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Misère sexuelle début de siècle

Michel Houellebecq avait raison, il y a plus de vingt ans, de dénoncer la fausse « libération » sexuelle post-68. L’exigence de la mode était de baiser à tout va, n’importe où, et avec n’importe qui. « On aime s’envoyer en l’air » décrétait un vieux couple – jeune en 1968 – dans une récente publicité pour un comparateur de vols aériens. Mais être dans le vent ne signifie pas que le vent vous porte : il peut aussi vous souffler.

Pire est la sexualité adolescente d’aujourd’hui, avant tout numérique. Le réel fait peur, la faute aux parents timorés qui enjoignent à leurs petits de ne pas faire confiance, à personne, jamais. Ni sourire dans la rue, à peine un salut (et seulement aux gens déjà connus), ne pas suivre. L’hystérie télé est passée par là avec les « affaires » médiatiques de pédophilie. Même si elles sont statistiquement rarissimes (et à 75% en famille…), pas plus fréquentes hors domicile que les homicides, et moins que les morts par accident de voiture, elles contraignent le comportement de tous, tous les jours. A force de s’enfermer, la société crée des autistes : pourquoi cette pathologie se développe-t-elle autant ces dernières décennies ?

Certains rigoristes, en général esclaves de morales religieuses jamais pensées, mettent en cause la capote, la pilule et l’avortement comme un lâcher de freins. Les femmes, désormais libérées d’une grossesse non désirée, se débonderaient. Goules hystériques, elles sauteraient sur le premier venu pour se faire jouir, allant d’amants romantiques (mais bien membrés) aux sex-boys et aux tendres sex-toys éphèbes des cougars. Mais le fantasme mâle patriarcal des religions du Livre ne fait pas une réalité. Les filles sont tout aussi tendres et affectives que les garçons et, si leur jouissance est plus lente à venir, exigeant tout un environnement physique, affectif et moral, elles n’en sont pas plus animales.

Contrairement à ce que voudrait faire croire la doxa machiste – et le commerce bien pensé. L’industrie du porno fleurit en effet d’autant plus que les outils du net sont désormais à sa disposition depuis une génération. Des acteurs et actrices payés pour cela « jouent » un rôle en exhibant leur sexe, soigneusement maquillé  (épilation, lustrage rose des petites lèvres pour les filles, huilage des muscles et viagra pour les garçons). Ils caricaturent « l’acte » en le multipliant, prenant des poses de cascadeurs, émettant des sons de jouissance comme les rires mécaniques des émissions drôles. Tout cela vise à divertir, à exciter, à vendre – tout cela n’est pas la réalité.

LA BOUM, Alexandre Sterling, Sophie Marceau, 1980

On ne fait pas des bébés dans l’outrance pornographique mais dans l’amour partagé. Et c’est cela qu’il faut expliquer aux enfants. Les tabous iniques des religions du Livre (toujours elles) empêchent les parents de jouer leur rôle de guide. « On ne parle pas de sexe, c’est grossier ; ce n’est pas de ton âge ; on verra ça plus tard ; le docteur t’expliquera ; tu n’as pas de cours d’éducation sexuelle à l’école ? » ; « pas de torse nu à table » ; « cachez ce sein que je ne saurais voir » ; « ferme ta chemise ; met un tee-shirt ; met tes chaussures ! » Ces injonctions du rigorisme puritain effrayé par le qu’en dira-t-on, que n’en avons-nous entendu ! Or ne pas dire, c’est cacher. Induisant donc la tentation de l’interdit et son revers : la solitude devant l’émotion.

Les enfants dès le plus jeune âge sont confrontés aux images pornographiques. Non seulement dans la rue parfois, mais surtout sur le net. Vousentube diffuse des vidéos sans filtre ou presque ; d’autres sites en accès libre sur Gogol permettent d’observer des corps nus s’affronter dans des halètements ou sous des coups violents, les pénis érigés comme des masses et pénétrant comme des couteaux terroristes le corps des victimes esclaves – qui ont l’air d’en profiter et de jouir, comme les mémères appelées à la consommation par les magazines à la mode lus chez le coiffeur.

Que font les parents ? Ils chialent lorsqu’on leur met le nez dedans, comme des toutous peureux la queue entre les jambes. « Je ne savais pas ; ma petite puce ! » ou « mon cher ange ! Comment penser qu’à cet âge innocent… » Ils ne voient pas parce qu’ils ne veulent pas voir. Ils se cantonnent dans leurs soucis et leurs problèmes de couple, indifférents au reste, sauf à Noël et aux anniversaires peut-être. Ils n’écoutent pas, ils ne répondent pas aux questions.

Pourtant légitimes : comment fait-on les bébés ? c’est quoi l’amour ? mes petites lèvres sont-elles trop grandes ? mon zizi est-il trop petit ? comment on met une capote ? sucer, c’est mal ? Si les parents répondaient avec naturel à ces questions intimes, sans fard mais avec raison, les enfants et les adolescents ne seraient ni intrigués par l’interdit, ni traumatisés par l’expérience. Mais voilà, les tabous ont la vie dure – sauf sur le net, où tout se trouve comme au supermarché.

Vaste hypocrisie des sociétés « morales » qui ont pour paravent la religion mais laissent faire et laissent passer sans filtre tout et n’importe quoi. Les Commandements sont affichés et revendiqués, mais nullement pratiqués. Tout comme ces « règlements et procédures », en France, qui ne durent que le temps médiatique : on fait une loi – et on l’oublie : tels l’interdiction des attroupements d’élèves devant les écoles, le voile en public, l’expulsion des imams salafistes, l’enquête sur les habilités au secret Défense, et ainsi de suite. La loi, pour les Latins, est toujours à contourner, par facilité, laxisme, lâcheté.

Dès lors, comment ne pas voir la misère sexuelle de la génération qui vient ? Regardez successivement deux films et vous en serez édifiés. La Boum sorti en 1980 et Connexion intime, sorti en 2017. Ils ont 37 ans d’écart – une génération. Ils sont le jour et la nuit. Ils se passent tous deux en lycées parisiens, à la pointe des tendances sociologiques. Les parents des deux films sont toujours occupés et ne prennent pas le temps de parler à leurs adolescents, garçon ou fille – qui cherchent ailleurs communication et affection. Mais autant La Boum est romantique et pudique, autant Connexion intime est égoïste et mécanique. La sensualité n’existe plus, les cols sont fermés, les torses enveloppés de tee-shirts larges et de sweaters informes, les manteaux boutonnés – seules les filles s’exhibent, mais dans leur chambre et à distance, en sous-vêtements coquins, se prenant en selfies pour poster sur les réseaux.

« L’amour » s’y réduit au sexe et les caresses n’ont plus leur place : on ne se touche plus le visage, les épaules ou la poitrine, on ne se caresse pas les seins ni les tétons. Seules la bouche et la bite sont sollicitées avec pour summum « d’Acte »… la pipe. On suce dans les toilettes, on se branle devant un film – mais on ne parvient à rien sur un lit avec un ou une partenaire réelle. D’où Félix accro au porno et Luna qui se met en scène comme une star sur un site de rencontres. Chloé, 15 ans, provinciale parachutée à Paris, cherche l’amour et ne le trouve pas ; ni son amitié avec Luna (qui la manœuvre), ni son inclination pour Félix (qui l’utilise) ne sont de l’amour. Ce n’est que du sexe, égoïste, mécanique. Les ados de La Boum étaient tendres, mignons ; ceux de Connexion intime sont froids, répugnants.

Entre les deux films, le net. Outil qui est la meilleure et la pire des choses, comme tous les outils. Mais surtout la démission égoïste des parents, portée par cet individualisme du « ils n’ont qu’à se démerder » ou du « que fait l’Etat ? », déjà pointé par Michel Houellebecq dans Les particules élémentaires en 1999.

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Mark Twain, La tragédie de David Wilson le parfait nigaud

Ce troisième roman du Mississippi, ce paysage mental de Samuel Clemens, met en scène le personnage d’intello venu du nord dans cette petite du sud. Il est aussitôt jugé par les habitants – médiocres – comme un parfait imbécile, pour avoir proféré au bar le premier jour une remarque sur un chien. Dans les petits esprits, peu cultivés et réduits au moralisme de la messe du dimanche, quiconque pense autrement de l’opinion ne peut être normal. L’aristocratie du sud, ces Premier habitants de Virginie comme ils s’appellent volontiers, ont la morgue d’Ancien régime que l’on prête habituellement aux Français, bien qu’ils soient venus d’Angleterre. Quant au reste de la population, ce sont des nègres, donc des esclaves considérés comme des objets qu’on peut exploiter, fouetter, baiser ou vendre comme bon vous semblent.

Dans cet univers étriqué en Noirs et Blancs, l’auteur entremêle de façon parfois un peu baroque deux histoires : la substitution de bébés par une nounou noire, et l’essor du juriste David Wilson pour faire mentir son surnom de parfait nigaud.

Mark Twain

Nés le même jour, l’un des bébés est le fils du maître, aristo de la ville, et sa mère meurt en couches ; l’autre bébé est le fils de la nounou noire (pour 1/16ème). Tous deux sont blonds et blancs, le « nègre » n’ayant qu’1/32ème de sang noir – ce qui ne se voit physiquement pas… L’auteur faire donc apparaître l’imbécilité de la loi sur l’esclavage, comme si la négritude était une tache indélébile, même diluée bien au-delà de ce que le futur IIIe Reich admettra pour les Juifs… S’il se contentait de côtoyer les esclaves dans Tom Sawyer, Mark Twain a fait de l’un d’eux un compagnon amical dans Huckleberry Finn ; cette fois, il en fait le personnage principal du livre.

Chambers (abréviation yankee de ‘Valet de chambre’ en français) prend au berceau la place de Tom, le fils de la maison. Le faux Tom est élevé en petit maître, tandis que le faux Chambers est élevé comme un nègre. Mark Twain en arrive à montrer combien l’éducation fait le larron, bien que la « race » (ainsi disait-on à l’époque) ne puisse que ressurgir quand même (selon les préjugés du temps). Le vrai Tom, élevé en Chambers, est beau, bien bâti, gentil, mais illettré et rustre – il ne parle adulte que petit-nègre et ne sera pas à sa place une fois la supercherie découverte. Le vrai Chambers, élevé en Tom, est capricieux, égoïste, autoritaire, lâche et indolent – s’il a poli ses manières à l’université, il n’a acquis aucun diplôme et est saisi par le démon du jeu.

Dans le même temps – d’où la complication du roman – deux jumeaux italiens arrivent dans la ville et séduisent ses habitants aussi niais que badauds. Ils viennent d’Europe et connaissent beaucoup de pays ; à l’aise en société, ils font un compliment à chacun. Mais c’est une conversation privée avec le faux Blanc Tom et le faux nigaud David qui va faire surgir un plan diabolique dans la tête du « nègre » Tom pour se sortir du pétrin. Il a besoin d’argent pour régler ses dettes de jeu, mais son (faux) oncle l’a déjà dépanné et refuse désormais tout déshonneur, sous peine de le rayer de son testament. En voulant le voler, Tom le tue avec le couteau indien qu’il a volé aux jumeaux pour payer sa négresse de mère qui menace de dénoncer la substitution des bébés. Pas simple, comme intrigue… Ce sont donc les jumeaux qui sont accusés, faute de témoins, puisqu’ils sont accourus les premiers aux cris de la victime alors que Tom s’est enfui avant d’être découvert.

Le procès des vrais jumeaux mettra en lumière l’inversion des faux jumeaux de la nounou. Car, retournement de situation théâtrale, le parfait nigaud se révèle juriste avisé et curieux des développements scientifiques : il a pour marotte de collectionner les empreintes digitales des habitants et d’en étudier les courbes ou les méandres. La dactyloscopie lui permet de confondre le vrai meurtrier à cause des empreintes qu’il a laissé sur le couteau ; elle lui permet aussi de montrer que Tom n’est pas Tom, puisqu’il a pris les empreintes des deux bébés à différents âges. Au tribunal, attraction de la petite ville qui s’ennuie, sa plaidoirie est du grand guignol comme Mark Twain, plus orateur qu’écrivain, aime à en écrire.

esclave noir fouette

Malgré ce patchwork mal construit d’histoires différentes, le lecteur se prend à croire à l’intrigue quasi-policière tout en réfléchissant aux graves questions du temps que sont l’inné et l’acquis, l’influence de l’hérédité et de l’éducation, les ravages de l’esclavage tant sur les victimes ramenées au rang de bêtes que sur les maîtres, avilis par l’usage d’humains comme du bétail.

Comme souvent quand Mark Twain est gêné, il camoufle sous la bouffonnerie ses convictions politiques et morales. Il juxtapose ainsi la chiromancie (du niveau de l’astrologie et de la voyance) et la dactyloscopie (observation scientifique des empreintes digitales), l’une faisant avancer l’histoire, l’autre la réglant au bout.

Ce roman n’est pas édité en poche en français car moins captivant que Tom Sawyer et Huckleberry Finn, moins humoristique que la Vie sur le Mississippi, et d’un sujet plus « sensible » au politiquement correct multiculturel. Mais il peut se lire avec plaisir et gravité ; la traduction Pléiade de Philippe Jaworski est limpide.

Mark Twain, La tragédie de David Wilson le parfait nigaud, 1894, in Œuvres, Gallimard Pléiade 2015, traduit par Philippe Jaworski, €65.00

Les œuvres de Mark Twain chroniquées sur ce blog

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Jean-Louis Etienne, Clipperton

jean louis etienne clipperton
Jean-Louis Etienne, tout le monde le connaît après L’expédition médiatique Transantartica, mais Clipperton, qui connaît ? J’ai déjà parlé de cet atoll de moins de 4 km de diamètre perdu à 400 km des Marquises, à 6000 km de Tahiti et à 1300 km du Mexique. Clipperton, alias l’île de la Passion, est appelée ainsi en souvenir du jour de Pâques 1711 où elle fut découverte par les Français Mathieu Martin de Chassiron et Michel Dubocage.

Fasciné par la planète, le médecin Jean-Louis Etienne, sa famille et toute une équipe d’explorateurs sponsorisés par GDF, Unilever, Canal+ et quelques autres, dont EADS pour la liaison satellite à haut débit, décident de s’installer sur cette île déserte et sans eau potable, de décembre 2004 à mars 2005. Ils accueillent par roulement régulier des chercheurs scientifiques français, espagnols, américains et mexicains. Ils appartiennent pour la France, au CNRS, au Muséum national d’histoire naturelle, à l’IRD, l’EPHE ou l’INRA.

Leur objectif ? Réaliser un inventaire complété de la faune et de la flore sur ce lieu préservé des routes maritimes. Ils ont voulu créer une base de données pour l’évolution de la biosphère et du climat, à partir des changements observés dans ce lieu clos.

carte clipperton expedition jl etienne

Dans ce livre grand public disponible en poche, Jean-Louis Etienne, avec le talent pédagogique qu’on lui connaît, raconte les aléas de l’organisation, combien les douanes mexicaines sont réticentes et bureaucratiques, voire corrompues ; combien l’époque, plus qu’avant, exige multiples sécurités et assurances en tous genres ; combien faire cohabiter des chercheurs à l’ego bien dimensionné n’est pas toujours aisé ; combien aussi l’histoire de cet atoll perdu a donné lieu à des bagarres diplomatiques entre Français, Américains et Mexicains, allant jusqu’à l’arbitrage international du roi d’Italie ; combien les fous sont ici chez eux, formant la plus grosse colonie de tout le Pacifique et combien les rats, tombés d’un navire échoué il y a quelques dizaines d’années sont des prédateurs redoutables. Mais combien aussi il est plaisant de constater l’adaptation à un milieu hostile du lézard, d’explorer le « trou sans fond » du lagon et de chercher « le trésor de Clipperton ».

Sans parler des gigantesques thoniers mexicains, équipés de sonars dérivants et d’hélicoptères, qui viennent traquer le thon au point d’assécher la nourriture des oiseaux. Les fous et frégates doivent chercher leurs proies jusqu’à 300 km pour nourrir leurs petits. Pas grand-chose à manger pour les humains non plus, qui dépendent des rotations de bateaux, tant les rares cocotiers de l’île sont exposés aux ouragans, et puisqu’aucune source d’eau potable ne surgit.

cabane etienne sur clipperton

En revanche, quelle belle expérience de la nature, loin du monde et entouré d’eau sans cesse en mouvement ! Quelle riche expérience humaine, en couple où chacun a sa tâche, avec les chercheurs tous passionnés de leur domaine, mais aussi avec les bébés, les deux petits garçons Etienne et Eliott 3 ans – et le bébé Ulysse qui fera ses premiers pas sur l’île. Ces matins solitaires où Jean-Louis s’éveille très tôt, comme son dernier fils, et part marcher sur la grève dans l’aube naissante, l’enfant curieux de tout contre sa poitrine, sont des moments magiques.

Tout comme le jour où un plongeur a remonté le couvercle d’un très vieux coffre de mer, arraché par 52 m de fond. Ou encore lorsqu’un autre a ramassé un paquet suspect (comme on dit volontiers à la SNCF)… qui se révélera bourré de cocaïne ! En quatre mois, ce ne seront pas moins de 25 kg de cocaïne qui seront ainsi récupérées, échouées après largage en mer de trafiquants de drogue probablement surpris par la police. Le fait est régulier, l’équipage du Prairial, la frégate de surveillance maritime sur zone, a découvert le 14 avril 1.2 kg de cocaïne sur l’atoll de Clipperton, alors qu’une mission de recherches passait quelques jours sur l’atoll à la suite de l’expédition Etienne.

eliot et ulysse jouent sur clipperton

L’auteur raconte bien, il instruit par petites touches sans jamais ennuyer, mêle les anecdotes personnelles aux réflexions sur le climat et sur la faune, regarde grandir ses fils. Eliott doit aujourd’hui avoir 14 ans et Ulysse 12… Il a tenu un Journal des enfants, destiné à l’école d’Eliott et à l’Éducation nationale, durant tout le séjour, préoccupé de transmettre le savoir et la sensibilité à la nature.

Jean-Louis Etienne, Clipperton – l’atoll du bout du monde, 2005, Points aventure 2015, 287 pages, €6.60

Expédition Clipperton sur le site de Jean-Louis Etienne
Tout savoir sur le site dédié à Clipperton : http://clipperton.fr/

La question au Ministère des Affaires étrangères posée le 29 mai 2014 par le sénateur Christian Cointat concernant l’accord de pêche franco-mexicain dans la ZEE de Clipperton – et son application semble-t-il « laxiste » – n’a reçu aucune réponse : « la question a été retirée pour cause de fin de mandat »… Notre « démocratie » représentative fonctionne si bien, n’est-ce pas ?

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Des soins au cimetière à Tahiti

L’huile de tamanu est une huile appelée autrefois « huile sacrée », c’est dire ! Utilisée depuis toujours dans la médecine traditionnelle des Polynésiens et encore de nos jours les bébés polynésiens sont oints de la tête aux pieds pour empêcher les piqûres de moustiques, les rougeurs des fesses, ou tout simplement les masser. Quelle chance ont les bébés polynésiens !

Côté thérapeutique, l’huile de tamanu est utilisée pour soigner les infections de la peau, même pour les ulcères et les escarres, dans le traitement des brûlures, des plaies atones et post-opératoires. En cosmétique, elle est utilisée pour son pouvoir régénérateur sur la peau et les cellules (préparation de produits anti-âge, crèmes apaisantes et réparation des dégâts produits par le soleil).

Au marché de Papeete, vous trouverez de quoi lutter et soigner psoriasis, eczéma, rosacea, bobos dus aux staphylocoques, plaies infectées, varicelle, acné, herpès et champignons. Feuilles et écorces séchées sous forme émiettées y sont vendues. Verser dans l’eau bouillante et laisser infuser 10 minutes. Verser cette infusion dans un bain tiède et trempez votre corps entier ou seulement une partie. On peut aussi faire des applications locales. Le tamanu en tisane peut servir comme anti-inflammatoire sur les œdèmes, les douleurs articulaires, musculaires et même osseuses. On prête aussi au tamanu des activités immuno-modulatrices, anticancéreuses, anti-inflammatoires, antibactériennes et antifongiques prouvées. Le tamanu a également des propriétés anti-oxydantes très fortes. Merci Seigneur, comme disent les Tahitiens.

CIMETIERE PAPEARI TOUSSAINT 2014

Le chikungunya s’installe en Polynésie, Papeari a débuté l’épidémie. Ça fonctionne bien car il a fait des émules dans d’autres districts. On a pulvérisé à Papeari quelques quartiers, puis on l’aurait vu (le moustique) à Punaauia, à Taiarapu-Est, à Faaone, maintenant partout sur Tahiti ; il s’est même exporté aux Raromatai (Iles sous le Vent) à la faveur de la course de va ’a Hawaiki Nui. Les médecins ne chôment pas. La fièvre est élevée, les douleurs articulaires invalidantes aux poignets, genoux, hanches, avec une éruption cutanée plus ou moins forte. De 400 à 500 personnes touchées, on a dépassé (si j’en crois les nouvelles) les 3 000 à Tahiti.

LA course, la course mythique, la 23e édition, 128,5 km en trois étapes est la course de va ’a (pirogues) Hawaiki Nui. Tous les Polynésiens sont rivés qui à la télé, qui à la radio, qui à l’Internet. Cette année quelques équipes étrangères sont venues participer à cette grande épreuve. Il faut mobiliser les avions d’Air Tahiti pour conduire les équipes à Huahine, expédier les va’a par bateau où elles seront pesées avant de prendre part à la course. La 1ère étape part de Huahine pour rallier Raiatea soit 44,5 km. La seconde étape se déroule dans le lagon de Taha’a, l’île vanille, sur 26 km. Le vendredi, pour la dernière étape, partis de Patio à Taha’a il faut rallier Bora Bora soit 58,2 km à la rame sur les va’a V6. EDT Va’a A a gagné les 3 étapes, bravo. Pour vous, juste un petit conseil, commencez votre entraînement dès aujourd’hui pour avoir une toute petite chance de figurer !

PAPEARI TOUSSAINT 2014

A la Toussaint, les marchands de sable étaient à pied d’œuvre. Non, non, pas le marchand de sable de Nounours et Pimprenelle, mais du vrai sable à répandre sur les tombes, surtout blanc en provenance des îles. Un sac de 20 kilos ? 1 200 XPF S.V.P. Le sable blanc vient principalement de Taha’a ou Bora Bora (Iles sous le vent), le sable rose de Tikehau (Tuamotu). Tous ces efforts pour embellir les tombes et se faire, pour les revendeurs, un peu de moni (pépettes) ! Les fleurs déposées là aussi sont de plus en plus des fleurs artificielles. Celles-là n’attireront peut-être pas les voleurs. Sous le soleil, le cimetière est magnifique, non ?

Hiata de Tahiti

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Natalité tahitienne

Enfin je me mets devant mon papier pour écrire quelques lignes. Depuis mon retour au fenua, mon stylo n’a pas servi et se languit. Je suis atteinte de fiu. Il n’existe aucun médicament pour soigner le fiu. Il faut seulement attendre qu’il aille contaminer une autre colonie.

Le papa de mon amie V. était un original. Après avoir tourné plusieurs films à Hollywood, de retour au fenua il fonda une famille. Il alla déclarer  en mairie la naissance de ses enfants et la secrétaire de mairie (institutrice de son état) eut quelques surprises mais elle connaissait le phénomène :

  • Le premier enfant, il le prénomma E (OUI en tahitien !) il était donc le bienvenu celui nanti du prénom le plus court qui soit.
  • Le second enfant fut déclaré sous le prénom AITA (NON en tahitien !). La maîtresse d’école l’a elle-même modifié en AIDA. C’est dire si cette arrivée (verdie) d’un nouveau-né était malvenue !
  • Le troisième devait porter le prénom de NOATU (PEU IMPORTE en tahitien). La secrétaire de mairie a refusé. Trop, c’est trop, ce sera ISABELLE. Réponse du papa : peu importe.

Au 1er janvier 2011, 270 000 personnes résident en Polynésie française, soit une augmentation de 1,1% par rapport à 2010. 4 579 naissances, 1 261 décès, l’accroissement naturel est de 3 318 personnes. L’espérance de vie à la naissance atteint 73,2  ans pour les hommes et 78,3 ans pour les femmes, soit une moyenne de 75,6 ans pour les résidents de Polynésie française (à comparer avec la France métropolitaine : hommes 78,1 ans et femmes 84,8 ans). Globalement la durée de vie moyenne augmente régulièrement de 4,4 mois par an sur les 10 dernières années. La mortalité infantile reste globalement stable.

1 330 mariages ont été célébrés à Tahiti en 2010 soit 100 de plus qu’en 2009. Le mariage intervient de plus en plus tard dans la vie des couples. En 2009, les femmes se marient à 33 ans en moyenne et les hommes à 37 ans, contre respectivement 31 et 35 ans en 1999 (en métropole, l’âge au premier mariage continue d’augmenter et atteint 29,8 ans pour les femmes et 31,7 ans pour les hommes). En 2010, 4 579 bébés sont nés en Polynésie française.

La fécondité globale se stabilise autour de 2,1 à 2,2 enfants par femme (2.01 en France métro). L’âge moyen à l’accouchement continue d’augmenter. Il est de 27,5 ans en 2010 contre 27 ans en 2000 et 26 ans en 1990 (30 ans en France métro).

Faites des enfants, pas la guerre : sauf que durant la guerre 1939/45 dans le Pacifique sud, les Américains auraient engendré entre 2000 et 3000 enfants. Aux Cook, 56 enfants sont connus, à Bora Bora 132 enfants ont été recensés. Pas de chiffres pour les Salomon et les Nouvelles-Hébrides. Conclusion hâtive de la sagesse popu : on peut faire la guerre et aussi des enfants !

Comment sécher une réunion de famille ? Le tonton de V. (82 ans) n’avait nulle envie d’assister à l’une d’elle. Prévenu depuis plusieurs semaines afin de régler des affaires de terre, il a téléphoné le matin pour avertir qu’il ne pourrait venir car… il avait perdu la clé du portail. Il était donc incapable de sortir sa voiture.

Volontiers farceur, il était garçon d’honneur d’un ami lors du mariage  arrangé de ce dernier. Tout se déroula pour le mieux à la mairie, à l’église. Il tenait son rôle très au sérieux. A la fin du dîner, on chercha la mariée : disparue. Le garçon d’honneur fut lui aussi déclaré absent… Tonton avait enlevé la mariée le soir des noces ! Les deux tourtereaux s’étaient éclipsés, cachés dans un fare ami… Ils vécurent longtemps ensemble, eurent des enfants (huit) et ne régularisèrent que très tardivement.

Portez-vous bien, nana.

Hiata de Tahiti

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