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Franck Thilliez, La chambre des morts

Le lecteur retrouve le Thilliez glauque, fasciné par la torture des corps, pessimiste quant à son existence dans une région industrielle du nord morbide. Originaire du Pas-de-Calais, il a fréquenté l’Institut supérieur de l’électronique et du numérique de Lille pour devenir ingénieur en nouvelles technologies, avant d’exercer chez ArcelorMittal à Dunkerque. La chambre des morts est le thriller qui l’a rendu célèbre. Il y crée le personnage de la brigadière (plus tard inspectrice) Lucie Henebelle, une jeune femme de 29 ans séparée, mère de jumelles encore tétantes, obsédées de psychopathes, vivisection et corps éventrés.

Thilliez écrit sec, parfois en style télégraphique pour noter l’urgence (cette mode qui plaît tant aux lecteurs/lectrices peu lettrés et pressés). Il plonge avec délices dans les affres de tueurs qui n’ont aucune empathie envers les autres. C’est ainsi que deux informaticiens licenciés économiques à cause de « la crise » (la sempiternelle crise qui résulte de la répugnance flemmarde à prévoir toute adaptation), se retrouvent à taguer les murs de leur usine. Pleins de ressentiments, ils régressent en ados frustrés et bourrés de bière locale. Ils jouent à se faire peur en roulant de nuit en Peugeot 306, tous feux éteints, à 160 km/h sur la route déserte qui longe le parc grondant d’éoliennes, qui ont remplacé les mines de charbon du coin. Paf ! Un choc, un cadavre qui roule sur la voiture, mort. Un sac de billets de 100 € tout neufs, pas moins de deux millions.

Que faire, comme disait Lénine ? Appeler la police ? Empocher le fric et planquer le cadavre ? Vu le désert ambiant, ce sera ni vu, ni connu. Sauf que… un psychopathe est justement en embuscade de l’autre côté de la route, dans un entrepôt abandonné. Il attendait la rançon, il en est frustré. Mais il a noté la plaque. Les deux cons l’ignorent, et le mâle alpha du couple persuade le faiblard marié, père d’une petite fille, qu’il faut planquer le magot en attendant de voir et le partager. Mais l’autre se méfie, à raison. Il exige la clé de la valise, enfouie dans la terre dans un endroit neutre.

Le jour d’après, le cadavre de Mélodie Cunar, fillette aveugle de 6 ans, est retrouvé dans l’entrepôt, mis en scène en poupée Beauty Eaton et avec un poil de loup au fond de la gorge. C’est l’intuition d’Henebelle, fliquesse de base interdite en principe d’enquête réservée aux officiers, mais embauchée par le capitaine faute d’effectifs en cette période de Noël. Elle se passionne pour ce travail de terrain et ne voudrait pour rien au monde décrocher, malgré le manque de sommeil dû aux biberons à donner toutes les trois heures à deux goulues à peine venue au monde.

Une autre fille est enlevée en pleine ville, Eleonore, 13 ans, diabétique et d’un milieu modeste. Puis une femme enceinte les jours qui suivent. La rançon n’est donc pas le mobile. Mais quoi ? Le loup mène au zoo, où l’animal a été enlevé, une femelle argentée. De même des singes et des wallabies, que des femelles. Y aurait-il un signe ? Henebelle creuse. Elle a de l’intuition, et aide son patron roux, le lieutenant Pierre Norman, à pénétrer les arcanes de la naturalisation, de la kétamine, de l’écorce de pin des Landes. Les pistes ? Les vétérinaires, les refuges SPA, les taxidermistes – mais aussi la liste des employés récemment licenciés de l’usine taguée, proche du lieu de la découverte de Mélodie.

De fil en aiguille, le filet se resserre, jusqu’à la confrontation finale. Non sans querelles entre maudits, meurtres en série, et suce pince angoissant. Tout aboutira à la chambre des morts, mausolée psychopathe souterrain dans cette région trouée de galeries de mines et de casemates de la Seconde guerre mondiale. Un décor bien dans la veine Thilliez. Un épilogue permet à la Justice immanente de croire en elle, et de conforter mémère pour être populaire comme dans les Misérables.

Je reconnais du talent, de l’imagination, mais je répugne à cet univers glauque où les descriptions complaisantes de viande étalée servent de piment à des lecteurs/lectrices en manque de toujours plus. L’effarement remplace la réflexion, ce pourquoi ce genre de littérature ne reste pas (et heureusement) à la mémoire comme un Simenon, un Connelly, une Agatha Christie, un Maxime Chattam. On lit, on jette, et on oublie. Mais ça se lit bien. Le film, moins complaisant, est peut-être meilleur que le livre, pour une fois.

Prix des lecteurs Quais du polar 2006

Prix SNCF du polar français 2007

Adapté au cinéma par Alfred Lot en 2007

Franck Thilliez, La chambre des morts, 2005, Pocket 2015, 343 pages, €8,70, e-book Kindle €7,99

DVD La chambre des morts, Alfred Lot, 2007, avec Gilles Lellouche, Jonathan Zaccaï, Laurence Côte, Mélanie Laurent, Éric Caravaca, Bac films 2012, 1h52, français, €5,74

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Jean-François Richet, Mesrine – L’instinct de mort + L’ennemi public n°1

Mesrine, héros de roman et de film, a vraiment existé de 1936 à 1979. Il est mort à 42 ans, tué par la police, après une série de crimes, de braquages et d’évasions spectaculaires. Jacques Mesrine (prononcez Mérine, il se met en colère si l’on vocalise le s) est un prédateur textuel. Non seulement il a alimenté la chronique des journalistes en scoops, mais il a écrit un livre, L’instinct de mort qui inspire le film, une autobiographie déformée et amplifiée pour se donner le beau rôle. Il récidivera avec un autre livre, moins connu.

Fils d’un dentellier de luxe parisien qui s’est couché selon lui durant l’Occupation, devançant l’appel pour partir en Algérie afin de répondre à son besoin d’action, Jacques Mesrine (Vincent Cassel) n’est pas un idéologue. Il est individualiste et anarchiste, se moquant de la politique et des intellos. Ce qui compte pour lui est le fric, afin de mener la belle vie. D’où ses cambriolages chez les riches, ses braquages de banques « voleuses », et son refus de travailler pour un « exploiteur ». Son pistolet 11.43, rapporté d’Algérie où il aurait participé à des tortures et assassinats de militants pour l’indépendance (ce qui n’est pas prouvé), est le prolongement de son sexe. Il en use contre les hommes qui se posent en rivaux, tandis qu’il use du second sur les femmes qu’il séduit.

De retour d’Algérie en 1959, à 23 ans, il récuse le petit boulot pépère que son père (Michel Duchaussoy) lui a trouvé, au profit du jeu et de la flambe de son ami Paul (Gilles Lellouche). Il est introduit dans le Milieu auprès de Guido (Gérard Depardieu) qui est un parrain, un père de substitution, et opère comme chauffeur ou porte-flingue. Il ne supporte pas que les Arabes viennent foutre le boxon (au sens propre) en devenant macs à Paris, alors qu’ils ont réclamé leur indépendance ; il ne supporte pas que ces « bougnoules » traitent les femmes comme des moins que rien, alors qu’elles ont aidé en Algérie autant que les hommes à porter les messages, les armes et les bombes terroristes. De fureur, il tabasse le mac arabe, avant de le blesser et de l’enterrer vivant tout nu et menotté dans la forêt, sous les yeux complices de Guido qui aime cette détermination.

Lors d’une virée en Espagne avec son copain Paul, pour flamber le fric, Mesrine tombe raide dingue d’une jeune espagnole, Sofia (Elena Anaya), avec qui il ne tarde pas à faire un enfant. Sabrina naît en 1961, conduisant au mariage, puis deux autres naîtront, Bruno (1964) et Boris (1966). Sofia divorce en 1965 lorsque Mesrine refusera de quitter le grand banditisme pour se ranger comme père et comme époux, après une expérience de petit boulot qui se termine au chômage. C’est alors qu’il se lâche. Il a rencontré une nouvelle compagne, l’intrépide Jeanne Schneider (Cécile de France), et est forcé de fuir au Canada avec elle en 1968. Ils veulent se faire oublier dans un travail honnête, majordomes chez un milliardaire handicapé, mais ne tardent pas, par orgueil à se faire virer. Ils kidnappent alors le vieux et réclament une rançon, mais il s’échappe et ils se retrouvent recherchés par la police. Fuyant en grosse bagnole péniche yankee jusqu’en Arizona, ils se font arrêter par une noria de voitures de police, débauche vaniteuse de moyens qui montre l’inefficacité des forces de l’ordre. Extradé au Canada avec Jeanne, Jacques frime devant les journalistes, n’hésitant pas à singer de Gaulle avec son « Vive le Québec libre ».

Il fera de même en prison, dans l’unité spécialisée de redressement où les prisonniers sont torturés pour les briser, à l’isolement, laissés nus, lumière nuit et jour ou obscurité illimitée, lavés au jet et nourris de restes jetés par terre. Il planifie son évasion, frimant une fois de plus devant ses codétenus. Il a juré de revenir les délivrer, et il le tente en effet, dans un rodéo de voitures et une débauche de coups de feu. Jeanne, effarée de cette dérive en démesure, refuse qu’il vienne la libérer et rompt avec lui par téléphone. Jacques s’entraîne au tir dans la forêt avec Jean-Paul Mercier (Roy Dupuis), Canadien rencontré sur un chantier, mais ils se font surprendre par deux gardes-chasse. Reconnus par leurs photos dans les journaux, ils tirent pour tuer. Mesrine rentre en France, Mercier est tué deux ans plus tard.

Fin du premier film, tout d’action.

Le second est moins noir et plus psychologique. Mesrine persiste dans la démesure, dérape dans ce qu’il ose, orgueilleux d’être désigné comme l’ennemi public n°1 en même temps que fidèle aux amis, et paranoïaque dès qu’un petit journaliste ose érafler son image. Il publie lui-même son autobiographie en 1977 pour mettre les points sur les i, après avoir été outré que le coup d’état chilien de Pinochet ait remplacé ses exploits à la Une des journaux. Il se pose en libertarien qui ne veut être contraint par aucune loi et se vante de 39 meurtres (c’est amplifié et déformé, comme d’habitude).

Le spectateur quitte les années 60 pour les années 70, et tout à changé. La société aspire à la liberté, mais dans l’ordre : les corps et les mœurs, oui ; la propriété et la sécurité, non. Prendre un juge en otage en plein tribunal, après s’être moqué de la police qui lui a vendu (dit-il) les clés de ses menottes, n’est plus romantique à la Robin des bois, mais dangereux à la façon Brigades rouges. Mesrine se fâche avec tous ses compagnons de braquage comme Michel Ardouin (Samuel Le Bihan) et François Besse (Mathieu Amalric). Il frime devant le commissaire Robert Broussard (Olivier Gourmet), chef de l’antigang, en négociant sa reddition dans son appartement cerné, puis en sablant le champagne avec lui. Il s’évadera en 1978 de la prison de la Santé avec Besse, grâce à la complicité de son avocate séduite et sensible aux thèses de Libération, et partiront braquer le casino de Deauville. La police, la pénitentiaire, les magistrats, sont nuls : ils laissent faire, contrôlent mal, se laissent corrompre. Les médias en rajoutent dans l’adulation héroïque, les intellos se passionnent (en chambre) pour l’intrépidité et la chance de ce fauve libertarien.

Mesrine réussit à fuir à Londres avec Sylvia Jeanjacquot (Ludivine Sagnier), une poule qui ne songe qu’à se tortiller devant les mâles, et qui sera sa dernière compagne. Il ne veut plus de caractère fort qui lui fasse de l’ombre. Il se politise et endosse devant une journaliste (Laure Marsac) un personnage révolutionnaire, réclamant la fermeture des quartiers de haute sécurité. La gauche iréniste et démago avec Badinter les fera fermer en 1982, parce que c’était la droite avec Lecanuet qui les avait ouverts en 1975, et que les gauchistes de Libération en avaient fait tout un plat. Ils seront rétablis en 2025 pour lutter contre les mafias arabes de la drogue. Mesrine renoue avec Charlie Bauer (Gérard Lanvin), un gangster au prétexte de révolution progressiste, rencontré en QHS. Besse ne le suit pas dans cette dérive terroriste.

Avec Charlie, Mesrine organise une interview avec Jacques Dallier (Alain Fromager), un minable journaliste de Minute, hebdo d’extrême droite, et indic à l’occasion. Il avait contesté son image de héros fidèle à ses camarades de tôle dans un article. Mesrine le fait mettre à poil et le tabasse, lui collant une balle dans la joue, dans le bras et dans la jambe, rejouant ainsi le tortionnaire en Algérie sur ce partisan de l’Algérie française qui méprise les bougnoules. Le laissant pour mort, Mesrine prend des photos et ne peut résister à frimer une fois de plus en les envoyant à la presse. Après les flics, les juges et les matons, qu’il a ridiculisés, il écorne l’aura des journalistes ; ce sera sa fin et il le sait. Il enregistre une cassette de mémoire pour sa compagne.

Broussard finira par l’avoir en 1979 près de la Porte de Clignancourt, dans sa BMW 528i dorée qu’il venait d’acheter, le must auto de sa génération. Après l’avoir logé via un indic donné par le journaliste rescapé Tillier, qui veut se venger, des flics surarmés planquent dans des soums pourtant bien visibles, et repèrent le couple qui se méfie en sortant de leur logement du 18e. Mesrine, par orgueil, ne se méfie pas assez des 404 bâchées et autres camionnettes à toile. Finalement, cachés dans un camion couvert, Les flices descendent le 2 novembre 1979 Mesrine, à 15 h 15, de plusieurs rafales (21 balles) et touchent sans la tuer sa compagne et son caniche.

Jacques Mesrine a pratiqué outrageusement dans ses dires et ses écrits la culture de l’excuse, très en vogue après 68. C’est pas moi : célafôta à la société, le Système, la Justice. Certes, il s’est dit peiné par son père inconsistant, traumatisé par les horreurs qu’on l’a forcé de voir ou de faire en Algérie, il s’est laissé entraîner par la mauvaise influence d’un copain flambeur et de son argent facile lorsqu’il est rentré, puis s’est fait licencier économique quand il a voulu exercer un travail honnête comme nouveau père de famille. Mais il est violent et orgueilleux, il ne supporte pas qu’on lui résiste, puis qu’on ne l’adule pas comme le meilleur. Ado déjà, il avait agressé son proviseur. Si la société française des années 50 à 70 méritait une critique au vitriol, les années 80 sous Mitterrand verront l’affairisme s’envoler, et les braquages en col blanc exploser. Pas de quoi rendre les humains comme des bêtes. Or, c’est ce qu’était devenu Mesrine, malgré deux moments humains du film, sa visite au chevet de son père mourant à l’hôpital et la visite de sa fille aînée adolescente en prison.

Au total, un bon double film avec de l’action et une réflexion sur la psychologie du personnage, excellemment joué par Vincent Cassel. Certes, c’est de la biographie résumée et condensée, mais le fil conducteur est clair et la fin prévue, en apothéose.

César 2009 du meilleur réalisateur pour Jean-François Richet

César 2009 du meilleur acteur pour Vincent Cassel

DVD Jean-François Richet, Mesrine – L’intégrale : L’instinct de mort + L’ennemi public n°1, 2008, avec Vincent Cassel, Gérard Lanvin, Mathieu Amalric, Olivier Gourmet, Samuel Le Bihan, Universal Pictures Home Entertainment 2016, français, 3h54, €45,88, Blu-ray €80,77

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L’aventure c’est l’aventure de Claude Lelouch

Le réalisateur se moque ouvertement des modes post-68, consistant à brailler pour revendiquer, en chefaillons de multiples sectes adossées au « marxisme », philosophie politique que personne ne comprend. L’explication de « la dialectique » par un intervenant est à mourir de rire. Les trois truands tradis Lino (Ventura), Jacques (Brel) et Simon (Charles Denner) ainsi que leurs deux sous-fifres Aldo (Maccione) et Charlot (Charles Gérard) sont amenés à recycler leurs méthodes pour réaliser leur objectif qui reste le même : le fric.

La pute en chef (Nicole Courcel), maîtresse de Lino, réunit dans un meeting des centaines de putes en colère qui se voient prolétaires exploitée par des patrons et veulent leur indépendance (plus la Sécurité sociale). Cette contradiction en elle-même est risible. Le premier métier du monde veut la reconnaissance de la nation, alors que « tout est foutu », comme le dit Daniel, le fils jeune adulte de Lino : « le capital, c’est foutu ; la bagnole, c’est foutu ; la Ve, c’est foutu ». Le prenant au mot, comme on devrait le faire pour tous les intellos enfiévrés de bureau, Lino balance le cocktail Molotov du garçon dans sa jolie bagnole de sport. Pour les jeunes, il faut tout détruire pour tout reconstruire, vive la révolution. Notons que c’est ce que propose Mélenchon. Le film s’en moque avec jouissance. C’est toujours le fric qui gagne à la fin.

Les cinq se recyclent en invitant (contre paiement) des intellos à venir exposer leurs idées au café. Ces je-sais-tout séduisent par leur ton convaincu mais gardent une pensée confuse ; ils se noient dans le verbe. Les truands n’y comprennent rien. Sauf une chose : au-dessus de tout est le fric, il n’y a que ça qui compte. Braquer des banques, c’est bien ; enlever un notable, c’est mieux. C’est la grande mode des enlèvements contre rançon à cette époque. Aldo Moro en fera les frais six ans plus tard en Italie. Le gang des cinq « enlève » Johnny Hallyday (lui-même), alors jeune et en plein succès. Il s’agit de business : la star non seulement se laisse faire mais paye pour faire le buzz et augmenter sa notoriété. Une fois lancée, la bande est sollicitée par des groupes révolutionnaires qui sous-traitent les affaires. Ainsi un ambassadeur suisse (André Falcon), pays neutre, d’où l’absurdité, est enlevé dans la jungle sud-américaine, et délivré contre rançon. Un Boeing est détourné contre rançon également, demandée à la compagnie d’assurance – 10 % du prix de l’avion – par Messieurs Smith et Wesson, Lino et Charlot, deux hommes de fort calibre.

Mais le général guérillero Ernesto Juarez (Juan Luis Buñuel) dans sa jungle ne paye pas, croyant que les cinq agissent par idéal révolutionnaire, alors que ce n’est que le fric qui les intéresse. D’où la vente simultanée au plus offrant de la guérilla, à la CIA, au groupe rival de droite, à la police du pays. A chaque fois, des liasses de dollars. De quoi se payer un compte numéroté anonyme en Suisse, et des vacances de luxe, en voilier et sur les plages. Sauf que les chefs s’ennuient. Même la drague à la Aldo Maccione, en avançant la tête comme un coq, bide rentré et cul sorti en coq, ne parvient pas à dérider les autres, ni la horde de femelles seins nus qui les zieutent, sirènes allongées sur le sable. Lesquelles sont soudoyées pour « amuser » le gang, tandis que les guérilleros abordent le voilier à l’ancre près de la côte pour se saisir des traîtres et les faire juger par un « tribunal révolutionnaire ». Les cinq doivent payer, donc donner leur numéro de compte anonyme en Suisse, pour virer 2 millions de dollars sur un autre compte numéroté anonyme dont on leur donne le numéro (nouvelle absurdité sarcastique).

Ils seront arrêtés, évadés, protégés par le gouvernement par peur d’enlèvements, évacués vers l’Afrique, où leur « don » à la révolution sud-américaine leur vaut l’enthousiasme des foules ignares et des démagogues. De quoi fomenter un coup d’état pour… se faire du fric, encore du fric.

Un film dont les contemporains, le nez sur le guidon, n’ont pas perçu le potentiel critique, y voyant un ronchonnement de vieux réac. Avec les années, l’idéalisme béat des années 60 a cédé le pas au réalisme des actes, et l’ironie du film est apparue au grand jour. Le cynisme du gang répond aux grandes idées illusoires, les affaires concrètes aux envolées politiques, et c’est fort réjouissant, même si c’est parfois traité de façon un peu lourde (comme bouffer éternellement des spaghettis à la tomate). Les machos mûrs qui ne veulent pas changer restent éternels, et leur reconversion apparente en « clarté dans la confusion » n’en est que plus drôle. Pas un « grand » film, mais tellement années 70…

DVD L’aventure c’est l’aventure, Claude Lelouch, 1972, avec ‎Charles Denner, Charles Gérard, Jacques Brel, Johnny Hallyday, Lino Ventura, Metropolitan Film & Video 2022, français, 1h57, €9 99

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Fargo de Joel Coen et Ethan Coen

Ne cherchez pas un sens caché, Fargo est la ville-frontière entre les Etats du Minnesota et du Dakota du Nord. Autrement dit un lieu vide au climat continental, agricole et religieux, très peu peuplé : la ville de Fargo compte à elle seule près d’un cinquième de tous les habitants de l’Etat. C’est l’Amérique « profonde » vue de New York, où les loosers et les frustrés sont légion.

C’est ce que mettent en scène avec une ironie affirmée les frères Coen en leur sixième film. Le looser phare est le vendeur de voitures pompeusement titré « directeur commercial » (William H. Macy) qui ne parvient pas à faire assez de marge et s’endette sans espoir de retour à meilleure fortune. Avec sa bouille de grenouille dès qu’il sourit et ses yeux bleus faussement candides, il est le menteur-type, celui qui veut vous fourguer un « supplément » pour l’anti-corrosion alors qu’elle est d’usine. Il n’imagine rien moins que de faire enlever sa femme (Kristin Rudrüd) par le copain malfrat d’un employé indien de sa concession (Steve Reevis) qui l’a rencontré en prison. Non seulement il épongera ainsi ses dettes mais se vengera par derrière de son beau-père autoritaire (Harve Presnell) qui a tout réussi et le considère pour ce qu’il est : un minable. Il ne pense pas un instant à Scotty (Tony Denman), leur fils adolescent qui a déjà des problèmes à l’école.

Rien évidemment ne se passe comme prévu. Le malfrat (Steve Buscemi) a déjà « un air bizarre » qui ne passe pas inaperçu dès qu’il parait quelque part. Il est flanqué d’un comparse imprévu qui ne dit quasiment pas un mot (Peter Stormare) mais se défoule avec brutalité pour régler les situations. D’où trois meurtres en dix minutes sur une route déserte après l’enlèvement effectué, ce qui n’était pas envisagé. C’est alors que la police, qui ne devait pas s’en mêler, s’en mêle et c’est l’engrenage.

La chef inspecteur du comté (Frances McDormand) apparaît comme une niaise de première mais elle cache un esprit obstiné et logique sous son apparence de femme enceinte. Le spectateur se demande pourquoi elle a épousé un gros nul, Norman, flic lui aussi mais subalterne (John Carroll Lynch), sauf que le couple est équilibré et s’aime – que demander de plus au fond ? Les frustrés devraient en prendre de la graine qui veulent toujours plus en se plaignant des autres. La chef enquête. Les témoignages des barmen et des putes qu’ont fréquentés les malfrats (air bizarre a l’obsession de baiser tandis que bouche cousue a l’obsession de bouffer) n’aboutissent qu’à pas grand-chose. Les témoins sont tellement terre à terre et conventionnels, ils ne remarquent rien. Mais le flic descendu lors du contrôle de la voiture avait noté sa marque et sa couleur sur son carnet de bord, en bon professionnel, ce qui est une piste et va mener au nid.

Le vendeur de voitures exige absolument de livrer la rançon pour s’en mettre 90 % dans la poche, mais le beau-père qui finance exige d’aller lui-même « régler ça ». Imbu de son autorité, et muni d’un revolver, il ne sait pas à qui il a affaire et Air bizarre agacé le descend. L’autre le blesse à la mâchoire mais ne l’empêche pas de mettre la main sur le fric, sans livrer la fille, et de s’en retourner auprès de Bouche cousue. Lequel en a eu marre d’entendre geindre cette demeurée de bonne femme et l’a claquée assez fort pour qu’elle clamse. Il faut dire que l’hystérique est restée sans réagir lorsqu’elle a vu un cagoulé s’approcher de sa fenêtre avec un pied de biche, qu’elle a tenté d’ouvrir durant plusieurs minutes une fenêtre qu’elle n’a pas eu le temps d’escalader, qu’elle s’est précipitée avec le rideau de douche devant les yeux pour fuir, puis que, ligotée et cagoulée, elle a couru comme un poulet sans tête pieds nus dans la neige pour tenter d’échapper à ses ravisseurs. Du grand n’importe quoi qui fait farce.

Sauf que le film est déclaré tiré « d’une histoire vraie » arrivée en 1987 comme nous l’apprend l’introduction écrite d’un ton sérieux et compassé (ce qui est une invention marketing des réalisateurs). Un contraste d’autant plus fort avec le corps du film qui multiplie les bouffons et les perdants dans une part d’Amérique où le mal-être se dissimule sous les apparences obligées des relations sociales. Même l’ancien copain d’école de la flic, qui lui téléphone en pleine nuit parce qu’il l’a vue à la télé, lui raconte une histoire sur ses amours au lieu de la réalité. Toutes les frustrations explosent en hiver, alors que l’apparence de la nature est à la pureté insoutenable.

Air bizarre enterre la plupart du fric dans la neige, ne conservant que les 80 000 $ prévus initialement. En parfait con, il ne devine pas que le climat continental va entraîner un violent dégel de printemps et un été caniculaire – qui mettra au jour sa valise laissée près d’une clôture interminable sans repère, au bord de la route principale… Planter une palette à gratter la glace n’y changera rien. Quand il retrouve son comparse, et le cadavre de l’enlevée, il ne peut que péter un câble, ce qui lui vaut la réaction primaire évidente de Bouche cousue. La flic inspecteur, en passant par hasard devant l’endroit isolé où ils se sont réfugiés, aperçoit la voiture ocre signalée et arrête le multi-tueur en train de passer son copain au broyeur à bois : cinq meurtres à son actif, et cela pour une maigre poignée de dollars. Le vendeur de voiture sera arrêté lui aussi et son ado se retrouvera orphelin de mère, de père et de grand-père.

Une vraie comédie humaine à l’américaine !

DVD Fargo, Joel Coen et Ethan Coen, 1996, avec William H. Macy, Frances McDormand, Steve Buscemi, Peter Stormare, Harve Presnell, MGM United Artists 2020, 1h40, €10.00

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Obsession de Brian De Palma

En 1959, Michael (Cliff Robertson) est promoteur immobilier à La Nouvelle-Orléans. Il a réussi sa vie, il est riche, il a femme et fille, il donne un bal en soirée pour ses dix ans d’heureux mariage. Sa fille de 9 ans qui ne peut pas dormir, Amy, descend, se jette dans ses bras et danse avec lui. Au moment de se coucher, elle crie ; sa mère Elisabeth (Geneviève Bujold au joli museau retroussé) va voir et ne revient pas. Michael se dirige vers la chambre : il ne trouve qu’un papier avec un texte fait de lettres découpées dans les journaux qui réclame 500 000 $ de rançon pour les deux.

Il lui est demandé de ne pas prévenir la police mais Michael finit par le faire après avoir demandé à son ami et associé Robert (John Lithgow) le liquide en billets. La police suggère de ne mettre dans la mallette que des faux billets et une balise pour suivre les ravisseurs. Tout se passe à merveille, Michael emprunte un bateau à aube du Mississippi et largue la mallette sur un quai désert comme exigé. La camionnette gonio de la police suit la berline qui vient récupérer le fric jusqu’à la planque et les bagnoles de flics banalisées encerclent la maison. Sauf que ces abrutis de flic se tiennent à cent mètres et comptent sur le haut-parleur pour faire sortir bien gentiment les malfrats. Ceux-ci s’empressent de prendre leurs otages avec eux pour libérer le passage, Amy en couverture contre le torse du premier et Elisabeth en nuisette contre l’autre – et ils s’enfuient bien évidemment en voiture sans que les abrutis de flics aient pu agir.

La noria de bagnoles bourrées de flics inutiles les poursuit en commandant par radio de barrer les routes. Mais à l’extrémité d’un pont un camion-citerne bloque le passage et, en le faisant « dégager » (autre expression de ces décidément abrutis de flics), il se trouve en travers lorsque la bagnole des ravisseurs déboule plein pot sur lui. Explosion, la carcasse éjectée en feu dans le fleuve où roule un fort courant, aucun corps retrouvé.

Michael est désespéré ; malgré son travail qu’il exerçait avec autorité, il aimait sa femme et sa fille, plus que l’argent. Il décide de ne pas bâtir le terrain de proche banlieue de La Nouvelle-Orleans acheté avec Robert, ce qui les aurait rendus très riches, mais d’élever seulement un mausolée sur le modèle de la basilique San Miniato al Monte où il a rencontré pour la première fois Elisabeth lors de son service militaire d’occupation de Florence. Le film est pour cela très caricatural yankee, entre le Bien et le Mal, romantisme et cynisme, faire l’amour ou faire des affaires. Cette dichotomie binaire, bien peu psychologique, est le ressort de l’intrigue.

Seize ans se passent. En 1975, Michael n’a plus d’énergie, son associé fait tout. Il l’invite, pour se changer les idées, à l’accompagner dans un voyage d’affaires à Florence où il va régulièrement. Comme s’il avait une maitresse, dit Michael – pour voir les belles Italiennes, répond Robert. Dans la basilique où il avait rencontré Elisabeth, Michael venu en pèlerinage nostalgique avise une jeune femme de 25 ans, étudiante, qui restaure une fresque de la Madone de Bernardo Daddi. Elle ressemble étrangement à Elisabeth lorsqu’il l’a rencontrée. Fasciné, il la regarde, la suit, l’aborde sur son échafaudage de peintre puis l’invite à déjeuner. Elle se prénomme Sandra et son nom est Portinari ; elle n’a quasiment pas connu son père, dit-elle. Il lui raconte son histoire et sa fascination pour la ressemblance avec Elisabeth.

Il en est amoureux et cela semble réciproque, surtout lorsque la mère Portinari à l’hôpital parvient à la fin de sa vie. Michael emmène Sandra avec lui à La Nouvelle-Orléans et commande un mariage à l’église pour un millier de personnes. Sandra se dit « bonne catholique qui obéit au pape » et ne veut pas coucher avec lui avant la bénédiction du prêtre malgré ses 25 ans. Michael se sent revivre, rêve qu’il a avec Elizabeth « une seconde chance ». Sandra, de son côté, explore la grande maison, avise une chambre fermée à clé, celle du couple avant l’enlèvement ; elle y pénètre et fouille les tiroirs. Elle s’aperçoit combien Michael était et est resté amoureux de sa femme Elisabeth et de sa fille Amy.

Mais, le matin même du mariage avancé par un Michael pressé de recommencer une vie, elle disparaît à son tour. Michael, torse nu comme en 1959, découvre un mot de lettres découpées laissé dans sa chambre comme si le kidnapping se reproduisait.

Et tout recommence : les 500 000 $ en billets dans une mallette (sans tenir compte de l’inflation depuis 1959 !), le bateau à roue sur le Mississippi, la mallette jetée sur le même quai désert… C’est à ce moment que le spectateur obtient la révélation – et je ne dois pas en dire plus.

C’est hitchcockien volontairement pour l’intrigue, avec un côté intimiste Ozu. C’est moins adroit, avec des longueurs et une curieuse image durant toute la première partie, comme si vous aviez des humeurs dans l’œil. Le cinéaste a placé une tulle devant l’objectif comme c’était la mode dans les années 1970 pour faire croire au rêve (comme David Hamilton et ses jeunes filles). Le tournis de la fin (trop long) rappelle le bal du début et ferme le cercle initié par le rapt tout en anesthésiant l’émotion du spectateur qui connait enfin la vérité (osée). J’avoue que, si l’intrigue se révèle brutalement, au grand plaisir de celui qui regarde, elle est précédée de langueur qui assoupit un brin. Le film se voit, on ne le revoit pas avant longtemps. Pour ma part, je l’ai vu deux fois à trente ans d’intervalle et c’est à mon avis le bon rythme.

DVD Obsession, Brian De Palma, 1976, avec Cliff Robertson, Geneviève Bujold, John Lithgow, Wild Side Video 2016, 1h38, standard €14.98 blu-ray €17.08

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Joseph Kessel, Vent de sable

Le 2 janvier 1929, Joseph Kessel s’envole au titre de journaliste sur la ligne Paris-Dakar de l’Aéropostale. La compagnie a été ouverte en 1925 avec des avions monoplan Bréguet 14 sans carlingue fermée ni radio et doit opérer en courtes étapes pour se ravitailler. L’emport des avions et le coût du transport limite la rentabilité de la ligne au seul courrier – mais il met une journée au lieu de trois semaines ! La ligne se poursuivra sur l’Amérique du sud courant 1929 par Toulouse-Santiago du Chili, notamment avec Mermoz en vol de nuit, que Kessel ne connait pas encore mais dont il entend parler lors de son reportage.

Toulouse, Alicante, Casablanca, Agadir, Cap Juby (Tarfaya), Villa Cisneros (Dakhla), Port-Etienne (Nouhadibou), Saint-Louis du Sénégal, Dakar – sont les étapes parcourues par Kessel en trois semaines sur Latécoère 26 reliés par TSF. Il vole avec Marcel Reine, 27 ans, pionnier de l’Aéropostale et Edouard Serre, polytechnicien spécialiste des systèmes radio, tous deux capturés six mois auparavant par une tribu maure après un atterrissage forcé. Régnait déjà la haine religieuse atavique pour les non-musulmans qui fit des Blancs leurs esclaves durant des mois, et l’appât de la rançon versée par la compagnie. Emile Lécrivain sera le pilote de Kessel car la superstition refuse que le duo Reine-Serre refasse le même itinéraire néfaste.

Kessel détend les autres au cabaret, selon son habitude (p.519 Pléiade). Il sait que le vernis guindé des pilotes de 25 ans et des mécanos de 20 ans craquera dans l’atmosphère enfumée de la nuit, avec la fête, les filles et l’alcool. Il rencontre Guillaumet, entend parler de Mermoz et de Saint-Exupéry et il appelle désormais Lécrivain Mimile. A Cap Juby, il fera connaissance de Vidal qui  a succédé à Saint-Ex comme chef de poste, du mécano Toto adepte des « petits Maures » et du très jeune Marchal qui ne peut baiser les Mauresques que dans le coffre d’un avion faute d’intimité ailleurs.

C’est entre Cap Juby et Villa Cisneros, deux postes tenus par les Espagnols et d’un contraste saisissant, que l’avion est pris dans le vent de sable qui bouche toute visibilité et l’oblige à voler soit très haut à la boussole, soit très bas au risque de percuter une falaise ou une vague. Kessel avoue qu’il n’a jamais eu aussi peur de sa (courte) vie ; il a 31 ans. Le pilote Lécrivain crashera d’ailleurs son avion dans les mêmes circonstances quelques jours après que Kessel soit rentré à Paris. C’est qu’il y a un siècle l’aviation était encore une aventure et le transport du courrier une épopée. La France fut pionnière avec des hommes très jeunes qui voulaient effacer le souvenir de la guerre de 14 et se lançaient avec curiosité et soif d’avenir dans la technique en plein essor.

Joseph Kessel en parle admirablement dans ce témoignage vécu rédigé comme un documentaire. Il est témoin des héros modernes, mais se rappelle aussi son adolescence lorsqu’il volait pour observer l’ennemi. La construction du livre agit comme une initiation, de la découverte au vécu d’avoir frôlé la mort. Il romance peu le vrai, même s’il sélectionne et embellit car il reste écrivain : « Un homme qui a eu sa vie déformée par la lecture et le besoin d’écrire ne peut jamais rêver, hélas ! sans mêler à ses rêveries des éléments tirés de livres » p.587.

La fraternité des hommes, les exploits réalisés en commun, la solidarité des pilotes et des mécanos, les copains qu’on ne laisse pas tomber, sont autant de valeurs viriles issues de l’adolescence, comme un prolongement de l’univers scout si prégnant dans la première moitié du XXe siècle alors que les filles étaient cantonnées absolument hors des garçons par les bourgeois hantés par la « faute ». Les aviateurs sont les derniers chevaliers du courage et de l’honneur qui subliment le simple travail bien fait par une générosité d’âme sans égal. « Le courrier est sacré » est une formule qui dit plus que l’honneur du métier : c’est un cri mystique qui justifie tous les dangers et force à se dépasser pour la mission.

Joseph Kessel, Vent de sable, 1929 revu 1966, Folio 1997, 192 pages, €6.90 e-book Kindle €6.49

Joseph Kessel, Romans et récits tome 1 – L’équipage, Mary de Cork, Makhno et sa juive, Les captifs, Belle de jour, Vent de sable, Marché d’esclaves, Fortune carrée, Une balle perdue, La passagère du Sans-Souci, L’armée des ombres, Le bataillon du ciel, Gallimard Pléiade 2020, 1968 pages, €68.00

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Industrie des enlèvements

Encore deux journaliste de RFI enlevés à Kidal au nord Mali, aux confins du Niger. On les dit « expérimentés » ! A voir comment ils se sont fait piéger comme si de rien n’était en sortant d’une interview de personne sensible, on peut en douter.

Évidemment, l’homme de « synthèse » a payé (ou fait payer par l’entreprise nationale) 4 millions d’€ pour les précédentes têtes, ça fait saliver les Touaregs indépendantistes pauvres – et tous les malfaiteurs en quête de fric facile. Car les impôts rentrent, vu que la « synthèse » les augmente largement.

Évidemment, les journalistes « expérimentés » ne se doutent jamais que le ramdam médiatique autour de la libération, de « l’émotion » et de la rançon des otages de la semaine dernière ne peut qu’avoir des répercussions immédiates sur leurs risques au travail. Mais la « zone de guerre » est un déni de la part des missionnaires de l’info. N’était-il pas pour le moins « léger » de préparer une émission « spéciale » dans cette zone de non droit et sans aucune précaution élémentaire ?

  • Pourquoi les journaleux n’ont-ils pas des puces sous la peau pour les géolocaliser ?
  • Pourquoi l’armée française ne les oblige-t-elle pas à rester sous protection, dans une zone de guerre ?
  • Pourquoi le scoopisme médiatique demeure-t-il aussi irresponsable ?

La seule industrie française qui marche à l’export, ce sont les enlèvements !

Je suis atterré de la naïveté des politiciens à Paris, des militaires sur place, des journalistes envoyés.

Ils sont morts, paix à leur âme. Peut-être ne s’agissait-il pas d’enlèvement mais d’un « message » politique à la France qui aime se mêler des complexités locales, peut-être. Mais cela n’enlève rien à la légèreté des décideurs de l’info.

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