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Un Indien dans la ville d’Hervé Palud

Ce film est une comédie sérieuse qui laisse un peu de nostalgie. Sont évoqués des problèmes graves de notre temps mais d’un ton léger : le couple et la paternité, la vie de famille ou les risques des métiers, l’arrivisme social, la ville où la nature, l’infantilisation ou la responsabilité des enfants… L’histoire me touche par les clins d’œil qu’elle me lance sur la bourse, les relations père-fils, l’Amazonie. Le père, Thierry Lhermitte, est un acteur français de ma génération préféré dans ses rôles énergiques, humains, de bon sens. Ici, il est un gnome de Wall Street, troquant en bourse des options sur matières premières. Le gamin, Ludwig Briand, a le corps fluet et très souple de ses 13 ans, des dents blanches, un nez mutin et de longs cheveux drus.

Le père et le fils ne se connaissent pas, la mère (Miou-Miou) étant en partie en Amazonie enceinte de lui parce qu’elle ne supportait plus d’être quantité négligeable dans la vie trépidante de son trader de mari. Lui fait du troc, comme les Indiens, mais pourquoi ? Quand le fils, à 13 ans, offre une casserole à une fille de son âge, c’est pour lui faire l’amour – mais son père, à Paris ? Il a de l’argent mais n’est finalement pas heureux. Sa « femelle » comme disent les Indiens, (Arielle Dombasle) est une illuminée dont les « chakras se referment » à la moindre contrariété et qui refuse de se marier l’année du porc. Rien de très naturel comme existence ! Lorsque le boursier se rend en Amazonie pour faire signer à sa femme l’acte de divorce afin de pouvoir se remarier, il découvre qu’il a un fils de 13 ans élevé en sauvage et appelé de façon cucul Mimi-Siku (nom qui signifie pisse de chat et que s’est choisi l’acteur infantile lui-même !).

L’adolescent, élevé à l’indienne au naturel, sait ce qu’est la vie : chasser, pêcher, allumer un feu, apprivoiser les animaux, connaître les dangers de la forêt et les beautés de l’affection comme de la nature. Dans la jungle de Guyane, son père se fait appeler Baboon (babouin) parce qu’il est différent des Indiens : il a du poil sur la poitrine. À Paris, lorsqu’il ramène son fils qui voulait voir la tour Eiffel, l’associé et le concierge traitent l’enfant de « singe » : il aime se balader en pagne et torse nu avec des peintures sur le nez. On est toujours le sauvage de quelqu’un. Mais que vaut-il mieux ? Savoir assurer sa survie dans la nature dans la lignée des primates, ou se créer des problèmes insolubles dans le stress social de la soi-disant civilisation ?

Le petit bonhomme de la jungle décille les yeux de son père lorsqu’il fait irruption brutalement dans l’existence artificielle de la ville. La Tour Eiffel « pique le cul du ciel » et le chat doit « manger bon » parce qu’après, « le chat sera bon à manger ». Le golden boy pendu au téléphone, qui se délasse avec une allumée, s’aperçoit que tout ce qu’il fait avec sérieux est vain – d’autant que son associé (Patrick Timsit) l’a embringué dans une sale affaire avec la mafia russe. Son fils, enfant sauvage mais considéré comme un homme par les Indiens après son initiation, apparaît plus adulte que lui – d’autant qu’il tombe en amour avec Sophie (Pauline Pinsolle) – dont le prénom signifie la sagesse – la fille de son âge qu’a cet associé colérique qui n’a jamais le temps de s’occuper de ses propres enfants. Baboon finit par choisir de se ressourcer en compagnie de son singe de fiston et d’abandonner le rôle artificiel inutile qu’il a tenu jusque-là dans la finance.

L’histoire est un peu naïve mais remplie de fraîcheur. Le film distille une tendresse pudique et montre bien quelle est la base des relations humaines véritables : elles sont moins sociales que personnelles. Il importe moins de jouer un rôle que d’être vrai.

Cette histoire de bon sauvage remplie de gags apparaît au milieu de la décennie 1990 comme un conte philosophique du temps. Depuis, évidemment, se balader torse nu sur les Champs-Elysées et baiser sa copine à 13 ans est devenu très mal vu de la société, retombée dans ses travers ; et les chakras redeviennent mode.

DVD Un Indien dans la ville, Hervé Palud, 1996, avec Thierry Lhermitte, Patrick Timsit, Ludwig Briand, Miou-Miou, Arielle Dombasle, Pauline Pinsolle, TF1 vidéo 2007, 1h37, €9.99

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La Guerre des Rose de Danny DeVito

Sous Reagan président, l’Amérique coule des jours en apparence heureux : liberté d’entreprendre et aisance matérielle, fierté retrouvée. Sauf que… la société ne reflète les individus que statistiquement, chacun en son intime n’est pas forcément heureux malgré l’argent gagné et le succès social. C’est ce qui arrive au couple Rose, Oliver (Michael Douglas) et Barbara (Kathleen Turner).

Un avocat (Danny DeVito) reçoit un client qui veut divorcer. Celui-ci ne prononcera pas un seul mot, se contentant d’être tout ouïe, potiche idéale pour conter une histoire (il partira d’ailleurs sans divorcer…). L’avocat lui raconte comment – après treize ans ! – il s’est remis à fumer. Ce fut le jour où Madame Rose est venue dans son bureau pour le harceler sexuellement, ayant en vue de lui faire fléchir son mari pour qu’il lui laisse la maison. Il n’y a pas que les hommes qui soient coupables…

Mais commençons par le commencement. Il était une fois deux étudiants un jour de pluie. Lui, Oliver, étudie le droit et compulse dans une vente de charité le catalogue des objets présentés ; elle, Barbara, entre par hasard, les seins nus pointant net sous sa robe mouillée de pluie. Elle repère Oliver et le suit lors des enchères en attendant de prendre le ferry. Il veut une sculpture ivoire et elle renchérit. Non pour avoir l’objet mais pour ferrer le mâle – voire le contrer. Car elle est gymnaste au Collège et ne supporte pas qu’un homme puisse s’imposer. Lui la rattrape et l’embrasse avant le ferry – qu’elle ne prendra jamais car l’aventure se termine par une partie furieuse et conjointement désirée de jambes en l’air.

Mariage, deux gosses, sapin de Noël. Quatre ans plus tard, le couple n’a pas beaucoup d’argent mais émerge. Barbara offre à Oliver, qui seul travaille, une voiture : celle dont il rêve, une Morgan. Puis aux enfants qui ont 3 et 4 ans, des sucreries – au prétexte qu’assouvir les désirs sucrés empêche de devenir obèse. Sans transition, sept ans plus tard, les deux gosses sont gros et Barbara ne rêve plus que d’entreprendre autre chose de mieux réussi : installer une maison. Elle trouve une vieille bâtisse dont la propriétaire vient de passer l’arme à gauche et convainc Oliver de l’acheter en travaillant encore plus et en empruntant à la banque. Elle va passer des années à l’aménager elle-même, à la garnir de meubles, à la parer de tissus, à disposer des bibelots.

Les enfants désormais sont grands, ils partent au collège, la maison est parfaite – Barbara s’ennuie. American way of life, au secours ! Que faire quand on n’a plus rien à faire ? Que jouir de ce que l’on a mais sans le temps de le faire ? Car Oliver, qui a bâti sa réputation dans un cabinet d’avocats, travaille beaucoup et doit répondre à ses clients jour et nuit. Barbara est frustrée, elle voudrait qu’il la considère, qu’il s’intéresse de nouveau à elle. Mais elle a pris son indépendance depuis longtemps, pour les gosses, puis pour la maison. Les rôles ont divergé et Oliver saisit mal comment il devrait d’un coup en revenir aux premiers temps. Egoïste ? Oui mais par habitude, parce qu’elle a pris en main la maisonnée en le laissant tout seul gagner de l’argent (illustration parfaite du couple traditionnel). Et que l’argent n’est pas une rente mais un labeur de tous les instants pour séduire, entreprendre, réussir.

Le féminisme est-il soluble dans le couple ? Si Madame a ses tâches et Monsieur les siennes, tout va bien ; si Madame s’ennuie, alors les ennuis commencent. Barbara décide de vendre ses préparations culinaires dont la réputation commence à dépasser le cercle de ses amis. Elle fonde une société de restauration, demandant à Oliver de regarder le contrat – mais celui-ci tarde et oublie, ce sont les affaires de sa femme, elle peut se prendre en main puisqu’elle le veut. Mais ce n’est pas cela qu’elle veut au fond : elle voudrait qu’il s’intéresse à elle, à ce qu’elle entreprend. Il aime sa cuisine, notamment son pâté, mais ne supporte pas qu’elle raconte mal les anecdotes devant ses invités. Dans son monde professionnel il l’ignore, la rabaisse ; elle souffre de cette distance, de son rire qu’elle caricature.

D’où le divorce. Mais elle veut toute la maison en échange de l’abandon de sa pension alimentaire – car elle gagne toute seule bien sa vie. Gloire à l’ère Reagan : l’entreprise fait florès, chacun peut monnayer ses talents – sauf que chacun se retrouve forcément tout seul et que le couple selon la tradition et l’hymne à la famille qui va avec sont en contradiction avec l’entrepreneuriat concurrentiel. Oliver n’est pas d’accord : certes, elle a trouvé la bâtisse et tout aménagé, mais c’est avec l’argent qu’il a gagné lui que tout cela a pu être acheté. Le reconnaître, compenser, rendre à chacun son dû serait la moindre des choses.

Les gosses, désépaissis avec les années, sont à l’université et regardent navrés le naufrage, tout comme la bonne (Marianne Sägebrecht, pas encore baleine de Bagdad Café). Le fils (Sean Astin) est plus proche du père et la fille de la mère, tout comme celle-ci a son chat Kity (Tyley) et Oliver son chien (Benny). Kity passera sous les roues de la Morgan sans que le conducteur le fasse exprès, Benny passera à la moulinette de Barbara exprès. Un amoureux des chiens ne devrait jamais se mettre avec une amoureuse des chats.

Oliver reste épris de Barbara, mais celle-ci a cessé de l’aimer – si jamais elle l’a vraiment aimé, ce dont je doute, la première scène de rivalité pour la sculpture étant révélatrice de sa volonté de s’opposer, voire de dominer. Elle n’a aimé que le sexe, occasion d’exercer ses talents de gymnaste et, quand le sexe s’est refroidi, elle n’a pas aimé la vie commune.

L’avocat Gavin (Danny DeVito,) ami d’Oliver, raconte alors pince sans rire à son client muet candidat au divorce combien ce fut la guerre, la guerre des Rose, analogue à la guerre des Deux Roses dans l’Angleterre du XVe siècle entre York et Lancastre. Le territoire français une fois fermé aux barons anglais pour y faire conquêtes, la guerre civile des barons anglais entre eux était inévitable pour arriver, piétiner le voisin et monter plus haut que lui. Même chose pour les Rose : une fois les gosses partis et la maison aménagée, la guerre civile n’a pu que naître dans le couple.

Nous passons à la comédie dramatique : aucun ne veut faire de compromis, chacun veut garder la maison. Mais la femme plus que l’homme, qui n’y a mis que sa collection de porcelaines. Le bâtiment n’est d’ailleurs qu’un prétexte à savoir qui domine : lorsqu’Oliver, après moult péripéties drôlatiques que je vous laisse découvrir à loisir, propose à Barbara de lui laisser cette maison et tout ce qu’elle contient si elle lui déclare que la sculpture d’ivoire qu’elle a acquise en renchérissant plus que lui jadis est à lui – celle-ci refuse tout net. Signe que ce ne sont pas les biens matériels qu’elle guigne dans le divorce, mais bel et bien l’affirmation de son pouvoir. La scène où le gros 4×4 macho rouge de Madame (fort à la mode dans les années Reagan) chevauche la Morgan racée blanche de Monsieur en dit long sur le fantasme féministe de niquer le mâle. C’est aussi un peu l’Amérique contre l’Europe, les pionniers contre les traditions.

Tout se terminera… comme il se doit. Personne ne va gagner et, dans un ultime geste d’amour repenti que je vous laisse saisir, Oliver va prendre conscience que Barbara au fond ne l’a jamais aimé.

DVD La Guerre des Rose de Danny DeVito, 1989, avec Michael Douglas, Kathleen Turner, Danny DeVito, Marianne Sägebrecht, Sean Astin, €8.30, blu-ray €15.96

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Le monde ne s’est pas arrêté de tourner

Tandis que j’étais moi-même absente du territoire, Tahiti a continué.

Alors que le maire délégué de Makatea attendait un signe fort du gouvernement Temaru, c’est une douche froide qu’il a reçue. L’arrêté portant refus à la demande de permis exclusif de recherche formulée par la SAS Avenir Makatea a été publié au JOF du 2 mai. L’objectif était de savoir s’il reste du phosphate sur l’île et en quelle quantité afin de déterminer si la relance de l’exploitation était faisable ou non et si elle est viable avant toute autre décision. D’importants travaux de réhabilitation de l’île de Makatea auraient pu être entrepris, comme c’est le cas sur l’île de Nauru. Il soumettra cette demande au nouveau président du gouvernement Président Flosse. Wait and see.

chapeau de paille polynesie

Le site Internet de l’Hôtel « The Brando » sur l’atoll Tetiaroa est fixé : http://www.thebrando.com. Le test du fonctionnement de l’hôtel est prévu au premier semestre 2014 avant l’ouverture à la clientèle prévue à la fin du premier semestre 2014. L’hôtel ne sera accessible qu’en empruntant la compagnie privée Air Tetiaroa qui desservira l’atoll avec deux Britten Norman Islander de dernière génération. La maintenance des appareils sera assurée par l’atelier « Polynésie perles ». Hiata vous souhaite un bon séjour in « The Brando » dans un proche avenir.

Encore et toujours le foncier, difficulté qui a pour nom indivision, mais aussi absence ou imprécision des documents fonciers, cadastre pas encore terminé, difficulté pour établir les généalogies, disparition progressive des tomite (comité, commission d’étude ; titre de propriété), et reliquat des irrégularités commises pendant la période coloniale. Aujourd’hui les transactions foncières sont régulières. On reconnait ici que le foncier est « la tasse de thé »  des Polynésiens car il sert de base aux retrouvailles des généalogies. Le problème foncier a une double origine : l’indivision, réalité culturelle de l’époque pro-européenne, l’État qui à l’époque coloniale n’a jamais mis les moyens pour déterminer avec justesse les terres de chacun. L’indivision a sauvegardé la propriété indigène face aux appétits des prédateurs. L’indivision ne disparaitra pas, elle évoluera. Aujourd’hui, chaque propriétaire estime qu’il possède une fortune foncière et se bat pour en tirer un profit maximum. L’attachement viscéral à la terre est un frein à la réalisation de projets, mais il disparaît en fonction du prix proposé !

Deux fois l’an, un spécialiste des troubles du rythme cardiaque, tachycardie, palpitations, problèmes cardiaques graves,  consacre huit jours à ses patients polynésiens. Un spécialiste de l’hématologie est venu en mission sur le territoire. Il consulte tous les deux ans notamment les patients polynésiens atteints de lymphomes, leucémies ou myélomes. Malgré tout, chaque année, 25 à 30 Polynésiens doivent être « évasanés » (évacuation-sanitairisés). Seules les leucémies aigues et les greffes de moelle contraignent au voyage vers la métropole. Les lymphomes et les myélomes sont traités au centre hospitalier sur place. Des études montrent qu’en Polynésie, le nombre de cas de leucémie aigues myéloblastiques est supérieur à la moyenne internationale. Une incidence plus importante qui s’expliquerait génétiquement. Hawaï est tout autant touché que le fenua.

fleur sabine

Les communes de Teahupoo et de Taiarapu Ouest proposent un projet pilote pour la mise en place d’un rahui. Le rahui de Teahupoo (connu pour les compétitions internationales de surf sur sa vague monstrueuse) couvre une superficie de 700 hectares, liés aux 2000 hectares de Te Pari classée en 1952. Deux communes bénéficient de cette zone protégée : Taiarapu Ouest (Teahupoo) et Taiarapu Est (Tautira). Ne comptant que les habitants de Teahupoo et Tautira, ce sont près de 2000 personnes concernées par le rahui et en totalisant ceux de Taiarapu Est et Taiarapu Ouest, ce sont près de 20 000 personnes ! Les objectifs principaux : préservation à long terme du milieu naturel. De très nombreuses espèces végétales rares ou médicinales sont présentes sur cette zone tout comme les espèces aviaires tel le héron strié, le ptilope de la Société ou encore l’hirondelle de Tahiti ; la gestion des espaces de loisirs qui concerne la vague mythique connue mondialement des surfeurs, que les lieux de promenade pour les invités des pensions de famille ; la mise en place d’un espace éducatif avec l’élaboration de projets scolaires pour les élèves de l’école primaire de Teahupoo, faire connaître le patrimoine culturel et naturel du Fenua aihe aux enfants.

Académicien, écrivain, auteur, interprète, Marc Maamaatuaiahutapu a tiré sa révérence le 21 août. Cette figure de la culture polynésienne a consacré sa vie à défendre et à promouvoir la langue et la culture polynésienne. Il avait fondé l’Académie tahitienne en 1972, était l’auteur de Te huno’a mana’o-ore-hia et de Te pe’ape’ahau’ore o Papa Penu’e’o Mama Roro (1971), d’immenses succès populaires. Il y a deux ans, une nouvelle série de représentations de cette comédie croquant, en tahitien, le quotidien d’un couple polynésien avait drainé une foule de spectateurs au Petit Théâtre et l’on avait pu apprécier  également à la télévision. Des hommages unanimes lui ont été rendus. P’tit louis aussi dans un dessin « en deuil » a fait dire à ses deux acteurs : « Pour sa dernière représentation le Père Maco… aura réussi à faire s’asseoir ensemble tous les crapoliticards, sans qu’ils s’engueulent ! Chapeau l’artisse… »

Hiata de Tahiti

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Tartuffe ou l’esprit français

Il existe peu d’études qui représentent autant la France que le Tartuffe de Molière (1664). Peut-être auparavant les Essais de Montaigne (1580) et, par la suite, le film Ridicule de Patrice Leconte (1996) ? Ces trois œuvres exemplaires sont issus de la religion : les guerres religieuses pour Montaigne, la cabale des dévots pour Molière, la pensée unique du jacobinisme de gauche sous Jospin pour Leconte. Les Français devraient relire Tartuffe. Et pas seulement les ados pour le bac !

Le 12 mai 1664, la pièce est présentée devant le Roi à Versailles et fait satire de la dévotion. Ce spectacle dans lequel les dévots sont présentés soit comme des ridicules (Orgon) soit comme des hypocrites (Tartuffe), dérange tout le monde, sauf Louis XIV. Il a applaudi la pièce mais doit l’interdire à la demande de l’archevêque de Paris parce que non politiquement correcte pour le temps. C’est que la singerie fait partie de la croyance, croit-on. A-t-on vraiment changé ? L’habit continue de faire le moine, malgré les exigences de vertu. Tartuffe est hypocrite et faux dévot. Orgon et sa femme Pernelle sont dupes, même si le bon sens populaire des servantes ou la jeunesse du fils Damis le sont moins.

Moliere Tartuffe jean le pautre

« L’hypocrisie est, dans l’État, un vice bien plus dangereux que tous les autres », dit Molière. L’hypocrite est celui qui agit d’une façon tout en pensant d’une autre. Il dissimule, ce pourquoi  Molière va parler de Tartuffe durant deux actes sans le montrer. Les autres personnages vont le décrire, tout comme la presse laudative de gauche décrit (sans enquêter) ces hommes politiques sains et intègres qui nous gouvernent après la tirade hollandaise du célèbre « moi, président de la République, je… ». « Cagot de critique » selon Damis, « gueux, qui quand il vint n’avait pas de souliers » et qui se comporte en maître selon Dorine, humble et doux, priant pieusement avec de grands soupirs selon Orgon – mais ambitieux, manipulateur et sans scrupules. Combien de ténors socialistes d’aujourd’hui peut-on reconnaître en ce portrait ?

Molière dans sa préface : « Le Devoir de la Comédie étant de corriger les Hommes en les divertissant, j’ai cru que dans l’emploi où je me trouve je n’avais rien de mieux à faire que d’attaquer par des peintures ridicules les vices de mon Siècle ; et comme l’Hypocrisie sans doute en est un des plus en usage, des plus incommodes, et des plus dangereux…». Le théâtre d’hier est aujourd’hui la presse indépendante. Edwy Plenel surgit en nouveau Molière, digne fils des Lumières et de la démocratie. Il attaque non seulement les vices ridicules de son siècle, de gauche comme de droite, mais surtout l’hypocrisie du déni. Faire la leçon au monde entier exige de la vertu personnelle. C’est loin d’être le cas !

  1. l’ex-candidat à la présidence DSK paye et brutalise des filles pour ses plaisirs ;
  2. la députée PS des Bouches-du-Rhône Andrieux est accusée de pillage de subventions via des associations de complaisance ;
  3. l’élue écologiste parisienne Lamblin est mise en examen pour blanchiment d’argent de la drogue ;
  4. le frère du sénateur socialiste Guérini est poursuivi pour détournement de fonds publics, corruption active et trafic d’influence ;
  5. le ministre Cahuzac chargé d’assurer la rigueur et de traquer la fraude fiscale dissimule non seulement un compte à l’étranger non déclaré, mais de probables commissions de lobbying ;
  6. le trésorier de campagne de Hollande Augier possède toujours des actions dans un paradis fiscal…

Évidemment il y a des « affaires » à droite (les frais de la mairie de Paris, les faux électeurs du Vè, Pasqua, Karachi, Bettencourt) – mais c’est la gauche qui fait le plus mal, car c’est la gauche qui exhibe sa vertu et prône la morale citoyenne. Est-on légitime à surveiller et punir quand on est faux dévot ? Ce pourquoi c’est un Français, banquier à Genève, qui a aiguillé les journalistes de Mediapart sur les bonnes pistes : il a déclaré lui-même à la radio être écœuré de la sempiternelle hypocrisie de ceux qui font la loi d’une part et la violent de l’autre.

tartuffe 2013

Molière oppose les dévots de cœur dont les actes sont humains et discrets, aux dévots de cour qui discourent de généralités avec ostentation sans mettre leurs actes en phase avec leurs hautes paroles. Il s’attaque au péché, non au pécheur. La tentation reste humaine ; prendre les mesures légales pour l’empêcher et assurer les moyens administratifs de la contrôler vaut mieux que disserter sans fin à la télé. « Ce n’est pas Cahuzac qui a seulement fait Cahuzac, écrit Marianne. C’est la faiblesse et l’indétermination de ceux qui l’entouraient, la pusillanimité des choix de ceux qui étaient censés le cadrer, le contrôler. » La véritable justice ne se fait pas mousser, elle procède pour ne pas se laisser prendre aux apparences. C’est le bien le reproche fait à François Hollande dans ces affaires que d’être naïf ou incompétent.

Mais la tartufferie va plus loin que la personne Hollande, peu affairiste, contrairement à Chirac. Molière dépeint une famille de la grande bourgeoisie qui cherche à se faire reconnaître des bien-pensants. Sous Louis XIV, il s’agissait de légitimité religieuse ; sous François Hollande, il s’agit de  cette nouvelle religion de gauche à la mode, à laquelle sacrifient les bobos parisiens. Sexe, fric, pouvoir restent la trilogie de la réussite – mais avec l’excuse d’appeler à la révolution et de s’indigner pour le tiers-monde (tout ce qui est loin et ne risque pas de venir troubler le confort immédiat). Pour Tartuffe, l’idéologie religieuse est un masque qui dissimule l’appétit pour le luxe et les femmes. Pour les bobos de gauche, le socialisme est un sésame qui les dédouane par bonne intention. Les journalistes, les producteurs de films, les grands patrons, les hauts fonctionnaires, les francs-maçons, sont conviés à aduler le nouveau riche, à le protéger, à lui donner du pouvoir – en un réseau d’intérêts croisés. Ces gens-là se croient donc au-dessus des lois, partie d’une élite qui se tient les coudes et pour qui (presque) tout est permis. Tartuffe n’est pas seulement un faux dévot mais aussi un libertin. « Le Ciel défend, de vrai, certains contentements, mais on trouve avec lui des accommodements » acte IV, scène V : comme DSK, comme Cahuzac, comme Augier… « Ah ! pour être dévot, je n’en suis pas moins homme ! » acte III, scène III.

Comme Tartuffe :

  • n’avouez jamais, car « ce n’est pas pécher que pécher en silence » acte IV, scène V (DSK).
  • usez de restriction mentale selon la doctrine jésuite (Pascal, IXe Provinciale) que prône Orgon (vers 1587 à 1592) : jurez ne pas avoir fait l’acte pourtant réalisé en disant seulement qu’on ne l’a pas fait un certain jour (Cahuzac).
  • excusez-vous des fautes commises par la bonne intention qui était à l’origine (Andrieux, Augier).

Mais où serait le pécheur s’il n’avait été accueilli dans la famille ou élu par le peuple ? Les citoyens ont les gouvernants qu’ils méritent et Tartuffe n’existerait pas sans la famille d’Orgon déjà en crise. Orgon vieillit et veut réaffirmer son autorité sur ses enfants ; la mère d’Orgon s’oppose à sa belle-fille ; la fille veut se marier mais pas contre son gré. Tartuffe est un instrument de pouvoir pour Orgon, mais ce dernier ne fait pas preuve de discernement. Tartuffe, tout en servant les desseins de bonne conscience et de paraître d’Orgon, en profite pour  amasser du vin, des repas, de l’argent, sa femme en passant, enfin sa fille et ses papiers compromettants.

Au final dans Molière, tout finit bien car les qualités du roi sont le discernement, la raison et la perspicacité. Louis XIV est l’antithèse d’Orgon, père aveugle, excessif et fanatique. François Hollande a-t-il cette force de décision de « l’État c’est moi » ?

Molière, Tartuffe, 1669, Bréal Connaissances d’une œuvre, présenté par Brigitte Prost 2000, €4.94

Molière, Tartuffe joué par la Comédie Française avec Robert Hirsch, Jacques Toja, Michel Duchaussoy, Bernard Alane, Claude Winter, DVD réalisé par Pierre Badel, 2008, éditions Montparnasse, 117 mn, €11.83

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Romain Gary, Les mangeurs d’étoiles

Ce roman, paru il y a un demi-siècle, reste d’actualité en Amérique latine, en Afrique, dans les pays arabes. Les mangeurs d’étoiles sont les hallucinés ; ils mâchent des feuilles, des herbes ou des champignons pour voir la vie en rose. Ils se gorgent d’idéologie, d’indigénité (appelée chez nous « identité nationale ») ou de religion. Ils se croient missionnés pour le Bien, faire le bonheur des gens malgré eux. Ce sont des dictateurs, des gourous, des « révolutionnaires ». Ou bien des colonialistes, exploiteurs ou donateurs à bonne conscience.

Romain Gary, né en Russie et arrivé en France à 14 ans, s’est engagé en 1940 dans la France libre. Compagnon de la Libération, il devient consul de France notamment en Amérique latine. C’est dire s’il connait bien des contrées et leurs mœurs, dans ces années 1960 toutes acquises aux « révolutionnaires » agrariens : Che Guevara et Fidel Castro. Sauf que lui les côtoie de près ; qu’il n’est pas intello de Normale Sup ni des cafés enfumés de Saint-Germain des Prés où l’on refait le monde en théorie dans un fauteuil. Il a connu la famine sous Staline, la guerre contre les fascismes et le cynisme communiste. Il est donc immunisé.

Ce qui nous vaut ce roman picaresque, écrit d’une plume alerte, avec la verve d’une jeunesse bien vécue. Avant Guy Debord, son humanité saltimbanque vaut bien la société du spectacle. La politique est un théâtre, pas plus honorifique que les acteurs des cafés-concerts ou les numéros de cirque des clowns et des acrobates – ou même des télévangélistes ! La faute à qui, si l’être humain est devenu histrion ? A la religion d’abord, puis au marxisme devenu dogme qui lui a succédé. Toute Vérité révélée se veut totalitaire. Ce ne sont pas nos imams braillards d’aujourd’hui qui démentiront le portrait.

Ce pourquoi il faut relire Romain Gary qui décortique avec jubilation ce grand guignol fait d’artifices et de coups de gueule, dont Chavez est le dernier avatar.

José Almayo est un pauvre indien Cujon (invention de l’auteur qui peut se prononcer couronne ou couillon). Il a le visage impassible d’un dieu maya, mais avec du sang espagnol. Poussé aux études par les curés, devenu prostitué à 14 ans pour acquérir la gloire de toréer, il enrage d’être peu doué et de se faire moquer. « Quand on est né indien, si on veut s’en sortir, il faut le talent ou il faut se battre. Il faut être torero, boxeur ou pistolero » p.117. On dirait aujourd’hui chanteur, footeux ou terroriste – mais rien n’a changé. A 17 ans, il quitte son gras protecteur pour revenir au village consulter le prêtre qui l’a sorti de la glèbe. Il n’a pas réussi avec Dieu et le bien, il lui demande donc par contraste quels sont les plus grands péchés. Le vieux lui répond la sodomie, l’inceste et le meurtre d’un religieux.

Tout ce qu’on lui a appris est faux. « En fait, tout était mal, il n’y avait de bien que la résignation, la soumission, l’acceptation silencieuse de leur sort et la prière pour le repos de l’âme de leurs enfants, morts de sous-alimentation ou d’absence totale d’hygiène, de médecins ou de médicaments. Tout ce qu’ils avaient envie de faire, les Indiens, forniquer, travailler un peu moins, tuer leurs maîtres et leur prendre la terre, tout cela était très mauvais, non ? Le Diable rôdait derrière ces idées, on leur expliquait ça sans arrêt. Alors, il y en a qui ont fini par comprendre et qui se sont mis à croire très sérieusement au Diable » p.133. Et aux Américains, puisque les bien-pensants de gauche les accusent d’être impérialistes – Almayo les trouve donc irrésistibles.

L’éphèbe José décide donc de changer de protecteur. Exit Dieu, appel au Diable, El Señor en espagnol. Il tue le prêtre « respectueusement », puis copule avec sa sœur (déjà déflorée par son frère aîné) ; la sodomie, il a déjà donné. Mais il sait que le cul est sans importance pour devenir quelqu’un. Il entre dans la police, se crée des protections, en devient chef, puis renverse le dictateur en place avec un quarteron de généraux, avant de faire place nette pour lui tout seul. La protection majeure est celle des États-Unis et, dans ces années de guerre froide, s’afficher marxiste est le seul moyen de faire affluer l’aide américaine. L’idéologie, il s’en fout, comme tous les histrions, Mélenchon y compris ; ce qui compte est la gloire, qui garantit le pouvoir et l’argent. Le monde a-t-il changé ?

Il cherche à rencontrer le diable et, pour cela, convoque les plus grands manipulateurs qu’il peut trouver. Staline est mort, comme Hitler, c’est dommage ; il se rabat sur le meilleur casting du temps. Le Dr Horwat le télévangéliste américain blond, Agge Olson le ventriloque danois, le jeune cubain supermâle aux dents aurifiées, Charlie Kuhn né Majid Kura à Alep le directeur d’une agence artistique, Monsieur Antoine le jongleur de Marseille, Manulesco le juif roumain violoniste, John Seldon l’avocat d’affaires du dictateur – et même la pute américaine, très jeune actrice nominée, qui lui sert de maitresse kleenex – sont des rôles composés. Tous se croient géniaux, utiles à l’humanité. Ils ne sont que des pantins mus par la vanité. Le pouvoir ou l’argent ne sont rien face à la gloire…

Le roman commence au moment ou le capitaine Garcia, aussi roublard et borné que le sergent de Zorro, reçoit l’ordre – donné par le dictateur lui-même – de fusiller tout ce petit monde, sa mère comprise. C’est que la révolution gronde à nouveau, un jeunot guévariste veut lui ravir la place. Quoi de mieux que de tuer des étrangers, d’en accuser le rebelle, et de recevoir des marines venus ramener l’ordre ? Sauf que rien ne se passe comme prévu. Le Diable se rit des humains qui croient en lui. Dieu aussi, semble-t-il, puisque la conne américaine, devenue sa maitresse, se sent coupable d’être née nantie, socialement inutile. Elle veut « se réaliser » et « s’exprimer », scies de la jeunesse des années 60. En voulant faire le bien elle fait le mal, tant l’enfer est pavé de bonnes intentions. Le développement trop brutal pousse les masses à la révolte, les réalisations « culturelles » se font au détriment de la misère et du chômage (n’est-ce pas, Martine Aubry ?).

L’auteur se place en observateur de la comédie humaine, ces « révolutionnaires » en paroles pour faire l’acteur, mais avides de gloire égoïste qui donne le pouvoir et l’argent. Il crée le personnage de Radetzky, conseiller de José Almayo, qui se dit ex-parachutiste de Hitler comme Skorzeny, en réalité journaliste suédois né Leif Bergstrom et aventurier comme Romain Gary. Lui aussi joue un rôle, la différence est qu’il ne se prend pas au sérieux et met sa vie en jeu.

Leçon du livre : « Après tout, il n’y a pas d’autre authenticité accessible à l’homme que de mimer jusqu’au bout son rôle et de demeurer fidèle jusqu’à la mort à la comédie et au personnage qu’il avait choisis. C’est ainsi que les hommes faisaient l’Histoire, leur seule authenticité véritable et posthume » p.386. Oui, mais l’histoire jugera – elle est impitoyable aux faiseurs.

Romain Gary, Les mangeurs d’étoiles, 1966, Folio 1981, 448 pages, €7.69

Romain Gary présente lui-même Les mangeurs d’étoiles en archives INA

Eva Bester parle en vidéo des Mangeurs d’étoiles sur Arte

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Alix, Roma Roma…

Voici un mauvais album d’Alix. Depuis le décès de Jacques Martin, l’équipe de scénaristes et dessinateurs n’est plus à la hauteur. Rares sont les dessins corrects, la fluidité et l’harmonie des corps de Jacques Martin fait défaut. Dans cet album, le scénario n’est pas mal (sans doute préparé par Jacques Martin lui-même puisqu’il en avait « une cinquantaine en réserve », disait-il) mais le dessin est médiocre, comme souvent avec Morales. Certaines scènes fissurent l’image vertueuse du héros Alix et déstabilisent le jeune lecteur. Comme si, après les attentats du 11-Septembre, rien ne valait plus que le cynisme du moment.

Ainsi était ‘La chute d’Icare’ : les pirates à son service ont été massacrés. Pompée veut désormais se venger. Quoi de mieux que d’opposer au protégé de César un sosie en plus dur et plus débauché ? C’est ainsi que le soudard histrion Sulcius va jouer le rôle d’Alix pour un massacre intime et politique. Le jeune Alix sera accusé devant les voisins, le Sénat et le peuple de Rome, il aura fort à faire pour prouver son innocence.

Mais la politique commande et lui n’est qu’un instrument. Il agit en Romain mais subit son destin sans guère intervenir : il n’appelle pas César, on l’appelle pour lui ; il ne s’évade pas, on le délivre ; il ne châtie pas Sulcius, mais le Prêteur le fait tuer. Le scénario, inventif en idées, est traité de façon plutôt rigide et ne suscite guère d’intérêt.

Les scènes dessinées rabâchent, elles repiquent aux albums précédents les sempiternels moments de tristesse d’Enak séparé d’Alix, de joie des retrouvailles, d’éveil sur une couche commune en pleine nuit, de jeunes échansons dans les scènes d’orgies, de désir sexuel suggéré de la part d’une femme ou pour une fille, en général en dernière case d’une double page pour le suspense hebdomadaire.

Mais la semaine suivante apporte sa déception, et même une certaine immoralité qu’on ne connaissait pas jusqu’ici à Alix : Ne voila-t-il pas qu’il veut une nuit violer Lydia ? « La chaleur et les circonstances m’ont égaré ! » Est-ce Alix, cet immature obsédé de sexe au comportement de banlieue ?…

Enak est déguisé en fille et se découvre un talent pour la comédie, tandis qu’une allusion pédérastique sous couvert de la scène vient donner le ton entre le grand blond et le petit basané : « ce faune lubrique veut que je l’accompagne dans ce bois, là-bas… » déclame Enak en ménade, agrippé par Alix en satyre velu. Où sont donc nos héros forts et purs d’antan ? Sont-ils démagogiques pour « coller » à la sexualité nourrie par internet et le porno-mobile du temps ? Sont-ils preuve de cet effondrement des valeurs qui touche toute la profession médiatico-artistique ? Faut-ils qu’ils jouent les « grands frères » comme dans les quartiers pour qu’on les lise ? Jusqu’à ce futur empereur qui joue les Delanoë en se parant à douze ans d’une perruque de fille et tortillant sa nudité devant le miroir (et sa soeur) !

Il y a donc perte d’imagination, manque de souplesse, dessin sommaire aux personnages microcéphales et aux enfants musclés comme des dockers, dérive morale et jeu dangereux avec le sexe et la politique. On ne retrouve plus Alix d’antan, celui que l’on aimait et admirait. Question d’époque ou lâcheté de l’équipe nouvelle en charge ? La série dégénère… Et l’on n’était encore qu’en 2005 !

Jacques Martin, Roma Roma…, 2005, dessin Rafael Morales, Casterman 48 pages, 9.51€.
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