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De Bellano à Varenna

En face de la pointe de Bellagio, vers le nord se dresse sur la rive gauche Menaggio et, sur la rive droite, Varenna. C’est dans ce bourg que nous finirons ce soir. Pour l’instant, nous prenons le bateau pour Bellano, un peu au nord. Nous passerons par les sentiers de pente pour rejoindre Varenna.

Au débarqué de Bellano, dans les ruelles étroites qui débouchent vite sur une placette appelée sans rire « Piazza » Santa Marta, se dresse la pâtisserie Lorla, « cafè haus ». Nous nous installons dans ce décor provincial, suranné et très calme pour y déguster un chocolat onctueux, épais et crémeux comme savent en faire les Italiens du nord. Le pâtissier expose dans la partie boutique un gros livre ouvert. C’est un traité de cuisine française, en français, écrit par les deux chefs parisiens du roi de Prusse en 1879. Le lecteur peut tout apprendre des secrets du pâté de faisan aux truffes ou du chou à la crème.

En face, s’élève une église, Santa Marta sans doute. Une Piéta de toute beauté est reconstituée grandeur nature dans la pénombre. Nous visitons un peu plus loin l’église des saints Nazarro et Celso (1348) où figure une Annonciation peinte et des fresques de 1530. Le reste du décor de l’édifice est assez récent, de type baroque jésuite. Deux anges potelés s’envolent avec le Christ en croix dans une grande torsion de buste. Ce contrapposto paraît encore plus osé lorsque, au pied de l’autel, on lève la tête : le groupe semble suspendu dans les airs par un fil, menaçant à chaque seconde de vous dégringoler dessus.

Nous prenons le chemin à pied. Il monte en escalier, coupant les virages plus sages de la route. Il se poursuit sans pavés dans la forêt à flanc de pente. Les arbres commencent à la lisière des maisons. Sur ce belvédère, nous avons une vue étendue sur le lac en contrebas. Las ! le temps est gris, brumeux, menaçant. Et il ne manque pas de commencer tout doucement à pleuvoir. Cette même pluie insistante, persistante, insidieuse, qui nous a accueilli dès le premier jour, déjà.

Nous déjeunons de nos denrées froides sur le parvis d’une église avant le hameau près de Varenna, sans doute San Giovanni de Perlada – église d’ailleurs fermée. A mon initiative, le menu est la bruschetta.

Recette :

Prenez du pain à croûte majoritaire (grillé, c’est mieux),

frottez-le d’une gousse d’ail odorant,

versez dessus un peu d’huile d’olive du pays,

et entassez-y des tomates bien rouges en tranches et de la mozzarella.

Saupoudrez d’un peu de sel aux herbes et de basilic frais ciselé

– vous avez là un met digne de l’Italie et bien meilleur à mon goût que la (trop souvent) pâteuse « pizza » !

Comme il pleut toujours, un café nous accueille pour une tasse de nectar chaud. Tout un pan de mur est réservé aux journaux, vendus aussi par le tenancier. Les magazines pornographiques sont placés « au-delà de la portée des mineurs » à près de deux mètres du sol – même les garçons de 14 ans ne peuvent pas les atteindre, pas plus d’ailleurs que le patron qui est obligé de monter sur un escabeau ! En Italie, tout ce qui est sexe est pénitence. Dans ces vallées de montagne resserrées les familles se sont souvent unies entres elles, ce qui explique les quelques débiles profonds que l’on rencontre parfois. A une table du café, un garçon est dans ce cas, accompagné de deux plus grands.

Lu ces scandales locaux dans le Giornale di Lecco : « tutti nudi si stuffano nal lago davanti ai passanti ». On se croirait du temps de la reine Victoria car, si je traduis bien, cet énorme scandale à mémère ne signifie que « tous nus, ils plongent dans le lac sous les yeux des passants ». Pas de quoi en avoir une attaque ! Plus grave peut-être est ce second titre : « Rischia di partorire in spiaggia mentre il marito fa surf » – ce qui doit signifier à peu près « elle risque d’accoucher sur la plage pendant que son mari fait du surf ». On ne badine pas avec l’enfant ici, même encore à naître ! Tous les petits sont un peu Jésus pour le catholicisme doloriste italien.

Nous redescendons vers le lac en passant devant des terrains de tennis municipaux sur lesquels une pancarte avise les jeunes de « pénétrer avec les chaussures adaptées » et « de ne pas jouer torse nu ». Notre maire qui est aux vieux, ne nous induisez pas en tentation ! – psalmodient les bien-pensantes d’ici. Nous montons vers la tour restaurée en effectuant un passage d’étape à l’église saint Roch. Le saint y est figuré en robe de bure accompagné de son cochon. Mort à Montpellier en 1327, Roch qui a réchappé de la peste est considéré comme thaumaturge, surtout après que la puissante confrérie de Venise, qui se réclamait de lui, ait pu s’approprier ses reliques. En face est dressé un petit cimetière au-dessus de l’entrée duquel plane une petite fille en ciment qui a cueilli des fleurs. Elle les tient dans le bas de sa robe, soulevant la toile dans un mouvement étonnant puisqu’elle offre la vision de ses cuisses nues au regard du spectateur.

Une vieille à béquilles passe avec son chien. André traite la bête, par dérision de lupo. Que non ! se récrie la vieille, ce n’est pas un lupo mais un cane. Ne pas confondre ! Elle s’en esclaffe de cette gaffe. Non, c’est bien un cane, elle en a un piu grosso et un picolissimo, mais celui-là est un cane tout simple. Jean lui gratte l’oreille (au cane qui n’est pas lupo, dieu merci !). Survient une étrangère portant parapluie – car il pleut toujours ! Le chien se précipite, agressif. Jean se trouve obligé d’intervenir, de calmer ledit cane et de raccompagner la dame en sens inverse sur le chemin. Elles sont impressionnées, les filles du groupe ! Elles en parlaient encore le soir. Quant à la vieille, elle ne dit rien.

Nous croisons sous la pluie un groupe de scolaires d’une douzaine d’années qui redescendent de la tour, attraction touristique locale consolidée de l’ancien château médiéval de Vezio. Deux garçons commentent les épées, arbalètes et armures dont les copies sont en vente au kiosque à souvenirs près de la tour. Ils ont l’enthousiasme de leur âge pour tout ce qui est viril et guerrier. La tour et ses créneaux ont été restaurés à la Disney et je comprends que cela impressionne le très jeune âge.

Nous redescendons vers le lac et Varenna. Il pleut toujours et nous en profitons pour perdre quelques-uns du groupe, comme hier, de véritables gamins de 65 ans qui se laissent mener sans faire attention à rien, ne jetant pas un seul coup d’œil pour voir où se dirigent ceux qui vont devant.

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Café et chocolat, économie cubaine

Le bus nous conduit chez une femme qui nous sert du café de sa production et du chocolat planté et récolté par elle-même. La particularité du café local est que les grains sont torréfiés mélangés à du sucre. Le procédé a été introduit par les Français lorsqu’ils se sont installés dans la région en provenance d’Haïti. En caramélisant, le sucre adoucit l’amertume du grain et donne un breuvage étrange, parfumé comme ces cafés du nord de la France longuement passés.

Le chocolat est une cosse dans laquelle s’entassent les fèves gélatineuses dont l’enveloppe, un peu acidulée, a le goût du litchi. Une fois ouverte la cosse, on laisse fermenter les fèves dans leur enveloppe quelques jours, puis on les sèche au soleil. Une fois grillées, on les moud et cela donne de la pâte à 100%. Le pot de pâte que l’on nous montre sent très fort le chocolat. On ajoute un peu de beurre de cacao pour former des boules qui seront à râper pour faire la boisson, ou des plaques au moule qui seront à croquer. Nous goûtons de tout cela mais personne ne se décide à en faire emplette, au grand dam de la femme. Café comme chocolat sont plutôt bruts ; nous avons l’habitude de produits plus raffinés. Si Cuba ne produit que des matières brutes, comment voulez-vous qu’il les vendent dans le reste du monde ?

gavroches torse nu cuba

En revenant vers la ville, nous remarquons de nombreux adultes, jeunes et gamins, torse nu sous le temps gris, moins vêtus qu’en plein soleil. De jeunes garçons jouent au ballon sur les terrains boueux pieds nus et en seuls shorts sous la pluie. Philippe me fait remarquer qu’à l’inverse d’hier, la population d’ici comprend plus de gens au teint clair. Peut-être est-ce l’effet des villes ? Les Espagnols de la conquête s’étaient rassemblés dans les villes dès l’arrivée de Diego Velasquez en 1510, les esclaves Noirs importés ensuite étaient répartis à la campagne, dans les plantations de l’intérieur. Les Français, une fois quitté Haïti, ont fait de même.

Nous notons encore ces slogans vides, agaçants d’activisme stérile, sur les murs. Ils sont entretenus par les brigades d’activistes des CDR, ces Comités de Défense de la Révolution : « combat et vigilance », « justice sociale », « tous derrière le 26 » – ce fameux jour de juillet où Castro et ses partisans ont attaqué la caserne de la Moncada. Malgré l’échec de cette tentative, et la mise en prison de Castro, cette date marque le début symbolique du soulèvement.

slogans cuba

Le long de la mer, où la jetée est bordée d’immeubles de béton carrés et lépreux – de style parfaitement « socialiste », identique à Moscou comme à Douchanbé – se tient un marché « libre ». Supprimé en 1986 pour incompatibilité avec « le socialisme » le marché libre a été rétabli après 1991 lorsque « le socialisme » a fait faillite à l’est et que même la Chine s’est ouverte au pragmatisme. Castro s’est vu obligé de mettre du Coca dans son rhum. Quelques kilos de tomates minuscules voisinent avec des oranges un peu sèches. Tout cela est « bio », sans engrais car il n’y en a pas, mais n’a pas l’air de faire saliver les bourgeoises de gauche du groupe (tendance « caviar ») qui préfèrent le bio cher et calibré aux productions biologiques réelles de la nature. Il y a du monde au marché libre en ce lundi soir. Le rationnement des produits de base a toujours cours à Cuba. Chaque matin nous voyons la queue devant la boulangerie où chacun vient retirer avec ses tickets la ration de pain de la famille.

Les mauvaises langues accusent le blocus américain, bouc émissaire facile. Si le blocus a sa part, incontestable, de la pénurie endémique à Cuba, il n’est pas la raison de la faillite du système ! D’ailleurs, depuis 2000, 80 000 barils de pétrole sont importés du Venezuela, payables en biens ou en services – comme quoi le blocus américain n’est pas un blocus « mondial » ! La Révolution a tout de même (en 55 ans !) largement eu le temps de trouver des alternatives aux échanges avec les États-Unis. Encore faut-il des produits attrayants sur le marché mondial pour échanger. La monoculture du sucre, et l’activisme à la Mao qui a poussé les récoltes au détriment de toutes autres productions ou industries, a enfoncé Cuba dans la dépendance tiers-mondiste au lieu de l’en sortir.

cuba bandera

Fidel Castro se méfiait des villes ; elles étaient pour lui des centres de vices. Il a donc perpétré volontairement un système de type « colonial » où l’île ne fournit que des matières premières et des denrées agricoles (sucre, tabac, café, bananes) aux pays industrialisés qui lui vendent des produits usinés et finis… Il a préféré s’appuyer sur les paysans comme l’Instituteur chinois, et croire que la réforme agraire allait régler tous les maux du pays. Le paysan allait régénérer moralement la société avec ses valeurs terriennes (n’est-ce pas, maréchal ?). Le vieux fond catholique des Castro – élevés chez les Jésuites – se rapproche étrangement de la « révolution nationale » entreprise sous Franco et Pétain…

Échec : la nature ne se décrète pas, pas plus celle des plantes que celle des hommes. Éduquer pour faire des paysans, c’est gaspiller l’éducation. Se cantonner à l’agriculture, c’est ne pas vouloir s’élever dans la technologie et se soumettre au climat – notamment aux ouragans, très courants aux Caraïbes. S’enfermer dans la monoculture, c’est se mettre à merci des prix mondiaux comme des changements de mode (la sucrette, à base d’amidon de maïs, remplace le sucre de canne pour raison d’obésité). En bref la révolution dégénère en réaction lorsque le leader maximo ne veut pas lâcher le pouvoir pour le remettre « au peuple » dont il se réclame. Naît alors, à Cuba comme hier à Moscou, un « socialisme réel » qui ne renvoie pas dans l’utopie des croyances mais impose ici et maintenant : son inefficacité légendaire, sa morale antiéconomique et sa bureaucratie gaspilleuse. L’anecdote soviétique bien connue s’applique ici comme ailleurs : « le socialisme est instauré au Sahara ? – bientôt il y aura des tickets de sable ».

Après 55 ans, le rationnement n’est plus justifié par la « juste » répartition de la pénurie. Il s’agit d’autre chose, de l’institutionnalisation d’un contrôle étroit de la population, avec cette arrière-idée morale qu’il ne faut rien laisser faire afin de tout contrôler, que seul l’État et ses fonctionnaires (contrôlés par le parti unique) savent mieux que les individus ce qui est bon pour chacun – car chacun ne doit rien être de plus qu’un rouage du collectif – dont la reine est Castro, comme chez les fourmis.

Seule la croissance peut apporter le progrès, pas uniquement le progrès de la technique et de la consommation mais aussi le progrès social et même le progrès de l’esprit, en dégageant du temps pour se cultiver. La croissance augmente la richesse globale du pays et élève le niveau de vie. Elle accroît la rentrée des taxes et la possibilité des investissements publics comme de la redistribution sociale par l’État. Mais, pour que la croissance soit, il ne suffit pas d’assurer l’éducation primaire et le réseau sanitaire – il faut aussi favoriser l’initiative, encourager l’entreprise (c’est-à-dire la prise individuelle de risques) et s’ouvrir sur le monde. Rien n’empêche que l’État soit fort, ni qu’il réglemente ou redistribue par l’impôt; rien n’empêche qu’on stigmatise la « croissance pour la croissance » en tempérant les appétits et l’obsession du rendement – mais cela doit être mesuré à l’intérêt général de la population et non à quelques principes dogmatiques ou quelques privilégiés de caste ! La morale n’a pas intérêt à oublier l’économie, même si l’économie ne peut pas être l’absolu des sociétés.

macho 13 ans cuba

Ces enfants vigoureux, ces garçons solides et ces filles bien faites, ne doivent pas être réduits par l’étatisme à la condition de paysans ou de prostitué(e)s. Ils méritent mieux. Bien conduite, avec une transition comme la Chine l’expérimente, l’ouverture de Cuba ne conduirait pas à l’américanisation immédiate, grande crainte du pouvoir.

Mais on peut être sûr que – si rien n’est fait – toute contestation du pouvoir actuel conduira immédiatement et absolument à l’américanisation, faute d’alternative. Les gens d’ici, dès qu’ils peuvent  votent déjà avec leurs rames en s’enfuyant sur des radeaux de fortune pour gagner la Floride, pourtant « enfer capitaliste »… L’île de Cuba redeviendra ce bordel de l’Amérique, ce paradis de l’alcool, du jeu et du plaisir entre les mains des mafieux qu’il était sous Batista. Je ne le souhaite vraiment pas, mais rien de pire que les vieux cons qui ne veulent pas décrocher ! (Voyez Le Pen…)

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Tahiti chante et bouffe

Kung hi fat choy, bonne année du lièvre ou du lapin. Il fait chaud 28°5C dans le fare, 83% d’humidité, un rhume carabiné, un ciel plombé. Après les mangues, ce sont les avocats en veux-tu, en voilà ; les caramboles, en veux-tu, en voilà ; les litchis chevelus, en veux-tu, en voilà. Si tu en veux tu te sers. Pour le moment je vis seule dans un grand fare de 100 m² avec pour seule compagne Grisette qui me fait l’honneur de m’autoriser à lui servir ses repas !

Préparée de longue date, reportée à cause de l’accident à l’œil de L., la lecture biblique adventiste a commencé lundi, pendant cette semaine de congés scolaires. Il faut trouver un endroit où dresser le chapiteau, il faut trouver une bonne âme pour fournir le courant, il faut transporter les chaises, propriété de l’église.

Le prédicateur est L. assisté de sa sœur T. qui traduit en tahitien. Sur l’écran, le rétroprojecteur diffuse les paroles des chants, les dessins, les photos, les versets de la Bible. La vidéo vous en donne un extrait, avec les paroles sur écran.

2011 02 chant tahiti hiata
envoyé par argoul.

Pendant une heure de 19 à 20 heures, les croyants, les curieux, les Autres écoutent. La chorale de l’église offre plusieurs chants à l’auditoire tandis que les enfants jouent, se lèvent, chahutent ; les mères essaient de les calmer pour un instant, ou les emmènent dans la voiture ou dans le fare s’il est proche quand ils crient trop !

Dans les districts, les gens sont heureux de trouver là une distraction. Les villages de Tahiti ne ressemblent pas aux villages français regroupés autour de l’église ou le temple, la mairie et l’école. Les habitations sont construites le long de la côte ou dans la profondeur des vallées. Elles s’étendent ainsi sur des kilomètres et ne bénéficient pas d’un « centre ». Un grand nombre d’auditeurs sous le  chapiteau sont protestants, mais l’Église adventiste leur apporte une lecture de la Bible qu’ils ne connaissent pas. S’ils vont à l’office le dimanche bon nombre de protestants ne possèdent pas même une Bible dans leur fare ou s’ils en ont une, l’ouvrent si peu !

Le prédicateur, qu’ils connaissent tous, doit toutefois dire et redire qui il est, le fils de, marié à, travaillant où, ayant eu un accident quand, etc. Cela alimentera les conversations à la maison ou dans le voisinage pendant quelques jours. Radio cocotier !

A la fin de cette semaine de lectures, de chants et de réflexions, les Adventistes offrent toujours du ma’a (de la bouffe) faite par eux-mêmes. Le jour de clôture, on devra  rajouter des chaises. Il y aura beaucoup de monde. Jeudi soir n’était pas le dernier jour mais c’était Le Jour. Il y avait le public habituel et qui sera encore là demain soir, mais tapis dans l’ombre… les vautours.

Dès que L. annonça la fin de sa prédication, des tables remplies de victuailles firent leur apparition, il y avait beaucoup de ma’a : sandwiches, crêpes, gâteau beurre, gâteau bananes, gâteau chocolat, canapés de toutes sortes, citerne de jus – à vue de nez pour au moins 100 personnes. Les auditeurs journaliers étaient chaque soir environ une cinquantaine. Petit problème : combien de vautours a-t-il fallu pour nettoyer le reste ? En 20 minutes, il ne restait plus une miette, plus un relief !

Connaissant la voracité, la rapacité des vautours (à deux pattes mais sans ailes), on ne met plus d’assiettes en carton à leur disposition. Du reste que ferait d’une assiette en carton un vautour ? Ils se servent des plats ou des couvercles des plats sur lesquels les donateurs avaient apporté le ma’a pour les remplir de toute la bouffe : six tranches de gâteau roulé.

Une femme enfourne une tranche dans sa bouche, saisit de sa main libre quatre autres tranches, avant de fondre sur le gâteau au chocolat. Elle prend une poignée de petits cubes, s’en enfourne deux dans la bouche, passe ainsi tous les plats en revue, enfin… ceux sur lesquels sa voisine ou cousine n’a pas pillé ! Dur, dur pour les invitants de retrouver leurs plats marqués de leur prénom et nom sauf si un gamin a eu la bonne idée d’aller chercher une gamelle chez lui !

Je suis fiu d’entendre les moteurs de la tondeuse et de la débroussailleuse qui coupe le gazon depuis des heures. Après cette évocation de bâfrerie, je vais aller m’oxygéner !

Niu niu

Hiata de Tahiti

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Dîner sympathique

Article repris par Medium4You

Il fait froid, la neige menace, le climat ne se réchauffe que chez les écolos. Lançons donc une invitation aux amis. Durant les fêtes, c’est de saison. Ce sera un repas chic.

Nous commencerons par un apéritif au champagne et foie gras, histoire de mettre en bouche les papilles et de lancer la conversation. Rien de tel que les bulles dans le verre (pas en bourse !) et la douceur du gras parfumé (sur la langue) pour faire pétiller les idées et rendre les mots plus doux. Contrairement aux idées reçues de ceux qui n’ont jamais essayé mais préfèrent s’en remettre au scolaire des profs de cuisine, le champagne va très bien au foie gras. Il opère par contraste, râpeux contre glissant, acide contre douceur, la longueur en bouche accompagnant la gorgée. Évitez le pain d’épice pour les toasts, j’ai préféré le tout bête pain de campagne au levain, coupé en fines tranches et grillé, avant d’en tartiner le foie gras.

En entrée, la mousse au fenouil, avec crevettes d’accompagnement pour la saveur. Mixer du fenouil blanchi avec une cuillérée de pastis (1 bulbe pour deux personnes), ajoutez par personne un jaune d’oeuf et son blanc monté en neige (après refroidissement), de la crème fleurette montée en chantilly et deux feuilles de gélatine. Laissez au frigo deux heures au moins. C’est doux et délicat, vous verrez.

La résistance opère sur la volaille. Continuité des saveurs, un poulet au vin jaune poursuit bien la lancée apéritive. Rien n’est pire que le choc de goût entre ce qui commence et ce qui vient. Imaginez des horreurs comme des toasts aux anchois et du pastis, par exemple, de quoi vous massacrer les papilles pour la suite ! Non, je n’ai rien contre les mets du sud, mais ils doivent être mis en harmonie avec la suite. Avec l’apéritif violent, pourrait suivre un bar grillé et un tian de poivrons, aubergine, tomate – là, pas de mise à mal. Mais ce n’était pas mon choix du dîner.

Le poulet au vin jaune doit longuement mijoter pour être savoureux. Le vin doit s’être évaporé aux trois-quarts pour perdre cette amertume qu’il peut avoir brut. Pour éviter de faire gras, j’ai choisi des filets sans peau plutôt que des cuisses ou un poulet entier en morceaux. Si vous laissez la peau, faites revenir les morceaux avant de dégraisser ; si vous utilisez comme moi des filets nus, évitez de les durcir en vous la jouant scolaire (faire revenir parce que c’est écrit dans les livres)… Pensez un peu tout seul : la chair du poulet est fragile (comme celle du lapin), si vous voulez qu’elle se parfume de la sauce, laissez-la telle qu’elle sans la raidir ! Donc une échalote émincée en fond de cocotte, les filets de poulet sans peau par-dessus, versez 40 cl de vin jaune et faites mijoter 40 mn. Pas de sel. Si vous êtes un malheureux accro, génétiquement tenu de consommer vos cinq kilos de sel par an en souvenir de la gabelle, salez aux deux-tiers de la cuisson. Pour ma part, pas de sel ; le goût du vin fournit la petite pointe nécessaire à le remplacer.

Préparez durant le mijotage vos morilles (ou autres champignons de goût). Une fois lavées si elles sont fraîches, éventuellement réhydratées selon les rites parce qu’on est fin décembre, mettez-les à cuire à feu doux dans une bonne dose de crème fraîche. Il faut qu’ils l’absorbent presque entièrement. Une fois les cuissons du poulet et des champignons faites, mélangez les deux dans le plat tenu chaud.

Vous pouvez, pour la variété de goût et pour l’œil, préparer un autre légume. J’ai choisi la douceur d’un mélange de navet jaune et de pomme de terre, cuits à la vapeur. J’ai accompagné ce met tout simple d’un mélange de poireau et d’oignon revenu au beurre, pour le contraste. Le tout se marie bien avec le poulet au vin jaune. Pour déguster, nous avons poursuivi au champagne, mais vous pouvez boire un vin blanc un peu sec, du genre Chablis ou côte du Jura.

Restons Jura avec le fromage, un Mont-Dore crémeux, servi dans sa boite à la cuiller. Il est accompagné d’une salade aux herbes avec une vinaigrette aux proportions inverses du manuel scolaire : deux cuillérées de vinaigre (de Xérès) pour une seule d’huile (de noix). Avec du poivre et éventuellement un peu de sel. Les herbes ont besoin d’être avivées. J’ai mélangé à de la laitue de l’estragon et de l’aneth (une botte à chaque fois). Cela change de la banalité. Vous pouvez évidemment remplacer une herbe que vous n’aimez pas par une autre, par exemple persil plat et menthe fraîche, ou coriandre et aneth.

Le dessert fut tout chocolat, cette fois acheté en pâtisserie, chez Mulot boulevard Saint-Germain (Pierre Hermé est excellent mais vraiment cher). Mais vous pouvez finir par une glace (bien que pas vraiment de saison), une crème brûlée ou une salade de fruits.

Tout cela nous a conduits de vingt heures à minuit, tranquillement, au gré des saveurs et des bons mots. Après tout il faut vivre. Comme pour le reste, autant le faire bien.

Je vous souhaite de bonnes fêtes et un bel appétit !

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