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Guillermo de La Roca, Un point lumineux suivi de Lettres andines

Pensée magique et fatalité s’emmêlent pour former sept nouvelles d’un Argentin à Paris. Elles forment la moitié du recueil et les Lettres andines le reste. Si les premières sont vite oubliées, laissant parfois juste ébloui, les secondes sont un petit bijou d’ironie voltairienne. Je regrette pour ma part que l’éditeur n’ai pas édité ces Lettres seules en demandant à l’auteur de les compléter, comprenant trop peu de pages, car elles méritent bien mieux que les nouvelles en préalable.

Sinijasto est un jeune Indien dans la ville, heureux comme un Argentin en France ; il écrit ses Lettres persanes à la manière de Montesquieu. Le style est actuel, rajeuni, mais le persifflage subsiste pour notre plus grand plaisir. Les intellos sont brocardés, les repentants vilipendés, les bonnes consciences de la gauche universelle renvoyées à leur appétit égoïste de pouvoir, les cartésiens douchés. Comment ne pas souscrire ? Comment ne pas sourire ?

C’est la France telle que nous la connaissons, le coq d’orgueil les pattes ancrées sur son tas de fumier, gallinacé faussement racé qui se croit : « Un écrivain des Caraïbes fait dire à l’un de ses personnages : ‘Le Gallinais est convaincu d’exister pour le plus grand bien de l’humanité’ » p.79. Il suffit d’écouter blatérer un Jack Lang ou équivalent pour s’en convaincre à l’envi.

Tous y passent de ces gourous des médias, des lettres et de la politique : les directeurs de conscience (p.62), les missionnaires du Grand Pardon (p.63), le bon sauvage en prolétaire ultime (p.66), les faux savants qui savent mieux que vous qui vous êtes et comment vous pensez (p.69), « le droit des minorités à gouverner la majorité » (p.75), les faux-culs sexuels de la culture (p.84), les théologiens de l’art (p.87), la « formidable dynamique des intolérances » (p.92), la mode impérative suivie par les individualistes rebelles (p.94)…

Dommage que « la générosité évangélique, le masque des utopies, le verbiage politique ne parviennent pas à générer l’amour et l’estime attendus en retour de la part des anciens dominés. Ce manque de considération est particulièrement remarquable chez les immigrés de toutes origines, installés ici pour survivre et fuir leurs maîtres tyranniques et irresponsables. Ils considèrent que les Gallinais leur doivent tout, n’ont rien à leur apprendre et sont à l’origine de leur mal. Les Gallinais eux-mêmes éprouvent un sentiment analogue envers les nations démocratiques et fortes dont l’hypocrisie est plus rentable que la leur » p.67. La dernière partie de ce paragraphe explique beaucoup : la jalousie envers les Etats-Unis qui ont réussi cette Révolution que les Français ont gâchée dans leurs sempiternelles querelles de religions et d’idéologies sert à façonner un bouc émissaire inversé, le Prolétaire en Victime suprême qu’il faut adorer parce que lui a le courage de combattre son dominateur. Dénions notre propre jalousie en la prêtant aux plus pauvres et en les louant de leur clairvoyance… Ainsi le brimé se venge sur plus brimé que lui, et le sublime pour une bataille que lui n’est pas capable de mener.

Coup de grâce donné aux pseudo-intellos qui se croient phénix de l’Humanité : « Peut-être aurez-vous du mal à me croire, mais dans ce pays situé au plus haut niveau de raffinement culturel universel, il y a encore des millions d’imbéciles pour croire n’importe quel coquin démagogue baptisé progressiste, réactionnaire, libéral ou nouveau philosophe. Ces petits maîtres enragés et méprisants ressassent inexorablement leurs synthèses originales, favorables aux bonnes gens et fondamentalement défavorables aux mauvaises personnes. Ils démoralisent l’ancienne morale et moralisent la nouvelle, évitant toute remise en question d’eux-mêmes et de leur clientèle… » p.71. Penser par soi-même ? Vous n’y pensez pas ! Il faudrait faire un effort plutôt que suivre la mode, se mettre à dos ses copains qui n’ont pas envie de se prendre la tête.

Et ces « millions d’imbéciles » vont très bientôt voter dans le brouillard pour un programme flou et un candidat tout d’apparence. « La liberté s’autodétruit quand elle sert de moyen à ceux qui veulent l’anéantir et de prétexte à la lâcheté de ceux qui prétendent la défendre. Bien à vous, Sinijasto » p.93.

Seul l’enfant dit que le roi est nu.

Guillermo de La Roca, Un point lumineux suivi de Lettres andines, 2017, PhB éditions, 103 pages, €9.00

Déjà chroniqué sur ce blog : Guillermo de La Roca, Connaître et apprécier

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Nul n’est rationnel

Le savoir scientifique a ceci de puissant qu’il ne cesse d’aller de l’avant, remettant cent fois sur le métier son ouvrage. Le calcul s’est développé jusqu’aux complexités inconnues des savants lettrés, les hypothèses sont testées, vérifiées. Les erreurs finissent par être corrigées, les fraudes par être détectées, les mythes idéologiques battus en brèche. Ce n’est plus aujourd’hui qu’un Lyssenko pourrait affirmer que la génétique est fausse puisque issu de savants « réactionnaires » d’une classe bourgeoise aux abois…

La science avance sur une méthode. Elle est faite d’observations aussi rigoureuses que possible et de tests reproduisant des invariants qui deviennent des « lois », sans que jamais observations ni tests ne s’arrêtent. Les « lois » ne sont ainsi jamais définitives mais corrigées, complétées ou infirmées. Le calcul ne serait rien sans l’intuition des hypothèses, ni sans la faculté de synthèse des observations. C’est ainsi que l’esprit de finesse est aussi utile à la science que l’esprit de géométrie.

prof de chimie

L’économie se veut depuis toujours une « science ». Elle aspire aux observations neutres et aux tests dont les invariants produiraient des « lois ». Elle a même créé cet être abstrait ni n’a jamais existé : l’homo oeconomicus rationnel, sensé fonctionner comme un calculateur sur le modèle des abeilles cher à Mandeville. Las ! L’humain est difficilement calculable, même avec les machines les plus puissantes ; il est mû par autre chose que par la pure logique… Et les êtres justement les plus froids et les plus calculateurs se révèlnt des monstres d’égoïsme ou des tueurs en série.

Ces dernières années, le libéralisme en acte aux États-Unis ou en Angleterre délaisse les théories abstraites pour le bel et bon pragmatisme, le concret de ce qui fonctionne. Ces peuples collent au terrain, ce pourquoi ils inventent l’Internet et pas le Minitel, le Boeing 737 et pas le Concorde, le skate et pas la patinette, Amazon et pas la loi de protection du prix du livre, ou encore Google et pas le site centralisé gouv.fr. Ils ne s’accrochent pas aux vieilles lunes comme si leur statut de pouvoir, social ou universitaire en dépendait. Leur monde bouge, pas le nôtre ; leurs jeunes sont en mouvement et inventent, pas les nôtres.

skate 13 ans

Le mathématicien Von Neumann et l’économiste Morgenstern ont inventé en 1944 la théorie des jeux : dans leurs interactions, les acteurs sont tous théoriquement logiques. Depuis 25 ans les neurosciences prouvent le contraire en pratique : chaque individu ne prend une décision qu’en fonction des autres. Les choix raisonnés l’emportent sur les choix rationnels…

C’est que la raison n’est pas la logique. La différence entre ces deux termes tient au poids de l’humain :

  • La logique est ce qui est conforme aux règles, elle est une cohérence, une nécessité.
  • La raison est cette faculté humaine qui permet de connaître, de juger et d’agir ; elle va du bons sens à la sagesse, en passant par l’acceptable. On reconnaît là les trois étages imbriqués de l’homme : les instincts et les sens (bon sens), les affects de l’émotion (l’acceptable) et l’intelligence de l’esprit (la sagesse).

L’humain n’est pas une machine à calculer, ce pourquoi un ordinateur assez puissant parvient à le battre aux échecs. L’humain va parfois droit au but, dans ce que nous appelons l’intuition ; l’humain court-circuite le calcul pour inventer du neuf, qu’il ne vérifie qu’après coup ; l’humain n’est pas insensible à l’entour ni aux autres, il interagit – ce pourquoi il a survécu depuis des centaines de milliers d’années.

Dans la théorie des jeux, le premier joueur doit proposer une règle maximisant ses gains. Le second joueur a tout intérêt à accepter même très peu plutôt que rien, en logique c’est toujours ça de gagné. Sauf que les acteurs réels ne sont pas « logiques », ils sont « raisonnables » : les expériences menées sur ce sujet montrent que le deuxième joueur rejette presque toujours les offres qu’il trouve inéquitables, celles qui s’éloignent trop du ‘tout pour lui’ et ‘rien pour moi’. Le devinant par avance, le premier joueur se garde bien, le plus souvent, de proposer une telle part du lion ; il se rapproche du négociable. Ce qui est amusant est que les rejets sont plus fréquents si le premier joueur est un humain et pas un ordinateur !

Pascal Picq France metaphysique

L’examen des aires cérébrales, durant l’exercice, montre que celles impliquées dans l’émotion sont fortement activées lorsque les propositions sont faites par un autre individu et pas par une machine. Une offre négociée devenue acceptable active plus fortement le cortex préfrontal, engagé dans les processus de raison, et moins l’insula inférieure, liée aux émotions. C’est l’inverse lorsque le partage est inéquitable.

La confiance, de même, s’apprend par interactions. Chaque échange est particulier, lié aux individus tels qu’ils sont et non aux principes abstraits de morale. D’où l’importance de l’émotion, du sentiment, de la psychologie. Les uns s’habituent aux autres et anticipent leurs comportements et réactions ; ils s’y adaptent. C’est ce qu’on appelle l’empathie. Se mettre à la place des autres n’est pas une vertu héroïque, c’est un processus automatique chez les êtres humains qui n’existent qu’en société depuis toujours.

Est-ce à dire que l’émotion l’emporte, comme dans le romantisme à la Rousseau ? Non plus, là encore ! Les trois dimensions de l’humain sont indissociables à l’équilibre : sens, cœur et cerveau. Les choix économiques font l’objet d’un raisonnement réflexif, dans un dispositif affectif, dominé par les interactions sociales.

Mais au fond, les vrais libéraux le savaient, d’Adam Smith à John Maynard Keynes. C’est Adam Smith lui-même qui expliquait, dans sa Théorie des sentiments moraux (1759), que les actions des hommes sont largement déterminées par l’idée qu’ils se font de ce qu’en pensent les autres… Et Keynes notait dans sa Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie que le choix des actions en bourse ressortait plus d’un « concours de beauté » que de savants calculs d’analystes financiers.

C’est à ce moment que l’on mesure le handicap mental des Français : toute leur éducation formatée au pur rationnel, sélectionnée par les seuls maths, aspire à l’immobilité de la « loi » définitive en science, égale pour tous en économie, répandue partout dans un monde où chacun serait rationnel. Sauf que d’autres savent exploiter nos inventions, produire de meilleure qualité, imposer leurs règles de négociation.

Nous avons beaucoup plus de mal que les autres à équilibrer instincts, émotions et raison, parce que nous croyons – à tort – que la seule raison nous fait humains (élus ? missionnaires ?). Au lieu de se lamenter à longueurs de commémorations sur les valeurs si vivantes « avant », ou à longueur de programmes scolaires sur les horreurs si condamnables « avant », ne serait-il pas temps d’encourager une éducation moins logique et plus raisonnable ?

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Victor Segalen, Essai sur l’exotisme

victor segalen essai sur l exotisme
Victor Segalen, mort en 1919 à 41 ans, était médecin de marine et a beaucoup voyagé. Mais ce qui l’intéressait dans « l’exotisme », n’étaient ni les impressions ni les images colorées, « cocotiers et ciels torrides ». Le lointain est comme le passé, une expérience du Divers. Il s’agit donc de sortir de soi. Cet Essai n’a été publié que bien après la mort de l’auteur, trop prématurée. Il est resté à l’état de notes, avec un plan clairement formulé. Mais le lecteur tirera profit de cet inachèvement, lisant mieux le squelette sans sa chair.

Nous sommes loin des récits de voyageurs où les choses vues sont un moyen de juger d’après sa propre culture et d’exprimer les sensations sur soi du paysage et des gens. Eux sont les touristes, « les proxénètes de la sensation du Divers » 46.

Être « exote », c’est avoir le sens de la nature « ex-humaine », la connaissance de ces forces indifférentes à l’humain, des lois immuables et sans dessein humanisé. « L’Exotisme n’est donc pas une adaptation ; n’est donc pas la compréhension parfaite d’un hors soi-même qu’on étreindrait en soi, mais la perspective aiguë et immédiate d’une incompréhensibilité éternelle ».

L’exotisme se ressent dans les paysages, mais pas seulement. Dans les êtres également. « La jeune fille est distante de nous à l’extrême, donc précieuse incomparablement à tous les fervents du divers » 62. Surtout la fille de Tahiti, belle, libre et puissante telle que Gauguin l’a peinte et aimée. Un exotisme non pas d’égalité mais de complément, une impossible fusion du même – qui fait tout l’attrait de la découverte, de l’exploration et de l’amour de l’autre.

Comme l’a montré Tocqueville, le régime démocratique pousse la société à vouloir de plus en plus d’égalité entre tous les membres de la société. Égalité qui va jusqu’à prendre des formes absurdes, comme le déni des sexes donnés par la nature (« on ne nait pas femme, on le devient » pousse à revendiquer le clitoris comme pénis), le déni des différences de degré dans la culture (le tag grafouillé vaut autant que la peinture de Léonard ou de Matisse), le déni de l’effort personnel et du travail (plus vous œuvrez, plus on vous impose pour donner à ceux qui ne font rien, victimes, forcément victimes).

Segalen était à l’opposé de cette tendance, dans laquelle il voyait le principe physique d’entropie envahir la société humaine. « L’Entropie : c’est la somme de toutes les forces internes, non différenciées, toutes les forces statiques, toutes les forces basses de l’énergie » 65. Autrement dit le magma informe où tout le monde est pareil, tout le monde rabaissé au plus petit commun dénominateur, tout le monde normalisé, « l’Entropie comme un plus terrible monstre que le néant » 65.

« Si je place l’Exotisme au centre de ma vision du monde, (… c’est) comme la Loi fondamentale de l’Intensité et de la Sensation, de l’exaltation du Sentir ; donc de vivre » 77. C’est par la différence que s’exalte l’existence, on se façonne en sortant de soi, de ses paresses, de ses habitudes. Le goût – personnel – est une création qui devient au contact du divers.

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Être femme aussi est un devenir – mais avec le sexe biologique pour base, ce que les féministes extrémistes, aussi agressives qu’incultes n’ont pas compris. Il est vrai que les États-Unis, où ce féminisme-là est né, sont ce pays où 54% croient que c’est Dieu qui a créé l’homme, où un tiers croit que la Bible a raison plus que la science sur l’évolution, où un quart croit encore que la terre tourne autour du soleil – pays où le diplôme universitaire tient plus aux performances sportives qu’aux réalisations intellectuelles.

« Le Divers décroît. Là est le grand danger terrestre. C’est donc contre cette déchéance qu’il faut lutter, se battre… » 79. Comme Gauguin contre l’évêque Martin aux Marquises, contre le vêtement victorien inadapté au climat, contre l’enseignement catéchiste contraire aux légendes et à la culture polynésienne, contre les interdits moraux qui visaient plus à la domination coloniale qu’au bien-être spirituel des populations.

L’universel catholique ou républicain, les missionnaires religieux ou laïcs, les clercs ou les fonctionnaires qui savent mieux que vous ce qu’il vous faut – sont une expression de l’impérialisme occidental qui fait de sa puissance technique une preuve d’élection divine. Il y a un siècle, au temps du machinisme triomphant et de l’expansion maximale de l’esprit colonial, Victor Segalen retrouvait l’autre voie de la culture d’Occident, celle de Thucydide et de Montaigne, où le Divers n’est pas à dominer mais à accueillir. Non pas pour s’y convertir mais pour s’enrichir des différences – surtout pas les nier !

Victor Segalen, Essai sur l’exotisme – suivi de textes sur Gauguin et l’Océanie, 1904-1919, Livre de poche biblio 1999, 165 pages, €5.10

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Maoris entre bonne et mauvaises nouvelles

On célébrait il y a peu le 218ème anniversaire de l’arrivée de la Bonne nouvelle (Évangile) en Polynésie. Cela fait un jour férié de plus ! L’arrivée des missionnaires anglais à la Pointe Vénus à Mahina (nord de Tahiti) marque le début de l’évangélisation de la population, autrefois tournée vers d’autres cultes païens.

pointe venus mahina photo tahiti heritage

Dépôt de gerbes sur la tombe du pasteur Henry Nott, du roi Pomare II. Chacun des arrondissements de l’Église protestante ma’ohi avait organisé une journée de prière et de fête.

pasteur Henry Nott timbre

Comme le précise M. le Procureur de la République, les combats de coqs sont tolérés par la loi, en Polynésie comme dans le nord de la France où ils sont organisés dans des gallodromes. En Polynésie, cela existe depuis de nombreuses années, à Papara, à Punaauia, mais aussi dans les îles comme Moorea, Huahine, Raiatea, Bora Bora, Arutua, Rurutu et Tubuai. Un combat de coqs peut drainer jusqu’à un million de XPF, ils démarrent généralement à partir de 100 000 XPF à Papara, de 20 000 XPF à Hitia’a. Certains éleveurs de coqs de combat sont des passionnés qui dépensent des fortunes pour se constituer un cheptel, préparer les coqs à se battre, les entraîner. Tout autour de ce petit monde gravite des parieurs, mais aussi de l’alcool, du paka (drogue, cannabis), le kikiri (jeu de dés clandestin), et tout cela gêne le coqueleur.

combat de coqs tahiti

Sordide faits divers à Mahina où l’homme après avoir très grièvement blessé sa compagne au couteau a mis le feu à leur fare puis s’est suicidé… Un nouveau drame familial toujours à Mahina, un autre homme complètement ivre s’est disputé avec sa compagne, l’a aspergée de pétrole puis a mis le feu transformant cette dernière en torche humaine.

gamin muscle tahiti

Une histoire de ma’ohitude :

  • le lieu : une bringue sur les hauteurs de la Mission, Papeete.
  • dialogue entre un gamin et sa mère :

Sa, le petit Pa’umotu nerveux : – Maman, c’est quoi la zoophilie ?
Maman agacée : – Iiiiaaa, Mon Dieu ! Je t’ai dit de pas rester seulement avec tonton Charles, sauf si y’a un autre adulte avec toi !
Petit Pa’umotu nerveux : – A pai (en fait) ! On avait ho’i (aussi) papa avec moi !
Maman agacée : – Iiiiiiaaaaa ! Pas bon ça ! On va repartir ho’i (aussi) dans les îles !

Hiata de Tahiti

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Vote obligatoire et socialisme autoritaire

On connaissait le socialisme des imbéciles, on sait l’échec du socialisme « réel », on croyait arrivé le normal-socialisme, on déplorait la moraline socialiste, on se moquait facilement de la gauche bobo, on savait pourtant que la gauche avait lâché le peuple, on comparait la régression socialiste en Chine et en France, on remettait en perspective dans l’histoire le social-individualisme, on pointait clairement l’ignorance socialiste du droit, on remarquait que la gauche morale se raccrochait aux branches – mais on avait oublié le socialisme autoritaire !

Car le socialisme à la française déteste la liberté.

Laisser aux gens le droit ou – pire ! – la « possibilité » de faire comme bon leur semble est inadmissible pour les missionnaires de la Vérité révélée du Progrès en marche vers l’Égalité pure et parfaite de l’Avenir radieux. Ne riez pas, telle est la croyance des socialistes, une véritable religion si vous creusez un peu.

Ainsi à la Mairie de Paris où l’ineffable Christophe Girard sous la houlette Hidalgo force les noms de rues politiquement corrects – par seule croyance idéologique – dans l’ignorance de la réalité des gens et de l’histoire.

Ainsi chez Renault : l’État entreprend de monter sa participation pour « forcer » (démocratiquement…) les actionnaires à consentir au droit de vote double pour ceux qui restent 2 ans. Y aurait-il en socialisme de « plus égaux » que les autres ?

Ainsi avec la loi sur le Renseignement où, sous prétexte de « terrorisme » (sur lequel tout le monde est d’accord), on va offrir la possibilité aux fonctionnaires de capter les informations de tout le monde, en tous lieux, pour toutes raisons de soupçons – et cela sans le contrôle du pouvoir judiciaire. Seuls des fonctionnaires « contrôleront » les fonctionnaires ! La dérive en « police politique » sera aisée – même si (pour l’instant) nous ne créditons pas ce gouvernement d’y viser. Mais est-ce prudent de laisser une grenade dégoupillée dans les mains de n’importe qui ? Surtout dans le futur.

Mais ne voilà-t-il pas surtout que, sur ordre de l’Olympe socialiste (qui vit aux Champs-Élysées pour ceux qui connaissent encore un peu ce grec que Belkacem veut éradiquer), Claude Bartolone vient de pondre un rapport (vite sorti et pensé légèrement) pour forcer les Français à aller voter à chaque élection ?

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Votez sous peine d’amende !

Le « vote obligatoire » serait-il la panacée aux inepties de doctrine, au ministères du discours opposés aux ministères de gouvernement, aux lâchetés politiques, aux démissions de l’Éducation nationale confite en syndicats « réactionnaires » de gauche pour qui il ne faut surtout RIEN changer, aux mensonges les yeux dans les yeux des électeurs, à la médiocrité des candidats aux élections… On croit rêver : la fraternité socialiste « réalisée » serait décrétée d’État par l’usage d’un « droit » dont on ferait une obligation légale par la contrainte de la force publique. Comme sous feu le maréchal Staline.

En démocratie, la liberté prime l’État. Si c’est l’inverse, nous sommes dans un État totalitaire, absolument pas en démocratie, se décrétât-elle « populaire ». Le rêve du socialisme est le vieux rêve léniniste (qui n’était pas marxiste, l’ayant tordu à sa sauce activiste) : que tout fonctionne « à la manière de la Poste », du haut en bas, jugulaire-jugulaire. Un vrai fantasme administratif de fils d’ouvrier agricole autoritaire, formé aux épures matheuses niveau basique.

La Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen de 1789, grand mythe fondateur de la gauche croit-on, proclame pourtant clairement en son article 2 : « Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression. » Ou encore, en son article 5 : « La Loi n’a le droit de défendre que les actions nuisibles à la Société. » Conçoit-on que « le vote » soit une nuisance à la Société s’il n’est pas exercé ? Il n’est pas écrit que tous les citoyens ont l’obligation, ni même le devoir, mais que « Tous les Citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs Représentants » (article 6). Vous avez bien lu « droit » ! Rien de plus. Rien de l’obligation soviétique d’aller voter, par exemple…

C’était l’exigence des Lumières de convaincre les gens par la Raison. Ce devoir est bien mal rempli par un parti qui se proclame « de gauche » sans le prouver, qui promet monts et merveilles mais gouverne comme la droite précédente, qui se veut « normal » c’est-à-dire aussi mou et paresseux que sous Chirac, le charme personnel en moins mais le mensonge sur les « promesses » en pire. Le socialisme ne parvient pas à convaincre ? Changez de socialisme ! Les autres peuples européens l’ont fait et s’en portent très bien.

Non, en France on veut plutôt changer le peuple. Le socialiste ne se remet jamais en question, vieux tropisme catholique-romain mâtiné de machisme latin qui veut que le plus sage et le plus avisé soit le plus vieux et le plus puissant – comme si nous étions encore dans un groupe de singes. Or « la démocratie » implique la participation. Et l’on ne fait pas « participer » le peuple simplement en lui demandant d’approuver, ni en le forçant à élire les candidats socialistes.

Mais ni la religion d’État (ce laïcard-socialisme issu tout droit du catholicisme social), ni l’éducation « nationale » du tous-pareils notés sur vingt, ne préparent le peuple à participer, faute de savoir s’exprimer autrement qu’en gueulant avec 300 mots ou en cassant lors des manifs et, pour les plus évolués, en boudant lors de « grèves » aussi interminables que floues. Quand on n’apprend pas à développer cet élément de base des droits de l’Homme qu’est « l’expression » (sans laquelle le « droit d’expression » se résume à des coups, des borborygmes ou des balles de kalachnikov), comment oser exiger des citoyens qu’ils viennent « participer » ?

Plutôt que de rendre le vote obligatoire, proposez de rendre l’expression orale et écrite obligatoire dans les écoles, Monsieur le président de l’Assemblée nationale !

Ouvrez les débats citoyens, les référendums d’initiative populaire, abaissez le droit de vote à 16 ans avec éducation au droit à l’école, forcez au non-cumul des mandats pour que les élus soient vraiment au service des électeurs, développez le contrôle des élus par les citoyens.

C’est ce que demandaient Los Indignados en Espagne : « Ce que nous réclamons, c’est que le Gouvernement établisse des mécanismes pour que les gens puissent contrôler ce que font les hommes politiques. Actuellement, en dehors du vote, il n’y a pas de moyen de le faire et les élus ont carte blanche toute la durée de leur mandat. »

C’est aussi, plus simplement, ce que préconise Pierre Rosanvallon dans un livre de 2008 déjà, ancien syndicaliste de gauche proche du socialisme. Mais c’est probablement trop fort pour Monsieur Bartolone, qui n’a peut-être jamais eu le temps de le lire, ni de le penser par lui-même.

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Certes, des arguments sensés existent, et le vote obligatoire est pratiqué sous des régimes tels que la Belgique, la Grèce, le Costa Rica, le Brésil et la Turquie… mais constate-t-on que la politique se porte mieux dans ces pays ?… Au contraire, l’Australie et les Pays-Bas sont revenus sur une telle obligation : cela ne voudrait-il rien dire ? Un socialiste français se croit-il plus intelligent ou plus avisé que les autres ? Ou se défausse-t-il de ses carences sur le commode bouc émissaire de l’abstention – sans s’interroger sur son pourquoi ?

Disons-le tout net : le vote obligatoire n’est pas démocratique. C’est la subversion d’un droit en contrainte. C’est le recul de la liberté au profit de quelques-uns, ceux qui se croient investis d’une mission de sauver les électeurs malgré eux, les considérant comme des immatures, ouvriers, infantiles. Ce sont en effet parmi ces catégories que l’on trouve le plus d’abstention, dit-on.

Il s’agit donc bien d’éducation et de formation, d’intérêt pour les candidats, de conviction que son vote peut influer sur le cours des choses : pas de paresse ni de refus d’être un citoyen. D’ailleurs, l’abstention est-elle grande aux élections présidentielles ou au municipales ? Non, bien sûr, parce que les électeurs voient directement leur intérêt personnel direct dans de telles élections. À l’inverse des dernières « départementales » où personne ne savait plus à quoi va servir un département, censé disparaître en 2021 selon Valls – quand même Premier ministre. Il s’agit donc de séduire, pas de punir ! Et de proposer des urnes désirables – où les promesses se réalisent ou ne sont pas proférées à la légère.

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Si la proposition de loi est votée par une Assemblée à la botte, l’inévitable va se produire :

  • la « résistance » d’une grande partie de la population qui préférera payer l’amende (à condition qu’il y ait assez de flics pour les y forcer) – se défaussant par l’argent du devoir civique (bel exemple de « socialisme » !)
  • le « tant pis pour vous ! » d’une autre partie de la population qui fera exprès de voter populiste ou extrémiste – ou qui systématiquement va sortir les sortants
  • la manifestation plus grande qu’auparavant du vote blanc (enveloppe vide ou papier vierge) ou du vote nul (injures gribouillées sur le bulletin du candidat) – en ce cas : pourra-t-on encore « ignorer » le vote blanc ?

Il faudrait la voir la tête du Bartolone lorsqu’il se verra « élu » par seulement 13 ou 15% des électeurs inscrits… Son « mandat » sera-t-il légitime ? Pourra-t-il toujours prétendre agir pour le bien de tous, si ces tous se réduisent à presque rien ? Il y a décidément de vraies têtes de linotte dans le socialisme à la française. Et un vieux tropisme autoritaire qui ferait bien préférer l’original à la copie.

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Citoyenneté à Tahiti

Un grand nombre des administrés de la commune de Faa’a dont le maire n’est autre que Monsieur Oscar Temaru avaient pris l’habitude de ne pas payer les redevances pour l’eau et les ordures ménagères. Ces sommes importantes manquaient cruellement au bon fonctionnement de la commune, le maire a lancé un ultimatum à ses administrés par voie de presse. Il semblerait que Dépêche Cocotier ait formidablement bien fonctionné, car, en deux jours, 300 personnes se sont présentées pour payer factures d’eau et de déchets ménagers et quelques 15 millions de XPF se sont blottis dans les caisses de la mairie de Faa’a. Il se pourrait que, sur les 6 000 foyers installés dans la commune, environ 70% possèdent une boîte postale ; les seuls 30% sans boîte postale posent problèmes, certains sont de mauvaise foi, d’autres ont des soucis financiers. Bref, le coup de semonce du tavana (maire) a bien été capté ! On aurait même vu des administrés venir régler leurs factures de cantine qui traînaient depuis des mois.

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Pour le 170e anniversaire de l’arrivée des missionnaires de l’Église de Jésus-Christ des Saints des derniers jours à Tubuai (Australes) en 1844, les fidèles du pieu de Papeari ont offert une journée de service à la commune. Une centaine de participants volontaires a procédé à l’embellissement de la cour de la mairie en compagnie du maire délégué. D’autres ont pris en charge le nettoyage de la route menant à l’école élémentaire Matairea et deux équipes de jeunes adultes ont nettoyé des bords de route de la commune de Papeari. Il faisait beau, tout allait pour le mieux. Un nouveau conseil municipal est installé depuis les élections. Pourvu que ça dure ! Teva I Uta est une commune associée composée de Mataiea et de Papeari. A la tête de Teva I Uta, Tearii Alpha ministre du gouvernement Flosse, le premier adjoint au maire Jean Sangue qui est le père du maire de Papeari. Tout ce beau monde recevait le tavana hau (administrateur) des Iles du Vent et des Iles sous le Vent, il a été question des grands projets tels le centre de détention de Papeari, la construction d’écoles, la rénovation de la mairie, la création d’emplois, la création d’une coopérative agricole pour capter les marchés des écoles et du centre de détention, l’eau avec un très gros problème de réseau alors… « Nous comptons sur les deux piliers que sont l’État et le Pays pour aider notre commune a déclaré le maire de Teva I Uta ». A v’te bon cœur M’sieurs Dames.

Le service France Domaines propose à la vente aux enchères un terrain de 5 162 m² situé… en face de la Présidence, lieu-dit « Annexe Broche » ! Mais, pas touche dit l’État ! C’est un terrain de grande valeur de par sa situation géographique. Le Pei se déclare surpris alors qu’il comptait sur une rétrocession de ce terrain pour une valeur symbolique de 1 XPF. Mais, dit le Pei, Nous avons besoin de ce terrain idéalement situé face à la Présidence. Hum ! Hum ! Un hectare de terrain militaire à Arue a été évalué à plus de 300 millions de XPF, on comprend la déception des tavana (maires) où se situent encore des terrains militaires, et qui eux aussi avaient espéré ne « payer » qu’un franc pacifique symbolique, mais en cette période de disette économique dans le beau pays de France…

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Initialement le collège devait être construit près de la source Vaima. Puis le projet avait été abandonné à cause des levées de boucliers des associations de protection de la nature. En 2008, Valentina Cross est élue maire de Teva I Uta et a relancé le projet. L’équipe Temaru avait choisi l’emplacement du futur collège en bas de l’usine Morinda (qui traite le nono au PK 42.8). En 2013 l’équipe Flosse est revenue au pouvoir, le projet a refait surface, les travaux de terrassement lancés. Mais pour laisser la place à un hôtel chinois de 700 chambres autour du golf d’Atimaono, le collège est viré au PK 48. Et en attendant les enfants de Papeari gonflent le collège de Taravao et ceux de Mataiea celui de Papara !

Hiata de Tahiti

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Hellénisme et christianisme selon Camus

Dans son diplôme d’études approfondies de philosophie, écrit en 1936 sous le titre ‘Métaphysique chrétienne et néoplatonisme’, Albert Camus tente de comprendre le christianisme au regard des Grecs et d’opérer comme une synthèse de la ‘mentalité’ méditerranéenne.

« C’est ainsi qu’on peut mettre à jour chez les Grecs et les Chrétiens des attitudes devant le monde irréconciliables. Tel qu’il se formule vers les premiers siècles de notre ère, l’hellénisme implique que l’homme peut se suffire et qu’il porte en lui de quoi expliquer l’univers et le destin. Ses temples sont construits à sa mesure. En un certain sens, les Grecs acceptaient une justification sportive et esthétique de l’existence. Le dessin de leurs collines ou la course d’un jeune homme sur une plage leur délivrait tout le secret du monde. Leur évangile disait : notre Royaume est de ce monde. C’est le « Tout ce qui t’accommode, Cosmos, m’accommode », de Marc Aurèle.

Cette conception purement rationnelle de la vie, – le monde peut être tout entier compris – conduit à l’Intellectualisme moral : la vertu est chose qui s’apprend. Sans toujours l’avouer, la philosophie grecque fait du sage un égal de Dieu. Et Dieu n’étant qu’une plus haute science, le surnaturel n’existe pas : tout l’univers se contre autour de l’homme et de son effort. Si donc le mal moral est une ignorance ou une erreur, comment insérer dans cette attitude les notions de Rédemption et de Péché ?

Au reste et dans l’ordre physique, les Grecs croyaient encore à un monde cyclique, éternel et nécessaire, qui ne pouvait s’accommoder d’une création ‘ex nihilo’ et partant d’une fin du monde. »

Pour ma part, ayant été endoctriné chrétien petit, avant de l’être marxiste adolescent, j’ai rejeté toutes ces illusions morales. Je ne crois ni en l’Ailleurs, ni en la Vérité comme absolu inscrit dans le ciel des Idées. Je crois au contraire que ces illusions sont dangereuses pour l’homme d’ici et de maintenant. On massacre toujours pour « obéir à Dieu » ou « créer l’Homme nouveau » et l’on promet toujours de raser gratis… demain. Ce qui m’importera toujours est l’aujourd’hui et mon prochain.

J’ai donc jeté par-dessus bord ces illusions dangereuses.

D’abord parce qu’elles ne permettent pas de vivre au présent mais seulement de récriminer sur ‘ce qui devrait être’ d’un avenir fumeux.

Ensuite parce qu’elles tendent à l’autoritarisme, sinon au totalitarisme, de ceux qui sont persuadés d’avoir raison contre les autres. Ils considèrent les autres hommes, pourtant égaux en dignité, comme des sous-citoyens, des ignorants primaires à l’âme d’enfant, incapables d’être adultes à part entière, aliénés par leur condition où atteints par hérédité de bêtise incurable. C’est malheureusement le lot des curés, des imams et des militants socialistes de vouloir imposer les vérités révélées par Moïse, par Jésus, par Mahomet ou par Marx, au commun des mortels. Dieu nous préserve des ‘missionnaires’ !

Je crois, comme Camus, que « l’homme peut se suffire et qu’il porte en lui de quoi expliquer l’univers et le destin. » Il construit un monde à sa mesure. Cela ne signifie pas qu’il ne puisse chercher à dominer, à jouer à l’apprenti sorcier, ou à se prendre pour Dieu. Il est certes des choses dans le monde, Othello, qui dépassent toute la philosophie. Il est des mystères, dans l’esprit humain même, que les sages tibétains ou les moines zen découvrent comme le firent certains soufistes musulmans ou mystiques chrétiens. Mais restons dans ce monde-ci puisque nous sommes incapables, sauf présomption ou soif luciférienne de pouvoir, d’en concevoir un autre.

« Le surnaturel n’existe pas » car tout est inclus dans la nature – y compris ce qu’on ne comprend pas. Donc « la vertu est chose qui s’apprend » (alors que la morale, toute extérieure, s’impose), Aristote le disait déjà. La discipline zen comme la voie taoïste, l’éveil bouddhiste ou la simple éducation humaniste, sont des pistes bien plus généreuses que l’obéissance passive aux dogmes des religions du Livre, Marx inclus, soi-disant révélées un jour à de rares clercs qui en conservent les arcanes pour imposer leur pouvoir.

Albert Camus, Métaphysique chrétienne et néoplatonisme, 1936, Pléiade OC t.1 p.1000, €67.45

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Antoine Bello, Les falsificateurs

Né en 1970, cet écrivain français vit ailleurs, aux États-Unis. Deux entreprises, quatre enfants et deux romans plus tard, le voici qui crée un univers original et des personnages attachants. Ce n’est pas rien pour cet arrière-petit-neveu de Marcel Aymé. Comme lui, il écrit de façon fluide ; comme lui, il s’intéresse aux gens ; comme lui, il use parfois d’humour. Il campe cependant une fresque mondiale sous forme de thriller, bien loin des clochers du terroir français de son ancêtre.

Le jeune Islandais Sliv (au nom impossible à retenir) entre dans un cabinet d’avocats internationaux réputé de Reykjavik après des études supérieures de géographie. Mais, contrairement à l’intello-écolo très légère malgré son DESS de géographie, il ne situe pas le Japon dans l’hémisphère sud… Il est au contraire enthousiaste, imaginatif et travailleur. Sa mission au Groenland le confronte aux compromis politiques et aux pressions économiques. L’idéalisme qu’il porte à l’environnement de la planète en prend un coup. C’est alors que son patron lui propose d’intégrer une entité qui le confortera.

Le CFR n’est ni la Compagnie française de raffinage, ni le Centre de formation routière, ni la Confédération française des retraités, ni même The Council of Foreign Relations : mais le Consortium de fabrication du réel. Chacun sait qu’il ne sait rien, que tout lui est appris, plus ou moins, par ses parents, ses copains, Internet et la télé, voire par ses profs, mais c’est sujet à caution. Chacun sait que le film, la série ou le jeu vidéo sont plus réels que ce qui se passe au coin de la rue ou dans la cour du lycée. La croyance importe plus que la vérité, dire comme toute la bande vaut plus que découvrir tout seul la vérité. Si les grandes religions régressent, la théorie du Complot émerge, alimentée d’ailleurs par les mêmes intégristes qui brûlaient avant-hier les sorcières, hier « les fascistes » qui avaient le tort de n’être pas alignés sur l’URSS, aujourd’hui la pub et les financiers.

Le CFR est mondial, il comprend quelques milliers d’agents experts, répartis sur toute la planète et cooptés pour leur ouverture d’esprit. Car ce sont bien les Lumières qui semblent commander : raison d’abord et esprit critique requis ! Potemkine avait inventé des villages de carton pour faire croire que le pays riait alors qu’il était dans la misère ; les totalitarismes avaient inventé la propagande pour réécrire l’histoire en leur faveur ; le marketing a inventé le storytelling, la belle histoire à faire rêver pour inciter à acheter un produit ou à voter pour un candidat. Le Falsificateur n’est que le prolongement planétaire et spirituel de cette opération de croyance.

Les gens s’intéressent en général plus à ce qu’ils croient qu’au processus qui les fait croire. Antoine Bello opère à l’envers : le but est accessoire mais le scénario essentiel. Comme l’écrivain, le Falsificateur écrit une fiction. Mais l’écrivain peut se cantonner aux pays imaginaires ou aux époques approximatives. Pas le Falsificateur, qui doit tout vérifier, tout étayer, créer les preuves qui manquent. Travail de professionnel, passionnant et jamais solitaire. Il faut tout savoir d’un sujet, remonter aux sources pour en créer de convaincantes. Pour quoi faire ? Là est le mystère. Le CFR obéit à une planification de sujets jugés vitaux, sans qu’on sache jusque vers la fin du roman ni qui les décident, ni pour quelle raison. Mais falsifier captive, voir le monde par ce prisme de scénariste est comme une drogue. Un écrivain qui verrait ses œuvres naître à la réalité ; une sorte de démiurge.

Tout n’est-il pas au fond croyance ? Même les vérités les mieux établies ? La quête scientifique finit toujours par triompher, mais l’être humain n’est pas réductible à la science pure, il est instincts et passions. Ce pourquoi il faut souvent contrer les croyances par d’autres croyances, cela fait progresser l’esprit critique… Par exemple la financiarisation de l’économie, perceptible dès les années 1980, sur laquelle il faut attirer l’attention pour éviter la bulle catastrophique (p.266). Échec pour le CFR, s’il existe, parce qu’un chapelet de bulles a éclaté depuis 1990…

Il est prophylaxique d’encourager les alternatives à la pensée unique, car celle-ci mène toujours dans le mur du réel, ou à l’emprise d’un tyran : « Le contrôle des esprits a toujours été la première étape vers le totalitarisme (…) Faites-nous confiance, nous allons faire votre bonheur malgré vous… Des conneries, tout ça, si tu veux mon avis ! » p.513. C’est dit par un Soudanais musulman, agent de classe 3 dans l’organisation, à Sliv, athée de culture luthérienne. Les missionnaires religieux comme les missionnaires laïcs ou les technocrates n’ont jamais tenu d’autre langage. Faire votre bonheur malgré vous a été le leitmotiv des Jésuites, des colonialistes, des hygiénistes, des instituteurs, des psys, des travailleurs sociaux, des croyants socialistes, des militants écologistes, des chefs de bureau sortis de l’ENA…

« Attention à la confusion des genres », dit un formateur du CFR à ses jeunes recrues. « Un chercheur a besoin de toute l’information disponible. S’il s’interdit de collecter certaines données sous prétexte que celles-ci risquent de remettre en cause son interprétation du monde, il trahit sa vocation de scientifique et se transforme en censeur » p.431. Car l’autre nom de la pensée unique est le politiquement correct, qu’il est bon de contrer pour faire vivre l’esprit critique. Par exemple insister sur le fait que le Prophète prenait toujours conseil de sa femme, plutôt que d’en rester à l’interprétation des Talibans (p.516). Il s’agit des mêmes faits, mais d’une autre façon de les voir – d’y croire.

Voici un roman prodigieux qu’on lit avec ardeur. Plongé dans l’actualité, ouvert sur le monde, il met votre pensée en abyme sur l’accomplissement de soi tout en vous racontant une captivante histoire de dévouement et d’amitiés. La quête personnelle s’unit à l’exigence d’agir avec les autres pour faire partie du monde. Vaste programme généreux et optimiste, à méditer en attendant de lire la suite, parue en 2009 mais pas encore en Folio, sous le titre ‘Les éclaireurs’, prix France-Culture Télérama.

Antoine Bello, Les falsificateurs, 2007, Folio 2009, 589 pages, €8.45

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Voyage aux Gambier 5 : Rouru

Rouru (« l’endroit des têtes couronnées ») était-il un couvent ? Il demeure quelques ruines de ce qu’on a appelé le couvent de Rouru, sis sur les hauts de Rikitea, à l’aplomb du Mont Duff. C’était une construction à vocation religieuse. On y accueillait des jeunes filles auxquelles on apportait des connaissances (intellectuelles). L’endroit choisi est un plateau assez vaste, le climat y est plus frais qu’au village en bord de mer. Il est caché par des plantations d’arbres à pain, d’orangers et de cocotiers.

On descend vers le village par un chemin pavé d’environ 1500 m, on croise le cimetière sur la droite avant d’atteindre le village. Le choix de ce plateau a-t-il été fait parce que c’était le quartier des riches ? Rouru, appelé aussi le couvent des Sacrés-Cœurs, a perduré à peine plus d’un demi-siècle. Les constructions sont le vaste mur d’enclos, la maison des sœurs, un puits, une citerne, des toilettes, la chapelle, une porte monumentale. Les murs solides, bien bâtis restent la preuve d’un dévouement.

Les missionnaires avaient une quintuple mission : baptiser la population et éliminer les faux dieux ; soigner les malades ; aider les familles à mieux vivre ; éduquer les jeunes ; construire pour Dieu des églises et pour ses serviteurs des presbytères. C’est le Père Cyprien Liausu, arrivé en 1835, qui avait observé que le comportement des jeunes filles de Mangareva et leur goût pour le travail méritaient d’être encouragés et orientés vers une forme de vie s’inspirant de l’esprit religieux. Certain père avait constaté que les filles travaillaient le plus laborieusement dans les plantations. Elles auraient fini par ne plus vouloir s’en retourner chez leurs parents et on leur édifia un bâtiment.

Des notes stipulent que les jeunes filles ont crée des sortes de « couvents » où elles veulent vivre en communauté. Elles s’appellent du nom de sœurs et ne font rien sans demander la permission à celle qu’elles ont choisie comme supérieure. Elles filent, défrichent les sols, plantent coton, bananes, haricots, ignames, patates douces, carottes, choux. Imaginez quarante jeunes filles choisies, élevées comme dans un couvent sous la direction de trois femmes d’un certain âge et instruites. On leur apprend à lire, à écrire, à se vouer aux pratiques journalières de la religion. Elles écrivaient d’abord sur des feuilles de bananiers séchées puis elles ont utilisé du papier de chiffon quand elles furent un peu plus avancées.

Les habitants des Gambier se contentent de leur sort, loin de la capitale Papeete. Ils possèdent un faapu qui leur fournit légumes frais, un verger des fruits, et souvent, même à plusieurs, une ferme perlière qui leur apporte un revenu supplémentaire. Que demander de plus ? Leur docteur est reparti, ils espèrent la venue d’un remplaçant.

Nous avons été bien reçues. Nous jouissions d’une vue superbe depuis la pension. Les repas en compagnie de la famille étaient conviviaux, souvent des korori en entrée (muscles des huîtres découpés en fines lamelles), du poisson, des légumes du faapu, des fruits du verger agréablement cuisinés, des visites bien organisées. Une fort agréable découverte de cet archipel lointain.

Hiata de Tahiti – FIN du voyage aux Gambier

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Herman Melville, Omou

Omou donne la suite des aventures de l’auteur, romancées et amplifiées comme dans Taïpi. Publié en 1847, ce second roman est moins prenant que le premier. Il lui manque cette unité de temps et de lieu qui saisit le drame et ce sens du mystère sur les fins qu’il pouvait régner lorsqu’on est hôte d’une population cannibale…

Disons cependant que Melville, qui se fait cette fois appeler Paul, a changé de compagnon. A bord du baleinier minable qui l’a recueilli pour compléter un équipage poussé à déserter à la première occasion, il s’est adjoint un surnommé Long-Spectre pour sa taille et sa complexion osseuse, docteur marin, qui a réellement existé. Son vrai nom était John B. Troy et il n’était que steward sur ledit baleinier, dont le véritable nom était le ‘Lucy Ann’.

Capitaine mou et malade, second parano, bateau qui se déglingue, la mutinerie se déclare, sans violence grâce à l’auteur s’il faut l’en croire, devant Papeete où le consul anglais fait emprisonner les mutins. C’est une prison ouverte, non loin de la route des Balais qui fait le tour de l’île. Tahiti vient d’être annexée par les Français et Melville, qui veut se faire publier à Londres, ne manque pas au « French bashing » de rigueur à l’époque. Retenons que pour lui les Français sont précis et savent admirablement construire des navires ; mais qu’ils apparaissent piètres marins, peu férus de discipline et inefficaces pour aller à l’abordage.

Paul et Long-Spectre s’évadent sur l’île en face où deux Protestants travaillant dur cherchent des ouvriers pour planter, désherber et arracher les patates dont ils font un commerce florissant auprès des navires en relâche. La pomme de terre reste en effet le meilleur remède contre le scorbut dans cette marine à voile qui peut rester parfois des mois entiers en mer, nourrie de bœuf salé et de biscuit dur comme fer.

Mais nos deux compères ne sont pas faits pour s’installer, ni pour œuvrer sous le soleil ; ils quittent donc les planteurs pour explorer l’île, un complet renversement d’existence par rapport à Taïpi. Notre Paul trouvera, dans les derniers chapitres, un embarquement sur un nouveau baleinier, pour de nouvelles aventures.

Melville suit, en 82 courts chapitres, le fil conducteur de ce qui lui est réellement arrivé, tout en l’enjolivant et en l’étirant dans le temps afin d’y caser tous les détails documentaires qu’il a pu glaner dans les livres sur les coutumes et les techniques polynésiennes, les gens, la flore et la faune. Son récit est très enlevé, comme l’aventure. Les épisodes d’action s’étalent en scènes pittoresques, occasion de portraits bien troussés, hauts en couleurs, et de commentaires de connivence ou de critique.

Le charme de l’auteur tient aussi à sa relative candeur. La vie de marin est une vie entre hommes ; elle est donc une constante aventure de grands gamins vivant de peu au jour le jour, suivant le vent et leur désir, rétifs à toute discipline non légitime et n’étant heureux qu’entre camarades. Cette fraîcheur fait lire ce livre comme à 12 ans. Quelques vagues considérations morales éludent les « turpitudes » des Tahitiens, évoquées selon le vocabulaire conventionnel des missionnaires, sans guère de détails. Ce n’était pas l’époque pour être cru, dans le double sens d’être direct et d’être compris. Melville voulait vendre ses livres et devait, pour se faire, rallier les suffrages de l’élite restreinte des rares lecteurs : sur une soixantaine de millions d’habitants anglophones du Royaume-Uni et des Amériques, le livre fut un succès avec ses quelques 15 000 exemplaires dans les mois qui suivirent sa parution.

Mieux encore : dès qu’un désir personnel se dresse, Melville s’empresse d’en détourner le coup par un lyrisme suspect pour le sexe opposé. Une fois que le lecteur du 21ème siècle, nourri de Freud et de Lacan, a compris le procédé, il s’amuse à le compter, immanquablement surgi dès qu’une rencontre se fait. Cela donne au livre un attrait supplémentaire au lecteur adulte d’aujourd’hui. Ainsi fonctionne la description complaisante d’une certaine Lou, beauté tahitienne nubile – mais piquante – de 14 ans. Inaccessible elle est, entourée d’un père, de grands-parents et de frères, sœurs, et sujette au tabou décrété par la reine Pomaré sur les relations avec les Blancs. L’auteur se rengorge de sa vertu (qui n’est pas celle de Long-Spectre)… alors qu’il lorgne probablement sur son frère, jeune garçon de 13 ou 14 ans, évoqué en passant, mais plusieurs fois, sous le vocable intéressé de Dandy. Même fonctionnement avec la belle Anglaise en poney, décrite à grands sons de trompettes galantes, que l’auteur feindra de se désoler de ne point voir autrement que comme une apparition… alors qu’il a pour son mari des yeux de Chimène, louant « son beau cou et sa poitrine découverts ». Ce procédé amuse.

Les marins apparaissent comme des fêtards vagabonds, pas plus corrupteurs au fond que les sérieux missionnaires. Melville en relance la dénonciation colonialiste et l’hypocrisie religieuse, tout comme dans Taïpi. Une police des mœurs, instaurée par les prêtres catholiques sur toute l’île de Tahiti, ne poursuit-elle pas les tièdes en piété et les libertins comme la Muttawa aujourd’hui en Arabie Saoudite ou le Département de la Promotion de la Vertu et de la Prévention du Vice en Iran ? « Le dimanche matin, lorsqu’on a peu d’espoir de remplir les petites églises, on envoie par les routes et les chemins des gaillards armés de cannes en rotin au moyen desquelles ils rassemblent les ouailles. C’est là un fait avéré ! Ces messieurs constituent une véritable police religieuse (…) Ils ont autant de travail les jours de la semaine que le dimanche ; ils parcourent l’île, causant une terreur extrême parmi les habitants, à la rechercher des iniquités de chacun. » (II, 46)

Après la tentation du paradis dans cette vallée fermée de Taïpi, le bonheur se cherche dans la tentation d’aventure. L’errance est un jeu, une quête de vie, la formation même d’une jeunesse mûrie très vite par la menace des récents cannibales. De quoi mesurer la chute, au sens biblique, des bons sauvages pas si bons que cela, aux colonisés acculturés pas si colonisés que cela.

L’auteur, born again de sa prison fœtale de Taïpi, découvre le large et les îles où il n’est plus materné mais joue comme un enfant. Il ne suit pas de conduite sociale mais sa pente et son désir ; il ne poursuit pas la tradition de ses ancêtres mais attrape toute circonstance à sa portée ; il ne cherche pas son salut mais reste aussi insouciant que les jeunes garçons indigènes qu’il rencontre.

En fait, il découvre que le paradis n’existe pas sur cette terre : ni dans l’enferment clanique de Taïpi, ni dans la fausse liberté sans règles d’Omou.

Herman Melville, Omou, poche Garnier-Flammarion 1999, 476 pages, €7.88

Retrouvez tous les romans d’Herman Melville chroniqués sur ce blog 

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Croyances et violences en Polynésie

Un satellite americain tombe dans le pacifique sud ? Il semblerait que les habitants de Mangareva (Gambier) aient entendu des bruits et aient vu pour certains une boule de feu… Glory, un satellite américain était trop lourd pour atteindre l’altitude d’orbite, des débris auraient chuté dans le Pacifique. Le laboratoire de géophysique de Pamatai (Tahiti) a enregistré « un bruit » à la station de Rikitea (Gambier). Alors y aurait-il un rapport entre la chute de Glory et ce qu’ont vu quelques habitants de Rikitea ? Par contre, on connaît le montant de la facture du feu d’artifice, 37 milliards de francs pacifiques. Il faut savoir également que l’US Air Force a installé une station aux Gambier pour suivre la mise en orbite de plusieurs satellites de défense depuis février 2010. Aux dernières nouvelles, Glory serait allé se perdre du côté de l’Antarctique. Les Gambier ont du rêver !

Mais il faut bien croire à quelque chose. L’église protestante mao’hi célèbre l’arrivée de l’évangile le 5 mars. Depuis 1978, c’est un jour férié en Polynésie. Les 18 missionnaires anglais de la London Missionary Society sont arrivés dans la baie de Matavai (Pointe Vénus), sont restés à bord du Duff le samedi 5 mars 1797 jour de sabbat, et ne sont descendus à terre que le dimanche matin pour commencer leur évangélisation. La communauté protestante est toujours proportionnellement la plus importante des communautés religieuses en Polynésie française. Un petit monument commémore cette arrivée et les évangélisations des autres îles du Pacifique Sud  à partir de Tahiti : les Marquises 1797/1822, Huahine 1818, les Cook 1821/1823, les Australes 1821, les Tuamotu 1821/1829, les Samoa 1830. Le petit monument a souffert de dégradations et a perdu son mât. « Pour que rien ne soit dégradé, ici, il faudrait un gardien rien que pour cet endroit », me confiait le jardinier tondant le gazon ! La baie de Matavai, bien protégée a abrité les révoltés de la Bounty, le Capitaine Cook, les missionnaires du Duff.

La foi et la violence sont le lot des îles. Le papa, ultra-violent, avait secoué son bébé, il l’a rendu infirme. « J’arrive pas à me contrôler. Moi, je règle mes problèmes en boxant. Je tape même mon fils ». Pour ce père violent la balance de la Justice terrestre s’est arrêtée sur 13 ans de réclusion…

Un autre procès se tient actuellement, celui de l’assassin d’une jeune femme de 22 ans dans des conditions insoutenables. C’est l’un des plus odieux crimes commis ces dernières années ici en Polynésie française. Cet homme jeune a pris en stop une femme jeune, prise de boisson, l’a traînée dans sa voiture dans un coin désert, pour boire un coup, fumer un joint, lui faire des avances. Il l’a frappée de deux ou trois coups de poing quand elle s’est refusée à lui. Tandis qu’elle était à terre, sonnée, il lui a administré deux monstrueux coups de pied en pleine tête. Puis il l’a déshabillée, violée, je vous passe les détails. Elle ne respirait presque plus. Alors il s’est assis à califourchon sur son dos, lui a relevé la tête de la main gauche pour l’égorger avec son couteau tenu dans la droite. Il dira au juge : « comme pour une tortue ». Son crime accompli, il est allé dîner aux roulottes avec sa compagne comme si de rien n’était. A savoir que les tortues marines sont des animaux protégés en Polynésie. Et les femmes ? Le verdict est tombé : réclusion criminelle à perpète assortie de 22 ans de sûreté. Son avocat avait demandé l’acquittement ! Tant qu’à faire…

D’autres se retirent dans leur monde intérieur. Bobby Holcomb, vous connaissez ? Il fut « l’homme le plus populaire de Polynésie en 1988 ». Noir américain et indien par son père, Philippin et Polynésien par sa mère, il était né le 25 septembre 1947 dans les ruines de Pearl Harbour. Après avoir découvert les USA, l’Inde, le Népal, la Grèce, la France et la Polynésie, il s’installa à Huahine (Iles Sous le Vent) en 1976 et plus particulièrement dans le village de Maeva, réputé pour avoir résisté à la colonisation française et être resté imprégné de son histoire et de ses traditions. Maeva demeure la clé de voûte identitaire du pays. Bobby était connu pour se balader en paréo, pieds nus et toujours coiffé d’une couronne de fleurs et feuillage. Chanteur, peintre, il est davantage connu pour ses chansons alors qu’il vivait plutôt de sa peinture. Cette année, une rétrospective de ses tableaux est organisée au musée de Tahiti et des Iles. Il est décédé, à 44 ans seulement, en 1991.

Jean-Marc Tera’ituatini Pambrun est décédé en métropole le 12 février 2011. Il était le directeur du Musée de Tahiti et des Iles et aussi l’auteur de biographies, théâtre, romans, essais, légendes. Voici quelques titres : Huna secrets de famille, Henri Hiro héros polynésien, Les parfums du silence, Le bambou noir, L’allégorie de la natte, La naissance de Havai’i.

Hiata de Tahiti

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