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Samsara de Ron Fricke

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Ce n’est pas un film d’action mais un documentaire de contemplation. Retour au muet, mais en couleurs. Sur une musique planante, des vues de paysages somptueux, de monuments célèbres et de gens pittoresques se succèdent sur une heure et demi. C’est beau et décevant.

Les montagnes, les vallées, les déserts, survolés à la Yann Arthus-Bertrand séduisent toujours ; les hauts-lieux se reconnaissent, induisant une connivence ; les enfants colorés, les femmes allaitantes, les hommes impassibles et les vieillards ridés sont l’humanité. Mais quel message passe de tout cela ? Que la planète est une dans sa diversité ? En ce cas manquent cruellement les petits blonds de Russie, d’Europe et d’Amérique du nord. Les Boys Choirs d’Oxford ou les rats de l’Opéra parisien sont-ils moins humains que les Ladyboys de Thaïlande ou les karatékas en kata de Corée du sud ? Les pays nordiques et le grand nord n’ont pas non plus séduits le réalisateur ; la seule neige présente est celle du Tibet, puis aux alentours du Mont-Blanc.

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Tourné dans 25 pays durant 5 ans, ce film semble un digest accéléré de cent trente ans de National Geographic à l’usage des Nuls, sans que jamais le lieu ne soit nommé, ni que les populations ouvrent la bouche. Nous sommes dans le grand mélange multiculturel aseptisé, vu de Sirius, comme si la pellicule devait servir à informer quelques extraterrestres sur ce qui se passe sur la planète bleue. Il me rappelle ces PowerPoint animés que s’échangent les plus de cinquante ans sur les merveilles de la nature, les lieux connus les plus célèbres et les amours des bêtes.

Images léchées en 70 mm panavision, couleurs saturées, mise en scène ludique, il s’agit de pure performance. Comme si la technique était l’alpha et l’oméga de la culture américaine d’aujourd’hui. Le monde apparaît plus beau que nature. Même les machos à kalach des pays musulmans, hiératiques face caméra, sont nimbés d’une certaine noblesse par l’objectif. L’Europe n’est illustrée que par deux jeunes filles au ventre nu qui déambulent sous la galerie Vittorio Emanuele de Milan, et par deux jeunes hommes assis torse nu, la gorge barrée d’une chaîne de métal. Aucun enfant, alors qu’ils sont pléthore sur l’Asie et l’Afrique.

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Il n’y a guère que les Yankees adipeux, saisis en accéléré en train de bâfrer des burgers, de s’empiffrer de frites picorées en accéléré, de s’ingurgiter des bocks de coca sans respirer, qui aient l’air de ce qu’ils sont : laids et vulgaires, incultes. Les seuls adultes blancs « normaux » américains (ceux que l’on peut rencontrer dans la rue) sont un trio familial de nracistes, nationaux Riffle associés, fusils en main, crosse rose pour la fille…

Certains appellent ce documentaire filmique un « poème » ; il est pour les incultes. Certes, les images en accéléré des paysages sous les étoiles ou au lever du soleil sont édifiantes, montrant le temps qui passe et l’ossature de la terre qui reste. Certes, les gestes mécaniques des chaînes de production ou d’abattage des volailles ou des porcs (de quoi dégoûter le quart de l’humanité musulman) apportent un certain humour. Certes, les défilés militaires rythmés et les saluts matinaux au président des usines asiatiques prouvent la robotisation des êtres. Mais pour quoi dire ? Ron Fricke est photographe et monteur, pas auteur. Il n’est pas à la hauteur. Plus qu’hypnotique, il est un brin soporifique.

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Le New Age n’est pas spirituel, il n’est qu’une consolation vite faite pour gens pressés. Toutes les cérémonies religieuses juxtaposées dans le film en restent au pittoresque, tournées en clichés, même si la pierre noire de La Mecque, vue de haut, est rarement filmée. Le sublime recherché dans les travellings aériens effrénés aplatissent les paysages. Le misérabilisme des putes thaïs se trémoussant en bikini et hauts talons, ou des gestes à la chaîne des soudeuses coréennes en usine, ou encore des gamins philippins en marcel lâche trifouillant les champs d’ordures, ne veut rien dire. La roue de la vie exige des causes aux conséquences, une vie antérieure pour préparer les vies futures.

Le monde dans lequel nous vivons – le samsara – est mêlé de bon et de mauvais, de sublime et d’ordure. Mais juxtaposer sans ordre les scènes par leur ressemblance ne signifie rien, alors que le terme samsâra dans l’hindouisme exprime l’ensemble de ce qui circule. Pauvre multiculture globish, qui mêle sans comprendre… jusqu’à l’inculture, la seule technique tenant lieu de lien humain.

Vous pouvez sans état d’âme offrir ce film en cadeau, tout le monde « aimera » – comme on « like » sur Facebook. Mais n’y cherchez pas une œuvre, ce n’est qu’un documentaire ripoliné passe-partout.

DVD Samsara de Ron Fricke, 2011, ARP sélection 2013, blu-ray €18.79

Le Samsâra de Pan Nalin est bien meilleur, enraciné dans une culture, contant une histoire, ouvrant sur l’avenir.

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Simone Stritmatter, 40 rue Zitna Prague

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Les professionnels qui se reconvertissent sur le tard à l’écriture ont beaucoup de mal à quitter l’univers qu’ils connaissent bien pour bâtir une « histoire ». Car, pour faire de la littérature, il ne suffit pas d’écrire, encore faut-il avoir quelque chose à dire et savoir captiver. Ces trois éléments sont indissociables pour concocter un bon roman.

Pour Madame Strimatter, l’écriture est au rendez-vous, c’est fluide, en bon français ; ne restent que quelques fautes d’accents, de noms propres et d’accords, que l’éditeur aurait dû au moins corriger. En revanche, l’histoire n’en est pas une, le lecteur ne sait pas où l’auteur l’emmène. Quant à captiver, seuls les deux premiers chapitres « accrochent », la suite est décousue et la fin se perd dans les sables…

Personnalité double, perversion narcissique, destins orphelins – tout cela est bien compliqué pour créer et faire aimer des personnages en quelques dizaines de pages seulement. L’auteur, femme et pharmacienne, épouse le destin d’une orpheline mariée à un content de lui manipulateur. Mais elle crée son double délinquante, sœur de lit à l’orphelinat de Prague. Et introduit le personnage improbable d’un étudiant japonais qui réussit à parler sans accent en quelques semaines (!) mais dont on ne voit pas vraiment quel rôle il joue dans tout ça.

Que vient donc faire Prague dans cette histoire, pourquoi les personnages ont-ils des prénoms aussi bizarres qu’Elizbieta et Ivanka, en quoi la chute (elliptique) de la narratrice dans un escalier est-il le moteur d’une quelconque aventure ? Surtout lorsque ce canevas se voit ponctué de rajouts techniques de style Wikipedia, pour définir chaque terme un peu obscur. Est-on dans le documentaire ou dans la littérature ?

Seule la façon d’écrire sauve l’ensemble, bien bancal, sans récit qui retienne l’attention ni personnages attachants, dont le message psy est lourdement asséné.

L’auteur voudrait faire passer la dimension perverse dans un caractère de patron-époux bien particulier. Mais elle l’évoque à peine. La perversité relationnelle consiste à utiliser l’autre pour rejouer (en inversant les rôles) les souffrances subies dans l’enfance. Quand l’autre endure, l’enfant traumatisé jouit. Il recherche un sentiment de toute-puissance, de domination absolue sur sa victime et pour cela la déshumanise, la chosifie. Dommage que cette dimension victime-bourreau n’ait qu’une traduction timide dans ce roman, comme si l’auteur n’osait pas. Le personnage du pervers aurait pu flamboyer, bien mieux que le noir-et-blanc conventionnel ; l’orgie narcissique aurait donné une dimension mythique à la bien pauvre histoire sans début ni fin qui nous est relatée.

Pourquoi le personnage du pervers narcissique n’est-il pas plus fouillé, mieux détaillé, rendu énorme et évident tel qu’il devrait être ? En quoi les deux orphelines créent-elles un suspense pour faire avancer l’intrigue ?

Vite lu, que retient-on de ce roman ? L’envie de voir l’auteur conter enfin une histoire dans un autre tome ?

Simone Stritmatter, 40 rue Zitna – Prague, 2014, édition Jérôme Do Bentzinger, 140 pages, €20.00

Attachée de presse Guilaine Depis, 06 84 36 31 85 balustradecommunication@yahoo.com

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1914 jusqu’à Tahiti !

On a commémoré les cent ans du bombardement de Papeete le 22 septembre 1914 par des croiseurs cuirassés allemands qui voulaient faire main basse sur un stock de charbon.

papeete bombardee 1914

A l’époque, Papeete comptait moins de 4 000 habitants, le tiers de la population de Tahiti. Les constructions étaient en bois, les communications très lentes, le canal de Panama venait d’être ouvert trois semaines plus tôt, il n’y avait pas de station de radio.

En ce matin du 22 septembre 1914, les croiseurs de bataille de la Kriegsmarine Scharnhorst et Gneisenau, flanqués de leurs navires ravitailleurs, s’approchent de la passe de Papeete. N’arborant aucune couleur, on doute encore de leur nationalité.

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gneisenau

[Argoul 05/12/2014 : Comme me le fait justement remarquer Jean-Claude, la photo du Gneisenau ci-dessus n’est pas celle de 1914 mais date de la Seconde guerre mondiale. La Kriegsmarine a en effet mis en service en 1906, puis en 1938, deux sisterships Scharnhorst et Gneisenau qui se ressemblent comme deux gouttes d’eau. Le Gneisenau qui a attaqué Papeete avait donc l’allure du Scharnhorst ci-dessus, avec quatre cheminées à charbon flanquées de deux mâts.]

Vers 8 heures, un coup de semonce est tiré depuis les collines de Papeete où Destremau, le commandant de La Zélée, a fait installer les canons. Les pavillons allemands sont hissés sur les deux croiseurs de la marine impériale commandée par l’amiral von Spee. Le commandant Destremau ordonne le dynamitage de la passe de Papeete et la destruction de 2 000 tonnes de charbon stocké sur les quais, convoitise des ennemis.

Réplique immédiate, les Allemands bombardent Papeete, La Zélée est coulée dans le port, les dégâts matériels sont considérables, la mairie et le quartier du commerce brûlent, des maisons sont rasées jusqu’à Sainte-Amélie, la cathédrale n’est pas touchée. On déplore trois morts.

La-Zélée

Huit ans plus tôt, en 1906, Papeete avait été rasée par un cyclone et un tsunami. Moins de deux mois après le déclenchement des hostilités en Europe, Papeete était l’une des premières victimes de la Première guerre mondiale.

Pour les Tahitiens, Maxime Destremau est un héros, on l’appellera le Tamota api (le nouveau chef). A l’occasion du bombardement de Papeete, un documentaire Destremau, un destin polynésien de Pascale Berlin Salmon (52 minutes) et un livre de Didier Destremau, petit-fils du commandant Destremau : Tahiti sous les bombes – Papeete 22 septembre 1914  Jours de guerre à Tahiti (Les fausses notes du clairon aux Éditions du Pacifique), sont consacrés au commandant Destremau.

Dans les plus hautes sphères du pouvoir à Tahiti, Destremau n’est pas en odeur de sainteté. Le gouverneur de l’époque Fawtier, représentant l’autorité civile, en a fait son ennemi personnel et n’a eu de cesse qu’il parte. C’est lui qui fera tout pour obtenir la chute de Destremau. Le gouverneur, garant de la paix sociale et économique souhaitait que tout continue comme avant c’est-à-dire que les Comptoirs commerciaux soient essentiellement tenus par de grands familles allemandes et que tout continue comme avant, sans entrave. Le militaire ne l’entendait pas de cette oreille. C’est l’histoire de deux hommes rigides, stricts, mais à cette époque l’armée devait s’incliner face au pouvoir civil. Le civil aura raison du militaire, on renverra Destremau en France où il mourra d’une maladie mal diagnostiquée, à 40 ans.

Le lycée Tuianu-Le Gayic de Papara a établi « le menu du Poilu » pour le déjeuner des lycéens, un clin d’œil remarqué. Voyez donc ce menu du Poilu :

  • Entrées : sardines à l’huile et biscuits de guerre (Sao est une marque de biscuits secs très populaire à Tahiti) ou pâté et biscuits de guerre (Sao).
  • Plats de résistance : pommes de terre et lentilles accompagnées de corned-beef (Puatoro).
  • Dessert du combattant : carrés de chocolat et fromage.
  • Dessert de l’arrière : yaourt et fruit.
  • Sans oublier le traditionnel « quart de rouge » (jus de raison… euh, de raisin).

Hiata de Tahiti

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A poil

Les interrogations des moteurs de recherche qui atterrissent sur ce blog ne laissent jamais de m’étonner. Il y a bien sûr les sérieuses, les documentaires, celles qui cherchent à connaître : zone euro, argoul, pont des amoureux paris, marine le pen, génocide arménien… Et puis il y a tous les « nu », comme il est de mode d’ajouter, paraît-il à tous les noms (au cas où…) : fille nue, seins nus, tahitienne nue, vahiné nue, ado nu… Marine Le Pen voisine avec vahiné nue.

requetes blog depuis origine

Jusque là, c’est du gros, de l’interrogation de masse. Mais il y a aussi les interrogations particulières, évidemment plus rares, parfois poétiques, parfois ouvertement sexuelles avec des redondances : coureuses nues, seins à l’air maghrébines photoshoot, garçon le plus sexi de 10 ans nu (!), jeune fillette nue à la plage… J’ai même trouvé la recherche « gamin gai de 4 ans » ! Comme si l’on pouvait « être » gai, avoir une quelconque orientation sexuelle à 4 ans. Il est vrai que les Yankees croient ça génétique.

requetes blog

Le plus beau est quand même « un jeune mec arabe à poil à la campagne » que vous pouvez lire sur le tableau des interrogations récentes. Pourquoi arabe ? Frustration musulmane ? Érotisme des banlieues ? Imaginez, l’adolescent dans sa campagne maghrébine, quelque part dans les collines semées de buissons où pousse une herbe rare. Il est tout seul, sensuel, il se met à poil – comme ça. Personne pour le voir, sauf les chèvres. Peut-être lui prend-t-il l’envie de s’en faire une, comme on dit que cela arrive ? Il n’est pas bien vieux s’il est dans la campagne, à garder les chèvres, tout juste pubère sans doute. Vous voyez le fantasme ?

Désolé, mais j’ai peu à offrir à ce genre d’imaginaire sur ce blog. La vue la plus approchante que j’ai pu trouver est ici – mais vous allez être déçu : c’était en noir et blanc, il y a près de 40 ans, et de très loin. La campagne était peuplée à l’époque, et les campagnards assez libres, mais entre eux – et jamais tout seul à la campagne.

jeunes mecs arabes a poil dans la campagne

Une autre interrogation porte sur « chatte toute nue ». J’ai trouvé cela mignon. Afin de ne pas décevoir, j’ai demandé à une copine de 14 ans de mes ados de me montrer sa chatte. Pas de problème ! J’ai pu même la caresser à poil, c’est doux et lustré, tout chaud sous la main. Elle ne porte jamais rien sur elle, la chatte, tout comme Marylyn Monroe. L’adolescente m’a même autorisé à prendre sa chatte toute nue en photo. Vous avez le résultat ci-après. N’est-ce pas tentant ?

chatte toute nue

L’été excite l’imaginaire, la réalité des plages est moins riante. Mais avouez qu’il y a de quoi s’amuser à la lecture des interrogations naïves des blogs.

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Faits divers à Tahiti

Le mari violent tue son voisin de 73 ans. A Faa’a, encore ! Une grosse dispute conjugale tourne au drame. Des voisins excédés par le bruit, les menaces, les cris, habitant à une trentaine de mètres de la scène de ménage se sont approchés et l’homme de 73 ans a voulu s’interposer. Mal lui en a pris, le mari violent, enseignant de profession, armé de son coupe-coupe s’est rué sur le vieil homme et lui a asséné un coup terrible au niveau de la tête. La femme du papy venue à son secours a été blessée à une main ; le beau-fils du couple de retraités a tenté de désarmer le forcené a lui aussi été blessé… Le papy est décédé et l’agresseur est en prison.

Autre cas, un homme de 63 ans, victime de cambriolages en série, est racketté et menacé de mort chez lui. Il est inquiet, on le serait à moins. La police enquêterait mais n’aurait toujours pas de piste, mais… Il n’a que 15 ans. C’est lui pourtant qui cambriolait son voisin sexagénaire, qui le rackettait et le menaçait de mort. L’affaire racontée dans La Dépêche a permis à la police de mettre la main sur ce petit caïd, déjà connu de leurs services.

gendarme farani

Polynésie première nous a diffusé le dernier documentaire de Jacques Navarro-Rovira. Durant près d’un an le réalisateur plusieurs fois primé au Fifo a suivi les hommes et les femmes de la Brigade territoriale des Tuamotu Centre (BTTO) lors de leurs missions dans sept atolls parmi les plus isolés. 52 minutes de plaisir et de découverte.

Un gendarme annonce qu’il est le même dans le 77 (Seine et Marne) et à Takaroa aux Tuamotu. Le quotidien de ces huit gendarmes, 4 métropolitains et 4 Polynésiens dont deux femmes est d’être tour à tour gendarme, notaire, huissier, examinateur du permis de conduire, assistante sociale, psychologue, voire pasteur sur ces atolls où les problèmes existent et où les lois de la République semblent inappropriées. Des scènes cocasses où l’examinateur doit faire passer le permis de conduire alors qu’il n’y a qu’une seule voiture sur l’atoll et inutilisable depuis plusieurs années. Sur un autre atoll, comment passer d’une route départementale sur une autoroute alors que l’atoll n’a qu’une route de corail et une voiture qui peine à rouler.

Un autre  gendarme reçoit un habitant venu porter plainte pour le vol de paka (cannabis) dans son champ ! Cette soirée où les gendarmes détruisent paka et bulletins de vote en même temps, tout en devisant. Une scène, la scène-clé du documentaire, la plus tendue, où un déséquilibré circulant à vélo et portant le drapeau des Indépendantistes menace les gendarmes. Le lendemain, après discussion il acceptera de recevoir une piqûre de calmant.

rapt vahine

Une scène marquante pour moi : la gendarme interroge un homme jeune soupçonné d’inceste. La sœur, élève en 4ème au collège, a porté plainte contre lui. L’officier de police tente de lui faire avouer, tirant mot après mot, ce qu’il a fait en employant des termes simples. L’audition est éprouvante pour la gendarme, mais l’adolescent finira par avouer. Pourquoi fais-tu cela à tes sœurs ? Fais l’amour avec ta petite amie. – J’ai pas de petite amie…

La Polynésie très loin des clichés pour touristes ! Si vous avez un jour l’occasion, visionnez Makatea, Marquisien mon frère, ou La compagnie des Archipels.

Hiata de Tahiti

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Herman Melville, Omou

Omou donne la suite des aventures de l’auteur, romancées et amplifiées comme dans Taïpi. Publié en 1847, ce second roman est moins prenant que le premier. Il lui manque cette unité de temps et de lieu qui saisit le drame et ce sens du mystère sur les fins qu’il pouvait régner lorsqu’on est hôte d’une population cannibale…

Disons cependant que Melville, qui se fait cette fois appeler Paul, a changé de compagnon. A bord du baleinier minable qui l’a recueilli pour compléter un équipage poussé à déserter à la première occasion, il s’est adjoint un surnommé Long-Spectre pour sa taille et sa complexion osseuse, docteur marin, qui a réellement existé. Son vrai nom était John B. Troy et il n’était que steward sur ledit baleinier, dont le véritable nom était le ‘Lucy Ann’.

Capitaine mou et malade, second parano, bateau qui se déglingue, la mutinerie se déclare, sans violence grâce à l’auteur s’il faut l’en croire, devant Papeete où le consul anglais fait emprisonner les mutins. C’est une prison ouverte, non loin de la route des Balais qui fait le tour de l’île. Tahiti vient d’être annexée par les Français et Melville, qui veut se faire publier à Londres, ne manque pas au « French bashing » de rigueur à l’époque. Retenons que pour lui les Français sont précis et savent admirablement construire des navires ; mais qu’ils apparaissent piètres marins, peu férus de discipline et inefficaces pour aller à l’abordage.

Paul et Long-Spectre s’évadent sur l’île en face où deux Protestants travaillant dur cherchent des ouvriers pour planter, désherber et arracher les patates dont ils font un commerce florissant auprès des navires en relâche. La pomme de terre reste en effet le meilleur remède contre le scorbut dans cette marine à voile qui peut rester parfois des mois entiers en mer, nourrie de bœuf salé et de biscuit dur comme fer.

Mais nos deux compères ne sont pas faits pour s’installer, ni pour œuvrer sous le soleil ; ils quittent donc les planteurs pour explorer l’île, un complet renversement d’existence par rapport à Taïpi. Notre Paul trouvera, dans les derniers chapitres, un embarquement sur un nouveau baleinier, pour de nouvelles aventures.

Melville suit, en 82 courts chapitres, le fil conducteur de ce qui lui est réellement arrivé, tout en l’enjolivant et en l’étirant dans le temps afin d’y caser tous les détails documentaires qu’il a pu glaner dans les livres sur les coutumes et les techniques polynésiennes, les gens, la flore et la faune. Son récit est très enlevé, comme l’aventure. Les épisodes d’action s’étalent en scènes pittoresques, occasion de portraits bien troussés, hauts en couleurs, et de commentaires de connivence ou de critique.

Le charme de l’auteur tient aussi à sa relative candeur. La vie de marin est une vie entre hommes ; elle est donc une constante aventure de grands gamins vivant de peu au jour le jour, suivant le vent et leur désir, rétifs à toute discipline non légitime et n’étant heureux qu’entre camarades. Cette fraîcheur fait lire ce livre comme à 12 ans. Quelques vagues considérations morales éludent les « turpitudes » des Tahitiens, évoquées selon le vocabulaire conventionnel des missionnaires, sans guère de détails. Ce n’était pas l’époque pour être cru, dans le double sens d’être direct et d’être compris. Melville voulait vendre ses livres et devait, pour se faire, rallier les suffrages de l’élite restreinte des rares lecteurs : sur une soixantaine de millions d’habitants anglophones du Royaume-Uni et des Amériques, le livre fut un succès avec ses quelques 15 000 exemplaires dans les mois qui suivirent sa parution.

Mieux encore : dès qu’un désir personnel se dresse, Melville s’empresse d’en détourner le coup par un lyrisme suspect pour le sexe opposé. Une fois que le lecteur du 21ème siècle, nourri de Freud et de Lacan, a compris le procédé, il s’amuse à le compter, immanquablement surgi dès qu’une rencontre se fait. Cela donne au livre un attrait supplémentaire au lecteur adulte d’aujourd’hui. Ainsi fonctionne la description complaisante d’une certaine Lou, beauté tahitienne nubile – mais piquante – de 14 ans. Inaccessible elle est, entourée d’un père, de grands-parents et de frères, sœurs, et sujette au tabou décrété par la reine Pomaré sur les relations avec les Blancs. L’auteur se rengorge de sa vertu (qui n’est pas celle de Long-Spectre)… alors qu’il lorgne probablement sur son frère, jeune garçon de 13 ou 14 ans, évoqué en passant, mais plusieurs fois, sous le vocable intéressé de Dandy. Même fonctionnement avec la belle Anglaise en poney, décrite à grands sons de trompettes galantes, que l’auteur feindra de se désoler de ne point voir autrement que comme une apparition… alors qu’il a pour son mari des yeux de Chimène, louant « son beau cou et sa poitrine découverts ». Ce procédé amuse.

Les marins apparaissent comme des fêtards vagabonds, pas plus corrupteurs au fond que les sérieux missionnaires. Melville en relance la dénonciation colonialiste et l’hypocrisie religieuse, tout comme dans Taïpi. Une police des mœurs, instaurée par les prêtres catholiques sur toute l’île de Tahiti, ne poursuit-elle pas les tièdes en piété et les libertins comme la Muttawa aujourd’hui en Arabie Saoudite ou le Département de la Promotion de la Vertu et de la Prévention du Vice en Iran ? « Le dimanche matin, lorsqu’on a peu d’espoir de remplir les petites églises, on envoie par les routes et les chemins des gaillards armés de cannes en rotin au moyen desquelles ils rassemblent les ouailles. C’est là un fait avéré ! Ces messieurs constituent une véritable police religieuse (…) Ils ont autant de travail les jours de la semaine que le dimanche ; ils parcourent l’île, causant une terreur extrême parmi les habitants, à la rechercher des iniquités de chacun. » (II, 46)

Après la tentation du paradis dans cette vallée fermée de Taïpi, le bonheur se cherche dans la tentation d’aventure. L’errance est un jeu, une quête de vie, la formation même d’une jeunesse mûrie très vite par la menace des récents cannibales. De quoi mesurer la chute, au sens biblique, des bons sauvages pas si bons que cela, aux colonisés acculturés pas si colonisés que cela.

L’auteur, born again de sa prison fœtale de Taïpi, découvre le large et les îles où il n’est plus materné mais joue comme un enfant. Il ne suit pas de conduite sociale mais sa pente et son désir ; il ne poursuit pas la tradition de ses ancêtres mais attrape toute circonstance à sa portée ; il ne cherche pas son salut mais reste aussi insouciant que les jeunes garçons indigènes qu’il rencontre.

En fait, il découvre que le paradis n’existe pas sur cette terre : ni dans l’enferment clanique de Taïpi, ni dans la fausse liberté sans règles d’Omou.

Herman Melville, Omou, poche Garnier-Flammarion 1999, 476 pages, €7.88

Retrouvez tous les romans d’Herman Melville chroniqués sur ce blog 

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