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Braveheart de Mel Gibson

Sixième de onze enfants d’une mère irlandaise et ayant travaillé en usine en Australie, Mel Gibson aime à incarner l’aspiration à la liberté des opprimés : les Irlandais, les Ecossais, les survivants de l’apocalypse de Mad Max, les révoltés de la Bounty, les fédéraux contre la mafia en jouant Eliott Ness. Il a 39 ans et est en pleine maturité physique et professionnelle lorsqu’il incarne le légendaire William Wallace, héros de l’indépendance écossaise entre 1280 et 1305.

Le gamin crasseux (James Robinson) de la ferme pauvre isolée dans les Highlands, voit son père et son frère aîné partir combattre l’Anglais qui vient piller le pays ; ils en reviennent cadavres, tranchés de coups d’épée et percés de coups de piques. Brutal, le réalisateur Gibson montre le sang, les blessures, les chevaux éventrés (des maquettes), toute l’horreur bouchère de la guerre. Pris par son oncle sous son aile, éduqué à l’étranger dans les lettres et les armes, le jeune garçon va devenir un homme. Ce qui compte, lui dit son oncle, c’est avant tout la tête ; le bras ne vient qu’ensuite. William Wallace adulte (Mel Gibson) revient sur ses terres et ne rêve de de pouvoir cultiver et fonder une famille en ne demandant rien à personne, en autarcie comme tous les pionniers que la politique indiffère.

Mais l’Anglais ne l’entend pas de cette oreille. Le roi Edouard 1er (Patrick McGoohan), dit le Sec pour son cynisme sans pitié, veut mettre à merci ces loqueteux rebelles et impose le droit de cuissage sur les jeunes mariées écossaises à tous les nobliaux anglais qui occupent le pays (droit inventé, qui n’existait pas en ce temps). Il tente ainsi une acculturation ethnique pour mêler les sangs en même temps que la contrainte imposera le pouvoir de Londres. Wallace, qui aime la belle Murron (Catherine McCormack), celle qui lui avait offert un chardon enfant sur la tombe de son père, la voit en passe d’être violée ; il la défend, la pousse sur un cheval, mais le terrain et l’Anglais empêchent sa fuite et elle est égorgée en public par le shérif (sans être violée, ce qui est catholiquement correct mais moyenâgeusement peu vraisemblable). Mel Gibson, en bon catho tradi, élimine ce qui le gêne dans l’Histoire. Mais il pratique le biblisme à l’américaine, qui privilégie l’ancien Testament au nouveau, en rendant œil pour œil et dent pour dent : il égorge lui-même le shérif égorgeur.

C’est ainsi que le jeune Wallace devient rebelle, et comme il n’est ni rustre ni bête – il sait même le latin et le français – il va donner du fil à retordre à Messires les Anglais. D’autant qu’Edouard 1er mandate son fils tapette (Peter Hanly) pour mater la révolte écossaise, afin de le viriliser (en vrai, le futur Edouard II est plus cultivé que pédé, mais Gibson aime forcer le trait entre « Bien et Mal »). C’est sa femme Isabelle de France (Sophie Marceau), la future reine, fille de Philippe le Bel, qui porte la culotte (bien qu’elle n’eût qu’environ 12 ans à l’époque de la véritable histoire et n’était pas encore mariée au prince de Galles…). Elle est envoyée par le roi pour soudoyer Wallace, mais tombe sous son charme ; en lieu et place d’un barbare qui ne connait que la violence, elle découvre son courage, son grand amour massacré et sa passion pour la liberté. Braveheart est traduit en québécois par Cœur vaillant, ce qui fait très scout catholique (et ravit Gibson) mais reflète assez bien la bravoure passionnée contenue dans le mot. Mel Gibson, en bon descendant d’Irlandais, dote plutôt la Française d’un amour de la révolution et de la liberté bien peu dans l’air des temps féodaux. Il pratique la post-vérité à l’hollywoodienne en réécrivant l’histoire qui convient à sa propre époque.

Cette séduction va aller très loin puisqu’Isabelle va trahir son roi pour renseigner Wallace afin qu’il évite les pièges qui lui sont tendus ; elle va même coucher avec lui pour donner un fils à son mari, trop tapette pour lui en faire un, même si le roi Edouard a jeté d’une ouverture de la tour de Londres le trop beau compagnon du prince de Galles (ce qui est historiquement incorrect, Peter Gaveston fut exilé avant de revenir à la mort d’Edouard 1er). Ironie filmique du renversement de situation : la guerre biologique que voulait mener Edouard le Sec par droit de cuissage pour engendrer des mâles anglais à droit d’aînesse se retourne contre lui, puisqu’Isabelle devrait donner naissance à un petit Wallace qui deviendra roi d’Angleterre. Telle est du moins la légende, un brin raciste (peut-être en réaction à la moraline trop politiquement correcte de l’ère Bill Clinton), véhiculée en 1995 par le film. Légende car William Wallace fut exécuté en août 1305, tandis que le futur Edouard III ne naitra qu’en novembre 1312. Mais ce qui compte est ici la symbolique : encore une fois l’œil pour œil de l’Ancien testament.

Wallace souffre de l’ordure politique et des chicanes entre nobliaux écossais, assez lâches et habilement stipendiés par les Anglais. Il fait gagner l’armée à Stirling avec les nobles, mais est vaincu à Falkirk, trahi par ces mêmes nobles. Pour se venger, il va exécuter lui-même les meneurs Lochlan et Mornay, tout en laissant à Bruce la vie sauve, reste d’une vieille fidélité et reconnaissance pour l’autre courage, celui de la politique, que lui-même n’aura jamais. Bruce deviendra le premier roi d’Ecosse en 1306, un an après la mort de William Wallace.

Trahi une dernière fois, par le père lépreux de Bruce (signe que la politique pourrit tout), Wallace sera torturé en public selon le trium médiéval (hanged, drawn and quartered – pendu, écartelé et démembré) parce qu’il refusera jusqu’au bout de demander pitié et de faire allégeance au roi d’Angleterre. Lequel meurt opportunément au même moment que Wallace, d’un feu intérieur qui le brûle et l’a privé de parole – deux symboles de l’emprise du Diable selon l’imagerie catholique, la parole symbole de l’humain et de la relation à Dieu, le feu, symbole de l’enfer et des tourments éternels.

Le film est bien réalisé, les scènes d’action alternent avec les scènes intimistes, la violence brute avec l’intelligence et l’humour. Le paysage rude des Highlands, qui rappelle souvent celui des fjords de Norvège, semble mettre aux prises les descendants des Vikings aux descendants des Saxons, la culture fermière du nord à la culture urbaine du sud, le peuple (pur) contre les élites (corrompues). Les urbains veulent dominer les fermiers – tout comme dans l’Ouest sauvage et durant la guerre de Sécession américaine – et les fermiers résistent, voulant rester « sires de soi ».

Beaucoup d’approximations historiques et d’anachronismes font de ce film plus un récit mythique hollywoodien qu’un document d’histoire. Mel Gibson délivre un message clair : la liberté avant tout ; elle est la condition de l’amour et de la droiture, elle définit toute morale selon la religion. Car si le Dieu catholique nous a donné la liberté de pécher, c’est pour mieux nous rendre responsables de notre destin ici-bas et au-delà. A bon entendeur…

DVD Braveheart de Mel Gibson, 1995, avec Mel Gibson, Sophie Marceau, Patrick McGoohan, Catherine McCormack, Twentieth Century Fox, blu-ray 2010 version longue 2h51 €11.80, édition single €7.20, édition Digibook Collector + livret €19.99

L’histoire romancée de Bruce, qui deviendra premier roi d’Ecosse

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Amour, sexe et pollution (diurne) à Paris

Ah, l’amour ! « Paris sera toujours Paris ». Sauf que le pont des amoureux est plein : la passerelle des Arts entre Louvre et Académie française regorge de cadenas pour la fidélité éternelle (hum !). Ils sont accrochés sur les grilles des garde-fous et sur les cadenas précédents eux-mêmes. Plus de place pour l’amour nouveau : allez voir ailleurs !

cadenas amoureux pont neuf

Les pauvres fidèles qui se « jurent » l’immortalité de leurs sentiments (hum !) sont forcés de se parachuter un pont plus loin. C’est ainsi que le Pont-Neuf se remplit, sous le regard égrillard du bon roi Henri IV, fort peu « genre ABCD » mais grand trousseur de poules : au pieu les poules, avant le pot ! Ce pourquoi on ne saurait plus apprendre l’histoire à l’école, trop politiquement incorrecte !

cadenas amoureux passerelle d orsay

La passerelle d’Orsay, qui relie le jardin des Tuileries au musée d’Orsay, commence elle aussi à aligner ses cadenas de fidélité. La mode n’existait pas il y a dix ans. Elle passera comme les passerelles – ainsi coule la Seine. Amour, toujours ? « Genre bonne blague », disent les ados.

fille et torse nu abercrombie paris tuileries

Le sexe est plus concret, on sait au moins ce que l’on s’offre, on peut toucher, évaluer, consommer – et passer à autre chose. Ou non, si l’on est bien ensemble. Une fan Abercrombie s’est payé un sac arborant un beau mâle torse nu, ce qui ne l’empêche pas de dormir. Chaque chose en son temps, mais ici et maintenant, pas dans l’éternité éphémère – et surtout sans menottes ni cadenas !

lion paris tuileries

L’amour à mort (cette éternité de l’humain) est une prison. Léviathan Hâmour vous engloutit un couple d’un coup de crocs, le fusionnel étouffe et infantilise. Aux cadenas, je préfère les pinces, à l’éternité l’instant, à la fidélité jurée l’adhésion consentie.

Mais les Français ne sont plus raisonnables. La gauche adore faire du « libéralisme » américain le diable – mais elle adore servilement en même temps les modes américaines, se distinguer intellectuellement par les théories américaines, faire du genre à l’américaine. Comment ? n’aurait-elle pas lu Marx – pourtant à la mode durant deux générations ? ou n’a-t-elle rien compris à ce qu’elle aurait vaguement lu du barbu ? Si « l’infrastructure conditionne la superstructure » (en bon jargon philo-germain), alors c’est bien l’ultralibéralisme américain qui permet aux théories de fleurir, l’un conditionnant l’autre : new age, écolo-globalité, féminisme du genre et autres cooleries. Si l’on refuse l’ultralibéralisme, comment peut-on – sans rire – adopter toutes ses productions intellectuelles conséquentes ? Si l’on a libéré Voltaire, on vient de barbeler Descartes, sur la façade sud du Louvre…

descartes paris louvre

Le moutonnisme bobo se voit encore dans ces files de voitures, un lundi vers 15 h, sur les quais. La grande migration du tous pareils, les Héritiers assurant leur Distinction par Imitation de caste : Bourdieu, mais c’est bien sûr !

quai des tuileries paris

Le vulgaire, lui, continue de taguer les murs de Paris. Régression sadique-anale, disait Freud, autre barbu de langue germanique. La Municipalité peut ainsi « créer des emplois » de détagueurs ; on appelle cela un « service public » – et les Français en sont très fiers… surtout si ce sont les autres qui payent.

tags effaces paris

Louis XIV, l’homme de l’Etat-c’est-moi, montre l’exemple en caracolant vers l’ouest. Il semble fuir vers le Nouveau monde, comme tous ces jeunes Français qui veulent créer une entreprise, faire de la recherche ou gagner de l’argent.

bassin louvre statue louis 14

Même la Seine coule vers l’ouest ; il n’y a guère que le bassin Mitterrand, au palais du Louvre, qui ait pour seule ambition de stagner autour des éternelles pyramides.

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Maisons à tourelle du Togo

On arrive dans la province de Kara dont les habitants les Kabyés sont surtout connus pour leurs cultures en terrasses dans les Monts Kabyés (Chaîne de l’Atacora). Kabyé signifie « paysan de la pierre », allusion au terrain où ils cultivent et d’où ils extraient les pierres qui leur servent à confectionner les murets des terrasses. Ils maîtrisent le feu et sont d’habiles forgerons depuis des siècles. Ils réalisent des objets de la vie quotidienne des villageois et des paysans tels houes et outils en utilisant fers et aciers de récupération comme les suspensions de camions ! Ils sont également connus pour être de valeureux lutteurs.

TOGO BENIN

Toujours plus proche de la frontière béninoise, voici Boufale, une petite ville située à environ 42 km de Kara. Le marché traditionnel se tient le lundi. L’agriculture c’est ici beaucoup de produits vivriers tels le sorgho, maïs, riz, igname, mil, patate douce, haricots ; l’élevage aussi est pratiqué : volaille, porc, caprin, bovin. Le coton est en déclin.

TOGO BENIN FORGERONS

La chaîne montagneuse de l’Atacora ou Atakora est commune au Togo, au Ghana et au Bénin. Au Togo, la chaîne se nomme les monts Togo, au Ghana les collines d’Akwapim, au Bénin l’Atacora ! Le Togo possède le point culminant au mont Agou à 986 m d’altitude. Le Bénin offre trois sommets principaux : le mont Sokbaro 658 m, le mont Tanéka 654 m et le mont Bimi. L’Atakora est considéré comme une montagne refuge. Les Somba cultivent millet, fonio, bovins, l’arachide, le tabac, le kapok sur un sol pauvre, la latérite. Le pays Somba est à cheval sur la frontière. Les habitations sont des trésors d’architectures.

TOGO BENIN TATA SOMBA

Les Tamberma ou Betamaribes ou Somba au Bénin (ceux qui façonnent la terre) appartiennent à l’aire culturelle Paragourma. Ils auraient une origine divine. Ils sont les enfants de Fawaafa, le serpent souterrain qui couverait dans un lieu secret les œufs d’où sortirent leurs premiers ancêtres. Ils se seraient réfugiés dans la zone actuelle entre le 16e et le 18e siècle pour se protéger de la domination que cherchaient à leur imposer les royaumes Mossi et autres. On raconte que les forgerons Babiatiba les auraient alors accueillis.

TOGO BENIN TATA SOMBA

Les Tamberma construisent de petits fortins à deux étages, à tourelles qui ne comportent qu’une seule ouverture, on les appelle les takienta ou tata somba ou tata temberma. Certaines ont un grenier de forme quasi sphérique qui surmonte une base cylindrique. Ils possèdent des toits plats, d’autres des toits coniques recouverts de chaume. C’est à l’origine un habitat de guerrier. Ils sont regroupés en village et comprennent des espaces cérémoniels, des sources, des rochers et certains sites réservés à l’initiation.

Le diffoni est le rite destiné aux garçons. Il a lieu tous les quatre ans. Ils sont initiés aux traditions de la tribu et font leur éducation sexuelle. Les jeunes doivent faire une retraite dans la forêt sacrée où habite le génie de la terre. Il s’agit pour les jeunes de devenir des adultes. A la fin, ils recevront les insignes de chasseur : chapeau à cornes de buffles, armes et boucles d’oreilles en cuir.

TOGO BENIN

Le dikuntiri est destiné aux jeunes filles et dure moins longtemps. A leur sortie elles reçoivent un chapeau à cornes d’antilope. Elles sont devenues des femmes et peuvent rejoindre l’habitation de leur mari.

Ces maisons à tourelles sont devenues un symbole au Togo. Les Tata Somba sont séparés d’une distance qui est celle de la portée des flèches tirées depuis leurs toits terrasse. Les tata sont flanqués sur leur seuils de petits autels. Chaque membre de la famille possède le sien et est voué au culte d’une divinité vaudou. On trouve également des crânes, des ossements, des plumes, des épis de maïs séchés accrochés aux constructions et qui reçoivent parfois des liquides sacrificiels. La porte d’entrée ou le trou rond qui en sert est toujours orienté vers l’ouest. Les Tamberma (maçons de la terre) sont environ 80 000 et sont répartis sur environ 500 km2 près des monts Atakora.

Hiata de Tahiti

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Thomas Berger, Mémoires d’un visage pâle (Little Big Man)

thomas berger memoires d un visage pale little big man

Le film, sorti en 1970 avec un Dustin Hoffman jeune qui joue tous les rôles, du prime adolescent au vieillard, reste dans toutes les mémoires. Le livre de Thomas Berger qui l’a provoqué est beaucoup moins connu et c’est dommage, car c’est un chef d’œuvre d’humour à l’américaine. Tout y est exagéré, sentimental et roublard comme il se doit. Les mythes sont déconstruits, celui de l’Indien bon sauvage en phase avec la nature, celui du pionnier parti ensemencer et évangéliser des terres nouvelles, celui du cow-boy rude et chevaleresque, celui de la cavalerie et du général Custer…

Jack Crabb a plus de 120 ans quand un « journaliste » le trouve dans sa maison de retraite. Il n’a pas la langue dans sa poche et son expression est crue et imagée. Père prédicateur qui ne savait pas lire mais qui offre de l’eau de feu aux Indiens par ignorance des conséquences, frère qui fuit le massacre de la caravane sans jamais signaler la position des siens en danger au fort, emmené par sa sœur Caroline avide de se faire violer dans la tente de Cheyennes qui ne demandaient rien, il est abandonné là à 10 ans avec les petits sauvages par une famille décidément tarée. La première chose qu’il fait en bon gamin de 10 ans, après avoir mangé et dormi, est de se déguiser comme eux, à poil, en seul pagne et mocassins ; il se fait des amis en distribuant ses vêtements. Il y passe son adolescence, ce qui pouvait lui arriver de mieux sous l’égide de l’ancêtre Vieille-Cabane ; il y apprend l’amitié, la guerre, la survie, l’ennemi, l’amour.

Il fait retour aux Blancs lors d’une « grande » bataille indienne, car se retrouver quasi nu montant à cru un poney, armé seulement d’un arc et d’un couteau face aux Winchesters et aux sabres de l’armée chargeant sur ses grands chevaux, il y a de quoi tourner casaque. Adopté par un pasteur et sa jeune femme qu’il ne touche jamais et qui va se faire caresser ailleurs, il s’enfuit. D’ailleurs le pasteur a des conceptions – certes bien convenables – mais hors de la nature : sa liste de péchés « tout bonnement copiée sur Saint Paul », « ça faisait une description parfaite du caractère des Indiens » : « toutes les œuvres de chair, c’est-à-dire la fornication, l’adultère, la malpropreté, la lubricité, l’idolâtrie, la sorcellerie, la haine (…) la colère, la gourmandise, les hérésies, l’avarice, la rébellion, le crime, l’ivrognerie, la bouffonnerie et toutes choses de ce genre ».

Son existence, dès lors, croise tout ce que l’Ouest a à proposer dans ces années 1860-1880 : le commerce de mules vers les villes-champignons de la Frontière, la ruée vers l’or, les escarmouches avec les Indiens, la fanfaronnade avec ses Colts, les virées whisky et putes, la chasse aux millions de bisons (qui vont disparaître en dix ans). Il retrouve son frère Bill imbibé de whisky frelaté, sa sœur Caroline qui se prend pour Calamity Jane, une vague information sur sa seconde sœur tournée mormone. Il se marie avec une Suédoise et a un fils tout blond, Gus ; les deux sont enlevés par les Indiens. Il les retrouvera puis les perdra à nouveau, ensemençant entre temps une Indienne pour avoir un fils – qu’il perdra de vue dans une échauffourée avec l’armée. Il se lie d’amitié avec le bon tireur futur marshall Wild Bill Hickok, rencontre Wyatt Earp et le général Custer. Sauvé de deux grandes batailles dont la déculottée administrée à la cavalerie US par les Sioux à Little Bighorn, son récit s’arrête vers 34 ans. Il a parcouru la presque intégralité de la très courte Histoire du peuple américain à lui tout seul.

indien guerrier adolescent torse nu

Mais ce roman éneaurme (comme aurait dit Flaubert), écrit au galop d’un langage cru et direct, est passionnant. Sauf la préface et l’épilogue, qui font faiseur et ont bien vieilli. Mais le corps du texte est parfois grave, parfois à mourir de rire. Comme cette réflexion de gamin de 14 ans qui a tué son premier ennemi Crow : « Ainsi moi, Jack Crabb, voilà que j’étais un guerrier cheyenne ! Voilà que j’avais abattu mon bonhomme avec un arc et des flèches. J’avais été à moitié scalpé et guéri avec de l’abracadabra. J’avais comme vieux un sauvage qui causait pas un mot de chrétien, et comme maman une grosse bonne femme marron foncé, et comme frère un type dont je ne voyais presque jamais la figure vu qu’elle était tout le temps barbouillée d’argile ou de peinture. J’habitais sous une tente en peaux de bêtes et je mangeais du clébard. Bon Dieu, mais c’était quand même marrant ! »

Le livre est parfaitement complémentaire du film, tant il recèle de détails véridiques sur les coutumes indiennes, l’entraînement au duel de Colts, la destinée des putains et l’ignorance crasse du populo prêt à croire n’importe quel prédicateur, charlatan ou prometteur d’or à la pelle – comme par hasard sous les territoires occupés par les Indiens. Le lecteur français y découvrira l’optimisme américain, le cynisme matérialiste pour faire du dollar par tous les trafics et le messianisme civilisateur, pas toujours très chrétien, sans lequel les Blancs venus du monde entier n’auraient pas conquis le territoire en éradiquant Indiens, bisons et forêts…

Thomas Berger, Mémoires d’un visage pâle (Little Big Man), 1964, traduit de l’américain par Marie France Watkins, Livre de poche 1974, réédition du Rocher 1991, 450 pages, €15.00

Little Big Man, film d’Arthur Penn avec Dustin Hoffman, 1970, DVD CBS 2004, €9.99

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Sein

L’île de Sein n’est pas l’île aux seins, à chercher plutôt du côté de Tahiti. Pas un sein nu sur l’île de Sein, religion et climat obligent.

ile de Sein carte

L’endroit est battu par les vents, envahi par la mer et giflé d’embruns. Inlassablement, l’eau creuse le roc émergé, découpant cet arpent de terre de 56 hectares en forme de dragon chinois. Nous sommes aux confins du monde connu, à l’ouest breton de l’Europe, devant l’immensité liquide sans rien avant l’Amérique.

sein bourg

Les druidesses vierges étaient neuf et rendaient des oracles au 1er siècle en ce lieu violent où les dieux se battaient en tempêtes. Des mégalithes témoignent encore, malgré l’église, de ces âges farouches.

sein digue ouest

Le touriste aujourd’hui se sent de trop ; il a une vie bien facile face aux âpretés vécues chaque jour par les Sénans. Dépendant des éléments pour tout, la pêche, le jardin, le ravitaillement, la plage, ils voient dans la même journée un vent de force 6 faire moutonner la mer et cingler la pluie et le grand soleil brûler la peau et assécher le sol.

sein moutons

Peu d’eau, difficile énergie, évacuation précaire, il y a trop peu de terre arable pour subsister sans le continent. Si les habitants étaient 1328 en 1936 avant les cong’payes, ils ne sont plus que 205 en 2013, dont à peine la moitié habite à l’année.

sein gamins

Sur la décennie 2000-2010, il y eut 44 décès pour 5 naissances sur l’île… En 2011, seuls 6 enfants fréquentaient le primaire et 5 collégiens étudiaient à distance à l’aide de profs volants multimatières…

sein gamin torse nu

L’île de Sein est-elle condamnée à disparaître ? Ni boulot, hors le tourisme d’été et quelques huîtres, ni accès aux réseaux branchés de la culture et de la com, une vie loin de tout à la merci de l’océan rageur, l’île risque plus que tout d’être submergée. Déjà en 1638, 1865, 1922, 1940, 2008, la conjonction de grandes marées d’équinoxe et de forts vents faisant lever la houle, ont inondé les maisons et les champs. S’y rajoute l’élévation du niveau des eaux avec le réchauffement du climat.

sein rue borgne

L’île n’est qu’à 1 m 50 au-dessus du niveau moyen de la mer et son point culminant ne s’élève guère qu’à 9 m, occupé par l’église. Un jour viendra bientôt où l’Administration décidera, en fonction du principe de précaution inoculé par Chirac dans la Constitution, d’interdire toute résidence permanente sur l’île. Les jours de tempête, ni ravitaillement, ni évacuation par vedette ou hélicoptère ne sont en effet possibles.

sein phare ar men

La France reste reconnaissante aux îliens d’avoir rallié Londres et De Gaulle massivement en juin 1940 : 127 Sénans soit « le quart de la France » à cette date autour du général. Le plus jeune, Louis Fouquet, avait 13 ans, venu avec son père, pilote de la vedette Velleda des Ponts & Chaussées et 50 autres marins.

sein monument des senans libres

Sa carrure lui donnant 17 ans, le gamin sera formé comme canonnier et officiera deux ans dans la marine anglaise, probablement l’enfant soldat le plus célèbre de France ! Il n’aura jamais aucune décoration, même si ce n’était pas pour cela qu’il était parti… Mieux vaut être histrion de télé ou rond de cuir dans l’Administration que patriote pour devenir légionnaire d’honneur.

sein abri du marin musee

Le petit musée dans l’Abri du marin donne de belles informations sur cette épopée de la France libre à Sein, île occupée par quelques 150 Allemands.

sein eglise st gwenole 1898

Le bourg se presse autour de l’église Saint-Gwénolé, bâtie par la foi récente des convertis, fin XIXe. Cet extrême bout de la Bretagne est resté en effet réfractaire au catholicisme officiel jusque fort tard après la Révolution, ne jurant que par les saints et les superstitions païennes.

sein venelle large d un tonneau

Les venelles sont étroites, de la largeur d’un tonneau qu’on roule, dit-on ici. Les tonneaux étaient en effet les contenants les plus pratiques pour transporter vin, farine, huile et denrées sans que l’eau les pénètre – une sorte de conteneur pour barques à rames. Mais qui a vécu le vent sifflant à ras de terre durant des heures, comprend vite pourquoi fermer les rues donne aux maisons cette quiétude du roc, cette solidité rassurante contre les éléments, le granit épais des murs assourdissant les bruits et conservant la maigre chaleur du feu de varech.

sein maison

Les jardinets bordés de murets de pierres sèches contre le vent permettent, l’été venu, de belles floraisons et des rations de légumes forts bienvenus.

sein jardin protege

Le nord-ouest de l’île est sauvage, la lande rase laissant se détacher la chapelle Saint-Corentin et le phare de Goulenez, parmi les bruyères et les rocs austères.

sein chapelle st corentin

La faune et la flore sont protégées depuis 1986 par les règles du Parc régional d’Armorique. Vous serez saoulés de lumière et d’air, le grand large pour vous tout seul.

sein phare goumenez et gamins nus

L’île se visite depuis Audierne ou Brest pour 33€ (28€ le dimanche) par les vedettes de la Penn Ar Bed. Il suffit d’une journée pour en faire le tour. Mais qui voudra pénétrer le climat îlien restera un jour ou deux dans les gîtes ou les pensions. Dépaysement garanti !

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Cimetière de Noratous, lac Sevan et monastère

Ce matin Tigran et son frère ont amenés les fils avec le petit-déjeuner. Il y a de la brioche dorée faite maison. Les kids sont intimidés, 7 et 11 ans, curieux des étrangers. Dommage que nous ne puissions communiquer, il faudrait au moins parler russe. Nous pourrions répondre à leur avidité de connaître.

Le bus nous mène, une fois pliées les tentes, au cimetière du Noratous. C’est un immense cimetière au-dessus du village du même nom, à 1934 m d’altitude, dont les tombes datent du début du christianisme. Noratous, propriété des princes Zakarian, était le centre administratif de la province Tsemak jusqu’au 19ème siècle.

Notre guide arménienne nous apprend à distinguer les siècles en fonction du décor des khatchkars, il y en plus de 800. L’usage est issu de traditions païennes et les premiers étaient probablement en bois. Le IXe siècle voit une simple croix sur pierre brute, puis la pierre est taillée en rectangle avec un bourrelet avançant orienté vers l’ouest et la croix mieux décorée. La croix est doublée au XIe par l’arbre de vie. Le soleil au XIIIe siècle s’introduit sous la croix et sous l’arbre de vie en un cercle où s’entrelacent des lignes. Au XIVe siècle, certaines pierres sont en olivine, vaguement cristallisés et vert pâle. La couleur verte est donnée par le sulfate de magnésie et de fer. Pourquoi le bourrelet de tête de la pierre est-il orienté à l’ouest ? Parce que si le monde naît avec le soleil à l’est, le Christ sauveur, à la fin des temps, est réputé venir des ténèbres, donc de l’ouest. Le bourrelet est comme une inclinaison de la pierre vers le Sauveur, en signe de respect.

La pierre tombale Guéghama est en forme de berceau. Elle est très sculptée de croix et d’arbre de vie. Sur sa face nord un cavalier et un servant qui tient la bride du cheval, un ange survole le couple. A leur gauche sont taillés une rosette (symbole d’éternité), un pot à vin et un four circulaire à cuire le pain arménien. Un musicien assis joue d’un instrument à cordes à côté d’un cercle solaire. La pierre tombale a été érigée en l’honneur de Khatchatour qui avait approvisionné le village en eau au XVIIe siècle. Une autre pierre montre un paysan labourant avec une charrue.

Les tombes modernes, laïques ou communistes, préfèrent le portrait photo du mort gravé sur le marbre, ou encore un buste en bas-relief, à la soviétique.

Au café qui vend des souvenirs et où nous prenons une mouture « à la turque » (qu’on préfère appeler en Arménie « café oriental »), un grisonnant de Lyon nous entreprend en français. Il vit là-bas mais est né en Arménie. Ses grands-parents ont émigré en France mais ses parents sont revenus pour construire le communisme… « Les cons ! », nous dit-il, sincère. Ils ont pu heureusement revenir en France parce qu’ils étaient français.

Notre guide arménienne nous lit dans le bus quelques contes arméniens en français. Il s’agit du bon sens populaire dans les situations inédites.

Voici que nous longeons les rives du lac Sevan. C’est un gigantesque lac salé, 1400 km², presqu’une mer. Lyriques, les nationaux l’appellent « la perle d’Arménie », morceau tombé du ciel.

Nous visitons sa presqu’île aux deux églises, endroit très touristique où se massent les cars d’étrangers et les voitures des Arméniens. Il faut dire que les rives sont balnéaires, une petite côte d’Azur où l’on lézarde au soleil avant d’aller dans l’eau, puis de prendre un verre sous les parasols. Les gens y sont bronzés, se départant de la frilosité paysanne. Gamins et jeunes n’hésitent pas à se promener sans chemise, avec la hardiesse de l’habitude. L’un d’eux, douze ans, s’étire comme un chat sur la pierre chaude du parapet bordant l’église côté lac, frottant sa peau caramel sur la rugosité du basalte. Il est heureux au soleil, le corps libre, bien dans sa peau.

Le monastère Sévanavank (vank voulant dire monastère), s’élève à peut-être 200 m au-dessus du niveau du lac. Il offre une vaste perspective jusque sur l’autre rive et les montagnes au loin. Tout se fond progressivement dans un pastel qui se mêle avec le ciel.

Le lieu est un endroit inspiré, ce qui ne fait pas peu pour sa réputation. Il a été l’un des premiers sites à adopter le christianisme à la suite de la conversion du roi Tiridate le Grand. On dit que saint Grigor éleva les deux premières églises du Sévanavank. L’église des saints Apôtres (Arakélots), date du IXe siècle élevée par la princesse Mariam, fille du roi Achote I Bagratouni. La seconde église est dédiée à saint Jean-Baptiste (Karapèt). La troisième à la Sainte-Mère de Dieu (Astvatsatsine) n’existe plus.

Un groupe de handicapés est amené par ses moniteurs pour aller mettre un cierge de cire jaune dans l’église. Des jeunes, garçons et filles, se prennent en photo sur le parapet, des gamins en groupes de vacances, des familles avec grand-mère et petits enfants. La tradition est transmise ici, même si cela se fait dans une sorte de kermesse. Nous ne sommes pas chez Disney car tout est authentique et il ne s’agit pas de jouer mais de révérer. Mais nous ne sommes pas non plus à Lourdes car la révérence est plus de tradition que de croyance aveugle.

Monter les degrés jusqu’à l’esplanade du monastère, faire le tour des bâtiments, pénétrer dans l’église pour y acheter plusieurs cierges, les allumer en l’honneur de proches au loin ou malades, s’asseoir sur le muret chauffé de soleil pour contempler le lac, redescendre pour déjeuner au restaurant du parking, ou acheter un souvenir avant d’aller pique-niquer sur la plage, voilà qui est un rite social plutôt qu’un acte de foi.

Mais je préfère ce christianisme-là, intégré dans l’existence, au fanatisme des illettrés brutaux qui détruisaient tout ce qui choquait leurs croyances dans les premiers temps chrétiens. Mais oui, nous avons eu nos talibans et ils n’avaient rien à envier aux afghano-pakistanais actuels, l’étude de Ramsay McMullen, Christianisme et paganisme du IVe au VIIIe siècle nous le rappelle (1996, Tempus Perrin 2011) !

Dans l’église, un Christ orant a l’air mongol sur une stèle du XIVe siècle. Peut-être est-ce pour que les invasions mongoles ne la détruisent pas, reconnaissant sur l’image l’un des siens ? De fait, la stèle a subsisté. Beaux visages rêveurs de la jeunesse qui allume des cierges. La lumière douce et chaude allège leurs traits.

Nous déjeunons à une longue table réservée sous les velums du parking. Un groupe d’Italiens encore plus grand que le nôtre déjeune une table plus loin. Il y a des Allemands, des Arméniens en famille, et même nos Tchèques. Nous avons revu le couple et son Stefan de 9 ans, bob blanc et la tête et tee-shirt orange sur le dos. Outre les salades de légumes cuits ou crus, les olives et le fromage, nous est servi un lavaret du lac, poisson coupé en tronçons grillés sur la braise. Le four et le barbecue semblent les façons de cuisiner majeures ici. Les frites, cuisinées pour faire international, sont trop grasses ; il ne doit pas y avoir deux bains de friture et une température trop basse.

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Évidemment les démagos ont voté la « loi sur le génocide » arménien, comme si les histrions étaient capables de juger souverainement d’un fait historique. Ils ne sont qu’à la pêche aux voix, dans la plus pure illusion. Étant pour la liberté, je ne voterai pas pour les partisans du politiquement correct – qu’ils le sachent. Un bon commentaire sur le blog de Nicolas.

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Lucky Luke contre Pinkerton

Morris était drôle, Morris et Goscinny très drôles, ce pourquoi nous sommes un peu déçu par le duo Pennac & Benacquista. Leur scénario se traîne durant un bon tiers, il dévalue Luc la Chance et fait des Dalton des scies répétitives dans la bêtise. L’album trouve son rythme de croisière vers le milieu et la mayonnaise finit par prendre. Il y a de l’action, de la virtuosité et de la morale, comme dans le vrai.

Mais, ne vous y trompez pas, vous avez affaire à un ersatz, un faux Lucky Luke comme il y a dans cet album un faux billet de deux dollars.

Les adultes retrouveront une nostalgie téléphonée, mais les enfants qui le découvriront ne goûteront pas tout le sel des gags déjà lus. Reste l’histoire, assez banale, d’un détective ambitieux qui a voulu industrialiser la profession de redresseur de torts. Le fichage généralisé est une manie post-11 Septembre destinée aux citoyens, le ‘tous coupables’ quelque chose qui passe par-dessus de la tête des bambins.

Sur le dessin, rien à dire, il a repris les tics de Morris et Lucky n’est jamais maladroit comme les successeurs de Jacques Martin peuvent l’être lamentablement. Seul le brin d’herbe systématique fait tache, qui remplace la clope politiquement incorrecte. Mais trop c’est trop. Les auteurs médiatiques se sont donné du plaisir ; ils n’ont pas prolongé Lucky Luke, ils se sont plutôt frottés avec. Le vintage des oldies but goodies est un métier…

Mais on peut y prendre plaisir quand même.

Lucky Luke contre Pinkerton, dessin Achdé, scénario Daniel Pennac et Tonino Benacquista, d’après Morris, éd. Lucky Comics, 2010, 46 pages, €9.45

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