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Un Indien dans la ville d’Hervé Palud

Ce film est une comédie sérieuse qui laisse un peu de nostalgie. Sont évoqués des problèmes graves de notre temps mais d’un ton léger : le couple et la paternité, la vie de famille ou les risques des métiers, l’arrivisme social, la ville où la nature, l’infantilisation ou la responsabilité des enfants… L’histoire me touche par les clins d’œil qu’elle me lance sur la bourse, les relations père-fils, l’Amazonie. Le père, Thierry Lhermitte, est un acteur français de ma génération préféré dans ses rôles énergiques, humains, de bon sens. Ici, il est un gnome de Wall Street, troquant en bourse des options sur matières premières. Le gamin, Ludwig Briand, a le corps fluet et très souple de ses 13 ans, des dents blanches, un nez mutin et de longs cheveux drus.

Le père et le fils ne se connaissent pas, la mère (Miou-Miou) étant en partie en Amazonie enceinte de lui parce qu’elle ne supportait plus d’être quantité négligeable dans la vie trépidante de son trader de mari. Lui fait du troc, comme les Indiens, mais pourquoi ? Quand le fils, à 13 ans, offre une casserole à une fille de son âge, c’est pour lui faire l’amour – mais son père, à Paris ? Il a de l’argent mais n’est finalement pas heureux. Sa « femelle » comme disent les Indiens, (Arielle Dombasle) est une illuminée dont les « chakras se referment » à la moindre contrariété et qui refuse de se marier l’année du porc. Rien de très naturel comme existence ! Lorsque le boursier se rend en Amazonie pour faire signer à sa femme l’acte de divorce afin de pouvoir se remarier, il découvre qu’il a un fils de 13 ans élevé en sauvage et appelé de façon cucul Mimi-Siku (nom qui signifie pisse de chat et que s’est choisi l’acteur infantile lui-même !).

L’adolescent, élevé à l’indienne au naturel, sait ce qu’est la vie : chasser, pêcher, allumer un feu, apprivoiser les animaux, connaître les dangers de la forêt et les beautés de l’affection comme de la nature. Dans la jungle de Guyane, son père se fait appeler Baboon (babouin) parce qu’il est différent des Indiens : il a du poil sur la poitrine. À Paris, lorsqu’il ramène son fils qui voulait voir la tour Eiffel, l’associé et le concierge traitent l’enfant de « singe » : il aime se balader en pagne et torse nu avec des peintures sur le nez. On est toujours le sauvage de quelqu’un. Mais que vaut-il mieux ? Savoir assurer sa survie dans la nature dans la lignée des primates, ou se créer des problèmes insolubles dans le stress social de la soi-disant civilisation ?

Le petit bonhomme de la jungle décille les yeux de son père lorsqu’il fait irruption brutalement dans l’existence artificielle de la ville. La Tour Eiffel « pique le cul du ciel » et le chat doit « manger bon » parce qu’après, « le chat sera bon à manger ». Le golden boy pendu au téléphone, qui se délasse avec une allumée, s’aperçoit que tout ce qu’il fait avec sérieux est vain – d’autant que son associé (Patrick Timsit) l’a embringué dans une sale affaire avec la mafia russe. Son fils, enfant sauvage mais considéré comme un homme par les Indiens après son initiation, apparaît plus adulte que lui – d’autant qu’il tombe en amour avec Sophie (Pauline Pinsolle) – dont le prénom signifie la sagesse – la fille de son âge qu’a cet associé colérique qui n’a jamais le temps de s’occuper de ses propres enfants. Baboon finit par choisir de se ressourcer en compagnie de son singe de fiston et d’abandonner le rôle artificiel inutile qu’il a tenu jusque-là dans la finance.

L’histoire est un peu naïve mais remplie de fraîcheur. Le film distille une tendresse pudique et montre bien quelle est la base des relations humaines véritables : elles sont moins sociales que personnelles. Il importe moins de jouer un rôle que d’être vrai.

Cette histoire de bon sauvage remplie de gags apparaît au milieu de la décennie 1990 comme un conte philosophique du temps. Depuis, évidemment, se balader torse nu sur les Champs-Elysées et baiser sa copine à 13 ans est devenu très mal vu de la société, retombée dans ses travers ; et les chakras redeviennent mode.

DVD Un Indien dans la ville, Hervé Palud, 1996, avec Thierry Lhermitte, Patrick Timsit, Ludwig Briand, Miou-Miou, Arielle Dombasle, Pauline Pinsolle, TF1 vidéo 2007, 1h37, €9.99

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Boule et Bill

boule_et_billJean Roba, dessinateur belge de Spirou et inventeur en 1959 de la série « Boule et Bill » est parti à 76 ans au paradis des dessinateurs. Enfant, il n’aimait pas l’école, était nul en maths, mais dessinait déjà des bateaux à l’envers quand il avait 3 ans. Il entre donc dans la pub dès 16 ans, puis gagne à 27 ans le journal catholique pour enfants Spirou.

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Durant mes jeunes années, je n’étais pas particulièrement un lecteur de Spirou ; je lui préférais Tintin et surtout Pilote dès l’âge de 12 ans. Il faut dire que c’était la grande époque, toutes les futures stars de la BD étaient réunies dans Pilote, toutes les histoires qui allaient devenir célèbres après 68 : Astérix, Lucky Luke, le Grand Duduche, Achille Talon, les Chevaliers du ciel… Mais j’ai lu Boule et Bill à l’adolescence avec mes frères puis mes cousines plus jeunes, puis avec les petits dont je me suis occupé.

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J’ai retrouvé le garçonnet à tignasse et bretelles flanqué du cocker aux longues oreilles et truffe cirée une fois adulte, lors d’un voyage en Irlande. Dans le groupe de randonnée qui arpentait les chemins creux et pataugeait dans la tourbe des prés, Bernadette, chirurgienne de Belgique, a réussi à me surprendre au détour d’une conversation.

Elle a été dans les années 1950 à l’école primaire avec Bill, le petit garçon de la BD de Roba. Ils étaient voisins, habitant des pavillons mitoyens dans la banlieue maraîchère de Bruxelles. Le père dessinait son petit garçon et son cocker, qu’il avait adopté en 1955. Les deux jeunes innocents ont inventé nombre des gags désormais publiés. Les autres sont issus de la pure imagination adulte, bien sûr.

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Le quotidien de Boule et de Bill consiste, dans les dessins comme dans la vie, à faire des bêtises dans le jardin, à jouer puis encore à s’amuser, à rentrer et à faire d’autres bêtises dans le salon. L’existence est familiale, tranquille, cantonnée à la maison et à ses alentours. Nul n’est jamais malade, ni ne meurt, la gentillesse règne malgré parfois les colères. L’école n’est évoquée qu’en négatif, aucun instituteur ni maîtresse ne sont jamais croqués…

C’est probablement cette bulle préservée qui fait le pétillant des bulles dessinées. Nous ne sommes pas dans la vraie vie ou, du moins pas dans toute la palette variée de la vraie vie. Il s’agit d’un rêve de parents pour leurs petits : une vie entourée, protégée, indulgente pour les essais et erreurs des gamins. Un compagnon fidèle, un terrain d’aventure autour du cocon familial, qu’y a-t-il de mieux pour un début d’existence ?

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La BD Boule et Bill rejoint les contes de fée : tout n’est pas au mieux dans le meilleur des mondes possible – mais tout s’arrange à la fin. Une vie rêvée pour petit garçon ; une vie de chien aussi.

Roba, Boule et Bill, 34 tomes, Dargaud, €10.07 l’album

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