. Ce n’est pas pour cela qu’il ne faut point garder raison et faire son possible, mais l’action n’est pas une science exacte, seulement une expérience.

Selon Homère, qu’il cite, « il y a grand loisir de parler en tout sens, et pour et contre » (Iliade XX 249). Tout peut se défendre et tout n’est pas faux, ni vrai. Ainsi des vainqueurs enivrés de leur victoire qui renoncent à poursuivre l’ennemi, lui permettant de se refaire. « Tant que l’ennemi est en pieds, c’est à recommencer de plus belle ; ce n’est pas victoire, si elle ne met fin à la guerre ». L’agression de l’Ukraine nous le prouve tous les jours – et nous montre aussi que la victoire de l’un ou de l’autre est fort incertaine. Mais, oppose aussitôt Montaigne, qui aime bien peser le pour et le contre, « pourquoi ne dira-t-on aussi, au contraire, que c’est l’effet d’un esprit précipiteux et insatiable de ne savoir mettre fin à sa convoitise ; (…) que l’une des plus grandes sagesses en l’art militaire, c’est de ne pousser son ennemi au désespoir ». Il semble que Poutine l’ait finalement compris, surpris de n’avoir pas la victoire facile, lui qui venait libérer le petit Russien frère du soi-disant nazisme. Les Ukrainiens désirent en leur majorité vivre à l’européenne plutôt qu’à la russe, dans la modernité plutôt que dans la tradition, acceptant le pire de l’Amérique plus que le meilleur de l’ex-Union soviétique. La convoitise de Poutine s’est contenue ; il ne veut victoire qu’au Donbass semble-t-il – juste pour afficher une victoire, provisoirement pas pour réaliser son grand dessein impérial néo-soviétique.

Lui a choisi « de tenir ses soldats (…) armés seulement pour la nécessité » plutôt que « riche et somptueusement », c’est-à-dire munis des armes du commun, un brin vieillottes, au lieu des avancées de la technique qui défilent chaque année sur la place Rouge. César le Romain entre autres aimait à la parure ; Licurgue le Spartiate défendait aux siens la somptuosité en leur équipage. D’un côté « l’aiguillon d’honneur et de gloire au soldat de se voir paré, et une occasion de se voir plus obstiné au combat, ayant à sauver ses armes comme ses biens et héritages ». De l’autre le soldat « craindra doublement à se hasarder ; joint que c’est augmenter à l’ennemi l’envie de la victoire par ces riches dépouilles ». Tout et son contraire sont possibles.

De même les railleries de l’adversaire sont à mesurer. D’un côté « ce n’est pas faire peu, de leur ôter [aux soldats qui injurient l’ennemi] toute espérance de grâce et de composition (…) et qu’il ne leur reste remède que de la victoire ». De l’autre le coup de fouet d’orgueil de l’injure subie qui remet à l’ennemi « par ce moyen le cœur au ventre, ce que nulles exhortations n’avaient su faire ». Les Russes sont moins inventifs que les Ukrainiens en leurs injures ; elles sont stéréotypées, calquées sur la période stalinienne, en référence éternelle au « nazisme » de la GGP (grande guerre patriotique). Les Ukrainiens partent du réel présent pour vilipender les Russes et leurs méfaits devant l’opinion intérieure comme internationale. Qui peut-on croire le plus ?

Et « la conservation d’un chef en une armée » nécessite « de se travestir et déguiser sur le point de la mêlée ». Car « la visée de l’ennemi regarde principalement cette tête à laquelle tiennent toutes les autres et en dépendent ». Ce pourquoi le président Zelensky a échappé à plusieurs attentats, surtout au début de la guerre, un commando étant parti pour l’enlever mort ou vif. Le président Poutine, par réciprocité de notaire typiquement soviétique, laisse courir le bruit qu’il en serait de même pour lui, ce qu’on ne saurait vraiment croire tant il est remparé au Kremlin, mais c’est de classique propagande. A l’inverse, dit Montaigne, « le capitaine venant à être méconnu des siens, le courage qu’ils prennent de son exemple et de sa présence vient aussi en même temps à leur faillir ». Quelle est la meilleure solution ? Probablement celle de la communication à distance, synthèse du présent-absent que le temps de Montaigne ne pouvait connaître. « Et quant à l’expérience, nous lui voyons favoriser tantôt l’un, tantôt l’autre parti », dit le philosophe. Donc pas de règle : garder le chef vivant importe, mais garder le chef visible aussi.

Faut-il attendre de pied ferme l’ennemi ou lui courir sus ? Là encore, tout est affaire de circonstances. Selon Plutarque, attendre affaiblit les combattants car ils restent statiques alors que ceux qui courent s’échauffent ce « qui a accoutumé de les remplir d’impétuosité et de fureur plus qu’autre chose ». Mais le contraire est vrai aussi : « la plus forte et roide assiette est celle en laquelle on se tient planté sans bouger, et que, qui est sa marche arrêté, resserrant et épargnant pour le besoin sa force en soi-même, a grand avantage contre celui qui est ébranlé et qui a déjà consommé à la course la moitié de son haleine ». L’étirement de la logistique fut l’inconvénient des agresseurs russes après les premiers jours de l’invasion, tandis que les positions de résistance éprouvées à l’avance des Ukrainiens leur servit à contenir la déferlante malgré la force et le nombre. S’il y a « plus d’allégresse à assaillir qu’à défendre », s’aventurer sur les terres ennemies renforce l’incertitude car « il n’aurait devant, ni derrière lui, ni à côté, rien qui ne lui fit guerre, nul moyen de rafraîchir ou éloigner son armée, si les maladies s’y mettaient, ni de loger à couvert ses blessés ; nuls deniers, nuls vivres qu’à pointe de lance ; nul loisir de se reposer et prendre haleine ; nulle science de lieux ni de pays, qui le sût défendre d’embûches et surprises »… D’où les pillages et les viols, la paranoïa de l’occupant inquiet de l’hostilité universelle, les « exactions » russes en Ukraine.

De tout cela, que conclut Montaigne ? « Aussi nous avons bien accoutumé de dire avec raison que les événements et issues dépendent, notamment en la guerre, pour la plupart de la fortune, laquelle ne se veut pas ranger et assujettir à notre discours et prudence ». Autrement dit, cause toujours : la guerre est un art, pas une science ; une expérience qui s’affronte aux circonstances et en tient compte, pas une stratégie entièrement planifiée qui doit se dérouler sans heurt. Poutine en fait les frais, lui qui croyait son plan imparable. C’est le brouillard de la guerre, disent les stratèges…

« Nous raisonnons hasardeusement et inconsidérément, dit Timée en Platon, parce que, comme nous, nos discours ont grande participation au hasard ». Ils se jouent de mots, sont une mise en cohérence, une belle histoire, pas un savoir exact.

Michel de Montaigne, Les Essais (mis en français moderne par Claude Pinganaud), Arléa 2002, 806 pages, €23.50

Michel de Montaigne, Les Essais (mis en français moderne par Bernard Combeau et al.) avec préface de Michel Onfray, Bouquins 2019, 1184 pages, €32.00

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Parlementer est dangereux dit Montaigne

En son sixième texte de ses premiers Essais, Montaigne prend un exemple tout frais de sa propre histoire, la prise du village de Mussidan proche du château de Montaigne par son parti, malgré un traité d’accord. C’est que la victoire importe plus que la morale et que la trahison est après tout de bonne guerre si c’est pour l’emporter. « A toujours été conseil hasardeux de se fier à la licence d’une armée victorieuse l’observation de la foi qu’on adonné à une ville qui vient de se rendre », écrit Montaigne avec quelque raison. Les soldats sont chauds et n’obéissent plus guère quand il s’agit de piller et violer, se vengeant de leurs morts et grisés de leur victoire.

Cela vaut aujourd’hui pour les guerres asymétriques, où les règles de la guerre en dentelles n’ont pas cours mais plutôt celles du profit de toute occasion. Enlever des otages au mépris des « droits de l’Homme » ou même de la parole jurée (comme ce journaliste Dubois, bien niais d’avoir cru un imam du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans au Mali malgré son « expérience »),est de bonne guerre. Le mensonge est licite quand c’est pour la gloire d’Allah, la ruse est licite quand c’est pour sa survie devant un géant borgne qui ne songe qu’à vous dévorer, la trahison est un art de la guerre. L’islam comme L’Odyssée ou Sun Tzu sont d’accord.

Cela vaut aussi pour les guerres commerciales, dans lesquelles les Chinois sont passés maîtres, comme le prouve le fameux contrat de train à grande vitesse, dont la réalisation fut mise en concurrence auprès des Français, des Allemands, des Japonais, des Italiens, non pour le réaliser – ce sera une réalisation purement chinoise – mais pour accéder aux dossiers, aux plans et aux techniques. Les niais se sont fait berner, attirés par l’odeur de l’argent, sans voir que leur savoir-faire leur était purement volé. De même ce fameux laboratoire P4 de Wuhan, construit par l’avance technologique française et poussé par une diplomatie crédule en mal de justifier sa présence pléthorique et de moins en moins utile depuis qu’existe l’Internet. Il était « promis » que des contrats permettraient des échanges de connaissances et des recherches communes : il n’en a rien été et c’est désormais une générale chinoise qui dirige ce labo devenu militaire, dans le secret le plus absolu. Certains disent même que le Sars-Cov-2 aurait bien pu s’être échappé de ses paillasses, la sécurité étant prise plus à la légère qu’en France, alors même que les derniers chercheurs occidentaux ayant pu y avoir accès ont observé des travaux sur les virus de la chauve-souris. En 2004, le virus responsable du Sras (le Cov-1) s’était déjà échappé de l’Institut de virologie de Pékin… La production d’un vaccin très rapidement par les Chinois peut renforcer ce soupçon, d’autant plus que l’omerta du Parti est absolue sur le sujet de Wuhan, laissant proliférer tous les doutes…

Croire son ennemi est une naïveté, comme si tout le monde était gentil et chrétien adonné à l’amour de son prochain, ou du moins respectueux des « règles » émises par les Occidentaux qui en voient une morale « universelle » alors que de plus en plus de cultures non-occidentales contestent ce point de vue. « Cléomène disait que, quelque mal qu’on put faire aux ennemis en guerre, cela était par-dessus la justice, et non sujet à celle-ci, tant envers les dieux qu’envers les hommes ». Ce qui compte est de gagner et peut importent les moyens. Ils sont légitimés dès lors que vous êtes le plus fort. « Car il n’est pas dit que, en temps et lieu, il ne soit permis de nous prévaloir de la sottise de nos ennemis, comme nous faisons de leur lâcheté », observe encore Montaigne. Notre diplomatie française qui fait la leçon au monde entier laisse faire par faiblesse les gouvernements du tiers-monde qui bafouent les règles en mentant, arrêtant, enlevant nos ressortissants sans aucun droit – et sans que nous protestions vigoureusement. Ce fut le cas de Florence Cassez au Mexique, des pilotes « d’Air cocaïne » à Saint-Domingue, des chercheurs emprisonnés en Iran – et même du dirigeant de filiale Frédéric Pierucci, d’Alstom incarcéré aux Etats-Unis pour faire pression sur l’entreprise afin de la faire racheter (à bon prix) par General Electric. Soyez bêtes, vous en paierez le prix ; soyez vigilants et fermes, vous préserverez vos intérêts. Il serait peut-être temps d’éviter de prendre les voyous pour des gentlemen et d’adapter notre politique et notre diplomatie en conséquence. L’Europe, mais poussée aux fesses par les Etats-Unis devant lesquelles elle fait soumission, commence tout juste à hausser les sourcils envers la Chine et son racket.

« Monsieur d’Aubigny, assiégeant Capoue, et après y avoir fait une furieuse batterie, le seigneur Fabrice Colonne, capitaine de la ville, ayant commencé à parlementer de dessus un bastion, et ses gens faisant plus molle garde, les nôtres s’en emparèrent et mirent tout en pièces ». Qui baisse sa garde croyant au bon vouloir de l’autre risque fort d’en être blessé. Et citant l’Arioste : « Vaincre fut toujours fait glorieux / Qu’on ait vaincu par chance ou par ruse ».

Cela est la réalité et il faut la connaître. « Mais le philosophe Chrysippe n’eût pas été de cet avis, dit Montaigne, et moi aussi peu ». Et d’en appeler à Alexandre, dit le Grand, qui refusait « d’employer des victoires dérobées » mais user plutôt de son talent et de sa force pour emporter la victoire.

Ainsi va Montaigne, balancé entre réalisme et morale, réalpolitique et politique légitime. Réflexion de philosophe qui se choque à celle de l’homme d’action – sans conclure. Laissant à chacun la pensée en chantier.

Disons après sa leçon que tout dépend des circonstances… mais que les faits sont plus têtus que les idéaux.

Michel de Montaigne, Les Essais (mis en français moderne par Claude Pinganaud), Arléa 2002, 806 pages, €23.50

Michel de Montaigne, Les Essais (mis en français moderne par Bernard Combeau et al.) avec préface de Michel Onfray, Bouquins 2019, 1184 pages, €32.00

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Paris en un jour

Nombreux sont les touristes ou les voyages scolaires qui viennent à Paris en coup de vent. Leur itinéraire logique suit la Seine, de Notre-Dame à la tour Eiffel. Paris est en effet une ville-centre grâce au fleuve. Il relie dans l’histoire les foires de champagne, les blés de Beauce et les vignobles bourguignons aux marchandises venues par mer depuis Le Havre et Rouen.

Il est aussi le fil symbolique de la tradition qui va de la spiritualité médiévale (Notre-Dame) à la modernité révolutionnaire (place de la Concorde), commerçante (Champs-Élysées) et industrielle (tour Eiffel), en passant par l’Etat et la culture (Louvre).

La tête de l’Etat a migré depuis les Romains de l’île de la cité vers le château du Louvre sur la rive droite, puis le palais de l’Élysée – toujours plus loin vers l’ouest. Le début de l’été est propice, les jours plus longs, le temps souvent beau sans être accablant, une brise rend cristalline l’atmosphère. Paris reste vivant tant que les vacances scolaires ne vident pas les Parisiens, les commerces sont ouverts.

Notre-Dame est la grande cathédrale, vaisseau de l’esprit sur l’île d’origine. Tous les élèves et les Japonais commencent ici. Le mieux est de commencer la visite par le pont de la Tournelle, qui permet de bien voir le chevet. Puis revenir par la rue Saint-Louis en l’île où trônent les boutiques, dont les fameuses glaces Berthillon.

Au centre du portail de Notre-Dame, au-dessus du Christ en majesté, Satan pèse les âmes, surveillé par saint Michel. Sur le parvis, au-dessus de l’ancien Paris qui se visite, des animations attirent plus les gamins que les vieilleries. Mais les rues tracées au sol montrent combien l’ancien Paris vivait à l’étroit, les boutiques n’ouvraient souvent que 4 m²… Dès que le soleil s’établit, le bronzage sur les quais est de rigueur. Cela sous la préfecture de Police bordée de cars de flics, quai des Orfèvres, rendu célèbre par le Maigret de Simenon.

Le Pont-Neuf marque la transition des îles avec le Louvre. Le ‘N’ qui figure sur ses piles n’est pas la marque de Nicolas Sarkozy, comme j’ai entendu un collégien l’affirmer à ses copains, peut-être après la propagande politique de son prof, mais celle de Napoléon 1er.

Il fit en effet aménager les grèves de sable en quais de pierre pour les bateaux de commerce, tel le quai des Grands-Augustins, juste à côté. Le pont date de 1607 et sa construction a duré 29 ans.

Henri IV l’a inauguré, sa statue trône au-dessus du square du Vert-Galant, ex-île aux Juifs. Le Vert-Galant, c’est lui, Henri IV, fort galant avec les dames et fort vert pour baiser plusieurs fois par jour, dit-on.

Une plaque rappelle que Jacques de Molay, grand Maître des Templiers y a été brûlé. Il a lancé sa malédiction à Philippe le Bel vers les fenêtres du Louvre en face, faisant débuter ainsi la dynastie des rois maudits.

Le Louvre est le palais des rois de France avant Versailles. Une passerelle le relie à l’Institut, siège de l’Académie Française (qui n’est pas un tombeau comme les Invalides malgré la coupole, comme j’ai entendu un autre gamin le répéter à ses copains).

La cour Carrée s’élève sur les fondations médiévales du château ; elles se visitent en sous-sol. Un passage voûté, où flûtistes et violonistes aiment à tester la belle sonorité du lieu, débouche sur le XXe siècle Mitterrand. La pyramide de verre attire toujours autant, telle une gemme futuriste parmi tant d’histoire. Les touristes adorent s’y faire prendre et leurs petits tremper leurs mains ou leurs pieds dans les bassins, et plus si grosses chaleurs.

Les statues des grands hommes veillent, Voltaire toujours caché d’un filet (pour cause d’islamiquement correct ou de « rénovation » qui dure depuis 7 ans ?). Racine vous regarde d’un air classique.

Louis XIV caracole un peu plus loin, donnant l’exemple aux gendarmes à cheval qui disent encore « l’Etat c’est moi ».

Il suffit de traverser la rue pour se retrouver parmi les buis du jardin à la française, au Carrousel. Les profondeurs de l’arc de triomphe recèlent un bas-relief de femme nue séduisante aux ados mâles (j’ai entendu un collégien détailler ses attraits à ses copains ébahis).

Dans les jardins batifolent les statues mafflues des femelles Maillol, tout comme les jeunes, en couples ou en amis, qui aiment à s’allonger plus ou moins déshabillés.

Les provinciaux gardent cette impression tenace que Paris est Babylone où les turpitudes sont possibles : la nudité, la drague éhontée, les filles faciles, les gays disponibles. Certains explorent les dessous des statues pour étudier le mode d’emploi d’une femelle métallique.

Les pubères restent sans voix devant Diane, si réaliste.

Comme devant les reliefs protubérants de Thésée ou du jeune Enée portant Anchise. Les ados s’y comparent volontiers, gonflant la poitrine et faisant des effets de muscles pour impressionner leurs copains d’abord, leurs copines potentielles ensuite. Parade de jeunes mâles qui s’essaient à grandir.

Certains veulent s’y comparer et ôtent leur tee-shirt avant de se faire rappeler à l’ordre par leur prof (« on est en sortie de classe, on n’est pas à la plage »), malgré les collégiennes qui trouvent ce puritanisme castrant.

A l’extrémité poussiéreuse des Tuileries se ferme un curieux monument contemporain en métal rouillé.

On y entre comme dans un con avant d’apercevoir le pénis égyptien qui marque le centre de la place de la Concorde (et pas la Bastille, comme un autre gamin le disait en toute naïveté). Ici a été guillotiné Louis XVI et, dans l’hôtel adjacent, a été négocié durant des mois le traité de Versailles où l’intransigeance franchouillarde a produit la guerre suivante.

En face, sur l’autre rive, l’Assemblée Nationale attire peu, on dirait une bourse du commerce assoupie dans une ville du centre. Les godillots intéressent moins les Français que les vrais chefs, si l’on en juge par l’écart d’abstention.

Reste à suivre les quais pour aborder le pont en l’honneur du tsar russe Alexandre III, où des putti des deux sexes se contorsionnent selon l’art pédophile de la fin XIXe (rires des collégiens, « hé, on dirait ton p’tit frère à poil ! – T’as vu, c’est ta sœur en nettement mieux ! »).

Dès le Grand Palais, s’ouvrent les Champs-Élysées. L’avenue n’est pas si grande que ça et les moins de 13 ans sont toujours déçus ; les autres sont plutôt alléchés par les affiches de film, les belles bagnoles, les disques Virgin et par le McDonald’s.

L’Arc de triomphe, au bout, n’est pas le tombeau de Napoléon 1er (comme le croyait Edgar Faure enfant) mais un monument à ses victoires. Sous son arche repose le soldat inconnu de la Grande Guerre, avec sa flamme perpétuelle. Il faut marcher vers la Seine pour terminer le périple par la tour Eiffel. S’il fait beau, monter au sommet vaut le détour : tout Paris s’étale à vos pieds, comme le Trocadéro.

Le visiteur d’un jour passera une heure à Notre-Dame et autour avant d’aller au Louvre. Il pourra y rester deux heures en choisissant de voir soit la Joconde et quelques peintures, soit le Louvre médiéval et le département des sculptures, soit l’aile égyptienne, soit une exposition temporaire. Ne pas tenter de « tout » voir, c’est impossible et lassant.

Ce sera l’heure de déjeuner. Un café-sandwichs existe dans le Louvre même, un restaurant plus chic sous les arcades, d’un bon rapport qualité/prix. Mais les fauchés peuvent aussi remonter l’avenue de l’Opéra pour trouver le Monoprix, trottoir de gauche, avec ses plats tout prêts, ou la boulangerie du pain Paul, juste à côté, aux sandwiches composés de pain délicieux. Une pause chez Verlet, rue Saint-Honoré, permettra de goûter plusieurs centaines de crus de cafés ! Le reste de l’après-midi sera consacré aux Tuileries, aux Champs-Élysées avec ses boutiques et ses cafés, avant de filer vers la tour Eiffel pour le coucher du soleil.

Vous n’aurez pas vu tout Paris, mais vous aurez vu le plus beau.

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