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Phantasm de Don Coscarelli

Un réalisateur de 25 ans se met dans la peau d’un adolescent de 13 ans pour évoquer ses pires fantasmes sur la mort.

Le film est un cauchemar fort bien monté où l’imagination invente des « choses » terrifiantes et inédites : la sphère qui percute le front avant de le forer dans un flot de sang, le doigt coupé inhumain qui bouge tout seul, la petite horreur grinçante qui fourrage les cheveux en anti-caresse, les morts transformés en nains esclaves sur un autre monde, l’au-delà en champ de forces qui aspire…

Mike (Michael Baldwin, 16 ans au tournage) vient d’avoir 13 ans alors que ses parents sont morts deux ans plus tôt. Il n’a plus que son frère aîné Jody comme refuge (Bill Thornbury), à cet âge où grandir angoisse. Mais ce frère part en tournée musicale régulièrement et le laisse seul à la maison avec une nounou, à proximité de son ami Reggie (Reggie Bannister) et des sœurs antiquaires.

Cette peur d’abandon est brusquement ravivée lorsque l’un des amis de Jody et de Reggie se fait poignarder à mort, un soir dans le cimetière, alors qu’il baisait ardemment une jeune blonde plantureuse (Kathy Lester). Le shériff est absent, « le juge » dont on parle un moment, jamais saisi. Le cimetière est un pré où gisent des pierres tombales et un édifice baroque où des couloirs de marbre recèlent des cercueils empilés en mausolée. Au sous-sol, l’atelier de cercueils ; au fond du couloir, une porte noire d’où viennent des bruissements et d’étranges claquements. Règne sur cet univers glacé un croquemort monumental tout en noir, The Tall Man (Angus Scrimm), qui apparaît identique à une photo du siècle dernier. On apprendra qu’il prend volontiers les traits de la pute blonde qui attire les hommes au cimetière – et Reggie en sera la dernière victime.

A 13 ans à peine, Mike est un prime adolescent dégourdi qui conduit une moto (curieusement dans le cimetière, où il se gamelle – signe du destin), et même la Ford Mustang de son grand frère, qu’il règle à l’occasion. Ce jeune âge et ces pilotages d’adulte rendent dès le début l’histoire bizarre. D’autant que le gamin n’hésite pas à braver l’interdit de son frère et la terreur qui serait naturelle à cet âge pour aller, de nuit, errer dans le cimetière désert où des ombres l’ont poursuivi la veille. Il va même jusqu’à s’introduire dans le mausolée en cassant une fenêtre ! L’homme en noir le repère et ne le lâchera plus – jusqu’à la fin. Mike l’a vu la veille aux jumelles porter tout seul le cercueil de l’ami assassiné que quatre hommes suffisaient à peine à soulever.

Graves and coffins sont les accessoires obligés de tout fantasme yankee sur la mort ; sex en est un autre et la blonde de volupté, qui s’installe seule au bar en robe bleu nuit pour attirer les jeunes hommes, est un piège. La religion n’apparaît quasiment pas pour conjurer ces craintes, autre bizarrerie, mais ce film américain en reste tout imbibé : le sexe est « mal », le diable menace, l’autre monde est un enfer possible. Mike met à un moment un chapelet dans sa poche de poitrine – celle-là même où il mettra le doigt coupé – mais aucune croix ne décore le cimetière et le chapelet ne servira à rien contre le croquemort immortel.

Mike suit partout son grand frère Jody de peur d’être abandonné. Ce dernier est revenu pour enterrer son ami assassiné et se laisse aller un soir à boire une bière et draguer la fille en bleu, solitaire, au bar. Mike les suit au cimetière où ils vont – bizarrement – baiser ; ce serait soi-disant « excitant ». L’adolescent se repaît du spectacle de son frère en train d’enfourcher la fille et sourit de plaisir lorsqu’apparaissent ses seins nus. Mais il crie de peur lorsqu’un nain à capuche tente de lui sauter dessus par derrière, interrompant la baise – et il va ainsi sauver Jody du coup de poignard fatal auquel s’attend le spectateur pour y avoir assisté dans la première scène.

Après l’escapade de Mike dans le mausolée et le doigt du croquemort coupé en refermant la porte qu’il ramène comme preuve, les deux frères sont comme les doigts de la main. Ils décident, bizarrement seuls, d’en avoir le cœur net et s’introduisent dans le monument – de nuit. Ils découvrent qu’il est un sas pour un autre monde, mais pas celui de la religion. Les morts, récupérés dans les cercueils (ils sont rangés vides), sont compactés en nains qui pèsent une centaine de kilos et expédiés en bidons vers l’ailleurs via un sas magnétique derrière la porte noire.

Jody apprend à son petit frère qu’il faut tirer pour tuer, sans ces sommations ineptes du juridisme qui font perdre du temps. Il descend d’un coup de fusil bien ajusté la sphère foreuse qui fonce vers la tignasse du gamin. Il repousse quelques nains au pistolet à l’occasion. Mais le drame va se nouer, car les frères sont marqués par l’homme en noir qui les veut pour lui. La fin est terrible, en double retournement…

Cauchemar ? C’est ce qui est dit, mais cet univers clos, sans recours à une quelconque autorité (ni flics, ni juge, ni curé, ni adultes), fait revenir sans cesse au même cimetière (où personne n’aurait l’idée saugrenue de s’y balader la nuit), aux mêmes couloirs labyrinthiques du monument funéraire, à la même maison familiale déserte et encombrée. Nous sommes dans l’obsessionnel du rêve, le ressassement maniaque des angoisses de Mike à l’égard de la mort. Ses parents sont décédés, son grand frère va inévitablement les suivre, ses amis y passeront : et lui ?

Don Coscarelli a déclaré y avoir projeté ses terreurs, et on le croit sans peine malgré les invraisemblances et le bricolage de certaines scènes (à cause d’un petit budget). Signe d’obsession, Mike ne porte que trois chemises différentes dans tout le film, malgré les jours qui passent et la boue de ses mésaventures. Il a comme doudou une veste en jean et comme substitut viril un couteau de commando à la Rambo.

Le thème musical lancinant de Fred Myrow et Malcolm Seagrave ajoute à l’atmosphère lancinante, répétitive, obsessionnelle. La lumière, travaillée, baigne de feu au briquet, de vapeur dans les phares, d’un air clinique le funérarium ; l’ombre n’en est que plus menaçante, le grand cimetière sous la lune apparaît comme un antimonde.

Ce film, devenu un classique de l’horreur, a reçu prix spécial du jury au Festival international du film fantastique d’Avoriaz 1979 et a été nommé au Saturn Award du meilleur film d’horreur en 1980. Il ne vaut pas Shining, mais reste à voir !

DVD Phantasm, Don Coscarelli, 1979, Angus Scrimm, A. Michael Baldwin, Bill Thornbury, Reggie Bannister, Kathy Lester, Terrie Kalbus, Lynn Eastman, David Arntzen, ESC editions 2017, 89 mn, €14.68, blu-ray €29.90

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Vallée de l’Orkhon

Lorsque la steppe cède la place aux montagnes, le paysage devient le prolongement de la taïga sibérienne. Dans cette zone de forêts voisinent les pins, les sapins, les mélèzes, les bouleaux, les trembles et les saules.

« Si ce pays informe possède un cœur, peut-être est-ce là qu’il se trouve, dans la vallée de l’Orkhon. La région est l’un des pivots de la Mongolie depuis l’Antiquité. Ogodei, Guyuk et Mongka, les trois successeurs de Gengis Khan, passaient tous plusieurs mois de l’année dans cette vallée, où ils tenaient leurs quriltaï, ou rassemblement des tribus. Quand les armées mongoles ont renoncé à mettre à sac la ville de Vienne, comme elles l’avaient prévu, c’est ici qu’elles sont revenues. La vallée est hantée par les sépultures nomades et l’on y trouve des vestiges de villages pré-mongols. »  C’est ainsi qu’écrit Stanley Stewart dans son récit de voyage publié en français sous le titre L’empire du vent, page 332.

Stewart est un Irlandais qui a été élevé au Canada et qui vit en Angleterre. Il a gardé de ces déracinements successifs un humour ravageur qui lui permet de raconter ses voyages de manière imagée et irrésistible. Sur 399 pages, son périple mongol ne commence qu’à la page 141 mais ses prémisses, à Istanbul, sur la mer Noire et en Russie, avec un jeune de 15 ans amateurs de trafics et de femmes, sont un véritable délice. J’aimerais écrire comme lui de façon aussi détachée et indulgente, prenant les étrangetés et autres contrariétés comme des occasions de m’émerveiller devant autant d’absurdités. Le livre tout entier est un enchantement et je ne peux qu’en conseiller à quiconque la lecture !

Le pique-nique a lieu à une heure de Karakorum, dans les collines qui surplombent l’Orkhon, fleuve qui coule sur 1100 km. Nous sommes parmi un chaos de blocs gréseux, lunaires. S’élèvent de nos pas une odeur puissante d’armoise. Des edelweiss charnus se dressent entre les touffes comme sur les hauts plateaux du Tibet. Des milans voraces planent très haut dans le ciel. Ils attendent qu’on leur jette un morceau ; certains s’en saisissent en vol, paraît-il. Mais L’un d’entre nous a beau faire le sémaphore durant un quart d’heure, risquant plusieurs fois de perdre l’équilibre sur sa pierre élevée, aucun oiseau ne daigne s’approcher d’assez près pour lui enlever le morceau de la main.

Environ une heure de voiture dans le paysage plus tard, nous arrivons aux tombes « scythes » ornées de stèles de pierre sculptées au lieu-dit Temeen Tchulun sur la carte. Une série de cerfs « aux bois volants » – comme le décrivent les archéologues – précède une caravane de chameaux. Tout cela daterait du 6ème siècle (avant !).

Le site est sauvage, donnant vue sur la vallée et grimpant doucement vers un col.

Ces stèles de l’âge du bronze sont toujours en ces endroits reculés, comme s’ils représentaient des lieux de « refuge » symboliques du territoire, des « donjons » sentimentaux pour ces peuplades nomades de l’époque.

Encore un peu d’auto sur pistes et hors-pistes. Nous rencontrons quelques yourtes éparses sur les prés qui bordent la rivière, des troupeaux libres d’ovins et de chevaux broutant l’herbe bien verte. Une source pure coule en bas d’une falaise et nos cuisinières empruntent le sentier très raide avec des bidons pour aller faire provision d’eau. Celle-ci aurait des « vertus ». Des mélèzes et des pins poussent dans le méandre comme une oasis dans l’uniformité de la steppe jusqu’ici rencontrée.

Nous ne sommes plus dans les paysages steppiques mais bien dans cette fin de taïga sibérienne. L’endroit s’appelle Uurdin Tokhoï. Djalamba la cuisinière parle français. Elle l’a appris à Oulan Bator mais ne parle jamais en premier. Il faut lui poser une question pour qu’elle y réponde. Sa beauté est celle de la steppe chantée par les Mongols, « le visage large et plat ».

Le premier camp du soir est l’endroit où nous attendent les hippopodes, ces hommes « aux jambes de chevaux » cités par les Anciens. Saïn baïno ! – « bonjour ! » L’éleveur s’appelle Togo, ses aides sont deux hommes et son fils de 14 ans prénommé Tserendorj, du nom d’un révolutionnaire mongol reçu par Lénine en 1921 et qui est devenu Premier Ministre.

Vaste ambition pour ce petit gars à qui l’on donnerait 12 ans. Il est encore pré-adolescent avant la mue. Selon Biture, qui le connaît depuis qu’il a 4 ans, il a toujours été vif, espiègle et très observateur. Avec les touristes, il reste très attentif et règle efficacement les sangles et les selles. Ce qui ne l’empêche nullement de faire des farces quand il les connaît mieux – par exemple supprimer un étrier, ou arracher au vol la casquette. Pour l’instant, il se contente de sourire, comme un quartier d’orange sur une face ronde. Il attend son heure.

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Chinois de Polynésie

Gaston Tong-Sang, un temps maire de Bora-Bora, a été Président de Polynésie, « pays d’outre-mer » français. Il est d’origine chinoise. Tout comme en Guyane, les Chinois tiennent le commerce entre leurs mains. A Papeete, mais aussi dans les bourgs, à Tahiti comme dans les îles, le magasin qui alimente, qui chausse et qui habille, c’est « le Chinois ». Il ouvre son magasin dès 5 heures, à l’aube, et le ferme vers 19 heures, une fois la nuit tombée.

Les Chinois sont arrivés en 1856 pour travailler dans une plantation de coton sur Tahiti. Mais c’est en 1865 que l’immigration chinoise devient importante, quand les Cantonais débarquent en nombre pour le coton et le café. En 1873, conséquence de la fin de la guerre de Sécession, la plantation de coton tahitienne fait faillite mais les Chinois sont restés. D’autres immigrants arriveront dans les années 20 et deviendront les premiers négociants et commerçants. Ce n’est qu’à la fin des années 60 que la Métropole accordera progressivement leur naturalisation aux Chinois installés en Polynésie. Ils se sont depuis intégrés à la population locale par des mariages.

chinois des plantations polynesie

Cette minorité d’origine chinoise devient un enjeu géopolitique. L’allégeance des petits États polynésiens à Taïwan est battue en brèche par la Chine populaire. Pour étendre son influence dans le Pacifique, celle-ci n’hésite pas à annuler les dettes de ces micro-états en échange d’un vote à l’ONU contre Taïwan. La Chine propose d’envoyer ses touristes si ces pays répondent à ses critères : hôtels chinois, personnel chinois, nourriture chinoise. Cette diplomatie « de carnet de chèque » irrite l’Australie et la Nouvelle-Zélande. L’argent taïwanais tend à être remplacé par l’argent chinois. Les États en faillite de la région tendent à devenir le terreau d’une nouvelle idéologie et de toutes sortes d’attitudes nouvelles. Les Maoris arrivés en Polynésie venaient de Taïwan, dit-on… Et si la Chine, « propriétaire de Taïwan », venait à réclamer ces îles où ont abordés les valeureux piroguiers, comme faisant partie intégrante de sa zone d’influence ?

La culture chinoise contamine les croyances des îles. Ma Chinoise me prévient : « attention aux 1er et 2 novembre. – Pourquoi ? – Le 1er novembre, ça va encore, c’est la fête de tous les saints. Mais si tu veux aller au cimetière de l’Uranie voir les illuminations des tombes, attention à toi ! – Pourquoi, ça se passe vers 18 h et ce n’est pas loin de chez toi ? – Une enfant de 10 ans a été violée sur une tombe lors de ces cérémonies. – J’ai beaucoup plus que 10 ans et je ne suis pas peureuse. – Je t’aurai prévenue. – D’accord, je tiendrai compte de ton avertissement. Mais le 2 novembre, que se passe-t-il ? – Nous, les Chinois, nous ne sortons pas de chez nous car il y a des esprits partout. Je n’irai pas me baigner à la mer ! – Ah, bon ? Notre fête de Ka-san, nous la faisons dans le cimetière à midi car les esprits sortent le soir et la nuit ; mais ils demeurent présents tout le temps : ma belle-mère, qui était catholique, faisait son lit le matin et n’y touchait plus de la journée, surtout elle ne s’y asseyait pas ! – Mince alors, moi qui n’ai qu’un canapé-lit, vais-je devoir rester debout toute la journée ? Et mon genou droit qui ne me porte pas trop, que vais-je faire ? – Cela, c’est ton problème, mais je t’aurai prévenue… »

Dimanche 5 novembre, lever à 5 h, comme tous les dimanches, marché, retour chez moi pour la douche et le café. Puis ma Chinoise vient me chercher pour filer au cimetière chinois de Arue, pour fêter Ka-san avec ses trois frères. Les Chinois fêtent Ka-san deux fois dans l’année, une fois aux alentours de la Toussaint et la seconde vers avril, suivant le calendrier lunaire. Nous avons rendez-vous à 8h au cimetière. Les trois frères et leur famille arrivent, les bras remplis de paquets. Les tombes des parents sont déjà couvertes de fleurs. Ces tombes chinoises sont toutes construites avec un toit plat qui en protège deux ou trois à la fois. Les plus riches font installer un toit pentu recouvert de tuiles vernissées vertes ou orange. Leurs tombes sont recouvertes de marbre. Les autres les laissent carrelées de blanc. La femme est enterrée à gauche, l’homme à droite. Tous regardent la mer, adossés à la montagne. Si l’on ne voit pas la mer, il faut un plan d’eau. Ce cimetière est une colline donnée aux Chinois par le roi Pomaré.

chinois cimetiere polynesie

Pour Ka-san, il faut égorger un poulet, en recueillir le sang et laisser tomber plusieurs gouttes sur un papier blanc que l’on posera sur le dosseret de la tombe. Cela prévient le mort qu’on vient lui rendre visite. Le poulet est ensuite cuit entier, le foie sorti de l’abdomen et cuit en même temps. Il est dressé sur un plat avec les ailes collées aux flancs, le cou tordu et cuit de manière à ce que la tête regarde le ciel. Le sang du poulet a été cuit comme pour faire un boudin, et conditionné en un disque rond d’environ 5 cm de diamètre. On dispose trois verres de vin rouge (et du bon !), trois bols de riz et trois paires de baguettes, puis le plat où repose le poulet, avec un morceau de porc, de préférence du cochon de lait pour faire bonne mesure. Tout cela afin que les morts puissent se restaurer. Certains amènent le cochon de lait entier et des pommes rouges, tout est rouge. Chacun fait selon sa richesse. Un paquet de biscuits fourrés de confiture rouge, des fruits rouges, du thé « noir » (appelé « thé rouge » en Asie) complètent les libations.

Une jardinière remplie de sable sert à planter les bâtons d’encens allumés que chacun des participants aura, dans ses mains jointes, agité plusieurs fois en direction des tombes tout en murmurant une prière. On allume des bougies rouges que l’on plante dans la jardinière aux côtés des bâtons d’encens. La fumée se répand dans l’air comme après une manif à Paris, quand les flics ont balancé leurs gaz lacrymogènes.

Pendant que les hommes s’affairent à préparer ce « repas », les femmes et les enfants ouvrent des paquets de billets, les tournant en grosses fleurs. Ils ouvrent d’autres sachets enveloppés dans des journaux sur lesquels figurent les mots « femme » ou « homme ». De ces paquets sortent des habits de papier, des pantalons, des vestes pour les hommes que l’on reconnaît à ce qu’elles sont boutonnées devant, des vestes pour les femmes boutonnées sur le côté, des petits chaussons chinois noirs, des chapeaux noirs pour les hommes. Les vêtements femme seront posés, puis brûlés dans le chemin bordant la tombe sur le côté gauche, ceux des hommes posés puis brûlés sur le côté droit. Sur les habits, on pose tous les billets de banque et on met le feu à tout cela. L’un des frères avait amené deux bâtons au cimetière, je me demandais à quoi ils allaient servir : eh bien, ils ont servi d’instrument pour faire en sorte que tout brûle entièrement. Il ne doit rester que des cendres que les vivants laisseront sur place et que le vent emportera à son gré. Vu le nombre de billets de banque partis en fumée, les ancêtres devaient être satisfaits. Eux partis, la prospérité demeure !

Comme les familles chinoises sont étendues, nous sommes allés sur d’autres tombes après celle des parents. Le même cérémonial a été accompli pour la grand-mère. Les autres parents ont reçu des fleurs, des bâtonnets d’encens et des prières. Mais, sur la tombe de la grand-mère une fois tout brûlé, frères et sœurs lui ont annoncé qu’elle devrait dorénavant se joindre aux parents directs pour le cérémonial de l’an prochain ; il n’y aura plus qu’une cérémonie commune pour les ancêtres. Tout est dit en hakka, mais on m’a traduit.

L’un des frères m’a confirmé qu’avant, les Chinois laissaient toutes les victuailles sur les tombes et s’en retournaient à la maison. Mais les Polynésiens guettaient et venaient voler la nourriture des morts une fois les vivants partis. Désormais, les Chinois remportent toute la nourriture chez eux pour la consommer en famille.

Hiata de Tahiti

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Des soins au cimetière à Tahiti

L’huile de tamanu est une huile appelée autrefois « huile sacrée », c’est dire ! Utilisée depuis toujours dans la médecine traditionnelle des Polynésiens et encore de nos jours les bébés polynésiens sont oints de la tête aux pieds pour empêcher les piqûres de moustiques, les rougeurs des fesses, ou tout simplement les masser. Quelle chance ont les bébés polynésiens !

Côté thérapeutique, l’huile de tamanu est utilisée pour soigner les infections de la peau, même pour les ulcères et les escarres, dans le traitement des brûlures, des plaies atones et post-opératoires. En cosmétique, elle est utilisée pour son pouvoir régénérateur sur la peau et les cellules (préparation de produits anti-âge, crèmes apaisantes et réparation des dégâts produits par le soleil).

Au marché de Papeete, vous trouverez de quoi lutter et soigner psoriasis, eczéma, rosacea, bobos dus aux staphylocoques, plaies infectées, varicelle, acné, herpès et champignons. Feuilles et écorces séchées sous forme émiettées y sont vendues. Verser dans l’eau bouillante et laisser infuser 10 minutes. Verser cette infusion dans un bain tiède et trempez votre corps entier ou seulement une partie. On peut aussi faire des applications locales. Le tamanu en tisane peut servir comme anti-inflammatoire sur les œdèmes, les douleurs articulaires, musculaires et même osseuses. On prête aussi au tamanu des activités immuno-modulatrices, anticancéreuses, anti-inflammatoires, antibactériennes et antifongiques prouvées. Le tamanu a également des propriétés anti-oxydantes très fortes. Merci Seigneur, comme disent les Tahitiens.

CIMETIERE PAPEARI TOUSSAINT 2014

Le chikungunya s’installe en Polynésie, Papeari a débuté l’épidémie. Ça fonctionne bien car il a fait des émules dans d’autres districts. On a pulvérisé à Papeari quelques quartiers, puis on l’aurait vu (le moustique) à Punaauia, à Taiarapu-Est, à Faaone, maintenant partout sur Tahiti ; il s’est même exporté aux Raromatai (Iles sous le Vent) à la faveur de la course de va ’a Hawaiki Nui. Les médecins ne chôment pas. La fièvre est élevée, les douleurs articulaires invalidantes aux poignets, genoux, hanches, avec une éruption cutanée plus ou moins forte. De 400 à 500 personnes touchées, on a dépassé (si j’en crois les nouvelles) les 3 000 à Tahiti.

LA course, la course mythique, la 23e édition, 128,5 km en trois étapes est la course de va ’a (pirogues) Hawaiki Nui. Tous les Polynésiens sont rivés qui à la télé, qui à la radio, qui à l’Internet. Cette année quelques équipes étrangères sont venues participer à cette grande épreuve. Il faut mobiliser les avions d’Air Tahiti pour conduire les équipes à Huahine, expédier les va’a par bateau où elles seront pesées avant de prendre part à la course. La 1ère étape part de Huahine pour rallier Raiatea soit 44,5 km. La seconde étape se déroule dans le lagon de Taha’a, l’île vanille, sur 26 km. Le vendredi, pour la dernière étape, partis de Patio à Taha’a il faut rallier Bora Bora soit 58,2 km à la rame sur les va’a V6. EDT Va’a A a gagné les 3 étapes, bravo. Pour vous, juste un petit conseil, commencez votre entraînement dès aujourd’hui pour avoir une toute petite chance de figurer !

PAPEARI TOUSSAINT 2014

A la Toussaint, les marchands de sable étaient à pied d’œuvre. Non, non, pas le marchand de sable de Nounours et Pimprenelle, mais du vrai sable à répandre sur les tombes, surtout blanc en provenance des îles. Un sac de 20 kilos ? 1 200 XPF S.V.P. Le sable blanc vient principalement de Taha’a ou Bora Bora (Iles sous le vent), le sable rose de Tikehau (Tuamotu). Tous ces efforts pour embellir les tombes et se faire, pour les revendeurs, un peu de moni (pépettes) ! Les fleurs déposées là aussi sont de plus en plus des fleurs artificielles. Celles-là n’attireront peut-être pas les voleurs. Sous le soleil, le cimetière est magnifique, non ?

Hiata de Tahiti

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Pierre Lévêque, Les grenouilles dans l’Antiquité

pierre leveque les grenouilles dans l antiquite

L’helléniste archéologue, longtemps fouilleur grec de l’École française d’Athènes, étudie en ce petit livre érudit et joyeux l’animal le plus humble mais présent partout : la grenouille. Pourquoi s’intéresser à ce pullulant bavard ? Parce qu’il est présent partout, pas seulement en Europe, et ceci depuis des millénaires !

La déesse Artémis elle-même est parfois qualifiée de Grenouille la Juste. Plutarque, Aristophane et d’autres évoquent ces démons des eaux abondants et croassants, des monnaies la représentent, tandis que le petit peuple offre en ex-voto des grenouilles aux temples et dans les tombes. La grenouille est attestée en Grèce au Ve siècle avant au moins. Elle est toujours associée aux déesses mères (Léto, Héra) ou aux divinités de la jeunesse féconde (Artémis, Apollon, Dionysos).

Les Égyptiens, dès 4500 ans avant notre ère, célébraient déjà les grenouilles à l’origine de la création du monde et Héquet, la déesse-grenouille des naissances. « Terre bénie des batraciens » en raison des marais du Nil, l’animal est le symbole de ce qui naît du limon et renaît sans cesse, il gouverne l’éternité des morts. « Les frétillantes et pétulantes bêtes cernent de toutes parts l’univers mental : genèse du monde, génération spontanée, crue vivifiante, fécondité des femmes et des femelles, espoirs d’éternité, elles sont partout présentes » p.59.

En Mésopotamie elles sont amulettes, en Chine associées aux rites de l’eau – un fonctionnaire est même chargé de l’expulsion des grenouilles à chaque nouvelle année -, en Inde elles font l’objet d’un hymne du Rig Veda et sont citées dans l’Atharva Veda, elles sont maîtresses de la pluie et donneuses de nourriture chez les Aztèques et associées à la fertilité chez les Amérindiens. Au Japon et en Grèce, la grenouille fait rire les déesses Amaterasu et Déméter, ce qui apaise leur colère. La Bible les cite peu, pour s’en méfier, comme Seconde plaie d’Égypte dans l’Ancien testament et comme sortant de la bouche du dragon de l’Apocalypse. La grenouille réapparaît devant la Vierge Marie et dans la légende orthodoxe de saint Tryphon.

C’est que la grenouille est célébrée depuis le néolithique en Europe, associée à la déesse de la fécondité dès le 7ème millénaire avant, peut-être par identification à l’embryon dans un ventre. Associée à l’eau, à la pluie, à la lune, à la reproduction, au sexe féminin (son apparence est celle d’une vulve), à la joie exubérante et pullulante, elle est indispensable à l’ordre primordial du temps qui passe et à la nature vivante qui se renouvelle. « Ces coasseuses [… sont] des démons familiers, expression la plus pure de la musique de l’univers » p.92. Le monde est construit de petites forces distinctes et de pulsions intimes : c’est ce que les grenouilles représentent dans la mythologie humaine depuis le Néolithique ancien.

Insolite, plaisant, éclairant, cette étude anthropologique de la grenouille mérite l’attention.

Pierre Lévêque, Les grenouilles dans l’Antiquité – cultes et mythes de grenouilles en Grèce et ailleurs, 1999, éditions de Fallois, 139 pages, €17.38

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Tatars de Crimée à Bakhtchisaraï

Notre petit-déjeuner est bourratif mais local, composé principalement de crêpes fourrées de fromage caillé. La patronne reprend son récit d’hier soir, traduit en simultané par Natacha. Elle a été déportée par Staline à l’âge de trois ans en 1944, direction l’Ouzbékistan où elle a grandi, exilée. Elle y est devenue professeur de chimie, s’y est mariée, a eu deux fils à dix ans d’intervalle. En 1989 après autorisation, elle et son mari ont vendu leur maison ouzbek, pas très cher, pour revenir en Crimée. Les Tatars de Crimée se tournent volontiers vers Simféropol où ils trouvent depuis 1994 une université tatare et où ils peuvent avoir accès au Medjlis central (le Parlement). Ils préfèrent éviter Sébastopol, principalement peuplée de Russes, plus nombreux que dans les autres régions de la péninsule et avec lesquels les tensions sont encore très fortes.

Bakhtchisaraï minaret

L’État leur a donné un terrain vide et non viabilisé dans la banlieue de Simferopol. Ils ont vécu quatre ans sous la tente avant de bâtir une maison, puis une seconde ici, à Bakhtchisaraï, pour l’été. La babouchka y cultive des légumes, fait pousser des fleurs et, depuis sa retraite, accueille ses trois petites filles. Son autre fils est procureur. Elle voudrait bien qu’il fasse un petit-fils, son mari le voudrait surtout, un ancien militaire, mais sa belle-fille, juriste a déjà donné une fille et songe plutôt à poursuivre sa carrière avant de tenter d’avoir un autre enfant. Il n’y a pas que l’alcoolisme ni la dégradation du réseau sanitaire qui expliquent la faible reproduction de la population russe et ukrainienne : l’ambition de s’en sortir économiquement aussi. L’épouse se doit de travailler pour assurer une vie décente à la famille et elle recule l’âge de faire les enfants, les séparant souvent de plusieurs années.

Le tatar est une langue proche du turc. La patronne avoue comprendre le turc mais elle refuse de s’y assimiler : pour les Russes, les Turcs sont des « ennemis héréditaires ». Malgré la même origine ethnique, « nous sommes Tatars, pas Turcs », affirme-t-elle avec conviction. L’ethnie est avant tout dans la tête pour ces populations mélangées par l’histoire. Leur nationalisme est un destin qu’ils se choisissent plutôt que la référence à une origine commune, un futur plus qu’un passé. D’ailleurs (est-ce vraiment une coïncidence ?) en langue russe chaque action est vue sous deux aspects, ce qui nécessite l’emploi de deux verbes différents. Un aspect décrit l’action (Imperfectif), l’autre se préoccupe du résultat (Perfectif) : une action passée qui est complètement finie, une action future qui n’existe pas encore ou une action unique. Chaque langue n’est-elle pas une conception du monde ?

Bakhtchisaraï palais du khan

La maison est située tout près du palais du Khan et nous nous y rendons à pied par les rues. La porte d’entrée a été apportée du palais de Stary Crim en 1632. Le premier bâtiment a été la grande mosquée, élevée au 16ème siècle mais considérablement améliorée sous le khan Seliamet-Giray. Deux minarets projettent vers le ciel la foi et leur pointe est ornée de l’« alem », ce croissant fin comme les pinces d’un perce-oreille. Aujourd’hui, ce ne sont plus les muezzins qui appellent à la prière d’en haut, cinq fois le jour, mais l’automatisme des cassettes. La cour centrale, aujourd’hui transformée en parc ombragé, était destinée aux rassemblements et aux fêtes. Après Dieu, les femmes : la construction de quatre harems ont suivi. Les soldats de Potemkine ont peint les murs en blanc pour la visite de Catherine II. En effet, face à l’entrée du palais se dresse une colonne de pierre, « le Mille de Catherine ». Décorées d’un aigle, ces colonnes marquaient chaque dizaine de verstes pour le voyage de l’impératrice en Crimée, l’an 1787.

Bakhtchisaraï cimetiere

Le cimetière musulman des khans Giray s’étend le long de la mosquée, ombragé par de vénérables marronniers dont les feuilles, comme des doigts, semblent cueillir les âmes. Parmi la centaine de tombes, celles des hommes se différencient de celles des femmes : pour les mâles un « turban » au sommet d’une colonnette (qui ressemble curieusement à des génitoires), pour les femmes une sorte de casquette plate. Des épitaphes gravées ont parfois un style poétique telle celle-ci : « la mort est un bol où le vin est bu par tous les êtres vivants, la tombe est une demeure d’éternité. » Ou encore : « il y a eu beaucoup de rois dans le monde, tous sont partis pour l’éternité. » Certains dignitaires ont fait ériger un mausolée au 16ème et au 18ème siècle, tel celui pour la maîtresse favorite du Khan, femme sage ayant vécu longtemps. La fontaine d’Alexandre 1er s’élève au fond de la cour d’honneur.

Bakhtchisaraï adolescents russes

Nous sommes loin d’être les seuls visiteurs. Une colonie d’adolescents originaires de Moscou défile, en tee-shirts verts pré. Je discute un moment, dans le russe basique qui me reste, avec l’une de leurs accompagnatrices.

Bakhtchisaraï piece palais du khan

Nous entrons par le portail des ambassadeurs, dit Aleviz du nom de son créateur italien, dont les portes sont de fer. Par là entraient les ambassadeurs dans la résidence du khan. Il s’agit de la partie la plus ancienne, datée de 1503. La salle du Divan servait au Conseil et à la Cour. Le pavillon d’été suit, ouvert sur trois côtés sur le jardin qui, à l’époque, était vert et luxuriant. Une fontaine de marbre trône au centre du pavillon pour assurer la fraîcheur durant les étés.

Bakhtchisaraï fontaine de larmes

La mosquée du petit palais est l’une des plus vieille structure de la résidence, intacte depuis le 16ème siècle. Elle est d’architecture austère, réservée au cercle restreint des intimes du khan. La cour des fontaines présente la fontaine Dorée, érigée en 1733 sous le khan Kaplan-Giray. Son nom vient du décor en fil d’or sur le marbre. La seconde fontaine, en marbre, est la fontaine de larmes, devenue un monument à l’amour en souvenir de celui de l’austère khan Krym-Giray pour sa maîtresse Diliara Bikech. Celle « qui pleure toujours pour vous » selon Pouchkine qui l’a chantée, a été enlevée du mausolée du cimetière, érigé en 1764, pour être mise ici. Cette création du maître Omer est devenue célèbre à l’ère moderne grâce à la nouvelle du célèbre écrivain russe, La Fontaine de Bakhtchisarai, publiée en mars 1824. Les gouttes d’eau tombent rythmiquement de la pierre glacée sur deux roses. Cette fontaine nostalgique permet aux adolescents en âge d’amour de se faire prendre en photo pour sceller symboliquement leur union éphémère.

Pouchkine palais du khan Bakhtchisaraï

Le harem rassemblait femmes et concubines du khan. Il s’agissait d’un lieu « interdit », puisque telle est la signification du mot en arabe. Un seul des quatre harems d’origine est resté, restauré dans les années 1980. Il est décoré de moucharabiehs, ces volets ajourés qui filtraient le soleil mais permettaient surtout de voir sans être vu. Aucun œil étranger ne doit se poser sur les femmes d’un mâle musulman puisque les femmes sont des sexes ambulants, des êtres insatiables qu’il faut dresser et contraindre – selon les dits de la religion. L’entrée est agrémentée de bancs et de coussins, de tablettes à plateau de cuivre et de tapis pour le confort. La seconde pièce reconstitue par convention la pièce à vivre, ornée d’anciens tapis, de broderies, d’écrans de bois, de tablettes, de coffres et de boites à rangement. La troisième pièce est dite « de réception » avec de riches tapis, un brasero dans sa niche, des chandeliers, des coffrets, un brûle-parfum, un narguilé, des instruments de musique.

Bakhtchisaraï ecritoire palais du khan

Suit la résidence du khan et de sa suite. Le bâtiment recèle une exposition de textiles tatar et d’art décoratif de Crimée. Les plafonds de bois sont à caissons, peints, ornés de formes géométriques du décor islamique.

Bakhtchisaraï coran palais du khan

Des Corans décorés d’or trônent sous vitrine, des gravures 19ème sont accrochées aux murs, des clés de fer ajourées s’alignent sur un meuble, des samovars, des narguilés et des théières rappellent le luxe de la vie d’intérieur. Des reconstitutions d’artisanat exposent un métier à tisser, une femme brodant, de la vaisselle de cuivre.

Bakhtchisaraï cles palais du khan

La cour des ambassadeurs offre son ombre propice aux palabres tandis que jaillit, verticalement, une fontaine. Un grand tatar blond, moniteur de jeunes, fait l’éducation des puceaux en montrant comment il faut la prendre, en se penchant sur elle, ouvrant la bouche au jet de vie pour la sucer avidement.

Bakhtchisaraï suce fontaine cour des ambassadeurs

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Vallée des Rois

Ce matin, nous visitons la Vallée des Rois. Un guide verbeux et peu intéressant nous attend – le même nul déjà subi à Edfou. Parmi les guides qui nous ont fait visiter les sites, un seul s’est révélé cultivé ; les autres sont des bavards pour masse ignorante. Ce baratin pour touristes m’ennuie. Certains guides en français ou en anglais, entendus dans les tombes royales étaient plus concrets, décrivant et expliquant les illustrations peintes sur les parois. Pas le nôtre, il discourait sur l’histoire et la chronologie, en historien pour vieilles dames ; nous aurions pu être à l’extérieur tant ce qu’il disait avait peu à voir avec ce que nous avions sous les yeux. Nous visitons les tombes de Ramsès IV et de Menenthep.

vallee des rois

Les groupes se pressent et se suivent en rangs serrés. Il y a trop de monde pour voir bien et cela beugle dans toutes les langues. Les guides verbeux et creux les retiennent à mi-couloir et au fond, au grand dam d’une saine conservation des peintures sur les parois : le gaz carbonique dégagé par les respirations abîme les couleurs. Mais qui s’en soucie en Égypte ? Nous retrouvons une fois de plus le laxisme, la corruption, l’absence complète de vision de l’avenir, le goût du lucre immédiat de cette population. « Inch Allah ! » est le slogan facile – Dieu y pourvoira. Cette courte-vue me laisse pantois.

toutankhamon chambre du sarcophage vallee des rois

Ma stupéfaction est amplifiée par la fraîcheur et le riant des couleurs qui subsistent au travers des millénaires. Nous descendons dans la salle funéraire par de longs hypogées en pente dont les parois sont couvertes de peintures et de hiéroglyphes sur les murs et les plafonds. Les artisans antiques travaillaient pour éterniser le réel, c’est pourquoi sans doute leur art est si vivant ; ils ne figuraient pas une impression d’individu mais obéissaient à des canons fixés par la tradition. Les parois sont décorées d’inscriptions et de représentations religieuses qui illustrent les « livres funéraires ». Surtout le tombeau de Ramsès IV, qui fut désigné par les savants de l’expédition de Bonaparte comme « le triomphe de la métempsycose ». Ce sont des cosmographies qui décrivent la course du Soleil dans l’autre monde. La vertu magique des images peintes et des mots gravés devaient permettre la renaissance du roi, identifié à l’astre solaire dans sa barque après son triomphe sur les mille dangers terrifiants de l’obscurité et du royaume des morts. Les Égyptiens inventent « la magie imitative » en dessinant sur les parois des tombeaux tout ce dont le défunt aurait besoin dans l’au-delà. Car le corps momifié ne reprenait vie qu’à condition de recevoir la nourriture du culte funéraire afin d’entretenir son Ka – l’énergie vitale – près du corps. Au fond d’une paroi, une frise de prisonniers nus, sans tête, les mains liées derrière le dos, figurent les ennemis de l’Égypte démonisés.

toutankhamon

La tombe de Toutankhamon a été découverte par hasard par Howard Carter le 4 novembre 1922. C’est la plus petite tombe de la Vallée. Elle n’a jamais été pillée et a livré des trésors. Sa découverte est peut-être la plus extraordinaire aventure des annales de l’archéologie. Elle touche à la mort, à l’art, à la richesse, et remue ainsi beaucoup de pulsions puissantes en l’homme. Toutankhamon, « symbole vivant d’Amon » est ce tout jeune roi, amoureux et audacieux, rendu universellement célèbre par la presse. Il est figé ici dans sa tombe.

Le couloir s’enfonce profondément et raide. Il n’y a presque rien à voir, mais délicieusement personne en cette heure de déjeuner. Seul, je médite un long moment sur les mystères antiques. Je suis heureux d’être venu ici. L’antichambre ne contient rien, l’une des chambres ne se visite pas. La salle funéraire de peut-être quatre mètres sur six était emplie de mobilier, aujourd’hui au musée du Caire. Elle ne contient plus qu’une auge de grès rose dans laquelle la momie repose toujours, le visage recouvert d’une copie de ce masque fameux, exposé dans le monde entier. Le sarcophage est orné aux quatre angles de figures protectrices, Isis, Nephtys, Neith et Selkis aux ailes étendues autour du corps. Plusieurs des sarcophages successifs de la cuve se trouvent au musée du Caire.

Le décor des parois est vivant, très coloré, sur fond ocre, bien que d’un style banal. Je reconnais cinq babouins, ils sont responsables du décompte des Heures de la Nuit ; puis la barque d’Amon et le dieu représenté en scarabée ailé. Nous sommes dans le monde des morts décrit par le Livre de l’Am Douat. En face, la momie du pharaon de 18 ans, accompagnée de son Ka (reconnaissable à la clé de vie qui pend à sa ceinture) est accueillie par Nout, embrassé par Osiris, mis en présence d’Anubis. Puis le pharaon est représenté une fois encore, face à au roi Ay vêtu d’une peau de panthère qui pratique le rite de l’ouverture de la bouche, symbole de résurrection, avec cette curieuse pince. Et Toutankhamon, accompagné par Anubis, reçoit la vie d’Hathor à l’aide de la clé de vie dirigée vers son souffle. Sur le mur de droite, neuf amis du mort et trois prêtres tirent la barque funéraire qui contient le sarcophage. C’est peut-être là que tout commence… J’ai regardé la scène à l’envers.

La nonchalance et le laisser-aller des fonctionnaires préposés à la surveillance de chaque tombe me permettent d’en visiter une nouvelle. Nous avons droit à trois tombes pour chaque billet. A chaque entrée, le fonctionnaire arrache un coin du billet. Je n’ai que deux coins arrachés et je peux donc voir un nouveau site. Je choisis alors la tombe de Ramsès IX, vers 1156-1136 BC. Elle est bien conservée, très colorée et, pour une fois, ses parois sont protégées des frottements par des plaques de verre. Sont illustrées les offrandes du roi à Rê à Osiris et à la déesse de l’Ouest, Meretseger. Je reconnais un démon à tête de chien décrit dans le Livre des Morts. Les babouins sont présents là aussi, comme le Soleil et la résurrection, les serpents.

vallee des rois carte

Nous ressortons et, sur le parking où les cars se croisent dans une noria incessante, un petit Blanc a ce trait d’humour de parader habillé en pharaon d’opérette, chemisette de soie translucide et coiffe trapézoïdale en tissu à bandes noir et or sur la tête. Il m’arrache un sourire. C’est bien lui qui a raison de se moquer du « sérieux » culturel de ces Égyptiens qui exploitent le passé comme à Disneyland, sans que « le » passé ne soit « leur » passé. L’arabisme est passé par là, encouragé par Nasser, ce fellah ignare et bien trop musulman pour tolérer que l’antiquité égyptienne soit autre chose qu’une mine à exploiter le touriste. Jean-Philippe Lauer, qui a passé plus de 70 ans de sa vie au service de l’histoire de l’Égypte, décrit parfaitement dans ses mémoires cette subite indifférence culturelle des nouveaux dirigeants de l’après-Farouk. Seul l’appât du gain les a retenus de transformer à nouveau les temples en carrières et de miner les pyramides pour faire place aux nouveaux quartiers du Caire. Ils ont laissé se dégrader les statues grecques découvertes à Saqqarah, et ils auraient bien englouti Abou-Simbel et Philae définitivement si la communauté internationale ne s’en était pas émue et n’avait financé les travaux de déplacement.

Et quel guide local nous aurait fait remarquer, par exemple, que la vallée des Rois est un désert hostile, sans eau, ni verdure, ni oiseau ? Il devait être effrayant dans l’antiquité, hanté par les chacals et les chouettes, et préserver ainsi le territoire des morts des convoitises des pillards. Qui a noté le sommet naturel en forme de pyramide qui domine à cet endroit la montagne thébaine ? Si les pharaons ne construisaient plus de pyramides, mais simplement leur tombeau au creux de la montagne, ce n’était pourtant pas à n’importe quel endroit !

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Carrière et tombes du Nil

Nous allons explorer les carrières en bord de Nil. Arturo Berti, de l’armée de Bonaparte chassant les Mamelouks, est passé par ici. Il y a laissé son nom gravé dans la pierre. Ses compagnons et lui aiguisèrent leurs sabres sur le grès, aujourd’hui marqué d’entailles.

graffitis carrieres bord du nil

C’est sans doute en Égypte que le futur Napoléon a rapporté l’abeille dont il a semé son manteau. Les hiéroglyphes la dessinent de profil, de façon expressive. L’abeille construit une demeure géométrique, elle observe une hiérarchie sociale, elle produit de l’or liquide, le miel : n’est-elle pas le parfait symbole de l’État ? Elle signifie aussi « bonne action », « bon caractère » ou « être de qualité » ; elle symbolisait le pharaon de Basse-Égypte. C’est ce que m’apprend mon petit Champollion illustré écrit par Christian Jacq (Robert Laffont 1994), un abrégé de culture par l’écriture.

abeille egypte antique

Des tombes subsistent, ouvertes sur le Nil. On reconnaît sur les parois une belle Nubienne gravée. Nubienne, car reconnaissable à sa poitrine plus imposante que celle des frêles égyptiennes. Sur une paroi, Dji nous fait remarquer une fresque non terminée : un réseau de carrés de couleur rouge couvre la surface. Il permettait de déterminer certains points remarquables pour tracer les silhouettes. L’art égyptien est en effet fondé sur la géométrie, la proportion des nombres, comme ce fameux nombre d’or venu de l’architecture et repris par la franc-maçonnerie.

grotte bord du nil

Une tombe recelait un fœtus ou un petit enfant, tant le sarcophage était étroit, au dire de Dji. Une scène de couple y est gravée, pleine de tendresse, une main de la femme sur l’épaule de son mari, l’autre sur son bras. Plus loin, une jeune fille respire une fleur de lotus. L’âme est le souffle en Égypte ; si l’on veut que la « présence » du personnage disparaisse de la tombe, il faut détruire le nez par où passe le souffle. Et c’est ce qu’ont fait les vandales venus ici bien avant nous. « En bas-relief sur toutes les parois, une même peuplade obsédante de personnages qui gesticulent, qui se font les uns au autres des signes avec les mains – éternellement ces mêmes signes mystérieux, répétés à l’infini partout. » C’est ainsi que Pierre Loti ressentait ces bas-reliefs multipliés, volonté pathétique de laisser une trace humaine dans les siècles.

graffitis et lotus carrieres bord du nil

Les carrières étaient exploitées selon une division du travail taylorienne. Deux équipes d’ouvriers se relayaient par décade. Ils habitaient le village en face, sur l’autre rive du Nil. Les outils étaient numérotés ; ils n’étaient pas en fer jusqu’à l’époque de Ramsès II, mais en silex ou en bronze. Ce dernier métal étant fragile, il nécessitait une refonte en cuivre sur chaque fil tous les dix jours. Ils étaient donc réparés à chaque changement d’équipe. Le grès, ici, est très fin, idéal pour la construction des temples ; la proximité du Nil était une bénédiction, pas besoin de gros efforts pour transporter les blocs, directement chargés sur les radeaux.

Pour dégager chaque bloc, on piquetait une ligne de pointillés à la hauteur standard ; puis on enfonçait des coins de bois dans le grès et on les arrosait. La dilatation du bois forçait la pierre, qui se brisait selon les lignes de fracture préparées ; il suffisait ensuite de rectifier le bloc pour qu’il soit prêt. On le faisait glisser au Nil sur un lit d’argile humidifié, ou sur des rondins de bois. Les trous encore visibles dans les angles des pierres non détachées servaient à porter les cordes destinées à retenir les gros blocs durant leur descente jusqu’au Nil. La pierre était chargée sur des radeaux de roseaux ; on emplissait chaque radeau jusqu’à ce qu’il s’enfonce. Les Égyptiens utilisaient le principe d’Archimède sans le savoir : bien que maintenu sous l’eau, le radeau de roseau portait la charge de pierres en surface. Aujourd’hui il pousse toujours des roseaux sur les rives. De leurs plumeaux chargés de pollen s’envolent des filaments qui recouvrent les pierres et les végétaux d’une sorte de toile d’araignée très dense.

gravures bords du nil

Sur les tombes sont gravés des hiéroglyphes. Ils se lisent de trois façons : purement figurative (un dessin de canard signifie un canard) ; symbolique (associés, plusieurs dessins signifient autre chose, une métaphore, comme le dessin d’un canard surmonté d’un soleil signifie « fils ») ; phonétique (le dessin « canard » se prononce et les syllabes associées de plusieurs dessins forment d’autres mots). Toute image est une réalité agissante, un pouvoir magique, car seul l’écrit assure l’immortalité en abolissant le temps. L’on sait que Champollion a déchiffré les hiéroglyphes en 1822 à l’aide de la pierre multilingue de Rosette ; ce que l’on sait moins est que l’on était encore capable, en Italie romaine, d’écrire correctement en hiéroglyphes. L’historien Ammien Marcellin traduisait couramment un obélisque. Le hiéroglyphe, comme la culture qui allait avec, a été détruite par la christianisation intolérante, puis par le vandalisme arabe.

canard hieroglyphe

Des hiéroglyphes d’oies figurent sur les parois. Dji nous dit que les oies égyptiennes de l’antiquité pouvaient être gavées. Certains soupçonnent même que la tradition du foie gras s’est introduite dans le sud-ouest de la France par les Juifs d’Espagne, héritiers des traditions égyptiennes !

femmes egypte antique teton pointu

Une tombe est gravée en couleur. Les coloris sont encore frais malgré les millénaires. Les pigments ont tenu malgré les inondations et l’humidité. Ocre, rouge, bleu égyptien sur fond blanc cassé, ces pigments ont dû subir un procédé technique de cuisson pour subsister aussi longtemps sans altération à la lumière du jour. J’aime les femmes gravées ici : leur tunique leur laisse les seins nus et un téton pointe toujours, tout droit, érotique, signe de santé et de vigueur. Jaune et rouge, lune et soleil, ce sont la Haute et la Basse-Égypte qui s’unissent dans cette dualité.

crepuscule bord du nil

Plus loin, nous découvrons la stèle de Ramsès II. Ses côtés racontent une histoire : Ramsès II naît devant les dieux et celui à tête d’ibis le note sur un papyrus. Ramsès II (son nom signifie « Rê est celui qui l’a engendré ») se fera déifier à Abou-Simbel, mais nous n’irons pas voir son temple, ce n’est pas prévu dans notre semaine. Ce temple est bâti de telle façon qu’au 21 février (date de sa naissance) et au 21 octobre (date de son couronnement), le soleil (le père mythique) pénètre les 33 mètres de profondeur du temple pour illuminer la tête de son fils Ramsès II. Durant 13 minutes exactement, mesure-t-on aujourd’hui.

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Surveiller et punir en Polynésie

Le marchand de sable est passé. Le sable blanc de corail est très prisé par les Polynésiens pour décorer les tombes de leurs disparus. C’est un rituel. Il est extrait à la main. Les marchands de sable doivent être munis des autorisations nécessaires, délivrées par les services du pays pour faire ramasser avec une équipe et une barge le précieux sable blanc. En 2012, il était vendu 400 à 450 XPF le m3 (hors livraison) et 900 XFP le sac de 50 kg (soit 16 pelles) pour les particuliers. Ce sable est constitué par de petites particules de micas, de feldspaths, de débris calcaires de coquillage et de corail. Ce sable est fabriqué par le ressac de la mer mais hélas son exploitation intensive a causé des bouleversements écologiques irréversibles.

350 personnes ont défilé dans les rues de la capitale Papeete pour dire « non à la mosquée ». Les slogans étaient : « Touche pas à mon cochon » ; « la burka ? beurk » ; « pas raciste, mais réaliste » ; « la charia, faut pas charrier ! » ; « Non à la mosquée  ». Aux dernières nouvelles, la « porte » de Papeete ayant été fermée à l’imam de 20 ans qui débarque du 9-3, c’est à Mahina qu’il souhaiterait poser ses valises. Attendons la suite.

PAPEARI NOV 2013

Toujours dans le pakalolo – cannabis – la gendarmerie épingle le boss des dealers de la stèle de Faa’a, (3 millions 3 planqués dans sa gazinière) et son fournisseur de Taravao. Bonnes prises. La chance des gendarmes continue  à Vairao (Presqu’île) où ils ont découvert  une production quasi industrielle de paka : bouturage, nurserie, culture et séchage, 3400 pieds pour une valeur à la revente de 30 millions de XPF. La police n’est pas en reste puisqu’elle a découvert trois ateliers clandestins de fabrication de « komo » ou « pia hamani » soit 3 330 litres d’alcool « fait à la maison », vendu à 500 XPF le litre, cette saisie a été estimée à près de 1,7 millions de XPF.

Visite officielle du ministre Victorin Lurel au futur centre de détention. Il a salué l’avancement des travaux ! Salutations, visite du chantier avec les représentants de l’entreprise Léon Grosse, chargée du chantier. Les défrichements commencés début juillet, les terrassements sont en cours (nous, les riverains le confirmons ; bruits assourdissants dès 6h du matin, poussière, arbres abattus, routes glissantes à cause des terres transportées). Le gros œuvre doit démarrer début 2014, et nous sommes le 30 novembre 2013 ! Le blabla : 9,4 milliards de XPF au moins 320 emplois directs et indirects générés pendant la construction, puis plus de 250 emplois permanents. Le ministre est arrivé dans l’hélicoptère de la Marine directement sur le site qui jouxte le cimetière. Les tupapa’u (esprit, fantôme, revenant) n’avaient qu’à bien se tenir. Vu la nombreuse présence des mutoi farani (gendarmes), des mutoi (policiers municipaux) et autres porteurs de la loi, pas possible de manifester pour les tupapa’u.

gamins tahiti assis

En quelques mots, les résultats du recensement au 22 août 2012 de la population : la population polynésienne s’élève à 268 207 habitants contre 259 706  en 2002. Le taux de chômage (21,8%) a doublé en cinq ans, les jeunes peu diplômés sont les plus touchés. Déficit migratoire, plus de départs et moins d’arrivées, baisses des contingents militaires et le départ des 15/24 ans pour la poursuite des études à l’extérieur. Baisse de la fécondité, 3,8 enfants en 1988 passe à 2,1 enfants en  2012 ; 7 700 résidents en moins depuis 2007. Les Iles du Vent (Tahiti et Moorea) accueillent 75% de la population totale, les Iles Sous-le-Vent (Huahine, Bora Bora …) 13%, les Tuamotu-Gambier 6%, Les Marquises 3% et les Australes 3%. Le solde migratoire est négatif pour les Tuamotu-Gambier, en progression pour les Marquises. Sur Tahiti, augmentation de la population sur la côte Ouest, de Punaauia jusqu’à Taiarapu Ouest ; stable sur Papeete et Faa’a ; en très légère progression à Arue et Mahina et en forte progression de Hitia’a o te Ra jusqu’à Taiarapu Est.

Toujours beaucoup d’incestes et de viols. Un homme comparaissait pour s’être acharné sur sa concubine, mère de ses sept enfants, au point de la tuer. « J’ai arrêté de frapper quand elle s’est arrêtée de bouger ». 14 ans de prison ferme.

Hiata de Tahiti

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Dans la sierra équatorienne

Papallacta se blottit dans un décor grandiose de roches et cascades. Aux abords du village des sources chaudes témoignent de l’activité volcanique des lieux. On se détend dans des piscines aux eaux sulfurées et aux températures plus ou moins chaudes.

Calderon, petit village, doit sa renommée d’avoir été longtemps le site d’un artisanat original en Amérique du Sud. Le masapan, sorte de pâte à sel avec laquelle on fabriquait de petites figurines peintes dans la masse et dont on ne connaît pas bien l’origine. Ces figurines sont traditionnellement placées sur les tombes en offrande le jour de Todos los Santos (Toussaint) et le Dia de Difuntos (1er et 2 novembre).

Dans la lagune de Colta, malgré la baisse des eaux, les roseaux sont toujours exploités pour faire des radeaux, les herbes aquatiques servent de pâturages. Avec l’altitude, la lagune a des couleurs étonnantes. Les eaux sont de moins en moins abondantes. En se retirant elles ont laissé des terres fertiles dans les fonds des terrains plats. Les cultivateurs y pratiquent des cultures intensives. Un monde à part, les communautés d’altitude : une piste glissante, des  maisons de terre aux toits de paille ou de zinc dispersées sur des sommets arrondis. Ici, les hautes terres sont densément occupées même les sommets au-dessus de 3600 m. La vie est rude, il fait froid, souvent humide, cultiver est un exploit, et récolter de quoi nourrir une famille entière. Une utopie ? Et pourtant…

A la sortie de Colta, la petite église de pierre de La Balbanera est la plus ancienne du pays, elle date du 18 août 1534. Elle a réussi à conserver quelques pierres debout après le séisme de 1797.

Guamote est une bourgade de 2000 habitants au sud de la province. Le jeudi est jour de marché et une foule affairée mais silencieuse emplit la ville. A la variété des ponchos, on mesure l’attraction de la foire sur les nombreuses communautés et villages voisins. Les marchandes n’hésitent pas à installer leurs herbes sur les rails du train. Le conducteur actionnera son sifflet pour prévenir de son passage.

Ah ! oui, avez-vous déjà mangé du cuy ? Avant la Conquête, c’était la principale source de protéines dans les Andes. Ici, pas d’animal de compagnie pour les enfants, le cochon d’Inde (cuy) est élevé pour être mangé, alors bon appétit ! Avec le quinoa, ultra nourrissant, ce seront 15% de protéines complètes, 55% de glucides et 4% de lipides qui accompagneront le cuy. Le riz des Andes appartient à la famille des chénopodiacées, tout comme les épinards et les betteraves. Cela pourra être arrosé de chicha.

Depuis Riobamba, nous entreprenons l’ascension du Chimborazo (6310 m)… enfin par tout à fait. En 4×4 jusqu’au premier refuge à 5000 m. L’air se raréfie, les poumons flambent même si le volcan enneigé est magnifique. Je choisirai de redescendre par le même moyen (facile) et d’admirer les lamas et les vigognes, tandis que d’autres trouveront l’énergie d’enfourcher un vélo-tout-terrain pour rejoindre l’auberge. Bravo ! (Mais il n’y a que de la descente).

Hiata de Tahiti

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Cairn de Barnenez

Face à Carantec à l’est, de l’autre côté de la rade de Morlaix, sur un promontoire faisant le pendant de la Pointe de Penn al Lann, se dresse le cairn de Barnenez. Un cairn est un tumulus, mais collectif et fait de pierres sèches, pas de terre. En bref, c’est un monticule comme ceux que dressent les alpinistes aux sommets et voyageurs en haut des cols, mais avec des tombes dessous.

Il y a plus de 6000 ans, les hommes d’alors, qui étaient tout comme nous et depuis longtemps des Sapiens Sapiens, taillaient la pierre et avaient appris à la polir. Rien à voir avec les Celtes, qui ne sont venus que vers –1500 du centre-Europe. Les Néolithiques de Barnenez étaient sédentaires, cultivant la terre et observant les saisons. Ce sont eux qui ont dressé les alignements de menhirs, probablement pour lire dans les étoiles les dates des semailles et des moissons – et peut-être l’avenir ; ce sont eux qui enterraient leurs morts sous des tables de pierre – les dolmens ; ce sont eux enfin qui, augmentation de la population aidant (hypothèse) ou pertes de batailles à honorer en monument collectif (autre hypothèse) ont réuni les dolmens sous amas de pierres : des cairns. Le cairn de Barnenez a été établi en deux fois : à l’origine 5 chambres, plusieurs siècles plus tard six autres.

L’endroit était connu depuis les origines de l’archéologie tant sa masse ne pouvait échapper aux regards ; on le croyait alors tumulus. Le terrain une fois racheté par un entrepreneur de travaux publics lors de la grande Reconstruction d’après guerre, le cairn sert de carrière ; les pierres y sont toutes détaillées, il suffit de se servir, il y en a dans les 12 000 tonnes. Un autre cairn plus petit, un peu plus au nord, aurait d’ailleurs été détruit avant le classement du site. Les scientifiques se réveillent et finissent par avoir gain de cause ; les crédits traînent et les fouilles durent plus de dix ans, de 1955 à 1968. La mise en valeur culturelle s’effectue depuis, le site se visite, il est payant mais très intéressant.

Le cairn, sur 72 m de longueur et 8 m de hauteur, recouvre onze « chambres » funéraires de 5 à 14 m de long, érigées en dolmen, dans lesquelles ont été découvert des objets allant du néolithique ancien (-4500) au début de l’âge du cuivre (-3900). Des haches en dolérite dure et verte, des pointes de flèche en silex et une en cuivre à aileron et barbelures, des poteries de type chasséen. Des symboles gravés sur les blocs ont une signification que nous ne pouvons pénétrer. Ils ont soit géométriques (triangles, signes en U, croix, friselis), soit réalistes (un arc, une hache emmanchée), soit fantastiques (‘corniformes’, ‘idole à chevelure rayonnante’).

Nous pouvons seulement observer que le monument funéraire surplombe la mer de 40 m, comme une avancée de la terre sur les eaux – peut-être un symbole de ‘grand voyage’ ? Que les chambres s’ouvrent toutes au sud ou sud-est et l’on sait que le soleil les éclaire de son lever à son coucher – peut-être un symbole de vie éternelle comme plus tard en Egypte où le soleil passait dans la nuit avant de revenir cycliquement le jour suivant ? On sait par des trouvailles de haches votives que les peuples du temps vénéraient les fontaines et la mer ; par les gravures qu’ils étaient sensibles au soleil et à la lune ; par les alignements de menhirs qu’ils avaient un regard sur les astres. Nul ne peut en dire plus, sinon que la structure mentale humaine reste la même.

Pour des agriculteurs-éleveurs sédentaires, la vie collective était l’évidence même. L’époque a livré des restes de villages agricoles plutôt populeux et assez égalitaires. On élevait la vache et le porc, quelques moutons et chèvres ; on cultivait le blé et l’orge mais pas l’avoine (à l’âge du fer seulement) ; on connaissait la pomme, la prune et la poire, le chou, la carotte, la fève et le pois, les glands, noisettes, noix, airelles et framboises ; on disposait d’outils et d’armes en pierre, en os et en bois ; on tissait, tressait, taillait, tournait.

Ces tombes-monuments sont une sorte de cimetière qui a duré 1000 ans. La mise en terre ne se fait pas de façon individuelle mais dans le collectif. Comme la construction nécessite plusieurs centaines d’hommes durant plusieurs mois (3 mois de travail à 300 hommes pour le cœur du cairn n°1, évalue-t-on), la société était organisée. Sous quelle forme ? On ne sait pas – mais l’absence de sépultures à part de « chefs », comme il en existera plus tard, milite pour une sorte de « démocratie » organique. Attention aux anachronismes ! Il n’y avait peut-être pas d’assemblées comme l’agora grecque ou le parlement viking, mais peut-être un Conseil des Anciens ou des hommes de prestige, chefs de famille ou de clan.

Toujours est-il que la société du temps était organisée car, sans cela :

• Comment faire venir les pierres, notamment le granit de Stérec, une île proche ?

• Comment bâtir et utiliser un monument sur des centaines d’années, en ajoutant à chaque fois une chambre nouvelle ?

• Comment gérer un tel ensemble funéraire où il faut organiser les inhumations, ranger les squelettes, réduire les ossements, tout comme dans nos catacombes médiévales ?

Le cairn est-il le ‘mausolée’ d’un groupe ethnique ou d’un clan célèbre à l’époque ? L’endroit où l’on enterre les morts, et la façon de le faire, symbolisent souvent une identité, une façon de célébrer le groupe et de montrer aux autres l’union et l’honneur de ses membres. Des cérémonies communautaires et religieuses, une sorte de ‘culte des ancêtres’ ou approchant était probable, car on ne dépense pas tant d’énergie pour rien.

En tout cas, pour qui va le visiter, ce monument impressionne. Surtout lorsque le site est quasi désert, pour cause de pluie battante par exemple. Ce fut notre cas lors de la visite, le guide étant reparti à l’entrée, son exposé effectué. C’est alors que, sous l’eau du ciel bas, face à la terre qui s’émiette en rochers dans le grand océan, avec le soupir du vent et le battement des gouttes sur l’herbe jaune qui se couche, passe un souffle antique. Comme un souvenir des hommes, au moins des émotions de leur temps, qui sont semblables aux nôtres.

Barnenez site des Monuments Nationaux

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Marchés de Mopti Djenné et Bamako pour finir

Nous poursuivons en pays Dogon et voici Ireli, site de replat dominant un talweg, les tombes dans la falaise. Pegui et ses sanctuaires. Les jardins sont bien entretenus.

Les oignons sont semés à la fin novembre. Ils sont devenus la principale culture commercialisée depuis la fin des années 1930. Le tabac est semé au début décembre. Les tomates poussent à la même saison. Le principal dans l’échange ou dans l’achat-vente, c’est la parole : les mots échangés entre les deux parties, la discussion du prix. C’est comme si le tissu et les cauris parlaient. Les marchandises s’entendent par la bouche des hommes.

Les artisans du cuir et du fer vivent en marge de la société Dogon et hors du village, à l’écart des Dogon cultivateurs. Le forgeron ne peut travailler la terre, il produit, répare les instruments en échange de céréales, de nourriture. Sa femme est souvent potière. Le cordonnier, lui, peut travailler la terre. Ils pratiquent l’endogamie, ne subissent ni circoncision, ni excision, ne participent pas aux cultes. Le rôle du forgeron est important, il intervient comme médiateur dans les conflits. Le Hogon, prêtre du culte du Lébé, demeure l’intermédiaire entre les villageois et l’Etat malien. Mais les Dogon s’expatrient vers la plaine, perdent peu à peu leurs croyances, adoptent l’Islam …

Il faut regagner Mopti. C’est jour de marché. C’est un grand, très grand marché. On y trouve du bois, des plaques de sel, de la vaisselle made in China, des fruits, des légumes, des graines, de la ferraille, etc.

Djenné, la « Venise du Niger » est construite sur un tertre que les inondations de la fin d’année transforment en île. Fortement marquée par le style dit « soudanais », Djenné offre une agréable homogénéité architecturale traditionnelle. Au centre de la ville, face à la grande place, l’imposante mosquée dresse son haut mur et ses larges tours hérissées de pieux. Comparée en beauté à celle de la Mecque, la mosquée de Djenné (reconstruite en 1906) fut copiée dans toute cette région soudanaise. Même chose pour l’architecture typique des maisons à étages appartenant aux riches commerçants djennéens et ornées de contreforts et de portiques. La ville fut autrefois une grande métropole commerciale et religieuse, peut-être fondée au 8e siècle de notre ère. Là aussi, c’est jour de marché et chacun s’affaire à vendre, acheter, troquer aux pieds de la mosquée. De la mosquée nous n’aurons droit qu’à l’extérieur, l’intérieur étant interdit aux impurs que nous sommes.

Le retour à Bamako permet une halte, une visite au marché des artisans, au musée, avant de regagner la France.

Hiata de Tahiti

Si vous avez de l’intérêt pour ce pays, deux livres parmi d’autres pourraient vous intéresser :

Trois CD pour rêver :

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Voyage aux Gambier 2 : les missionnaires

L’église catholique débarque aux Gambier le 7 août 1834. Quelques prêtres et frères convers s’étaient embarqués au Havre à bord de La Delphine. Les prêtres étaient en soutane blanche, les frères en redingote noire. Ils appartiennent à la Congrégation des Sacrés-Cœurs dite de Picpus, fondée par l’abbé Coucrin en 1805. Le symbole des religieux évangélisateurs des Gambier sont les Sacrés-cœurs de Jésus et Marie, emblème de l’ordre missionnaire.

Un voyage difficile et assez inconfortable de 5 mois. Une escale à Valparaiso après 4 mois de navigation où, dans la chapelle du couvent des Cordeliers, ils sentiront le sol bouger, une secousse de 4 à 5 minutes. Le tremblement de terre se situait à Conception… [Était-ce une autre visite de l’archange Gabriel ? – Arg.] Monsieur Charles Darwin, savant anglais, arriva à Talcahuano trois jours après le séisme.

Nos missionnaires embarquent le 4 avril 1835 sur La Peruviana. Le 9 mai 1835, 8 heures du matin, l’archipel des Gambier leur apparaît. Ils débarquent sur l’île d’Aukena. Qui sont ces indigènes qui viennent frotter leur nez contre le nez des arrivants ? Les accueillant avec des Enakoe, Enakoe ! (bonjour). Les autochtones décrits par les Pères ont la peau cuivrée, des cheveux noirs, le front haut et le nez épaté, les dents très blanches. Les hommes portent une longue barbe. Hommes, femmes et enfants vont nus. Les pères essaieront de les vêtir, cela ne se fera pas sans difficultés ! Ils voudront aussi leur apprendre le travail. Les pères éprouveront des difficultés à comprendre l’autochtone et ses habitudes.

Les missionnaires catholiques ont été bien accueillis par la population car la prophétesse Toapere avait, en 1830, vu deux bateaux avec voiles blanches. Le premier arrivé, anglais, n’a pas été autorisé à débarquer, il a du rester au large car il ne correspondait pas à la description de Toapere. Le second, celui des catholiques était le bon, ils débarquèrent. Les Gambier sont depuis le cœur du catholicisme polynésien.

Les constructions édifiées par ce clergé du bout du monde, avec des moyens limités, demeurent belles malgré les outrages du temps. Ils ont beaucoup construit. Certains édifices ont été ensevelis par la végétation, d’autres ont résisté mais nécessitent de sérieux travaux. La cathédrale de Rikitea a pu bénéficier d’une restauration dans les règles de l’art grâce à des moyens financiers conséquents. D’autres églises et couvents s’éteignent lentement.

Les pères s’attaquent aux idoles et avec l’autorisation du roi, de la reine et du peuple vont les détruire en les brûlant. Quelques-uns échappent à l’autodafé, tel Tu à quatre jambes, dieu supérieur invoqué pour une bonne récolte de maiore (uru). Échappe aussi Nitita-en-corde, qui entortille l’âme de ceux qui lui ont manqué de respect. Puis Rao, le Dieu de la débauche évidemment : on baise toujours dans les îles, malgré les curés célibataires. Ronao l’arc-en-ciel qui attire la pluie, un tambour que le roi a donné aux missionnaires, un coquillage sacré, un bâton dont le dieu Mapitoïti se servait pour assommer les hommes et onze autres idoles prendront le chemin de Rome et de Paris. Les lecteurs qui ont vu l’exposition des Gambier ont pu faire connaissances avec quelques-unes de ces idoles.

L’action missionnaire est une réussite à Magareva (1500 habitants), à Aukena (80 habitants), à Akamaru (300 habitants), à Taravai (150 habitants). Depuis le baptême du roi le 25 août 1896, il n’y a pratiquement plus « d’infidèles ». Si les pères parlent de succès aux Gambier, c’est un échec à Tahiti. C’est que Monsieur Evans Pritchard, sujet de sa très gracieuse Majesté, missionnaire protestant de son état, menace le clergé catholique, impose sa volonté à Tahitison et abuse de son influence auprès de la reine.

Le soir de notre arrivée, turamara au cimetière. Il faut honorer les morts. Tombes peintes en blanc, sable (corail) blanc, fleurs à foison, bougies… Toutes les fleurs poussent ici en particulier en cette saison orchidées et lys.

Une petite idée des constructions entreprises par les pères et frères :

  • 1839 à 1858 cathédrale de Rikitea
  • 1836 église de Taku
  • 1847 Sainte Anne à Rikitea
  • 1847 Saint Pierre à Rikitea
  • 1842 presbytère à Rikitea
  • 1847 tissanderies à Rikitea
  • 1842 maison du roi
  • 1848 les tourelles du roi
  • 1860 goélette
  • 1842 « couvent » de Rouru
  • 1861 porte monumentale de Rouru
  • 1837 St Raphaël de Puireau à Aukena
  • 1853 collège de Aukena
  • 1847 croix en pierre du cimetière à Aukena
  • 1837 Notre-Dame de la Paix à Akamaru
  • 1841 Saint Gabriel à Taravai
  • 1856 première cathédrale de Papeete par les Mangaréviens.

C’était juste une petite idée de ce qu’ont entrepris les pères et frères bâtisseurs des Gambier. Nous allons visiter ce chapelet d’îles pieuses.

Commençons par Aukena dont la tour de guet veille sur la mer.

L’église Saint-Raphaël date de 1840 mais est pratiquement inaccessible.

Le Père Laval avait fait construire un collège pour les jeunes Mangaréviens. Restent les murs qui, si rien n’est fait, seront recouverts par la végétation.

Il demeure un four à chaux, une meule et une tour de guet. Les magnifiques perroquets qui nagent en contrebas de la tour sont énormes, mais ne rejoindront pas les assiettes : ils sont non consommables.

Hiata de Tahiti

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Monastère de Sanahin

Les deux monastères de Haghpat et de Sanahin que nous allons voir aujourd’hui sont inscrits au Patrimoine mondial de l’Unesco en 1996 et 1999. Bus jusqu’au monastère de Haghpat, début de la randonnée pour ceux qui marchent. Je ne suis pas de ceux là aujourd’hui. L’épreuve d’hier dans la boue, la pluie qui tombe par intermittence ce matin, l’itinéraire dans les nuages vu du bus qui se contente de descendre dans la gorge pour remonter de l’autre côté en 2 h, rien de tout cela ne me tente. C’est marcher pour marcher, parce que c’est écrit sur la fiche programme. Je ne suis pas un intégriste de la randonnée, il faut que ce soit un plaisir.

Mais nous avons à peine le temps de boire un café, de regarder les marchandes de souvenirs et de chaussettes tricotées main, de faire un tour, que sonne l’heure de joindre l’autre monastère pour retrouver le groupe. Nous visiterons le monastère de Haghpat cet après-midi. Nous n’avons pas eu le temps de ne rien faire. L’alignement de bouteilles d’alcools divers sur la terrasse du café nous prouve que l’on n’est pas ici en pays musulman !

Bus donc, de virage en virage, pour descendre et remonter en traversant la ville stalinienne d’Alaverdi aux mines de cuivre encore en activité. Le minerai est toujours extrait, mais traité en Allemagne et plus en Union soviétique.

Avant le monastère de Sanahin, nous passons devant la maison-musée de Mikoyan, inventeur de l’avion de chasse MIG. La carlingue d’un MIG 21, gloire de l’URSS sous Brejnev, orne la pelouse. Au fond, ce n’est vraiment pas grand un avion de chasse ; le film nous présente toujours des monstres au grand angle mais il suffit d’être à côté pour constater que ce n’est guère plus long qu’une voiture, en beaucoup plus effilé.

Nous montons dans le village vers les escaliers menant au monastère. Des fermes portent sur la façade de jolies vérandas de bois ajouré peint. Leur style rappelle bien plus les datchas de Russie que les galeries persanes. Des vendeurs de souvenirs, souvent des gamins, s’égrènent sur les marches : cuillers en bois, santons, gants de laine tricotée, cartes postales.

Sanahin fut construit dès le IVe siècle selon une légende, mais peut-être faut-il y voir une rivalité avec Haghpat en face, bâti plus tard. Sanahin signifie d’ailleurs « plus ancien que ». Les structures d’aujourd’hui remontent à l’an 930, sous le roi Abas Bagratouni. L’église Sainte-Mère-de-Dieu aurait été construite par des moines arméniens refusant la secte chaldéenne et chassés des territoires byzantins.

Aux XIe et XIIe siècle, Sanahin fut le centre administratif des seigneurs Kiurikian et abritait une école supérieure. Il fut pillé par les Mongols puis par Tamerlan, comme tous les autres. Le complexe monastique comprend cinq églises, deux gavits (salles de réunion), l’académie, la bibliothèque, le campanile et les sépulcres des princes. Il y a aussi plein de khatchkars du XIe (je rappelle au lecteur que le khatchkar est une croix gravée sur pierre). Le campanile est une tour à trois étages érigé entre 1211 et 1235. Le petit lanternon qui le surmonte marque l’origine des clochers arméniens. Le scriptorium de 1063 est carré, coiffé d’un tambour octogonal, l’intérieur garni de rayonnages.

Nous marchons sur les tombes, mais c’est bon pour l’humilité des morts. Ils ont placé leur pierre tombale exprès pour cela, par humilité et… peut-être pour qu’on se souvienne d’eux avec respect (ce qui serait d’une humilité orgueilleuse, si l’on peut tenter l’oxymore). Certaines pierres sont nettement plus petites que d’autres, sont-ce des tombes d’enfants ? Non point, mais une humilité supplémentaire… Décidément, ce christianisme n’aime pas le monde, il lui préfère l’au-delà ; tout est méprisable ici-bas.

Le contraste entre l’extérieur et l’intérieur des édifices religieux est accentué ici bien plus qu’ailleurs. Nous passons brutalement de la lumière à l’ombre, pénétrés aussitôt d’une vague crainte due à l’œil devenu aveugle. Même chose lorsqu’on ressort : la douce pénombre laisse place à un éclat qui fait mal, comme si l’on quittait le giron maternel pour être jeté tout nu dans le monde hostile. A mon avis, ce contraste est voulu par les architectes, en opposition aux temples païens où les nuances de lumière étaient pensées par les colonnes et le large toit ouvert.

Dans le christianisme rigoriste des ascètes d’origine, il faut choisir : ou la maison du Père ou la jungle des démons extérieurs, ou le Bien ou le Mal – pas de degrés dans la foi. C’est tout ou rien, qui n’est pas avec moi est contre moi. Loin des verrières gothiques et des ombres des cathédrales, cette obscurité à peine percée de puits de lumière récuse toute nuance, elle oblige la pensée à être en noir et blanc et le tempérament à se rigidifier.

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Cimetière de Noratous, lac Sevan et monastère

Ce matin Tigran et son frère ont amenés les fils avec le petit-déjeuner. Il y a de la brioche dorée faite maison. Les kids sont intimidés, 7 et 11 ans, curieux des étrangers. Dommage que nous ne puissions communiquer, il faudrait au moins parler russe. Nous pourrions répondre à leur avidité de connaître.

Le bus nous mène, une fois pliées les tentes, au cimetière du Noratous. C’est un immense cimetière au-dessus du village du même nom, à 1934 m d’altitude, dont les tombes datent du début du christianisme. Noratous, propriété des princes Zakarian, était le centre administratif de la province Tsemak jusqu’au 19ème siècle.

Notre guide arménienne nous apprend à distinguer les siècles en fonction du décor des khatchkars, il y en plus de 800. L’usage est issu de traditions païennes et les premiers étaient probablement en bois. Le IXe siècle voit une simple croix sur pierre brute, puis la pierre est taillée en rectangle avec un bourrelet avançant orienté vers l’ouest et la croix mieux décorée. La croix est doublée au XIe par l’arbre de vie. Le soleil au XIIIe siècle s’introduit sous la croix et sous l’arbre de vie en un cercle où s’entrelacent des lignes. Au XIVe siècle, certaines pierres sont en olivine, vaguement cristallisés et vert pâle. La couleur verte est donnée par le sulfate de magnésie et de fer. Pourquoi le bourrelet de tête de la pierre est-il orienté à l’ouest ? Parce que si le monde naît avec le soleil à l’est, le Christ sauveur, à la fin des temps, est réputé venir des ténèbres, donc de l’ouest. Le bourrelet est comme une inclinaison de la pierre vers le Sauveur, en signe de respect.

La pierre tombale Guéghama est en forme de berceau. Elle est très sculptée de croix et d’arbre de vie. Sur sa face nord un cavalier et un servant qui tient la bride du cheval, un ange survole le couple. A leur gauche sont taillés une rosette (symbole d’éternité), un pot à vin et un four circulaire à cuire le pain arménien. Un musicien assis joue d’un instrument à cordes à côté d’un cercle solaire. La pierre tombale a été érigée en l’honneur de Khatchatour qui avait approvisionné le village en eau au XVIIe siècle. Une autre pierre montre un paysan labourant avec une charrue.

Les tombes modernes, laïques ou communistes, préfèrent le portrait photo du mort gravé sur le marbre, ou encore un buste en bas-relief, à la soviétique.

Au café qui vend des souvenirs et où nous prenons une mouture « à la turque » (qu’on préfère appeler en Arménie « café oriental »), un grisonnant de Lyon nous entreprend en français. Il vit là-bas mais est né en Arménie. Ses grands-parents ont émigré en France mais ses parents sont revenus pour construire le communisme… « Les cons ! », nous dit-il, sincère. Ils ont pu heureusement revenir en France parce qu’ils étaient français.

Notre guide arménienne nous lit dans le bus quelques contes arméniens en français. Il s’agit du bon sens populaire dans les situations inédites.

Voici que nous longeons les rives du lac Sevan. C’est un gigantesque lac salé, 1400 km², presqu’une mer. Lyriques, les nationaux l’appellent « la perle d’Arménie », morceau tombé du ciel.

Nous visitons sa presqu’île aux deux églises, endroit très touristique où se massent les cars d’étrangers et les voitures des Arméniens. Il faut dire que les rives sont balnéaires, une petite côte d’Azur où l’on lézarde au soleil avant d’aller dans l’eau, puis de prendre un verre sous les parasols. Les gens y sont bronzés, se départant de la frilosité paysanne. Gamins et jeunes n’hésitent pas à se promener sans chemise, avec la hardiesse de l’habitude. L’un d’eux, douze ans, s’étire comme un chat sur la pierre chaude du parapet bordant l’église côté lac, frottant sa peau caramel sur la rugosité du basalte. Il est heureux au soleil, le corps libre, bien dans sa peau.

Le monastère Sévanavank (vank voulant dire monastère), s’élève à peut-être 200 m au-dessus du niveau du lac. Il offre une vaste perspective jusque sur l’autre rive et les montagnes au loin. Tout se fond progressivement dans un pastel qui se mêle avec le ciel.

Le lieu est un endroit inspiré, ce qui ne fait pas peu pour sa réputation. Il a été l’un des premiers sites à adopter le christianisme à la suite de la conversion du roi Tiridate le Grand. On dit que saint Grigor éleva les deux premières églises du Sévanavank. L’église des saints Apôtres (Arakélots), date du IXe siècle élevée par la princesse Mariam, fille du roi Achote I Bagratouni. La seconde église est dédiée à saint Jean-Baptiste (Karapèt). La troisième à la Sainte-Mère de Dieu (Astvatsatsine) n’existe plus.

Un groupe de handicapés est amené par ses moniteurs pour aller mettre un cierge de cire jaune dans l’église. Des jeunes, garçons et filles, se prennent en photo sur le parapet, des gamins en groupes de vacances, des familles avec grand-mère et petits enfants. La tradition est transmise ici, même si cela se fait dans une sorte de kermesse. Nous ne sommes pas chez Disney car tout est authentique et il ne s’agit pas de jouer mais de révérer. Mais nous ne sommes pas non plus à Lourdes car la révérence est plus de tradition que de croyance aveugle.

Monter les degrés jusqu’à l’esplanade du monastère, faire le tour des bâtiments, pénétrer dans l’église pour y acheter plusieurs cierges, les allumer en l’honneur de proches au loin ou malades, s’asseoir sur le muret chauffé de soleil pour contempler le lac, redescendre pour déjeuner au restaurant du parking, ou acheter un souvenir avant d’aller pique-niquer sur la plage, voilà qui est un rite social plutôt qu’un acte de foi.

Mais je préfère ce christianisme-là, intégré dans l’existence, au fanatisme des illettrés brutaux qui détruisaient tout ce qui choquait leurs croyances dans les premiers temps chrétiens. Mais oui, nous avons eu nos talibans et ils n’avaient rien à envier aux afghano-pakistanais actuels, l’étude de Ramsay McMullen, Christianisme et paganisme du IVe au VIIIe siècle nous le rappelle (1996, Tempus Perrin 2011) !

Dans l’église, un Christ orant a l’air mongol sur une stèle du XIVe siècle. Peut-être est-ce pour que les invasions mongoles ne la détruisent pas, reconnaissant sur l’image l’un des siens ? De fait, la stèle a subsisté. Beaux visages rêveurs de la jeunesse qui allume des cierges. La lumière douce et chaude allège leurs traits.

Nous déjeunons à une longue table réservée sous les velums du parking. Un groupe d’Italiens encore plus grand que le nôtre déjeune une table plus loin. Il y a des Allemands, des Arméniens en famille, et même nos Tchèques. Nous avons revu le couple et son Stefan de 9 ans, bob blanc et la tête et tee-shirt orange sur le dos. Outre les salades de légumes cuits ou crus, les olives et le fromage, nous est servi un lavaret du lac, poisson coupé en tronçons grillés sur la braise. Le four et le barbecue semblent les façons de cuisiner majeures ici. Les frites, cuisinées pour faire international, sont trop grasses ; il ne doit pas y avoir deux bains de friture et une température trop basse.

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Évidemment les démagos ont voté la « loi sur le génocide » arménien, comme si les histrions étaient capables de juger souverainement d’un fait historique. Ils ne sont qu’à la pêche aux voix, dans la plus pure illusion. Étant pour la liberté, je ne voterai pas pour les partisans du politiquement correct – qu’ils le sachent. Un bon commentaire sur le blog de Nicolas.

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L’automne est le printemps à Tahiti

Une histoire d’ici. Il fut un temps où les prénoms français étaient à la mode ; ensuite vinrent les prénoms des acteurs de film ou de feuilleton ; actuellement ce serait plutôt les prénoms tahitiens qui seraient en vogue. Du temps des prénoms à la française, le cantonnier du coin avait doté ses nombreux enfants de prénoms tels que Georges, Gabin, Violetta, Florence, Denis, Edmée, Marcel, etc. Le hic est que l’alphabet tahitien est différent du français, la prononciation varie donc ! A la sauce tahitienne Georges s’est métamorphosé en Tihoti (dire Tchoti), Gabin en Tope (Topé), Violetta en Eta, Florence en Lolo, Denis en Teni (Téni), Edmée en Ponu (Ponou), Marcel en Mate (Maté). Essayez-vous à la prononciation !

Star est un vieux monsieur, droit comme un I, qui jardine en plein soleil torse nu, porte de lourdes  brouettes, etc. Une force de la nature, quoi ! L’autre jour à Taravao, il s’arrête chez le Chinois (le magasin) pour acheter une baguette et la Dépêche. Panique, à la sortie du magasin, sa voiture a disparu. Les mutoi farani (gendarmes) sont appelés. Le Chef envoie un gendarme à Tautira, un autre à Teahupoo, aux deux extrémités de la presqu’île. Pas de trace de la voiture de Star. Arrive  chez le Chinois une commère : 

  • « Alors, Star, les mutoi farani t’ont enfin arrêté, sacré garnement !
  • « On m’a volé ma voiture !
  • « Quelle voiture ?
    « Ma BM grise.
  • « Star, t’aurais pas bu une ou deux Hinano (bières) au réveil, parce que ta Peugeot noire elle est devant toi et on ne t’a rien volé !
    « Et moi qui croyais que j’avais pris la BM
  • Le mutoi farani (gendarme français) : « vous avez quel âge Monsieur ?
  • Star : « 86 ans.
  • « Cela peut arriver à tout le monde d’oublier quelle voiture il a sorti du garage ce matin. Bonne journée Monsieur, soyez prudent sur la route.
  • La commère : « Sacré Star, tu feras encore et toujours des farces ! T’as pas honte à ton âge ! »

Des nouvelles de la reconstruction du château de V. Il n’a plus rien à voir avec le fare dont le toit s’était envolé dans les bras du cyclone Oli en février. Tout est api (nouveau) : api les tôles du toit, api les carrelages, api les fenêtres, enfin tout ou presque sera api lors de l’inauguration en grande pompe qui ne devrait plus tarder maintenant, trois semaines au maximum. Api birthday ! Sonnez trompettes, résonnez tambours, et que nous puissions enfin nous réjouir d’entrer dans ce fare api.

Le ridicule ne tue pas. Sur proposition du parti de Gaston Flosse, l’Assemblée de Polynésie (57 représentants pour 260 000 habitants !) s’est réunie pour voter et adopter la résolution de T. S. qui demande à l’Etat de veiller à ce que ses fonctionnaires envoyés en Polynésie respectent leur droit de réserve (c’est le titre de ‘Tahiti Presse’ du 5 octobre) ! Devoir ou droit, les deux commencent par un D. Les réactions des lecteurs n’ont pas tardé. Quand il s’agit de fonctionnaires c’est un DEVOIR de réserve et non d’un droit de réserve !

Succédant à la Toussaint où l’Eglise catholique honore tous ses saints, est le rite de la bénédiction des tombes illuminées des disparus (turamara’a). Il est effectué par le prêtre après l’office dans le cimetière, au milieu des tombes illuminées par les bougies ou chandelles. Il clôturait la journée de communion des vivants avec l’âme des défunts. Chez les autres religions la tombe, nettoyée quelques jours auparavant à grand coup de pinceau, balai, râteau, pelle ou même souffleur, est abondamment fleurie. Un instant de recueillement, une prière et l’on rentre chez soi, le devoir accompli.

Certaines personnes restent plusieurs heures dans le cimetière, d’autres installent un auvent pour se protéger du soleil brûlant actuellement. Dans ce bout du monde où j’habite, il y a deux cimetières. Dans l’ancien, le manque de place est criant, les maisons des vivants enserrent les tombes. Les habitants côtoient les morts ; les arbres grignotent les vieilles tombes, d’autres sont fleuries de vraies fleurs aux couleurs chatoyantes, mais aussi de composition florales en plastique made in China. C’est un festival de couleurs. Le nouveau cimetière est situé en hauteur face à l’océan. Les morts n’ont pas les pieds dans l’eau comme dans le précédent, ils jouissent d’une vue magnifique et ne sont pas importunés par les habitants des fare. Ils sont seuls. Bien que parfois des gamins irrespectueux viennent faire hurler leur musique à la nuit tombée, sachant pertinemment que ces calmes locataires  n’iront pas déposer plainte auprès des mutoi farani.

Portez-vous bien les amis.

Hiata de Tahiti

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