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Inceste à l’américaine, Les enfants du péché

Fleurs captives est un roman de V.C. Andrews paru en 1979 et traduit par cinq tomes en J’ai lu, suivi d’une série de quatre épisodes filmés américano-canadiens intitulés Les enfants du péché, passés l’an dernier à la télévision belge. La télé française les a royalement ignorés tant le tabou sur l’inceste est fort. Un résidu anthropologique latin de la mentalité romaine puis catholique du pater familias ayant tout pouvoir sur sa progéniture et de la grâce ou prédestination des humains par la divinité Père unique.

L’inceste vu de l’autre côté de l’Atlantique n’a rien de commun avec celui « dénoncé » (avec une jubilation malsaine – la Schadenfreude allemande pour laquelle il n’existe aucun terme précis en français). L’inceste américain est biblique, Ancien testament, ethnologique. Ce n’est pas le père qui couche avec sa fille ou le fils avec sa mère mais un trop fort amour pour sa mère qui pousse le grand-père Malcolm à idolâtrer sa fille Corinne, laquelle, étouffant sous la contrôle, s’enfuit avec son oncle Christopher, le (seulement) demi-frère de son père.

Ce couple est « incestueux » au sens biblique des relations de parenté symbolique mais n’a guère d’incidence sur la redondance des gènes biologiques du tabou de l’inceste anthropologique théorisé par Lévi-Strauss. Chez Corinne et Christopher, il produit quatre « beaux enfants », des « poupées blondes » du rêve américain selon le film. Le couple s’aime, les parents chérissent leurs enfants, les enfants sont fraternels entre eux – l’idéal. Corrine et Christopher Dollanganger ont un fils aîné, Christopher Jr. dans les 15 ans, une fille, Cathy dans les 12 ans et les faux jumeaux garçon et fille Cory et Carrie de 5 ans. Tous sont vigoureux et bien formés, sans pieds fourchus ni queue de chien. Ils ont une belle maison, une voiture, les enfants font « des activités » sportives et ont des amis.

Jusqu’au drame : un soir, le père, qui est représentant de commerce et a obtenu une promotion, ne revient pas. Il est tué dans un accident de la route. La mère, de caractère faible, aimant avant tout l’argent, la position sociale et tout ce qui brille, est désespérée : les dettes pour la voiture, la maison et les écoles des enfants ne lui permettent pas de continuer la vie d’avant. Au lieu de se mettre à travailler, elle recontacte ses parents après 15 ans pour se réconcilier avec eux. Son père est richissime et possède un immense manoir en Virginie sans parler d’une fortune conséquente qu’elle ne veut pas voir lui échapper.

Tout est saisi, maison, auto, meubles, et c’est avec trois valises que les cinq quittent la maison pour prendre le train vers la demeure des grands-parents. « Ce n’est que provisoire », assure la mère. Là, ils sont accueillis sévèrement par une mégère, la grand-mère Olivia, qui les enferme dans une chambre d’où ils peuvent accéder au grenier mais avec interdiction d’en sortir, de faire du bruit et de se montrer aux fenêtres. Elle leur apporte à manger une fois par jour et leur mère leur apporte des jeux. L’idée est pour la fille unique trop gâtée de se réconcilier avec son vieux père autoritaire qui lui a juré de la déshériter si d’aventure elle avait des enfants avec son propre demi-frère. Elle cache donc sa progéniture tout en déclarant à ses enfants qu’elle les aime. Mais ce n’est que parole. Christopher est le plus indulgent, ayant un faible (affectif) pour sa mère ; Cathy la plus critique, comme il se doit pour une fille (en rivalité avec sa mère) et abordant les rives de la prime adolescence. Les jumeaux sont geignards mais s’adaptent, aimés par les parents de substitution que sont le grand frère et la grande sœur.

Mais la mégère sévère les brime, jalouse de leur beauté et de leur amour, elle a qui été délaissée par son mari Malcolm au profit de sa fille Corinne ; laquelle ne pense qu’à briller et à refaire sa vie avec le jeune avocat de son père Bart, qui n’accepterait pas des enfants d’un premier lit – pas moins de quatre et issus d’une union « incestueuse » aux yeux bibliques des interprètes (plus que Lui-même) de la pensée de Dieu. Elle sort, elle se remarie sans leur dire un mot, elle part plusieurs mois en voyage de noce en Europe. Les enfants, bien passifs pour les aînés (c’est la faiblesse du scénario), passent plus de deux ans dans le grenier sans jamais sortir ni même se révolter ! L’aîné, désormais 16 ans et baraqué (on ne sait comment, dans quinze mètres carrés sans soleil) est l’acteur Mason Dye de 20 ans (!). Il se laisse fouetter dos nu par la grand-mère pour avoir refusé de couper les cheveux de sa sœur désormais pubère de 13 ans dont il est trop proche, la jolie Kiernan Shipka de 15 ans au tournage. Sa prestance physique et sa coiffure sans un pli l’a fait remarquer dans le milieu du cinéma après ce téléfilm.

Au lieu de se rebeller, ils se soumettent ; au lieu de fuir par les toits, ils procrastinent ; en enfants trop sages, ils attendent. Quoi ? La mort de Cory, le jumeau garçon qui a mangé trop de donuts confectionné par sa mère… qu’elle a empoisonné en les saupoudrant de mort aux rats en guise de sucre ! Là, c’en est trop. Cory malade est « emmené à l’hôpital » et la mère revient en disant qu’il a eu « une pneumonie » dont il est mort parce que soigné trop tard. Non, ils n’iront pas à son enterrement, qui « vient d’avoir lieu ». La vraie salope est en déni de maternité, sincère dans son hypocrisie de fake news. Elle n’hésite pas à tuer ses enfants comme Jocaste pour pouvoir jouir et briller sans cette responsabilité ni ce rappel de son  « péché ». Âme faible démangée du bas-ventre, selon la doxa morale biblique, elle ne ressemble pas à son père Malcolm, pieux et fort, qui attend de sa fille qu’elle lui obéisse pour lui transmettre l’héritage en millions.

Les aînés décident – enfin ! – de fuir en accumulant des dollars volés dans la grande maison presque vide et en déroulant une corde du grenier jusqu’à la pelouse ; ils prennent le train et le premier film s’arrête là. Ils seront recueillis par un homme riche et bon sans enfants, Paul, qui les élèvera et leur permettra de faire des études, médecine pour Christopher et danseuse pour Cathy. La jumelle Carrie se donnera la mort par mort aux rats pour rejoindre son jumeau dans l’au-delà promis aux chrétiens car elle ne se sentait pas à la hauteur requise par l’existence. Trop infantile, retardée dans son développement, inapte à l’amour par rejet maternel…

Les suites seront des rebondissements de l’histoire, Christopher et Cathy vivront conjugalement, attirés l’un vers l’autre dès les premières pulsions de l’adolescence parce forcés de vivre ensemble dans la promiscuité exigée par leur mère et leur grand-mère. Comme quoi le « péché » fait des petits et nul ne choisit vraiment son destin, à en croire la mentalité américaine. Ils ont bien tenté chacun de s’apparier avec d’autres, mais cela n’a jamais marché. Cathy aura deux enfants mais – la morale biblique est sauve, les ménagères yankees n’auraient pas apprécié autrement – de deux hommes différents : le fils de sa prof de danse et l’avocat de son grand-père, nouveau mari de sa mère. Le spectateur se dit que l’aîné ressemble plus à Christopher généreux, blond et vigoureux qu’au pervers narcissique névrosé Julian, mort opportunément  d’un accident de voiture, mais l’ambiguïté sert la morale conventionnelle. Les accidents de voiture et les incendies ponctuent rythmiquement l’histoire des quatre épisodes filmés comme s’il s’agissait de périr par la violence en punition des « péchés » ou de se purifier de ses pensées « diaboliques ».

Les enfants des enfants, Jory (Jedidiah Goodacre, 26 ans au tournage !) et Bart (Mason Cook, 14 ans au tournage) jouent les fils de Cathy qui ont, dans le second film, quatre ans d’écart soit 16 et 12 ans. C’est que les scènes sexuelles, surtout des baisers « à la française » et des coucheries torse nu mais avec soutien-gorge et culottes dûment boutonnées ne sauraient être le fait d’acteurs de moins de 18 ans dans le juridisme sourcilleux de la morale puritaine. Ce côté artificiel nuit aux téléfilms dont, d’ailleurs, seul le premier est intéressant, les autres sombrant dans le mélo dramatique.

L’idée profondément yankee est que Dieu commande et que le Diable existe – et que ce dernier tente presqu’exclusivement par la chair (l’orgueil est le péché capital de l’Europe, pas des Etats-Unis qui adorent « oser »). Tout ce qui touche un tant soit peu au sexe, même les caresses ou embrassades, est « maudit », la seule concession permise par l’interprétation paulinienne des Ecritures étant le mariage à vie devant le pasteur ou le curé et l’amour exclusivement procréatif sans aucun plaisir dans la position du missionnaire, chemises de nuit de rigueur, femme soumise et lumières éteintes. Tout ce qui est vitalité est diabolique et doit se « sublimer » en piété ostentatoire avec citations de la Bible à tout bout de champ, œuvres sociales publiques, esprit d’entreprise et de conquête, et morale rigoriste. Les filles sont de naissance des putes qu’il s’agit de dompter et de châtier, des Tentatrices qui font succomber les beaux pionniers forcément musclés. Tous les garçons ont des torses impressionnants tandis que les fille sont canon.

La toute fin des quatre épisodes est un retournement improbable (et niais) qui voit « la malédiction » levée par la mort – par incendie – de Corinne après celle (par incendie) de la grand-mère Olivia, et la mort – par accident de voiture – de Christopher Jr après celle de son père (par accident de voiture). Bart le mauvais épouse sa demi-sœur (adoptée) après avoir rendu handicapé son grand frère Jory et fait éclater son couple à la femelle avide et faible (comme Corinne), jaloux d’être aimé pour lui tout seul. Il devient télévangéliste tandis que Jory se reconvertit dans sa chaise roulante en chorégraphe, élevant seul ses deux bébés jumeaux – un garçon et une fille. Et tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes à l’eau de rose !

Comme on le constate, rien à voir avec l’inceste à la française qui va beaucoup plus loin dans la promiscuité, même si toute caresse ou baiser est désormais qualifié sans nuance de « viol » par les journalistes pressés de faire mousser encore plus le scandale. Rappelons qu’il existe une définition « juridique » du viol qu’il serait bon de connaître et de rappeler au lieu de lancer n’importe quelle accusation vague sous le coup de « l’émotion », ce fascisme de la raison humaine. Le viol est défini par l’article 222-23 du Code pénal comme tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise. C’est un crime passible de la cour d’assises qu’il ne s’agit pas de minimiser. Encore faut-il savoir de quoi on parle et le désigner par les mots justes. Nous ne sommes pas aux Etats-Unis où le puritanisme biblique ambiant fait de toute relation à deux (un regard trop appuyé, un compliment mal interprété, une ascension à deux dans un ascenseur, un propos interprétable) un « harcèlement », un « attouchement » voire un « viol ». Les Moi-aussi germanopratins sont tellement colonisés par la sous-culture yankee qu’ils ne réfléchissent plus que comme les chiens de Pavlov qui salivent de joie mauvaise rien qu’à la seule image de la pâtée. Voir une autre conception de l’inceste permet de mieux mesurer ce qui survient aujourd’hui dans nos médias saturés.

Les DVD sont tous en anglais, les romans en J’ai lu en français.

DVD Les Enfants du péché (Flowers in the Attic), janvier 2014

DVD Les Enfants du péché : Nouveau Départ (Petals on the Wind), mai 2014

DVD Les Enfants du péché : Secrets de famille (If There Be Thorns), avril 2015

DVD Les Enfants du péché : Les Racines du mal (Seeds of Yesterday), avril 2015

Fleurs captives tome 1 Fleurs captives J’ai Lu, €3.74

Fleurs captives tome 2 Pétales au vent, J’ai Lu, €4.47

Fleurs captives tome 3 Bouquet d’épines, J’ai lu, €7.81

Fleurs captives tome 4 Les Racines du passé, J’ai lu, €4.47

Fleurs captives tome 5 Le jardin des ombres, J’ai lu occasion, €20.42

Les 5 tomes en J’ai lu occasion, €79.90

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Ray Bradbury, Un remède à la mélancolie

Bradbury est un poète, il l’a montré dans ses Chroniques martiennes déjà présentées. Ce recueil-ci présente 22 nouvelles douces et amères où la tendresse pour les jeunes, les filles et les enfants se montre à chaque page.

Le remède à la mélancolie qui forme la trame de la première nouvelle, est une langueur d’amour. Une jeune fille se meurt au XVIIIe siècle et chaque médecin y va de sa saignée et chaque rebouteux de sa pilule. Les parents n’y comprennent rien, mais c’est normal : « femme, mari, enfants sont sourds les uns pour les autres » p.15. Et c’est une autre jeune fille qui la voit sur le pas de sa porte et surtout un balayeur juvénile aux yeux bleus, qui comprennent de quoi se meurt l’adolescente. La lune devient pleine et les hormones la dépriment. Il suffit que le désir s’assouvisse pour que le mal disparaisse. Ainsi fut fait.

La seconde nouvelle évoque la rencontre d’un artiste américain avec le fameux Picasso sur une plage du sud. Cela revigore en lui le désir de créer, comme une obsession. Une troisième nouvelle décrit un dragon… moderne pour les visiteurs. Une nouvelle dit les affres du départ de la première fusée depuis la terre et l’espèce de crainte superstitieuse que cela provoque en même temps qu’un désir d’infini. Le lecteur trouvera également comment un costume peut faire exister un jeune homme, même s’il est trop pauvre pour l’acheter et doit le partager avec six autres, chacun le portant un soir par semaine. Une certaine fièvre peut être mortelle, un lit matrimonial antique inconfortable générer un enfant, un grenier ouvrir réellement la porte au passé. Le meurtre parfait est décrit dans la nouvelle numéro huit. Le tempérament irlandais offre une drôle de scène de mœurs sur les routes, la nuit. Il vaut mieux conduire en voiture et pas en vélo, une casquette sur la tête contre les chocs, en fonçant pour faire du bruit et avertir, et tous phares éteints pour ne pas hypnotiser ceux qui viennent en face ! Et lorsqu’on découvre une véritable sirène sur la plage, corps de fille nue et queue de poisson ? Faut-il aller acheter 150 kg de glace pour en faire une attraction ou la rejeter à l’eau pour qu’elle vive et continue de faire rêver ? Toute l’Amérique est là dans ce dilemme.

Mars ressurgit par une nouvelle égarée. La planète, vue comme parcourue de canaux remplis d’eau et occupée jadis par une civilisation disparue qui a laissé ses ruines, semble changer les terriens qui l’ont colonisée. Est-ce l’atmosphère, la faible pesanteur, les minéraux de son sol qui alimentent les végétaux cultivés ? Toujours est-il que la peau s’assombrit, le squelette s’allonge et les yeux deviennent dorés. En quelques années, les terriens deviennent différents, martiens. N’est-ce pas ainsi que l’on s’adapte à son environnement ? Ou est-ce la subtile façon que les Martiens ont de se venger ? Car les enfants les premiers ont un irrésistible désir de changer leur prénom et d’appeler les choses par des mots inconnus.

La civilisation n’est pas toujours bénéfique. Elle se résout trop souvent par une guerre que la technologie rend totale. Ce pourquoi les survivants de l’an 2060, après la guerre atomique, détruisent systématiquement les automobiles, font exploser les usines d’avions, refusent de vivre dans des appartements. Une queue s’est formée qui va cracher sur la Joconde comme les musulmans dans le pèlerinage à la Mecque vont lapider Satan. Mais un décret vient de paraître, lu par un héraut à cheval : à cette heure de midi, la foule peut désormais lacérer le tableau afin que toute trace disparaisse. Tom, un jeune garçon ébloui par la beauté de la Joconde, lui arrache son sourire qu’il garde précieusement dans sa main.

Pourtant, la quête dans les étoiles est une nécessité vitale qui pousse l’humanité vers l’éternité. Se reproduire et essaimer est le But, pour survivre à l’infini. Il faut seulement s’adapter ; c’est ce que découvre un Terrien arrivé sur Mars et que sa femme tanne par nostalgie de la Terre.

Le plus beau cadeau de Noël, plus merveilleux que le sapin illuminé de bougies (que la fusée ne peut emporter car trop lourd), n’est-il pas le spectacle de myriades d’étoiles par le hublot ? Un père le croit, un fils le découvre.

Vénus est une planète où il pleut tous les jours. Des enfants de 7 ans n’ont jamais connu que la grisaille, sauf une fillette arrivée trois ans plus tôt de la Terre. Les autres la harcèlent car elle est différente. Lorsque les savants annoncent deux heures de soleil sur Vénus, ils lui disent que c’est un bobard, la saisissent et l’enferment. Elle ne verra pas le soleil sur Vénus, les autres si. Les enfants sont cruels et la maitresse stupide : elle n’a pas compté ses élèves.

Mort à 91 ans en 2012, Ray Bradbury a enchanté la science-fiction par sa fantaisie, sa tendresse, son attention aux êtres avant tout.

Ray Bradbury, Un remède à la mélancolie (nouvelles 1959), Folio 2012, 320 pages, €8.40

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Site inca d’Ollantaytambo

Nuit agitée. L’atmosphère lourde de la chambre contraste avec celle de la tente en altitude, le poids des couvertures. Il y a queue le matin aux toilettes, deux pour 18 personnes, en comptant les trois touristes en plus de notre groupe. Queue également au petit-déjeuner où le pain est rationné. Le gros chien de Wendy s’est laissé tracer au crayon deux gros sourcils noirs au-dessus des yeux. Cela n’arrive pas à donner un air sévère à sa tête de labrador à bajoues. Le grand datura blanc laisse pendre ses clochettes odorantes qui ont à nos narines comme un parfum d’ange. Le bougainvillée couleur sang séché part toujours à l’assaut du mur. La montagne trop proche écrase un peu le panorama. Au débouché de la vallée, le massif de la Veronica est poudré de neige.

Dans la ville, sur la place d’armes, ce matin il y a distribution de livrets pour les écoliers d’Ollantaytambo. Une pile de cartons financés par le candidat aux prochaines élections attend les élèves qui arrivent en files dans leur uniforme gris et blanc. J’ai aperçu de loin le petit batailleur d’hier. Ayant eu son album à son tour, il s’est assis sur une marche avec des copains et a entouré de son bras le cou du plus proche pour regarder les pages avec lui.

Le site inca nous attend. Je prends en note ce que nous raconte Juan. 1536 est l’année où commence la rébellion de Manco Inca contre les colonisateurs espagnols. Ollantaytambo est la principale défense de la vallée sacrée. On la renforce à l’époque espagnole. Nous visitons le temple du soleil, qui s’élève haut au-dessus de la ville. La construction, ici, est hiérarchique : plus on s’élève, plus on s’approche du lieu sacré, et plus les blocs sont gros et minutieusement appareillés. Il faut monter plusieurs centaines de marches pour accéder au temple. Au cinquième replat se dresse la paroi à grosses niches trapézoïdales. Le temple est construit de grandes pierres et n’est pas terminé à l’arrivée des espagnols dans la cité. Il ne le sera jamais ; lorsque les espagnols sont annoncés, la dynastie inca en fuite se réfugie à Machu Picchu, puis à Vilcabamba. De la terrasse du temple on aperçoit la ville. Elle est divisée entre ville basse (en plaine) et ville haute (sur les pentes). Les deux villes se rejoignent sur la place de cérémonie, en bas du temple, au pied de la montagne. Les greniers sont construits en hauteur, sur les terrasses, au milieu des pentes. Le vent, souvent fort, séchera les grains.

Les tétons sculptés sur les grosses pierres des murs ne sont pas des décors, mais des aides techniques pour le transport des blocs. Les plus grosses pierres pèsent des tonnes ; elles étaient soulevées par des leviers et transportées sur des rouleaux de bois, retenues par des cordes, dont les tétons servaient de support. Les gros blocs sont arrivés ici par des terrasses reliées entre elles par des déclivités. Ces pierres sont assemblées par des tenons en queue d’hirondelle dans lesquels on pouvait couler du bronze pour tenir l’ensemble. Entre les grosses pierres, on rencontre ici aussi de petits blocages antisismiques. Les petits blocs s’écrasent et peuvent être remplacés si nécessaire sans avoir à rebâtir tout le mur. Les pierres qui restent de la construction inachevée ont été appelées « pierres fatiguées » par les autochtones. Les monolithes géométriques soigneusement polis brillent comme du sucre industriel.

Nous descendons une terrasse, passons un court tunnel à flanc de montagne, pour descendre par un sentier. Juan nous montre de loin le bâtiment de l’entrée : « C’est reconstitué en adobe, c’est une fontaine inca. » Plus loin, avisant une ruine d’adobe au milieu d’une terrasse, probablement un dépôt de céréales : « Ça c’est un rrrenié ! » Diamantin : « un renié ? je ne le vois pas ; j’aime bien les reniés. » Il confondait exprès avec un arbre africain…

Plus bas, quatre mamelons dans une pierre huaca se dressent vers le ciel. Juan nous apprend que leur ombre annonçait le début de chaque saison et « déclenchait » les plantations des céréales dans la vallée sacrée. Les quatre tétons sont « intihuatan », attachant le soleil. A l’est du site s’élèvent les ruines du temple du condor. Pourquoi ce nom ? Il suffit de lever la tête : ciel ! un condor ! En effet, la pierre de la montagne dessine dans l’air bleu la silhouette d’un condor les épaules rentrées, le cou tendu, le bec orienté en direction du temple du soleil.

Naturellement, ce temple a été détruit par les chrétiens. A l’ouest, près de la place des cérémonies, se dresse la fontaine « de l’inca ». Un bassin carré dans lequel on descend par les trois marches symboliques des mondes, apporte directement les eaux sacrées de l’Urubamba. Elle coule par une bouche taillée dans un bloc. Mais la sculpture est telle qu’il suffit de passer une fois sa main sur l’eau pour qu’elle coule en jet, une autre fois pour qu’elle prenne la forme d’une cascade. Ingénieux !

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Maisons à tourelle du Togo

On arrive dans la province de Kara dont les habitants les Kabyés sont surtout connus pour leurs cultures en terrasses dans les Monts Kabyés (Chaîne de l’Atacora). Kabyé signifie « paysan de la pierre », allusion au terrain où ils cultivent et d’où ils extraient les pierres qui leur servent à confectionner les murets des terrasses. Ils maîtrisent le feu et sont d’habiles forgerons depuis des siècles. Ils réalisent des objets de la vie quotidienne des villageois et des paysans tels houes et outils en utilisant fers et aciers de récupération comme les suspensions de camions ! Ils sont également connus pour être de valeureux lutteurs.

TOGO BENIN

Toujours plus proche de la frontière béninoise, voici Boufale, une petite ville située à environ 42 km de Kara. Le marché traditionnel se tient le lundi. L’agriculture c’est ici beaucoup de produits vivriers tels le sorgho, maïs, riz, igname, mil, patate douce, haricots ; l’élevage aussi est pratiqué : volaille, porc, caprin, bovin. Le coton est en déclin.

TOGO BENIN FORGERONS

La chaîne montagneuse de l’Atacora ou Atakora est commune au Togo, au Ghana et au Bénin. Au Togo, la chaîne se nomme les monts Togo, au Ghana les collines d’Akwapim, au Bénin l’Atacora ! Le Togo possède le point culminant au mont Agou à 986 m d’altitude. Le Bénin offre trois sommets principaux : le mont Sokbaro 658 m, le mont Tanéka 654 m et le mont Bimi. L’Atakora est considéré comme une montagne refuge. Les Somba cultivent millet, fonio, bovins, l’arachide, le tabac, le kapok sur un sol pauvre, la latérite. Le pays Somba est à cheval sur la frontière. Les habitations sont des trésors d’architectures.

TOGO BENIN TATA SOMBA

Les Tamberma ou Betamaribes ou Somba au Bénin (ceux qui façonnent la terre) appartiennent à l’aire culturelle Paragourma. Ils auraient une origine divine. Ils sont les enfants de Fawaafa, le serpent souterrain qui couverait dans un lieu secret les œufs d’où sortirent leurs premiers ancêtres. Ils se seraient réfugiés dans la zone actuelle entre le 16e et le 18e siècle pour se protéger de la domination que cherchaient à leur imposer les royaumes Mossi et autres. On raconte que les forgerons Babiatiba les auraient alors accueillis.

TOGO BENIN TATA SOMBA

Les Tamberma construisent de petits fortins à deux étages, à tourelles qui ne comportent qu’une seule ouverture, on les appelle les takienta ou tata somba ou tata temberma. Certaines ont un grenier de forme quasi sphérique qui surmonte une base cylindrique. Ils possèdent des toits plats, d’autres des toits coniques recouverts de chaume. C’est à l’origine un habitat de guerrier. Ils sont regroupés en village et comprennent des espaces cérémoniels, des sources, des rochers et certains sites réservés à l’initiation.

Le diffoni est le rite destiné aux garçons. Il a lieu tous les quatre ans. Ils sont initiés aux traditions de la tribu et font leur éducation sexuelle. Les jeunes doivent faire une retraite dans la forêt sacrée où habite le génie de la terre. Il s’agit pour les jeunes de devenir des adultes. A la fin, ils recevront les insignes de chasseur : chapeau à cornes de buffles, armes et boucles d’oreilles en cuir.

TOGO BENIN

Le dikuntiri est destiné aux jeunes filles et dure moins longtemps. A leur sortie elles reçoivent un chapeau à cornes d’antilope. Elles sont devenues des femmes et peuvent rejoindre l’habitation de leur mari.

Ces maisons à tourelles sont devenues un symbole au Togo. Les Tata Somba sont séparés d’une distance qui est celle de la portée des flèches tirées depuis leurs toits terrasse. Les tata sont flanqués sur leur seuils de petits autels. Chaque membre de la famille possède le sien et est voué au culte d’une divinité vaudou. On trouve également des crânes, des ossements, des plumes, des épis de maïs séchés accrochés aux constructions et qui reçoivent parfois des liquides sacrificiels. La porte d’entrée ou le trou rond qui en sert est toujours orienté vers l’ouest. Les Tamberma (maçons de la terre) sont environ 80 000 et sont répartis sur environ 500 km2 près des monts Atakora.

Hiata de Tahiti

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